David Madore's WebLog: my life

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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(mercredi)

La « peur surnaturelle »

Quand j'étais enfant, j'étais très branché ésotérisme (c'est peut-être entre autres pour ça que, après être passé par une phase où j'écrivais de la mauvaise Heroic Fantasy, je me sens maintenant exilé hors du royaume magique). Je serais incapable de dire dans quelle mesure j'y croyais ou dans quelle mesure c'était un jeu (je crois que la seule réponse possible est oui) : mon moi-de-1986 n'est plus là pour répondre à ces questions. Toujours est-il que, à l'école primaire, mon ami Laurent et moi avons passé un temps invraisemblable à nous passionner pour des « mystères », qui étaient des observations (parfois parfaitement triviales) autour de nous que nous élevions au statut de phénomènes à expliquer et autour desquels nous bâtissions toutes sortes de théories. L'un de ces phénomènes concernait un trou au fond de la cour de récréation de notre école (oui, un bête trou dans un mur en pierres — sans doute le débouché d'une ancienne canalisation, mais peut-être que c'est le fait que j'aie été exilé hors du royaume magique qui me fait dire ça) : nous sentions se dégager de ce trou une sorte de présence maléfique qui nous inspirait la peur, une peur très particulière à laquelle j'ai donné le nom de « peur surnaturelle » (l'histoire ne dit pas si c'est la peur elle-même qui est surnaturelle ou s'il faut comprendre peur du surnaturel). Plus tard, au collège, c'est un arbre mort situé dans un jardin voisin de la cour du collège qui m'inspirait cette « peur surnaturelle » (bon, si vous voulez une idée, chercher sinister tree sur Google Images montre vaguement que les gens sont d'accord sur ce que c'est qu'une forme d'arbre sinistre).

À nouveau, je ne sais pas dans quelle mesure je prenais ça au sérieux ou si je me rendais intéressant ou si j'aimais le frisson que ces histoires me procuraient (d'un autre côté, il n'était jamais question de fantômes, de sorcières, de vampires[#00], ou de quoi que ce soit de classique ; par ailleurs, maintenant, je déteste particulièrement les films d'horreur ou les films « qui font peur »), ou simplement si j'aimais jouer à faire semblant d'y croire. Je pense que je ne savais moi-même pas bien. Mais il est intéressant qu'une des choses qui m'ait fait changer fut de tomber, dans la bibliothèque de mon collège, sur un livre sur le triangle des Bermudes, qui commençait par énumérer plein de disparitions inexpliquées qui me donnaient froid dans le dos, et finissait par expliquer qu'en fait tout ça était bidon, qu'aucune des disparitions n'avait vraiment eu lieu ou que celles qui avaient eu lieu avaient des explications tout à fait simples : le choc pour moi fut un peu celui qu'on a dans le roman Le Pendule de Foucault d'Umberto Eco (désolé, je vais devoir divulgâcher) quand Lia démonte toutes les théories du complot construites autour du manuscrit codé. Et dans la mesure où je m'intéressais à ces « mystères » pour me rendre moi-même intéressant, j'ai dû me dire que ça me rendait encore plus intéressant de jouer à démonter le surnaturel que de jouer à le colporter. Quelque chose comme ça. Il y a sans doute une morale là-dessous, mais je ne sais pas bien quoi.

[#00] Ajout : Laurent me signale en commentaire que, même si je l'avais oubliée, il y avait bien une histoire de vampire parmi nos « mystères » d'école primaire (et quelqu'un que nous soupçonnions d'en être un), et maintenant qu'il me le rappelle, effectivement, je m'en souviens. J'ai l'impression que je croyais moins sérieusement à cette histoire-là (au moins au sens où elle ne me faisait pas sérieusement peur), mais, bon, ma mémoire n'est pas du tout fiable.

Toujours est-il que, si les « mystères » qui me passionnaient étaient imaginaires, la « peur surnaturelle », elle, était bien réelle : je veux dire que je n'ai aucun doute que j'éprouvais vraiment une sensation de malaise (fût-ce pour des raisons complètement inventées) à la vue de ce trou ou de cet arbre mort ou de plusieurs autres sources que j'ai identifiées à cette « peur surnaturelle ». Ce n'est pas la sensation de peur usuelle — la peur du danger — provoquant une décharge d'adrénaline, qui donne envie de fuir et qui fait battre le cœur rapidement ; c'est encore moins la peur sociale liée à la timidité et à l'anxiété quant aux relations humaines ; c'est une peur encore différente, que je décrivais ainsi dans ce fragment littéraire (dont je me rappelle seulement maintenant l'existence en voulant écrire cette entrée) :

La porte de l'épouvante […] les peurs les plus profondes, les peurs ancestrales — la peur du noir, la peur de l'inexpliqué et de l'inexplicable —, ces monstres qu'on croit vaincus par la civilisation mais qui ne sont que mal endormis dans une cachette dans les racines de notre inconscient, attendant leur heure et ne donnant qu'un pâle reflet de leur présence dans nos pires cauchemars.

(C'est aussi un peu ce que j'avais à l'esprit en écrivant cet autre fragment.)

Physiquement, cette peur se manifeste, chez moi en tout cas, par un frisson au niveau de la peau : ce n'est pas une « chair de poule » métaphorique, je pense qu'il y a vraiment quelque chose qui se passe au niveau de l'épiderme. J'aimerais bien connaître la neurochimie de l'histoire (ce qui se passe exactement au niveau du système limbique).

Je me rends compte par ailleurs que ce que je décrivais ici comme ma phobie des lieux industriels abandonnés est une proche cousine, voire une sœur jumelle, de la « peur surnaturelle » de mes mystères d'enfance[#0]. Mais si je sais encore l'effet que produit cette dernière, c'est qu'elle continue occasionnellement d'apparaître dans mes rêves. (Et la peur subsiste même une fois que je suis réveillé et bien conscient, ce qui me laisse penser qu'il y a un médiateur chimique.) Je radote, là : j'en ai déjà parlé ici[#]. Toujours est-il que c'est ce qui m'est arrivé cette nuit, et ce qui motive cette entrée. (Les détails du rêve sont sans intérêt et je me les rappelle mal : j'en avais déjà raconté un du genre, cette nuit il était question d'une porte normalement fermée derrière laquelle se produisaient des phénomènes d'apparition étranges, mais je ne sais plus bien.)

Ce n'est pas une sensation agréable, mais je comprends assez bien qu'on puisse apprendre à l'aimer (comme on peut apprendre à aimer des sensations que l'évolution ne voulait pas nous rendre agréables : la peur plus ordinaire, le goût amer, la sensation pimentée, voire la douleur). Quand je fais un rêve de ce genre, il m'arrive de repenser au passage effrayant pour continuer à provoquer cette sensation de peur bien particulière, pour l'affronter ; parfois j'arrive même à prolonger mon rêve en un rêve lucide où j'affronte le phénomène surnaturel ou mystérieux en question avec la force de la certitude que c'est moi qui suis le rêveur et le maître du jeu.

Cette vidéo de SciShow Psych est peut-être en rapport, même si je trouve qu'elle ne dit finalement pas grand-chose.

[#0] Allez savoir pourquoi les histoires de fantômes, de sorcières, de vampires ne m'ont jamais vraiment fait d'effet alors que les lieux abandonnés (ou les arbres morts…) provoquent en moi ce qui est peut-être précisément la même peur que les histoires de fantômes provoquent chez d'autres ! Est-ce que la manière particulière dont j'ai joué à croire à des « mystères » quand j'étais petit en est la cause, la conséquence, ou juste une facette différente d'un même phénomène général ? Je n'en sais rien.

[#] En faisant d'ailleurs référence au même fragment littéraire dont j'avais oublié l'existence en écrivant cette entrée-ci. Quand mon blog ne sera plus qu'une éternelle récapitulation des mêmes sujets, il faudra vraiment que j'arrête.

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(jeudi)

D'autres termes compliqués sont écrits à propos de mon épaule

Résumé des épisodes précédents : Je savais depuis longtemps que mon épaule droite était facilement sujette aux tendinites (notamment quand je fais de la musculation, mais j'avais trouvé moyen que ça ne se produise plus), mais il y a un mois et demi je me suis fait un coup brusque à cette épaule en retenant une moto qui tombait sur le côté (à l'arrêt) : très peu de douleur sur le coup, mais les trois jours suivants ont été très douloureux, surtout la nuit, et j'étais incapable de lever le bras. Un radiologue m'a diagnostiqué des calcifications aux tendons supra-épineux et sub-scapulaire et une rupture transfixiante au moins du premier ; mais une IRM pratiquée la semaine suivante a contredit la rupture des tendons, et par ailleurs les douleurs ont progressivement diminué jusqu'à revenir essentiellement au statu quo ante.

En fait, je n'ai plus mal du tout sauf quand je fais un mouvement de musculation particulier — que j'ai donc logiquement arrêté de faire. C'est d'ailleurs assez fascinant parce que deux mouvements peuvent avoir l'air complètement équivalent et apparemment ils ne le sont pas : le mouvement que je ne peux plus faire est le développé des pectoraux sur machine (en position assise, légèrement inclinée) consistant à pousser vers le haut, main en pronation (i.e., paume vers le bas) — soit à peu près ce qu'on voit sur cette page — j'ai mal en gros au niveau de l'avant de la tête de l'humérus, au retour du mouvement ; alors que l'exercice qui a l'air assez équivalent et où on pousse à peu près à niveau horizontal (le point d'articulation des barres étant au niveau du sol plutôt qu'au-dessus de la tête) ne me pose pas de problème. J'aimerais bien savoir s'il existe des manuels et/ou des modèles mathématiques précis décrivant précisément la mécanique anatomique des bras et de l'épaule pour que je puisse comprendre comment les forces s'exercent et comment les efforts se répartissent ! Parce que déjà rien que pour ce qui est de la terminologie, à la fois des médecins et celle des sportifs a l'air d'obéir à une systématique qui n'est pas du tout transparente pour moi, et qui est très mal expliquée à la fois sur Wikipédia et sur tous les livres d'anatomie sur lesquels j'ai pu mettre la main ; et pour ce qui est de la cinématique ou, pire, de la dynamique des mouvements, je n'ai pas trouvé la moindre source d'information susceptible de m'éclairer. Mais passons.

Comme mon généraliste m'avait référé vers un chirurgien orthopédiste spécialiste de l'épaule, je suis allé le voir même si ça allait mieux. Je lui ai apporté, donc, des radios, des échographies et une IRM, et il m'a essentiellement dit c'est bien, mais on ne voit pas grand-chose là-dessus : allez passer un arthroscanner et revenez me voir (ça fera 80€ s'il vous plaît)

J'exagère, il m'a quand même fait faire quelques mouvements pour voir ce qui me faisait mal, mais ce qui l'intéressait surtout était une petite tâche sur une radio, que le radiologue avait interprété (et que l'IRM avait plus ou moins confirmé) comme une calcification au niveau du sub-scapulaire et dont il se demandait si ça ne pouvait pas être une petite fracture de la glène (divulgâchis : non, je n'ai pas de fracture de la glène). Il m'a donc adressé à un nouveau radiologue avec la lettre suivante :

Faire arthroscanner épaule droite : fracture de glène ou calcification du sous-scapulaire ?

J'ai fait le scanner la semaine dernière, et évidemment, le diagnostic est maintenant encore différent ! Les calcifications du sub-scapulaire ont disparu, il y en a peut-être un tout petit peu au niveau de l'infra-épineux, mais surtout, c'est mon bourrelet glénoïdien qui est en mauvais état :

Cher Collègue,

Merci de m'avoir confié Monsieur David MADORE pour sa demande d'arthroscanner de l'épaule droite. Actuellement, les douleurs ont nettement diminué. Je rappelle que sur les radiographies qu'il a réalisé au mois d'octobre, il y avait des calcifications apatitiques sur le trajet du tendon supra-épineux et une forte suspicion de calcification du tendon sub-scapulaire.

Les coupes d'arthroscanner, ce jour, ont montré un aspect dégénératif du bourrelet glénoïdien antéro-inférieur avec un décollement du bourrelet glénoïdien entre le rayon de 3 heures et le rayon de 5 heures avec passage de produit de contraste à travers le bourrelet en avant de la glène, ostéophytose sous-chondrale, amincissement du cartilage d'encroûtement de la glène jusqu'à l'os sous-chondral.

J'ai également noté une condensation osseuse sous-chondrale épiphysaire humérale. Il s'y associe un aspect discrètement frangé de la synoviale. Il n'y a pas d'anomalie du bourrelet postérieur. Il existe une calcification apatitique punctiforme de 4mm sur le tendon supra-épineux et une image de tonalité calcique à l'insertion des fibres les plus profondes du tendon infra-épineux. Cette image de tonalité calcique peut correspondre soit à la calcification apatitique soit à un début de passage de produit de contraste à la face profonde du tendon infra-épineux.

Je n'ai pas vu de calcification du tendon sub-scapulaire. Il n'y a pas d'image de tonalité calcique se projetant sur le trajet du tendon sub-scapulaire. Bonne trophicité des muscles de la coiffe. Pas d'anomalie acromio-claviculaire. Pas d'involution graisseuse de la coiffe.

En conclusion, arthropathie dégénérative gléno-humérale débutante avec aspect dégénératif du bourrelet glénoïdien antérieur. Petite calcification apathique [apatitique?] du tendon supra-épineux. La calcification en projection du tendon sub-scapulaire qui était visible sur les radiographies du 18 octobre 2018 n'est pas visible au scanner ce jour (résorption calcique). Il existe d'autres images de tonalité calcique linéaire dans le tendon supra-épineux et dans le tendon infra-épineux difficile d'interprétation (calcification ou très fin passage de produit de contraste).

Encore une fois, c'est très joliment écrit, et je me retrouve à googler comme un fou pour essayer de déchiffrer le jargon (et à me désoler de l'insuffisance des explications de Wikipédia dans le domaine médical).

Si je comprends bien, les rayons du bourrelet sont comptés à partir du haut et d'abord vers l'avant, donc entre 3 heures et 5 heures, c'est surtout vers l'avant et un plutôt vers le bas (antéro-inférieur).

Le radiologue avait l'air un peu perplexe ; il m'a demandé (et redemandé) si j'avais déjà eu une luxation de l'épaule. La réponse est non (à moins qu'on puisse se faire une luxation sans le savoir, ce dont je doute), même si cet épisode ancien m'est revenu à l'esprit.

Je retiens de l'ensemble des trois rapports de radiologie qui ont été écrits sur mon épaule (ici, ici et ci-dessus, donc) que j'ai essentiellement trois lieux problématiques, le tendon supra-épineux, le tendon sub-scapulaire et le bourrelet glénoïdien antérieur. Cela correspond à peu près aux endroits où je ressens ou ai ressenti de la douleur. Ce qui est beaucoup moins clair est le rapport entre ces problèmes, le fait qu'ils soient anciens/chroniques/dégénératifs ou nouveaux/aigus/traumatiques, s'ils sont cause ou conséquence de l'asymétrie générale que j'observe[#] entre mes épaules, ou ce que je dois en penser globalement.

[#] Je peux me gratter la base de l'omoplate droite avec ma main gauche, mais avec ma main gauche, je suis incapable de monter touche mon dos plus haut que, grosso modo, le niveau de mon nombril. Et si je mets mes mains dans mon dos, poings fermés, paumes en arrière, poing contre poing, alors mon épaule droite est très nettement avancée par rapport à mon épaule gauche. J'ai essayé de parler de ces faits à plusieurs des médecins que j'ai consultés à ce sujet (mon généraliste, deux des trois radiologues, et le chirurgien orthopédiste), et aucun n'a voulu m'écouter. (Disons qu'ils avaient l'air de considérer que ce que je racontais était aussi intéressant ou pertinent que si je m'étais mis à parler de la philologie sanskrite.)

Je suppose que je vais retourner voir l'orthopédiste (mais il y a des chances pour qu'il me dise c'est dégénératif, allez voir un rhumatologue (ça fera 80€ s'il vous plaît)).

PS : J'apprends à cette occasion que quand on vous donne un CD d'imagerie médicale (en fait j'en avais déjà un pour l'IRM mais je n'avais pas fait attention), les images (contenues dans le répertoire DICOM/ du CD, et en principe répertoriées par un fichier DICOMDIR) sont au format DICOM. Le programme libre Aeskulap peut servir à les voir (utile s'il y a plusieurs séries et pour afficher les métadonnées), mais si on veut juste convertir l'image, ImageMagick sait faire.

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(vendredi)

Finalement, je n'ai apparemment pas de tendons rompus

Je promets que ce blog ne va pas devenir celui des tendons de mon épaule droite, mais à cause du report de la série Ruxor passe le permis moto, il faut bien que je meuble le temps antenne avec un quelconque spinoff. D'autant plus que je suis en arrêt maladie cette semaine, donc je n'ai pas le droit de faire des maths ☺ par contre j'ai le droit de raconter ma vie sur mon blog ou sur Twitter tant que je reste chez moi entre 9h et 11h (ça c'est facile, il y a un lit pour ça) et entre 14h et 16h. Et je pense qu'au-delà de mon cas personnel, ce qui suit peut être intéressant sur le plan médical, le plan méta-médical, et le plan administratif. Bref.

Résumé des épisodes précédents : Je savais depuis longtemps que je n'avais pas les épaules symétriques, et je savais aussi que je me faisais facilement mal aux tendons de l'épaule droite, notamment en faisant de la muscu, mais j'avais globalement trouvé un modus exercitandi pour gérer cette épaule. Seulement, vendredi il y a deux semaines (), je me suis fait un coup brusque à cette épaule en retenant une moto qui tombait sur le côté (à l'arrêt) : sur le coup ça ne m'a pas fait très mal, mais les trois jours suivants ont été très douloureux, surtout la nuit. Impossible de lever le bras (et en particulier, d'écrire au tableau, ce qui est très problématique pour enseigner). Mon généraliste (consulté le lundi suivant, ) m'a mis sous anti-inflammatoires et antalgiques. Petite amélioration. Jeudi de la semaine dernière (), un radiologue m'a diagnostiqué des calcifications et un ou deux tendons rompus (le supra-épineux et peut-être le sub-scapulaire), m'a expliqué que je devrais passer une IRM pour y voir plus clair et qu'il faudrait certainement une intervention chirurgicale : j'étais assez effondré à l'idée des longs mois de difficultés à dormir et d'interruption de toutes sortes d'activités que ce diagnostic me faisait présager.

Sauf qu'en fait les choses ont tourné beaucoup mieux que je ne l'espérais. J'avais encore très mal à l'épaule après le passage à la radio et l'échographie (le fait qu'on m'ait fait la placer dans toutes sortes de positions bizarres n'aidait évidemment pas, pas plus que la mauvaise nouvelle qu'on venait de m'annoncer). Mais les jours suivants, ça allait indubitablement de mieux en mieux. La douleur était encore assez sensible lundi (), quand j'ai revu mon généraliste ; celui-ci m'a dit de continuer les anti-inflammatoires et m'a adressé à un chirurgien orthopédiste pour savoir si et comment me faire opérer. Il m'a délivré un arrêt de travail pour la semaine (je vais revenir sur les complications administratives). Mais le lendemain je n'avais déjà presque plus mal : disons qu'au niveau douleur et même de mobilité générale du bras, il me semblait clair que je convergeais vers le status quo ante. Soulagement, au moins, de pouvoir dormir normalement (fût-ce seulement du côté gauche).

J'ai commencé à croire à l'hypothèse selon laquelle mon tendon supra-épineux et peut-être mon sub-scapulaire pouvaient être rompus depuis très longtemps sans que j'en susse rien. (Apparemment ce n'est pas si rare.) Cela expliquait l'asymétrie entre épaules que j'avais constatée et le fait que j'avais souvent des problèmes à la droite ; cela pouvait même expliquer cette histoire en 2006 où je me suis un jour réveillé avec une très forte et inexplicable douleur à cette épaule (mais le médecin avait conclu que c'était musculaire, et je ne sais pas s'il est imaginable qu'on se rompe un tendon juste en dormant). Mais du coup, cela soulevait aussi la question de savoir ce que je voulais faire (si je vivais comme ça depuis très longtemps, est-il forcément souhaitable de faire une opération chirurgicale qui implique une assez longue immobilisation du bras en question ?).

Sauf que, nouveau rebondissement, hier (), j'ai passé l'IRM et la conclusion de la radiologue a été que je n'avais tout simplement pas de tendon rompu (tout au plus un micro-clivage du supra-épineux) mais une résorption aiguë d'apatite et que je n'avais qu'à continuer les anti-inflammatoires. Le compte-rendu est d'ailleurs le plus jargonnant que j'aie jamais vu :

Indication : Douleurs.

Technique : IRM Siemens ESSENZA, mise en service le 14/09/15. Trois plans T2 fat Sat, sagittales T1.

Résultat : Importante enthésopathie d'insertion du sub-scapulaire avec macro-calcification.
Œdème osseux du trochin et des parties molles antérieures. Épanchement bursal nettement prédominant en antérieur.
L'ensemble est compatible avec une résorption aiguë d'apatite.
Pas de rupture tendineuse évidente.
Aspect de calcification de la gouttière bicipitale.
Le tendon du long biceps reste en place dans sa gouttière sans anomalie évidente de sa portion inter-articulaire difficilement visible.

Aspect de tendinopathie distale du tendon supra-épineux au niveau de sa partie antérieure avec micro-clivage intra-tendineux de 7mm en coronal. Calcification millimétrique du supra-épineux.
Remaniement micro-géodique osseux en regard du tendon infra-épineux sans anomalie tendineuse.

Pas d'amyotrophie ou de dégénérescence graisseuse des muscles de la coiffe ou du deltoïde.

Arthropathie banale acromio-claviculaire non congestive.

Conclusion : Aspect de tendinopathie calcifiante du sub-scapulaire et de la gouttière bicipitale avec probable résorption aiguë d'apatite bursal [sic] et intra-osseuse.
Tendinopathie calcifiante du supra-épineux avec micro-clivage intra-tendineux antérieur sans remaniement congestif visible.

Normalement je comprends vaguement les comptes-rendus médicaux mais là, même avec Google et Wikipédia pour m'aider, je reste complètement perplexe. C'est assez poétique, en fait, tendinopathie calcifiante du sub-scapulaire et de la gouttière bicipitale avec probable résorption aiguë d'apatite bursale et intra-osseuse.

Mais la contradiction entre le compte-rendu de l'IRM et celui de l'échographie, au moins, est claire. Radiologue nº2 (qui a interprété l'IRM) a d'ailleurs supputé que quand radiologue nº1 (qui a fait et interprété l'échographie) avait écrit solution de continuité entre les deux cordes profonde et superficielle du supra-épineux traduisant une rupture transfixiante sans rétraction, c'était un lapsus pour …rupture non transfixiante… (parce qu'une rupture entre les cordes profonde et superficielle ne peut pas être transfixiante vu qu'elle est longitudinale et pas transverse ? quelque chose comme ça).

Comme j'avais de toute façon pris rendez-vous chez un chirurgien orthopédiste, je le maintiens pour qu'il m'aide à y voir plus clair dans ce que ça signifie et ce que je dois faire (et éviter de faire). Mais bon, de ce que je comprends, les douleurs sont essentiellement causées par des calcifications, et dans l'immédiat je dois surtout ne pas faire grand-chose (à part prendre des anti-inflammatoires).

(Il faut aussi que je me demande is je dois forcément croire que l'IRM, ou du moins l'interprétation de l'IRM, est forcément plus fiable que l'échographie en cas de contradiction entre les deux. Je suppose que oui parce que même pour le profane les images IRM sont visiblement plus nettes et vu que radiologue nº1 a lui-même dit que l'IRM serait nécessaire pour évaluer précisément la situation. Mais je ne peux pas exclure qu'un examen nº3 fournisse un résultat intermédiaire ou encore différent.)

Bon, maintenant, en vrac, quelques morales et quelques informations que je retire de l'histoire.

✱ D'abord, la médecine n'est pas une science exacte.

Ça je le savais, évidemment, mais je pensais quand même que quand les radiologues écrivaient leurs comptes-rendus sans qualificateurs marquant le doute, on pouvait les considérer comme assez certains. D'où ce qu'on appelle en anglais un emotional roller-coaster. Comme en parallèle mon poussinet a au même moment ses propres soucis de santé (que je ne détaillerai pas parce que ce n'est pas à moi qu'il revient de le faire), et qu'il y a eu là aussi des doutes sur l'interprétation de certains résultats, la montagne russe est particulièrement secouante, elle peut monter d'un côté et descendre de l'autre, c'est un peu difficile à gérer émotionnellement. Être à la fois soulagé pour quelque chose et en même temps inquiet pour quelque chose d'autre est vraiment déstabilisant.

✱ Ensuite, une prise de conscience sur le handicap qui me vient comme une gifle bien méritée.

Parce que j'ai eu, là, pendant quelques jours ou tout au pire quelques semaines, un handicap qu'on classifierait comme mineur : certes, mon bras droit est mon bras dominant, mais en l'absence d'atteinte de la main ou du coude, seulement de l'épaule, c'était vraiment circonscrit (bon, c'est un peu plus compliqué que ça, parce qu'il y a des positions plus ou moins douloureuses, et la difficulté à dormir est le plus problématique, mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a bien pire). Eh bien juste avec ce handicap mineur, j'ai pu prendre conscience de combien il est pénalisant pour tellement de tâches que je fais sans vraiment y penser : me doucher, me laver les dents, me peigner, me raser, m'habiller, couper ma nourriture, la porter à ma bouche, faire la vaisselle, passer l'aspirateur, plier mon linge, etc. ; sans même parler de me servir d'un clavier et d'une souris. Beaucoup de ces choses sont faisables en principe avec le bras gauche, mais comme je n'ai jamais appris à m'en servir vraiment, de mon bras gauche, je me suis surtout retrouvé à me couper en me rasant (plusieurs fois), à mettre du dentifrice et de la nourriture partout, etc.

Donc, le petit con que je suis s'est pris une grosse claque dans la gueule sans doute méritée et a compris un tout petit peu mieux ce que c'est que de vivre avec un handicap même « mineur » (et, a contrario, quel privilège c'est que d'être « valide »). J'essaierai de retenir la leçon de cette gifle la prochaine fois que je chouinerai.

✱ Autre leçon, le fait que beaucoup de gens sont vraiment très gentils. (Ce n'est pas une découverte non plus, mais ça fait toujours plaisir de le redécouvrir.) J'ai eu toutes sortes de réponses, soit directement dans les commentaires de cette entrée soit par mail soit par encore d'autres canaux, qui m'ont fait du bien et dont je sais beaucoup gré à ceux qui me les ont envoyées, et mes collègues enseignants ou administratifs à Télécom ParisFoo ont été vraiment aimables pour m'aider à minimiser les désagréments de cette possible rupture de tendon, de l'arrêt maladie, et surtout de l'incertitude (parce que je ne pouvais pas dire initialement si ni pour combien de temps je serais arrêté ou dans l'incapacité de faire cours — ce n'est d'ailleurs toujours pas complètement certain).

✱ Je dois aussi raconter une péripétie administrative concernant mon régime de Sécurité sociale — péripétie qui n'a de rapport avec mon épaule que parce que j'allais être mis en arrêt de travail.

Rappelons qu'il existe en France différents régimes de la Sécurité sociale. Ce que ces régimes impliquent concrètement comme différence m'échappe, à vrai dire, complètement. Mais disons au moins que les salariés sont pour leur majorité(?) au régime général (géré par la CPAM ou Caisse primaire d'assurance maladie) tandis que les fonctionnaires sont au régime spécial fonctionnaires et, au moins pour ceux de l'Éducation nationale (je ne sais pas pour les autres), leur sécurité sociale est gérée par une mutuelle telle que (le plus souvent) la MGEN (ce qui est très bizarre : la mutuelle est à la fois gestionnaire de sécurité sociale et éventuellement complémentaire de santé). Ma situation à moi est légèrement compliquée parce que je suis certes fonctionnaire de l'Éducation nationale (professeur agrégé) mais détaché sur un poste de contractuel (contrat à durée indéterminée de droit public). Avant que je ne fusse détaché, ma sécurité sociale était gérée par la MGEN, qui est aussi ma mutuelle complémentaire de santé : quand j'ai été détaché à Télécom ParisFoo, je n'ai effectué aucune démarche : la MGEN a mis beaucoup de temps à comprendre comment prélever ses cotisations de mutuelle, mais elle a fini par y arriver. Ce que je n'ai pas vraiment compris (jusqu'à la semaine dernière), c'est si c'était normal qu'elle continue à gérer ma sécurité sociale. Le fait est que ça marchait (j'étais remboursé quand j'allais voir le médecin), mais ça ne voulait pas dire que c'était forcément la solution correcte.

Et vendredi dernier, je me suis mis à paniquer : si je devais être mis en arrêt de travail, il fallait envoyer les bons documents aux bonnes personnes — mais qui sont les bonnes personnes dans mon cas ? (Le formulaire d'arrêt de travail comporte trois volets, seul le nº1 comportant les indications d'ordre médical : un salarié au régime général de la sécu envoie les volets nº1 et 2 au service médical de la CPAM et le nº3 à son employeur ; un fonctionnaire conserve le volet nº1 pour lui et envoie les nº2 et 3 à son administration.) Je n'en avais aucune idée, n'ayant jamais été arrêté.

La réponse devrait être dans les articles D712-2 et D712-48 du Code de la Sécurité sociale. Mais je n'ai aucune idée de l'interprétation exacte de la plupart des termes qui y figurent, et du coup, du cas dans lequel je me retrouve. Disons que c'est aussi clair pour moi que le rapport d'IRM que j'ai cité ci-dessus.

La bonne démarche consistait à demander aux ressources humaines de mon établissement. Mais je me suis rendu compte du problème potentiel vendredi en fin d'après-midi, et j'allais être arrêté à partir de lundi (et il y a une pénalité si on ne renvoie pas le formulaire dans les temps). Donc j'ai quand même essayé d'interpréter moi-même le texte du Code de la Sécurité sociale : il me semble que je ne suis pas dans les cas prévus au 1º, 8º et 11º de l'article 14 du décret nº85-986 du 16 septembre 1985, je ne crois pas être détaché auprès d'une administration d'État ni sur un emploi permanent d'un département, d'une commune ou d'un de leurs établissements publics ; j'en ai conclu que je devais relever du régime général.

Je suis donc allé lundi matin (avant d'aller voir le médecin) à la CPAM de Paris faire une demande de mutation de droits dont j'avais préparé toutes les pièces justificatives. Je dois d'ailleurs dire qu'on m'avait promis que ce serait la maison qui rend fou, eh bien pas du tout, j'ai été reçu rapidement par des personnes aimables et compétentes (de ce que j'ai pu juger), qui ont enregistré ma demande et m'ont assuré que si j'envoyais un formulaire d'arrêt maladie dans l'après-midi ça ne poserait pas de problème et qu'il ne serait pas perdu en route.

Sauf que juste après avoir fait cette démarche, et tout content qu'elle ait été aussi simple, quelqu'un m'a signalé que la réponse à mon interrogation sur mon statut de sécurité sociale était donnée dans un document appelé le cadre de gestion de l'Institut Mines-Telecom (dont mon école fait partie), et qui précise explicitement que : Le fonctionnaire détaché auprès de l'établissement reste soumis au régime spécial de Sécurité Sociale des fonctionnaires. Pfff…

Du coup, en sortant de chez le médecin avec mon arrêt maladie, j'ai couru aux ressources humaines de l'école donner les volets pertinents du formulaire d'arrêt maladie, mais aussi expliquer la situation. On m'a rassuré sur le fait que ça ne devrait pas poser de problème sérieux parce que la demande de mutation leur arriverait et serait simplement rejetée, mais que dans le doute ils garderaient l'œil ouvert et que j'avais intérêt à envoyer une annulation explicite. J'ai envoyé un courrier dans ce sens. J'espère avoir rattrapé l'erreur à temps et ne pas me retrouver dans une situation administrative impossible à cause d'elle.

Reste que tout ce système de multiplicité de caisses de sécurité sociale dont personne ne sait au juste ce qui diffère entre ellles, est vraiment un coup du Club Contexte.

✱ Un mot sur le régime de l'arrêt de travail : celui-ci impose de rester chez soi (sauf, pour aller voir un médecin) entre 9h et 11h et entre 14h et 16h ; plus exactement, c'est le cas si le médecin coche la case sorties autorisées, c'est-à-dire s'il n'y a pas de raison que le malade reste chez lui en permanence. Il peut aussi cocher la case encore plus permissive sorties libres, mais il faut fournir pour ça une raison médicale (et je suppose que le médecin-conseil de la Sécurité sociale va être invité à mettre son nez pour vérifier que cette raison est sérieuse). Je comprends assez bien la logique de vouloir éviter la tentation de se faire arrêter pour partir en vacances ou quelque chose comme ça — donc, c'est expressément vexatoire pour désinciter la fraude. Ce qui est quand même un peu plus bizarre, c'est que cette obligation de présence au domicile s'étend 7j/7, même le dimanche et les jours fériés : et là je ne vois ni de raison médicale (si une tendinite m'empêche de travailler parce que je ne peux ni écrire au tableau ni taper sur un clavier, je ne vois pas pourquoi ça m'empêcherait de me promener le dimanche), ni de raison vexatoire (dès lors que je suis obligé de pointer chez moi du lundi au vendredi, je ne peux pas utiliser l'arrêt maladie pour partir en vacances, donc quel intérêt d'obliger la présence aussi le dimanche ?), et ça doit être coûteux pour la sécu de vérifier.

Je me demande d'ailleurs comment ces vérifications se font, concrètement : si je prends ma douche aux horaires où je suis censé être présent chez moi, un éventuel inspecteur qui viendrait contrôler sonnera-t-il assez longtemps pour que je puisse sortir de la douche ? Si je n'entends pas la sonnerie, viendra-t-il tambouriner à la porte ? Et si la porte d'entrée de l'immeuble est protégée par un digicode ? Et puis, les vérifications se font-elles par l'organisme qui gère la sécu ? Qui est-ce dans le cas des fonctionnaires ?

(Je précise que ces questions ne sont pas motivées par une quelconque volonté de frauder ; un peu plus par une inquiétude du fait que je puisse dormir et ne pas entendre la sonnerie comme je sais que ça m'est déjà arrivé plus d'une fois. Mais c'est essentiellement de la curiosité intellectuelle.)

✱ Un petit mot sur l'IRM elle-même. Je suis un peu déçu parce que j'avais entendu dire que ça faisait un bruit de fin du monde, tellement énorme qu'on devait donner au patient une paire de bouchons d'oreilles et un casque anti-bruit de chantier et que même comme ça il avait l'impression de devenir sourd. Soit c'était une énorme exagération, soit la technique a fait beaucoup de progrès depuis, parce que le bruit était très supportable : on m'a donné un casque très léger (peut-être à compensation de bruit, je ne sais pas, et je me demande d'ailleurs comment un casque audio avec de l'électronique peut marcher dans un champ magnétique oscillant important), et le bruit était comparable à un bruit de perceuse dans la pièce, pas plus que ça. Pas un bruit d'avion à réaction, en tout cas.

Je suis par ailleurs très (très) légèrement claustrophobe, donc par prudence j'ai fermé les yeux avant qu'on m'insère dans la machine et je les ai gardés fermés tout du long. Je les ai quand même ouverts avant d'être complètement sortis, et j'en ai conclu que j'aurais pu les garder ouverts tout du long, et que j'aurais été sans doute été juste un petit peu inconfortable.

✱ En cherchant à comprendre où sont placés et ce que font ces fameux muscles supra-épineux et sub-scapulaire dont les tendons me posent problème, je suis retombé sur un livre que j'avais acheté à la librairie de médecine Vigot-Maloine (rue de l'École de médecine) : Guide des mouvements de musculation de Frédéric Delavier. Qui est plutôt bien fait parce qu'il étiquette tout un paquet de muscles dans toutes les positions illustrées, ce qui permet d'y voir plus clair qu'un livre d'anatomie qui va montrer un nombre très limité de positions du sujet (et du coup, quelqu'un comme moi qui voit très mal dans l'espace n'arrive pas du tout à visualiser comment les choses sont agencées). Mais en recherchant son nom dans Google, je découvre que c'est un personnage, disons, polémique (la France a des lois crétines sur la diffamation qui font que je n'ai pas intérêt à essayer de développer). Du coup, je suis embêté de faire de la pub pour son livre, mais c'est un fait qu'il n'y a que comme ça que j'ai compris au moins vaguement où sont tous ces foutus muscles (les images renvoyées par Google, ici et , sont vraiment toutes merdiques, je trouve, et en français, ici et , c'est encore pire).

(Je tâcherai sans doute dans une entrée ultérieure de reparler de musculation.)

Suite : ici.

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(jeudi)

En fait, j'ai un ou deux tendons rompus

J'écrivais il y a quelques jours que je m'étais fait une tendinite à l'épaule droite (en essayant de rattraper une moto qui tombait — mais la cause réelle est confuse, cf. ci-dessous). En fait, ce n'est pas juste une tendinite : je viens d'apprendre que j'ai au moins un tendon rompu, si ce n'est deux.

Je suis arrivé cet après-midi plutôt confiant chez le radiologue pour la radio et l'échographie de l'épaule que mon généraliste m'avait prescrites : j'avais l'impression que ma « tendinite » était doucement en train de partir, en tout cas j'ai mieux dormi les deux dernières nuits, avec moins d'anti-inflammatoires et d'antalgiques, et il me semblait que je retrouvais un peu ma mobilité au bras droit. au point que je pourrais sans doute faire cours au tableau lundi (22) et peut-être même avoir le cours de moto qui était planifié jeudi (25).

Calcifications visibles à la radio : ça suggère des blessures au tendon, mais ça signifie aussi que ce n'est pas tout récent — donc la moto ne peut pas être la seule à blâmer. Le radiologue n'a vraiment pas l'air content en regardant les images : les dommages sont considérables, commente-t-il, tout en annotant les images avec des mots comme épanchement et rupture qui sont manifestement de mauvais augure. Finalement, il conclut : dans l'immédiat, il faut faire une IRM, et il est quasi certain qu'une opération chirurgicale sera nécesaire. D'après son rapport, j'ai une rupture du tendon supra-épineux, et peut-être aussi du sub-scapulaire (ne me demandez pas où ils sont au juste ni ce qu'ils font exactement — les images renvoyées par Google images sont épouvantablement incompréhensibles). Voici le compte-rendu complet (je ne vois pas trop de raison de ne pas le mettre en ligne) :

Indications : Scapulalgies persistantes. [Hum, ce n'est pas vraiment ce que j'ai dit, moi, mais passons.]

Radiographies de l'épaule droite de face (rotations neutre, interne et externe) et profils de Lamy et glénoïdien. Résultats : Respect des interlignes articulaires sous-acromial et omo-huméral. Calcifications fines hétérogènes sus-trochitériennes et en regard du trochin témoignant respectivement d'une tendinopathie calcifiante du supra-épineux et du sub-scapulaire. Absence de lésion osseuse focale. CSA à 38°. [CSA>35° : risque de rupture de coiffe.]

Échographie de l'épaule droite. Résultats : L'examen a été réalisé avec une sonde de 11MHz et a comporté des coupes multi-directionnelles dynamiques. • Présence d'une structure hyperéchogène, sous acromiale étendue sur près de 18×17×10mm, pouvant correspondre à une bursite calcique mais l'absence de visiblité du tendon sub-scapulaire dans sa totalité ne permet pas d'éliminer une rupture à son niveau. On visualise également une solution de continuité entre les deux cordes profonde et superficielle du supra-épineux traduisant une rupture transfixiante sans rétraction. On retrouve la présence de calcifications des fibres périphériques du supra-épineux. Petit épanchement dans le récessus postérieur. Intégrité de l'articulation acromio-claviculaire. Absence de dégénérescence graisseuse des corps charnus du supra ou de l'infra-épineux.

Dans ces conditions, on préconise une confrontation aux données IRM.

Le cabinet de radiologie a pu me trouver un rendez-vous pour une IRM la semaine prochaine (jeudi 25). Ne sachant pas trop quoi faire, j'ai pris rendez-vous chez une rhumatologue le lendemain. Je ne sais pas si ça vaut la peine que je retourne voir mon généraliste d'ici là, ni si ça a un intérêt de continuer les anti-inflammatoires. Mais me voilà avec un certain nombre de questions, d'inquiétudes ou d'angoisses :

1. Qu'est-ce qui m'est arrivé exactement ? Le radiologue a été clair sur le fait que les calcifications démontrent que le problème ne peut pas être aussi récent que vendredi (i.e., il faut croire que j'avais quelque chose aux tendons bien avant d'essayer de rattraper une moto, ou même de commencer les cours). Je savais que j'avais des problèmes occasionnels à l'épaule droite, mais quelle pouvait être leur nature exacte ? Je suppose que la rupture du tendon supra-épineux elle-même date de vendredi, mais peut-être qu'elle était partiellement amorcée avant. Mais comment expliquer que j'aie eu très peu mal sur le coup, que je ne me sois pas senti spécialement handicapé vendredi, et que la douleur et l'incapacité à soulever le bras soient venus progressivement au cours du week-end ? J'ai quand même pu conduire une moto vendredi après-midi, d'abord sur le plateau, puis sur l'autoroute : j'ai du mal à comprendre comment j'ai pu accomplir un tel exploit avec un ou deux tendons rompus ! (Ou alors ils se seraient rompus après ? Mais comment ?)

2. Comment naviguer le système médical ? Comme je le dis plus haut, j'ai rendez-vous pour une IRM la semaine prochaine, et j'ai pris rendez-vous pour consulter une rhumatologue : mais comment dois-je m'y prendre pour me faire opérer, et, si possible, pas dans un délai tel que le problème empire (par exemple si le tendon commence à se rétracter) ? Pour combien de temps est-ce que je peux réalistement compter en avoir avant que mon épaule soit « réparée » autant qu'elle pourra l'être ?

3. En attendant, je fais comment ? Je revois mon généraliste ? Je continue les antalgiques ? Les anti-inflammatoires ? Le radiologue m'a dit qu'il faudra mettre mon bras en écharpe, est-ce que je dois bricoler ça tout de suite ? (En permanence ? Ou juste pour marcher ? Est-ce que je peux quand même taper sur un clavier ?)

4. Comment vais-je dormir pendant les mois qui viennent ? Ce point m'angoisse beaucoup, parce que même si les deux dernières nuits représentaient un progrès par rapport aux précédentes, je ne peux vraiment pas dire que j'aie bien dormi. L'idée d'en rester à ce régime pendant des mois me fait vraiment peur. (Soyons honnêtes, dormir est une de mes activités préférées.)

5. Comment est-ce que je fais pour mes cours ? Je ne peux pas lever le bras droit. J'ai essayé d'écrire du bras gauche, non seulement j'ai une écriture de gamin de l'école maternelle mais en plus j'écris à peu près une lettre en trois secondes : ce n'est pas imaginable de faire cours au tableau dans ces conditions. Hier j'ai fait cours au vidéoprojecteur, mais le temps de préparer des transparents est vraiment énorme : je ne peux pas sérieusement envisager de faire ça pour l'ensemble de mes cours. Comment m'en sortir ? (J'avais imaginé un moment demander à un élève de venir au tableau jouer au scribe, mais l'intérêt a l'air nul : autant dicter le cours à tout le monde en même temps…)

Je peux peut-être obtenir un certificat médical d'invalidité, mais j'aurais vraiment du mal à ignorer le fait que je mettrais mes collègues et étudiants dans le pétrin en disant que je ne peux juste pas faire cours. Je vais essayer de voir mon médecin du travail, mais j'ai déjà un cours lundi, avant que je puisse espérer le rencontrer.

6. Comment est-ce que je fais pour dans la vie quotidienne ? Je ne peux pas dire que je sois très sérieusement handicapé : si on ne m'impose pas de garder le bras en écharpe en permanence (ce qui serait vraiment très lourd), tant que je laisse le coude à peu près le long du torse, je peux encore me servir de ma main droite (écrire sur ordinateur est un peu pénible, mais pas impossible cette entrée de blog en est la preuve ; le plus pénible est de passer du clavier à la souris ou vice versa). Mais même comme ça, je ne vois pas comment je peux faire la vaisselle, je ne peux pas me savonner correctement en prenant ma douche, ni me sécher après, je ne peux pas passer l'aspirateur, etc. Je suis tellement empoté de la main gauche que même me laver les dents est extrêmement difficile. Comment font les gens à qui il manque un bras, voire deux ‽

7. Pourrai-je à terme reprendre la muscu ? Je me rends compte, maintenant que je ne peux plus, que, d'une part, j'aimais vraiment ça et ça me manque déjà beaucoup, et, d'autre part, que ça m'aidait vraiment à surmonter mes problèmes d'image de moi (et de relation à mon corps). Médicalement, sans doute, après une opération réussie et un temps de rééducation. Mais à ce moment-là j'aurai perdu tout ce que j'ai mis des années à gagner, et je me demande si j'aurai vraiment le courage de reprendre.

8. Pourrai-je à terme passer le permis moto ? Je peux dire la même chose qu'au paragraphe précédent : je me rends compte, maintenant que je ne peux plus, que j'aimais vraiment ça et ça me manque déjà beaucoup. Là, le problème n'est pas tant de reprendre à zéro (on ne peut pas dire que ça fasse beaucoup à reprendre, je venais de commencer les cours), mais il n'est pas clair que je puisse : d'une part, l'assurance que j'ai souscrite ne vaut que pour un an et n'est pas renouvelable, et d'autre part, dans un an, avec le temps que je perdrai dans les transports entre Paris et Saclay, il est douteux que je puisse trouver le temps de passer un permis (surtout qu'avec la réforme prévue, il faudra que je repasse le code, et il est prévu que l'épreuve en circulation devienne beaucoup plus difficile).

(Même une voiture, d'ailleurs, j'ai un peu peur d'oublier comment la conduire. Jusqu'à la semaine dernière, j'avais veillé à conduire quasiment chaque semaine, pour entretenir l'habitude. Mais là, c'est cuit pour je ne sais combien de temps.)

Peut-être que je me plains beaucoup pour pas grand-chose, il y a évidemment des problèmes bien plus graves qu'avoir quelques tendons rompus (mais bon, quasiment tout le monde peut toujours se dire qu'il y a des gens plus mal, je ne sais pas si ça aide vraiment). Mais le fait est que, pour l'instant, j'ai juste envie de trouver un trou bien profond et de me cacher dedans pour dormir très longtemps.

Mise à jour : voir cette entrée ultérieure puis celle-ci.

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(lundi)

Fichue tendinite

J'ai déjà raconté que je n'avais pas les épaules symétriques : alors que mon épaule gauche se place naturellement dans le plan où les livres d'anatomie disent qu'elle est censée être, mon épaule droite a toujours tendance à être avancée par rapport à ça (plus ou moins avancée selon la manière dont je tourne les bras, mais toujours au moins un peu décalée vers l'avant). Et sans doute en rapport avec ça (même si le lien de causalité exact m'échappe), (a) j'ai beaucoup moins de mobilité dans l'épaule droite, et (b) j'ai beaucoup plus facilement mal à elle. Je me suis plusieurs fois fait des tendinites à l'épaule droite en faisant de la muscu (surtout les exercices consistant à lever les bras vers le côté ou vers l'avant), jamais à la gauche, et je dois toujours veiller, sur ce genre d'exercices, à régler la charge bien en-deçà de ce que je crois être capable de porter. (Plusieurs fois je me suis dit que j'allais essayer de forcer mon épaule dans la position où elle devrait être pour faire l'exercice, mais j'ai l'impression que c'est encore pire.)

Le problème, en outre, avec les traumatismes aux tendons à l'effort, c'est que souvent ils ne préviennent pas tout de suite : on peut ne pas du tout se rendre compte qu'on a trop forcé, et le découvrir le soir même, voire le lendemain, ou même le surlendemain, lorsque la douleur s'installe. Et il faut facilement des semaines, parfois des mois, pour revenir à un semblant de normalité (en plus de ça, pendant ces semaines ou ces mois, les muscles participant secondairement à l'effort pour contrôler la position des membres ont tendance à fondre énormément, donc si on reprend au niveau où on croit en être, c'est la garantie de réactiver la tendinite : il faut recommencer très progressivement). Bref, au moindre excès, on perd des mois d'entraînement, et je dis ça alors que je fais de la muscu juste pour le plaisir, je n'ose imaginer ce que ça donne chez ceux qui s'y prennent vraiment sérieusement.

Bon, mais là je me suis fait mal à l'épaule non pas en salle de sport mais, vendredi, en retenant une moto qui allait tomber (à essentiellement 0km/h, je précise — c'est là que l'équilibre est précaire) : j'ai eu le réflexe de l'empêcher de verser à droite, et c'était une très mauvaise idée, parce que c'est beaucoup plus lourd qu'un vélo et que mon épaule droite n'a pas apprécié du tout. Alors certes je savais que la moto pouvait être dangereuse, mais je ne pensais pas du tout à ce genre de choses.

Et ce qui est insidieux, c'est que je ne m'en suis quasiment pas rendu compte sur le coup. Ça a un peu tiré, mais la douleur à ce moment-là était très modérée et elle a disparu presque immédiatement. Je suis rentré sans m'apercevoir que je m'étais fait mal. Dès que je suis arrivé chez moi je me suis rendu compte que quelque chose n'allait pas, parce que ma main droite était comme ankylosée ; cette impression-là n'a pas duré non plus. Mais la douleur à l'épaule a vraiment crû tout au long du week-end.

Ça tombe vraiment mal (comme toujours), parce que mon poussinet et moi avions déjà des tracas en tête dont nous cherchions à nous distraire en passant un week-end du côté de la Champagne. Je ne recommande pas spécialement, en tout cas à ceux qui comme nous ne boivent pas d'alcool : à part que la Montagne de Reims offre de jolies vues (notamment dans le hameau fort peu originalement dénommé Bellevue) et quelques balades en forêt, on a vraiment l'impression que toute la région est entièrement consacrée à leur fameux vin pétillant, et notamment la ville d'Épernay m'a fait une très mauvaise impression (à la seule exception du très mignon parc de l'Hôtel de Ville) — notamment, l'avenue de Champagne, alignement de sièges de grandes maisons de champagne, me fait l'effet de ces quartiers d'affaires où s'alignent les sièges de grandes sociétés — architecturalement beaux, mais complètement déshumanisés. Mais évidemment, c'est encore pire si on a du mal à penser à autre chose qu'au fait qu'on a mal à l'épaule.

Enfin, dans la journée, ça va : je suis handicapé parce que je n'arrive pas à lever le bras droit au niveau de l'épaule[#], mais si je le laisse juste se reposer, je n'ai pas mal ou quasiment pas. Mais la nuit, c'est vraiment autre chose…

[#] Problème : je donne un cours mercredi matin. À moins d'une amélioration spectaculaire d'ici là, je ne serai pas capable d'écrire au tableau. Je me demande s'il vaut mieux que j'essaie de faire déplacer ce cours, que je convainque un collègue de me remplacer, que je le donne en montrant les transparents qu'un collègue a faits pour une vieille version de ce cours, que je le donne sans écrire au tableau, ou encore que je demande à un élève de me servir de scribe. Toutes ces options sont assez pourries.

J'ai l'habitude de dormir sur le côté : sur le dos ou sur le ventre je me réveille vite en ayant l'impression d'étouffer (ce n'est pas clair pour moi dans quelle mesure j'étouffe vraiment ou simplement j'ai développé cette impression à force de me forcer à dormir sur le côté pour éviter de ronfler)[#2]. Sur le côté droit, en l'occurrence, c'est hors de question (ça m'est arrivé, lors de précédentes tendinites, de conster que dormir sur le tendon douloureux était, en fait, moins douloureux, mais cette fois-ci j'ai essayé et ce n'est pas envisageable). Mais même sur le gauche, je n'ai pas réussi à trouver une position qui ne me fasse pas mal, que le bras droit soit le long du corps et reposant dessus, le long du corps en dévers, replié, ou d'aucune autre façon : il y a toujours quelque part où ça tire. Mon poussinet a fini par avoir l'idée de mettre un oreiller entre mon corps et mon bras, ça aide un peu (essentiellement parce que ça permet plus de positions stables, le bras étant retenu par le frottement sur l'oreiller), mais mon sommeil reste très précaire : j'ai mal dormi la nuit de vendredi à samedi, encore plus mal de samedi à dimanche, et la suivante était encore pire (j'espère que ça va commencer à s'améliorer !). Essentiellement par blocs de 1h ou 2h entrecoupés de réveils causés par la douleur. Et à force, la fatigue me pèse vraiment.

[#2] Je viens de m'acheter une orthèse censée aider avec ce problème, mais je suis un peu sceptique sur le fait qu'il soit vraiment possible de dormir avec ce machin en bouche.

Je suis bien sûr allé voir un médecin. Et je mesure bien sûr la chance que j'ai de vivre dans un pays avec un système de santé qui me permet de consulter un généraliste dans la journée (et pour une somme plus que raisonnable). Mais j'ai quand même une remarque ou deux à faire à ce sujet.

J'avais pris l'initiative de prendre dès le premier jour du naproxène pour calmer l'inflammation (2×550mg/j les premiers jours, plus de l'oméprazole pour protéger mon estomac), un gel au kétoprofène en application locale, et du tramadol+paracétamol la nuit pour calmer la douleur (je n'aime vraiment pas prendre du tramadol vu que c'est un opiacé, mais il faut bien que j'arrive à dormir un peu). Il me restait de tout ça d'une précédente tendinite (où je n'avais quasiment rien consommé de ces médicaments). Le médecin m'a prescrit exactement ce que [je lui avais dit que] je prenais (moins le kétoprofène) : ce qui est normal — même patient, même médecin, mêmes symptômes (quoique plus graves) ⇒ même traitement. Il m'a aussi prescrit de faire faire une échographie et une radiographie de l'épaule, je vais y revenir. Mais quand j'ai parlé de ma difficulté à dormir parce que je ne trouvais aucune position où je n'avais pas mal, ça n'a pas semblé susciter le moindre commencement d'intérêt chez lui. Alors je comprends bien que son temps est précieux et qu'il y a des gens qui vont beaucoup plus mal que moi et que ce n'est pas son boulot de m'aider à trouver exactement quel mouvement me fait mal et comment je pourrais me mettre pour dormir, ni forcément d'écouter mes petits tracas qui ne sont pas directement d'ordre médical. Mais je suis persuadé que c'est une des raisons qui font que beaucoup de gens se tournent vers les charlataneries qu'on qualifie de médecines douces ou médecines alternatives : que si j'allais voir un osthéopathe, au moins, il y a des chances qu'il prenne le temps de discuter avec moi de ce genre de choses et peut-être de trouver des astuces comme celle que mon poussinet a imaginée avec l'oreiller.

