David Madore's WebLog: my life

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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(lundi)

Chips, bonbons et autres tentations

Il y a un corollaire de la loi de Murphy qui dit que plus un aliment est bon au goût plus on peut être sûr qu'il est mauvais pour la santé. C'est certainement exagéré (et difficilement explicable du point de vue de l'évolution, même en tenant compte du décalage entre l'environnement du chasseur-cueilleur et l'époque contemporaine), mais en ce qui me concerne, il y a incontestablement des aliments qui me font instantanément oublier la prescription évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé que le gouvernement français fait mettre sur les pubs alimentaires. À savoir, les cochonneries salées et sucrées que sont les chips et autres biscuits apéritif d'une part et les bonbons de l'autre.

Dans les deux cas, il ne faut surtout pas que je commence : plus j'en mange, plus j'ai envie d'en manger. Et ça s'applique à tout un spectre de cochonneries salées et sucrées : des produits au goût complètement chimique pleins de glutamate (j'adore le glutamate et le goût umami) ou style fraises tagada, jusqu'aux biscuits artisanaux au gouda vieux vendus à un prix exorbitant par des marques pour bobos avec des noms comme Machin et Augustel ou aux bonbons fabriqués selon une recette traditionnelle vieille de 300 ans — tout ça est kif-kif pour moi. Quand on me met devant une buffet apéro, je commence par manger à un rythme raisonnable, au bout d'une dizaine de minutes je mange aussi vite que la bienséance le permet, et encore un peu plus tard, je finis par jeter la bienséance par la fenêtre et me goinfrer aussi vite que mes mains peuvent porter les cochonneries salées ou sucrées à ma bouche. Après chaque AG des copropriétaires de notre immeuble, par exemple, une de mes voisines prépare des feuilletés au fromage pour tout le monde, et je crois que je dois en manger les trois quarts à moi seul.

L'ennui n'est pas que ça fait grossir (je n'ai pas trop de problèmes de ce côté-là). L'ennui est que quand je me goinfre comme ça, la punition ne se fait pas tarder. S'agissant des bonbons, surtout les trucs bien chimiques que fait Haribo, j'en mange de plus en plus jusqu'à ce que, tout d'un coup, je sois complètement écœuré et que j'aie, de surcroît, de terribles aigreur d'estomac. S'agissant des chips, c'est plutôt mes intestins qui me rappellent à l'ordre ; et j'ai l'impression que ça empire avec les années : maintenant je ne peux plus en manger plus que quelques poignées sans que ça me fasse l'effet d'un litre de jus de pruneaux.

C'est d'ailleurs assez mystérieux : j'ai testé chacun des ingrédients d'un paquet de chips séparément, aucun n'a d'effet particulier sur ma digestion. Je n'ai pas de problème avec les pommes de terre, même frites dans de l'huile et salées, ni avec l'huile elle-même, ni avec le sel, ni avec le glutamate, ni avec aucun des allergènes classiques dont on pourrait trouver des traces dans les chips, par exemple je mange sans problème du beurre d'arachide à la petite cuiller, donc je ne sais pas ce qui peut provoquer un problème spécifique avec les chips ; on m'a fait toutes sortes de suggestions idiotes, comme une intolérance au gluten (franchement, je le saurais), mais je ne trouve rien qui tienne debout. Toujours est-il que je dois maintenant éviter les chips. Et ça me rend très malheureux.

Parce qu'on pourrait croire que la tentation se dissipe avec le temps, mais il n'en est rien. À chaque fois que je passe au rayon des biscuits pour apéritif de mon supermarché, ou à côté d'un vendeur dans la rue à l'étal rempli de bonbons, je pleure intérieurement de devoir me priver de ces plaisirs que je n'arrive pas à consommer raisonnablement. Je ne sais pas ce qui est le pire : pour ce qui est du sucré, mon poussinet, qui ne partage pas mon addiction, n'arrive pas à comprendre que je sois tenté, et ne compatit donc guère ; pour ce qui est des chips, il aime lui aussi beaucoup, et n'a pas de scrupule à manger sous mon nez des trucs que je suis bien triste de ne pas pouvoir digérer.

Heureusement, j'arrive encore à profiter des biscuits au fromage sans en tomber malade, ou, s'agissant du sucré, du chocolat (j'en suis aussi fou, mais je finis par ne plus en vouloir avant d'être complètement écœuré). Et je pense qu'il vaut mieux que j'évite d'essayer n'importe quelle substance ayant un effet addictif, si déjà le sucré et le salé me font perdre la mesure.

(vendredi)

Rhume et aphtes

J'ai plutôt eu moins de rhumes ces dernières années qu'il y a plus longtemps où c'était carrément une blague récurrente sur ce blog, mais là j'en ai quand même attrapé un gros, qui est tout juste en train de finir, mais qui m'aura empêché de bien profiter des premières journées de temps vraiment printanier à Paris.

Or il y a un truc qui, chez moi, a presque toujours accompagné les rhumes : c'est qu'à peu près au moment où le rhume finit, j'ai des aphtes qui apparaissent dans la bouche. Ça n'a pas l'air d'être un truc médicalement très documenté, en tout cas, Internet n'a pas l'air de répertorier de documentation au sujet d'une telle corrélation.

(Je remarque en passant que l'anglais n'a pas vraiment de mot pour aphte. Wikipédia parle juste de mouth ulcer ; le mot aphtha semble exister [avec une ‘h’ de plus en anglais qu'en français comme beaucoup d'autres bout de mots venant d'un phi-thêta grec, par exemple ophtalmo- en français contre ophthalmo- en anglais], mais n'est quasiment pas utilisé ; on trouve aussi canker sore, qui est furieusement imprécis. Je trouve ce genre de situation vraiment agaçante. Vous saviez que l'anglais n'a pas non plus de bon terme pour dire peluche ?)

Je peux évidemment imaginer plein de raisons qui expliqueraient ou participeraient à une telle corrélation :

Je ne suis pas médecin, ces hypothèses sont peut-être stupides.

Toujours est-il que ce coup-ci j'ai attrapé un aphte vraiment très pénible, sur la joue gauche juste en face des dernières molaires supérieures ; et que contrairement à l'habitude, il n'a pas l'air de vouloir partir rapidement (ça fait maintenant quatre jours qu'il est installé). Normalement mes aphtes partent presque magiquement quand je mets du pyralvex (autre truc dont on ne sait pas bien pourquoi ça marche, d'ailleurs : c'est de l'acide salicylique et de la rhubarbe), mais là, rien n'y fait.

Et du coup, j'ai le plus grand mal à manger. L'aphte lui-même n'est pas trop douloureux quand je ne fais rien, mais dès que je mâche, il me lance un peu comme une rage de dents. C'est fou comme il suffit d'un tout petit rien pour me gâcher quelque chose que je prends normalement beaucoup de plaisir à faire (bien manger).

(vendredi)

J'aime avoir l'illusion du choix du café

J'ai commencé à boire du café en 1993 pour une raison idiote : plusieurs de nos profs avaient emmené notre classe en voyage en Grèce (j'étais en première à l'époque — pour les non-Français, ça désigne l'avant-dernière année du lycée), nous avons parcouru tous les sites touristiques incontournables en quelque chose comme une semaine, du coup l'agenda était plutôt serré, nous devions nous lever tôt pour monter dans le car qui nous emmènerait de, disons, Delphes à Olympie, et évidemment, la veille au soir, nous étions restés très tard à jouer aux cartes, à bavarder et à refaire le monde comme on fait à cet âge-là ; bref, je manquais de sommeil, et puisque nous étions à l'hôtel, le matin nous avions du café sur la table, et j'ai décidé d'essayer ; j'ai trouvé ça plutôt infect, mais avec assez de sucre dedans, ça passait, et ça m'aidait à lutter contre le sommeil, ou du moins je l'imaginais. Peut-être aussi que c'était une façon pour moi de me sentir adulte : je ne bois pas d'alcool, je n'ai jamais aimé ça, il est possible que j'aie, à cette époque, reporté sur le café l'idée que certains se font de l'alcool comme la « boisson des adultes » (qu'il faut faire semblant d'aimer ?). Bon, j'avais des idées bizarres quand j'avais seize ans : j'ai aussi passé un bon bout de ce voyage en Grèce à chercher dans les boutiques de souvenirs pour touristes une réplique d'un casque de guerrier spartiate (pourtant c'était avant que le film le plus homoérotique de l'Univers ne sublime et ne popularise l'esthétique du beau lacédémonien au torse impeccablement dessiné et inexplicablement laissé sans protection) ; comme le faux casque était un peu trop cher, je suis juste rentré avec un buste de Socrate (en stuc) ; cet épisode m'a d'ailleurs inspiré plus tard, mais je digresse. Je n'ai toujours pas de casque spartiate (ni le physique qui va avec), mais je continue à boire du café.

Je ne me souviens pas à partir de quand je me suis mis à le faire régulièrement, cependant. Toujours est-il que ça fait partie de la culture des mathématiciens. À propos de Pál Erdős par exemple (qui buvait du café un peu comme Balzac), son collègue et ami Alfréd Rényi a lancé l'aphorisme :

A mathematician is a device for turning coffee into theorems.

— ce à quoi une blague de matheux à peine moins célèbre que l'aphorisme de départ (et que j'ai d'ailleurs déjà racontée) ajoute :

A comathematician is a device for turning cotheorems into ffee.

(La blague est que dans beaucoup de contextes mathématiques, si on a un machin f:XY on peut avoir une sorte de dual, ou d'adjoint, ou de co-machin f*:Y*X* — et là ça tombe particulièrement bien parce qu'un co-coffee ce serait logiquement un ffee.)

Je me souvent demande si le thé ne servirait pas à produire des définitions, le déca des conjectures, le maté des lemmes, le chocolat chaud des corollaires, et le coca-cola des algorithmes.

Mais plus sérieusement, les matheux ont effectivement tendance à boire du café ou du thé comme certains artistes sont censés fumer des psychotropes. En fait, ce n'est pas tellement pour le café lui-même que pour l'occasion de bavarder entre collègues : le thé et les petits gateaux, ou bien le café et la tablette de chocolat, fournissent le prétexte idéal pour se rassembler, prendre une craie et se poser mutuellement des questions amusantes ou instructives. Béla Bollobás a même écrit un livre dont le sous-titre est Coffee Time in Memphis où il rassemble un certain nombre de problèmes à partager autour d'un café et d'un tableau noir. L'intérêt du café n'est donc pas tant le breuvage consommé que la conversation qui l'accompagne.

Toujours est-il que je me suis mis à aimer boire du café. Je ne sais pas vraiment si je me suis mis à aimer le café, mais je me suis mis à aimer le fait de le boire. Même, par extension, quand je n'ai pas quelqu'un avec qui parler de maths quand je bois mon café. Je n'en prends généralement qu'un par jour, après le déjeuner (si j'ai vraiment envie d'un second café, je prends généralement un déca, sauf si je lutte contre le sommeil mais ça reste exceptionnel). Je le bois lentement, soit en discutant de maths rigolotes (cf. ci-dessus), soit en regardant les gens passer dans la rue, soit en lisant un livre, en tout cas en faisant une pause et en essayant de mettre tous mes tracas de côté. Le café du midi est devenu, un peu le symétrique du sommeil, une respiration importante dans ma journée, un petit rituel auquel je tiens énormément. (Par ailleurs, je n'en bois jamais chez moi : je n'ai pas de machine à café chez moi, et d'ailleurs guère de place pour en mettre une ; ça fait partie du rituel d'en boire à l'extérieur.)

Mais quel café ? Je ne suis pas très difficile : comme je l'ai raconté plus haut, quand j'ai commencé à boire du café, je n'aimais pas ça du tout, je mettais plein de sucre pour faire passer le mauvais goût ; maintenant, je continue à sucrer mon café (moins) sauf quand je le prends en même temps que mon dessert, et je ne sais pas vraiment si j'aime le goût du café, ou seulement l'acte d'en boire. Et je n'ai certainement pas la prétention d'être un connaisseur : je peux détecter qu'il est plus ou moins sucré, ou plus ou moins dilué (je l'aime modérément serré, i.e., à peu près ce que les Français appellent un espresso, et qui pour les Italiens serait plutôt un lungo), mais je pense que mon discernement s'arrête là, si on me faisait goûter plusieurs crus différents à l'aveugle, je serais probablement incapable de les différencier.

Pourtant, j'aime quand même avoir le choix. C'est assez paradoxal : c'est une boisson dont je ne raffole pas tant que ça, mais que j'aime néanmoins boire, et dont je ne sais pas vraiment reconnaître les nuances du goût, mais sur laquelle je veux néanmoins avoir un choix à faire. J'aime qu'on me propose le choix entre un arabica du Guatémala et un autre d'Éthiopie, même si ce choix est purement placébo et peut-être qu'on me donnera exactement la même chose au final : le café est un rituel qui me plaît et le fait de choisir l'origine du grain rend ce rituel encore plus magique.

Et bizarrement, s'il est facile de trouver à Paris de quoi satisfaire le désir d'un bobo/hipster qui voudrait le choix entre des dizaines ou des centaines de variétés de thé, si possible chères, c'est nettement plus difficile pour ce qui est du café. Sans aller chercher le kopi luwak qui est digéré par des chats musqués au lieu d'être torréfié (merci, mais ça ne me tente pas spécialement, le caca de civette), j'aime avoir l'illusion de choisir entre de nombreuses options. En fait, si, on trouve pas mal de torréfacteurs qui proposent un grand nombre de provenances différentes, mais la plupart d'entre eux ne proposent pas de service sur place, ce que je recherche. J'ai bien trouvé la chaîne Cofféa, ainsi que le café Verlet (rue Saint-Honoré), et dans une certaine mesure les cafés Malongo (le choix est plus limité), mais je ne comprends pas bien pourquoi le créneau n'est pas plus exploité.

Je pense notamment à Nespresso. Ils ont des points de vente partout, mais à ma connaissance, à de très rares exceptions près, ces points de vente ne font que de la vente à emporter : on peut acheter des capsules et des machines, et peut-être rencontrer George Clooney par hasard, mais pas déguster sur place. J'ai du mal à comprendre que l'idée ne leur soit pas venue qu'avant d'acheter des capsules rouges, vertes ou bleues, les gens auront peut-être envie de les essayer, et que ça peut être une pub formidable que de proposer d'essayer un café préparé à la perfection par les soins de la marque elle-même. J'ai écrit de très rares exceptions, parce que j'en connais une : il existe un Nespresso Café à Londres, dans la City, à peu près ici je crois (Google Street View n'est pas à jour), sur lequel mon poussinet et moi sommes tombé par sérendipité en flânant dans le coin (je nie préventivement tout lien avec la City de Londres). On peut y consommer sur place, donc, des cafés de la marque : exactement le genre de choses que je cherche, sauf que je ne suis pas souvent à Londres. Je ne sais pas si c'est le seul Nespresso Café au monde : le fait est que ce n'est pas facile de chercher Nespresso Café dans Google tout en excluant les résultats concernant le café Nespresso.

Bon, en attendant, la cantine de mon école propose un choix assez varié de capsules (ce n'est pas du Nespresso mais un des zillions de systèmes concurrents et non-interopérables ; encore que celui-là, comme un collègue me l'a appris, est un système ouvert, ce qui est bien). Mais le week-end, quand je mange dehors avec mon poussinet, je n'ai souvent qu'un seul choix. Un drame, dont il faut que je m'empresse de me plaindre en environ 1500 mots sur mon blog. Dont acte.

(dimanche)

Introspection, et « marcellisme »

Je me suis livré à quelques séances d'introspection pour essayer de comprendre pour quelle raison la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine m'affectait tant. Je ne vais pas revenir sur la politique, mais parler un peu au niveau émotionnel.

Il est vrai que cette nouvelle tombe à un moment où j'ai l'impression d'être harcelé par toutes sortes de tracas et d'inquiétudes. Rien de grave !, mais une accumulation de mille et un petits embêtements ou causes de contrariété qui, à force, finissent par me peser. Comme tracas momentanés, il y a par exemple ce souci mathématique qui m'a donné un certain chagrin, ma tentative pour m'inscrire au permis de conduire qui est toujours dans les limbes, il a une fuite d'eau au sous-sol de notre immeuble juste ne-dessous de notre appartement et dont on ne trouve pas la source, il y a mon nouvel ordinateur dont je ne suis décidément pas content ; comme causes de fatigue passagère il y a notamment des travaux (plus un rhume qui finit tout juste), et il y a le temps pourri de ce début de novembre, les journées qui raccourcissent et le passage à l'heure d'hiver qui me dépriment un peu chaque année ; j'ai aussi des inquiétudes à plus long terme (concernant, par exemple, l'évolution de l'établissement où j'enseigne — je ne vais pas en parler ici parce qu'il est, paraît-il, mal vu de dire publiquement du mal de sa hiérarchie), mais je ne vais pas m'étaler à ce sujet. Ce ne sont que quelques exemples, qui montrent que je me fatigue facilement de plein de petits riens : mais peut-être finalement que ce qui me pèse est que je n'arrive pas vraiment à me rappeler à quand remonte la dernière fois que j'ai reçu une vraie bonne nouvelle ou simplement ce que j'avais appelé autrefois une potentitialité (heureuse). (Le mieux qui me vienne à l'esprit est que quand j'ai vu mon dentiste récemment, il m'a dit que je n'avais pas de nouvelle carie, et c'est peut-être bien la première fois que ça se produit au cours des quelques dernières années.)

Mais il y a autre chose dont je me suis rendu compte en repensant à la manière dont j'avais ressenti la campagne électorale américaine, c'est l'importance d'un sentiment un peu confus mais que je ressens en général de façon très forte. Je ne sais pas quel nom donner à ce sentiment qui mériterait certainement une entrée dans le Dictionary of Obscure Sorrows, mais si je dois le définir en une phrase, ce serait quelque chose comme ceci :

Une fois que le match est joué, les points gagnés ou perdus pendant le jeu perdent toute signification.

Ce n'est pas très clair ? Je vais essayer d'expliciter. Il s'agit d'une forme d'espoir déçu, mais c'est un peu plus spécifique que ça : la sensation d'amertume provoquée par le souvenir de succès initiaux rendus vains ou caducs par un échec final. Imaginez que vous jouez à un jeu dans lequel vous espérez la victoire (ou celle de votre équipe, ou celle d'une équipe dont vous êtes le supporter) : des éléments de progrès dans le jeu, par exemple un point marqué par vous ou votre équipe, ou la réussite d'un but intermédiaire, la victoire à une bataille, l'avancement de votre personnage, ce genre de choses, vous causent une certaine satisfaction. Soit parce qu'ils font espérer en une victoire finale qu'ils montrent plus probable, soit parce qu'ils sont des victoires partielles. Mais voilà que survient une défaite définitive, irréversible et irrécupérable : tous les espoirs soulevés par ces réussites intermédiaires sont déçus, les victoires elles-mêmes sont rendues caduques et perdent toute valeur. Et leur souvenir devient alors d'autant plus amer qu'ils avaient nourri des espoirs ou une satisfaction maintenant douchés.

Ce sentiment existe dans toutes sortes de circonstances, et à toutes sortes de degrés. C'est le sentiment de l'empereur Auguste et de sa sœur Octavia quand ils repensent à la carrière prometteuse de Marcellus (le fils d'Octavia, donc le neveu d'Auguste) interrompue brutalement par sa mort — sentiment traduit par Virgile dans une célèbre phrase du livre VI de l'Énéide, Heu, miserande puer, si qua fata aspera rumpas, / Tu Marcellus eris ! (Hélas, malheureux enfant, si tu peux rompre ton destin cruel, / Tu seras Marcellus !). Ingres en a même tiré un tableau où on voit Octavie s'évanouir sous l'effet de ce sentiment, que je pourrais donc appeler marcellisme.

C'est le sentiment, par exemple, de l'entrepreneur dont l'entreprise connaît des succès initiaux dont il se réjouit, mais finit par faire faillite pour une raison stupide. Et celui d'un candidat à une élection qui, après avoir perdue celle-ci, repense avec amertume à la satisfaction que lui donnaient des sondages initiaux favorables. C'est le sentiment d'un « libéral » américain qui aurait été heureux d'apprendre la mort du juge Antonin Scalia (ce n'est sans doute pas bien de se réjouir de la mort de quelqu'un, mais parfois c'est vraiment difficile de ne pas le faire) et qui y repenserait maintenant.

Une variante de ce sentiment, beaucoup plus forte (mais sans doute proche de celle qu'aurait pu ressentir la sœur d'Auguste) se rapporte à la mort d'un être cher lorsqu'un repense à quelque chose qu'on prévoyait de faire avec lui. Je pense par exemple à une scène, sans doute un mélange de fictions que j'ai lues ou vues et peut-être de témoignages que j'ai entendus, où une personne attend l'arrivée d'un être cher pour lui faire une surprise, peut-être le demander en mariage ou souhaiter son anniversaire, et plutôt que l'être attendu, ce qui arrive est l'annonce qu'il vient de décéder. Il s'agit là de la forme la plus perçante du « marcellisme ». (La simple idée de cette scène, même ainsi rendue générique et dépouillée de tout détail, me fend le cœur.)

Bien sûr, le sentiment peut avoir un pendant heureux, et qui a certains points communs avec la forme malheureuse dont je parle ci-dessus : le soulagement de se rendre compte que toutes sortes de défaites intermédiaires ou de pronostics funestes sont, finalement, annulés. Il doit aussi exister une forme neutre lorsque quelque chose tourne de manière totalement différente de ce que les signes préliminaires laissaient penser, sans que ce soit classable sur une échelle de bien en mal (mais je ne sais pas si cela provoque vraiment un sentiment particulier à part la surprise).

(lundi)

Comment convaincre le cerveau d'ignorer un bruit ?

L'immeuble jouxtant le mien est en travaux, depuis un mois, et pour encore au moins trois mois. D'après le permis, ils refont la façade sur la rue et rajoutent un étage : ce ne sont pas des travaux légers, même si pour l'instant je ne comprends pas à quoi ils jouent. On entend essentiellement des coups de marteau et surtout des sons qui ressemblent à une perceuse. Si nos immeubles ne partagent pas de mur, ils se touchent : la position de mon appartement, donnant sur cour et non immédiatement contigu à l'immeuble en travaux, me protège un peu des bruits, mais ils sont tout de même assez forts. Plus exactement, il y a d'occasionnels bruits forts et beaucoup de bruits très atténués, probablement parce que parfois ils attaquent le mur touchant notre immeuble et parfois non. Par ailleurs, je ne peux pas trop mettre des bouchons dans les oreilles (disons que ça doit rester exceptionnel), parce que j'ai le conduit auditif facilement irrité et le cérumen qui s'accumule très vite.

Les bruits commencent aléatoirement entre 8h et 9h30, et durent jusque vers 11h : je ne sais pas si c'est parce qu'ils font une longue pause déjeuner, ou parce qu'ils passent ensuite à quelque chose d'autre que je n'entends pas. Peut-être qu'il y a aussi des bruits dans l'après-midi, mais je ne suis pas là pour vérifier et en tout cas il n'y en a plus quand je rentre chez moi (même quand je rentre tôt). Et c'est, bien sûr, tous les jours du lundi au vendredi (y compris le pont du 1er novembre).

Ce n'est pas tellement problématique d'être réveillé à 8h : ce qui l'est, c'est que l'idée que je serai forcément réveillé entre 8h et 9h30 m'empêche de bien dormir (j'avais essayé d'expliquer ça ici, ainsi que dans le 6º et sans doute quantité d'autres fois sur ce blog). C'est-à-dire que dès que je suis réveillé pour n'importe quelle raison pendant la nuit, je commence à me dire il ne faut surtout pas que je fasse de l'insomnie maintenant, parce que ces foutus travaux vont me réveiller de toute façon que j'aie dormi ou non, et du coup ça me stresse et je fais effectivement de l'insomnie, et c'est un cercle vicieux.

Ce qui se passe donc typiquement en ce moment est que je me couche tôt (entre 22h et 23h), je fais une grosse insomnie pendant la nuit (typiquement vers 3h du matin) en stressant parce que les bruits de travaux vont me réveiller et que je n'aurai pas assez dormi, les bruits de travaux me réveillent effectivement vers 8h30 (disons), je reste quand même au lit parce que je suis complètement crevé, mais je n'arrive pas à dormir, je somnole juste, et quand les bruits cessent enfin vers 11h, je me dis qu'il est quand même trop tard pour me rendormir, et je me lève enfin. Ayant perdu quelque chose comme douze heures au lit mais n'ayant dormi que six ou sept heures de ce temps, je suis crevé toute la journée. Et du coup je me couche tôt, et le cycle recommence. Ce n'est pas systématiquement comme ça, mais c'est tout de même très fréquent. Cela n'aide pas qu'en ce moment mon poussinet ait un rhume, ce qui a pour effet qu'il dort mal lui aussi, et fait du bruit pendant la nuit. Le passage à l'heure d'hiver pourrait aider, mais en fait il me perturbe plus qu'autre chose, et me stresse encore plus, ne serait-ce que parce que le passage à l'heure d'hiver me déprime toujours.

Et il n'y a pas que le sommeil qui pose problème : même si je suis levé, j'aime rester le matin chez moi (quand je n'ai pas de cours à donner) pour lire des articles de maths ou réfléchir à des problèmes dans une ambiance différente de celle de mon bureau. Il va de soi qu'avoir des bruits de perceuse toutes les minutes n'aide pas vraiment à la concentration.

Je me dis que ce qu'il faut que j'arrive à faire, c'est convaincre mon cerveau… Bon, c'est un peu bizarre d'écrire convaincre mon cerveau, parce que je ne sais pas ce que c'est que moi à part mon cerveau, mais disons, convaincre la partie de mon cerveau qui est responsable d'endormir et de réveiller le tout, si tant est qu'une telle partie existe, et/ou la partie responsable de l'audition. Convaince mon cerveau, donc, d'ignorer ces bruits. Qui ne sont pas si forts que ça, finalement : je conçois qu'il y ait des sons qui soient impossibles à ignorer, mais ceux qui me réveillent actuellement n'en font probablement pas partie.

Après tout, il y a bien des bruits que j'ai réussi à apprendre à ignorer. Il y a deux-trois ans, par exemple, mon poussinet et moi avions commencé à être gênés par nos voisins d'à côté, quand ils prennent leur petit-déjeuner dans leur cuisine, qui est immédiatement adjacente à notre chambre : nous n'avons pas bien compris ce qui s'était passé, mais il semble qu'ils n'avaient rien changé à leurs habitudes, nous avions simplement cessé, sans qu'on sache au juste pourquoi, d'ignorer un bruit que nous ignorions depuis longtemps (au point de ne même plus nous rendre compte de son existence), et depuis, nous avons réappris à ignorer ce bruit et il ne nous dérange plus du tout. D'ailleurs, ces mêmes voisins ont plus tard acheté un mixeur à smoothie (ou quelque chose comme ça) qui fait un bruit proche d'une perceuse et dont ils se servent pendant leur petit-déjeuner, au début il nous réveillait, et nous avons fini par réussir à l'oublier lui aussi : à part si je suis réveillé pile au moment où ils s'en servent, je ne l'entends plus du tout. Les bruits de travaux actuels sont un peu plus forts et beaucoup plus persistants que le bruit de ce mixeur, mais je n'exclus pas que je puisse réussir à les faire disparaître mentalement.

Seulement, c'est un peu comme le défi : essayez de passer cinq minutes sans penser au pape en maillot de bain — essayer de se convaincre de ne pas penser à quelque chose, de faire comme si ce quelque chose n'existait pas, c'est très difficile.

J'ai quand même une idée. J'ai écrit ci-dessus que lorsque les bruits de travaux commencent, je reste au lit à somnoler parce que je suis trop fatigué pour me lever : ce n'est pas la seule raison. En fait, je reste aussi au lit à somnoler et à repenser à mes rêves dans le but d'essayer de persuader mon cerveau d'associer les bruits de travaux à l'idée « je peux rester au lit à somnoler » et surtout pas « je dois me lever maintenant ». Peut-être que si je continue comme ça assez longtemps, mon cerveau finira par capter le message et à ne plus considérer ces bruits comme une agression extérieure mais comme un son presque relaxant, ou en tout cas, comme pas spécialement stressant. Je pense que c'est comme ça que j'ai réussi à m'habituer au mixeur des voisins.

Je ne sais pas si cette stratégie fonctionnera, mais ce qui est sûr, c'est qu'en ce moment, je n'arrive pas à faire grand-chose de mes journées, je suis tout le temps fatigué, et du coup, les mails auxquels je dois répondre, les tâches administratives que je dois remplir, les calculs que je dois faire, les courses ou les tâches ménagères, tout cela a tendance à s'accumuler, et je ne sais pas ce que ça donnera au bout de quatre mois de travaux ou plus.

(mercredi)

Hadwiger-Nelson et autres malheurs

Les oulipiens ont inventé le concept du plagiat par anticipation, il faut peut-être que j'explore la manière dont il s'applique aux mathématiques. Pour une fois je vais raconter mes malheurs à ce sujet. Mais il faut d'abord que je donne le contexte.

J'ai déjà parlé du problème de Hadwiger-Nelson, cette question ouverte célèbre qui consiste à déterminer le nombre minimum de couleurs qu'il faut pour colorier le plan de façon que deux points situés à distance 1 (unité fixée quelconque) n'aient jamais la même couleur : on sait seulement que la réponse (i.e., le nombre chromatique du plan pour la relation être-à-distance-un) est entre 4 et 7 ; et je qualifie volontiers ça de problème ouvert le plus embarrassant des mathématiques, parce que vraiment tout le monde peut comprendre l'énoncé, un lycéen peut retrouver les bornes que je viens de donner et on n'a pas fait de progrès par rapport à ça. On peut, en revanche, essayer de changer un peu la question pour faire du progrès sur un terrain adjacent.

Vers avril 2012, j'ai réfléchi avec quelques collègues à de telles questions adjacentes (par exemple, savoir si on peut calculer d'autres invariants intéressants du graphe des points du plan avec la relation être-à-distance-un, comme sa capacité de Shannon — enfin, celle de son complémentaire, parce qu'un des collègues en question a des conventions opposées à tout le monde, et des bons arguments pour les défendre), mais nous n'avons pas trouvé grand-chose d'intéressant. • Comme je parlais du problème en question à mon poussinet, il m'a demandé ce qu'on savait du nombre chromatique pour des points à coordonnées rationnelles (i.e., le nombre minimum de couleurs qu'il faut pour colorier l'ensemble ℚ² des points à coordonnées rationnelles du plan, de façon que deux points situés à distance 1 n'aient jamais la même couleur). J'ai trouvé la solution à cette question-là (2 couleurs sont suffisantes — et évidemment nécessaires), et je l'ai exposée à mes collègues ; l'un d'eux a rapidement repéré que ce fait était déjà bien connu (le résultat est dû à un Douglas Woodall, en 1973). J'ai fait remarquer que les mêmes techniques permettaient de montrer des choses sur d'autres corps, par exemple ℚ(√3) (le corps des nombres de la forme a+b√3, où a et b sont rationnels) pour lesquel le nombre chromatique du plan vaut exactement 3, et cela a suscité un intérêt modéré.

Je suis alors tombé sur le livre d'Alexander Soifer, The Mathematical Coloring Book (publié en 2009), presque entièrement consacré au problème de Hadwiger-Nelson. Ce livre signale le résultat de Woodall (le nombre chromatique du plan à coordonnées dans ℚ vaut 2) et quelques unes de ses variations, et mentionne explicitement comme problème ouvert de trouver des nombres chromatiques d'autres corps, par exemple ℚ(√2). Je me suis rendu compte que je savais aussi calculer la réponse pour ℚ(√2) (c'est un peu plus compliqué que pour ℚ(√3)), et du coup que ça valait peut-être la peine de rédiger tout ça.

Les choses ont un peu traîné, mais j'ai mis sur l'arXiv une petite note contenant ces résultats et quelques faits liés que j'ai trouvé à dire sur le problème. Je pense qu'elle est facile à lire.

Je pense que les trois angoisses majeures du mathématicien quand il a obtenu son résultat sont : (1) de trouver une erreur dans sa démonstration, voire un contre-exemple à l'énoncé, (2) de trouver que le résultat est, en fait, quasiment trivial (i.e., au contraire du (1), trouver une démonstration « trop simple » de l'énoncé), et (3) d'apprendre que tout a déjà été fait avant. S'agissant du (1), j'ai passé (je passe toujours) un temps fou à relire, re-relire, et re-re-relire mes démonstrations, et j'ai atteint un niveau raisonnable de certitude qu'elles étaient correctes, même si je n'ai pas pu persuader qui que ce soit d'y jeter un coup d'œil. S'agissant du (2), l'angoisse est largement neutralisée quand il s'agit d'un problème ouvert répertorié (c'est notamment à ça qu'il sert de répertorier les problèmes ouverts). Restait l'angoisse numéro (3). J'ai écrit à Soifer (l'auteur du bouquin sur le sujet) pour lui demander si la question était toujours ouverte depuis 2009, mais il ne m'a pas répondu (je ne peux pas lui en tenir rigueur, je suis le premier à ne pas répondre à mes mails). J'ai cherché comme j'ai pu dans les bases de données de publications mathématiques et dans Google tout ce qui pouvait tourner autour de Hadwiger-Nelson ou tout ce qui citait le livre de Soifer ou quelques publications-clés, et je n'ai rien trouvé. En fait, presque personne ne semble faire quoi que ce soit au sujet du problème de Hadwiger-Nelson, donc je me suis dit que c'était certainement bon.

Finalement, j'ai soumis ma note à un journal en octobre dernier. Ils l'ont gardé plutôt longtemps (octobre à juillet), et je me suis dit que c'était sans doute un bon signe : si on rejette un article par manque d'intérêt, d'habitude, on le fait rapidement, alors que si on prend le temps de rentrer dans les détails mathématiques, c'est certainement que l'article est jugé assez intéressant, or je ne craignais pas trop qu'on y trouvât des fautes.

J'ai reçu hier le rapport : il commence plutôt bien, mais in cauda venenum : il m'apprend à la fin que l'immense majorité des résultats que je croyais avoir obtenus figurent déjà dans une note non publiée (et pas non plus mise sur l'arXiv, seulement sur la page personnelle de son auteur) d'un certain Eric Moorhouse de l'Université du Wyoming. Et ce Moorhouse a une très nette antériorité, puisque la version actuelle de sa note est datée de 2010 et qu'on trouve même des traces d'une version de 1999 qui contient aussi les résultats essentiels. Cette note m'avait échappé sans doute parce qu'elle n'utilise nulle part le terme Hadwiger-Nelson, et apparemment elle (ou en tout cas, sa version de 1999) avait aussi échappé à Soifer quand il a écrit son livre.

Et il n'y a pas que les résultats qui sont proches : les techniques que j'ai mises en œuvre sont quasiment identiques à celles de Moorhouse (je ne peux même pas espérer parler de démonstrations alternatives). Même la question que je soulève de savoir si le nombre chromatique de ℂ² pour la relation (xx′)² + (yy′)² = 1 est finie, est déjà dans l'article antérieur. J'ai bel et bien été « plagié par anticipation » ! Plus sérieusement, je suis dans une situation vraiment embarrassante, parce qu'on pourrait m'accuser de plagiat ; le rapporteur qui a lu ma note a eu l'intelligence de deviner que ce n'était pas le cas (et il l'écrit clairement à l'éditeur), mais je me méfierai à l'avenir avant d'accuser qui que ce soit de plagiat, parce que je me rends compte à quel point ça peut arriver facilement.

Il y a bien quelques bouts restants dans ma note qui ne sont pas contenus dans ce qu'a fait Moorhouse (pour ceux qui veulent regarder, les §2–4 sont essentiellement incluses dans son travail, sauf peut-être la borne inférieure de la proposition 4.6, mais ce n'est pas franchement passionnant, et les §5–7 partent un peu dans une autre direction), mais je vois mal comment ils pourraient être publiés, ne serait-ce que par manque de cohérence : ce sont des petites remarques éparses qui n'ont plus aucun fil conducteur. (La réponse de l'éditeur du journal auquel j'avais soumis l'article ne ferme pas complètement la porte à cette possibilité, mais il demande des révisions substantielles qui ont l'air difficiles à mener.) À vrai dire, j'espérais beaucoup pouvoir profiter de la publication de cette note pour attirer l'attention sur le problème de Hadwiger-Nelson minkowskien (=lorentzien), i.e., pour la métrique de Minkowski (ℝ² pour la relation (tt′)² − (zz′)² = 1), et sur le fait que je ne sais même pas si le nombre chromatique est fini. Mais ça ne se fait pas de publier un article avec des questions, il faut qu'il y ait des résultats nouveaux pour servir de prétexte à poser des questions. C'est vraiment triste.

En fait, je suis même assez effondré, parce que j'avais investi pas mal de temps, pas tant dans les résultats eux-mêmes mais dans la rédaction de cette note, que j'espérais rendre aussi jolie que possible.

J'ai écrit à Moorhouse pour lui faire part de mon embarras, lui présenter mes excuses d'avoir mis sur l'arXiv comme mien des résultats qu'il avait obtenus avant, et demander s'il accepterait de faire une publication jointe, mais je ne vois pas vraiment pourquoi il accepterait (par ailleurs, je ne sais pas s'il est encore actif, ou s'il lit son mail, ou s'il y répond).

Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive de retomber sur des résultats déjà connus, en fait, ou quelque mésaventure du genre — même si c'est la première fois que c'est aussi flagrant. Deux fois pendant ma thèse, d'autres mathématiciens ont obtenu des résultats beaucoup plus forts que les miens et quasiment simultanément (là, j'avais techniquement l'antériorité, mais quand elle se joue à très très peu, ce n'est pas forcément évident pour les journaux et relecteurs, et ça a quelque chose d'un peu absurde de se retrouver à citer un article postérieur qui fait que l'article qu'on écrit n'a déjà plus aucun intérêt). Et je ne compte pas le nombre de concepts que j'ai « découverts » pour apprendre que j'étais né trop tard dans un monde déjà trop vieux : par exemple, en 2001, j'ai « découvert » les séries de Hahn, j'étais tout excité de comprendre qu'elles formaient un corps algébriquement clos, et on m'a fait savoir que j'arrivais à peu près un siècle trop tard. J'ai aussi trouvé plein de choses sur la multiplication de nim avant de découvrir que Lenstra était passé avant, etc. Ce genre de choses arrive à tout mathématicien, mais la multiplicité des cas qui m'ont touché commence à me rendre parano. Pourtant, je cherche à m'écarter des sentiers battus.

(mercredi)

Je revois The Last Unicorn

Ce soir j'ai revu le dessin animé The Last Unicorn que j'ai vu quand j'étais petit (je crois que c'était avec ma classe — j'étais probablement en CM1 ou CM2, en tout cas à l'école primaire, probablement pas très longtemps après sa sortie). Entre temps, il y a une dizaine d'années, j'ai lu le livre dont il est tiré — je l'avais raconté sur ce blog à l'époque. Aussi bien le livre que le film sont assez étranges : l'histoire est souvent très enfantine, mais elle n'a pas la morale simpliste des contes pour enfants, il n'y a pas vraiment de gentils et de méchants, les motivations des personnages sont difficiles à comprendre, on ne sait pas s'il faut comprendre le tout comme une sorte d'allégorie, de récit symbolique ou codé, une poésie surréaliste, ou encore autre chose, bref, on ne sait pas sur quel pied danser. Le film lui aussi semble changer sans arrêt d'avis sur le registre sur lequel il faut le comprendre, et il y a des passages vraiment bizarres, dérangeants ou inquiétants. La page que je viens de lier décrit ainsi le Taureau de Feu du dessin animé : Pure unadulterated nightmare fuel. This is the kind of thing that makes your stomach drop and gives an ill-prepared child a lifelong complex. You simply can't watch this movie and not be scared of The Red Bull. The Red Bull is fear. De fait, je crois que cette image m'avait beaucoup impressionné quand j'avais vu ce film, et peut-être bien que j'en ai fait quelques cauchemars. (En plus, rien que la traduction française Taureau de Feu, ça fait plus peur que l'anglais Red Bull, même sans compter que maintenant Red Bull est un soda.)

(samedi)

Tout va bien pour moi

Puisque j'ai reçu des messages de quelques personnes s'inquiétant pour moi après les événements d'hier soir à Paris, il est peut-être utile que je précise que ni moi ni mon poussinet (ni, pour autant que je sache pour l'instant, personne que je connaisse) ne faisons partie des victimes. Pour ne pas céder à la terreur, nous avons tenu à passer notre samedi normalement (manger au restaurant, nous promener), ou du moins aussi normalement que possible étant donné que les cinémas sont fermés, comme les parcs et jardins, et beaucoup de commerces.

(lundi)

La malédiction de la lecture en diagonale

Déjà il y a douze ans, je me plaignais d'avoir trop tendance à lire en diagonale et d'avoir le plus grand mal à me forcer à faire attention à chaque mot individuel d'un texte d'une certaine longueur. Et le problème n'était pas neuf : déjà quand j'étais tout juste entré à l'ENS, je lisais la feuille de chou hebdomadaire des élèves en quelques secondes alors que j'avais un copain qui y passait tout le dîner, et qui me prouvait après coup que je n'avais rien lu, rien compris et rien retenu (et je m'émerveillais qu'il eût réussi à extraire du contenu de ce qui m'avait semblé complètement vide). Il y a quelques années, des nouvelles ont circulé que l'Internet était en train de reconfigurer le cerveau des internautes et que nous perdions la capacité à faire attention aux choses : je ne sais pas ce que ces articles disaient au juste, parce que je les ai lus en diagonale. ☺ Mais je suis prêt à croire que ma tendance à lire en diagonale ait été accentuée, et soit encore accentuée, par la quantité phénoménale d'informations qu'Internet me présente quotidiennement et dont je préfère parcourir beaucoup en diagonale que le dixième en profondeur.

C'est ironique quand je suis moi-même du genre à écrire des montagnes de texte, que je n'aurais pas le temps de lire moi-même si je n'en étais pas l'auteur. (Je fais cependant des efforts pour rendre mes textes aussi compatibles que possible avec la lecture en diagonale. En fait, non : j'aimerais bien faire de tels efforts, mais je ne sais pas vraiment comment m'y prendre, et je pense que ce que je fais est un échec complet. D'ailleurs, cette parenthèse est sans doute l'exemple parfait de ce qu'il ne faut pas faire pour rendre un texte facile à lire en diagonale. ☹) En vérité, je n'arrive même pas à relire mes propres textes : si j'essaie de me relire, mon cerveau passe en mode « ah oui, je sais ce que ce paragraphe dit » et je saute à travers ce que j'ai écrit à la vitesse de l'éclair, en lisant ce que je crois avoir voulu écrire et pas ce que j'ai réellement écrit. Du coup, toutes les fautes de frappe, d'orthographe, de grammaire et de syntaxe, même les plus énormes, me sont totalement invisibles, même si je relis vingt fois. Y compris des ruptures de construction qui font que le texte ne veut rien dire : cela arrive fréquemment quand je déplace un morceau de texte — un mot, un complément, une proposition, un bout de phrase ou plus — d'un endroit à un autre, et que je délimite mal mon couper-coller, déplaçant ou supprimant parfois un mot de plus que je le voulais, ou entraînant des incohérences grammaticales (langue à la con que le français qui peut obliger à revoir énormément d'accords parce que j'aurais remplacé, par exemple, le fait par l'idée : on peut être sûr que je vais en oublier).

La seule façon que je trouve encore de me forcer à tout lire, c'est de lire à voix haute. (Et encore, l'idéal serait sans doute de lire à voix haute, de m'enregistrer, et de réécouter ce que je dis, histoire que ma concentration ne soit pas détournée sur la prononciation.) Je fais ça pour mes fragments littéraires gratuits, mais cela consomme un temps énorme. Ce que je ne sais vraiment pas faire du tout, c'est placer le curseur à un point intermédiaire entre la lecture en diagonale qui est devenue mon habitude et la lecture à haute voix.

Pour ce qui est des mathématiques, notamment des démonstrations mathématiques, le mieux que j'aie trouvé est de me forcer, si j'ai un doute, à réexpliquer l'argument de la démonstration ou du bout de démonstration que je viens de lire. Mais ceci repose sur le fait que dans une démonstration mathématique, seule importe la correction du raisonnement (à la limite, si j'ai lu en diagonale et trouvé une autre démonstration du théorème énoncé — ce qui, avouons-le, est fort peu probable — ce n'est pas grave). Pour une définition, la lecture en diagonale peut être très dangereuse, comme quand je me rends compte dix pages plus loin que je n'avais pas fait attention au fait que le bazqux était supposé localement frobniquable dans la définition d'un foobar bleuté (et que j'avais juste cru lire frobniquable).

Et ne parlons pas de la situation hautement embarrassante et mainte fois vécue où j'accuse quelqu'un de dire n'importe quoi, ou d'oublier de tenir compte quelque chose d'essentiel dans un raisonnement, ou quelque chose du genre, et qu'on me fait remarquer que j'ai terriblement mal lu ce à quoi je réponds.

Ajout () : Cette vidéo propose une solution intéressante au problème de la lecture en diagonale (et de la pensée trop rapide en général) : utiliser une police de caractères plus difficile à lire. Il faudra que je voie si ça marche pour m'aider à repérer les fautes de frappe. • Voir aussi : Diemand-Yauman, Oppenheimer & Vaughan, Fortune favors the bold (and the italicized): effects of disfluency on educational outcomes, Cognition 118 (2011), 111–115.

(mercredi)

Mes douleurs mystérieuses à la tête

Dans la série Les passionnantes aventures de Ruxor hypocondriaque, je vous avais parlé de mon cœur, maintenant je vais vous parler de ma tête.

J'ai toujours eu (depuis que je suis petit) des maux de têtes en tous genres, jamais très douloureux (sauf les deux fois où j'ai fait une migraine ophtalmique), ni même terriblement fréquents, mais en revanche assez impressionnants par leur diversité : j'ai eu des maux de tête pulsatiles, des maux de tête sourds et constants, des maux de tête localisés, des maux de tête généralisés, j'ai l'impression d'avoir essayé tout un menu de maux de têtes différents. Globalement j'en ai plutôt moins que quand j'étais ado.

Mais il y a une sorte qui est apparue plutôt récemment et que je trouve assez mystérieuse, ce sont les maux de tête extérieurs au crâne, c'est-à-dire, au niveau du cuir chevelu.

Cela commence par une douleur assez soudaine et qui semble intérieure au crâne, mais très localisée dans celui-ci, et au bout de quelques heures ou peut-être d'une journée l'origine de la douleur apparaît clairement comme extérieure au crâne. Cela peut être à n'importe quel endroit sous les cheveux ou parfois au niveau du front. Parfois, mais pas toujours, il y a une petite bosse sensible au toucher qui apparaît sous la peau, de quelques millimètres de diamètre (et je suis sûr que je ne me suis pas cogné). Il n'y a pas de changement de couleur de la peau. La douleur est normalement, en intensité et en qualité, intermédiaire entre celle provoquée par un hématome et un bouton infecté : parfois elle est plus forte, et en tout cas elle a tendance à venir par à-coups qui durent quelques secondes et sont séparés de plusieurs dizaines de secondes ou minutes. Cela provoque chez moi l'envie très forte d'appuyer sur l'endroit douloureux ou de le masser — mais je ne sais pas si c'est une bonne idée. Parfois j'ai deux ou trois points douloureux de la sorte, proches les uns des autres, qui apparaissent en même temps.

Normalement cela passe en un jour ou deux, mais j'ai une douleur de ce genre qui dure depuis ce week-end et qui a plutôt empiré depuis hier et qui m'a réveillé plusieurs fois cette nuit. C'est loin d'être insupportable, mais ça me gêne vraiment pour me concentrer, un peu comme si quelqu'un me pinçait de façon répétée.

(Peut-être que c'est mon stress des derniers jours qui joue ?)

Ceci me fait penser, d'ailleurs, que mon généraliste / médecin traitant a cessé d'exercer (plus exactement, il s'est vendu au côté obscur de la médecine en devenant expert pour une compagnie d'assurance). Il faut donc que j'en trouve un autre dans le coin. Ce qui n'est pas évident, un hypocondriaque ayant besoin d'un médecin qui le comprenne, c'est-à-dire qui sache être rassurant sans être méprisant, qui écoute ses doléances sans y croire automatiquement mais sans non plus les ignorer. Mon généraliste a une remplaçante officielle, mais la seule fois que je l'ai vue (elle le remplaçait temporairement, pour l'été), elle a clairement montré qu'elle n'avait pas ces qualités.

(dimanche)

Comment m'éviter de dormir sur le dos ?

Je suis infiniment fatigué en ce moment. Nerveusement avant tout, parce que l'été n'a rien eu de reposant, j'ai l'impression de n'avoir fait que rattraper des affaires en regard et gérer des ennuis qui me tombaient dessus ; et les quelques jours où j'ai voyagé m'ont encore plus fatigué (je trouve les déplacements terriblement stressants, j'aurais besoin de temps pour décomprimer un peu après, mais je ne l'ai pas eu). Et surtout, j'attaque une rentrée compliquée — mon emploi du temps est désastreux, je dois faire avec des horaires irréguliers et malcommodes et pas la moindre possibilité de souffler un peu avant Noël (où je devrai de nouveau affronter un voyage fatigant). Un nombre terrifiant de gens comptent sur moi pour faire des choses diverses et variées, dont je n'aurai évidemment pas le temps de mener à bien le quart, (parfois j'ai presque l'impression d'être harcelé), et dès que c'est moi qui essaie de demander quelque chose à d'autres, soit je n'arrive pas à me décharger comme je le voudrais, soit je passe encore plus de temps à demander (ou à trouver à qui demander) que je n'en passerais à faire les choses moi-même. Bref, je suis débordé et épuisé, et bien seul avec mes tracas.

Mais je suis aussi fatigué physiquement, ce qui n'aide pas. Mon poussinet se contente de me dire si tu es fatigué, il faut te coucher à chaque fois que je me plains d'être à bout, ce en quoi il n'a peut-être pas tord, mais je dors déjà beaucoup (ce qui n'aide pas à faire des choses dans la journée et à être moins débordé, bien sûr).

Un aspect du problème est certainement que je respire mal pendant la nuit (j'ai probablement une forme mineure d'apnée du sommeil), dès que je me mets sur le dos. Mon poussinet — du moins s'il se trouve être réveillé — me pousse régulièrement pendant la nuit pour me mettre sur le côté, mais parfois je suis très entêté à dormir sur le dos et à ronfler voire m'étouffer. Il a aussi souvent essayé de me bloquer avec une peluche, mais je la repousse sans ménagement.

Je pourrais essayer, par exemple, de dormir avec un sac à dos (en essayant de mettre quelque chose dans le sac à dos pour que ce soit juste assez inconfortable pour que je ne sois pas tenté de dormir sur le dos, mais pas assez pour me faire mal), mais j'ai peur que ça m'empêche purement et simplement de dormir. L'ennui c'est que, si je dors bien sur le côté, j'éprouve régulièrement le besoin de changer de côté au cours de la nuit (selon la manière dont mes narines se bouchent), c'est probablement au cours de ces changements de côté pas bien achevés que je me retrouve sur le dos : il faut que j'invente une façon de m'empêcher de me mettre sur le dos qui ne m'empêche pas pour autant de passer du côté gauche au côté droit ou inversement, et là je manque d'idée. (Certes, on peut changer de côté en basculant sur le ventre plutôt que sur le dos, mais c'est beaucoup moins naturel vu que quand je suis allongé sur le côté gauche je suis aussi décalé vers la droite de l'oreiller et vice versa.)

(jeudi)

Mes douleurs cardiaques imaginaires

Ça fait un moment (au moins deux ou trois jours ?) que je n'ai pas évoqué un chapitre de ma vie de Ruxor hypocondriaque[#]. Je vais peut-être en profiter pour raconter un peu mes douleurs imaginaires au cœur.

Elles ont commencé quand j'avais environ 12 ans, et à l'époque on m'a expliqué que c'est certainement des douleurs intercostales, pas de raison de s'inquiéter : et il est sans doute vrai qu'il n'y a pas de raison de s'inquiéter, mais il ne s'agit certainement pas de douleurs intercostales.

Il n'est évidemment pas facile de décrire la nature d'une douleur. Disons que celles-ci sont modérées : la sensation est plus inconfortable que vraiment gênante, parfois très légère, mais elle est néanmoins parfaitement distincte ; elles surviennent et disparaissent assez soudainement, sur des intervalles pouvant varier entre quelques minutes et quelques heures, avec une fréquence et une durée moyenne très variables (j'ai des épisodes où j'en ai tous les jours, et je peux ensuite ne plus en avoir pendant des mois), peut-être un peu plus souvent la nuit ; je n'ai pas réussi à corréler ça avec quoi que ce soit (ni mon activité physique, ni mon alimentation, ni mon niveau d'anxiété, ni quoi que ce soit d'autre). La douleur ne change guère avec la position, elle augmente peut-être quand j'inspire mais ce n'est pas certain. La sensation est située dans la région générale du cœur, centrées un peu en-dessous du sein gauche, mais de façon plutôt diffuse ; la douleur n'irradie pas du tout dans le bras, le cou ni la machoire. La qualité de ces douleurs évoque plus une courbature, ou une sensation de fatigue musculaire, à la limite une légère sensation d'oppression, qu'un « poing de côté ». (De fait, il m'est arrivé d'avoir des courbatures aux pectoraux, et la ressemblance est assez forte, sauf que bien sûr les courbatures aux pectoraux touchent normalement les deux côtés symétriquement, et sont moins profondes.)

Je n'éprouve aucune gêne respiratoire pendant ces épisodes, ni aucune fatigue générale particulière. (La réaction un peu instinctive que j'ai pour tenter de les soulager est de souffler profondément, mais je ne peux certainement pas dire que j'étouffe.) Mon pouls n'est pas non plus affecté, sauf évidemment si je me mets à angoisser. Ma tension est normale (en général, ma tension tourne autour de 125mmHg/70mmHg, elle varie assez facilement, mais pas spécialement plus pendant ces épisodes qu'autre chose).

Vers mai 2003, j'ai eu des passages plus forts que d'habitude, et qui m'ont réveillé plusieurs jours de suite : j'ai consulté un généraliste, qui n'a pas du tout eu l'air affolé, il m'a dit essentiellement « c'est l'angoisse » ; mais comme il m'a diagnostiqué un petit souffle au cœur (1/6), il m'a adressé à un cardiologue pour faire une échographie cardiaque. Comme plus tard j'ai fait plusieurs épisodes de tachycardie assez importante (mais a priori totalement décorrélés des problèmes dont je parle ici, et certainement causés par une angoisse auto-amplifiée), je suis effectivement allé voir un cardiologue. Je lui ai plus parlé de la tachycardie que de ces douleurs qui duraient depuis 15 ans, mais je les ai au moins un peu évoquées. Il m'a fait un ECG et une échographie cardiaque, tous normaux, il a juste été assez étonné de la facilité avec laquelle mon rythme cardiaque s'élève à la moindre anxiété ; il m'a aussi affirmé que le léger souffle diagnostiqué par le généraliste était simplement le son du flux turbulent de mon sang à travers mes artères et pas le reflet d'une valvulopathie (je dois dire que je ne trouve pas ça spécialement rassurant que le nombre de Reynolds de mon aorte soit particulièrement élevé, mais passons).

Bref, avec tout ça, je prends des quantités homéopathiques de propranolol pour éviter les crises de tachycardies, mais les douleurs que je ressens depuis que je suis ado, elles, persistent. (On m'a proposé de prendre du magnésium, ce qui est une façon de dire « ce n'est rien, prenez un placébo », en tout cas ça n'a pas aidé.)

Alors je veux bien croire qu'il n'y a rien de grave, à la limite je ne me plains même pas des douleurs elles-mêmes, qui ne sont pas franchement gênantes, au pire elles me réveillent un peu ou m'empêchent de m'endormir ou encore me causent des cauchemars dans lesquels je fais une crise cardiaque. Mais je trouve l'explication « c'est l'angoisse » fort peu satisfaisante : certes, je suis hyper-ultra-anxieux de façon générale, mais les douleurs dont je parle ne se produisent pas spécialement aux moments où je le suis le plus. D'ailleurs, il y a d'autres symptômes que je ressens et pour lesquels on m'a dit, après examens, « c'est juste l'angoisse », par exemple une sensation d'essoufflement (léger mais net), qui n'est corrélée ni à mon impression d'angoisse ni aux douleurs dont je parle ici : pourquoi l'angoisse provoquerait-elle parfois le symptôme X et parfois le symptôme Y ? C'est peut-être vrai, mais ça ne satisfait pas mon esprit scientifique.

[#] Rendez-vous compte : mon poussinet a eu la grippe la semaine dernière, et je ne l'ai même pas attrapée !

(lundi)

Le mystère de mes voisins qui font du bruit à 6h

J'ai la malchance d'être très sensible au bruit quand il s'agit de dormir (parmi les différentes difficultés de mon sommeil), et comme j'ai le conduit auditif assez facilement irrité et le cérumen qui fait facilement des bouchons, je ne peux que très peu utiliser des protections auditives. Heureusement, l'immeuble où mon poussinet et moi habitons est relativement bien insonorisé et nous ne sommes guère gênés par nos voisins (qui par ailleurs sont plutôt âgés, donc pas trop le genre à écouter de la musique à fond pendant toute la nuit). Du moins c'est ce que je trouvais jusqu'à récemment, parce qu'il semble, depuis quelques semaines ou quelques mois, qu'il y ait eu un changement que je ne m'explique pas.

Nous entendons maintenant assez souvent des bruits de pas appuyés, des râclements comme des objets lourds ou des meubles qu'on traîne ainsi que des claquements de portes. Ils ne sont pas extrêmement forts, mais ils ont surtout ceci d'agaçant qu'ils durent très longtemps (parfois plus de deux heures de remue-ménage, or j'ai du mal à comprendre qu'on passe deux heures presque tous les jours à ranger son appartement ou à passer l'aspirateur), et surtout, ils commencent très tôt — à six heures du matin avec une grande ponctualité.

Déterminer l'origine d'un bruit est très difficile. Nous avons commencé par croire qu'il s'agissait des voisins du dessus (qui avaient emménagé récemment, donc qui étaient des suspects idéaux) : après leur avoir écrit une lettre restée sans effets, nous sommes allés frapper chez eux à 6h pour demander s'ils pouvaient faire moins de bruit, et ils nous ont expliqué qu'ils n'y étaient pour rien parce qu'ils dormaient. Nous nous sommes donc confondus en excuses, et nous en sommes restés au même point. Nous avons ensuite demandé à nos voisins d'à côté s'ils avaient changé quelque chose à leurs habitudes (ils sont là depuis longtemps et ne nous ont jamais dérangés ; il est vrai qu'ils se lèvent tôt, si j'en crois la lumière), mais ils nous ont assuré que non. Par ailleurs, personne d'autre que nous ne semble avoir remarqué un tel bruit, encore moins un changement soudain. J'ai mis un petit mot sur le tableau d'affichage des parties communes demandant si quelqu'un aurait une idée, mais sans succès (on m'a, il est vrai, fait remarquer que le bruit pouvait venir du dehors : ce n'est pas invraisemblable mais la nature des bruits me laisse plutôt penser à quelqu'un dans l'immeuble). La nuit dernière j'ai remarqué que la lumière était allumée à 6h (quand le bruit a commencé) trois étages au-dessus de chez nous, et comme le nom sur la porte est différent de celui sur la boîte aux lettres il est possible que ce soit un nouveau venu, mais j'ai un peu du mal à croire que nous soyons sérieusement gênés à travers trois étages.

Il est vrai que rien n'est sûr. Ces bruits pouvaient très bien exister depuis longtemps et ne s'être mis à me déranger que récemment, parce que j'aurais été particulièrement stressé ou parce que mes phases de sommeil auraient rendu plus facile un réveil vers 6h. Il se pourrait bien qu'il n'y ait pas qu'un seul voisin impliqué (peut-être que nos voisins d'à côté font un peu de bruit vers 6h, puis que ceux du dessus prennent le relai à 7h et que ce soit cette combinaison qui soit nouvelle). L'incertitude rend l'enquête beaucoup plus difficile. Toujours est-il que c'est une source de fatigue dont je pouvais bien me passer.

Un autre mystère auditif de notre immeuble, qui personnellement ne m'embête pas du tout mais apparemment trouble le sommeil de plusieurs de mes copropriétaires, concerne le bruit des impulsions électriques. Il faut savoir qu'EDF envoie à certaines heures sur le secteur une série d'impulsions électriques à 175Hz (2V) en plus de la tension nominale à 50Hz (plus exactement, jusqu'à 41 impulsions de 1s, séparées par des intervalles de 1.5s, codant une trame de 40 bits ; cette trame étant répétée plusieurs fois), ce qu'on appelle des impulsions « Pulsadis », qui servent à transmettre certaines informations notamment sur le passage heures pleines / heures creuses. Le mystère dans notre immeuble est que nous entendons ce signal, sous forme d'un bourdonnement sourd à certaines heures. Il n'y a aucun doute qu'il s'agit bien du signal Pulsadis, puisque mon poussinet est parvenu à décoder les trames à l'oreille (et que le son colle bien avec du 175Hz), mais le mystère est de savoir comment ce signal censément électrique devient audible ! Nous avons un transformateur EDF de quartier dans notre sous-sol, mais il semble que le bruit ne vienne pas directement de là (le signal doit venir de là puisque c'est sans doute le transformateur qui émet les impulsions à partir d'une commande de plus haut niveau, mais ce n'est pas directement lui qui rend ce signal audible) ; il y a probablement un rapport avec la ventilation de l'immeuble, peut-être un effet d'orgue, mais en tout cas le mystère n'est pas résolu et certains de mes voisins trouvent ce son vraiment gênant.

(mardi)

Le coût des changements de contexte mentaux

Le cerveau a ses propres rythmes. Quand je réfléchis à un problème, quel qu'il soit, et notamment mathématique, j'ai besoin d'un certain temps pour entrer en matière (appréhender le problème, me familiariser avec ce dont il est question, visualiser la situation), après quoi je peux y réfléchir constructivement pendant un certain temps, puis je fatigue et je m'en lasse. Mais même le fait de me dessaisir d'un problème a un certain coût : une fois qu'il s'est présenté à moi, je ne peux pas simplement l'oublier, j'ai besoin d'une forme de « clôture » intellectuelle — qui ne coïncide pas forcément avec la résolution du problème, mais au fait d'avoir l'impression d'en avoir fait le tour, de ne plus pouvoir améliorer ma compréhension, d'avoir dit tout ce que je savais dire. (Je peux très bien ne pas réussir à dormir parce que je n'ai pas « fini de réfléchir » à quelque chose.) Tout ceci impose des rythmes assez délicats, et le fait de me forcer à faire un « changement de contexte » mental, c'est-à-dire à laisser de côté un problème pour passer à un autre (sans pour autant oublier complètement le premier, que je reprendrai plus tard) me semble extrêmement coûteux (en temps ou en énergie intellectuelle).

C'est d'ailleurs une raison pour laquelle je n'assiste pas à énormément de séminaires : ce n'est pas qu'ils ne m'intéressent pas, mais souvent qu'ils m'intéressent trop : je vais commencer à réfléchir à ce que l'orateur raconte (ou, le plus souvent, à ce qu'il raconte pendant l'introduction avant de rentrer dans ses propres travaux, parce qu'il faut bien admettre que c'est souvent le plus intéressant en fait) et je risque de m'énerver pendant le séminaire lui-même « eh, je n'ai pas encore eu le temps de digérer intellectuellement l'énoncé précédent » parce que le rythme imposé est forcément rapide, et après coup perdre encore beaucoup de temps à réfléchir à ce qui aura été dit. (Et si plusieurs exposés se suivent, c'est encore pire, parce que j'ai énormément de mal à entrer dans le deuxième alors que je suis encore en train de réfléchir au premier, et ainsi de suite.)

Malheureusement, les rythmes auxquels je dois me soumettre ne sont pas forcément ceux que je voudrais, que ce soit à cause de mes enseignements, des disponibilités des collègues, des séminaires aux horaires fixés, ou même de mes propres rythmes de sommeil qui ne coïncident pas forcément avec ceux de ma pensée.

Hier matin j'ai enseigné un cours de cryptanalyse, ce qui m'a mis dans l'esprit toutes sortes de problèmes à ce sujet, qui ont été un peu brutalement remplacés l'après-midi par un problème informatique (très concret), ce matin je me suis rendu compte que je ne comprenais pas quelque chose en algèbre générale que j'ai donc dû approfondir jusqu'à ce qu'un collègue et son thésard viennent me proposer de discuter sur une question autour de certaines courbes de Shimura, demain matin je dois encadrer un TP sur les expressions rationnelles puis faire un cours sur les grammaires hors-contexte que je dois donc rafraîchir à mon esprit, après quoi je reprendrai sans doute la discussion avec mes collègues, puis jeudi matin j'encadre un nouveau TP et l'après-midi je dois faire passer un oral pour un cours d'algèbre (donc préparer des questions appropriées), et vendredi, après une séance d'un séminaire si j'en ai le courage (peu probable), ce sera à la cohomologie étale qu'il faudra que j'aie l'esprit pour continuer la rédaction avec un collègue d'un article sur le sujet (qui n'en finit pas de se finir). Chacun de ces sujets m'intéresse et je ne peux même pas dire que le rythme de passage de l'un à l'autre soit trop lent ou trop rapide, mais le fait est que ce n'est pas vraiment moi qui les contrôle, et c'est ça qui me semble très fatigant.

Je ne sais pas si c'est moi qui suis bizarre, en tout cas je ne crois pas avoir entendu d'autres chercheurs se plaindre de la difficulté à « changer de contexte », ou s'exclamer ce problème pourrait m'intéresser, mais je n'ai pas la force ou la mémoire à court terme pour créer un nouveau processus mental pour y réfléchir ! (bref, resource overflow).

(jeudi)

Pourquoi les rhumes me font-ils tant d'effet ?

Non seulement j'attrape énormément[#] de rhumes (cette fois c'est le troisième en trois mois — voir ici et — ce qui est tout de même assez exceptionnel même pour moi), mais en plus ils me font un effet terrible. En l'occurrence, il n'y a pas que le climat abominable de Londres, c'est mon poussinet qui me l'a refilé : sur lui, ça a juste causé une journée d'éternuements répétés et une petite fatigue et c'était fini ; alors que moi, je viens de me réveiller avec un mal de tête horrible, j'ai juste la force de consulter mes mails et de me traîner jusqu'à la pharmacie pour refaire provision de sérum physiologique, après quoi je vais sans doute passer la journée à dormir (ou en tout cas à ne rien faire — ce qui est un peu problématique vu que j'ai des millions de choses à faire, justement). Mais je voudrais bien une explication un peu scientifique à cette différence : mon système immunitaire est-il partiulièrement mauvais pour combattre les rhumes ? (et si c'est le cas, pourquoi ?), ou mauvais tout court ? ou est-ce qu'au contraire mon corps surréagit ? Et y a-t-il quoi que ce soit que je puisse faire à part souffrir et râler sur mon blog ?

((Ceci me fait penser qu'hier j'ai assisté à la triste scène d'une dame en train de se faire embobiner par un charlatan qui se présentait comme une sorte de guérisseur. Je ne sais pas au juste de quel mal physique ou psychique la dame souffrait, mais le discours du type en face, qui lui proposait de commencer par un cours de respiration — la première étape de sa série des trois B : Bien respirer, Bien manger, Bien vivre — pour la modeste somme de 150€ parce qu'il ne court pas après l'argent mais il est quand même docteur vous comprenez, qui lui promettait qu'elle serait une rebelle, mais une rebelle de l'action et pas une rebelle de la réaction, et qui était convaincu que il n'y a pas de hasard[#2], vous m'avez rencontré pour une raison, et moi je sais quelle est cette raison, faisait hurler toutes les sirènes dans ma tête. Je me suis un peu senti coupable de non-assistance à personne en danger de ne pas intervenir pour dénoncer toutes ces sornettes, mais j'ai un peu trop peur de la confrontation pour ça.))

[#] Ce qui a souvent conduit des gens à me soutenir que mes rhumes seraient en fait des allergies. (Je le mentionne, parce que je sens que sinon quelqu'un va dire exactement ça dans les commentaires.) Il est possible que je sois un peu allergique sans le savoir. Mais le fait que mes rhumes aient surtout lieu en hiver, qu'ils suivent une évolution claire et régulière (picotement à l'arrière-gorge → fatigue et nez bouché → toux), et surtout, que je puisse souvent identifier quelqu'un qui me l'a passé, plaide bien pour le fait qu'il s'agit d'infections.

[#2] J'étais à deux doigts d'écrire que la phrase le hasard n'existe pas est le signe infaillible du charlatan, et puis je me suis rappelé que j'avais récemment posté ceci. Ahem.

(samedi)

Les nombreux troubles de mon sommeil

Je suis hypocondriaque et donc, j'ai un sommeil d'hypocondriaque. Petite liste des choses qui m'empêchent de bien dormir et dont, si aucune n'est vraiment grave, l'accumulation n'est pas négligeable :

Chacun de ces points est plutôt mineur, et même quand on les met tous ensemble, je ne dors pas si mal que ça (en tout cas, il y a des gens qui sont beaucoup plus à plaindre que moi à ce chapitre), je m'endors relativement facilement, et s'il est vrai que je me réveille presque systématiquement pendant la nuit, lorsqu'il n'y a pas un réveil pour me perturber, je me rendors généralement assez bien, et la dernière partie de mes nuits, où je fais beaucoup de rêves, est vraiment agréable.

Je me demande, cependant, comment ça va évoluer en vieillissant, ou quand je tomberais malade : parce que des tracas mineurs un jour peuvent devenir beaucoup plus gênants combinés à d'autres circonstances.

(dimanche)

Nouvelle expérience en snowboard

[Photo de moi à la montagne][Photo de moi tenant un snowboard]J'avais essayé le snowboard l'an dernier en prenant juste une heure de cours (pas franchement un succès : mon poussinet s'était fait mal au poignet et un vautour nous avait tourné autour de la tête). Pas assez pour apprendre vraiment quoi que ce soit mais assez pour se faire une petite idée et décider que ça devrait me plaire. Cette année (après avoir changé d'avis sur le pied à mettre en avant), j'ai été un peu plus persévérant : nous avons repris deux heures de cours le mois dernier à Métabief, et en avons de nouveau fait — par nous-même — ce week-end à Termignon-Val-Cenis (les photos ci-dessus sont géolocalisées pour ceux qui veulent voir précisément où nous étions).

[Armure de protection]Comme je suis du genre angoissé, j'avais acheté plein de protections : des protège-poignets (à mettre entre les sous-gants et les gants), des protège-genoux et un casque en guise de bonnet (plus le masque de ski, évidemment). Très encombrant : ça me donnait un peu l'impression d'être un casseur de manifestant (cf. photo), mais au moins je me sentais rassuré. Et malgré les remarques ironiques de mon poussinet je ne pense pas que ç'ait été inutile : c'est justement quand on est débutant qu'on en a le plus besoin, et de fait, je suis tombé un nombre incalculable de fois sur les genoux et les poignets, et j'ai fait une fois un vol plané qui a terminé par un beau choc à la tête.

J'ai, donc, surtout commencé par beaucoup tomber. Notamment parce que je n'arrivais pas correctement à tourner vers la gauche.

Il faut dire que le snowboard étant fondamentalement asymétrique (sauf s'il s'agit d'un non-directionnel, c'est-à-dire que les deux bouts peuvent servir d'avant, mais je ne sais pas pourquoi ça a l'air d'être rare), on peut tout à fait ne pas être aussi à l'aise dans un sens que dans l'autre. Faire face à la pente (où on voit naturellement où on va) semble beaucoup plus naturel et confortable que faire dos à la pente (où il faudra regarder par-dessus son épaule). Et comme j'ai choisi finalement de mettre le pied droit à l'avant (« goofy ») — parce que c'est comme ça que je me positionne naturellement pour glisser sur de la glace — quand je fais face à la pente c'est pour descendre un peu vers la droite alors que quand je fais dos à la pente c'est pour descendre un peu vers la gauche (qui est alors, pour moi, la droite). Du coup je suis plus à l'aise sur une piste qui descend en tournant dans le sens des aiguilles d'une montre autour de la montagne (parce que je peux rester face à la pente et déraper gentiment vers la droite) que le contraire.

Évidemment, dès que la piste est un peu autre chose qu'une oblique régulière, il faut alterner entre ces deux positions (face à la pente et dos à la pente), et c'est surtout là que c'est délicat : j'ai assez vite maîtrisé le principe du virage qui passe de « dos à la pente » à « face à la pente » (virage côté dos, ou heelside[#], qui pour moi est vers la droite), mais dans l'autre sens (virage côté face, toeside) je me plantais absolument systématiquement. Et du coup je maudissais les lacets vers la gauche et je me retrouvais souvent comme un idiot au bord droit de la piste, sans savoir quoi faire ensuite. J'ai poussé une quantité de jurons en hurlant qui ont provoqué une certaine hilarité chez les autres skieurs. Ou alors je descendais simplement en dérapage (face à la pente) sans aller ni vers la gauche ni vers la droite, ce qui est un un peu l'équivalent pour le snowboard du chasse-neige du skieur débutant.

Le problème semble être que quand je faisais un virage toeside, ça prenait trop de temps dans la direction de la ligne de pente, je me retrouvais toujours à aller trop vite et je ne savais plus contrôler : soit je fonçais dans le talus soit je dérapais trop et je partais en marche arrière — et la tentation était grande de simplement se pencher en avant jusqu'à tomber sur la piste pour s'arrêter à grand renfort de frottement sur les genoux. À la limite j'arrivais à déraper dos à la pente (vers l'arrière, donc), mais pas me lancer et à contrôler ma vitesse dans cette position.

Et tout d'un coup (après deux heures hier et trois aujourd'hui à me manger des talus et à tomber sur les genoux), j'ai eu un déclic et j'ai « compris le truc ». Mais le plus frustrant, c'est que je ne sais pas ce que j'ai compris exactement, et je ne suis pas capable de le réexpliquer. Tout ce que je sais c'est que mon poussinet a insisté pour que je pratique le dérapage et l'avancée dos à la pente et l'arrêt dans cette position, et j'ai arrêté de foncer dans les talus et j'ai réussi à déraper correctement, et finalement à tourner vers la gauche.

Ce qui est vraiment dommage, c'est qu'à ce point, où enfin je commençais à pouvoir enchaîner des virages sans tomber, et surtout à prendre plaisir à surfer, quand j'ai pu prendre un bout de piste rouge, mes jambes étaient tellement fatiguées (et surtout le muscle fessier de la jambe arrière=gauche), tellement fatiguées de toutes ces pentes descendues à 1km/h en dérapant lentement à force de me crisper, que je n'en pouvais plus, et nous avons dû mettre fin à notre expérience.

Je réessaierai certainement l'an prochain, mais je ne sais pas si je me rappellerai le « truc » que j'ai fini par comprendre ou s'il faudra de nouveau passer des heures à mordre la neige avait de pouvoir contrôler ma trajectoire.

[#] Certains utilisent aussi les termes frontside et backside, mais j'ai l'impression de comprendre qu'il y a une grande confusion à ce sujet, certains les utilisant pour exactement le contraire de ce que d'autres font, donc autant éviter !

(lundi)

Nouvelles de saison

Quelle meilleure façon de commencer l'année que par un gros rhume ? (Ou une mini-grippe, ce n'est pas clair. J'ai mal à la tête, je suis très fatigué, et j'ai la gorge chargée ; j'ai alternativement très froid et très chaud, mais je n'ai que très peu de fièvre ; j'ai des courbatures mais elles sont localisées, c'est probablement des restes d'une séance de muscu un peu trop intense.) D'ordinaire je fais plutôt ça en décembre, mais janvier n'est pas mal non plus. xkcd a très bien décrit ce à quoi je passe mon temps.