La deuxième remarque concerne l'échographie de l'épaule. C'est un peu le parcours du combattant d'obtenir un rendez-vous (rapide) pour une échographie de l'épaule : et le problème n'est pas, apparemment, d'un manque de radiologues (en tout cas pas à Paris), le problème est l'ultra-spécialisation du domaine. Moi je pensais qu'il y avait une division des actes en grands domaines du genre : radiographie, échographie cardiaque, échographie gynécologique, échographie viscérale, échographie des membres — des choses comme ça. Mais non ! Par exemple, j'ai trouvé un centre d'imagerie qui pratique de échographies des chevilles, genoux et coudes mais pas des épaules (j'ai vraiment du mal à comprendre, là). Et comme la typologie n'a pas l'air standardisée, un site comme Doctolib ne permet pas de chercher le premier rendez-vous disponible pour une échographie de l'épaule sur tout Paris : il faut essayer un par un les centres d'imagerie, regarder comment ils classifient l'échographie de l'épaule, et demander quel rendez-vous ils peuvent proposer. Au final, j'ai bien trouvé un rendez-vous rapide (cette semaine), mais il y a vraiment un problème d'organisation qui pourrait être améliorée.

Suite : en fait, c'est plus grave qu'une tendinite : voir cette entrée ultérieure. • Nouvelle mise à jour : voir cette entrée-ci puis celle-ci.

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(lundi)

La nostalgie douce-amère des petits moments de bonheur passés

Il y a certainement une place dans le merveilleusement poétique Dictionary of Obscure Sorrows pour ce dont je veux parler — en fait, il est même possible qu'il y figure déjà, ou au moins que ses proches voisins dans la gégraphie compliquée des émotions humaines soient répertoriées.

Chaque rentrée qui arrive, chaque été qui se finit, est pour moi l'occasion d'une forme particulière d'anxiété — parfois légère, diffuse, éthérée, presque clémente, mais toujours palpable. L'incertitude quant aux changements que l'année va apporter. L'inquiétude de me voir rappeler par le cycle des saisons que la roue du temps tourne inexorablement. Or l'appréhension de l'avenir m'amène à contempler le passé.

De ces minutes de contemplation, des souvenirs émergent spontanément, et avec eux une sensation douce-amère : la nostalgie de certains instants du bonheur passé. Le désir de les revivre, de replonger dans la fraîcheur sucrée de ces moments trop vite vécus et pas assez appréciés. Comme si je voulais dire à mon moi d'hier : savoure cette seconde ! prends conscience que tu es heureux — comme si j'étais jaloux de ne plus être à sa place, de ne pas être plus jeune d'un jour, d'une semaine, d'un mois, d'un an, ou d'un quart de siècle. L'image que recrée ma mémoire m'apaise en même temps qu'elle me moque. À la manière d'une carte postale que je me serais envoyée : ici il fait très beau – dommage que tu ne sois pas là – bisous de jadis – signé : toi-même. Est-ce que je ne pourrais pas profiter de nouveau de ce nectar-là, ô dieux du temps ?

Les cartes postales se mélangent, elles ne sont même pas triées. Je regrette déjà l'après-midi ensoleillée que j'ai passée avant-hier à Fontainebleau avec mon poussinet, ou une balade en montagne il y a quelques semaines que, sur le moment, je n'ai pas vraiment aimée. Mais je me revois aussi petit, visitant le zoo de Toronto en suivant les grosses traces de pattes colorées qu'ils utilisaient pour baliser les parcours. Je repense à toutes ces promenades dans la vallée de Chevreuse avec mon père (qui maintenant ne peut presque plus marcher) pendant lesquelles il tâchait de m'intéresser à la physique. Je me remémore des heures passées à l'ENS à refaire le monde avec des copains (avec lesquels j'ai souvent perdu le contact). Il me revient aussi tout ce temps passé, quand j'étais ado, à jouer à des jeux d'aventure sur ordinateur[#] ou à programmer moi-même le jeu Légendes avec mes copains Laurent et Philippe (qui habitent tous les deux loin). Et il y a le jour où mon poussinet est devenu mon poussinet ; et cet autre jour, pas longtemps après, où nous avons déjeuné dans l'enceinte presque féérique du Petit Palais et je l'ai présenté à ma maman et à une amie de longue date de mes parents (maintenant décédée).

Les souvenirs qui me reviennent ainsi sont pour la plupart ceux d'un beau temps. Peut-être que la pluie délave la mémoire alors que le soleil la fige à la manière d'une plaque photographique. Peut-être n'envoie-t-on de cartes postales que d'un ciel serein.

L'utilisation du mot nostalgie est peut-être douteuse. Mais la limite des sentiments n'est pas claire entre le regret des temps que j'ai vécus et ceux de temps qui m'ont seulement été contés, peut-être faussement, ou que j'ai complètement inventés. Même les années que j'ai vécues sont en partie fausses, car j'ai sans doute écarté de ma mémoire les jours tristes — pluvieux — ennuyeux ; et parce que les souvenirs que je garde peuvent avoir été déformés. À force, tout se confond : j'étais heureux quand je sauvais des demoiselles en détresse.

Je suppose qu'il faut considérer les souvenirs non pas comme des cartes postales mais comme des sortes d'œuvres d'arts antiques — telle celle le poète écrit :

Le temps passe. Tout meurt. Le marbre même s'use.
Agrigente n'est plus qu'une ombre, et Syracuse
Dort sous le bleu liceul de son ciel indulgent ;

Et seul le dur métal que l'amour fit docile
Garde encore en sa fleur, aux médailles d'argent,
L'immortelle beauté des vierges de Sicile.

— José-Maria de Heredia, Les Trophées (Médaille antique)

Je retourne donc contempler ma collection de camées.

[#] Si vous avez mon âge plus ou moins quelques années, et si ce type de nostalgie peut vous atteindre, regardez les images de cette page et de celle-ci, c'est exactement le type d'art qui va bien avec le sentiment dont je parle dans cette entrée.

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(lundi)

Exilé hors du royaume magique

J'aime beaucoup les travaux du dessinateur et bédéiste Boulet[#] parce qu'il arrive non seulement à me faire rire (ce qui n'est pas trop difficile) mais aussi à me toucher. Je range cette entrée dans la catégorie « livres » de ce blog parce que je recommande l'ensemble de ses Notes[#2], mais je viens surtout de tomber sur sa fable(?) Maudit Royaume (publiée en 2014 dans le numéro 3 du trimestriel Papier et republiée à la fin du volume 11 de ses Notes) dont voici une version en ligne. Cette histoire a beaucoup résonné en moi.

(Divulgâchis maintenant. Suivez le lien ci-dessus ou lisez ses Notes[#2] avant de continuer à lire.)

Le thème qui m'a frappé, qui est présent dans plusieurs des histoires de Boulet mais particulièrement bien illustré dans celle-ci, c'est le contraste douloureux entre le monde féerique, magique et enchanté de nos rêves et des récits fantastiques et contes qui les ont alimentés — (Je dis nous mais je ne sais pas qui nous sommes, disons que je parle au moins pour moi et certainement pas que pour moi ; j'imagine que le dessinateur doit ressentir quelque chose de proche.) — entre ce monde féérique et le monde matériel dans lequel nous vivons vraiment. Lequel n'est certes pas dénué de choses dont on peut s'émerveiller (là aussi, Boulet a pas mal dessiné à ce sujet), mais il demeure une dissonance entre les deux.

Cette dissonance est particulièrement douloureuse quand on est scientifique, parce qu'un scientifique n'a pas le droit de croire à la magie, et ça ne l'empêche pas d'y rêver. À un certain niveau, j'envie les gens qui croient au surnaturel, aux dieux ou à ce genre de choses, et qui n'ont pas une part de rationalité froide dans leur cerveau pour leur rappeler sans arrêt rêve toujours : tout ça n'existe pas — ou qui arrivent à la faire taire. Ils peuvent vivre dans un monde enchanté.

Alors bien sûr, il est quand même possible pour un scientifique de s'émerveiller, de conserver un monde enchanté au-dessus du monde réel (j'avais développé ça de façon sans doute inutilement compliquée ici), et bien sûr de rêver (soit au sens littéral, soit en consommant des romans, des bédés, des films, etc.), soit même en étant artiste et en créant (quitte à risquer de devenir fou ?). Mais même dans la fiction, la rationalité vient vous embêter : oui, alors là, en fait, c'est pas logique que l'enchanteur veuille capturer la princesse, parce que s'il a le pouvoir de…mais ta gueule, bordel de merde, rationalité obsessive !. Et pour ce qui est du monde réel, je suis, comme tout le monde, déçu quand on annonce la mise au point d'une technique d'invisibilité, que ce ne soit pas une cape comme dans Harry Potter ou un anneau magique comme celui de Bilbo mais un truc minuscule qui arrive à canaliser certaines formes de micro-ondes ; ou que quand on révèle l'existence d'eau liquide sur Mars ce ne soit pas les canaux des rêves de Schiaparelli et de Lowell mais un lac enfoui sous la glace. (Évidemment, je le sais à l'avance quand je lis les titres qui les annoncent, mais ça ne m'empêche pas d'être déçu de savoir à l'avance que je serai déçu ; et je sais rationnellement que c'est un exploit d'avoir fabriqué le truc minuscule indétectable aux micro-ondes ou d'avoir détecté l'eau liquide sous la glace, mais ça ne m'empêche pas d'être frustré.)

Et puis, comme je l'ai déjà écrit, un élémental de praséodyme, ça ne le fait pas : c'était bien mieux quand les éléments étaient quatre et s'appelaient Terre, Eau, Air et Feu.

Bref, je me sens comme exilé hors du royaume magique. C'est ce qui m'a poussé à écrire de la mauvaise littérature fantastique et qui me pousse encore à le faire de temps en temps (mais de moins en moins, parce que je deviens vieux, usé et fatigué, et de moins en moins capable de voir les éléphants dans les boas). Je sais que je radote, je l'ai déjà raconté plusieurs fois sur ce blog (ici à propos d'un de mes personnages de roman, et encore ici), et surtout, c'est le thème de cette nouvelle, qui a des idées en commun avec l'histoire de Boulet.

Je ne sais pas si le fait d'être mathématicien est, à cet égard, plus ou moins enviable que si j'étais physicien ou biologiste. Les mathématiques n'excluent pas vraiment la magie : on pourrait tout à fait imaginer un monde fantastique basé sur une description mathématique précise de la magie (là aussi je sais que je radote), ce serait quelque chose d'intéressant à élaborer[#3]. Les maths sont les mêmes dans tous les univers possibles, même ceux où la magie existe (du moins, on a tendance à le croire). Et à un certain niveau, les maths contiennent déjà de la magie (en tout cas, elles contiennent indiscutablement de la numérologie : j'ai assez parlé du pouvoir magique des nombres 696 729 600 et 244 823 040 pour ne pas insister)[#4]. Mais peut-être que cela rend les choses encore plus frustrantes : je pourrais être un mathématicien dans un monde où la magie existe et je ne le suis pas ! Dammit!

[#] Là je fais un lien vers son blog, mais en fait je ne le lis pas en ligne : j'achète ses Notes sous forme de bouts d'arbres morts. Il n'y a pas vraiment de raison (ce n'est pas comme si je ne lisais pas plein de webcomics en ligne, donc je n'ai rien contre en principe), juste qu'on m'a offert le volume 10 pour mon anniversaire il y a deux(?) ans, alors ensuite j'ai acheté et lu les 9 à 1 dans l'ordre décroissant (de numéro mais aussi, à mon avis, de qualité ← ceci est une sorte de double négation pour dire qu'il s'améliore avec le temps), et puis je me suis rendu compte tout récemment que le 11 était sorti et je viens de le finir.

[#2] (Pas cher)

[#3] J'espère toujours qu'à force de répéter cette idée, un oulipien fou va s'en emparer et m'épargner le boulot fastidieux d'être moi-même l'oulipien fou.

[#4] Ou pour prendre un exemple venu de la crypto : Alice (chevalière guerrière et sauveuses de princes en détresse) et Bob (prince charmant prisonnier dans une tour) disposent d'un canal de communication sur lequel Ève (cruelle physicienne qui maintient Bob prisonnier) entend absolument tout ce qui se passe mais ne peut pas modifier le contenu : par la magie de la crypto, Alice et Bob peuvent quand même réussir à s'échanger des messages secrets qu'Ève ne pourra pas déchiffrer. (C'est évident si Alice et Bob ont convenu à l'avance d'une clé secrète de chiffrement, mais la vraie magie c'est que c'est possible même sans ça.)

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(samedi)

Où je décide de jouer avec Twitter

Il n'est pas complètement à exclure que la concision acérée dans l'expression de mes idées, jointe à la chasse impitoyable aux circonlocutions inutiles, ne dénombrent pas parmi les qualités pour lesquelles je suis le plus renommé.[#] Sans doute ne fais-je pas partie de ceux qui, à l'instar du président américain, savent rendre toute la sobre richesse de leur pensée dans l'implacable carcan des 280 caractères : nous autres esprits plus médiocres devons répandre notre logorrhée dans les cercles décidément moins reconnus des blogs personnels.

Malgré ça, je me suis déjà souvent dit que je devrais me créer un compte Twitter, ne serait-ce que parce qu'en lecture, c'est une source d'information indubitablement utile, et que tant qu'à faire je pourrais m'en servir à la fois pour annoncer les entrées que je publie dans ce blog, et aussi pour poster des choses trop courtes pour que j'ose en faire une nouvelle entrée (il ne faudrait pas saboter ma réputation de verbomane).

Je n'aime pas trop le fait que Twitter soit une plate-forme propriétaire[#2], mais en fait, j'utilise beaucoup MathOverflow (une instance de StackExchange), qui n'est pas spécialement moins propriétaire que Twitter. Et à la réflexion, je me suis dit que ce que je considérais le plus important, c'était que mes données ne restent pas prisonnières de la plate-forme.

C'est-à-dire que je tiens à pouvoir garder une copie de tout ce que j'y fais de sorte que toute cette information soit encore disponible si la plate-forme disparaît un jour. S'agissant de StackExchange, j'utilise déjà leur API pour garder une copie personnelle de tout ce que je poste sur MathOverflow (ainsi que toutes les questions auxquelles je réponds, toutes les réponses à mes questions, et d'autres choses de ce genre). J'avais commencé avec Reddit (dont j'essaie actuellement de me tenir éloigné parce que c'est décidément trop chronophage). Dès lors, il n'y a pas spécialement de raison de ne pas me créer un compte Twitter selon la même logique, puisqu'il y a une API qui permet a minima de récupérer toutes les informations disponibles par leur interface Web ou application Android. (Ce n'était pas évident quand on lit la page vers laquelle je viens de lier, qui a l'air de concerner uniquement des usages corporate, qu'on puisse ouvrir un compte API gratuitement et s'en servir pour faire de l'archivage, mais apparemment c'est le cas puisque j'ai réussi. En revanche, s'agissant de Facebook, je n'ai pas vraiment l'impression qu'une telle API existe : leurs interfaces semblent vraiment orientées vers les gens qui veulent faire de la pub, développer des jeux Facebook, ce genre de choses, et pas archiver leurs propres données[#3].)[#4][#5]

Bon, ce n'est pas tout qu'une API existe, il faut encore arriver à s'en servir. Heureusement, s'agissant de celle de Twitter, il y a une bibliothèque Perl, le langage que je préfère quand il s'agit d'écrire ce genre de scripts. La difficulté, ensuite, c'est de comprendre comment l'API fonctionne, parce qu'il y a toujours plein de choses qui ne sont pas, ou qui sont très mal, documentées : ce n'est dit nulle part, par exemple, que le texte d'un tweet est renvoyé sous forme HTML-échappée (un ‘&’ est retourné comme &, par exemple, ce qui est bizarre parce que, fondamentalement, un tweet n'est pas du HTML, donc il n'y a aucune raison de l'échapper de la sorte) ; et c'est encore moins dit si la position des hashtags, URL et compagnie renvoyée par l'API est comptée en caractères avant ou après échappement (ou d'ailleurs si ces caractères sont vraiment des caractères Unicode ou des unités de codage UTF-16 comme en Java ; expérimentalement, ce sont bien des caractères Unicode, et ils sont comptés après échappement HTML[#6]). Il faut aussi se dépatouiller de la demi-douzaine de façons différentes dont on peut « retweeter » sur ce machin, qui sont mal expliquées et certaines, je crois le deviner, obsolètes[#7].

Je crois avoir vaincu ces petites difficultés techniques et produit un programme qui archive tout ce que je tweeterai, que je mettrai en ligne sur cette page (qui ne sera pas mise à jour en temps réel, puisqu'elle est surtout destinée à être une archive, mais probablement assez souvent quand même). Je vais certainement découvrir de nouvelles subtilités de l'API, mais j'imagine que je saurai m'en sortir.

Voilà, j'ai réussi à dire en beaucoup plus que 280 caractères, et avec sept notes en bas de page, ce qui tenait finalement en 36 caractères :

Bref, j'ai ouvert un compte Twitter.

Ajout : voir cette entrée ultérieure pour mes impressions trois mois après.

[#] Pourtant, quand j'étais lycéen, je me tirais plutôt bien de l'épreuve de résumé du bac français. (Je mettais d'ailleurs un point d'honneur à rendre toujours le nombre exact de mots demandés, sans jamais exploiter la marge de ±10% permise.) C'est peut-être parce qu'il est plus facile de sabrer dans la pensée d'autrui que dans la sienne propre. ☺

[#2] Il y a bien des alternatives comme Mastodon, qui ont parfois des idées intéressantes, mais il y a le problème de l'effet de Matthieu — sous la forme que ce qui fait l'intérêt d'un réseau social, c'est le contenu qui est déjà dessus, donc les utilisateurs attirent les autres utilisateurs, d'où le fait que le succès appartienne à celui qui a eu le hasard de réussir (en premier). Je ne sais pas comment on peut lutter contre ça. (Par ailleurs, Mastodon a d'autres problèmes, comme le fait qu'ils n'ont pas pu/su/voulu créer un namespace unique pour les noms d'utilisateurs et qu'on se retrouve donc avec des noms à rallonge aussi ridicules que si tout le monde se nommait par son adresse mail.)

[#3] Alors vous allez me dire, il y a quand même moyen de récupérer toutes les informations qu'on a sur Facebook (le RGPD doit plus ou moins l'imposer). Mais s'il n'y a pas un mécanisme pour le faire de façon incrémentale (je n'ai pas envie, tous les jours, de récupérer tout ce que j'ai fait sur la plate-forme depuis que j'ai commencé à m'en servir !), et éventuellement filtrée, ce n'est pas très utile. Bref, il faut une API.

[#4] À ce sujet, je reconnais parfaitement la validité de la critique suivante : j'ai mis en place un système de commentaires sur ce blog, et je n'ai pas créé d'API pour interagir avec. Je le sais, et ça m'embête. Pour ma défense : (1) il n'y a aucun mécanisme d'authentification, pas de notion de compte ou quoi que ce soit de ce genre, donc je ne peux pas proposer à quelqu'un de récupérer toutes ses données, je n'ai moi-même pas trace de quel commentaire appartient vraiment à qui, (2) comme le HTML que je sers est très propre et que les URL sont assez évidentes, il serait simple à scripter, donc si quelqu'un trouve vraiment mon interface insupportable, il peut faire ça, et (3) j'ai depuis Une Éternité® de réécrire ce système de commentaire, qui est un vieux script Perl bien moisi qui ne permet même pas de faire du HTML basique et ne permet les liens qu'avec une syntaxe chiante que personne n'a envie de respecter, je n'ai jamais trouvé le temps pour changer tout ça, mais si un jour je le fais, une API minimale pour lire les commentaires sera incluse.

[#5] Ce n'est pas qu'une question d'archivage (au sens : garder pour l'Éternité), d'ailleurs : c'est aussi une question de recherche. J'aime bien pouvoir retrouver ce que j'ai déjà écrit sur tel ou tel sujet, et pour ça, la commande egrep est extrêmement précieuse… à condition d'avoir les données sous une forme grepable.

[#6] C'est un chouïa illogique, comme façon de faire, mais je suppose que ça simplifie le boulot des gens qui veulent produire du HTML facilement à partir d'un Tweet, qui sont probablement les plus importants consommateurs de l'API.

[#7] Est-ce qu'on peut faire un native retweet par l'interface Web ? J'ai essayé d'en faire un sans modifier le message, et il a quand même enregistré un tweet commençant en interne par RT.

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(mardi)

Où est le docteur Sacks quand j'ai besoin de lui ?

(Oui, je sais, la réponse à la question du titre est qu'il est mort — il n'y a pas si longtemps d'ailleurs.)

Hier, j'ai encore eu un épisode bizarre qui m'a mené aux urgences et a dû donner à tout le monde l'impression que je suis un hypocondriaque qui s'écoute trop et qui fait perdre du temps précieux qui devrait être consacré aux gens vraiment malades, mais qui m'inquiète quand même beaucoup.

J'étais en train de faire de la musculation et de lire des articles de maths. Oui, c'est une combinaison bizarre, mais j'ai déjà dû expliquer que je faisais régulièrement ça : je lis des maths pendant le temps de repos entre deux séries de mouvements de muscu, le fait que ça m'oblige à lire lentement est plutôt une bonne chose. Mais c'est peut-être aussi une combinaison redoutable pour le cerveau, je ne sais pas, même si je n'ai jamais eu de problème particulier jusqu'à maintenant. Je n'ai rien consommé d'inhabituel ni rien qui ne soit pas vendu en pharmacie en France (poudre de protéines, HMB), et j'ai bu normalement et régulièrement tout au long de ma séance. Je n'ai pas subi de choc particulier. Il est possible que j'aie forcé sur les mouvements. Ou peut-être que les articles que je lisais étaient particulièrement ésotériques ; je ne peux pas trop donner de détails parce qu'il s'agit de quelque chose sur quoi on m'a demandé d'écrire un rapport, mais disons qu'il était question d'applications possibles des groupes finis sporadiques à la crypto et, au point précis où j'en étais, de produits de Zappa-Szép.

Toujours est-il que (sans doute vers ) j'ai commencé à avoir des sentiments récurrents d'absence, couplés à une impression de déjà vu. Je n'arrivais plus du tout à suivre ce que je lisais. J'avais la sensation d'être un peu endormi, ou bien dans cet état mental incertain quand on est réveillé au milieu de la nuit et que les idées sont confuses (voir aussi ici). J'ai eu plusieurs fois des souvenirs bizarres qui me sont remontés à l'esprit, comme des restes de rêves qui remontent à la surface et qu'on n'arrive pas à préciser complètement (et si j'essayais, ça me causait une sorte de panique). Mais surtout, et c'est le symptôme qui a persisté le plus, de vivre comme « en pointillé » : un instant j'étais ici, un instant là, et entre les deux, rien, comme si ma vie n'était soudainement faite que de flashs, sans continuité entre eux. Comme si ma mémoire à court terme fonctionnait très mal, ou très bizarrement.

J'ai demandé à l'accueil de la salle de sport qu'ils parlent un peu avec moi, puis, comme ça ne passait décidément pas, qu'ils appellent les secours. Le SAMU et les pompiers ont jugé que je n'étais pas un cas pour eux et que je n'avais qu'à me débrouiller. Quelqu'un de la sécurité du club a eu la gentillesse de me raccompagner jusqu'à chez moi où j'ai pu prendre quelques affaires et appelé mon poussinet, lequel m'a mis dans un taxi et amené aux urgences de la Pitié-Salpêtrière (à si j'en crois le compte-rendu, parce que mes souvenirs à moi sont, justement, très confus pour ce qui est du temps).

Je pense que tout le monde m'a un peu pris pour un affabulateur, parce que ma conversation, si j'en crois ce que dit mon poussinet, était complètement cohérente et sensée, je donnais juste l'impression d'être agité et peut-être de me répéter. Et je reconnais franchement que j'ai une tendance très nette à l'hypocondrie. Mais moi, de mon côté, j'ai l'impression de n'avoir vécu cette soirée que par tableaux : un instant je suis dans la salle d'attente de la Pitié, un autre je parle à l'IAO[#], encore un autre un patient voisin me jette un regard noir parce que je parle très fort, encore un autre je suis en conversation avec l'interne qui s'est occupé de mon cas, puis on me fait passer un scanner, etc. Le point positif, si on veut, c'est que je ne me suis pas du tout ennuyé malgré les heures que j'ai passés à l'hôpital, je n'ai à aucun moment sorti mon mobile comme j'ai tendance à faire quand je trouve le temps long (juste une fois, vers la fin, et j'ai vu que j'avais précédemment ouvert l'article déjà vu sur Wikipédia en anglais, chose que je ne me rappelais plus du tout avoir fait).

[#] Il était très choupinou, d'ailleurs, l'IAO en question, comme je l'ai fait remarquer à mon poussinet : preuve que certaines parties de mon cerveau, au moins, fonctionnaient normalement. ☺

Je veux bien croire que je donnais la sensation d'affabuler mais quand même, pour prendre un exemple un peu précis, je ne savais plus quel jour de la semaine nous étions, ni en quel mois. J'ai dû le faire remarquer à mon poussinet (j'ai laborieusement fini par reconstituer que nous étions lundi, mais je pensais que nous étions en mai) ; le poussinet qui, bêtement, n'a lui-même pas pensé à signaler ce fait aux médecins. C'est sans doute le problème d'avoir une conversation très cohérente : personne n'a eu l'air de juger utile de me poser des questions pour vérifier ma mémoire ou pour gratter sous le plâtre de cette cohérence. (Un des flashs de mémoire que j'ai est que j'ai blagué auprès de l'interne qu'il ne me demandait pas quel était le nom du président de la République. Bon, mais ça je ne l'avais pas oublié, justement.) Et les conversations que j'ai eu avec différentes personnes autres que mon poussinet étaient sans doute trop courtes pour qu'on remarque que je radotais (beaucoup plus que d'habitude, je veux dire). D'ailleurs, même en écrivant cette entrée, ce n'est pas complètement dissipé : j'ai failli écrire une nouvelle fois que le point positif c'est que je ne me suis pas du tout ennuyé, j'avais oublié que je l'avais déjà dit au paragraphe précédent ; et je me suis plusieurs fois rendu compte en me relisant que je réemployais une tournure qui figurait déjà deux lignes plus haut, vous voyez l'idée. À vous de juger si ce que j'écris est, par ailleurs, globalement sensé et grammaticalement correct (et si ça l'est plus ou moins que ce que j'écris d'ordinaire).

Il y a des souvenirs qui me manquent vraiment. Je me rappelle avoir téléphoné à mon poussinet, mais rien de ce que j'ai pu lui dire ou comment j'ai pu lui présenter le problème. Je me rappelle être monté dans un taxi pour la Pitié, mais rien de la course elle-même. Je ne me rappelle absolument pas avoir ouvert l'article Wikipédia sur le déjà vu, mais mon téléphone s'en souvenait. Quand mon poussinet est allé nous chercher à manger parce que notre attente aux urgences s'éternisait, je lui ai envoyé un message, et cinq minutes plus tard je me rappelais lui avoir envoyé un message mais rien de ce qu'il pouvait dire. Ce genre de choses.

À l'inverse, parmi les souvenirs quasi-oniriques qui m'obsédaient dans mon état second, il y a une histoire de jeu de cartes. J'ai plusieurs fois répété (apparemment, parce que je ne m'en souviens que très vaguement) à mon poussinet qu'il fallait absolument que je me rappelle cette histoire de jeu de cartes. (Mais il insiste sur le fait que je n'ai rien dit de vraiment incohérent, juste sur le fait que j'avais une pensée de jeu de cartes et que je devais m'en souvenir.) A posteriori, je pense qu'il s'agit du jeu que j'ai fait imprimer et qui est basé sur la combinatoire des 27 droites sur une surface cubique, mais je ne saurais pas expliquer pourquoi cette pensée m'obsédait (il y a un rapport très lointain avec ce que je lisais, mais ça ressemble surtout aux idées de maths confuses que je peux avoir en rêve).

Comme je suppliais mon poussinet de trouver une tâche permettant de juger un petit peu l'état de mon cerveau, il a fini par me proposer de faire un sudoku. (Parmi les flashs de souvenirs que j'ai, il y a celui où j'ai fait remarquer à l'interne que j'y tenais, à mon cerveau, parce que c'était mon outil de travail.) Ça marchait plus ou moins, c'est-à-dire que j'arrivais à remplir quelques cases (correctement), mais vraiment lentement, et je n'arrêtais pas de perdre le fil de mes raisonnements.

Bref. On m'a fait un examen sanguin sommaire (essentiellement normal, cf. le rapport complet ci-dessous), un scanner sans produit de contraste (normal) ; on n'a pas jugé utile de me faire voir par un psy aux urgences, et on m'a renvoyé chez moi (vers 1h ce matin). J'ai eu le sentiment d'aller mieux une fois au lit, et ce matin en me réveillant, mais je ne peux pas dire que ce soit complètement passé pour autant, j'ai encore l'impression d'avoir du mal à me concentrer et de perdre inhabituellement souvent le fil de mes idées ou d'avoir oublié ce que je viens de dire ou d'écrire. Ceci étant, il est vrai que j'ai mal dormi (je me suis couché tard à cause des péripéties que je viens de dire, j'étais stressé donc j'ai eu du mal à m'endormir, et j'ai été réveillé tôt par le bruit de travaux dans un immeuble voisin).

Je sais qu'il est arrivé quelque chose de semblable à la maman de mon poussinet, et même à deux reprises. (La première fois je n'étais pas là, mais elle avait soudainement oublié beaucoup de choses, y compris le fait que son fils était homo, et elle n'arrêtait pas de perdre le fil de ses pensées et de revenir sur des choses déjà dites. La seconde fois, je lui ai parlé, et j'avoue que c'était assez délicat de se rendre compte que quelque chose « n'allait pas », il fallait surtout remarquer qu'elle radotait beaucoup.) Il ne semblait pas y avoir de déclencheur particulier à ces épisodes, et ils n'ont pas laissé de séquelle particulière, ni été corrélés à une quelconque lésion visible sur une IRM.

Mise à jour nº1 () : Je pense que maintenant tout est revenu à la normale. Mais ça aura pris plus que 24 heures.

Mise à jour nº2 : Un ami de ma petite sœur (bien informé de ce genre de choses) me fait remarquer que les symptômes que je décris ressemblent pas mal aux effets des antagonistes des récepteurs NMDA (comme la diphénidine, mais elle a une durée de vie plus courte). Je précise donc à tout hasard que je n'ai consommé aucun psychotrope, certainement pas volontairement, et que je ne vois aucun scénario qui ne soit pas invraisemblablement tarabiscoté pour imaginer qu'on aurait pu m'en faire consommer à mon insu ce jour-là (ni que ce soit arrivé par accident). • Sinon, pour répondre à d'autres remarques que j'ai reçues, je n'étais pas inhabituellement stressé, je n'étais pas en carence de sommeil, je n'ai pas mangé de façon très différente de ce que je mange d'ordinaire, et je n'étais pas en manque de caféine. • À la limite, si je dois pointer du doigt des choses, je suis tenté de souligner qu'il faisait à la fois plus chaud et plus lumineux que ces derniers jours, or je suis très sensible à la chaleur et à la lumière.

Mise à jour nº3 () : The plot thickens. Vers (c'est-à-dire hier soir au moment où j'écris), en même temps que les effets cognitifs bizarres finissaient de s'estomper complètement, j'ai commencé à avoir un de ces « maux de tête extérieurs » dont je parlais ici (pour résumer, un mal de tête qui au début semble intérieur à la tête mais qui, au bout d'un certain temps, se révèle comme venant de la surface et s'accompagne de l'apparition d'une sorte de petit bouton ou de toute petite bosse sur la peau du crâne, en l'occurrence, quelques centimètres au-dessus du point le plus arrière de l'oreille gauche) ; j'ai appris à ignorer ces trucs qui m'arrivent occasionnellement et semblent sans gravité aucune, mais celui-ci était inhabituellement fort, et la coïncidence est tout de même troublante (d'autant que ça faisait assez longtemps que je n'avais rien eu de la sorte). Je suis absolument certain de ne pas avoir subi de choc à cet endroit-là. Peut-être que c'est du Dr. House que j'ai besoin, pas du Dr. Sacks ; ce qui est mauvais signe, parce que les patients de House, généralement, il leur arrive plein de choses pas drôles. • Mise à jour nº4 : C'est passé aussi.

Extraits du compte-rendu des urgences [reformaté et légèrement édité ; les commentaires entre crochets sont de moi] :

Entré le .

Constantes initiales] : PA 161/93 [normalement je suis autour de 130/70 au repos, mais je sais que je monte très facilement] ; FC 100/min [je fais 60/min au repos] ; Temp : 36.8°C ; SaO₂ : 97% ; Dextro [=glycémie] : 6.3 mmol/L ; Glasgow : 15

Antécédents : crises d'angoisse. • Traitement en cours : propranolol [à faible dose pour des crises de tachycardie].

Histoire de la maladie : Mathématicien. Cet après-midi, dans la salle de musculation le patient a senti une perte de contact avec la réalité brève et fluctuante. Perte de mémoire court terme. Pas d'hallucination. Notion de première crise. Dernière selle : ce matin. A uriné il y a peu. Pas de saut de repas. Pas de nuit blanche.

Examen clinique initial : Glycémie à l'entrée normale. Tachycarde. Pas d'essoufflement. Pas de douleur thoracique. Nausée [légère et intermittente]. Pas de palpitation. Pas de sueurs. Pas de vertige. Pas de sentiment de déréalisation ni de dépersonnification [hum, ça je suis un peu surpris que ce soit écrit, parce que c'était quand même un peu tout le problème]. • Examen neuro : conscient, cohérent, orienté. ScGw=15. Pas de déficit sensitivo-moteur. ROT présents et symétriques. Paires craniennes normales. Pas de syndrome cérebelleux. • Examen cardiaque : BdC réguliers. Souffle en foyer aortique [mon cardiologue m'a expliqué qu'en fait ce n'était pas un souffle que j'avais mais que le bruit de la circulation donnait cette impression — ou quelque chose comme ça, je n'ai pas bien compris]. • Examen pulmonaire : MVBS. Eupnéique en air ambiant. Pas de toux. Pas d'expectoration. Abdomen : souple, dépressible, indolore. Pas de SFU.

Évolution clinique :

[ — bilan sanguin] Iono : subnormal. Calcémie à 2.55 mmol/L [c'est à peu près ce que j'ai normalement]. Pas de dosage des protéines. Hyperleucocytose à PPN : 12.78 GB dont 10.93 PPN [là, par contre, ce n'est pas habituel pour moi, mon dernier bilan sanguin donnait 5.39 G/L leucocytes dont 2.7 PPN]. • En attente du TDM.

[] Scanner cérébral sans injection : Pas d'anomalie de densité visible au niveau du parenchyme cérébral. Pas d'anomalie significative visible au niveau des espaces sous-arachnoïdiens. Les cavités ventriculaires et les sillons cordicaux sont de forme et de dimension normales. Les structures médianes sont en place. Absence de lésion ossseuse suspecte de malignité visualisée. Conclusion : Scanner cérébral sans injection normale.

[] Avis sénior psy de garde : pas besoin d'un avis dans la nuit ni sur le groupe. Peut consulter sans urgence au CMP du Paris 13.

Maintenant, je ne sais pas bien ce que je dois en conclure, ni ce que je dois faire. Mon poussinet insiste que je n'ai rien oublié de notable, qu'à chaque fois qu'il me rappelait un événement précis, en fait, je m'en souvenais ; je crois qu'il me prend lui aussi un peu pour un affabulateur (vilain poussinet !). Est-ce que je dois prendre des précautions particulières en faisant de la muscu (voire arrêter complètement), ou est-ce que c'est un « hareng rouge » dans l'histoire ? Est-ce que je devrais essayer de trouver des tests cognitifs à faire en ligne (un peu mieux calibrés que des sudoku) ? Mais il me manquerait une valeur de référence pour mon état « normal », donc ce ne serait pas forcément significatif. Est-ce que je dois me forcer à faire des maths même si j'ai du mal à me concentrer, ou au contraire essayer de m'aérer le cerveau quelques jours ? Est-ce utile que j'aille consulter un psychiatre ? neurologue ? neuropsychiatre ? Je n'en sais rien.

Ajout () : Mon hypothèse personnelle provisoire est qu'il y a eu un déclencheur initial (peut-être une montée en tension inhabituelle, une légère hypoglycémie d'effort) et/ou un processus de pensée inhabituel (les produits de Zappa-Szép ont pu faire une connexion avec un rêve que j'aurais fait) qui auraient provoqué un état mental inhabituel avec ensuite une sorte de feedback.

Bon, au moins, je ne me suis pas mis à prendre mon poussinet pour un chapeau. Je sais bien que c'est un oiseau !

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(samedi)

J'obtiens le permis (et je me demande si je sais conduire)

Le titre dit tout, mais je vais raconter l'histoire de mon permis en long, en large, et en menus détails (en fait ça n'intéresse personne, mais j'écris surtout tout ça pour moi-même pour m'en souvenir plus tard).

(Edit  : ajout et remaniement de quelques passages, surtout dans la première partie, que je ne crois pas utile de signaler spécifiquement.)

Fin de la formation

J'étais inscrit à l'auto-école CER Bobillot (ils méritent bien que je leur fasse un peu de pub) : je les ai choisis parce qu'ils sont à même pas cinq minutes à pied de chez moi, mais je peux les recommander indépendamment de ça, administrativement ils ont toujours été corrects et efficaces, ils lisent et répondent rapidement à leur mail, ils ont géré correctement tout l'aspect administratif (le problème que j'avais eu de ce côté-là n'était absolument pas de leur faute, et ils m'ont correctement renseigné). Au niveau équipement, ils ont un simulateur moderne (que je n'ai que très peu utilisé, mais ça m'a quand même aidé à me rassurer au début), et les voitures sont dans un état impeccable. De ce que j'ai vu, la disponibilité des moniteurs est bonne, leur ponctualité est irréprochable. Au niveau de leur compétence, je n'ai rien à redire : on sent qu'ils connaissent bien les endroits où aller pour pratiquer, et les difficultés de tel ou tel centre d'examen, par exemple. Les explications théoriques et pratiques qu'on m'a données étaient toujours claires. Mon principal reproche pédagogique concerne le manque de patience face à mes erreurs (très) répétées, comme je vais le décrire ci-dessous.

Je reprends maintenant l'histoire où je l'avais laissée (j'en étais à 20h de conduite quand j'ai écrit cette entrée-là). J'ai continué à prendre des leçons de conduite, et ça a duré longtemps… longtemps. Au total j'ai fait 73 heures (ce qui, à 58€ l'heure, commence à revenir un peu cher, d'ailleurs, mais c'est surtout le temps consommé qui me posait problème), entre le et le , toujours par paquets de deux heures, presque toujours avec le même moniteur. (C'est dire si je connais bien, maintenant, ces lieux enchantés que sont Cachan, Chevilly-Larue, Orly, mais aussi Vélizy et Maisons-Alfort.) Et cette expérience de l'apprentissage de la conduite n'était pas franchement plaisante quand je devais lutter contre mes propres blocages.

Je disais dans l'entrée précédente que mes trois gros problèmes étaient l'inobservation (généralement due à une concentration focalisée sur le mauvais problème), l'indécision, et la panique inopportune. Les choses se sont un peu améliorées avec le temps : l'indécision s'est largement résorbée (mais parfois je suis tombé dans l'excès inverse), la panique a pris des formes moins aiguës, mais l'inobservation continue vraiment à me poser problème. Jusqu'à la fin, et je veux vraiment dire la fin, c'est-à-dire à la leçon qui consistait à emmener la voiture de l'auto-école au lieu de passage du permis, mon moniteur m'a engueulé parce que mes trajectoires étaient mauvaises parce que je ne faisais pas attention aux bonnes choses (je déviais ou je risquais de rouler dans un trou…). Et à chaque fois que je bugguais, et à plus forte raison si je me faisais engueuler, je tombais dans le cycle vicieux des erreurs. (Je restais régulièrement bloqué sur mais pourquoi j'ai fait ça ? ; or en conduisant, il faut penser au présent et à l'avenir, pas au passé.)

Bref, même s'il y avait pas mal de moments où tout allait très bien, j'ai eu des leçons ou des bouts de leçons qui se passaient vraiment très mal, et ce jusqu'à la fin. J'ai l'impression que mon moniteur était vraiment désemparé face à mon irrégularité. (J'ai déjà raconté que la formation était divisée en quatre grands chapitres, en gros 1 la mécanique, 2 la circulation urbaine normale, 3 la circulation plus compliquée et les autoroutes, et 4 du pipo, voyez l'entrée liée ci-dessus pour les intitulés réels ; mon moniteur a validé la partie 1 le au bout de 26 heures de conduite, et la partie 2, à confirmer, le après 60 heures… et il n'a jamais validé les parties 3 et 4. Bon, je ne sais pas ce que cette validation signifie pour eux au juste, mais toujours est-il qu'il n'avait pas l'air super convaincu de mon niveau.) Plus d'une fois il a tenu des propos du style si tu n'arrives pas à comprendre ça, je ne peux vraiment rien pour toi.

Il a quand même décidé, après une leçon qui s'était très bien déroulée malgré des conditions difficiles (nuit, circulation dense), de me présenter à l'examen sous réserve que je prenne encore une dizaine d'heures supplémentaires avant (finalement je n'en ai pas eu autant parce que la neige a forcé l'auto-école a annuler une leçon, le ). Mais même pas une demi-heure avant l'examen, pendant la dernière leçon d'une heure qui est plutôt destinée à « chauffer » le candidat et à le mettre en confiance en circulant dans le coin où aura lieu l'épreuve, il m'a deux fois pilé la voiture et passé un savon parce que je ne prenais pas suffisamment de marge pour m'écarter d'une voiture mal garée à droite. (Et ce genre de savon de dernière minute, limite humiliant, avec pour témoins les deux autres candidats à l'examen le même jour que je transportais comme passagers, ce n'est vraiment pas un truc pour mettre en confiance. L'une de ces deux candidats m'a d'ailleurs dit qu'elle avait été un peu choquée par l'attitude du moniteur à ce moment.)

Il y a des choses qui ne sont évidentes qu'a posteriori. J'aurais sans doute dû demander à changer de moniteur, pour avoir quelqu'un qui m'engueule moins. (Et en fait, lui-même aurait sans doute dû me le conseiller, plutôt que rester sur des formules comme je ne peux vraiment rien pour toi, et surtout, se rendre compte que m'engueuler était contre-productif.) D'un autre côté, il avait aussi des qualités que j'appréciais : non seulement je me sentais vraiment en sécurité et en confiance dans sa maîtrise du véhicule (j'ai eu plusieurs fois l'occasion de constater sa capacité à rattraper des erreurs graves de ma part), mais par ailleurs il me faisait partager ses observations, toujours très pertinente, sur les autres usagers de la route (tu as remarqué combien celui-là était agressif ?, celui-là il est pressé mais pas méchant, celle-là elle est complètement dans sa bulle) ; et j'espère, même si je n'en suis pas complètement persuadé, que ça m'a un peu aidé à combattre mon super-pouvoir d'inobservation. Mais une je me rends compte surtout maintenant que c'est fini à quel point cette formation m'a pesé, usé et stressé (les engueulades n'y sont pas pour rien, mais ça aussi c'est quelque chose que je ne perçois clairement qu'après coup).

Ceci étant, je ne veux surtout pas jeter la pierre à mon moniteur. D'abord parce que je comprends que ça soit difficile de gérer quelqu'un qui fait des erreurs répétées et parfois vraiment dangereuses. (Et en tant qu'enseignant je sympathise avec la difficulté de faire passer un message à un élève qui « ne veut pas » comprendre.) Mais aussi parce que, à un certain niveau, c'est le résultat qui compte, et il vaut indubitablement mieux se faire engueuler en leçon que d'avoir un accident après. Simplement, dans mon cas, je pense que c'était quand même contre-productif.

Le fait d'avoir fait un grand nombre d'heures, en tout cas, n'est pas en soi une mauvaise chose. (Je l'avais clairement dit au début : j'assume que ça puisse durer longtemps.) S'il m'a fallu beaucoup de temps pour surmonter très partiellement mes super-pouvoirs d'inobservation, d'indécision et de panique, en revanche, pendant ce temps, j'ai pu beaucoup améliorer ma pratique de la mécanique, et c'est au moins vrai que passer les vitesses, revenir au patinage, ou autres éléments de ce genre, ne me posent plus aucun problème.

Le stress

C'est quelque chose de vraiment bizarre. Fondamentalement je m'en foutais pas mal de passer le permis : je l'ai fait un peu sur la pression de mon entourage (mon poussinet, ma maman…), un peu parce que me sentant vieillir je me disais que si j'attendais plus longtemps je n'y arriverais vraiment jamais, un peu parce que mon école va déménager à Saclay dans 1½ ans, mais bon, aucune raison impérative, et je ne peux pas dire que ma motivation crevait le plafond. J'ai procrastiné assez longtemps pour présenter le code ; et quand j'ai finalement passé cet examen théorique, je n'étais absolument pas stressé, ni pour l'examen lui-même ni pour les résultats (alors que ce n'était pas du tout évident que je l'aurais vu le caractère très mystérieux des questions et mes résultats aléatoires sur les sites de préparation).

Et là, pour l'épreuve pratique, j'ai passé toute la semaine à angoisser comme un fou (et j'ai de nouveau stressé pour les résultats). Merci au passage à l'hydroxyzine pour m'avoir permis de dormir quand même, et au propranolol pour m'avoir évité les crises de tachycardie. Mais pourquoi ? Je sais que je suis d'un naturel hyper anxieux, mais c'est un peu mystérieux, quand même, que ça me mette dans un état de panique de passer un truc dont, fondamentalement, j'ai l'impression de me foutre pas mal. J'ai plusieurs hypothèses mais aucune n'est vraiment satisfaisante : notamment, le trac à l'idée que quelqu'un que je ne connais pas voie mes erreurs (et que je sois possiblement humilié), mais ça m'explique pas l'angoisse au moment des résultats ; ou la peur des coûts irrécupérables (sous la forme : maintenant que j'ai souffert pour passer ce permis, je n'ai pas envie que ça soit en vain).

C'est d'autant plus idiot que c'est un examen particulièrement facile à repasser (pour un examen universitaire il faut généralement attendre l'année suivante, là c'est possible sous un délai assez court, quelques mois dans le pire cas), les frais sont négligeables, et il n'y a pas de limite sur le nombre de passages (au bout de cinq échecs on doit repasser le code, mais cette partie-là est tellement facile à repasser, et pour le coup il n'y a aucune limite, que c'est presque insignifiant). Mais j'étais peut-être victime du méta-stress (i.e. : je stresse tellement cette fois-ci, je n'ai pas envie d'échouer et de devoir recommencer, ce qui me ferait stresser à nouveau) ; ou peut-être que le fait que je passe à un endroit notoirement « facile » (cf. ci-dessous) me rendait d'autant plus anxieux de ne pas gâcher cette chance.

Généralités sur l'examen

Pour ceux qui n'ont pas passé le permis, en France, et encore, récemment, voici une description détaillé du déroulement de l'épreuve pratique (pour le permis B) :

L'auto-école du candidat fournit la voiture à doubles commandes (donc celle sur laquelle on a appris à conduire, heureusement) ; l'inspecteur (officiellement appelé expert) prend place siège passager avant (avec les doubles commandes), le moniteur accompagnateur s'asseoit à l'arrière et prendra lui-même des notes (mais ne doit, évidemment, pas dire un mot). L'inspecteur commence par vérifier l'identité du candidat et contrôler le dossier administratif (notamment l'attestation de réussite au code, qu'il a déjà), puis il rappelle les consignes générales de l'épreuve. Il est censé procéder à un test de vue en demandant de lire une plaque d'immatriculation à une vingtaine(?) de mètres, mais souvent il omet cette formalité et je n'y ai pas eu droit. L'épreuve dure officiellement 32 minutes, dont 7 minutes de vérifications et questions, et 25 minutes de conduite effective : en fait, cette durée est très approximative, mais elle explique les heures bizarres comme 14h02.

L'inspecteur donne des instructions comme à gauche, à droite, tout droit, ou bien suivez Trouducul-du-Monde ; s'il ne dit rien, c'est soit que c'est tout droit, soit que la réglementation ne laisse qu'une seule possibilité (et ça fait partie de l'épreuve de le détecter assez tôt et de clignoter si nécessaire) ; il peut aussi dire quelque chose comme tournez à droite dès que possible (ce qui suggère que la première à droite sera peut-être interdite, mais pas forcément) ; en revanche, il ne donnera pas d'instruction contredisant explicitement la réglementation. L'épreuve doit autant que possible faire intervenir différents types de conditions (circulation urbaine d'une part, routes hors agglomération ou autoroutes de l'autre). Au moins une partie de l'épreuve est une « conduite autonome », c'est-à-dire que l'inspecteur aura donné des instructions comme suivez Machin, puis Truc, et il faut lire les panneaux de direction (mais il n'est évidemment pas demandé de faire plus que ça : on n'est pas censé connaître le coin, ni lire une carte, ni manipuler un GPS).

À un moment de son choix, l'inspecteur demande une manœuvre faisant intervenir une marche arrière : simple marche arrière en ligne droite, marche arrière en courbe, demi-tour, ou le plus souvent rangement en bataille ou en créneau. (Réussir cette manœuvre n'est pas obligatoire, mais ce qui est surtout vérifié est la sécurité : bien contrôler qu'on ne gêne personne, et ne pas heurter violemment le trottoir, notamment.) À un moment de son choix, mais généralement juste après la manœuvre consistant à se garer, l'inspecteur pose trois questions : celles-ci sont déterminées, selon une table connue à l'avance, par les deux derniers chiffres du totaliseur kilométrique à ce moment-là (cela joue le rôle de générateur aléatoire) ; la première question est une « vérification » intérieure (du genre : allumez le(s) feu(x) de brouillard arrière et montrez le voyant correspondant — c'est ce que j'ai eu) ou extérieure (du genre : contrôlez l'état, la propreté et le fonctionnement des feux de route), la deuxième est une question en rapport avec ce qui vient d'être contrôlé (du genre : peut-on utiliser les feux de brouillard arrière par forte pluie ?), et la troisième est une question de premiers secours (comme quels sont les signes d'un arrêt cardiaque ?). C'est un petit changement fait en 2018 (et dont je suis donc un des tout premiers à bénéficier) : auparavant, il y avait une vérification intérieure et une vérification extérieure, et la liste était nettement plus longue.

À la fin de l'épreuve (il faudra de nouveau se garer, mais l'inspecteur demandera alors généralement un stationnement en marche avant, censément plus facile), l'inspecteur rend sa pièce d'identité au candidat et passe au candidat suivant. Dans mon cas, nous étions trois candidats de la même auto-école à passer successivement avec cet inspecteur (je suis passé en premier), les candidats qui ne passaient pas attendaient donc sur le parking que celui qui passe revienne (heureusement qu'il ne pleuvait que très peu !), et tout le monde partait du même point : je ne sais pas si c'est universel ou si certains font des parcours en boucle où un candidat fait la première moitié de la boucle et un autre fait la deuxième moitié.

Les résultats sont communiqués deux jours plus tard. Jusqu'à récemment c'était par courrier, mais maintenant (que les inspecteurs ont une tablette avec eux pour évaluer les candidats) c'est un PDF qu'on obtient en ligne. Je n'y croyais pas, mais le site Web est correct : quand on passe le jeudi, on obtient bien le résultat le samedi matin (à cinq heures du matin il n'y était pas, à dix heures et demi il y était). S'il est favorable, ce PDF (imprimé !) de certificat d'examen tient lieu de permis de conduire provisoire, et donne le droit de conduire, jusqu'à réception du titre définitif (dans les quatre mois).

Le résultat est une note sur 31 (pourquoi 31 ? mystère), réparties en différentes rubriques ; mais certaines rubriques ont aussi une note spéciale E pour éliminatoire : pour être reçu, il faut obtenir au moins 20/31 et aucun E (pour les matheux, on considérera que le E vaut −∞). Les 31 points possibles sont répartis de la manière suivante (quand j'écris 3 points ou E, cela signifie que pour cette rubrique on peut obtenir cinq notes possibles, E, 0, 1, 2 ou 3) :

  • Connaître et maîtriser son véhicule : 8 points, divisés en :
    • Savoir s'installer et assurer la sécurité à bord : 2 points
    • Effectuer des vérifications du véhicule : 3 points [en fait, 1 point par question posée selon le totaliseur kilométrique]
    • Connaître et utiliser les commandes : 3 points ou E
  • Appréhender la route : 9 points, divisés en :
    • Prendre l'information : 3 points ou E
    • Adapter son allure aux circonstances : 3 points ou E
    • Appliquer la réglementation : 3 points ou E
  • Partager la route avec les autres usagers : 9 points, divisés en :
    • Communiquer avec les autres usagers : 3 points ou E
    • Partager la chaussée : 3 points ou E
    • Maintenir les espaces de sécurité : 3 points ou E
  • Autonomie et conscience du risque : 3 points, divisés en :
    • Analyse des situations : 1 point (½ possible)
    • Adaptation aux situations : 1 point (½ possible)
    • Conduite autonome : 1 point (½ possible)
  • Conduite économique et respectueuse de l'environnement : 1 point
  • Courtoisie : 1 point

Je ne sais pas exactement comment les notes dans chaque rubrique et sous-rubrique sont déterminées. Je n'ai pas cherché s'il y avait des circulaires expliquant tout ça. L'inspecteur doit avoir une certaine liberté, mais il y a quand même une liste clairement déterminée de choses qui, dans différentes situations, sont admises (erreurs qui restent conforme à l'usage des règles de circulation en vigueur), tolérées (fautes pouvant être graves mais ne mettant pas directement en cause la sécurité des usagers) ou éliminatoires (mettant directement en jeu la sécurité des usagers). Voir par exemple ici pour une liste précise, et pour les fautes éliminatoires reprises plus en détail. Je pense que le principe est que les fautes admises ne sont pas sanctionnées, les fautes tolérées sont sanctionnées par la perte d'un point dans la rubrique correspondante si elles se produisent une seule fois, de plusieurs points si elles se répètent, voire d'un E éliminatoire si elles sont insistantes, et les fautes éliminatoires conduisent systématiquement à un E.

Il est aussi éliminatoire par principe que l'inspecteur ait une action quelconque sur les pédales ou le volant (encore que j'ai entendu des rumeurs d'exceptions exceptionnellement exceptionnelles à ce principe : par exemple si un candidat échoue sa manœuvre tout en respectant les principes de sécurité — ce qui est censé ne pas être éliminatoire —, il est possible que l'inspecteur ait le droit, sans l'ajourner, de lui dire laissez-moi les commandes pour la finir afin d'être bien garé pour les questions ; il est aussi possible qu'une action de l'inspecteur suite à une faute d'un autre usager de la route puisse dans certains cas ne pas être éliminatoire).