La dernière saison de House MD passe à partir de demain soir à la télé, ce sera parfait pour l'apprécier.

(lundi)

Stress maladif saisonnier

La rentrée et son déferlement de stress (ce n'est pas un hasard si ce post vient un an après celui-ci). J'ai un emploi du temps d'enseignement passablement lourd jusqu'à mi-novembre, avec tous ces cours généraux qui se concentrent en début d'année (David, tu veux bien faire un cours expliquant toute la crypto en quatre heures pour le master TrucMuche de Paris 42 ? — Oui, pas de problème), et notamment un cours d'Analyse que je fais pour la première année et dont je ne sais pas pourquoi je l'ai accepté parce que je suis nul en Analyse et que du coup je dois le préparer un peu sérieusement. (Quand je vois la fatigue que je ressens après trois heures de cours, je dois dire que j'admire comme des véritables héros les profs de lycée qui non seulement endurent un rythme très lourd toute l'année mais en plus ont souvent face à eux des élèves véritablement hostiles et pas seulement indifférents.) Un entretien d'évaluation annuel où il va de nouveau falloir que je défende mon choix de ne pas publier des merdes pour faire du chiffre (i.e., on va me dire que je ne fais rien depuis des années). Et des tracasseries administratives (il y a eu des conflits d'emploi du temps à régler, mais surtout je n'ai pas de nouvelles de mon détachement, ce qui fait que depuis le 1er septembre je suis dans les limbes administratifs).

Le fait est que je somatise. J'ai la tension qui frôle les 15/8 (c'est uniquement l'adrénaline, je ne suis pas « intrinsèquement » hypertendu) et j'ai fait plusieurs petits craquages nerveux. (Ce qui rend peut-être la chose pire, d'ailleurs, c'est qu'en-dehors de certains moments précis, je donne l'apparence d'être plutôt calme : je peux dire je suis hyper stressé, surtout en ce moment et les gens, en fait, ne me croient pas.) Mon poussinet me pousse à aller voir un médecin, mais si on me mettait en arrêt maladie ça ne ferait que repousser les problèmes de quelques jours (et sans doute les empirer s'il faut se demander comment je peux me faire remplacer pour tel ou tel cours, sans compter la culpabilisation insidieuse qu'on fait facilement autour de ça) ; peut-être le médecin du travail de mon École.

(samedi)

Ruxor et le poussinet

Photos prises cet après-midi à la Gay Pride Marche des Fiertés par quelqu'un qui a dû nous trouver trop mœugnons :

[Moi tenant mon poussinet dans mes bras][Mon poussinet et moi nous embrassant]

(En fait, il n'était pas prévu que nous y allassions. Mais j'ai attrapé un méga rhume carabiné qui nous a fait renoncer à un petit voyage ce week-end. Donc nous sommes restés à Paris regarder défiler les jolis garçons et les gentilles filles.)

(samedi)

Des nouvelles de mon œil

Je suis finalement allé voir un dermatologue pour la petite lésion à ma paupière (en médecine de ville parce qu'obtenir un rendez-vous au service de dermatologie « pavillon Tarnier » de Cochin prend trois mois, et il faut une première consultation avant toute intervention ; je me suis adressé au même spécialiste qui m'avait traité un grain de beauté en 2003, et qui m'avait fait une bonne impression[#], d'ailleurs confirmée cette fois-ci). Apparemment, donc, c'était une verrue que j'avais, et il l'a traitée sans difficulté, et sans bistouri, en la brûlant à l'azote liquide (il m'a prévenu que pendant dix-quinze jours ma paupière aurait un aspect un peu effrayant) ; et les autres petites lésions que j'ai au visage sont sans rapport, ce sont des adénomes sébacés, disgracieux mais d'aucune importance médicale (il m'a traité deux ou trois des plus gros).

Ce qui m'impressionne avec la dermatologie, c'est qu'il y a un zillion de trucs différents possibles, chacun pouvant prendre un zillion d'aspects, mais, en fait, avec énormément de ressemblance entre certains aspects de X et certains aspects de Y pour à peu près n'importe quelle paire (X,Y), et malgré ça les spécialistes arrivent généralement à faire un diagnostic en un coup d'œil. (Mais pas tous les médecins, apparemment, puisque mon généraliste ne savait visiblement pas quoi dire, là.)

[#] Puisque je le recommande autant donner son nom : il s'agit du Docteur Raoul Triller, 36 ave. Hoche (Paris 8e).

(samedi)

Où Ruxor s'inquiète pour son œil

[Mon œil droit]Depuis environ dix-douze ans, j'ai une sorte de nævus, de kyste ou de petite verrue sur le bord de la paupière inférieure de l'œil droit. Je ne sais pas comment cette tumeur a décidé de pousser là, je n'avais rien quand j'étais petit. Mais bon, elle n'était pas gênante non plus, à part un peu quand je pleure (ou que je mets des goutte dans mon œil) car elle doit émettre des sécrétions grasses qui me piquent un peu. Bref. Mais très récemment (deux-trois jours), elle a changé d'aspect, développant elle-même en son bord une petite protubérance d'aspect fort vilain, et un peu noire (ça ne se voit pas vraiment bien sur la photo ci-contre, où on a l'impression que c'est juste le bord qui est un peu plus foncé, mais en fait la couleur noirâtre est plutôt vers l'arrière). Comme en plus elle me gratte un peu plus que d'habitude, tout ceci fait hurler mes alarmes d'hypocondriaque[#] (même si mon poussinet me fait remarquer que la partie altérée est vraiment minuscule), et je vais vouloir la faire opérer le plus vite possible. D'ailleurs j'ai pris rendez-vous lundi chez mon généraliste pour lui demander conseil (qui va-t-on voir dans ce cas-là, quel est le degré d'urgence…).

Je l'ignorais[#2], mais il semble que les paupières relèvent de l'ophtalmologie et non de la dermatologie. Un dermatologue (qui avait pratiqué l'exérèse d'un grain de beauté au menton qui me gênait quand je me rasais) m'avait pourtant assuré qu'il pourrait m'enlever cette chose (je parle de la tumeur, pas de la paupière) si je le voulais. D'un autre côté, il l'avait mentionnée en me demandant qu'est-ce que vous avez à la paupière ?, à quoi j'ai eu envie de lui répondre que c'était plutôt à lui de me le dire que le contraire.

En tout cas, l'idée de voir passer un bistouri à quelques millimètres de mon globe oculaire me réjouit fort peu, mais il va bien falloir s'y résoudre.

Ajout () : Mon généraliste m'a conseillé de voir un dermatologue (il m'a suggéré de m'adresser au pavillon Tarnier, qui est une annexe de Cochin), plutôt qu'un ophtalmologiste, parce qu'il pense que c'est lié à une autre petite lésion que j'ai à la joue du même côté. En tout cas il m'a dit de le faire enlever sans trop tarder. (Et comme il n'a pas voulu se mouiller et a utilisé le mot lésion dans sa lettre au dermatologue, je ne sais toujours pas de quoi il s'agit.)

[#] D'ailleurs, je viens de faire un cauchemar dans lequel une araignée venimeuse entrait dans mes vêtements : et je pense que c'est lié.

[#2] Je ne connaissais pas non plus le mot palpébral.

(jeudi)

The Life and Times of Altcee

Comme promis dans l'entrée précédente où je raconte la manière dont ce texte a été récupéré, voici

The Life and Times of Altcee
(being the true and marvelous story of the life of a young guileless boy growing up in a small destitute village under the stern sway of a wicked father, told in the most plain and simple prose without the use of cliché or exaggeration)

écrit vers 1988–1990 par un auteur anonyme dont on ne sait pas bien comment son œuvre s'est retrouvée sur les disquettes de mon père. Il n'y a là que sept très courts chapitres (un peu à la manière de mes fragments littéraires gratuits) et le titre prometteur d'un huitième mais je ne crois pas que le texte ait jamais été plus long.

Le sarcasme paternel mériterait sans doute quelques explications, parce que c'est plein de références à des événements me concernant, explications que je ne suis malheureusement plus trop capable de fournir, ayant oublié les événements en question ; je ne peux, par exemple, que conjecturer que j'avais dû poser un jour six francs sur le coffre dans l'entrée chez mes parents, que mon père aurait empochés sans y réfléchir, et que j'ai été très en colère de cette disparition ; je ne me rappelle plus bien non plus si je faisais des histoires quand on me demandait d'aller acheter le pain, j'imagine que je n'aimais pas trop ça, mais je ne sais pas si c'était une occurrence unique (mon père étant parfaitement capable de se moquer de moi pendant quinze ans après) ou quelque chose de plus fréquent. Je sais aussi que je refusais catégoriquement de participer au ramassage des feuilles mortes dans le jardin, et qu'en représaille mon père avait décidé de ne plus me faire de cadeaux de Noël. Concernant le chapitre 4 (à mon avis le plus drôle), il est vrai que j'étais — et que je suis encore — fort grincheux concernant le bruit que les voisins pouvaient faire à la moindre fête, et mon père trouvait que si j'avais déjà une mentalité de vieux pépé grincheux à treize ans ça n'allait pas s'améliorer.

Le nom du héros, Altcee, vient de ce que mon père m'appelait tellement souvent crétin qu'il disait qu'il lui fallait définir un racourci clavier pour ce mot, par exemple Alt-C (pour the C-word), donc, Altcé ou Altcee.

(lundi)

J'essaie (très timidement) le surf

Dans le genre vacances tranquilles, on peut dire que mon poussinet et moi faisons très fort : sur cinq jours passés à la montagne, on aura fait des sports de glisse pendant… une heure. (Parce que le premier jour on a juste le temps d'arriver et de s'installer tranquillement, le deuxième jour il y a des choses à faire à la maison et des cartes postales à envoyer, le troisième jour le poussinet doit travailler à écrire l'introduction d'un article parce que ses co-auteurs s'impatientent, le quatrième jour on arrive à sortir l'après-midi après s'être levés à 10h, et le cinquième jour il faut plier bagages.) Bon, nous avons pour excuse des températures de −20°C qui ne donnent pas trop envie de sortir malgré le soleil magnifique et la neige abondante. Et comme la maison appartient à mes beaux-parents, nous ne payons pas de location rubis sur l'ongle. Mais même moi qui suis le roi des casaniers je dois reconnaître que c'est dommage.

[Photo de moi tenant un snowboard]La condition que j'avais posée pour venir à la montagne était : cette année, on fait du surf. Parce que le ski, même si je ne suis pas mauvais, je trouve ça un peu ennuyeux, en fait : c'est plus rigolo de débuter et de passer tout le temps sur les fesses. Et le snowboard c'est sexy, les gens qui en font sont souvent des jolis garçons (enfin, en tout cas, ce sont souvent des djeunz, j'ai l'impression qu'il y a plus de garçons que de filles, et mon poussinet et moi aimons bien le style vestimentaire qui va avec). Bref, nous avons pris un cours d'une heure auprès de l'école du ski français, le moniteur nous a assuré que c'était un sport où on progresse très vite surtout si on a déjà l'habitude du ski, et effectivement en quelques montées et descentes du tier-fesse et de la piste pour débutants (dont la neige était d'ailleurs très collante à cause du froid), on a pu voir un peu l'idée.

Le truc perturbant c'est qu'on ne peut pas freiner sans tourner ; et que si on freine trop fort, on peut se retrouver à avoir trop tourné et du coup à repartir en sens inverse, auquel cas c'est la chute assurée. C'est aussi bizarre que l'engin soit chiral, ou plus exactement que la fixation le soit : il faut choisir quel pied on mettra devant, sachant qu'on s'appuie sur celui-là mais qu'on contrôle avec le pied arrière ; mon poussinet et moi avons choisi la position gauche-à-l'avant (est-ce un message politique ?) mais mon poussinet, qui est gaucher, aurait en fait sans doute dû prendre l'autre. En tout cas, il a fait une chute assez méchante sur la neige bien dure et s'est fait très mal au poignet (droit), ce qui a mis un terme à notre peu téméraire expérience.

Sur une note différente, nous avons pu admirer de très près un gypaète (ou du moins c'est ainsi qu'on nous a identifié ce grozoizo) qui est venu longuement tournoyer au-dessus de la piste. Hum, peut-être que ce n'est pas un très bon signe d'avoir un vautour qui tournoie autour de nos têtes alors qu'on fait un sport dangereux, en fait. 😲

Bon, l'an prochain, mon poussinet et moi essaierons sans doute plus sérieusement (peut-être d'arriver à faire vraiment cinq jours de surf, du style chaque fois une heure de cours puis quelques heures par nous-mêmes).

(lundi)

Musculation et futilité

Pour la quatrième fois consécutive, j'ai déboursé une somme ridiculement élevée (et qui augmente, d'ailleurs, nettement plus vite que l'inflation ; cette année j'ai eu de la chance, je suis arrivé la veille de la révision des tarifs, et je n'ai craché « que » 840€) pour m'inscrire au Club Med Gym afin d'y faire de la muscu.

C'est donc l'occasion de me demander pourquoi au juste je fais ça, et affronter mes contradictions à ce sujet. Enfin, affronter, peut-être pas, mais au moins contempler.

La première année je n'ai quasiment pas profité de cette inscription payée à prix d'or. Mais à partir de fin 2009 (environ), j'ai été raisonnablement sérieux (raisonnablement sérieux, ça veut dire quelque chose comme 3–4 séances chaque semaine, d'à peu près une heure, et en me fatiguant vraiment). Et je ne sais pas, en fait, pourquoi je le fais. Certainement pas pour la santé : je soupçonne que c'est même vaguement néfaste, et que si je voulais m'occuper de ma santé je devrais plutôt faire du cardio-training (j'ai à peu près autant d'endurance qu'un muon : 2.2µs) et pas de la muscu. Pas non plus pour regarder des jolis garçons : même si la faune dans une salle de muscu est à 95% masculine et respire la testostérone, en vérité elle n'est pas très intéressante du point de vue esthétique.

Pour soigner mon apparence, alors ? La différence (par rapport à il y a deux ans) est certaine si je me regarde nu dans un miroir, et c'est sûr que ce n'est pas désagréable. Mais les gens qui me voient nu ne sont pas très nombreux : il y a mon poussinet, qui s'en fout… et c'est tout. Comme je n'ai pas l'habitude de mettre des vêtements hyper moulants (au contraire, je porte plutôt du baggy), à part les quelques jours de l'été où j'aurai un débardeur, personne ne remarquera si j'ai des bras musclés ou encore moins des tablettes de chocolat. (Et même les quelques jours de l'été où je suis peu couvert, on va surtout voir que je suis blanc comme une endive.) De toute façon, j'ai un squelette à la carrure d'apparence chétive ; de toute façon je n'ai sans doute pas un métabolisme à prendre beaucoup de muscle ; et de toute façon je n'ai pas le temps d'y passer ma vie comme les gros bourrins qui ont l'air d'être toujours là quelle que soit l'heure à laquelle je puisse aller à la salle de muscu. Donc même si j'ai une petite satisfaction intérieure à constater que sur l'échelle impitoyable du curseur placé sur le tas de fonte (si certains se demandaient de quoi parlait ce fragment, vous avez la réponse…) je suis en fait plutôt dans les meilleurs, je n'ai aucune chance d'approcher le niveau de ces gros bourrins. Parce qu'il y a vraiment des gens qui prennent ça avec un sérieux impressionnant quand ils discutent de leur programme, quand ils parlent de phase de séchage ou de prise de poids, de la différence entre tel ou tel mouvement, on ne peut qu'admirer tant de science (même si, à vrai dire, je suis un peu sceptique quant aux fondements scientifiques de tous ces préceptes ; je crois que c'est juste le temps qu'ils y passent qui explique tout).

Il y a sans doute le fait de taper dans mes complexes d'ado moche et nul en sport, et qui m'autoconvainquais que je n'aimais pas le sport et que c'était un truc à la con. (Pardon, j'ai eu une discussion interminable avec un ami sur la question de savoir si la musculation peut être considérée comme un sport. Je corrige donc virtuellement sport en activité physique ou sportive dans ce qui précède.) Je voudrais me prouver à moi-même que je peux ne pas être malingre toute ma vie.

Mais finalement, je pense que c'est un exercice de futilité absurde. Soulever un poids et le reposer, recommencer, recommencer, recommencer, et compter les ordinaux, ça fait penser à quelque chose :

Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.

(jeudi)

Mon autobiographie « informatique »

Puisqu'en réponse à la note en bas de texte de l'entrée précédente on me dit que ce n'est pas problématique de parler sur un blog de ce dont tout le monde parle déjà, la mort d'un grand génie de l'informatique, si on en parle d'un point de vue personnel, je me lance, profitant d'un peu de calme avant que, sans doute, tous les journaux en fassent leur une et que M. Obama prononce un discours saluant un grand visionnaire américain qui a changé le monde, puisqu'il n'y a aucun doute que le langage C et le système Unix ont eu beaucoup plus d'importance et d'influence que les produits Apple.

Bref, voici une petite histoire (que je recopie très largement d'un truc posté ailleurs il y a quelques années) de la façon dont j'ai été mis en contact avec l'informatique en général, et avec Unix en particulier (bon, le rapport avec Unix est très ténu, c'est juste un prétexte pour poster ça) :

Un jour, je pense que c'était en '81, donc j'avais juste cinq ans, mon père m'a emmené avec lui à l'IHP (à l'époque ça hébergeait divers labos qui devaient dépendre administrativement de Paris VI, et notamment celui où mon père bossait depuis sa thèse, à une brève excursion à Luminy près). Il devait parler avec quelqu'un donc on m'a laissé dans la grande salle commune (donnant sur la rue Pierre et Marie Curie — mais de toute façon tout l'intérieur a été complètement transformé maintenant, il n'y a plus rien de ce qui était là autrefois). Il y avait un PET de Commodore, alors on m'a dit de faire joujou avec l'ordinateur. Mon père a parlé pendant très longtemps, et s'est rendu compte qu'il m'avait complètement oublié : un peu inquiet, il est venu me retrouver, et moi je n'avais pas vu le temps passer, j'avais pianoté sur le clavier pendant des heures. Pour éviter qu'on me prenne pour un génie précoce, je précise que je ne savais à peine lire, et je ne me suis sûrement pas mis à programmer : j'ai juste joué à regarder ce que les touches pouvaient produire comme effet, à déplacer le curseur et à afficher des choses partout sur l'écran. Il faut dire que le clavier du PET avait quelque chose du Space Cadet, il y avait toutes sortes de choses qu'une même touche pouvait produire, et notamment des petits dessins (block drawing, je veux dire) sous les touches.

Cette révélation du premier contact avec l'informatique a eu pour conséquence que mon père a décidé d'acheter un micro-ordinateur (pour moi et lui, ma mère n'étant absolument pas intéressée — mais pour moi il estimait que ce serait un bon achat éducatif). Il a dû passer un bon moment à prospecter et à discuter avec moi pour savoir ce qu'on allait acheter. En attendant j'ai dû revenir plusieurs fois sur le PET de l'IHP pour programmer mes premiers trucs en BASIC — à peu près du niveau de 10 PRINT "BONJOUR"␊20 GOTO 10 ou des choses de ce style.

(lundi)

Nouvelles en vrac

  • Je commençais à trouver bizarre de ne recevoir aucune information concernant ma carte bancaire que j'ai perdue : j'avais immédiatement fait opposition par téléphone et, le lendemain, envoyé une lettre à mon agence pour (1) confirmer l'opposition et (2) demander que la nouvelle carte soit envoyée dans une autre agence ; une semaine plus tard, pas d'avis de mise à disposition de carte, pas de code qui arrive, rien. J'appelle un conseiller qui m'explique candidement que, non, aucune demande de nouvelle carte n'a été reçue pour moi : apparemment, le fait de faire opposition sur une carte et de demander que la nouvelle soit envoyée à tel endroit ne constitue pas une demande implicite de nouvelle carte. J'ai un peu l'impression de parler à des logiciens ! Bon, maintenant la demande a été faite, je suppose qu'ils vont trouver moyen d'oublier ma demande de réexpédition, et qu'entre temps le transfert d'agence va faire effet, et que ça va tout embrouiller. Face à tant de nullité, je me prépare donc mentalement à rester des mois sans carte.
  • Devant les manœuvres sournoises de la météo qui est passée presque du jour au lendemain du mois de juin au mois de novembre, mon corps a réagi comme il en a l'habitude : en me gratifiant d'un rhume carabiné. Si j'ai de la chance, je vais donc passer environ dix jours à grelotter et à me sentir épuisé dès que je soulève le petit doigt. Si j'ai moins de chance, ce sera comme l'an dernier où ça a duré des mois. Mais généralement, quand j'ai un rhume, le pire n'est pas tant les symptômes du rhume, le pire est la quantité de choses que je n'ai plus l'énergie de faire parce que je me sens complètement flagada. (Et loi de Murphy aidant, c'est bien sûr le moment que choisissent plein de gens pour me proposer des activités auxquelles j'aimerais participer.)
  • Dans la catégorie des petits tracas de santé, depuis quelques mois, mes gencives sont en train de se rétracter, surtout au niveau des canines (me transformerais-je en vampire ?), qui deviennent sensibles au froid et au chaud. Mon dentiste, qui y a vu l'effet d'un brossage trop agressif, m'a seulement conseillé de faire plus attention en me lavant les dents, mais j'ai beau le faire avec un soin infini, toujours de la gencive vers la dent, avec une brosse à dent souple et un dentifrice spécial gencives sensibles, j'ai beau ne plus jamais me faire saignoter en me brossant (alors qu'autrefois ça m'arrivait assez souvent), le problème persiste et semble même s'accélérer. De même que j'aimerais bien savoir comment j'ai pu vivre 25 ans sans avoir une seule carie et tout d'un coup m'en découvrir avec une régularité effrayante, j'aimerais bien comprendre comment ce problème peut apparaître aussi soudainement.

(dimanche)

Anxiété maladive

Mes lecteurs réguliers doivent déjà savoir que je suis pathologiquement hyperanxieux : je fais occasionnellement des crises d'angoisses et des troubles mineurs du rythme cardiaque (tachycardie, extrasystoles) d'origine à coup sûr psychosomatique (de même, ma tension de base est bonne, mais elle monte très facilement) ; et comme je suis gravement hypocondriaque, ça n'aide pas. On m'a prescrit de l'Atarax pour les crises d'angoisse, et du propranolol pour éviter la tachycardie. Ça marche assez bien : j'ai réduit la dose de propranolol à 10mg/jour au coucher (le cardiologue m'avait initialement prescrit 60mg/jour en trois prises), et je ne prends l'Atarax qu'assez rarement et en quantités faibles (6mg, ce qui nécessite d'ailleurs de couper les comprimés plus que ce qui est prévu) ; je compte surtout, en fait, sur la puissance de l'effet placébo. Et je prends des tisanes, j'essaie de me détendre en écoutant de la musique douce… Les crises d'angoisse et la tachycardie sont assez bien sous contrôle, en fait.

Mais j'ai dans les prochains jours quelque chose qui m'angoisse et me met en colère à la fois (pour des raisons évidentes, je préfère rester totalement vague sur ce dont il s'agit). De façon totalement irrationnelle, bien sûr, mais néanmoins incontrôlable. La réaction psychologique que j'ai est maladive, mais la réaction physiologique n'est pas moins pathologique en elle-même : il suffit que je pense à cet événement (notamment la nuit) pour que je sente une véritable bouffée de chaleur, à tel point que je me mets à transpirer de tout mon corps. (Je ne sais pas si c'est ce que ressentent des femmes au moment de la ménopause, mais en tout cas c'est très déplaisant.) Le propranolol n'a pas l'air d'avoir beaucoup d'effet contre ça, bizarrement. J'ai l'impression que c'est une nouvelle forme d'anxiété ou d'hyperexcitation que je ne connaissais pas encore bien.

(mardi)

Retour de Cologne

Mon poussinet et moi sommes rentrés hier soir de Cologne, où nous avons passé un week-end étendu. Je raconterai sans doute plus de détails plus tard (là j'écris de façon très pressée), mais nous avons beaucoup aimé.

Nous n'avons pas choisi Cologne pour ses vieilles pierres (et, de fait, à ce rayon, nous avons juste fait un tour de la cathédrale au pas de course, le reste ayant de toute façon été à peu près totalement détruit pendant la guerre), mais pour voir une ville jeune et vivante, et parfois décrite comme la capitale gay de l'Allemagne. De fait, ce que j'aime bien trouver dans une ville, ce sont des rues piétonnes commerçantes et animées. (Si on se demande quel genre de commerces je peux trouver à Cologne et pas à Paris, deux exemples seraient un magasin entier de Gummibärchen, ou un supermaché gay où je puisse trouver des BD de Ralf König en VO.) Comme la ville n'est qu'à trois heures de Paris en Thalys (et les billets ne nous ont rien coûté parce que mon poussinet avait des points de fidélité à dépenser), c'était une destination assez évidente. (En revanche, les jours n'étaient pas forcément un choix idéal, parce que le dimanche — encore plus qu'en France — tout ce qui n'est pas commerce d'alimentation est fermé ; mais nous nous sommes rattrapés sur le musée du chocolat.)

Par ailleurs, comme je me déplace aussi pour la bonne chère, on n'a pas mal mangé à Cologne (et pas que des Gummibärchen), malgré la réputation qu'a la cuisine allemande d'être grasse et lourde et dont je n'ai absolument pas testé la véracité pour l'instant. (J'ai juste pu, une fois de plus, m'énerver contre l'impossibilité d'obtenir de l'eau plate à table. Ne pas boire de bière est un handicap certain à Cologne.) Il y a aussi plein d'endroits sympa pour prendre un goûter. Accessoirement, notre hôtel (un bête Mercure) avait le buffet de petit-déjeuner le plus extraordinairement fourni que j'aie jamais vu.

Et mon allemand à l'oral est décidément lamentable, malgré tous les efforts que prodiguait mon poussinet pour me pousser à le pratiquer (va expliquer à la réception qu'il y a une fuite d'eau dans la clim qui a provoqué l'effondrement d'une dalle du faux plafond — ben voyons).

Ah, et j'ai réussi l'exploit d'attraper un coup de soleil malgré la météo pourrie.

(mercredi)

Je n'ai pas les épaules symétriques

J'ai dans le dos une région ingrattable. C'est-à-dire que quelles que soient les contorsions que je fasse, si ça me démange dans ce coin (en gros, sur l'omoplate gauche), je ne peux pas me gratter, sauf à prendre un accessoire[#] ou à appeler un poussinet à l'aide.

La faute en est à mon épaule droite. Je ne sais pas comment ça se fait, mais j'ai beaucoup moins de mobilité dans le bras droit que dans le bras gauche. Avec mon bras gauche, pas de problème : si je mets ma main gauche contre mon dos (à plat, ouverte, dos contre dos, paume vers l'extérieur), je peux sans problème plier le coude pour remonter, plier le poignet pour remonter encore un peu, et atteindre presque n'importe quel point de la moitié droite de mon dos (et ceux qui sont vraiment trop haut pour y arriver comme ça, je peux les atteindre en passant mon bras gauche par au-dessus de mon épaule droite et en descendant : les deux régions se recouvrent et il ne me manque rien). Avec mon bras droit, c'est une autre histoire : si je mets ma main droite contre mon dos, mon épaule se positionne différemment, et pas moyen de plier le coude, ni même le poignet, sans me faire mal à l'épaule : le plus haut que je puisse toucher est un ou deux centimètres au-dessous de mon omoplate gauche (alors qu'avec la main gauche je peux remonter presque jusqu'en haut de ma colonne vertébrale). Je ne peux donc me gratter le haut du côté gauche du dos qu'en passant ma main droite par-dessus mon épaule gauche et en descendant jusqu'au point où je m'étrangle : ça n'arrive pas jusqu'à la base de l'omoplate, et j'ai donc des régions ingrattables.

Bref, mes épaules ne fonctionnent pas de la même façon. Je m'en rends compte de façon frappante si je me tiens poing contre poing dans le dos (c'est-à-dire, les deux mains fermées en poing, paume vers l'extérieur, l'une contre l'autre au niveau de la colonne vertébrale) : quand je fais ça, mon épaule droite est positionnée nettement plus en avant que mon épaule gauche, et d'ailleurs je sens que ça tire déjà un peu. (Je précise que quand je me tiens normalement il n'y a pas de différence.)

C'est sans doute aussi l'explication que je peux sans problème enfiler un sac à dos en passant d'abord le bras droit et ensuite le bras gauche, mais beaucoup plus difficilement dans l'autre sens.[#2]

Je me demande si je suis irrémédiablement foutu comme ça, ou s'il y aurait moyen d'assouplir gentiment mon épaule droite pour lui apprendre à faire comme la gauche.

[#] Idéalement, ce genre de baguettes, qui ressemble un peu à un sceptre, avec une main au bout, et qui sert à se gratter le dos. Je ne sais pas où ça peut se trouver.

[#2] Je ne sais pas comment font habituellement les droitiers. L'inconvénient de passer le bras droit en premier, c'est que le poignet gauche a tendance à râcler un peu contre la lanière gauche du sac, ce qui n'est pas grave sauf si on porte une montre au poignet (gauche, comme c'est habituellement le cas pour les droitiers). J'ai déjà pété un bracelet de montre en faisant ça.

(mardi)

Utilikilt

J'aime beaucoup les kilts, je trouve ça à la fois sexy à regarder et confortable à porter. Mais il y a deux problèmes : le premier, c'est que comme tout un tas de choses qui touchent de trop près à un héritage culturel, les gens ont plein d'idées sur l'importance de l'authenticité. S'agissant des kilts, ces idées seraient : qu'il ne faut rien porter dessous, ou qu'on doit porter le tartan de son clan — et par conséquence qu'on ne doit pas porter le kilt si on n'est pas écossais/irlandais/gallois —, ce qui d'ailleurs n'est même pas une tradition historique exacte, comme le kilt lui-même d'ailleurs, ça semble faire partie de ces traditions qui sont apparues aussi soudainement que la parution de Waverley. Mais j'ai déjà exprimé ce que je pense de la quête de l''« authenticité », donc passons. Toujours est-il que si on porte un jean personne ne veut que vous soyez un mineur californien alors que si on porte un kilt on est censé être écossais : c'est assez idiot.

Problème nº2 : les kilts n'ont pas de poche. Ça c'est vraiment embêtant. Moi je me balade avec tout un matériel de survie quand je vais n'importe où (un psychanalyste m'a dit — la seule fois de ma vie où j'ai parlé avec un psychanalyste dans l'exercice de ses fonctions — que c'était probablement parce que mes parents n'avaient pas bien rempli leur rôle que je me sentais obligé d'avoir plein d'objets rassurants avec moi partout où je vais — authentique). Même si je fais au minimum, il y a au moins mon portefeuille, mon porte-monnaie, mon téléphone mobile, mes clés et un paquet de mouchoirs ; je n'aime pas mettre ça dans mon blouson parce que je m'en défais plus facilement, et d'ailleurs en été je n'en ai pas du tout. Bon ben pour transporter des objets, quand on a un kilt, on est censé (pour faire « authentique ») utiliser un sporran : eh bien ces trucs sont minuscules, malcommodes, et quand on marche avec ils rebondissent à chaque pas et ils ont l'air spécialement conçus pour (a) taper dans les couilles du porteur et (b) faire du bruit et attirer tout le voisinage sur le fait qu'on se balade en kilt (et qu'on se fait broyer les couilles).

[Digression :] En fait, si on veut attirer l'attention, le kilt ne marche pas si bien que ça. Ce qui marche beaucoup mieux, et qui souffre exactement des mêmes défauts que je viens de signaler (la difficulté d'atteindre l'authenticité, et le manque cruel de poches), c'est la toge romaine. J'en ai porté une, une fois (ça avait été super dur de trouver une description précise et fiable de comment le tissu devait être coupé et comment il fallait le plier), et je peux témoigner que les gens vous regardent vraiment bizarrement. Et par ailleurs c'est complètement merdique parce que non seulement on n'a pas la moindre poche mais en plus la toge monopolise complètement un bras qui aurait pu, sait-on jamais, servir à quelque chose d'autre qu'à porter un foutu pli de la chose. On voit que c'était un vêtement porté par des gens riches qui avaient des esclaves pour leur éviter de se servir de leurs mains. Ah, et puis ça se défait dès qu'on fait trois pas (enfin, ça c'est peut-être parce que ma toge n'était pas dans le bon tissu ou simplement parce que je ne suis pas né dans une famille de ces gens riches qui n'avaient rien de mieux à faire qu'apprendre les déclinaisons et à porter la toge). Mais je reviens au kilt.

J'en avais déjà un (un noir, pour éviter l'épineux problème de trouver un tartan approprié et « authentique »), acheté ainsi que le sporran et le ghillie shirt qui vont avec sur ce site. C'est joli, mais comme je viens de l'expliquer c'est fort peu pratique, donc je ne le mets jamais.

Heureusement, les Américains sont venus à la rescousse du kilt comme ils étaient venus à la rescousse de la pizza (i.e., pendant que les Italiens se disputent pour savoir si c'est permis de mettre des champignons sur une pizza, eux n'ont aucun problème à y mettre des ananas ou du poulet « à la thaïlandaise »).

La rescousse prend la forme d'une compagnie appelée Utilikilts et qui a comme le Bauhaus adopté la devise de Louis Sullivan : Form follows function. Pas de souci d'authenticité et, par contre, de vraies poches. Et ce n'est pas moins sexy qu'un kilt original si on arrive à croiser les bras en prenant un air féroce. Mais en contrepartie, c'est vendu à un prix corsé (et rendu encore plus exorbitant par le fait qu'UPS prend, en plus du prix du transport, une demi-dizaine de frais de dossiers différents pour la présentation aux douanes). Hélas, aucune compagnie européenne ne fait de truc semblable (peut-être par peur du courroux des Écossais). Bon ben j'ai fini par craquer et en acheter un.

Et je dois reconnaître que, sauf vice caché, je n'ai pas été trompé sur la marchandise : la coupe est (une fois suivies leurs instructions précises sur la façon de mesurer la taille) parfaite, ça tombe bien, c'est agréable à porter, et les poches sont bien faites (elles sont spacieuses et largement séparées du kilt, et pourtant elles ne s'agitent pas quand on marche comme le ferait un sporran). Globalement je suis content de l'achat, et contrairement au kilt que j'avais déjà, celui-là je risque de le porter plus souvent que jamais.

(Photos à venir si je trouve quelqu'un pour en prendre.)

(lundi)

Plouf dans la Garonne

J'étais à Bordeaux ce week-end, et j'ai vu quelqu'un se jeter dans la Garonne.

Plus précisément, c'était samedi (2011-07-09) vers 17:30+0200, sur le pont de Pierre. Mon poussinet et moi traversions le fleuve pour aller voir quelque chose rive droite, nous avons remarqué un mec (d'une vingtaine d'années, type arabe, en survêtement, look un peu « racaille ») qui, vers le début du pont (et côté amont — le trottoir aval est en travaux), se penchait vers les berges comme s'il regardait quelque chose. Mon poussinet a remarqué qu'il décalait dangereusement son centre de gravité, et nous avons continué. Un peu plus loin (un peu avant le milieu du pont), j'ai voulu prendre mon poussinet en photo avec mon téléphone, j'ai commencé à cadrer, et le mec d'avant s'est approché de moi, a fait un signe en direction de mon téléphone que j'ai vaguement interprété comme signifiant qu'il voulait nous prendre en photo ou que je le prenne en photo ou quelque chose comme ça (et en tout cas j'ai imaginé qu'il ne parlait pas français parce qu'il n'a rien dit), et aussitôt après il est monté debout sur le parapet. Le temps que je me retourne vers mon poussinet, ce dernier a dit quelque chose comme « mais il est fou, il va tomber », je me retourne de nouveau et le type avait disparu, et mon poussinet et d'autres passants ont commencé à crier qu'il était tombé. (Plus tard, l'un d'eux a même dit qu'il l'avait vu faire un saut périlleux. Moi je n'ai pas vu la chute.) Nous nous sommes rués vers le côté aval (il fallait passer des barrières de chantier) pendant qu'un des autres passants appelait les pompiers et décrivait l'endroit. Le mec faisait des mouvements de crawl en direction de la rive gauche, ce n'était pas très clair s'il nageait mal ou si le courant était simplement trop fort (ça c'est certainement vrai, mais ce n'était pas clair si en plus il nageait mal). Quelqu'un a essayé de lui crier de ne pas lutter et de plutôt se laisser emporter. De fait, on a vu la tête du type descendre sous l'eau un certain nombre de fois et on s'est dit qu'il se noyait. Les pompiers sont arrivés vite (c'est plus le coup de fil qui était long à faire), au début nous avons cru qu'ils venaient du mauvais côté (rive droite), mais c'est qu'ils allaient prendre un bateau de ce côté-là. Le mec a fini par atteindre la rive exactement ici (juste en amont d'une espèce de structure en béton dont je ne sais pas la fonction ; il a donc fait ~280m en ligne droite), mais il ne bougeait plus. Les pompiers sont arrivés à la fois en bateau par le fleuve et en camion rive gauche, ils l'ont transporté en bateau jusqu'à un débarcadère un peu en aval ; mon poussinet et moi sommes allés voir si le mec était bien vivant (oui), et si la police voulait des témoignages (ils ont juste noté les coordonnées de celui qui avait appelé les pompiers et ont posé quelques questions au groupe des témoins, pour clarifier notamment que le type avait sauté côté amont/sud du pont, et aussi qu'il était habillé quand il a sauté — parce qu'apparemment les pompiers l'ont retrouvé nu, et personne n'a été capable de dire quand et comment ses vêtements se sont dématérialisés).

Toute la scène était un peu surréaliste. Je ne sais pas pourquoi le mec a sauté, et je suppose que je n'aurai pas le fin mot de l'histoire (à moins de lire Sud-Ouest édition de Bordeaux, colonne des chiens écrasés aujourd'hui, mais je ne trouve rien sur leur site Web concernant ce fait divers). Je suis convaincu que ce n'était pas une tentative de suicide mais un défi stupide (le geste qu'il m'a fait voulait sans doute attirer mon attention sur son exploit à venir, surtout s'il a bien fait un plongeon en saut périlleux, et ensuite il a dû retirer ses vêtements pour mieux nager), dont il n'avait pas mesuré le danger (outre que le courant était vraiment très fort et qu'il a failli se noyer, il aurait pu s'écraser contre une des piles du pont ; pas sûr que ce soit une bonne idée de boire la tasse dans l'eau très boueuse de la Garonne).

Mais une chose que je trouve intéressante, c'est la difficulté de faire un témoignage précis. J'ai essayé, ci-dessus, mais je suis sûr que j'ai déformé les faits et interpolé des choses qui ne sont pas exactement ce que j'ai vu. Même sur une trame aussi simple (un mec se jette à l'eau et nage jusqu'à la rive, épuisé), les quelques témoins que nous étions, et qui avons discuté pendant que les pompiers s'affairaient autour du noyé, avions une vision différente, voire contradictoire, de certains détails (combien de temps était-il resté debout sur le rebord du pont ? comment avait-il plongé ? avait-il fait un signe ?). C'est dire si, dans une enquête criminelle où de plus les témoins sont souvent impliqués émotionnellement, les témoignages doivent être pris avec des pincettes.

(mardi)

Vacances à Oléron

Je reviens d'une semaine de vacances[#] avec mes parents et mon poussinet. Enfin, ce n'est pas vrai, je suis rentré dimanche soir : c'est fou le nombre de choses que j'ai à faire en rentrant de vacances, et le temps que ça prend.

Nous étions sur l'île d'Oléron, heureusement juste avant le début de l'invasion touristique, et nous avons passé notre temps à farniente (et pas à nous baigner ni à faire de la planche à voile[#2]). Mes parents ont tenté sans succès de retrouver l'endroit où mon père avait passé du temps sur cette île il y a quarante ou cinquante ans (les souvenirs de mon père sont toujours d'un très grand flou donc ce n'était pas facile), mon poussinet et moi à dormir, à nous balader, à chercher des jolis garçons à regarder (guère de succès) et à pester contre la 3G qui ne passe pas. Ah, et mon poussinet et ma maman ont fait plein de parties de Scrabble®, aussi, et ma maman nous a préparé plein de repas délicieux.

Le principal point d'intérêt était le petit phare de Chassiron (ici), que nous avons visité de jour (ce qui m'a permis de confirmer que j'ai le vertige même en haut d'une ridicule quarantaine de mètres, si je suis dehors et que le vent souffle) et admiré de nuit (c'est assez féerique, un phare allumé vu d'en bas — et c'est amusant qu'il est difficile de compter le nombre de faisceaux régulièrement espacés). Du coup, mon poussinet et moi avons lu plein de choses sur Wikipédia sur les phares (entre autres celui d'Ar-Men, dont l'article Wikipédia, au style inimitablement pittoresque, raconte qu'il ne devait pas être rigolo à gardienner, c'est le moins qu'on puisse dire — il y a de jolies vidéos de ce phare et d'autres sur le Web, mais malheureusement aucune photo de l'intérieur, ce qui est dommage parce que ça n'a pas l'air trop visitable et qu'après la lecture de l'article on voudrait bien voir comment c'est dedans). Et sur les îles, aussi. Résultat, mon poussinet s'est mis en tête la lubie d'aller une semaine (hors saison) sur l'Île de Sein, j'espère que cette idée va lui passer.

Bon, le truc inutile en pleine mer près d'Oléron, ce n'est pas un phare, c'est le fort Boyard, que nous avons fait une minuscule croisière en mer pour aller regarder (ainsi très brièvement que l'île d'Aix). S'il y a une chose qui est impressionnante avec ce phare, c'est bien la longueur et le niveau hallucinant de détail de l'article Wikipédia sur le jeu télévisé qui s'y déroule.

[#] Je suis notoirement diacopéphobe (c'est comme ça qu'on dit ?), donc c'était un compromis âprement négocié entre les différentes parties.

[#2] Apparemment c'est une activité fréquente dans le coin. Ou faut-il maintenant dire windsurfing ? J'étais tombé un jour dans je ne sais plus quel journal gratuit sur un article comparant le windsurfing et le kitesurfing (avec une inteview du champion je-ne-sais-quoi de l'un de ces deux trucs, qui expliquait la supériorité de son truc sur l'autre des deux trucs) qui ne prenait même pas la peine d'expliquer ce que signifiaient au juste ces deux termes hautement confusants pour le philistin que je suis (un kite désignant un cerf-volant, à ma connaissance un cerf-volant ça vole grâce au vent, donc on ne peut pas dire que la distinction saute aux yeux). Après coup, j'ai plus ou moins compris que le windsurfing doit être ce qu'un péquenot comme moi appelle la planche à voile et que le kitesurfing doit être un truc où la voile est séparée de la planche et prend plus ou moins une gueule de cerf-volant que le cerfvolantplanchiste tient au bout d'une corde.

(lundi)

J'aimerais savoir comment mon cerveau marche

Certes, je suppose que tout le monde aimerait savoir comment son cerveau marche — ou, en fait, peut-être que non parce que ce serait trop effrayant. (Souvent, je me sers joyeusement de quelque chose, notamment en informatique, jusqu'à ce que j'apprenne comment ça fonctionne et que je découvre ainsi avec horreur que c'est contraire à tous les principes de bonne conception, et que rien qu'à entendre le principe je devine une pléthore de bugs, et du coup je ne veux plus m'en servir. Sans doute une raison de ne pas apprendre la médecine quand on est geek perfectionniste : la conception du machin est à chier. Bon, c'est vrai que mon cerveau ne me sert pas trop.)

Non, plus sérieusement, je veux dire que j'ai une impression introspective de pouvoir identifier des processus cognitifs récurrents, et je serais curieux de savoir s'ils correspondent réellement à l'activation d'un groupe de neurones localisable. Des sensations, par exemple — mais par sensation, je veux parler de quelque chose de beaucoup plus précis que, disons, la peur : j'identifie déjà un assez grand nombre de peurs bien distinctes.

Par exemple il y a la peur provoquée par une sensation de mystère inquiétant et qui dont je me demande s'il n'a pas une composante surnaturelle, comme une peur ancienne et ancestrale devant l'inconnu qui apparaît essentiellement, mais difficilement, quand je lis de la fiction et nettement plus souvent dans mes cauchemars (zut, en relisant cette entrée, je me rends compte que je radote vraiment) ; quand j'étais petit, je l'appelais la peur surnaturelle ; cette peur précise ne provoque pas une accélération de mon rythme cardiaque mais des frissons glacés. Je suis vraiment tenté de penser qu'il y a un groupe de neurones très ciblé qui s'active quand j'ai cette peur. Je pourrais aussi mentionner la peur provoquée par la prise de conscience du fait que je suis mortel et que l'Univers cessera d'exister avec ma mort, qui viendra inéluctablement (je ne dis pas juste la peur de la mort, parce que ce n'est pas du tout la même que celle que je vais ressentir si quelqu'un commence à me courir après en essayant de me tuer), qui semblerait presque être une sorte de garde-fou placé là par l'évolution pour éviter que les créatures devenues trop intelligentes raisonnent contre leur propre survie. S'agissant de ces deux exemples, d'ailleurs, j'aurais vaguement envie de prendre un gamma-knife et de blaster les neurones en question. 😈

Mais sinon, il y a le sentiment que j'éprouve quand on évoque, notamment de façon inattendue ou en faisant une connexion qui me surprend et me plaît, mais avec quelque solennité, quelque chose ou quelqu'un envers quoi j'ai un profond respect, et qui s'accompagnerait volontiers d'une musique d'Elgar : ma description est totalement grotesque, parce que je ne sais pas quels mots mettre dessus (disons que c'est le sentiment du respect majestueux), mais ce sentiment chez moi est très précis et très fort, et il me met à coup sûr les larmes aux yeux. (Dans la fiction, c'est le sentiment que j'éprouve quand le chevalier inconnu s'avère être Richard Cœur-de-Lion ou dans ce genre de scène.)

Il y a aussi le sentiment émanant de la contemplation de la beauté en mathématiques, mais là je suis moins sûr de sa constance : mon appréciation de la beauté combinatoire des corps finis est-elle la même que mon appréciation de la grandeur des tours d'ordinaux ? Je ne sais pas.

J'aurais bien envie de passer dans un appareil à IRM fonctionnelle en activant toutes sortes de ces processus cognitifs (du moins ceux que je peux activer à la demande, ce qui n'est pas le cas de tous) pour savoir où ils se positionnent dans mon cortex (et peut-être découvrir que je suis bien naïf et que j'ai totalement tort de penser que ce sont des choses localisées et constantes). Malheureusement, l'IRM fonctionnelle est bien trop coûteuse pour qu'on puisse s'en servir pour faire joujou.

(samedi)

Ma TORANT-list s'allonge

Mon problème récurrent, sur ce blog, est que je ne sais pas écrire des entrées courtes. Je conçois l'intérêt du microblogging pour les gens qui sont placés au premier rang de l'actualité et qui vont tweeter quelque chose comme Monsieur Ben Laden était mon voisin, et il est en train de se faire descendre, mais pour ma part, je suis plutôt le dernier au courant de tout, donc si je peux apporter quelque chose à mes lecteurs, ce n'est pas une information brève et percutante, c'est plutôt la logorrhée qui me tient lieu de réflexion — autrement dit, je sais ranter (pérorer ? blablater ? épiloguer ?). Je ne vois pas l'intérêt d'écrire des entrées du style ce soir, j'ai mangé du poisson meunière (même si c'est vrai et c'est bon) ou je viens de compiler un Linux 2.6.38.5 (là, ce n'est pas vrai, mais je devrais sans doute) et autres facebookeries ; et je ne suis pas non plus doué pour les phrases concises et percutantes.

L'ennui, c'est que ranter prend du temps.

Et donc régulièrement, quand il me vient à l'esprit une idée de sujet sur lequel je pourrais étaler ici ma sagesse incommensurable, je n'ai pas le temps de le faire (et en fait, quand je parle de temps, c'est souvent plutôt que je suis trop fatigué, ou pas dans le bon état d'esprit, ou que je sais que je serai interrompu, ce genre de choses) ; et je me contente donc d'inscrire cette idée dans ce que j'appelle mentalement mon vivier à mèmes, mais que je devrais plutôt qualifier de TORANT-list. Parfois, quand je trouve le temps d'écrire quelque chose, je pioche là-dedans ; mais en fait, j'en retire beaucoup moins de choses que je n'y mets, parce que la motivation à écrire un rant décroît très rapidement avec le temps depuis lequel l'idée m'est passée par la tête. (J'ai aussi le problème que je ne sais pas comment entrer en matière : c'est con, mais ça me bloque souvent — j'aime bien commencer mes entrées par une connexion avec le présent, et si cette connexion manque, j'ai l'impression de ressortir un poisson pas frais de mon frigo.) Cette liste des entrées de ce blog que je n'ai pas écrites commence donc à devenir démesurément longue, et d'ailleurs je ne sais plus trop ce que je suis censé raconter sur certains sujets.

(Et encore, tous ces problèmes ne sont rien par rapport aux problèmes analogues que j'ai avec mes fragments littéraires gratuits, où il me faut vraiment trouver le bon état d'esprit, le bon moment pour pouvoir en écrire, et c'est aussi beaucoup plus long. Cela fait très longtemps que je n'en ai pas écrit, ça me manque beaucoup, et si vous voulez blâmer quelqu'un, je vais dire que c'est la faute de mon poussinet. ☺)

Voici la liste, dans l'ordre vaguement chronologique de quand l'idée m'est venue, de choses sur lesquelles je compte écrire une entrée Un Jour Peut-Être :

(J'ai pas mal hésité à publier cette liste, parce que beaucoup de ces formulations lapidaires peuvent donner une impression complètement fausse sur le problème dont je voudrais parler, et plus encore sur ce que serait ma position. Gare à ne pas imaginer des choses, donc !)

(dimanche)

Huitième blogoversaire

Ce blog a aujourd'hui huit ans, donc joyeux blogoversaire à moi. Je continue tout doucement (mais alors tout doucement) à lui écrire un nouveau moteur — j'espérais vaguement pouvoir lui en faire un cadeau aujourd'hui, mais ce sera pour plus tard. Je vais essayer de quand même me dépêcher pour que ce soit prêt avant que le grand cycle cosmique de l'Internet fasse que Facebook tombe à l'abandon et que les gens se rappellent qu'il existe un Web au-delà, et qu'on peut même y raconter sa vie, si, si.

(vendredi)

Quelques résultats scientifiques

J'évoquais hier le fait que je travaillais sur deux questions à la fois : voici que ces deux questions se sont reliées de façon inattendue, chacune apportant la solution de l'autre. À savoir :

L'idée-clé de la démonstration du premier fait est d'associer à chaque zéro de la fonction zêta une démonstration dans un certain système formel 魚 (un peu compliqué à définir) : si le zéro ne se trouve pas sur l'axe critique, la démonstration prouvera ⊥ (i.e., une contradiction) dans ce système formel 魚 ; a contrario, si une contradiction se trouve, alors on peut l'utiliser pour produire des zéros non situés sur l'axe critique. Donc, l'hypothèse de Riemann équivaut à la consistance du système formel en question. Encore faut-il pouvoir en dire quelque chose ! C'est là qu'intervient le second point : ce système formel peut se voir, en fait, comme lié un protocole cryptographique 𓆛 (là aussi, les détails sont un peu compliqués) tel que prouver la sécurité du protocole 𓆛 revienne exactement à prouver la contradiction du système formel 魚. Or il est relativement facile de ramener la sécurité du protocole 𓆛 à la difficulté de la factorisation des entiers. Reste la dernière pièce du puzzle : ce protocole peut se voir comme un jeu à deux joueurs et, interprété dans le cadre de la théorie des jeux à la Conway, il définit naturellement un ordinal, qui se décrit comme l'écrasement d'un certain grand cardinal que j'appelle icthy un (c'est le premier d'une famille infinie), et qui mesure précisément la force du système formel 魚. Tout tombe donc dans ZFC augmenté de l'hypothèse le cardinal icthy un existe, et si on croit à cette hypothèse, les résultats ci-dessus sont démontrés.

(jeudi)

Débordement de contexte mentaux

Je pense à trop de choses à la fois, et ça me fatigue.

Je veux dire, scientifiquement. Je travaille sur deux questions à la fois (qui d'ailleurs n'avancent pas, justement parce que je m'éparpille), je donne ceux cours très différents en ce moment (et même si le niveau intellectuel d'un cours en première année d'école d'ingénieur ne vole pas très haut, ça me fait quand même fatalement réfléchir à des questions autour des sujets que j'enseigne, surtout qu'il y a un de ces cours que je fais pour la première fois) sans compter un autre qui arrive et que je dois réorganiser par rapport à l'an dernier, je travaille avec un ami à écrire un livre (sur la théorie de Galois), et par-dessus le marché il y a ces histoires de trous noirs qui m'obsèdent en ce moment. Voilà donc au moins six choses différentes sur lesquelles je réfléchis en parallèle, juste pour ce qui est des maths (parce qu'évidemment, il y a aussi plein d'autres choses allant de ce que je vais manger ce soir à comment faire marcher WebGL sur mon Firefox 4, qui n'ont rien à voir, mais qui ne demandent pas énormément de présence d'esprit), et auxquelles s'ajoutent encore plein de petites questions de maths qui vont et qui viennent un peu tout le temps.

Cela fait trop de contextes mentaux : chacune de ces choses demande que je retienne où j'en suis dans ma réflexion (ou que je sache le retrouver), cela monopolise plus de mémoire et de neurones que les connaissances brutes qui sont associées. Dans une analogie informatique-geek, on pourrait dire que j'ai un load average d'au moins 6, et que mon scheduler a un peu du mal avec ça, parce que mon cerveau n'est pas vraiment multi-core (je ne suis pas schizophrène) : les changements de contexte prennent du temps parce que les caches se font invalider (ou peut-être est-ce une mémoire plus lente, même, qui sature : j'écris des gribouillis de notes sur papier pour me rappeler d'où j'en suis, autrement dit, je swappe).

Il y a des gens qui n'ont pas de mal avec ça, ils sont contexte-agiles. Moi j'y arrive très difficilement. C'est la raison pour laquelle mon intérêt à tendance à se focaliser sur une question, à s'obséder pour elle, même, jusqu'à ce que je la lâche, ce qui se fait normalement après avoir écrit une trace de mes pensées pour pouvoir revenir vers elle longtemps après si je dois m'y réintéresser. Je n'aime pas être forcé à naviguer entre plusieurs questions. (En ce sens, être examinateur à l'épreuve de TIPE a été très chaud, parce qu'il fallait dix fois par jour changer de sujet du tout au tout.)

Demain, il y a un séminaire auquel je n'assisterai pas : je ne veux pas ajouter encore d'autres contextes mentaux, fût-ce temporairement le temps d'un exposé. Dans une période plus calme, c'est plutôt intéressant, mais là, vraiment, non.

(jeudi)

Nouveau téléphone, HTC Desire Z

Récemment j'ai installé CyanogenMod (la version communautaire d'Android) sur mon téléphone HTC Dream (aka G1, aka, dans mon cas, Google Dev Phone). Comme je le racontais, cela marche pas mal si ce n'est que c'est plus lent (sauf le navigateur, qui est nettement plus rapide). Il y a cependant une chose que j'ai mis un moment à constater, c'est que la batterie s'use beaucoup plus vite depuis ce passage. J'ai fini par en avoir marre et par m'acheter un nouveau téléphone, un HTC Desire Z, ce qui m'a motivé étant la découverte du fait qu'il était possible d'en acheter en France avec un clavier QWERTY (j'aime avoir un vrai clavier physique sur mon téléphone vu que je m'en sers surtout comme terminal et navigateur Web, d'où mon intérêt pour le Desire Z, et j'exècre les claviers AZERTY). Je l'ai reçu hier. Pour l'instant, il est encore un peu trop tôt pour dire si j'en suis content, mais ça a l'air plutôt bien parti : il est tellement plus rapide que l'ancien, l'autonomie a l'air bien meilleure (indépendamment du problème spécifique au passage à Cyanogen), l'écran est plus grand et plus confortable, le GPS semble marcher du tonnerre, le clavier est certes moins bon mais néanmoins supportable et le téléphone dans son ensemble est plus léger et moins encombrant.

Ce qui ne veut pas dire que je n'aie pas rencontré de difficultés pour créer l'environnement que je veux.

Le téléphone venait avec un Android préinstallé, bien sûr : une version propriétaire (⇒modifiée) d'Android par HTC. A priori elle n'avait pas l'air mal (en tout cas, c'est très joli), et j'ai envisagé de la garder. Ce qui m'exaspère un peu, cependant, c'est les efforts que ces gens déploient pour que le propriétaire du téléphone n'ait pas le contrôle de ce qu'il a acheté : il faut donc faire toutes sortes de singeries (expliquées ici et dans le cas de ce téléphone précis) pour en acquérir le contrôle complet, i.e., devenir root dessus. Je ne comprends vraiment pas pourquoi le fabricant joue à brimer ses clients de la sorte (éventuellement les opérateurs de téléphonie mobile, je peux le comprendre, pour éviter qu'on fasse un usage abusif de leurs réseaux, mais là j'ai acheté ce téléphone nu). Mais ce qui m'a fait vraiment craquer, c'est quand une mise à jour fournie par HTC m'a obligé à recommencer ces efforts. Et surtout, il ne s'est pas contenté de me dé-root-er, il m'a aussi cassé le Wifi (et je suis certain que ce n'est pas la faute de mes manips précédentes : je ne suis pas le seul, c'est bel et bien HTC qui a distribué une mise à jour qui casse le Wifi ; en fait, l'erreur est très conne, ils ont distribué un pilote Wifi sous forme de module compilé pour une version du noyau, et un noyau d'une version probablement compatible mais néanmoins différente — le module est estampillé pour 2.6.32.21-g540976a alors que le noyau est étiqueté comme un 2.6.32.21-gd2764ed — du coup, le module refuse de s'insérer, et j'ai corrigé le problème en modifiant le numéro magique de version, mais je me demande bien comment une erreur aussi idiote est possible, et surtout, ça m'a décidé à abandonner cette version d'Android).

J'ai donc mis un CyanogenMod 7.0.0-RC2 dessus. J'ai eu un problème mystérieux avec le GPS (initialement il ne marchait pas du tout, ne détectait aucun satellite, et même l'icône indiquant son fonctionnement ne s'allumait pas : exactement comme décrit dans ce thread) ; je l'ai résolu en rebootant sur le système propriétaire de HTC, en faisant fonctionner le GPS dessous, et en revenant à Cyanogen. Ce n'est peut-être pas vraiment ça qui a joué, en fait, je n'y comprends pas grand-chose. C'est d'ailleurs quelque chose d'assez pénible, avec l'écosystème Android : quand on rencontre un problème, on tombe sur des tonnes de mauvais webforum où le problème est discuté et où des gens proposent des solutions qui tiennent plus de la magie noire que d'autre chose (poser le téléphone par terre, télécharger l'application Voodoo Doll, tourner trois fois autour…), probablement sans rien comprendre à ce qu'ils disent ni chercher vraiment à analyser le problème (voici un exemple assez caractéristique sur lequel je suis tombé en cherchant à comprendre mon problème de GPS).

Autre problème : le clavier du téléphone n'avait pas certains caractères pourtant dans ASCII tout ce qu'il y a de plus standard : les symboles ‘<’ et ‘>’ (inférieur et supérieur), les crochets ‘[’ et ‘]’, les accolades ‘{’ et ‘}’, le backquote ou accent grave ‘`’, le backslash ‘\’, le pipe ou barre verticale ‘|’, et l'accent circonflexe ‘^’. Je suppose que pour les gens qui veulent juste taper des SMS, ce n'est pas bien grave (si on a besoin de taper ponctuellement un tel caractère, on peut le chercher dans une application ad hoc ; d'ailleurs, vous ai-je parlé de celle que j'avais écrite ?). Mais comme l'éditeur que j'utilise (Emacs) a plein de racourcis basés sur ces caractères, j'en ai absolument besoin. Heureusement, il y a deux ou trois touches inutiles sur le clavier, et des combinaisons de modificateurs qui ne servent pas, et il est possible (en fouillant un peu dans la doc) de modifier le mapping clavier, ce que j'ai fait (en suivant cet exemple).

J'ai donné mon ancien téléphone à mon poussinet (qui s'était fait voler le sien), pour pouvoir communiquer avec lui par Google Talk, ce qui est bien pratique.

(jeudi)

AG de copropriétaires

Une assemblée de copropriétaires, c'est l'occasion annuelle de s'engueuler entre adultes consentants. Il faut dire que j'ai de la chance : l'appartement que je partage avec mon poussinet (et dont je suis propriétaire) est dans un petit immeuble, où il y a beaucoup plus de propriétaires que de locataires (donc les gens connaissent l'immeuble et ses problèmes), les gens s'entendent globalement bien (entre parisiens bobos-intellos-vaguement-écolos-dans-un-quartier-branchouille), et donc il y a peu de disputes. Depuis l'an dernier, nous fonctionnons avec un syndic bénévole (une des copropriétaires se charge de tout, elle doit y dépenser une énergie incroyable, et ça se passe beaucoup mieux qu'avec le syndic professionnel que nous avions avant, qui était certes vaguement compétent mais très cher et impossible à remuer).

Malgré cette chance, on arrive à trouver des sujets de discorde. Avant-hier, il y a d'abord eu la question des jardins privatifs. Ceci me concerne, parce que mon appartement, comme les deux autres situés au rez-de-chaussée côté cour, a un jardinet (le mien est vide de végétation, il n'y a que du gravier blanc parce que c'est plus lumineux — qualité appréciable vu que nous sommes contre un mur aveugle — et plus facile à entretenir, mais il arrive que des plantes indésirables se mettent à y pousser, comme récemment un paulownia). Le règlement de copropriété est très obscur sur la question de savoir qui doit payer pour l'entretien des plantes qui séparent ou bordent les jardins, comme les haies de thuyas qui encadrent le mien, ou le paulownia (le père de celui qui a commencé à prendre ses aises chez moi) planté dès la construction de l'immeuble dans un coin de cette cour. Jusqu'à présent, la copropriété prenait en charge l'entretien de ces plantes. Un copropriétaire du 5e étage, trouvant que c'était injuste de payer pour quelque chose dont il ne profitait pas, avec l'appui du syndic bénévole et sans doute d'une majorité de copropriétaire, a voulu éclaircir les choses et proposer une règle déterminant l'affectation des charges (quelque chose du type : l'entretien des plantes hautes ou grimpantes est à la charge de la copropriété, celle des haies et arbustes à celle des propriétaires des appartements du rez-de-jardin). Une dame que j'appellerai Mme M (et qui habite à un étage intermédiaire, mais qui a vue sur les jardins) a fait valoir que c'était un état d'esprit déplorable que de ne vouloir payer que pour ce dont on profite immédiatement, et que le fait qu'il y ait des jardins dans l'immeuble était un point positif pour l'immeuble qui profitait à tous. Quelqu'un d'autre a suggéré que la règle pourrait être que les plantes qui faisaient initialement partie de la conception de l'immeuble (ce qui inclut, donc, les haies) pourraient être entretenues par la copropriété, et les autres être à la charge de ceux qui les ont plantées. Ces différents points de vue me semblent tous assez valables, et pas forcément contradictoires, mais la discussion, sans vraiment s'envenimer, est partie dans un chaos complet, où on ne savait plus du tout qui défendait quoi, ou pourquoi un argument était avancé. De surcroît, Mme M a observé que la résolution entraînait un changement de répartition des charges et devait donc être approuvé à l'unanimité, alors que le syndic était d'avis qu'il s'agissait d'une simple clarification du règlement de copropriété jugé obscur, ce qui pouvait passer à la majorité des deux tiers. Finalement, une proposition (proche de la proposition initiale) a été mise aux voix avec la condition des 2/3, je me suis abstenu (ignorant, d'ailleurs, que cela revenait exactement au même que de voter contre), et la proposition a été rejetée (de justesse). Du coup, on aura la même discussion incompréhensible l'an prochain.

Un autre point de discorde a été atteint lors de l'élection du conseil syndical : quand Mme M a annoncé qu'elle se représentait, un des copropriétaires qui assiste le syndic bénévole (au début il était lui aussi syndic, mais on a appris qu'une règle idiote impose l'unicité du syndic, donc il ne l'est plus officiellement) a annoncé que si elle était élue, lui-même se retirerait complètement. (C'est que Mme M est un peu procédurière : personnellement je trouve que ça peut avoir du bon d'avoir quelqu'un comme ça, mais ce n'est sans doute pas toujours facile à supporter.) Du coup, ça a jeté un froid, et plus personne ne voulait se présenter. Heureusement, Mme M a retiré sa candidature, et d'autres se sont présentés : y compris mon poussinet, après une discussion pour savoir s'il en avait le droit (il n'est pas copropriétaire, mais nous sommes PACSés : le syndic a déclaré qu'elle considérait comme évident que c'était possible, personne n'a fait d'objection, et il a été élu). Globalement, les gens du conseil syndical me semblent tous être très bien, et Mme M n'avait finalement pas l'air fâchée, donc les choses se terminent au mieux.

Il y a tout de même des choses regrettables dans cette copropriété : par exemple, la répartition des charges se fait sur deux clés, une clé principale pour les charges ordinaires, et une clé séparée pour tout ce qui touche à l'ascenseur (et sur laquelle les copropriétaires des étages supérieurs paient évidemment plus : moi qui suis au rez-de-chaussée je n'en supporte qu'une proportion symbolique) ; en revanche, le même système de clé séparée n'est pas appliqué pour ce qui est du parking : les appartements, caves et places de parking sont tous comptés comme des tantièmes généraux, et l'entretien du parking ou toutes les dépences qui y touchent sont prises sur la clé générale. Ainsi, quelques personnes qui ne sont propriétaires que d'une place de parking ne paient quasiment rien, même de ce qui touche au parking (puisque le nombre de tantièmes d'une place de parking et minuscule face au nombre de tantième d'un appartement). Pourtant, comme la décision de changer la répartition des charges doit se faire (cf. ci-dessus) à l'unanimité des copropriétaires, on peut être certain que cela ne changera jamais : ceux qui ont une place de parking ont un droit de véto sur une telle mesure.

(jeudi)

Retour de la montagne

La famille de ma mère a un appartement (il doit être en indivision entre mes deux tantes, ma mère, et mon cousin aîné, je suppose) à Métabief (Doubs), dans le Jura, et c'est là que j'ai pris mes vacances la semaine dernière, hors congés scolaires parce qu'il y a beaucoup plus de difficulté à réserver cet appartement pendant les vacances officielles. Mon poussinet me pressait pour y aller et, pour ma part, ça faisait presque vingt ans que je n'y avais pas été (et d'ailleurs, même si l'appartement lui-même m'était tout de même familier, je n'ai rien reconnu du village. Nous n'avons bien sûr pas eu de neige, bien que mon poussinet l'espérât jusqu'au dernier moment (au point de nous faire transporter de très encombrantes tenues de sports d'hiver qui ne nous ont servi à rien) : pas de ski cette année, donc (en fait, si nous en avions eu, j'aurais plutôt voulu essayer d'apprendre le snowboard). En vérité, il faisait même dans la journée un temps tel qu'on se serait cru en avril (si ce n'est que la température tombait pas mal pendant la nuit), et nous nous sommes promenés tranquillement, ce qui a certainement fait du bien à mon père qui ne marche plus beaucoup : notamment le long des falaises du point culminant local, jusqu'au lac de Saint-Point où nous avons mangé dans un restaurant où il était de tradition de manger chaque fois que j'allais avec mes parents à Métabief (et où, cette fois, nous avons eu la chance de pouvoir manger parce que nous sommes arrivés à 13h30 pile et qu'on nous avait prévenus que c'était le dernier délai possible), et autour du coin. [Ces différents liens pointent vers des fichiers KML, à ouvrir avec Google Earth ou dans Google Maps : pour ce dernier, il suffit de copier l'adresse du lien, celle en http://www.madore.org/…kml, dans la barre de recherche de Google Maps, c'est assez impressionnant à quel point ça marche bien : je regrette juste de ne pas avoir réussi à lui interdire d'afficher tous les points de parcours par défaut : il faut décocher points si on veut voir quelque chose, au moins dans Google Maps.] Ceci étant, le fait d'enregistrer le parcours de ces promenades a aussi un coût : mon GPS est tombé et l'écran s'est cassé (apparemment à 2011-02-07T13:37+0100 et ici) ; pourtant j'avais mis la dragonne, mais apparemment pas assez serrée, et il n'a pas chu de haut.

À part ça, en bon citadin aigri, je m'étonne (et me lamente) toujours de constater à quel point il est difficile de vivre sans voiture quand on est en-dehors d'une grosse ville : quasiment aucun transports en commun (et encore, nous étions chanceux, il y avait bien quelques cars TER par jour pour aller d'un endroit à un autre, par exempel de Frasne à Métabief, que nous étions apparemment les seuls à utiliser), supermarchés et autres commerces rares et mal placés, ou chers (nous avions le choix entre une supérette minuscule et très chère, mais juste à côté de l'appartement, ou un supermarché raisonnable mais situé à trois bons quarts d'heure de marche), ce qui fait toujours un choc quand on vit normalement à cinq minutes d'un gros supermarché très bien fourni.

(mercredi)

Avis d'absence

Je pars une semaine avec mon poussinet et mon papa.

(samedi)

Que demanderiez-vous au génie des langues ?

En fouillant dans votre genier, vous trouvez une vieille lampe à huile poussiéreuse. Lorsque vous la frottez pour la nettoyer, un génie en sort. Ce n'est pas un génie très puissant : le seul vœu qu'il peut exaucer est celui de parler parfaitement une langue étrangère. Par ailleurs, le génie ne sait pas très bien combien de fois il pourra le réaliser, mais ce sera quelque part entre 1 et 15.

Autrement dit, vous devez lister 15 langues qui existent ou ont existé (y compris des langues inventées, des dialectes, états historiques, voire des accents précis si vous voulez griller une cartouche avec ça), et le génie vous rendra capable de parler (et comprendre, mais aussi lire et écrire) les n premières d'entre elles, sans que vous sachiez à l'avance combien (l'intérêt de cette hypothèse est d'obliger à faire un ordre de préférence ; si cela a une importance pour votre réponse, vous pouvez considérer que n est uniformément réparti entre 1 et 15 inclus). Vous maîtriserez ces langues aussi parfaitement que si vous les aviez apprises dès la naissance.

Évidemment, vous pouvez demander une langue que vous connaissez déjà partiellement, mais en ce faisant vous gâchez peut-être un peu le vœu en question (une meilleure stratégie est peut-être de citer une langue proche mais différente, en se disant que parler parfaitement cette langue proche vous aidera à la fois pour améliorer la langue que vous connaissez parfaitement et pour en avoir une de plus dans la liste) ; de même, il est peut-être du gâchis d'utiliser un vœu pour maîtriser une langue facile à apprendre à partir de celles déjà connues de vous (et de celles plus haut dans la liste).

Personnellement, je considère que je parle français et anglais, et je pense que mon choix serait quelque chose comme :

  1. L'arabe classique. Parce que j'ai essayé d'en apprendre un peu, mais que j'ai abandonné et que je le regrette. L'arabe classique parce que la grammaire semble en être la plus intéressante (lire : compliquée), parce que ça permet d'écouter ʾalǦaziyraẗ ou de lire les Mille et Une Nuits en VO, et j'imagine que si on le connaît il est ensuite plus facile d'apprendre tel ou tel arabe vernaculaire que dans le sens contraire. Bref, s'il y avait une langue que je devrais apprendre d'un coup de baguette magique (et d'autant plus que je ne trouve pas le temps ou pas la motivation suffisante pour l'apprendre par des moyens moins magiques), ce serait celle-là.
  2. Le chinois mandarin. Je n'éprouve pas la fascination pour la culture chinoise qui semble être devenue courante, mais une langue parlée par plus d'un milliard de personnes est indubitablement une langue très importante, et quand elle a en plus une littérature immense et un système d'écriture aussi vaste, elle ne pouvait pas ne pas figurer en bonne place.
  3. Le russe. Une langue que j'ai un peu apprise au lycée et que j'ai ensuite soigneusement oubliée : que je connais suffisamment bien pour savoir à quel point cela demanderait un effort démesuré de ma part pour atteindre le niveau nécessaire pour lire ce que j'aimerais pouvoir lire dans cette langue (ah, Pouchkine… ah, Lermontov…). Bon, eh puis quelqu'un qui saurait parler l'anglais, le français, le chinois, le russe et l'arabe (fût-il classique) est quand même bien équipé pour parler avec une bonne partie de la planète : j'écarte l'espagnol parce que ce serait griller un vœu magique avec une langue décidément trop facile, et je passe à des choses qui me sembleraient plus rigolotes.
  4. Le suédois. Que je mets plus haut que l'allemand, par exemple, parce que je parle déjà un peu l'allemand. Tant qu'à apprendre une langue nordique, autant que ce soit la plus parlée. Au fait, je vous ai déjà dit que j'adorais ce webcomic ?
  5. Le grec classique (dialecte attique). La langue (aussi apprise autrefois et soigneusement oubliée depuis) avec laquelle j'aimerais pouvoir frimer entre toutes. En plus, le génie me donnerait exactement la bonne prononciation utilisée à Athènes en 405 avant l'ère commune.
  6. Le japonais. Je ne sais pas bien où le placer sur la liste, mais il devrait certainement y être, avec les autres langues que j'ai fait une tentative pitoyable pour apprendre et que j'ai abandonnées parce que je n'ai aucune volonté.
  7. Le sanskrit classique. Pour l'intérêt philologique (encore qu'à ce compte-là la forme védique est certainement préférable à la forme classique), mais aussi parce que parler couramment sanskrit, c'est quand même ultimement barbot. Alors tant qu'à choisir une langue indienne, autant que ce soit celle-là.
  8. Le gaélique irlandais. Je n'en connais rigoureusement rien, mais les langues celtiques ont l'air d'avoir de très jolies sonorités, et tant qu'à en connaître une, autant que ce soit celle qui est une langue officielle de l'Union européenne.
  9. L'italien. C'est délicat de décider où mettre une langue que j'arrive à peu près à lire et à comprendre quand elle est parlée lentement alors que je ne l'ai jamais apprise. C'est encore plus délicat de décider si je mettrais l'italien ou l'espagnol (les deux, je trouverais ça vraiment bête) : l'espagnol est indiscutablement plus utile, mais je trouve quand même l'italien plus joli. Bon, les génies dans les bouteilles, ils sont là pour faire plaisir, pas pour être utiles, donc disons l'italien.
  10. L'allemand. Une langue que je fais semblant de ne pas devoir mettre beaucoup plus haut sur la liste sous prétexte que je la connais déjà un peu, mais après mon voyage à Berlin l'été dernier je devrais être plus modeste à ce sujet.
  11. L'anglo-saxon. D'intérêt essentiellement philologique (même si, là aussi, c'est certainement assez barbot de parler couramment l'anglo-saxon) : il n'y a pas grand-chose que je voudrais lire dans cette langue (la seule chose que tout le monde connaît, c'est Beowulf, et, franchement, c'est plutôt chiant, même s'il faut avouer que ça sonne bien). Mais je ne vais pas mettre l'anglais dans la liste, alors s'il y a quelque chose qui m'aide à mieux le parler et qui soit quand même intéressant en soi, j'imagine que c'est l'ancien anglais.
  12. Le latin classique (tel que parlé dans la haute société romaine en l'an 27 avant l'ère commune). Que je mets si bas parce que c'est désespérément banal, de parler latin. À ce stade-là, je me dis que si je suis arrivé aussi loin dans la liste, j'ai eu bien de la chance avec mon génie, et je peux arrêter les langues qui servent essentiellement à frimer (certes, je pouvais citer l'ancien égyptien, mais ce que j'en ai appris m'a surtout semblé ennuyeux, en fait). Donc je finis en mettant trois langues choisies simplement pour le fait d'être aussi différentes que possibles entre elles et de toutes les précédentes (afin de m'ouvrir l'esprit au sens sapirwhorfien), en étant parlées par un nombre raisonnable de gens dans le monde (et aussi, en France) :
  13. Le turc.
  14. Le tamoul.
  15. Le wolof.

Maintenant, je n'ai plus qu'à trouver le génie. En attendant, j'attends les réponses de mes lecteurs (en commentaire ou sur votre propre blog si vous en avez un).

(vendredi)

Le 21 janvier dans la vie de Ruxor

Le 21 janvier, je ne porte pas le deuil de Louis XVI, ni celui de Lénine. Mais qu'est-ce que je fais ?

Aujourd'hui, vendredi 21 janvier 2011, j'ai assisté à des exposés pour les journées du GdR IM (je ne sais pas exactement ce que c'est qu'un GdR, ni à quoi il sert autrement qu'à me spammer, mais au moins les exposés étaient-ils intéressants), à Jussieu.

Il y a un an, jeudi 21 janvier 2010, j'ai fait le point sur mes connaissances en calculabilité supérieure. Le soir, mon poussinet et moi avons regardé le film Le sens de la vie pour 9.99$ sur DVD.

Il y a deux ans, mercredi 21 janvier 2009, j'ai fait passer des oraux de rattrapage d'un de mes cours à l'ENST. Le soir, mes amis du nanar-club et (mon poussinet et) moi avons pris l'apéro et avons regardé le film When Dinosaurs Ruled the Earth.

Il y a trois ans, lundi 21 janvier 2008, mon poussinet et moi avons cherché, lors d'une promenade vespérale, à traverser la Seine par le pont du boulevard Poniatowski de façon à nous rendre à Bercy-Village, et avons découvert que c'était quasiment impossible (j'ignore si la situation a changé depuis ; je pense que non, même si c'est prévu à terme).

Il y a quatre ans, dimanche 21 janvier 2007, j'ai regardé la télé (l'émission Arrêt sur images, puis la semaine des Guignols et le Zapping de Canal+) ; ensuite, j'ai travaillé sur des articles que j'essayais de déchiffrer, et le soir, mon poussinet et moi avons dîné au restaurant Dino Pasta e Fagioli di Lucca, rue Claude Bernard (que je recommande au passage à tous ceux qui aiment la bonne cuisine italienne) et nous avons regardé le film Sommersturm (que je recommande au passage à tous les garçons qui aiment les garçons) sur DVD.

Il y a cinq ans, samedi 21 janvier 2006, j'ai fait une razzia à la librairie Gibert Joseph (j'y ai acheté : Ada, or Ardor de Nabokov, The Handmaid's Tale de Margaret Atwood, The Line of Beauty de Hollinghurst, Breakfast of Champions de Kurt Vonnegut, Jr., Sur l'antisémitisme de Hannah Arendt, Introduction à la théorie des groupes de Lie de Roger Godement, et Les caves du Vatican d'André Gide). Puis j'ai voulu aller voir Brokeback Mountain au cinéma (le Mk2 Odéon), mais la queue m'en a découragé. À la place, j'ai passé un certain temps à lire et comprendre la démonstration du fait que le A-module A n'est pas projectif dès que A est un anneau (commutatif) noethérien non artinien. Le soir, j'ai dîné dans un restaurant de crêpes et de fondues avec une douzaine de normaliens.

Il y a six ans, vendredi 21 janvier 2005, j'ai organisé un écrit blanc d'agreg à l'ENS : je me suis levé à 6h45 du matin pour déposer le sujet et je suis passé chercher les copies dans la soirée (les préparationnaires choisissaient quand ils voulaient faire le sujet, normalement pendant 6 heures d'affilée). Le soir, j'ai écouter un ami raconter toutes sortes de choses sur les Lisp-machines.

Il y a sept ans, mercredi 21 janvier 2004, j'ai appris des choses sur les variétés toriques dans le livre de Fulton à ce sujet. Le soir, je suis allé chez mes parents, qui avaient des problèmes avec leur ligne ADSL (et parce que le lendemain, un de mes bons amis allait soutenir sa thèse à Polytechnique) : je n'ai pas eu de succès auprès du service technique Wanadoo.

Il y a huit ans, mardi 21 janvier 2003, je n'ai pas fait grand-chose. Le soir, j'ai regardé sur Arte un documentaire sur le système carcéral américain.

Il y a neuf ans, lundi 21 janvier 2002, j'ai aussi dîné avec une douzaine d'amis normaliens, et nous avons discuté (de vive voix, puis aussi informatiquement, via IRC) de toutes sortes de choses entre l'introduction de la monnaie en euros et une amie qui avait des problèmes affectifs compliqués™.

Il y a dix ans, dimanche 21 janvier 2001, j'ai aussi regardé à la télé la semaine des Guignols. Puis le soir j'ai envoyé un mail à un un co-thésard (et co-bureau à Orsay), un grand et beau blond dont j'étais désespérément amoureux, pour lui déclarer très stupidement ma flamme, ce qui devait me valoir le plus cuisant et douloureux râteau de ma vie.

Je n'ai malheureusement pas de note précise de ce que j'ai fait les 24 occurrences précédent du 21 janvier de ma vie, parce que ma manie obsessionnelle compulsive de tenir un journal de ce qui m'arrive n'a commencé qu'avec le 3e millénaire. Je suppose que je pourrais reconstituer des choses sur les quatre précédents 21 janvier à partir de mes archives de mail, mais pour aller encore plus vieux ce serait difficile. All those moments have been lost in time… like tears in rain…

(mercredi)

Gro-Tsen et ses petites contrariétés

Bref, pas de grosse contrariété, mais pas mal de petites, et au final cela fait quand même beaucoup de temps perdu (et pas mal d'argent aussi). J'ai l'impression de courir dans tous les sens et de ne plus savoir où donner de la tête.

J'ai quand même trouvé le temps de finir de lire un des deux livres que je lisais en ce moment, celui de Wells sur les accents de l'anglais (enfin, je n'ai fini que le volume 1, mais je l'ai vraiment lu de bout en bout : je ne vais probablement pas en faire autant des volumes 2 et 3). Si et quand je serai moins débordé, j'essaierai d'en tirer quelques choses à raconter sur ce blog (mais moins techniques que la dernière fois où visiblement personne n'avait été intéressé ; je raconterai plutôt ce qui distingue substantiellement les accents britanniques et américains, ou comment classifier les voyelles en anglais).

(dimanche)

L'étincelle qui fait déborder le chauffe-eau

J'avais déjà raconté qu'un de mes sujets de cauchemar récurrents c'est celui où j'essaie d'allumer une lampe, et celle-ci fonctionne mal ou ne fonctionne pas du tout, et je veux de la lumière et je panique. Je me suis réveillé la nuit dernière, après avoir regardé Shutter Island hier soir (qui n'est pas spécialement un film rassurant pour les angoisses de ce genre), je me sentais bien malade, fébrile et désorienté, j'ai voulu prendre un verre d'eau dans la salle de bain et mesurer ma température : pas moyen d'allumer la lumière de la salle de bain. J'essaie l'autre lumière : pas mieux. En fait, j'étais dans l'obscurité totale : coupure de courant. J'arrive à attraper la lampe torche qui est posée sur ma table de nuit pour voir ce qui se passe, mais la lampe torche elle-même (qui est un truc chinois acheté à vil prix sur dealextreme.com) s'est mise à vaciller. À ce moment-là, j'ai un peu paniqué et craqué nerveusement. (Pendant ce temps, mon poussinet dormait du sommeil du juste et du non-tracassé.)

En fait, c'est notre disjoncteur qui avait disjoncté. J'ai essayé de le réenclencher, mais il saute immédiatement. Je pense que c'est le différentiel (ce n'est pas très clair sur notre tableau électrique, mais le disjoncteur combine le général et le différentiel de 500mA en un seul interrupteur). Si je coupe le circuit du chauffe-eau, je peux remettre le courant. (J'ai ensuite passé une heure à vérifier que l'ordinateur n'avait pas souffert de l'opération.)

J'imagine que c'est la résistance du chauffe-eau qui est percée et qui fait une fuite de courant vers la cuve. On savait déjà qu'elle était entartrée, au bruit qu'elle fait en chauffant ; néanmoins, comme ce chauffe-eau n'a même pas cinq ans, je me sens un peu floué qu'il faille déjà en changer la résistance (voire, toute la bête).

Je vais aller habiter un petit moment chez mes parents à Orsay. (Comme je comptais assister à cette conférence, ce n'est pas forcément mal.) Reste que si ça avait pu tomber à un moment où je n'étais pas malade, ça m'aurait arrangé. À ce sujet, j'ai rendez-vous chez un ORL lundi (et j'ai aussi des résultats d'analyses sanguines, qui sont normales).

Je me sens très las.

(jeudi)

Re-re-chute ?

(Résumé des épisodes précédents ici.)

Ayant fini lundi (et scrupuleusement suivi tout du long !) le traitement de huit jours à la ciprofloxacine que le médecin m'avait prescrit, je pensais en avoir fini avec cette infection persistante. Le week-end dernier j'allais bien (et les quelques jours précédents étaient plutôt bons aussi), et jusqu'à hier encore je me considérais comme guéri. Mais ce matin, je me suis réveillé avec le picotement dans l'arrière-gorge qui caractérise chez moi les débuts de rhume, et dans lequel, ici, je vois le signe d'une rechute possible ; et il ne semble pas disposé à disparaître : j'ai cet après-midi le nez bien chargé, je respire difficilement et je suis très fatigué. Je garde un peu d'espoir que ce soit une fausse alerte, mais je ne compte pas trop dessus.

Je ne comprends vraiment pas ce qui m'arrive. Visiblement mes bactéries répondent aux antibiotiques, puisque j'ai été au moins provisoirement guéri par la clarithromycine début décembre (mais j'ai fait une rechute au bout de trois-quatre semaines), et tout récemment par de la ciprofloxacine (mais rechute, si c'en est une, au bout de 48 heures). Sont-ce des bactéries différentes ?, mais si oui, pourquoi suis-je aussi souvent infecté ? Ou bien est-ce la même qui persiste ?, mais alors quel peut être le réservoir ? Devrais-je retourner voir mon médecin tout de suite, ou attendre que la rechute se confirme ? Je ne sais ni quoi faire ni quoi penser. Je suis complètement désemparé.

Et surtout, j'ai le moral qui vient de tomber dans les talons (référence xkcd obligatoire à ce sujet) : je pensais, ça y est, je vais de nouveau bien, je vais pouvoir mettre derrière moi cet épisode à la con, rattraper le temps perdu (que ce soit au boulot ou dans plein de choses, jusqu'à la muscu que j'étais trop fatigué pour faire), et vlan… Je suis fatigué et déprimé.

(mardi)

Deux livres

J'ai tout récemment commencé la lecture de deux livres que je crois déjà pouvoir recommander (il s'agit de nonfiction — comment diable est-on censé traduire ça en français ? — et du genre qu'on n'a pas spécialement de raison de lire dans l'ordre, donc je ne les « finirai » peut-être pas vraiment, ou pas clairement, ce qui m'incite d'autant plus à ne pas attendre ce moment hypothétique pour donner mon avis).

Le premier (que j'ai trouvé en flânant chez W. H. Smith dimanche soir) s'appelle The Evolution of God (ISBN 978-0-349-12246-5[#]), de Robert Wright. Il s'agit d'un essai sur l'évolution[#2] des trois grandes religions monothéistes, du concept de Dieu dans celles-ci, et de leurs croyances de façon plus générale. Il ne s'agit pas à proprement parler d'un livre d'histoire, mais plutôt d'un livre à thèse, à mi-chemin entre l'histoire (de la pensée) et la philosophie (de la religion), écrit par un auteur qui est probablement athée, ou agnostique entre l'athéisme et le déisme sans confession ; les idées qu'il expose paraîtront probablement choquantes à un Juif, Chrétien ou Musulman très traditionnel, mais ne sont pas une attaque aussi frontale que celles de Dawkins dans The God Delusion : pourtant, je pense qu'elles sont bien plus « dangereuses » pour ces religions, parce qu'elles explorent la façon dont celles-ci sont nées et dont leurs préceptes n'ont pas toujours été les mêmes.

Wright consacre un chapitre aux religions naissantes, un au monothéisme juif, un à l'invention du christianisme, un à l'islam, et un qui semble plus général et plus philosophique sur l'avenir des religions. Je n'ai pour l'instant lu que le passage sur le christianisme (j'ai commencé par là) et le début de celui sur le judaïsme, mais ce que j'ai lu m'a beaucoup intéressé, et j'ai trouvé le point de vue de l'auteur assez séduisant.

Concernant le christianisme, Wright cherche à reconstituer quelles ont pu être les croyances du Jésus historique (sur le compte duquel il expose quelque chose de pas incohérent avec ce que je proposais ici et , d'ailleurs, même s'il ne s'intéresse pas tant au personnage qu'à ses idées) et comment elles ont ensuite été revues par les évangélistes et par Paul de Tarse (aka Saint Paul). Il est assez convainquant, par exemple, lorsqu'il explique que Jésus, dans le courant millénariste/messianique juif, ne promettait certainement pas un paradis céleste et après la mort mais la venue du Royaume de Dieu de son vivant (ou en tout cas du vivant de ses disciples : cf. Marc 9:1) et sur Terre ; et que cette promesse a été revue et corrigée (en faveur d'un paradis plus céleste, après la mort, et d'un Royaume de Dieu plus symbolique) après évidemment le décès du prédicateur et après que le Royaume de Dieu tardait décidément à se réaliser. Il est aussi convainquant quand il défend l'idée que Jésus ne prêchait certainement pas l'amour universel et l'égalité entre les hommes, mais mettait clairement les Juifs en premier dans le Royaume de Dieu, les Gentils n'ayant leur place que comme serviteurs qui ramassent les miettes (cf. Marc 7:25–29), et que l'idée n'est venue aux Chrétiens que quand ils (notamment Paul de Tarse) ont voulu cimenter cette religion et l'exporter aux non-Juifs. Je ne rends cependant pas justice à Wright en résumant ces thèses de façon aussi succincte. Je souligne que l'évolution qu'il trace est celle des idées des premiers Chrétiens : il ne s'aventure pas dans, par exemple, dans la théologie au Moyen-Âge, et évoque à peine le Concile de Nicée — ce n'est pas le sujet qui le préoccupe.

Concernant le judaïsme, son intérêt est d'étudier la façon dont le royaume d'Israël est passé du polythéisme à la monolâtrie puis au monothéisme, en inventant un dieu unique qui réalise la synthèse entre des divinités telles que El et Baʿal (l'un ayant défini le dieu de la bible tel qu'il est quand il est nommé sous ce même nom, l'autre ayant influencé sa version sous le nom de Yhwh). Là aussi, je trouve qu'il défend bien ses idées, par exemple quand il signale le parallèle entre l'assemblée des dieux évoquée au Psaume 82 (81 en grec) et le conseil des dieux que préside le dieu El. J'attends de finir ce chapitre et de lire celui sur l'islam pour me prononcer plus complètement.

[#] Une question qui me tracasse depuis un moment : quel lien « canonique » utiliser quand je parle d'un livre ? Je n'aime pas trop en fournir un vers Amazon ou un autre vendeur de ce genre, parce que je n'ai pas de raison de leur faire de la pub ; il n'y a pas toujours de site Web officiel du livre, et même s'il y en a un j'ai peur que ce genre de site soit moins pérenne que mon blog ou que l'ISBN ; je fournis généralement un lien vers le gadget-à-ISBN de Wikipédia, mais je ne trouve pas celu-ci très pratique. Que faire, alors ? Je me pose aussi un peu la même question pour les films, d'ailleurs : jusqu'à présent j'ai adopté la politique de faire toujours des liens vers leur entrée dans IMDB, mais je commence à me dire que ce n'est pas forcément le plus neutre.

[#2] J'imagine que le mot est choisi à dessein comme clin d'œil aux cinglés qui rejettent les théories fondamentales de la biologie pour des raisons religieuses.

L'autre livre (que j'ai reçu ce matin) n'a aucun rapport : il s'agit d'un traité en trois volumes sur la prononciation de l'anglais et de ses accents, Accents of English de J. C. Wells (ISBN 978-0-521-29719-6 pour le volume 1, 978-0-521-28540-7 pour le volume 2, et 978-0-521-28541-4 pour le volume 3). Ceux qui pensent que le sujet est aride se trompent !

Je connaissais déjà J. C. Wells parce qu'il est aussi l'auteur de l'excellent Longman Pronunciation Dictionary (ISBN 978-1-4058-8118-0 pour la 3e édition), que je recommande également très vivement (c'est le seul dictionnaire que je connaisse à donner fiablement la prononciation britannique et américaine, en l'occurrence en alphabet phonétique, ainsi que de nombreuses variantes, et des statistiques de préférences dans les cas où il y a des doutes). Néanmoins, ce Pronunciation Dictionary reste limité à la Received Pronunciation anglaise et à la prononciation américaine synthétique connue sous le nom de General American. Son livre Accents of English ne se limite pas à ça : il décrit soigneusement les différents accents britanniques (dans le volume 2), mais aussi (dans le volume 3), les différents accents américains, canadiens, australien, néo-zélandais, sud-africain, indiens[#3] et plus.

Il serait facile de rendre la chose complètement illisible : devant la masse de voyelles de l'anglais, et la masse d'accents qui existent, on a vite fait de se perdre. Ce qui est remarquable avec le livre de Wells, tel qu'il m'apparaît après un examen encore peu approfondi, c'est qu'il arrive à faire la synthèse d'une masse de faits disparates de façon qu'on s'y retrouve. Chose que je n'ai probablement pas réussi à faire dans une entrée récente de ce blog, qui ne parlait pourtant que d'un tout petit groupe de voyelles !

Le volume 1 est introductif et peut se suffire à lui-même : il présente la problématique générale, évoque la définition de ce qu'est un accent et la manière dont ils diffèrent, puis il décrit les accents standards Received Pronunciation et General American et la façon dont ils diffèrent, la phonémique (notamment des voyelles) et l'évolution historique. Je pense que ce livre est très précieux pour quiconque s'intéresse à la phonétique et veut apprendre à « parler l'anglais correctement » (quoi que correctement veuille dire). Les volumes 2 et 3 décrivent ensuite en détail les accents anglais de différentes parties du monde, comme je l'ai expliqué, avec toujours beaucoup de soin (par exemple j'y trouve une explication très claire et soigneuse du fameux Canadian rising qui fait que les Américains croient souvent, complètement à tort, que les Canadiens prononcent about comme ils disent a boot).

[#3] Je mets des pluriels un peu au hasard, puisqu'il n'est pas clair ce que signifie le fait d'avoir un ou plusieurs accents dans un pays. Mais dans sa section consacrée au Canada, Wells consacre une sous-section particulière à Terre-Neuve, alors que pour ce qui est de l'Australie, s'il mentionne évidemment des différences, il ne distingue pas une région particulière.

(dimanche)

De quel côté dormir ?

Je ne peux dormir que sur le côté. Si je m'endors sur le dos, soit je commence à ronfler (et je dors alors mal et me lève avec une gêne désagréable dans la gorge), soit je me réveille avec la sensation d'étouffer. Je trouve agréable de me mettre sur le ventre au moment où je me couche, mais si je m'endors de la sorte, je me réveille aussi parce que je m'étouffe, ou bien parce que j'ai coupé la circulation dans un bras ou dans une main. Bref, il n'y a que sur le côté que ça marche. Et encore : toutes les quelques minutes j'éprouve le besoin impérieux de changer de côté (je ne saurais pas dire ce qui le cause au juste, mais heureusement il se synchronise généralement bien avec le fait qu'une de mes narines soit bouchée — c'est alors elle qui se retrouve en haut).

Je me demande bien comment je ferai si un jour une blessure ou un autre obstacle quelconque m'empêche de dormir de la seule façon qui marche.

(lundi)

Ciprofloxacine

Pour soigner mon infection persistante, mon médecin m'a prescrit de la ciprofloxacine. La liste des contre-indications est assez terrifiante. Certes, c'est le cas pour à peu près n'importe quel médicament qui n'est pas un pur placébo, mais là c'est vraiment le niveau au-dessus : Dans de rares cas, des réactions et des chocs d'origine allergique pouvant mettre en jeu la vie sont observés, et cela dès la première prise ; le traitement par ciprofloxacine doit alors être arrêté immédiatement et un traitement adapté doit être mis en route ; Manifestations cutanées : […] exceptionnellement : nodules rouges et douloureux situés sous la peau, éruption de papules rouges (lésions de la peau en relief, de taille variable), qui peuvent s'étendre et confluer, lésions sévères de la peau à l'aspect de cloques et de bulles sur le corps (syndrome de Lyell et de Stevens Johnson) ; Modifications du bilan sanguin : […] exceptionnellement : diminution de tous les éléments du sang (globules rouges, globules blancs, plaquettes), appauvrissement de la moelle osseuse en cellules sanguines pouvant menacer la vie ; Manifestations hépatiques : […] exceptionnellement : hépatite et destruction du foie pouvant mettre la vie en jeu. Eh bien ! L'essentiel des avertissements, cependant, concerne le tendon d'Achille. Pour ne pas paniquer les hypocondriaques comme moi, ce serait quand même bien d'avoir une idée de la fréquence de ces différents effets indésirables exceptionnels.

Heureusement, j'ai déjà pris de la ciprofloxacine par le passé, dans une aventure un peu étrange (où j'étais censé avoir une septicémie causée par une klebsielle alors que, dans les faits, je me sentais tout à fait guéri), et je n'ai pas eu d'effet secondaire indésirable.

(dimanche)

La complainte du Ruxor malade

Vous en avez marre de m'entendre tout le temps parler de mon rhume infini qui dure depuis six semaines maintenant ? Moi aussi, j'en ai marre. Rassurez-vous, quand il sera fini, j'arrêterai d'en parler. En attendant, il faut bien que je me défoule quelque part, et ce blog sert aussi à ça.

(Résumé des épisodes précédents : j'ai eu un énorme rhume fin novembre, avec une toux bien grasse et bien verte et une sinusite terrible. Mon généraliste m'a donné de la clarithromycine (je suis éventuellement allergique à la pénicilline) et un traitement symptomatique, les choses se sont nettement améliorées, mais j'ai passé tout le mois de décembre à être crevé et à toussoter. La semaine dernière, rechute ou nouvelle infection, je ne sais pas, mais j'étais encore plus crevé et fébrile. Je suis retourné voir mon médecin, qui a estimé que cette fois c'était viral, et ne m'a donc donné que des placébos. Puis j'ai eu un petit passage angineux. Dernière évolution : les symptômes ont de nouveau changé, et je suis revenu exactement au point de départ, c'est-à-dire le rhume énorme avec une toux bien grasse et bien verte et une sinusite terrible. J'essaierai demain de voir mon médecin ou un autre, peut-être me donnera-t-il de nouveau des antibiotiques : je ne suis pas trop fan de leur abus, mais enfin, au bout de six semaines d'infection il faut peut-être faire quelque chose.)

Le jour ça va à peu près, surtout le soir où je finis par me sentir presque bien. Mais dès que je suis couché, c'est la catastrophe, et je n'arrive guère à dormir que quatre heures d'affilée avant que mes sinus (et/ou ma gorge déséchée) me hurlent que je dois me réveiller. À ce moment-là, je dois accomplir le Rituel, qui consiste à :

Je ne suis pas vraiment convaincu que quoi que ce soit ait le moindre effet, en fait, mais à force d'être debout pour pratiquer ce Rituel, mes sinus se sont un peu dégagés et je peux soit me recoucher pour quelques heures soit vaquer à mes activités pour la journée, qui consistent à poster sur mon blog des conneries comme celle-ci parce que je n'ai pas la force de sortir et de faire autre chose.

En fait, ce dont je me plains, ce n'est pas tellement d'être enrhumé en soi (même dans ma vie bien douillette, j'ai connu pire condition), c'est que je ne peux absolument rien faire, je n'ai absolument pas la force de sortir pour faire plus que quelques courses, et le reste du temps je glandouille devant mon ordinateur et j'écris des longues entrées sans intérêt ici. Comme je ne peux pas dormir correctement, j'ai des horaires complètement bizarres, je n'arrive pas à manger correctement, et ça fait bien une semaine que je n'ai pas vu le soleil : ça ne doit pas trop aider à guérir, ça, et ça fait un joli cercle vicieux. Mais surtout, je suis complètement écœuré parce que j'avais prévu de faire des choses pendant ces vacances, et elles ont complètement passé sans que j'aie eu une seule journée utilisable.

Quelle façon de commencer la nouvelle année…

Mise à jour : on m'a prescrit de la ciprofloxacine, cf. l'entrée suivante.

(samedi)

Cousins, cousines

[Photo des moi et mes cousins en 1976]

Légende : Moi dans les bras de mon cousin aîné ; à gauche, notre grand-mère (maintenant décédée) ; à droite, ma mère (en rouge) et une de mes tantes. Devant, mes trois cousines, une amie, et mon autre cousin.

Ce Noël, mon poussinet a pu faire connaissance de ma famille plus éloignée que mes parents, c'est-à-dire, de mes tantes et de quelques uns de mes cousins et petit-cousins.

Comme j'ai grandi sans frère ou sœur, mes cousins germains sont ceux que j'ai de plus proches dans ma génération. Du côté de mon père, qui a une sœur et un frère, j'ai un cousin (le fils de ma tante) et une cousine (la fille de mon oncle), qui habitent au Canada (et, s'agissant de ma cousine, pas à l'endroit le plus accessible, à 7835km de chez moi), tous deux plus âgés que moi, et que je n'ai pas vus depuis respectivement quinze et vingt-cinq ans environ. Du côté de ma mère, qui a un frère (décédé avant ma naissance) et deux sœurs, qui ont eu respectivement un fils, deux filles, et une fille et un fils, si bien que j'ai deux cousins et trois cousines, là aussi tous plus âgés que moi (mon cousin aîné a dix-huit ans de plus que moi). Ceci sans compter trois cousines par alliance (c'est-à-dire des demi-sœurs de mes cousins ou cousines). Nous, c'est-à-dire cinq des six petits-enfants de ma grand-mère (et de mon grand-père, mais celui-ci est mort avant la naissance d'aucun de nous) nous retrouvions à Noël et en d'autres occasions, et comme j'étais le plus jeune j'étais aussi le plus gâté. Maintenant, comme les gens suivent généralement la politique de passer un Noël sur deux dans leur famille et un Noël sur deux dans celle de leur conjoint, je vois certains de mes cousins plutôt un an sur deux (et d'autres carrément moins souvent).

Ensuite, mes cousins ont commencé à avoir des enfants, et là l'arbre généalogique (ou plutôt, la liste des prénoms) est devenu trop compliqué pour ma petite mémoire. Si je ne me trompe pas, j'ai deux petits-cousins du côté de mon père, qui ont sept et treize ans, et onze ou douze petits-cousins ou petites-cousines du côté de ma mère, qui ont entre cinq et vingt ans. J'écris petit-cousin pour le lien familial entre un individu et l'enfant de son cousin germain, mais je crois que le français n'est pas très systématique là-dessus : certains parlent de neveu à la mode de Bretagne, et d'autres de cousin issu de germain (i.e., fils ou fille du cousin germain), mais ce terme est parfois utilisé pour désigner des cousins ayant des arrière-grands-parents communs, donc c'est ambigu ; par ailleurs, je ne sais pas comment on devrait désigner les petits-enfants d'un cousin germain (la logique voudrait dire les arrière-petits-cousins, mais ça sonne bizarrement parce que ça laisse penser qu'il y aurait trois générations d'écart). L'anglais est beaucoup plus logique : deux cousins sont désignés comme first cousin, second cousin, third cousin, etc., selon le nombre de générations qu'il faut remonter (pour le plus proche des deux cousins) pour retrouver un ancêtre commun : s'il s'agit d'un ou d'un couple de grands-parents on parle de first cousins (des cousins germains, donc), pour des arrière-grands-parents de second cousin, etc. (et bien sûr, s'il s'agit d'un ou d'un couple de parents on parle de siblings) ; quant au nombre de générations d'écart, il est indiqué par once removed, twice removed, etc. Mes petits-cousins sont donc mes first cousins once removed, et le terme est symétrique en anglais, donc je suis aussi leur first cousins once removed (grand-cousin) ; des enfants qu'ils auraient seraient mes first cousins twice removed ; quant à mes différents petits-cousins, quand ils ne sont pas plus près, ils sont second cousins les uns par rapport aux autres (en français, des cousins issus de germains, ou issus de deux germains, le terme n'est pas clair), et moi-même je crois que j'ai, au Canada, un nombre assez important de second cousins dont j'ignore absolument tout.

L'arbre généalogique fournit une structure combinatoire sur laquelle beaucoup de lexicologie ou de protomathématiques ont pu être faites ; à commencer par définir des termes pour toutes sortes de liens familiaux. Deux individus partageant un seul parent s'appellent demi-frères ou demi-sœurs : lorsque le parent partagé est le père, on parle de demi-frères ou demi-sœurs consanguins (de l'idée traditionnellement sexiste que le sang vient du père), lorsque c'est la mère, utérins ; je ne sais pas si on doit parler de demi-cousins pour les enfants de demi-frères et demi-sœurs. S'agissant de cousins germains, on peut distinguer ceux qui sont croisés (enfants d'un frère et d'une sœur) et ceux qui sont parallèles (enfants de deux frères, auquel cas on peut les qualifier [parallèles] consanguins/patrilinéaires, ou de deux sœurs, auquel cas on peut les dire [parallèles] utérins/matrilinéaires). Pour ma part, parmi mes sept cousin(e)s germains, j'ai deux cousins croisés, un cousin parallèle (matrilinéaire) et quatre cousines parallèles (trois matrilinéaires et une patrilinéaire). Certains liens familiaux n'existent que de façon rare : par exemple, des cousins doubles, c'est-à-dire doublement parallèles (lorsque les deux pères sont frères et les deux mères sont sœurs), ou doublement croisés (lorsque le père de chacun est frère de la mère de l'autre). Plus tordu : si le père de X est aussi le grand-père paternel de Y et que la mère de Y est aussi la grand-mère maternelle de X (notez qu'il n'y a aucun inceste dans l'histoire, au sens où personne n'a eu d'enfant avec quelqu'un de visiblement apparenté, même s'il y a un très bizarre recouvrement entre générations), cela fait que X et Y peuvent être chacun le demi-oncle (ou la demi-tante) de l'autre : j'imagine que ce cas de figure a bien dû se produire au moins une fois dans l'histoire de l'humanité.

Cela ressemble à un petit jeu amusant, mais les anthropologues nous apprennent il y a des cultures qui prennent cela très au sérieux, pour ce qui est de définir les tabous sur l'inceste et autres règles sur le mariage : voyez ce site-ci, par exemple (que j'avais déjà signalé en parlant de sujets vaguement semblables). Un règle qui revient assez souvent, cependant, est que le mariage entre cousin et cousine est tabou s'il s'agit de cousins parallèles et encouragé s'il s'agit de cousins croisés (mais bon, il y aussi d'autres cultures où le mariage entre cousins parallèles est, au contraire, encouragé). C'est assez surprenant pour nous qui n'avons pas l'habitude de faire la différence ; mais même en latin, une langue pas trop éloignée de nous, on distingue l'oncle paternel (patruus) de l'oncle maternel (avunculus), la tante paternelle (amita) de la tante maternelle (matertera), et les différents sortes de cousins (les enfants du patruus, donc les cousins parallèles patrilinéaires, sont les patrueles ; les enfants de l'avunculus, donc les cousins croisés du côté de la mère, sont les consobrini ; les enfants de l'amita, donc les cousins croisés du côté de la mère, sont les amitini ; et les enfants de la matertera, donc les cousins parallèles matrilinéaires, sont les matrueles).

Puis-je définir mathématiquement une notion de degré de consanguinité ? Ce n'est pas évident si on veut que ça marche même si l'arbre généalogique contient des choses vraiment bizarres comme de l'inceste ou des chevauchements de générations (cf. mon exemple antérieur). Voici une tentative pour formaliser quelque chose qui marche absolument dans tous les cas :

On suppose que X et Y sont deux individus à comparer. Chacun est à l'origine d'un arbre binaire (de ses ancêtres) dont les arêtes sont étiquetées par ♂ (père) et ♀ (mère) : si s est une chaîne formée de ces deux symboles, et Z un individu, je note s(Z) l'ancêtre correspondant de Z, défini par le fait que ♂(Z) est le père de Z, ♀(Z) est sa mère, et pour l'ordre de lecture s1(s2(Z)) = s1s2(Z) (par exemple, ♂♀♀(Z) désigne l'arrière-grand-père qui est le père de la grand-mère maternelle). Je désignerai aussi par ℓ(s) la longueur de s, c'est-à-dire le nombre de générations désignées. La chaîne de longueur vide existe (et renvoie à l'individu lui-même).

Je définis alors la consanguinité absolue entre X et Y comme la moitié de la somme sur tous les couples de chaînes binaires (s,s′) telles que s(X)=s′(Y) de la quantité 2−(ℓ(s)+ℓ(s′)). Remarquer que cette quantité peut très bien être supérieure à 1. Je définis l'autoconsanguinité de Z comme étant la consanguinité absolue entre Z et lui-même : comme la somme ci-dessus comporte au moins les couples (s,s′) avec s=s′, elle vaut au moins 1 ; et si l'arbre généalogique de Z ne comporte pas de surprise (ce qui est forcément faux si on va assez loin, mais on aura souvent envie de faire semblant), alors l'autoconsanguinité vaut 1. Enfin, la consanguinité (normalisée) de X et Y sera le rapport de leur consanguinité absolue sur la moyenne géométrique de leurs deux autoconsanguinités ; et le degré de séparation consanguine entre X et Y sera l'opposé du log base 2 de cette consanguinité normalisée.

Lorsque des informations manquent sur l'arbre généalogique, on fera l'hypothèse qu'il est sans surprise (c'est-à-dire, libre : les seules relations entre les s(Z) sont celles qui sont connues). On pourra vérifier, pour aider à simplifier les calculs, que dès lors qu'on a trouvé un (s,s′) tel que s(X)=s′(Y), alors ½ fois la somme des 2−(ℓ(ts)+ℓ(ts′))=2−(ℓ(s)+ℓ(s′)+2ℓ(t)) pour tous les t (de longueur ≥0) possibles vaut justement 2−(ℓ(s)+ℓ(s′)) (i.e., le facteur ½ a disparu). Donc, dans les cas simples, pour calculer la consanguinité on peut se contenter de sommer les 2−(ℓ(s)+ℓ(s′)) sur les couples (s,s′) « minimaux » tels que s(X)=s′(Y).

Exemples :

  • Si X et Y sont frères/sœurs (germains, quoi) et qu'il n'y a pas d'autoconsanguinité, la consanguinité entre eux vaut ½ fois la somme des 4−ℓ(s) sur tous les s tels que ℓ(s)>0, car seuls existent les termes où s=s′ (c'est l'hypothèse d'absence d'autoconsanguinité) ; comme le nombre de s à valeur de ℓ(s) donnée est 2, on trouve ½ fois la somme des 2−ℓ pour tous les ℓ>0, autrement dit la consanguinité vaut ½, donc le degré de séparation est 1.
  • De même : entre un parent et son enfant, la consanguinité vaut ½ (le degré de séparation est 1). Entre un grand-parent et son petit-enfant, la consanguinité vaut ¼ (le degré de séparation vaut 2). Entre oncle et neveu, on a également ¼ donc un degré 2. Entre demi-frères, la consanguinité vaut toujours ¼ (dans la formule de calcul simplifié, on a un unique couple (s,s′) « minimal » tel que s(X)=s′(Y), avec 2−(ℓ(s)+ℓ(s′))=¼). Entre cousins germains, le degré est 3 : ce serait 4 pour des demi-cousins germains, 2 pour des doubles cousins germains, et 4−log2(3)≅2.42 pour des cousins germains-et-demi. Le grand-cousin et le petit-cousin (first cousins once removed) sont à un degré 4 l'un de l'autre. Des cousins issus de [deux] germains (second cousins) sont à un degré 5. ((Notons que la terminologie française est généralement de les dire aux sixième degré, la différence provient du fait que la terminologie française ignore le fait qu'ils ont deux arrière-grands-parents en commun, alors que mon calcul tient compte de ce fait : des demi-cousins issus de germains sont au degré 6 avec ma définition.))
  • Avec un peu d'inceste, les calculs se compliquent. L'enfant d'un frère et d'une sœur a une autoconsanguinité de 5/4 ; deux enfants différents de cette même union incestueuse ont une consanguinité absolue de 3/4, donc normalisée de 3/5, ce qui diminue leur degré de séparation à ∼0.74 ; si ces deux enfants ont eux-mêmes des enfants (avec des individus sans autre parenté), chacun d'entre eux aura une autoconsanguinité de 17/16, et deux tels cousins l'un par rapport à l'autre une consanguinité absolue de 5/32, donc normalisée de 5/34, et leur degré de séparation est donc de ∼2.77. L'enfant de deux cousins germains a une autoconsanguinité de 9/8, deux tels enfants ont l'un par rapport à l'autre une consanguinité de 5/8, donc normalisée de 5/9, ce qui crée entre eux un degré de séparation de ∼0.85.
  • Dans l'exemple que j'ai donné plus haut de deux personnes X et Y qui seraient chacun l'oncle de l'autre (mais sans inceste), la consanguinité entre eux vaut ½, c'est-à-dire qu'ils sont à degré 1 (comme le sont deux germains, ou un parent de son enfant, alors qu'ils ne sont rien de tout ça).
  • (Ajouté 2011-01-16) Un voyageur dans le temps qui arrive à être son propre père a une autoconsanguinité de 3. S'il est seulement son propre grand-père, il a une autoconsanguinité de 5/3.

Je devrais étudier d'un peu plus près les propriétés mathématiques de ce bazar, mais je clos ma digression.

La photo ci-dessus a été prise il y a trente-quatre ans. C'est apparemment la durée d'une génération dans ma famille, puisque ma mère n'est pas loin d'avoir l'âge de ma grand-mère sur cette photo (et ma tante a un peu plus), et plusieurs de mes cousin(e)s ont des enfants qui ont à peu près le même âge qu'ils/elles avaient en 1976. Ce qui est étonnant, aussi, c'est de voir à quel point certaines personnes changent et d'autres non. On a retrouvé une vidéo prise du Noël 1983 dans ma famille (les couleurs sont épouvantables mais le son est assez bon) : j'ai été frappé de constater que vingt-sept ans plus tard, une de mes tantes (celle qui n'est pas sur la photo ci-dessus) et deux de mes cousines n'avaient quasiment pas changé (même si, certes, on voit que ces dernières n'ont plus quinze ans).

(mardi)

Fatigue hivernale, suite

Je croyais que mon rhume qui dure depuis un mois était enfin fini, malgré la fatigue rémanente, mais voilà que soit j'ai fait une rechute soit j'ai chopé un nouveau rhume. Me voilà de nouveau dans un état fébrile, crevé et avec mal à la tête et aux sinus.

J'en ai marre de ce temps pourri.

(lundi)

Mon poussinet s'est fait voler son téléphone

Mon poussinet s'est fait voler son téléphone (et environ cinq euros en espèces qui étaient dans son portefeuille) alors qu'il dormait dans le train. Il pensait depuis un moment s'en acheter un nouveau, donc ce n'est pas bien grave, mais tout de même, d'ici là, je ne pourrai plus communiquer avec lui par Google Talk. ☹ Et c'est un peu trop tôt pour acheter un truc avec la toute nouvelle version d'Android.

Quelques ajouts (2010-12-14T19:15+0100) :

(lundi)

La touche à droite du N de on clavier est cassée

Elle arche un peu aléatoireent, donc si dans les quelques prochaines entrées vous e voyez utiliser des ots un peu ystérieux, vous saurez que c'est ça. (Déjà que le Z arche très al… ais c'est vrai que le Z est substantielleent oins utile que la preière lettre de on no de faille.)

(Il s'agit bien de la touche à droite du N : j'utilise un clavier QWERTY ; si j'étais sur un AZERTY, cette touche ferait une virgule, et la lettre qui e anque se trouverait à droite du L.)

J'ai coandé un nouveau clavier sur le site de Logitech. Contraireent à la dernière fois, il seble que j'aie pu deander un QWERTY, justeent.

Mise à jour (2010-12-16T14:10+0100) : J'ai reçu mon nouveau clavier. Le confort des touches n'est pas mal, et il est relativement silencieux (peut-être un peu moins que le précédent, mais moins aigu aussi). Il a le gros avantage d'être un vrai QWERTY-US (mieux : international, ce qui fait que j'ai quand même une touche entre le Z et le shift de gauche). Un inconvénient sur la disposition des touches, cependant : il n'a que deux touches entre la barre d'espace et le control de droite, et notamment la touche que j'utilise comme touche compose n'est pas exactement à l'endroit auquel je suis habitué — mais je pense que je m'y ferai sans trop de mal.

(vendredi)

Fatigue hivernale

Mon rhume interminable s'en va très très très doucement, je ne tousse presque plus, mais j'ai quand même de temps en temps à râcler ma gorge et, surtout, je continue d'être très fatigué. Il faut dire que le temps n'aide vraiment pas, et je commence à trouver sérieusement déprimant le manque de soleil et cette espèce de chape de plomb glaciale, mi-nuageuse mi-brumeuse, qui nous sert de ciel en ce moment.

(vendredi)

Dr. Seuss surgit de ma mémoire

Je butinais au hasard sur le Web quand je tombe sur une page parlant du Dr. Seuss. Le nom me dit vaguement quelque chose, qui était-il, déjà ? Un auteur de livres pour enfants, ou quelque chose comme ça ? (Un pédiatre ? Non, je confonds avec le Dr. Spock, là. Qu'il ne faut lui-même pas confondre avec Mr. Spock.) Wikipédia me confirme que Dr. Seuss est le nom de plume de Theodor Geisel, écrivain mais aussi dessinateur de livres pour enfants ; mais quand je regarde le genre de dessins qu'il fait, ça réveille des neurones dans les couches bien profondes de ma mémoire. Oui, oui, j'ai déjà vu ce personnage qui ressemble à un chat allongé… Il me revient à l'esprit une histoire de ville où on n'a presque pas de soucis, sauf que la clé pour y rentrer a été perdue… Après plein de recherches Google, je finis par déduire que j'ai dû lire I Had Trouble in Getting to Solla Sollew (le nom de la ville ne me dit rien, mais le résumé ne laisse aucun doute). Où et comment ai-je pu lire ça ? Cette fois Google ne m'aidera pas, il n'indexe pas (encore ?) mes propres neurones, mais à force de me creuser les méninges, je crois que j'ai retrouvé : c'était chez des amis, qui avaient (ont ?) une grande maison de vacances aux alentours de Bandol et qui la prêtaient parfois à mes parents pour les vacances, et je dormais dans la chambre d'un de leurs fils et je pense que c'est là que j'ai trouvé ce livre. Au demeurant, les dessins sont assez mignons.

C'est assez amusant comme ce genre de souvenirs très flous peut tout d'un coup remonter à la surface avec une netteté surprenante, à la faveur d'une invocation complètement inattendue.

(mercredi)

La suite du rhume de la mort qui tue

Dix jours que ça dure, et je commence à trouver que c'est vraiment long ! Certes, je vais mieux, j'ai les bronches beaucoup moins chargées, je ne crache plus des glaires ou en tout cas plus de vertes et grasses (donc les antibiotiques ont peut-être été efficaces — mais on m'en a prescrit pour cinq jours et c'est fini), et j'ai le nez beaucoup moins chargé, je respire librement quand je dors, c'est un vrai soulagement ; mais je continue à tousser beaucoup pendant la nuit et à renifler un peu tout le temps, et j'ai les oreilles qui se bouchent tout le temps ; et surtout, je suis vraiment fatigué. Accessoirement, les antibiotiques ont pas mal perturbé ma digestion.

Est-ce que je devrais retourner voir un médecin, ou bien considérer que comme ça semble en train de passer je devrais juste attendre ?

(jeudi)

Le retour du rhume de la mort qui tue

Normalement je suis plutôt abonné aux rhumes, mais les quelques derniers étaient plutôt des rhumounets de rien du tout, il faut que je remonte à il y a quatre ans pour en retrouver un vraiment sérieux. Mais là j'ai l'impression que je suis en train de rattraper quatre ans de rhumes en une seule fois. Ça a commencé dimanche par une très grande fatigue puis une belle bronchite, la nuit dernière j'ai cru me noyer sous des torrents de morve et je n'ai quasiment pas dormi. Aujourd'hui me voilà avec les sinus enflammés de toute cette activité, et une toux bien grasse. Je me soigne au paracétamol (et un peu d'aspirine pour varier de temps en temps), à l'acétylcystéine, à la vitamine C pour l'effet placebo, au sérum physiologique pour me laver les sinus, et aux inhalations de Balsolène. Et en restant au chaud chez moi.

Mise à jour (2010-11-26T22:30+0100) : Ça ne va pas mieux. Je suis allé chez le médecin ce soir, qui m'a prescrit (en plus du paracétamol et de l'acétylcystéine que je prenais déjà) un antibiotique des fois que ce serait bactérien, et un corticoïde pour soulager mes sinus en feu. On verra si ça fait de l'effet, mais en attendant je suis incroyablement faible — après avoir dormi douze heures et passé la journée à comater, je suis déjà complètement crevé. Et en plus, voilà que je me mets à avoir mal à l'estomac.

(mercredi)

Encore des thèmes oniriques

J'avais évoqué jadis quelques uns des thèmes récurrents de mes rêves. Il m'en est revenu à l'esprit quelques autres, qui sont plutôt transparents mais néanmoins assez caractéristiques.

(lundi)

Bêta-bloquant

Mon cardiologue (que je suis allé voir pour des problèmes de tachycardie et de palpitations — apparemment je fais parfois des extrasystoles bigéminées, mais il n'a pas l'air de trouver ça grave, et il semble que ce soit dû au stress) a jugé qu'il serait peut-être bien de traiter un peu mon anxiété, et les manifestations physiologiques qui l'accompagnent. Non pas avec un anxiolytique mais plutôt avec un bêta-bloquant, en l'occurrence le propranolol à petites doses. On va faire un essai pendant un mois, pour voir comment je réagis, mais sur la description qu'il m'en a faite, ça a l'air d'être vraiment ce qu'il me faut.

(mardi)

Mon royaume pour une pendule qui marche !

Plein d'appareils électroniques (du magnétoscope au four à micro-ondes en passant par le téléphone sans fil, la station météo et que sais-je encore) viennent avec une horloge interne, et affichent l'heure de façon bien visible. Ça part d'une bonne intention, mais c'est plutôt une source d'emmerdes. Non seulement ça veut dire que deux fois par an il faut passer par tous ces appareils et se rappeler comment on est censé les régler (et c'est parfois extrêmement peu intuitif, comme pour mon autotensiomètre), mais en plus, même en-dehors des changements d'heure, ces maudits trucs ne sont jamais foutus de rester à l'heure : le pire chez moi est le four à micro-ondes qui prend quelque chose comme dix minutes d'avance par mois, mais même les trucs censés se mettre à l'heure automatiquement ne le font pas toujours correctement (ma station météo censément radio-contrôlée ne capte pas bien le signal car mon appartement est au fond d'une cour, et parfois elle se décale d'une ou deux heures ; et mon poussinet et moi nous sommes tout juste débarrassé d'un décodeur TNT qui trouvait inexplicablement le moyen de se régler chaque nuit à une heure de retard en été et deux en hiver — non, ce n'est pas le temps universel, c'est exactement le contraire, je ne sais vraiment pas comment c'est possible — plus quelques minutes un peu aléatoirement). La seule chose qui soit vraiment et fiablement à l'heure, chez moi, c'est mon ordinateur (lui il obtient l'heure par réseau), mais même s'il affiche l'heure en haut de mon bureau, je ne suis pas dessus 24h sur 24 (contrairement aux rumeurs à ce sujet), et l'écran s'éteint au bout d'un certain temps.

On a beau savoir que les choses ne sont pas à l'heure, on finit toujours pas se laisser piéger et par les croire, ou au moins par s'énerver en se demandant quelle heure est-il au juste ? où y a-t-il une vraie pendule qui donne la bonne heure, dans cette foutue maison ?

Un jour j'assumerai la geekitude ultime et je m'achèterai une horloge atomique. (J'ai entendu des rumeurs selon lesquelles on peut trouver des horloges à rubidium pour moins d'un demi-millier d'euros, mais je ne sais pas où.)

(samedi)

Les robots de chez spartoo.com

A priori, le site marchand spartoo.com (ils vendent des chaussures, et quelques vêtements) est bien conçu, leur catalogue est intéressant (à mes yeux au moins), et leurs prix sont compétitifs. Ils livrent rapidement, et il est très simple et gratuit de faire un retour si on s'est par exemple trompé de pointure (on imprime une étiquette qu'on colle sur le colis, et on le dépose dans un relais Kiala, c'est-à-dire un réseau de commerçants qui font du dépôt et de la livraison de colis). Tout cela est fort attractif.

Quand ça marche. Parce que le problème avec les mécaniques bien huilées, c'est que quand il y a un problème, il devient impossible de faire quelque chose. J'avais commandé, le 30 août, une paire de chaussure Nike (Air Force 1 Mid, 315123-003) de couleur noire. Le 2 septembre (quand je vous dis que c'est rapide !), la commande m'est livrée. Problème : elle m'est arrivée bleue. La couleur bleue n'étant pas dans le catalogue de spartoo.com, je soupçonne une erreur dans les stocks. De fait, la boîte est correctement étiquetée par Nike (ces andouilles ne disent pas blue, ils disent varsity royal, ce qui est quand même le nom de couleur le plus grotesquement pompeux qui soit, mais bon, au moins le numéro de référence est clair, c'est 315123-400 alors que sur ma facture c'est 315123-003).

Pas de problème, il suffit de retourner la chose et de demander un nouvel article. Le formulaire de retour a même une case le produit m'est bien arrivé, mais ce n'était pas la couleur commandée, que je coche, et il y a un champ pour entrer plus d'explications. Je dépose donc (toujours le 2 septembre) mon colis correctement étiqueté chez une imprimerie pas loin de chez moi qui fait relais Kiala, et j'attends des nouvelles. Le lendemain je reçois un mail m'annonçant que mon retour est accepté.

Le 8 septembre (mercredi dernier), nouvelle livraison, en remplacement. Très bien, mais c'est toujours exactement la même chose : la chaussure est obstinément bleue, et porte obstinément le numéro 315123-400. Cette fois, en plus de faire un retour, j'écris au service clientèle (enfin, j'écris à une de ces adresses associées à un prénom féminin évocateur par lesquelles spartoo.com écrit à ses clients, et qui sont, probablement, toutes exactement la même chose) un mail détaillé expliquant la situation, avec toutes les références : je reçois un mail automatisé m'informant qu'un ticket de demande de renseignement est ouvert. Bon, ce n'est pas une demande de renseignement, mais on peut au moins espérer qu'ils les lisent. Pour plus de précaution, je colle sur la boîte des chaussures que je retourne un post-it sur lequel j'attire de façon très visible l'attention sur le problème (Vous avez une erreur dans vos stocks : ceci est la référence Nike 315123-400 (bleue), j'avais commandé la 315123-003 (noire)).

Aucune réaction du service client, bien sûr, sauf les mails complètement automatisés me signalant que mon retour est accepté, qu'une nouvelle commande est en préparation (c'est Amélie qui signe les mails relatifs aux colis, et Adriana qui signe ceux concernant les commandes : pourquoi ai-je l'impression que ces personnes n'existent pas ?). Et ce matin (11 septembre, donc), nouvelle livraison. La chaussure persiste à être bleue. Je me demande si je n'ai pas reçu exactement la même, d'ailleurs (j'aurais peut-être dû mettre un lapin blanc invisible dans la boîte que je retournais, pour le savoir) ; après tout, ils ne doivent pas avoir tant de paires que ça, pour un modèle précis et une pointure précise.

J'ai hésité à être taquin et obstiné, et à continuer les retours avec demande d'échange pour voir combien de temps ça pourrait durer avant que quelqu'un se rende compte de la situation. Après tout, même si visiblement les frais de personnel doivent être très réduits puisque tout a l'air totalement automatisé, il faut au moins qu'ils paient à chaque fois une livraison par Colissimo, qui aurait fini par représenter plus que le prix de la chaussure, et en tout cas certainement plus que leur marge dessus. Mais bon, je veux quand même revoir mon argent, à défaut de chaussures de la bonne couleur : je fais donc un retour contre remboursement. (En ayant quand même la conscience de décrire, de nouveau, sur un post-it sur la boîte, quel est le problème, et en le signalant de nouveau au service clientèle.) J'irai acheter cette paire de chaussures dans une vraie boutique[#] dans la vraie vie.

Reste que j'ai perdu du temps, vraiment inutilement, avec cette connerie, ne serait-ce qu'à fermer des boîtes, à coller des étiquettes, à déposer des colis dans des relais, et à rédiger des mails au service clientèle qui ne les lira apparemment jamais. Et eux ont perdu de l'argent aussi. Ça laisse surtout un goût amer à cause de l'impossibilité de contacter un humain : il y a probablement quelqu'un chez spartoo.com qui serait content d'entendre mon histoire[#2], mais je n'ai aucune façon de le contacter (mes mails partent directement à la poubelle, et mes post-its sur les boîtes certainement aussi vu que le magasinier qui les reçoit n'y est pour rien et ne peut rien y faire). Et il y a probablement quelqu'un qui chausse aussi du 44 qui aura envie d'acheter la même paire de chaussures que moi et qui subira la même surprise.

Mise à jour (2010-09-13) : Ils m'ont téléphoné pour s'excuser, expliquer un peu ce qui s'est passé (il y a eu une erreur entre la référence qu'ils ont photographiée et enregistrée sur le catalogue et celle qu'ils ont commandée à Nike), et m'offrir un bon de réduction pour mes prochains achats chez eux.

[#] C'est ce que j'aurais dû faire dès le début, me dites-vous ? Pas clair : si j'ai commandé chez spartoo.com, c'est justement suite à l'agacement du service chez une boutique Foot Locker : j'ai montré un modèle exposé (et en promotion) en demandant à l'essayer en 43 (selon les marques, je chausse entre 42 et 46), j'attends cinq minutes qu'on me l'apporte, je l'essaie, il est trop petit, et je me rends compte que par ailleurs ce n'est pas exactement le modèle que j'avais demandé. J'attire l'attention sur ce fait (la différence entre les modèles n'était vraiment pas évidente, et la vendeuse n'en avait apparemment pas du tout pris conscience), et je demande à voir l'autre, et en 44 : de nouveau cinq minutes passent, et on m'apporte bien du 44, mais toujours du mauvais modèle. Cette fois, je n'essaie pas les chaussures, j'insiste pour voir le modèle que j'avais montré et pas celui d'à-côté, et on me répond, avec le ton de la plus parfaite évidence, qu'il n'y en a plus. Je suis parti un peu furieux et en oubliant que comme le modèle exposé (celui que je voulais) était à ma pointure, je pouvais au moins exiger d'avoir la paire de démonstration.

[#2] Bien sûr que le risque de faire ce genre d'erreurs est un coût parfaitement assumé par le marchand, eu égard aux économies de personnel qu'il permet de faire. Mais là l'absurdité est poussée jusqu'à un point vraiment extrême.

(lundi)

Ça n'aura pas tenu longtemps

J'ai vu mon dentiste cet après-midi pour ma dent cassée : il m'a recommandé de poser un onlay en céramique (pour 380€, ce qui, en matière de soins dentaires, est une bouchée de pain). Il a pris l'empreinte pour la transmettre à son prothésiste, et il a posé un pansement temporaire (je ne sais pas ce que c'était exactement, une sorte de composite j'imagine ; en tout cas, c'est dur et grisâtre) pour éviter que la dent se casse encore plus.

Ça c'était à 15h. À 21h le pansement était déjà tombé : j'ai mangé un petit peu de chocolat (même pas particulièrement dur ni sorti du frigo) et je n'ai pas fait suffisamment attention, ou pas réussi, à ne manger que du côté droit.

Pfff… C'est ce que je déteste avec la chirurgie dentaire : à chaque fois, je vais de complication en complication. (Pareil quand on me préparait la seule couronne que j'aie : la dent temporaire qu'avait mise la dentiste — quelqu'un d'autre que celui que je vais voir maintenant — était tombée en à peu près 24h. Je sais que c'est temporaire, mais c'était quand même censé durer un peu plus longtemps que ça.)

Je suis censé ne manger que des bouillons pendant dix jours, ou quoi ?

(mercredi)

Encore une dent cassée

Ce n'est peut-être pas une nouvelle dent qui vient de casser, en fait, mais peut-être déjà la même que la dernière fois (la 26 ou la 27, je ne suis pas très sûr) : en tout cas, elle était déjà réparée avec du composite, et c'est plus le composite que la dent elle-même qui a cassé. (La dent était très mal en point, il faut croire : sa situation n'a peut-être pas du tout empiré, en fait.)

Mais ça se produit toujours au pire moment possible. Mon dentiste ne peut pas me prendre avant lundi, à cause du rush de la rentrée. Je ne sais pas si je dois craindre que la dent parte en mille morceaux d'ici là. D'un autre côté, elle ne me fait pas mal, donc mon poussinet me suggère d'attendre lundi.

Il existait autrefois un service d'urgences dentaires et stomatologiques boulevard de Port-Royal : il semble qu'ils aient disparu. (Leur répondeur suggère de s'adresser à un cabinet de stomatologues dans le 9e.) Sinon, il y a les urgences dentaires de la Pitié, mais je pense que c'est pour les gens qui ont vraiment mal.

Je ne sais pas si ça vaut la peine de chercher quelque chose en urgence d'ici là : si de toute façon la dent a de fortes chances de se faire arracher, dévitaliser, couronner, ou tronçonner d'une autre manière barbare, ça ne sert pas forcément à grand-chose de la colmater avant. Soupir…

(dimanche)

Les cheveux très courts, ça plaît plus

En complément du fait que les cheveux longs ne semblent vraiment pas plaire aux homos, la contraposée semble vraie : mon poussinet s'est rasé les cheveux à zéro (en finissant au rasoir, donc c'est vraiment à zéro), et l'effet a été stupéfiant si on en juge par le nombre de regards très manifestement intéressés qu'il a attirés quand nous nous sommes promenés ensuite dans le Marais (et ce n'est certainement pas moi qui les causais, et avec juste quelques centimètres de cheveux il ne provoque vraiment pas les mêmes réactions non plus). Si j'étais un peu jaloux je l'aurais ramené à la maison immédiatement. ☺

Et on doit reconnaître que c'est vrai, il est très sexy comme ça, mon poussinet. Ce qui est rageant, quelque part, c'est qu'on ne saurait pas dire pourquoi, au juste. Je ne crois pas que ce soit, par exemple, le fantasme du skinhead qui joue, parce que ce n'est vraiment pas son look — j'ai bien essayé de le persuader d'essayer de porter treillis et rangers, mais il n'a pas voulu en entendre parler… J'avais entendu la théorie que les cheveux rasés font paraître plus jeune (ce qui est possible, mais je n'en suis pas complètement convaincu non plus) parce qu'ils évoquent la tête d'un bébé (là je n'y crois vraiment pas, surtout quand on voit la racine des poils).

(mardi)

Phases du sommeil

Je suis un lève-tard (à tel point que mes heures de coucher et lever ont tendance à se décaler progressivement sur la journée, jusqu'à atteindre le point où ça devient vraiment ridicule, je me ressaisis et je fais un effort, et ça recommence — c'est un petit peu énervant). Mais je peine à comprendre pourquoi : pourquoi est-ce que, au moment où je devrais me coucher, même si je me sens vaguement fatigué, le lit n'a pas vraiment d'attrait pour moi, je préférerais continuer à faire n'importe quelle connerie pour perdre mon temps, alors que, le matin (enfin, matin, ce qui en tient lieu), au contraire, je tiens tellement à rester au lit ?

Je viens seulement de faire le lien avec un autre phénomène, dont j'avais pourtant conscience depuis longtemps : c'est que mon sommeil n'est pas du tout homogène. Au début de la nuit (enfin, dans les premières heures après mon coucher), mon sommeil est profond, mais agité, et presque pénible : j'ai parfois du mal à m'endormir, mais quand je le fais, c'est comme une masse, et si je me réveille, je suis complètement assommé, j'ai les idées confuses, je titube si je me lève, je fais des rêves qui tournent parfois à la panique, je suis un peu somnambule, je transpire beaucoup, j'ai des confusions nocturnes et des crises d'angoisse. Bref, tout cela n'est pas très plaisant. Pendant la fin de mon sommeil, en revanche, dormir devient un vrai plaisir : je fais rêve sur rêve, et ce sont des rêves généralement agréables, où j'explore de vastes labyrinthes, j'accomplis des quêtes cosmiques, je vole, je suis magicien, et, globalement, je m'amuse beaucoup. Si je suis réveillé, je peux continuer mon rêve de façon semi-consciente, en le modelant pour qu'il me plaise encore plus, et cela m'aide à tomber dans un autre rêve qui me plaise. Bref, tout cela est un grand plaisir, et j'ai généralement envie d'en profiter le plus possible.

Dit comme ça, le lien est complètement évident, et je ne comprends pas qu'il ait pu m'échapper aussi longtemps : cela explique de façon tout à fait claire pourquoi je n'aime pas me coucher mais que je n'aime pas non plus me lever.

Or cette différence entre le début et la fin du sommeil ne m'est certainement pas particulière : il me semble qu'il est bien établi qu'on fait beaucoup plus de rêves agréables, qu'on a beaucoup plus de sommeil paradoxal vers la fin de la nuit. Évidemment, ce n'est pas très rationnel de vouloir se coucher plus tard (je ne vais pas éviter les périodes de sommeil profond et un peu désagréable, au mieux les repousser), et je suppose que tout le monde a toujours un peu envie de se lever plus tard, mais j'ai quand même du mal à comprendre les lève-tôt. Est-ce que leurs rêves sont moins intéressants ?

(mercredi)

Compte-rendu de voyage à Berlin

Je prends le temps, parmi les mille et une choses qui réclament urgemment mon attention au retour de vacances, pour raconter un peu comment celles-ci se sont passées. Sans ordre ni logique, cependant :

Voilà, j'oublie certainement encore plein de choses que je pourrais raconter, mais ça commence à faire assez long comme ça. Il y a un tas de photos (de très mauvaise qualité…) qui viendront éventuellement plus tard.

Maintenant, il faut que je revoie Der Himmel über Berlin, Good bye, Lenin!, le documentaire Un Mur à Berlin

(dimanche)

M. Inquiet

Dans la série des livres pour enfants Monsieur (Mr. Men en VO) écrite par Roger Hargreaves, et qui me plaisait beaucoup quand j'étais petit, mon poussinet m'a offert M. Inquiet. Les premières pages sont exactement une description de moi : Pauvre monsieur Inquiet ! Il était continuellement, perpétuellement inquiet. Quand il pleuvait, monsieur Inquiet se demandait s'il n'y avait pas de fuites dans le toit de sa maison. Quand il ne pleuvait pas, monsieur Inquiet se demandait si les fleurs n'allaient pas se faner. Quand il partait faire ses commissions, il se demandait si ce n'était pas l'heure de fermeture des magasins. Quand il trouvait les magasins ouverts, il se demandait s'il aurait assez d'argent pour payer ses achats. Quand il rentrait chez lui, il se demandait s'il n'avait pas oublié quelque chose. Ou s'il n'avait pas perdu quelque chose en chemin. Quand il avait vérifié qu'il n'avait rien oublié et qu'il n'avait rien perdu, il se demandait s'il n'avait pas acheté trop de choses. Et puis il se demandait où il allait ranger toutes ses provisions. Il n'en finissait pas de s'inquiéter. Pauvre monsieur Inquiet ! C'est tout moi (même si je me serais plutôt appelé M. Anxieux que M. Inquiet).

Mais, dans le livre, M. Inquiet rencontre un gentil magicien qui lui épargne tout un tas de tracas. Si c'est prophétique, voilà une bonne nouvelle, mais, tout de même, cela m'inquiète : et si le magicien ne me reconnaît pas ? Et si je le rate parce je n'ai pas pris le bon chemin ? Comment savoir ?

(jeudi)

Où sont les homos aux cheveux longs ?

Un des problèmes avec les clichés, c'est qu'on marche souvent sur des œufs quand on veut les combattre : d'une part, parce qu'on est obligé de leur donner voix pour les combattre (et donc de s'entendre répondre : ah mais non, personne ne croit ça ! ce n'est pas ça du tout !), d'autre part parce qu'un cliché fait souvent référence à d'autres clichés (et eux-mêmes, et ainsi de suite en s'insérant dans toute une Weltanschauung d'idées reçues), enfin simplement parce que la seconde loi de Newton prévoit qu'à tout cliché il correspond un contre-cliché qui n'est pas forcément plus reluisant ou plus correct. (Heureusement et hélas, la réalité est tout en nuances ; et une nuance subtile, ce n'est pas la hache bénie +3 qu'on voudrait pour démolir les clichés et enfoncer les portes ouvertes.)

Prenons l'idée suivante : les hommes homosexuels sont souvent efféminés. S'il y a un préjugé véhiculé par la société, une forme d'homophobie, qui m'a gêné dans la construction de mon identité, qui m'a blessé profondément, et je me répète en le disant, c'est bien celle-là. (Je ne dis pas que l'idée l'homosexualité est une abomination ne m'aurait pas plus blessé, évidemment !, mais j'ai eu la chance de grandir dans un environnement extrêmement protégé contre une haine frontale.) J'ai su relativement tôt que j'étais attiré par les garçons (vers 13 ans, je sais qu'il y a des gens qui s'en rendent compte beaucoup plus jeunes — mais il y en a aussi qui le découvrent très tard), et je n'ai pas spécialement eu de réticence à me l'admettre : mais l'identification de cette attirance avec l'étiquette homosexualité a été beaucoup moins évidente parce que l'idée qu'on me présentait de cette étiquette (un on indistinct qui désigne la socété encore à la fin des années '80, je suppose) était quelque chose comme le rôle de Michel Serrault dans La Cage aux folles, quelque chose avec quoi je n'arrivais pas du tout à m'identifier. Jamais je n'aurais eu l'idée de porter une robe ou de jouer à la poupée. Et si je me masturbais en regardant des icônes de masculinité qu'on pouvait trouver dans les magazines pour ado que je lisais, j'étais trop innocent pour m'imaginer faire l'amour avec eux — je fantasmais plutôt sur le fait d'être eux. Mais je digresse.

Pour revenir à ce cliché, le problème est qu'à vouloir le combattre, on s'expose à autant de chausse-trapes qu'il y a de réponses évidentes au cri du cœur mais ce n'est pas vrai du tout ! — par exemple, à se faire qualifier de misogyne (c'est vrai, c'est quoi le problème, à être efféminé ?), « follophobe », voire transphobe… On s'expose à présenter une vision de la masculinité pas moins caricaturale que la vision de l'homosexualité qu'on veut dénoncer (et à être très embarrassé, en fait, pour répondre à la question : c'est quoi, au juste, être efféminé ? et le contraire ?). On s'expose à ouvrir la porte à plein d'autres clichés (du style : d'abord, il y a plein d'homos dans l'arméeah, et depuis quand est-ce que l'armée est la négation de la féminité ? merci pour les femmes militaires). Soit dit en passant, pour une définition de la masculinité qui dépasse un peu les clichés pour arriver au stade ô combien exigeant de la nuance et de la subtilité, je recommande la lecture de l'excellent livre d'Élisabeth Badinter, XY — de l'identité masculine.

Pour continuer à rabâcher les choses que j'ai déjà dites cent fois, ma théorie est que le cliché en question est un biais d'observation : à la fois du fait qu'on identifie plus facilement quelqu'un comme homo quand justement il se conforme à ce cliché, et inversement qu'il soit plus difficile de s'assumer ouvertement comme homo quand on ne s'y conforme pas du tout (là aussi, insérer d'évidents contre-clichés sur les mecs de banlieue et les militaires qui n'assument pas). Plus, évidemment, un effet d'émulation (pour les gens qui veulent s'afficher comme manifestement homos, c'est plus évident de se conformer aux clichés pré-établis), et l'effet des médias, notamment la présentation de l'homosexualité au cinéma.

Ce n'est pas tellement le côté efféminé, en fait : c'est surtout que le spectre des types, de codes de conduite ou vestimentaires, sur lesquels on peut coller l'étiquette mec homo est incroyablement réduit. En fait, à Paris, on a parfois l'impression qu'il y en a exactement deux : le look branchouille style je-m'habille-au-BHV-homme (qui serait le efféminé du cliché précédent), et le look clientèle-du-Cox (tout le contraire de efféminé) ; certes, il y a des sous-types et peut-être un ou deux cas hybrides (style sportif-soigné-propre-sur-lui, ou qui-essaie-de-se-faire-passer-pour-une-racaille-mais-sans-grand-succès), mais ça reste ridiculement étroit. Le titre de cette entrée souligne un point anecdotique, mais néanmoins illustratif : je n'ai jamais rencontré (ni en réalité, ni même en fiction, d'ailleurs) un seul mec ouvertement/ostensiblement homo, à part moi, qui ait les cheveux longs.

La vérité derrière le fait que je dis tout ça, en faisant passer ça pour de la socio vachement sophistiquée (mais mon lectorat n'est pas dupe), est juste que je suis terriblement frustré. ☺ Frustré, parce que les mecs de mes fantasmes vestimentaires — le skater, le punk, le un-peu-goth-mais-pas-trop, ou d'ailleurs parfois le look acheté au Vieux Campeur — ils ne rentrent pas du tout dans ce spectre. Alors je ne vois jamais deux jolis garçons au look urban grunge ou jah-jah se faire des bisous dans la rue : ça me frustre. Et tant que je serai frustré comme ça, je prends sur moi de m'habiller comme j'aimerais le voir et de faire des bisous à mon poussinet dans la rue : peut-être qu'à force, ça prendra. Et sinon, j'ai au moins la satisfaction de faire quelque chose d'inhabituel.

(dimanche)

Prévision de voyage à Berlin

Le poussinet et moi partirons dans deux semaines pour dix jours à Berlin (du 2010-07-30 au 2010-08-09, en train évidemment, CO2 et passion de poussinet obligent). Je préviens en avance, comme ça, si quelqu'un me voit par hasard à Berlin, il pourra m'identifier. ☺

Je suis d'ailleurs déjà en train d'angoisser en me rendant compte que mon niveau d'allemand a l'air d'être vraiment parti dans les toilettes (et ce n'est pas comme le ski, les langues, ça s'oublie vraiment) : du coup, j'essaie de me persuader de faire une révision intensive. Bon, d'accord, les Berlinois parlent certainement tous l'anglais, mais ce serait vraiment trop la honte d'en arriver là. (Pour mon poussinet, le problème est différent : il n'a jamais appris l'allemand, donc il n'a pas de scrupule à avoir.)

Si quelqu'un a des suggestions de choses à voir (pas complètement évidentes, i.e., pas déjà contenues dans tous les guides touristiques imaginables), qu'il n'hésite pas à les donner en commentaire.

Sinon, je me disais : tiens, on pourrait essayer de profiter de ce voyage pour faire des rencontres — essayer de mettre à profiter le pouvoir censément extraordinaire de rassembler les gens des réseaux sociaux, visagelivres et autres webforums en ligne, mettre une petite annonce ou quelque chose comme ça de façon à trouver un(e) Berlinois(e) avec qui nous pourrions sympathiser et qui serait prêt(e) à nous faire un peu visiter la ville. Peut-être plutôt (mais pas forcément) un homo d'à peu près nos âges, ou ayant d'autres points communs avec nous. OK, l'idée est excellente, mais par où commencer ? Sur le Web on trouve facilement des myriades de forums désertés (genre, ça), le référencement d'un webforum par les moteurs de recherche n'a pas l'air vraiment corrélé à sa fréquentation ou à sa vivacité : je suis globalement peu convaincu par l'utilité du Web social pour rencontrer des gens qu'on ne connaît pas déjà (sauf peut-être s'il s'agissait d'un but explicitement matrimonial, ce qui n'est pas le cas). Ah, peut-être que ce site Web est un bon point de départ.

(Ouais, c'est un peu con, c'est juste en même temps que les Gay Games à Cologne.)

(lundi)

Ruxor et le poussinet visitent Strasbourg

Strasbourg était une des villes où j'avais candidaté comme maître de conférences il y a trois ans (argh, déjà ?), et qui m'avait fait une impression très agréable. (J'aime les centre-villes piétonniers et commerçants, pittoresques et ombragés, et c'est exactement ça.) Comme mon poussinet est fou de trains, c'était une destination tentante pour une escapade d'un week-end par le TGV Est. Escapade un petit peu contrariée par la chaleur insupportable (surtout samedi) et par mes crises d'angoisse qui continuent (moins intenses, mais pas vraiment moins fréquentes), mais néanmoins fort plaisante.

Nous avons surtout bien mangé : samedi midi à La Corde à Linge, place Benjamin Zix (filet de cabillaud et crumble aux amandes avec sauce au Riesling, accompagné d'un peu de choucroute au goût presque sucré, et en dessert un assortiment de glaces, notamment au yaourt et à la violette, avec de la chantilly et des chamallows, ce n'était pas très léger mais c'était un régal), samedi soir au Caveau Gurtlerhoft, place de la Cathédrale (tarte aux oignons, poulet au Riesling et Spätzle, que j'ai malheureusement eu du mal à finir parce qu'une crise d'angoisse m'a noué l'estomac), et même dimanche midi dans un restaurant (Le Pilier des Anges, rue mercière) qui de loin faisait un peu piège à touristes mais où finalement j'ai mangé une bonne flammekueche pour pas cher. Comme le poussinet et moi ne buvons pas d'alcool, on n'a pas profité des bières d'Alsace, ni de ses vins (autrement qu'en sauce), mais c'était déjà très intéressant.

Nous nous sommes aussi beaucoup promenés, sur la Grande Île et en-dehors. Je n'avais encore jamais vu le bâtiment du parlement européen, notamment, et je dois dire que c'est vraiment très impressionnant : les photos ne rendent pas du tout compte à quel point ce bâtiment est colossal. Je ne savais pas non plus que le siège du Conseil de l'Europe était immédiatement à côté (juste de l'autre côté d'un de ces nombreux bras de la rivière Ill qui sillonnent Strasbourg), ainsi que la Cour européenne des Droits de l'Homme. Nous n'avons fait qu'admirer tout ça de l'extérieur, bien sûr (je ne sais pas si le vulgum pecus a le droit d'y mettre les pieds, mais de toute façon c'était un dimanche, et d'ailleurs il n'y avait pas un chat en vue). Par contre, quelque chose qu'on peut visiter à proximité, c'est le parc de l'Orangerie, un jardin à l'anglaise (qui m'a fait penser aux Buttes-Chaumont à Paris ou, encore plus, au Englischer Garten de Munich) délicieusement aménagé et vraiment joli. Et nous avons pu y constater qu'il y a effectivement des cigognes en Alsace, ce n'est pas une blague.

Dans le centre-ville, rien que de très classique : nous avons visité la cathédrale, qui est frappante pas tellement par sa hauteur[#] (même s'il paraît qu'elle est restée l'édifice le plus haut du monde de l'achèvement de sa flèche jusqu'en 1874) mais surtout par son aspect tout en dentelle de pierre et presque labyrinthique ; j'ai vu la fameuse horloge astronomique que j'avais ratée la dernière fois, et nous avons cherché à monter sur la plate-forme, mais j'ai eu le vertige donc le poussinet y est allé seul. Nous avons aussi visité le musée historique de la ville de Strasbourg, où on nous a fait la faveur de nous laisser entrer gratuitement parce que nous sommes arrivés juste avant la fermeture. Mais nous avons surtout marché au hasard dans les petites rues piétonnes du centre-ville, et sur les berges de la rivière. Et nous avons fait un pèlerinage au premier restaurant MacDonald's ouvert en France (en 1979, il y a même une plaque pour le signaler).