Je ne sais pas si une faute éliminatoire conduit à un ajournement immédiat ou à la fin de l'épreuve. J'imagine que l'inspecteur fait comme il le souhaite. Un candidat qui grille un stop ou un feu rouge, ce n'est sans doute pas la peine de le faire continuer ; mais parfois, j'imagine que l'inspecteur ne veut pas informer personnellement le candidat qu'il est éliminé, de peur d'une réaction de colère, menace, supplication ou je ne sais quoi (et on peut vouloir éviter ça sur l'autoroute…). C'est sans doute pour ça que les résultats ne sont maintenant plus connus dès la fin de l'épreuve comme ça eut été le cas autrefois.

En tout cas, ce qui est clair est que les inspecteurs cherchent avant tout à jauger la sécurité. Il y a bien des éléments de notation portant sur d'autres choses (savoir suivre un itinéraire, arriver à se garer), mais la sécurité est l'élément absolument central de l'évaluation.

Mon passage

Bref. J'ai passé l'épreuve pratique jeudi dernier (le , officiellement même parce que l'Administration a le culot de vous convoquer à une heure comme quatorze heures zéro deux, ce n'est pas une blague) à Noisy-le-Grand. Point départ sur le parking du gymnase de la Butte Verte, boulevard de Champy-Richardets.

Au départ, je ne savais vraiment pas quoi penser de mes chances de succès. Mon auto-école a un bon taux de réussite, mais je pense que ces chiffres ne veulent rien dire sur un candidat individuel. Mon moniteur avait jugé qu'il pouvait me présenter, mais m'avait plusieurs fois ensuite fait des remarques que je comprenais comme si tu continues comme ça, tu n'as aucune chance. Et je savais que je pouvais être très aléatoire, donner le meilleur comme le pire selon la phase de la Lune. D'un côté j'avais étonnamment bien dormi (je sais que le manque de sommeil était responsable des leçons qui s'étaient le plus mal passées), de l'autre, le trajet jusqu'à Noisy-le-Grand s'était mal passé et je savais que j'avais tendance à accumuler les erreurs une fois que je commençais à en faire.

Au moins je passais dans de bonnes conditions. Noisy-le-Grand, c'est une des communes de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée. Ça signifie que toute la signalisation routière y est récente, et globalement impeccable. Tout est clairement marqué, il n'y a pas de surprise. D'un autre côté, je pouvais me dire, c'est beaucoup de stops et de sens giratoires, et j'ai du mal avec les sens giratoires (j'ai plus l'habitude des feux rouges parisiens) ; et il y a aussi beaucoup de passages piétons prioritaires (c'est-à-dire non régis par un feu), chose que je n'ai pas tellement pratiqué (et ne pas s'arrêter pour un piéton qui commence à s'engager, c'est un grand classique de l'échec au permis). En fait, il s'avère que ce jour-là à cette heure-là et dans ce coin-là il n'y avait vraiment personne sur les routes, et pas plus sur les trottoirs : j'ai passé le permis dans une ville quasi déserte.

J'avais aussi révisé à fond toute la liste des vérifications et questions possibles, notamment grâce à cette excellente vidéo (j'avais aussi potassé la notice d'utilisation de la voiture — une Renault Captur Diesel — pour tout savoir sur tout). Au moins sur cet aspect-là, je me savais parfaitement préparé, c'est toujours un élément rassurant.

L'inspecteur (un grand Noir d'environ cinquante ans ; sur le certificat c'est écrit André, je ne sais pas si c'est son nom ou son prénom) était parfait. Ce que je veux dire par parfait, c'est d'abord qu'il rayonnait le calme : je ne sais pas s'il est naturellement comme ça ou s'il s'efforce de l'être pour apaiser les candidats stressés ou si ça vient à force d'habitude, mais son attitude totalement sereine et posée m'a immédiatement apaisé, dès les premières minutes. (Mon moniteur, qui je le rappelle venait de m'engueuler comme du poisson pourri, m'a donné comme ultime conseil d'essayer de conduire de façon apaisée, ce n'était pas évident a priori ; mais il a suffi que j'aie à côté de moi cet inspecteur super zen pour que je me rende compte de la différence avec mon moniteur et que mon stresse tombe tout d'un coup.) En plus, cet inspecteur donnait ses instructions de façon très claire, bien à l'avance, et ne faisait aucune remarque désobligeante. (Apparemment il y a des inspecteurs qui en font, et sur ce centre d'examen précis il y en avait un qui avait une réputation terrible de déstabiliser les candidats.) Il a fait une ou deux petites remarques critiques, mais rien de méchant (ça ressemblait plus à des conseils, en fait).

Il m'a fait circuler un peu dans Noisy, puis prendre la A199/D199 (ça ressemble à encore une de ces voies schizophrènes entre plusieurs noms) vers l'est, rejoindre la A4 en direction de l'ouest et revenir ainsi à mon point de départ. Comme manœuvre, il comptait initialement me faire me stationner en bataille, puis il a changé d'avis parce que le parking était trop plein et m'a demandé de faire un demi-tour. Pour les questions, le totaliseur kilométrique était à 43, donc j'ai eu allumez le(s) feu(x) de brouillard arrière et montrez le voyant correspondantpouvez-vous les utiliser par forte pluie ?quels sont les signes d’un arrêt cardiaque ?

En fait, je peux être très précis sur le parcours que j'ai suivi : j'ai découvert, en re-regardant sur Google Street View le soir même, que mon super-pouvoir d'inobservation n'était pas si super que ça, et que j'avais quand même assez bien mémorisé le parcours que j'avais fait pour être capable de le reconstituer complètement. Grâce à la magie du Web 3.1 (ou quelque chose comme ça), je peux donc vous montrer sur Google Maps la boucle (d'environ 13km) que j'ai suivie.

Le parcours en question n'est pas spécialement complexe, mais fait apparaître quelques difficultés variées. À à peu près cet endroit-là, l'inspecteur m'a dit de tourner à droite quand je pourrais : la difficulté, qui n'apparaît pas sur Google Street View, est qu'il y avait des travaux et qu'un panneau sens interdit avait été placé sur la prochaine rue à droite (la rue du Souvenir) mais avec un panonceau (M4g — je vous rassure, je ne connais pas ça par cœur) limitant l'effet du panneau aux véhicules transportant des marchandises, donc il fallait comprendre que ce n'était pas interdit pour moi. (Par ailleurs, le panonceau était un peu caché par une voiture mal garée, donc j'ai dû rouler au pas pour bien le voir. En plus de ça, juste à ce moment-là, un camion lié aux travaux est passé dans le sens opposé et j'ai dû lui céder le passage parce que l'obstacle était de mon côté.) Il y a deux points (ici et ) où l'inspecteur ne m'a pas donné d'instruction parce qu'il n'y avait qu'une seule direction autorisée (il fallait donc penser à clignoter) ; une intersection un peu bizarre ici. J'ai fait la manœuvre dans ce parking. Les passages sur autoroute n'étaient pas problématiques, à part pour un point que je vais évoquer ci-dessous.

Il y a aussi un coup qu'a fait l'inspecteur et dont je ne comprends pas du tout l'objectif : je suis entré dans une zone 30 ici, dont la fin est juste un petit peu plus loin  ; sauf que moi, l'inspecteur m'a fait passer par le petit parking sur la droite qui contourne précisément ce panneau de fin de zone 30 et le rend invisible (et ce n'était pas pour me faire manœuvrer : il m'a dit explicitement on ne fait que traverser et la manœuvre a eu lieu ailleurs ; sur le coup j'ai pensé que c'était pour vérifier que je m'arrêtais bien au stop en sortie de parking, mais maintenant que j'ai revu ça sur Google Street View, je pense que c'était exprès pour me faire rater le panneau de fin de zone 30). Était-ce pour voir comment je m'adapte à une signalisation déficiente ? Vérifier que, plus tard, en tombant sur un panneau de limitation à 30 je conclus que j'ai dû quitter la zone 30 ? Savoir si, en sortant du parking, je vois le panneau de zone 30 dans la direction opposée pour conclure que j'ai dû en sortir ? Je n'en sais rien. Je ne sais pas non plus très bien à quelle vitesse j'ai roulé (dans une zone pavillonnaire aux rues étroites je préfère rester en seconde de toute façon).

À la fin de l'épreuve je ne savais toujours pas bien quoi penser de mes chances, mais j'étais content d'en avoir fini. Je savais au moins que je n'avais pas grillé de stop ou de feu rouge, ou refusé une priorité, que je n'avais pas franchi de ligne continue, et que l'inspecteur n'était pas intervenu sur les commandes : déjà, c'était un soulagement. Je savais aussi que j'avais évité quelques petits pièges (évoqués ci-dessus) et pensé à des points que j'ai facilement tendance à oublier (comme de clignoter à droite quand nous étions arrêtés dans le parking pour les questions) ; j'avais aussi très bien géré l'unique giratoire du parcours (alors que j'ai vraiment du mal avec les giratoires, et d'autant plus que celui-là est à trois voies) ; mais je savais aussi que j'avais commis quelques fautes dont je ne mesurais pas bien la gravité.

Je suis resté discuter un peu avec l'élève qui passait en troisième (pendant que celui qui passait en deuxième faisait son tour), je l'ai rassurée sur le fait que l'inspecteur était, de mon avis, vraiment bien et tout le contraire de stressant. Puis, comme je ne voulais pas vraiment avoir le débriefing par mon moniteur et que j'avais besoin de marcher un peu, j'ai fui en transports en commun.

Une fois rentré, j'ai fait le point sur les fautes que je pensais avoir commises. La plupart sont extrêmement mineures, mais il y en a une ou deux qui ne l'étaient pas forcément (en gros dans l'ordre chronologique) :

  • Au niveau de ce stop (vu ici de dos ; c'est le stop de sortie du parking qui m'a fait rater le panneau de fin de zone 30), je suis sans doute resté arrêté vraiment trop longtemps (j'ai laissé passer des voitures qui n'auraient pas du tout été gênées par mon passage).
  • Au niveau de ce feu, qui comporte un panonceau avancez jusqu'au feu, je me suis trop avancé (il était plutôt au niveau de mon pare-brise qu'au niveau de mon capot). L'inspecteur m'a fait observer que je m'étais très avancé, j'ai expliqué que le panonceau m'avait fait douter.
  • À la question de sécurité routière quels sont les signes d’un arrêt cardiaque ?, j'ai répondu la personne est inconsciente et ne respire pas alors que la réponse attendue d'après le manuel est la victime ne répond pas, ne réagit pas et ne respire pas ou présente une respiration anormale. (Je vous rassure, ça ne m'a pas été compté comme une erreur ; mais je liste tout ce que j'avais pu identifier de critiquable dans ma prestation.)
  • Quelque part, j'ai roulé sur un creu dans la chaussée et la voiture a pas mal secoué. (Ceci étant, j'en avais aussi évité plusieurs parce que mon moniteur m'avait engueulé à leur propos juste avant l'épreuve.)
  • L'inspecteur m'a demandé plusieurs fois de couper mes essuie-glace en me faisant remarquer qu'il ne pleuvait plus. (Plusieurs fois, parce qu'à chaque fois la pluie reprenait et je les remettait. Par ailleurs, je n'ai pas remis mes feux de croisement quand la pluie reprenait, mais je ne pense pas qu'ils étaient nécessaires vu que ce n'étaient vraiment que quelques gouttes.)
  • J'ai mal compris une instruction (ici, l'inspecteur m'a demandé de me mettre sur la voie la plus à gauche, je me suis mis sur celle du milieu, il a dû me répéter la consigne).
  • À plusieurs reprises, j'ai douté de la vitesse maximale et j'ai appliqué une vitesse à laquelle j'étais sûr d'avoir le droit (notamment, je n'ai pas dû voir ces panneaux de limitation à 110km/h, donc je suis resté à 90km/h jusqu'à voir les rappels ; mais c'était aussi le cas dans la zone résidentielle plus tôt).
  • Je ne sais plus bien ce que j'ai fait ici (passer à droite ? rester à gauche ?), et d'ailleurs je ne sais pas ce qu'on est censé faire (à quoi sert la voie de droite ? aux véhicules lents ? bon, on voit en tout cas que la Google Car a décidé de passer à gauche).
  • J'ai fait une insertion non clignotée sur l'autoroute. Je vais revenir sur ce sujet en-dessous.
  • À l'inverse, j'ai mis un clignotant beaucoup trop tôt pour signaler ma sortie de l'autoroute (la sortie était en fait à 1000m). L'inspecteur me l'a fait remarquer, j'ai dit oui, je m'en suis rendu compte juste après et j'ai choisi de laisser le clignotant (plutôt que le couper et le remettre).
  • Vers la fin, je n'ai pas eu le temps de lire un panneau de direction que j'étais censé suivre, et j'ai dû demander à l'inspecteur où était la direction en question.
  • À l'extrême fin, quand l'inspecteur m'a demandé de me garer en marche avant, je n'ai pas correctement clignoté, je n'ai peut-être même pas bien contrôlé, et par ailleurs je me suis garé vraiment à côté de la place. (Ceci étant, c'était en roulant au pas, et dans un parking à peu près vide.)
  • À l'extrême fin de l'extrême fin, j'avais oublié de redresser les roues, il m'a rappelé de le faire. Puis j'ai coupé le moteur avant de couper les accessoires (les essuie-glace en l'occurrence), il m'a rappelé qu'il fallait toujours commencer par couper les accessoires.

Tout ça sans préjuger de choses que je pouvais ne pas avoir repérées (mon moniteur n'arrêtait pas de me reprocher mes placements, je pouvais très bien m'être fortement déporté à gauche ou à droite sans m'en apercevoir, même si je pensais bien que non).

Le cas de l'insertion non clignotée sur l'autoroute est sans doute le plus grave (ou en tout cas, me semblait le plus grave) : c'est sur l'autoroute A4 en direction de l'ouest, je m'étais inséré par ici en clignotant correctement ; mais la subtilité, c'est que juste un peu après on tombe sur ceci, on croyait s'être inséré mais en fait on est toujours sur une voie d'insertion, qui disparaît ici (d'ailleurs sans l'ombre d'un panneau cédez le passage, c'est un défaut de signalisation). Tout ça m'a perturbé, et je n'ai pas clignoté à la fin de cette deuxième voie d'insertion (je ne suis même pas absolument certain d'avoir contrôlé correctement : ce qui est sûr c'est que j'ai manqué d'observation et je me suis dit argh, ma voie disparaît, qu'est-ce qui se passe ? pourquoi tant de haine ?).

En repensant à tout ça, hier, je me suis remis à stresser (preuve que les résultats ne m'étaient pas indifférents), notamment à cause du point évoqué au paragraphe précédent (une insertion non clignotée, c'est grave ; non clignotée et non contrôlée, c'est à coup sûr éliminatoire).

Résultat

[Certificat d'examen du permis de conduire]Le résultat est tombé ce (samedi) matin : non seulement j'ai le permis, mais j'ai eu presque le maximum des points : 30/31. J'ai même obtenu les points conduite économique et respectueuse de l'environnement et courtoisie, je me demande franchement comment. La seule rubrique sur laquelle j'ai perdu un point, c'est, et là je ne m'y attendais pas du tout : savoir s'installer et assurer la sécurité à bord (j'ai 1/2). Je pense que le problème est que je n'ai pas vérifié que l'inspecteur et mon moniteur avaient mis leur ceinture.

J'étais tellement surpris par ce résultat que je me suis demandé s'il y avait une erreur. J'ai vu le nom André en haut, je me suis dit ah oui, voilà, ce foutu serveur Web mal configuré m'a montré le résultat de quelqu'un d'autre. Et non, en fait, c'était le nom de l'inspecteur.

Je sais que j'ai tendance à avoir le syndrome de l'imposteur (et je sais que le syndrome de l'imposteur a tendance à faire des phrases comme je sais que j'ai tendance à avoir le syndrome de l'imposteur […], mais là, quand même […]), j'ai toujours tendance à m'imaginer, par exemple que j'ai trouvé un doctorat en maths dans une pochette surprise, mais là, quand même, j'avais des raisons de douter (à moins que j'aie purement et simplement halluciné cette histoire d'insertion sans clignoter, ça aurait vraiment dû être compté comme une faute).

Un autre point qui m'échappe est que mon avis favorable est annoté par la précision sous réserve de l'aptitude à la conduite fixée par l'avis médical. Je ne sais pas si c'est juste parce que je porte des lunettes, ni si je dois passer une visite spécifique, ni si j'ai le droit de conduire avec ce papier. (Je demanderai lundi à l'auto-école.)

Et maintenant ?

D'abord, youpi, je suis débarrassé de ces leçons de conduite.

Et si j'en crois la hiérarchie que mon moniteur semblait avoir à l'esprit, j'ai le droit de dire que j'ai réussi presque parfaitement, et du premier coup, le permis le plus dur qui soit, celui qui se passe à Paris. (Honnêtement, moi, je n'ai pas trouvé que les lieux ou le comportement des autres faisaient tellement la difficulté : c'était plutôt mes propres super-pouvoirs qui la faisaient.)

Mais maintenant, je ne sais pas dans quelle mesure je vais oser conduire. Parce que je me suis tellement fait reprocher de choses par mon moniteur (et parce que lui-même n'avait pas l'air d'y croire), j'ai tendance à penser que j'ai eu beaucoup de chance sur ce coup. Et de fait, si mon irrégularité est telle que je conduis généralement bien sauf qu'avec une certaine probabilité (de l'ordre de 1/heure) je me mets à faire n'importe quoi, il n'est pas très remarquable que j'arrive à bien tenir une trentaine de minutes, mais ça ne permet pas de conclure que ce soit une bonne idée que je tienne vraiment un volant sans qu'il y ait quelqu'un à côté pour rattraper mes erreurs. Déjà que je ne me sens pas super rassuré en vélo…

Par exemple, à chaque fois que je faisais une insertion sur voie rapide, je demandais une confirmation à mon moniteur que c'était bien le bon moment. Lors du passage de l'examen lui-même, l'autoroute était à chaque fois tellement prodigieusement vide que je ne me sentais pas spécialement inquiet. Mais dans la vraie vie ? Prendre le périph ? Je le sens assez moyennement.

Bon, de toute façon, je n'ai pas de voiture, donc la question ne se pose pas trop (mais mon poussinet menace d'en acheter une). Ceci dit, il paraît que j'ai le droit de m'inscrire à Autolib dès maintenant, même avec juste un certificat tenant lieu de permis provisoire. (La chose ridicule, en revanche, c'est qu'il est obligatoire de poser un disque A sur le véhicule quand on est jeune conducteur, et qu'avec Autolib ce n'est apparemment pas possible.)

Une autre chose est que j'ai appris à conduire une voiture, une Renault Captur Diesel (et encore, pas juste ce modèle, mais une voiture bien précise de cette série : une fois j'en ai eu une autre, et j'ai déjà été perturbé par le fait que l'embrayage ne réagissait pas exactement de la manière dont j'avais l'habitude). Est-ce que je saurais conduire une essence sans caler tout le temps ? Est-ce que je saurais conduire une automatique sans paniquer parce qu'il n'y a pas d'embrayage ?

Pour finir, je vais juste donner ce conseil à ceux qui, comme moi, attendent pour passer le permis alors qu'ils sont « vieux » : à moins d'être sûr de n'en avoir jamais besoin (ce qui est quand même un pari risqué), n'attendez pas trop longtemps, parce qu'il n'y a aucun doute que la difficulté augmente avec l'âge, et que le mal que j'ai eu vient surtout d'avoir attendu 40 ans, au lieu de m'y être pris 20 ans plus tôt.

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(samedi)

Je suis épuisé

J'ai déjà dit plusieurs fois sur ce blog que je préférais éviter d'écrire des billets dont le seul contenu est essentiellement de dire je suis toujours vivant (et je n'ai rien d'autre à dire), mais comme cela fait vraiment longtemps que je n'ai rien écrit, je vais quand même faire une exception et signaler que je suis toujours vivant (et je n'ai pas décidé de mettre un terme à ce blog, ni quoi que ce soit de ce genre). J'ai juste été encore plus débordé que d'habitude et, en plus d'être débordé, particulièrement fatigué. C'est la raison principale pour laquelle je n'ai rien écrit ici, ni même répondu aux commentaires (dont certains sont pourtant très intéressants sur l'entrée précédente).

D'abord, il y a les ordinateurs, qui sont notoirement des monstres dévoreurs de temps : j'ai passé beaucoup de temps à faire des mises à jour et, plus après les mises à jour, à me battre contre les conséquences néfastes de celles-ci. Cela faisait un certain temps que j'accumulais de la dette technique dans l'administration de mes (trop nombreux) PC, dont certains étaient encore sous Debian GNU/Linux Jessie (aka actuellement oldstable), version carrément paléolithique, par manque de temps et de courage pour les mettre à jour vers la version Stretch (aka stable) qui est seulement mésolithique. Le problème avec cette dette technique est qu'elle a vite tendance à s'accumuler : la version 57 de Firefox était devenue essentiellement impossible à compiler sur cette version paléolithique de Debian, et c'est ce qui m'a décidé à finalement trouver le temps de migrer au moins mon PC principal à Debian 9 Stretch. La mise à jour elle-même a été longue et douloureuse, mais ce qui a surtout été long et douloureux, c'est de prendre conscience de tout ce qui a cassé d'une version à l'autre, trouver comment contourner les problèmes qui sont apparus, ou m'habituer à ce que je ne peux pas contourner. Mais je suis loin d'avoir repayé ma dette : je n'ai toujours pas trouvé le temps de m'occuper de mon Firefox, qui continue d'être coincé à la version 56 : je pourrais raconter pendant des pages (j'avais d'ailleurs commencé à le faire) à quel point je suis malheureux que Firefox ait décidé de complètement tout casser (en particulier, toutes les extensions) avec la version 57, et de se transformer en une sorte d'équivalent de Google Chrome, toujours est-il que je n'ai toujours pas trouvé le temps de m'occuper de ça, et ça m'embête parce que c'est maintenant une passoire au niveau sécurité. Et à côté de ça, il y a encore d'autres machines sur lesquelles je dois faire une mise à jour du même type, en fait une réinstallation complète, et je cherche toujours un moyen de préparer les choses un maximum à distance (il y a une machine à laquelle je n'ai pas commodément accès). Bref, je continue à crouler sous cette dette technique. Et je commence à en avoir franchement marre de la quantité de temps perdu avec toutes ces merdes.

Et là-dessus sont venus s'ajouter les deux petits cadeaux surprise du monde de l'informatique pour 2018 à savoir Meltdown et Spectre. Je ne vais pas parler du fond du problème : pour ça, je renvoie par exemple aux excellents articles d'Ars Technica, notamment ici (publié un peu avant la levée de l'embargo, donc sur informations incomplètes) et ici sur Meltdown et Spectre eux-mêmes, ici sur la réaction des différentes compagnies, ici sur l'impact des correctifs en termes de performances et ici sur d'autres problèmes liés à ces correctifs. Les pertes de performances ne sont pas franchement problématiques pour moi, mais j'ai effectivement croisé des bugs bizarres (BUG: unable to handle kernel paging request at 00007fe67e522000IP: [<ffffffff812ba451>] __rb_erase_color+0x21/0x270) depuis que j'ai un noyau censé corriger Meltdown. • Par ailleurs, je m'inquiète un peu pour la morale à plus long terme de l'histoire : c'est quelque chose de déjà bien connu en cryptographie à quel point il est difficile de faire des calculs sans fuiter de l'information par des canaux auxiliaires, mais les impératifs d'efficacité des ordinateurs semblent de plus en plus incompatibles avec la nécessité de ne pas avoir de telles fuites (l'exécution spéculative, le hyperthreading et les caches mémoire sont des concepts sur lesquels les mots fuite d'information semblent écrits en néon clignotant : on découvrira certainement plein d'autres vulnérabilités du même genre) ; je me demande même s'il ne faut pas passer à des modèles d'ordinateurs où on étiquetterait les régions de mémoire qui contiennent une information secrète (ou dépendant d'une quelconque manière d'une donnée secrète), ce qui invaliderait tout ce qui est cache ou exécution spéculative, et il faudrait apprendre à manipuler le plus possible des données complètement publiques ; je me demande aussi si le concept de machine virtuelle ne doit pas être complètement abandonné, parce qu'on n'arrivera jamais à se débarrasser de ce genre de fuites. • Mais bon, à part ça, à mon niveau personnel, ce qui me fait rager c'est aussi une bête question de timing : juste avant la levée de l'embargo sur ces trous, au moment où les rumeurs circulaient qu'il y avait un problème grave dans les processeurs Intel pour lequel Windows et Linux avaient fait passer des patchs correctifs aussi discrètement que possible, et même que ces patchs avaient été backportés à des versions stables de Linux, je me suis dit, du coup, je vais immédiatement mettre à jour mes noyaux, comme ça je gagnerai un peu de temps — que nenni, je ne sais pas où ces patchs avaient atterri, mais en tout cas pas dans les versions que j'ai compilées et installées alors que les rumeurs à leur sujet circulaient déjà partout sur Internet. Bref, encore du temps perdu dont je n'avais pas besoin.

Zut, j'ai de nouveau ranté sur les ordinateurs, ce qui est sans doute encore plus inintéressant que si j'avais juste écrit je suis toujours vivant. Mais ils ne sont pas ma seule cause de fatigue ou de manque de temps. Je continue à prendre des leçons de conduite, avec une impression pénible de tourner en rond, même s'il y a eu des progrès (très lents : j'en suis maintenant à 62 heures de conduite) et qu'il commence à devenir envisageable que je passe le permis dans pas trop longtemps. J'ai aussi un peu l'impression de me noyer sous le poids de mes enseignements et d'un emploi du temps passablement merdique. (En tout cas, je consomme des recharges pour feutres à une vitesse hallucinante, et je me suis fait une petite tendinite au bras droit en écrivant au tableau blanc.) Et je passe beaucoup de temps au lit parce que je ne dors pas très bien.

Le truc avec le temps c'est qu'il se fragmente mal : on peut facilement se retrouver avec plein de petits bouts de temps libre, mais ces petits bouts sont inutilisables parce que chacun est trop court pour faire quelque chose de productif (si je veux réfléchis sereinement à un problème de maths, il me faut une journée calme, même si je ne vais pas passer toute la journée concentré : je déteste commencer à penser à une chose et devoir m'interrompre pour passer à une autre ; pour rédiger quelque chose, et même pour répondre à un mail non complètement évident, il me faut aussi une plage assez longue). Bref, je me retrouve à la fois à être débordé et à m'ennuyer, comme je me retrouve à la fois à faire de l'insomnie et à dormir trop, et tout ça est pénible.

Il est aussi probable que la météo inlassablement pourrie, qui fait se succéder jour après jour de pluie ponctuée par les tempêtes Carmen, Eleanor et David (dans cet ordre, si j'ai bien suivi — ça a l'air embrouillé) n'aide pas franchement à me donner de l'énergie. Peut-être que je manque de vitamine D.

Toujours est-il que je promets d'œuvrer à un retour à la normale de ce blog quand j'aurai moins l'impression d'être fatigué. En attendant, je profite du fait que j'écris ceci pour faire un lien vers cette sorte de blog, A piece of a larger me, tenu de façon originale sur GitHub, qu'une connaissance (qui souhaite rester anonyme), a lancé, et qui contient le genre de réflexions un peu longues qui pourraient intéresser les gens qui me lisent. (C'est en français, malgré le titre.)

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(dimanche)

Je re-regarde différentes adaptations du Christmas Carol

L'approche de Noël m'a fait revenir à l'esprit un de ces souvenirs confus dans lesquels la réalité se retrouve mélangée à toutes sortes d'éléments déformés ou carrément inventés. Le souvenir dont il est question, en l'occurrence, c'est que, pendant l'année que j'ai passée à Toronto quand j'avais huit ans (soit 1984–1985), j'ai vu à la télé une adaptation du Christmas Carol de Dickens, et que je l'ai tellement aimée que j'ai réussi à la revoir plusieurs fois ; mais une fois, ils en ont diffusé une version, en noir et blanc, différente de la version en couleur dont j'avais l'habitude, et j'étais tout contrarié parce que ce n'était pas exactement celle que je voulais voir : notamment, l'esprit des Noëls passés ne correspondait pas à la vision que je m'en étais faite à travers l'adaptation que j'avais vue en premier.

Peut-être devrais-je résumer très brièvement la fable (au risque de spoiler complètement, mais honnêtement, je pense que ça n'a aucune importance) vu que les francophones ne sont peut-être pas très familiers avec. Il s'agit de l'histoire d'un vieil avare aigri, Ebenezer Scrooge, particulièrement acariâtre en la saison des fêtes, auquel rendent visite trois esprits, l'esprit des Noëls passés, puis l'esprit du Noël présent et enfin l'esprit des Noëls à venir, qui viennent le racheter : ils lui font voir plusieurs scènes du passé, du présent et de l'avenir pour le convaincre qu'il a été plus ouvert et généreux autrefois, que d'autres gens sont heureux à Noël, et que s'il ne change pas son attitude il mourra seul et détesté ; et suite à ces visites, Scrooge s'amende et devient bon et charitable. Cette histoire a particulièrement marqué la culture anglo-saxonne à différents niveaux : scrooge est devenu un terme général pour un avare (ou l'objet de toutes sortes de références, par exemple le nom de l'oncle de Donald Duck, celui qu'on traduit par Picsou en français, est Scrooge McDuck) ; et la représentation de l'esprit du Noël présent (tel qu'il apparaît dans une gravure qui accompagne l'édition de 1843 du roman de Dickens, et cette image a été ensuite reprise dans les adaptations cinématographiques ou télévisuelles) a certainement beaucoup influencé l'iconographie du Père Noël, au moins à l'époque où il s'habillait encore en vert et pas en rouge. À cause de cette célébrité, on se doute bien, du coup, qu'il y a eu toutes sortes d'aptations de l'histoire.

Heureusement, à l'époque d'Internet, il n'est pas très difficile de retrouver les seules adaptations qui peuvent coller avec mon souvenir : la version que j'avais aimée quand j'étais petit était forcément celle de 1984 par Clive Donner avec George C. Scott dans le rôle de Scrooge, et celle que je n'avais pas aimé parce que ce n'était pas exactement la même était celle de 1951 par Brian Desmond Hurst avec Alastair Sim dans le rôle de Scrooge. Il n'est pas clair comment je peux avoir vu plusieurs fois celle de 1984, mais il n'y a guère de doute que c'était bien celle-là.

J'ai revu les deux versions successivement, et je ne peux pas vraiment dire que ça ait autant réveillé de souvenirs que ce que j'espérais. Je me souvenais bien de l'histoire, mais il est impossible de dire si c'était un souvenir de telle ou telle adaptation ou simplement du livre de Dickens lui-même (que j'ai lu quelque part dans les 30 dernières années). En revanche, regarder deux films qui se correspondent presque scène pour scène a quelque chose qui plaît à mon sens de la symétrie ; je ne sais pas si je pousserai jusqu'à regarder une ou plusieurs des autres adaptations qui ont été faites (depuis 1984, notamment) de la même histoire, mais heureusement d'autres que moi s'y sont attelés, par exemple ici ou .

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(lundi)

Je voyage plus en une semaine que d'ordinaire en un an

C'est un fait que, contrairement à mon poussinet qui est tout le temps par monts et par vaux, je n'aime vraiment pas voyager. (Je n'aime pas préparer mes sacs et m'arracher les cheveux à me demander ce que je dois emporter. Je n'aime pas porter mes sacs qui sont toujours trop lourds. Je n'aime pas me rendre compte que j'ai oublié d'emporter des choses — au hasard, un anti-moustique parce que je pensais qu'il n'y aurait pas de moustiques. Je n'aime pas ne pas avoir toutes les choses que j'ai l'habitude de trouver à portée de main chez moi. J'angoisse si je vais dans un pays dont je ne parle pas la langue. Je n'aime pas me retrouver entassé dans des moyens de transport ou courir d'un moyen de transport à un autre ou au contraire poireauter pour une n-ième correspondance. Je n'aime pas le moment où, après avoir rendu la chambre d'hôtel mais avant de repartir, on n'a plus vraiment d'endroit où se poser ou aller aux toilettes. Je stresse à l'idée de retrouver mon chez-moi cambriolé en mon absence ou ayant subi un dégât des eaux. J'aime aussi peu ranger mes affaires une fois rentré que les préparer pour partir. Et ce que je déteste peut-être par-dessus tout, c'est le nombre de choses que je dois faire et qui s'accumulent pendant que je suis en déplacement, ce qui fait qu'en rentrant j'ai une surcharge de stress qui s'ajoute à celui du voyage lui-même.) C'est un peu dommage, parce que s'il y avait un téléporteur qui me permette d'aller n'importe où instantanément et de rentrer dormir chez moi, j'aurais plaisir à aller visiter toutes sortes de villes dans le monde. Toujours est-il qu'en général, je voyage très peu.

Mais la semaine dernière, j'ai vraiment fait exception à mes habitudes.

D'abord mon poussinet et moi sommes allés à Florence comme je l'ai raconté. Comme mon poussinet travaille dans le métier, nous avons pris le train pour y aller : et pour que le voyage soit plus beau, nous sommes passés par Zürich et Milan. Ça représente environ 11 heures de train (12 heures de porte à porte), mais finalement, je crois que je préfère passer plein de temps dans un train confortable où je peux me dégourdir les jambes que faire le trajet dans un avion bondé où je n'ose pas bouger le bras de peur de gêner la personne à côté. Ça permet de profiter de l'escale à Zürich pour acheter du bon chocolat suisse. Et il faut reconnaître que les paysages suisses (entre Zürich et le tunnel du Gothard, ou même les rives du lac de Lugano vues la nuit) sont effectivement magnifiques. Et puis tant qu'à voyager quand on n'aime pas voyager, autant voyager dans les meilleures conditions, donc nous avions pris des billets pour la classe Executive de la Frecciarossa (le train à grande vitesse reliant Turin à Naples), dont les fauteuils sont confortables (même s'ils font un peu penser au trône de Palpatine réinventé pour un banquier aux dents longues) et où on nous sert un repas à la place (avec une vraie nappe et des vrais couverts, pas un plateau en plastique) ; comme nous étions les deux seuls dans le wagon, c'était d'ailleurs un chouïa embarrassant.

À Florence, l'hôtel nous avait installés dans une suite assez impressionnante : je ne sais pas si c'est parce qu'ils voulaient se faire pardonner un minuscule cafouillage à notre arrivée (notre chambre initialement prévue n'était pas disponible, ils nous ont mis ailleurs) ou le désagrément causé par les moustiques ou le bruit de la rue, toujours est-il que nous avons eu droit à une chambre à mezzanine avec trois lits doubles, un canapé, une belle table, de grandes armoires, etc.

Si quelqu'un se demande comment un enseignant-chercheur français fait pour se faire rembourser la classe Executive des trains italiens ou une suite de luxe à Florence, la réponse est… qu'il ne le fait pas. Mes voyages professionnels finissent toujours pas sortir de ma poche quand je suis mis face à l'enfer administratif de remplir un ordre de mission à faire signer par douze personnes, d'expliquer sur quelle ligne de budget il faut tirer (je n'en ai aucune idée), de chercher à négocier le droit de me faire rembourser un billet de seconde si je voyage en première, ou de m'entendre dire que comme on est en décembre les comptes de l'année sont clos et que je devais m'y prendre trois mois à l'avance : au bout d'un moment, j'abandonne, et maintenant j'abandonne avant même de commencer, c'est plus simple et ça m'évite d'ajouter encore des tracas au voyage que je trouve déjà assez stressant. Je crois, en fait, que sur les rares déplacements professionnels que j'ai faits, les seuls où j'ai effectivement obtenu un remboursement étaient toujours des voyages à l'étranger payés par les gens qui me recevaient et qui, eux, semblaient capables de contourner tous ces obstacles. Toujours est-il qu'on ne peut pas m'accuser de dilapider en voyages l'argent du contribuable français. En l'occurrence, c'est surtout l'argent du poussinet qui a été dilapidé.

Nous sommes rentrés de Florence, mercredi (), en avion. Le vol lui-même est court, mais j'ai poireauté vraiment longtemps à l'aéroport (parce que mon poussinet, qui prenait un vol plus tôt que moi — il partait pour Londres — avait reçu une annonce selon laquelle il pouvait y avoir des problèmes à la sécurité et qu'on lui recommandait d'arriver très en avance, ce qui, finalement, était une fausse alerte). Au moins, après les Alpes vue du train à l'aller, j'ai pu admirer les Alpes depuis les airs au retour, juste un peu avant le coucher du soleil, c'était très beau.

Vendredi (), nouvel aller-retour en train, cette fois pour Montpellier (donc 6h45min de train, aller-retour), pour aller un enterrement. Ce n'était évidemment pas prévu, mais on peut au moins se consoler que ça ne nous ait pas forcé à annuler quoi que ce soit.

Et samedi (), c'est pour Nice que nous sommes partis : mon poussinet voulait prendre le dernier iDTGV (le tout dernier : la marque cesse d'exister), donc il avait prévu de longue date d'aller passer la nuit à Nice, point d'arrivée de cette dernière rame. Manque de chance pour lui, les gens d'iDTGV avaient aussi prévu de faire la fête pour la dernière rame, mais ils avaient choisi celle qui allait dans l'autre sens : Nice→Paris à peu près au même moment ; donc nous n'avons pas eu droit aux ballons et autres goodies dans une voiture-bar spécialement décorée. Juste à passer 5h35min dans un train de plus en plus vide et de plus en plus tristounet, à faire les mots fléchés du magazine iDTGV (vraiment trop faciles) et ceux du Figaro abandonné par un autre passager (vraiment trop durs : hommes des cavernes en 12 lettres = poitrinaires, c'est limite pervers).

Mais pour consoler son copain qui n'aime pas voyager, mon poussinet nous avait réservé une suite (cette fois c'était prévu au programme, pas comme à Florence) de luxe, vue mer, à l'hôtel Negresco sur la promenade des Anglais. C'est bien la première fois que je loge dans une chambre d'hôtel qui fait deux fois la superficie de notre appartement parisien ; avec deux salles de bain (deux baignoires plus une douche, quatre lavabos, deux toilettes et un bidet), un canapé, quatre ou cinq fauteuils, un lit gigantesque avec cinq oreillers ; et une déco Louis XVI. (Et puis on peut toujours se dire que peut-être Grace Kelly ou Salvador Dalí ont dormi dans ce lit.) Mes photos ne sont pas en ligne, d'ailleurs peut-être que je ne les y mettrai pas vu qu'elles ne sont pas très réussies, mais celle-ci et celle-ci sur le site de l'hôtel le sont, et proviennent visiblement de la suite où nous étions. La suite en question était affichée à 2900€ la nuit (c'est-à-dire que c'est le prix maximal qu'ils peuvent pratiquer ; je suppose qu'il est rarement atteint), nous l'avons eue environ à 1/6 de ce prix, ça reste raide, mais il faut bien célébrer le dernier iDTGV !

Et ce n'est pas que la chambre qui était impressionnante : la déco de l'hôtel en général est assez stupéfiante, comme leur salon royal, où personne ne semble oser s'asseoir probablement en pensant que c'est plus un musée qu'un lobby d'hôtel.

En revanche, pour la vue sur la mer, c'était un peu raté : samedi soir quand nous sommes arrivés il faisait nuit depuis longtemps, et dimanche, il a fait un temps de chien à Nice toute la journée. Autant à Florence quelques jours avant il faisait glacial mais très beau, autant à Nice il faisait froid et moche. Le genre de pluie qui tombe toute la journée et qui semble vous geler jusqu'à la moelle des os. Du coup, la vue sur la mer n'était pas terrible, et, après une petite promenade, nous nous sommes réfugiés dans l'après-midi chez un copain pour nous sécher et nous n'avons essentiellement rien vu de la ville.

Au moment de repartir, comme les intempéries ne touchaient pas que Nice mais une bonne partie de l'Europe (l'aéroport d'Ajaccio a été complètement fermé, Heathrow était en pagaille, etc.), notre vol de retour a eu du retard. Heureusement ce n'était « que » 1h30min de retard, mais j'ai quand même eu l'occasion de plus visiter l'aéroport de Nice que ce que je souhaitais, et en rentrant, de moins dormir que je l'espérais. Il semble que plus tard l'aéroport de Nice ait été complètement fermé lui aussi, donc finalement, nous avons eu plutôt de la chance.

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(dimanche)

Encore une période de stress

Je suis d'un naturel extrêmement anxieux et angoissé (je suis d'ailleurs toujours étonné du fait que beaucoup de gens m'ont dit que je donnais plutôt l'impression contraire : je ne comprends pas ce qui peut expliquer que je projette une impression calme et détendue). Mais ce n'est pas uniforme dans le temps : il y a des périodes du jour, de la semaine et de l'année où je suis beaucoup plus stressé que d'autres. Par exemple, le dimanche soir ou la période de rentrée scolaire : pourtant, ce n'est pas comme si j'avais un boulot terriblement anxiogène, mais je crois que c'est plutôt tout changement de rythme qui me stresse, ou, pour ce qui concerne la rentrée, la fin de l'été au sens astronomique et météorologique qui fait ça. Tout ça n'est pas nouveau.

Et en ce moment, ça ne va vraiment pas bien sur ce plan. Or je ne comprends même pas vraiment quelles sont les choses qui m'angoissent. Une partie est peut-être due à mes leçons de conduite, mais ça ne doit pas être tout : c'est déjà peut-être plus l'angoisse de mal dormir avant une leçon le matin qui me stresse la veille au soir. Mais j'ai des pics d'anxiété à des moments que je n'explique pas du tout. Certes, ça reste un peu plus étalé dans le temps que les crises d'angoisse que j'avais faites il y a quelques années. Mais je devrais peut-être essayer de me faire represcrire de l'hydroxyzine, un antihistaminique avec des effets anxiolytiques qui m'avait fait du bien à ce moment-là (qui a l'avantage de faciliter le sommeil, mais l'inconvénient d'avoir une demi-vie désagréablement longue si on ne veut pas être somnolent toute la journée).

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(mercredi)

Je continue à apprendre à conduire (et me découvre des super-pouvoirs)

Je continue à prendre des leçons de conduite, et, franchement, ça ne se passe pas bien.

Par rapport à mon précédent post (et 10 heures de conduite plus tard, c'est-à-dire 20h au total, le minimum légalement exigible mais ça ne signifie rien), la difficulté a un peu changé, mais je ne suis pas pour autant persuadé qu'elle soit franchement moindre. Je me sens moins débordé par l'aspect purement mécanique, c'est-à-dire quand il s'agit de démarrer (y compris en côte), passer les vitesses (dans les deux sens) et m'arrêter ; ce qui ne veut pas dire que je ne fasse pas parfois très mal les choses (comme trop freiner ou pas assez), mais enfin, quelque chose est assurément rentré. Cependant, le fait que ces difficultés se lèvent révèle, par contraste, que d'autres sont plus profondes. (Et suggère aussi que la stratégie consistant à dire finalement, tant pis pour cet art foncièrement idiot d'apprendre à passer les vitesses : je vais passer le permis sur une automatique n'est peut-être pas opportune, même si je garde cette possibilité dans un coin de l'esprit.) Par exemple, mon moniteur observe toujours régulièrement que je me place mal ou que je me dévie, notamment parce que j'ai le regard trop court, parce que je fixe des choses que je veux éviter au lieu de fixer l'endroit où je veux aller. Mais bon, ça c'est sans doute corrigeable, et s'agissant du placement, vu le nombre d'autres usagers mal placés qu'il me signale (et qui ont, il faut croire, réussi à obtenir leur permis…), je ne suis pas le seul à avoir du mal : il faut dire que le marquage est particulièrement merdique autour de Paris, avec un nombre de voies parfois tout à fait incertain ou qui n'arrête pas de changer.

En revanche, d'autres difficultés sont probablement plus particulières à moi, et semblent consterner mon moniteur. (Il me sert des remarques du genre un gamin de huit ans sur son vélo arrive à faire ça : si tu ne t'en sors pas, je ne peux vraiment rien pour toi — et même si je comprends l'idée d'engueuler lors des erreurs pour qu'elles « rentrent » bien, je ne suis pas complètement convaincu de la pertinence pédagogique de ce genre de formulation.) À cette occasion, je me découvre trois super-pouvoirs fort nuisibles quand il s'agit de conduire :

  1. L'inobservation : j'avais déjà mentionné mon talent pour ne pas voir les choses qui sont juste sous mon nez (ou plutôt, comme le souligne la citation de Sherlock Holmes que je ne reproduis pas, pour ne pas observer les choses que je vois). De façon générale, je comprends très bien le mécanisme : je me concentre sur une aspect de ce que je vois (sur une difficulté présente, à venir, ou même passée), et je ne perçois plus le reste. C'est l'astuce la plus utilisée par les magiciens de spectacle, c'est le sujet d'une célèbre expérience de psychologie ; c'est aussi une des raisons pour lesquelles je suis épouvantablement nul aux échecs (du genre : je me concentre tellement fort sur la pièce adverse qui menace ma dame que je ne vois pas le pion qui menace mon cavalier). Mais quand j'arrive à ne plus voir un feu rouge alors qu'il n'y a rien d'autre à voir dans le coin, on peut vraiment se poser des questions. En tout état de cause, je me demande comment on peut s'affranchir d'un super-pouvoir aussi puissant en un petit nombre de dizaine d'heures de leçons.
  2. L'indécision : c'est une surréaction à l'auto-analyse du point précédent : je sais que je suis capable de rater les choses les plus « évidentes », donc j'ai toujours peur de ne pas avoir vu quelque chose. D'où une tendance à rouler trop lentement, que mon moniteur décrit comme carrément dangereuse parce qu'elle donne des signaux contradictoires (il veut se garer ?) ou parce qu'il faut vraiment y aller (pour dépasser un obstacle bloquant une voie d'une rue à deux voies, par exemple, il ne s'agit pas de ralentir).
  3. La panique inopportune : conséquence des deux points précédents, et déclenchée par la moindre petite erreur (par exemple, de manipulation mécanique), avec pour conséquence que je perds tous mes moyens et que je ne sais plus du tout ce que je fais.

Mon moniteur se plaint surtout de mon incohérence, qui est une conséquence de ce qui précède : rouler lentement quand il n'y a pas de raison à cause du point (2), ou trop vite parce que je n'ai pas remarqué quelque chose à cause du point (1), ou faire n'importe quoi à cause du (3).

(Je peux sans doute ajouter la suranalyse dans mes super-pouvoirs.)

Je ne sais pas non plus où j'en suis dans la formation. Mon livret d'apprentissage, édité par les Éditions Nationales du Permis de Conduire, est divisé en quatre grands chapitres (1 Maîtriser le maniement du véhicule dans un trafic faible ou nul, 2 Appréhender la route et circuler dans des conditions normales, 3 Circuler dans des conditions difficiles et partager la route avec les autres usagers, et 4 Pratiquer une conduite autonome, sûre et économique), eux-mêmes divisés en 9+7+9+7 compétences respectivement (1A à 1I, 2A à 2G, 3A à 3I et 4A à 4G ; par exemple : 1E = je sais doser l'accélération et le freinage à diverses allures et 2F = je sais franchir les carrefours à sens giratoire et les ronds-points et 3E = je sais m'insérer sur une voie rapide, y circuler et en sortir). Certaines compétences sont à leur tour divisées en sous-compétences : il y a 14+10+10+7 items au total, présentés sous forme de cases à cocher. Mon moniteur fait un trait dans une case quand la (sous-)compétence a été abordée, une croix quand elle a été enseignée, mais il a aussi parlé de noircir la case si la notion a été assimilée (ou quelque chose comme ça), et alors il n'a pas l'air de considérer que j'aie assimilé quoi que ce soit : pour l'instant, il a fait des croix dans 12 des 14 cases du chapitre 1 (et des traits dans les deux autres), rien de plus. Selon la manière dont on extrapole, ça laisse prévoir un nombre d'heures de formation élevé ou carrément délirant. Mais bon, tous les items ne se valent pas : le chapitre 4 a l'air complètement pipo ou vraiment facile (lire une carte routière, je pense que ça ne me pose pas trop de problème), mon moniteur semble suggérer que les chapitres 2 et 3 seront difficiles, mais je ne sais pas vraiment comment il compte les enseigner (2D = je sais tourner à droite et à gauche en agglomération, par exemple : on devinera aisément que j'ai déjà tourné à doite et à gauche !). Et évidemment, l'auto-école a intérêt à vendre le plus d'heures de formation possible (à la fois pour empocher l'argent et pour pouvoir déclarer un bon taux de réussite en première présentation).

Personnellement, ce qui me pose problème, ce n'est pas tant le prix des leçons que la difficulté à les placer dans la semaine (pour l'instant ça va, je n'ai pas de cours à donner, mais à partir de novembre ça deviendra beaucoup plus compliqué), et le stress engendré (que ce soit à me demander comment je peux avoir fait telle ou telle connerie, ou à me faire engueuler, ce n'est pas franchement plaisant, sans même parler du risque d'accident).

Ajout : pour la conclusion de mes aventures de permis de conduire, c'est .

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(vendredi)

Ruxor apprend (péniblement) à conduire

Ayant obtenu le code le mois dernier, je profite du fait que je n'ai pas de cours à donner pour quelque temps pour prendre des cours de conduite. Je ne peux pas dire, après 10 heures de leçons (plus 3 heures sur simulateur) que je sois franchement enthousiasmé par l'expérience. Ni le moniteur par mes progrès : La formation sera longue…

Il trouve notamment que je suis trop crispé sur le volant, ce qu'il interprète comme une forme de peur. Je ne dis pas qu'il ait tout à fait tort (la voiture individuelle est certainement un moyen de transport passablement dangereux, mais enfin, je suis déjà monté dans les voitures de gens conduisant plutôt dangereusement, je n'étais pas recroquevillé de terreur, il n'y a pas de raison que je n'arrive pas, à terme, à être plus prudent qu'eux, et en tout cas, pour l'instant, je suis avec quelqu'un qui est bon pour rattraper les erreurs[#]) ; mais ce que je ressens surtout, c'est l'impression d'être débordé par les choses qui demandent mon attention en même temps, ne serait-ce que le nombre d'étapes pour faire des choses aussi débiles que démarrer ou s'arrêter (sans caler[#2]…) sur une voiture à conduite manuelle.

Ce n'est pas que ce soit difficile, mais j'ai un peu l'impression de jouer à un jeu comme Jacques a dit : du genre avant de prononcer une phrase qui commence par une consonne, vous devez lever le bras droit, à chaque fois que vous utilisez le mot le vous devez claquer des doigts, et tous les sept mots exactement vous devez taper du pied : ceci étant, racontez-moi vos vacances (mais pourquoi allez-vous si lentement ?) — oui, merci, je crois que j'ai compris et retenu les règles (celles auxquelles j'ai eu droit pour l'instant, du moins), mais avant d'en faire un automatisme, avant de me les approprier[#3], comme dit mon moniteur, il me faudra effectivement du temps. Je comprends pourquoi ce n'est pas une bonne idée d'attendre 40+ ans pour ça. Et je comprends aussi pourquoi les Américains n'aiment pas les boîtes de vitesse manuelles et les embrayages. Sans même parler des règles de la circulation à respecter en même temps, et de tous les gens à surveiller autour : je suis très mauvais pour le multitâche, et si je perds le fil, j'ai tendance à ne plus du tout savoir où j'en suis et à faire vraiment n'importe quoi, ce qui est une très mauvaise idée en voiture.

Le simulateur devrait permettre d'acquérir ces automatismes par la répétition d'exercices faciles. Mais le simulateur ne sanctionne pas certaines mauvaises pratiques (il ne vérifie pas qu'on tient le volant correctement, qu'on garde le pied sur le frein à l'arrêt, ce genre de choses), et mon moniteur n'a pas l'air convaincu par son utilité.

Bon, après, mon moniteur a aussi l'air de penser que le seul vrai permis de conduire est celui qu'on obtient à Paris (où la route n'arrête pas de changer de direction et de largeur, où les gens arrivent dans tous les sens, où il y a tellement d'inspecteurs à l'examen qu'on ne peut pas bachoter selon les habitudes de chacun, etc.) ; en tout cas, il n'a pas l'air de penser grand bien de celui qu'on obtient en des plus petites villes en France ni dans certains autres pays.

(Je n'attends pas non plus avec impatience la voiture qui se conduit toute seule : vu le niveau désastreux de la sécurité informatique en général, elle sera certainement moins dangereuse qu'une voiture conduite par un humain… jusqu'au jour où un pirate russe prendra le contrôle de 100000 voitures simultanément dans le monde et les enverra toutes foncer n'importe où, et en comparaison les guignols de terroristes qui font peur à faire ça un par un ils paraîtront bien anodins. L'avenir ne m'enthousiasme donc pas trop.)

En attendant, ce qui est sûr, c'est que je connais maintenant très bien le parking du cimetière de Chevilly-Larue pour en avoir fait plein de fois le tour (et il a l'air très populaire auprès des auto-écoles, vu que nous n'étions pas les seuls).

Ajout : pour la suite de mes aventures de permis de conduire, c'est ici et .

[#] Ce qui m'amène d'ailleurs à me demander comment on forme les moniteurs d'auto-école : est-ce qu'ils ont des leçons pratiques où un méta-moniteur s'asseoit à la place de l'élève (i.e., du conducteur) et fait volontairement des erreurs de débutant pour vérifier que le moniteur arrive à les rattraper à temps ? Et du coup, comment forme-t-on les méta-moniteurs (et ainsi de suite, comme le fameux problème de la construction des grues de chantier) ? Que de questions sans réponse !

[#2] Mon problème à ce stade, ce n'est pas tellement que je cale, c'est plutôt que je suis tellement précautionneux lorsque je relâche l'embrayage pour ne pas caler en démarrant que le chauffeur derrière moi s'énerve et me double dangereusement.

[#3] Déjà, juste la façon dont on me dit que je dois manier le volant dans les tournants importants (genre, à angle droit) ne me semble pas du tout naturelle : à part qu'il ne faut pas que je sois crispé, on m'apprend qu'il faut chevaucher les mains, moi je trouverais beaucoup naturel de les faire glisser — rien que ça, ça me mobilise de l'espace mental pour rien.

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(dimanche)

La petite place qui réapparaît dans mes rêves

J'ai déjà plusieurs fois parlé sur ce blog des thèmes qui reviennent régulièrement dans mes rêves — par exemple ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici et ici — je ne pensais pas en avoir écrit autant, d'ailleurs, et je devrais peut-être créer une catégorie juste pour ça ; mais quand les gens se mettent à raconter leurs rêves, c'est en général signe qu'il vaut mieux s'enfuir, donc si vous voulez fuir, cliquez ici. Mais autant les thèmes récurrents existent sans l'ombre d'un doute, autant c'est un mystère pour moi de savoir si les éléments récurrents existent.