Beaucoup de touristes allemands, ou en tout cas beaucoup plus qu'à Paris et probablement plus que d'Américains, et tous les commerçants avaient l'air de bien parler l'allemand. Nettement plus de supporters de l'Espagne que des Pays-Bas en ce jour de la finale de la Coupe du monde. Enfin, nous avons cherché sans succès des traces d'une vie gay strasbourgeoise.

(À part ça, c'est mon poussinet qui a pris les photos, je rajouterai peut-être un lien vers son album Picasa s'il les met en ligne.)

[#] L'hôtel où nous logions (L'Hôtel de l'Europe, rue du Fossé des Tanneurs, on peut difficilement faire plus central, et je le recommande au passage), a d'ailleurs dans son lobby une réplique de la cathédrale, faite dans la même pierre, qui est intéressante à voir en elle-même.

(lundi)

Crises d'angoisse

Je suis d'un naturel anxieux. Maladivement anxieux, même : la moindre contrariété, la moindre mauvaise nouvelle, me mettent dans un état d'agitation tel que je peux en perdre le sommeil (surtout si la contrariété arrive le soir, ou si j'attends quelque chose d'angoissant pour le lendemain). Ajoutez à cela que je suis notoirement hypocondriaque : j'ai fait par le passé des crises de tachycardie nocturnes qui se sont, après examen, avérées être uniquement dues à l'angoisse, et qui ont quasiment complètement disparu maintenant que j'ai dérangé un cardiologue pour être convaincu que mon cœur était en bonne santé ; je me réveille parfois en sursaut panique (la cause la plus fréquente étant simplement que je m'endors sur un de mes bras et que l'engourdissement finit par percer mon sommeil) ; il suffit qu'un médecin me prenne la tension pour que celle-ci (qui est de base autour de 115\70mmHg) monte à un point qu'on me demande si je fais de l'hypertension. Même mon cardiologue a été impressionné par mon niveau d'anxiété.

Malgré cela (et malgré ma tendance à me plaindre au sujet de mon sommeil), en général, je ne dors pas du tout mal : notamment, quand je n'ai pas de raison de mettre un réveil pour le lendemain, et que je n'ai pas de souci immédiat, je m'endors plutôt sans problème. Et je n'avais jamais fait de réelle crise d'angoisse, le genre qui tourne à la panique, jusqu'à maintenant. Mais depuis dix jours, j'en ai fait plusieurs, plus ou moins aiguës.

Je ne sais pas pourquoi ça me prend maintenant. J'ai fait passer ces dernières deux semaines, comme les trois années précédentes, des oraux (de TIPE) pour le concours des ENS, ce qui est à la fois fatigant et stressant, mais ce n'est pas la première fois, justement, et je ne vois pas ce qu'il y aurait de différent cette année. Il est aussi vrai qu'il y a des soucis dans notre appartement (un volet coincé et, surtout, une fuite d'eau chez les voisins d'au-dessus dont le syndic ne trouve pas bien la source), et dernièrement que mon père a un problème de santé. Tout ceci doit peut-être jouer.

Vendredi (2010-06-25), j'ai eu la première crise, la plus forte. J'étais en train de déjeuner dans un restaurant avec un collègue et j'ai commencé à me sentir mal : j'ai eu un moment d'étourdissement ou de vertige passager, et aussi une sensation d'engourdissement dans la main droite (de l'auriculaire au poignet). Au début je me suis dit que ce n'était rien, mais ça s'est reproduit plusieurs fois, de plus en plus fort : à un moment j'ai eu une sensation de froid glacial dans tout le corps et l'impression d'étouffer, et même quand c'est passé j'avais l'estomac complètement noué et je ne pouvais plus rien avaler, et l'impression d'avoir la main engourdie était de plus en plus forte. Je me suis dit qu'en marchant ça irait peut-être mieux, alors nous avons quitté le restaurant, mais mon oppression a plutôt empiré, et en plus j'avais l'impression d'avoir la bouche complètement sèche. J'ai fini par faire appeler les pompiers (et par me faire remplacer au concours).

Les pompiers ont été laissés perplexes par les symptômes (ils ne sont pas médecins, bien sûr, ils ont une sorte de grand cahier avec plein de conditions « si symptôme + symptôme + symptôme alors faire ceci »). Ils m'ont mis sous O2 et, après consultation avec leur médecin, emmené aux urgences de Cochin. Quand j'étais allongé dans le véhicule des pompiers je me suis mis à aller un peu mieux, sauf un moment où j'ai eu une douleur terrible à l'arrière de la tête, comme si elle allait exploser, mais qui est passée en quelques minutes.

Aux urgences, évidemment, j'ai attendu très longtemps avant de voir quelqu'un, et pendant ce temps ça allait mieux, sauf pour la sensation de bouche sèche et l'engourdissement dans la main droite (et un peu la gauche aussi). Un externe m'a fait un examen neurologique (c'est-à-dire en gros il passe un crayon sur le chemin de différents nerfs à gauche et à droite du corps et demande si on ressent la même chose), complètement normal. Puis j'ai vu (très brièvement) le médecin en charge, qui m'a expliqué qu'ils pensaient en gros que c'était une crise d'angoisse aiguë et que mes symptômes n'étaient pas bien inquiétants, sauf peut-être l'engourdissement à la main et la douleur à la tête quand j'étais avec les pompiers : à cause de ça, ils m'ont fait passer un scanner et un ECG pour être sûrs. Les deux étaient complètement normaux, donc on m'a relâché, en me conseillant quand même de consulter un neurologue mais pas de façon urgente. (Sur le compte-rendu hospitalier ils ont marqué : hypothèses : épilepsie partielle ou crise d'angoisse aiguë.)

La nuit qui a suivi, j'ai très mal dormi. Les suivantes, ça allait, mais je me suis quand même réveillé à chaque fois dans les deux heures suivant mon coucher avec une sensation de fourmillement dans le bras droit et la main (plutôt du côté de l'annulaire cette fois). Le jour, pas de problème. Il faut dire que j'avais trois jours de pause au milieu des oraux (dimanche, lundi, mardi).

La nuit de mardi (2010-06-29) à mercredi (2010-06-30) a été vraiment horrible : j'ai eu beau me coucher à 22h pour me lever à 7h, j'ai dormi à peine cinq heures, en me réveillant sans arrêt en panique, sans raison précise, juste avec une impression de nervosité extrême. J'avais aussi des spasmes un peu partout, surtout dans le biceps droit. Enfin, j'ai réussi à atteindre un sommeil à peu près convenable vers 6h du matin, mais à cause du réveil il n'a vraiment pas duré longtemps.

Du coup, mercredi, j'étais dans un sale état ; le matin, j'ai encore à peu près tenu le coup, mais j'étais complètement zombie, à la fois mort de fatigue et hyper-tendu (comme si je n'avais pas dormi depuis quatre jours et que j'avais pris douze tasses de café pour me tenir éveillé), et le midi j'ai eu du mal à avaler quoi que ce soit parce que j'avais l'estomac complètement noué. De nouveau, j'ai dû demander à être remplacé, et je suis allé à l'infirmerie de l'ENS (cette fois j'avais quand même compris qu'il ne fallait pas déranger les pompiers). Là, j'ai pu me détendre un peu, et l'infirmière m'a recommandé un médecin (qui, de surcroît, a l'habitude des normaliens).

Le médecin avait l'air de bien comprendre ce genre de symptômes, et de bien connaître les gens angoissés comme moi, il m'a dit que je devais être surmené ; il m'a prescrit de l'Atarax et des placébos (Euphytose, magnésium), une prise de sang pour vérifier que je n'ai pas de problème à la thyroïde, et surtout de me reposer.

Depuis, les oraux sont finis, mais j'ai encore fait deux ou trois petites crises (essentiellement la nuit), moins importantes, mais pendant lesquelles je me sens tout agité et tout tremblant (sans pour autant être capable de trouver raison précise à mon angoisse), parfois avec de petits spasmes et globalement un état qui correspond assez bien à la description de certains sympômes mineurs faite dans cet article ou celui-ci ; donc, même à mon niveau d'hypocondrie, j'arrive à peu près à me convaincre que je ne souffre pas d'un problème réellement médical (neurologique, par exemple), et j'imagine que je vais finir par faire disparaître ces crises comme j'ai fait disparaître celles de tachycardie. En attendant, ça reste assez gênant.

(vendredi)

Mon volet est vrillé

Dans la série Les petits tracas de la vie qui ont le don de m'énerver au plus haut point, le volet roulant de la porte-fenêtre de mon salon ne descend plus : la partie droite descend correctement, mais la partie gauche bloque au bout d'une dizaine de centimètres quand on tourne la manivelle. Comme le guide n'a pas l'air de bloquer, j'imagine que le problème vient d'une lame vrillée (et mes efforts pour insister n'ont pas dû améliorer les choses).

Le problème est surtout que d'accéder à ce truc pour le réparer doit être une horreur. Dans le meilleur des cas, il va falloir déplacer la moitié des meubles de l'appartement, ouvrir le caisson contenant le store (et mettre en ce faisant une poussière noire partout), et décoincer la lame. Dans un cas un peu moins meilleur, il va falloir le changer — ce n'est pas le prix qui me chagrine mais la quantité d'emmerdes qui va avec une telle opération. (Question subsidiaire, comment on trouve quelqu'un qui ne soit pas un escroc ? Je n'ai jamais réussi à résoudre ce problème pour les plombiers, alors j'imagine que pour les réparateurs de volets roulants ce n'est pas mieux.) Quant au pire cas, on essaie de ne pas y penser.

En attendant, j'ai plein de bestioles qui rentrent dans l'appartement. (La porte-fenêtre est entrouverte pour laisser passer le câble entre les deux blocs de clim.)

(mardi)

Ruxor et le poussinet font les courses

Le contexte : nous nous apprêtons à aller chez des amis pour un apéro dinatoire où chacun est censé apporter quelque chose à manger (surtout sans se concerter entre nous, c'est plus rigolo). Comme d'habitude, nous nous y sommes pris à la dernière minute, donc nous voilà chez Tang frères (ouvert le dimanche) en train de chercher ce qu'on pourrait bien apporter.

Poussinet
Oh, une pastèque ! Si on prenait une pastèque ?
Ruxor
Mais non, c'est ridicule, voyons. Ça fait beaucoup trop, et d'ailleurs… Oh, des physalis ! Si on prenait des physalis ?
Poussinet
Mais on ne les mangera jamais. Tiens, si on prenait un durion ?
Ruxor
C'est une blague, j'espère ?… Oh, des boissons aux goûts rigolo… tiens, on va prendre de la boisson à l'aloe vera… j'en prends une grosse bouteille ?
Poussinet
Tiens, prends une canette de jus de grenade, et peut-être un jus de tamarin. Oh, et une canette de jus de coco, aussi. Tu regardes quoi ?
Ruxor
Il me semble qu'il y avait des choses intéressantes dans les biscuits apéritif.
Poussinet
Tu ne crois pas qu'on a déjà assez de choses, comme ça ? On devrait s'en tenir là… Oh, du beef jerky ! Prenons du beef jerky !

…Et ainsi de suite. Chacun de nous n'en fait qu'à sa guise, prend n'importe quoi sur un coup de tête, et se moque des coups de tête de l'autre. Globalement, les choses se passent mieux quand je fais les courses tout seul… enfin, se passent mieux pour moi. ☺

(jeudi)

Ma collection de (zéro) sphères

Je fais collection de sphères. (Il se trouve que ma collection est actuellement réduite à zéro éléments : en bon mathématicien, je n'ai peur ni du nombre zéro ni de l'ensemble vide, donc je n'hésite pas à appeler quand même ça une collection : si je trouvais une sphère qui me plaise, je n'hésiterais pas à l'ajouter à ma collection.) Je veux dire, d'objets à symétrie sphérique[#], boules ou sphères, aussi parfaites que possibles (et idéalement d'une taille d'environ 3cm à 25cm de diamètre).

Un exemple de porno pour sphérophile, ce sont les gyroscopes de la mission Gravity Probe B, avec une erreur relative de 2×10−7, les objets les plus parfaitement sphériques[#2] créés par l'homme, peut-être même de tout l'Univers (étoiles à neutron exceptées). Actuellement concurrentes en sphéricité, et probablement meilleures à l'avenir, il y a les sphères en silicium du projet Avogadro, dont le but est de créer, puis de peser (de façon à redéfinir le kilogramme en utilisant le nombre d'Avogadro) une sphère, taillée dans un monocristal de silicium, d'environ 93.6mm de diamètre avec une précision de un atome sur la sphéricité, soit une erreur relative de mieux que 10−8. De quoi vous donner un sphèregasme !

Mais sans aller jusqu'à ce niveau de perfection, on peut trouver des sphères intéressantes en silicium, en quartz, ou d'en d'autres matériaux (et jusqu'à des sphères en plastique transparent avec lesquelles certains cirqueux/danseurs s'amusent à une sorte de Glasperlenspiel — je ne sais pas comment ça s'appelle). Il s'en vend même sur eBay ou ailleurs. Malheureusement, c'est fort cher ; on peut aussi trouver des sphères de quartz (boules de cristal) vendues chez des occultistes, mais je n'aime pas trop l'idée de donner de l'argent à ces gens-là (j'ai dépensé assez chez eux en tarots divinatoires pour pouvoir inventer le jeu d'Arcanoïd). Voilà pourquoi ma collection de sphères est actuellement vide.

[#] Normalement, là, un petit facétieux devrait me faire remarquer que l'ensemble vide est un objet à symétrie sphérique, donc que je peux l'ajouter à ma collection, qui devient donc non-vide. J'ajoute donc le critère que ma collection est composée de sphères de diamètre strictement positif.

[#2] Hélas, l'expérience a été en partie un échec car, si la symétrie mécanique des sphères était quasiment parfaite, il n'en allait pas de même de la symétrie électrique, et il s'est avéré qu'elles avaient un léger moment dipolaire électrostatique — juste suffisant pour que le champ magnétique leur applique un moment environ comparable à l'effet Lense-Thirring qui était un des effets qu'on cherchait à mesurer (l'autre, l'effet de Sitter a été mesuré fiablement, mais il était beaucoup moins difficile et déjà beaucoup mieux confirmé expérimentalement).

(mercredi)

Bloguer est plus dur que microbloguer

J'ai déjà dû signaler ce phénomène (qui a un rapport subtil avec celui de l'autruche), mais il ne cesse de m'étonner par sa force psychologique : plus on retarde quelque chose, plus il devient difficile de s'y mettre, et ceci est particulièrement vrai quand il s'agit, par exemple, de répondre à un mail (plus j'attends pour répondre, plus je me dis que je dois faire une réponse à la hauteur de cette attente, une réponse dont la longueur ou la qualité justifie que j'aie attendu autant de temps, et moins il devient probable que je fasse cette réponse), mais aussi, je m'en aperçois, quand il s'agit d'écrire dans mon blog.

C'est complètement stupide : le lecteur doit considérer, même si ce n'est pas vrai, l'apparition d'entrées dans un blog comme un phénomène poissonnien[#] — le temps écoulé depuis la dernière entrée ne donnant aucune information sur le temps à attendre avant la prochaine, ni sur la longueur de celle-ci. Mais je n'arrive pas à m'en défaire. Je n'ai pas écrit depuis deux semaines : j'ai du mal à m'y remettre en écrivant une entrée, par exemple, pour dire, de but en blanc, j'aime la musique du film La Révolution française. C'est sans doute pour ça que je ne sais pas écrire des entrées courtes, même quand j'en ai de la matière (j'ai emménagé dans mon nouveau bureau ; j'ai commencé à enseigner un cours de géométrie algébrique ; mon poussinet s'est coupé les cheveux ; c'est absolument scandaleux qu'on ne sache pas si déterminer si une suite récurrente rationnelle s'annule est un problème décidable ou non ; le brunch au Café Léa en bas de la rue Claude Bernard est très bon ; j'aimerais acheter de l'eau lourde pour en faire des glaçons qui coulent, mais à 70$ les 100g ça fait cher du glaçon ; Randall Munroe me pique mes idées).

Je comprends de mieux en mieux que les sites de microblogging fonctionnent si bien. Il faut peut-être que je me trouve une solution dans ce sens.

[#] Dédicace en passant à mon poussinet, qui aime beaucoup signaler (et parfois à tort, à mon avis) que telle ou telle chose est probablement un phénomène poissonnien.

(jeudi)

Je programme pour Android

Comme finalement je trouve que le Java n'est pas un langage trop mal, et que j'avais par ailleurs depuis longtemps envie de programmer quelque chose pour Android, j'ai écrit un petit programme pour réparer une lacune qui m'agaçait : une liste des caractères Unicode avec quelques possibilités primitives de recherche et de saisie des caractères (pour pouvoir les copier-coller ensuite ailleurs). Vous pouvez la télécharger sur le marché Android (cherchez Unicode Map) ou depuis un ordinateur via le lien précédent. Vous pouvez aussi me faire part de vos suggestions d'amélioration, je promets de les ignorer très soigneusement ☺ (sauf peut-être si elles sont accompagnées d'un patch ou d'une proposition de git pull). Vous pouvez également me dessiner une icône qui soit moins complètement pourrie que celle que j'ai « dessinée » en dix secondes en découvrant qu'il était obligatoire d'en avoir une.

C'est d'ailleurs impressionnant le nombre de sites Web qui répercutent l'arrivée d'une nouvelle application Android (et j'imagine que pour iPhone c'est environ 1000 fois ça) : pour une application que j'ai mise sur le marché avant-hier, il y a déjà plein de listings (automatiquement générés) qui sont indicés par Google et qui en parlent (en parlent veut dire, évidemment, ont recopié le petit blabla que j'ai écrit en cinq secondes — encore moins que l'icône — dans le formulaire d'upload). Ça semble surtout là pour combler ce manque qui me semble insupportable et criant : Google n'a prévu aucun listing Web officiel des applications Android, ce que je ne comprends pas du tout (ça ressemble à une tactique d'Apple, mais à la sauce Google) ; je comprends éventuellement qu'ils ne prévoient aucun moyen de télécharger l'application autrement qu'en passant par leur application de marché sur le téléphone, mais pourquoi ne même pas avoir un mécanisme de recherche via le Web et des pages fixes rappelant les informations basiques sur l'application ? ça n'a pas de sens. Et c'est clairement intentionnel : quand on regarde la page Web du marché, on voit que tout a été fait exprès pour éviter les liens Web. Je ne comprends pas. (Et je comprends d'autant moins que, du coup, plein d'autres gens s'engouffrent dans la brèche, justement.)

(lundi)

Mon bureau déménage

Aujourd'hui, j'ai fait mes cartons : je quitte mon bureau de la rue Dareau où je m'étais installé il y a deux ans et demi (déjà ‽) pour en rejoindre un autre, rue Barrault, plus près de chez moi mais, en contrepartie, plus petit (ou peut-être plus grand, mais que je partagerai avec un collègue alors que jusqu'à présent j'étais seul). En fait, tous les gens de mon département qui étaient comme moi rue Dareau déménagent, mais les autres vont avenue d'Italie dans des locaux neufs : moi je profite de ce déménagement collectif pour rejoindre les collègues les plus proches de mes thématiques (disons, les plus matheux-algébristes qu'il y ait à Telecom). A priori, ce nouveau bureau est lui-même temporaire : je devrais de nouveau déménager (mais dans le même couloir !) quand des travaux auront rendu des locaux plus beaux — et tout cela en attente d'un hypothétique futur déménagement à Palaiseau en 2012 2014 2015 2020 2070.

Toujours est-il que je n'aime pas faire les cartons, parce que ça oblige à ranger tout le foutoir qui s'est étalé sur le bureau et à décider ce qu'on veut mettre où, à trier les 1001 articles qu'on a imprimés (ah, je lirai ça sans doute un jour, refrain connu) pour essayer de les organiser d'une manière ou d'une autre, et à se rendre compte qu'on a vraiment trop de livres (j'en ai fait trois et demi cartons bien pleins, à raison d'environ 40 livres par carton). Et on angoisse que les livres puissent être abîmés, que les affaires puissent se perdre (surtout quand tout le monde va avenue d'Italie et que je suis le seul à partir rue Barrault !).

(lundi)

Petit voyage à Bordeaux

J'ai pris mes vacances à contretemps du calendrier scolaire[#] et suis allé passer trois jours à Bordeaux la semaine dernière, histoire de voir comment mon poussinet y est installé (verdict : c'est petit, mais cozy), et de visiter un peu cette ville que je n'avais jamais vue que quelques heures (j'étais passé en coup de vent pour candidater sur un poste à l'université de Bordeaux I). Eh bien, si on aime les belles pierres et les demeures de riches marchands, c'est une ville intéressante ; j'ai surtout aimé la rue Sainte-Catherine (c'est quelque chose qui manque vraiment, à Paris, une rue commerçante animée et piétonne) et les petites places comme celle-ci, celle-là, cette troisième ou cette quatrième (j'aime bien les places petites mais cozy, et ça non plus il n'y en a pas énormément à Paris).

En revanche, ce n'est pas la peine d'aller voir de l'autre côté de la Garonne pour voir s'il y a des choses intéressantes rive droite : il y a certes un jardin botanique pas trop mal (quoique manquant cruellement d'ombre quand on est un blondinet à la peau claire), mais ce n'est vraiment pas très animé. Et il faut du temps pour la traverser, la Garonne, quand on est un Parisien habitué à ce que les ponts fassent 150m à tout casser et qu'il y en ait tous les autant.

[#] Et du volcan islandais dont je suis fier de pouvoir dire que j'arrive à prononcer le nom. (Pas qu'on ait voyagé en avion — mon poussinet est fou de trains — mais je n'aime pas quand les trains sont bondés.)

(samedi)

La Loi du Sommeil de David

J'avais déjà constaté ça empiriquement depuis bien longtemps, mais je crois avoir réussi à dégager assez précisément la façon dont fonctionne mon sommeil. En général, je dors plutôt bien. C'est-à-dire, si j'ai un lit raisonnablement confortable et que je n'ai pas de besoin particulier de me réveiller, je fais de bonnes nuits, j'ai besoin de sept ou huit heures de sommeil mais je peux me contenter d'un peu moins sans être trop dérangé, bref, tout va bien. Le problème, c'est la règle suivante, qui est un peu hallucinante :

Loi du Sommeil de David : Si, à un moment donné, je suis réveillé, et qu'il est prévisible que je doive me lever dans moins de x heures (c'est-à-dire, que je ne pourrai plus dormir après), alors j'ai beaucoup de mal à m'endormir ; ici, x dépend du temps que j'ai déjà dormi, mais il est toujours compris entre 3½ (quand j'ai déjà dormi) et 9 (quand je n'ai pas dormi).

Autrement dit, si je me couche, disons, à 1h du matin, et que je n'ai pas de raison particulière de mettre un réveil, alors je me lèverai typiquement vers 8h ou 9h du matin. En revanche, si, toujours en me couchant à 1h du matin, je sais que je devrai me lever à 8h, même si sept heures de sommeil a priori me suffisent, cela me stressera si bien que j'aurai énormément de mal à m'endormir, je n'y arriverai que vers 2h ou 3h du matin et, du coup, je n'aurai effectivement pas assez dormi. Ceci ne dépend pas de la façon dont je serai réveillé (par un réveil, par mon poussinet qui me fait des bisous dans le cou, ou par n'importe quel autre moyen) : ce qui m'empêche de dormir est la certitude que je devrai être réveillé, pas la façon dont je le serai. Pas non plus le fait que je serai réveillé : si, par exemple, je me couche à 1h et que mon poussinet doit partir à 6h du matin pour prendre son train pour Bordeaux[#] et que je sais qu'il me réveillera en partant, si je sais que je peux dormir autant que je veux ensuite, ça ne pose pas de problème : le poussinet me réveille, mais je ne dois pas me lever, donc je n'angoisse pas, donc je dors quand même bien (et je peux très bien dormir de 1h à 6h et de 6h30 à 8h et être raisonnablement frais à 8h). Par contre, si le poussinet doit partir à 6h et que moi je dois me lever à 9h, c'est une catastrophe : quand le poussinet me réveille à 6h, il reste moins de 3½ heures pendant lesquelles je peux dormir, donc je n'y arrive pas, donc je me réveille, de fait à 6h, et comme la loi ci-dessus s'applique récursivement, finalement, il faudrait que je me couche à 21h pour avoir un sommeil correct.

Tout cela est terriblement contrariant, et le poussinet se moque de moi, mais je n'ai pas trouvé de moyen d'éviter le phénomène : dès que je sais que je dois me lever à une certaine heure, ma capacité à me rendormir rapidement après un petit réveil accidentel est anéantie. J'ai de la chance d'avoir un travail où les horaires sont très flexibles ! Il n'y a que les jours où à la fois j'ai un cours le matin et où le poussinet doit prendre un train encore plus tôt, qui posent vraiment problème. Néanmoins, ce matin, nous devions nous lever à une heure plus que décente, mais j'ai été réveillé successivement par le facteur qui livrait un colis, par un voisin qui jouait de la perceuse, par le chat d'un autre voisin qui miaulait à notre porte, et par un coup de téléphone publicitaire : si à chaque fois la certitude de devoir me lever prochainement ne m'avait pas empêché de me rendormir rapidement, j'aurais passé une nuit bien meilleure.

[#] Pour ceux qui s'inquiéteraient pour lui : le poussinet, lui, il dormira dans le train, il y arrive très bien. La règle du sommeil du poussinet est qu'il a besoin de 8h de sommeil, mais qu'il peut les prendre n'importe comment et n'importe quand. C'est plus simple !

(dimanche)

Pourquoi je ne sais pas écrire des entrées courtes ?

Je ne comprends pas comment les gens arrivent à twitter. Enfin, peut-être que je comprends comment on peut faire des posts de taille SMS : ce sont plutôt les blogueurs qui arrivent régulièrement à écrire des entrées d'environ 200 mots qui m'impressionnent. Moi, à chaque fois que je me lance sur un sujet, j'en écris des tartines[#]. Même quand je commence en me disant, bon, vraiment, sur ce sujet-là, je n'ai pas énormément de choses à dire. Surtout quand je commence mon entrée par je vais essayer de dire un mot rapide sur <telle ou telle chose>, sorte d'incantation propitiatoire que je finis en règle général par retirer quand je me rends compte qu'elle est devenue totalement ridicule. Et pourtant, je n'ai pas l'impression de délayer. Et pourtant, je n'étais pas mauvais à l'épreuve de résumé en français au lycée (d'ailleurs, je me faisais un point d'honneur de toujours produire le nombre exact de mots demandé, sans jamais taper dans la marge ni dans un sens ni dans l'autre : si on peut faire N mots à 10% près, ce n'est pas beaucoup plus dur de faire N mots exactement).

Du coup, évidemment, je poste peu : quand je commence à écrire quelque chose, je sais que presque toujours il me faudra des heures pour finir. Du coup, aussi, j'ai un backlog énorme d'idées que je me dis qu'il faut que je développe un jour, voire d'entrées commencées et jamais finies.

Il y a au moins une raison que je comprends : j'ai du mal à entrer en matière ou à passer d'une partie à une autre. Je suis beaucoup plus efficace quand il s'agit de répondre à ce que quelqu'un à dit que quand il s'agit de dire quelque chose moi-même (où je me sens obligé de situer le problème, de rappeler plein de choses à son sujet, etc, de ménager des transitions…).

[#] Sauf pour mes fragments littéraires gratuits, qui ont effectivement tendance à être courts, mais qui n'en sont pas moins longs à écrire (je peux passer facilement une nuit entière sur deux paragraphes).

(mercredi)

The colors of the rainbow, so pretty in the sky

Ruxor et le poussinet ont le plaisir de vous faire part de leur PACS, enregistré en grande solennité dans l'ambiance chaleureuse et conviviale du greffe du tribunal d'instance du 13e arrondissement de Paris.

Sérieusement, je n'ai pas souvent vu des endroits aussi glauques et sinistres que le hall d'entrée de ce tribunal d'instance : imaginez une porte d'entrée comme dans une église, qui débouche sur un immense escalier éclairé par deux néons blafards en fin de vie, d'où on peut accéder à un couloir très étroit et haut, lui aussi éclairé de par des néons blafards (quoiqu'en meilleur état), flanqué de banquettes, et dont la seule ouverture transparente est un hygiaphone (je pensais que ça n'existait plus depuis vingt ans) pour parler à un guichetier. Quant à la solennité : on donne tout un tas de papiers au guichetier (celui qui parle par hygiaphone), il vous donne un rendez-vous environ une semaine plus tard, et une semaine plus tard on rencontre la greffière (qui, au moins, est aimable et a un bureau moins sinistre que le couloir qui y mène) qui appose un tampon et une signature sur la convention qu'on avait déposée. Voilà, on est PACSés.

(vendredi)

J'en ai marre de voyager entre Univers parallèles

J'ai pris conscience que je naviguais entre des Univers parallèles en regardant attentivement la rue Mouffetard : au 51 de la rue il y a un magasin qui vend des conneries du genre souvenirs pour touristes, oreillers à l'effigie de Claude François ou autres cadeaux pour des amis particulièrement détestés. Une des décorations de ce magasin est une vache volante (un gadget qu'on accroche au plafond et qui fait des tours en battant des ailes : même un maître zen formé dans les meilleurs temples shaolin doit perdre son sang-froid en cinq minutes à le regarder tournoyer, ce qui prouve que les vendeurs de cette boutique ne peuvent pas etre complètement humains).

Sauf qu'un jour je suis passé devant ce magasin et ce n'était plus une vache volante qui était là, c'était un cochon volant. Un petit détail, certes, mais le petit défaut qui trahit l'existence de la Matrice : quelqu'un avait remplacé l'Univers d'où je venais par quelque chose de beaucoup plus bizarre et de plus inexplicable.

Depuis je fais très attention, et je me suis rendu compte que les petits hommes verts (ou peut-être des gros monstres violets, je ne sais pas) n'arrêtent pas de changer l'Univers dans lequel je vis. Cela se manifeste souvent par les choses les plus insignifiantes et les plus enrageantes. Cela ne concerne pas toujours l'informatique, mais c'est tout de même le plus fréquent. Une chose qu'ils aiment bien faire, c'est censurer Internet : une page Web peut disparaître sans laisser de traces, tout laisse à penser qu'elle n'a jamais existé (et de fait, dans l'Univers où je me trouve, elle n'a jamais existé, alors que dans l'Univers dont je viens, je suis certain que j'avais vu une telle page par le passé). Un exemple idiot : dans l'Univers parallèle où j'ai grandi, il existait un mot, logon, qui désigne une quantité d'information égale à la quantité qu'on peut stocker dans un bit (c'est-à-dire, celle dans laquelle on utilise le log base 2 pour calculer la quantité d'information) ; dans cet Univers-ci, personne n'a jamais entendu parler de logon, on parle simplement de bits d'information. Perturbant. Un autre exemple : dans le monde parallèle d'où je viens, mon fournisseur d'accès avait une page Web où il recensait les anomalies récentes sur son réseau ; je me suis rendu compte lors d'une anomalie récente que non seulement cette page n'existait pas, mais que personne dans cet Univers ne l'avait jamais vue. Dans le monde parallèle d'où je viens, il y avait une version 2.5 de Thunderbird, sortie il y a environ un an les versions 2.0 et 3.0 (cette dernière vient de sortir) : dans ce monde-ci, elle n'a jamais existé.

Bon, trêve de plaisanterie, c'est étonnant la facilité avec laquelle on se persuade de quelque chose qui n'a jamais été le cas. (Ce n'est pas la seule explication possible, d'ailleurs : dans le cas du cochon volant, j'ai constaté après coup qu'il y avait tout simplement bien deux gadgets différents mais semblables, l'un représentant un cochon et l'autre une vache…) Et depuis que j'ai commencé à y faire attention, j'en vois vraiment tout le temps.

Un jour je vais finir par me retrouver dans un Univers parallèle où Isabelle de Castille n'aura jamais été convaincue de l'intérêt de financer la mission de Christophe Colomb de trouver une route vers les Indes par l'ouest, et où le Nouveau monde aura été découvert par Amerigo Vespucci ; j'imagine que dans cet Univers parallèle le continent porterait du coup un nom comme Amérique, et là je saurai qu'il y a vraiment quelque chose qui ne va pas.

Ajout : webcomic pertinent.

(dimanche)

Le petit bonnet rouge

Il fut un temps où je parlais plus souvent sur ce blog de mes expérimentations vestimentaires (genre, ou ), c'est-à-dire ma façon de mélanger n'importe quoi jusqu'à satisfaire — en me regardant dans un miroir — mon attirance instinctive pour la provocation involontaire (ou pour le ridicule), mon sens esthétique d'ado post-attardé et décalé, ou mon goût de chiottes notoire en matière de garçons (le poussinet ne doit pas se sentir vexé, ce n'est pas systématique).

Récemment je me suis acheté le livre Dictionnaire du look (Une nouvelle science du jeune) de Géraldine de Margerie et Olivier Marty (éditions Laffont) (présenté ici) : c'est un inventaire assez éclectique et disparate de tout un tas de looks de djeunz ou de moins djeunz (bcbg, bling-bling, bobo, caillera, fluokid, metalleux, modasse, punk à chien, skateur, teuffeur…), tentant parfois de présenter les modes de vies de tribus urbaines. Ce n'est pas très sérieux, mais c'est justement rigolo parce que ça ne se prend pas au sérieux. Par contre, on peut regretter que le choix des looks traités manque un peu de cohérence ou d'exhaustivité, au moins superficielle (pourquoi, par exemple, ne pas avoir consacré un chapitre aux gothiques alors qu'il y en a un pour les plus spécifiques gothic lolitas ?).

Mais j'ai au moins apprécié qu'ils proposent un nom pour un look dont je me suis souvent demandé comment l'appeler : ces jeunes dreadlockés bohême, vaguement néohippies ou cirqueux, en pantalon bouffant, vieux pull, keffieh et parfois bonnet péruvien, qu'on imagine facilement arpentant, pétard à la bouche, les couloirs d'un hypothétique cours de médiation culturelle à Paris VIII. (Mon poussinet les appelle les je-vais-sauver-le-monde.) Le dictionnaire en question les nomme les Jah-Jah : même si une recherche Google images ne confirme pas trop la popularité du terme, il a le mérite d'être assez inambigu.

Mon look actuel n'est pas recensé, évidemment. Pour ceux qui veulent l'imaginer (non, je n'ai pas de photos, il faudra que je propose au poussinet d'en prendre), je peux le décrire façon magazine de mode et avec des liens[#] puisque j'ai quasiment tout acheté en ligne. Le Ruxor, donc, porte un hoodie DC Shoes noir avec logo blanc au ventre[#2], un pendentif dent en acier Oxbow (au-dessus du sweat), un blouson en cuir Schott[#3] à capuche avec logo au dos, un treillis camouflage de surplus[#4] militaire (armée française) et ceinture assortie (ou bien, certains jours, un jean baggy non marqué), des baskets « street » DC Shoes ou Rip Curl[#5] et des mitaines en cuir portées sur des sous-gants en soie noirs Go Sport[#6][#7]. Les tee-shirts (généralement plusieurs épaisseurs, le Ruxor étant frileux) varient évidemment beaucoup. Mais l'accessoire vraiment unique pour parfaire la Ruxor touch et s'habiller en rouge et noir, accessoire fort approprié en cette saison de saturnales, c'est le bonnet rouge (mais alors vraiment rouge vif, uni : en fait, c'est un bonnet de pompier[#8]), à porter bien enfoncé sur la tête (en laissant juste dépasser une ou deux mèches dans le cou), et avec un air gentiment niais. Le bonnet rouge permet qu'on me repère de loin (pratique quand le poussinet s'est attardé pour faire une bêtise, et se demande où je suis passé), ou d'attirer le regard. D'ailleurs, hier, à la Fnac, je me suis fait draguer[#9] par un djeunz habillé assez comme moi (treillis, chaussures de skate, hoodie sur les épaules et pendentif au cou) mais qui n'avait pas un joli bonnet rouge comme le mien : je suis sûr que c'est ça qui l'a rendu envieux !

[#] Liens qui seront inévitablement cassés dans trois mois, puisque les gens qui tiennent des sites marchands tels que ceux-ci n'ont pas encore compris l'avantage qu'il pouvait y avoir pour eux à ne pas casser leurs URL à chaque refonte du site.

[#2] Le logo me vaut d'ailleurs un certain nombre de questions (les gens qui ne connaissent pas lisent souvent DG et demandent par exemple si c'est Dolce & Gabbana : décidément, non, par contre, il y a une ressemblance indéniable avec le logo Chanel).

[#3] Tiens, il est nettement plus cher que quand je l'ai acheté, celui-là.

[#4] Ce n'est pas par ce site-là que je l'ai acheté, mais le principe d'un article réglementaire doit être qu'il ne varie pas beaucoup.

[#5] Ce modèle précis n'a plus l'air d'exister.

[#6] Article que je renonce à trouver sur le site Web de la marque Go Sport, vu combien celui-ci est mal organisé (les articles ne semblent trouvables que dans le rayon d'un certain — et unique — sport, et je ne sais pas quel serait le sport dont des sous-gants en soie seraient un accessoire).

[#7] Je suis content de la trouvaille de porter des sous-gants en soie sous des mitaines : quand il ne fait pas atrocement froid, c'est un bon compromis pour se protéger les mains tout en gardant une certaine dextérité et sensibilité digitale.

[#8] Enfin, paraît-il ! Je n'ai en fait jamais vu un pompier porter un pareil bonnet. Mais au moins c'est la couleur emblématique rutilante.

[#9] Le poussinet et moi ne nous privons pas de mater copieusement (et de nous signaler mutuellement) les jolis garçons que nous croisons, et il y a sans doute du vrai dans l'idée que les homos sont sans doute les seuls à le remarquer — ou en tout cas, à comprendre pourquoi on les regarde. Le mec en question, j'ai commencé à le regarder par les pieds (parce que je regardais d'abord des livres situés au niveau du sol), j'ai remonté le regard parce que le look me plaisait, et le temps que j'arrive à la tête et que je m'aperçoive qu'il n'était pas mal du tout, il avait bien vu que je le zyeutais : il me souriait copieusement, et il a engagé la conversation. Ce sur quoi j'ai fui dare-dare, parce que (malgré mon bonnet rouge) je suis timide comme un écureuil bleu. Quand je lui raconte ce genre de choses, mon poussinet rigole gentiment de moi.

(mercredi)

Lave-linge kaputt

Ce matin[#], mon poussinet veut faire une lessive : le lave-linge ne répond pas (aucune lumière ne s'allume, rien du tout). Panique à bord ! Le poussinet commence à vérifier la prise et les fusibles, mais je me rends compte qu'en fait c'était juste le couvercle qui était mal fermé. Ouf.

Sauf que deux lessives plus tard, en début de cycle d'essorage, on entend un grand POUF, et on sent une odeur de caoutchouc brûlé dans toute la cuisine. Cette fois, le lave-linge est réellement mort (et un fusible de 20A avec lui), après environ dix ans de plus ou moins bons et raisonnablement loyaux services. Je suis estomaqué de la coïncidence — le matin on pense ce serait horrible que la machine à laver tombe en panne et le soir c'est une réalité —, mais je ne vois vraiment pas quel lien de cause à effet il pourrait y avoir.

Le problème n'est pas tant qu'un lave-linge-combiné-séchant coûte cher (ça a plutôt baissé en prix depuis dix ans). C'est plutôt qu'un 30 décembre on ne va pas obtenir une livraison avant une semaine et qu'on a besoin de faire des lessives avant (et que le lavomatic, c'est vraiment une perte de temps vu qu'il faut rester tout le temps surveiller qu'on ne se fait pas voler). Mais c'est surtout que, vue la façon dont les meubles de notre cuisine sont encastrés, bouger quoi que ce soit ressemble à un jeu de sōkoban (il faut commencer par retirer le frigo, puis tirer la machine à laver, puis déplacer le meuble adjacent au frigo, pour pouvoir enfin bouger latéralement la machine à laver…) : ce n'est pas seulement compliqué, c'est fatigant et on risque sans arrêt de casser plein de choses. On a même cru un instant qu'il faudrait démonter des placards posés au mur depuis l'installation de la machine.

Mon poussinet, qui aime bien jouer au MacGyver, démonte tout en me jurant mais si, c'est certainement un truc évident qui a grillé, et ça doit se remplacer facilement (tu parles, il ne retrouve même pas quelles vis vont en face de quels trous quand il s'agit de remonter ce qu'il a défait), puis on peut quand même faire appel à un réparateur (sauf que là c'est pas une semaine sans lave-linge qu'il faudra tenir, c'est un mois). Je finis par le convaincre que, non, le plus raisonnable est vraiment de mettre l'appareil cassé aux encombrants (en espérant qu'ils contactent Emmaüs pour voir si ça peut être sauvé) et d'en racheter un neuf. Miraculeusement, la mairie de Paris peut enlever l'ancienne machine un 31 décembre, et Darty me propose une livraison pour dimanche. Et aussi, heureusement que nous habitons au rez-de-chaussée.

Par contre, entre temps, on abîme le pas de la porte en jouant à déplacer le frigo, on découvre une fuite dans une gaine de l'immeuble qui passe dans le coin de notre cuisine, le poussinet finit sa lessive dans la baignoire et attrape des ampoules aux mains et son linge déteint, etc. Les contrariétés ne viennent jamais seules ! (Le POUF s'est produit à 21h, il est maintenant 1h30 du matin, et on n'a toujours pas fini de s'occuper des conséquences indirectes de cette panne.)

[#] Plus exactement, vers 14h du matin.

(lundi)

Confusion nocturne

Je me réveille assez souvent pendant la première partie de la nuit (c'est-à-dire, très grossièrement, dans les 3h après m'être endormi) en étant complètement désorienté par exemple quant à l'endroit où je me trouve. Généralement cela fait suite à un rêve, ou une sorte de rêve.

Un thème commun de ce rêve, par exemple, serait que je suis entré dans un endroit plus ou moins labyrinthique et que je ne sais plus en sortir ou que je suis enfermé (les psychanalystes de comptoir auraient certainement beaucoup à dire sur ces thèmes-là !). Ou encore je rêve que quelqu'un a éteint la lumière alors que je suis dans un endroit qui m'est très peu familier et que je veux en sortir mais que je ne sais plus bien où est la sortie ni où est la lumière (ou même je rêve que je me suis endormi dans une maison que je ne connais pas, et que je me réveille et que je ne sais plus où sont les toilettes) : dans ces derniers cas, le rêve touche de très près à la réalité, et même lorsque, dans la réalité, je suis simplement chez moi, je me réveille complètement perdu. (Et parfois, je cherche la lumière une fois réveillé, justement je ne la trouve pas, ce qui alimente encore le même rêve.) Parfois aussi je fais un peu de somnambulisme et je me mets dans un état semi-endormi à chercher la sortie du labyrinthe de mes rêves[#]. J'en ai déjà parlé.

Ma confusion ne concerne pas forcément l'endroit où je suis. Parfois je me réveille en disant quelque chose de complètement incompréhensible (enfin, cela devait probablement être compréhensible si on connaissait le rêve qui précédait, mais moi-même je l'oublie très rapidement). Je réveille de temps en temps mon poussinet, comme ça, qui ne comprend pas plus que moi ce qui lui arrive. D'ailleurs, la même chose lui arrive aussi (mais plus rarement, je crois, et je ne crois pas qu'il ait jamais cette sensation d'être perdu).

Ce qui est bizarre, c'est que ça n'arrive presque que dans les premières heures du sommeil. Quand la nuit est bien plus avancée, je peux faire rêve sur rêve (et il m'arrive là aussi de rêver de labyrinthes, même s'ils prennent une forme assez différente) et même si on me réveille au cours de ceux-ci, je n'ai peut-être pas l'esprit complètement frais, mais je n'ai pas cette confusion caractéristique des débuts de nuit.

[#] Il m'est arrivé d'appeler au secours, cependant, quand j'étais plus petit, notamment quand j'étais vraiment dans un endroit que je ne connaissais pas et que je n'avais pas repéré les lieux. La panique de ne retrouver ni la porte de sortie de la pièce, ni l'interrupteur de lumière, pouvait être vraiment terrible.

(lundi)

Provoquer des rencontres

Ce week-end, j'ai mis en contact deux amis que je connaissais séparément, en espérant qu'ils sympathisent. Chose qui n'a rien de remarquable (sauf à la rigueur le fait que ces deux amis habitent à 8977km(±2km) de chez moi à vol d'oiseau) ; mais, finalement, je n'ai pas souvent l'occasion de le faire : beaucoup de mes amis se connaissent déjà entre eux, ou quand ce n'est pas le cas, il est souvent soit peu souhaitable (humeurs probablement incompatibles, centres d'intérêts trop disjoints) soit probablement difficile (connaissance limitée à un cadre restreint, emplois du temps difficiles à concilier) de les amener à se rencontrer. C'est dommage.

Je pense pourtant que je devrais — et qu'en général « on » devrait — faire des efforts pour rassembler des gens qu'on connaît et qui auraient des chances de pouvoir s'entendre, voire devenir amis (ou, pourquoi pas, plus) si affinités : on s'extasie sur des sites web de réseaux sociaux (le plus récemment Facebook, même si celui-ci exploite en vérité assez peu la notion d'ami d'ami), mais dans la vraie vie j'ai l'impression qu'on explore assez peu qui nos amis d'amis et amis d'amis d'amis peuvent nous amener à rencontrer[#].

Il y a déjà assez longtemps, j'avais proposé un système pyramidal consistant, pour résumer, à inviter à dîner six amis qui (autant que possible) ne se connaissent pas les uns les autres, afin qu'ils se rencontrent et lient connaissance, puis leur demander que chacun reproduise le schéma (en plaçant celui qui les a invités au préalable dans la liste des convives) — et ainsi de suite récursivement. Comme beaucoup d'idées que j'ai eues, je me sens idiot de ne jamais l'avoir mise en pratique ; je devrais y reréfléchir ou, au moins, rédiger proprement des « règles » d'un tel système de rencontres et lui donner un nom accrocheur, après tout ça pourrait être un mème à succès[#2].

[#] Sauf peut-être quand il s'agit d'obtenir une faveur (le piston social) : c'est sans doute utile d'apprendre à cette occasion qu'on a forcément un ami qui connaît un proche de tel ou tel ministre, mais il y a beaucoup d'autres gens intéressants dans la vie que des proches de ministres.

[#2] Il y a des petits jeux du même genre avec des livres, par exemple (comme des chaînes, où on reçoit un livre qu'on est invité à lire et à donner à quelqu'un d'autre après avoir inscrit son nom dedans), qui ne sont pas moins sympathiques.

(samedi)

« Kiss-in », la Défense, musée de l'informatique

Cet après-midi, mon poussinet et moi nous sommes fait des bisous en public. C'est pas que ça nous arrive rarement, mais là c'était appuyé, et organisé : à 16h, place Carrée du Forum des Halles (et au même moment dans d'autres villes de France), plein de couples de garçons, et plein de couples de filles, et aussi des couples garçon+fille, se embrassés sous les regards généralement curieux, souvent amusés, parfois hostiles, de la foule de passants du samedi après-midi, et aussi de beaucoup de gens qui visiblement avaient eu vent de l'événement mais qui n'y participaient pas (je ne comprends pas bien pourquoi : homos célibataires ? hétéros qui n'osaient pas participer ? curieux qui se demandaient pourquoi tant de gens se rassemblaient là ?). À la fin, il y a eu des applaudissements assez appuyés. Je ne sais pas si ça fait beaucoup progresser la lutte contre l'homophobie, mais c'était amusant.


[L'Arche de la Défense][Le parvis de la Défense]Après ça, nous avons profité de la ligne 1 pour aller à la Défense. C'est idiot : ce n'est vraiment pas loin de Paris, mais je n'y suis quasiment jamais allé, et pourtant, ça vaut la peine, parce que c'est un endroit finalement assez agréable (bien aménagé pour le piéton) et architecturalement intéressant (il y a quelques horreurs, certes, mais la composition d'ensemble me plaît).

Nous sommes allés visiter le musée de l'Informatique au toit de la Grande Arche. Ce n'est pas bien grand (c'est même tout petit), mais leurs collections sont tout de même intéressantes pour qui aime les ordinateurs plus ou moins vieux ; par contre, elles manquent vraiment d'organisation, il y a un sens de la visite marqué, mais il ne respecte que très approximativement l'ordre chronologique, on repasse aléatoirement des années '80 à la carte perforée. Et les explications sur les caractéristiques des machines exposées sont un peu sommaires. En ce moment, ils ont une exposition sur le Macintosh, qui expose (quasiment tous ?) les modèles du précurseur (le Lisa) au présent, en passant par le tout premier Mac, le iMac, mais aussi le NeXT : cette exposition est beaucoup mieux organisée, pour le coup.

Par contre, le toit de la Grande Arche n'est guère intéressant pour ce qui est de la vue (bizarrement, elle est presque meilleure depuis la base). Il n'y a que la montée en ascenseur qui vaille le coup de ce point de vue-là. À condition de ne pas avoir le vertige comme moi.

(jeudi)

Le poussinet intermittent

Mon poussinet part demain (à l'aube) pour Bordeaux, où il va commencer une thèse. C'est-à-dire que désormais (ou en tout cas, prochainement) il habitera une partie de la semaine en Aquitaine et une partie de la semaine en Île-de-France (quelle partie exactement, cela reste à déterminer avec l'usage et les besoins de sa recherche !). On se demande comment ça va se passer pour nous d'être célibataires à mi-temps… Mais même si c'est a priori pour trois ans, finalement je suis moins inquiet que quand il était parti au Canada : l'idée de ne pas le voir pendant longtemps était beaucoup plus pénible que l'idée de le voir moins souvent. Après, le temps nous dira comment ça se passera. En attendant, mon poussinet s'est armé d'une clé 3G et de son fidèle téléphone Android : les moyens de communication ne nous manqueront pas.

De leur côté, mes parents partent aussi bientôt, mais dans leur cas c'est pour quelques vacances au Canada (pour y voir là-bas ma famille — c'est-à-dire la famille de mon père).

(Et hop, cinq entrées pour le même jour. Je crois que je n'avais encore jamais fait ça.)

(jeudi)

L'esprit d'autruche

Quand je me trouve dans une situation où je n'ai pas fait quelque chose que j'aurais dû, il m'arrive d'avoir une réaction d'autruche. C'est-à-dire, ne plus réagir, et occulter mentalement la question en espérant que « personne ne remarque ». C'est complètement idiot et puéril, mais c'est souvent plus fort que moi. Par exemple c'est souvent le cas pour ce qui est de répondre à un mail : quelqu'un m'envoie un mail, pour une raison ou une autre je ne réponds pas immédiatement, je laisse traîner, et plus je traîne plus je me sens mal à l'aise à l'idée de répondre, donc moins il est probable que je finisse par le faire. Mais en plus, cette attitude idiote peut faire que je vais éviter la personne concernée (de peur qu'elle évoque le sujet), ou que je ne la contacte pas pour tout autre chose. Et il n'y a pas que les mails qui sont concernés par ce phénomène — ça peut devenir une vraie maladie.

D'où les deux graves questions que je me pose : comment faire pour l'éviter (préventivement) et comment guérir le phénomène une fois qu'il s'est installé ? La réponse évidente, c'est de l'ignorer (puisque c'est quelque chose d'auto-entretenu) — mais l'expérience montre que ce n'est pas si facile !

Une autre questio, car je ne suis sans doute pas le seul à souffrir de ce phénomène, c'est comment organiser mes interactions avec d'autres pour leur éviter cet effet autruche.

(jeudi)

Le Adidas Team Force est-il en voie de disparition ?

Après je ne sais combien de tentatives, j'avais fini par trouver un parfum dont j'étais content : Adidas Team Force, à la fois comme gel douche, déodorant bille, déodorant spray et eau de toilette. Globalement je n'aime pas trop les eaux de toilette « de marque » (c'est-à-dire vendues en parfumerie : Calvin Klein, Hugo Boss, Ralph Lauren, ce genre-là), je trouve que ce sont des odeurs trop marquées, j'aime porter quelque chose de plus basique (ou peut-être de plus jeune, je ne sais pas comment dire, et en tout cas moins cher). Donc a priori plutôt du côté de chez Adidas ou Airness ou Axe. (D'accord, c'est sans doute aussi un peu un truc d'homo : Adidas et Airness, ce sont des marques très nettement homo-érotiques, non ? 😉) Mais même de ce côté-là, je suis loin d'être content de tout. Bref, la série Team Force d'Adidas avait fini par me donner satisfaction.

Et voilà qu'Adidas a l'air d'être en train de la supprimer ! En tout cas, les déodorants (bille et spray) ne se trouvent plus ni dans mon Champion Carrefour local ni dans un ou deux Monoprix que j'ai essayés, l'eau de toilette à peu près non plus, et je me demande si le gel douche ne va pas subir le même sort.

C'est con, mais j'ai fini par associer mentalement assez fortement cette odeur à moi-même, ça m'embête vraiment si elle disparaît.

(mercredi)

La mythomanie en exercice

J'ai cette théorie selon laquelle les gens mythomanes ne sont (généralement) pas des gens qui inventent des choses fausses mais qui savent raconter des choses vraies en les présentant de façon qu'on les trouve beaucoup plus remarquables qu'elles ne le sont vraiment. (Comme l'a écrit Asimov et que j'aime bien le citer : The closer to the truth, the better the lie, and the truth itself, when it can be used, is the best lie.)

Chacune des affirmations suivantes me concernant est rigoureusement exacte (en tout cas, pour autant que je sache). Pourtant, aucune n'est remarquable : soit elles omettent des précisions qui font que, bien que vraies, elles n'ont pas le sens qu'on pourrait leur prêter, soit elles sont simplement formulées de façon gratuitement sensationnaliste, et certaines sont même vraiment tirées par les cheveux (bien que techniquement vraies).

Je dois pouvoir en sortir un certain nombre d'autres mais, surtout, je suis sûr qu'à peu près n'importe qui doit pouvoir trouver des choses de ce genre (et, de fait, je connais des gens qui se sont livrés au même exercice, et avec un succès assez étonnant).

Je ne crois pas que je donnerai la clé des mystères (ou en tout cas, pas de tous — parce que certains ont déjà été éclaircis sur ce blog), parce que c'est un peu comme un tour de magie : quand on connaît le truc, c'est désespérément banal et inintéressant.

(mardi)

Vacances

Comme chaque année depuis quelques unes (années), je vais passer quelques jours en montagne où j'y retrouve mon poussinet (et je vais essayer de calmer mes nerfs après la perte d'une de mes machines — celle, regulus.xn--kwg.net, qui me servait à recevoir mes mails : ça ne veut pas dire que mon mail ne marche plus, mais j'ai perdu beaucoup de temps dans l'opération).

En attendant, je mentionne une webbédé sur laquelle je suis tombé (et qu'on m'avait en fait certainement déjà signalée à plusieurs reprises, et que j'avais dû à chaque fois oublier ou avoir la flemme d'aller voir, shame on me), parce que ce que j'en ai lu pour l'instant me semble vraiment excellent : Khaos Komix. Ce n'est pas vraiment un webcomic, plutôt une histoire qui se suit (ou des histoires qui se suivent et se répondent), et, oui, ça intéressera surtout les homos, mais les histoires sont toute mignonnes et j'aime beaucoup le dessin — disons même que je trouve très sexys la plupart des garçons qui apparaissent. (Message personnel : je pense que ça plaira à mon poussinet, qui est cependant vivement invité à lire ses articles en priorité😉)

(vendredi)

Flûtes en série

[Peluches jouant de la flûte à bec]Quand j'étais petit, mes parents (enfin, surtout ma maman) m'ont fait suivre des cours de flûte à bec. (C'est d'ailleurs sans doute pour ça que je manie si bien le pipo maintenant.) Leur raisonnement était sans doute que, comme j'étais (étais ?) du genre pénible et flemmard, c'était l'instrument le plus facile à me faire avaler (façon de parler), et pour passer la pilule ils m'ont mis dans une petite école de musique sans prétentions et pas un conservatoire (ça c'était certainement un bon choix). En fait, la flûte était probablement un mauvais calcul : d'une part, le répertoire de la flûte à bec, pour quiconque n'est pas mordu de musique baroque, est, pardonnez-moi le terme, prodigieusement chiant : ce ne sont que gigues, gavottes, bourrées, menuets, gaillardes, rondeaux, pavanes, sarabandes, passacailles, courantes (quand je disais que c'était chiant — OK, je sors) et autres danses baroques au nom rébarbatif. Jamais le moindre air mémorisable ou connu (je crois que le seul morceau qui m'ait vraiment plu de mes années de flûte, c'était un ensemble de variations sur Greensleeves). Certes, j'imagine que le problème est un peu le même (mutatis mutandis, c'est-à-dire en remplaçant les danses baroques par je ne sais quoi) avec n'importe quel instrument autre que le piano ou le chant (si on considère le chant comme un instrument), puisque aucun des thèmes célèbres qui peuvent nous flotter dans la tête n'a été écrit pour un instrument seul sauf l'un de ces deux-là, et puisque les gens ont une répugnance assez idiote à faire jouer sur un instrument Y ce qui était prévu pour un instrument X. Mais je m'égare. Toujours est-il que j'ai abandonné l'étude de l'instrument quand j'ai eu l'impression de trop tourner en rond. Et l'autre problème avec la flûte, c'est que quand quelqu'un vous demande et tu as appris à jouer d'un instrument de musique ? et que vous lui répondez la flûte à bec, il ricane en disant je ne voulais pas dire au collège et vous êtes obligé de lui expliquer que, si, si, vous avez bouffé des gigues-gavottes-bourrées-menuets ad nauseam — bref, c'est socialement handicapant. Peut-être parce que les musiciens ont ce petit côté snob qui veut que quelqu'un qui joue sur un instrument en plastique qui a coûté 30€ à tout casser, et qui a une tessiture minable de deux octaves et un ton, il ne mérite guère de considération.

[Comparaisons de tailles de flûtes à bec]Mais il y a une chose qui me fascinait (quand j'étais gamin, et encore maintenant), avec la flûte, c'était qu'il y en avait plusieurs modèles, tous avec exactement le même doigté à transposition près : en descendant alternativement d'une quarte et d'une quinte, la sopranino (en fa), la soprano (en do), l'alto (en fa), la ténor[#] (en do), la basse (en fa) et la grande basse (en do) ; et, si on va chercher des choses ésotériques, il y a même la garklein (en do) au-dessus de la sopranino, et la contrebasse ou plus loin en-dessous de la grande basse. Ça a quelque chose de profondément satisfaisant pour l'esprit d'un matheux ou d'un geek (et probablement de beaucoup de gens, en fait), cette idée d'une famille d'instruments qui fonctionnent tout pareil en changeant juste la note de base. Il y a bien sûr beaucoup d'instruments qui fonctionnent comme ça, c'est même très commun. Mais à part l'exemple évident, quoique imparfait, du violon, de l'alto, du violoncelle et de la contrebasse[#2], dans la plupart des autres exemples qui viennent à l'esprit un des modèles s'est nettement imposé par rapport aux autres : un saxophone soprano, une clarinette alto ou un hautbois d'amour, c'est un petit peu inhabituel — en tout cas, je ne crois pas en avoir croisé autrement qu'en photo. On me rétorquera que la flûte à bec soprano est elle aussi plus commune que les autres (on en trouvera dans n'importe quel supermarché), à cause de son usage scolaire[#3], mais d'une part c'est récent (on me souffle 1979 pour l'introduction de cours de flûte à bec au collège en France) et d'autre part les flûtes autres que soprano restent très courantes, c'est juste que la soprano est extraordinairement courante. Mais je m'égare.

J'ai joué de la flûte soprano et alto quand j'étais petit, et je n'avais jamais eu que ces deux modèles. J'ai bien parfois tenu les parties pour ténor dans des morceaux (gigues-gavottes-bourrées-menuets), mais notre prof de flûte me prêtait alors la ténor pour l'occasion et si je devais la répéter chez moi je la répétais sur une soprano[#4]. J'ai peut-être brièvement joué sur une basse, mais guère. Quant à la sopranino, elle était inconnue au bataillon[#5] (il paraît qu'elle sert surtout dans des œuvres orchestrales). Bref, je n'avais même pas eu la satisfaction mentale d'avoir un jeu raisonnablement complet.

Alors j'ai décidé l'autre jour que, flûte à la fin !, je pouvais bien remplir ce rêve de gamin : je me suis acheté une sopranino, une soprano, une alto et une ténor (du même fabricant, et autant que possible du même modèle, toujours pour la satisfaction intellectuelle d'avoir une série cohérente). Il faut bien profiter du fait que la flûte à bec est le seul instrument (à part l'harmonica ?) pour lequel on puisse avoir quelque chose de convenable pour un prix complètement dérisoire. Je n'ai pas pris de basse parce que c'est quand même un peu cher et très encombrant[#6], ni de garklein parce que j'avais oublié que ça existait. Mon but n'est certainement pas de me remettre à l'étude de la flûte. Plutôt de flûtoter comme on peut pianoter, c'est-à-dire, jouer des airs qui me passent par la tête (parce que ce sont des mélodies connues, des thèmes que j'essaie d'identifier, n'importe quoi de ce genre) et certainement pas des morceaux composés pour flûte (gigues-gavottes-bourrées-menuets !). Les voisins vont me haïr (mais pas tant que ça : les notes aiguës passent mal à travers les murs, et notre immeuble est bien insonorisé, et de toute façon je m'en lasserai vite).

Par contre, il y a une chose qui m'intrigue nettement : c'est pourquoi les flûtes ne sont pas des images homothétiques les unes des autres. L'espacement entre les trois derniers trous est le même sur ma ténor que sur l'alto : pas dans les mêmes proportions, mais bien le même dans l'absolu.

[#] Le Club Contexte souligne que, malgré les ressemblances de nom avec les noms des registres pour de chant, ils ne collent pas du tout : la flûte à bec ténor a approximativement la tessiture d'une voix humaine soprane, la grande basse a approximativement la tessiture d'une voix humaine ténor, etc. (La flûte à bec sopranino monte une bonne octave au-dessus des très hautes notes des voix sopranes dans les opéras italiens.) Globalement, les flûtes à bec sont une octave plus haut que ce que leur nom semble indiquer, et par ailleurs — et le Club Contexte jubile — on les note généralement une octave plus bas que le son qu'elles produisent, ce qui alimente la confusion.

[#2] Il y a des trous dans cette liste : s'il existe un instrument qui joue comme un violon mais pile une octave plus bas, cet instrument doit être passablement rare. Et de toute façon la contrebasse est un intrus puisque ses cordes sont normalement accordées par quartes et non par quintes.

[#3] Pourquoi précisément la soprano ? Manifestement la ténor (ou a fortiori n'importe quoi de plus gros) est trop grosse pour des doigts d'enfants, trop encombrante pour un cartable, et trop chère pour un instrument que tous les collégiens achèteraient en masse : donc le choix était entre la sopranino, la soprano et l'alto. Peut-être que le choix a été fait car on préférait une flûte en do (mais il n'y a pas de raison, en fait, comme les partitions à la flûte sont toujours marquées telles que jouées, le doigté en do n'a rien de plus « fondamental » que le doigté en fa si on va n'en apprendre qu'un) ; ou peut-être que la sopranino risquait d'être trop stridente (je frissonne à l'idée d'une classe entière jouant — mal — sur une sopranino) et l'alto encore un peu trop grosse ou encombrante.

[#4] La soprano et la ténor ayant le même doigté (celui des flûtes en do, si on a bien suivi). En fait, mon cerveau avait un peu du mal avec ça, parce qu'à force de jouer sur la soprano et l'alto, il avait câblé : grosse flûte entre les mains ⇒ jouer les doigtés de la flûte en fa. Du coup j'avais du mal sur une ténor.

[#5] C'est dommage, parce que je la trouve vraiment adorable, la sopranino : elle a quelque chose d'un petit jouet miniature qui la rend irrésistible. Et son son n'est pas aussi perçant qu'on pourrait le craindre !

[#6] Les instruments à vent sont forcément, à hauteur donnée, beaucoup plus encombrants que ceux à corde, puisque le son voyage plus vite dans un solide que dans l'air : or la taille de l'instrument est grosso modo corrélée à la longueur d'onde — quoique avec des subtilités comme pour savoir si on produit un nœud ou un ventre d'onde aux extrémités —, alors qu'on perçoit le son par sa fréquence. Une flûte à bec basse n'est pas si grave que ça : mais elle fait un mètre de long.

(samedi)

Quelques mots en bref

Je fais passer cette année encore des oraux de TIPE (de maths) du concours des ENS : ce sera un peu plus léger qu'en 2008 ou 2007 (mon co-examinateur a demandé à avoir moins d'heures pour des raisons personnelles, donc c'est l'autre jury qui prend la charge en plus), mais c'est quand même fatigant. Par chance, cette année, j'avais justement un jour de libre entre les oraux (qui ont lieu même le week-end) en ce dernier samedi de juin, donc j'ai pu aller à la gay pride marche des fiertés avec mon poussinet (qui, pour sa part, sortait tout juste d'un torticolis très torticolesque[#]). Et nous avons photographié plein de garçons mignons, mais je ne sais pas si les photos, prises par téléphone, rendront très bien.

Parce que j'ai un nouveau téléphone : non, pas celui dont je parlais il y a quelques jours (un HTC Touch dont mon papa ne voulait plus, et qui s'est avéré franchement insupportable à l'usage) mais un vraiment nouveau, un Android Developer Phone[#2] (je suis donc enregistré comme développeur Android, mazette !). Je dirai plus dans une (voire, des) entrées ultérieures ce que je trouve bien et pas bien avec ce gadget, mais c'est sûr que pour un geek c'est vraiment intéressant comme jouet. Je pense que je vais faire un peu de programmation Java cet été !

[#] À ce sujet, je ne sais pas vraiment pourquoi, mais j'adore cette photo d'un cochon d'Inde avec un torticolis. On trouve vraiment tout, sur le Web.

[#2] Le cours du dollar par rapport à l'euro est assez bas pour qu'il soit vraiment intéressant d'acheter ça : même en comptant les frais de port et de douane, ça revient finalement moins cher qu'un téléphone sensiblement équivalent, mais verrouillé, acheté en France. (L'intérêt principal du developer phone est qu'il est complètement déverrouillé.) Par ailleurs, la livraison a été très rapide (moins de 48h entre la commande en ligne et la réception du paquet, qui venait de l'Illinois, je trouve que c'est assez fort).

(lundi)

Daisy, la peluche anti-stress

[Photo de peluche]Je voulais vérifier que j'arrivais à transférer des données depuis mon téléphone à la con (ce qui, soit dit en passant, marche assez mal), alors j'ai pris une photo de la peluche que je n'avais pas encore montrée sur ce blog : je vous présente Daisy, la vache-bouboule anti-stress et anti-anxiété (ici sur un lit chez mes parents).

Le jour (entre août et octobre 2007, je ne sais plus exactement quand) où mon poussinet est rentré en me disant qu'il avait acheté une nouvelle peluche, j'ai fait une mine sceptique ; et puis il m'a montré cette bestiole toute souriante et j'ai immédiatement craqué.

Voilà, c'était l'entrée pour perdre le vague semblant de sérieux qu'il pouvait rester à ma réputation. ☺

(mercredi)

Mon nouveau téléphone (ou presque — ou pas)

J'ai déjà dû raconter que mon père est dans le genre technogadgetophile impulsif qui achète tout ce qui lui passe sous les yeux (comme en témoignent chez mes parent les tiroirs entiers remplis de webcams). Il y a un certain temps, il s'était acheté un téléphone à écran tactile, que j'avais pris de loin pour un iPhone (mon père m'en avait fait une description confuse) et qui est en fait un HTC Touch. Il a ensuite décidé qu'il n'en voulait plus (notamment à cause de l'autonomie exécrable et de problèmes d'utilisabilité). Comme mon propre téléphone mobile, nettement moins sophistiqué, commençait à devenir franchement inutilisable à force de touches qui se mettaient à marcher de moins en moins (comme la touche flèche haut, ce qui est gênant), je me suis dit qu'un mauvais téléphone à écran tactile vaudrait toujours mieux qu'un téléphone basique dont le clavier est mourant, et j'ai récupéré la bestiole (que mon poussinet a trouvé pour moi comment désimlocker).

Je ne dirai pas que j'y ai perdu au change, ce truc a bien quelques fonctions intéressantes (pouvoir gérer le Wifi, ce n'est pas mal, et puis le navigateur Web, fût-il Pocket IE, est toujours plus pratique que ce que j'avais sur le précédent). Mais question ergonomie, j'ai rarement vu quelque chose d'aussi pourri : outre que le principe même de l'écran tactile me semble assez agaçant (je ne sais pas pourquoi les gens trouvent ça génial), comment peut-on aimer ce Windows Mobile ? Toutes les options de configuration sont cachées dans un labyrinthe d'icônes et d'onglets organisés sans aucune logique, il a fallu à mon poussinet et à moi un temps fou pour deviner où entrer les paramètres de connexion de données GPRS/Edge, ou encore comment choisir ou activer une connexion Wifi. Tout est, évidemment, en français-mal-traduit et il n'y a aucun moyen de changer de langue (la première chose que je fais sur un téléphone, normalement, c'est le mettre en anglais où au moins on a l'impression de ne pas avoir affaire à des bribes de phrases mises côte à côte par quelqu'un dont la langue maternelle était sans doute le klingon).

Mais le pire, ce sont les méthodes d'entrée (c'est-à-dire, comment taper des SMS, par exemple, ou toute forme de texte) : le téléphone en propose six, toutes plus pourries les unes que les autres. L'une fait apparaître en bas de l'écran un clavier imitant la disposition d'un clavier d'ordinateur : ça me conviendrait à peu près, si ce n'est que le clavier est azerty, et qu'il n'y a apparemment aucun moyen d'en changer la langue — outre que je déteste en soi le layout azerty (sur les ordinateurs, je tape toujours en qwerty US), je n'ai vraiment pas envie de faire un shift pour taper le moindre chiffre. Une autre fait apparaître un clavier touch (je ne sais pas ce que c'est censé vouloir dire : c'est eux qui disent ça) qui imite encore la disposition d'un clavier d'ordinateur mais où, cette fois, les touches sont regroupées deux par deux — on a le choix entre appuyer deux fois sur la touche pour choisir la deuxième lettre ou bien utiliser un dictionnaire du style T9 ; cette fois, on peut le mettre en qwerty, mais malheureusement uniquement avec un dictionnaire anglais (or mes SMS, pour leur immense majorité, sont écrits en français). Une troisième méthode d'entrée fait apparaître un pavé semblable aux touches numériques d'un téléphone mobile non tactile : là aussi, on peut entrer une lettre en répétant la pression sur une touche ou en utilisant un dictionnaire T9 — c'est encore ce que j'ai trouvé le moins mauvais. Les trois autres méthodes d'entrée m'ont l'air absolument identiques : elles se basent sur la reconnaissance de caractères tracés au stylet sur l'écran tactile (je ne sais pas s'il y en a trois pour faire joli, ou parce qu'il y a des différences subtiles dans la forme des lettres à tracer ou dans la façon dont on est censé s'en servir). Ce truc est à peu près inutilisable : on perd son temps à refaire douze fois le dessin de la lettre avant que le mobile accepte de reconnaître celle qu'on voulait (et il décide de reconnaître une lettre dès qu'on lâche le stylet, alors je ne comprends même pas comment on est censé arriver à dessiner, disons, un ‘D’ : il me reconnaît à chaque fois les lettre ‘LY’, la première pour la barre verticale et la seconde pour le ventre du ‘D’).

Mon poussinet, qui a, lui, un HTC Magic (et ça ça a l'air plutôt bien, comme téléphone), se moque de moi.

(samedi)

De la liberté de s'habiller comme on veut

Ma mère me dit que je m'habille comme un ado attardé et que ça ne fait vraiment pas sérieux. Elle a complètement raison — et c'est sans doute parce que je suis un ado attardé[#] — mais je ne vois pas le problème avec ça. Au contraire : j'aime l'idée de perturber ceux qui jugent les gens à leurs habits. Accusation dont je plaide moi-même complètement coupable : le jour où je vois dans le métro un type que son look qualifie subliminalement de racaille de banlieue sortir et se mettre à lire une édition (bilingue…) de la Guerre civile de Lucain[#2] ou un goth avec des piercings partout un exemplaire de Linux Magazine, je tomberai un peu des nues — et en même temps je jubilerai de savoir qu'on ne vit pas encore dans un monde où les gens rentrent sagement dans les petits cases où ils ont l'air de devoir rentrer.

Pour le prouver, et pour revendiquer ma liberté, j'ai essayé toutes sortes de looks que j'avais simplement envie d'essayer pour voir comment on me regarde ou comment je me vois moi-même : jean baggy DC shoes tee-shirt Quiksilver ; pantalon noir à lanières tee-shirt tribal poignets de force ; survêtement Umbro baskets casquette tout en blanc ; crâne rasé treillis bombers ; ou encore, kilt et ghillie shirt (d'ailleurs, j'aime bien le kilt, c'est juste dommage qu'il n'y ait pas de poches et que le sporran censé les remplacer soit vraiment trop petit) ; ou enfin, toge romaine (là les gens vous regardent vraiment bizarrement) ; ou toutes sortes de mélanges éclectiques de tout ça. Si on me demande pourquoi je porte ça, je dénonce l'inanité de la question : parce que c'est interdit par la loi d'être nu en public.

Or s'habiller comme on veut est une liberté difficile à prendre. J'ai tendance à considérer que la cravate est le symbole le plus crétin d'oppression vestimentaire qui puisse exister (si on on excepte ceux qui apprécient sincèrement de la porter — car évidemment ils existent — c'est tout de même l'accessoire vestimentaire le plus ridicule de l'univers, qui ne sert absolument à rien, ne recouvre rien, ne protège rien, et pourtant il y a des gens qui y sont astreints et qui risqueraient de sérieux ennuis professionnels à l'enlever). Heureusement, j'ai un métier dans lequel on n'a pas à porter de cravate, et si le dress-code du chercheur ressemble à jean délavé et pull informe, on peut néanmoins se permettre d'en dévier significativement (témoin un éminent professeur de l'ENS de Lyon qui, la dernière fois que je l'ai vu, portait une lavallière). Je me permets le style ado attardé, mais je ne me permettrais pas tout ce que je me suis permis dans la rue. Et plus on prend de l'âge et un soupçon de respectabilité plus il est difficile de se permettre de s'habiller comme on veut : bienheureux les adolescents s'ils connaissaient leur bonheur !

En tout cas, je trouve un peu affligeante l'uniformité vestimentaire qu'on peut voir, par exemple, dans le Marais : il y a dix-douze ans c'était cheveux ras doc martens, jean et bombers, maintenant c'est le look vintage branchouille chic vendu au BHV Homme qui domine tout, toujours est-il que c'est triste.

[#] Par ailleurs, comme les ados sont fauchés, c'est très économique de s'habiller comme eux. ☺

[#2] Je dois avouer que je n'ai pas encore vu exactement ça. Mais c'est tout de même « inspiré de faits réels » (disons je me souviens d'avoir dans le métro vu ce livre lu par quelqu'un dont je ne me rappelle plus exactement à quoi il ressemblait mais je sais que c'était vraiment tout le contraire de l'image qu'on peut se former d'un agrégatif de lettres classiques ; maintenant, c'est difficile de savoir si c'est sur les habits des gens dans le métro ou sur la poésie de Lucain qu'on a des préjugés, finalement).

(mercredi)

Joyeux anniversaire, ma thèse

Ma soutenance de thèse, c'était il y a quatre ans déjà. D'accord, c'est un peu moins important que l'invention d'Internet, mais c'est plus récent aussi.

(vendredi)

J'aime le café et regarder les gens passer

Le titre de cette entrée est ridicule, mais c'est la vérité : c'est une des choses que j'aime énormément faire quand j'ai du temps libre, prendre un café (de préférence juste après le déjeuner) à un endroit où on peut voir la rue, et le savourer en regardant les gens qui passent. Il y a ceux qui ont une tête amusante à voir, d'autres dont les habits surprennent, et il y a quantité de petites saynètes à contempler. Parfois, mon poussinet et moi nous amusons à essayer de deviner le métier de chaque personne qui passe — on ne saura jamais combien on est à côté de la plaque, mais c'est certainement rigolo de constater que nous tombons souvent d'accord.

(samedi)

J'ai une tête de fan d'AC/DC, moi ?

Dans le train entre Chambéry et Lyon il y avait un groupe de trois djeunz pas méchants mais un peu remuants. L'un était un skinhead avec la tenue qui va avec (treillis-rangers-à-lacets-blancs-bombers), un autre était plutôt dans le genre métalleux, et le troisième (plus jeune que les autres) faisait juste lycéen endormi — endormi dans le sens presque en coma éthylique, en fait, et du coup il était moins remuant que les deux autres (pas que ceux-ci fussent sobres !). Comme je portais moi-même un treillis et des chaussures de chantier (qu'on peut prendre pour des rangers), ils (les deux pas encore trop endormis) sont venus discuter avec moi. J'ai donc appris que c'étaient des fans d'AC/DC qui allaient à Paris pour un concert au palais de Bercy : ils tenaient absolument à savoir si j'en étais moi aussi un, et ils étaient persuadés que oui, et que j'allais forcément au même endroit qu'eux ; personnellement, je ne connais pas trop la sociologie du fan typique d'AC/DC, mais si j'en juge par leur look à eux, et si on veut absolument que l'habit fasse le moine, ça ne doit pas être trop le genre à porter les cheveux longs, un blouson de ski rouge vif et un tee-shirt Rip Curl. 'Fin bref… Ils m'ont demandé ce que j'écoutais comme musique (la question que je déteste), j'ai esquivé la question, mais le fait que je ne réponde même pas le nom d'un groupe de métal les a désopilés, ils m'ont proposé de boire un coup avec eux, et quand j'ai dit que je ne buvais pas ils ont eu l'air de me considérer comme complètement irrémédiable et ils ont laissé tomber.

Peu de temps après, une jeune femme visiblement dérangée par leurs braillements est venue s'asseoir dans mon compartiment. Moi à ce moment-là je faisais joujou avec mon GPS pour enregistrer le parcours du train : elle m'a demandé ce que c'était, et je crois que je suis passé pour complètement irrémédiable auprès d'elle aussi.

Dans le TGV de Lyon à Paris, je me suis retrouvé de nouveau dans le même wagon la même voiture que les trois djeunz AC/DC. Là ils ont vraiment emmerdé le monde parce qu'ils se sont mis à vomir. Du coup, il y a encore deux jeunes filles qui, pour les fuir, sont venues s'installer à côté de moi (note pour les mecs hétéros, donc : si vous voulez que des jeunes femmes s'assoient à côté de vous dans le train, arrangez-vous pour être dans la même voiture que des skins bourrés et pour avoir l'air moins lourd qu'eux). Ensuite, je ne sais pas ce qui s'est passé, ils sont sortis pour aller au bar du train, puis un contrôleur et une contrôleuse sont venus dans notre voiture regarder le vomi, et enfin les djeunz sont revenus et ils se sont complètement tenus à carreau pour le reste du trajet.

Au moment où je sortais du train, un autre passager m'a demandé : Vous aussi, vous allez écouter AC/DC ?

(jeudi)

Impressions du ski après 18 ans sans en faire

Si je compte bien, la dernière fois que j'ai fait du ski, c'était à l'hiver 1990–1991 (dans la petite station jurassienne de Métabief, où la famille de ma mère a un appartement ; j'y étais d'ailleurs avec ma cousine et nous avons essayé le monoski, dont la difficulté un peu gratuite ne nous avait finalement pas trop convaincus). Mon poussinet m'ayant persuadé de réessayer, je me demandais quel serait mon niveau : est-ce que je me retrouverais à faire du chasse-neige pour descendre les pistes vertes ? Peut-être que je l'espérais, en fait, comme prétexte pour essayer autre chose (comme le surf/snowboard, il paraît que ça s'apprend plus facilement ; ou simplement, diront les mauvaises langues qui me connaissent, pour ne rien faire du tout). Beaucoup de gens m'ont dit ah, mais ça ne s'oublie pas ! (ma maman, maman Mouton, et jusqu'à la dame qui m'a loué les skis) : je me demande d'où tous ces gens tirent leur savoir parce que, franchement, des gens qui font du ski un peu correctement, puis qui arrêtent complètement pendant au moins 15 ans, et qui réessayent ensuite, il ne doit pas y en avoir des masses. En plus, les skis ont changé depuis le temps : maintenant ils sont plus courts et ils ont une forme différente (qualifiée de parabolique, même si je ne vois pas bien où est la parabole).

Ceci étant, je dois reconnaître qu'ils n'avaient pas trop tort : si j'ai oublié beaucoup de choses apprises consciemment (par exemple, comment prendre les remontées mécaniques), il m'est resté des réflexes que je ne pensais plus avoir. Donc je savais encore tourner, m'arrêter en dérapant, bref, les mouvements de base qui font qu'au final je n'étais pas toujours parmi les plus mauvais (même parmi les djeunz qui ont l'air de trouver que c'est une façon de se la péter que de plaisanter à l'idée de prendre une piste qui ne soit pas au moins rouge). Et je continue à ne pas savoir à quoi mes bâtons sont censés servir. Il y a pourtant des choses qui ne sont plus comme quand j'avais quinze ans : d'une, j'ai beaucoup plus facilement le vertige (heureusement pas trop sur les télésièges, mais sur les pistes je devais parfois m'arrêter pour une raison qui n'ait rien à voir avec la difficulté technique). De deux, j'ai beaucoup moins de force dans les jambes (par rapport à mon poids), ce qui m'interdit de dépasser une vitesse modérée de peur de perdre la stabilité de mes skis (surtout le gauche) : mon poussinet refuse d'ailleurs de me croire et prétend que je suis juste trop peureux ou trop flemmard pour aller plus vite.

Mais surtout, ce qui a changé, c'est que je n'arrive plus à trouver ça grisant en soi, de skier : si autrefois j'ai pu trouver jouissif de descendre les murs tout schuss, ou (comme mon poussinet semble aimer) batifoler dans les champs de bosses, l'idée de convertir de l'énergie cinétique en frottements sur neige m'amuse beaucoup moins maintenant. L'intérêt est plutôt de pouvoir regarder le paysage #1 (celui où on espère apercevoir un lagopède alpin, mais ça ne nous est pas arrivé) et le paysage #2 (celui constitué des jolis garçons au look sexy, surtout du côté des surfers). Or le paysage #1 ne bouge pas, et le paysage #2 se voit mieux si on prend le temps de s'arrêter pour le regarder passer (d'autant que ça évite les accidents) ; bon, il est vrai qu'il peut y avoir motivation à aller un peu vite pour le rattraper ensuite (et le poussinet et moi nous sommes pas mal débrouillés, en somme, entre nos petits codes pour nous signaler le paysage, et notre façon d'alterner entre le dépasser puis de le laisser nous dépasser — après, peut-être qu'ils pensaient exactement la même chose de nous 😉).

Sinon, un autre intérêt est la conversation du poussinet qui, après s'être découvert une passion de geek pour les remontées mécaniques, m'explique à chaque télésiège que celui-ci est un des seuls débrayables construits par cette compagnie ou que celui-là est un fixe dont le moteur et les pylônes sont prévus pour qu'il puisse être converti en débrayable un jour (mais ça n'arrivera pas), et à chaque téléski quelle est la différence entre un lâcher sous poulie et un lâcher sous pylone ou pourquoi on ne peut pas faire deux virages de sens contraires sur un téléski, et encore toutes sortes d'autres choses que je vivais sans la joie de savoir.

Bon, et enfin, une chose qui ne risquait pas de changer en quinze-vingt ans, c'est qu'il faut une quantité invraisemblable d'accessoires à la con pour faire du ski, et qu'ils sont parfois plus embêtants qu'autre chose (entre les gants et les sous-gants quand il s'agit d'attraper un mouchoir parce qu'on a le nez qui coule, ou encore le masque qui fait tout voir d'une couleur ambrée — mais pourquoi diable ne font-ils pas des masques qui atténuent la lumière visible uniformément, donc de couleur grise dans le visibile et opaque dans l'ultraviolet ? pourquoi faut-il que tout devienne jaune ?).

(vendredi)

Mais où mon inconscient va-t-il chercher tout ça ?

Dans un rêve, la nuit dernière, j'ai entendu la phrase suivante (imaginez-la prononcée sur un ton de documentaire sur Arte) : Jusque récemment, les œuvres pour piano de Brahms étaient considérées comme injouables par un seul pianiste, et les éditeurs de partitions y ajoutaient donc des annotations pour indiquer comment les jouer à quatre mains ; ces indications ne sont plus portées maintenant, à l'exception d'une seule, en forme d'abeille, placée au-dessus d'un accord pour signaler qu'il rompt la cadence. (Pendant ce temps défilent des images de partitions musicales avec des annotations un peu étranges, finissant par un zoom sur quelque chose qui ressemble plus au hiéroglyphe du scarabée qu'à une abeille.)

Mais comment est-ce que j'ai pu imaginer ce truc ? Peut-être un lointain souvenir de cette célèbre partition rigolote ? Mais tout de même, j'ai rarement fait un rêve dans lequel figurait une idée aussi précise, cohérente, raisonnable, et naturellement complètement fausse.

(samedi)

De la difficulté d'acheter des lacets

Régulièrement je suis confronté à la difficulté d'acheter les objets les plus anodins, et je tombe souvent des nues de voir à quel point les choses les plus banales peuvent être introuvables. Le dernier épisode de cette saga, donc, concerne l'achat d'une paire de lacets : des lacets coaxiaux (j'utilise ce mot, qui visiblement n'est pas le bon, parce que je ne sais pas comment on est censé dire ; je m'explique).

J'ai une paire de chaussures de sécurité (des chaussures de chantier, si on veut) Caterpillar — d'un modèle très proche ou identique à celui-ci mais peu importe. Je trouve ça très agréable à porter, surtout par temps pourri.

Elles ont des lacets très épais que j'aurais envie de qualifier de coaxiaux ou gainés (mais visiblement aucun de ces termes n'est le bon ou, en tout cas, ils ne sont compris par personne) : c'est-à-dire que ce sont des lacets tubulaires (sans doute en nylon/polyester) à section circulaire, sauf que dans cette gaine il y a un lacet intérieur, lui aussi à section circulaire, mais probablement plein, et plus fin. Les deux parties sont indépendantes, reliées seulement extrémités. (Vraisemblablement c'est fait pour que la gaine extérieure protège le lacet intérieur de l'usure.) Ils sont longs de 150cm et noirs, mais ça ce n'est pas très important, ce qui est vraiment difficile à trouver c'est la largeur et la structure coaxiale.

Or un de ces lacets a cassé (au niveau de la gaine extérieure), et je cherche à le remplacer, à l'identique parce que des lacets plus fins ne se nouent pas de façon aussi confortable. Je n'aurais pas imaginé une seule seconde que ce pût être aussi difficile de trouver une paire de lacets ! J'ai cherché partout : mon Champion local, un cordonnier, un Go Sport (sur la recommandation du cordonnier), au Vieux Campeur… et même une boutique de vêtements de chantier où ils vendent des chaussures de ce genre mais apparemment pas les lacets qui vont avec. Non seulement personne n'a des lacets comme ça, mais quand je cherche on me regarde comme si je demandais un dé-ψ-onduleur métatronique à polarité inversée pour ma navette spatiale ! Pourtant, les chaussures elles-mêmes, elles ne sont ni rares ni difficiles à trouver.

Même son de cloche sur Internet : de toute façon, sur Google, chercher lacets chaussures Caterpillar est forcément compris comme chaussures à lacets Caterpillar, et quelle que soit la façon dont je varie ma recherche je n'ai trouvé personne qui vende des lacets en ligne avec un choix qui ne soit pas ridicule.

Ce serait tout de même crétin que je doive racheter une paire juste pour avoir de nouveaux lacets !

(samedi)

Essayons de hacker Amazon.co.uk et la poste anglaise

Je viens de lancer une petite expérience : que se passe-t-il si on commande quelque chose chez Amazon.co.uk qui n'a pas le droit d'être livré en France et qu'on indique comme adresse de livraison

David A. Madore
11 rue Simonet
F75013 Paris FRANCE - ignore following lines
None, XY0 0AA
United Kingdom

Alors, arrivera ou arrivera pas ? Je n'aurais pas pris le risque pour l'Eee PC, mais là il s'agit d'un clavier à environ £9, ce ne sera pas catastrophique si ce truc n'arrive jamais nulle part (ou si on me fait payer une amende pour le défaut de frais de port). Pour le code postal, j'ai choisi celui-là grâce à l'aide de Wikipédia : Within Royal Mail, outward codes beginning XY are used internally as routing codes to route mis-addressed mail, and to route international outbound mail. (Ce que j'espère est que chez Amazon personne ne se rende compte de rien vu que tout est automatisé au possible, et qu'une fois le paquet arrivé dans les mains de Royal Mail l'adresse bizarre force un humain à la lire, à comprendre ce qui se passe, et à agir intelligemment.)

Mais sinon, je veux bien savoir comment on est censé se procurer, en France, un clavier QWERTY (US ou GB, pas espagnol, hein) plat USB filaire (et avec un vrai pavé numérique, trois touches entre la barre d'espace et le control de droite, et surtout un vrai pavé de flèches surmonté d'un rectangle 3(horiz.)×2(vert.) de touches insert/home/pageup et delete/end/pagedown — je précise ça pour exclure certains modèles de chez Logitech ou Labtec qui sont des horreurs). Je crois que je sais remplir toute combinaison de toutes ces contraintes sauf une, mais pas toutes à la fois. ☹

Mise à jour : Ça n'a pas marché, probablement parce que l'objet n'était pas vendu directement par Amazon mais par une « boutique » d'Amazon qui doit traiter les choses de façon moins automatisée. On m'a prélevé le prix de l'article, puis immédiatement remboursé avec comme explication qu'ils ne livrent pas en France (et j'ai perdu 0.03€ dans l'opération).

(vendredi)

Péripéties médicales avec une Klebsiella

Acte I

Mercredi matin il y a neuf jours (le 2008-08-27, donc), alors que j'étais de passage chez mes parents à Orsay, je me suis réveillé tôt avec un mal au ventre, qui n'a cessé d'empirer, évoluant vers une sensation de brûlure à l'estomac, accompagnée de nausées, puis de vomissements (si ce n'est que je n'avais pas grand-chose à vomir). J'ai passé la journée, une bouillotte sur le ventre, à me shooter au paracétamol. Le soir j'ai cru que j'allais un peu mieux et j'ai pris un léger bouillon et un fruit, mais mon état s'est de nouveau détériorié, mes vomissements se sont intensifiés, j'ai fait de la fièvre (38.6°C malgré le paracétamol) avec des frissons, et j'ai eu un énorme mal de tête (comme l'impression que ma tête était une grosse cloche et que mon pouls donnait des coups dedans à 100 battements par minute).

Je suis tout sauf héroïque face à la douleur (on le sait déjà), donc j'ai persuadé mon père de me conduire — vers 2h du matin le 28 — aux urgences de l'hôpital d'Orsay (je voulais initialement appeler SOS médecins, mais apparemment ça n'existe pas aussi loin qu'Orsay). Là j'ai été très bien reçu par une infirmière et un externe pas trop débordés et très gentils, on m'a mis sous perfusion pour me réhydrater et m'injecter du Primpéran et plus de paracétamol (et encore autre chose que j'oublie) et on a lancé quelques analyses. Les premiers résultats étaient normaux et je me sentais mieux, donc on m'a fait sortir vers 4h30 et je suis rentré chez moi avec une ordonnance symptomatique (sans antibiotiques, car a priori il se semblait agir d'une gastro-entérite virale). J'ai passé encore une journée peu agréable jeudi, et j'ai pu manger un peu le soir ; vendredi j'étais toujours un peu barbouillé, mais rapidement je me suis estimé guéri (et je suis rentré chez moi à Paris).

Acte II

Lundi 1er dans l'après-midi (alors que j'allais désormais parfaitement bien, et c'est toujours le cas) je reçois un coup de fil du service des urgences d'Orsay où je m'étais présenté, m'avertissant qu'une des hémocultures qu'on m'avait faites (c'est-à-dire des prélèvements sanguins qu'on met en culture pour détecter des bactéries) était retournée positive : on m'a trouvé une bactérie du genre Klebsiella dans le sang. (Enfin, je donne le nom, mais pour réussir à décoder ce que j'ai entendu par téléphone, il m'a fallu du temps à Googlifier des choses comme clef de ciel.) On me demande donc de revenir à l'hôpital pour analyses complémentaires — et éventuellement pour être mis sous antibiotiques. J'explique que je vais bien et que je n'ai pas vraiment envie de revenir à Orsay pour ça : on me suggère alors de me présenter aux urgences de l'hôpital le plus proche de chez moi, auquel ils faxeront le dossier.

Les urgences de la Pitié, vers 18h, si on n'est pas in articulo mortis, ça doit vouloir dire trois heures d'attente au bas mot avant d'avoir la moindre chance de voir un médecin. Je me suis donc dit que, pour épargner mon temps comme celui du personnel, je pourrais y revenir à une heure plus creuse : je m'y suis donc pointé à 3h du matin (le mardi 2 septembre, si vous suivez bien), et effectivement il n'y avait plus personne. Là, on m'a fait savoir, en gros, que je n'avais rien à y faire : que mon cas n'était pas urgent puisque visiblement je n'étais pas malade, qu'on ne pouvait rien pour moi sans les résultats des analyses, que ce n'était pas à eux de demander celles-ci à l'hôpital d'Orsay et que d'ailleurs à 3h du matin ce serait impossible (j'ai rétorqué que c'était un service d'urgences et qu'il tournait 24h/24h, labo compris, mais on ne m'a pas écouté), bref, que je n'avais pas à être là. J'ai répondu que, d'accord, j'étais désolé de faire perdre du temps à tout le monde parce qu'on m'avait expressément recommandé d'aller aux urgences de l'hôpital le plus proche, et que je voulais bien, moi, me présenter en médecine de ville ou bien à un autre service de l'hôpital, juste qu'on me dise quoi faire. On m'a alors renvoyé sur le service des maladies infectieuses (…parasitaires, tropicales et de santé publique), service du professeur Bricaire, dans le même hôpital.

Le lendemain (enfin, toujours le mardi 2), j'ai pris rendez-vous auprès du service en question : le plus tôt possible étant le vendredi 5 au matin — soit. Je demande le numéro de fax du service, qui fut apparemment difficile à retrouver, mais que j'ai obtenu. J'ai ensuite appelé l'hôpital d'Orsay pour leur demander d'envoyer les résultats des analyses au service des maladies infectieuses de la Pitié, à l'attention du médecin dont on m'avait donné le nom pour le rendez-vous.

Acte III

Ce matin j'arrive au rendez-vous (pile à l'heure) et voilà, évidemment, que personne n'a entendu parler de moi au service des maladies infectieuses. J'imagine que ce qui s'est passé est que la difficulté à trouver le numéro de fax a fait oublier le rendez-vous lui-même à la personne qui devait l'inscrire dans les registres, ou quelque chose comme ça. J'offre comme indice de ma bonne foi le fait que je connaisse le nom du médecin qui devait me recevoir. On finit par ajouter mon nom sur les listes et par me faire patienter. Heureusement, les fax de l'hôpital d'Orsay, eux, étaient bien arrivés.

Le médecin que j'ai enfin pu voir, et à laquelle j'ai fait subir le récit de mes aventures jusqu'à présent, m'a concédé que c'était une drôle d'histoire. D'après elle, normalement, une infection bactérienne de ce genre ne se guérit pas toute seule, donc il est bizarre que j'aille bien. J'ai demandé si un faux positif était possible, mais elle ne semblait pas y croire. Et elle prétend que l'hôpital d'Orsay n'aurait pas dû me laisser sortir. Bref, elle m'a mis sous antibiotiques : comme j'ai déjà fait par le passé une allergie à l'amoxicilline, elle m'a prescrit de la ciprofloxacine (j'ai de la chance, d'après l'antibiogramme réalisé à Orsay, la bactérie est sensible à tous les antibiotiques testés), à des doses néanmoins diminuées puisque je n'ai pas de symptômes. Et je dois reprendre rendez-vous une fois le traitement fini pour faire des nouvelles analyses (y compris pour contrôler la glycémie, qui était apparemment trop élevée dans les premières analyses, même si je n'étais pas vraiment à jeun), puis une troisième fois pour l'analyse des résultats.

À suivre, donc…

(dimanche)

Je reprends l'arabe

Je me remets à ma tentative d'apprendre un peu d'arabe, interrompue par deux semaines de concours (ce qui n'est pas peu vu que ça ne fait que deux mois que j'ai commencé à étudier cette langue…). J'en suis à la leçon 36 sur les 77 que compte la méthode : cela ressemble à presque la moitié, mais en fait cette impression est trompeuse parce que j'ai l'impression que la difficulté des leçons croît très vite, du coup j'ai vaguement le sentiment de me faire arnaquer. Plein de points de grammaire sont renvoyés à une hypothétique explication ultérieure avec des encouragements conciliants (ne vous en préoccupez pas pour l'instant — soit, mais du coup c'est plus lourd à apprendre si on ne connaît pas la règle). Et surtout, j'ai l'impression qu'une difficulté majeure de la langue — celle des pluriels, qui ne suivent aucune logique — est complètement glissée sous le tapis avec la recommandation apprenez bien chaque mot avec son pluriel : moui, moi je veux bien, mais encore faut-il que je puisse le savoir, le pluriel en question, or le lexique en fin de volume a l'air de ne pas les donner systématiquement, ni de renvoyer chaque pluriel à son singulier, pas plus que le petit dictionnaire (pas terriblement bien fait) que je me suis acheté. Par exemple, je ne sais toujours pas quel est le (masculin) pluriel d'un adjectif aussi commun que جَمِيلٌ (qui signifie beau et qui est un des rares adjectifs que je connaisse), donc c'est mal parti pour apprendre chaque mot avec son pluriel.

Peut-être que je m'y prends mal, mais cette langue est quand même terriblement décourageante.

(mercredi)

Disparition temporaire

À partir de vendredi (après-demain), je rempile pour faire passer des oraux de TIPE aux ENS, avec comme l'an dernier un planning bien chargé (80 oraux à faire passer en 9 jours[#] répartis sur deux semaines), donc je vais un peu disparaître pendant cette période qui sera assurément fatigante.

Je m'abstiens évidemment de faire des remarques sur le fond de l'épreuve : pour cela, on pourra voir le rapport que nous avions écrit. Sur la forme, comme l'an dernier, il y a(ura) le sentiment excitant mais frustrant de voir 80 sujets scientifiques souvent intéressants passer à toute vitesse et de n'avoir qu'un temps très limité à pouvoir consacrer à chacun ; et c'est en fait très angoissant de se demander vais-je trouver des questions intéressantes à poser sur ce sujet[#2] : il est vraiment dommage qu'on ne puisse avoir les dossiers que si peu de temps à l'avance, mais le calendrier du concours est incroyablement serré.

[#] Y compris le samedi 28 juin — dommage pour la gay pride. ☹

[#2] Les examinateurs des oraux autres que TIPE peuvent choisir assez librement ce qu'ils vont poser comme questions : nous nous devons faire avec le sujet que le candidat a choisi, ce qui rend l'exercice très dur pour nous (même en étant deux examinateurs, c'est impossible d'avoir une culture qui recouvre toutes les mathématiques).

(mardi)

Essayons d'apprendre un peu d'arabe

Je suis un grand fan de la méthode Assimil, pas forcément que je la trouve excellente dans l'absolu, mais il me semble qu'elle convient très bien à quelqu'un qui, comme moi, a une mémoire essentiellement auditive[#] : la meilleure façon d'apprendre une langue serait donc bien d'écouter des phrases prononcées dans cette langue, en en comprenant le sens, en cherchant juste à activer les connexions neuronales entre les deux, jusqu'à ce que « ça rentre ». Et je pense qu'en allant au bout d'une méthode Assimil avec beaucoup de régularité, on doit arriver à un niveau pas complètement ridicule dans une langue donnée : c'est là que ça pèche, bien sûr, parce que je n'arrive pas à garder une motivation suffisante pour maintenir la régularité. Il faut y passer une bonne demi-heure par jour (et encore, je pense que c'est une minoration, parce que le temps de bien réécouter la leçon de la veille, écouter trois ou quatre fois la leçon du jour, s'exercer un peu à l'écriture, faire les exercices, préécouter la leçon du lendemain, trente minutes sont déjà justes), et, mine de rien, ce n'est pas facile à trouver.

En 2001, je n'étais arrivé qu'à la douzième[#2] leçon de l'Assimil hongrois — il est vrai que c'était un crash-course puisque je partais une semaine à Budapest et que je voulais au moins pouvoir prononcer correctement Nem beszélek magyarul![#3][#4] avant de partir, ce qui est tout de même un niveau qu'on dépasse à la 12e leçon. Il y a deux ans j'avais poussé un peu plus loin pour le japonais, en allant jusqu'à la 29e leçon (j'avais fait un an d'étude du japonais en grand débutant à l'ENS mais je n'avais strictement rien retenu). À la limite, qu'il ne m'en reste consciemment rien n'a aucune importance : mon but n'était pas vraiment d'apprendre du hongrois, respectivement du japonais, mais de me faire une représentation mentale de ces langues, d'assimiler un peu de leur structure (voire d'assouplir mes propres mécanismes de pensée). Bref, de transformer quelque chose de complètement opaque en quelque chose de certes toujours opaque mais où je peux imaginer de progresser.

Là je me suis acheté l'Assimil arabe[#5]. Pourquoi l'arabe ? Peut-être parce que je m'efforce à trouver des langues aussi éloignées que possible les unes des autres (auquel cas il faudrait sans doute que je programme ensuite le tamoul, le chinois et le swahili), de façon à avoir une petite image de la forteresse de Babel. Peut-être parce que c'est une langue importante parlée en France (mais l'argument est un peu pipo : l'arabe parlé en France est dialectal, et a priori ce n'est pas spécialement celui-là que je vais/veux apprendre). Ou peut-être parce que l'écriture en est absolument fascinante. Toujours est-il que je ne pense pas sérieusement arriver à un stade où je pourrais lire quoi que ce soit d'intéressant[#6], encore moins comprendre la langue parlée, mais l'idée est juste de picorer quelques notions sur comment l'arabe fonctionne, et de voir si ma patience va cette fois au-delà de la 29e leçon (en ce moment j'en suis à la 3e, où on voit des phrases aussi passionnantes que دَخَلَ الْوَلَدُ وَ دَرَسَl'enfant est entré et il a étudié).

[#] Et dont l'apprentissage des langues reste quelque chose de complètement théorique vu que je n'ai aucune intention de voyager pour essayer de m'en servir. C'est vrai que je suis un cas un peu spécial.

[#2] Pour comparaison, le nombre total de leçons d'une méthode Assimil a l'air de tourner entre 75 et 100 en général (mais en fait on est censé faire deux vagues d'apprentissage, ce qui veut dire qu'ils estiment qu'il faudra environ cinq ou six mois pour atteindre le niveau qu'ils proposent).

[#3] Je ne parle pas hongrois !

[#4] Mon directeur de thèse (qui partait au même congrès à Budapest) s'est mis au hongrois au même moment, et avec la même méthode, mais il a eu plus de persévérance que moi et il semble que maintenant il ne baragouine pas trop mal la langue.

[#5] Chose amusante, ils ont retiré du titre leur célèbre marque de fabrique : sans peine (même si la collection s'appelle encore ainsi). Est-ce qu'ils n'osent plus dire que c'est le cas ? Ou est-ce qu'ils sont tombés victimes de la fameuse blague :
— Il paraît que vous avez appris à jouer du violon en cinq leçons faciles.
— Oui, c'était les neuf mille neuf cent quatre-vingt-quinze suivantes qui étaient difficiles.

[#6] Surtout que l'arabe a (comme l'hébreu ou d'autres langues de la même famille) ce défaut pour les débutants que — à part pour écrire le Coran ou des textes poétiques — on n'y note normalement pas les voyelles brèves. Donc à moins de connaître la langue, celui qui aurait juste appris l'alphabet ne peut même pas prononcer un texte écrit. D'ailleurs, l'égyptien ancien — j'en ai fait un peu — est dans le même cas, sauf que, là, personne ne sait quelles sont les bonnes voyelles sauf dans un petit nombre de mots, donc on prononce tout ‘e’.

(dimanche)

J'achète mes lunettes sur Internet

Étant très myope (−9 dioptries sur le contre-axe à l'œil droit), j'ai besoin de lunettes à verres amincis, voire ultra-amincis (disons, avec un indice de réfraction autour de 1.75). En France, de telles lunettes coûtent cher : on peut compter sur un gros 300€ la paire, au moins. Certains opticiens proposent deux paires pour le même prix (si on demande exactement les mêmes verres, voire la même monture), mais presque toujours on voit que cette offre est limitée aux verres non amincis (ou pas trop amincis) ou encore aux vergences dans un certain intervalle, ou encore aux non-astigmates — toujours est-il que je suis hors course. Mon père s'est récemment fait réaliser des lunettes tarif sécu, mais, là aussi, il ne faut pas compter sur des verres amincis.

[Deux paires de lunettes]La raison pour laquelle c'est aussi cher est simplement que les opticiens prennent une marge énorme (c'est aussi la raison pour laquelle ils peuvent se permettre de faire des offres deux-pour-le-prix-d'une, voire trois-pour-un-pouillème-de-plus aussi facilement). Heureusement, pour les gens qui comme moi ne tiennent pas à passer des heures à choisir leur monture, qui n'ont pas peur de recopier eux-mêmes les nombres de l'ordonnance et de mesurer la distance pupillaire, et qui achètent volontiers en ligne, il y a une solution bien pratique : les opticiens de Hong Kong !

On trouve en effet des sites Web sur lesquels acheter une paire de lunette qui sera réalisée à Hong Kong à un prix défiant toute concurrence : les deux paires de lunettes photographiées ci-dessus m'ont coûté 61.41€ pour la verte (qui a des verres amincis en polycarbonate, d'indice de réfraction 1.67) et 94.50€ pour la rouge (qui a des verres ultra-amincis minéraux, d'indice de réfraction 1.80) que j'ai achetée après m'être assurée que la première paire était satisfaisante. Précisons que ces prix incluent les frais de port et les frais de change prélevés par ma banque. Et la qualité est irréprochable : les cadres sont confortables et solides (c'est du titane), les verres n'ont pas un défaut, le traitement anti-reflet est bon, bref, je suis complètement satisfait. J'aurais également pu faire réaliser des solaires, y compris auto-obscurcissantes ou avec dégradé, des verres teintés de plusieurs couleurs amusantes, ou avec un revêtement métalisé.

Le site que j'ai choisi d'utiliser s'appelle Optical4Less, parce que c'est le seul que j'ai trouvé qui proposait effectivement les verres minéraux d'indice 1.80 (il paraît que la vente de tels verres est interdite aux États-Unis, soit dit en passant ; en France, on en trouve évidemment, mais cher) ; pour ceux que ça intéresse, c'est aussi apparemment le seul qui permet d'ajouter une correction prismatique. En contrepartie, leur choix de montures est un peu restreint : mais pour ce qui me concernait, ça allait très bien. Sinon, le méta-site GlassyEyes.com propose un certain nombre d'autres liens et des comparatifs et revues entre différents sites : 39DollarGlasses.com et EyeBuyDirect.com m'avaient l'air assez bien et assez professionnels, mais je ne garantis évidemment rien.

Pour le choix de la monture, on ne peut évidemment pas essayer : il y a la possibilité d'utiliser une petite application Flash (ou Java, je ne sais plus) pour voir les lunettes sur une photo de soi, mais, évidemment, ce n'est pas aussi bien que d'essayer en vrai. Ceci dit, je trouve que pour ce prix on peut se permettre de prendre un peu de risques — au pire ça fera une paire de rechange. Pour entrer les caractéristiques des verres, il suffit de savoir lire ce que l'ophtalmo a écrit (certes, vues les pattes de mouches de certains médecins, ce n'est pas forcément une mission facile) : la façon de noter les caractéristiques est apparemment standardisée[#] dans le monde entier, et on donne toujours l'œil droit (oculus dexter) en premier et l'œil gauche (oculus sinister) ensuite.

Il y a une chose que l'ophtalmo ne mesure pas, cependant (mais je suppose qu'il peut le faire si on lui demande), c'est la distance pupillaire. C'est quelque chose de très important, qu'il faut mesurer soigneusement, au millimètre près (voire au demi-millimètre près), si on veut que les lunettes aillent bien : il s'agit de la distance entre les centres des pupilles des deux yeux, donc entre les centres optiques des verres des lunettes (au moins pour la vision de loin ; pour la vision de près, les choses seront plus compliquées !). Pour bien la mesurer, je recommande la procédure suivante : se tenir debout devant un miroir plan vertical en faisant bien face au miroir, avec un feutre non-permanent dans la main et les anciennes lunettes sur le nez. Cacher son œil gauche avec un carton (c'est mieux que de le fermer, ça assurera qu'on ne changera pas de direction de regard), regarder dans le miroir le reflet de l'œil droit bien en face : faire un petit point avec le feutre sur le miroir et sur les anciennes lunettes. Le point doit être parfaitement au centre de l'œil. Puis, surtout sans bouger la tête (on s'en assurera en vérifiant que le point sur le miroir est toujours bien centré), cacher l'œil droit au lieu du gauche et recommencer la procédure (faire un point sur le miroir et un sur ses lunettes, au centre de l'œil gauche). Ensuite, prendre une règle et vérifier que la distance entre les points sur le miroir est exactement la même que sur les lunettes : c'est la distance optique recherchée. Si on ne trouve pas la même mesure, effacer les points et recommencer : j'aurais tendance à dire que la mesure sur le miroir est meilleure, mais il vaut mieux perdre du temps que de risquer d'avoir une mauvaise valeur. Pour tous les cas compliqués, je suppose qu'il vaut mieux demander à l'ophtalmo de faire la mesure. D'autres conseils sont donnés ici.

Une autre chose à savoir, c'est si la monture sera de la bonne taille : pour ça, il faut mesurer les dimensions de son ancienne paire et chercher une paire qui ait à peu près les mêmes. On trouvera par exemple sur cette page une explication de ce que les mesures signifient (la moins évidente étant temple length, qui désigne la longueur du bras, mesurée projetée sur son axe). Si on a un doute sur le fait qu'un cadre convienne, Optical4Less propose la possibilité d'entrer les mesures de la monture antérieure et ils choisiront une paire proche qui convienne : c'est ce que j'ai fait pour ma première paire. Mais globalement, la commande est vraiment facile[#2] à faire.

[L'emballage des lunettes]Pour le paiement, j'utilise pour ma part des numéros de carte de crédit à usage unique fournis par ma banque, donc je n'ai pas eu à m'inquiéter, mais je crois qu'on peut de toute façon avoir confiance (l'opticien ne voit pas le numéro de la carte, c'est une banque de Hong Kong qui sécurise le paiement). Quant à la livraison, elle a pris quatre semaines : ça arrive dans un tout petit paquet avec des jolis timbres de la poste de Hong Kong et qui contient juste les lunettes dans un étui basique.

[#] On donne la partie sphérique, qui est en fait la vergence selon l'axe dont la direction est indiquée (s'il y a astigmatisme) en degrés par rapport à l'horizontale, plus la partie cylindique, qui est la vergence à ajouter (algébriquement, bien sûr) selon le contre-axe c'est-à-dire la direction perpendiculaire à l'axe. Par exemple, à l'œil droit, j'ai −8.25(−0.75@130°), ce qui veut dire −8.25 dioptries sur l'axe à 130° et −9.00 dioptries sur le contre-axe à 40°. Cela pourrait aussi bien s'écrire −9.00(+0.75@40°).

[#2] Lors de ma seconde commande, j'ai eu un tout petit problème avec le site Web de Optical4Less, qui ne m'affichait pas le bouton pour continuer la commande. Je suppose que ce problème a été corrigé depuis, mais s'il ne l'a pas été c'est facile d'utilise le DOM inspector de Firefox pour rendre visible le bouton qui était simplement caché (et non absent).

(mardi)

Séparation

Jean-Gustave et moi avons finalement décidé de nous séparer : c'est ainsi que je révèle le nom de celui que je ne voulais qu'appeler mon copain en même temps qu'il ne l'est plus. Précisons que c'est d'un accord commun que nous mettons un terme à notre relation : nous avons échangé plusieurs SMS pour négocier les conditions de cette rupture, et nous restons en très bons termes (d'ailleurs son avocat vient de m'annoncer qu'il me laissait 48h de rallonge pour évacuer l'appartement). Cela valait sans doute mieux : j'avoue ne jamais avoir réussi à bien partager sa passion pour la philatélie et pour Claude François, tandis que pour sa part il n'a pas pu dépasser sa phobie des ordinateurs.

Bref, une page se tourne. J'ai voulu l'annoncer ici sobrement.

(lundi)

Thèmes musicaux

Il y a des airs qui m'amènent encore les larmes aux yeux même si je les ai entendus mille fois — même si je les écoute en boucle. En ce moment, par exemple, l'Hymne d'Opéra Sauvage de Vangelis. En général, il s'agit de tubes (le genre de musique qu'on ne peut pas admettre aimer dès qu'on est face à quelqu'un d'un tant soit peu snob) : Greensleeves, le choral Ein feste Burg ist unser Gott, n'importe quelle composition sur la succession d'accord du Canon de Pachelbel, etc. Finalement, ce ne sont pas forcément les musiques que je préfère, ce ne sont certainement pas celles que je trouve les plus parfaites, mais ce sont celles qui parlent le plus directement à mon système limbique.

Normalement je suis d'avis que le succès — dans tous les domaines mais surtout dans les domaines artistiques — est dû au hasard et à l'accumulation d'effets de bouche-à-oreille, guère au talent (un certain nombre d'études tendent à me donner raison). Mais parfois il faut admettre qu'il y a vraiment quelque chose : comme le roi Édouard VII l'avait prédit à Elgar en entendant l'air de la première marche Pomp and Circumstance, certains airs sont nés pour faire le tour du monde.

(vendredi)

Pendant ce temps…

Je suis un peu attristé de constater que je ne trouve plus guère le loisir d'écrire dans ce blog que le week-end. En fait, ce n'est pas seulement que je manque de temps : on peut très bien tenir un journal bien vivant en y consacrant peu de temps, pour peu qu'on soit prêt à écrire des entrées brèves — mais j'ai une certaine répugnance à ça, que je ne saurais pas bien expliquer, disons que j'éprouve le besoin d'élaborer ce que j'écris. Peut-être qu'au lieu de tenir un blog je devrais carrément écrire des essais : comme ça j'aurais l'assurance absolue que personne ne les lirait. ☺ L'ennui, en tout cas, c'est que les textes longs (et les essais à plus forte raison), c'est non seulement long à lire mais aussi à écrire (je tape vite, mais que la densité de bêtises que j'écris ne vous fasse pas penser que je réfléchis vite !). Quant aux fragments littéraires gratuits que j'aime écrire — que j'ai soif d'écrire — ils prennent encore plus de temps.

Je peux quand même raconter que j'ai reçu les microfiches de ma thèse : en effet, toutes les thèses françaises sont reproduites à l'Atelier National de Reproduction des Thèses de Grenoble (Université Pierre Mendès-France) ou Lille (Université Charles de Gaulle : on remarquera le choix judicieux des universités qui équilibre les tendances politiques — dans mon cas c'était Grenoble), sous forme de microfiches, pour être ensuite distribué dans un certain nombre de bibliothèques universitaires. Un format un peu obsolète, les microfiches, diront les moqueurs, mais qui résiste apparemment mieux au temps que les formats numériques (par ailleurs, le dépôt électronique sur thèses-en-ligne est aussi presque obligatoire maintenant). Réduction d'un facteur linéaire de 60 environ, ce qui permet de faire tenir 28×18=504 pages A4 sur une petite fiche A6 : du coup, mon mien mémoire ne prend même pas le cinquième de la fiche, c'est assez embarrassant quand on se dit que c'est là le résultat de quatre-cinq ans de travail ! (Certes, sur le disque dur c'est encore plus petit.) Enfin, voilà, j'en ai reçu cinq exemplaires, je me demande bien ce que je peux en faire.

J'ai aussi reçu[#] ce matin un stéthoscope électronique que j'avais commandé (j'ai un léger souffle au cœur que je veux entendre par moi-même, notamment parce qu'il semble qu'il varie un peu ; aussi parce que j'ai parfois l'impression d'avoir des anomalies dans le battement, et je veux pouvoir les enregistrer histoire de faire la part d'hypocondrie et de réalité. A priori il suffit de relier le stéthoscope (qui a une sortie jack) à mon Eee PC et d'enregistrer : naïve idée, cependant, car le diable est dans les détails, et entre les niveaux d'amplification à une demi-douzaine d'endroits et l'Eee PC qui marche carrément mal depuis que je l'ai passé sous Debian (du style le son qui ne marche plus après une mise en veille), l'affaire est loin d'être conclue. Mais le son du stéthoscope lui-même est vraiment excellent.

[#] Avec des droits de douane qui n'ont pour une fois atteint que 35% du prix de la marchandise. D'habitude j'en ai plutôt pour 150%. Ce qui est rigolo avec les frais de douane c'est que c'est complètement aléatoire et arbitraire.

(vendredi)

Le durion, la mer, la boussole d'or, la trigo et l'Eee PC

Hier soir à une petite soirée, un ami avait apporté — rapporté de Malaisie plus exactement — des bonbons au durion. Ce fruit à l'odeur très forte a l'air assez extraordinaire en ce qu'il y a des gens qui en sont fous alors que d'autres trouvent que ça sent les pieds, le vomi, le camembert cru à point avec des nuances d'ananas et d'ail (sic), ou encore des excréments de porc, de thérébenthine et d'oignons, le tout garni par une vieille chaussette (re-sic !). En faire des bonbons peut rappeler le sketch crunchy frog des Monty Pythons, mais apparemment les Malais aiment vraiment ça. Bon, mes amis étaient plutôt de l'avis des vieilles chaussettes — moi je n'ai pas eu le courage de goûter, mais une chose m'a vivement frappé, c'est que l'odeur des bonbons quand quelqu'un en mangeait était exactement le parfum très caractéristique d'un médicament (probablement un antibiotique) qu'on m'avait donné un jour quand j'étais petit. (Une odeur si particulière et si marquante que je m'en souviens plus de vingt ans après et pendant longtemps elle a été associée dans mon esprit au médicament « typique ».) Je trouve ça très mystérieux, parce que je ne peux pas imaginer qu'on ait voulu parfumer un médicament pour enfants au durion : c'était sans doute censé être un arôme de fraise (un autre ami qui avait le même souvenir que moi disait qu'il se rappelait que c'était un sirop ou bien une poudre rose vif). Pour un peu, je lancerais un appel à témoins !

J'ai de nouveau vu la mer, mardi, mais cette fois-ci c'était la Manche (à Calais, par ici).

Comme je n'ai pas trouvé mauvais le film qui en a été récemment tiré, j'ai entamé la lecture de la trilogie His Dark Materials de Philip Pullman qui, bien que destinée aux adolescents, a de quoi intéresser les adultes. « Localement » je trouve ça bien écrit et maîtrisé, mais j'ai tendance à penser (sans être encore arrivé jusqu'au bout pour juger vraiment) que l'auteur accumule vraiment trop de péripéties et de rebondissements dans tous les sens qui ajoutent au nœud de l'intrigue de façon artificielle.

Quelqu'un a corrigé tout récemment une erreur (de signe dans une formule) que j'avais introduite (bien évidemment involontairement !) dans la Wikipédia de langue française il y a trois ans. Si j'étais un de ces journalistes français qui se font un sport de taper sur Wikipédia à tout propos (surtout quand ils ne comprennent rien à ses principes), je me moquerais de cette encyclopédie qui met trois ans à vérifier une formule qu'on trouve dans n'importe quel précis de trigonométrie sphérique ; comme il se trouve, j'ai plutôt envie de me cacher sous le tapis.

J'ai passé mon Eee PC sous Debian parce que j'avais besoin de faire un peu plus de configuration que ce que la Xandros (pour laquelle je n'ai pas accès aux dépôts) me permettait — notamment recompiler mes propres noyaux (or la seule version que je puisse faire marcher du driver wifi a une API incompatible avec ce que certains programmes de la Xandros supposaient). Depuis, plein de petits détails me posent des problèmes (le Wifi décide parfois aléatoirement de ne plus fonctionner, et il n'aime vraiment pas les mises en veille, le touchpad se met parfois sans aucune raison visible à avoir une sensibilité extrêmement mal réglée, le gestionnaire réseau me redemande des clés que je lui ai déjà données, ce genre de choses) : je pense que j'arriverai à les résoudre à terme, mais ça prendra beaucoup de temps. Je déconseille donc fortement la manœuvre (peut-être que j'aurais dû préférer Ubuntu à Debian, en tout cas vraiment la Debian testing mérite son nom).

Pour ce qui est de mon idée de mettre Wikipédia sur une clé USB, j'ai résolu que la bonne façon de faire était de construire un SquashFS à partir des dumps statiques : en éliminant les pages de discussion, les pages utilisateur, etc., et en utilisant la compression LZMA (une des raisons pour lesquelles j'ai dû recompiler un noyau sur mon Eee), on descend ainsi à 6.1Go pour la Wikipédia de langue anglaise et 2.0Go pour celle de langue française… malheureusement un chouïa trop pour les mettre ensemble sur une clé de 8Go (qui ne font pas 8Go mais plutôt de l'ordre de 8 milliards d'octets soit 7.5Go), mais je pourrai mettre l'anglaise sur une clé et la française sur le disque.

(lundi)

Θάλασσα! Θάλασσα!

[La Méditerranée vue depuis les calanques]Aujourd'hui, j'ai revu la mer. Ici, précisément. Ça n'a rien de remarquable si ce n'est que (1) ça faisait, si je ne m'abuse, neuf ans jour pour jour que je n'avais pas vu la mer (sauf depuis un avion mais bon… disons alors que ça faisait neuf ans et quelques jours que je n'avais pas touché la mer) et que (2) la dernière fois était pile au même endroit (et à la même occasion : une conférence au CIRM). C'est même le souvenir de cet endroit précis qui m'avait inspiré ce texte.

Je peux même faire mieux qu'un simple lien vers Google local : si vous avec Google Earth, ce fichier KML devrait pouvoir se charger dedans (faire quelque chose comme open file — je ne l'ai pas sous la main pour vérifier) et montrer exactement la promenade que j'ai faite aujourd'hui (exceptés les derniers mètres, où j'ai rangé mon GPS dans ma poche pour des questions d'équilibre). On n'arrête pas le progrès.

(jeudi)

Thèmes oniriques

Je ne crois guère aux théories freudiennes sur les rêves, ou en tout cas à l'idée que ceux-ci véhiculent des messages refoulés sous forme cachée : le plus souvent, j'arrive à en déchiffrer une bonne partie (je m'étais déjà livré ici à l'exercice) et ce sont de simples associations d'idées un peu fumeuses. Il y a cependant certains thèmes qui, en revenant souvent, doivent nous renseigner sur des peurs ou des désirs dont nous n'avons pas toujours directement conscience ; cela n'implique pas nécessairement un codage compliqué : par exemple, j'ai souvent rêvé (cf. aussi ici) que je passais un examen, que le temps arrivait à la fin et que je n'avais encore rien écrit parce que j'avais perdu mon temps à recommencer sans cesse la même chose — c'est une angoisse assez transparente.

Pour ce qui me concerne, il y a quelques motifs que j'ai remarqués comme récurant fréquemment dans mon sommeil :

En revanche, je ne fais que rarement le rêve souvent décrit comme le plus fréquent de tous, celui de pouvoir voler (ça m'est bien arrivé une ou deux fois, mais beaucoup moins que les thèmes que j'ai cités ci-dessus).

Also, Herr Professor Freud, bin ich verrückt?

(vendredi)

Déménagement

Aujourd'hui j'ai fait mes cartons : j'ai rassemblé tous les livres et l'essentiel des papiers[#] qui s'étaient accumulés[#2] dans mon bureau au 45 rue d'Ulm et je les ai entassés dans cinq cartons (de petit volume mais très lourd poids). Lesquels seront transportés au 37–39 rue Dareau dans environ une semaine. J'ai un peu peur qu'ils soient abîmés pendant l'opération : il faut dire que j'y tiens beaucoup, à mes livres de maths. J'en ai profité pour trier un peu mes papiers (comme les je-ne-sais-combien de lettres d'universités qui me disent que ma candidature n'a pas été retenue pour le poste truc-chose, ou les arrêtés divers et variés que le ministère m'envoie avec amour[#3]).

Avec toutes les choses que j'ai eu à faire cette semaine, j'ai un petit peu fait connaissance de mes nouveaux collègues, mais je n'ai guère eu le temps de visiter l'école (je n'ai même pas encore mis les pieds en bibliothèque, par exemple). J'ai quand même découvert la cantine, qui est assez semblable à celle d'où je viens mais un peu moins chère (pour moi) et avec une plus jolie vue (sur la vallée de la Bièvre ☺). Ça reste un peu labyrinthique à mes yeux : je me demande combien de temps il faudra pour que je connaisse tous les recoins comme je connais ceux de l'ENS. Je n'ai pas encore cherché à savoir pour les heures d'accès. Et je n'ai pas encore vraiment vu à quoi ressemblaient les élèves (pour l'instant, ils sont en train de s'intégrer).


Aucun rapport : je suis tombé (via Boing Boing) sur cet essai très intéressant à lire (quoique brouillon) sur l'évolution de l'esthétique du Web. Que vous vous souveniez ou non (et avec nostalgie ?) des années '90, de leur choix douteux de polices et de couleurs, et du bienvenue sur ma home page avec fond étoilé et bouton en construction jaune et noir, ça vaut la peine de regarder ce truc. L'histoire de l'informatique ce n'est pas qu'une histoire des logiciels et des standards, c'est aussi une histoire des coutumes !


[#] Enfin, ceux qui ne sont pas partis à la poubelle, parce que j'ai fait un carton-poubelle à peu près aussi rempli que les autres.

[#2] C'est fou la quantité de choses qu'on peut accumuler en trois ans… bon, le papier ça ne me surprend pas trop, mais les livres, quand je pense qu'il a fallu les acheter ça me fait un peu peur d'en voir le nombre. (Ils n'ont pas été achetés en trois ans, cependant : ma phrase est peut-être mal formulée, ils ont été accumulés dans mon bureau en trois ans et achetés sur une douzaine d'années.)

[#3] Le suivi de ma situation d'agrégé est assez amusant : de 1998 (date à laquelle j'ai passé l'agreg) à 2000 (où j'ai quitté l'ENS) j'étais en report de nomination, de 2000 à 2003 (monitorat à Orsay) j'étais stagiaire en congé spécial, de 2003 à 2004 (ATER à Orsay) j'étais titulaire détaché à l'Université de Paris-Sud XI, de 2004 à 2007 j'étais affecté hors académie à l'ENS, et maintenant je suis de nouveau détaché, cette fois auprès du GET. Chacun de ces changements de situation m'a valu au moins un arrêté ministériel nominatif.

(lundi)

Prise de fonctions

Voilà, j'ai signé mon contrat, et j'ai pris possession de mon bureau : ce dernier n'est pas aussi grand que celui à l'ENS mais il est plus confortable. Je ne suis — au moins temporairement — pas sur le site principal rue Barrault, mais sur une annexe rue Dareau (à 800m de là à vol d'oiseau, soit quelque chose comme 1200m de chez moi). Le Club Contexte félicite d'ailleurs l'École d'avoir des locaux rue [baʀo] et d'autres rue [daʀo], ça aide vraiment bien à comprendre. 😕 Toujours est-il que de ma fenêtre je vois passer les trains du RER B, c'est rigolo. Ah, et il y a les plaisirs du geek à être dans une grande école de télécommunications : on a de l'IPv6 natif au bureau (2001:660:330f::/48) et un serveur NTP de strate 1. ☺

Plus sérieusement, dans l'immédiat je n'ai guère de charge d'enseignement donc je vais pouvoir me concentrer sur ma recherche, et avant tout sur le fait de bien comprendre l'état de l'art en ce qui concerne les applications de la géométrie algébrique à la crypto.

PS : Mon nom apparaît déjà dans la page Web du département. Pas mal.

(dimanche)

David fatigué

J'ai fini hier soir de faire passer les TIPE : j'en aurai vu 81 (chacun durant 40–45 minutes) répartis sur neuf jours d'interrogation entre le 2007-06-30 et le 2007-07-14 (oui, on fait passer des oraux le 14 juillet). Je ne ferai évidemment pas ici de commentaire sur le fond (j'essaierai d'écrire dans le rapport du jury pour l'épreuve toutes mes observations générales, notamment sur les défauts communs que j'ai constatés) ; mais du point de vue de l'examinateur, le fait que les candidats soient interrogés sur le sujet de leur choix rend cette épreuve à la fois très difficile et très enrichissante. Nul ne pouvant être spécialiste de tout, même à deux dans le sous-jury il y avait parfois beaucoup de travail pour nous afin d'être parfaitement au point ; et j'ai apprécié d'avoir pris mon portable dans la salle d'examen pour pouvoir non seulement taper mes observations en direct mais aussi avoir ainsi virtuellement accès à une plus grande bibliothèque mathématique ou scientifique que je n'aurais pu transporter sous forme de papier. Et c'est assurément aussi très fatigant (j'admire, du coup, le courage de l'examinateur de l'oral de maths spécifique Ulm, qui a vu 120 candidats chacun pendant une heure) : je ne suis pas fâché d'en avoir fini.

Il me reste maintenant à m'occuper de quantité de choses que j'ai laissées de côté, faute de temps, pendant ces deux semaines. J'ai un nombre faramineux de mails à traiter (auxquels je ne pourrai pas tous répondre), un article à référer qui va être un gros travail, beaucoup de questions mathématiques à étudier[#]… Et toujours de la paperasse. Je vais quand même prendre le temps de me reposer, parce que mes nerfs en ont vraiment besoin. Hier soir j'ai regardé les feux d'artifices depuis les toits du département de biologie de l'École. Je regrette d'ailleurs que la cour d'honneur (dite cour aux Ernests) de l'ENS ne soit pas encore revenue à son état normal (il faudra, apparemment, attendre la rentrée : mais moi je ne serai plus là), parce que j'avais beaucoup aimé, l'an dernier, d'y passer du temps à profiter du soleil, lire, et bavarder avec des amis.

Sinon, c'est demain matin que mon copain rentre enfin du Canada.

Question technique, enfin : je suis encore en train de m'apprêter à migrer ce site vers une « Dédibox », mais pour l'instant je suis bloqué par le fait que ce nouvel hébergeur potentiel n'aime pas le nom de domaine xn--kwg.net (j'ai signalé le bug, on verra s'il sera corrigé — mais il faut admettre que ce genre d'ânerie incite très peu à la confiance).

[#] Pour le boulot ou pour le plaisir. À ce sujet, nous avons eu mercredi à l'École un séminaire par John McKay (célèbre pour avoir remarqué que 196884 = 1 + 196883 ☺) sur le monstrueux clair de lune (Monstrous Moonshine) : faites-moi penser à en dire un mot, parce que j'ai trouvé ça très intéressant (même si parfois ça ressemblait plus à de la magie noire qu'à des mathématiques).

(mardi)

Une page se tourne

Maintenant c'est officiel :

Monsieur et Cher Collègue,

Suite à votre audition le 26 juin 2007 par la Commission de recrutement pour un emploi d'enseignant-chercheur à l'ENST en « Cryptographie », j'ai le plaisir de vous faire savoir que vous avez été classé premier.

Vous voudrez bien prendre contact avec […] afin de mettre en œuvre votre recrutement.

En vous félicitant pour ce succès, je vous prie de croire, Monsieur et Cher Collègue, en l'expression de mes salutations les meilleures.

Je quitte donc l'ENS l'an prochain pour devenir maître de conférences à l'ENST (je gagne une lettre de plus, quoi, et je me rapproche un peu de chez moi).

Avec un double défi : celui de faire de la recherche qui soit intéressante et de haut niveau à la fois mathématiquement et informatiquement. Informatiquement parce qu'on m'a recruté pour faire de la crypto et que je compte bien honorer ce devoir. Et mathématiquement parce qu'être mathématicien est mon rêve d'enfant et que je ne le lâcherai pas.

Mais on ne quitte pas sans une larme à l'œil un endroit qu'on a fréquenté assidûment pendant onze ans. Madame notre Directrice organisait justement aujourd'hui un pot pour le départ de ceux qui s'en vont (principalement des élèves, bien sûr, ceux de la promotion 2003, et j'en connais aussi beaucoup de cette année-là, qui commencent une thèse ou deviennent enseignants du secondaire), l'occasion de nous dire que nous serions toujours les bienvenus. Ça tombe bien, j'ai un copain dans cette École et il y a une bibliothèque de maths extrêmement bien fournie donc j'y serai sans doute encore souvent.


Comme une bonne nouvelle ne vient pas seule, j'apprends que le Bulletin de la Société Mathématique de France engage enfin la publication d'un article que j'y avais soumis en août 2004, et qui avait été accepté en janvier 2005. Les mathématiques ne sont pas trop pressées, mais trois ans c'est tout de même exceptionnellement long : la raison en est apparemment des difficultés techniques liées à une réorganisation de la chaîne de production du journal. J'espère tout de même que la revue sera datée de 2006, parce que sinon on risque de dire que le résultat de Madore (2007) a été ultérieurement généralisé par Hassett et Tschinkel (2006), ce qui me rend quand même un peu ridicule dans l'affaire.


Sinon, cela n'a pas de rapport, mais je viens de tomber sur une jolie suite d'entiers assez naturelle qui ne figurait pas encore dans l'encyclopédie des suites d'entiers de Sloane : j'ai donc proposé son ajout. J'espère qu'elle sera acceptée, parce que c'est quelque chose dont je suis assez fier que d'avoir fait rajouter quelques suites dans cette fabuleuse mine de numérologie scientifique (en l'occurrence, A033623, A046873, A051917 et A100002[#]).

Je propose donc cette nouvelle suite comme une énigme mathématique du jour (mais je serais vraiment très impressionné si quelqu'un la résolvait avant que la suite passe dans le Sloane) :

1, 1, 2, 10, 64, 596, 8056, 130432, 2534960, 59822884, 1718480368, 56754444440

Deux indications, tout de même, pour que ce ne soit pas complètement infaisable : premièrement, ça a un rapport avec les tableaux de Young (ou avec les représentations du groupe symétrique 𝔖n sur n objets), deuxièmement on peut considérer que c'est la continuation logique de A000041, A000085 et A000142.

Pour savoir la réponse, il suffira d'attendre que la suite soit ajoutée à l'encyclopédie…

[#] La A100002, d'ailleurs, malgré sa très grande simplicité (son mode de construction est tout à fait explicable à un enfant), a eu l'honneur d'attirer un peu sérieusement l'attention de Neil Sloane lui-même : je suppose que c'est pour ça qu'elle a eu droit à un numéro aussi spécial. Et par ailleurs elle produit une musique vraiment très intéressante.

(dimanche)

Déjà un an de bonheur

[Deux peluches]Ça fait aujourd'hui un an que nous sommes ensemble, et même si je regrette que quatre de ces douze mois aient été passés à longue distance (mais le compteur a dépassé les 80%, youpi !), je continue à voir des petits cœurs et des petites étoiles partout. Mais comme il paraît que je suis ennuyeux à trop dire que je suis amoureux, je vais éviter de trop me répéter.

Quelle chance j'ai, cependant, d'avoir grandi à une époque, dans un pays et dans un milieu tels que je n'ai pas une seule fois eu à souffir de l'homophobie ! Certes Paris n'est pas encore tout à fait au niveau de Toronto[#] ; mais si je ne fais normalement pas de bisous à mon copain dans la rue c'est plus par pudeur générale que spécialement parce que nous sommes deux garçons. Certes, j'ai attendu l'âge de 22 ans[#2] avant de dire que j'étais homo ; mais quand je l'ai fait je n'ai recueilli que des réactions positives (au sens large, tout de même 😉). Tellement de chance, en fait, que j'ai tendance à prendre ça pour acquis, alors que ce ne l'est pas forcément pour tout le monde : même à l'ENS, où la tolérance et la visibilité homosexuelle sont, disons, visibles[#3], il y en a toujours qui ont beaucoup de difficulté à s'assumer. (Et si j'ai des exemples en tête, c'est aussi parce que j'ai parfois pu faire un peu pour aider dans ce sens certaines des personnes concernées.)

[#] Les paris sont ouverts pour savoir en quelle année (≥2012, manifestement) les mariages des couples de même sexe seront reconnus en France… Je ne suis pas spécialement un militant de cette cause, mais je suis persuadé qu'elle finira par s'imposer comme une évidence : la question est, combien de temps on peut refuser de voir l'évidence.

[#2] Soit quelque chose comme 8–9 ans « dans le placard » : mais maintenant j'en ai passé à peu près autant « en-dehors ».

[#3] Grâces soient rendues au très sérieux club Chaises longues et Journalisme d'investigation (et à son fondateur, le mystérieux M), le mensuel Têtu est maintenant déposé régulièrement dans la K-fêt des élèves, ainsi que d'autres monuments au prix Pulitzer : Gala, L'Équipe, Jeune & Jolie et l'incontournable Journal de Mickey. Car à Normale Sup` nous sommes tolérants de tous les modes de vie et toutes les sexualités… et nous apprécions l'humour glacé et sophistiqué du 5824e degré.

(vendredi)

J'ai été fragmentifié

L'autre jour je suis tombé (dans la librairie Les Mots à la bouche, mais peu importe) sur le Manuscrit trouvé à Saragosse de Jean Potocki, dans la collection L'Imaginaire de Gallimard (le roman étant vendu avec le DVD d'une adaptation cinématographique). Un livre dont je pensais depuis longtemps que je devais le lire — c'est un grand classique de la littérature fantastique, après tout, à la fois récit initiatique et roman picaresque, avec une structure qui n'est pas sans rappeler les Mille et une nuits (notamment par la manière d'imbriquer des récits les uns dans les autres : les personnages n'arrêtent pas de rencontrer d'autres personnages qui leur racontent leur histoire dans laquelle, à leur tour, ils rencontrent d'autres personnages, etc.), et il se trouve que j'ai beaucoup aimé les différentes traductions que j'ai lues des Mille et une nuits.

Bref, j'ai acheté ça, j'ai sauté la préface (personne ne lit jamais les préfaces, pas vrai ? elles servent uniquement à faire croire que le livre est plus gros qu'il ne l'est vraiment, donc à impressionner plus les gens quand on dit qu'on l'a lu) et j'ai attaqué directement l'histoire — qui est organisée sous forme de journées (donc décidément il y a de l'inspiration des Mille et une nuits). Il y est question de brigands, de revenants et de cabalistes, et j'ai vite été captivé ; en fait, l'histoire-cadre (je veux dire, celle dans laquelle les autres s'imbriquent) fait apparaître un certain mystère dont on a hâte de savoir la clé : le héros est-il le jeu d'une machination ? est-il maudit ? possédé ? le met-on à l'épreuve ? et si oui, que doit-il faire ? Je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler, mais, décidément, je voulais savoir le fin mot de l'intrigue.

Et voilà que ça se termine en queue de poisson.

Mécontent, je commence à faire un peu plus attention aux notes de l'éditeur et à essayer de lire la préface — je dis essayer parce qu'elle semble avoir été écrite de façon à être incompréhensible par quiconque n'est pas déjà parfaitement au courant des péripéties qu'a traversé le véritable manuscrit du Manuscrit trouvé à Saragosse (qui n'a pas été trouvé à Saragosse). Sans doute parce que personne ne lit les préfaces (ou alors pour savoir que Potocki s'est suicidé avec le couvercle de sa théière).

Voici ce que j'ai fini par comprendre : le roman a été écrit en français mais, du vivant de Potocki, n'en a été publié (aux alentours de 1810 sous le nom des Dix Journées de la vie d'Alphonse van Worden) que le début ; à part cette édition publiée, on ne dispose que de quelques fragments épars, plus une mauvaise traduction polonaise (réalisée de façon posthume, en 1847, à partir d'un original maintenant disparu). Et le volume que j'ai acheté ne donne que le texte dont on dispose en français : donc si je veux lire la suite, il faudra acheter une (re)traduction de la version polonaise (Rękopis znaleziony w Saragossie) — heureusement, cela existe.

Pour résumer : j'ai été pris au piège que j'aime moi-même tendre à mes lecteurs.

Pour me venger, je pense que les deux prochains fragments que je publierai seront les deux premiers chapitres d'un roman que j'ai commencé et jamais continué.

[Ajout () : J'ai fini par avoir le fin mot de l'histoire en lisant l'intégralité du Manuscrit.]

(samedi)

Rêves

Hier soir j'ai rêvé que je revenais dans le passé — ou dans un simili-passé — vaguement moyenâgeux, avec un groupe de scientifiques et d'ingénieurs. Et notre « but » (s'agissait-il d'une émission de télé-réalité ?) était de reconstituer autant que possible la technologie moderne à partir des moyens du bord (c'est-à-dire une petite communauté disposant des outils et connaissances de l'époque). Le rêve était bizarre comme souvent les rêves le sont, et partait rapidement dans des directions scientifiquement pas très correctes (je me rappelle notamment que nous faisions l'électrolyse d'un gros bac d'eau salée pour générer du courant). Mais c'est une question intéressante : en partant de rien ou presque comme moyens mais de toutes les connaissances théoriques et pratiques possibles, combien de personnes et combien de temps faut-il pour atteindre tel ou tel but concret ? (Je pourrais proposer un ordinateur, mais ce serait un peu méchant, quand même.)

Je suppose qu'un des éléments qui ont pu me faire avoir ce rêve est que j'ai réfléchi (et parlé à plusieurs personnes) des connaissances scientifiques que j'aimerais que le citoyen moyen comprenne, et qui, malheureusement, semblent lui échapper totalement. (À titre d'exemple, on pourrait espérer que les gens comprennent un tout petit peu ce qu'est que l'énergie : par exemple, j'ai trouvé plusieurs personnes qui avaient du mal à comprendre que, l'hiver, quand on se chauffe au chauffage électrique thermostaté, ce n'est presque pas un gâchis d'énergie de laisser toutes les lumières allumées. Ou la conservation du carbone : il y a des gens qui s'imaginent que les plantes font magiquement disparaitre le CO2 de l'atmosphère, et ne comprennent pas que cette disparition correspond précisément à l'augmentation de la biomasse, donc qu'une forêt n'absorbe du CO2 que dans la mesure où elle augmente. J'ai tout plein de petits exemples aussi idiots que ces deux-là.)

Plus loin dans le même rêve, je parlais d'Unicode : c'était totalement incongru, parce que dans un rêve où il était question de rois et de dragons (et aussi d'une incompréhensible histoire de moulins à eau qui allaient s'effondrer) je me mets à donner une explication très précise de l'utilisation des combinants et des formes canoniques de décomposition dans Unicode. Explication non seulement très précise mais aussi parfaitement correcte pour autant que je me rappelle. Et ça finissait dans un jardin où poussaient des caractères combinants. C'est mignon, les rêves.

Aucun rapport, mais ce soir, avec des amis, nous avons regardé quelques épisodes d'une série documentaire scientifique surprenante, The Future Is Wild, qui spécule sur ce que pourrait être l'avenir des espèces animales (et végétales) sur Terre après la disparition de l'Homme (dans 5, 100 et 200 millions d'années, et en tenant compte de changements climatiques et géologiques plausibles), montrant en images de synthèse tout un tas d'espèces imaginées. Il y a l'air d'avoir des trouvailles assez géniales là-dedans.

(mercredi)

Célébrité de la semaine

Ciel ! Mon voisin de bureau (pour quelques jours) est Pierre Deligne ! je ne vais vraiment pas oser lui parler.

(mercredi)

Auditions, suite

Suite de mes résultats : je n'ai pas été classé à Strasbourg ; à Rennes, je suis 2e mais, de nouveau, les chances que celui qui est devant moi aille ailleurs sont très faibles. Je suis encore auditionné mardi après-midi (le 22) à Télécom Paris [cet endroit n'est pas répertorié sur le site Opération Postes, sans doute parce que son ministère de tutelle est le ministère de l'Industrie] et mercredi matin (le 23) à Bordeaux ; sinon, je ne sais pas encore si Paris VIII m'auditionne.

(samedi)

Photos du touriste

Voilà, j'ai fait en quatre jours plus de tourisme que je ne fais normalement en une année (et je pourrais presque en dire autant sur la lecture vu que j'ai passé mes seize heures de train à bouquiner, ce qui m'a permis de lire deux romans[#]).

Mes photos sont en ligne ici. Enfin, c'est surtout Strasbourg qu'on y verra, puisque mes passages à Rennes et Lyon ont été en coup de vent, alors que pour Strasbourg, vue la durée du trajet[#2], j'ai passé la nuit là-bas ; mais il y a aussi que j'ai déjà un peu visité Rennes et Lyon alors que c'était la première fois de ma vie (je crois) que je mettais les pieds à Strasbourg. Laquelle me fait une très bonne impression, d'ailleurs : moderne et pittoresque à la fois, et faisant une belle part aux piétons et vélos ; j'ai aussi une bonne impression de Rennes et Lyon, du reste.

Un résultat est déjà tombé, celui de l'ENS Lyon (de mon audition de jeudi, donc), où je suis classé 2e — je l'ai appris cinq minutes avant mon audition de ce matin à Strasbourg, d'ailleurs, par quelqu'un qui en a parlé tout haut dans un couloir. J'en suis très agréablement surpris[#3], même s'il y a peu de chances que celle qui est devant moi[#4] préfère aller ailleurs.

[#] L'Immeuble Yacoubian [عمارة يعقوبيان, mais je ne lis pas l'arabe] d'Alaa El Aswany [علاء الأسوانى] d'une part, et d'autre part Specimen Days de Michael Cunningham. Je les avais offerts à ma mère pour Noël, faut bien que j'en profite un peu aussi. ☺ Et comme elle j'ai pensé du bien du premier et j'ai été très déçu par le second, surtout en comparaison de The Hours (du même auteur).

[#2] Le TGV Est va représenter un énorme changement. Pas seulement dans le temps de trajet, d'ailleurs : les trains Corail que j'ai pris en allant à et en revenant de Strasbourg avaient 30 et 10 minutes de retard respectivement, alors que les TGV m'ont l'air globalement bien à l'heure ; et pour ce qui est de l'aménagement intérieur aussi : dans mon train au retour de Strasbourg, qui était à moitié Deutsche Bahn puisque venant de Munich, quand je suis passé de la moitié Corail à la moitié DB pour me dégourdir les jambes, j'ai eu l'impression d'être passé de la 4e à la 1re classe…

[#3] En fait, je pensais n'avoir aucune chance à Lyon, j'y allais plus pour l'entraînement et parce qu'il est intéressant d'expliquer ce qu'on fait à des gens qui viennent d'autres branches des maths. Ils posent d'ailleurs des questions qui montrent qu'ils écoutent attentivement et s'intéressent vraiment à ce qu'on raconte.

[#4] Que je connais bien. D'ailleurs, je dînais avec elle hier soir… Je suis nul, hein : je dîne avec mes concurrents et je ne mets même pas de poison dans leur verre ! ☺

(samedi)

Voyage, voyage…

Mes billets de train pour me rendre à mes auditions sont achetés : 333€ tout rond (hum, ce que c'est de ne pas avoir de réduction 12–25 ou autre gadget de ce genre) en trois parts à peu près égales, qui me permettront donc de comparer, pendant ces seize et quelques heures de trajet, le réseau TGV Atlantique au départ de la gare Montparnasse (mercredi), le réseau TGV Sud-Est au départ de la gare de Lyon (jeudi) et le réseau TGVCorail Est au départ de la gare de l'Est (vendredi–samedi).

(jeudi)

Auditions à venir

J'ai de la chance : non seulement il n'y a pas de conflit (ils essaient de les éviter, bien sûr, mais ce n'est pas toujours possible), ni de conflit avec mon TD du vendredi matin, mais en plus les deux premiers sont à des moments franchement commodes. Strasbourg est un peu plus ennuyeux (je vais devoir y passer la nuit de vendredi à samedi) mais c'est loin d'être ingérable.

(mardi)

Joyeux blogoversaire à moi !

Well, if there's a bright centre to the Internet, you're on the blog that it's farthest from.

[De nouveau, je n'ai pas besoin de dire d'où sort la citation ; hélas, je ne suis même pas la premier à avoir l'idée de l'appliquer à ce contexte : c'est le problème d'être arrivé trop tard dans un monde trop vieux.]

Hop, une pensée émue pour le jour où j'ai commencé ce blog, il y a quatre ans. Taratata, je peux me proclamer un des pionniers[#] de la blogosphère francophone (oui, souvenez-vous, en 2003 la petite sœur de tout le monde n'avait pas déjà un skyblog, puisque les skyblogs n'existaient pas). J'aimerais en faire un résumé par phases, mais il faut bien admettre que ce n'est pas facile, tout ça manque quand même de cohérence. Quand je relis des entrées passées, je me souviens les avoir écrites, mais l'ordre me paraît souvent bizarre (tiens, cette entrée, ça fait déjà trois ans que je l'ai écrite ? je croyais que c'était il y a trois semaines ! ah, et celle-là j'aurais dit que c'était super vieux, elle date de seulement deux mois… — ça n'a rien de spécifique à ce blog, bien sûr, c'est toujours le cas quand je repense à des choses passées, la séquence des événements est toute chamboulée par mon souvenir). Peut-être que quand je serai vieux et célèbre[#2], mes exégètes nombreux et bardés de diplômes définiront ma période bleue et ma période rose, et quand mon blog sera publié en Pléiade avec des notes un des commentaires sur celle-ci expliquera ce que je ne sais pas vous expliquer maintenant, mais en attendant je vais me coucher.

[#] Ah, pour être pionnier dans quelque chose, il faut que quelqu'un vous ait vu et vous ait imité ? Zut. Ben tant pis, alors.

[#2] Quoi, je ne suis pas crédible ? Quoi, la page parlant de moi a été retirée de la Wikipédia francophone ? Mais euh, d'abord.

(dimanche)

Peur, incertitude, doute

J'ai complètement craqué vendredi soir : pour aucune raison de plus qu'un malentendu idiot, j'ai paniqué de ne pas avoir de nouvelles de mon copain parti pour le week-end à New York. Il est vrai que je suis assez fragilisé nerveusement en ce moment, mais c'est certainement la plus grosse crise de nerfs que j'aie jamais piquée… Donc je comprends maintenant clairement le sens des vers[#] :

Un songe, un rien, tout lui fait peur
Quand il s'agit de ce qu'il aime.

Bon, excusez-moi si je suis pénible avec mes trucs d'amoureux transi, c'est encore tout nouveau pour moi — à trente ans, ce n'est pas trop tôt — alors je fais ma bluette d'adolescent attardé, et bientôt si vous êtes sages je m'enregistrerai chantant, d'une voix de midinette,

La solitudine fra noi
Questo silenzio dentro me
E l'inquietudine di vivere
La vita senza te

Ti prego aspettami perché
Non posso stare senza te
Non è possibile dividere
La storia di noi due

(Les stagiaires de Google rigolent !)

✯ Bon, je digresse, parce que ce n'est pas du tout de vie sentimentale que je voulais parler quand j'ai intitulé cette entrée : peur, incertitude, doute. Mais bien d'avenir scientifique.