Pour être plus précis, ça m'arrive souvent de faire un rêve dont je pense (pendant que je suis en train de rêver) que c'est la suite d'un autre rêve, dont j'ai un souvenir relativement précis, ou simplement qu'un élément particulier est déjà apparu ; mais plus d'une fois, une fois réveillé et une fois sorti de cette phase où tout ce que j'ai pensé en rêve continue à me sembler vrai ou intéressant, j'ai eu des raisons de mettre ce souvenir en doute : l'« autre rêve » n'avait jamais existé, ou bien était inventé en même temps que le rêve qui croyait lui faire référence, ou peut-être en était une autre partie, bref, le souvenir lui-même me semblait falsifié. Ou en tout cas, je le soupçonnait de l'être ; a contrario, je n'ai jamais eu de certitude ni même de très forte présomption qu'un souvenir du genre « j'ai déjà rêvé ça » était correct (ceci étant, je n'ai de preuve ni dans un sens ni dans un autre : forcément, c'est très difficile d'avoir une preuve qu'on n'a pas rêvé quelque chose, à part peut-être en s'appuyant sur un principe de causalité, et ce n'est pas non plus très fréquent, à moins de tout noter, qu'on puisse avoir une preuve d'avoir déjà rêvé quelque chose). Bien sûr, ça m'est arrivé de refaire plusieurs fois un rêve d'une chose réelle, ou de faire plusieurs rêves qui se ressemblent, mais retrouver dans un rêve un élément extrait d'un rêve passé, je ne suis pas sûr que ça arrive vraiment, et surtout, même si ça devait arriver, le fait de m'en souvenir dans le rêve ne fait que rendre la chose plus suspecte.

Mais voici quelque chose qui est à la frontière ténue entre le thème récurrent et l'élément récurrent : il y a, dans plusieurs de mes rêves, une petite place à Paris, une place d'aménagement récent et d'architecture moderne, où j'aime bien aller me poser, une place très tranquille, presque cachée, un peu encaissée, en bas de plusieurs rues dont elle fait des sortes d'impasses ; cette place est située non loin d'un quartier d'immeubles modernes ; j'ai parfois du mal à la retrouver. Les thèmes généraux dans tout ça sont des thèmes fréquents de mes rêves (voir notamment les thèmes que je qualifie de promenade à moitié oubliée et de ville art nouveau dans cette entrée) ; et il y a des éléments assez évidents de la vie réelle : je pense par exemple à cette place réelle pas loin de chez moi (qui fait tellement « petit village » qu'on a du mal à croire qu'elle soit en plein Paris), je pense au nouveau quartier Clichy-Batignolles et à celui autour de Tolbiac (et un de ses squares), je pense au genre de parcs que j'aime visiter, peut-être même à ceux que j'aime imaginer, je pense à toutes sortes de promenades que j'ai faites dans Paris et où j'ai pu prendre plaisir à découvrir des nouveaux endroits surtout quand ils semblent un peu cachés.

Néanmoins, cette petite place à laquelle j'ai rêvé trois ou quatre fois (si j'en crois mes souvenirs qui sont peut-être faux !) ne combine pas que des thèmes oniriques généraux et des éléments de la réalité : elle a aussi des caractéristiques assez bien définies comme un mur de pierre qui la ferme sur une bonne partie de son périmètre, un tout petit jardin en son centre, et une atmosphère que j'ai du mal à décrire parce qu'on ne décrit pas facilement un rêve, mais qui est néanmoins plutôt précise dans ma tête.

Et c'est assez désolant, parce que maintenant que cette petite place existe dans ma tête, je suis tout triste qu'elle n'existe pas dans la réalité et que je ne puisse pas aller m'y asseoir pour lire un jour de beau temps.

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(lundi)

Chips, bonbons et autres tentations

Il y a un corollaire de la loi de Murphy qui dit que plus un aliment est bon au goût plus on peut être sûr qu'il est mauvais pour la santé. C'est certainement exagéré (et difficilement explicable du point de vue de l'évolution, même en tenant compte du décalage entre l'environnement du chasseur-cueilleur et l'époque contemporaine), mais en ce qui me concerne, il y a incontestablement des aliments qui me font instantanément oublier la prescription évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé que le gouvernement français fait mettre sur les pubs alimentaires. À savoir, les cochonneries salées et sucrées que sont les chips et autres biscuits apéritif d'une part et les bonbons de l'autre.

Dans les deux cas, il ne faut surtout pas que je commence : plus j'en mange, plus j'ai envie d'en manger. Et ça s'applique à tout un spectre de cochonneries salées et sucrées : des produits au goût complètement chimique pleins de glutamate (j'adore le glutamate et le goût umami) ou style fraises tagada, jusqu'aux biscuits artisanaux au gouda vieux vendus à un prix exorbitant par des marques pour bobos avec des noms comme Machin et Augustel ou aux bonbons fabriqués selon une recette traditionnelle vieille de 300 ans — tout ça est kif-kif pour moi. Quand on me met devant une buffet apéro, je commence par manger à un rythme raisonnable, au bout d'une dizaine de minutes je mange aussi vite que la bienséance le permet, et encore un peu plus tard, je finis par jeter la bienséance par la fenêtre et me goinfrer aussi vite que mes mains peuvent porter les cochonneries salées ou sucrées à ma bouche. Après chaque AG des copropriétaires de notre immeuble, par exemple, une de mes voisines prépare des feuilletés au fromage pour tout le monde, et je crois que je dois en manger les trois quarts à moi seul.

L'ennui n'est pas que ça fait grossir (je n'ai pas trop de problèmes de ce côté-là). L'ennui est que quand je me goinfre comme ça, la punition ne se fait pas tarder. S'agissant des bonbons, surtout les trucs bien chimiques que fait Haribo, j'en mange de plus en plus jusqu'à ce que, tout d'un coup, je sois complètement écœuré et que j'aie, de surcroît, de terribles aigreur d'estomac. S'agissant des chips, c'est plutôt mes intestins qui me rappellent à l'ordre ; et j'ai l'impression que ça empire avec les années : maintenant je ne peux plus en manger plus que quelques poignées sans que ça me fasse l'effet d'un litre de jus de pruneaux.

C'est d'ailleurs assez mystérieux : j'ai testé chacun des ingrédients d'un paquet de chips séparément, aucun n'a d'effet particulier sur ma digestion. Je n'ai pas de problème avec les pommes de terre, même frites dans de l'huile et salées, ni avec l'huile elle-même, ni avec le sel, ni avec le glutamate, ni avec aucun des allergènes classiques dont on pourrait trouver des traces dans les chips, par exemple je mange sans problème du beurre d'arachide à la petite cuiller, donc je ne sais pas ce qui peut provoquer un problème spécifique avec les chips ; on m'a fait toutes sortes de suggestions idiotes, comme une intolérance au gluten (franchement, je le saurais), mais je ne trouve rien qui tienne debout. Toujours est-il que je dois maintenant éviter les chips. Et ça me rend très malheureux.

Parce qu'on pourrait croire que la tentation se dissipe avec le temps, mais il n'en est rien. À chaque fois que je passe au rayon des biscuits pour apéritif de mon supermarché, ou à côté d'un vendeur dans la rue à l'étal rempli de bonbons, je pleure intérieurement de devoir me priver de ces plaisirs que je n'arrive pas à consommer raisonnablement. Je ne sais pas ce qui est le pire : pour ce qui est du sucré, mon poussinet, qui ne partage pas mon addiction, n'arrive pas à comprendre que je sois tenté, et ne compatit donc guère ; pour ce qui est des chips, il aime lui aussi beaucoup, et n'a pas de scrupule à manger sous mon nez des trucs que je suis bien triste de ne pas pouvoir digérer.

Heureusement, j'arrive encore à profiter des biscuits au fromage sans en tomber malade, ou, s'agissant du sucré, du chocolat (j'en suis aussi fou, mais je finis par ne plus en vouloir avant d'être complètement écœuré). Et je pense qu'il vaut mieux que j'évite d'essayer n'importe quelle substance ayant un effet addictif, si déjà le sucré et le salé me font perdre la mesure.

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(vendredi)

Rhume et aphtes

J'ai plutôt eu moins de rhumes ces dernières années qu'il y a plus longtemps où c'était carrément une blague récurrente sur ce blog, mais là j'en ai quand même attrapé un gros, qui est tout juste en train de finir, mais qui m'aura empêché de bien profiter des premières journées de temps vraiment printanier à Paris.

Or il y a un truc qui, chez moi, a presque toujours accompagné les rhumes : c'est qu'à peu près au moment où le rhume finit, j'ai des aphtes qui apparaissent dans la bouche. Ça n'a pas l'air d'être un truc médicalement très documenté, en tout cas, Internet n'a pas l'air de répertorier de documentation au sujet d'une telle corrélation.

(Je remarque en passant que l'anglais n'a pas vraiment de mot pour aphte. Wikipédia parle juste de mouth ulcer ; le mot aphtha semble exister [avec une ‘h’ de plus en anglais qu'en français comme beaucoup d'autres bout de mots venant d'un phi-thêta grec, par exemple ophtalmo- en français contre ophthalmo- en anglais], mais n'est quasiment pas utilisé ; on trouve aussi canker sore, qui est furieusement imprécis. Je trouve ce genre de situation vraiment agaçante. Vous saviez que l'anglais n'a pas non plus de bon terme pour dire peluche ?)

Je peux évidemment imaginer plein de raisons qui expliqueraient ou participeraient à une telle corrélation :

  • Une attaque directe par le virus du rhume de la muqueuse de la bouche. (Après tout, s'il peut donner des maux de gorge très localisés — et ça m'arrive, quoique plutôt en début de rhume — je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas causer des aphtes.)
  • Une infection bactérienne secondaire. (Ça ne collerait pas trop avec le fait que, généralement, ces aphtes disparaissent tout seuls en un jour ou deux.)
  • Le fait que, ayant le nez bouché, je me retrouve souvent à dormir une nuit ou deux en respirant par la bouche, ce qui assèche celle-ci.
  • Le fait que, pour fluidifier la charge de mon nez et/ou de mes bronches, je prends parfois de l'acétylcystéine, qui comme mucolytique peut avoir tendance à causer des ulcères ou des inflammations des muqueuses. Explication séduisante, sauf que ma tendance à avoir des aphtes après les rhumes est beaucoup plus ancienne que mon utilisation d'acétylcystéine.
  • Effet secondaire d'un autre médicament ? Bon, je ne prends pas grand-chose, en fait.
  • Pur effet nocébo, par habitude du fait que les rhumes me causent des aphtes ?

Je ne suis pas médecin, ces hypothèses sont peut-être stupides.

Toujours est-il que ce coup-ci j'ai attrapé un aphte vraiment très pénible, sur la joue gauche juste en face des dernières molaires supérieures ; et que contrairement à l'habitude, il n'a pas l'air de vouloir partir rapidement (ça fait maintenant quatre jours qu'il est installé). Normalement mes aphtes partent presque magiquement quand je mets du pyralvex (autre truc dont on ne sait pas bien pourquoi ça marche, d'ailleurs : c'est de l'acide salicylique et de la rhubarbe), mais là, rien n'y fait.

Et du coup, j'ai le plus grand mal à manger. L'aphte lui-même n'est pas trop douloureux quand je ne fais rien, mais dès que je mâche, il me lance un peu comme une rage de dents. C'est fou comme il suffit d'un tout petit rien pour me gâcher quelque chose que je prends normalement beaucoup de plaisir à faire (bien manger).

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(vendredi)

J'aime avoir l'illusion du choix du café

J'ai commencé à boire du café en 1993 pour une raison idiote : plusieurs de nos profs avaient emmené notre classe en voyage en Grèce (j'étais en première à l'époque — pour les non-Français, ça désigne l'avant-dernière année du lycée), nous avons parcouru tous les sites touristiques incontournables en quelque chose comme une semaine, du coup l'agenda était plutôt serré, nous devions nous lever tôt pour monter dans le car qui nous emmènerait de, disons, Delphes à Olympie, et évidemment, la veille au soir, nous étions restés très tard à jouer aux cartes, à bavarder et à refaire le monde comme on fait à cet âge-là ; bref, je manquais de sommeil, et puisque nous étions à l'hôtel, le matin nous avions du café sur la table, et j'ai décidé d'essayer ; j'ai trouvé ça plutôt infect, mais avec assez de sucre dedans, ça passait, et ça m'aidait à lutter contre le sommeil, ou du moins je l'imaginais. Peut-être aussi que c'était une façon pour moi de me sentir adulte : je ne bois pas d'alcool, je n'ai jamais aimé ça, il est possible que j'aie, à cette époque, reporté sur le café l'idée que certains se font de l'alcool comme la « boisson des adultes » (qu'il faut faire semblant d'aimer ?). Bon, j'avais des idées bizarres quand j'avais seize ans : j'ai aussi passé un bon bout de ce voyage en Grèce à chercher dans les boutiques de souvenirs pour touristes une réplique d'un casque de guerrier spartiate (pourtant c'était avant que le film le plus homoérotique de l'Univers ne sublime et ne popularise l'esthétique du beau lacédémonien au torse impeccablement dessiné et inexplicablement laissé sans protection) ; comme le faux casque était un peu trop cher, je suis juste rentré avec un buste de Socrate (en stuc) ; cet épisode m'a d'ailleurs inspiré plus tard, mais je digresse. Je n'ai toujours pas de casque spartiate (ni le physique qui va avec), mais je continue à boire du café.

Je ne me souviens pas à partir de quand je me suis mis à le faire régulièrement, cependant. Toujours est-il que ça fait partie de la culture des mathématiciens. À propos de Pál Erdős par exemple (qui buvait du café un peu comme Balzac), son collègue et ami Alfréd Rényi a lancé l'aphorisme :

A mathematician is a device for turning coffee into theorems.

— ce à quoi une blague de matheux à peine moins célèbre que l'aphorisme de départ (et que j'ai d'ailleurs déjà racontée) ajoute :

A comathematician is a device for turning cotheorems into ffee.

(La blague est que dans beaucoup de contextes mathématiques, si on a un machin f:XY on peut avoir une sorte de dual, ou d'adjoint, ou de co-machin f*:Y*X* — et là ça tombe particulièrement bien parce qu'un co-coffee ce serait logiquement un ffee.)

Je me souvent demande si le thé ne servirait pas à produire des définitions, le déca des conjectures, le maté des lemmes, le chocolat chaud des corollaires, et le coca-cola des algorithmes.

Mais plus sérieusement, les matheux ont effectivement tendance à boire du café ou du thé comme certains artistes sont censés fumer des psychotropes. En fait, ce n'est pas tellement pour le café lui-même que pour l'occasion de bavarder entre collègues : le thé et les petits gateaux, ou bien le café et la tablette de chocolat, fournissent le prétexte idéal pour se rassembler, prendre une craie et se poser mutuellement des questions amusantes ou instructives. Béla Bollobás a même écrit un livre dont le sous-titre est Coffee Time in Memphis où il rassemble un certain nombre de problèmes à partager autour d'un café et d'un tableau noir. L'intérêt du café n'est donc pas tant le breuvage consommé que la conversation qui l'accompagne.

Toujours est-il que je me suis mis à aimer boire du café. Je ne sais pas vraiment si je me suis mis à aimer le café, mais je me suis mis à aimer le fait de le boire. Même, par extension, quand je n'ai pas quelqu'un avec qui parler de maths quand je bois mon café. Je n'en prends généralement qu'un par jour, après le déjeuner (si j'ai vraiment envie d'un second café, je prends généralement un déca, sauf si je lutte contre le sommeil mais ça reste exceptionnel). Je le bois lentement, soit en discutant de maths rigolotes (cf. ci-dessus), soit en regardant les gens passer dans la rue, soit en lisant un livre, en tout cas en faisant une pause et en essayant de mettre tous mes tracas de côté. Le café du midi est devenu, un peu le symétrique du sommeil, une respiration importante dans ma journée, un petit rituel auquel je tiens énormément. (Par ailleurs, je n'en bois jamais chez moi : je n'ai pas de machine à café chez moi, et d'ailleurs guère de place pour en mettre une ; ça fait partie du rituel d'en boire à l'extérieur.)

Mais quel café ? Je ne suis pas très difficile : comme je l'ai raconté plus haut, quand j'ai commencé à boire du café, je n'aimais pas ça du tout, je mettais plein de sucre pour faire passer le mauvais goût ; maintenant, je continue à sucrer mon café (moins) sauf quand je le prends en même temps que mon dessert, et je ne sais pas vraiment si j'aime le goût du café, ou seulement l'acte d'en boire. Et je n'ai certainement pas la prétention d'être un connaisseur : je peux détecter qu'il est plus ou moins sucré, ou plus ou moins dilué (je l'aime modérément serré, i.e., à peu près ce que les Français appellent un espresso, et qui pour les Italiens serait plutôt un lungo), mais je pense que mon discernement s'arrête là, si on me faisait goûter plusieurs crus différents à l'aveugle, je serais probablement incapable de les différencier.

Pourtant, j'aime quand même avoir le choix. C'est assez paradoxal : c'est une boisson dont je ne raffole pas tant que ça, mais que j'aime néanmoins boire, et dont je ne sais pas vraiment reconnaître les nuances du goût, mais sur laquelle je veux néanmoins avoir un choix à faire. J'aime qu'on me propose le choix entre un arabica du Guatémala et un autre d'Éthiopie, même si ce choix est purement placébo et peut-être qu'on me donnera exactement la même chose au final : le café est un rituel qui me plaît et le fait de choisir l'origine du grain rend ce rituel encore plus magique.

Et bizarrement, s'il est facile de trouver à Paris de quoi satisfaire le désir d'un bobo/hipster qui voudrait le choix entre des dizaines ou des centaines de variétés de thé, si possible chères, c'est nettement plus difficile pour ce qui est du café. Sans aller chercher le kopi luwak qui est digéré par des chats musqués au lieu d'être torréfié (merci, mais ça ne me tente pas spécialement, le caca de civette), j'aime avoir l'illusion de choisir entre de nombreuses options. En fait, si, on trouve pas mal de torréfacteurs qui proposent un grand nombre de provenances différentes, mais la plupart d'entre eux ne proposent pas de service sur place, ce que je recherche. J'ai bien trouvé la chaîne Cofféa, ainsi que le café Verlet (rue Saint-Honoré), et dans une certaine mesure les cafés Malongo (le choix est plus limité), mais je ne comprends pas bien pourquoi le créneau n'est pas plus exploité.

Je pense notamment à Nespresso. Ils ont des points de vente partout, mais à ma connaissance, à de très rares exceptions près, ces points de vente ne font que de la vente à emporter : on peut acheter des capsules et des machines, et peut-être rencontrer George Clooney par hasard, mais pas déguster sur place. J'ai du mal à comprendre que l'idée ne leur soit pas venue qu'avant d'acheter des capsules rouges, vertes ou bleues, les gens auront peut-être envie de les essayer, et que ça peut être une pub formidable que de proposer d'essayer un café préparé à la perfection par les soins de la marque elle-même. J'ai écrit de très rares exceptions, parce que j'en connais une : il existe un Nespresso Café à Londres, dans la City, à peu près ici je crois (Google Street View n'est pas à jour), sur lequel mon poussinet et moi sommes tombé par sérendipité en flânant dans le coin (je nie préventivement tout lien avec la City de Londres). On peut y consommer sur place, donc, des cafés de la marque : exactement le genre de choses que je cherche, sauf que je ne suis pas souvent à Londres. Je ne sais pas si c'est le seul Nespresso Café au monde : le fait est que ce n'est pas facile de chercher Nespresso Café dans Google tout en excluant les résultats concernant le café Nespresso.

Bon, en attendant, la cantine de mon école propose un choix assez varié de capsules (ce n'est pas du Nespresso mais un des zillions de systèmes concurrents et non-interopérables ; encore que celui-là, comme un collègue me l'a appris, est un système ouvert, ce qui est bien). Mais le week-end, quand je mange dehors avec mon poussinet, je n'ai souvent qu'un seul choix. Un drame, dont il faut que je m'empresse de me plaindre en environ 1500 mots sur mon blog. Dont acte.

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(dimanche)

Introspection, et « marcellisme »

Je me suis livré à quelques séances d'introspection pour essayer de comprendre pour quelle raison la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine m'affectait tant. Je ne vais pas revenir sur la politique, mais parler un peu au niveau émotionnel.

Il est vrai que cette nouvelle tombe à un moment où j'ai l'impression d'être harcelé par toutes sortes de tracas et d'inquiétudes. Rien de grave !, mais une accumulation de mille et un petits embêtements ou causes de contrariété qui, à force, finissent par me peser. Comme tracas momentanés, il y a par exemple ce souci mathématique qui m'a donné un certain chagrin, ma tentative pour m'inscrire au permis de conduire qui est toujours dans les limbes, il a une fuite d'eau au sous-sol de notre immeuble juste ne-dessous de notre appartement et dont on ne trouve pas la source, il y a mon nouvel ordinateur dont je ne suis décidément pas content ; comme causes de fatigue passagère il y a notamment des travaux (plus un rhume qui finit tout juste), et il y a le temps pourri de ce début de novembre, les journées qui raccourcissent et le passage à l'heure d'hiver qui me dépriment un peu chaque année ; j'ai aussi des inquiétudes à plus long terme (concernant, par exemple, l'évolution de l'établissement où j'enseigne — je ne vais pas en parler ici parce qu'il est, paraît-il, mal vu de dire publiquement du mal de sa hiérarchie), mais je ne vais pas m'étaler à ce sujet. Ce ne sont que quelques exemples, qui montrent que je me fatigue facilement de plein de petits riens : mais peut-être finalement que ce qui me pèse est que je n'arrive pas vraiment à me rappeler à quand remonte la dernière fois que j'ai reçu une vraie bonne nouvelle ou simplement ce que j'avais appelé autrefois une potentitialité (heureuse). (Le mieux qui me vienne à l'esprit est que quand j'ai vu mon dentiste récemment, il m'a dit que je n'avais pas de nouvelle carie, et c'est peut-être bien la première fois que ça se produit au cours des quelques dernières années.)

Mais il y a autre chose dont je me suis rendu compte en repensant à la manière dont j'avais ressenti la campagne électorale américaine, c'est l'importance d'un sentiment un peu confus mais que je ressens en général de façon très forte. Je ne sais pas quel nom donner à ce sentiment qui mériterait certainement une entrée dans le Dictionary of Obscure Sorrows, mais si je dois le définir en une phrase, ce serait quelque chose comme ceci :

Une fois que le match est joué, les points gagnés ou perdus pendant le jeu perdent toute signification.

Ce n'est pas très clair ? Je vais essayer d'expliciter. Il s'agit d'une forme d'espoir déçu, mais c'est un peu plus spécifique que ça : la sensation d'amertume provoquée par le souvenir de succès initiaux rendus vains ou caducs par un échec final. Imaginez que vous jouez à un jeu dans lequel vous espérez la victoire (ou celle de votre équipe, ou celle d'une équipe dont vous êtes le supporter) : des éléments de progrès dans le jeu, par exemple un point marqué par vous ou votre équipe, ou la réussite d'un but intermédiaire, la victoire à une bataille, l'avancement de votre personnage, ce genre de choses, vous causent une certaine satisfaction. Soit parce qu'ils font espérer en une victoire finale qu'ils montrent plus probable, soit parce qu'ils sont des victoires partielles. Mais voilà que survient une défaite définitive, irréversible et irrécupérable : tous les espoirs soulevés par ces réussites intermédiaires sont déçus, les victoires elles-mêmes sont rendues caduques et perdent toute valeur. Et leur souvenir devient alors d'autant plus amer qu'ils avaient nourri des espoirs ou une satisfaction maintenant douchés.

Ce sentiment existe dans toutes sortes de circonstances, et à toutes sortes de degrés. C'est le sentiment de l'empereur Auguste et de sa sœur Octavia quand ils repensent à la carrière prometteuse de Marcellus (le fils d'Octavia, donc le neveu d'Auguste) interrompue brutalement par sa mort — sentiment traduit par Virgile dans une célèbre phrase du livre VI de l'Énéide, Heu, miserande puer, si qua fata aspera rumpas, / Tu Marcellus eris ! (Hélas, malheureux enfant, si tu peux rompre ton destin cruel, / Tu seras Marcellus !). Ingres en a même tiré un tableau où on voit Octavie s'évanouir sous l'effet de ce sentiment, que je pourrais donc appeler marcellisme.

C'est le sentiment, par exemple, de l'entrepreneur dont l'entreprise connaît des succès initiaux dont il se réjouit, mais finit par faire faillite pour une raison stupide. Et celui d'un candidat à une élection qui, après avoir perdue celle-ci, repense avec amertume à la satisfaction que lui donnaient des sondages initiaux favorables. C'est le sentiment d'un « libéral » américain qui aurait été heureux d'apprendre la mort du juge Antonin Scalia (ce n'est sans doute pas bien de se réjouir de la mort de quelqu'un, mais parfois c'est vraiment difficile de ne pas le faire) et qui y repenserait maintenant.

Une variante de ce sentiment, beaucoup plus forte (mais sans doute proche de celle qu'aurait pu ressentir la sœur d'Auguste) se rapporte à la mort d'un être cher lorsqu'un repense à quelque chose qu'on prévoyait de faire avec lui. Je pense par exemple à une scène, sans doute un mélange de fictions que j'ai lues ou vues et peut-être de témoignages que j'ai entendus, où une personne attend l'arrivée d'un être cher pour lui faire une surprise, peut-être le demander en mariage ou souhaiter son anniversaire, et plutôt que l'être attendu, ce qui arrive est l'annonce qu'il vient de décéder. Il s'agit là de la forme la plus perçante du « marcellisme ». (La simple idée de cette scène, même ainsi rendue générique et dépouillée de tout détail, me fend le cœur.)

Bien sûr, le sentiment peut avoir un pendant heureux, et qui a certains points communs avec la forme malheureuse dont je parle ci-dessus : le soulagement de se rendre compte que toutes sortes de défaites intermédiaires ou de pronostics funestes sont, finalement, annulés. Il doit aussi exister une forme neutre lorsque quelque chose tourne de manière totalement différente de ce que les signes préliminaires laissaient penser, sans que ce soit classable sur une échelle de bien en mal (mais je ne sais pas si cela provoque vraiment un sentiment particulier à part la surprise).

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(lundi)

Comment convaincre le cerveau d'ignorer un bruit ?

L'immeuble jouxtant le mien est en travaux, depuis un mois, et pour encore au moins trois mois. D'après le permis, ils refont la façade sur la rue et rajoutent un étage : ce ne sont pas des travaux légers, même si pour l'instant je ne comprends pas à quoi ils jouent. On entend essentiellement des coups de marteau et surtout des sons qui ressemblent à une perceuse. Si nos immeubles ne partagent pas de mur, ils se touchent : la position de mon appartement, donnant sur cour et non immédiatement contigu à l'immeuble en travaux, me protège un peu des bruits, mais ils sont tout de même assez forts. Plus exactement, il y a d'occasionnels bruits forts et beaucoup de bruits très atténués, probablement parce que parfois ils attaquent le mur touchant notre immeuble et parfois non. Par ailleurs, je ne peux pas trop mettre des bouchons dans les oreilles (disons que ça doit rester exceptionnel), parce que j'ai le conduit auditif facilement irrité et le cérumen qui s'accumule très vite.

Les bruits commencent aléatoirement entre 8h et 9h30, et durent jusque vers 11h : je ne sais pas si c'est parce qu'ils font une longue pause déjeuner, ou parce qu'ils passent ensuite à quelque chose d'autre que je n'entends pas. Peut-être qu'il y a aussi des bruits dans l'après-midi, mais je ne suis pas là pour vérifier et en tout cas il n'y en a plus quand je rentre chez moi (même quand je rentre tôt). Et c'est, bien sûr, tous les jours du lundi au vendredi (y compris le pont du 1er novembre).

Ce n'est pas tellement problématique d'être réveillé à 8h : ce qui l'est, c'est que l'idée que je serai forcément réveillé entre 8h et 9h30 m'empêche de bien dormir (j'avais essayé d'expliquer ça ici, ainsi que dans le 6º et sans doute quantité d'autres fois sur ce blog). C'est-à-dire que dès que je suis réveillé pour n'importe quelle raison pendant la nuit, je commence à me dire il ne faut surtout pas que je fasse de l'insomnie maintenant, parce que ces foutus travaux vont me réveiller de toute façon que j'aie dormi ou non, et du coup ça me stresse et je fais effectivement de l'insomnie, et c'est un cercle vicieux.

Ce qui se passe donc typiquement en ce moment est que je me couche tôt (entre 22h et 23h), je fais une grosse insomnie pendant la nuit (typiquement vers 3h du matin) en stressant parce que les bruits de travaux vont me réveiller et que je n'aurai pas assez dormi, les bruits de travaux me réveillent effectivement vers 8h30 (disons), je reste quand même au lit parce que je suis complètement crevé, mais je n'arrive pas à dormir, je somnole juste, et quand les bruits cessent enfin vers 11h, je me dis qu'il est quand même trop tard pour me rendormir, et je me lève enfin. Ayant perdu quelque chose comme douze heures au lit mais n'ayant dormi que six ou sept heures de ce temps, je suis crevé toute la journée. Et du coup je me couche tôt, et le cycle recommence. Ce n'est pas systématiquement comme ça, mais c'est tout de même très fréquent. Cela n'aide pas qu'en ce moment mon poussinet ait un rhume, ce qui a pour effet qu'il dort mal lui aussi, et fait du bruit pendant la nuit. Le passage à l'heure d'hiver pourrait aider, mais en fait il me perturbe plus qu'autre chose, et me stresse encore plus, ne serait-ce que parce que le passage à l'heure d'hiver me déprime toujours.

Et il n'y a pas que le sommeil qui pose problème : même si je suis levé, j'aime rester le matin chez moi (quand je n'ai pas de cours à donner) pour lire des articles de maths ou réfléchir à des problèmes dans une ambiance différente de celle de mon bureau. Il va de soi qu'avoir des bruits de perceuse toutes les minutes n'aide pas vraiment à la concentration.

Je me dis que ce qu'il faut que j'arrive à faire, c'est convaincre mon cerveau… Bon, c'est un peu bizarre d'écrire convaincre mon cerveau, parce que je ne sais pas ce que c'est que moi à part mon cerveau, mais disons, convaincre la partie de mon cerveau qui est responsable d'endormir et de réveiller le tout, si tant est qu'une telle partie existe, et/ou la partie responsable de l'audition. Convaince mon cerveau, donc, d'ignorer ces bruits. Qui ne sont pas si forts que ça, finalement : je conçois qu'il y ait des sons qui soient impossibles à ignorer, mais ceux qui me réveillent actuellement n'en font probablement pas partie.

Après tout, il y a bien des bruits que j'ai réussi à apprendre à ignorer. Il y a deux-trois ans, par exemple, mon poussinet et moi avions commencé à être gênés par nos voisins d'à côté, quand ils prennent leur petit-déjeuner dans leur cuisine, qui est immédiatement adjacente à notre chambre : nous n'avons pas bien compris ce qui s'était passé, mais il semble qu'ils n'avaient rien changé à leurs habitudes, nous avions simplement cessé, sans qu'on sache au juste pourquoi, d'ignorer un bruit que nous ignorions depuis longtemps (au point de ne même plus nous rendre compte de son existence), et depuis, nous avons réappris à ignorer ce bruit et il ne nous dérange plus du tout. D'ailleurs, ces mêmes voisins ont plus tard acheté un mixeur à smoothie (ou quelque chose comme ça) qui fait un bruit proche d'une perceuse et dont ils se servent pendant leur petit-déjeuner, au début il nous réveillait, et nous avons fini par réussir à l'oublier lui aussi : à part si je suis réveillé pile au moment où ils s'en servent, je ne l'entends plus du tout. Les bruits de travaux actuels sont un peu plus forts et beaucoup plus persistants que le bruit de ce mixeur, mais je n'exclus pas que je puisse réussir à les faire disparaître mentalement.

Seulement, c'est un peu comme le défi : essayez de passer cinq minutes sans penser au pape en maillot de bain — essayer de se convaincre de ne pas penser à quelque chose, de faire comme si ce quelque chose n'existait pas, c'est très difficile.

J'ai quand même une idée. J'ai écrit ci-dessus que lorsque les bruits de travaux commencent, je reste au lit à somnoler parce que je suis trop fatigué pour me lever : ce n'est pas la seule raison. En fait, je reste aussi au lit à somnoler et à repenser à mes rêves dans le but d'essayer de persuader mon cerveau d'associer les bruits de travaux à l'idée « je peux rester au lit à somnoler » et surtout pas « je dois me lever maintenant ». Peut-être que si je continue comme ça assez longtemps, mon cerveau finira par capter le message et à ne plus considérer ces bruits comme une agression extérieure mais comme un son presque relaxant, ou en tout cas, comme pas spécialement stressant. Je pense que c'est comme ça que j'ai réussi à m'habituer au mixeur des voisins.

Je ne sais pas si cette stratégie fonctionnera, mais ce qui est sûr, c'est qu'en ce moment, je n'arrive pas à faire grand-chose de mes journées, je suis tout le temps fatigué, et du coup, les mails auxquels je dois répondre, les tâches administratives que je dois remplir, les calculs que je dois faire, les courses ou les tâches ménagères, tout cela a tendance à s'accumuler, et je ne sais pas ce que ça donnera au bout de quatre mois de travaux ou plus.

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(mercredi)

Hadwiger-Nelson et autres malheurs

Les oulipiens ont inventé le concept du plagiat par anticipation, il faut peut-être que j'explore la manière dont il s'applique aux mathématiques. Pour une fois je vais raconter mes malheurs à ce sujet. Mais il faut d'abord que je donne le contexte.

J'ai déjà parlé du problème de Hadwiger-Nelson, cette question ouverte célèbre qui consiste à déterminer le nombre minimum de couleurs qu'il faut pour colorier le plan de façon que deux points situés à distance 1 (unité fixée quelconque) n'aient jamais la même couleur : on sait seulement que la réponse (i.e., le nombre chromatique du plan pour la relation être-à-distance-un) est entre 4 et 7 ; et je qualifie volontiers ça de problème ouvert le plus embarrassant des mathématiques, parce que vraiment tout le monde peut comprendre l'énoncé, un lycéen peut retrouver les bornes que je viens de donner et on n'a pas fait de progrès par rapport à ça. On peut, en revanche, essayer de changer un peu la question pour faire du progrès sur un terrain adjacent.

Vers avril 2012, j'ai réfléchi avec quelques collègues à de telles questions adjacentes (par exemple, savoir si on peut calculer d'autres invariants intéressants du graphe des points du plan avec la relation être-à-distance-un, comme sa capacité de Shannon — enfin, celle de son complémentaire, parce qu'un des collègues en question a des conventions opposées à tout le monde, et des bons arguments pour les défendre), mais nous n'avons pas trouvé grand-chose d'intéressant. • Comme je parlais du problème en question à mon poussinet, il m'a demandé ce qu'on savait du nombre chromatique pour des points à coordonnées rationnelles (i.e., le nombre minimum de couleurs qu'il faut pour colorier l'ensemble ℚ² des points à coordonnées rationnelles du plan, de façon que deux points situés à distance 1 n'aient jamais la même couleur). J'ai trouvé la solution à cette question-là (2 couleurs sont suffisantes — et évidemment nécessaires), et je l'ai exposée à mes collègues ; l'un d'eux a rapidement repéré que ce fait était déjà bien connu (le résultat est dû à un Douglas Woodall, en 1973). J'ai fait remarquer que les mêmes techniques permettaient de montrer des choses sur d'autres corps, par exemple ℚ(√3) (le corps des nombres de la forme a+b√3, où a et b sont rationnels) pour lesquel le nombre chromatique du plan vaut exactement 3, et cela a suscité un intérêt modéré.

Je suis alors tombé sur le livre d'Alexander Soifer, The Mathematical Coloring Book (publié en 2009), presque entièrement consacré au problème de Hadwiger-Nelson. Ce livre signale le résultat de Woodall (le nombre chromatique du plan à coordonnées dans ℚ vaut 2) et quelques unes de ses variations, et mentionne explicitement comme problème ouvert de trouver des nombres chromatiques d'autres corps, par exemple ℚ(√2). Je me suis rendu compte que je savais aussi calculer la réponse pour ℚ(√2) (c'est un peu plus compliqué que pour ℚ(√3)), et du coup que ça valait peut-être la peine de rédiger tout ça.

Les choses ont un peu traîné, mais j'ai mis sur l'arXiv une petite note contenant ces résultats et quelques faits liés que j'ai trouvé à dire sur le problème. Je pense qu'elle est facile à lire.

Je pense que les trois angoisses majeures du mathématicien quand il a obtenu son résultat sont : (1) de trouver une erreur dans sa démonstration, voire un contre-exemple à l'énoncé, (2) de trouver que le résultat est, en fait, quasiment trivial (i.e., au contraire du (1), trouver une démonstration « trop simple » de l'énoncé), et (3) d'apprendre que tout a déjà été fait avant. S'agissant du (1), j'ai passé (je passe toujours) un temps fou à relire, re-relire, et re-re-relire mes démonstrations, et j'ai atteint un niveau raisonnable de certitude qu'elles étaient correctes, même si je n'ai pas pu persuader qui que ce soit d'y jeter un coup d'œil. S'agissant du (2), l'angoisse est largement neutralisée quand il s'agit d'un problème ouvert répertorié (c'est notamment à ça qu'il sert de répertorier les problèmes ouverts). Restait l'angoisse numéro (3). J'ai écrit à Soifer (l'auteur du bouquin sur le sujet) pour lui demander si la question était toujours ouverte depuis 2009, mais il ne m'a pas répondu (je ne peux pas lui en tenir rigueur, je suis le premier à ne pas répondre à mes mails). J'ai cherché comme j'ai pu dans les bases de données de publications mathématiques et dans Google tout ce qui pouvait tourner autour de Hadwiger-Nelson ou tout ce qui citait le livre de Soifer ou quelques publications-clés, et je n'ai rien trouvé. En fait, presque personne ne semble faire quoi que ce soit au sujet du problème de Hadwiger-Nelson, donc je me suis dit que c'était certainement bon.

Finalement, j'ai soumis ma note à un journal en octobre dernier. Ils l'ont gardé plutôt longtemps (octobre à juillet), et je me suis dit que c'était sans doute un bon signe : si on rejette un article par manque d'intérêt, d'habitude, on le fait rapidement, alors que si on prend le temps de rentrer dans les détails mathématiques, c'est certainement que l'article est jugé assez intéressant, or je ne craignais pas trop qu'on y trouvât des fautes.

J'ai reçu hier le rapport : il commence plutôt bien, mais in cauda venenum : il m'apprend à la fin que l'immense majorité des résultats que je croyais avoir obtenus figurent déjà dans une note non publiée (et pas non plus mise sur l'arXiv, seulement sur la page personnelle de son auteur) d'un certain Eric Moorhouse de l'Université du Wyoming. Et ce Moorhouse a une très nette antériorité, puisque la version actuelle de sa note est datée de 2010 et qu'on trouve même des traces d'une version de 1999 qui contient aussi les résultats essentiels. Cette note m'avait échappé sans doute parce qu'elle n'utilise nulle part le terme Hadwiger-Nelson, et apparemment elle (ou en tout cas, sa version de 1999) avait aussi échappé à Soifer quand il a écrit son livre.

Et il n'y a pas que les résultats qui sont proches : les techniques que j'ai mises en œuvre sont quasiment identiques à celles de Moorhouse (je ne peux même pas espérer parler de démonstrations alternatives). Même la question que je soulève de savoir si le nombre chromatique de ℂ² pour la relation (xx′)² + (yy′)² = 1 est finie, est déjà dans l'article antérieur. J'ai bel et bien été « plagié par anticipation » ! Plus sérieusement, je suis dans une situation vraiment embarrassante, parce qu'on pourrait m'accuser de plagiat ; le rapporteur qui a lu ma note a eu l'intelligence de deviner que ce n'était pas le cas (et il l'écrit clairement à l'éditeur), mais je me méfierai à l'avenir avant d'accuser qui que ce soit de plagiat, parce que je me rends compte à quel point ça peut arriver facilement.

Il y a bien quelques bouts restants dans ma note qui ne sont pas contenus dans ce qu'a fait Moorhouse (pour ceux qui veulent regarder, les §2–4 sont essentiellement incluses dans son travail, sauf peut-être la borne inférieure de la proposition 4.6, mais ce n'est pas franchement passionnant, et les §5–7 partent un peu dans une autre direction), mais je vois mal comment ils pourraient être publiés, ne serait-ce que par manque de cohérence : ce sont des petites remarques éparses qui n'ont plus aucun fil conducteur. (La réponse de l'éditeur du journal auquel j'avais soumis l'article ne ferme pas complètement la porte à cette possibilité, mais il demande des révisions substantielles qui ont l'air difficiles à mener.) À vrai dire, j'espérais beaucoup pouvoir profiter de la publication de cette note pour attirer l'attention sur le problème de Hadwiger-Nelson minkowskien (=lorentzien), i.e., pour la métrique de Minkowski (ℝ² pour la relation (tt′)² − (zz′)² = 1), et sur le fait que je ne sais même pas si le nombre chromatique est fini. Mais ça ne se fait pas de publier un article avec des questions, il faut qu'il y ait des résultats nouveaux pour servir de prétexte à poser des questions. C'est vraiment triste.

En fait, je suis même assez effondré, parce que j'avais investi pas mal de temps, pas tant dans les résultats eux-mêmes mais dans la rédaction de cette note, que j'espérais rendre aussi jolie que possible.

J'ai écrit à Moorhouse pour lui faire part de mon embarras, lui présenter mes excuses d'avoir mis sur l'arXiv comme mien des résultats qu'il avait obtenus avant, et demander s'il accepterait de faire une publication jointe, mais je ne vois pas vraiment pourquoi il accepterait (par ailleurs, je ne sais pas s'il est encore actif, ou s'il lit son mail, ou s'il y répond).

Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive de retomber sur des résultats déjà connus, en fait, ou quelque mésaventure du genre — même si c'est la première fois que c'est aussi flagrant. Deux fois pendant ma thèse, d'autres mathématiciens ont obtenu des résultats beaucoup plus forts que les miens et quasiment simultanément (là, j'avais techniquement l'antériorité, mais quand elle se joue à très très peu, ce n'est pas forcément évident pour les journaux et relecteurs, et ça a quelque chose d'un peu absurde de se retrouver à citer un article postérieur qui fait que l'article qu'on écrit n'a déjà plus aucun intérêt). Et je ne compte pas le nombre de concepts que j'ai « découverts » pour apprendre que j'étais né trop tard dans un monde déjà trop vieux : par exemple, en 2001, j'ai « découvert » les séries de Hahn, j'étais tout excité de comprendre qu'elles formaient un corps algébriquement clos, et on m'a fait savoir que j'arrivais à peu près un siècle trop tard. J'ai aussi trouvé plein de choses sur la multiplication de nim avant de découvrir que Lenstra était passé avant, etc. Ce genre de choses arrive à tout mathématicien, mais la multiplicité des cas qui m'ont touché commence à me rendre parano. Pourtant, je cherche à m'écarter des sentiers battus.

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(mercredi)

Je revois The Last Unicorn

Ce soir j'ai revu le dessin animé The Last Unicorn que j'ai vu quand j'étais petit (je crois que c'était avec ma classe — j'étais probablement en CM1 ou CM2, en tout cas à l'école primaire, probablement pas très longtemps après sa sortie). Entre temps, il y a une dizaine d'années, j'ai lu le livre dont il est tiré — je l'avais raconté sur ce blog à l'époque. Aussi bien le livre que le film sont assez étranges : l'histoire est souvent très enfantine, mais elle n'a pas la morale simpliste des contes pour enfants, il n'y a pas vraiment de gentils et de méchants, les motivations des personnages sont difficiles à comprendre, on ne sait pas s'il faut comprendre le tout comme une sorte d'allégorie, de récit symbolique ou codé, une poésie surréaliste, ou encore autre chose, bref, on ne sait pas sur quel pied danser. Le film lui aussi semble changer sans arrêt d'avis sur le registre sur lequel il faut le comprendre, et il y a des passages vraiment bizarres, dérangeants ou inquiétants. La page que je viens de lier décrit ainsi le Taureau de Feu du dessin animé : Pure unadulterated nightmare fuel. This is the kind of thing that makes your stomach drop and gives an ill-prepared child a lifelong complex. You simply can't watch this movie and not be scared of The Red Bull. The Red Bull is fear. De fait, je crois que cette image m'avait beaucoup impressionné quand j'avais vu ce film, et peut-être bien que j'en ai fait quelques cauchemars. (En plus, rien que la traduction française Taureau de Feu, ça fait plus peur que l'anglais Red Bull, même sans compter que maintenant Red Bull est un soda.)

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(jeudi)

De l'identification de souvenirs enfouis

C'est un trope abusé de mauvais films entre la science-fiction et l'espionnage qu'un personnage a vécu quelque chose d'Abominable ou d'Affreusement Secret dans sa jeunesse et que ses souvenirs ont été effacés ou refoulés ou quelque chose du genre. Ce cliché est particulièrement pénible sur le plan artistique (je déteste ces films où le héros va faire un rêve, présenté sous forme de flashs décousus, dont on doit comprendre qu'il apporte des bribes d'information sur quelque chose d'important sur son identité), et en plus il est essentiellement basé sur un mythe, à savoir, qu'on a tendance à supprimer inconsciemment les souvenirs particulièrement traumatiques. Le problème avec la mémoire incertaine est plutôt qu'on a tendance à fabriquer des faux souvenirs, ou à en déformer des vrais, et qu'on ne sait plus démêler le vrai du faux. J'ai déjà parlé de mon impression de voyager entre univers parallèles, mais elle est particulièrement marquée quand je retourne à des endroits où j'ai été par le passé et où je m'énerve de voir que les choses ne collent pas avec mon souvenir (est-ce que l'endroit a changé pendant ce temps ? me suis-je mal rappelé comment les choses étaient ? ou, hypothèse beaucoup plus crédible, suis-je passé dans un monde parallèle ?).

Par exemple, il y a quelques jours, comme mon poussinet et moi nous promenions dans le coin, j'ai voulu retracer un chemin que j'ai suivi plusieurs fois en 1996 : je passais les concours des ENS, dont les écrits avaient lieu au parc floral de Paris (dans le bois de Vincennes), ma maman m'avait trouvé un logement au Centre International de Séjour de Paris (avenue Maurice Ravel), et je faisais le matin un trajet pour aller de l'un à l'autre, passant en-dessous du périph', à travers un petit bout de Saint-Mandé et à côté du lac du même nom jusqu'au château de Vincennes ; mais quand j'ai cherché à retrouver le chemin exact que je suivais, toutes sortes de petites incohérences se sont manifestées entre mon souvenir des lieux et la réalité. (Il est vrai que je faisais ce chemin, il y a vingt ans, le matin à la fin du printemps, et que j'ai cherché à le retrouver le soir à la fin de l'automne : ceci peut beaucoup affecter l'apparence de cerains endroits.) • D'autres cas du même genre se sont présentés quand je suis allé voir mon Poussinet à Toronto en 2007 et que j'ai voulu retrouver toutes sortes d'endroits dont je me souvenais de mes passages précédents dans cette ville (souvenirs souvent mélangés entre eux, notamment pour ce qui est de leur ordre) : j'ai pu retrouver un bon nombre de choses, mais il y a des choses qui restent mystérieuses pour moi, notamment le chemin d'une promenade que je faisais régulièrement avec mon père en '84–'85 et dont je sais parfaitement bien où elle commençait mais que je n'ai réussi à retracer que jusqu'à un certain point après quoi mes souvenirs ne collaient vraiment plus avec la réalité.

En fait, ma tendance à revenir sur des lieux où j'ai marché autrefois et à chercher à replacer les endroits est tellement marquée que je fais régulièrement des rêves à ce sujet : des rêves dans lesquels je cherche à retrouver un endroit où j'ai pu aller ou une promenade que j'ai pu faire ; seulement, dans le rêve, tout est imaginaire : je ne rêve pas que je cherche à retrouver une promenade bien précise qui aurait pu exister en réalité, je rêve que j'ai un souvenir vague, et ce souvenir est lui-même imaginaire ! (Zut, j'en ai déjà parlé.)

Parfois, un peu comme le héros hypothétique du mauvais film que j'évoque ci-dessus, il me revient des flashs de souvenirs extrêmement précis sur lesquels je vais ensuite chercher désespérément à retrouver une date, un lieu, une circonstance. Récemment, alors que je parcourais des articles Wikipédia sur les expositions universelles (j'ai déjà dit qu'elles pouvaient me fasciner, et mon poussinet m'a offert un beau livre sur celle de Paris en 1900), j'ai été frappé par le souvenir incroyablement précis d'avoir été à celle de 1986 à Vancouver (Expo 86), et même d'avoir échangé quelques mots avec le robot mascotte de l'exposition, Ernie, et d'être revenu avec un paquet de cartes à jouer miniatures en souvenir, dont le dos représentait un des logos de l'exposition (Ernie en jetpack). Un souvenir aussi extrêmement précis peut-il être faux ? Il n'est pas invraisemblable, mon grand-père paternel habitait Vancouver et nous aurions pu aller lui rendre visite cette année-là, mais ma mère m'assure que, d'après les carnets qu'elle tient, ce n'est pas le cas. Peut-être suis-je aller à Vancouver plus tard et qu'il restait des choses de l'exposition, mais il me semble qu'à part de grandes structures on démonte rapidement les expositions universelles, et en tout cas on ne garde pas leur mascotte et on ne continue pas à faire des jeux de cartes à leur effigie, donc je ne sais pas trop quoi penser. Il faudrait retrouver ce jeu de cartes pour savoir si je ne délire pas, mais les chances sont assez minces avec tout ce qui a été jeté.

C'est entre autres pour m'éviter de m'arracher ainsi les cheveux que je tiens maintenant (et depuis 2001) un journal factuel assez précis de tout ce que je fais, jour par jour : ce n'est pas toujours évident de rechercher quelque chose dedans si je ne sais plus la date, mais au moins y a-t-il un espoir.

J'avais un souvenir précis qui me hantait depuis longtemps, et qui était à l'origine, je pense, ou en tout cas qui a pu nourrir, mes rêves de labyrinthes : je me revois avec mes parents en train de visiter une maison bizarre, gigantesque et dont la plupart des pièces sont dénuées de fenêtres, éclairée surtout en rouge, et qui est une sorte de musée d'objets hétéroclites et insensés, dont peut-être des poupées — je me rappelle une visite qui me semblait interminable, où le guide nous faisait traverser pièce après pièce, selon un chemin qui tournait dans tous les sens, et je commençais à me demander s'il y avait une sortie, et si cette maison avait une fin.

J'ai posé la question à mes parents : ma mère se souvenait vaguement de quelque chose de semblable, et associait ça à une visite que nous aurions faite à une tante de mon père qui habitait du côté de Madison, Wisconsin (son mari était avocat — argh, j'ai un avocat américain dans ma famille), et nous aurions pu aller voir un musée dans le coin. J'ai parcouru beaucoup de descriptions de musées à Madison ou dans les environs sans réussir à trouver quoi que ce soit qui colle, et comme je ne savais pas quoi googler vu que mes souvenirs étaient très vagues, je n'ai jamais réussi à mettre le doigt dessus.

Et tout d'un coup, tout à l'heure, j'ai eu la clé de l'énigme en regardant une vidéo YouTube d'un canal consacré à des endroits bizarres sur la Terre et aux surprises de la géographie : je suis quasiment certain que la maison labyrinthique de mon souvenir est la House on the Rock, une expérimentation artistico-architecturale à la décoration kitsch et tordue, située à une centaine de kilomètres de Madison, et dont les images renvoyées par Google collent parfaitement avec celles dans ma mémoire, notamment les poupées un peu effrayantes, les instruments musicaux bizarres et les nombreuses pièces sans fenêtres organisées selon un plan labyrinthique. Quelle satisfaction d'avoir enfin réussi à replacer un souvenir tellement flou !

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(samedi)

Tout va bien pour moi

Puisque j'ai reçu des messages de quelques personnes s'inquiétant pour moi après les événements d'hier soir à Paris, il est peut-être utile que je précise que ni moi ni mon poussinet (ni, pour autant que je sache pour l'instant, personne que je connaisse) ne faisons partie des victimes. Pour ne pas céder à la terreur, nous avons tenu à passer notre samedi normalement (manger au restaurant, nous promener), ou du moins aussi normalement que possible étant donné que les cinémas sont fermés, comme les parcs et jardins, et beaucoup de commerces.

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(lundi)

La malédiction de la lecture en diagonale

Déjà il y a douze ans, je me plaignais d'avoir trop tendance à lire en diagonale et d'avoir le plus grand mal à me forcer à faire attention à chaque mot individuel d'un texte d'une certaine longueur. Et le problème n'était pas neuf : déjà quand j'étais tout juste entré à l'ENS, je lisais la feuille de chou hebdomadaire des élèves en quelques secondes alors que j'avais un copain qui y passait tout le dîner, et qui me prouvait après coup que je n'avais rien lu, rien compris et rien retenu (et je m'émerveillais qu'il eût réussi à extraire du contenu de ce qui m'avait semblé complètement vide). Il y a quelques années, des nouvelles ont circulé que l'Internet était en train de reconfigurer le cerveau des internautes et que nous perdions la capacité à faire attention aux choses : je ne sais pas ce que ces articles disaient au juste, parce que je les ai lus en diagonale. ☺ Mais je suis prêt à croire que ma tendance à lire en diagonale ait été accentuée, et soit encore accentuée, par la quantité phénoménale d'informations qu'Internet me présente quotidiennement et dont je préfère parcourir beaucoup en diagonale que le dixième en profondeur.

C'est ironique quand je suis moi-même du genre à écrire des montagnes de texte, que je n'aurais pas le temps de lire moi-même si je n'en étais pas l'auteur. (Je fais cependant des efforts pour rendre mes textes aussi compatibles que possible avec la lecture en diagonale. En fait, non : j'aimerais bien faire de tels efforts, mais je ne sais pas vraiment comment m'y prendre, et je pense que ce que je fais est un échec complet. D'ailleurs, cette parenthèse est sans doute l'exemple parfait de ce qu'il ne faut pas faire pour rendre un texte facile à lire en diagonale. ☹) En vérité, je n'arrive même pas à relire mes propres textes : si j'essaie de me relire, mon cerveau passe en mode « ah oui, je sais ce que ce paragraphe dit » et je saute à travers ce que j'ai écrit à la vitesse de l'éclair, en lisant ce que je crois avoir voulu écrire et pas ce que j'ai réellement écrit. Du coup, toutes les fautes de frappe, d'orthographe, de grammaire et de syntaxe, même les plus énormes, me sont totalement invisibles, même si je relis vingt fois. Y compris des ruptures de construction qui font que le texte ne veut rien dire : cela arrive fréquemment quand je déplace un morceau de texte — un mot, un complément, une proposition, un bout de phrase ou plus — d'un endroit à un autre, et que je délimite mal mon couper-coller, déplaçant ou supprimant parfois un mot de plus que je le voulais, ou entraînant des incohérences grammaticales (langue à la con que le français qui peut obliger à revoir énormément d'accords parce que j'aurais remplacé, par exemple, le fait par l'idée : on peut être sûr que je vais en oublier).