Je ne parle pas uniquement du mien. Il se trouve que par ma profession et ma position à la fois je suis un observateur (tristement) privilégié du spleen des jeunes mathématiciens, voire jeunes scientifiques en général, français : je parle de jeunes qui auraient dû être promis à une brillante carrière au service de la Science avec un grand ‘S’ et qui abandonnent avant même de l'entamer parce que l'horizon est si sombre qu'ils ne se sentent pas le courage d'entamer une bataille tellement désespérée. Vraiment, les mathématiques françaises, en tout cas les mathématiques pures, et peut-être en fait toutes les sciences qui ne sont pas directement applicables, sont en train de mourir, privées de leurs forces vives, par faute de postes. (J'insiste sur les postes, car ce n'est pas tellement d'argent qu'on manque : comme il est toujours plus facile de débloquer de l'argent que des postes, c'est ce qu'on fait de temps en temps, et cet argent sert entre autres à créer des emplois précaires qui ne font que prolonger la galère des jeunes chercheurs.)

Il est tentant de penser que si on donne n postes et qu'on met un jury de spécialistes pour déterminer à qui ils vont aller, on récupérera les n meilleurs à la sortie : c'est faux pour plein de raisons (la première étant que meilleurs n'a pas de sens et que, quand bien même il en a, il ne peut se déterminer qu'avec énormément de recul, et que le jury est humain donc faillible), et ce n'est même pas forcément souhaitable (au risque de choquer, le but des mathématiques n'est pas uniquement de produire des théorèmes, par exemple, je l'ai déjà dit), mais, surtout, si n est trop petit, une bonne partie des meilleurs va de toute façon abandonner avant même d'arriver à l'étape où ils seraient confrontés à la sélection. C'est ce que j'observe. Peur, incertitude, doute. Et ça me fait mal au cœur de voir ça.

Il est certainement difficile de défendre l'utilité du métier de mathématicien (pourquoi chercher le secret des étoiles ?), mais quand je vois des gens me dire qu'ils vont devenir (ou sont devenus) traders, ou des métiers de ce genre (se vendre au Grand Capital personnifié par la banque est assez commun dans le cas présent), qu'ils gagnent largement plus dès leur embauche qu'un chercheur en fin de carrière et qu'ils considèrent ça comme un échec et qu'ils ne voient pas en quoi ils sont plus utiles dans ce métier-là que dans celui qu'ils auraient voulu, eh bien je trouve qu'il y a quelque chose qui cloche.

[#] Ce qui est bien avec Internet, c'est qu'on n'a plus besoin de préciser les auteurs des citations, ceux qui ne trouvent pas peuvent toujours demander au Grand Oracle Omniscient Gardien du Livre de l'Entendement. Un ami avait même trouvé une expression pour traduire ça : les stagiaires de Google rigolent (l'idée sous-jacente étant d'imaginer que Google emploie des stagiaires pour regarder toutes les requêtes qui passent et dès que quelqu'un fait une référence qu'il n'explique pas, ces stagiaires la voient passer et s'en amusent).

(jeudi)

CNRS → pas la peine d'insister

Ça n'a rien d'une surprise, mais les résultats (encore officieux) du CNRS sont tombés tout à l'heure, et je ne suis pas admissible (ni classé). Bon, je commence à avoir l'habitude, et par ailleurs quand on voit qui d'autre ils n'ont pas pris, on ne peut pas dire que ce soit déshonorant. Mais j'aurais quand même mieux fait de ne pas écouter les gens qui m'ont soufflé que j'avais peut-être une chance, et éviter de perdre mon temps à candidater (ne serait-ce que pour rester un peu plus longtemps à Toronto…).

(mercredi)

44.6%

Non, 44.6%, ce n'est pas le score de Ségolène Royal au second tour : [Compte à rebours]c'est l'avancement du temps avant le retour de mon copain. Ce n'est pas un nombre spécialement remarquable, 44.6, mais je commence vraiment à trouver le temps carrément long (oui, je l'ai vu il y a à peine plus d'une semaine, mais malgré — ou peut-être à cause de ça — il me manque déjà énormément), alors le fait de n'avoir même pas atteint 50 sur le retour-o-mètre est un peu dur, là.

[Canards en plastique]C'est fascinant comme le fait d'être en couple me semble complètement naturel. Il n'y a même pas un an j'ai pu me croire plutôt solitaire, trop jaloux de ma liberté, ou simplement pas fait pour les relations stables : je ne sais pas si je dois dire que je m'étais trompé dans ma perception de moi-même ou si j'ai changé, mais me voilà devenu ce que certains appellent un Putain de Romantique de Merde. (J'ai pourtant l'impression que la transformation dans l'autre sens est plus commune.) Et je suis loin de m'en plaindre : si j'en suis actuellement à compter les heures et à m'inquiéter à tout propos de savoir si mon poussinet[#] va bien (mon tempérament anxieux, lui, il n'est pas près de changer), c'est toujours beaucoup mieux que de déprimer épisodiquement comme je faisais avant. Je suis extraordinairement plus heureux que par le passé (et j'aimerais proposer ce bonheur en signe d'espoir à ceux qui pensent tristement que leur soif d'affection n'aura pas de fin, comme j'ai pu le croire et en souffrir) ; néanmoins, le manque n'en est pas moins réel, presque comme le manque d'une partie de moi-même, surtout la nuit dans le lit.

Encore deux mois et demi à tenir, pfff…

(Ils sont tout meugnons, hein, mes mini canards de bain ?)

[#] Non, ce n'est pas comme ça que je l'appelle. Mais les mots doux que nous nous échangeons, je préfère les garder pour nous, justement.

(mardi)

Photos de Toronto

J'ai fait[#] une petite sélection de photos de mon voyage à Toronto (215 photos et 8 petits films, pour être précis).

Il y a aussi une galerie un peu plus complète (i.e., comportant une trentaine de photos et une demie-douzaine de petits films que je n'ai pas voulu rendre publics) : ceux qui me connaissent personnellement et que ça intéresse, n'hésitez pas à m'en demander l'adresse.

[#] Après m'être pas mal battu pour réussir à avoir un affichage correct de la date des photos (c'est-à-dire heure locale + fuseau horaire).

(lundi)

Audition CNRS

J'ai passé mon audition CNRS ce matin, qui s'est bien passé (en cinq minutes, j'ai réussi à énoncer un résultat que j'ai démontré assez récemment), ce qui ne veut rien dire puisque c'est un exercice purement formel. Enfin, si, ça veut dire que je n'ai pas dormi de la nuit et que du coup je suis hors d'état de faire quoi que ce soit d'utile aujourd'hui.

Les sous-jurys ont des noms rigolos : celui devant lequel je suis passé s'appelait mathématiques déterministes et aléatoires, et il y en avit d'autres avec pour noms mathématiques pures et appliquées et mathématiques discrètes et continues (et sans doute encore d'autres). Apparemment le truc est qu'ils sont obligés de donner un nom qui ne soit pas un simple numéro, mais ils ne veulent exclure aucun domaine des mathématiques dans aucun titre, alors ils utilisent toutes sortes de divisions en deux antonymes (il y avait peut-être aussi mathématiques finies et infinies, mathématiques des petites et grandes dimensions, etc.).

(samedi)

Quelques râleries et quelques idées

Tout à fait en vrac :

☛ J'aimerais bien qu'on m'explique pourquoi quand on va dans un minable MacDo on a droit au Wifi gratuit illimité (pour le prix d'un quelconque MacChose, donc autour de 2€) alors que dans un aéroport, auquel on a payé quand même significativement plus qu'un Big Mac, non. Quelqu'un peut m'expliquer ça ? Je suis le seul à trouver que c'est puant de mesquinerie de la part des aéroports ? (J'aurais pu penser que c'était une radinerie française, mais, non, à Montréal et Toronto c'est pareil.) Remarquez que tous les gens passant à proximité du MacDo peuvent profiter du Wifi de celui-ci, alors que pour l'aéroport il est quand même plus rare de passer par là par hasard (celui qui veut faire le voyage jusque loin à l'extérieur de la ville juste pour le Wifi, quelque part, il mérite qu'on le lui donne). Ce n'est pas de payer qui me gêne (je veux dire, s'il fallait augmenter epsilonesquement la taxe d'aéroport pour avoir le Wifi gratuit partout, je trouverais ça normal), mais payer à la minute et devoir donner un numéro de carte bancaire, c'est vraiment plus que pénible.

☛ Au chapitre des prix des communications : de Montréal j'ai voulu appeler mon copain — qui a un téléphone mobile à Toronto — pour lui dire que j'étais bien arrivé. Je mets un quarter (25¢) dans une cabine téléphonique publique, je compose le numéro, et elle me dit que je devrai rajouter… 3.65$ pour une communication de 1 minute. Allô ‽‽‽ 3.80$ pour une minute ‽ Je paie largement moins cher pour l'appeler de France ! Personne n'a été capable de m'expliquer ce tarif délirant. (Je crois que les tarifs des communications sont en train de suivre le même chemin que ceux des vols d'avion, c'est-à-dire le chemin de l'incompréhensibilité la plus totale.)

☛ Mon appareil photo numérique a une notion de fuseau horaire : quand je suis parti il m'a suffi de lui dire que j'allais à Toronto (et que c'était l'heure d'été là-bas aussi — il est normal qu'il ne sache pas les règles pour ça vu qu'elles changent tout le temps) et il était à la bonne heure. C'est une très bonne chose. Hélas, il ne semble pas enregistrer cette information dans les photos qu'on prend ! (Par exemple, dans les données Exif, il y a une heure indiquée, mais les imbéciles qui ont écrit cette norme n'ont pas jugé bon de prévoir de mention de fuseau horaire, ni même, d'ailleurs, de préciser clairement si le temps indiqué doit être le temps universel ou l'heure locale.) Or moi j'ai envie que mes photos soient toujours triées chronologiquement (ce qui implique de leur associer le temps universel de prise, puisque j'ai pu prendre des photos dans l'avion avant et après avoir changé le fuseau donc l'heure locale fera un saut brutal en arrière), mais que l'heure montrée par un logiciel quelconque d'affichage soit l'heure locale (+ indication explicite du fuseau, d'ailleurs) parce que si une photo a été prise à 22:00−0400 à Toronto j'ai envie de voir affiché 22:00−0400 et certainement pas 04:00+0200 sous prétexte que je la regarde en France. Combien de temps faudra-t-il avant que les gens comprennent qu'une indication de temps doit toujours[#] comprendre une heure et un fuseau horaire ?

D'ailleurs, je m'étonne que les appareils photos ne soient pas plus couramment équippés d'un récepteur GPS pour pouvoir plus facilement enregistrer le temps universel (au moins Exif prévoit-il un champ GPSTimeStamp pour l'heure GPS !), et évidemment la position des photos ⇒ on pourrait les localiser automatiquement sur des sites comme Panoramio et naviguer dans ses propres photos par espace aussi bien que par temps.

[#] Bon, en fait, il faut prévoir plusieurs cas : soit on a une heure locale et une indication de fuseau (ou, de façon équivalente, un temps universel et une indication de fuseau), soit on a un temps universel mais pas de fuseau naturellement associé (par exemple, pour un phénomène astronomique), soit dans de rares cas on a uniquement l'heure locale sans connaître le fuseau ou sans que le fuseau ait vraiment de sens. Le dernier cas pose évidemment problème pour trier par ordre chronologique, le mieux étant sans doute de considérer artificiellement pour les besoins du tri que c'est dans le fuseau local courant.


Un peu d'élection présidentielle française, maintenant :

☛ Mes pronostics de victoire soufflés par mon pipotron intégré (je ne parle pas de souhaits, hein, uniquement de pronostics) : je 69% de chances à Nicolas Sarkozy, 22% à Ségolène Royal, 9% à François Bayrou. Largement moins de 1% à n'importe quel autre candidat. Ce n'est pas trop loin de la cote que donnent les bookmakers anglais (et ils sont normalement un bien meilleur indicateur que n'importe quel sondage : surprenant que les journalistes français ne s'en soient pas encore rendu compte). Je maintiens ma prévision de cohabitation possible même si j'en diminue la probabilité vu que le PS fait apparemment tout ce qu'il peut pour s'assurer de perdre les législatives s'il perd la présidentielle (et à force d'essayer très fort, il va finir par y arriver, c'est sûr : leur intérêt naturel était de minimiser l'importance de la présidentielle et de répéter le mot législatives aux électeurs, et il a fait exactement le contraire).

☛ On ne dira jamais assez les aberrations causées par le mode de scrutin (majoritaire à deux tours). La seule chose qui va compter vraiment, demain, c'est qui arrive deuxième. Avec pour conséquence que si les partisans de Ségolène Royal, respectivement François Bayrou, ont intérêt à voter pour Ségolène Royal, respectivement François Bayrou, ceux qui veulent voir Nicolas Sarkozy avoir le plus de chances de triompher doivent naturellement voter pour… Ségolène Royal ou Jean-Marie Le Pen ! (Puisque Sarkozy sera de toute façon au second tour, ce qui importe pour eux est de lui donner un adversaire qu'il a le plus de chance d'arriver à battre : donc soit renforcer Ségolène Royal si François Bayrou est une menace, soit renforcer Jean-Marie Le Pen si c'est Royal qui est une menace. Enfin, tout ça à condition que cette stratégie ne soit pas trop répandue : la stratégie que tous les partisans de Sarkozy devraient appliquer c'est de voter pour ce dernier avec une probabilité de 85% environ et pour Le Pen avec une probabilité de 15% environ, ce qui garantirait à peu près à coup sûr d'éviter que Bayrou soit au second tour.) Je ne sais pas si les électeurs sont trop peu calculateurs pour concevoir ce genre de tactique ou s'ils ont la candeur de penser que le vote a une portée symbolique et qu'ils refusent de donner leur voix à un candidat qu'ils détestent juste pour maximiser les chances de celui qu'ils préfèrent : sans doute un peu des deux. En tout cas, aucun homme politique n'aurait le courage d'expliciter ce genre de tactique : c'est peut-être à leur honneur, mais ça signifie qu'on s'interdit aussi le débat sur les inconvénients du système électoral appliqué.

Pour ma part, j'essaie de voter de façon complètement calculatrice et totalement dénuée d'idéalisme ou de symbolisme (c'est-à-dire que j'essaie d'évaluer froidement, avec toutes les données que j'ai à ma disposition, l'espérance d'amélioration, pour ma définition du bien, apportée par chaque vote en tenant compte uniquement des conséquences qu'il aura, pas d'un idéal que j'aurais).

☛ Il y a tellement de gens qui disent qu'ils n'aiment aucun candidat et qu'ils ont de la répugnance à choisir le moins pire (alors qu'ils verraient bien, disent-ils, qui serait le pire) que j'ai envie de proposer, pour montrer un peu le ridicule de la chose, de faire une élection présidentielle à l'envers. Autrement dit, on vote pour le candidat qu'on aime le moins, les deux qui ont le moins de voix passent au second tour et de nouveau on vote pour celui qu'on aime le moins et c'est celui qui a le moins de voix qui est élu. C'est tout à fait dans l'air du temps : voter pour le candidat qu'on veut éliminer, tout ça tout ça. Et ce serait complètement grotesque, c'est sûr, mais certainement amusant.

☛ J'aurais aimé regarder tous les spots de campagne parce que j'aime bien regarder la façon dont les hommes politiques font leur communication (et je trouve même qu'ils dégagent parfois une poésie intéressante). Il semble que ces spots soient , mais je ne suis pas sûr que la liste soit complètement totalement et absolument exhaustive. Malheureusement c'est un peu long. À défaut j'aurais aimé trouver un site un tant soit peu officiel qui les recense tous avec leur durée et la transcription du texte. Apparemment ça n'existe pas. Pire encore, les spots ont semble-t-il été retirés du site de France Télévisions sous prétexte que la campagne officielle est fermée : c'est ahurissant d'être abruti à ce point.


☛ Aucun rapport avec le schmilblick : que se passe-t-il si quelqu'un porte plainte contre l'Église catholique romaine pour discrimination à l'embauche parce qu'elle refuse d'ordonner les femmes ?

(jeudi)

De retour de Toronto

Je ne sais pas trop comment organiser cette entrée, parce que j'aurais plein de choses à raconter mais je suis vraiment trop fatigué pour tout dire… [Deux peluches]Ce qui est sûr, c'est que je ne regrette pas d'être parti, et que je reviens plus amoureux que jamais — ça va être long d'attendre encore trois mois que mon copain rentre pour de bon : même si les adieux hier soir à l'aéroport de Toronto n'ont pas été aussi difficiles qu'il y a deux mois à Roissy, les retrouvailles ont été trop courtes à mes yeux.

Cela faisait six ans que je n'avais pas pris l'avion et douze ans que je n'avais pas traversé l'Atlantique. L'avion, j'avais oublié à quel point c'était fatigant : je suis décidément incapable d'y dormir (non pas à cause du bruit ni de la lumière, mais à cause de la position) ; par contre, le décalage horaire n'a pas l'air spécialement dur à vivre (je veux dire que si j'avais pu dormir dans l'avion je tiendrais bien le coup, dans les deux sens).

[Toronto]Toronto, j'y ai vécu un an en '84–'85, un mois à l'été '88, et une semaine à l'été '95. Les souvenirs de ces trois séjours sont complètement mélangés dans ma tête (et, bien sûr, les années passant, il en sera de même de mes souvenirs de 2007). Par conséquent, plutôt que vraiment visiter la ville, je cherchais à retrouver ce que je me rappelais, à faire coller ma mémoire à la réalité, à localiser une image parfois très incertaine, une idée vague, une impression : et, dix ou vingt ans plus tard, ce n'est pas évident. Difficile de savoir quand les choses ont changé ou quand mes souvenirs sont faux : il y a des mystères que je n'ai pas pu résoudre (par exemple, le chemin précis que suivait la promenade que mon père et moi avions l'habitude de faire dans la Don Valley) — mais, dans l'ensemble, je ne m'en suis pas si mal tiré (j'ai bien réussi à retrouver une boutique d'objets scientifiques que j'aimais quand j'étais petit, alors que je n'en connaissais plus ni le nom ni l'endroit ni la disposition exacte).

Certaines choses sont définitivement devenues du passé et c'est dommage, comme le planétarium du centre ville qui n'existe plus (et j'y suis allé, faut-il croire, peu de temps avant sa fermeture). Plus triste à mes yeux, le musée des sciences, qui a joué un rôle important dans mon éveil à la science, a essentiellement cessé d'être un musée de sciences pour devenir une attraction pour gamins : un grand nombre des expositions ou articles que j'ai connus (le film Powers of Ten, en gros toute la section astronomie, une démonstration avec des lasers, les gouttes d'eau vues au stroboscope, le couloir sans écho…) ont apparemment disparu et il y a à la place toutes sortes de jeux prétendument scientifiques pour les enfants (je ne peux pas juger, les adultes n'ont pas le droit d'aller à certains endroits) ; en tout cas, ce musée n'a plus le moindre intérêt si on a plus de, disons, 14 ans, alors qu'il en avait autrefois (quand moi-même je n'avais pas 14 ans !).

Autrement, ce qui m'a frappé, peut-être plus cette fois qu'auparavant, c'est à quel point la ville est grande : le downtown où se trouvent les buildings, ou toute la région qu'on peut espérer connaître, est perdu au cœur d'un sprawl interminable (une trentaine de kilomètres de diamètre) de petites maisons ou d'immeubles très largement espacés. On peut trouver, en plein milieu de la ville (je pense à la vallée du Don), de vastes paysages qui ressemblent furieusement à de la campagne !

Dans le downtown lui-même, des passages piétons souterrains entre buildings forment un gigantesque complexe de centre commerciaux reliés entre eux, le PATH. En '95, mon père s'était moqué de moi parce que j'avais passé tout mon temps à Toronto à visiter les centres commerciaux, mais, à bien y réfléchir, ce n'est pas absurde : c'est une des attractions de la ville comme la tour la plus haute du monde (laquelle n'en revient pas, d'ailleurs, d'avoir toujours ce titre trente ans après sa construction alors qu'elle espérait ne le garder que quelques années… mais elle va sans doute le perdre dans un an ou deux). Ah, et puis, comme la ville aime apparemment les superlatifs, il y a une librairie qui se prétend aussi (de façon très certainement pipo) la plus grande du monde.

Pour ce qui est de l'aspect multiculturel (parce que dans le rayon des superlatifs il y a des gens pour prétendre que Toronto est la ville la plus ethniquement diverse du monde), je ne suis pas terriblement impressionné — disons que ça ne me semble pas sensiblement plus varié que Paris, peut-être même moins — mais il est vrai que ça a un côté plus institutionnel, avec des quartiers où les noms des rues sont aussi donnés en chinois, ce genre de choses. Et le fait est qu'on trouve facilement de la nourriture de toutes origines. Globalement, à Toronto, on mange bien (même s'il m'a semblé discerner une tendance à favoriser ce qui est un peu gras et lourd).

On voit très peu de gens obèses dans la rue. Peut-être est-ce le climat qui aide à brûler les graisses ? Mais globalement, l'impression est que les Canadiens, sans être extrêmement différents de leurs voisins du sud, savent rester plus modérés ou — qu'on me pardonne le terme — civilisés : ce ne sont pas des fanatiques religieux, ils ont un embryon de sécurité sociale, ils reconnaissent le mariage des couples de même sexe, ils ne tiennent pas à tout prix à pouvoir porter une arme (pour tuer tout le monde dans les campus universitaires, ahem), ils ne s'imaginent pas que faire la guerre en Iraq aidera à lutter contre le terrorisme, et pour les poids et mesures ils utilisent même le système métrique dont toute la Terre a très compris l'avantage sauf un certain pays d'irréductibles. Je ne prétends pas que les Canadiens n'ont aucun des défauts des Étatsuniens, hein : ils persistent eux aussi à ne pas faire figurer les taxes dans les prix (ni le service au restaurant, ce qui fait qu'on doit en permanence se balader avec une calculatrice pour ajouter 15% à la somme qu'on vous indique, et je trouve ça vraiment stupide et insupportable). Et quand ils racontent leur vie (en anglais), un mot sur deux qu'ils prononcent est like (en entendant certaines personnes, c'est à tel point que je me dis qu'il serait plus efficace de sous-entendre ce mot à chaque fois qu'il est possible, et de dire explicitement unlike si on ne veut pas le dire !). Ah, et ils ne tiennent pas les portes pour ceux qui passent après : c'est bizarre, parce que généralement ils sont nettement plus polis et serviables que les Français, mais ça, apparemment, ça ne leur vient pas à l'idée que c'est une bonne idée de regarder quand on traverse une porte s'il n'y a pas quelqu'un juste derrière. Sinon, il y a quelques petites différences rigolotes avec les États-Unis, comme le fait qu'au lieu d'aller chez Wal★Mart et Starbucks on peut aller chez Loblaw et Second Cup, dont vous n'avez probablement jamais entendu parler si vous n'êtes pas allé au Canada.

Et le climat, bien sûr, qui est merdique. Enfin, là, je suis aigri parce qu'il a fait un temps glacial pendant toute la semaine que j'étais là et que le jour où je repars il se met à faire beau.

Revenir de vacances, en tout cas, ce n'est pas bien agréable : on est assailli par des centaines de mails qui réclament une attention urgente, par des tâches domestiques de tous genres (laver tous les vêtements sales qu'on rapporte, trier le courrier postal, remplir le frigo qui est vide…), d'autres bureaucratiques et d'autres informatiques (comme s'occuper de l'ordinateur nº2177335616 dont un disque dur a eu des ratés). Et écrire une entrée dans le blog, évidemment. 😉 Est-ce que le monde ne peut vraiment pas tourner tout seul pendant une semaine sans que je sois là pour le pousser ?

Des photos viendront prochainement illustrer tout ça (pas le dernier paragraphe, quand même). Enfin, sans doute. Sinon, comme souvenir, je rapporte un maillot des Maple Leafs.

(lundi)

Photos d'avant de partir

Histoire de faire le plein de printemps avant une semaine d'hiver, j'ai fait une promenade à Paris dont je ramène plein de photos absolument sans intérêt. (Le but de la chose, on l'aura compris, est plutôt de tester un générateur d'album parce que je ramènerai sans doute plein d'images de Toronto. BINS, en l'occurrence : je n'en suis pas du tout content, mais c'est le mieux que j'aie trouvé pour l'instant ; du coup, si d'autres gens peuvent suggérer des programmes qui génèrent des pages statiques de ce genre — pas de PHP — je suis intéressé. Sinon, petite pensée pour la prochaine fois que j'achète un appareil photo numérique : avoir un capteur gravimétrique, ce serait vraiment pratique.)

Hélas, un lundi de Pâques, impossible d'acheter de la lecture pour les huit heures d'avion qui m'attendent, et encore moins une paire de gants chauds. Tous les commerces sont ouverts sauf ceux où on voudrait aller.


Petite scène observée rue des Archives : un pédé promène son chien, une sorte de caniche, et croise un autre pédé qui fait la même chose. Les deux chiens commencent à se flairer avec intérêt à un endroit que la pudeur interdit de nommer. Les deux propriétaires s'en amusent. L'un précise, en montrant son animal : C'est une fille. L'autre, en désignant le sien : Elle aussi.

Il l'avait bien dit : quand on est élevé par des homos, on le devient soi-même. CQFD 😉

(dimanche)

Préparatifs de départ

Je crois que ça va être un peu dur de passer de ça à ça. Brrr… Surtout que mon copain me dit innocemment que le chauffage ne marche plus là où on va habiter.

Mon vol décole mardi à 10h30 heure de Paris (et je fais escale à Montréal avant d'arriver à Toronto à 15h18 heure locale).

Ai-je bien fait tout ce que je devais faire avant le départ ? (Zut, par exemple, il y a un recommandé que je ne suis pas allé chercher à la poste, maintenant c'est trop tard, et le délai de garde expire pendant que je serai à Toronto.) Ne vais-je pas oublier d'emporter des choses importantes ? Devrais-je prendre mon portable avec moi ? (Et s'il se fait voler ? Et si les douanes m'embêtent ?) Devrais-je prendre un seul ou deux sacs en cabine (apparemment on a le droit à deux si l'un est, justement, un portable, mais je serais vraiment trop embêté si cette règle était fausse) ? À quelle heure devrais-je me réveiller ? Arriverai-je à dormir dans l'avion ? Bref : je suis stressé.

Mais bon, ce n'est pas grave, dans cinquante heures et quelques je serai beaucoup moins stressé et beaucoup plus heureux.


Aucun rapport, mais c'est aujourd'hui mon deuxième anniversaire de soutenance.

(jeudi)

Envoi des dossiers

Ça y est, mes neuf enveloppes ont été postées ! Elles pesaient au total 2.75kg représentant quelque chose comme 30m² de papier et ça m'a coûté 48.60€ à expédier. Que j'aurais pu faire payer à l'ENS, bien sûr, mais la hâte de me débarrasser de ces enveloppes qui brûlent les doigts a fait que j'ai préféré faire la queue à la poste pour les déposer moi-même plutôt qu'attendre demain pour les confier au service courrier de l'École. Et si c'était fastidieux de remplir les bordereaux d'envoi recommandé je plains les employés de la poste du 5e qui doivent en traiter un nombre invraisemblable parce que, apparemment, j'étais loin d'être le seul à déposer des dossiers universitaires, aujourd'hui (et la guichetière m'a demandé si c'était bien demain la date limite, l'air de dire qu'ils allaient en recevoir des tonnes, du coup). Le Monsieur après moi devait en avoir quelque chose comme 30 (il s'apprêtait d'ailleurs à les envoyer en courrier simple mais je lui ai fait remarquer que, à ma connaissance, il fallait un recommandé).

(En fait, je vais peut-être même en envoyer un dixième, de dossier, pour faire bon compte. Après tout, mieux vaut donner du travail aux rapporteurs et les laisser décider si mon profil leur convient plutôt que de m'écarter d'office.)

Prochaine étape dans mon périple des candidatures : le 23 avril, audition pour le CNRS.

(mardi)

Dossiers, candidatures et paperasses

D'ici vendredi je dois avoir fait le choix définitif, entre les postes parus au JO (ceux qui me concernent sont ceux de la 25e section), des endroits où je vais me porter candidat, et avoir posté les dossiers en question. Bon, cette année le choix a été moins difficile que l'an dernier. En revanche, ce qui n'a pas changé et ne cesse de m'étonner, c'est à quel point ces dossiers sont pénibles à remplir : et je ne parle pas du contenu scientifique, je parle de la paperasse administrative.

Je dois préparer neuf grandes enveloppes (correspondant à treize postes, parce qu'il y a des postes qui ont le même profil alors heureusement on n'a pas à doubler tout le dossier), chacune contenant deux petites enveloppes identiques avec toutes sortes de choses dedans. Chaque enveloppe, grande ou petite, doit contenir, entre autres, une copie d'un accusé de réception de candidature électronique que je dois signer : rien que ça, ça veut dire que j'ai dû vingt-sept fois (27=9×(1+2), vous suivez ?) écrire fait à Paris le 27 mars 2007 et signer : ben rien que ça, on en a bien marre quand on arrive à la 27e feuille. Écrire les choses qu'il faut sur les enveloppes, c'est encore pire.

Et je ne parle pas du papier gâché : 16 pages de CV (ou plus si j'y ajoute mon résumé de thèse intégral) reproduites en 27 exemplaires, plus 10 pages de rapports de thèse en 18 exemplaires… au final il va falloir compter plus de 350 feuilles de papier A4, et 36 enveloppes, dans ces dossiers. Je ne sais pas combien de candidats, comme moi, en pondent, mais au CNRS nous sommes 225 à concourir, donc si tous ces gens postulent aussi à l'Université ça fait 75000 feuilles de papier envoyées… juste pour les maths, et peut-être deux millions pour l'ensemble des candidatures comme maîtres de confs (je ne compte pas les professeurs, là). Est-il vraiment indispensable de faire transiter deux millions de bouts d'arbres morts pour des dossiers qui pourraient aussi bien être complètement électroniques comme c'est le cas, justement, au CNRS ?

(Thursday)

Permission to travel granted

[Traduction française ci-dessous.]

[Passports]It's official now: having successfully answered such difficult questions as What is your name?, What is your quest? and Where was your great-grandmother born?, I can proudly claim the right to be a lumberjack or taunt King Arthur with an outrageous accent.

Seriously, both passports were delivered quickly and are very nice to look at: they have all sorts of colorful holograms on page two, background watermarks on all pages and other presumably very advanced anti-piracy features which I can't show you because I'm sure if I do as much as put a photo of the inside on this blog I'll spend the rest of my life rotting in jail. (That, and the fact that my ID photo looks really awful.) The French one has more bells and whistles because it has an RFID chip inside which conclusively guarantees the end of my privacy wherever I carry it, and also it has everything inside written in eleven languages; but the Canadian one has this very nice letter by the Minister of Foreign Affairs of Canada, in the name of Her Majesty the Queen, requesting all those whom it may concern to allow the bearer to pass freely without let or hindrance. Both have a spiffy golden coat of arms on the front cover and I notice that Canada's now bears the motto desiderantes meliorem patriam which wasn't there on my previous Canadian passport (ah, indeed, it was added in '94). Oh, and while I'm at it, I was shocked to find out that no portrait of Her Majesty the Queen is displayed in the Canadian embassy in Paris (though there is one of the Lieutenant-General and one of the Prime Minister).

Whatever. The good news is that I'm leaving for Toronto on April 10–19 since I was able to find a flight (for less than 650€)—and a week's free time.

[French translation of the above.]

C'est officiel : ayant répondu avec succès à des questions très difficiles comme Quel est votre nom ?, Quelle est votre quête ? et Où est née votre arrière-grand-mère ?, je peux fièrement revendiquer le droit d'adopter un castor ou de me moquer du roi Arthur avec un accent ridicule.

Sérieusement, les deux passeports m'ont été remis rapidement et sont très jolis à regarder : ils ont toutes sortes d'hologrammes colorés en page deux, des empreintes de fond sur toutes les pages et d'autres mesures certainement très avancées contre le piratage que je ne peux pas vous montrer parce que je suis sûr que si je me risque à mettre une photo de l'intérieur dans ce blog je passerai le reste de ma vie à pourir en prison. (Ça, et le fait que ma photo d'identité a vraiment une sale gueule.) Le français a plus de gadgets sophistiqués puisqu'il a une puce RFID à l'intérieur qui garantit de façon concluante la fin de ma vie privée partout où je le porterai, et il a aussi tout écrit en onze langues ; mais le canadien a cette jolie lettre du ministre des Affaires étrangères du Canada, au nom de Sa Majesté la Reine, priant les autorités intéressées de bien vouloir accorder libre passage au titulaire de ce passeport. Tous les deux ont d'étincelantes armoiries dorées sur la couverture et je remarque que celles du Canada portent maintenant la devise desiderantes meliorem patriam qui n'était pas là sur mon précédent passeport canadien (ah, effectivement, elle a été ajoutée en '94). Ah, à ce propos, j'ai été choqué de voir qu'il n'y a pas de portrait de Sa Majesté la Reine affiché dans l'ambassade canadienne à Paris (alors qu'il y en a un du Lieutenant-Général et un du Premier ministre).

Bref. La bonne nouvelle, c'est surtout que je pars à Toronto les 10–19 avril puisque j'ai réussi à trouver un vol (à moins de 650€) — et une semaine de temps libre.

(mardi)

Suis-je vraiment canadien ?

Le fait de chercher à remplir les formalités pour un passeport m'a fait me poser la question de savoir si j'étais vraiment canadien. Après examen, il semble que la réponse (au moins en un sens légal, je ne vais pas réfléchir au sens plus vaste parce que je l'ai déjà fait) soit positive, mais j'ai eu un doute.

Il y a des pays dont le droit de la nationalité relève exclusivement du droit du sang : on est citoyen de ce pays lorsqu'on a un parent qui l'est, et y naître n'apporte aucun droit à la citoyenneté. Le Canada est dans l'extrême inverse, c'est-à-dire que c'est le droit du sol qui importe avant tout. Quiconque naît au Canada (sauf un fils de diplomates) est canadien ; et il suffit de passer trois ans au Canada comme résident permanent pour pouvoir être naturalisé. En revanche, le fils d'un Canadien ne l'est pas automatiquement : avant février '77, il fallait faire un enregistrement de la naissance à l'étranger (ce que mes parents ont fait), et encore, peut-être fallait-il que spécifiquement le père soit canadien. Depuis février '77, c'est automatique ; mais quelqu'un qui est Canadien de deuxième génération à naître à l'étranger perd la nationalité canadienne à 28 ans s'il n'a pas, auparavant, fait une démarche pour la conserver, qui implique d'avoir habité un certain temps au Canada. Comme autre preuve d'attachement au droit du sol, on peut mentionner le fait qu'avant '67 le fait de passer dix ans à l'étranger vous faisait perdre la citoyenneté canadienne (et jusqu'à '77 le fait d'acquérir une autre nationalité, mais ça ce n'est plus vraiment une question de sol/sang).

Je me demande si ces règles conduisent à créer des apatrides ; on peut supposer que non, il y a probablement des exceptions visant à empêcher ça (exceptions que les articles Wikipédia, ici et , où j'ai lu ces règles, ne mentionnent cependant pas). En tout cas, ça doit être un imbroglio juridique assez pénible d'être, disons, petit-fils de Canadiens installés durablement en Suisse.

Toujours est-il que je passe entre ces diverses restrictions, donc apparemment je suis bien canadien. Le contraire n'aurait pas été une catastrophe (je peux bien aller passer une semaine à Toronto sans être canadien), mais tout de même passablement vexant vu qu'on m'a quand même fait chanter O Canada! We stand on guard for thee! tous les matins d'école pendant un an. (Bon, après ça, on nous faisait réciter une prière, ce qui ne manqua pas de scandaliser ma maman vu que j'allais, après tout, dans une école publique.)

(dimanche)

Les passeports, quelle folie

Comme il n'aura pas échappé à certains lecteurs de mon blog, je voudrais partir une semaine à Toronto, histoire de retrouver mon copain un peu plus tôt que son retour définitif, et aussi de revoir Toronto. Cela devrait se faire vers la dernière semaine d'avril si tout se passe bien (ce dont je commence à douter, hélas).

La première nécessité, pour voyager, c'est d'obtenir un passeport (actuellement je n'en ai pas). Là où j'ai de la chance, c'est que j'ai à la fois la nationalité canadienne et la nationalité française, donc j'ai deux chances au lieu d'une seule d'arriver à obtenir un passeport à temps.

Soit dit en passant, je ne sais pas du tout ce qui est le mieux. Par exemple, si j'ai les deux, serait-il légitime de faire le voyage France→Canada avec un passeport canadien et le Canada→France avec un passeport français ? Il y a des gens qui m'ont dit qu'il était de toute façon interdit d'avoir deux passeports : mais dans ce cas je me demande ce qu'on est censé faire, vu que, après tout, si je veux demander à entrer en France, je dois bien prouver que je peux y résider, et je ne vois pas comment faire autrement qu'en prouvant que je suis Français (mais me laisseraient-ils entrer avec une simple carte d'identité ?)… Le Canada n'est pas trop pénible au niveau des visas, donc je pourrais y entrer avec un passeport français, mais si ce n'était pas le cas, je serais bien obligé d'avoir une preuve de nationalité des deux pays pour pouvoir entrer dans chacun.

Je regarde les formulaires à remplir et les pièces à fournir dans les deux cas, et je tombe à la renverse devant la stupidité des exigences aussi bien de la France que du Canada. Je me dis vraiment que j'aimerais savoir qui est la personne qui a le pouvoir de décider de ce genre de conditions grotesques (et surtout, comment on pourrait la chasser de son poste et la remplacer par quelqu'un de moins fou). Récapitulons :

Que de soucis ! (Il faut par ailleurs aussi compter des frais pour fabriquer le passeport : 60€ pour la France et 100$ pour le Canada. Au moins ce n'est pas gigantesque.) Heureusement, le Canada promet de fabriquer le passeport en normalement deux semaines, alors que pour la France il paraît que c'est plutôt six que deux.

(mardi)

Une conférence qui tombe à point ?

Et si j'essayais d'aller  ?

(dimanche)

Toronto, c'est loin

Toronto, c'est loin (6020km de chez moi, pour être précis), et cinq mois c'est long (146 jours, en fait). C'est la distance et le temps par lesquels je vais être séparé de mon amour, qui part en stage la semaine prochaine.

J'avoue que j'ai peur. Peur de la façon dont lui et moi allons vivre cette durée ; peur de perdre cette joie qui éclaire ma vie depuis huit mois ; peur à cause de cette prophétie ; peur que nous devenions fâchés ou distants l'un de l'autre ; peur que les choses ne soient plus pareilles. Peur de ne plus savoir gérer ma solitude sans le soutien d'une caresse réconfortante, sans l'étreinte d'un bras que j'aime.

Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?

J'essaierai de lui rendre visite à mi-parcours, vers le mois d'avril, si j'arrive à prendre des vacances (ce qui n'est pas gagné pour toutes sortes de raisons), ce qui serait l'occasion de revoir Toronto ; mais j'ai peur de ne pas y arriver. Je vais repasser cette année un concours qui, l'an dernier, m'avait conduit au bord du craquage nerveux et qui ne devrait pas être moins stressant cette fois-ci : j'ai peur que ce moment-là soit particulièrement éprouvant. Je devrais aussi quitter, cet été, l'endroit où j'ai passé des jours si heureux (et dont la destruction des lieux symboliques sonne à mes oreilles comme un étrange avertissement) ; que j'aie ou non le droit de vivre encore dans la ville que j'aime avant tout dépendra des jugements impénétrables des commissions de spécialistes qui examineront mon dossier scientifique. J'ai peur.

Mais bon, mon amour et moi avons échangé quelques gages de notre souvenir et témoignages de notre affection, je suis rassuré qu'il sera bien accueilli là où il va et que tout va bien se passer. Malgré ma peur, je suis confiant.

(lundi)

Accident de travail

Zut, je me suis coupé en froissant un papier (sur lequel j'avais écrit des calculs faux) pour le mettre à la poubelle. Comme quoi la vie du mathématicien est pleine de dangers. (Et je ne vous parle pas de la poussière de craie qui salit, du café[#] qui tache et des autres inconvénients directement liés à nos outils de travail indispensables.)

[#] Voyez ici pour plus d'explications.

(vendredi)

Portrait robot

[Portrait robot]Ce site (en Flash) permet de réaliser des portraits robots (c'est très rigolo) : on se rend compte que c'est vraiment très difficile d'en produire un qui ressemble… J'ai essayé d'en pondre un de moi-même, ça donne l'image ci-contre, qui n'est pas complètement sans rapport avec moi, mais on a quand même l'impression que ça pourrait être n'importe qui.

(lundi)

Google Earth et les souvenirs de Toronto

J'ai installé Google Earth (la version aux stéroïdes de Google Maps), un peu par désœuvrement. Comme mon copain part bientôt à Toronto, j'y ai pointé la souris, histoire de lui montrer quelques-unes des choses qu'il y a à voir dans une ville où j'ai passé du temps et que j'ai beaucoup aimée. Il faut dire que Google Earth n'est pas mal du tout, pour visiter virtuellement un endroit, parce qu'on n'a pas seulement des vues aériennes mais aussi des photos au sol que des gens ont pu prendre, ou encore des liens vers des articles Wikipédia, etc. Par exemple, j'ai pu lui « montrer » l'hôtel de ville de Toronto, endroit qui me plaît particulièrement.

Puis c'est devenu un petit jeu, pour moi, de voir ce que j'arrive à reconstituer, comme ça, à partir de souvenirs lointains et nébuleux. J'ai vécu un an ici (je ne suis pas complètement sûr de la maison, mais je suis sûr de la rue), en '84–'85, alors que j'allais à l'école . Puis j'y suis retourné à l'été '88, pour un mois — je ne sais plus où j'habitais mais c'était sans doute quelque part dans ce coin. Je retrouve aussi les endroits où j'aimais aller, comme ce musée ou celui-ci, le grand centre commercial, le quartier chinois, etc. La dernière fois que j'ai été à Toronto, c'était à l'été '95, je logeais en auberge de jeunesse dans ce coin-là approximativement.

Voilà qui me donnerait envie de voyager. Quel dommage que traverser l'atlantique soit devenu une opération aussi compliquée.

(dimanche)

Dissertations

Au lycée je n'étais pas spécialement bon en dissertation (que ce soit en français ou en philo). J'avais l'impression que mon prof de philo de terminale mettait des bien ou des mal dit ou d'autres annotations pipo dans les marges de mes copies sans même les lire, et au final foutait aléatoirement la note 12, 13, 14 ou rarement 15. À la fin je m'amusais, j'inventais des citations dénuées de sens d'un auteur inexistant (Edgar Kampfenberg) qui reprenaient vaguement les mots du sujet pour les saupoudrer n'importe où dans le raisonnement (il faut veiller à ne pas devenir esclaves de notre liberté, il faut concevoir la réalité de la conception artistique comme une possibilité de libération, etc.).

Au bac j'ai eu 19 : le sujet était connaît-on la vie ou connaît-on le vivant et j'ai essentiellement repris plein d'arguments (notamment sur la difficulté à définir la vie en général) tirés de Le Hasard et la Nécessité de Jacques Monod que j'avais justement lu peu de temps avant et que j'avais énormément aimé. Mais bon, je ne sais pas dans quelle mesure je suis tombé sur un correcteur particulièrement bien luné : je n'ai pas l'impression que ma copie avait quoi que ce soit de brillant à part montrer que je connaissais les mots holisme et réductionnisme pour les plaquer sur ma thèse et mon antithèse, et que j'avais quelques citations à saupoudrer çà et là.

En sup je ne me rappelle pas avoir fait de dissertation. J'y suis revenu en spé, en me disant je n'en ai rien à foutre, de toute façon les matières littéraires comptent peanuts, j'ai juste envie de m'amuser. Le premier sujet de l'année portait sur Les Villes tentaculaires de Verhaeren et demandait :

La poésie sera de la raison chantée, écrivait Lamartine en <telle année> : pensez-vous que cette définition caractérise l'inspiration de Verhaeren dans l'oeuvre inscrite à votre programme ?

Bon, alors Verhaeren c'est pas vraiment bandant, et c'est même plutôt gnian-gnian, comme littérature. Mais comme j'avais envie de m'amuser, j'ai balancé toute la sauce que je pouvais, j'ai fait les comparaisons les plus grotesques que je pouvais, sur la base d'un parallèle saugrenu entre la dualité Brahms (la musique pour elle-même) / Wagner (la musique dans le cadre du Gesamtkunstwerk) en musique et Théophile Gautier / Émile Verhaeren en poésie, en faisait les comparaisons les plus gratuites que je pouvais : avec Virgile qui commence son Énéide par arma virumque cano — vous voyez le rapport avec la raison chantée, n'est-ce pas ; avec Dante qui, ensuite, prenait Virgile pour guide dans sa traversée des enfers en lui annonçant tu duca, tu signore e tu maestro (le but étant aussi de me la péter en citant le plus de langues différentes possibles, donc évidemment j'ai aussi trouvé moyen de citer Pushkine en russe, Goethe et Stefan Zweig en allemand et Homère en grec) ; avec Elgar dont la musique de pompe et de circonstance ne pouvaient pas ne pas rappeler Verhaeren ; avec Wagner dont je trouvais des savants rappels des titres de la Tétralogie dans les poèmes de Verhaeren ; et je ne sais plus qui encore. Et je concluais sur les mots : Et Stefan Zweig s'est suicidé en 1942. (ça devait avoir un rapport avec le fait que Zweig était un grand admirateur de Verhaeren, mais c'était surtout un cheveu sur la soupe).

Le prof a trouvé ça admirable et m'a mis 18. Pour un truc que j'avais conçu comme du pur pipo et de l'étalage de savoir totalement sans rapport avec le schmilblick, j'ai trouvé ça fort bien payé donc je me suis dit que la dissertation, maintenant, ce serait comme ça. Le prof de philo[#] résistait un peu mieux que le prof de français à ce traitement, mais, globalement, j'avais des bonnes notes en spé en sortant des trucs gratuits et absurdes (et pour corser le jeu, nous convenions de rajouter des phrases aléatoires dans nos dissertations : par exemple une fois les derniers mots de ma conclusion étaient automorphisme involutif de corps suite à un défi stupide).

Au concours, le sujet nous demandait de commenter une phrase d'Alain au sujet de la ville,

Ici gouvernent le fer et le charbon, signes de l'orgueil et de l'enfer. C'est le règne de la force, assis sur la nature décomposée.

en nous appuyant sur les trois oeuvres de notre programme (Les Villes tentaculaires de Verhaeren, L'Emploi du temps de Butor et Dans la jungle des villes de Brecht). Comme il était Notoirement Très Mal de faire un plan avec pour parties (1) Verhaeren, (2) Butor et (3) Brecht (ou toute permutation de ceux-ci), j'ai fait un plan (1) le fer et le charbon, (2) l'orgueil et l'enfer et (3) le règne de la force assis sur la nature décomposée. Si, si. Enfin, je ne l'ai pas annoncé de façon aussi odieusement visible, mais c'était l'idée. Et j'ai suivi la même technique je balance toute la sauce de pipo que j'ai que j'avais suivie en spé.

J'ai eu 15. Au début j'ai cru que c'était une note plutôt moyenne, et que les profs d'Ulm (enfin, je ne sais pas qui, exactement, corrige les copies de français des concours scientifiques) avaient été moins dupes de mon pipo que ceux que j'avais en spé, mais on m'a dit après (je n'ai pas vérifié dans le rapport du jury) que 15 est vraiment une très bonne note. Allez savoir.

Bon, je ne sais pas quelle est la morale de tout ça. En revanche, il est certain que je n'en tire pas un grand respect pour le sérieux intellectuel de cet exercice formel qu'est la dissertation ou sur la manière dont il est corrigé. S'il s'agit de me dire que je ne m'exprime pas totalement comme un pied et que j'ai une certaine aptitude à jeter la poudre aux yeux, je veux bien : mais pour ce qui est du fond de mes dissertations, je suis assez bien placé pour revendiquer que, le plus souvent, il était absolument vide : ça a bien mieux marché quand j'ai considéré ça comme un exercice de style que quand j'essayais d'y mettre un peu de contenu.

[#] À cette époque au moins, à Louis le Grand, dans les spés scientifiques, le cours de lettres était traité par un prof de français et un prof de philo, histoire de nous donner un double point de vue sur les oeuvres à notre programme.

(samedi)

Naughty & Dotty

[Deux peluches]Mon copain m'avait offert pour Noël une peluche de chat Naughty Naughty Pets (techniquement il s'appelle Marty Cohen, mais moi je l'appelle juste Naughty). Alors moi, en retour, je lui ai donné une peluche de vache placide et débonnaire, Dotty (la vache à pois). Voilà que nos peluches sympathisent sur l'oreiller.

(mercredi)

Encore un peu d'hypocondrie

Suite des aventures du David Madore hypocondriaque… J'ai encore ajouté, ces derniers jours, une nouvelle variante à mon vaste répertoire[#] de troubles du sommeil : je me suis réveillé, complètement en nage, avec une sensation d'oppression au niveau du cœur et l'impression de manquer d'air. Et le battement du cœur qui, au lieu de faire lub-dub comme il est censé, sonnait plutôt comme fff-dub. Et une fois de plus j'ai dérangé un médecin pour rien, un cardiologue cette fois-ci, qui m'a osculté (résultat : j'ai bien un petit souffle systolique, sans doute une toute petite malformation congénitale de la valve mitrale, qui peut être la cause de mes crises de tachycardie), m'a fait un ECG (résultat : complètement normal[#2]), et a conclu que toute mon histoire n'avait rien d'inquiétant ; il m'a quand même prescrit une prise de sang et va me faire une échographie cardiaque.

Alors, d'accord, je veux bien que ma vie ne soit pas en danger, tout ça tout ça. N'empêche que c'est rudement pénible d'être réveillé comme ça régulièrement par des crises de toutes sortes. Je suis peut-être convaincu d'être hypocondriaque, mais (1) ça n'aide pas vraiment à trouver ça moins désagréable, et (2) j'en ai vraiment marre de ces signes qui jouent au loup, parce que quand j'aurai vraiment une maladie grave je ne verrai pas forcément la différence.

Je vais quand même faire une expérience : la prochaine fois que mon pouls bat de façon anormale, je l'enregistre avec un micro, et je fais sur ordinateur une analyse du signal — au moins j'aurai le cœur net, c'est le cas de le dire, quant au fait qu'il y ait ou non une différence ou si c'est juste dans ma tête.

Et je continue à militer pour l'instauration d'un numéro d'appel d'urgence 24h/24, SOS hypocondriaques. Si j'étais la reine d'Angleterre, j'aurais un médecin personnel, mais ce n'est pas le cas, zut.

[#] Précédents épisodes, par exemple, ici, , , , et . C'est impressionnant à quel point je me répète, d'une part, mais aussi à quel point j'arrive à trouver de subtiles différences d'une fois sur l'autre.

[#2] Naïvement j'aurais trouvé que le V1 faisait vraiment n'importe quoi, mais bon.

(lundi)

Rentrée, TNT, jeux, promeneurs, flèches, blog

Je suis retourné au boulot aujourd'hui, avec le sentiment d'avoir un million de choses à faire. Il faudrait peut-être que j'arrête de culpabiliser ou de stresser de ne pas m'employer assez, parce qu'en fait je crois que ce n'est pas une question de temps passé mais plutôt d'organisation. Notamment, j'ai un problème sérieux de « fragmentation » du temps : je me retrouve sans arrêt avec des petits morceaux de temps (qu'on m'excuse l'expression) dans lesquels je n'arrive pas à faire quoi que ce soit d'utile parce qu'ils sont trop courts, et que je suis donc forcé de perdre. Je ne sais pas comment les gens qui ne souffrent pas de ce problème s'arrangent pour éviter ça ! Je crois qu'il y a des gens qui en profitent pour lire : mais j'ai du mal, personnellement, à entrer et sortir d'un livre aussi rapidement.


Quelques nouveautés chez moi : mon copain m'a ramené un décodeur TNT — en fait, je regarde rarement la télévision, mais ça m'arrive quand même de temps en temps (par exemple pendant les petits fragments de temps à tuer que je mentionne ci-dessus), et je ne suis pas mécontent d'avoir ainsi un peu plus de choix. J'ai aussi commandé une mise à jour de ma ligne ADSL pour passer en ADSL2+ (actuellement j'ai un abonnement à débit plus bas et prix plus élevé, ce qui n'est pas forcément idéal), donc je vais probablement, un jour prochain, devoir faire un peu sans Internet à la maison, le temps que le dégroupage soit effectué.


Dans la catégorie voyage vers le passé, j'ai récemment rejoué un peu au jeu King's Quest (le premier), qui m'avait tant captivé quand j'étais petit (c'est quasiment la première chose que j'ai faite avec un ordinateur, jouer à King's Quest). Ça n'a pas été évident de trouver un interpréteur capable de faire tourner les fichiers de données (il y a au moins deux versions du jeu, la version AGI que j'ai connue, et la version SCI qui correspond à un remake de 1990 : les deux formats ont des interpréteurs qui existent sous Linux, mais certains ne marchent pas suffisamment pour qu'on puisse finir le jeu). Mais c'était amusant de refaire un tour là-dedans. J'en ai profité pour mettre une carte, et des screenshots comparés, sur la Wikipédia (anglophone, cette fois, en espérant qu'ils seront moins maniaques).


Ce genre de choses me fait penser qu'il serait bien de créer un petit méta-moteur permettant facilement de concevoir des jeux d'aventure. Le compilateur Inform s'approche assez de cette idée (en tout cas telle que je la conçois), mais ses gros défauts sont que (1) il n'est pas libre et (2) il compile du code pour une machine virtuelle complètement obsolète, la Zork-machine. C'est dommage.


Aucun rapport. L'autre jour, alors que je dînais avec mon copain dans un restaurant japonais de la rue de Choisy, nous avons vu passer des gens qui venaient de la direction de la place d'Italie et qui allaient vers le boulevard Masséna. Pas que ces gens eussent quoi que ce soit de remarquable (ils pouvaient être des touristes, ou quelque chose comme ça), mais il y en avait beaucoup : pendant tout notre repas, ils n'ont pas arrêté de défiler, généralement par petits paquets d'une douzaine ou d'une vingtaine, parfois plus, parfois moins ; difficile d'expliquer ce qui nous a fait prendre conscience que tous ces gens étaient ensemble, mais c'était assez clair. Ça rappelait un peu la promenade en rollers à travers Paris du vendredi soir, sauf que là c'étaient des gens à pied. En sortant, nous étions curieux et nous les avons suivis : apparemment ils rejoignaient des dizaines de cars parqués au niveau de la porte d'Ivry. Nous n'avons pas vraiment eu le fin mot de l'énigme, à part que c'étaient apparemment des marcheurs genre randonneurs (l'un d'eux nous a dit être Belge et faire partie d'une association appelée Les Godillots, mais il semble que ce soit une toute petite association, et certainement pas la seule derrière cet événement).


Encore aucun rapport. Je me suis rendu compte soudainement, hier, que le concept de flèche était un des éléments culturels non évidents les mieux partagés au monde. C'est quelque chose qui peut paraître tellement bête que ça ne nous saute plus aux yeux, mais il n'y a, finalement, aucun rapport intrinsèque entre un trait orné de deux autres petits traits à une extrémité, stylisant une flèche (le projectile), et le fait d'indiquer une direction. Je crois que ça doit être compris dans tous les pays du monde, quasiment par tout le monde (sauf peut-être quelques tribus reculées ayant eu vraiment très peu de contact avec la civilisation globale) : et pourtant, je pense que ce n'est pas si vieux que ça, d'utiliser ce symbole, surtout sous une forme aussi hautement simplifiée (je crois qu'on a commencé par utiliser des dessins beaucoup plus figuratifs, soit de flèches soit de mains qui pointent, pour évoluer vers les formes plus épurées qu'on connaît maintenant). Je serais curieux d'en savoir plus (malheureusement, Wikipédia ne dit rien, pour une fois) sur la manière dont ce symbole s'est imposé.


Je remarque que j'ai tendance en ce moment à faire des entrées dans ce blog qui sont rares mais plutôt longues et composées de tout un tas de petits paragraphes sans aucun lien, ou presque, entre eux. Je n'en suis pas très content : je devrais m'efforcer, pour ce genre de petites réflexions à ¤0.02, de faire une entrée séparée à chaque fois, ça me permettrait de garder une fréquence raisonnable et une séparation des sujets. Après tout, il n'y a pas de taille minimale pour une entrée de blog.

(lundi)

Dites un nombre, n'importe quel nombre…

J'imagine que je ne suis pas le seul auquel cette nouvelle année fait l'effet de James Bond, le retour. Heureusement, Wikipédia est là pour nous rappeler des choses plus sérieuses, par exemple qu'aujourd'hui si nous étions Américains nous porterions à 27 le nombre d'étoiles sur le drapeau de l'Union européenne (qui, en fait, en comporte, et en a toujours comporté, 12 — peut-être parce que ce serait trop cher de tous les refaire à chaque fois qu'on s'étend un peu plus vers l'est). On y apprend aussi que 2007 est l'année internationale polaire et l'année internationale de l'héliophysique ; Google en sait plus et j'y vois que 2007 semble aussi être l'année internationale : de la planète Terre, du dauphin, de solidarité avec le peuple sahraoui, du football africain, et d'encore quantité de choses. Ça va être dur, pour cette pauvre petite jeune de porter tellement de fardeaux. Question numérologie, en revanche, 2007 a l'air d'être un nombre singulièrement peu intéressant. Wikipédia, en bon dépositaire de toute la science du monde, peut aussi nous dire plein de choses intéressantes sur le mois de janvier, y compris le fait qu'il est dédié au dieu Janus et que c'est depuis ~153 qu'il commence l'année, tradition qui a été perdue puis retrouvée plus tard (vers le XVIe siècle). Bref.

J'ai passé le réveillon avec des amis dans un obscur (mais sans doute charmant au demeurant) village au voisinage d'Orléans. À partir de demain, je vais passer quelques jours dans ma belle-famille du côté d'Arras : on en profitera pour faire un tour à Lille, que je ne connais pas du tout et qui vaut certainement la peine d'être visitée. J'essaie de lire Twelfth Night d'ici le 5. J'ai pris des bonnes résolutions, mais je ne les dirai pas de peur qu'on me fasse remarquer, dès la semaine prochaine, que je ne les suis déjà plus. ☺

Tout ceci étant dit, bonne année à tous. Et rappelez-vous : soyez optimistes.

(jeudi)

Vacances, nostalgie, calculatrices, Tera, Wikipédia, etc.

L'effet typique des vacances, et ça ne rate pas cette fois-ci, c'est que plein de choses que j'avais remises à plus tard en me disant je le ferai pendant les vacances me retombent dessus à ce moment-là, en plus de diverses occasions sociales de la période (des gens à voir, des choses à faire), bref, ce n'est pas forcément de tout repos. Mais bon, le vrai problème c'est que je me dis je suis en vacances, je ne fais rien et, du coup, ça s'accumule.

Mais parlons d'autre chose. Ces derniers jours, j'ai eu une phase nostalgie informatique. Ça a commencé quand je suis tombé sur un émulateur de la calculatrice TI-92, une calculatrice que j'ai utilisée pendant un temps. Par association d'idées, j'en ai trouvé un autre pour la HP-48, la calculatrice que j'avais en prépa. J'ai toujours été fasciné par les émulateurs, et ceux-ci sont particulièrement soignés (pour la HP-49, il n'y a pas d'aussi jolie chose, même si on nous en promet un jour pour la 49g+ — en attendant, il faut se contenter de ce truc moche pour la 49). D'une part je trouve ça mignon tout plein, d'avoir une calculatrice émulée sur le bureau de l'ordinateur (le plus mignon, en fait, c'est quand elle s'« éteint » pour économiser ses « piles ») ; d'autre part, c'est utile, parce que, finalement, je n'ai pas vraiment d'équivalent sous la forme d'un programme natif (le plus souvent, quand je veux faire des calculs, j'utilise dc ou carrément Pari/GP).

[Splash Screen de Tera (1986)]Après une phase émulateurs de calculatrices, je me suis rappelé que j'avais aussi un émulateur de PC, le fabuleux QEMU, et là j'ai commencé à essayer de repêcher des vieux trucs de l'époque du MS-DOS. [Quelques monstres de Tera]Notamment, un jeu de mon enfance, dont je m'étais brusquement souvenu il y a quelque temps et dont vous voyez ci-contre quelques écrans (tirés de la séquence d'introduction, mais très caractéristiques du jeu) illustrant, notamment par quelques monstres qu'on peut être amené à y combattre, le niveau fulgurant et la perspective fabuleuse des graphismes de l'année 1986 bénie soit sa mémoire. Tellement plus poétique que ce qu'on fait de nos jours.

Dans la foulée, je me suis dit que j'allais mettre une ou deux capture d'écran (en tout cas moins que je n'en présente ici) sur l'article Wikipédia.

Évidemment il s'agit de contenus en théorie sous droit d'auteur (jusqu'en 2056, même, sans compter que la durée du copyright sera étendue plusieurs fois d'ici là). Enfin, ce n'est pas complètement sûr, puisque la compagnie Loriciels n'existe plus : il faudrait voir les termes de sa liquidation, mais il est effectivement probable que les droits aient été transférés en bloc ; en revanche, il est complètement certain que celui qui les détient (1) n'en a aucune idée (le jeu était confidentiel déjà en 1986 et la compagnie a disparu), (2) même s'il le sait, n'en a rien à foutre (un jeu de ce niveau, vingt ans après, on ne cherche plus trop à le protéger) et (3) même s'il en avait quoi que ce soit à foutre, n'irait quand même pas protester pour trois malheureuses captures d'écran. Quand bien même il aurait la folie de se plaindre et, au lieu de simplement demander que les images soient retirées, porter l'affaire devant les tribunaux, il serait amusant de prétendre à un quelconque préjudice du fait de la diffusion de ces images — qui, de toute façon, est à mon avis parfaitement légale sous l'application de la loi stipulant que lorsque l'œuvre a été divulguée, l'auteur ne peut interdire […] sous réserve que soient indiqués clairement le nom de l'auteur et la source […] les analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information de l'œuvre à laquelle elles sont incorporées. Après tant de qualifications, je ne risque pas grand-chose en affichant ça sur mon blog.

Mais sur Wikipédia, qui ne connaît pas la nuance, les images en question ont été effacées en quelques heures : des gens ont en effet décidé que le fair use n'y avait pas droit de cité. Je ne sais pas pour ce qui est du cas général (fair use n'existe pas en droit français ou d'autres pays francophones, mais le droit de citation existe clairement, et pourtant Wikipédia-fr ne propose pas d'invoquer ça quand on uploade une image), mais dans le cas des captures d'écrans de vieux jeux vidéos, c'est vraiment d'une connerie inimaginable. Je ne veux pas me battre contre des moulins à vent et les fanatiques de tous poils, cependant : donc je jette l'éponge, et j'arrête de contribuer à la Wikipédia francophone.

Quoi d'autre ? Aujourd'hui j'ai rencontré un industriel qui cherche à recruter un géomètre algébriste (ce ne sera pas moi, mais je vais peut-être lui souffler quelques noms) : c'est tellement inhabituel que j'en suis assez scié. Aujourd'hui, aussi, je me suis acheté un nouveau modem ADSL (compatible ADSL2+, pour pouvoir passer à un abonnement à la fois plus rapide et moins cher), un Netgear DM111P : au bout du compte, je le trouve très satisfaisant, mais j'ai quand même passé plusieurs heures avant de lui faire faire exactement ce que je voulais : je ne veux pas qu'il fasse la négociation PPP, je veux qu'il la laisse à mon odinateur et qu'il se contente de transmettre des paquets PPPoE : l'option de configuration pour faire ça, c'est RFC2684 bridging (j'ai beau lire la RFC en question, je ne vois vraiment pas le rapport), et ce n'était évidemment expliqué nulle part.

Toujours sans aucun rapport, il y a deux films qui sortent prochainement, Apocalypto et La Môme, dont l'affiche a ceci de commun qu'elle présente un personnage (probablement le personnage central ou éponyme du film) au centre en contre-jour. Je les ai vues, tout à l'heure, l'une à côté de l'autre, et l'effet était involontairement comique. Je me demande si les publicitaires ont prévu des mécanismes pour éviter, en général, que deux publicités placées de façon adjacentes (dans le temps ou dans l'espace) produisent un effet trop désastreux. Ah, et, sinon, un autre film qui vient de sortir (en France), c'est la suite du plus extraordinaire nanar de tous les temps ; je sais que c'est une qualification qu'on est souvent tenté de donner, mais j'ai vu des nanars grandioses et aucun n'arrive à la cheville, en nanaritude, de ce Dünyayı kurtaran adam / Turkish Star Wars (quand je l'ai vu, toute l'assistance était pliée de rire d'un bout à l'autre). Alors je me demande ce que cette suite peut donner.

(jeudi)

Élisabeth IV

J'ai donné un exposé de maths, aujourd'hui, devant une assistance un peu inhabituelle pour moi puisqu'il s'agissait essentiellement de spécialistes d'informatique, de théoriciens du codage, du signal et des réseaux : parler de géométrie algébrique ou arithmétique de façon tout à fait accessible — et pourtant intéressante — pour le non spécialiste, c'est un défi amusant, et où j'espère n'avoir pas totalement échoué, dans cette introduction aux surfaces cubiques. J'ai cependant passé très longtemps, ces derniers jours, à préparer cet exposé : pas faute de bien connaître le sujet, mais pour trouver comment le présenter, et dans un temps raisonnable. Peut-être que maintenant que l'exposé est prêt j'essaierai de le recycler dans un autre cadre. En tout cas j'en ai rêvé la nuit, lundi et avant-hier : c'est d'ailleurs amusant, quand on rêve qu'on va faire un exposé mathématique, de voir la part de vraies maths et de délire complet dans ce qu'on raconte.

Hier, en revanche, j'ai fait un songe tout à fait différent : sans doute influencé par un film que j'ai vu il y a quelque temps, j'ai rêvé qu'on m'apprenait que la reine Élisabeth II était morte, mais, qui plus est, depuis longtemps (depuis 1986, je crois, précisément), et que j'étais sans doute le dernier à ne pas le savoir. J'allais même vérifier sur Wikipédia que cette information était correcte, tant j'avais du mal à le croire, et elle l'était. L'actuelle reine d'Angleterre s'appelait Élisabeth IV, et elle avait quinze ans (ne cherchez pas la logique, hein !) ; je me demandais comment il se faisait que le prince Charles n'ait pas succédé, et on me répondait que personne n'avait voulu de la couronne et qu'il avait fallu faire une douzaine[#] de personnes, qui avaient toutes abdiqué, avant de trouver quelqu'un qui accepte. Et elle avait dû, à quinze ans, choisir entre devenir reine et aller à une soirée (oui, bon, c'est un rêve, quoi). La reine Élisabeth IV se promenait un peu dans son palais qui semblait très labyrinthique. Ensuite, j'ai rêvé que je me réveillais et que je racontais ce rêve dans mon blog (sauf que j'hésitais très longuement entre écrire Élisabeth avec une ‘s’ ou Elizabeth avec un ‘z’) : autant que cette partie-là du rêve soit prémonitoire, tant qu'à faire, d'où cette entrée.

Un rêve, c'est sans doute normal que ce soit plutôt surréaliste, comme ça. Un truc qui m'a fait vraiment disbeliever, ce soir, en revanche, c'est d'apprendre que l'ENS hébergeait, aujourd'hui et demain, un colloque international sur le mariage gay (gai ?), ce dont, évidemment, aucun des nombreux normaliens homos que je connais n'avait rien entendu. (Il est vrai que les titres des communications me donnent assez peu envie d'écouter, mézenfin…)

[#] En vérité, si on croit cette liste (qui me fait irrésistiblement penser à Noblesse oblige), il aurait fallu passer environ 80 personnes avant de trouver une autre Élisabeth.

(dimanche)

Déplacements

Ce soir je suis allé revoir Le Prestige : il est rare que je retourne voir un film au cinéma (les prix sont, il faut bien le dire, assez prohibitifs, surtout quand on n'est plus étudiant), mais la constuction sophistiquée du Prestige, que j'ai énormément aimé la première fois, m'a convaincu de le revoir. Je préfère ne pas en dire plus sur ce film, s'il y a des gens qui ne l'ont pas encore vu, parce que je pense qu'on l'appréciera d'autant plus qu'on est ignorant de ce dont il est question : je me contenterai de le recommander à ceux qui aiment les intrigues compliquées et savamment construites, un peu à la façon d'Agatha Christie ou d'Isaac Asimov.

Après ça j'ai dîné dans un restaurant japonais (un faux, cette fois-ci, où on mange du sushi et où les serveurs parlent chinois), ce qui a été l'occasion pour moi, une fois de plus, de m'étonner de ce mystère profond de la vie : mais où les restaurants japonais se fournissent-ils en glace au thé vert ? J'adore ce parfum de glace, et il semble n'exister, dans cet Univers, que dans les restaurants japonais (et encore, pas tous). Je ne comprends pas pourquoi les grandes marques industrielles, comme Häagen-Dazs, Carte d'Or ou autres, n'ont pas ajouté ce goût à leur répertoire…

En attendant le métro pour rentrer, je regardais la carte du réseau : ce n'est pas comme si je ne la connaissais pas bien, j'en ai un chez moi, mais maintenant ils affichent fièrement le tramway ; comme si on n'avait pas déjà bien compris qu'il ouvrait au public dans une semaine, ce nouveau tramway figure et sur la carte du réseau métro et sur la carte du réseau bus (et aussi sur la carte d'Île-de-France). Je le prendrai peut-être pour aller au parc André Citroën ; mais ce qui me semble, à moi, autrement plus important que le tramway, c'est le fait que le métro restera bientôt ouvert une heure de plus le samedi soir (c'est enfin arrivé).

Dans le métro, je me suis étonné d'un autre des mystères profonds de l'Univers : pourquoi les publicités dans les wagons sont-elles si différentes de celles qu'on voit sur les quais (ou partout ailleurs dans la ville) ? Notamment, pourquoi y voit-on tellement d'offres pour des cours particuliers à domicile (mais il n'y a pas que ça : il y a aussi les cours d'anglais Wall Street Institute — dont je me demande ce qu'ils valent vraiment —, les dernières expositions de la Cité des Sciences, parfois des assurances du style SOS Malus, les solutions de stockage une pièce en plus, et encore quelques autres, plus la presse people sous forme de bandeaux accrochés au toit). Le marché du cours particulier doit être vraiment juteux, j'imagine. Ici il s'agissait d'une pub dont le visuel me semble particulièrement grotesque, montrant un visage qui est celui d'un enfant sur une moitié et celui de Victor Hugo âgé sur l'autre, avec un slogan pas tout à fait aussi ridicule que votre enfant aussi peut être Victor Hugo mais presque : outre que cette pub est nulle, je trouve que l'image est presque effrayante.

Je pensais me coucher tôt : en ce moment non seulement je dors beaucoup trop (jusqu'à treize heures par nuit, et après ça je suis encore fatigué), mais j'ai aussi tendance à me coucher tard. Seulement, alors que je tournais dans la rue pour rentrer chez moi, je me suis rappelé que je devais absolument faire quelque chose au bureau, ce soir impérativement. Certes, l'ENS n'est pas du tout loin de chez moi (environ 20′ de marche), mais je me serais bien passé de cet aller-retour inutile dans le froid (si j'y avais pensé plus tôt, j'aurais pu au moins sortir du métro à un arrêt plus judicieux). Je donne un séminaire jeudi après-midi et je commence déjà à paniquer parce que rien n'est prêt et que j'ai mille choses à faire d'ici là ! Et demain, j'ai encore un rendez-vous chez le dentiste, le matin qui plus est.

(vendredi)

Pensées pendant la nuit

Je suis hypocondriaque, et j'ai d'ailleurs l'impression que cette condition a tendance à empirer avec le temps (ou alors peut-être suis-je méta-hypocondriaque ? ce serait assez typique de moi, en fait). Toujours est-il que c'est surtout la nuit que ça se manifeste, sous la forme de crises d'angoisse qui prennent des formes variées (maux de tête qui me réveillent, réveils en sursauts de terreur, crises de tachycardie ou douleurs diverses au cœur, ou simplement mal-être général et indéfinissable). Des médecins consultés au sujet de certains de ces maux m'ont diplomatiquement fait savoir que j'étais simplement angoissé, et je suis porté à les croire, mais ça ne m'aide pas tant que ça à faire disparaître ces symptômes.

Bref, je passe souvent des périodes plus ou moins longues de ma nuit à attendre, dans un état mentalement plus ou moins cohérent, de retrouver la sérénité nécessaire à me rendormir. J'ignore si c'est la proximité des phases de sommeil paradoxal qui m'y conduit, ou le stress supposé causer ces crises d'insomnie, ou quoi, mais je ressens souvent en ces moments-là une certaine fermentation des pensées (parfois à la limite du délire). Parfois j'ai des idées en ces moments-là (ou juste après le réveil) qui, sur le coup, me semblent géniales et dont je me rends compte, dans un état plus conscient et éveillé, qu'elles sont tout à fait banales ou idiotes ; parfois j'ai un rappel inopiné d'un souvenir que je n'avais pas vraiment perdu mais simplement laissé de côté et qui semble venir de façon vraiment saugrenue.

Hier ou avant-hier, pendant une période d'insomnie (à vrai dire peu inquiète), je me suis souvenu, je ne sais pourquoi, d'un jeu auquel j'avais joué il y a bien longtemps (au début des années '90, sans doute) sur mon premier PC : tout d'un coup, tout m'est revenu avec une clarté presque fulgurante, du détail des graphismes (en CGA 320×200, quatre couleurs noir-rouge-vert-jaune ou noir-magenta-cyan-blanc selon les scènes), aux méandres d'un scénario très approximatif. Il s'agissait d'un jeu sans doute écrit par deux programmeurs (français) amateurs, en Turbo-Pascal, et qui se qualifiait lui-même avec humour de superproduction en graphmodcolor (GraphColorMode étant le nom de la procédure Turbo-Pascal qui activait le mode graphique) et dont le but était de bannir d'un monde futuristico-fantastique le démon Arioch. Je suis assez scié de voir que ce jeu, pourtant hautement confidentiel, Tera, la Cité des crânes, n'est pas inconnu de notre source de wikirenseignement préférée (ceci étant, l'article en question est assez orphelin). Il va falloir que je retrouve le jeu lui-même et que je le lance dans un émulateur pour faire quelques captures d'écran.

Tout aussi récemment, j'ai eu un autre souvenir qui m'est revenu de façon inexpliquée : je me rappelle que mes parents m'ont emmené autrefois (j'avais peut-être autour de dix ans, et c'était peut-être aux États-Unis, mais tout cela est très flou) dans une sorte de musée qui était rempli de quelque chose qui m'échappe (peut-être des poupées, mais c'est vraiment très très très flou, et peut-être que je confonds avec autre chose — ou alors des chinoiseries) qui ressemblait plus à un labyrinthe qu'à un musée : il y avait un nombre faramineux de salles, sans fenêtres, et la visite guidée durait un temps invraisemblable, j'avais trouvé ça terrifiant de voir salle après salle se succéder dans ce dédale et de ne jamais en atteindre le bout. C'est bizarre, parce que c'est un souvenir qui m'a ensuite hanté dans des rêves, mais ce n'est que maintenant que je me rappelle qu'il correspond à une situation réelle (même si je suis complètement incapable de retrouver les détails — il faudra que je demande à ma maman si elle sait de quoi il peut s'agir).

De façon plus terre-à-terre, dans ces moments de demi-sommeil, j'ai toutes sortes d'idées qui me viennent à écrire dans ce blog, et le lendemain soit je suis incapable de les retrouver soit je me rends compte qu'elles n'ont guère d'intérêt. Alors pour me consoler, je fais une entrée sur mes insomnies elles-mêmes. 😐

(lundi)

Nouvelles en bref

(dimanche)

Encore une dent cassée

J'ai encore un bout de dent qui vient de se détacher pendant que je mangeais un biscuit. Cette fois-ci il s'agit d'une molaire de la mâchoire supérieure (côté gauche, la 26 pour être précis).