La seule façon que je trouve encore de me forcer à tout lire, c'est de lire à voix haute. (Et encore, l'idéal serait sans doute de lire à voix haute, de m'enregistrer, et de réécouter ce que je dis, histoire que ma concentration ne soit pas détournée sur la prononciation.) Je fais ça pour mes fragments littéraires gratuits, mais cela consomme un temps énorme. Ce que je ne sais vraiment pas faire du tout, c'est placer le curseur à un point intermédiaire entre la lecture en diagonale qui est devenue mon habitude et la lecture à haute voix.

Pour ce qui est des mathématiques, notamment des démonstrations mathématiques, le mieux que j'aie trouvé est de me forcer, si j'ai un doute, à réexpliquer l'argument de la démonstration ou du bout de démonstration que je viens de lire. Mais ceci repose sur le fait que dans une démonstration mathématique, seule importe la correction du raisonnement (à la limite, si j'ai lu en diagonale et trouvé une autre démonstration du théorème énoncé — ce qui, avouons-le, est fort peu probable — ce n'est pas grave). Pour une définition, la lecture en diagonale peut être très dangereuse, comme quand je me rends compte dix pages plus loin que je n'avais pas fait attention au fait que le bazqux était supposé localement frobniquable dans la définition d'un foobar bleuté (et que j'avais juste cru lire frobniquable).

Et ne parlons pas de la situation hautement embarrassante et mainte fois vécue où j'accuse quelqu'un de dire n'importe quoi, ou d'oublier de tenir compte quelque chose d'essentiel dans un raisonnement, ou quelque chose du genre, et qu'on me fait remarquer que j'ai terriblement mal lu ce à quoi je réponds.

Ajout () : Cette vidéo propose une solution intéressante au problème de la lecture en diagonale (et de la pensée trop rapide en général) : utiliser une police de caractères plus difficile à lire. Il faudra que je voie si ça marche pour m'aider à repérer les fautes de frappe. • Voir aussi : Diemand-Yauman, Oppenheimer & Vaughan, Fortune favors the bold (and the italicized): effects of disfluency on educational outcomes, Cognition 118 (2011), 111–115.

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(mercredi)

Mes douleurs mystérieuses à la tête

Dans la série Les passionnantes aventures de Ruxor hypocondriaque, je vous avais parlé de mon cœur, maintenant je vais vous parler de ma tête.

J'ai toujours eu (depuis que je suis petit) des maux de têtes en tous genres, jamais très douloureux (sauf les deux fois où j'ai fait une migraine ophtalmique), ni même terriblement fréquents, mais en revanche assez impressionnants par leur diversité : j'ai eu des maux de tête pulsatiles, des maux de tête sourds et constants, des maux de tête localisés, des maux de tête généralisés, j'ai l'impression d'avoir essayé tout un menu de maux de têtes différents. Globalement j'en ai plutôt moins que quand j'étais ado.

Mais il y a une sorte qui est apparue plutôt récemment et que je trouve assez mystérieuse, ce sont les maux de tête extérieurs au crâne, c'est-à-dire, au niveau du cuir chevelu.

Cela commence par une douleur assez soudaine et qui semble intérieure au crâne, mais très localisée dans celui-ci, et au bout de quelques heures ou peut-être d'une journée l'origine de la douleur apparaît clairement comme extérieure au crâne. Cela peut être à n'importe quel endroit sous les cheveux ou parfois au niveau du front. Parfois, mais pas toujours, il y a une petite bosse sensible au toucher qui apparaît sous la peau, de quelques millimètres de diamètre (et je suis sûr que je ne me suis pas cogné). Il n'y a pas de changement de couleur de la peau. La douleur est normalement, en intensité et en qualité, intermédiaire entre celle provoquée par un hématome et un bouton infecté : parfois elle est plus forte, et en tout cas elle a tendance à venir par à-coups qui durent quelques secondes et sont séparés de plusieurs dizaines de secondes ou minutes. Cela provoque chez moi l'envie très forte d'appuyer sur l'endroit douloureux ou de le masser — mais je ne sais pas si c'est une bonne idée. Parfois j'ai deux ou trois points douloureux de la sorte, proches les uns des autres, qui apparaissent en même temps.

Normalement cela passe en un jour ou deux, mais j'ai une douleur de ce genre qui dure depuis ce week-end et qui a plutôt empiré depuis hier et qui m'a réveillé plusieurs fois cette nuit. C'est loin d'être insupportable, mais ça me gêne vraiment pour me concentrer, un peu comme si quelqu'un me pinçait de façon répétée.

(Peut-être que c'est mon stress des derniers jours qui joue ?)

Ceci me fait penser, d'ailleurs, que mon généraliste / médecin traitant a cessé d'exercer (plus exactement, il s'est vendu au côté obscur de la médecine en devenant expert pour une compagnie d'assurance). Il faut donc que j'en trouve un autre dans le coin. Ce qui n'est pas évident, un hypocondriaque ayant besoin d'un médecin qui le comprenne, c'est-à-dire qui sache être rassurant sans être méprisant, qui écoute ses doléances sans y croire automatiquement mais sans non plus les ignorer. Mon généraliste a une remplaçante officielle, mais la seule fois que je l'ai vue (elle le remplaçait temporairement, pour l'été), elle a clairement montré qu'elle n'avait pas ces qualités.

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(dimanche)

Comment m'éviter de dormir sur le dos ?

Je suis infiniment fatigué en ce moment. Nerveusement avant tout, parce que l'été n'a rien eu de reposant, j'ai l'impression de n'avoir fait que rattraper des affaires en regard et gérer des ennuis qui me tombaient dessus ; et les quelques jours où j'ai voyagé m'ont encore plus fatigué (je trouve les déplacements terriblement stressants, j'aurais besoin de temps pour décomprimer un peu après, mais je ne l'ai pas eu). Et surtout, j'attaque une rentrée compliquée — mon emploi du temps est désastreux, je dois faire avec des horaires irréguliers et malcommodes et pas la moindre possibilité de souffler un peu avant Noël (où je devrai de nouveau affronter un voyage fatigant). Un nombre terrifiant de gens comptent sur moi pour faire des choses diverses et variées, dont je n'aurai évidemment pas le temps de mener à bien le quart, (parfois j'ai presque l'impression d'être harcelé), et dès que c'est moi qui essaie de demander quelque chose à d'autres, soit je n'arrive pas à me décharger comme je le voudrais, soit je passe encore plus de temps à demander (ou à trouver à qui demander) que je n'en passerais à faire les choses moi-même. Bref, je suis débordé et épuisé, et bien seul avec mes tracas.

Mais je suis aussi fatigué physiquement, ce qui n'aide pas. Mon poussinet se contente de me dire si tu es fatigué, il faut te coucher à chaque fois que je me plains d'être à bout, ce en quoi il n'a peut-être pas tord, mais je dors déjà beaucoup (ce qui n'aide pas à faire des choses dans la journée et à être moins débordé, bien sûr).

Un aspect du problème est certainement que je respire mal pendant la nuit (j'ai probablement une forme mineure d'apnée du sommeil), dès que je me mets sur le dos. Mon poussinet — du moins s'il se trouve être réveillé — me pousse régulièrement pendant la nuit pour me mettre sur le côté, mais parfois je suis très entêté à dormir sur le dos et à ronfler voire m'étouffer. Il a aussi souvent essayé de me bloquer avec une peluche, mais je la repousse sans ménagement.

Je pourrais essayer, par exemple, de dormir avec un sac à dos (en essayant de mettre quelque chose dans le sac à dos pour que ce soit juste assez inconfortable pour que je ne sois pas tenté de dormir sur le dos, mais pas assez pour me faire mal), mais j'ai peur que ça m'empêche purement et simplement de dormir. L'ennui c'est que, si je dors bien sur le côté, j'éprouve régulièrement le besoin de changer de côté au cours de la nuit (selon la manière dont mes narines se bouchent), c'est probablement au cours de ces changements de côté pas bien achevés que je me retrouve sur le dos : il faut que j'invente une façon de m'empêcher de me mettre sur le dos qui ne m'empêche pas pour autant de passer du côté gauche au côté droit ou inversement, et là je manque d'idée. (Certes, on peut changer de côté en basculant sur le ventre plutôt que sur le dos, mais c'est beaucoup moins naturel vu que quand je suis allongé sur le côté gauche je suis aussi décalé vers la droite de l'oreiller et vice versa.)

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(jeudi)

Mes douleurs cardiaques imaginaires

Ça fait un moment (au moins deux ou trois jours ?) que je n'ai pas évoqué un chapitre de ma vie de Ruxor hypocondriaque[#]. Je vais peut-être en profiter pour raconter un peu mes douleurs imaginaires au cœur.

Elles ont commencé quand j'avais environ 12 ans, et à l'époque on m'a expliqué que c'est certainement des douleurs intercostales, pas de raison de s'inquiéter : et il est sans doute vrai qu'il n'y a pas de raison de s'inquiéter, mais il ne s'agit certainement pas de douleurs intercostales.

Il n'est évidemment pas facile de décrire la nature d'une douleur. Disons que celles-ci sont modérées : la sensation est plus inconfortable que vraiment gênante, parfois très légère, mais elle est néanmoins parfaitement distincte ; elles surviennent et disparaissent assez soudainement, sur des intervalles pouvant varier entre quelques minutes et quelques heures, avec une fréquence et une durée moyenne très variables (j'ai des épisodes où j'en ai tous les jours, et je peux ensuite ne plus en avoir pendant des mois), peut-être un peu plus souvent la nuit ; je n'ai pas réussi à corréler ça avec quoi que ce soit (ni mon activité physique, ni mon alimentation, ni mon niveau d'anxiété, ni quoi que ce soit d'autre). La douleur ne change guère avec la position, elle augmente peut-être quand j'inspire mais ce n'est pas certain. La sensation est située dans la région générale du cœur, centrées un peu en-dessous du sein gauche, mais de façon plutôt diffuse ; la douleur n'irradie pas du tout dans le bras, le cou ni la machoire. La qualité de ces douleurs évoque plus une courbature, ou une sensation de fatigue musculaire, à la limite une légère sensation d'oppression, qu'un « poing de côté ». (De fait, il m'est arrivé d'avoir des courbatures aux pectoraux, et la ressemblance est assez forte, sauf que bien sûr les courbatures aux pectoraux touchent normalement les deux côtés symétriquement, et sont moins profondes.)

Je n'éprouve aucune gêne respiratoire pendant ces épisodes, ni aucune fatigue générale particulière. (La réaction un peu instinctive que j'ai pour tenter de les soulager est de souffler profondément, mais je ne peux certainement pas dire que j'étouffe.) Mon pouls n'est pas non plus affecté, sauf évidemment si je me mets à angoisser. Ma tension est normale (en général, ma tension tourne autour de 125mmHg/70mmHg, elle varie assez facilement, mais pas spécialement plus pendant ces épisodes qu'autre chose).

Vers mai 2003, j'ai eu des passages plus forts que d'habitude, et qui m'ont réveillé plusieurs jours de suite : j'ai consulté un généraliste, qui n'a pas du tout eu l'air affolé, il m'a dit essentiellement « c'est l'angoisse » ; mais comme il m'a diagnostiqué un petit souffle au cœur (1/6), il m'a adressé à un cardiologue pour faire une échographie cardiaque. Comme plus tard j'ai fait plusieurs épisodes de tachycardie assez importante (mais a priori totalement décorrélés des problèmes dont je parle ici, et certainement causés par une angoisse auto-amplifiée), je suis effectivement allé voir un cardiologue. Je lui ai plus parlé de la tachycardie que de ces douleurs qui duraient depuis 15 ans, mais je les ai au moins un peu évoquées. Il m'a fait un ECG et une échographie cardiaque, tous normaux, il a juste été assez étonné de la facilité avec laquelle mon rythme cardiaque s'élève à la moindre anxiété ; il m'a aussi affirmé que le léger souffle diagnostiqué par le généraliste était simplement le son du flux turbulent de mon sang à travers mes artères et pas le reflet d'une valvulopathie (je dois dire que je ne trouve pas ça spécialement rassurant que le nombre de Reynolds de mon aorte soit particulièrement élevé, mais passons).

Bref, avec tout ça, je prends des quantités homéopathiques de propranolol pour éviter les crises de tachycardies, mais les douleurs que je ressens depuis que je suis ado, elles, persistent. (On m'a proposé de prendre du magnésium, ce qui est une façon de dire « ce n'est rien, prenez un placébo », en tout cas ça n'a pas aidé.)

Alors je veux bien croire qu'il n'y a rien de grave, à la limite je ne me plains même pas des douleurs elles-mêmes, qui ne sont pas franchement gênantes, au pire elles me réveillent un peu ou m'empêchent de m'endormir ou encore me causent des cauchemars dans lesquels je fais une crise cardiaque. Mais je trouve l'explication « c'est l'angoisse » fort peu satisfaisante : certes, je suis hyper-ultra-anxieux de façon générale, mais les douleurs dont je parle ne se produisent pas spécialement aux moments où je le suis le plus. D'ailleurs, il y a d'autres symptômes que je ressens et pour lesquels on m'a dit, après examens, « c'est juste l'angoisse », par exemple une sensation d'essoufflement (léger mais net), qui n'est corrélée ni à mon impression d'angoisse ni aux douleurs dont je parle ici : pourquoi l'angoisse provoquerait-elle parfois le symptôme X et parfois le symptôme Y ? C'est peut-être vrai, mais ça ne satisfait pas mon esprit scientifique.

[#] Rendez-vous compte : mon poussinet a eu la grippe la semaine dernière, et je ne l'ai même pas attrapée !

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(lundi)

Le mystère de mes voisins qui font du bruit à 6h

J'ai la malchance d'être très sensible au bruit quand il s'agit de dormir (parmi les différentes difficultés de mon sommeil), et comme j'ai le conduit auditif assez facilement irrité et le cérumen qui fait facilement des bouchons, je ne peux que très peu utiliser des protections auditives. Heureusement, l'immeuble où mon poussinet et moi habitons est relativement bien insonorisé et nous ne sommes guère gênés par nos voisins (qui par ailleurs sont plutôt âgés, donc pas trop le genre à écouter de la musique à fond pendant toute la nuit). Du moins c'est ce que je trouvais jusqu'à récemment, parce qu'il semble, depuis quelques semaines ou quelques mois, qu'il y ait eu un changement que je ne m'explique pas.

Nous entendons maintenant assez souvent des bruits de pas appuyés, des râclements comme des objets lourds ou des meubles qu'on traîne ainsi que des claquements de portes. Ils ne sont pas extrêmement forts, mais ils ont surtout ceci d'agaçant qu'ils durent très longtemps (parfois plus de deux heures de remue-ménage, or j'ai du mal à comprendre qu'on passe deux heures presque tous les jours à ranger son appartement ou à passer l'aspirateur), et surtout, ils commencent très tôt — à six heures du matin avec une grande ponctualité.

Déterminer l'origine d'un bruit est très difficile. Nous avons commencé par croire qu'il s'agissait des voisins du dessus (qui avaient emménagé récemment, donc qui étaient des suspects idéaux) : après leur avoir écrit une lettre restée sans effets, nous sommes allés frapper chez eux à 6h pour demander s'ils pouvaient faire moins de bruit, et ils nous ont expliqué qu'ils n'y étaient pour rien parce qu'ils dormaient. Nous nous sommes donc confondus en excuses, et nous en sommes restés au même point. Nous avons ensuite demandé à nos voisins d'à côté s'ils avaient changé quelque chose à leurs habitudes (ils sont là depuis longtemps et ne nous ont jamais dérangés ; il est vrai qu'ils se lèvent tôt, si j'en crois la lumière), mais ils nous ont assuré que non. Par ailleurs, personne d'autre que nous ne semble avoir remarqué un tel bruit, encore moins un changement soudain. J'ai mis un petit mot sur le tableau d'affichage des parties communes demandant si quelqu'un aurait une idée, mais sans succès (on m'a, il est vrai, fait remarquer que le bruit pouvait venir du dehors : ce n'est pas invraisemblable mais la nature des bruits me laisse plutôt penser à quelqu'un dans l'immeuble). La nuit dernière j'ai remarqué que la lumière était allumée à 6h (quand le bruit a commencé) trois étages au-dessus de chez nous, et comme le nom sur la porte est différent de celui sur la boîte aux lettres il est possible que ce soit un nouveau venu, mais j'ai un peu du mal à croire que nous soyons sérieusement gênés à travers trois étages.

Il est vrai que rien n'est sûr. Ces bruits pouvaient très bien exister depuis longtemps et ne s'être mis à me déranger que récemment, parce que j'aurais été particulièrement stressé ou parce que mes phases de sommeil auraient rendu plus facile un réveil vers 6h. Il se pourrait bien qu'il n'y ait pas qu'un seul voisin impliqué (peut-être que nos voisins d'à côté font un peu de bruit vers 6h, puis que ceux du dessus prennent le relai à 7h et que ce soit cette combinaison qui soit nouvelle). L'incertitude rend l'enquête beaucoup plus difficile. Toujours est-il que c'est une source de fatigue dont je pouvais bien me passer.

Un autre mystère auditif de notre immeuble, qui personnellement ne m'embête pas du tout mais apparemment trouble le sommeil de plusieurs de mes copropriétaires, concerne le bruit des impulsions électriques. Il faut savoir qu'EDF envoie à certaines heures sur le secteur une série d'impulsions électriques à 175Hz (2V) en plus de la tension nominale à 50Hz (plus exactement, jusqu'à 41 impulsions de 1s, séparées par des intervalles de 1.5s, codant une trame de 40 bits ; cette trame étant répétée plusieurs fois), ce qu'on appelle des impulsions « Pulsadis », qui servent à transmettre certaines informations notamment sur le passage heures pleines / heures creuses. Le mystère dans notre immeuble est que nous entendons ce signal, sous forme d'un bourdonnement sourd à certaines heures. Il n'y a aucun doute qu'il s'agit bien du signal Pulsadis, puisque mon poussinet est parvenu à décoder les trames à l'oreille (et que le son colle bien avec du 175Hz), mais le mystère est de savoir comment ce signal censément électrique devient audible ! Nous avons un transformateur EDF de quartier dans notre sous-sol, mais il semble que le bruit ne vienne pas directement de là (le signal doit venir de là puisque c'est sans doute le transformateur qui émet les impulsions à partir d'une commande de plus haut niveau, mais ce n'est pas directement lui qui rend ce signal audible) ; il y a probablement un rapport avec la ventilation de l'immeuble, peut-être un effet d'orgue, mais en tout cas le mystère n'est pas résolu et certains de mes voisins trouvent ce son vraiment gênant.

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(mardi)

Le coût des changements de contexte mentaux

Le cerveau a ses propres rythmes. Quand je réfléchis à un problème, quel qu'il soit, et notamment mathématique, j'ai besoin d'un certain temps pour entrer en matière (appréhender le problème, me familiariser avec ce dont il est question, visualiser la situation), après quoi je peux y réfléchir constructivement pendant un certain temps, puis je fatigue et je m'en lasse. Mais même le fait de me dessaisir d'un problème a un certain coût : une fois qu'il s'est présenté à moi, je ne peux pas simplement l'oublier, j'ai besoin d'une forme de « clôture » intellectuelle — qui ne coïncide pas forcément avec la résolution du problème, mais au fait d'avoir l'impression d'en avoir fait le tour, de ne plus pouvoir améliorer ma compréhension, d'avoir dit tout ce que je savais dire. (Je peux très bien ne pas réussir à dormir parce que je n'ai pas « fini de réfléchir » à quelque chose.) Tout ceci impose des rythmes assez délicats, et le fait de me forcer à faire un « changement de contexte » mental, c'est-à-dire à laisser de côté un problème pour passer à un autre (sans pour autant oublier complètement le premier, que je reprendrai plus tard) me semble extrêmement coûteux (en temps ou en énergie intellectuelle).

C'est d'ailleurs une raison pour laquelle je n'assiste pas à énormément de séminaires : ce n'est pas qu'ils ne m'intéressent pas, mais souvent qu'ils m'intéressent trop : je vais commencer à réfléchir à ce que l'orateur raconte (ou, le plus souvent, à ce qu'il raconte pendant l'introduction avant de rentrer dans ses propres travaux, parce qu'il faut bien admettre que c'est souvent le plus intéressant en fait) et je risque de m'énerver pendant le séminaire lui-même « eh, je n'ai pas encore eu le temps de digérer intellectuellement l'énoncé précédent » parce que le rythme imposé est forcément rapide, et après coup perdre encore beaucoup de temps à réfléchir à ce qui aura été dit. (Et si plusieurs exposés se suivent, c'est encore pire, parce que j'ai énormément de mal à entrer dans le deuxième alors que je suis encore en train de réfléchir au premier, et ainsi de suite.)

Malheureusement, les rythmes auxquels je dois me soumettre ne sont pas forcément ceux que je voudrais, que ce soit à cause de mes enseignements, des disponibilités des collègues, des séminaires aux horaires fixés, ou même de mes propres rythmes de sommeil qui ne coïncident pas forcément avec ceux de ma pensée.

Hier matin j'ai enseigné un cours de cryptanalyse, ce qui m'a mis dans l'esprit toutes sortes de problèmes à ce sujet, qui ont été un peu brutalement remplacés l'après-midi par un problème informatique (très concret), ce matin je me suis rendu compte que je ne comprenais pas quelque chose en algèbre générale que j'ai donc dû approfondir jusqu'à ce qu'un collègue et son thésard viennent me proposer de discuter sur une question autour de certaines courbes de Shimura, demain matin je dois encadrer un TP sur les expressions rationnelles puis faire un cours sur les grammaires hors-contexte que je dois donc rafraîchir à mon esprit, après quoi je reprendrai sans doute la discussion avec mes collègues, puis jeudi matin j'encadre un nouveau TP et l'après-midi je dois faire passer un oral pour un cours d'algèbre (donc préparer des questions appropriées), et vendredi, après une séance d'un séminaire si j'en ai le courage (peu probable), ce sera à la cohomologie étale qu'il faudra que j'aie l'esprit pour continuer la rédaction avec un collègue d'un article sur le sujet (qui n'en finit pas de se finir). Chacun de ces sujets m'intéresse et je ne peux même pas dire que le rythme de passage de l'un à l'autre soit trop lent ou trop rapide, mais le fait est que ce n'est pas vraiment moi qui les contrôle, et c'est ça qui me semble très fatigant.

Je ne sais pas si c'est moi qui suis bizarre, en tout cas je ne crois pas avoir entendu d'autres chercheurs se plaindre de la difficulté à « changer de contexte », ou s'exclamer ce problème pourrait m'intéresser, mais je n'ai pas la force ou la mémoire à court terme pour créer un nouveau processus mental pour y réfléchir ! (bref, resource overflow).

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(jeudi)

Pourquoi les rhumes me font-ils tant d'effet ?

Non seulement j'attrape énormément[#] de rhumes (cette fois c'est le troisième en trois mois — voir ici et — ce qui est tout de même assez exceptionnel même pour moi), mais en plus ils me font un effet terrible. En l'occurrence, il n'y a pas que le climat abominable de Londres, c'est mon poussinet qui me l'a refilé : sur lui, ça a juste causé une journée d'éternuements répétés et une petite fatigue et c'était fini ; alors que moi, je viens de me réveiller avec un mal de tête horrible, j'ai juste la force de consulter mes mails et de me traîner jusqu'à la pharmacie pour refaire provision de sérum physiologique, après quoi je vais sans doute passer la journée à dormir (ou en tout cas à ne rien faire — ce qui est un peu problématique vu que j'ai des millions de choses à faire, justement). Mais je voudrais bien une explication un peu scientifique à cette différence : mon système immunitaire est-il partiulièrement mauvais pour combattre les rhumes ? (et si c'est le cas, pourquoi ?), ou mauvais tout court ? ou est-ce qu'au contraire mon corps surréagit ? Et y a-t-il quoi que ce soit que je puisse faire à part souffrir et râler sur mon blog ?

((Ceci me fait penser qu'hier j'ai assisté à la triste scène d'une dame en train de se faire embobiner par un charlatan qui se présentait comme une sorte de guérisseur. Je ne sais pas au juste de quel mal physique ou psychique la dame souffrait, mais le discours du type en face, qui lui proposait de commencer par un cours de respiration — la première étape de sa série des trois B : Bien respirer, Bien manger, Bien vivre — pour la modeste somme de 150€ parce qu'il ne court pas après l'argent mais il est quand même docteur vous comprenez, qui lui promettait qu'elle serait une rebelle, mais une rebelle de l'action et pas une rebelle de la réaction, et qui était convaincu que il n'y a pas de hasard[#2], vous m'avez rencontré pour une raison, et moi je sais quelle est cette raison, faisait hurler toutes les sirènes dans ma tête. Je me suis un peu senti coupable de non-assistance à personne en danger de ne pas intervenir pour dénoncer toutes ces sornettes, mais j'ai un peu trop peur de la confrontation pour ça.))

[#] Ce qui a souvent conduit des gens à me soutenir que mes rhumes seraient en fait des allergies. (Je le mentionne, parce que je sens que sinon quelqu'un va dire exactement ça dans les commentaires.) Il est possible que je sois un peu allergique sans le savoir. Mais le fait que mes rhumes aient surtout lieu en hiver, qu'ils suivent une évolution claire et régulière (picotement à l'arrière-gorge → fatigue et nez bouché → toux), et surtout, que je puisse souvent identifier quelqu'un qui me l'a passé, plaide bien pour le fait qu'il s'agit d'infections.

[#2] J'étais à deux doigts d'écrire que la phrase le hasard n'existe pas est le signe infaillible du charlatan, et puis je me suis rappelé que j'avais récemment posté ceci. Ahem.

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(samedi)

Les nombreux troubles de mon sommeil

Je suis hypocondriaque et donc, j'ai un sommeil d'hypocondriaque. Petite liste des choses qui m'empêchent de bien dormir et dont, si aucune n'est vraiment grave, l'accumulation n'est pas négligeable :

  • 1º Je suis somnambule. Ce n'est que très léger, heureusement, et ne se produit qu'en début de nuit, en prenant la forme de confusions nocturnes où je me demi-réveille en ne sachant plus où je suis (comme en écho à des situations où, étant petit, je m'étais endormi dans une chambre peu familière ayant mal repéré les environs, et, étant réveillé, avais paniqué en cherchant la lumière).
  • 2º Je suis frileux et transpire facilement, de sorte que le juste équilibre est délicat à trouver. Ce n'est pas spécifique à la nuit, mais c'est surtout la nuit que c'est gênant. Je dors donc avec trois couettes, chacune assez légère, ce qui permet facilement d'en enlever une ou deux. Il m'est arrivé de transpirer et d'avoir froid en même temps, auquel cas je ne sais plus quoi faire. Par ailleurs, transpirer déshydrate, donc je me réveille parfois parce que j'ai soif.
  • 3º Je vais cinquante fois aux toilettes, probablement parce que je ne supporte pas que ma vessie ne soit pas parfaitement vide pour m'endormir : du coup, si je bois un verre d'eau pendant la nuit (cf. le point précédent), il faudra que je me relève N fois au cours de la demi-heure qui suit pour éliminer cette eau jusqu'à la dernière goutte. (En bon hypocondriaque, je suis allé voir un médecin pour vérifier que je n'avais pas un problème à la prostate ou à la vessie, et il semble que non.)
  • 4º Je me retourne beaucoup dans mon lit. Bon, là, ce n'est pas moi qui suis gêné, c'est plutôt mon poussinet. Surtout dans un lit double : pour cette raison, nous préférons de beaucoup des lits jumeaux où chacun a sa propre couette et on ne doit pas se battre. Mais même quand je suis seul, ça me gêne un peu, parce que mes couettes tombent facilement à force que je m'agite, et alors je me retrouve à avoir froid.
  • 5º Je ne peux dormir que sur le côté. Sur le dos, je ronfle. Me mettre sur le ventre m'est très agréable pour m'endormir (ça m'aide à me détendre et à trouver Morphée), mais il faut absolument que je me mette sur le côté avant d'être vraiment endormi sans quoi je me réveille cinq minutes plus tard en étouffant. Sur le côté, donc. Mais il y a autre chose : si j'ai une narine bouchée (i.e., quasiment tout le temps), je dois absolument dormir avec cette narine en haut — pour aider à la déboucher, mais c'est devenu une habitude tellement forte que je n'arrive plus à faire autrement — et si elle reste bouchée, alors je me retrouve coincé sur le même côté sans pouvoir me retourner, et je finis par ne plus pouvoir dormir, c'est assez pervers.
  • 6º Les réveils m'empêchent de dormir. C'est le but, dira-t-on — mais je veux dire, même avant qu'ils sonnent. Plus exactement, je ne peux m'endormir correctement que si les deux conditions sont réunies : (a) il n'y a pas de raison de penser que je serai réveillé dans les trois heures qui suivent, et (b) il n'y a pas de raison de penser que je serai réveillé avant d'avoir dormi huit heures (y comprises les heures que j'ai déjà dormies, bien sûr), même en tenant compte d'une heure d'insomnie probable. Donc si je mets mon réveil pour, disons, 8h, il faudra que je me couche vers 23h (pas tant que j'aie vraiment besoin de 8 heures de sommeil, mais si je suis certain de ne pas les avoir, ça m'empêche de dormir !), et si je me réveille après 5h je ne pourrai pas me rendormir.
  • 7º Je suis sensible aux bruits. Enfin, ça dépend lesquels : les bruits mécaniques, dans une mesure raisonnable (pas une perceuse…), ne m'embêtent pas trop, contrairement à mon poussinet qui s'agace du clic du thermostat du radiateur de notre salle de bains ; en revanche, si j'entends de la musique ou une conversation de chez les voisins, et dans une moindre mesure des bruits de pas, je ne dormirai pas (et pour ce qui est d'être gêné par la musique, je m'aperçois que j'ai l'ouïe très fine). Par chance, nous habitons dans un immeuble des années '90, donc bien insonorisé, et nos voisins sont pour la grande majorité des couples bourgeois pas trop jeunes (et sans enfants, ou dont les enfants ont déjà quitté l'appartement des parents) et qui ne font donc que très peu de bruit de toute façon : chez nous, je suis donc très rarement gêné. (Par ailleurs, si les bruits me gênent pour m'endormir, ils ne me réveillent pas trop facilement — de nouveau, perceuses exceptées. La lumière, pour sa part, me gêne relativement peu, même pour m'endormir — sans doute parce qu'étant ado je dormais parfois toute une matinée, volets ouverts, avec le soleil en plein visage.)
  • 8º Je fais des insomnies, même une fois pris en compte tous les autres facteurs qui peuvent m'empêcher de dormir : disons que tout tracas un peu envahissant tournera facilement en boucle dans ma tête et m'empêchera de m'évader.
  • 9º Je ronfle un peu. Heureusement, ce n'est que sur le dos, ça ne se produit pas trop souvent, et ce n'est pas énorme, mais mon poussinet doit parfois me pousser pour me remettre sur le côté (heureusement aussi, ça ne me réveille généralement pas) ; la situation est d'ailleurs tout à fait symétrique entre nous. Quand il n'est pas là ou n'est pas réveillé, c'est plus ennuyeux, parce que mon propre ronflement me gêne souvent la nuit (il apparaît dans mes rêves sous forme d'un bruit obsédant, et ensuite je sens bien que j'ai mal dormi).
  • 10º Je fais de l'apnée du sommeil. Si je m'endors sur le ventre, c'est systématique, mais j'ai l'impression que, depuis récemment, c'est en train de se manifester aussi sur le dos et peut-être même — ce qui serait beaucoup plus problématique — sur le côté : je me réveille en légère asphyxie parce que ma gorge est trop reculée, et je dois prendre une soudaine respiration. L'ampleur du phénomène n'est pas claire : que je m'en souvienne n'est pas fréquent, mais je ne sais évidemment pas combien de fois ça se produit aussi sans que j'en aie conscience (mais peut-être que le fait que je sois hypocondriaque et que j'aie peur de faire de l'apnée du sommeil m'aide à ne pas oublier quand ça se produit !). Je compte consulter à ce sujet, mais quand je lis les traitements utilisés je suis un peu inquiet : ça me semble absolument impossible que je puisse dormir avec un dispositif dans la bouche pour retenir mon palais, ou avec un masque respirateur.
  • 11º J'ai le nez encombré : indépendamment de questions d'apnée du sommeil, je respire plutôt mal parce que j'ai le nez qui se charge facilement quand je suis allongé. Je ne sais pas si c'est une sorte d'allergie ou un problème mécanique d'évacuation des mucosités. Quand les choses vont bien, ça se limite à une narine, et il suffit que je dorme avec celle-ci au-dessus pour qu'elle se dégage (c'est alors l'autre qui se bouche, et je me retourne) ; mais si les choses vont moins bien, la même narine peut rester bouchée très longtemps, et alors il me sera impossible de dormir tant que la situation ne sera pas réglée ; ou encore, il arrive que l'autre narine soit elle-même un peu bouchée (hors des jours où j'ai un rhume, les deux ne sont jamais complètement bloquées). Je mets du sérum physiologique chaque soir avant de me coucher (une unidose par narine) et j'ai du Septéal pour déboucher pendant la nuit si nécessaire, mais parfois ça ne suffit pas.
  • 12º J'ai besoin de beaucoup de sommeil. Je ne sais pas si c'est parce que j'ai pris l'habitude de dormir beaucoup, ou parce que je ne respire pas bien, ou simplement parce que je suis comme ça, mais le fait certain est que je ne me réveille pas spontanément avant… tard (or mettre un réveil est une mauvaise idée). Ceci étant, je ne parle qu'en moyenne : ponctuellement, je tiens mieux une nuit courte que mon poussinet, qui a vraiment besoin de ses huit heures chaque nuit.

Chacun de ces points est plutôt mineur, et même quand on les met tous ensemble, je ne dors pas si mal que ça (en tout cas, il y a des gens qui sont beaucoup plus à plaindre que moi à ce chapitre), je m'endors relativement facilement, et s'il est vrai que je me réveille presque systématiquement pendant la nuit, lorsqu'il n'y a pas un réveil pour me perturber, je me rendors généralement assez bien, et la dernière partie de mes nuits, où je fais beaucoup de rêves, est vraiment agréable.

Je me demande, cependant, comment ça va évoluer en vieillissant, ou quand je tomberais malade : parce que des tracas mineurs un jour peuvent devenir beaucoup plus gênants combinés à d'autres circonstances.

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(dimanche)

Nouvelle expérience en snowboard

[Photo de moi à la montagne][Photo de moi tenant un snowboard]J'avais essayé le snowboard l'an dernier en prenant juste une heure de cours (pas franchement un succès : mon poussinet s'était fait mal au poignet et un vautour nous avait tourné autour de la tête). Pas assez pour apprendre vraiment quoi que ce soit mais assez pour se faire une petite idée et décider que ça devrait me plaire. Cette année (après avoir changé d'avis sur le pied à mettre en avant), j'ai été un peu plus persévérant : nous avons repris deux heures de cours le mois dernier à Métabief, et en avons de nouveau fait — par nous-même — ce week-end à Termignon-Val-Cenis (les photos ci-dessus sont géolocalisées pour ceux qui veulent voir précisément où nous étions).

[Armure de protection]Comme je suis du genre angoissé, j'avais acheté plein de protections : des protège-poignets (à mettre entre les sous-gants et les gants), des protège-genoux et un casque en guise de bonnet (plus le masque de ski, évidemment). Très encombrant : ça me donnait un peu l'impression d'être un casseur de manifestant (cf. photo), mais au moins je me sentais rassuré. Et malgré les remarques ironiques de mon poussinet je ne pense pas que ç'ait été inutile : c'est justement quand on est débutant qu'on en a le plus besoin, et de fait, je suis tombé un nombre incalculable de fois sur les genoux et les poignets, et j'ai fait une fois un vol plané qui a terminé par un beau choc à la tête.

J'ai, donc, surtout commencé par beaucoup tomber. Notamment parce que je n'arrivais pas correctement à tourner vers la gauche.

Il faut dire que le snowboard étant fondamentalement asymétrique (sauf s'il s'agit d'un non-directionnel, c'est-à-dire que les deux bouts peuvent servir d'avant, mais je ne sais pas pourquoi ça a l'air d'être rare), on peut tout à fait ne pas être aussi à l'aise dans un sens que dans l'autre. Faire face à la pente (où on voit naturellement où on va) semble beaucoup plus naturel et confortable que faire dos à la pente (où il faudra regarder par-dessus son épaule). Et comme j'ai choisi finalement de mettre le pied droit à l'avant (« goofy ») — parce que c'est comme ça que je me positionne naturellement pour glisser sur de la glace — quand je fais face à la pente c'est pour descendre un peu vers la droite alors que quand je fais dos à la pente c'est pour descendre un peu vers la gauche (qui est alors, pour moi, la droite). Du coup je suis plus à l'aise sur une piste qui descend en tournant dans le sens des aiguilles d'une montre autour de la montagne (parce que je peux rester face à la pente et déraper gentiment vers la droite) que le contraire.

Évidemment, dès que la piste est un peu autre chose qu'une oblique régulière, il faut alterner entre ces deux positions (face à la pente et dos à la pente), et c'est surtout là que c'est délicat : j'ai assez vite maîtrisé le principe du virage qui passe de « dos à la pente » à « face à la pente » (virage côté dos, ou heelside[#], qui pour moi est vers la droite), mais dans l'autre sens (virage côté face, toeside) je me plantais absolument systématiquement. Et du coup je maudissais les lacets vers la gauche et je me retrouvais souvent comme un idiot au bord droit de la piste, sans savoir quoi faire ensuite. J'ai poussé une quantité de jurons en hurlant qui ont provoqué une certaine hilarité chez les autres skieurs. Ou alors je descendais simplement en dérapage (face à la pente) sans aller ni vers la gauche ni vers la droite, ce qui est un un peu l'équivalent pour le snowboard du chasse-neige du skieur débutant.

Le problème semble être que quand je faisais un virage toeside, ça prenait trop de temps dans la direction de la ligne de pente, je me retrouvais toujours à aller trop vite et je ne savais plus contrôler : soit je fonçais dans le talus soit je dérapais trop et je partais en marche arrière — et la tentation était grande de simplement se pencher en avant jusqu'à tomber sur la piste pour s'arrêter à grand renfort de frottement sur les genoux. À la limite j'arrivais à déraper dos à la pente (vers l'arrière, donc), mais pas me lancer et à contrôler ma vitesse dans cette position.

Et tout d'un coup (après deux heures hier et trois aujourd'hui à me manger des talus et à tomber sur les genoux), j'ai eu un déclic et j'ai « compris le truc ». Mais le plus frustrant, c'est que je ne sais pas ce que j'ai compris exactement, et je ne suis pas capable de le réexpliquer. Tout ce que je sais c'est que mon poussinet a insisté pour que je pratique le dérapage et l'avancée dos à la pente et l'arrêt dans cette position, et j'ai arrêté de foncer dans les talus et j'ai réussi à déraper correctement, et finalement à tourner vers la gauche.

Ce qui est vraiment dommage, c'est qu'à ce point, où enfin je commençais à pouvoir enchaîner des virages sans tomber, et surtout à prendre plaisir à surfer, quand j'ai pu prendre un bout de piste rouge, mes jambes étaient tellement fatiguées (et surtout le muscle fessier de la jambe arrière=gauche), tellement fatiguées de toutes ces pentes descendues à 1km/h en dérapant lentement à force de me crisper, que je n'en pouvais plus, et nous avons dû mettre fin à notre expérience.

Je réessaierai certainement l'an prochain, mais je ne sais pas si je me rappellerai le « truc » que j'ai fini par comprendre ou s'il faudra de nouveau passer des heures à mordre la neige avait de pouvoir contrôler ma trajectoire.

[#] Certains utilisent aussi les termes frontside et backside, mais j'ai l'impression de comprendre qu'il y a une grande confusion à ce sujet, certains les utilisant pour exactement le contraire de ce que d'autres font, donc autant éviter !

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(lundi)

Nouvelles de saison

Quelle meilleure façon de commencer l'année que par un gros rhume ? (Ou une mini-grippe, ce n'est pas clair. J'ai mal à la tête, je suis très fatigué, et j'ai la gorge chargée ; j'ai alternativement très froid et très chaud, mais je n'ai que très peu de fièvre ; j'ai des courbatures mais elles sont localisées, c'est probablement des restes d'une séance de muscu un peu trop intense.) D'ordinaire je fais plutôt ça en décembre, mais janvier n'est pas mal non plus. xkcd a très bien décrit ce à quoi je passe mon temps.

La dernière saison de House MD passe à partir de demain soir à la télé, ce sera parfait pour l'apprécier.

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(lundi)

Stress maladif saisonnier

La rentrée et son déferlement de stress (ce n'est pas un hasard si ce post vient un an après celui-ci). J'ai un emploi du temps d'enseignement passablement lourd jusqu'à mi-novembre, avec tous ces cours généraux qui se concentrent en début d'année (David, tu veux bien faire un cours expliquant toute la crypto en quatre heures pour le master TrucMuche de Paris 42 ? — Oui, pas de problème), et notamment un cours d'Analyse que je fais pour la première année et dont je ne sais pas pourquoi je l'ai accepté parce que je suis nul en Analyse et que du coup je dois le préparer un peu sérieusement. (Quand je vois la fatigue que je ressens après trois heures de cours, je dois dire que j'admire comme des véritables héros les profs de lycée qui non seulement endurent un rythme très lourd toute l'année mais en plus ont souvent face à eux des élèves véritablement hostiles et pas seulement indifférents.) Un entretien d'évaluation annuel où il va de nouveau falloir que je défende mon choix de ne pas publier des merdes pour faire du chiffre (i.e., on va me dire que je ne fais rien depuis des années). Et des tracasseries administratives (il y a eu des conflits d'emploi du temps à régler, mais surtout je n'ai pas de nouvelles de mon détachement, ce qui fait que depuis le 1er septembre je suis dans les limbes administratifs).

Le fait est que je somatise. J'ai la tension qui frôle les 15/8 (c'est uniquement l'adrénaline, je ne suis pas « intrinsèquement » hypertendu) et j'ai fait plusieurs petits craquages nerveux. (Ce qui rend peut-être la chose pire, d'ailleurs, c'est qu'en-dehors de certains moments précis, je donne l'apparence d'être plutôt calme : je peux dire je suis hyper stressé, surtout en ce moment et les gens, en fait, ne me croient pas.) Mon poussinet me pousse à aller voir un médecin, mais si on me mettait en arrêt maladie ça ne ferait que repousser les problèmes de quelques jours (et sans doute les empirer s'il faut se demander comment je peux me faire remplacer pour tel ou tel cours, sans compter la culpabilisation insidieuse qu'on fait facilement autour de ça) ; peut-être le médecin du travail de mon École.

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(samedi)

Ruxor et le poussinet

Photos prises cet après-midi à la Gay Pride Marche des Fiertés par quelqu'un qui a dû nous trouver trop mœugnons :

[Moi tenant mon poussinet dans mes bras][Mon poussinet et moi nous embrassant]

(En fait, il n'était pas prévu que nous y allassions. Mais j'ai attrapé un méga rhume carabiné qui nous a fait renoncer à un petit voyage ce week-end. Donc nous sommes restés à Paris regarder défiler les jolis garçons et les gentilles filles.)

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(samedi)

Des nouvelles de mon œil

Je suis finalement allé voir un dermatologue pour la petite lésion à ma paupière (en médecine de ville parce qu'obtenir un rendez-vous au service de dermatologie « pavillon Tarnier » de Cochin prend trois mois, et il faut une première consultation avant toute intervention ; je me suis adressé au même spécialiste qui m'avait traité un grain de beauté en 2003, et qui m'avait fait une bonne impression[#], d'ailleurs confirmée cette fois-ci). Apparemment, donc, c'était une verrue que j'avais, et il l'a traitée sans difficulté, et sans bistouri, en la brûlant à l'azote liquide (il m'a prévenu que pendant dix-quinze jours ma paupière aurait un aspect un peu effrayant) ; et les autres petites lésions que j'ai au visage sont sans rapport, ce sont des adénomes sébacés, disgracieux mais d'aucune importance médicale (il m'a traité deux ou trois des plus gros).

Ce qui m'impressionne avec la dermatologie, c'est qu'il y a un zillion de trucs différents possibles, chacun pouvant prendre un zillion d'aspects, mais, en fait, avec énormément de ressemblance entre certains aspects de X et certains aspects de Y pour à peu près n'importe quelle paire (X,Y), et malgré ça les spécialistes arrivent généralement à faire un diagnostic en un coup d'œil. (Mais pas tous les médecins, apparemment, puisque mon généraliste ne savait visiblement pas quoi dire, là.)

[#] Puisque je le recommande autant donner son nom : il s'agit du Docteur Raoul Triller, 36 ave. Hoche (Paris 8e).

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(samedi)

Où Ruxor s'inquiète pour son œil

[Mon œil droit]Depuis environ dix-douze ans, j'ai une sorte de nævus, de kyste ou de petite verrue sur le bord de la paupière inférieure de l'œil droit. Je ne sais pas comment cette tumeur a décidé de pousser là, je n'avais rien quand j'étais petit. Mais bon, elle n'était pas gênante non plus, à part un peu quand je pleure (ou que je mets des goutte dans mon œil) car elle doit émettre des sécrétions grasses qui me piquent un peu. Bref. Mais très récemment (deux-trois jours), elle a changé d'aspect, développant elle-même en son bord une petite protubérance d'aspect fort vilain, et un peu noire (ça ne se voit pas vraiment bien sur la photo ci-contre, où on a l'impression que c'est juste le bord qui est un peu plus foncé, mais en fait la couleur noirâtre est plutôt vers l'arrière). Comme en plus elle me gratte un peu plus que d'habitude, tout ceci fait hurler mes alarmes d'hypocondriaque[#] (même si mon poussinet me fait remarquer que la partie altérée est vraiment minuscule), et je vais vouloir la faire opérer le plus vite possible. D'ailleurs j'ai pris rendez-vous lundi chez mon généraliste pour lui demander conseil (qui va-t-on voir dans ce cas-là, quel est le degré d'urgence…).

Je l'ignorais[#2], mais il semble que les paupières relèvent de l'ophtalmologie et non de la dermatologie. Un dermatologue (qui avait pratiqué l'exérèse d'un grain de beauté au menton qui me gênait quand je me rasais) m'avait pourtant assuré qu'il pourrait m'enlever cette chose (je parle de la tumeur, pas de la paupière) si je le voulais. D'un autre côté, il l'avait mentionnée en me demandant qu'est-ce que vous avez à la paupière ?, à quoi j'ai eu envie de lui répondre que c'était plutôt à lui de me le dire que le contraire.

En tout cas, l'idée de voir passer un bistouri à quelques millimètres de mon globe oculaire me réjouit fort peu, mais il va bien falloir s'y résoudre.

Ajout () : Mon généraliste m'a conseillé de voir un dermatologue (il m'a suggéré de m'adresser au pavillon Tarnier, qui est une annexe de Cochin), plutôt qu'un ophtalmologiste, parce qu'il pense que c'est lié à une autre petite lésion que j'ai à la joue du même côté. En tout cas il m'a dit de le faire enlever sans trop tarder. (Et comme il n'a pas voulu se mouiller et a utilisé le mot lésion dans sa lettre au dermatologue, je ne sais toujours pas de quoi il s'agit.)

[#] D'ailleurs, je viens de faire un cauchemar dans lequel une araignée venimeuse entrait dans mes vêtements : et je pense que c'est lié.

[#2] Je ne connaissais pas non plus le mot palpébral.

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(jeudi)

The Life and Times of Altcee

Comme promis dans l'entrée précédente où je raconte la manière dont ce texte a été récupéré, voici

The Life and Times of Altcee
(being the true and marvelous story of the life of a young guileless boy growing up in a small destitute village under the stern sway of a wicked father, told in the most plain and simple prose without the use of cliché or exaggeration)

écrit vers 1988–1990 par un auteur anonyme dont on ne sait pas bien comment son œuvre s'est retrouvée sur les disquettes de mon père. Il n'y a là que sept très courts chapitres (un peu à la manière de mes fragments littéraires gratuits) et le titre prometteur d'un huitième mais je ne crois pas que le texte ait jamais été plus long.

Le sarcasme paternel mériterait sans doute quelques explications, parce que c'est plein de références à des événements me concernant, explications que je ne suis malheureusement plus trop capable de fournir, ayant oublié les événements en question ; je ne peux, par exemple, que conjecturer que j'avais dû poser un jour six francs sur le coffre dans l'entrée chez mes parents, que mon père aurait empochés sans y réfléchir, et que j'ai été très en colère de cette disparition ; je ne me rappelle plus bien non plus si je faisais des histoires quand on me demandait d'aller acheter le pain, j'imagine que je n'aimais pas trop ça, mais je ne sais pas si c'était une occurrence unique (mon père étant parfaitement capable de se moquer de moi pendant quinze ans après) ou quelque chose de plus fréquent. Je sais aussi que je refusais catégoriquement de participer au ramassage des feuilles mortes dans le jardin, et qu'en représaille mon père avait décidé de ne plus me faire de cadeaux de Noël. Concernant le chapitre 4 (à mon avis le plus drôle), il est vrai que j'étais — et que je suis encore — fort grincheux concernant le bruit que les voisins pouvaient faire à la moindre fête, et mon père trouvait que si j'avais déjà une mentalité de vieux pépé grincheux à treize ans ça n'allait pas s'améliorer.

Le nom du héros, Altcee, vient de ce que mon père m'appelait tellement souvent crétin qu'il disait qu'il lui fallait définir un racourci clavier pour ce mot, par exemple Alt-C (pour the C-word), donc, Altcé ou Altcee.

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(lundi)

J'essaie (très timidement) le surf

Dans le genre vacances tranquilles, on peut dire que mon poussinet et moi faisons très fort : sur cinq jours passés à la montagne, on aura fait des sports de glisse pendant… une heure. (Parce que le premier jour on a juste le temps d'arriver et de s'installer tranquillement, le deuxième jour il y a des choses à faire à la maison et des cartes postales à envoyer, le troisième jour le poussinet doit travailler à écrire l'introduction d'un article parce que ses co-auteurs s'impatientent, le quatrième jour on arrive à sortir l'après-midi après s'être levés à 10h, et le cinquième jour il faut plier bagages.) Bon, nous avons pour excuse des températures de −20°C qui ne donnent pas trop envie de sortir malgré le soleil magnifique et la neige abondante. Et comme la maison appartient à mes beaux-parents, nous ne payons pas de location rubis sur l'ongle. Mais même moi qui suis le roi des casaniers je dois reconnaître que c'est dommage.

[Photo de moi tenant un snowboard]La condition que j'avais posée pour venir à la montagne était : cette année, on fait du surf. Parce que le ski, même si je ne suis pas mauvais, je trouve ça un peu ennuyeux, en fait : c'est plus rigolo de débuter et de passer tout le temps sur les fesses. Et le snowboard c'est sexy, les gens qui en font sont souvent des jolis garçons (enfin, en tout cas, ce sont souvent des djeunz, j'ai l'impression qu'il y a plus de garçons que de filles, et mon poussinet et moi aimons bien le style vestimentaire qui va avec). Bref, nous avons pris un cours d'une heure auprès de l'école du ski français, le moniteur nous a assuré que c'était un sport où on progresse très vite surtout si on a déjà l'habitude du ski, et effectivement en quelques montées et descentes du tier-fesse et de la piste pour débutants (dont la neige était d'ailleurs très collante à cause du froid), on a pu voir un peu l'idée.

Le truc perturbant c'est qu'on ne peut pas freiner sans tourner ; et que si on freine trop fort, on peut se retrouver à avoir trop tourné et du coup à repartir en sens inverse, auquel cas c'est la chute assurée. C'est aussi bizarre que l'engin soit chiral, ou plus exactement que la fixation le soit : il faut choisir quel pied on mettra devant, sachant qu'on s'appuie sur celui-là mais qu'on contrôle avec le pied arrière ; mon poussinet et moi avons choisi la position gauche-à-l'avant (est-ce un message politique ?) mais mon poussinet, qui est gaucher, aurait en fait sans doute dû prendre l'autre. En tout cas, il a fait une chute assez méchante sur la neige bien dure et s'est fait très mal au poignet (droit), ce qui a mis un terme à notre peu téméraire expérience.

Sur une note différente, nous avons pu admirer de très près un gypaète (ou du moins c'est ainsi qu'on nous a identifié ce grozoizo) qui est venu longuement tournoyer au-dessus de la piste. Hum, peut-être que ce n'est pas un très bon signe d'avoir un vautour qui tournoie autour de nos têtes alors qu'on fait un sport dangereux, en fait. 😲

Bon, l'an prochain, mon poussinet et moi essaierons sans doute plus sérieusement (peut-être d'arriver à faire vraiment cinq jours de surf, du style chaque fois une heure de cours puis quelques heures par nous-mêmes).

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(lundi)

Musculation et futilité

Pour la quatrième fois consécutive, j'ai déboursé une somme ridiculement élevée (et qui augmente, d'ailleurs, nettement plus vite que l'inflation ; cette année j'ai eu de la chance, je suis arrivé la veille de la révision des tarifs, et je n'ai craché « que » 840€) pour m'inscrire au Club Med Gym afin d'y faire de la muscu.

C'est donc l'occasion de me demander pourquoi au juste je fais ça, et affronter mes contradictions à ce sujet. Enfin, affronter, peut-être pas, mais au moins contempler.

La première année je n'ai quasiment pas profité de cette inscription payée à prix d'or. Mais à partir de fin 2009 (environ), j'ai été raisonnablement sérieux (raisonnablement sérieux, ça veut dire quelque chose comme 3–4 séances chaque semaine, d'à peu près une heure, et en me fatiguant vraiment). Et je ne sais pas, en fait, pourquoi je le fais. Certainement pas pour la santé : je soupçonne que c'est même vaguement néfaste, et que si je voulais m'occuper de ma santé je devrais plutôt faire du cardio-training (j'ai à peu près autant d'endurance qu'un muon : 2.2µs) et pas de la muscu. Pas non plus pour regarder des jolis garçons : même si la faune dans une salle de muscu est à 95% masculine et respire la testostérone, en vérité elle n'est pas très intéressante du point de vue esthétique.

Pour soigner mon apparence, alors ? La différence (par rapport à il y a deux ans) est certaine si je me regarde nu dans un miroir, et c'est sûr que ce n'est pas désagréable. Mais les gens qui me voient nu ne sont pas très nombreux : il y a mon poussinet, qui s'en fout… et c'est tout. Comme je n'ai pas l'habitude de mettre des vêtements hyper moulants (au contraire, je porte plutôt du baggy), à part les quelques jours de l'été où j'aurai un débardeur, personne ne remarquera si j'ai des bras musclés ou encore moins des tablettes de chocolat. (Et même les quelques jours de l'été où je suis peu couvert, on va surtout voir que je suis blanc comme une endive.) De toute façon, j'ai un squelette à la carrure d'apparence chétive ; de toute façon je n'ai sans doute pas un métabolisme à prendre beaucoup de muscle ; et de toute façon je n'ai pas le temps d'y passer ma vie comme les gros bourrins qui ont l'air d'être toujours là quelle que soit l'heure à laquelle je puisse aller à la salle de muscu. Donc même si j'ai une petite satisfaction intérieure à constater que sur l'échelle impitoyable du curseur placé sur le tas de fonte (si certains se demandaient de quoi parlait ce fragment, vous avez la réponse…) je suis en fait plutôt dans les meilleurs, je n'ai aucune chance d'approcher le niveau de ces gros bourrins. Parce qu'il y a vraiment des gens qui prennent ça avec un sérieux impressionnant quand ils discutent de leur programme, quand ils parlent de phase de séchage ou de prise de poids, de la différence entre tel ou tel mouvement, on ne peut qu'admirer tant de science (même si, à vrai dire, je suis un peu sceptique quant aux fondements scientifiques de tous ces préceptes ; je crois que c'est juste le temps qu'ils y passent qui explique tout).

Il y a sans doute le fait de taper dans mes complexes d'ado moche et nul en sport, et qui m'autoconvainquais que je n'aimais pas le sport et que c'était un truc à la con. (Pardon, j'ai eu une discussion interminable avec un ami sur la question de savoir si la musculation peut être considérée comme un sport. Je corrige donc virtuellement sport en activité physique ou sportive dans ce qui précède.) Je voudrais me prouver à moi-même que je peux ne pas être malingre toute ma vie.

Mais finalement, je pense que c'est un exercice de futilité absurde. Soulever un poids et le reposer, recommencer, recommencer, recommencer, et compter les ordinaux, ça fait penser à quelque chose :

Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.

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(jeudi)

Mon autobiographie « informatique »

Puisqu'en réponse à la note en bas de texte de l'entrée précédente on me dit que ce n'est pas problématique de parler sur un blog de ce dont tout le monde parle déjà, la mort d'un grand génie de l'informatique, si on en parle d'un point de vue personnel, je me lance, profitant d'un peu de calme avant que, sans doute, tous les journaux en fassent leur une et que M. Obama prononce un discours saluant un grand visionnaire américain qui a changé le monde, puisqu'il n'y a aucun doute que le langage C et le système Unix ont eu beaucoup plus d'importance et d'influence que les produits Apple.

Bref, voici une petite histoire (que je recopie très largement d'un truc posté ailleurs il y a quelques années) de la façon dont j'ai été mis en contact avec l'informatique en général, et avec Unix en particulier (bon, le rapport avec Unix est très ténu, c'est juste un prétexte pour poster ça) :

Un jour, je pense que c'était en '81, donc j'avais juste cinq ans, mon père m'a emmené avec lui à l'IHP (à l'époque ça hébergeait divers labos qui devaient dépendre administrativement de Paris VI, et notamment celui où mon père bossait depuis sa thèse, à une brève excursion à Luminy près). Il devait parler avec quelqu'un donc on m'a laissé dans la grande salle commune (donnant sur la rue Pierre et Marie Curie — mais de toute façon tout l'intérieur a été complètement transformé maintenant, il n'y a plus rien de ce qui était là autrefois). Il y avait un PET de Commodore, alors on m'a dit de faire joujou avec l'ordinateur. Mon père a parlé pendant très longtemps, et s'est rendu compte qu'il m'avait complètement oublié : un peu inquiet, il est venu me retrouver, et moi je n'avais pas vu le temps passer, j'avais pianoté sur le clavier pendant des heures. Pour éviter qu'on me prenne pour un génie précoce, je précise que je ne savais à peine lire, et je ne me suis sûrement pas mis à programmer : j'ai juste joué à regarder ce que les touches pouvaient produire comme effet, à déplacer le curseur et à afficher des choses partout sur l'écran. Il faut dire que le clavier du PET avait quelque chose du Space Cadet, il y avait toutes sortes de choses qu'une même touche pouvait produire, et notamment des petits dessins (block drawing, je veux dire) sous les touches.

Cette révélation du premier contact avec l'informatique a eu pour conséquence que mon père a décidé d'acheter un micro-ordinateur (pour moi et lui, ma mère n'étant absolument pas intéressée — mais pour moi il estimait que ce serait un bon achat éducatif). Il a dû passer un bon moment à prospecter et à discuter avec moi pour savoir ce qu'on allait acheter. En attendant j'ai dû revenir plusieurs fois sur le PET de l'IHP pour programmer mes premiers trucs en BASIC — à peu près du niveau de 10 PRINT "BONJOUR"␊20 GOTO 10 ou des choses de ce style.

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(lundi)

Nouvelles en vrac

  • Je commençais à trouver bizarre de ne recevoir aucune information concernant ma carte bancaire que j'ai perdue : j'avais immédiatement fait opposition par téléphone et, le lendemain, envoyé une lettre à mon agence pour (1) confirmer l'opposition et (2) demander que la nouvelle carte soit envoyée dans une autre agence ; une semaine plus tard, pas d'avis de mise à disposition de carte, pas de code qui arrive, rien. J'appelle un conseiller qui m'explique candidement que, non, aucune demande de nouvelle carte n'a été reçue pour moi : apparemment, le fait de faire opposition sur une carte et de demander que la nouvelle soit envoyée à tel endroit ne constitue pas une demande implicite de nouvelle carte. J'ai un peu l'impression de parler à des logiciens ! Bon, maintenant la demande a été faite, je suppose qu'ils vont trouver moyen d'oublier ma demande de réexpédition, et qu'entre temps le transfert d'agence va faire effet, et que ça va tout embrouiller. Face à tant de nullité, je me prépare donc mentalement à rester des mois sans carte.
  • Devant les manœuvres sournoises de la météo qui est passée presque du jour au lendemain du mois de juin au mois de novembre, mon corps a réagi comme il en a l'habitude : en me gratifiant d'un rhume carabiné. Si j'ai de la chance, je vais donc passer environ dix jours à grelotter et à me sentir épuisé dès que je soulève le petit doigt. Si j'ai moins de chance, ce sera comme l'an dernier où ça a duré des mois. Mais généralement, quand j'ai un rhume, le pire n'est pas tant les symptômes du rhume, le pire est la quantité de choses que je n'ai plus l'énergie de faire parce que je me sens complètement flagada. (Et loi de Murphy aidant, c'est bien sûr le moment que choisissent plein de gens pour me proposer des activités auxquelles j'aimerais participer.)
  • Dans la catégorie des petits tracas de santé, depuis quelques mois, mes gencives sont en train de se rétracter, surtout au niveau des canines (me transformerais-je en vampire ?), qui deviennent sensibles au froid et au chaud. Mon dentiste, qui y a vu l'effet d'un brossage trop agressif, m'a seulement conseillé de faire plus attention en me lavant les dents, mais j'ai beau le faire avec un soin infini, toujours de la gencive vers la dent, avec une brosse à dent souple et un dentifrice spécial gencives sensibles, j'ai beau ne plus jamais me faire saignoter en me brossant (alors qu'autrefois ça m'arrivait assez souvent), le problème persiste et semble même s'accélérer. De même que j'aimerais bien savoir comment j'ai pu vivre 25 ans sans avoir une seule carie et tout d'un coup m'en découvrir avec une régularité effrayante, j'aimerais bien comprendre comment ce problème peut apparaître aussi soudainement.

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(dimanche)

Anxiété maladive

Mes lecteurs réguliers doivent déjà savoir que je suis pathologiquement hyperanxieux : je fais occasionnellement des crises d'angoisses et des troubles mineurs du rythme cardiaque (tachycardie, extrasystoles) d'origine à coup sûr psychosomatique (de même, ma tension de base est bonne, mais elle monte très facilement) ; et comme je suis gravement hypocondriaque, ça n'aide pas. On m'a prescrit de l'Atarax pour les crises d'angoisse, et du propranolol pour éviter la tachycardie. Ça marche assez bien : j'ai réduit la dose de propranolol à 10mg/jour au coucher (le cardiologue m'avait initialement prescrit 60mg/jour en trois prises), et je ne prends l'Atarax qu'assez rarement et en quantités faibles (6mg, ce qui nécessite d'ailleurs de couper les comprimés plus que ce qui est prévu) ; je compte surtout, en fait, sur la puissance de l'effet placébo. Et je prends des tisanes, j'essaie de me détendre en écoutant de la musique douce… Les crises d'angoisse et la tachycardie sont assez bien sous contrôle, en fait.

Mais j'ai dans les prochains jours quelque chose qui m'angoisse et me met en colère à la fois (pour des raisons évidentes, je préfère rester totalement vague sur ce dont il s'agit). De façon totalement irrationnelle, bien sûr, mais néanmoins incontrôlable. La réaction psychologique que j'ai est maladive, mais la réaction physiologique n'est pas moins pathologique en elle-même : il suffit que je pense à cet événement (notamment la nuit) pour que je sente une véritable bouffée de chaleur, à tel point que je me mets à transpirer de tout mon corps. (Je ne sais pas si c'est ce que ressentent des femmes au moment de la ménopause, mais en tout cas c'est très déplaisant.) Le propranolol n'a pas l'air d'avoir beaucoup d'effet contre ça, bizarrement. J'ai l'impression que c'est une nouvelle forme d'anxiété ou d'hyperexcitation que je ne connaissais pas encore bien.

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(mardi)

Retour de Cologne

Mon poussinet et moi sommes rentrés hier soir de Cologne, où nous avons passé un week-end étendu. Je raconterai sans doute plus de détails plus tard (là j'écris de façon très pressée), mais nous avons beaucoup aimé.

Nous n'avons pas choisi Cologne pour ses vieilles pierres (et, de fait, à ce rayon, nous avons juste fait un tour de la cathédrale au pas de course, le reste ayant de toute façon été à peu près totalement détruit pendant la guerre), mais pour voir une ville jeune et vivante, et parfois décrite comme la capitale gay de l'Allemagne. De fait, ce que j'aime bien trouver dans une ville, ce sont des rues piétonnes commerçantes et animées. (Si on se demande quel genre de commerces je peux trouver à Cologne et pas à Paris, deux exemples seraient un magasin entier de Gummibärchen, ou un supermaché gay où je puisse trouver des BD de Ralf König en VO.) Comme la ville n'est qu'à trois heures de Paris en Thalys (et les billets ne nous ont rien coûté parce que mon poussinet avait des points de fidélité à dépenser), c'était une destination assez évidente. (En revanche, les jours n'étaient pas forcément un choix idéal, parce que le dimanche — encore plus qu'en France — tout ce qui n'est pas commerce d'alimentation est fermé ; mais nous nous sommes rattrapés sur le musée du chocolat.)

Par ailleurs, comme je me déplace aussi pour la bonne chère, on n'a pas mal mangé à Cologne (et pas que des Gummibärchen), malgré la réputation qu'a la cuisine allemande d'être grasse et lourde et dont je n'ai absolument pas testé la véracité pour l'instant. (J'ai juste pu, une fois de plus, m'énerver contre l'impossibilité d'obtenir de l'eau plate à table. Ne pas boire de bière est un handicap certain à Cologne.) Il y a aussi plein d'endroits sympa pour prendre un goûter. Accessoirement, notre hôtel (un bête Mercure) avait le buffet de petit-déjeuner le plus extraordinairement fourni que j'aie jamais vu.

Et mon allemand à l'oral est décidément lamentable, malgré tous les efforts que prodiguait mon poussinet pour me pousser à le pratiquer (va expliquer à la réception qu'il y a une fuite d'eau dans la clim qui a provoqué l'effondrement d'une dalle du faux plafond — ben voyons).

Ah, et j'ai réussi l'exploit d'attraper un coup de soleil malgré la météo pourrie.

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(mercredi)

Je n'ai pas les épaules symétriques

J'ai dans le dos une région ingrattable. C'est-à-dire que quelles que soient les contorsions que je fasse, si ça me démange dans ce coin (en gros, sur l'omoplate gauche), je ne peux pas me gratter, sauf à prendre un accessoire[#] ou à appeler un poussinet à l'aide.

La faute en est à mon épaule droite. Je ne sais pas comment ça se fait, mais j'ai beaucoup moins de mobilité dans le bras droit que dans le bras gauche. Avec mon bras gauche, pas de problème : si je mets ma main gauche contre mon dos (à plat, ouverte, dos contre dos, paume vers l'extérieur), je peux sans problème plier le coude pour remonter, plier le poignet pour remonter encore un peu, et atteindre presque n'importe quel point de la moitié droite de mon dos (et ceux qui sont vraiment trop haut pour y arriver comme ça, je peux les atteindre en passant mon bras gauche par au-dessus de mon épaule droite et en descendant : les deux régions se recouvrent et il ne me manque rien). Avec mon bras droit, c'est une autre histoire : si je mets ma main droite contre mon dos, mon épaule se positionne différemment, et pas moyen de plier le coude, ni même le poignet, sans me faire mal à l'épaule : le plus haut que je puisse toucher est un ou deux centimètres au-dessous de mon omoplate gauche (alors qu'avec la main gauche je peux remonter presque jusqu'en haut de ma colonne vertébrale). Je ne peux donc me gratter le haut du côté gauche du dos qu'en passant ma main droite par-dessus mon épaule gauche et en descendant jusqu'au point où je m'étrangle : ça n'arrive pas jusqu'à la base de l'omoplate, et j'ai donc des régions ingrattables.

Bref, mes épaules ne fonctionnent pas de la même façon. Je m'en rends compte de façon frappante si je me tiens poing contre poing dans le dos (c'est-à-dire, les deux mains fermées en poing, paume vers l'extérieur, l'une contre l'autre au niveau de la colonne vertébrale) : quand je fais ça, mon épaule droite est positionnée nettement plus en avant que mon épaule gauche, et d'ailleurs je sens que ça tire déjà un peu. (Je précise que quand je me tiens normalement il n'y a pas de différence.)

C'est sans doute aussi l'explication que je peux sans problème enfiler un sac à dos en passant d'abord le bras droit et ensuite le bras gauche, mais beaucoup plus difficilement dans l'autre sens.[#2]

Je me demande si je suis irrémédiablement foutu comme ça, ou s'il y aurait moyen d'assouplir gentiment mon épaule droite pour lui apprendre à faire comme la gauche.

[#] Idéalement, ce genre de baguettes, qui ressemble un peu à un sceptre, avec une main au bout, et qui sert à se gratter le dos. Je ne sais pas où ça peut se trouver.

[#2] Je ne sais pas comment font habituellement les droitiers. L'inconvénient de passer le bras droit en premier, c'est que le poignet gauche a tendance à râcler un peu contre la lanière gauche du sac, ce qui n'est pas grave sauf si on porte une montre au poignet (gauche, comme c'est habituellement le cas pour les droitiers). J'ai déjà pété un bracelet de montre en faisant ça.

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(mardi)

Utilikilt

J'aime beaucoup les kilts, je trouve ça à la fois sexy à regarder et confortable à porter. Mais il y a deux problèmes : le premier, c'est que comme tout un tas de choses qui touchent de trop près à un héritage culturel, les gens ont plein d'idées sur l'importance de l'authenticité. S'agissant des kilts, ces idées seraient : qu'il ne faut rien porter dessous, ou qu'on doit porter le tartan de son clan — et par conséquence qu'on ne doit pas porter le kilt si on n'est pas écossais/irlandais/gallois —, ce qui d'ailleurs n'est même pas une tradition historique exacte, comme le kilt lui-même d'ailleurs, ça semble faire partie de ces traditions qui sont apparues aussi soudainement que la parution de Waverley. Mais j'ai déjà exprimé ce que je pense de la quête de l''« authenticité », donc passons. Toujours est-il que si on porte un jean personne ne veut que vous soyez un mineur californien alors que si on porte un kilt on est censé être écossais : c'est assez idiot.

Problème nº2 : les kilts n'ont pas de poche. Ça c'est vraiment embêtant. Moi je me balade avec tout un matériel de survie quand je vais n'importe où (un psychanalyste m'a dit — la seule fois de ma vie où j'ai parlé avec un psychanalyste dans l'exercice de ses fonctions — que c'était probablement parce que mes parents n'avaient pas bien rempli leur rôle que je me sentais obligé d'avoir plein d'objets rassurants avec moi partout où je vais — authentique). Même si je fais au minimum, il y a au moins mon portefeuille, mon porte-monnaie, mon téléphone mobile, mes clés et un paquet de mouchoirs ; je n'aime pas mettre ça dans mon blouson parce que je m'en défais plus facilement, et d'ailleurs en été je n'en ai pas du tout. Bon ben pour transporter des objets, quand on a un kilt, on est censé (pour faire « authentique ») utiliser un sporran : eh bien ces trucs sont minuscules, malcommodes, et quand on marche avec ils rebondissent à chaque pas et ils ont l'air spécialement conçus pour (a) taper dans les couilles du porteur et (b) faire du bruit et attirer tout le voisinage sur le fait qu'on se balade en kilt (et qu'on se fait broyer les couilles).

[Digression :] En fait, si on veut attirer l'attention, le kilt ne marche pas si bien que ça. Ce qui marche beaucoup mieux, et qui souffre exactement des mêmes défauts que je viens de signaler (la difficulté d'atteindre l'authenticité, et le manque cruel de poches), c'est la toge romaine. J'en ai porté une, une fois (ça avait été super dur de trouver une description précise et fiable de comment le tissu devait être coupé et comment il fallait le plier), et je peux témoigner que les gens vous regardent vraiment bizarrement. Et par ailleurs c'est complètement merdique parce que non seulement on n'a pas la moindre poche mais en plus la toge monopolise complètement un bras qui aurait pu, sait-on jamais, servir à quelque chose d'autre qu'à porter un foutu pli de la chose. On voit que c'était un vêtement porté par des gens riches qui avaient des esclaves pour leur éviter de se servir de leurs mains. Ah, et puis ça se défait dès qu'on fait trois pas (enfin, ça c'est peut-être parce que ma toge n'était pas dans le bon tissu ou simplement parce que je ne suis pas né dans une famille de ces gens riches qui n'avaient rien de mieux à faire qu'apprendre les déclinaisons et à porter la toge). Mais je reviens au kilt.

J'en avais déjà un (un noir, pour éviter l'épineux problème de trouver un tartan approprié et « authentique »), acheté ainsi que le sporran et le ghillie shirt qui vont avec sur ce site. C'est joli, mais comme je viens de l'expliquer c'est fort peu pratique, donc je ne le mets jamais.

Heureusement, les Américains sont venus à la rescousse du kilt comme ils étaient venus à la rescousse de la pizza (i.e., pendant que les Italiens se disputent pour savoir si c'est permis de mettre des champignons sur une pizza, eux n'ont aucun problème à y mettre des ananas ou du poulet « à la thaïlandaise »).

La rescousse prend la forme d'une compagnie appelée Utilikilts et qui a comme le Bauhaus adopté la devise de Louis Sullivan : Form follows function. Pas de souci d'authenticité et, par contre, de vraies poches. Et ce n'est pas moins sexy qu'un kilt original si on arrive à croiser les bras en prenant un air féroce. Mais en contrepartie, c'est vendu à un prix corsé (et rendu encore plus exorbitant par le fait qu'UPS prend, en plus du prix du transport, une demi-dizaine de frais de dossiers différents pour la présentation aux douanes). Hélas, aucune compagnie européenne ne fait de truc semblable (peut-être par peur du courroux des Écossais). Bon ben j'ai fini par craquer et en acheter un.

Et je dois reconnaître que, sauf vice caché, je n'ai pas été trompé sur la marchandise : la coupe est (une fois suivies leurs instructions précises sur la façon de mesurer la taille) parfaite, ça tombe bien, c'est agréable à porter, et les poches sont bien faites (elles sont spacieuses et largement séparées du kilt, et pourtant elles ne s'agitent pas quand on marche comme le ferait un sporran). Globalement je suis content de l'achat, et contrairement au kilt que j'avais déjà, celui-là je risque de le porter plus souvent que jamais.

(Photos à venir si je trouve quelqu'un pour en prendre.)

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(lundi)

Plouf dans la Garonne

J'étais à Bordeaux ce week-end, et j'ai vu quelqu'un se jeter dans la Garonne.

Plus précisément, c'était samedi (2011-07-09) vers 17:30+0200, sur le pont de Pierre. Mon poussinet et moi traversions le fleuve pour aller voir quelque chose rive droite, nous avons remarqué un mec (d'une vingtaine d'années, type arabe, en survêtement, look un peu « racaille ») qui, vers le début du pont (et côté amont — le trottoir aval est en travaux), se penchait vers les berges comme s'il regardait quelque chose. Mon poussinet a remarqué qu'il décalait dangereusement son centre de gravité, et nous avons continué. Un peu plus loin (un peu avant le milieu du pont), j'ai voulu prendre mon poussinet en photo avec mon téléphone, j'ai commencé à cadrer, et le mec d'avant s'est approché de moi, a fait un signe en direction de mon téléphone que j'ai vaguement interprété comme signifiant qu'il voulait nous prendre en photo ou que je le prenne en photo ou quelque chose comme ça (et en tout cas j'ai imaginé qu'il ne parlait pas français parce qu'il n'a rien dit), et aussitôt après il est monté debout sur le parapet. Le temps que je me retourne vers mon poussinet, ce dernier a dit quelque chose comme « mais il est fou, il va tomber », je me retourne de nouveau et le type avait disparu, et mon poussinet et d'autres passants ont commencé à crier qu'il était tombé. (Plus tard, l'un d'eux a même dit qu'il l'avait vu faire un saut périlleux. Moi je n'ai pas vu la chute.) Nous nous sommes rués vers le côté aval (il fallait passer des barrières de chantier) pendant qu'un des autres passants appelait les pompiers et décrivait l'endroit. Le mec faisait des mouvements de crawl en direction de la rive gauche, ce n'était pas très clair s'il nageait mal ou si le courant était simplement trop fort (ça c'est certainement vrai, mais ce n'était pas clair si en plus il nageait mal). Quelqu'un a essayé de lui crier de ne pas lutter et de plutôt se laisser emporter. De fait, on a vu la tête du type descendre sous l'eau un certain nombre de fois et on s'est dit qu'il se noyait. Les pompiers sont arrivés vite (c'est plus le coup de fil qui était long à faire), au début nous avons cru qu'ils venaient du mauvais côté (rive droite), mais c'est qu'ils allaient prendre un bateau de ce côté-là. Le mec a fini par atteindre la rive exactement ici (juste en amont d'une espèce de structure en béton dont je ne sais pas la fonction ; il a donc fait ~280m en ligne droite), mais il ne bougeait plus. Les pompiers sont arrivés à la fois en bateau par le fleuve et en camion rive gauche, ils l'ont transporté en bateau jusqu'à un débarcadère un peu en aval ; mon poussinet et moi sommes allés voir si le mec était bien vivant (oui), et si la police voulait des témoignages (ils ont juste noté les coordonnées de celui qui avait appelé les pompiers et ont posé quelques questions au groupe des témoins, pour clarifier notamment que le type avait sauté côté amont/sud du pont, et aussi qu'il était habillé quand il a sauté — parce qu'apparemment les pompiers l'ont retrouvé nu, et personne n'a été capable de dire quand et comment ses vêtements se sont dématérialisés).

Toute la scène était un peu surréaliste. Je ne sais pas pourquoi le mec a sauté, et je suppose que je n'aurai pas le fin mot de l'histoire (à moins de lire Sud-Ouest édition de Bordeaux, colonne des chiens écrasés aujourd'hui, mais je ne trouve rien sur leur site Web concernant ce fait divers). Je suis convaincu que ce n'était pas une tentative de suicide mais un défi stupide (le geste qu'il m'a fait voulait sans doute attirer mon attention sur son exploit à venir, surtout s'il a bien fait un plongeon en saut périlleux, et ensuite il a dû retirer ses vêtements pour mieux nager), dont il n'avait pas mesuré le danger (outre que le courant était vraiment très fort et qu'il a failli se noyer, il aurait pu s'écraser contre une des piles du pont ; pas sûr que ce soit une bonne idée de boire la tasse dans l'eau très boueuse de la Garonne).

Mais une chose que je trouve intéressante, c'est la difficulté de faire un témoignage précis. J'ai essayé, ci-dessus, mais je suis sûr que j'ai déformé les faits et interpolé des choses qui ne sont pas exactement ce que j'ai vu. Même sur une trame aussi simple (un mec se jette à l'eau et nage jusqu'à la rive, épuisé), les quelques témoins que nous étions, et qui avons discuté pendant que les pompiers s'affairaient autour du noyé, avions une vision différente, voire contradictoire, de certains détails (combien de temps était-il resté debout sur le rebord du pont ? comment avait-il plongé ? avait-il fait un signe ?). C'est dire si, dans une enquête criminelle où de plus les témoins sont souvent impliqués émotionnellement, les témoignages doivent être pris avec des pincettes.

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(mardi)

Vacances à Oléron

Je reviens d'une semaine de vacances[#] avec mes parents et mon poussinet. Enfin, ce n'est pas vrai, je suis rentré dimanche soir : c'est fou le nombre de choses que j'ai à faire en rentrant de vacances, et le temps que ça prend.

Nous étions sur l'île d'Oléron, heureusement juste avant le début de l'invasion touristique, et nous avons passé notre temps à farniente (et pas à nous baigner ni à faire de la planche à voile[#2]). Mes parents ont tenté sans succès de retrouver l'endroit où mon père avait passé du temps sur cette île il y a quarante ou cinquante ans (les souvenirs de mon père sont toujours d'un très grand flou donc ce n'était pas facile), mon poussinet et moi à dormir, à nous balader, à chercher des jolis garçons à regarder (guère de succès) et à pester contre la 3G qui ne passe pas. Ah, et mon poussinet et ma maman ont fait plein de parties de Scrabble®, aussi, et ma maman nous a préparé plein de repas délicieux.

Le principal point d'intérêt était le petit phare de Chassiron (ici), que nous avons visité de jour (ce qui m'a permis de confirmer que j'ai le vertige même en haut d'une ridicule quarantaine de mètres, si je suis dehors et que le vent souffle) et admiré de nuit (c'est assez féerique, un phare allumé vu d'en bas — et c'est amusant qu'il est difficile de compter le nombre de faisceaux régulièrement espacés). Du coup, mon poussinet et moi avons lu plein de choses sur Wikipédia sur les phares (entre autres celui d'Ar-Men, dont l'article Wikipédia, au style inimitablement pittoresque, raconte qu'il ne devait pas être rigolo à gardienner, c'est le moins qu'on puisse dire — il y a de jolies vidéos de ce phare et d'autres sur le Web, mais malheureusement aucune photo de l'intérieur, ce qui est dommage parce que ça n'a pas l'air trop visitable et qu'après la lecture de l'article on voudrait bien voir comment c'est dedans). Et sur les îles, aussi. Résultat, mon poussinet s'est mis en tête la lubie d'aller une semaine (hors saison) sur l'Île de Sein, j'espère que cette idée va lui passer.

Bon, le truc inutile en pleine mer près d'Oléron, ce n'est pas un phare, c'est le fort Boyard, que nous avons fait une minuscule croisière en mer pour aller regarder (ainsi très brièvement que l'île d'Aix). S'il y a une chose qui est impressionnante avec ce phare, c'est bien la longueur et le niveau hallucinant de détail de l'article Wikipédia sur le jeu télévisé qui s'y déroule.

[#] Je suis notoirement diacopéphobe (c'est comme ça qu'on dit ?), donc c'était un compromis âprement négocié entre les différentes parties.

[#2] Apparemment c'est une activité fréquente dans le coin. Ou faut-il maintenant dire windsurfing ? J'étais tombé un jour dans je ne sais plus quel journal gratuit sur un article comparant le windsurfing et le kitesurfing (avec une inteview du champion je-ne-sais-quoi de l'un de ces deux trucs, qui expliquait la supériorité de son truc sur l'autre des deux trucs) qui ne prenait même pas la peine d'expliquer ce que signifiaient au juste ces deux termes hautement confusants pour le philistin que je suis (un kite désignant un cerf-volant, à ma connaissance un cerf-volant ça vole grâce au vent, donc on ne peut pas dire que la distinction saute aux yeux). Après coup, j'ai plus ou moins compris que le windsurfing doit être ce qu'un péquenot comme moi appelle la planche à voile et que le kitesurfing doit être un truc où la voile est séparée de la planche et prend plus ou moins une gueule de cerf-volant que le cerfvolantplanchiste tient au bout d'une corde.

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(lundi)

J'aimerais savoir comment mon cerveau marche

Certes, je suppose que tout le monde aimerait savoir comment son cerveau marche — ou, en fait, peut-être que non parce que ce serait trop effrayant. (Souvent, je me sers joyeusement de quelque chose, notamment en informatique, jusqu'à ce que j'apprenne comment ça fonctionne et que je découvre ainsi avec horreur que c'est contraire à tous les principes de bonne conception, et que rien qu'à entendre le principe je devine une pléthore de bugs, et du coup je ne veux plus m'en servir. Sans doute une raison de ne pas apprendre la médecine quand on est geek perfectionniste : la conception du machin est à chier. Bon, c'est vrai que mon cerveau ne me sert pas trop.)

Non, plus sérieusement, je veux dire que j'ai une impression introspective de pouvoir identifier des processus cognitifs récurrents, et je serais curieux de savoir s'ils correspondent réellement à l'activation d'un groupe de neurones localisable. Des sensations, par exemple — mais par sensation, je veux parler de quelque chose de beaucoup plus précis que, disons, la peur : j'identifie déjà un assez grand nombre de peurs bien distinctes.

Par exemple il y a la peur provoquée par une sensation de mystère inquiétant et qui dont je me demande s'il n'a pas une composante surnaturelle, comme une peur ancienne et ancestrale devant l'inconnu qui apparaît essentiellement, mais difficilement, quand je lis de la fiction et nettement plus souvent dans mes cauchemars (zut, en relisant cette entrée, je me rends compte que je radote vraiment) ; quand j'étais petit, je l'appelais la peur surnaturelle ; cette peur précise ne provoque pas une accélération de mon rythme cardiaque mais des frissons glacés. Je suis vraiment tenté de penser qu'il y a un groupe de neurones très ciblé qui s'active quand j'ai cette peur. Je pourrais aussi mentionner la peur provoquée par la prise de conscience du fait que je suis mortel et que l'Univers cessera d'exister avec ma mort, qui viendra inéluctablement (je ne dis pas juste la peur de la mort, parce que ce n'est pas du tout la même que celle que je vais ressentir si quelqu'un commence à me courir après en essayant de me tuer), qui semblerait presque être une sorte de garde-fou placé là par l'évolution pour éviter que les créatures devenues trop intelligentes raisonnent contre leur propre survie. S'agissant de ces deux exemples, d'ailleurs, j'aurais vaguement envie de prendre un gamma-knife et de blaster les neurones en question. 😈

Mais sinon, il y a le sentiment que j'éprouve quand on évoque, notamment de façon inattendue ou en faisant une connexion qui me surprend et me plaît, mais avec quelque solennité, quelque chose ou quelqu'un envers quoi j'ai un profond respect, et qui s'accompagnerait volontiers d'une musique d'Elgar : ma description est totalement grotesque, parce que je ne sais pas quels mots mettre dessus (disons que c'est le sentiment du respect majestueux), mais ce sentiment chez moi est très précis et très fort, et il me met à coup sûr les larmes aux yeux. (Dans la fiction, c'est le sentiment que j'éprouve quand le chevalier inconnu s'avère être Richard Cœur-de-Lion ou dans ce genre de scène.)

Il y a aussi le sentiment émanant de la contemplation de la beauté en mathématiques, mais là je suis moins sûr de sa constance : mon appréciation de la beauté combinatoire des corps finis est-elle la même que mon appréciation de la grandeur des tours d'ordinaux ? Je ne sais pas.

J'aurais bien envie de passer dans un appareil à IRM fonctionnelle en activant toutes sortes de ces processus cognitifs (du moins ceux que je peux activer à la demande, ce qui n'est pas le cas de tous) pour savoir où ils se positionnent dans mon cortex (et peut-être découvrir que je suis bien naïf et que j'ai totalement tort de penser que ce sont des choses localisées et constantes). Malheureusement, l'IRM fonctionnelle est bien trop coûteuse pour qu'on puisse s'en servir pour faire joujou.

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(samedi)

Ma TORANT-list s'allonge

Mon problème récurrent, sur ce blog, est que je ne sais pas écrire des entrées courtes. Je conçois l'intérêt du microblogging pour les gens qui sont placés au premier rang de l'actualité et qui vont tweeter quelque chose comme Monsieur Ben Laden était mon voisin, et il est en train de se faire descendre, mais pour ma part, je suis plutôt le dernier au courant de tout, donc si je peux apporter quelque chose à mes lecteurs, ce n'est pas une information brève et percutante, c'est plutôt la logorrhée qui me tient lieu de réflexion — autrement dit, je sais ranter (pérorer ? blablater ? épiloguer ?). Je ne vois pas l'intérêt d'écrire des entrées du style ce soir, j'ai mangé du poisson meunière (même si c'est vrai et c'est bon) ou je viens de compiler un Linux 2.6.38.5 (là, ce n'est pas vrai, mais je devrais sans doute) et autres facebookeries ; et je ne suis pas non plus doué pour les phrases concises et percutantes.

L'ennui, c'est que ranter prend du temps.

Et donc régulièrement, quand il me vient à l'esprit une idée de sujet sur lequel je pourrais étaler ici ma sagesse incommensurable, je n'ai pas le temps de le faire (et en fait, quand je parle de temps, c'est souvent plutôt que je suis trop fatigué, ou pas dans le bon état d'esprit, ou que je sais que je serai interrompu, ce genre de choses) ; et je me contente donc d'inscrire cette idée dans ce que j'appelle mentalement mon vivier à mèmes, mais que je devrais plutôt qualifier de TORANT-list. Parfois, quand je trouve le temps d'écrire quelque chose, je pioche là-dedans ; mais en fait, j'en retire beaucoup moins de choses que je n'y mets, parce que la motivation à écrire un rant décroît très rapidement avec le temps depuis lequel l'idée m'est passée par la tête. (J'ai aussi le problème que je ne sais pas comment entrer en matière : c'est con, mais ça me bloque souvent — j'aime bien commencer mes entrées par une connexion avec le présent, et si cette connexion manque, j'ai l'impression de ressortir un poisson pas frais de mon frigo.) Cette liste des entrées de ce blog que je n'ai pas écrites commence donc à devenir démesurément longue, et d'ailleurs je ne sais plus trop ce que je suis censé raconter sur certains sujets.

(Et encore, tous ces problèmes ne sont rien par rapport aux problèmes analogues que j'ai avec mes fragments littéraires gratuits, où il me faut vraiment trouver le bon état d'esprit, le bon moment pour pouvoir en écrire, et c'est aussi beaucoup plus long. Cela fait très longtemps que je n'en ai pas écrit, ça me manque beaucoup, et si vous voulez blâmer quelqu'un, je vais dire que c'est la faute de mon poussinet. ☺)

Voici la liste, dans l'ordre vaguement chronologique de quand l'idée m'est venue, de choses sur lesquelles je compte écrire une entrée Un Jour Peut-Être :

  • L'indiscernabilité en mathématiques. (Ou : qu'est-ce que cela signifie — philosophiquement — que deux objets mathématiques sont le même ? Notamment si l'objet est unique à isomorphisme près, mais pas à isomorphisme unique près.)
  • Quelque chose sur les réseaux euclidiens dans le plan. (Et le rapport avec les courbes elliptiques, la multiplication complexe, et l'exemple du nombre exp(π√163).)
  • Mes douleurs cardiaques imaginaires, un chapitre dans la vie d'un hypocondriaque. [Fait : 2014-02-27#2195]
  • Pourquoi je suis pro-nucléaire, ou plutôt anti-anti-nucléaire, pour des raisons écologistes, et sans doute plus encore depuis qu'on nous bassine au sujet de la centrale de Fukushima. Pourquoi il faut absolument développer un réacteur au thorium. Et pourquoi j'ai envie de donner des baffes aux imbéciles qui ont décidé d'interdire certains types d'ampoules en Europe. [Partiellement fait : 2011-06-06#1895]
  • La métaphysique totipsiste. [Fait au passage : 2015-11-05#2334]
  • Les subtilités de l'abiogenèse vue du point de vue ergodique. (Ou : du point de vue ergodique, si la vie apparaît et se maintient, c'est qu'un tas aléatoire des bons atomes est déjà vivant — commenter cette affirmation.)
  • Mon étonnement devant le fait que la philologie fonctionne. (C'est extraordinaire que les anglais se soient mis collectivement à prononcer [ɛ] ce qu'ils prononçaient [aː].)
  • Les subtilités de l'ordre alphabétique. [Enfin, je ne sais vraiment plus ce que je voulais en dire.]
  • Serait-il possible à l'algorithme de suggestion de YouTube/Amazon/quidlibet de devenir vraiment bon au lieu de suggérer bêtement vous aimerez X parce que vous avez aimé Y ?
  • La manière dont la collectivité fait des choix de groupes dans lesquels on se retrouve ensuite coincés. Pourquoi c'est une forme de dépendance collective, et en quoi ça invalide (ou non) l'idée que chacun est libre de ses propres choix.
  • Tenter de vulgariser le corps à un élément.
  • Pourquoi certains deviennent enragés au sujet de l'apparition de leur nom sur le Web (et s'imaginent qu'ils ont le droit moral ou légal de vous faire effacer la simple mention de celui-ci). [Fait : 2012-11-03#2087]
  • On ne devrait pas avoir le droit de vendre du matériel informatique ou électronique qui soit « briquable » de façon irréversible en flashant un firmware corrompu ou malicieux (il devrait toujours y avoir un moyen simple de revenir à un firmware valable).
  • Quand la segmentation du marché est-elle une bonne chose ?
  • Les choix qu'une société ou un pays fait de ses formes légales (constitutionnelles, mais aussi, e.g., droit civil vs. common law) sont-ils vraiment un choix de cette société ou le simple résultat du hasard ? [Plus ou moins fait : 2011-06-12#1896]
  • Quand la protestation et les manifestations deviennent une forme de course aux armements.
  • Pourquoi le rêve de la conquête spatiale est naïf (et celui de terraformer une planète encore plus). [Plus ou moins fait : 2014-04-15#2199]
  • Le risque que les économistes optimisent les mauvaises fonctions.
  • Vulgariser quelques trucs pour manipuler les puissances de 10.
  • Il y a des sujets mathématiques dont j'aimerais avoir quelqu'un avec qui parler.
  • Qui a programmé l'interface utilisateur de mon réveil ? (Et comment a-t-il pu être aussi mauvais ?) [Fait : 2012-09-26#2074]
  • Les affiches de jeux vidéos qui me donnent envie de les voir comme films.
  • Quelles sont toutes les manières dont une substance peut être interdite ? (Interdite à l'achat, à la vente, à la détention, à la consommation, à la production, à l'importation, à l'exportation… quelles combinaisons sont possibles, et avec quels exemples ?) [Vaguement fait : 2017-07-09#2448]
  • Le petit jeu étrange de la diplomatie : et qui en a inventé les règles, et comment pourrait-on les changer ? [Rant déjà un peu fait ici.]
  • La manipulation exacte des images vectorielles (e.g., écrasement de transparences superposées) et la géométrie algébrique réelle.
  • Pourquoi les nombres premiers fascinent les mathématiciens amateurs ?
  • Les objets mathématiques qui me fascinent. [Fait et même refait : 2012-09-23#2072, 2015-05-07#2296 et 2015-12-11#2341]
  • Qu'est-ce que l'identité (légale, etc.) d'une personne, et comment peut-on la prouver ?
  • Pollution de l'espace Wifi. Ou : Free et compagnie me font chier.
  • La courbe algébrique donnée par la caustique d'une réfraction plane.
  • Comment faire un cours d'introduction à la géométrie algébrique ? [Fait : 2011-05-15#1882]
  • Le vocabulaire allemand que j'ai appris grâce à Ralf König. [Fait indirectement : 2011-09-06#1927]
  • Pourquoi les gens croient-ils à cette dichotomie selon laquelle l'orientation sexuelle serait soit un choix soit génétique (je crois que ce n'est ni l'un ni l'autre). [Fait : 2011-08-24#1924.]
  • Pourquoi notre peur de la mort résulte de notre perception du temps (on ne devrait pas en avoir plus peur que de la naissance ou de l'extrémité gauche de notre corps).
  • La manie des entreprises de tout sous-traiter.
  • La manie des entreprises de créer des filiales pour se défausser de ses responsabilités.
  • Le bon Isaac Asimov par rapport, disons, à Frank Herbert.
  • Mon obsession de la préservation de l'information. [Très vaguement fait : 2011-09-14#1937]
  • L'accusation politique d'être libéral en France, et celle d'être socialiste aux États-Unis.
  • Les causes principales d'homophobie par ignorance, et comment on pourrait y répondre.
  • Pourquoi communiquons-nous ? (Résumer notamment les idées de mon collègue Jean-Louis Dessalles.) [Très vaguement fait : 2015-11-23#2339]
  • Comment a-t-on pu inventer une technologie aussi merdique et foirogène que le Wifi ?
  • Les technologies qui me donnent envie de les utiliser, juste pour jouer avec. [Fait : 2011-06-05#1894.]
  • Pourquoi les Français sont-ils désespérément incapables de faire une file unique ?
  • Pourquoi certains domaines des maths ressemblent-ils à un labyrinthe de petits théorèmes tordus, tous semblables, et comment éviter cela ? [Fait sur un exemple : 2012-10-25#2084.]
  • …ou, inversement, comment répondre à toutes les questions qui surviennent « naturellement » dans un domaine.
  • Le mythe que la bisexualité n'existe pas, contre le mythe que tout le monde est bisexuel. [Fait en passant : 2011-08-24#1924.]
  • Le mythe que le succès est reproductible (pire : qu'il est mérité ou prévisible). [Fait : 2011-06-24#1898.]
  • Réencodages et transcodages, le problème du round-trip, et le théorème de Cantor-Schröder-Bernstein. [Vaguement fait : 2014-11-10#2246]
  • Faudrait-il écrire une nouvelle déclaration des droits de l'homme ? Et comment ?
  • Vaut-il mieux que les programmes soient uniformes à travers les OS, ou que les OS soient uniformes à travers les programmes ?
  • Ce que je pense de Bitcoin (pas trop de bien), du point de vue économique et du point de vue de la sécurité contre les DoS. [Fait : 2011-05-16#1883.]
  • Pourquoi je continue à préférer les écrans CRT. [Fait : 2012-08-24#2064.]

(J'ai pas mal hésité à publier cette liste, parce que beaucoup de ces formulations lapidaires peuvent donner une impression complètement fausse sur le problème dont je voudrais parler, et plus encore sur ce que serait ma position. Gare à ne pas imaginer des choses, donc !)

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(dimanche)

Huitième blogoversaire

Ce blog a aujourd'hui huit ans, donc joyeux blogoversaire à moi. Je continue tout doucement (mais alors tout doucement) à lui écrire un nouveau moteur — j'espérais vaguement pouvoir lui en faire un cadeau aujourd'hui, mais ce sera pour plus tard. Je vais essayer de quand même me dépêcher pour que ce soit prêt avant que le grand cycle cosmique de l'Internet fasse que Facebook tombe à l'abandon et que les gens se rappellent qu'il existe un Web au-delà, et qu'on peut même y raconter sa vie, si, si.

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(vendredi)

Quelques résultats scientifiques

J'évoquais hier le fait que je travaillais sur deux questions à la fois : voici que ces deux questions se sont reliées de façon inattendue, chacune apportant la solution de l'autre. À savoir :

  • l'hypothèse de Riemann est indécidable (dans ZFC et dans des systèmes beaucoup plus forts, devrais-je préciser), et
  • il existe un algorithme en temps polynomial pour factoriser les entiers (mais la complexité de cet algorithme n'est pas démontrable dans ZFC).

L'idée-clé de la démonstration du premier fait est d'associer à chaque zéro de la fonction zêta une démonstration dans un certain système formel 魚 (un peu compliqué à définir) : si le zéro ne se trouve pas sur l'axe critique, la démonstration prouvera ⊥ (i.e., une contradiction) dans ce système formel 魚 ; a contrario, si une contradiction se trouve, alors on peut l'utiliser pour produire des zéros non situés sur l'axe critique. Donc, l'hypothèse de Riemann équivaut à la consistance du système formel en question. Encore faut-il pouvoir en dire quelque chose ! C'est là qu'intervient le second point : ce système formel peut se voir, en fait, comme lié un protocole cryptographique 𓆛 (là aussi, les détails sont un peu compliqués) tel que prouver la sécurité du protocole 𓆛 revienne exactement à prouver la contradiction du système formel 魚. Or il est relativement facile de ramener la sécurité du protocole 𓆛 à la difficulté de la factorisation des entiers. Reste la dernière pièce du puzzle : ce protocole peut se voir comme un jeu à deux joueurs et, interprété dans le cadre de la théorie des jeux à la Conway, il définit naturellement un ordinal, qui se décrit comme l'écrasement d'un certain grand cardinal que j'appelle icthy un (c'est le premier d'une famille infinie), et qui mesure précisément la force du système formel 魚. Tout tombe donc dans ZFC augmenté de l'hypothèse le cardinal icthy un existe, et si on croit à cette hypothèse, les résultats ci-dessus sont démontrés.

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(jeudi)

Débordement de contexte mentaux

Je pense à trop de choses à la fois, et ça me fatigue.

Je veux dire, scientifiquement. Je travaille sur deux questions à la fois (qui d'ailleurs n'avancent pas, justement parce que je m'éparpille), je donne ceux cours très différents en ce moment (et même si le niveau intellectuel d'un cours en première année d'école d'ingénieur ne vole pas très haut, ça me fait quand même fatalement réfléchir à des questions autour des sujets que j'enseigne, surtout qu'il y a un de ces cours que je fais pour la première fois) sans compter un autre qui arrive et que je dois réorganiser par rapport à l'an dernier, je travaille avec un ami à écrire un livre (sur la théorie de Galois), et par-dessus le marché il y a ces histoires de trous noirs qui m'obsèdent en ce moment. Voilà donc au moins six choses différentes sur lesquelles je réfléchis en parallèle, juste pour ce qui est des maths (parce qu'évidemment, il y a aussi plein d'autres choses allant de ce que je vais manger ce soir à comment faire marcher WebGL sur mon Firefox 4, qui n'ont rien à voir, mais qui ne demandent pas énormément de présence d'esprit), et auxquelles s'ajoutent encore plein de petites questions de maths qui vont et qui viennent un peu tout le temps.

Cela fait trop de contextes mentaux : chacune de ces choses demande que je retienne où j'en suis dans ma réflexion (ou que je sache le retrouver), cela monopolise plus de mémoire et de neurones que les connaissances brutes qui sont associées. Dans une analogie informatique-geek, on pourrait dire que j'ai un load average d'au moins 6, et que mon scheduler a un peu du mal avec ça, parce que mon cerveau n'est pas vraiment multi-core (je ne suis pas schizophrène) : les changements de contexte prennent du temps parce que les caches se font invalider (ou peut-être est-ce une mémoire plus lente, même, qui sature : j'écris des gribouillis de notes sur papier pour me rappeler d'où j'en suis, autrement dit, je swappe).

Il y a des gens qui n'ont pas de mal avec ça, ils sont contexte-agiles. Moi j'y arrive très difficilement. C'est la raison pour laquelle mon intérêt à tendance à se focaliser sur une question, à s'obséder pour elle, même, jusqu'à ce que je la lâche, ce qui se fait normalement après avoir écrit une trace de mes pensées pour pouvoir revenir vers elle longtemps après si je dois m'y réintéresser. Je n'aime pas être forcé à naviguer entre plusieurs questions. (En ce sens, être examinateur à l'épreuve de TIPE a été très chaud, parce qu'il fallait dix fois par jour changer de sujet du tout au tout.)

Demain, il y a un séminaire auquel je n'assisterai pas : je ne veux pas ajouter encore d'autres contextes mentaux, fût-ce temporairement le temps d'un exposé. Dans une période plus calme, c'est plutôt intéressant, mais là, vraiment, non.

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(jeudi)

Nouveau téléphone, HTC Desire Z

Récemment j'ai installé CyanogenMod (la version communautaire d'Android) sur mon téléphone HTC Dream (aka G1, aka, dans mon cas, Google Dev Phone). Comme je le racontais, cela marche pas mal si ce n'est que c'est plus lent (sauf le navigateur, qui est nettement plus rapide). Il y a cependant une chose que j'ai mis un moment à constater, c'est que la batterie s'use beaucoup plus vite depuis ce passage. J'ai fini par en avoir marre et par m'acheter un nouveau téléphone, un HTC Desire Z, ce qui m'a motivé étant la découverte du fait qu'il était possible d'en acheter en France avec un clavier QWERTY (j'aime avoir un vrai clavier physique sur mon téléphone vu que je m'en sers surtout comme terminal et navigateur Web, d'où mon intérêt pour le Desire Z, et j'exècre les claviers AZERTY). Je l'ai reçu hier. Pour l'instant, il est encore un peu trop tôt pour dire si j'en suis content, mais ça a l'air plutôt bien parti : il est tellement plus rapide que l'ancien, l'autonomie a l'air bien meilleure (indépendamment du problème spécifique au passage à Cyanogen), l'écran est plus grand et plus confortable, le GPS semble marcher du tonnerre, le clavier est certes moins bon mais néanmoins supportable et le téléphone dans son ensemble est plus léger et moins encombrant.

Ce qui ne veut pas dire que je n'aie pas rencontré de difficultés pour créer l'environnement que je veux.

Le téléphone venait avec un Android préinstallé, bien sûr : une version propriétaire (⇒modifiée) d'Android par HTC. A priori elle n'avait pas l'air mal (en tout cas, c'est très joli), et j'ai envisagé de la garder. Ce qui m'exaspère un peu, cependant, c'est les efforts que ces gens déploient pour que le propriétaire du téléphone n'ait pas le contrôle de ce qu'il a acheté : il faut donc faire toutes sortes de singeries (expliquées ici et dans le cas de ce téléphone précis) pour en acquérir le contrôle complet, i.e., devenir root dessus. Je ne comprends vraiment pas pourquoi le fabricant joue à brimer ses clients de la sorte (éventuellement les opérateurs de téléphonie mobile, je peux le comprendre, pour éviter qu'on fasse un usage abusif de leurs réseaux, mais là j'ai acheté ce téléphone nu). Mais ce qui m'a fait vraiment craquer, c'est quand une mise à jour fournie par HTC m'a obligé à recommencer ces efforts. Et surtout, il ne s'est pas contenté de me dé-root-er, il m'a aussi cassé le Wifi (et je suis certain que ce n'est pas la faute de mes manips précédentes : je ne suis pas le seul, c'est bel et bien HTC qui a distribué une mise à jour qui casse le Wifi ; en fait, l'erreur est très conne, ils ont distribué un pilote Wifi sous forme de module compilé pour une version du noyau, et un noyau d'une version probablement compatible mais néanmoins différente — le module est estampillé pour 2.6.32.21-g540976a alors que le noyau est étiqueté comme un 2.6.32.21-gd2764ed — du coup, le module refuse de s'insérer, et j'ai corrigé le problème en modifiant le numéro magique de version, mais je me demande bien comment une erreur aussi idiote est possible, et surtout, ça m'a décidé à abandonner cette version d'Android).

J'ai donc mis un CyanogenMod 7.0.0-RC2 dessus. J'ai eu un problème mystérieux avec le GPS (initialement il ne marchait pas du tout, ne détectait aucun satellite, et même l'icône indiquant son fonctionnement ne s'allumait pas : exactement comme décrit dans ce thread) ; je l'ai résolu en rebootant sur le système propriétaire de HTC, en faisant fonctionner le GPS dessous, et en revenant à Cyanogen. Ce n'est peut-être pas vraiment ça qui a joué, en fait, je n'y comprends pas grand-chose. C'est d'ailleurs quelque chose d'assez pénible, avec l'écosystème Android : quand on rencontre un problème, on tombe sur des tonnes de mauvais webforum où le problème est discuté et où des gens proposent des solutions qui tiennent plus de la magie noire que d'autre chose (poser le téléphone par terre, télécharger l'application Voodoo Doll, tourner trois fois autour…), probablement sans rien comprendre à ce qu'ils disent ni chercher vraiment à analyser le problème (voici un exemple assez caractéristique sur lequel je suis tombé en cherchant à comprendre mon problème de GPS).

Autre problème : le clavier du téléphone n'avait pas certains caractères pourtant dans ASCII tout ce qu'il y a de plus standard : les symboles ‘<’ et ‘>’ (inférieur et supérieur), les crochets ‘[’ et ‘]’, les accolades ‘{’ et ‘}’, le backquote ou accent grave ‘`’, le backslash ‘\’, le pipe ou barre verticale ‘|’, et l'accent circonflexe ‘^’. Je suppose que pour les gens qui veulent juste taper des SMS, ce n'est pas bien grave (si on a besoin de taper ponctuellement un tel caractère, on peut le chercher dans une application ad hoc ; d'ailleurs, vous ai-je parlé de celle que j'avais écrite ?). Mais comme l'éditeur que j'utilise (Emacs) a plein de racourcis basés sur ces caractères, j'en ai absolument besoin. Heureusement, il y a deux ou trois touches inutiles sur le clavier, et des combinaisons de modificateurs qui ne servent pas, et il est possible (en fouillant un peu dans la doc) de modifier le mapping clavier, ce que j'ai fait (en suivant cet exemple).

J'ai donné mon ancien téléphone à mon poussinet (qui s'était fait voler le sien), pour pouvoir communiquer avec lui par Google Talk, ce qui est bien pratique.

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(jeudi)

AG de copropriétaires

Une assemblée de copropriétaires, c'est l'occasion annuelle de s'engueuler entre adultes consentants. Il faut dire que j'ai de la chance : l'appartement que je partage avec mon poussinet (et dont je suis propriétaire) est dans un petit immeuble, où il y a beaucoup plus de propriétaires que de locataires (donc les gens connaissent l'immeuble et ses problèmes), les gens s'entendent globalement bien (entre parisiens bobos-intellos-vaguement-écolos-dans-un-quartier-branchouille), et donc il y a peu de disputes. Depuis l'an dernier, nous fonctionnons avec un syndic bénévole (une des copropriétaires se charge de tout, elle doit y dépenser une énergie incroyable, et ça se passe beaucoup mieux qu'avec le syndic professionnel que nous avions avant, qui était certes vaguement compétent mais très cher et impossible à remuer).