Je suis effondré.

Je vais voir si mon dentiste peut me recevoir d'urgence demain ou mardi, mais je n'ai pas d'espoir que la dent puisse être sauvée, tant le morceau qui manque est important (et ce qu'on voit n'est pas bien joli). Dans le meilleur des cas, j'imagine que ça veut dire une nouvelle couronne, i.e., encore des mois et des mois de rendez-vous fréquents chez le dentiste (sans parler du coût pharaonique des opérations). Mais surtout, ça veut dire une perte irrémédiable (une fois atteinte, la dent est morte, il n'y a plus rien à faire).

Je suis effondré, parce que je ne comprends pas ce qui se passe : il n'y a pas si longtemps je n'avais jamais eu le moindre problème aux dents (jamais une carie pendant 25 ans) ; en juin 2004, une de mes dents, qui ne m'avait jamais fait mal, a soudainement et complètement explosé (une prémolaire de la mâchoire inférieure : la 45 pour être précis), puis pendant l'été 2005 j'ai eu une carie qui a fait qu'on a dû me dévitaliser et couronner une molaire (la 36) — ça a pris à peu près tout l'hiver dernier et j'en ai abondamment parlé ici — et sa voisine (la 37) a également dû être plombée. Perdre trois dents en l'espace de trois ans c'est un rythme plus qu'effrayant. D'autant plus que ça ne fait même pas six mois que j'ai vu mon dentiste pour la dernière fois et qu'elle est censée avoir vérifié qu'il n'y avait rien comme menace urgente ! Il faut croire que je suis frappé de caries à évolution fulgurante. Pourtant, j'ai l'impression d'avoir une bonne hygiène bucco-dentaire, je me brosse soigneusement les dents deux fois par jours et je ne mangue que très peu de bonbons. Et je n'ai jamais eu la moindre petite douleur à une dent quelconque (peut-être que je suis insensible, en fait). Je ne comprends pas.

Mise à jour (2006-10-30T21:00+0200) : J'ai trouvé une dentiste qui a bien voulu me prendre en urgence, mais comme j'ai eu le malheur de dire que j'avais un léger souffle au cœur, elle n'a pas voulu traiter la carie, elle s'est contentée de mettre un pansement provisoire et de me faire revenir sous antibiotiques. Elle a quand même fait une radio, qui montre qu'il va probablement falloir dévitaliser (donc poser une couronne) mais ce n'est pas complètement sûr non plus.

(lundi)

Ultima Underworld II : The Labyrinth of Worlds

Je n'ai jamais été un grand fan de jeux sur ordinateur : ni quand j'étais petit ni maintenant ; et les trucs comme Kraland ou World of Warcraft (ce dernier fait des ravages chez les normaliens… quoique peut-être pas autant que dans South Park) ne m'attirent absolument pas. J'ai toujours été prodigieusement nul aux jeux d'arcade, et sans aucune patience pour les jeux de réflexion ou de stratégie : ce qui m'attirait un peu, quand même, ce sont les jeux de rôle et d'exploration, où on a une quête à remplir dans un monde à découvrir, et, parmi ceux là, il y a deux séries qui m'ont beaucoup plu, ce sont les King's Quest et les Ultima.

J'ai joué au tout premier King's Quest (jusqu'au bout, et j'étais incroyablement content quand j'ai gagné), ça a été un de mes émerveillements avec les ordinateurs ; et plus tard j'ai joué aux numéros V et VI : il faut dire qu'il y avait un effort de création vraiment impressionnant dans l'intrigue — en revanche, ils souffraient du défaut qu'on se retrouvait souvent à essayer successivement tous les objets possibles devant chaque difficulté, jusqu'à trouver celui qui marche, bref, ça devenait un peu lassant.

S'agissant des Ultima, j'ai surtout joué au VI et au VII (la première partie), ainsi qu'à Underworld : les deux premiers sont surtout impressionnants par la richesse du monde présenté, qui se laisse vraiment très longuement explorer, quant à Underworld, c'est essentiellement, je crois, le jeu qui a créé la version « moderne » de l'affichage en première personne. J'ai tellement aimé Underworld que j'ai créé un éditeur de donjon pour ce jeu et je m'amusais à inventer toutes sortes de labyrinthes diaboliques bourrés de pièges à téléportation et de mécanismes invraisemblables, ou simplement des palais soigneusement conçus que j'aimais ensuite parcourir pour admirer.

Mais il y a un jeu auquel j'ai très longtemps été frustré de ne pas avoir pu jouer, c'est Ultima Underworld II. Je ne sais plus ce qui s'est passé, au juste : un ami à moi devait l'avoir et il l'a perdu dans un crash disque ou quelque chose comme ça, si bien que je n'ai joué qu'un peu au début, juste assez pour me rendre compte que le monde était encore bien plus riche et vaste que dans le premier Underworld (et que, malheureusement, mon éditeur de donjon ne marchait plus et que je ne savais pas décoder les structures de données), mais je ne suis pas allé plus loin que ça. Ensuite, je n'ai plus eu de DOS, et j'ai plus ou moins oublié l'existence de ce jeu, mais tout en conservant le vague regret de ne pas avoir pu vraiment mettre les mains dessus. En plus, la musique (dont voici une interprétation MIDI) utilise un thème que je trouve vraiment excellent, et qui m'a trotté dans la tête pendant toutes ces années.

Eh bien j'ai fini par me prendre en main et par aller chercher sur des sites d'abandonware, où j'ai trouvé une copie du jeu en question. Un petit coup de FreeDOS et de QEMU et j'étais doté d'une machine DOS virtuelle (déjà bien plus puissante que le 486 que j'avais autour de '93) capable de faire tourner le truc. Avec le son, même (AdLib, seulement, cependant). C'est donc avec une certaine émotion que j'ai replongé dans le monde de Britannia et de l'Avatar.

Premier choc : c'est quand même moche. J'ai beau rester totalement isolé des jeux vraiment modernes (et même des premiers grands du genre, comme Myst), j'ai apparemment changé de regard en une douzaine d'années. En fait, le plus frappant, ce n'est pas tant que c'est moche mais que ça manque d'ergonomie (l'usage de la souris et du clavier est, disons, déconcertant — et pourtant Underworld m'avait semblé vraiment excellent sur cet aspect, à l'époque). Cependant, on s'y habitue, et la magie fonctionne encore. Je pense que je vais essayer de finir le jeu, ou en tout cas de l'explorer, pour purger cette frustration de n'avoir pas pu, à l'époque : probablement en trichant un peu (pour booster un peu mon personnage ou pour lire sur le Web la solution des énigmes qui me bloqueraient trop), parce que je n'ai pas envie d'y passer beaucoup de temps, mais tout de même un petit peu sérieusement.

(lundi)

Comment bien acheter Têtu

Je me plains périodiquement que Têtu est un torchon branchouille-snob et vide de contenu. Pour être honnête, je ne sais pas s'il pourrait vraiment en être autrement : je ne suis pas certain de ce qui devrait figurer, dans le meilleur des mondes, dans un magazine gay et lesbien (enfin, s'agissant de Têtu, le et lesbien il faut le dire très très vite) qui ne soit pas totalement nul ; j'ai l'impression que Têtu eut été moins nul, mais ce n'est peut-être qu'une illusion, un souvenir faux du temps où j'étais jeune-con-et-fou (ce qui est vrai, en revanche, c'est qu'il y eut un temps où la couverture ne représentait pas systématiquement un minet à poil[#]). Il y eut même un temps où on eut vu une femme en couverture de Têtu : si, si, c'est possible : sur le nº38 (octobre 1999), par exemple. il y a une jolie photo de Christine Angot en couverture. Passons.

Pourtant, il m'arrive encore de l'acheter. Pourquoi ? À la limite, ce n'est même pas pour le lire : c'est parce qu'acheter Têtu, vu qu'il s'agit du seul magazine gay que le grand public connaît, c'est dire publiquement je suis pédé : c'est un exercice qui a du bon, de temps en temps. Pour le jeune homo ne s'assumant pas du tout que j'ai été un jour, ce fut un peu une épreuve initiatique, d'aller à un kiosque et de l'acheter. Et de se rendre compte, bien entendu, que le buraliste n'allait pas soulever un sourcil, parce qu'il n'en a vraiment rien à foutre ; il arrive cependant qu'on ait droit à un sourire complice (ou est-ce mon imagination ?). S'abonner, c'est trop facile : ce qui est intéressant c'est de l'acheter en public, et éventuellement de le lire en public. Il est à soupçonner que les évolutions de la société rendant de moins en moins difficile l'achat de Têtu (aujourd'hui ça s'achète vraiment partout, ce n'est pas du tout Le Gai Pied) sont compensées par les couvertures et les titres toujours plus aguicheurs, comme s'il fallait que l'épreuve initiatique reste de difficulté constante. 😝 Aujourd'hui, découvrant que mon magasin Champion (qui s'est étendu récemment, j'en ai déjà dit un mot) vendait maintenant aussi la presse, j'en ai acheté un exemplaire, qui promettait de dévoiler les secrets de l'orgasme entre hommes (résultat : le caissier n'a pas soulevé un sourcil). Eh bien, c'est tout aussi vide de contenu que d'habitude.

Bref, Têtu est emblématique. C'est juste dommage que l'emblème soit aussi nul.

[#] Je dis bien à poil. On n'est pas prêt de voir un mec à poils en couverture de Têtu. ☺

(lundi)

De l'habitude du confort et des risques associés

[Diantre, cela faisait longtemps que je n'avais pas laissé passer autant de temps entre deux entrées de ce blog. Je pourrais dire que j'ai été débordé : ce serait un léger mensonge — en revanche, il est vrai que j'ai des journées bien remplies.]

Il y a quelque chose dont je prends fortement conscience en ce moment, c'est à quel point le confort, si c'est quelque chose d'agréable, est aussi un piège redoutable, car on prend très vite l'habitude de tout ce qui le procure et il devient, dès lors, à peu près indispensable — en ce sens que son manque se fait très cruellement ressentir.

Je pourrais multiplier les exemples dans le domaine informatique, déjà : depuis que j'ai un joli portable capable de faire du Wifi (quoique de façon parfois aléatoire, mais il semble que ce ne soit pas spécialement ma faute), je commence à trouver normal d'avoir un accès Internet partout, tout le temps, et si je me rends compte, en m'asseyant dehors pour prendre l'air, que pour une raison quelconque je n'ai pas de Wifi, je suis tout contrarié. Dans la nouvelle bibliothèque de maths de l'ENS (car depuis la rentrée la bibliothèque a déménagé dans le bâtiment nouvellement construit, qui borde la rue Rataud), chaque table est munie d'une prise Ethernet, de sorte que, même en bibliothèque, pendant que je travaille, je peux consulter une référence sur le Web, ou envoyer un mail pour poser une question mathématique, sans même avoir à me lever de ma chaise pour aller au poste de travail le plus proche. Mine de rien, ça fait gagner un peu de productivité (au hasard, tout à l'heure, pour trouver les numéros de volume aux Publications mathématiques de l'IHÉS du volume III des ÉGA, je n'ai eu qu'à aller sur Wikipédia) ; mais mine de rien, c'est aussi un petit confort auquel on prend goût et dont l'absence, un jour, sera irritante.

Mais ce n'est évidemment pas vrai qu'en informatique. À côté de chez moi, mon supermarché Champion s'est agrandi pendant l'été. La durée des travaux a été un peu pénible, parce que je ne trouvais plus rien (en fait, l'organisation des rayons changeait toutes les semaines, au fur et à mesure qu'ils réaménageaient) ; maintenant, il y a plein de nouveaux rayons et je vais pouvoir y trouver toutes sortes de choses que je devais auparavant aller chercher plus loin (exemple idiot : des slips) — eh bien je vais y prendre goût et me déclarer très fâché le jour où, inévitablement, un de ces rayons sera vide.

Et, de façon plus fondamentale, le fait d'habiter Paris, le fait de travailler à 15′ de marche de là où j'habite, le fait de pouvoir prendre tous mes repas sur mon lieu de travail, toutes ces choses sont des éléments de confort qui sont pour moi une chance exceptionnelle et dont je devrai peut-être (sans doute ?) un jour me passer. Ça me fera mal.

Ce que je ne sais décidément pas, c'est comment éviter ces écueils. On peut, évidemment, refuser tout nouvel élément de confort, mais c'est stupide (ou, en tout cas, ça défeate le purpose) : je voudrais trouver une façon de profiter, au maximum, des conforts qui s'offrent à moi sans en devenir dépendant. Je cherche encore.

(samedi)

Money money money

J'ai l'habitude de gérer mon argent de façon très simple, mais pas très sérieuse : une fois de temps en temps je jette un coup d'œil au solde de mon compte courant (via l'interface Web proposée par ma banque), je vérifie qu'il me semble raisonnable, s'il est trop élevé je vire de l'argent vers mon compte dépôt, s'il est trop bas je fais des efforts pour limiter mes dépenses sur une période mal définie. Ça ne marche somme toute pas trop mal — sauf quand je dois faire de grosses dépenses que je n'avais pas vues venir — mais, surtout, ça ne me permet pas d'avoir la moindre idée d'où va mon argent.

Du coup, je prends une bonne résolution de rentrée : je vais tâcher de tenir désormais une comptabilité un minimum sérieuse, en utilisant le logiciel GnuCash. Lequel a le bon goût de savoir importer les formats dans lesquels ma banque me permet de télécharger les écritures sur mon compte, du coup ça me simplifie beaucoup la tâche ; il faut se familiariser avec la comptabilité en partie double, mais ce n'est pas bien difficile une fois qu'on a compris que le principe était de toujours déplacer de l'argent d'un compte à un autre (et heureusement, le manuel est bien fait). Et le programme lui-même a l'air bien pratique (jusque dans des détails comme me permettre d'utiliser le format YYYY-MM-DD que j'affectionne pour les dates, et ce, bien que je lui demande de me parler en anglais et d'utiliser l'euro comme unité de monnaie), notamment avec une organisation hiérarchique des comptes qui permet de gérer la comptabilité avec le niveau de détail qu'on souhaite. [Note : je ne prétends pas faire ces remarques comme comparaison de GnuCash avec un logiciel X ou Y : je n'en ai jamais utilisé d'autre, et je n'y compte pas, donc je ne cherche pas à savoir ce que les autres ont.] Le problème, c'est même que, là, je serais presque tenté de dépenser de l'argent juste pour le rentrer dans la comptabilité. 😝

(mardi)

Casse-tête

[Casse-tête emboîté]Mon petit frère m'a offert, comme cadeau d'anniversaire, un joli, et très symbolique, casse-tête : il est formé d'un signe « mars » argenté et d'un « vénus » doré, initialement emboîtés, qu'il s'agit de détacher. Très approprié, et il comptait d'ailleurs me l'offrir place des Terreaux 😉 (d'hétéros, compris ?). [Casse-tête séparé]En général je n'aime pas trop les casse-tête, mais celui-là m'a séduit par sa simplicité : pas de ficelle, pas de boule ou d'anneau ad hoc, juste deux morceaux de métal, et pas non plus de gags du genre « plein de protubérances dont l'une serait très subtilement différente »… pourtant, il faut en gros six étapes[#] de mouvement pour résoudre le puzzle, et chacune est très « pure », si j'ose dire.

Ce qui me fascine, en fait, c'est qu'on puisse inventer ce genre de trucs. Étant mathématicien, je pense à un casse-tête comme à un labyrinthe dans un espace des configurations d'assez grande dimension (en l'occurrence, six : si on fixe une des parties, l'autre a trois degrés de liberté pour le déplacement et trois pour la rotation) : ce n'est donc pas étonnant que ce soit difficile à résoudre, mais ce qui est surprenant, à mes yeux, est qu'on puisse effectivement mettre au point de tels casse-tête. Utilise-t-on des ordinateurs ? Ou est-ce entièrement conçu à la main ? Fait-on toujours appel aux mêmes astuces ou en invente-t-on de nouvelles ? De quelle marge de liberté dispose-t-on ? (J'ai l'impression que certaines anfractuosités servent deux ou trois fois au cours de la manip, du coup je m'étonne qu'on ait pu les tailler correctement.) Bref, je suis assez impressionné.

[#] Spoiler, d'ailleurs : (1) faire passer l'anneau « femelle » autour de la flèche de l'anneau mâle, (2) faire un demi-tour et revenir à la situation initiale, mais symétrique, (3) faire passer l'anneau « mâle », cette fois, autour de la croix de l'anneau femelle, (4) sortir une des branches de la croix, (5) en faisant passer l'anneau dans le creux de la croix, faire faire un demi-tour à celle-ci et (6) sortir l'autre branche de la croix.

(jeudi)

Le chauffe-eau est mort, vive le chauffe-eau

[Chauffe-eau nouveau]Bon, voici un souci de moins : j'ai trouvé un plombier un peu moins escroc (1060€ TTC, avec un devis en bonne et due forme, pour changer mon ballon) et apparemment compétent, et j'ai maintenant un chauffe-eau neuf qui, j'espère, tiendra un petit moment.

Mais comme un souci ne part jamais sans qu'un autre le remplace, mon disque dur (enfin, un de mes très nombreux disques durs) est mourant. Pfff… va encore falloir débourser des sous rue Montgallet, et surtout, du temps pour copier les ~250Go de données. Hmmm… En fait, c'est pire, c'est peut-être deux disques durs, ou la carte mère (le contrôleur des disques). Ou quelque chose comme ça. Je ne sais pas si j'ai perdu des données, mais j'ai certainement perdu des heures. Update (2006-08-26T02:00) : En fait, c'était apparemment juste un problème d'alim.

(lundi)

Contrariété, anxiété, stress

[Chauffe-eau mourant]Je m'étonne moi-même de constater à quel point la contrariété peut me toucher, et à quel point je perds facilement la sérénité de l'esprit. Cette histoire de chauffe-eau, que beaucoup de gens auraient le bon sens de prendre pour un tracas mineur, m'affecte énormément : pour résumer, j'ai le choix entre accepter l'offre d'un plombier qui m'arnaque dans les grandes largeurs — j'en suis conscient et tout le monde en convient — ou bien risquer que mon ballon actuel se mette d'un instant à l'autre à fuir en grand et inonde[#][#2] l'appartement. Je fais finalement le premier choix, mais je m'en suis rendu vraiment malade : d'être réduit à une pareille impuissance parce que je ne peux pas supporter l'idée du risque ; et d'être certain que c'est la mauvaise décision (mais que l'autre décision était aussi la mauvaise).

Au-delà de cette affaire précise d'eau chaude (qui à ce stade doit lasser mes lecteurs autant qu'elle me pourrit la vie), c'est un problème d'attitude que j'ai en général face aux difficultés : au lieu de savoir les mettre de côté et ne plus y penser quand ce n'est pas nécessaire, je n'arrête pas de les ruminer, je deviens incapable de penser à autre chose, tant que ce n'est pas réglé, à moins de trouver un souci encore plus importante ou éventuellement une joie plus grande (ce qui, en ce moment, n'est pas facile). Bref, c'est un comble que malgré l'éclectisme de mes goûts j'aie tellement de mal à me changer les idées. Voici un élément important à rajouter à mon enfer et mon paradis personnels.

[#] Pourquoi est-ce soudain devenu si urgent ? D'abord parce que j'ai l'impression que son état a empiré de plus en plus vite au cours des derniers jours (cela se devine à l'apparence extérieure et aussi au bruit qu'il fait quand il chauffe ou quand on ouvre l'eau chaude). Aussi parce que je compte partir en vacances la semaine prochaine (je pourrais certes vidanger le chauffe-eau avant de partir, mais je n'oserais pas le remplir en revenant, ce qui voudrait dire vivre absolument sans eau, cf. la note suivante). Certes, c'était une erreur de ma part de laisser les choses en arriver là, mais le chauffe-eau est dans une partie du placard que je n'ouvre normalement jamais.

[#2] Une solution convenable à mes yeux aurait été de vidanger la cuve complètement et de vivre quelque temps sans eau chaude, pendant que je trouve un plombier moins vorace. Las ! les installateurs incompétents ou crétins de ma tuyauterie n'ont pas prévu de vanne permettant de couper l'arrivée d'eau à mon chauffe-eau : donc, pas moyen de le vidanger sans couper complètement l'eau dans l'appartement. (C'est d'ailleurs ridicule, il y a une vanne dans un des conduits connexes au chauffe-eau, mais elle sert à autre chose !) Je ne suis pas convaincu que simplement couper le courant et ne pas utiliser d'eau chaude me protège contre tous les risques.

(lundi)

Prix d'un changement de chauffe-eau

La fuite est réparée (le plombier doit encore repasser pour des fignolages). Mais mon plombier vient de m'annoncer que pour changer mon chauffe-eau il me demanderait 1200€… hors taxes ! Ce prix me semble colossal — il me semble comprendre que l'objet lui-même (un cumulus 100–150L électrique de base) coûte plutôt dans les 200€, et je ne vois pas comment une ou deux journées-hommes de main d'œuvre peuvent expliquer la différence (à moins qu'un plombier gagne dans les 15000€/mois ? je pense quand même que non). Bon, je peux le débourser (et manger des patates pendant quelques mois), mais je voudrais savoir si je ne suis pas en train de me faire pigeonner complètement si j'accepte. Difficile sur le Web de trouver la moindre information… ici on trouve une vague (très vague) fourchette sur le prix de l'objet, quelques idées sur le prix de la pose, mais avec tout ça il n'est pas clair du tout si le prix demandé est raisonnable. Le problème est que je n'ai pas vraiment le temps de faire faire plein de devis.

(dimanche)

Le jour le plus mort

Dimanche treize août : le jour le plus mort de l'année. J'écris cette entrée depuis le Starbucks de la rue des Archives, où j'espérais trouver une connexion WiFi mais apparemment l'enseigne n'est pas à la hauteur de sa réputation. Faute de quoi[#], je regarde les gens passer[#2] et la pluie tomber en buvant un chocolat viennois. (Je me croirais dans un de mes fragments.) Je ne voulais pas rester toute la journée chez moi, mais j'aurais pourtant mieux fait : il va être dur de rentrer sans être trempé. On voit marchant sous des parapluies des couples d'amoureux (hétéros ou homos), parfois je me dis qu'il faudrait que Doisneau soit là pour les photographier… je me rends compte que mon copain me manque. J'essaie de comprendre un mot à la conversation des deux japonaises derrière mois, en vain.

Ah, la pluie se calme et ma batterie se vide. Il va être temps de chercher de quoi dîner.

[#] C'est dans ces circonstances qu'on se rend compte à quel point on est terriblement dépendant d'Internet. Dans les quelques minutes depuis lesquelles j'ai allumé mon ordinateur, j'ai voulu regarder sur le Web combien de temps la pluie risquait encore de durer, récupérer un certain nombre de fichiers qui sont sur mon fixe, et encore quantité d'autres choses… pour m'apercevoir à chaque fois que, non, je ne pouvais pas, faute de connexion réseau. Devrais-je m'acheter une carte Bluetooth, pour me servir de mon mobile comme modem (lui, il a accès au Web, après tout, et j'ai un crédit invraisemblable dont je ne me sers pas sur mon compte-recharge).

[#2] Ou le contraire : je suis pour ainsi dire en vitrine.

(jeudi)

Petites contrariétés de l'été

J'ai vraiment urgemment besoin d'un plombier : il n'y a plus seulement mon chauffe-eau (j'en ai déjà parlé) qui a besoin d'être changé parce qu'il est gravement attaqué par la rouille, il y a maintenant aussi le robinet de ma salle de bain : il s'est inexplicablement mis à fuir — par le bon côté, heureusement… je veux dire que, même fermé, il laisse passer un filet d'eau (pas énorme, certes, mais il remplit tout de même de l'ordre de 15cL en une minute, ce qui représentera 200L dans une journée, ou plus de 6m³ dans un mois ! je n'ai pas les chiffres mais ça doublerait pratiquement ma consommation). Ça doit être le joint qui est défait. <Insérer ici un rant sur le fait qu'il est complètement ridicule qu'on fasse des robinets qui n'aient pas un clapet de sécurité ou quelque chose comme ça, permettant de les fermer de façon complètement sûre.>

Deux problèmes : d'abord, trouver le moyen de faire venir un plombier alors que c'est le week-end étendu du 15 août et que je pars dans une semaine : faire établir un devis et faire la réparation elle-même, en ce temps-là, ça semble totalement impossible ! Et pourtant je ne vois pas comment je peux y couper. Deuxièmement, toruver le moyen de ne pas me faire arnaquer et payer une somme colossale malgré l'urgence et malgré mon ignorance totale des tarifs pratiqués dans ce domaine. (Tout ce que j'ai en tête, c'est l'idée que tous les plombiers sont des escrocs, ce qui est probablement faux, mais ce qui m'aide assez peu pour détecter ceux qui le sont et ceux qui ne le sont pas, surtout si je n'ai pas le temps d'en faire venir plusieurs pour des devis différents à comparer.) Que valent, par exemple, ces gens-là ? Ou ceux-ci ? Comment savoir ? Vaut-il mieux rechercher une boîte d'une certaine taille ou une petite entreprise dans le quartier ? Pourquoi ne trouvé-je aucun tarif sur le Web ?

C'est vraiment le genre de petit tracas dont je n'arrive pas à faire une montagne, et qui me pourrissent rapidement la vie.

Sans aucun rapport, mais pour ne pas me mettre de bonne humeur, il y a un routeur du côté de chez RAP (apparemment situé au niveau de l'Odéon, si j'en crois son nom) qui dysfonctionne depuis cet après-midi et qui perd autour de 20% des paquets[#] qu'il reçoit (de ma part en tout cas) : or il me sert pour me connecter à mon boulot où je reçois mes mails, que je ne peux donc lire qu'avec la plus grande difficulté. Là aussi, j'ai peur que le problème ne soit pas résolu avant un certain temps !

Mise à jour (2006-08-11T16:45+0200) : Bon, un plombier est passé (si j'en suis satisfait je recommanderai son adresse). Il n'avait pas les têtes à clapet nécessaire pour changer le robinet tout de suite (il me dit que c'est très rare que ce genre de têtes fuient), mais il m'a promis de revenir lundi midi, et pour le chauffe-eau il va me faire un devis (la cuve est percée, il faut le changer rapidement). Quant au routeur cr-odeon.rap.prd.fr, apparemment il refonctionne.

[#] J'avoue ne pas comprendre comment une défaillance d'un routeur peut perdre ~20% des paquets reçus… aussi bien un ordinateur qu'un lien physique, ça a quand même fortement tendance à fonctionner en mode tout-ou-rien.

(dimanche)

Les entrées que je n'écris pas

OK, je plaide coupable, ça fait un moment que je n'ai rien écrit ici. Je pourrais expliquer que je suis un peu débordé, mais ce n'est pas spécialement plus vrai en ce moment que d'habitude : c'est plutôt que je passe un peu moins de temps devant des ordinateurs parce que je préfère aller dehors pour travailler en profitant du soleil radieux — or dehors (i.e., dans la cour d'honneur de l'ENS) il n'y a pas vraiment de wifi (et de toute façon je n'ai pas de portable). Peut-être que la semaine qui vient, je vais aller ailleurs, cependant, parce que l'École héberge un festival de science pour lycéens qui a trouvé malin d'installer des œuvres d'art assez hideuses[#] dans la cour en question, qui me donnent envie de fuir. Mais pas forcément devant un écran. Ah, et puis, sinon, je préfère passer mon temps libre avec mon copain qu'avec un ordinateur. Enfin, ces derniers jours, le temps que j'ai passé sur un clavier je l'ai surtout passé à faire des calculs (plus ou moins idiots d'ailleurs) et, avant ça, à m'engueuler avec mes logiciels.

Trêve de justifications foireuses, ce n'est pas mon propos : je voulais parler des entrées que je n'écris pas dans mon blog. Parce que quand il me vient une idée pour laquelle je pourrais écrire une entrée, mais que je n'en ai pas le loisir, je rajoute ça dans une liste que j'intitule vivier à mèmes en me disant que j'aurai le temps plus tard. En fait, souvent, plus tard veut dire jamais, par exemple parce que l'idée ne me semble plus si intéressante plus tard ; le pire, ce sont les fragments littéraires gratuits, là la liste des idées qui me restent à traiter est carrément impressionnante, et s'écoule très lentement (parce qu'il me faut énormément de temps pour écrire un fragment, et il est rare que j'aie et le temps et l'inspiration[#2]). Mais même pour les autres sortes d'entrées j'ai un petit stock d'idées à traiter : cela va des remarques idiotes (du style : il y un bonhomme que je croise régulièrement rue Claude Bernard et qui est le sosie de Bertrand Russell — enfin, du Bertrand Russell tel qu'il était par semple sur cette photo) à des réflexions sur moi-même (par exemple, j'aimerais écrire un portrait de moi comme mathématicien, c'est-à-dire de ma façon de percevoir les mathématiques et d'en faire) en passant par des idées que je trouve géniales (comment utiliser les aficionados de sites pornos comme vaste réservoir de coprocesseurs indiens) ou canulars (si vous êtes sages, un jour je vous parlerai du Club Contexte, qui n'est pas un canular mais je dis ça pour vous embrouiller).

Plus tard ! ☺

[#] Il s'agit de statues intitulées passe-muraille qui représentent des bonshommes en train de traverser des portes ou des arbres ou des tables (c'est-à-dire, en gros, qu'ils ont collé des membres de mannequins sur un arbre pour donner l'impression qu'il y a quelqu'un dedans). En fait, c'est surtout moche et anxiogène (ça donne l'impression que le type est en train de se faire transpercer par un arbre plutôt que le contraire). Il y a aussi des fils rouges, façon rayons laser, qui partent des yeux du buste de Voltaire dans la cour, je ne comprends pas ce qu'ils sont censés vouloir dire mais je trouve que c'est un peu un manque de respect envers ce grand homme. Accessoirement, je ne comprends pas vraiment le rapport entre ces machins et un festival de science pour lycéens.

[#2] Réminiscence d'une vieille blague de physicien à propos des problèmes sexuels de Heisenberg qui, à chaque fois qu'il avait le temps, n'avait pas l'énergie, et à chaque fois qu'il avait la position, n'avait pas l'impulsion.

(lundi)

Des toits aux sous-sols profonds

J'ai beau connaître maintenant plus que bien les bâtiments principaux de l'ENS (ceux du 45 rue d'Ulm), je suis très peu allé dans les bâtiments annexes. Notamment ceux de la rue Lhomond, qui abritent les laboratoires de physique, chimie et sciences de la Terre : inaugurés en 1936 et semblant avoir été préservés dans une bulle temporelle, ces bâtiments sont presque une caricature du laboratoire vieillot et poussiéreux de sciences expérimentales, avec une quantité hallucinante d'objets en tout genre dans tous les coins, énormément de choses cassées ou dont personne ne doit savoir ce qu'elles font là, des pièces de musée qui côtoient des appareils de technique de pointe (mes ces derniers ont tendance à être mis derrière des portes fermées à clé), bref, c'est assez épatant à explorer. Ce que j'ai fait cette nuit avec deux amis.

Nous sommes d'abord montés sur les toits, qui sont nettement plus hauts que ceux à côté de mon bureau, et d'où on a, donc, une bien meilleure vue. On a passé un moment, donc, (avec jumelles et pointeur laser), à tenter d'identifier ce qu'on voyait de Paris. Notamment, il y a quelque chose qu'on voit assez nettement depuis les toits de l'ENS, à peu près en direction du palais omnisports de Bercy, mais sans doute plus loin, peut-être vers Saint-Mandé ou le bois de Vincennes, qui m'intrigue beaucoup : cela ressemble à une petite montagne (je dirais presque un terril, mais en région parisienne c'est assez peu vraisemblable), avec une lumière rouge qui clignote en haut. Même après une fort longue exploration de Google Maps, je n'ai pas réussi à localiser ce truc.

Puis nous sommes descendus dans les sous-sols. Il y a un endroit quasiment mythique dans les profondeurs du département de physique (j'en ai d'ailleurs déjà parlé), c'est une petite pièce enfouie à peut-être trente-quarante mètres sous la Terre où le père Rocard faisait des expériences à l'abri des rayons cosmiques ; j'en avais entendu parler par un maître de conf' du département de physique : ces parties, où on descend par un ascenseur qui ressemble plus à un monte-charge, sont largement en-dessous du niveau des égouts, donc il y a des pompes pour faire remonter l'eau, mais l'histoire veut qu'un jour l'endroit ait été inondé, quelqu'un est descendu par le monte-charge, qui l'a noyé et il est mort, et depuis tout l'endroit a été abandonné. Toujours est-il que le passage qui y mène était mystérieusement ouvert ce soir (il est derrière une porte normalement protégée par un digicode). C'est assez impressionnant à voir : au bout d'un couloir étroit où il n'y a plus de courant depuis au moins trente ans, on tombe sur un ascenseur désaffecté et une échelle ponctuée de trois trappes séparées d'une dizaine de mètres. Moi qui ai fortement le vertige et qui n'aime trop ni les lieux trop étroits ni le noir absolu, je n'ai pas osé m'aventurer là-dedans : peut-être qu'avec un meilleur éclairage je l'aurais fait, mais avec juste une lampe de poche douteuse et un pointeur laser en cas d'urgence, j'ai préféré rester en haut pour attendre mes amis et donner l'alarme s'ils ne revenaient pas. Peut-être aussi que les histoires de cloportes gros comme la main m'ont inquiété (mais apparemment c'est des mythes, en tout cas mes amis n'en ont pas vu ; oui, oui, je sais, les cloportes sont totalement inoffensifs pour l'homme). Donc je ne peux pas rapporter comment est cet endroit qui n'a pas bougé depuis des dizaines d'années, mais indéniablement il existe. D'après un tableau à l'entrée du couloir, il semble que quelqu'un y descende environ tous les deux mois, pour s'assurer qu'il n'y a pas de problème majeur.

(vendredi)

Lettres recommandées

À quelques jours d'intervalle je reçois deux avis de lettres recommandées avec accusé de réception : l'une chez mes parents à Orsay (mais qui est adressée à moi) et l'autre chez moi. Je n'ai pas les lettres elles-mêmes, bien sûr — je n'habite plus chez mes parents et quand le facteur est passé chez moi il était trop tôt pour que je lui ouvre — donc je ne peux qu'émettre des conjectures sur leur contenu. La première, qui m'est adressée chez mes parents, pourrait provenir de ma mutuelle, à laquelle j'ai fait il y a trois mois un chèque de régularisation[#] qu'ils n'ont jamais encaissé, de sorte que j'en viens à me demander si le courrier n'est pas perdu ; mais je les ai appelés pour leur demander des précisions sur ce chèque, ils ont dit qu'ils chercheraient et me rappelleraient, mais en attendant le type au bout du fil a semblé trouver que c'était normal qu'ils mettent trois mois à encaisser un chèque de 1700€. Bon. L'autre lettre recommandée pourrait provenir d'une société de recouvrement de créances allemande, qui m'écrit depuis un moment des lettres (en allemand, pour l'instant non recommandées) pour me demander de l'argent pour une dette complètement imaginaire[#2] : pour l'instant j'ai purement et simplement ignoré leurs courriers, au motif qu'ils n'ont pas à m'écrire en allemand, encore moins pour me réclamer de l'argent que je ne dois à personne, et encore moins sans explication quelconque. (J'imagine que quelqu'un en Allemagne a trouvé mon adresse sur Internet et l'a entrée comme adresse de facturation dans un formulaire quelconque, et que ces cons ne se sont même pas demandé si c'était plausible avant de commencer à me spammer.)

Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi les gens vont chercher des lettres recommandées à la poste ? Ce sont systématiquement des emmerdes, donc on a tout intérêt à les refuser ! Comme ça, celui qui l'a envoyée ne pourra pas utiliser une signature quelconque sur un recommandé comme preuve de réception.

De fait, pour la lettre reçue chez mes parents, comme je n'ai pas envie de passer deux heures juste pour aller à Orsay chercher une lettre, j'ai demandé à mes parents de remettre l'avis dans la boîte aux lettres avec la mention inconnu pas à l'adresse indiquée (pourquoi n'y a-t-il pas une case à cocher, d'ailleurs ? qu'est-ce qu'on est censé faire, normalement, dans ce cas ?). J'en profite pour envoyer une lettre à tous ceux qui étaient susceptibles de m'écrire à Orsay pour leur demander de tenir compte de mon changement d'adresse. Pour l'autre lettre, je ne sais pas encore, peut-être que je la refuserai aussi.

Mais un problème fondamental, à la base, c'est qu'on peut faire perdre un temps fou à quelqu'un en lui expédiant des lettres recommandées, et que le quelqu'un n'a pas moyen de se retourner contre l'expéditeur pour courrier abusif. Ou alors devrais-je chercher ces lettres et envoyer une facture de 150€ à chacun des expéditeurs pour frais de déplacement et de dossier ? (Facture elle-même envoyée par recommandé, évidemment…)

[#] Ils avaient oublié de me prélever mes cotisations pendant plusieurs années, et ils ont fini par me les réclamer sous forme de chèque.

[#2] Ils ne disent même pas en quoi elle consiste, ils citent juste le nom de mon créancier supposé (leur client, donc), qui est apparemment une vidéothèque à Düsseldorf dont je n'ai jamais entendu parler avant de recevoir ces courriers (au moins, du coup, je n'aurai pas de mal à prouver, le cas échéant, que je n'ai rien à voir avec ça, puisque je n'ai jamais mis les pieds à Düsseldorf). Mais jamais la moindre explication sur la dette elle-même, juste des in obiger Angelegenheit et Hauptforderung non explicités. Je trouve ça quand même d'une grossièreté incroyable de demander de l'argent à quelqu'un sans même expliquer pourquoi ! En revanche leurs lettres sont très polies et mielleuses sur la façon dont je peux échelonner les paiements ou des trucs de ce style. Mais il n'y a aucune case vous délirez, je ne vous dois pas d'argent dans les formulaires à remplir.

(lundi)

Terreur nocturne

[Écrit à 01:40, après environ 2h de sommeil.]

Ça m'a repris cette nuit — ça faisait longtemps que ça n'était pas arrivé. Je pense (sans être sûr) que l'élément déclencheur doit être que je m'endors sur un membre (en l'occurrence probablement mon bras gauche), dont la circulation est donc coupée, ce qui me cause une alarme dans un sommeil très profond : je ne m'en réveille qu'à moitié, je suis totalement désorienté, je ne comprends pas ce qui m'arrive, et je me lève avec l'impression d'être en danger mais sans savoir comment ni pourquoi et avec pour toute explication un bras (ou une jambe) engourdi. Mais ce n'est pas fini : cette nuit, j'ai fait quelques pas dans mon appartement, toujours sans être bien réveillé (d'ailleurs, je ne le suis pas encore même en écrivant ces lignes), puis je me suis recouché, et ce n'est qu'encore quelques minutes plus tard, alors que j'essaie de me rendormir, que je fais une crise de tachycardie (je ne sais pas ce qui justifie ce délai : il me semble que l'adrénaline agit pourtant très très rapidement ; mais peut-être que le fait que je sois à moitié endormi tout du long joue un rôle, ou peut-être que c'est parce que je me demande ce qui s'est passé que je panique, vu que je suis encore dans un stade de semi-conscience où je ne peux rien expliquer). Ce coup-ci, je suis monté à ~200 pulsations par minute pendant ce qui m'a semblé une éternité, avant de réussir enfin à me réveiller suffisamment et à me contrôler assez pour me persuader que, non, il n'y avait rien de grave et que mon rythme cardiaque allait de lui-même redevenir normal (ce qui aide, justement, à ce qu'il le redevienne effectivement). Paradoxalement, c'est peut-être justement le fait que je me sois endormi facilement (et tranquillement, heureux) qui a rendu d'autant plus facile le fait que je me bloque sur un bras (si c'est bien ça l'aspect déclencheur) d'où ma panique. Toujours est-il que lors de ces terreurs nocturnes irrationnelles, ce qui me manque le plus est d'avoir quelqu'un à qui parler (juste le fait de prendre le téléphone en main, d'ailleurs, m'aide à me calmer). À la place, j'écris ceci dans mon blog…

(dimanche)

Quels sont votre enfer et votre paradis personnels ?

Je n'aime pas trop, en général, les « chaînes de blogs » (où quelqu'un pose une question ou bien propose un défi que tout le monde reprend ensuite), mais voici une question qui me tient assez à cœur, donc j'invite les blogueurs qui me lisent à y répondre (et à m'envoyer un lien vers leur entrée, que je rajouterai ici — ça me fera aussi l'occasion de découvrir de nouveaux blogs) ; les non-blogueurs ont aussi le droit de répondre, bien sûr, dans les commentaires. Bref, il s'agit de répondre à ceci :

Les dieux ont préparé un enfer et un paradis à votre intention particulière : pouvez-vous décrire à quoi ils ressemblent ?

Quelques remarques sur cette question : d'abord, il n'est pas demandé d'être cohérent (par exemple, se demander ce qui se passe au bout de cent trillions d'années, et si on finit par s'ennuyer), encore moins matériellement concevable — il s'agit plutôt de se mettre dans une perspective de rêve malheureux et heureux, de présenter une vision complètement naïve et instinctive, sans trop de questions. S'agissant de l'enfer, évidemment, on peut imaginer toutes sortes de supplices particulièrement cruels, le but n'est pas de décrire le plus atroce mais celui qui vous serait propre, et peut-être faut-il s'inspirer de cette citation de Kazantzakis dans la Dernière Tentation du Christ (citation dont je rappelle que je cherche toujours l'original) : Les portes du Paradis et de l'Enfer sont côte à côte, identiques toutes les deux.

En ce qui me concerne :

Je commence par décrire mon enfer, ce que je ne peux faire qu'en termes abstraits, car il est sans cesse en mouvement : il s'agit justement de me placer dans des situations toujours différentes, désagréables sans être vraiment atroces, de sorte que je finis par m'y habituer, mais à chaque fois que je m'y habitue, précisément, je suis placé dans un endroit différent. À chaque fois que je m'attache à quelque chose ou à quelqu'un, ce quelque chose ou ce quelqu'un disparaît. Jamais on ne me renseigne sur l'avenir, de sorte que je suis toujours dans le doute sur ce qui va m'arriver, mais je me forme des espoirs qui sont sans cesse déçus. À cette peur, cette incertitude et ce doute s'ajoutent un ennui profond, viscéral, rendu d'autant plus insupportable qu'on sent qu'on devrait faire quelque chose, mais toute possibilité en est trompée, car dès que je commence à le tenter, la possibilité m'en est soustraite.

À présent voici mon paradis, présenté dans des termes beaucoup plus concrets (de façon abstraite, je l'ai déjà expliqué : le paradis, c'est les autres). Je suis dans un palais gigantesque, à la fois labyrinthique (on ne se lasse jamais de l'explorer) et pourtant familier (je m'y sens parfaitement chez moi) ; il a des portes et des fenêtres qui donnent sur toutes sortes de lieux pourtant très distants, notamment une baie vitrée au sommet d'une tour d'où on a une vue dégagée sur une ville dans laquelle je peux sortir me promener, d'autres sur des parcs, tandis qu'un autre côté donne sur une terrasse ensoleillée comme au milieu des champs de la Toscane dans un été perpétuel ; la maison héberge également une très grande bibliothèque (imaginez plutôt des livres neufs que de vieux poussiéreux), et, bien entendu, quantité de tableaux noirs pour pouvoir faire des maths 😉. Il va sans dire que le palais serait toujours parfaitement propre, et que la cuisine regorgerait des meilleurs plats, apparus de nulle part. Mais surtout, je ne suis seul que quand je veux l'être : j'ai, pour compagnie, un joli garçon que j'aime, et aussi tous mes amis et mes proches et même tous ceux que j'admire et que je veux rencontrer ; personne ne disparaît jamais (ou ne tombe malade) ni ne se fâche, et nous avons un temps infini pour deviser de toutes les choses que l'on peut savoir et de quelques autres, autour de repas délicieux. (Bizarrement, je remarque que les ordinateurs ne jouent presque aucun rôle dans mon rêve de paradis : peut-être parce qu'ils sont l'instrument du diable et n'ont donc aucune place au ciel, peut-être parce que je les conçois essentiellement comme des instruments de communication et que dans ce paradis je pourrais toujours parler aux gens face à face.)

(mardi)

Marathon en vue

Les jours qui viennent risquent d'être furieusement chargés. Comme l'an dernier, je coordonne les soutenances d'exposés de maîtrise des élèves matheux de première année à l'ENS, donc de lundi à vendredi en huit je passerai mes journées à écouter des exposés très variés (six par jour) : c'est passionnant, mais aussi assez épuisant. Il y en a déjà deux cette semaine (mercredi et vendredi matin), auxquels il faut rajouter (jeudi après-midi) la soutenance d'un étudiant indien qui était venu chez nous dans le cadre d'un échange et à qui j'ai fait faire un peu de maths-info. Jeudi matin, j'irai sans doute assister aux délibérations (pour l'admissibilité) du concours d'entrée à l'ENS. Et vendredi après-midi, comme je l'ai déjà fait savoir (et tous ceux qui m'entourent commencent à vraiment le savoir 😉), je donne un exposé sur un résultat de Kollár (et j'ai l'impression angoissante de ne vraiment pas être assez prêt, j'ai encore plein de références à regarder de plus près). Hier soir (jusque fort tard, d'ailleurs) je mettais au point un texte explicatif (sur le polygone de Newton) pour mes agrégatifs chéris. Jeudi soir, enfin, il y a à l'École une conférence, ouverte à tous (et organisée par l'association Pollens), sur la loi sur le droit d'auteur, à laquelle parlera mon ami (et néanmoins collègue) David Monniaux : venez-y (c'est en salle Dussane, il y a projection d'un film à 20h et débat à 20h30) !

Bon, tout ça est intéressant, je ne suis pas en train de me plaindre. Mais il est quand même vrai que je fatigue facilement. Peut-être aussi qu'en ce moment je voudrais avoir un peu plus de temps pour nous.

(samedi)

And I think to myself, what a wonderful world

Je vois des petits cœurs et des petites étoiles partout. Je vais dormir heureux, ce soir.

(mercredi)

Amis

Un jour on m'a demandé ce que j'avais de plus précieux au monde. La réponse me semble tout à fait claire : mes amis. C'est peut-être une réponse de bisounours, mais j'y crois vraiment, et je pense que c'est une chance inouïe d'avoir des amis comme j'ai. Ça va de pair avec quelque chose d'autre : l'activité que j'aime le plus au monde, c'est converser avec des gens intéressants (parler ou les écouter parler, de tout et de rien, de science, de culture, de ragots, du temps qu'il fait, ou de beaucoup de private jokes). En ce moment, j'y passe souvent mes soirées (parce que la météo est propice au fait de passer de longs moments dehors à bavarder en profitant de la douceur du crépuscule), c'est d'ailleurs un peu problématique quand je rentre chez moi trop tard pour faire les courses, mais bon… C'est bizarre, je suis un être à la fois très timide (pour ne pas dire solitaire) par certains aspects et complètement social de l'autre (j'ai vraiment besoin de compagnie pour me sentir bien, et c'est la raison pour laquelle le mois d'août est pour moi chaque année un moment vraiment difficile à passer.

De plus, je me rends compte que, épigone revendiqué de l'éclectisme oblige, ce que j'apprécie le plus chez mes amis, c'est leur diversité. Il y a des gens qui me parlent parfois de leur meilleur ami ou, encore plus fort, de leur n-ième meilleur ami (pour n allant éventuellement loin : quelqu'un m'avait un jour parlé de son 8e meilleur ami avec un naturel confondant), comme s'ils avaient un ordre de préférence très net dans leur tête : moi, ça me semble complètement absurde — si j'ai des amis variés, c'est parce que j'apprécie la diversité de leurs caractères, de leurs qualités (et parfois même, de leurs défauts[#]), chacun m'apporte quelque chose d'irremplaçable et je ne peux pas mettre d'ordre dessus (bon, après, c'est évident qu'il y en a dont je me sens plus proche que d'autres). Un petit plaisantin me faisait remarquer, d'ailleurs, que cette vision de l'amitié pourrait se dire : in varietate concordia ; alors que d'autres bandes de potes préfèrent le e pluribus unum[#2]. 😉

Voilà. Désolé pour le ton gentiment niais, mais j'ai envie de dire, là : merci à tous (ceux qui m'entourez, et même ceux que je ne connais pas bien ou que je ne vois pas souvent), pour ce que vous êtes.

[#] J'aime bien dire, citant en cela Liz Taylor, que je me méfie des gens qui n'ont pas de défauts : souvent on découvre qu'ils ont des qualités assez pénibles. Donc tous mes amis ont des défauts (certes pas autant que moi ☺), et je ne m'en passerais pour rien au monde.

[#2] Si par hasard il faut expliciter : in varietate concordia (unis dans la diversité) est la devise de l'Union européenne tandis que celle à laquelle elle répond manifestement, e pluribus unum (quelque chose comme de plusieurs, un seul) est (ou a été) celle des États-Unis, et est d'ailleurs explicitement utilisée par Saint Augustin (au livre IV des Confessions), pour décrire sa conception de l'amitié. Comme je ne suis pas spécialement adepte de Saint Augustin, je ne m'étonne pas de penser différemment…

(vendredi)

La vie, c'est étonnant

On sait quelle propension j'ai à raconter ma vie (et sans doute, me fait-on remarquer, à en dire trop). Aujourd'hui, j'ai essentiellement écouté celle des autres, plusieurs personnes indépendamment (bon, mettons deux et demi) m'ayant fait l'honneur de me faire des confidences. La conclusion principale que j'en tire, c'est : persuader les gens d'être heureux, ça peut être difficile… mais qu'est-ce que c'est gratifiant ! Alors je vais me coucher, fatigué mais content, avec l'impression d'avoir peut-être un peu servi à quelque chose.

(jeudi)

Déclaration d'impôts

Mon degré d'incompétence avec la paperasse m'impressionne… Chaque année, donc, remplir la déclaration de revenus est un calvaire. Là, j'ai réussi à franchir une première grande étape pour cette année : la génération du certificat pour la déclaration en ligne — pour cela, il fallait retrouver trois obscurs numéros (nº fiscal, nº de télédéclarant, et revenu fiscal de référence de l'année précédente) figurant parmi des centaines d'autres numéros dans les différents papiers que m'envoie l'administration fiscale. Bon, après coup je me suis rendu compte que j'avais intelligemment noté tous ces numéros sur un fichier sur mon ordinateur, mais bien sûr je n'y ai pas pensé avant, du coup j'ai perdu une heure à éplucher ces foutus papiers (et à ne pas comprendre pourquoi je ne trouvais pas mon revenu fiscal de référence sur mon avis de taxes foncières, parce que j'avais confondu avec la taxe d'habitation). L'étape suivante s'annonce plus dure : le revenu principal (mon salaire, case AJ) est évidemment prérempli, ce qui ne me sert pas à grand-chose parce qu'il est de toute façon très facile à trouver, mais il y a des cases obscures (TR, TS et CA, pour être exact) où doivent s'inscrire des revenus, très faibles, de comptes rémunérés, et les montants à faire figurer dans ces cases sont quelque part dans des courriers que ma banque m'a envoyés — chez mes parents, sinon ce ne serait pas drôle — il y a quelques mois et qui n'ont, évidemment, pas été ouverts et sont perdus sous une montagne d'autres (et apparemment ma banque n'est pas fichue de faire figurer ces chiffres sur le site Web de gestion de mes comptes par Internet, ni de la communiquer directement à l'administration fiscale). Comme chaque année, j'hésite entre partir à la recherche de ces fichus papiers ou bien simplement inscrire dans la case une majoration grossière du montant qui pourrait y être (une solution tentante, vu que je me fous assez de payer au maximum 30€ d'impôts en trop parce que j'aurais surestimé le montant en question, mais je ne peux pas faire comme ça à chaque fois).

Globalement j'ai quand même l'impression de perdre un temps fou juste pour recopier quelque chose comme cinq nombres.

En revanche, je suis vraiment très content du nouveau site de télédéclaration : autant l'an dernier j'en avais été très mécontent, autant cette année ça semble vraiment bien fait.

(dimanche)

Ouille ! Mon épaule !

Dans la série mes petits problèmes de santé racontés sur mon blog : depuis ce matin au réveil, j'ai très mal à l'épaule (droite), à tel point que je me demande s'il n'est pas possible qu'elle soit déboîtée. Pourtant, je ne comprends pas comment j'ai pu faire un faux mouvement dans mon sommeil !

Comme la douleur devenait vraiment pénible et que je me voyais mal retourner aux urgences, je viens d'appeler SOS Médecins.

Suite : Apparemment c'est musculaire. Ah oui, vous avez un joli nœud, là… Du coup, on m'a prescrit un anti-inflammatoire, une crème myo-relaxante et des antalgiques. (N'empêche que je ne comprends pas, si c'est musculaire, pourquoi ça fait crac quand je la bouge d'avant en arrière, et le médecin n'a pas été super clair, là.)

(mercredi)

Conversations de matheux, corps à un élément, apprentissage et petits gâteaux

Le mercredi après-midi, au département de maths de l'ENS, nous avons notre thé hebdomadaire : tout le monde (enseignants, chercheurs, invités de passage, étudiants… et quelques informaticiens déçus qu'il n'y ait rien de tel dans leur département), enfin, tous ceux qui veulent venir, se retrouve en salle Jean-Louis Verdier[#] pour partager thé[#2], jus d'orange et petits gâteaux achetés sur les fonds secrets du département (enfin, aujourd'hui, on était à court de petits gâteaux, mais normalement il y en a). Et c'est décidément un moment très convivial.

La conversation, naturellement, outre les sujets récurrents chez les normaliens[#3], tourne autour de potins et de ragots mathématiques[#4], mais aussi autour de mathématiques proprement dites, souvent de façon plus ou moins ludique. Par exemple on évoque régulièrement des résultats mathématiques qui nous semblent particulièrement surprenants, ou choquants : le fait que la somme de deux convexes du plan de frontière C a une frontière C6 mais pas C7 en général ; le fait que toute variété différentiable homéomorphe à Rn est difféomorphe à Rn sauf pour n=4 ; le fait qu'une série de distributions delta, en des points tous distincts, pondérées par des coefficients tous non nuls peut converger vers la distribution nulle ; etc. Nous avons également débattu de savoir quel style de rédaction mathématique offre la plus grande clarté (vaut-il mieux une démonstration compréhensible ligne à ligne et dont la rigueur est inattaquable mais dont on ne parvient pas à dégager les idées directrices générales, ou au contraire une démonstration qui fasse clairement ressortir les idées sous-jacentes mais demeure perfectible dans beaucoup de détails parfois fastidieux à compléter ? et comment parvenir à allier les qualités de ceux styles tout en évitant leurs défauts ?).

Aujourd'hui, nous[#5] nous sommes mis à papoter sur le corps à un élément et sur le corps résiduel des réels. Cela va sembler complètement sibyllin aux non-mathématiciens, mais il s'agit (surtout pour le premier) d'une fantaisie récurrente des algébristes (dont le statut varie, selon les circonstances, entre de la recherche sérieuse et une blague de matheux) ; la plupart des personnes ayant fait des maths au niveau du second cycle savent bien qu'un corps doit avoir au moins deux éléments (à savoir 0 et 1, qui ne coïncident que dans l'anneau nul, ce dernier n'étant pas un corps) : mais il se trouve qu'un nombre important de résultats d'algèbre ou de théorie des nombres semblent pouvoir s'expliquer, par analogie, comme si elles provenaient de l'existence d'un objet que, à l'heure actuelle, personne ne sait définir correctement (et qui n'est certainement pas un corps au sens usuel, et qui n'a probablement pas non plus un élément en aucun sens naïf[#6]) mais que suite à ces analogies on appelle corps à un élément (sur lequel, notamment, l'anneau des entiers serait une algèbre), F1. Là où il s'agit d'une blague, c'est quand on se met à explorer les analogies les plus fumeuses sur le corps à un élément, du style : comme tout corps fini, le corps à un élément à une extension de degré n, qui est le corps à 1n éléments, qui n'est bien sûr pas la même chose que le corps à un élément ; et il a un frobenius, qui est l'élévation à la puissance 1, qui n'est bien sûr pas l'identité… si vous êtes un être humain normal, donc pas un algébriste, il est sans doute naturel que vous ne trouviez pas ça drôle. 😝 Là où c'est plus sérieux, c'est quand on espère qu'une définition rigoureuse de cet objet mystérieux permettrait de tirer correctement des analogies : notamment, l'hypothèse de Riemann (dont la tête est mise à prix) aurait des chances de pouvoir être abordée comme l'analogue des conjectures de Weil (qui, comme leur nom ne l'indique pas, sont maintenant des théorèmes) pour le spectre des entiers vu comme variété sur le corps à un élément. Malheureusement, si des définitions partielles ont été proposées pour le corps à un élément (ici et par exemple), non seulement aucune n'est complète (aucune, notamment, ne permet de donner un sens intelligent au produit tensoriel de Z avec lui-même au-dessus de F1) mais en plus elles ne sont pas d'accord entre elles. Quant au corps résiduel des réels, c'est quelque chose dans le même style… ce serait un corps fini qui aurait la bizarre propriété d'avoir une unique extension, de degré deux (le corps résiduel des complexes) qui soit algébriquement close ; là, personne n'a trop d'idée de combien d'éléments il serait censé avoir (on peut donner des arguments pour 0, 1, 2, 3, ou même 2.718… ou une infinité ; personnellement, j'ai tendance à croire qu'il a un seul élément mais dont deux sont non nuls !).

Bon, heureusement, pendant que certains mathématiciens se demandent combien d'éléments a un corps à un élément, d'autres font des choses utiles, comme se pencher sur les manières de construire un filtre à spam efficace : mes collègues statisticiens organisent à l'ENS un colloque sur les fondements mathématiques de l'apprentissage, ou comment apprendre (à un ordinateur, disons), à partir d'un échantillon de données et de réponses associées (du style, ceci est un spam, ceci n'est pas un spam — mais je ne voudrais pas donner l'idée que l'apprentissage ne sert qu'à trier le spam !), à tirer des réponses correctes sur d'autres données. Par exemple, le filtre à spam que j'utilise, qui est essentiellement un filtre bayesien avec quelques améliorations (comme je ne suis pas statisticien, je ne comprends pas grand-chose, là), a tendance à se faire avoir à cause du problème suivant : quasiment tous les mails que je reçois en anglais sont du spam, contre très peu des mails en français — du coup, au lieu d'apprendre à reconnaître le spam et le ham (= non-spam), il a surtout appris à reconnaître l'anglais du français, et quand on m'envoie un mail en anglais, très souvent il passe à la poubelle… alors je me sens assez concerné par ce genre de questions !

[#] Note mentale : il faudra créer un article Wikipédia sur Verdier.

[#2] Il est vrai que c'est plutôt le café que les matheux sont censés transformer en théorèmes, mais il faut un peu de tout : avec du thé on produit des conjectures, l'espresso donne des lemmes, le capuccino des corollaires, le jus d'orange des définitions, etc. En revanche, il faut éviter le déca : avec ça, on produit des contre-exemples — ça a la saveur d'un théorème, mais on send bien qu'il manque quelque chose. Et évidemment, le Coca-Cola, lui, donne des programmes informatiques.

[#3] Comme l'incompréhension totale devant les dernières mesures prises par les responsables hygiène et sécurité de l'établissement, ou la difficulté de trouver un quatrième partenaire pour jouer au bridge.

[#4] En cette saison de l'année, ce genre de potins prennent assurément une tournure la vie est dure, mais ce n'est pas toujours le cas. Un de mes collègues soutient bientôt sa thèse, alors on discutait de comment il faut décoder les phrases dans les rapports du jury : si c'est écrit a prouvé de bonnes qualités d'enseignant, ça veut dire qu'ils pensent que tu es un mauvais chercheur…

[#5] Nous, en l'occurrence, c'est surtout Xavier Caruso et moi. Il peut tout nier mais des gens l'ont vu.

[#6] D'ailleurs, on remarquait justement que, selon les auteurs, le corps a un élément semble avoir (au sens du nombre de points de le droite affine sur ce corps…) deux ou trois éléments. 😉 Mais si on tient absolument à avoir une réponse intuitive, l'idée serait que le corps à un élément a un 1 mais n'a pas de 0 — explication à ne pas prendre très au sérieux, cependant !

(dimanche)

Schizophrénie légère

Non, le titre de cette entrée n'est (heureusement !) pas un diagnostic médical qu'on aurait formulé à mon sujet. C'est plutôt une impression « artistique » — si j'ose dire — d'un état mental, pas forcément désagréable, où je me trouve. L'impression d'avoir quantités d'idées, de sentiments, de mèmes, qui me tournent autour de la tête, mais où aucun ne semble s'imposer nettement. Je poursuis mentalement une de ces idées pendant quelques secondes, puis une autre, puis une autre, et je papillonne sans aller nulle part, mais sans en ressentir d'angoisse particulière pour autant. C'est un état fréquent lorsque je m'apprête (surtout le soir) à écrire une entrée dans mon blog (surtout après une pause) et que je me demande de quoi vais-je parler aujourd'hui ? — quantités d'idées se présentent à moi, puis repartent. C'est l'état de l'écrivain devant la feuille blanche, particulièrement l'adorateur de l'éclectisme. Parfois des potentialités peuvent se former dans ce magma. Dans ces cas-là, souvent, je préfère ne pas gâcher cet état et ne rien écrire (choisir une idée pour la poursuivre durablement a tendance à me faire sortir de cette sorte d'euphorie) : j'écoute des morceaux de musique variés, passant aléatoirement d'un style à un autre comme mon imagination vagabonde d'une idée à une autre.

Mais là, en fait, je crois qu'il est surtout temps de me coucher.

(samedi)

Embellie ?

Bon, je crois que je vais mieux, notamment après avoir passé une vingtaine d'heures à dormir et m'être aéré les idées (je suis allé voir Transamerica, que j'ai trouvé très bon). J'ai aussi reçu des mails qui m'ont remonté le moral en me faisant comprendre que je ne devais vraiment pas prendre mes résultats de concours comme un désaveu de la part de la communauté mathématique.

(vendredi)

Craquage

Après une nuit passée à alterner cauchemars et insomnies, je me dis que je suis en train de craquer complètement.

Je pense qu'un bout d'aide médicamenteuse ne serait pas inutile le temps que j'arrive à recoller un peu les morceaux : à moins d'une (improbable) amélioration rapide, je vais sans doute me mettre à la recherche d'un psychiatre compétent. En attendant, je vais au moins essayer que tout ça n'affecte pas mon travail…

P.S. : La lecture de mon blog doit être vraiment inintéressante pour plein de gens, en ce moment, surtout si on vient pour l'éclectisme habituel de mes sujets de discussion… Je vais sans doute parler encore un peu de mes échecs, histoire d'évacuer ce que j'ai à dire, et puis, promis, j'essaie de passer à autre chose et de ne pas ruminer.

(jeudi)

ENS Lyon → merci d'avoir joué

Là je ne gagne même pas un lot de consolation : ils ne m'ont pas classé. Sans doute mon impression d'avoir assez bien réussi mon exposé était fausse, ou peut-être la commission avait-elle déjà fait son choix.

Je ne suis pas sûr de poser de nouvelles candidatures l'an prochain : je ne me sens vraiment pas capable, ni de passer un an à être sous la pression infernale de « si je ne publie pas un truc de plus, je suis foutu », ni de vivre une fois de plus un effondrement nerveux tel que je l'ai connu ces derniers jours. D'un autre côté, si je n'ai pas le droit d'être mathématicien, je ne sais pas ce que je suis capable de faire d'autre (si c'est juste pour avoir de quoi manger, je peux certainement faire prof en lycée, mais je ne sais pas si je suis mentalement capable de ne pas faire des maths).

(mardi)

De retour de Lyon

Me voilà revenu de ma dernière audition pour cette année. Difficile, évidemment, de juger si ça s'est bien passé, mais disons au moins que je n'ai pas l'impression d'avoir fait beaucoup moins bien que ce que j'aurais pu (au moins compte tenu du fait que j'étais mort de trouille et que je n'avais dormi que trois heures la nuit précédente). L'exercice consistant à faire un exposé à la fois compréhensible pour les non spécialistes du domaine (pour leur donner quand même une idée de la portée de mes travaux) et intéressant pour les spécialistes (donc qui ne reste pas dans de vagues généralités) était assez impossible, mais je crois ne pas avoir complètement échoué pour autant. Les questions, d'ailleurs, avaient plus tendance à porter sur le contenu mathématique que lors de mes deux précédentes auditions, et c'était plutôt agréable. En somme, si on ne retient pas ma candidature, je prendrai ça comme un signe que mes thèmes de recherche ne sont pas ceux qu'ils veulent prioritairement voir développés à l'ENS Lyon et pas comme un échec personnel.

Sur le plan de l'aménagement intérieur, l'École (que je ne connaissais que très vaguement), ou au moins ce que j'ai vu du département de maths, m'a fait bonne impression, d'ailleurs : je ne saurais pas dire en quoi exactement, mais il y a un petit effet cocon assez plaisant. En revanche, ça ressemble aussi à un labyrinthe, et il faut un badge partout (j'ai dû laisser une pièce d'identité à l'entrée juste pour pouvoir franchir la porte, ce qui n'est vraiment pas le genre à Paris). Merci, au passage, à celui qui m'a aidé à retrouver mon chemin pour sortir (et pour localiser le bureau d'un ami, qui n'était cependant pas là). Et merci à Maman mouton qui m'a amené sur place dans les temps et malgré les embouteillages.

Bon, pour me remettre de ces émotions, je vais de ce pas faire quelques courses.

(dimanche)

Lyon, dernière étape

Je passe après-demain matin mon audition à l'ENS Lyon. Ce sera la dernière pour cette année. L'originalité de cette audition, c'est notamment qu'il s'agit de la création d'une nouvelle équipe (algèbre / théorie des nombres : domaines encore non représentés à Lyon ; c'est une idée que je trouve excitante), donc il s'agit de « vendre » mon domaine de recherche à des mathématiciens spécialistes, pour la plupart, de tout autres branches : heureusement, j'ai un peu plus de temps pour ça (15′–20′) que je n'en avais à Paris VI. Hélas, j'ai peur d'être assez peu doué pour me « vendre » ; et c'est d'ailleurs un exercice hautement périlleux : parmi les capacités qui me rendraient, je pense éventuellement désirable pour la création d'une nouvelle équipe d'algébristes, il y a le fait que je connais beaucoup de gens (typiquement normaliens) un peu ou beaucoup plus jeunes que moi, dans des domaines voisins du mien ou plus éloignés, et que je m'intéresse aussi à ce que font les matheux dans les branches plus lointains, que j'arrive à tenir des conversations scientifiquement intéressantes avec eux : mais tout ça, c'est à peu près impossible à faire ressortir dans ce genre d'exposé (si je dis j'ai une grande culture mathématique, ça fait ridiculement prétentieux, par exemple). Et bien sûr, tous les candidats auditionnés sont terriblement forts. Bref, globalement, je ne dois pas trop compter sur ce poste (qui, pourtant, me plairait énormément) ; mais ce serait absurde de ne pas tenter quand même de le décrocher.

Je voyage demain, donc (mes transparents et mon pointeur laser sont prêts, mon exposé a été répété, et maman Mouton m'accueille pour la nuit de lundi à mardi — où je vais sûrement bien peu dormir à cause du stress).

(vendredi)

Paris VI → merci d'avoir joué

Université de Paris VI, recrutement des maîtres de conférences, section 25, poste nº0971 (algèbre et arithmétique effectives), sur sept candidats auditionnés :

  1. Pierre Charollois
  2. David Madore
  3. Amaury Thuillier
  4. Gabor Wiese

Je repars avec comme cadeau de consolation un dictionnaire de poche des mathématiques… ah non, même pas. Bon, je repars avec le droit de prier pour que le Monsieur avant moi trouve très rapidement un poste payé dix fois plus, ou qu'il ne supporte pas l'idée de l'amiante de Jussieu ou quelque chose comme ça. Peu probable, quand même.

Sur l'autre poste à Jussieu, et sur le poste à Caen, je ne suis pas classé. Il me reste une audition à passer pour cette année, à l'ENS Lyon.

(jeudi)

Les urgences (vues de l'intérieur)

Je ne sais pas ce que je m'attendais à trouver dans les urgences d'un grand hôpital, mais certainement pas ce que j'ai vu. En fait, je crois que je pensais trouver des salles d'attente bondées et vaguement crasseuses où les lits s'entassent et où on poireaute des heures pendant que les médecins et infirmiers courent dans tous les sens pour s'occuper de tout ce monde. Comme dans la série, quoi. Eh bien absolument pas. D'abord, ce n'est pas crasseux, c'est incroyablement propre : en fait, je n'ai jamais vu, nulle part, un endroit aussi impeccable que les couloirs des urgences de la Pitié-Salpêtrière ; c'est rassurant, évidemment, s'agissant d'un hôpital, mais je pouvais imaginer un bon niveau d'asepsie sans une telle propreté — apparemment les deux vont ensemble. Ensuite, ce n'était pas bondé : c'était même plutôt désert quand je me suis pointé vers 8h30, et ce n'était toujours pas très chargé quand je suis reparti vers 13h. En revanche, comme on peut le constater sur ces horaires, on attend effectivement. Beaucoup. Longtemps. Et on ne sait pas très bien quoi : tout le personnel a l'air très affairé, mais il a aussi l'air de beaucoup ignorer les patients, comme si ceux-ci étaient des spectateurs, autorisés à regarder mais sûrement pas à participer, dans leurs tâches ésotériques. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne soient pas gentils : les quatre soignants à qui j'ai principalement eu affaire étaient tout à fait amicaux et souriants. Mais affairés.

Revenons donc au début : j'ai commencé à me sentir nauséeux hier soir, et pendant que j'étais au cinéma (voir C.R.A.Z.Y. — j'essaierai d'en parler plus en détail plus tard — que du coup je n'ai pas vraiment pu apprécier) je me suis trouvé de plus en plus mal, j'ai pensé que rentrer à pied (depuis Bercy) me ferait du bien, mais ça n'a fait qu'empirer, puis j'ai commencé à vomir énormément, et du coup je n'ai à peu près pas dormi de la nuit. Comme je ne sais pas distinguer, moi, les symptômes d'une gastro-entérite de ceux d'un empoisonnement alimentaire ou de quelque chose de plus grave, je me suis dit que j'allais pointer aux urgences (où, par exemple, ils pourraient faire des analyses qu'un médecin en consultation ne pourrait pas faire). Bon, c'était peut-être exagéré (d'un autre côté, quand je vois la plupart des autres gens qui étaient là, aux urgences, je ne crois pas) mais j'avoue que je me sentais vraiment mal et que j'appréciais l'idée d'être pris en charge.

On commence donc vers 8h30. Je passe sur le premier problème qui est de trouver les urgences dans cet immense dédale qu'est la Pitié (je ne sais pas s'il y a un classement quelque part des hôpitaux par leur taille, mais il est certainement en bonne place) : en fait, une fois qu'on a la bonne idée de se rendre compte que c'est fléché au sol, c'est facile. Une fois dans le bon bâtiment, on est déjà étonné de trouver l'endroit désert (je veux dire, le hall d'accueil). On demande à être admis : mais avant cela il faut poireauter une bonne vingtaine de minutes pendant que la secrétaire (seule, appparemment, à sa machine) s'occupe de trouver le dossier informatique du Monsieur qu'une demi-douzaine de beaux pompiers musclés ont amené (le Monsieur, apparemment, est un habitué, rigolent les pompiers, mais trouver son dossier s'avère un peu compliqué puisque l'orthographe de son nom est au mieux incertaine — est-ce Caquelin, Caquelain, Caclain… ? — et que la date de naissance ne coïncide pas). Après quoi, on vous fait passer devant une infirmière (ou peut-être pas une infirmière, je ne sais pas, en fait) qui fait une première interrogation rapide sur les symptômes (et prend température, tension et pouls — seul le pouls est un peu rapide) et qui trouve manifestement très exagéré (même si elle reste impeccablement professionnelle) qu'avec un tableau comme nausées, vomissements, diarrhée on se présente aux urgences. Ce en quoi elle n'a pas forcément tort, en tout cas elle dit qu'elle va demander un avis, mais voilà que passe un grand ponte des urgences (enfin, je pense), le docteur Mohamed B. (praticien attaché de sa fonction), qui fait un grand sourire et qui dit que, évidemment qu'il faut admettre cette personne : Monsieur se présente à l'hôpital pour être soigné, Monsieur sera soigné à l'hôpital (phrase prononcée avec un brin d'humour — mais pas moqueur — et on verra dans un instant pourquoi).

Ensuite on vous fait attendre devant le poste infirmier 2, et une grosse demi-heure passe sans qu'on sache au juste à quoi on doit s'attendre. Là, une charmante jeune personne vient vous mener dans une chambre qui, ici, s'appelle un box : elle explique qu'elle s'appelle Katharina H., qu'elle est élève externe (et allemande en bourse Erasmus — mais elle parle plus que correctement le français), qu'elle va poser un certain nombre de questions et quelques examens sommaires, dont les réponses seront notées et ensuite présentées à un interne. (À ce stade-là, il est environ 9h30.) Elle, elle ne semble pas penser que ce soit absurde d'être venu aux urgences pour des nausées (ou, si elle le pense, elle le cache fort bien). L'interrogatoire est mené avec précision (on apprendra ensuite qu'elle a oublié quelques questions, comme savoir s'il y avait du sang dans mes selles), je m'efforce d'y répondre de façon claire et fonctionnelle, et toutes les réponses sont saisies dans mon dossier informatique. Puis on me laisse un moment dans le box, et l'interne arrive et se présente, il s'agit du docteur Anne L. (et elle est également tout à fait charmante) : elle me pose une ou deux questions que l'externe avait oubliées, elle conclut que tout va bien, mais elle explique qu'avant de me laisser partir elle doit faire approuver le dossier par un sénior, et qu'elle va le chercher.

Le sénior en question, c'est le docteur Mohamed B. déjà évoqué plus haut. Il se pointe et il dit que tout va bien mais que pour en être sûr on va se livrer à quelques analyses supplémentaires (i.e., une prise de sang, pour vérifier que je ne fais ni d'anémie — il paraît que j'ai le teint pâle — ni de déshydratation). En fait, on comprend vite que son idée est de profiter d'un patient sans complication particulière (moi, donc) pour se servir de moi pour permettre à une élève infirmière de s'exercer à la prise de sang et pour expliquer à l'externe comment mener l'examen neurologique sommaire qu'elle avait omis (mais que l'interne n'avait pas non plus pensé à mener). Du coup, je gagne une petite prolongation de parcours (et le droit de porter pendant un moment l'uniforme bleu ciel des patients), à laquelle je me soumets de bonne grâce (surtout que je vais y gagner un bilan sanguin, ce qui est toujours bon à prendre). Une élève infirmière, donc, me pose un cathlon, qui est un petit orifice placé dans une veine et qui sert à ne piquer qu'une fois même si on aura besoin de faire plusieurs prises de sang, une perfusion, etc. (enfin, dans mon cas, ça n'a servi à rien) : elle est plutôt timide, elle semble assez paniquée à l'idée de me faire mal, ou de mal faire, et du coup elle est d'un soin méticuleux presque maniaque pour ce qui est d'asurer l'asepsie. Mes échantillons de sang partent au laboratoire, et on me laisse seul un moment, puis le sénior revient avec l'externe (il doit être environ 11h15) et lui montre comment faire le fameux examen neurologique (genre, ensuite vous lui dites de se lever et de se tenir debout les pieds reserrés et les yeux fermés, maintenant on teste ses réflexe, là la réflexe au tendon d'Achille <bim>, là au genou <boum>, etc.), ce qui était plutôt rigolo : j'aurai pu servir à l'instruction des futurs médecins (allemands, en plus).