Malgré cette chance, on arrive à trouver des sujets de discorde. Avant-hier, il y a d'abord eu la question des jardins privatifs. Ceci me concerne, parce que mon appartement, comme les deux autres situés au rez-de-chaussée côté cour, a un jardinet (le mien est vide de végétation, il n'y a que du gravier blanc parce que c'est plus lumineux — qualité appréciable vu que nous sommes contre un mur aveugle — et plus facile à entretenir, mais il arrive que des plantes indésirables se mettent à y pousser, comme récemment un paulownia). Le règlement de copropriété est très obscur sur la question de savoir qui doit payer pour l'entretien des plantes qui séparent ou bordent les jardins, comme les haies de thuyas qui encadrent le mien, ou le paulownia (le père de celui qui a commencé à prendre ses aises chez moi) planté dès la construction de l'immeuble dans un coin de cette cour. Jusqu'à présent, la copropriété prenait en charge l'entretien de ces plantes. Un copropriétaire du 5e étage, trouvant que c'était injuste de payer pour quelque chose dont il ne profitait pas, avec l'appui du syndic bénévole et sans doute d'une majorité de copropriétaire, a voulu éclaircir les choses et proposer une règle déterminant l'affectation des charges (quelque chose du type : l'entretien des plantes hautes ou grimpantes est à la charge de la copropriété, celle des haies et arbustes à celle des propriétaires des appartements du rez-de-jardin). Une dame que j'appellerai Mme M (et qui habite à un étage intermédiaire, mais qui a vue sur les jardins) a fait valoir que c'était un état d'esprit déplorable que de ne vouloir payer que pour ce dont on profite immédiatement, et que le fait qu'il y ait des jardins dans l'immeuble était un point positif pour l'immeuble qui profitait à tous. Quelqu'un d'autre a suggéré que la règle pourrait être que les plantes qui faisaient initialement partie de la conception de l'immeuble (ce qui inclut, donc, les haies) pourraient être entretenues par la copropriété, et les autres être à la charge de ceux qui les ont plantées. Ces différents points de vue me semblent tous assez valables, et pas forcément contradictoires, mais la discussion, sans vraiment s'envenimer, est partie dans un chaos complet, où on ne savait plus du tout qui défendait quoi, ou pourquoi un argument était avancé. De surcroît, Mme M a observé que la résolution entraînait un changement de répartition des charges et devait donc être approuvé à l'unanimité, alors que le syndic était d'avis qu'il s'agissait d'une simple clarification du règlement de copropriété jugé obscur, ce qui pouvait passer à la majorité des deux tiers. Finalement, une proposition (proche de la proposition initiale) a été mise aux voix avec la condition des 2/3, je me suis abstenu (ignorant, d'ailleurs, que cela revenait exactement au même que de voter contre), et la proposition a été rejetée (de justesse). Du coup, on aura la même discussion incompréhensible l'an prochain.

Un autre point de discorde a été atteint lors de l'élection du conseil syndical : quand Mme M a annoncé qu'elle se représentait, un des copropriétaires qui assiste le syndic bénévole (au début il était lui aussi syndic, mais on a appris qu'une règle idiote impose l'unicité du syndic, donc il ne l'est plus officiellement) a annoncé que si elle était élue, lui-même se retirerait complètement. (C'est que Mme M est un peu procédurière : personnellement je trouve que ça peut avoir du bon d'avoir quelqu'un comme ça, mais ce n'est sans doute pas toujours facile à supporter.) Du coup, ça a jeté un froid, et plus personne ne voulait se présenter. Heureusement, Mme M a retiré sa candidature, et d'autres se sont présentés : y compris mon poussinet, après une discussion pour savoir s'il en avait le droit (il n'est pas copropriétaire, mais nous sommes PACSés : le syndic a déclaré qu'elle considérait comme évident que c'était possible, personne n'a fait d'objection, et il a été élu). Globalement, les gens du conseil syndical me semblent tous être très bien, et Mme M n'avait finalement pas l'air fâchée, donc les choses se terminent au mieux.

Il y a tout de même des choses regrettables dans cette copropriété : par exemple, la répartition des charges se fait sur deux clés, une clé principale pour les charges ordinaires, et une clé séparée pour tout ce qui touche à l'ascenseur (et sur laquelle les copropriétaires des étages supérieurs paient évidemment plus : moi qui suis au rez-de-chaussée je n'en supporte qu'une proportion symbolique) ; en revanche, le même système de clé séparée n'est pas appliqué pour ce qui est du parking : les appartements, caves et places de parking sont tous comptés comme des tantièmes généraux, et l'entretien du parking ou toutes les dépences qui y touchent sont prises sur la clé générale. Ainsi, quelques personnes qui ne sont propriétaires que d'une place de parking ne paient quasiment rien, même de ce qui touche au parking (puisque le nombre de tantièmes d'une place de parking et minuscule face au nombre de tantième d'un appartement). Pourtant, comme la décision de changer la répartition des charges doit se faire (cf. ci-dessus) à l'unanimité des copropriétaires, on peut être certain que cela ne changera jamais : ceux qui ont une place de parking ont un droit de véto sur une telle mesure.

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(jeudi)

Retour de la montagne

La famille de ma mère a un appartement (il doit être en indivision entre mes deux tantes, ma mère, et mon cousin aîné, je suppose) à Métabief (Doubs), dans le Jura, et c'est là que j'ai pris mes vacances la semaine dernière, hors congés scolaires parce qu'il y a beaucoup plus de difficulté à réserver cet appartement pendant les vacances officielles. Mon poussinet me pressait pour y aller et, pour ma part, ça faisait presque vingt ans que je n'y avais pas été (et d'ailleurs, même si l'appartement lui-même m'était tout de même familier, je n'ai rien reconnu du village. Nous n'avons bien sûr pas eu de neige, bien que mon poussinet l'espérât jusqu'au dernier moment (au point de nous faire transporter de très encombrantes tenues de sports d'hiver qui ne nous ont servi à rien) : pas de ski cette année, donc (en fait, si nous en avions eu, j'aurais plutôt voulu essayer d'apprendre le snowboard). En vérité, il faisait même dans la journée un temps tel qu'on se serait cru en avril (si ce n'est que la température tombait pas mal pendant la nuit), et nous nous sommes promenés tranquillement, ce qui a certainement fait du bien à mon père qui ne marche plus beaucoup : notamment le long des falaises du point culminant local, jusqu'au lac de Saint-Point où nous avons mangé dans un restaurant où il était de tradition de manger chaque fois que j'allais avec mes parents à Métabief (et où, cette fois, nous avons eu la chance de pouvoir manger parce que nous sommes arrivés à 13h30 pile et qu'on nous avait prévenus que c'était le dernier délai possible), et autour du coin. [Ces différents liens pointent vers des fichiers KML, à ouvrir avec Google Earth ou dans Google Maps : pour ce dernier, il suffit de copier l'adresse du lien, celle en http://www.madore.org/…kml, dans la barre de recherche de Google Maps, c'est assez impressionnant à quel point ça marche bien : je regrette juste de ne pas avoir réussi à lui interdire d'afficher tous les points de parcours par défaut : il faut décocher points si on veut voir quelque chose, au moins dans Google Maps.] Ceci étant, le fait d'enregistrer le parcours de ces promenades a aussi un coût : mon GPS est tombé et l'écran s'est cassé (apparemment à 2011-02-07T13:37+0100 et ici) ; pourtant j'avais mis la dragonne, mais apparemment pas assez serrée, et il n'a pas chu de haut.

À part ça, en bon citadin aigri, je m'étonne (et me lamente) toujours de constater à quel point il est difficile de vivre sans voiture quand on est en-dehors d'une grosse ville : quasiment aucun transports en commun (et encore, nous étions chanceux, il y avait bien quelques cars TER par jour pour aller d'un endroit à un autre, par exempel de Frasne à Métabief, que nous étions apparemment les seuls à utiliser), supermarchés et autres commerces rares et mal placés, ou chers (nous avions le choix entre une supérette minuscule et très chère, mais juste à côté de l'appartement, ou un supermarché raisonnable mais situé à trois bons quarts d'heure de marche), ce qui fait toujours un choc quand on vit normalement à cinq minutes d'un gros supermarché très bien fourni.

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(mercredi)

Avis d'absence

Je pars une semaine avec mon poussinet et mon papa.

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(samedi)

Que demanderiez-vous au génie des langues ?

En fouillant dans votre genier, vous trouvez une vieille lampe à huile poussiéreuse. Lorsque vous la frottez pour la nettoyer, un génie en sort. Ce n'est pas un génie très puissant : le seul vœu qu'il peut exaucer est celui de parler parfaitement une langue étrangère. Par ailleurs, le génie ne sait pas très bien combien de fois il pourra le réaliser, mais ce sera quelque part entre 1 et 15.

Autrement dit, vous devez lister 15 langues qui existent ou ont existé (y compris des langues inventées, des dialectes, états historiques, voire des accents précis si vous voulez griller une cartouche avec ça), et le génie vous rendra capable de parler (et comprendre, mais aussi lire et écrire) les n premières d'entre elles, sans que vous sachiez à l'avance combien (l'intérêt de cette hypothèse est d'obliger à faire un ordre de préférence ; si cela a une importance pour votre réponse, vous pouvez considérer que n est uniformément réparti entre 1 et 15 inclus). Vous maîtriserez ces langues aussi parfaitement que si vous les aviez apprises dès la naissance.

Évidemment, vous pouvez demander une langue que vous connaissez déjà partiellement, mais en ce faisant vous gâchez peut-être un peu le vœu en question (une meilleure stratégie est peut-être de citer une langue proche mais différente, en se disant que parler parfaitement cette langue proche vous aidera à la fois pour améliorer la langue que vous connaissez parfaitement et pour en avoir une de plus dans la liste) ; de même, il est peut-être du gâchis d'utiliser un vœu pour maîtriser une langue facile à apprendre à partir de celles déjà connues de vous (et de celles plus haut dans la liste).

Personnellement, je considère que je parle français et anglais, et je pense que mon choix serait quelque chose comme :

  1. L'arabe classique. Parce que j'ai essayé d'en apprendre un peu, mais que j'ai abandonné et que je le regrette. L'arabe classique parce que la grammaire semble en être la plus intéressante (lire : compliquée), parce que ça permet d'écouter ʾalǦaziyraẗ ou de lire les Mille et Une Nuits en VO, et j'imagine que si on le connaît il est ensuite plus facile d'apprendre tel ou tel arabe vernaculaire que dans le sens contraire. Bref, s'il y avait une langue que je devrais apprendre d'un coup de baguette magique (et d'autant plus que je ne trouve pas le temps ou pas la motivation suffisante pour l'apprendre par des moyens moins magiques), ce serait celle-là.
  2. Le chinois mandarin. Je n'éprouve pas la fascination pour la culture chinoise qui semble être devenue courante, mais une langue parlée par plus d'un milliard de personnes est indubitablement une langue très importante, et quand elle a en plus une littérature immense et un système d'écriture aussi vaste, elle ne pouvait pas ne pas figurer en bonne place.
  3. Le russe. Une langue que j'ai un peu apprise au lycée et que j'ai ensuite soigneusement oubliée : que je connais suffisamment bien pour savoir à quel point cela demanderait un effort démesuré de ma part pour atteindre le niveau nécessaire pour lire ce que j'aimerais pouvoir lire dans cette langue (ah, Pouchkine… ah, Lermontov…). Bon, eh puis quelqu'un qui saurait parler l'anglais, le français, le chinois, le russe et l'arabe (fût-il classique) est quand même bien équipé pour parler avec une bonne partie de la planète : j'écarte l'espagnol parce que ce serait griller un vœu magique avec une langue décidément trop facile, et je passe à des choses qui me sembleraient plus rigolotes.
  4. Le suédois. Que je mets plus haut que l'allemand, par exemple, parce que je parle déjà un peu l'allemand. Tant qu'à apprendre une langue nordique, autant que ce soit la plus parlée. Au fait, je vous ai déjà dit que j'adorais ce webcomic ?
  5. Le grec classique (dialecte attique). La langue (aussi apprise autrefois et soigneusement oubliée depuis) avec laquelle j'aimerais pouvoir frimer entre toutes. En plus, le génie me donnerait exactement la bonne prononciation utilisée à Athènes en 405 avant l'ère commune.
  6. Le japonais. Je ne sais pas bien où le placer sur la liste, mais il devrait certainement y être, avec les autres langues que j'ai fait une tentative pitoyable pour apprendre et que j'ai abandonnées parce que je n'ai aucune volonté.
  7. Le sanskrit classique. Pour l'intérêt philologique (encore qu'à ce compte-là la forme védique est certainement préférable à la forme classique), mais aussi parce que parler couramment sanskrit, c'est quand même ultimement barbot. Alors tant qu'à choisir une langue indienne, autant que ce soit celle-là.
  8. Le gaélique irlandais. Je n'en connais rigoureusement rien, mais les langues celtiques ont l'air d'avoir de très jolies sonorités, et tant qu'à en connaître une, autant que ce soit celle qui est une langue officielle de l'Union européenne.
  9. L'italien. C'est délicat de décider où mettre une langue que j'arrive à peu près à lire et à comprendre quand elle est parlée lentement alors que je ne l'ai jamais apprise. C'est encore plus délicat de décider si je mettrais l'italien ou l'espagnol (les deux, je trouverais ça vraiment bête) : l'espagnol est indiscutablement plus utile, mais je trouve quand même l'italien plus joli. Bon, les génies dans les bouteilles, ils sont là pour faire plaisir, pas pour être utiles, donc disons l'italien.
  10. L'allemand. Une langue que je fais semblant de ne pas devoir mettre beaucoup plus haut sur la liste sous prétexte que je la connais déjà un peu, mais après mon voyage à Berlin l'été dernier je devrais être plus modeste à ce sujet.
  11. L'anglo-saxon. D'intérêt essentiellement philologique (même si, là aussi, c'est certainement assez barbot de parler couramment l'anglo-saxon) : il n'y a pas grand-chose que je voudrais lire dans cette langue (la seule chose que tout le monde connaît, c'est Beowulf, et, franchement, c'est plutôt chiant, même s'il faut avouer que ça sonne bien). Mais je ne vais pas mettre l'anglais dans la liste, alors s'il y a quelque chose qui m'aide à mieux le parler et qui soit quand même intéressant en soi, j'imagine que c'est l'ancien anglais.
  12. Le latin classique (tel que parlé dans la haute société romaine en l'an 27 avant l'ère commune). Que je mets si bas parce que c'est désespérément banal, de parler latin. À ce stade-là, je me dis que si je suis arrivé aussi loin dans la liste, j'ai eu bien de la chance avec mon génie, et je peux arrêter les langues qui servent essentiellement à frimer (certes, je pouvais citer l'ancien égyptien, mais ce que j'en ai appris m'a surtout semblé ennuyeux, en fait). Donc je finis en mettant trois langues choisies simplement pour le fait d'être aussi différentes que possibles entre elles et de toutes les précédentes (afin de m'ouvrir l'esprit au sens sapirwhorfien), en étant parlées par un nombre raisonnable de gens dans le monde (et aussi, en France) :
  13. Le turc.
  14. Le tamoul.
  15. Le wolof.

Maintenant, je n'ai plus qu'à trouver le génie. En attendant, j'attends les réponses de mes lecteurs (en commentaire ou sur votre propre blog si vous en avez un).

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(vendredi)

Le 21 janvier dans la vie de Ruxor

Le 21 janvier, je ne porte pas le deuil de Louis XVI, ni celui de Lénine. Mais qu'est-ce que je fais ?

Aujourd'hui, vendredi 21 janvier 2011, j'ai assisté à des exposés pour les journées du GdR IM (je ne sais pas exactement ce que c'est qu'un GdR, ni à quoi il sert autrement qu'à me spammer, mais au moins les exposés étaient-ils intéressants), à Jussieu.

Il y a un an, jeudi 21 janvier 2010, j'ai fait le point sur mes connaissances en calculabilité supérieure. Le soir, mon poussinet et moi avons regardé le film Le sens de la vie pour 9.99$ sur DVD.

Il y a deux ans, mercredi 21 janvier 2009, j'ai fait passer des oraux de rattrapage d'un de mes cours à l'ENST. Le soir, mes amis du nanar-club et (mon poussinet et) moi avons pris l'apéro et avons regardé le film When Dinosaurs Ruled the Earth.

Il y a trois ans, lundi 21 janvier 2008, mon poussinet et moi avons cherché, lors d'une promenade vespérale, à traverser la Seine par le pont du boulevard Poniatowski de façon à nous rendre à Bercy-Village, et avons découvert que c'était quasiment impossible (j'ignore si la situation a changé depuis ; je pense que non, même si c'est prévu à terme).

Il y a quatre ans, dimanche 21 janvier 2007, j'ai regardé la télé (l'émission Arrêt sur images, puis la semaine des Guignols et le Zapping de Canal+) ; ensuite, j'ai travaillé sur des articles que j'essayais de déchiffrer, et le soir, mon poussinet et moi avons dîné au restaurant Dino Pasta e Fagioli di Lucca, rue Claude Bernard (que je recommande au passage à tous ceux qui aiment la bonne cuisine italienne) et nous avons regardé le film Sommersturm (que je recommande au passage à tous les garçons qui aiment les garçons) sur DVD.

Il y a cinq ans, samedi 21 janvier 2006, j'ai fait une razzia à la librairie Gibert Joseph (j'y ai acheté : Ada, or Ardor de Nabokov, The Handmaid's Tale de Margaret Atwood, The Line of Beauty de Hollinghurst, Breakfast of Champions de Kurt Vonnegut, Jr., Sur l'antisémitisme de Hannah Arendt, Introduction à la théorie des groupes de Lie de Roger Godement, et Les caves du Vatican d'André Gide). Puis j'ai voulu aller voir Brokeback Mountain au cinéma (le Mk2 Odéon), mais la queue m'en a découragé. À la place, j'ai passé un certain temps à lire et comprendre la démonstration du fait que le A-module A n'est pas projectif dès que A est un anneau (commutatif) noethérien non artinien. Le soir, j'ai dîné dans un restaurant de crêpes et de fondues avec une douzaine de normaliens.

Il y a six ans, vendredi 21 janvier 2005, j'ai organisé un écrit blanc d'agreg à l'ENS : je me suis levé à 6h45 du matin pour déposer le sujet et je suis passé chercher les copies dans la soirée (les préparationnaires choisissaient quand ils voulaient faire le sujet, normalement pendant 6 heures d'affilée). Le soir, j'ai écouter un ami raconter toutes sortes de choses sur les Lisp-machines.

Il y a sept ans, mercredi 21 janvier 2004, j'ai appris des choses sur les variétés toriques dans le livre de Fulton à ce sujet. Le soir, je suis allé chez mes parents, qui avaient des problèmes avec leur ligne ADSL (et parce que le lendemain, un de mes bons amis allait soutenir sa thèse à Polytechnique) : je n'ai pas eu de succès auprès du service technique Wanadoo.

Il y a huit ans, mardi 21 janvier 2003, je n'ai pas fait grand-chose. Le soir, j'ai regardé sur Arte un documentaire sur le système carcéral américain.

Il y a neuf ans, lundi 21 janvier 2002, j'ai aussi dîné avec une douzaine d'amis normaliens, et nous avons discuté (de vive voix, puis aussi informatiquement, via IRC) de toutes sortes de choses entre l'introduction de la monnaie en euros et une amie qui avait des problèmes affectifs compliqués™.

Il y a dix ans, dimanche 21 janvier 2001, j'ai aussi regardé à la télé la semaine des Guignols. Puis le soir j'ai envoyé un mail à un un co-thésard (et co-bureau à Orsay), un grand et beau blond dont j'étais désespérément amoureux, pour lui déclarer très stupidement ma flamme, ce qui devait me valoir le plus cuisant et douloureux râteau de ma vie.

Je n'ai malheureusement pas de note précise de ce que j'ai fait les 24 occurrences précédent du 21 janvier de ma vie, parce que ma manie obsessionnelle compulsive de tenir un journal de ce qui m'arrive n'a commencé qu'avec le 3e millénaire. Je suppose que je pourrais reconstituer des choses sur les quatre précédents 21 janvier à partir de mes archives de mail, mais pour aller encore plus vieux ce serait difficile. All those moments have been lost in time… like tears in rain…

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(mercredi)

Gro-Tsen et ses petites contrariétés

  • Notre chauffe-eau est réparé. Mais le plombier m'a escroqué dans les grandes largeurs (j'étais prêt à me laisser escroquer dans les petites largeurs, mais quand mon poussinet m'a lu le montant du devis par téléphone, j'ai mal entendu et j'ai donné mon accord parce que j'avais compris quelque chose de seulement moyennement exorbitant alors que c'était vraiment exorbitant) ; c'est d'autant plus idiot que mon poussinet aurait certainement su faire la manip lui-même. Nous allons tâcher de faire des économies ces prochains mois pour compenser un peu ça.
  • …C'était bien la résistance qui s'était percée. C'est d'autant plus mystérieux que le chauffe-eau n'était pas vieux et encore peu entartré.
  • Un de mes disques durs est mort, probablement à cause de la coupure d'électricité elle-même consécutive à la mort du chauffe-eau. Grâce à la magie du RAID, je n'ai perdu aucune donnée, mais je me suis fait bien peur parce que j'avais cru que plusieurs disques mouraient en même temps (ce qui aurait été beaucoup plus embêtant, puisque le RAID5 ne me protège que contre un seul défaut ; on a tendance à imaginer que plusieurs disques mourant en même temps est extrêmement improbable, mais ce ne l'est pas tant que ça : ce ne sont pas des événements indépendants, et la même cause — comme un chauffe-eau qui rend l'âme et qui provoque une coupure de courant — peut provoquer plusieurs défauts).
  • Ma santé est maintenant dans un état stable : je fais de la sinusite la nuit, je me réveille avec l'impression d'être très enrhumé et j'ai mal à la tête, et au cours de la journée ça se dissipe et le soir je me sens bien (néanmoins, je suis très fatigué, et j'ai une toux grasse légère mais continue). Je suis allé voir un ORL, qui m'a à peine examiné ; il m'a prescrit un traitement à base d'aérosol (esssentiellement un corticoïde), même s'il a reconnu que mes analyses sanguines ne favorisaient pas la piste allergique. (En plus, je ne suis pas du genre allergique, et dormir dans un autre lit n'a rien changé.) Si cela ne s'améliore pas d'ici une semaine, je dois faire une radio un scanner des sinus.
  • …[Ajouté ()] Mais j'ai quand même tendance à croire que j'ai toujours une infection bactérienne. J'ai oublié de signaler au médecin que j'avais toujours des ganglions un peu enflés, comme j'ai oublié de lui signaler que ma toux était grasse (je n'arrête pas d'oublier de dire des choses quand je vais voir un médecin, à chaque fois je m'en veux en sortant). Et ce soir j'ai mal à la gorge, même si je n'ai plus mal aux sinus. Bref, j'ai l'impression de tourner en rond. Je ne comprends pas pourquoi on ne peut pas me faire tousser dans une boîte et essayer de cultiver un peu les bactéries qui en ressortiraient.
  • …Par contre, le traitement par aérosol a quelque chose de rigolo (il m'a fallu louer un appareil en pharmacie, ça fait une sorte de brouillard de petites goutelettes de produit, c'est étrange mais pas déplaisant à respirer) ; mais qu'est-ce que c'est long à préparer !, il y a quantité de pièces à mettre les unes dans les autres dans le nébuliseur (et à laver à chaque fois), deux tuyaux à brancher sur l'appareil, trois substances à mélanger… et ça encombre beaucoup, aussi. Malheureux les gens qui doivent faire ça chaque jour de leur vie !
  • Je suis allé un peu aux Sage Days à Orsay : c'était sympa, mais j'en ressors un peu déçu parce que le programme était chamboulé et que je n'ai pas pu entendre ce pour quoi j'étais surtout venu. Je crois aussi que le niveau de familiarité avec Sage supposé des participants était assez mal défini. J'ai néanmoins appris quelques choses. (Par ailleurs, il y avait un orateur qui parlait avec un accent québecois tellement joli que j'aurais pu venir rien que pour l'écouter.)

Bref, pas de grosse contrariété, mais pas mal de petites, et au final cela fait quand même beaucoup de temps perdu (et pas mal d'argent aussi). J'ai l'impression de courir dans tous les sens et de ne plus savoir où donner de la tête.

J'ai quand même trouvé le temps de finir de lire un des deux livres que je lisais en ce moment, celui de Wells sur les accents de l'anglais (enfin, je n'ai fini que le volume 1, mais je l'ai vraiment lu de bout en bout : je ne vais probablement pas en faire autant des volumes 2 et 3). Si et quand je serai moins débordé, j'essaierai d'en tirer quelques choses à raconter sur ce blog (mais moins techniques que la dernière fois où visiblement personne n'avait été intéressé ; je raconterai plutôt ce qui distingue substantiellement les accents britanniques et américains, ou comment classifier les voyelles en anglais).

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(dimanche)

L'étincelle qui fait déborder le chauffe-eau

J'avais déjà raconté qu'un de mes sujets de cauchemar récurrents c'est celui où j'essaie d'allumer une lampe, et celle-ci fonctionne mal ou ne fonctionne pas du tout, et je veux de la lumière et je panique. Je me suis réveillé la nuit dernière, après avoir regardé Shutter Island hier soir (qui n'est pas spécialement un film rassurant pour les angoisses de ce genre), je me sentais bien malade, fébrile et désorienté, j'ai voulu prendre un verre d'eau dans la salle de bain et mesurer ma température : pas moyen d'allumer la lumière de la salle de bain. J'essaie l'autre lumière : pas mieux. En fait, j'étais dans l'obscurité totale : coupure de courant. J'arrive à attraper la lampe torche qui est posée sur ma table de nuit pour voir ce qui se passe, mais la lampe torche elle-même (qui est un truc chinois acheté à vil prix sur dealextreme.com) s'est mise à vaciller. À ce moment-là, j'ai un peu paniqué et craqué nerveusement. (Pendant ce temps, mon poussinet dormait du sommeil du juste et du non-tracassé.)

En fait, c'est notre disjoncteur qui avait disjoncté. J'ai essayé de le réenclencher, mais il saute immédiatement. Je pense que c'est le différentiel (ce n'est pas très clair sur notre tableau électrique, mais le disjoncteur combine le général et le différentiel de 500mA en un seul interrupteur). Si je coupe le circuit du chauffe-eau, je peux remettre le courant. (J'ai ensuite passé une heure à vérifier que l'ordinateur n'avait pas souffert de l'opération.)

J'imagine que c'est la résistance du chauffe-eau qui est percée et qui fait une fuite de courant vers la cuve. On savait déjà qu'elle était entartrée, au bruit qu'elle fait en chauffant ; néanmoins, comme ce chauffe-eau n'a même pas cinq ans, je me sens un peu floué qu'il faille déjà en changer la résistance (voire, toute la bête).

Je vais aller habiter un petit moment chez mes parents à Orsay. (Comme je comptais assister à cette conférence, ce n'est pas forcément mal.) Reste que si ça avait pu tomber à un moment où je n'étais pas malade, ça m'aurait arrangé. À ce sujet, j'ai rendez-vous chez un ORL lundi (et j'ai aussi des résultats d'analyses sanguines, qui sont normales).

Je me sens très las.

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(jeudi)

Re-re-chute ?

(Résumé des épisodes précédents ici.)

Ayant fini lundi (et scrupuleusement suivi tout du long !) le traitement de huit jours à la ciprofloxacine que le médecin m'avait prescrit, je pensais en avoir fini avec cette infection persistante. Le week-end dernier j'allais bien (et les quelques jours précédents étaient plutôt bons aussi), et jusqu'à hier encore je me considérais comme guéri. Mais ce matin, je me suis réveillé avec le picotement dans l'arrière-gorge qui caractérise chez moi les débuts de rhume, et dans lequel, ici, je vois le signe d'une rechute possible ; et il ne semble pas disposé à disparaître : j'ai cet après-midi le nez bien chargé, je respire difficilement et je suis très fatigué. Je garde un peu d'espoir que ce soit une fausse alerte, mais je ne compte pas trop dessus.

Je ne comprends vraiment pas ce qui m'arrive. Visiblement mes bactéries répondent aux antibiotiques, puisque j'ai été au moins provisoirement guéri par la clarithromycine début décembre (mais j'ai fait une rechute au bout de trois-quatre semaines), et tout récemment par de la ciprofloxacine (mais rechute, si c'en est une, au bout de 48 heures). Sont-ce des bactéries différentes ?, mais si oui, pourquoi suis-je aussi souvent infecté ? Ou bien est-ce la même qui persiste ?, mais alors quel peut être le réservoir ? Devrais-je retourner voir mon médecin tout de suite, ou attendre que la rechute se confirme ? Je ne sais ni quoi faire ni quoi penser. Je suis complètement désemparé.

Et surtout, j'ai le moral qui vient de tomber dans les talons (référence xkcd obligatoire à ce sujet) : je pensais, ça y est, je vais de nouveau bien, je vais pouvoir mettre derrière moi cet épisode à la con, rattraper le temps perdu (que ce soit au boulot ou dans plein de choses, jusqu'à la muscu que j'étais trop fatigué pour faire), et vlan… Je suis fatigué et déprimé.

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(mardi)

Deux livres

J'ai tout récemment commencé la lecture de deux livres que je crois déjà pouvoir recommander (il s'agit de nonfiction — comment diable est-on censé traduire ça en français ? — et du genre qu'on n'a pas spécialement de raison de lire dans l'ordre, donc je ne les « finirai » peut-être pas vraiment, ou pas clairement, ce qui m'incite d'autant plus à ne pas attendre ce moment hypothétique pour donner mon avis).

Le premier (que j'ai trouvé en flânant chez W. H. Smith dimanche soir) s'appelle The Evolution of God (ISBN 978-0-349-12246-5[#]), de Robert Wright. Il s'agit d'un essai sur l'évolution[#2] des trois grandes religions monothéistes, du concept de Dieu dans celles-ci, et de leurs croyances de façon plus générale. Il ne s'agit pas à proprement parler d'un livre d'histoire, mais plutôt d'un livre à thèse, à mi-chemin entre l'histoire (de la pensée) et la philosophie (de la religion), écrit par un auteur qui est probablement athée, ou agnostique entre l'athéisme et le déisme sans confession ; les idées qu'il expose paraîtront probablement choquantes à un Juif, Chrétien ou Musulman très traditionnel, mais ne sont pas une attaque aussi frontale que celles de Dawkins dans The God Delusion : pourtant, je pense qu'elles sont bien plus « dangereuses » pour ces religions, parce qu'elles explorent la façon dont celles-ci sont nées et dont leurs préceptes n'ont pas toujours été les mêmes.

Wright consacre un chapitre aux religions naissantes, un au monothéisme juif, un à l'invention du christianisme, un à l'islam, et un qui semble plus général et plus philosophique sur l'avenir des religions. Je n'ai pour l'instant lu que le passage sur le christianisme (j'ai commencé par là) et le début de celui sur le judaïsme, mais ce que j'ai lu m'a beaucoup intéressé, et j'ai trouvé le point de vue de l'auteur assez séduisant.

Concernant le christianisme, Wright cherche à reconstituer quelles ont pu être les croyances du Jésus historique (sur le compte duquel il expose quelque chose de pas incohérent avec ce que je proposais ici et , d'ailleurs, même s'il ne s'intéresse pas tant au personnage qu'à ses idées) et comment elles ont ensuite été revues par les évangélistes et par Paul de Tarse (aka Saint Paul). Il est assez convainquant, par exemple, lorsqu'il explique que Jésus, dans le courant millénariste/messianique juif, ne promettait certainement pas un paradis céleste et après la mort mais la venue du Royaume de Dieu de son vivant (ou en tout cas du vivant de ses disciples : cf. Marc 9:1) et sur Terre ; et que cette promesse a été revue et corrigée (en faveur d'un paradis plus céleste, après la mort, et d'un Royaume de Dieu plus symbolique) après évidemment le décès du prédicateur et après que le Royaume de Dieu tardait décidément à se réaliser. Il est aussi convainquant quand il défend l'idée que Jésus ne prêchait certainement pas l'amour universel et l'égalité entre les hommes, mais mettait clairement les Juifs en premier dans le Royaume de Dieu, les Gentils n'ayant leur place que comme serviteurs qui ramassent les miettes (cf. Marc 7:25–29), et que l'idée n'est venue aux Chrétiens que quand ils (notamment Paul de Tarse) ont voulu cimenter cette religion et l'exporter aux non-Juifs. Je ne rends cependant pas justice à Wright en résumant ces thèses de façon aussi succincte. Je souligne que l'évolution qu'il trace est celle des idées des premiers Chrétiens : il ne s'aventure pas dans, par exemple, dans la théologie au Moyen-Âge, et évoque à peine le Concile de Nicée — ce n'est pas le sujet qui le préoccupe.

Concernant le judaïsme, son intérêt est d'étudier la façon dont le royaume d'Israël est passé du polythéisme à la monolâtrie puis au monothéisme, en inventant un dieu unique qui réalise la synthèse entre des divinités telles que El et Baʿal (l'un ayant défini le dieu de la bible tel qu'il est quand il est nommé sous ce même nom, l'autre ayant influencé sa version sous le nom de Yhwh). Là aussi, je trouve qu'il défend bien ses idées, par exemple quand il signale le parallèle entre l'assemblée des dieux évoquée au Psaume 82 (81 en grec) et le conseil des dieux que préside le dieu El. J'attends de finir ce chapitre et de lire celui sur l'islam pour me prononcer plus complètement.

[#] Une question qui me tracasse depuis un moment : quel lien « canonique » utiliser quand je parle d'un livre ? Je n'aime pas trop en fournir un vers Amazon ou un autre vendeur de ce genre, parce que je n'ai pas de raison de leur faire de la pub ; il n'y a pas toujours de site Web officiel du livre, et même s'il y en a un j'ai peur que ce genre de site soit moins pérenne que mon blog ou que l'ISBN ; je fournis généralement un lien vers le gadget-à-ISBN de Wikipédia, mais je ne trouve pas celu-ci très pratique. Que faire, alors ? Je me pose aussi un peu la même question pour les films, d'ailleurs : jusqu'à présent j'ai adopté la politique de faire toujours des liens vers leur entrée dans IMDB, mais je commence à me dire que ce n'est pas forcément le plus neutre.

[#2] J'imagine que le mot est choisi à dessein comme clin d'œil aux cinglés qui rejettent les théories fondamentales de la biologie pour des raisons religieuses.

L'autre livre (que j'ai reçu ce matin) n'a aucun rapport : il s'agit d'un traité en trois volumes sur la prononciation de l'anglais et de ses accents, Accents of English de J. C. Wells (ISBN 978-0-521-29719-6 pour le volume 1, 978-0-521-28540-7 pour le volume 2, et 978-0-521-28541-4 pour le volume 3). Ceux qui pensent que le sujet est aride se trompent !

Je connaissais déjà J. C. Wells parce qu'il est aussi l'auteur de l'excellent Longman Pronunciation Dictionary (ISBN 978-1-4058-8118-0 pour la 3e édition), que je recommande également très vivement (c'est le seul dictionnaire que je connaisse à donner fiablement la prononciation britannique et américaine, en l'occurrence en alphabet phonétique, ainsi que de nombreuses variantes, et des statistiques de préférences dans les cas où il y a des doutes). Néanmoins, ce Pronunciation Dictionary reste limité à la Received Pronunciation anglaise et à la prononciation américaine synthétique connue sous le nom de General American. Son livre Accents of English ne se limite pas à ça : il décrit soigneusement les différents accents britanniques (dans le volume 2), mais aussi (dans le volume 3), les différents accents américains, canadiens, australien, néo-zélandais, sud-africain, indiens[#3] et plus.

Il serait facile de rendre la chose complètement illisible : devant la masse de voyelles de l'anglais, et la masse d'accents qui existent, on a vite fait de se perdre. Ce qui est remarquable avec le livre de Wells, tel qu'il m'apparaît après un examen encore peu approfondi, c'est qu'il arrive à faire la synthèse d'une masse de faits disparates de façon qu'on s'y retrouve. Chose que je n'ai probablement pas réussi à faire dans une entrée récente de ce blog, qui ne parlait pourtant que d'un tout petit groupe de voyelles !

Le volume 1 est introductif et peut se suffire à lui-même : il présente la problématique générale, évoque la définition de ce qu'est un accent et la manière dont ils diffèrent, puis il décrit les accents standards Received Pronunciation et General American et la façon dont ils diffèrent, la phonémique (notamment des voyelles) et l'évolution historique. Je pense que ce livre est très précieux pour quiconque s'intéresse à la phonétique et veut apprendre à « parler l'anglais correctement » (quoi que correctement veuille dire). Les volumes 2 et 3 décrivent ensuite en détail les accents anglais de différentes parties du monde, comme je l'ai expliqué, avec toujours beaucoup de soin (par exemple j'y trouve une explication très claire et soigneuse du fameux Canadian rising qui fait que les Américains croient souvent, complètement à tort, que les Canadiens prononcent about comme ils disent a boot).

[#3] Je mets des pluriels un peu au hasard, puisqu'il n'est pas clair ce que signifie le fait d'avoir un ou plusieurs accents dans un pays. Mais dans sa section consacrée au Canada, Wells consacre une sous-section particulière à Terre-Neuve, alors que pour ce qui est de l'Australie, s'il mentionne évidemment des différences, il ne distingue pas une région particulière.

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(dimanche)

De quel côté dormir ?

Je ne peux dormir que sur le côté. Si je m'endors sur le dos, soit je commence à ronfler (et je dors alors mal et me lève avec une gêne désagréable dans la gorge), soit je me réveille avec la sensation d'étouffer. Je trouve agréable de me mettre sur le ventre au moment où je me couche, mais si je m'endors de la sorte, je me réveille aussi parce que je m'étouffe, ou bien parce que j'ai coupé la circulation dans un bras ou dans une main. Bref, il n'y a que sur le côté que ça marche. Et encore : toutes les quelques minutes j'éprouve le besoin impérieux de changer de côté (je ne saurais pas dire ce qui le cause au juste, mais heureusement il se synchronise généralement bien avec le fait qu'une de mes narines soit bouchée — c'est alors elle qui se retrouve en haut).

Je me demande bien comment je ferai si un jour une blessure ou un autre obstacle quelconque m'empêche de dormir de la seule façon qui marche.

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(lundi)

Ciprofloxacine

Pour soigner mon infection persistante, mon médecin m'a prescrit de la ciprofloxacine. La liste des contre-indications est assez terrifiante. Certes, c'est le cas pour à peu près n'importe quel médicament qui n'est pas un pur placébo, mais là c'est vraiment le niveau au-dessus : Dans de rares cas, des réactions et des chocs d'origine allergique pouvant mettre en jeu la vie sont observés, et cela dès la première prise ; le traitement par ciprofloxacine doit alors être arrêté immédiatement et un traitement adapté doit être mis en route ; Manifestations cutanées : […] exceptionnellement : nodules rouges et douloureux situés sous la peau, éruption de papules rouges (lésions de la peau en relief, de taille variable), qui peuvent s'étendre et confluer, lésions sévères de la peau à l'aspect de cloques et de bulles sur le corps (syndrome de Lyell et de Stevens Johnson) ; Modifications du bilan sanguin : […] exceptionnellement : diminution de tous les éléments du sang (globules rouges, globules blancs, plaquettes), appauvrissement de la moelle osseuse en cellules sanguines pouvant menacer la vie ; Manifestations hépatiques : […] exceptionnellement : hépatite et destruction du foie pouvant mettre la vie en jeu. Eh bien ! L'essentiel des avertissements, cependant, concerne le tendon d'Achille. Pour ne pas paniquer les hypocondriaques comme moi, ce serait quand même bien d'avoir une idée de la fréquence de ces différents effets indésirables exceptionnels.

Heureusement, j'ai déjà pris de la ciprofloxacine par le passé, dans une aventure un peu étrange (où j'étais censé avoir une septicémie causée par une klebsielle alors que, dans les faits, je me sentais tout à fait guéri), et je n'ai pas eu d'effet secondaire indésirable.

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(dimanche)

La complainte du Ruxor malade

Vous en avez marre de m'entendre tout le temps parler de mon rhume infini qui dure depuis six semaines maintenant ? Moi aussi, j'en ai marre. Rassurez-vous, quand il sera fini, j'arrêterai d'en parler. En attendant, il faut bien que je me défoule quelque part, et ce blog sert aussi à ça.

(Résumé des épisodes précédents : j'ai eu un énorme rhume fin novembre, avec une toux bien grasse et bien verte et une sinusite terrible. Mon généraliste m'a donné de la clarithromycine (je suis éventuellement allergique à la pénicilline) et un traitement symptomatique, les choses se sont nettement améliorées, mais j'ai passé tout le mois de décembre à être crevé et à toussoter. La semaine dernière, rechute ou nouvelle infection, je ne sais pas, mais j'étais encore plus crevé et fébrile. Je suis retourné voir mon médecin, qui a estimé que cette fois c'était viral, et ne m'a donc donné que des placébos. Puis j'ai eu un petit passage angineux. Dernière évolution : les symptômes ont de nouveau changé, et je suis revenu exactement au point de départ, c'est-à-dire le rhume énorme avec une toux bien grasse et bien verte et une sinusite terrible. J'essaierai demain de voir mon médecin ou un autre, peut-être me donnera-t-il de nouveau des antibiotiques : je ne suis pas trop fan de leur abus, mais enfin, au bout de six semaines d'infection il faut peut-être faire quelque chose.)

Le jour ça va à peu près, surtout le soir où je finis par me sentir presque bien. Mais dès que je suis couché, c'est la catastrophe, et je n'arrive guère à dormir que quatre heures d'affilée avant que mes sinus (et/ou ma gorge déséchée) me hurlent que je dois me réveiller. À ce moment-là, je dois accomplir le Rituel, qui consiste à :

  • (commencer par boire plusieurs verres d'eau, parce que je suis complètement déshydraté, puis)
  • me moucher copieusement, en faisant très attention à ne pas me faire saigner (succès pas du tout garanti),
  • prendre 500mg de paracétamol, histoire de calmer un peu la douleur,
  • croquer un peu de vitamine C, mon placébo préféré,
  • prendre un sachet d'acétylcystéine pour aider à fluidifier mes sécrétions nasales et bronchiques,
  • parfois, me laver les sinus avec du sérum physiologique (l'ennui, c'est que j'ai l'impression que ça fait du bien à moyen terme mais qu'à court terme ça empire plutôt les choses),
  • une ou deux fois par jour (et si j'ai réussi à ne pas me faire saigner en me mouchant), faire une pulvérisation de corticoïde pour soulager l'inflammation, et
  • finir par une inhalation de Balsolène, pour calmer mes sinus dans l'immédiat.

Je ne suis pas vraiment convaincu que quoi que ce soit ait le moindre effet, en fait, mais à force d'être debout pour pratiquer ce Rituel, mes sinus se sont un peu dégagés et je peux soit me recoucher pour quelques heures soit vaquer à mes activités pour la journée, qui consistent à poster sur mon blog des conneries comme celle-ci parce que je n'ai pas la force de sortir et de faire autre chose.

En fait, ce dont je me plains, ce n'est pas tellement d'être enrhumé en soi (même dans ma vie bien douillette, j'ai connu pire condition), c'est que je ne peux absolument rien faire, je n'ai absolument pas la force de sortir pour faire plus que quelques courses, et le reste du temps je glandouille devant mon ordinateur et j'écris des longues entrées sans intérêt ici. Comme je ne peux pas dormir correctement, j'ai des horaires complètement bizarres, je n'arrive pas à manger correctement, et ça fait bien une semaine que je n'ai pas vu le soleil : ça ne doit pas trop aider à guérir, ça, et ça fait un joli cercle vicieux. Mais surtout, je suis complètement écœuré parce que j'avais prévu de faire des choses pendant ces vacances, et elles ont complètement passé sans que j'aie eu une seule journée utilisable.

Quelle façon de commencer la nouvelle année…

Mise à jour : on m'a prescrit de la ciprofloxacine, cf. l'entrée suivante.

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(samedi)

Cousins, cousines

[Photo des moi et mes cousins en 1976]

Légende : Moi dans les bras de mon cousin aîné ; à gauche, notre grand-mère (maintenant décédée) ; à droite, ma mère (en rouge) et une de mes tantes. Devant, mes trois cousines, une amie, et mon autre cousin.

Ce Noël, mon poussinet a pu faire connaissance de ma famille plus éloignée que mes parents, c'est-à-dire, de mes tantes et de quelques uns de mes cousins et petit-cousins.

Comme j'ai grandi sans frère ou sœur, mes cousins germains sont ceux que j'ai de plus proches dans ma génération. Du côté de mon père, qui a une sœur et un frère, j'ai un cousin (le fils de ma tante) et une cousine (la fille de mon oncle), qui habitent au Canada (et, s'agissant de ma cousine, pas à l'endroit le plus accessible, à 7835km de chez moi), tous deux plus âgés que moi, et que je n'ai pas vus depuis respectivement quinze et vingt-cinq ans environ. Du côté de ma mère, qui a un frère (décédé avant ma naissance) et deux sœurs, qui ont eu respectivement un fils, deux filles, et une fille et un fils, si bien que j'ai deux cousins et trois cousines, là aussi tous plus âgés que moi (mon cousin aîné a dix-huit ans de plus que moi). Ceci sans compter trois cousines par alliance (c'est-à-dire des demi-sœurs de mes cousins ou cousines). Nous, c'est-à-dire cinq des six petits-enfants de ma grand-mère (et de mon grand-père, mais celui-ci est mort avant la naissance d'aucun de nous) nous retrouvions à Noël et en d'autres occasions, et comme j'étais le plus jeune j'étais aussi le plus gâté. Maintenant, comme les gens suivent généralement la politique de passer un Noël sur deux dans leur famille et un Noël sur deux dans celle de leur conjoint, je vois certains de mes cousins plutôt un an sur deux (et d'autres carrément moins souvent).

Ensuite, mes cousins ont commencé à avoir des enfants, et là l'arbre généalogique (ou plutôt, la liste des prénoms) est devenu trop compliqué pour ma petite mémoire. Si je ne me trompe pas, j'ai deux petits-cousins du côté de mon père, qui ont sept et treize ans, et onze ou douze petits-cousins ou petites-cousines du côté de ma mère, qui ont entre cinq et vingt ans. J'écris petit-cousin pour le lien familial entre un individu et l'enfant de son cousin germain, mais je crois que le français n'est pas très systématique là-dessus : certains parlent de neveu à la mode de Bretagne, et d'autres de cousin issu de germain (i.e., fils ou fille du cousin germain), mais ce terme est parfois utilisé pour désigner des cousins ayant des arrière-grands-parents communs, donc c'est ambigu ; par ailleurs, je ne sais pas comment on devrait désigner les petits-enfants d'un cousin germain (la logique voudrait dire les arrière-petits-cousins, mais ça sonne bizarrement parce que ça laisse penser qu'il y aurait trois générations d'écart). L'anglais est beaucoup plus logique : deux cousins sont désignés comme first cousin, second cousin, third cousin, etc., selon le nombre de générations qu'il faut remonter (pour le plus proche des deux cousins) pour retrouver un ancêtre commun : s'il s'agit d'un ou d'un couple de grands-parents on parle de first cousins (des cousins germains, donc), pour des arrière-grands-parents de second cousin, etc. (et bien sûr, s'il s'agit d'un ou d'un couple de parents on parle de siblings) ; quant au nombre de générations d'écart, il est indiqué par once removed, twice removed, etc. Mes petits-cousins sont donc mes first cousins once removed, et le terme est symétrique en anglais, donc je suis aussi leur first cousins once removed (grand-cousin) ; des enfants qu'ils auraient seraient mes first cousins twice removed ; quant à mes différents petits-cousins, quand ils ne sont pas plus près, ils sont second cousins les uns par rapport aux autres (en français, des cousins issus de germains, ou issus de deux germains, le terme n'est pas clair), et moi-même je crois que j'ai, au Canada, un nombre assez important de second cousins dont j'ignore absolument tout.

L'arbre généalogique fournit une structure combinatoire sur laquelle beaucoup de lexicologie ou de protomathématiques ont pu être faites ; à commencer par définir des termes pour toutes sortes de liens familiaux. Deux individus partageant un seul parent s'appellent demi-frères ou demi-sœurs : lorsque le parent partagé est le père, on parle de demi-frères ou demi-sœurs consanguins (de l'idée traditionnellement sexiste que le sang vient du père), lorsque c'est la mère, utérins ; je ne sais pas si on doit parler de demi-cousins pour les enfants de demi-frères et demi-sœurs. S'agissant de cousins germains, on peut distinguer ceux qui sont croisés (enfants d'un frère et d'une sœur) et ceux qui sont parallèles (enfants de deux frères, auquel cas on peut les qualifier [parallèles] consanguins/patrilinéaires, ou de deux sœurs, auquel cas on peut les dire [parallèles] utérins/matrilinéaires). Pour ma part, parmi mes sept cousin(e)s germains, j'ai deux cousins croisés, un cousin parallèle (matrilinéaire) et quatre cousines parallèles (trois matrilinéaires et une patrilinéaire). Certains liens familiaux n'existent que de façon rare : par exemple, des cousins doubles, c'est-à-dire doublement parallèles (lorsque les deux pères sont frères et les deux mères sont sœurs), ou doublement croisés (lorsque le père de chacun est frère de la mère de l'autre). Plus tordu : si le père de X est aussi le grand-père paternel de Y et que la mère de Y est aussi la grand-mère maternelle de X (notez qu'il n'y a aucun inceste dans l'histoire, au sens où personne n'a eu d'enfant avec quelqu'un de visiblement apparenté, même s'il y a un très bizarre recouvrement entre générations), cela fait que X et Y peuvent être chacun le demi-oncle (ou la demi-tante) de l'autre : j'imagine que ce cas de figure a bien dû se produire au moins une fois dans l'histoire de l'humanité.

Cela ressemble à un petit jeu amusant, mais les anthropologues nous apprennent il y a des cultures qui prennent cela très au sérieux, pour ce qui est de définir les tabous sur l'inceste et autres règles sur le mariage : voyez ce site-ci, par exemple (que j'avais déjà signalé en parlant de sujets vaguement semblables). Un règle qui revient assez souvent, cependant, est que le mariage entre cousin et cousine est tabou s'il s'agit de cousins parallèles et encouragé s'il s'agit de cousins croisés (mais bon, il y aussi d'autres cultures où le mariage entre cousins parallèles est, au contraire, encouragé). C'est assez surprenant pour nous qui n'avons pas l'habitude de faire la différence ; mais même en latin, une langue pas trop éloignée de nous, on distingue l'oncle paternel (patruus) de l'oncle maternel (avunculus), la tante paternelle (amita) de la tante maternelle (matertera), et les différents sortes de cousins (les enfants du patruus, donc les cousins parallèles patrilinéaires, sont les patrueles ; les enfants de l'avunculus, donc les cousins croisés du côté de la mère, sont les consobrini ; les enfants de l'amita, donc les cousins croisés du côté de la mère, sont les amitini ; et les enfants de la matertera, donc les cousins parallèles matrilinéaires, sont les matrueles).

Puis-je définir mathématiquement une notion de degré de consanguinité ? Ce n'est pas évident si on veut que ça marche même si l'arbre généalogique contient des choses vraiment bizarres comme de l'inceste ou des chevauchements de générations (cf. mon exemple antérieur). Voici une tentative pour formaliser quelque chose qui marche absolument dans tous les cas :

On suppose que X et Y sont deux individus à comparer. Chacun est à l'origine d'un arbre binaire (de ses ancêtres) dont les arêtes sont étiquetées par ♂ (père) et ♀ (mère) : si s est une chaîne formée de ces deux symboles, et Z un individu, je note s(Z) l'ancêtre correspondant de Z, défini par le fait que ♂(Z) est le père de Z, ♀(Z) est sa mère, et pour l'ordre de lecture s1(s2(Z)) = s1s2(Z) (par exemple, ♂♀♀(Z) désigne l'arrière-grand-père qui est le père de la grand-mère maternelle). Je désignerai aussi par ℓ(s) la longueur de s, c'est-à-dire le nombre de générations désignées. La chaîne de longueur vide existe (et renvoie à l'individu lui-même).

Je définis alors la consanguinité absolue entre X et Y comme la moitié de la somme sur tous les couples de chaînes binaires (s,s′) telles que s(X)=s′(Y) de la quantité 2−(ℓ(s)+ℓ(s′)). Remarquer que cette quantité peut très bien être supérieure à 1. Je définis l'autoconsanguinité de Z comme étant la consanguinité absolue entre Z et lui-même : comme la somme ci-dessus comporte au moins les couples (s,s′) avec s=s′, elle vaut au moins 1 ; et si l'arbre généalogique de Z ne comporte pas de surprise (ce qui est forcément faux si on va assez loin, mais on aura souvent envie de faire semblant), alors l'autoconsanguinité vaut 1. Enfin, la consanguinité (normalisée) de X et Y sera le rapport de leur consanguinité absolue sur la moyenne géométrique de leurs deux autoconsanguinités ; et le degré de séparation consanguine entre X et Y sera l'opposé du log base 2 de cette consanguinité normalisée.

Lorsque des informations manquent sur l'arbre généalogique, on fera l'hypothèse qu'il est sans surprise (c'est-à-dire, libre : les seules relations entre les s(Z) sont celles qui sont connues). On pourra vérifier, pour aider à simplifier les calculs, que dès lors qu'on a trouvé un (s,s′) tel que s(X)=s′(Y), alors ½ fois la somme des 2−(ℓ(ts)+ℓ(ts′))=2−(ℓ(s)+ℓ(s′)+2ℓ(t)) pour tous les t (de longueur ≥0) possibles vaut justement 2−(ℓ(s)+ℓ(s′)) (i.e., le facteur ½ a disparu). Donc, dans les cas simples, pour calculer la consanguinité on peut se contenter de sommer les 2−(ℓ(s)+ℓ(s′)) sur les couples (s,s′) « minimaux » tels que s(X)=s′(Y).