Ce qui est moins rigolo, c'est qu'il me faut ensuite encore poireauter plus d'une heure et demie devant le poste infirmier en attendant que mes résultats d'analyse reviennent, soient lus par l'interne (qui confirme que tout va bien et que le diagnostic est : gastro-entérite virale) et approuvés par le sénior. Mon conseil, donc, si on va aux urgences par ses propres moyens, c'est d'y apporter de quoi bouquiner, parce que même en regardant les pompiers qui amènent de temps en temps des nouveaux patients (ou, selon les goûts de chacun, les charmantes internes/externes/infirmières), on finit par s'ennuyer ferme. Il est vrai que dans la copie que j'ai reçue du dossier hospitalier il est écrit priorité 4, qui est sans doute le plus bas possible (et c'est normal, évidemment — mais je n'ai pas non plus vu de gens qui avaient vraiment l'air d'avoir besoin de soins terriblement urgents).

J'en ressors, donc, avec plein de papiers (dont le bilan sanguin et un compte-rendu très détaillé de la journée) et un petit trou dans une veine qui va me donner un joli look de junkie. Et surtout le conseil : Buvez du jus de pomme !

(mercredi)

La nausée

J'ai la nausée comme j'ai rarement eu depuis quand j'étais petit : j'ai commencé à avoir mal au cœur vers 21h, je crois, il est maintenant 2h30 du matin et j'ai l'impression que ça va de pire en pire. Je viens de passer deux fois au vomitorium et je ne sais pas si j'en ai encore fini.

Ai-je mangé quelque chose qui ne m'allait vraiment pas (je pense que c'est ça — et je soupçonne soit les nuggets de poulet de la cantine soit un verre de jus d'orange que j'ai bu plus tard), ou est-ce la contrariété ? Ou encore, ai-je pris à tort pour un rhume quelque chose qui m'attaque également ailleurs ? Toujours est-il que c'est vraiment peu agréable.

Mise à jour (2006-05-11T07:00+0200) : Après quelques heures de vague sommeil entrecoupées de séances devant la cuvette des toilettes, il est possible que les vomissements soient terminés, mais le problème est maintenant surtout que je suis dévoré par la soif, et ça ne sert à rien de boire puisque mon estomac est en mode où il ne laisse décidément rien passer, même de l'eau plate.

Mise à jour (2006-05-11T08:00+0200) : Bon, pour ne pas prendre de risque avec ça, je vais aux urgences (de la Pitié).

Mise à jour (2006-05-11T13:20+0200) : J'en suis sorti. C'était un peu surréaliste, mais je raconte ça plus tard.

(mardi)

Auditions de candidature

Mon premier jeu d'auditions est fini (suite et fin mardi prochain). Je passe donc du stade de craquage nerveux au stade de déprime avancée. Pas que ce se soit mal passé (enfin, ça ne s'est pas spécialement bien passé non plus — à vrai dire, je n'en ai aucune idée, je sais juste que j'ai été plutôt trop court, question temps, à force de m'entraîner à aller vite, mais ce n'est sans doute pas très important) : mais l'exercice — me faire connaître en 10′ alors que j'aurais eu tellement de choses à faire comprendre — est tellement absurde que c'est profondément déprimant.

Je ne tiens pas à en parler plus pour le moment, alors je vais me coucher.

(En revanche, mon rhume, lui, n'aura pas été trop gênant : c'est un rhume plutôt léger. Il y a même un soir où il m'a aidé à dormir, puisque j'étais un peu plus fatigué, du coup ; bon, en revanche, la nuit dernière, c'était gênant parce que j'avais du mal à respirer, mais de toute façon, même sans rhume, je n'aurais pas beaucoup dormi.)

(jeudi)

Rhume

Je crois que je suis retombé malade (tiens, ça faisait un certain temps). Le timing est vraiment idéalement choisi : il y a des chances pour que le pire moment soit justement… ben dans cinq jours… c'est-à-dire quand je serai censé jouer ma carrière en dix minutes chrono.

(mardi)

Mathématiques et compétition

Les résultats du concours du CNRS seront probablement connus d'ici un ou deux jours. Je n'ai que très peu d'espoir pour moi-même (ne serait-ce que parce que, comme m'a averti un jour mon directeur de thèse : votre thèse ne contient pas de cohomologie, et donc n'impressionnera jamais les Français), donc je ne suis pas trop stressé[#], mais cela m'offre l'occasion de réfléchir à ce système bizarre de recrutement des mathématiciens par concours.

Outre que le nombre de places est ridiculement faible eu égard au nombre de candidats (12 places pour autour de 260 candidats), je vois au moins deux problèmes graves à recruter par concours. Le premier, c'est que concours implique classement et qu'il est impossible de comparer deux candidats, étant donné qu'ils ne passent pas une épreuve mais présentent un dossier, et que le jury en est donc réduit à l'absurdité de savoir s'il vaut mieux avoir démontré le théorème foo ou le théorème bar[#2], sachant qu'en général l'un n'implique pas trivialement l'autre donc un classement ne correspond pas à un ordre logique, bref, de faire un tri plus entre les domaines de recherche qu'entre les candidats. Le second problème, encore plus grave, c'est que c'est fondamentalement contraire à l'esprit de la recherche, telle que je la conçois, que de placer les chercheurs dans une situation de compétition : le principe même de la science est d'être une collaboration entre les hommes contre, disons, globalement, l'adversité (les forces de la nature ou, dans le cas des mathématiques, la difficulté à mettre de l'ordre dans le paradis platonique). Et même si le métier du mathématicien est largement solitaire (ce en quoi il diffère radicalement de celui qui travaille dans les sciences expérimentales), il n'en demeure pas moins que nous travaillons pour une cause commune et que nous mettre en concurrence les uns avec les autres est exactement opposé à ce que nous voudrions faire.

J'ai néanmoins l'impression, pour ce que je vois d'autres branches de la science, que les mathématiques sont très gentlemanly, c'est-à-dire qu'on ne se tire pas dans les pattes (en refusant de communiquer des résultats, ou ce genre de choses), du moins beaucoup moins qu'ailleurs. C'est sans doute une des raisons qui m'ont poussé dans cette direction (après mon inclination naturelle, bien entendu) : je m'en réjouis donc. Mais même : personnellement j'ai découvert que je travaillais bien plus efficacement lorsque j'ai l'impression que ma réflexion est dénuée de tout enjeu — et surtout celui de ma carrière — lorsque je travaille, donc, gratis pro amore arithmeticæ[#3] ; je suppose que je suis loin d'être le seul dans ce cas, et, par conséquent, cela doit faire beaucoup de productivités qui sont réduites par le simple fait de placer les gens en situation de concurrence.

Je n'irais pas jusqu'à honnir celui qui travaillerait pour la gloire : je comprends que, pour certains, c'est un stimulant utile, voire nécessaire. Ce n'est pas mon cas, et je trouve que la satisfaction d'avoir démontré un théorème prime sur toute réputation qu'il peut vous valoir. (Ou, pour dire les choses autrement, si un génie pervers m'offrait le choix entre réussir par moi-même à démontrer l'hypothèse de Riemann mais devoir n'en tirer aucune gloire, ou bien en trouver une démonstration toute cuite par magie dans mon tiroir et pouvoir la publier à mon nom, je n'hésiterais pas une seconde à choisir le premier.) Je suis donc partagé quant au bon goût de nommer les théorèmes d'après les mathématiciens qui les ont trouvés — c'est une chose, d'ailleurs, que Bourbaki a toujours refusée. Et si un jour j'estime ma carrière suffisamment avancée, je pense que je ferai publiquement savoir que toutes mes publications seront désormais anonymes (ce qui ne veut pas dire que l'auteur soit totalement secret[#4], mais qu'il ne figure pas sur l'article et qu'on doive donc citer ce dernier par son simple titre) et j'inciterai d'autres à en faire de même : l'idéal étant même d'être complètement oublié sauf dans la mesure où cela aide à la recherche[#5] (par exemple, pour savoir qui est compétent pour répondre à telle ou telle question).

J'allais dire que la compétition devrait être laissée à l'esprit combatif des plus jeunes, mais même dans ce cas c'est douteux. Plutôt qu'organiser des olympiades de mathématiques, ne devrait-on pas concevoir des défis où des groupes de jeunes reçoivent des problèmes à résoudre collectivement, se les répartissent comme ils veulent, partagent leurs idées pour arriver à une solution, et sont collectivement récompensés s'ils parviennent au bout d'un nombre important de problèmes ? Car l'idée du concours, une fois qu'elle rentre dans les esprits, n'est pas si facilement délogée (ma maman, par exemple, n'a toujours pas compris que c'est une bêtise dangereuse que sa fierté maternelle d'avoir eu un petit garçon qui réussissait bien).

Hélas, mille fois hélas ! Si je dis que le concours est gravement délétère pour les mathématiques (et sans doute pour les autres sciences, même si je ne peux pas vraiment parler pour elles), je ne sais pas quoi proposer à la place. Je me suis dit un moment que ce serait peut-être un moindre mal d'avoir un examen avec un numerus clausus roulant sur plusieurs années, mais au mieux cela reviendrait au même et au pire cela conduirait à des spéculations malsaines sur qui pourrait venir les années suivantes. Je reste du moins persuadé que tant qu'à avoir des concours, il faut qu'ils soient placés relativement en amont dans la carrière (donc, si possible, avant la thèse), pour éviter que des jeunes se retrouvent devant la situation où, ah, vous avez passé dix ans de votre vie à travailler pour ça ? merci d'avoir joué, nous n'avons pas de place pour vous

[#] Ce qui m'inquiète plus, en fait, est de savoir combien de places de maîtres de conférences seront libérées par le fait que les candidats déjà admis au CNRS sont essentiellement rayés des listes.

[#2] Déjà, il est douteux que la qualité d'un mathématicien (c'est-à-dire sa capacité à faire avancer la recherche) se réduise à sa production de théorèmes (qui mesure sans doute, plutôt sa consommation de café) : c'est faire l'impasse sur sa capacité à reformuler des démonstrations qui existent déjà, à discuter avec d'autres mathématiciens pour les aider à éclaircir leurs propres idées ou leur proposer des pistes intéressantes, etc. Et bien sûr, à poser les bonnes questions : car la recherche, c'est au moins autant de poser les bonnes questions que d'y trouver la réponse.

[#3] Certains pourraient être tentés de me rétorquer que j'ai bien réussi des concours, dans ma jeunesse. En vérité, je n'ai jamais travaillé pour eux : j'ai travaillé avant, et j'ai passé ces concours pour voir ce qu'ils donnaient.

[#4] Je ne veux pas priver les historiens des mathématiques de leur travail, en le rendant impossible !

[#5] Ou à l'enseignement, d'ailleurs… un effet positif inattendu de sa relative déconsidération dans le système français est qu'il n'y a pas de compétition à ce niveau-là : enseigner, c'est vraiment se mettre dans le même camp que les autres enseignants et aussi que ceux à qui on enseigne.

(mercredi)

Mémoire auditive, japonais, récitation

J'ai une mémoire essentiellement auditive, au moins par opposition à visuelle (je ne parle pas de mémoire conceptuelle ou procédurale). Sans avoir fait des statistiques sérieuses, j'ai l'impression que c'est relativement rare : la plupart des gens me disent, quand ils retiennent un texte par cœur, qu'ils « voient » mentalement le texte écrit, alors que moi, indiscutablement, je l'« entends ». D'autres signes sont également clairs : si on me montre brièvement un arrangement de sept signes géométriques simples (dans le genre carré / rond / triangle / croix), je ne suis pas capable de les reproduire, alors que si on prononce sept syllabes dénuées de sens, je peux sans difficulté les répéter. (Je me tiens à sept, parce que c'est généralement admis comme le nombre le plus commun de cases de stockage pour ce genre de mémoire à court terme, et d'ailleurs peut-être lié à des raisons dans la structure du cortex.) Autre exemple : je connais une cinquantaine de décimales du nombre π (normalement je n'ai pas trop « la mémoire des chiffres », là je les ai apprises quand j'étais petit et jamais oubliées depuis), mais je les retiens comme une contine : trois virgule un quatre un cinq neuf deux six cinq trois cinq, etc., et je serais incapable de prononcer les chiffres groupés diffémment (comme : trois virgule quatorze quinze quatre-vingt-douze soixante-cinq trente-cinq, etc.) ou dans une autre langue (comme : three point one four one five nine two six five three five), alors que quelqu'un qui « verrait » les chiffres défiler pourrait plus facilement les lire dans une autre langue. Accessoirement, il m'est deux fois plus difficile de retenir un zéro qu'un autre chiffre, pour la raison totalement idiote qu'en français le mot « zéro » a deux syllabes !

La chose est assez frappante comme en ce moment (depuis trois-quatre semaines) j'essaie d'apprendre le japonais avec la méthode Assimil (dont le principe, qui me semble globalement très bon, est : commencez par écouter, répéter, lire et comprendre, ne cherchez pas spécialement à apprendre le vocabulaire, essayez juste de vous familiariser avec le texte jusqu'à ce qu'il vous semble naturel, puis passez à la leçon suivante) : la compréhension à l'écoute me vient vite, je retiens énormément de bouts de phrase ou de phrases entières[#], alors que l'écriture me reste décidément opaque (je me suis forcé à apprendre à lire au moins tous les kanas — ce qui ne veut pas dire que je ne mets pas un temps considérable à en reconnaître certains — mais je ne sais même pas les retracer, et pas non plus les kanjis sauf un ou deux). Il faut dire que, là, la méthode incite à la paresse parce qu'elle transcrit systématiquement tout en rōmaji (Hepburn) : du coup, je retape les textes sur mon ordinateur pour pouvoir le relire ensuite en écriture japonaise (mais avec ruby[#2]).

Une conséquence de ma mémoire auditive, c'est que je connais pas mal de textes par cœur. Je veux dire : je ne suis pas du tout du genre à retenir des tables de capitales des pays du monde (quelle est la capitale du Bhoutan ? Timphou — etc.). En revanche, des pages célèbres, des discours, des poèmes, des chansons, oui, tout à fait. Enfin, au total, pas énormément (sans doute moins qu'un acteur qui apprendrait par cœur les répliques d'une seule pièce), mais des textes extrêmement éclectiques. Souvent je n'ai même pas fait d'effort particulier pour apprendre (un jour par exemple je me suis rendu compte que je connaissais les quatre premiers paragraphes de la déclaration d'indépendance des États-Unis alors que je n'avais pas spécialement voulu, je m'étais contenté de la lire attentivement et d'en apprécier la construction). Et j'ai aussi tendance à ne pas oublier ce que j'ai appris : c'est ainsi que je connais encore par cœur un long passage de Pouchkine en russe que javais dû apprendre en terminale, alors qu'il y a beaucoup de mots dont j'ai oublié le sens (parce que le russe, lui, je l'ai beaucoup oublié). Globalement, les choses que j'apprends sont tout de même surtout des répliques théâtrales qui me semblent particulièrement fortes ou célèbres (comme le fameux monologue de la scène 1 de l'acte III de Hamlet ou les scènes 4 et 5 de l'acte I du Cid), des poèmes que j'aime lire et réciter, et, parmi les chansons, des hymnes (on a déjà eu un exemple ici, et, de peur qu'on me prenne pour un dangereux gauchiste parce que je connais les six strophes de l'Internationale (mais en français, pas en russe), je sais aussi les hymnes nationaux anglais, allemand, américain ou canadien) et des paroles de génériques idiots et quelques tubes en tous genres — parce que c'est conçu pour rester facilement en mémoire. D'ailleurs, c'est pareil pour les vers : je crois que j'ai une affinité particulière pour la structure de l'alexandrin, et décidément les sonnets de Heredia passent mieux que de la prose ; je suppose que quelqu'un qui a une mémoire surtout visuelle n'y trouverait pas trop de différence.

Tout ceci est tragiquement inutile, évidemment. Certes, une fois j'ai pu faire impression en maudissant quelqu'un à la manière d'Agrippine (dans Britannicus) : Tes remords te suivront comme autant de furies, etc. Mais généralement on s'aperçoit assez vite que mon répertoire est, finalement, assez pauvre, et que quand je cite Faust, ce sont essentiellement toujours les mêmes vers.

(Et, non, avant que quelqu'un me pose la question, je ne fais pas de théâtre, et je n'ai pas l'intention d'en faire. Même si plein de gens me disent que je devrais.)

[#] En fait, j'avais fait un an de japonais quand j'étais élève à l'ENS : c'est-à-dire que j'avais juste assisté aux cours sans rien chercher à retenir, et évidemment, du coup, il ne m'en est rien resté, à part quelques hiraganas et une unique phrase, この 着物 は 青く ありません — mais je précise que je sais seulement la prononcer, pas l'écrire, justement. Cela signifie : ce kimono n'est pas bleu. Un peu difficile à placer dans la conversation, surtout quand c'est la seule phrase qu'on connaisse.

[#2] Et j'en profite pour déplorer le fait que Mozilla/Firefox ne gère pas du tout le ruby ; et le pire, c'est que s'il y a moyen de contourner cette limitation en faisant du CSS un peu sioux (à base de display: inline-table et autres horreurs), une obscurité dans un point de la norme CSS (sur l'existence d'une ligne de base de certaines boîtes) et un changement d'interprétation dans certaines versions du Lézard font que je n'ai absolument pas réussi à produire un document qui s'affiche correctement partout (l'alignement vertical est aléatoire).

(dimanche)

Et si je me re-socialisais ?

Il y a à peu près trois ans, au moment où j'ai commencé ce blog, j'avais une certaine vie sociale : par exemple, je fréquentais une (voire deux) associations d'étudiants gays&lesbiennes, je traînais sur des canaux IRC (je veux dire, des canaux où les gens se rencontrent parfois en vrai, ils ne se contentent pas de se parler virtuellement), je lisais un bon nombre de blogs, et je sortais régulièrement (au moins pour me promener). Et puis, je ne sais pas bien comment, mais sans doute à cause de périodes de déprime que j'ai traversées, je me suis isolé de tout ça. Un des prétextes que j(e m)'avance est que « je n'ai pas le temps », mais, en fait, le temps a une bizarre propriété d'élasticité qui est que quand on arrête de faire certaines choses parce qu'on est débordé, on est toujours aussi débordé après qu'avant, donc ça doit pouvoir marcher à l'envers. Bref, en ce moment, je me trouve trop coupé du monde, il faut que je fasse un effort pour m'y replonger (au moins dans la mesure où je l'ai déjà fait par le passé).

(lundi)

Mes petites contrariétés

Décidément, je n'ai pas de chance avec les cinémas : avant-hier je voulais voir Brokeback Mountain (à 16h15 au Mk2 Odéon) et j'ai été découragé par la longueur de la file d'attente, hier soir j'ai voulu aller à la séance de 18h45 à l'UGC Ciné-Cités des Halles de Good Night, and Good Luck mais il ne restait plus qu'une place, alors j'ai voulu revenir pour la séance de 20h40 mais je suis parti de chez moi trop tard, et comme (à la manière de Woody Allen dans Annie Hall) je ne supporte pas de rater les premières minutes d'un film au cinéma, finalement je n'ai rien vu.

Ça ne m'a pas empêché de me coucher tard, parce que mon ordinateur m'a fait des difficultés. (J'avais acheté un nouveau disque dur pour remplacer un vieux devenu trop bruyant, et j'ai eu toutes sortes de soucis avec le RAID1 logiciel, ce qui m'a bouzillé un système de fichiers XFS, si vous voulez savoir.) Bon, ce n'est pas forcément mal que je me sois couché tard.

Sauf que j'avais oublié un rendez-vous chez le dentiste, ce matin. Heureusement, me réveillant au milieu de la nuit (enfin, milieu… vers 6h30), je me suis souvenu de ce rendez-vous. Du coup j'ai mis mon réveil, et, du coup, stressé par l'idée de ne pas plus dormir, je n'ai effectivement pas plus dormi (soit un peu moins de quatre heures au total) : ce qui fait que je suis mort de fatigue, là.

Toujours pour la même dent, bien sûr : c'était la troisième (et dernière) séance pour sa dévitalisation, là. Je ne sais pas pourquoi c'est aussi long et compliqué ; et j'évite de poser des questions, parce que mon dentiste n'est pas trop prompte à donner des explications ; je sais juste que cette fois-ci elle a obturé. Ce qui m'inquiète un peu, c'est qu'elle me fait mal, maintenant, cette dent, qui est censée être dévitalisée — bon, de toute façon je revois mon dendiste dans pas longtemps (pour une petite carie dans une autre dent). Cette dévitalisation n'est, bien entendu, que le début de mes soucis sur cette dent (qui durent depuis six mois, quand même) : ensuite, il va y avoir la pose d'une couronne, ça me fait un peu peur. Pas que les opérations soient douloureuses, mais ça peut quand même être extrêmement désagréable (de maintenir la mâchoire ouverte et la langue en arrière pendant très longtemps, ou d'éviter d'avaler des produits dégueulasses, notamment de l'eau de Javel, qu'on me met dans la bouche, ou encore de sentir qu'on m'enfonce des choses dans la mâchoire et qu'on me la charcute dans tous les sens). Tiens, je n'ai pas demandé à quoi sert le machin en forme de spirale et qui fait un bruit genre glou-glou, qui est la première chose qu'on me met dans la bouche.

Sur le trajet entre le dentiste et l'ENS, j'ai été au moins réconforté de voir le beau temps[#] : décidément, c'est la météo que je préfère, quand il fait beau et froid. Pourtant, je suis frileux : mais le soleil d'hiver a un caractère vraiment agréable que n'a pas le soleil d'été.

Le soleil devrait bien se voir de mon bureau, sauf qu'en ce moment je le fuis à cause du bruit des travaux dans le couloir. On remet toute l'École aux normes de sécurité. Personnellement je juge ce genre d'opération perfaitement grotesque (qu'on construise de nouveaux bâtiments aux normes, oui, mais là, je suis persuadé que le nombre de vies statistiquement sauvées avec la somme d'argent mise dans ces travaux est au moins dix fois plus faible que si la même somme d'argent avait été donnée à un quelconque hôpital ou à une association charitative ; et je ne parle pas des règles idiotes qui interdisent maintenant de mettre des affiches dans les escaliers sous prétexte que ça peut brûler — tiens, bientôt il faudra sans doute supprimer les bibliothèques si ça continue). On a passé de bons mois sans faux plafonds, par exemple ; c'est d'ailleurs étonnant à quel point toute l'ambiance du couloir est transformée par la réapparition de ces faux plafonds. Toujours est-il que ces travaux font un bruit incroyable et que je ne peux pas travailler avec un marteau-piqueur à côté de moi, donc je vais ailleurs. Par exemple dans une salle informatique au sous-sol (dommage pour le soleil !).

Bon, finalement, je n'irai pas aux États-Unis ce printemps : en effet, les États-Unis ont des exigences sur les passeports que je ne peux pas remplir (actuellement je n'ai pas de passeport, et si je m'en fais faire un, malgré le décret à ce sujet, il ne sera pas électronique/biométrique) : du coup, il me faudrait un visa et, outre que je n'ai pas l'intention de faire des heures de queue à l'ambassade américaine, ils sont de toute façon complètement débordés et je ne pourrais pas avoir le visa à temps (surtout qu'on ne peut même pas prendre rendez-vous pour obtenir le visa avant d'avoir un passeport valable). Il resterait la possibilité de chercher à me faire faire un passeport canadien, mais je crois que c'est encore plus désespéré, là (les formalités étaient, il y a quinze ans au moins, plus délirantes que tout ce que vous pouvez imaginer, donc je doute qu'en me pointant comme une fleur à l'ambassade du Canada avec presque rien pour prouver ma nationalité canadienne, je puisse avoir le truc en six semaines). Bref, je ne vais pas me tuer à essayer de voyager quand les obstacles sont tellement énormes : tant pis pour la science américaine…

En revanche, je vais bien à Caen, vendredi : là, au moins, il ne faut pas de passeport. D'ailleurs, je dois préparer mon exposé.

[#] Occasion comme une autre pour faire un lien vers www.meteo-paris.com, que je recommanderais très vivement si ce n'était que la quantité de pub sous forme de popups et autres (il y a vraiment de tout !) est extraordinairement abusive. Faut que je trouve un moyen de désactiver complètement JavaScript quand mon navigateur va sur ce site, parce que c'est vraiment insupportable. Parlant de navigateur, d'ailleurs, faut que je décide, un de ces jours, si je laisse tomber mon très vieux Mozilla, et, si oui, pour passer à quoi (Firefox m'insupporte profondément à cause de cette connerie monumentale de barre Google séparée de la barre d'URL ; et la reprise en main de Mozilla SeaMonkey par une autre équipe ne me plaît décidément pas).

(vendredi)

Robin des bois, et souvenirs de miroirs

Ce soir j'ai vu, avec des amis, trois films inspirés de la légende de Robin des bois : le très classique avec Errol Flynn en flamboyant technicolor, le plus récent avec Kevin Costner et la version déjantée par Mel Brooks qui parodie les deux précédents. De cette dernière, que je ne connaissais pas, il n'y a pas grand-chose à dire à part que c'est de l'humour à la Mel Brooks : donc il y a dedans le meilleur et le pire (parfois les deux à la fois) ; mais j'ai bien apprécié certains jeux de langage (ou sur les accents), des trouvailles scénaristiques (avoir fait de Frère Tuck un rabbin, ce n'était pas mal, par exemple), ou même les passages musicaux (les morceaux de rap sont vraiment excellents) et quantité de clins d'œil. L'humour évoque assez celui de Princess Bride (sans conteste un de mes films préférés : en tout cas, à voir absolument) ; d'ailleurs, parlant de Princess Bride, on me souffle que le roman est encore meilleur que le film qui en est tiré, donc il faudrait que je le lise.

Pour revenir à Robin des bois, j'ai vu les deux autres films quand j'étais petit. Celui de 1938 quand j'avais peut-être dix ans : si je suis maintenant complètement incapable de le regarder au premier degré, à l'époque j'avais été très impressionné par le coup de théâtre de Richard qui se dévoile devant Robin (et tout le monde s'agenouille ; j'avais, du coup, tenu à reprendre une scène de ce genre dans l'histoire que j'écrivais alors).

Le film de Kevin Reynold (qui est bizarre parce qu'il y a des passages qu'on doit clairement prendre au premier degré alors que la fin est à la limite aussi burlesque que Mel Brooks, et puis il y a des scènes où on ne sait vraiment pas à quel degré les voir), je l'avais vu peu de temps après sa sortie (1991) : il m'avait énormément marqué. Rien que la musique, j'en étais complètement fan (et d'ailleurs je trouve toujours qu'elle est bien, et pas seulement Everything I Do (I Do It for You)). Il y a plusieurs scènes, là aussi, qui m'avaient marqué (et inspiré, je vous laisse deviner quoi). Et puis je craquais pour les beaux yeux de Daniel Newman (cherchez pas, c'est un petit rôle) et surtout de Christian Slater.

Bizarre mythe que celui de Robin des bois dont si j'en crois Wikipédia on ne sait même pas bien quand il est apparu (et en tout cas, si le personnage a existé ce n'était pas sous le règne de Richard Ier Plantagenêt mais plus tard) et qui n'était apparemment pas au départ un personnage sympathique. Certainement Sir Walter Scott, dans Ivanhoé (encore une œuvre qui m'a marqué quand j'étais petit…) a beaucoup contribué à former l'image que nous en avons maintenant. Dans la réalité, d'ailleurs, Richard Cœur-de-Lion ne semble pas avoir été particulièrement chagriné du fait que son petit frère ait comploté contre lui en son absence ; et il ne semble pas non plus avoir été un roi exceptionnellement bon.

Un autre film classique de Robin des Bois, c'est la version de Disney, qui est vraiment bien, mais ça fait assez longtemps que je ne l'ai pas vue. Je mentionne ça surtout parce que, parlant de ce dessin animé à un ami, d'autres souvenirs me sont revenus.

Notamment, on m'a mentionné le film Bedknobs and Broomsticks (en français, L'Apprentie Sorcière), également de Disney : ça ne me disait rien jusqu'à ce qu'on me parle de la partie bedknobs du titre, des boules d'ornement sur un lit, qui, quand on les tourne, font un effet magique — et ça, tout d'un coup, ça a évoqué très fortement quelque chose en moi. Bizarre, je ne me rappelle rien de ce film (qui est, d'ailleurs, un mélange de film avec des vrais acteurs et de dessin animé) sauf ce mème-là… Est-ce que je l'ai vu, ou est-ce que je n'en ai vu qu'un extrait ? Il faudrait que je me le procure pour en avoir le cœur net.

Ce souvenir revenu inopinément en rappelle d'autres : des films ou dessins animés que j'ai vus quand j'étais petit et qui m'ont laissé des souvenirs ou des images qui remontent sans raison à la surface.

Par exemple, je me souviens avoir vu autrefois un dessin animé au graphisme assez raffiné mais très sombre dans lequel un personnage méchant (un sorcier ou une sorcière) avait un grand miroir magique ovale de hauteur d'homme (je ne parle pas de Blanche Neige, bien sûr, mais d'un film qui serait probablement sorti dans les années '80). Je ne me rappelle rien d'autre : ni le nom ou la nature du héros ni quoi que ce soit de l'histoire, juste cette image d'un grand miroir ovale au contour vaguement violet. (Peut-être que le héros était un petit animal, mais peut-être aussi que je confonds avec un autre dessin animé.) Hélas, on ne peut pas utiliser Google ou IMDB pour rechercher tous les films d'animation sortis dans les années '80 dans le genre fantastique et où apparaîtrait quelque part sur la fiche le mot miroir (et même si on pouvait, ce n'est pas sûr que ça donne des résultats intéressants, par exemple si le dessin animé était français et peu connu et qu'IMDB n'a rien dessus). Je trouve ça assez désagréable d'avoir des souvenirs orphelins, comme ça, que je ne sais pas rattacher à quoi que ce soit.

Toujours en parlant de miroirs, d'ailleurs, en voici un autre : un film ou un téléfilm (pas un dessin animé, cette fois) où il était question de magiciens dont je ne me rappelle pas grand-chose sauf un seul point — la façon de priver un magicien de ses pouvoirs était de casser un miroir pendant qu'il se regardait dedans (et peut-être même qu'un liquide vert s'écoulait alors du miroir brisé, mais peut-être que c'est moi qui extrapole sur un souvenir très flou, là). Je n'ai pas non plus le moindre souvenir de ce que ça pouvait être.

(dimanche)

Rhume atroce

Quelle que soit l'évolution ultérieure (mais je pense que le pire est passé), ceci aura été le pire rhume que j'aie jamais eu. Je viens de passer 24 heures à dormir la plupart du temps, en me réveillant toutes les quelques heures avec l'impression de me noyer tant mon nez est congestionné. Pour me donner l'impression de faire quelque chose, je me mouche, je nettoie mes fosses nasales au sérum physiologique, je vérifie si j'ai de la fièvre (non) et je contrôle l'état de mes ganglions (bien enflés), j'alterne paracétamol et aspirine (pas terrible, l'aspirine, parce qu'ensuite j'ai tendance à saigner du nez) et un occasionnel anti-histaminique (quand ça devient vraiment trop pénible), je prends de la vitamine C et du magnésium (bonjour effet placébo), je fais éventuellement une inhalation à l'huile essentielle d'eucalyptus et au benjoin du Laos (ça c'est plutôt agréable), je bois beaucoup (et je mange un peu, aussi, parce que, mine de rien, 24h à dormir, ça creuse l'appétit), et je retourne me coucher. Je pourrais aussi bien agiter des grigris, pour tout ce que ça fait.

J'en suis au stade où je commence à tousser ce qui, suivant le tableau clinique[#] habituel de mes rhumes, veut dire que c'est à peu près fini (avec la nuance que à peu près autorise tout de même que je tousse pendant des mois), mais j'ai un peu peur de m'orienter maintenant vers une sinusite.

Sur ce, je retourne me coucher. (Je ne sais plus très bien quel jour on est, là, mais j'avais une réunion prévue lundi soir, ce qui est dommage parce que du coup je vais probablement la rater.)

[#] Il m'échappe un mot, là, je crois : quel est le terme habituel qui désigne la succession (et l'évolution) des syndromes qui constituent une maladie donnée ?

(mardi)

Que vaut une dent ?

Suite de mes aventures dentaires

Je pensais naïvement qu'après le rendez-vous d'aujourd'hui j'en aurais enfin fini de devoir sans arrêt retourner voir le dentiste. Hélas ! Trois fois hélas ! Elle se contente de me refaire un pansement (le précédent était tombé) et m'annonce (avec quelques explications assez obscures et des dessins) que les caries étaient profondes et mal situées et que pour sauver la dent il faut la dévitaliser[#], ce qui prendra déjà au moins trois séances (elle m'a fait déjà prendre trois rendez-vous en janvier), puis poser un truc dont j'ai oublié le nom, puis une couronne encore dessus, ce qui prendra encore un temps invraisemblable et coûtera beaucoup (beaucoup !) de zorkmids.

C'est tellement décourageant, et le processus a l'air tellement long, tellement incroyablement compliqué et tellement pénible (et tellement coûteux, mais ça c'est secondaire), tout ça pour « sauver » (façon de parler) une seule dent, que je commence à me dire que ça ne vaut pas la peine. Est-ce que je ne devrais pas, simplement, me la faire arracher ? Après tout, j'ai déjà perdu une dent de l'autre côté (je ne la fais pas bridger ou quoi que ce soit), et ça n'est pas trop gênant (dans les deux cas ça ne se voit pas).

[#] Ah, this is obviously some strange use of the word sauver that I wasn't previously aware of.

(lundi)

Quels sont mes films préférés ?

On m'a demandé d'établir une liste de mes films préférés comme j'en ai déjà fait une (par ailleurs hautement approximative) de mes livres préférés. Je me rends compte que c'est encore plus difficile pour les films que pour les livres, je ne sais pas bien pourquoi : trop de titres me viennent à l'esprit, aucun ne sort du lot de façon vraiment spectaculaire. Il y a aussi que, les livres que j'ai lus, je les ai tous (je n'emprunte jamais un livre), donc quand j'aime je vais avoir tendance à relire souvent (des passages seulement : je ne relis presque jamais un livre de la première à la dernière page — je préfère l'ouvrir au hasard et lire quelques pages, puis éventuellement me rappeler un autre passage qui m'a beaucoup plu, le relire, etc.). Les films, au contraire, il y en a beaucoup que je n'ai pas (en DVD ou autrement), et quand je revois un film, pour le coup, c'est presque toujours du début à la fin (tout le contraire des livre, donc). Donc il y a une barrière de volonté plus importante à franchir que pour les livres (disons que j'ai plus de mal à me motiver pour lire un livre une première fois que pour aller voir un film, alors que pour relire un livre ça va tout seul alors que revoir un film il faut que je sois dans le bon état d'esprit, que j'aie deux heures devant moi, etc.). Bref, je connais peut-être plus de films que de livres, mais je les connais moins bien, et ces deux facteurs contribuent à rendre le classement plus difficile.

Néanmoins, voici une tentative (l'ordre de classement est très grossier, et j'ai parfois préféré aligner plusieurs films de même genre que de chercher à établir un ordre total de préférence — et en tout cas je serais incapable de dire quel est mon film préféré) :

Bon, on va arrêter là… De toute façon, ce classement n'a guère de sens : comment pourrais-je comparer un chef d'œuvre classique comme Citizen Kane ou Blade Runner (j'ai hésité à les mettre dans la liste : mais je ne les ai vu qu'une fois, et il y a assez longtemps, donc je ne sais plus bien), ou un film culte comme l'ancienne trilogie Star Wars, que j'ai pu admirer respectivement comme chef d'œuvre ou comme film culte et trouver effectivement « à mon goût », avec un petit film sans grande prétention que j'ai trouvé absolument excellent comme c'est le cas de George Lucas in Love (probablement le film que j'ai le plus souvent revu, je dois en être à plus de vingt fois, mais il faut dire qu'il ne dure que huit minutes !). Sans parler d'un court métrage complètement obscur comme Le Cas d'O (je ne l'ai pas trouvé digne de figurer sur la liste, mais pas très loin). Et puis, il y a des films que j'aurais envie de revoir mais je ne l'ai pas fait et mon souvenir est donc flou, ce qui fait que je ne peux pas vraiment les classer, comme Long Island Expressway ou France Boutique ou encore Bullworth (je sais que j'ai vraiment adoré ce dernier quand je l'ai vu, mais c'est trop loin pour que je sache précisément si je serais encore de cet avis maintenant). D'autes, comme 8 Mile ou La Virgen de los sicarios (La Vierge des tueurs), que je ne sais pas bien juger. D'autres que j'ai appréciés quand je les ai vus, mais que je n'aurais pas envie de revoir (Charlie's Angels, par exemple : un moment très distrayant, mais c'est tout). Sans compter, enfin, tout ce que j'oublie (certainement plein de classiques du cinéma français, parce qu'ils étaient peu présents dans les diverses listes que j'ai écumées pour retrouver des titres) !

Quoi qu'il en soit, on peut prendre chacun des titres mentionnés dans cette entrée (y compris dans le paragraphe précédent) comme une recommandation de voir ce film. Et inversement, j'aimerais bien avoir une grosse base de données qui prendrait cette liste de films et me sortirait des recommandations (j'avais déjà trouvé un cite de ce genre, mais il était très orienté USA, malheureusement).

(vendredi)

Le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard

Récemment un commentateur anonyme (enfin, je sais qui c'est, mais laissons-le rester anonyme s'il le souhaite) me donna (ou plutôt, me redonna, car je lui avais moi-même donné, un certain temps plus tôt) ce conseil : Trouve-toi une (autre) vie. Me trouver une vie (qui ne soit pas celle d'un freak) ça fait quelque temps que j'y bosse, en fait. Le problème, c'est qu'on ne trouve pas de cours de vie, ni de professeurs compétents, et qu'il y a des domaines où j'ai des années de retard : même en bossant assidûment je ne suis pas convaincu d'arriver à combler mes lacunes plus vite que les années les entassent. (Je redouble, voire retriple ou requadruple, mon adolescence, mais il y a des examens où je me fais tout le temps recaler.)

(mercredi)

Pourquoi mon blog il est pas comme les autres ?

Cela fait maintenant plus de deux ans que je bloggue et, dans cet intervalle, la « blogosphère francophone » est vraiment devenue un phénomène de masse (disons qu'en 2003 le Français moyen ou même légèrement branché n'avait jamais entendu le mot blog, en 2005 il est vraiment passé dans le vocabulaire courant). Au centre de cette sphère, il semble y avoir un petit cercle[#] assez fermé de blogs généralement anciens tenus par des gens qui se connaissent, se lisent les uns les autres, se référencent les uns les autres, et évoquent généralement des sujets relativement semblables. Une partie significative sont homos[#2], d'ailleurs. Trouver quelques-uns de ces blogs (et donc, tous) devrait être un exercice très facile : il n'est pas nécessaire que je fournisse des exemples. Un observateur acerbe pourrait être tenté de ridiculiser le nombre d'entrées de ces blogs consacrées à la blogosphère elle-même, ses potins, ses blagues, ses mèmes qui passent d'un blog à l'autre… un peu (dirait cet observateur acerbe) comme si les célébrités du show-biz lisaient la presse people où on parle d'elles. Je ne pense pas que ce soit une critique sérieuse : c'est plutôt, en fait, un signe de santé, un indice d'émergence d'une communauté dans un sens assez fort et plutôt positif, que cette tendance à devenir réflexif, à s'observer soi-même. Mais je digresse.

Je suis moi-même, je veux dire, ce blog est, très éloigné, de ce centre lumineux de la blogosphère. Pourquoi ? Je ne sais pas. C'est étrange, finalement, parce que j'ai globalement les mêmes préoccupations, la même forme de geek-attitude, et je connais bien quelques-uns de ceux qui y sont beaucoup plus profondément. Mais la teneur ou, en tout cas, la longueur de mes entrées, est différente, ce que je serais tenté de résumer en disant que mon blog est plus chiant (et, tout simplement, plus mauvais) que ceux des autres, mais je ne sais pas pourquoi. (Et peut-être certains de mes lecteurs[#3] seront-ils tentés d'être en désaccord, mais il y a un biais évident parce qu'ils sont — justement — mes lecteurs. Mais même certains de mes amis proches qui au départ lisaient mon blog ont décroché, plus ou moins rapidement, et cela me fait très mal : si je n'arrive pas à susciter l'intérêt chez eux, où le susciterai-je ?) Zeus, même mes lecteurs sont d'un genre très différent, comme un ami (un bloggueur plus conventionnel, justement) me le faisait remarquer aujourd'hui : dans le sens positif (pour moi), le lecteur moyen du blog typique n'a pas cinq DEA et n'est pas capable de disserter de tout et de n'importe quoi ; dans le sens négatif, le lecteur moyen du blog typique n'est pas cinglé. (Avertissement : si vous vous demandez si vous êtes visé par cette dernière phrase, c'est probablement que vous ne l'êtes pas…)

Une autre remarque cruellement vraie qu'on m'a faite aujourd'hui, pour reprendre le fait qu'il y a beaucoup de « blogs gays » dans la blogosphère (francophone, c'est de celle-là que je parle, mais dans les autres aussi), c'est que le mien ne peut certainement pas passer pour tel : il n'y a quasiment pas de « contenu gay » dessus. Ce que ça veut dire, bien sûr (et c'est pour ça que c'est cruellement vrai), c'est qu'il n'y a pas de « contenu gay » dans ma vie, pour commencer : le blog n'en est que le reflet.

J'ai donc un assez triste sentiment d'échec, que ne pourra pas aténuer l'idée (réelle ou feinte) que mon blog a un intérêt différent[#4] : le fait est qu'il n'est pas ce que je voudrais qu'il fût. (Et, de nouveau, mon blog n'est en cela que le reflet de ma vie.) Et je tire mon chapeau à d'autres — qui ne le sauront pas parce qu'à deux ou trois exceptions près ils ne lisent pas mon blog.

[#] Il y a un cercle au centre de la sphère ? OK, je craque, mais il est tard, tout ça.

[#2] À moins que ce soit un biais d'observation de ma part ? Il y a sans doute de ça, mais je pense vraiment que le nombre de pédébloggueurs est une proportion plus significative du nombre de bloggueurs « en vue » (dans n'importe quel sens raisonnable) que 5% ou 10%.

[#3] En excluant les petits cons qui me lisent juste pour pouvoir poster une méchanceté sur chaque entrée. Et à qui j'ai envie de donner ce conseil amical : get a life.

[#4] Imaginer différent exactement comme dans le vocabulaire politiquement correct : on ne doit plus dire disabled mais differently abled.

(Monday)

The Last Unicorn… and other tales

I read Peter Beagle's classic, The Last Unicorn, the other day. I can't quite make up my mind as to whether I liked it. It's a strange book: much like a fairy tale, but with a number of elements which seem alien to the “fairy tale” genre, often humorous and sometimes bordering on the satirical, or which lead (apparently) nowhere—red herrings, if you will. I mean, in a conventional fairy tale, every part of the story is supposed to belong to some kind of general pattern, it takes the plot a step toward its conclusion or something of the sort: not so in Beagle's book—most of the time the story is rambling about with no definite aim. For example, the author doesn't seem to be able to decide whether the (eponymous) unicorn is very wise or very ignorant, or very powerful or very weak: well, maybe that paradox is part of what being a unicorn entails, but really every character is like that (Schmendrick, Molly, King Haggard, Prince Lír, even the Red Bull…). On the other hand, the work is beautifully poetic, and exudes a genuine charm of naïve innocence: somewhat, but not exactly, like The King of Elfland's Daughter (another classic which I read some time ago and which it sort of reminds me of), because the language is much plainer (Lord Dunsany's verb is highly sophisticated), but more “lively” in a subtle way.

I have the dimmest memory of seeing the motion picture of The Last Unicorn when I was young (perhaps just when it was released in France). All I remember was that I had found it somewhat frightening or, at least, disturbing: I guess that King Haggard's strange sort of nihilism could have been, indeed, disturbing, and I have a vision of the Red Bull, made of flame, which must have frightened me because it is essentially the only image I can conjure. Probably my memories are quite mixed up with those of a film I saw more recently (and which is also about unicorns and vaguely in the same spirit): Legend (not a motion picture, this one, but a genuine movie, with Tom Cruise at his debuts—and Zeus was he f*cking good looking in his early twenties). There's also something of Miyazaki's magic in The Last Unicorn, so I'm not surprised to learn that the Topcraft studio, responsible for the animation in the movie, was later hired by Miyazaki to produce Nausicaä.


In a completely (completely! despite the misleading word tale) different genre, I picked up on one of my bookshelves a copy of Armistead Maupin's Tales of the City, which, I am told, is a must read for queers. But I confess finding it a bit hard to follow: not because of the English as such, but because of all the references to obscure facts of American, or, more often, Californian, San Franciscan, or even (I guess!) San-Franciscan-of-the-early-eighties culture (or all sorts of other cultural references: I found a few lines undecipherable, for example, because I didn't know what Gertrude Stein's last words were: fortunately, Google enlightened me). Or take he following excerpt:

The sun in the park was warmer now, and the birds were singing much more joyously.

Or so it seemed to Edgar.

‘Madrigal. That's lovely. Aren't there some Madrigals in Philadelphia?’

Anna shrugged. ‘This one came from Winnemucca.’

‘Oh… I don't know Nevada too well.’

‘You must've been to Winnemucca at least once. Probably when you were eighteen.’

He laughed. ‘Twenty. We were late bloomers in my family.’

‘Which one did you go to?’

‘My God! You're talking about the Paleolithic period. I couldn't remember a thing like that!’

‘It was your first time, wasn't it?’

‘Yes.’

‘Well, then you can remember it. Everybody remembers the first time.’ She blinked her eyes coaxingly, like a teacher trying to extract the multiplication tables from a shy pupil. ‘When was it—1935 or thereabouts?’

‘I guess… it was 1937. My junior year at Stanford.’

‘How did you get there?’

‘Christ… a dilapidated Olds. We drove all night until we reached this disappointing-looking cinder-block house out in the middle of the desert.’ He chuckled to himself. ‘I guess we wanted it to look like the Arabian Nights or, at least, one of those gaslight-and-red-velvet places.’

‘San Franciscans are spoiled rotten.’

He laughed. ‘Well, I felt we deserved more. The house was ridiculously tame. They even had a photo of Franklin and Eleanor in the parlor.’

‘One has to keep up appearances, doesn't one? Do you remember the name now?’

Edgar's eyebrows arched. ‘By God… the Blue Moon Lodge! I haven't thought of that in years!’

‘And the girl's name?’

‘She was hardly a girl. More like forty-five.’

—I guess one is supposed to know that Winnemucca is renowned for its brothels: I did not (I still worked it out, but I was rather baffled on first reading, especially as I tend to skim more than I really read). One is also supposed to know, of course, that an Olds is an Oldsmobile (that's something I knew: my grandfather had one) and that Franklin and Eleanor are the Roosevelts (all right, that one really wasn't hard, but it still requires an extra fraction of a second of brain activity to process). Reading this book is something of an advanced Turing test: I guess I fail because I didn't catch the pun in Sanskrit (actually, there is a mention of the Bhagavad-Gītā just before the reference to Gertrude Stein's last words).

(vendredi)

Réveils en sursaut

Ça fait la troisième fois en assez peu de temps que je me réveille en sursaut tôt le matin (entre 6h et 7h du matin) avec un sentiment de panique inexplicable. Ce n'est pas un cauchemar : quand je me réveille d'un rêve ou d'un cauchemar, j'ai toujours au moins quelques images qui m'en restent — là rien, je me trouve juste à bondir de mon lit avec, sans savoir pourquoi, l'impression que merde, je suis en train de mourir. D'évidence, non, je ne suis pas mort : et, à part un rythme cardiaque élevé à cause de la décharge d'adrénaline (même pas une crise de tachycardie comme il m'est arrivé d'en faire — mais ça a appremment cessé) et de la transpiration parce qu'il fait trop chaud chez moi, je n'ai pas trouvé quoi que ce soit qui justifie cette alerte. Mais bon, c'est quand même inquiétant : même s'il s'avère que c'est purement dans ma tête (je sais que je suis hypocondriaque), c'est au minimum gênant puisque soit je me lève et je suis crevé toute la journée par manque de sommeil soit je me recouche et je ne me rendors qu'une heure après (il faut du temps pour éliminer l'adrénaline de la circulation sanguine) et je ne peux me lever que fort tard.

Ce matin, ça m'est arrivé et j'ai eu le souvenir nébuleux (car perdu dans les brumes de l'instant précédant immédiatement le réveil en sursaut) d'un bruit bizarre dans ma bouche (comme si je disais glop très vite — mais tout cela est très flou dans mon esprit) ; c'est peut-être une piste : il est possible que je fasse de l'apnée du sommeil et que je me réveille quand mon cerveau manque d'oxygène. Pourtant, en temps normal, je ne crois pas que je ronfle (je dors sur le côté). Une autre possibilité (plus inquiétante) est qu'il y ait un lien avec certains maux de tête qui me prennent parfois de façon très subite, vive et localisée.

Je devrais peut-être consulter. D'un autre côté, la dernière fois que je suis allé voir un généraliste, c'était pour un problème pas très différent (sauf que c'était une douleur thoracique qui me réveillait), il m'a dit que je n'avais rien et il m'a prescrit du magnésium et de l'euphytose (en clair, rien du tout).

Tant que j'y suis à parler de symptômes nocturnes, une autre chose qui se produit de temps en temps (mais là, ça fait des années — au moins dix ou quinze ans, en fait), c'est que, pendant que je suis couché mais pas encore endormi (et, bizarrement, beaucoup plus souvent quand je suis couché du côté droit que du gauche), j'ai une sorte de vertige : ça ne dure qu'une fraction de seconde, mais ça me fait l'effet d'un éclair — j'entends un son très puissant (un bourdonnement) qui n'existe évidemment que dans ma tête et mon champ visuel devient tout lumineux. Il semble que ça ne prête à aucune conséquence (là il n'y a pas de choc d'adrénaline, donc ça ne m'empêche pas de m'endormir), ça m'arrive peut-être une fois par semaine, mais c'est en tout cas assez intrigant. Je n'ai jamais ressenti rien de tel une fois debout. (Si je dormais en permanence avec un EEG, on y verrait peut-être plus clair…) Mise à jour (2011-06-20) : ce phénomène est en fait connu et porte un nom : exploding head syndrome.

(samedi)

Rêves

Je disais récemment que je ne rêvais jamais que j'enseignais, mais ça m'est arrivé cette nuit. En fait, le rêve était très semblable à celui dans lequel je panique de ne pas arriver à avancer un examen : je donnais un cours (ou un TD, que sais-je… ça avait l'air d'être au niveau lycée ou début de fac) et j'étais épouvantablement mauvais, je m'embrouillais, je perdais mon temps sans arriver à traiter ce que je devais traiter, et les élèves s'en allaient les uns après les autres. Bon, c'est plus vrai qu'avec l'examen parce que, si je n'ai jamais vraiment eu de problème de manque de temps pendant un examen, lorsque je donne un TD j'avance toujours très lentement (enfin, je ne peux pas vraiment dire que ça me panique non plus).

La nuit précédente, j'avais fait un autre rêve dont je me souviens, où se mêlaient des éléments aussi divers que le voyage en Inde de Joël, l'inondation de la Nouvelle-Orléans, quelques séries télévisées sur lesquelles je suis tombé en zappant, et La Planète interdite que j'ai récemment revu. Toujours est-il que ça se passait sur un des satellites d'Uranus, Miranda (mais dans mon rêve Miranda et Uranus lui-même se confondaient assez), qui abritait (sous dôme, un peu glauque, d'ailleurs) une colonie humaine dont on avait perdu trace, et que j'étais chargé de retrouver, ce qui n'avait pas été bien dur ; mais voilà qu'une terrible tempête allait dévaster la colonie (ensuite le rêve partait dans d'étranges considérations concernant les meilleurs restaurants indiens sur Miranda, et dans un dédale de petites rues). Au moins une association d'idées est transparente : Miranda est un des personnages de La Tempête de Shakespeare, dont La Planète interdite (où il est question de retrouver une expédition perdue à destination d'Altaïr) est souvent considéré comme une adaptation.

(jeudi)

Je veux de la lumière !

Certains se rappellent peut-être mes déboires avec mes lampes halogènes : ils ne sont pas finis. Pour résumer, j'en avais une depuis longtemps qui marchait fort bien, mais un jour elle a cassé (je parle du circuit électrique dans le socle, hein, pas de l'ampoule) ; j'en ai donc racheté une autre (à un prix défiant toute concurrence), mais d'une part elle était d'une couleur horrible (je parle toujours du support, pas de l'ampoule) et d'autre part elle a cassé en quelques jours ; alors j'en ai racheté encore une autre (stupidement, du même modèle), blanche, cette fois, et elle marche encore… vaguement. Vaguement ça veut dire que l'intensité lumineuse a baissé progressivement au fil des semaines, et maintenant elle éclaire à peu près autant qu'une incandescente ordinaire de, euh, 50W à tout casser, alors que c'est une halogène de 300W. Ça doit être le variateur qui est fondamentalement buggué, mais là il est vraiment en position maximale, il n'y a pas de doute.

Demain je vais donc au BHV et je compte en revenir avec une lampe qui marche. J'aimerais bien en trouver deux, en fait, une halogène (mais une bonne, cette fois) et une lampe à diodes : je ne sais pas si c'est trouvable, pour l'instant je n'ai vu des lampes à diode que sous forme de spots muraux, jamais ajustables sur pied, je ne vois vraiment pas de raison pour ça, mézenfin… Au moins les diodes il ne devrait pas y avoir besoin de les changer tous les deux mois.

Accessoirement, je ne comprends vraiment pas comment le support d'une lampe halogène peut casser. Ce n'est qu'un unique fil électrique avec un interrupteur et un rhéostat !

(samedi)

Quelques rêves qui me hantent

Il faut croire que j'ai dû être traumatisé par mes années de lycée, parce qu'il y a des rêves que je continue à faire alors que ça fait neuf ans que j'ai quitté le lycée (prépa comprise ; décompter deux ans pour arriver jusqu'à mes derniers examens en temps limité).

L'un de ces rêves est un cauchemar, où je suis en train de passer une épreuve écrite d'examen / de concours / de contrôle, j'arrive au bout du temps imparti et je me rends compte que je n'ai presque rien fait, je me suis empêtré dans des erreurs dès la première question, j'ai écrit des pages entières qui ne servent à rien et que j'ai rayées, et finalement j'ai perdu tout mon temps : je commence alors à paniquer en me disant que je dois vraiment faire quelque chose, plus je panique plus je perds mes moyens, je rature ma copie dans tous les sens, elle devient impossible à rendre, et finalement je me réveille en sursaut. Ce n'est pas quelque chose qui m'est arrivé en réalité (j'ai bien parfois été pressé par le temps, mais jamais jusqu'à en paniquer et perdre mes moyens).

L'autre rêve n'est pas spécialement inquiétant, c'est juste que je me figure que je suis au lycée, mais l'aspect « au lycée » se manifeste essentiellement à travers l'emploi du temps : mon rêve consiste en gros à me dire qu'aujourd'hui j'ai cours de ceci, puis de cela, et demain de ceci puis de cela… et il ne se passe pas grand-chose. Parfois je prends conscience (dans mon rêve, je veux dire) que c'est un peu ridicule de suivre des cours de maths de lycée alors que j'en sais plus que ça, mais je ne décide pas pour autant de les sécher. Enfin, ça reste assez vague.

En revanche, je ne me souviens pas avoir jamais rêvé que j'enseignais. Pourtant, la première fois que j'ai dû donner un TD, je n'ai pas dormi de la nuit tellement j'étais terrorisé. De même, j'étais terrifié la première fois que j'ai parlé dans un séminaire (et d'ailleurs, contrairement aux TD dont je n'ai vraiment plus peur, cette crainte-là ne s'est pas complètement dissipée), mais je n'ai jamais rêvé non plus que j'exposais. À l'inverse, je me souviens avoir une fois rêvé que je jouais dans une pièce de théâtre (je précise que je n'ai jamais fait de théâtre, même si beaucoup de gens m'ont affirmé que j'aurais dû) et que je ne connaissais pas du tout mon rôle (c'était même très précis puisque la pièce était Hamlet et que le rôle était celui de Bernardo, le premier personnage en scène — d'ailleurs dans mon rêve j'avais retrouvé au moins les deux ou trois premières lignes avant de faire mon trou de mémoire). Bizarre.

(jeudi)

Le sentiment d'appartenance

J'avais déjà écrit sur un sujet proche : il est curieux de constater que malgré mon individualisme et mon indépendance revendiqués, j'éprouve un besoin indéniable d'appartenir à des groupes (je parle, là, de groupes plutôt petits — plus des « bandes » que des « communautés »), et je souffre d'une certaine manière de ne pas arriver à en trouver dans lequel je m'intègre complètement.

Disons globalement que c'est peut-être finalement un de mes loisirs préférés que de discuter avec des gens, des groupes de gens, d'à peu près n'importe quoi (ou, à défaut de parler, d'écouter parler). Tout simplement, j'aime la compagnie.

Je suis mathématicien (enfin, ce n'est pas encore acquis, on vous met tellement de bâtons dans les roues pour rentrer dans ce métier ! mais admettons que je le sois). Pourtant, je ressens beaucoup de timidité, et finalement assez peu d'affinité, par rapport aux autres matheux ; quand ils parlent de maths, je ne comprends jamais rien (je me demande toujours si c'est une impression partagée et qu'on n'ose pas le dire, ou si c'est juste moi qui suis vraiment très lent à comprendre) ; et quand ils parlent de « potins mathématiques » (du style, qui a eu un poste à quel endroit, qui a fait des progrès dans tel domaine, qui est influent, voire, qui couche avec qui) ça ne m'intéresse pas du tout (bon, a posteriori je me rends souvent compte que ça peut être dommage pour moi de ne pas plus tendre l'oreille, mais le fait est que je trouve ça plutôt ennuyeux). De toute façon, les mathématiciens ne forment pas vraiment des groupes, ils se côtoient mais ne se fréquentent pas beaucoup — ils sont assez solitaires.

Je suis geek, au moins au sens passionné d'ordinateurs (enfin, je suppose — disons que j'ai plutôt une relation d'haine-amour avec ces sales machines). Mais les geeks non plus ne forment pas vraiment des groupes. Et quand ils le font, d'ailleurs, ça a tendance à devenir limite glauque, et en tout cas tout à fait monothématique pour ce qui est de la conversation, ce que je n'aime pas du tout (une des choses qui m'insupportent le plus, ce sont les gens ou les groupes de gens capables de ne parler que d'un seul sujet).

Je suis pédé, mais je trouve de plus en plus que je n'ai rien en commun avec les autres homos (déjà assez peu avec ceux de la culture mainstream, et généralement encore beaucoup moins avec ceux qui sont fiers de dire qu'ils s'en éloignent). À commencer par le fait que je n'en connaisse aucun autre (qui se revendique ouvertement homo) qui ne soit pas en couple et qui n'ait aucune forme de vie sexuelle (et pas par choix, ni par attachement à un idéal de couple, ou quelque raison de ce genre) : mine de rien, ça fait quand même une singularité marquante (dont je me passerais bien !) qui rend un peu bizarre la fréquentation de groupes unis justement par l'orientation sexuelle ou les préférences affectives. Je crois aussi avoir assez peu de goûts en commun avec le gay le plus visible (par exemple, au niveau vestimentaire — enfin, bon, je n'ai pas de goûts tout court, en fait).

Ces temps-ci je fréquente surtout des normaliens, mais il est indéniable que la différence d'âge se fait sentir (ou alors l'idée que les élèves et les enseignants ne doivent pas se mêler ?), en tout cas il y en a qui ne m'adressent pas la parole (sans doute pour des raisons diverses, mais l'idée générale doit être que je suis un boulet qui piétine leurs plates-bandes). Heureusement j'arrive encore à y avoir un cercle d'amis très chers, mais le fait est que les gens finissent par se disperser : ce n'est pas quelque chose de durable.

Enfin, bien sûr, c'est l'idée générale : j'ai des amis auxquels je tiens beaucoup dans toutes ces catégories, ou dans plusieurs d'entre elles, ou dans d'autres. Mais la morale, c'est que parfois le critère qui constitue le groupe rend le groupe, finalement, moins intéressant. Je ne sais pas si je suis clair. Je pourrais essayer de rencontrer des gens, mettons, en jouant à des jeux de rôle (c'est un exemple arbitraire, ça marche avec n'importe quel autre jeu, ou en faisant je ne sais quel sport, ou en pratiquant d'un instrument de musique, ou n'importe quoi) : mais, finalement, ce n'est pas le jeu qui m'intéresse, ce sont les gens, et le groupe de gens est rendu en un sens moins intéressant parce qu'il est relié par quelque chose qui n'est pas mon intérêt primaire.

Un vrai maître (ou un α-mâle, comme dirait quelqu'un) constituerait ses propres bandes autour de lui par son seul charisme, et sans avoir besoin d'un prétexte fédérateur.

Hum… peut-être que je derais fonder une secte ? Argh, zut, c'est déjà fait.

(mercredi)

Apu rhume

C'est magique, le système immunitaire. Hier soir je me suis couché avec 38.5°C de fièvre, complètement crevé, la gorge chargée, et mal au ventre, j'ai dormi comme une pierre pendant treize heures (la preuve : je n'ai pas été réveillé par les gosses d'à côté, alors que le mercredi, normalement, c'est terrible), et je me suis réveillé frais comme une rose, plus du tout de signe de maladie (enfin, je tousse encore vaguement, mais c'est plutôt par réflexe qu'autre chose — mes rhumes finissent toujours comme ça). Je suppose que pendant ces treize heures, une terrible bataille a dû se livrer dans mes entrailles, une bataille en comparaison de laquelle — en nombre de combattants, en nombre de morts — les plus sanglantes guerres de l'histoire de l'humanité ne sont rien du tout. (Enfin, je n'ai pas une idée très précise du nombre de cellules qui se font infecter et détruire lors d'un rhume typique, mais ça doit être assez colossal.)

Bon, l'aspect négatif, c'est que moi qui avais réussi à reprendre presque vaguement des horaires un peu civils, c'est de nouveau perdu. Déjà aujourd'hui j'ai raté le traditionnel thé hebdomadaire du DMA. ☹

(mardi)

Rhume, voisins, mai, conique, problème

C'est bizarre, les rhumes : hier je me sentais très bien, j'en concluais que mon rhume était passé, et aujourd'hui j'ai eu l'impression d'être vraiment malade — fébrile, très fatigué, vaguement nauséeux. Du coup, j'ai passé ma journée à ne rien faire. À propos, j'ai déjà dit que je hais les enfants de mes voisins, qui trouvent nécessaire de jouer en hurlant dans leur jardin où tout s'entend parfaitement depuis ma chambre à coucher ? Bon, eh bien c'est dit ; mais c'est un fait bien connu que les voisins sont une invention diabolique pour gâcher toute vie qui, sans ça, pourrait être heureuse.

Le mois de mai est fini, et le bilan n'en est franchement pas intéressant : je n'ai rien accompli de notable, et il ne m'est rien arrivé de particulièrement plaisant (ni déplaisant).

Sans suite logique, voici un joli petit problème de maths sur lequel je sèche en ce moment : soit p un nombre premier impair, et on considère un ensemble Q de cardinal p+1 de points de P2(Fp) (le plan projectif sur le corps fini Fp à p éléments), dont on suppose que trois (points de Q) quelconques ne sont jamais alignés ; peut-on conclure que Q est une conique ? J'arrive à démontrer plein de choses (par exemple à construire une dualité intéressante sur la donnée), mais absolument pas à conclure. Donc s'il y a des amateurs de jolis problèmes.

Mise à jour (2005-06-01) : La réponse est oui (c'est une conique), et c'est un théorème de Segre.

Toujours sans aucun rapport : quelqu'un écrit ce qui suit à mon propos :

Le problème majeur de David, en réalité, c'est que, tel qu'il se présente au monde, tel qu'il apparaît aux yeux de tous, même à des inconnus, il est un cerveau avant d'être une bite (resp. une Grande Puissance Émotionnelle). Et ça, ce n'est tout simplement pas attirant sexuellement (resp. sentimentalement).

La solution au problème madorien passe donc par un shutdown du cerveau — exercice extrêmement difficile, j'en conviens — pour exalter ses autres aspects.

C'est une remarque… intéressante.

Bon, j'avais d'autres choses à dire, mais ça ne me revient pas, alors شهرزاد va se coucher (pour le peu de temps que les garnements d'à côté me laissent avant de me plonger dans l'enfer de leurs cris sauvages).

(dimanche)

Abstentionniste ! Bouh !

Je pensais vaguement ne pas aller voter, à la fois parce que je ne vois pas l'intérêt de me déplacer quand l'issue du scrutin est connue d'avance[#][#2] et parce que je trouve de plus en plus que la démocratie (aussi bien au niveau très local qu'au niveau national) ressemble à une masquarade dans laquelle je ne vois pas vraiment l'intérêt de participer. Pourtant, j'avais fini par décider de le faire, mais un concours de circonstances vraiment impressionnant m'a quand même fait abstentionniste (pour la première fois depuis mon inscription sur les listes électorales, d'ailleurs).

Première circonstance notoire : je suis (toujours) inscrit à Orsay. Mauvaise idée, parce que les lumières du progrès et de la civilisation (i.e., la fermeture[#3] des bureaux de vote à 22h, ce qui est quand même vaguement décent) n'a pas encore atteint cette barbare contrée reculée. Enfin bon, peu importe. Mes parents votent aussi là-bas (pour eux, c'est normal, ils y habitent vraiment). Comme ma mère avait affaire à Paris aujourd'hui, elle devait m'appeler pour que nous rentrions ensemble sur Orsay et allions voter ensemble. Jusque là, tout va bien. Je me suis mis à travailler, en attendant son coup de fil, et, deuxième circonstance, j'ai perdu le fil de l'heure (notamment parce que je suis malade et que ça affecte bizarrement ma conscience).

Troisième coup de malchance : ma mère avait laissé allumé son téléphone mobile (normalement elle l'éteint car elle ne s'en sert que pour appeler, pas pour recevoir) et il s'était déchargé. Or (quatrième circonstance) elle n'avait mon numéro que dans la mémoire de celui-ci, elle ne le connaissait pas par cœur parce que j'en ai changé récemment. Du coup, elle a appelé depuis une cabine mon père à Orsay pour qu'il lui dicte mon numéro de mobile. Cinquième hasard : mon père se trompe en lui dictant le numéro, ou elle entend mal, ou quelque chose comme ça. Toujours est-il qu'elle a appelé un mauvais numéro, et, sixième hasard, tombe sur un répondeur qui n'est pas le mien, mais pas de façon identifiable (ce n'est pas comme si elle était tombé sur une voix étrangère, elle aurait bien vu qu'elle n'avait pas le bon numéro, mais là, le répondeur était une annonce préenregistrée qui répète simplement le numéro appelé) ; bref, elle laisse un message, que, évidemment, je n'ai pas eu. Septième coup de malchance : je ne suis joignable à aucun autre numéro parce que je ne suis ni chez moi ni dans mon bureau (je suis descendu prendre un thé).

Ma mère finit par me joindre une fois rentrée à Orsay, où elle peut trouver le bon numéro de mon mobile. À ce moment-là, il est 18h55, donc il est encore possible pour moi, normalement sans trop de problème, de rentrer à Orsay pour voter avant 20h. Je me rends à la station Luxembourg, où j'arrive à 19h pile. Les écrans d'annonce des prochains RER indiquent le prochain à 19h15. Pas de problème, je devrais être à l'heure. Je prends mon temps pour descendre sur le quai, et je vois que je viens de rater un train (d'une demi-seconde, environ) : normal, les écrans se croient plus malin que les voyageurs et n'indiquent pas les trains déjà à quai, pour éviter que les gens courent essayer de les attraper (et se fassent du mal). Donc, j'ai raté le train de 19h à un instant près (on en est à huit, là). Et voilà que le train annoncé à 19h15 est signalé comme retardé. Un peu après il est prévu pour 19h25 (ce serait vraiment très juste pour arriver à voter, mais encore vaguement jouable, si le train va un peu plus vite pour rattraper son retard), puis il avance jusqu'à 19h20, et en fait il passe dans la station à 19h22, mais… sans prendre de voyageurs. Apparemment, il y a eu un problème technique. Évidemment, on ne nous annonce rien, pas l'ombre d'une explication ou d'une excuse. Finalement, les horaires sont réévalués et le train est prévu pour 19h30, puis pour encore un peu plus tard. Plus la peine d'attendre, j'abandonne et je quitte le quai (j'ai vaguement pensé à demander remboursement de mon billet, mais la lassitude à l'idée de devoir m'engueuler avec le guichetier m'a fait laisser tomber).

Il y a des moments où on se dit que l'Univers est ligué contre vous, et à la puissance dix, alors je crois que je ferais mieux de me coucher.

[#] Oui, oui, si tout le monde pensait pareil… — le fait est que tout le monde ne pense pas pareil et que ce n'est pas un raisonnement dont on peut croire qu'il a eu une influence notable sur un scrutin quelconque, et en l'absence de ça, il est raisonnable.

[#2] Pour prendre les choses plus au pied de la lettre, d'ailleurs, en 2005, la loi française qui dit qu'on ne peut pas publier les résultats avant la fermeture des derniers bureaux de vote n'est plus gênante, il suffit d'aller chercher sur un site Web étranger, par exemple, Suisse.

[#3] Soit dit en passant, trouver un site Web fiable indiquant exactement quels bureaux de vote ferment à quelle heure s'avère apparemment mission impossible. Le Ministère de l'Intérieur donne des horaires pour les élections de… mars 2004. Ha, ha, ha. Très drôle.

(vendredi)

Rhume nº9961342950

Et voilà, je suis de nouveau enrhumé. (Oui, je suis au courant qu'il a fait dans les 30°C aujourd'hui. D'ailleurs, c'est intolérablement chaud. Mais ça n'a aucun rapport.) Sam, je te hais : que tous tes PDP-10 sous ITS deviennent des PC sous Windows XP !

(jeudi)

À plume et à poil

Homonormalité organise ce soir une soirée Plumes, et j'ai eu peur, un instant, d'avoir perdu la plume mythique d'il y a trois ans. Ouf, je l'ai retrouvée (et vous savez où elle était ? euh, non, rien, en fait).

(jeudi)

Encore des cheveux

Régulièrement sur ce blog Ruxor vous parle de ses cheveux — qui sont parmi mes pires ennemis — et ce temps est revenu. J'en ai eu marre de les avoir longs, donc, parce qu'il se remet à faire chaud et aussi parce que j'ai voulu recommencer à porter des lentilles de contact et que les cheveux qui tombent dans les lieux c'est terrible pour les lentilles (ça les contamine, même quand ils sont bien propres).

J'avais pensé me les raser complètement, ce que j'aurais fait si j'avais trouvé quelqu'un pour faire la même chose en même temps (c'est plus rigolo à deux), mais comme William est un lâcheur et un dégonflé (<pub target="membres du COF">enfin, votez quand même pour lui</pub>) c'est tombé à l'eau ; j'ai aussi vaguement pensé essayer de me faire une coupe à l'iroquoise (sachant que si ça ne rendait pas bien je pouvais toujours tout raser), mais j'ai fini par décider qu'en fait bof ça ne m'irait pas (parce que j'ai les cheveux trop fins ; c'est dommage, parce que j'aimais bien l'idée — je trouve ça mignon, une coupe à l'iroquoise).

Alors je suis bêtement allé chez le coiffeur en pestant d'avance parce que je sais que, typiquement, quand on dit très court à un coiffeur, il comprend vaguement court, et quand on dit vraiment très très très court il comprend plutôt court, d'ailleurs ça n'a pas manqué ; mais bon, peut-être que c'est normal, la coiffeuse me voyant arriver avec des cheveux qui descendent sous les épaules elle se demande si par court je veux vraiment dire court. Quoi qu'il en soit, j'avoue que le résultat[Photo de tête de David Madore] n'est pas trop catastrophique, enfin, en tout cas, j'ai eu pire. J'ai eu le bon sens cette fois d'éviter les coiffeurs à homos-branchouilles, qui savent peut-être faire des choses bien, mais pas avec mes cheveux à moi (il n'y a rien à en tirer), et qui en tout cas font payer cinq fois plus cher : je suis bêtement allé chez Saint-Algue, qui est à la coiffure ce que les cafétérias Casino sont à la haute cuisine.

Ah oui, la tradition veut aussi, quand je sors une nouvelle photo de moi que je parle aussi de colorimétrie. Hmmm… Peut-être que c'est ça, l'idée : au lieu de varier la coupe de mes cheveux, je pourrais essayer de varier la couleur — si je me les teignais ?

Sinon, à propos de pilosité (désolé), j'ai vu un de mes collègues sortir du Bears' Den, tout à l'heure, j'ai eu comme une illumination (bon sang, mais c'est bien sûr ! pourquoi je n'ai pas compris plus tôt ?).

(samedi)

06 98 03 41 80

[English summary follows.]

Je me suis enfin décidé à me racheter un téléphone mobile (le précédent est définitivement perdu) : c'est le 06 98 03 41 80 (soit +33 6 98 03 41 80 si vous appelez de l'étranger). Je pourrais répéter presque exactement les mêmes choses que la dernière fois.

C'est encore un Nomad : comparaison rapide des tarifs faite, ce sont toujours eux les moins chers si on n'appelle jamais (ce qui est à peu près mon cas), juste pour maintenir la ligne ouverte. Le téléphone lui-même est un Sagem my C-4 (et je ne peux pas fournir de lien sur le site du fabricant parce qu'apparemment ils ne connaissent pas ce modèle — pourtant, je vous assure, j'en ai un sous les yeux !) ; j'aurais aimé pouvoir échapper à l'écran couleur et avoir en contrepartie quelque chose de plus solide ou de moins cher, mais apparemment on ne peut pas (et je n'avais pas de temps à perdre à chercher), alors tant pis, ça m'aura coûté 109€. Côté ergonomie, il n'a l'air pas trop mauvais sauf pour une chose : si je commence à composer un numéro, il apparaît un onglet store (pour stocker le numéro dans le répertoire, logique), mais si je tape dessus il ne me demande pas un nom sous lequel le stocker, il dit juste OK et apparemment il ne fait rien : il doit y avoir quelque chose que je n'ai pas compris, mais en tout cas ce n'est pas très conforme au principe de moindre surprise.

Je n'ai pas fait d'effort pour tenter de garder l'ancien numéro. En fait, c'est pire que ça, je l'ai laissé se périmer (maintenant il y a un message qui stipule que ce numéro n'existe plus), et ça c'est dommage, j'aurais voulu changer l'annonce du répondeur pour préciser mon nouveau numéro. C'est bien bête parce que sur la version imprimée de l'annuaire des élèves de l'ENS j'apparaîtrai avec cet ancien numéro.

Et évidemment, je continue à très mal capter dans mon appartement : donc il faudra toujours essayer de m'appeler au 01 45 88 39 61 avant le mobile.

Comme la dernière fois, je termine avec un fichier MP3 dont la lecture contre un combiné de téléphone fixe devrait composer le numéro : comme ça des gens vont devoir trouver un prétexte pour m'appeler pour essayer ce gadget.

[Résumé en anglais de ci-dessus.] My new cell phone number is +33 6 98 03 41 80 (same operator as previously, and the phone itself is a Sagem my C-4). Again, since cell phone coverage inside of my apartment is very poor, +33 1 45 88 39 61 is the first number to try if one wishes to reach me.

(jeudi)

J−1

Bon, normalement mon exposé est au point (c'est-à-dire autant qu'il le sera), j'ai fait une répétition hier où je ne m'en suis pas trop mal sorti, mes transparents sont nuls mais il faudra faire avec. J'ai récupéré le dossier de soutenance au service de la scolarité (une enveloppe scellée que je dois remettre au président du jury — je me demande bien ce qu'il y a dedans[#]), j'ai récupéré les exemplaires imprimés de mon mémoire (où j'ai consciencieusement inséré une feuille d'errata) et j'en ai distribué quelques-uns. Ma mère a confirmé pour le pot (cinquante personnes). Bref : tout est