Exemples :

  • Si X et Y sont frères/sœurs (germains, quoi) et qu'il n'y a pas d'autoconsanguinité, la consanguinité entre eux vaut ½ fois la somme des 4−ℓ(s) sur tous les s tels que ℓ(s)>0, car seuls existent les termes où s=s′ (c'est l'hypothèse d'absence d'autoconsanguinité) ; comme le nombre de s à valeur de ℓ(s) donnée est 2, on trouve ½ fois la somme des 2−ℓ pour tous les ℓ>0, autrement dit la consanguinité vaut ½, donc le degré de séparation est 1.
  • De même : entre un parent et son enfant, la consanguinité vaut ½ (le degré de séparation est 1). Entre un grand-parent et son petit-enfant, la consanguinité vaut ¼ (le degré de séparation vaut 2). Entre oncle et neveu, on a également ¼ donc un degré 2. Entre demi-frères, la consanguinité vaut toujours ¼ (dans la formule de calcul simplifié, on a un unique couple (s,s′) « minimal » tel que s(X)=s′(Y), avec 2−(ℓ(s)+ℓ(s′))=¼). Entre cousins germains, le degré est 3 : ce serait 4 pour des demi-cousins germains, 2 pour des doubles cousins germains, et 4−log2(3)≅2.42 pour des cousins germains-et-demi. Le grand-cousin et le petit-cousin (first cousins once removed) sont à un degré 4 l'un de l'autre. Des cousins issus de [deux] germains (second cousins) sont à un degré 5. ((Notons que la terminologie française est généralement de les dire aux sixième degré, la différence provient du fait que la terminologie française ignore le fait qu'ils ont deux arrière-grands-parents en commun, alors que mon calcul tient compte de ce fait : des demi-cousins issus de germains sont au degré 6 avec ma définition.))
  • Avec un peu d'inceste, les calculs se compliquent. L'enfant d'un frère et d'une sœur a une autoconsanguinité de 5/4 ; deux enfants différents de cette même union incestueuse ont une consanguinité absolue de 3/4, donc normalisée de 3/5, ce qui diminue leur degré de séparation à ∼0.74 ; si ces deux enfants ont eux-mêmes des enfants (avec des individus sans autre parenté), chacun d'entre eux aura une autoconsanguinité de 17/16, et deux tels cousins l'un par rapport à l'autre une consanguinité absolue de 5/32, donc normalisée de 5/34, et leur degré de séparation est donc de ∼2.77. L'enfant de deux cousins germains a une autoconsanguinité de 9/8, deux tels enfants ont l'un par rapport à l'autre une consanguinité de 5/8, donc normalisée de 5/9, ce qui crée entre eux un degré de séparation de ∼0.85.
  • Dans l'exemple que j'ai donné plus haut de deux personnes X et Y qui seraient chacun l'oncle de l'autre (mais sans inceste), la consanguinité entre eux vaut ½, c'est-à-dire qu'ils sont à degré 1 (comme le sont deux germains, ou un parent de son enfant, alors qu'ils ne sont rien de tout ça).
  • Ajouté () : Un voyageur dans le temps qui arrive à être son propre père a une autoconsanguinité de 3. S'il est seulement son propre grand-père, il a une autoconsanguinité de 5/3.

Je devrais étudier d'un peu plus près les propriétés mathématiques de ce bazar, mais je clos ma digression.

La photo ci-dessus a été prise il y a trente-quatre ans. C'est apparemment la durée d'une génération dans ma famille, puisque ma mère n'est pas loin d'avoir l'âge de ma grand-mère sur cette photo (et ma tante a un peu plus), et plusieurs de mes cousin(e)s ont des enfants qui ont à peu près le même âge qu'ils/elles avaient en 1976. Ce qui est étonnant, aussi, c'est de voir à quel point certaines personnes changent et d'autres non. On a retrouvé une vidéo prise du Noël 1983 dans ma famille (les couleurs sont épouvantables mais le son est assez bon) : j'ai été frappé de constater que vingt-sept ans plus tard, une de mes tantes (celle qui n'est pas sur la photo ci-dessus) et deux de mes cousines n'avaient quasiment pas changé (même si, certes, on voit que ces dernières n'ont plus quinze ans).

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(mardi)

Fatigue hivernale, suite

Je croyais que mon rhume qui dure depuis un mois était enfin fini, malgré la fatigue rémanente, mais voilà que soit j'ai fait une rechute soit j'ai chopé un nouveau rhume. Me voilà de nouveau dans un état fébrile, crevé et avec mal à la tête et aux sinus.

J'en ai marre de ce temps pourri.

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(lundi)

Mon poussinet s'est fait voler son téléphone

Mon poussinet s'est fait voler son téléphone (et environ cinq euros en espèces qui étaient dans son portefeuille) alors qu'il dormait dans le train. Il pensait depuis un moment s'en acheter un nouveau, donc ce n'est pas bien grave, mais tout de même, d'ici là, je ne pourrai plus communiquer avec lui par Google Talk. ☹ Et c'est un peu trop tôt pour acheter un truc avec la toute nouvelle version d'Android.

Quelques ajouts () :

  • On lui a volé l'argent dans son portefeuille, mais pas le portefeuille lui-même. C'est un peu surprenant (même si, effectivement, rien d'autre n'aurait pu être vraiment intéressant pour le voleur, on aurait pu croire que c'était plus simple pour ce dernier de tout voler).
  • Voler un téléphone dans un train est une idée excessivement stupide, en fait. Si mon poussinet s'était réveillé avant l'arrivée et si le mec ne pensait pas à éteindre immédiatement le téléphone, on aurait pu demander à un autre passager d'appeler le mobile, et ainsi détecter où ça sonne (quitte à prévenir le contrôleur, et un passager dans chaque voiture, de façon à localiser le voleur, qui ne pouvait pas fuir).
  • De toute façon, voler un téléphone est rarement vraiment utile : la personne volée fait opposition immédiatement sur la ligne (bien avant que le voleur ait le temps de faire sauter le code d'accès) et aussi sur l'IMEI du téléphone. Il y a sans doute moyen de forcer le téléphone à prendre un autre IMEI ou de le revendre à l'étranger, mais ça ne doit vraiment pas rapporter beaucoup par rapport à la difficulté de la chose.
  • Mon poussinet a fait opposition sur sa carte de crédit, par peur que le voleur ait recopié le numéro. À la limite, c'est la chose la plus intelligente à voler : prendre juste le numéro de carte, faire un gros achat avec, en le faisant livrer à un complice qui a un alibi (et peut-être aussi un autre achat livré à quelqu'un de complètement aléatoire). La personne volée ne s'apercevra du vol que plus tard (et de toute façon, c'est la banque qui devra payer). Mais je doute que les gens aient tant de sophistication.
  • Le PV de la plainte que mon poussinet a déposée au commissariat est bourré de fautes d'orthographe. Vraiment bourré. Mais le plus étonnant, c'est que même l'en-tête du papier indique qu'il s'agit du commisariat, sic, du XIIIe arrondissement.

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(lundi)

La touche à droite du N de on clavier est cassée

Elle arche un peu aléatoireent, donc si dans les quelques prochaines entrées vous e voyez utiliser des ots un peu ystérieux, vous saurez que c'est ça. (Déjà que le Z arche très al… ais c'est vrai que le Z est substantielleent oins utile que la preière lettre de on no de faille.)

(Il s'agit bien de la touche à droite du N : j'utilise un clavier QWERTY ; si j'étais sur un AZERTY, cette touche ferait une virgule, et la lettre qui e anque se trouverait à droite du L.)

J'ai coandé un nouveau clavier sur le site de Logitech. Contraireent à la dernière fois, il seble que j'aie pu deander un QWERTY, justeent.

Mise à jour () : J'ai reçu mon nouveau clavier. Le confort des touches n'est pas mal, et il est relativement silencieux (peut-être un peu moins que le précédent, mais moins aigu aussi). Il a le gros avantage d'être un vrai QWERTY-US (mieux : international, ce qui fait que j'ai quand même une touche entre le Z et le shift de gauche). Un inconvénient sur la disposition des touches, cependant : il n'a que deux touches entre la barre d'espace et le control de droite, et notamment la touche que j'utilise comme touche compose n'est pas exactement à l'endroit auquel je suis habitué — mais je pense que je m'y ferai sans trop de mal.

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(vendredi)

Fatigue hivernale

Mon rhume interminable s'en va très très très doucement, je ne tousse presque plus, mais j'ai quand même de temps en temps à râcler ma gorge et, surtout, je continue d'être très fatigué. Il faut dire que le temps n'aide vraiment pas, et je commence à trouver sérieusement déprimant le manque de soleil et cette espèce de chape de plomb glaciale, mi-nuageuse mi-brumeuse, qui nous sert de ciel en ce moment.

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(vendredi)

Dr. Seuss surgit de ma mémoire

Je butinais au hasard sur le Web quand je tombe sur une page parlant du Dr. Seuss. Le nom me dit vaguement quelque chose, qui était-il, déjà ? Un auteur de livres pour enfants, ou quelque chose comme ça ? (Un pédiatre ? Non, je confonds avec le Dr. Spock, là. Qu'il ne faut lui-même pas confondre avec Mr. Spock.) Wikipédia me confirme que Dr. Seuss est le nom de plume de Theodor Geisel, écrivain mais aussi dessinateur de livres pour enfants ; mais quand je regarde le genre de dessins qu'il fait, ça réveille des neurones dans les couches bien profondes de ma mémoire. Oui, oui, j'ai déjà vu ce personnage qui ressemble à un chat allongé… Il me revient à l'esprit une histoire de ville où on n'a presque pas de soucis, sauf que la clé pour y rentrer a été perdue… Après plein de recherches Google, je finis par déduire que j'ai dû lire I Had Trouble in Getting to Solla Sollew (le nom de la ville ne me dit rien, mais le résumé ne laisse aucun doute). Où et comment ai-je pu lire ça ? Cette fois Google ne m'aidera pas, il n'indexe pas (encore ?) mes propres neurones, mais à force de me creuser les méninges, je crois que j'ai retrouvé : c'était chez des amis, qui avaient (ont ?) une grande maison de vacances aux alentours de Bandol et qui la prêtaient parfois à mes parents pour les vacances, et je dormais dans la chambre d'un de leurs fils et je pense que c'est là que j'ai trouvé ce livre. Au demeurant, les dessins sont assez mignons.

C'est assez amusant comme ce genre de souvenirs très flous peut tout d'un coup remonter à la surface avec une netteté surprenante, à la faveur d'une invocation complètement inattendue.

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(mercredi)

La suite du rhume de la mort qui tue

Dix jours que ça dure, et je commence à trouver que c'est vraiment long ! Certes, je vais mieux, j'ai les bronches beaucoup moins chargées, je ne crache plus des glaires ou en tout cas plus de vertes et grasses (donc les antibiotiques ont peut-être été efficaces — mais on m'en a prescrit pour cinq jours et c'est fini), et j'ai le nez beaucoup moins chargé, je respire librement quand je dors, c'est un vrai soulagement ; mais je continue à tousser beaucoup pendant la nuit et à renifler un peu tout le temps, et j'ai les oreilles qui se bouchent tout le temps ; et surtout, je suis vraiment fatigué. Accessoirement, les antibiotiques ont pas mal perturbé ma digestion.

Est-ce que je devrais retourner voir un médecin, ou bien considérer que comme ça semble en train de passer je devrais juste attendre ?

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(jeudi)

Le retour du rhume de la mort qui tue

Normalement je suis plutôt abonné aux rhumes, mais les quelques derniers étaient plutôt des rhumounets de rien du tout, il faut que je remonte à il y a quatre ans pour en retrouver un vraiment sérieux. Mais là j'ai l'impression que je suis en train de rattraper quatre ans de rhumes en une seule fois. Ça a commencé dimanche par une très grande fatigue puis une belle bronchite, la nuit dernière j'ai cru me noyer sous des torrents de morve et je n'ai quasiment pas dormi. Aujourd'hui me voilà avec les sinus enflammés de toute cette activité, et une toux bien grasse. Je me soigne au paracétamol (et un peu d'aspirine pour varier de temps en temps), à l'acétylcystéine, à la vitamine C pour l'effet placebo, au sérum physiologique pour me laver les sinus, et aux inhalations de Balsolène. Et en restant au chaud chez moi.

Mise à jour () : Ça ne va pas mieux. Je suis allé chez le médecin ce soir, qui m'a prescrit (en plus du paracétamol et de l'acétylcystéine que je prenais déjà) un antibiotique des fois que ce serait bactérien, et un corticoïde pour soulager mes sinus en feu. On verra si ça fait de l'effet, mais en attendant je suis incroyablement faible — après avoir dormi douze heures et passé la journée à comater, je suis déjà complètement crevé. Et en plus, voilà que je me mets à avoir mal à l'estomac.

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(mercredi)

Encore des thèmes oniriques

J'avais évoqué jadis quelques uns des thèmes récurrents de mes rêves. Il m'en est revenu à l'esprit quelques autres, qui sont plutôt transparents mais néanmoins assez caractéristiques.

  • Les volcans. Il y a assez souvent des éruptions volcaniques dans mes rêves. (Quand je dis souvent, ça ne veut pas dire toutes les nuits, ni même toutes les semaines, bien sûr, et même une fois par mois me semblerait très exagéré en tout cas dans les rêves que je me rappelle, mais ça arrive quand même avec une certaine régularité, d'autant plus fréquente que je n'ai le souvenir d'aucun rêve d'innondation, de cyclone, d'incendie d'origine non-volcanique, de tremblement de terre sans volcanisme associé, ou d'aucune autre catastrophe naturelle.) J'avais sans doute été terrifié, quand j'étais petit, quand on m'avait appris des choses sur le volcanisme. Je me souviens notamment d'une histoire d'un fermier dans je ne sais quel pays qui avait un jour remarqué que son foin était chaud, et quelques jours plus tard sa maison avait été détruite — ça m'avait beaucoup marqué (et de fait, je rêvais souvent que ma maison était détruite par un volcan). D'un autre côté, les éruptions volcaniques dans mes rêves ne sont pas si effrayantes que ça, ou, du moins, j'arrive toujours à m'enfuir à temps et parfois même à triompher en les regardant de loin. Rien à voir, donc, avec les cauchemars qui me font vraiment peur (et qui tournent généralement autour du surnaturel).
  • La radioactivité. Quand j'étais petit, j'en rêvais vraiment souvent, et maintenant plus du tout. Je ne sais pas si on m'avait fait peur avec les dangers de la radioactivité comme on m'avait fait peur avec ceux du volcanisme, mais c'était vraiment un thème récurrent, qui prenait la forme d'une sorte de poison invisible qui contamine les personnes et les lieux. Souvent, par exemple, je rêvais que ma maison était devenue radioactive, et je devais absolument y aller pour faire quelque chose… Il est possible que des récits des liquidateurs de Tchernobyl m'aient frappé, mais je suis quasiment sûr que je faisais ce genre de rêves avant. Et ils ont complètement disparu.
  • L'électricité. Quand je dis l'électricité, il faut imaginer une version à l'esthétique un peu steampunk de gros transformateurs, de bobines de Tesla ou de choses de ce genre. En général, l'idée du rêve est qu'il faut passer à travers un de ces assemblages (qui grésillent et crépitent), ou bien il faut y faire quelque chose, en évitant de se faire électrocuter. Mais contrairement aux rêves de volcan (où l'éruption a bien lieu) ou de radioactivité (ou la contamination est certaine), dans les rêves d'électricité, je ne me fais jamais électrocuter, et tout se passe toujours bien. En fait, ce sont des rêves globalement plutôt agréables.
  • Le vertige. Dans la vraie vie j'ai très facilement le vertige (je peux monter en haut d'un escabeau, mais pas à la cathédrale de Strasbourg), et ce n'est pas spécialement agréable. Dans les rêves, bizarrement, ça l'est. (Ceci étant, même éveillé j'aime bien regarder des vidéos comme celle-ci ou celle-là ou encore cette troisième.)
  • Les constructions qui s'effondrent. C'est souvent associé au vertige, mais néanmoins différent. Je rêve de structures qui, pour des raisons inexpliquées, sont construites au sommet de tours ou sur des piliers démesurés (j'ai par exemple rêvé d'une gare de train en haut d'une tour ; mais généralement il s'agit plutôt de maisons ou de choses comme ça) : et ces structures sont vieilles ou abandonnées (de nouveau avec parfois un petit cachet steampunk), sont en train de s'effondrer ou menacent de s'effondrer au moindre mouvement. Et je dois y faire quelque chose, comme récupérer un objet ou actionner un mécanisme.

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(lundi)

Bêta-bloquant

Mon cardiologue (que je suis allé voir pour des problèmes de tachycardie et de palpitations — apparemment je fais parfois des extrasystoles bigéminées, mais il n'a pas l'air de trouver ça grave, et il semble que ce soit dû au stress) a jugé qu'il serait peut-être bien de traiter un peu mon anxiété, et les manifestations physiologiques qui l'accompagnent. Non pas avec un anxiolytique mais plutôt avec un bêta-bloquant, en l'occurrence le propranolol à petites doses. On va faire un essai pendant un mois, pour voir comment je réagis, mais sur la description qu'il m'en a faite, ça a l'air d'être vraiment ce qu'il me faut.

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(mardi)

Mon royaume pour une pendule qui marche !

Plein d'appareils électroniques (du magnétoscope au four à micro-ondes en passant par le téléphone sans fil, la station météo et que sais-je encore) viennent avec une horloge interne, et affichent l'heure de façon bien visible. Ça part d'une bonne intention, mais c'est plutôt une source d'emmerdes. Non seulement ça veut dire que deux fois par an il faut passer par tous ces appareils et se rappeler comment on est censé les régler (et c'est parfois extrêmement peu intuitif, comme pour mon autotensiomètre), mais en plus, même en-dehors des changements d'heure, ces maudits trucs ne sont jamais foutus de rester à l'heure : le pire chez moi est le four à micro-ondes qui prend quelque chose comme dix minutes d'avance par mois, mais même les trucs censés se mettre à l'heure automatiquement ne le font pas toujours correctement (ma station météo censément radio-contrôlée ne capte pas bien le signal car mon appartement est au fond d'une cour, et parfois elle se décale d'une ou deux heures ; et mon poussinet et moi nous sommes tout juste débarrassé d'un décodeur TNT qui trouvait inexplicablement le moyen de se régler chaque nuit à une heure de retard en été et deux en hiver — non, ce n'est pas le temps universel, c'est exactement le contraire, je ne sais vraiment pas comment c'est possible — plus quelques minutes un peu aléatoirement). La seule chose qui soit vraiment et fiablement à l'heure, chez moi, c'est mon ordinateur (lui il obtient l'heure par réseau), mais même s'il affiche l'heure en haut de mon bureau, je ne suis pas dessus 24h sur 24 (contrairement aux rumeurs à ce sujet), et l'écran s'éteint au bout d'un certain temps.

On a beau savoir que les choses ne sont pas à l'heure, on finit toujours pas se laisser piéger et par les croire, ou au moins par s'énerver en se demandant quelle heure est-il au juste ? où y a-t-il une vraie pendule qui donne la bonne heure, dans cette foutue maison ?

Un jour j'assumerai la geekitude ultime et je m'achèterai une horloge atomique. (J'ai entendu des rumeurs selon lesquelles on peut trouver des horloges à rubidium pour moins d'un demi-millier d'euros, mais je ne sais pas où.)

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(samedi)

Les robots de chez spartoo.com

A priori, le site marchand spartoo.com (ils vendent des chaussures, et quelques vêtements) est bien conçu, leur catalogue est intéressant (à mes yeux au moins), et leurs prix sont compétitifs. Ils livrent rapidement, et il est très simple et gratuit de faire un retour si on s'est par exemple trompé de pointure (on imprime une étiquette qu'on colle sur le colis, et on le dépose dans un relais Kiala, c'est-à-dire un réseau de commerçants qui font du dépôt et de la livraison de colis). Tout cela est fort attractif.

Quand ça marche. Parce que le problème avec les mécaniques bien huilées, c'est que quand il y a un problème, il devient impossible de faire quelque chose. J'avais commandé, le 30 août, une paire de chaussure Nike (Air Force 1 Mid, 315123-003) de couleur noire. Le 2 septembre (quand je vous dis que c'est rapide !), la commande m'est livrée. Problème : elle m'est arrivée bleue. La couleur bleue n'étant pas dans le catalogue de spartoo.com, je soupçonne une erreur dans les stocks. De fait, la boîte est correctement étiquetée par Nike (ces andouilles ne disent pas blue, ils disent varsity royal, ce qui est quand même le nom de couleur le plus grotesquement pompeux qui soit, mais bon, au moins le numéro de référence est clair, c'est 315123-400 alors que sur ma facture c'est 315123-003).

Pas de problème, il suffit de retourner la chose et de demander un nouvel article. Le formulaire de retour a même une case le produit m'est bien arrivé, mais ce n'était pas la couleur commandée, que je coche, et il y a un champ pour entrer plus d'explications. Je dépose donc (toujours le 2 septembre) mon colis correctement étiqueté chez une imprimerie pas loin de chez moi qui fait relais Kiala, et j'attends des nouvelles. Le lendemain je reçois un mail m'annonçant que mon retour est accepté.

Le 8 septembre (mercredi dernier), nouvelle livraison, en remplacement. Très bien, mais c'est toujours exactement la même chose : la chaussure est obstinément bleue, et porte obstinément le numéro 315123-400. Cette fois, en plus de faire un retour, j'écris au service clientèle (enfin, j'écris à une de ces adresses associées à un prénom féminin évocateur par lesquelles spartoo.com écrit à ses clients, et qui sont, probablement, toutes exactement la même chose) un mail détaillé expliquant la situation, avec toutes les références : je reçois un mail automatisé m'informant qu'un ticket de demande de renseignement est ouvert. Bon, ce n'est pas une demande de renseignement, mais on peut au moins espérer qu'ils les lisent. Pour plus de précaution, je colle sur la boîte des chaussures que je retourne un post-it sur lequel j'attire de façon très visible l'attention sur le problème (Vous avez une erreur dans vos stocks : ceci est la référence Nike 315123-400 (bleue), j'avais commandé la 315123-003 (noire)).

Aucune réaction du service client, bien sûr, sauf les mails complètement automatisés me signalant que mon retour est accepté, qu'une nouvelle commande est en préparation (c'est Amélie qui signe les mails relatifs aux colis, et Adriana qui signe ceux concernant les commandes : pourquoi ai-je l'impression que ces personnes n'existent pas ?). Et ce matin (11 septembre, donc), nouvelle livraison. La chaussure persiste à être bleue. Je me demande si je n'ai pas reçu exactement la même, d'ailleurs (j'aurais peut-être dû mettre un lapin blanc invisible dans la boîte que je retournais, pour le savoir) ; après tout, ils ne doivent pas avoir tant de paires que ça, pour un modèle précis et une pointure précise.

J'ai hésité à être taquin et obstiné, et à continuer les retours avec demande d'échange pour voir combien de temps ça pourrait durer avant que quelqu'un se rende compte de la situation. Après tout, même si visiblement les frais de personnel doivent être très réduits puisque tout a l'air totalement automatisé, il faut au moins qu'ils paient à chaque fois une livraison par Colissimo, qui aurait fini par représenter plus que le prix de la chaussure, et en tout cas certainement plus que leur marge dessus. Mais bon, je veux quand même revoir mon argent, à défaut de chaussures de la bonne couleur : je fais donc un retour contre remboursement. (En ayant quand même la conscience de décrire, de nouveau, sur un post-it sur la boîte, quel est le problème, et en le signalant de nouveau au service clientèle.) J'irai acheter cette paire de chaussures dans une vraie boutique[#] dans la vraie vie.

Reste que j'ai perdu du temps, vraiment inutilement, avec cette connerie, ne serait-ce qu'à fermer des boîtes, à coller des étiquettes, à déposer des colis dans des relais, et à rédiger des mails au service clientèle qui ne les lira apparemment jamais. Et eux ont perdu de l'argent aussi. Ça laisse surtout un goût amer à cause de l'impossibilité de contacter un humain : il y a probablement quelqu'un chez spartoo.com qui serait content d'entendre mon histoire[#2], mais je n'ai aucune façon de le contacter (mes mails partent directement à la poubelle, et mes post-its sur les boîtes certainement aussi vu que le magasinier qui les reçoit n'y est pour rien et ne peut rien y faire). Et il y a probablement quelqu'un qui chausse aussi du 44 qui aura envie d'acheter la même paire de chaussures que moi et qui subira la même surprise.

Mise à jour () : Ils m'ont téléphoné pour s'excuser, expliquer un peu ce qui s'est passé (il y a eu une erreur entre la référence qu'ils ont photographiée et enregistrée sur le catalogue et celle qu'ils ont commandée à Nike), et m'offrir un bon de réduction pour mes prochains achats chez eux.

[#] C'est ce que j'aurais dû faire dès le début, me dites-vous ? Pas clair : si j'ai commandé chez spartoo.com, c'est justement suite à l'agacement du service chez une boutique Foot Locker : j'ai montré un modèle exposé (et en promotion) en demandant à l'essayer en 43 (selon les marques, je chausse entre 42 et 46), j'attends cinq minutes qu'on me l'apporte, je l'essaie, il est trop petit, et je me rends compte que par ailleurs ce n'est pas exactement le modèle que j'avais demandé. J'attire l'attention sur ce fait (la différence entre les modèles n'était vraiment pas évidente, et la vendeuse n'en avait apparemment pas du tout pris conscience), et je demande à voir l'autre, et en 44 : de nouveau cinq minutes passent, et on m'apporte bien du 44, mais toujours du mauvais modèle. Cette fois, je n'essaie pas les chaussures, j'insiste pour voir le modèle que j'avais montré et pas celui d'à-côté, et on me répond, avec le ton de la plus parfaite évidence, qu'il n'y en a plus. Je suis parti un peu furieux et en oubliant que comme le modèle exposé (celui que je voulais) était à ma pointure, je pouvais au moins exiger d'avoir la paire de démonstration.

[#2] Bien sûr que le risque de faire ce genre d'erreurs est un coût parfaitement assumé par le marchand, eu égard aux économies de personnel qu'il permet de faire. Mais là l'absurdité est poussée jusqu'à un point vraiment extrême.

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(lundi)

Ça n'aura pas tenu longtemps

J'ai vu mon dentiste cet après-midi pour ma dent cassée : il m'a recommandé de poser un onlay en céramique (pour 380€, ce qui, en matière de soins dentaires, est une bouchée de pain). Il a pris l'empreinte pour la transmettre à son prothésiste, et il a posé un pansement temporaire (je ne sais pas ce que c'était exactement, une sorte de composite j'imagine ; en tout cas, c'est dur et grisâtre) pour éviter que la dent se casse encore plus.

Ça c'était à 15h. À 21h le pansement était déjà tombé : j'ai mangé un petit peu de chocolat (même pas particulièrement dur ni sorti du frigo) et je n'ai pas fait suffisamment attention, ou pas réussi, à ne manger que du côté droit.

Pfff… C'est ce que je déteste avec la chirurgie dentaire : à chaque fois, je vais de complication en complication. (Pareil quand on me préparait la seule couronne que j'aie : la dent temporaire qu'avait mise la dentiste — quelqu'un d'autre que celui que je vais voir maintenant — était tombée en à peu près 24h. Je sais que c'est temporaire, mais c'était quand même censé durer un peu plus longtemps que ça.)

Je suis censé ne manger que des bouillons pendant dix jours, ou quoi ?

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(mercredi)

Encore une dent cassée

Ce n'est peut-être pas une nouvelle dent qui vient de casser, en fait, mais peut-être déjà la même que la dernière fois (la 26 ou la 27, je ne suis pas très sûr) : en tout cas, elle était déjà réparée avec du composite, et c'est plus le composite que la dent elle-même qui a cassé. (La dent était très mal en point, il faut croire : sa situation n'a peut-être pas du tout empiré, en fait.)

Mais ça se produit toujours au pire moment possible. Mon dentiste ne peut pas me prendre avant lundi, à cause du rush de la rentrée. Je ne sais pas si je dois craindre que la dent parte en mille morceaux d'ici là. D'un autre côté, elle ne me fait pas mal, donc mon poussinet me suggère d'attendre lundi.

Il existait autrefois un service d'urgences dentaires et stomatologiques boulevard de Port-Royal : il semble qu'ils aient disparu. (Leur répondeur suggère de s'adresser à un cabinet de stomatologues dans le 9e.) Sinon, il y a les urgences dentaires de la Pitié, mais je pense que c'est pour les gens qui ont vraiment mal.

Je ne sais pas si ça vaut la peine de chercher quelque chose en urgence d'ici là : si de toute façon la dent a de fortes chances de se faire arracher, dévitaliser, couronner, ou tronçonner d'une autre manière barbare, ça ne sert pas forcément à grand-chose de la colmater avant. Soupir…

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(dimanche)

Les cheveux très courts, ça plaît plus

En complément du fait que les cheveux longs ne semblent vraiment pas plaire aux homos, la contraposée semble vraie : mon poussinet s'est rasé les cheveux à zéro (en finissant au rasoir, donc c'est vraiment à zéro), et l'effet a été stupéfiant si on en juge par le nombre de regards très manifestement intéressés qu'il a attirés quand nous nous sommes promenés ensuite dans le Marais (et ce n'est certainement pas moi qui les causais, et avec juste quelques centimètres de cheveux il ne provoque vraiment pas les mêmes réactions non plus). Si j'étais un peu jaloux je l'aurais ramené à la maison immédiatement. ☺

Et on doit reconnaître que c'est vrai, il est très sexy comme ça, mon poussinet. Ce qui est rageant, quelque part, c'est qu'on ne saurait pas dire pourquoi, au juste. Je ne crois pas que ce soit, par exemple, le fantasme du skinhead qui joue, parce que ce n'est vraiment pas son look — j'ai bien essayé de le persuader d'essayer de porter treillis et rangers, mais il n'a pas voulu en entendre parler… J'avais entendu la théorie que les cheveux rasés font paraître plus jeune (ce qui est possible, mais je n'en suis pas complètement convaincu non plus) parce qu'ils évoquent la tête d'un bébé (là je n'y crois vraiment pas, surtout quand on voit la racine des poils).

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(mardi)

Phases du sommeil

Je suis un lève-tard (à tel point que mes heures de coucher et lever ont tendance à se décaler progressivement sur la journée, jusqu'à atteindre le point où ça devient vraiment ridicule, je me ressaisis et je fais un effort, et ça recommence — c'est un petit peu énervant). Mais je peine à comprendre pourquoi : pourquoi est-ce que, au moment où je devrais me coucher, même si je me sens vaguement fatigué, le lit n'a pas vraiment d'attrait pour moi, je préférerais continuer à faire n'importe quelle connerie pour perdre mon temps, alors que, le matin (enfin, matin, ce qui en tient lieu), au contraire, je tiens tellement à rester au lit ?

Je viens seulement de faire le lien avec un autre phénomène, dont j'avais pourtant conscience depuis longtemps : c'est que mon sommeil n'est pas du tout homogène. Au début de la nuit (enfin, dans les premières heures après mon coucher), mon sommeil est profond, mais agité, et presque pénible : j'ai parfois du mal à m'endormir, mais quand je le fais, c'est comme une masse, et si je me réveille, je suis complètement assommé, j'ai les idées confuses, je titube si je me lève, je fais des rêves qui tournent parfois à la panique, je suis un peu somnambule, je transpire beaucoup, j'ai des confusions nocturnes et des crises d'angoisse. Bref, tout cela n'est pas très plaisant. Pendant la fin de mon sommeil, en revanche, dormir devient un vrai plaisir : je fais rêve sur rêve, et ce sont des rêves généralement agréables, où j'explore de vastes labyrinthes, j'accomplis des quêtes cosmiques, je vole, je suis magicien, et, globalement, je m'amuse beaucoup. Si je suis réveillé, je peux continuer mon rêve de façon semi-consciente, en le modelant pour qu'il me plaise encore plus, et cela m'aide à tomber dans un autre rêve qui me plaise. Bref, tout cela est un grand plaisir, et j'ai généralement envie d'en profiter le plus possible.

Dit comme ça, le lien est complètement évident, et je ne comprends pas qu'il ait pu m'échapper aussi longtemps : cela explique de façon tout à fait claire pourquoi je n'aime pas me coucher mais que je n'aime pas non plus me lever.

Or cette différence entre le début et la fin du sommeil ne m'est certainement pas particulière : il me semble qu'il est bien établi qu'on fait beaucoup plus de rêves agréables, qu'on a beaucoup plus de sommeil paradoxal vers la fin de la nuit. Évidemment, ce n'est pas très rationnel de vouloir se coucher plus tard (je ne vais pas éviter les périodes de sommeil profond et un peu désagréable, au mieux les repousser), et je suppose que tout le monde a toujours un peu envie de se lever plus tard, mais j'ai quand même du mal à comprendre les lève-tôt. Est-ce que leurs rêves sont moins intéressants ?

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(mercredi)

Compte-rendu de voyage à Berlin

Je prends le temps, parmi les mille et une choses qui réclament urgemment mon attention au retour de vacances, pour raconter un peu comment celles-ci se sont passées. Sans ordre ni logique, cependant :

  • Neuf jours, ce n'est vraiment pas assez pour visiter correctement Berlin. En tout cas, pas si on se lève tous les jours à midi. 😐 Ou pas si on ne veut pas visiter les musées au pas de course. Ou pas si on aime bien se promener à pied, mais que les pieds, au bout d'un moment, estiment qu'ils ont assez marché. Du coup, mon poussinet et moi avons tiré un trait sur plein de choses habituellement jugées indispensables : le musée du Pergamon (enfin, ça c'était en partie à cause d'une confusion sur ses horaires), le chateau de Charlottenburg, et Potsdam (ce n'est pas à Berlin, bien sûr, mais on aurait certainement pu penser à y aller). Et certainement plein d'autres choses. On a quand même vu un certain nombre de musées : le musée de la RDA, le musée du mur, le deutsches historisches Museum (l'idée étant que tant qu'à venir à Berlin, autant voir des musées qui parlent de Berlin et de l'Allemagne, plutôt que des antiquités grecques ou étrusques, aussi remarquables fussent-elles) ; le musée allemand des techniques (où mon poussinet a pu regarder plein de porno pour poussinet, c'est-à-dire des trains) ; et le schwules Museum (schwul=pédé ; more about that later).
  • Plutôt que visiter des musées, nous avons préféré nous promener et prendre la température des quartiers. Plusieurs choses m'ont frappé : essentiellement, combien la capitale allemande est étendue, peu dense, et surtout inégalement animée. La plupart des villes que je connais, et certainement Paris, ont une structure un peu en oignon, avec des quartiers centraux très denses, et des couches concentriques de moins en moins peuplées et fréquentées, couches qui sont, sinon circulaires, du moins plus ou moins convexes. Berlin n'est pas du tout comme ça : on peut être à deux pas d'un endroit très animé (comme Alexanderplatz, la Potsdamer Platz ou le Kurfürstendamm, et avoir l'impression d'être dans une banlieue très lointaine, avec des terrains vagues et quasiment personne dans les rues — et encore deux pas plus loin, on peut revenir dans un endroit très vivant. C'est très déroutant quand on essaie, comme moi, de se faire une idée du visage de la ville en marchant un peu au hasard dans les directions qui ont l'air sympa : en voulant aller au Kurfürstendamm (la rue commerçante la plus célèbre de Berlin-Ouest) nous avons commencé par passer par la Kurfürstenstraße qui (comme son nom peut le laisser penser) est immédiatement adjacente, et nous nous disions que nous nous étions forcément trompés, qu'on était au milieu de nulle part, que ça ne pouvait pas être par là.
  • Nous logions à Berlin-Est, à deux pas de la célèbre tour de télé (où nous ne sommes pas montés) et de la non moins célèbre Alexanderplatz (que nous avons traversée dans tous les sens). Je dis Berlin-Est, parce que j'ai l'impression que la division de la ville pendant trente ans explique en partie le phénomène que j'évoque ci-dessus que les quartiers animés ne sont pas adjacents les uns avec les autres ; ceci dit, c'est loin de tout expliquer, d'une part parce que Berlin a de toute façon changé depuis 1989 (il faut vraiment consulter une carte pour savoir où le mur pouvait passer) et d'autre part parce qu'on a cette impression qu'il n'y avait vraiment rien à Berlin-Ouest tant la majorité des choses intéressantes semble être à l'Est.
  • Notre hôtel était dans le genre plutôt luxueux (et à la limite de nos moyens, en fait, mais c'était un peu notre voyage de PACS, et nous avions un peu d'aide de papa-maman ; et en fait, globalement, à Berlin, les prix ne sont vraiment pas chers par rapport à ce qu'ils seraient dans d'autres grandes capitales) : il est situé à l'emplacement de l'ancien hôtel emblématique de la RDA, sur une rue portant le nom d'un socialiste suffisamment consensuel pour ne pas avoir été débaptisée. Le gadget de l'hôtel, maintenant, c'était un aquarium de 1000m³ dans le lobby, où circulent plein de poissons exotiques très jolis, et que plein de touristes viennent admirer (les visiteurs circulent dans un ascenseur à l'intérieur de l'aquarium, qui est en forme de double cylindre, alors que les clients de l'hôtel le voient de l'extérieur).
  • Pour la téléphonie mobile, nous avons pris des cartes prépayées (+pack Internet) chez l'opérateur (nouveau venu) O2, et donc eu pendant dix jours des numéros allemands, de façon à pouvoir bénéficier du confort « Internet (surtout Wikipédia et Google Maps) vraiment partout dans la poche » auquel nous sommes devenus complètement accros, sans avoir à payer les tarifs scandaleusement exorbitants que les opérateurs de téléphonie mobile pratiquent pour ls connexions de donnée en roaming (on en est au point où ne serait-ce que pour deux jours à l'étranger il me semble globalement avantageux de prendre une carte prépayée). Notre première idée avait été d'aller voir chez T-Mobile, mais leur offre était vraiment pourrie (celle qui semblait la plus intéressante pour nous était, en fait, une carte SIM pour clé 3G, et le vendeur m'a soutenu obstinément qu'elle ne permettait pas de faire des appels vocaux — ce qui est complètement faux — et en plus il leur a fallu quelque chose comme douze heures pour activer la ligne). Sinon, de façon générale, pour les informations à ce sujet pour les gens qui voyagent n'importe où dans le monde, je transmets le conseil qu'on m'a donné de consulter ce site, qui est tout à fait excellent. (Ah, et pour ce qui est d'avoir accès aux cartes de ville avant ou à défaut d'avoir une connexion de données, on m'a signalé le programme MapDroyd pour Android, qui semble bien utile.)
  • Les transports en commun berlinois sont pratiques et rapides, mais la clarté des indications laisse parfois franchement à désirer : la distinction entre S-Bahn et U-Bahn est un peu gratuite (comme celle entre RER/Transilien et Métro à Paris), d'autant que les S-Bahn sont parfois souterrains et les U-Bahn parfois aériens, les lignes sont numérotées dans deux séries de chiffres qui se recoupent, et le fléchage pour passer d'un réseau à l'autre dans les stations n'est pas hyper évident.
  • Les rues sont (parfois ? toujours ?) numérotées différemment d'en France, les numéros étant consécutifs d'un côté de la rue, et repartent ensuite dans l'autre sens de l'autre côté.
  • On peut vraiment manger pour pas cher à Berlin. Le plat emblématique de la ville est le Currywurst (une saucisse à la sauce au curry ; éventuellement mit Pommes, c'est-à-dire, avec des frites), ce n'est pas mauvais mais je m'en lasserais vite ; par contre, un truc qui présente à la fois une grande variété et un excellent rapport qualité-prix, ce sont les traiteurs asiatiques sur le mode du fast-food, notamment les Asia Gourmet (c'est une chaîne internationale, mais il n'y en a pas à Paris, que je sache). Pour un truc un peu plus allemand, il y a plein d'endroits où on peut manger des assiettes de salades certainement plus diététiques que le Currywurst, et à des prix également imbattables.
  • Là où les restaurateurs rattrapent le prix très bas du manger, c'est sur les boissons. Et vraiment le truc que je n'aime pas du tout avec l'Allemagne, c'est qu'il est en gros impossible dans un restaurant de demander une carafe d'eau (du robinet, je veux dire : Leitungswasser ou Hahnenwasser en allemand) : pas que nous ayons vraiment essayé, mais c'est évident que personne n'en prend. On en vient à se demander si les Allemands sont au courant que ce qui circule dans les canalisations d'eau est potable. En recherchant sur Internet plus de précisions sur cette question, je suis tombé sur ce post du blog (en allemand) d'un Allemand expatrié en Suisse, où on apprend notamment que même en Suisse allémanique la situation est bien différente. (J'ai aussi bookmarké quelques pages de discussion qui montrent que les Allemands n'ont pas l'air de savoir, ou pas l'air d'accord entre eux à ce sujet, si c'est correct de demander de l'eau du robinet au restaurant : celui-ci, celui-là, et aussi cette page de conseils, semblent plutôt dire que oui, mais avec énormément de réserve.)
  • Les Berlinois ont l'air de consommer pas mal de cafés et chocolats glacés (Eiskaffee et Eisschokolade), qui ressemblent un peu, mais pas tout à fait, à un mélange entre les cafés et chocolats liégeois, et les cafés frappés, qu'on trouve en France. En tout cas, ça m'a bien plu. Sinon, nous avons mangé pas mal (et ramené quelques paquets) de Gummibärchen, surtout que j'ai appris par un numéro de Karambolage (j'ai déjà dit que j'étais fan de Karambolage ?) que les oursons Haribo qu'on achète en France ne sont que de très pâles imitations des vrais que l'on trouve en Allemagne.
  • Je n'ai pas compris si les cartes bancaires allemandes sont maintenant avec puce, et si oui si le système de puce est compatible avec le système français : en tout cas, je n'ai payé que deux-trois fois avec ma carte bancaire (en France je paie quasiment tout comme ça), parce qu'une fois on m'a demandé mon code et une signature, et les autres fois une signature — je trouve ça pénible, alors je me suis rabattu sur les espèces. J'ai aussi l'impression qu'il y a moins de distributeurs de billets à Berlin qu'à Paris (et ils ne donnent pas de ticket, ce qui est gravement pénible), et ils ont l'air plus uniformisés derrière le logo EC (electronic cash) qu'en France derrière la Carte Bleue ou Visa, mais bon, je ne comprends de toute façon rien au système bancaire et aux relations entre tous ces sigles et organismes.
  • Nous avons cherché le ou les quartier(s) gay à Berlin. Il y en a un qui est facile à trouver, et hautement visible, et très sympa, il est situé à Schöneberg aux alentours de Nollendorfplatz. Il semblerait qu'il y ait aussi des choses à Prenzlauer Berg, mais on n'a pas trouvé grand-chose en errant au hasard, et les rares choses qu'on a effectivement trouvées étaient désespérément désertes. Même remarque du côté de Kreuzberg, où on a quand même pu visiter le Schwules Museum, un musée consacrée à l'homosexualité en Allemagne (essentiellement, le très long combat pour obtenir l'abolition du §175 du code pénal prussien) et à des expositions thématiques — dont une en ce moment consacré à Ralf König, duquel je suis complètement et inconditionnellement fan, ça tombe bien.
  • Parmi les choses particulières que nous avons visitées, faites ou vues :
    • Le toit du Bundestag. Il y a un restaurant au sommet (très cher, mais carrément bon), où mon poussinet m'a invité pour mon anniversaire, et qui offre l'avantage d'éviter la queue pour monter au toit (les gens qui ont une réservation montent avec les handicapés, en fait, en priorité sur tout le monde). La coupole est assez spectaculaire, pas seulement par la vue qu'elle offre sur la ville, mais aussi par son architecture en elle-même ; et on peut voir directement, en bas, la salle plénière du parlement. Soit dit en passant, les bâtiments de la chancellerie, juste en face du Bundestag, ont l'air très intéressants aussi, mais malheureusement ils ne se visitent pas (à moins d'avoir un contact avec Mme Merkel ?… sinon, ils faisaient une journée porte ouverte, mais c'était après notre départ).
    • La gare centrale (Hauptbahnhof). Elle est toute nouvelle, et organisée de façon assez originale (en forme de croix, mais les voies nord-sud sont en sous-sol, mais les voies est-ouest sont carrément au 2e étage), avec une architecture moderne et vraiment intéressante, un toit tout en verre et d'immenses espaces à l'intérieur qui donnent un peu le vertige.
    • Le Sony dome, une sorte de gigantesque chapiteau de cirque, à deux pas de la Potsdamer Platz, qui abrite un certain nombre de restaurants et brasseries, des cinémas, boutiques, etc., et qui la nuit est éclairé de couleurs changeantes.
    • L'ancien aéroport de Tempelhof, qui est maintenant abandonné comme aéroport, et complètement désert, mais, bizarrement, les bâtiments ne sont pas tout fermés. (Il doit encore vaguement servir de lieu pour des tournages ou des réunions ou quelque chose comme ça. Pendant que nous y sommes passés, il y avait le tournage d'une sorte de clip, ou de scène de film, sur le tarmac.) Moi je trouvais ça un peu creepy (voire carrément effrayant), en fait, un bâtiment aussi gigantesque et tout vide, donc je n'ai pas osé trop m'aventurer dedans, mais mon poussinet est allé faire de l'exploration urbaine, et a réussi à entrer dans l'ancien hall des départs par une porte inexplicablement laissée ouverte.
    • Le mémorial aux Juifs assassinés d'Europe, une sorte de labyrinthe de stèles de béton, sans aucune inscription, à deux pas de la porte de Brandebourg, vraiment saisissant. Juste en face, mais pas évident à trouver, il y a un petit mémorial aux victimes homosexuelles du régime nazi.
    • Le Tiergarten, où il est agréable de se promener. Malheureusement, la colonne de la victoire (Siegessäule), qui est au centre, était fermée pour rénovation, donc nous n'avons pas pu y monter. Et nous sommes allés voir le zoo lui-même, mais il n'est pas vraiment passionnant (d'ailleurs, c'est toujours un peu tristounet, un zoo, les animaux ont l'air d'avoir si peu de place…) ; la chose la plus intéressante, j'ai trouvé que c'était les hippopotames, parce qu'ils se sont arrangés pour qu'on puisse bien les voir sous l'eau en même temps qu'en-dehors.
    • Dans le quartier homo près de Nollendorfplatz : un « supermarché homo » (c'est-à-dire essentiellement une librairie) Bruno's (comme Bruno Gmünder), un café d'où on peut regarder les jolis garçons passer, plusieurs bars dont un avec backroom (mais la clientèle n'était pas super intéressante), un magasin de surplus militaire qui assumait ouvertement le côté fétichiste…
    • Le quartier Hackescher Markt, tout près de notre hôtel, est très intéressant pour la nourriture. Il y a notamment les Hackescher Höfe, un système de petites cours intérieures qui communiquent entre elles, et qui sont jolies à visiter.
    • Le KaDeWe (Kaufhaus des Westens = supermarché de l'Ouest), une copie conforme des galeries Lafayette, mais à l'architecture plus labyrinthique, le temple de la consommation où, paraît-il, les allemands de l'Est avant 1989 rêvaient d'aller. Globalement, tout le quartier (de Berlin-Ouest, donc) entre là et le Kurfürstendamm est très commerçant au sens corporate, par opposition à d'autres quartiers commerçants qui ont beaucoup plus de petits commerces.
    • Il faut que je fasse une mention spéciale d'un adorable petit café-restaurant situé sur la Knesebeckstraße (côté est), appelé Cafe Bistro, où la cuisine était aussi délicieuse qu'inventive, et pas chère du tout. (Par contre, la carte était manuscrite, et remplie de termes que je n'arrivais ni à déchiffrer ni à décoder, donc on a plus ou moins commandé au hasard.)
  • Comme je le craignais, mon allemand est pas mal parti aux oubliettes. Déjà traduire pour mon poussinet les panneaux explicatifs dans les musées était hautement laborieux, comprendre ce que les gens disaient l'était encore plus. (Notamment, j'ai eu une expérience déplaisante dans une boutique T-Mobile, pour essayer de faire comprendre que, oui, je voulais bien acheter une carte SIM pour clé 3G pour mettre dans un téléphone mobile, et que j'étais presque sûr que c'était normal et que ça permettrait (contrairement aux affirmations du vendeur) de passer des appels vocaux. Il faut dire que le vendeur ne faisait absolument aucun effort ni pour se montrer aimable ni pour parler plus distinctement voyant que je maîtrisais mal l'allemand.) Heureusement, j'ai pu mettre sur mon téléphone un dictionnaire allemand↔anglais très pratique pour Android (cherchez QuickDic German Dictionary dans le marché), c'est beaucoup plus commode que de sortir à chaque fois mon dictionnaire de mon sac et de trouver laborieusement le mot dans l'ordre alphabétique. J'ai aussi (re)trouvé une motivation très forte pour bosser mon allemand : c'est de lire les BD de Ralf König en VO (j'y arrive, mais à grand renfort de dictionnaire ; ceci dit, ça permet d'apprendre plein de mots cochons très importants).
  • Décidément, je n'ai pas réussi à trouver moyen de contacter un vrai Berlinois pour lier connaissance (et qui accepterait de jouer un petit peu au guide touristique), malgré des tentatives pour exploiter plusieurs sites qu'on m'avait conseillés, essentiellement couchsurfing.org (pour trouver des gens qui ont le goût de l'hospitalité) et gayromeo.com (pour rencontrer d'autres garçons qui aiment les garçons) ; en fait, un problème c'est que les gens partent en vacances sans indiquer qu'ils sont partis, et qu'à la fin on en a un peu marre de contacter les gens un par uns pour s'entendre répondre qu'ils ne sont pas là — et si on essaie de passer des annonces collectives, personne ne les lit. Peut-être que je m'y suis mal pris. Bref, le seul Berlinois avec lequel on a pu converser quelques minutes, c'est un garçon rencontré dans un bar gay : comme j'étais en train de baver devant lui et qu'il était visiblement tout seul, mon poussinet m'a exhorté à aller lui parler, puis, comme j'étais trop timide pour ça, il est allé le voir et lui a expliqué que son copain (moi, quoi) le trouvait très mignon mais n'osait pas lui parler ; bon, le garçon en question (qui se prénommait Jan) a répondu que je n'étais pas son type (à cause des cheveux longs, bien sûr), et par ailleurs il n'était seul que parce qu'il attendait un rencart qui se faisait attendre — mais ça nous a au moins permis de discuter un tout petit peu. (Sinon, les trois autres personnes avec qui on a vraiment bavardé, pendant ce voyage, étaient des Américains…)
  • Dans l'ensemble, je crois que je trouve les Allemands plus mignons que les Français (le poussinet et moi ne manquons pas de nous signaler l'un à l'autre les jolis garçons que nous croisons, et là ça n'arrêtait pas, à tel point qu'on a décidé de relever un peu les exigences sur ce qui mérite d'être signalé, pour ne pas interrompre tout le temps notre conversation avec nos petits codes). C'est peut-être simplement un effet du dépaysement (j'ai l'impression qu'à chaque fois que je me déplace ça me fait un peu cet effet, et je doute que les Parisiens soient le sommet de la laideur terrestre) ou de la proverbiale herbe plus verte de l'autre côté du proverbial Rhin. Ou c'est peut-être que j'ai effectivement une préférence, certes pas exclusive, pour les blondinous aux yeux bleus (je pensais que c'était un peu un mythe que les Allemands sont blonds aux yeux bleus, mais, de fait, alors qu'en France il est très rare que je croise des gens plus blonds que moi, à Berlin j'en ai vu un certain nombre). Peut-être que l'an prochain le poussinet et moi irons vérifier cette hypothèse du côté de Stockholm.
  • Les corneilles berlinoises ne sont pas comme les corneilles parisiennes : elles ont le dos gris (mais la tête noire) alors que les corneilles parisiennes sont toutes noires. Il doit s'agir de Corvus corone à Paris et de Corvus cornix à Berlin. Par ailleurs, toujours au rayon de l'ornithologie, il y a beaucoup moins de pigeons (Columba livia) à Berlin qu'à Paris.
  • Ah, et il faut bien que je finisse en parlant des trains : on a fait le voyage, dans un train de la Deutsche Bahn, en compartiment de luxe (c'est-à-dire avec WC et douche dans la chambre). Même si je dors très mal dans les trains quoi qu'on fasse, c'est une expérience intéressante (certes un peu onéreuse, mais pas tant que ça quand on compte qu'elle comprend une nuit d'hôtel). Mais finalement, ce qui est le plus agréable, c'est encore la voiture-restaurant : parce que les trains de la Deutsche Bahn, ils ont une vraie voiture-restaurant — même si on va commander soi-même, ensuite on mange à une vraie table, assis sur des vraies chaises, et dans de la vraie vaisselle, pas comme dans les voitures-bar des TGV français. C'est aussi moins exorbitant au niveau prix, d'ailleurs.

Voilà, j'oublie certainement encore plein de choses que je pourrais raconter, mais ça commence à faire assez long comme ça. Il y a un tas de photos (de très mauvaise qualité…) qui viendront éventuellement plus tard.

Maintenant, il faut que je revoie Der Himmel über Berlin, Good bye, Lenin!, le documentaire Un Mur à Berlin

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(dimanche)

M. Inquiet

Dans la série des livres pour enfants Monsieur (Mr. Men en VO) écrite par Roger Hargreaves, et qui me plaisait beaucoup quand j'étais petit, mon poussinet m'a offert M. Inquiet. Les premières pages sont exactement une description de moi : Pauvre monsieur Inquiet ! Il était continuellement, perpétuellement inquiet. Quand il pleuvait, monsieur Inquiet se demandait s'il n'y avait pas de fuites dans le toit de sa maison. Quand il ne pleuvait pas, monsieur Inquiet se demandait si les fleurs n'allaient pas se faner. Quand il partait faire ses commissions, il se demandait si ce n'était pas l'heure de fermeture des magasins. Quand il trouvait les magasins ouverts, il se demandait s'il aurait assez d'argent pour payer ses achats. Quand il rentrait chez lui, il se demandait s'il n'avait pas oublié quelque chose. Ou s'il n'avait pas perdu quelque chose en chemin. Quand il avait vérifié qu'il n'avait rien oublié et qu'il n'avait rien perdu, il se demandait s'il n'avait pas acheté trop de choses. Et puis il se demandait où il allait ranger toutes ses provisions. Il n'en finissait pas de s'inquiéter. Pauvre monsieur Inquiet ! C'est tout moi (même si je me serais plutôt appelé M. Anxieux que M. Inquiet).

Mais, dans le livre, M. Inquiet rencontre un gentil magicien qui lui épargne tout un tas de tracas. Si c'est prophétique, voilà une bonne nouvelle, mais, tout de même, cela m'inquiète : et si le magicien ne me reconnaît pas ? Et si je le rate parce je n'ai pas pris le bon chemin ? Comment savoir ?

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(jeudi)

Où sont les homos aux cheveux longs ?

Un des problèmes avec les clichés, c'est qu'on marche souvent sur des œufs quand on veut les combattre : d'une part, parce qu'on est obligé de leur donner voix pour les combattre (et donc de s'entendre répondre : ah mais non, personne ne croit ça ! ce n'est pas ça du tout !), d'autre part parce qu'un cliché fait souvent référence à d'autres clichés (et eux-mêmes, et ainsi de suite en s'insérant dans toute une Weltanschauung d'idées reçues), enfin simplement parce que la seconde loi de Newton prévoit qu'à tout cliché il correspond un contre-cliché qui n'est pas forcément plus reluisant ou plus correct. (Heureusement et hélas, la réalité est tout en nuances ; et une nuance subtile, ce n'est pas la hache bénie +3 qu'on voudrait pour démolir les clichés et enfoncer les portes ouvertes.)

Prenons l'idée suivante : les hommes homosexuels sont souvent efféminés. S'il y a un préjugé véhiculé par la société, une forme d'homophobie, qui m'a gêné dans la construction de mon identité, qui m'a blessé profondément, et je me répète en le disant, c'est bien celle-là. (Je ne dis pas que l'idée l'homosexualité est une abomination ne m'aurait pas plus blessé, évidemment !, mais j'ai eu la chance de grandir dans un environnement extrêmement protégé contre une haine frontale.) J'ai su relativement tôt que j'étais attiré par les garçons (vers 13 ans, je sais qu'il y a des gens qui s'en rendent compte beaucoup plus jeunes — mais il y en a aussi qui le découvrent très tard), et je n'ai pas spécialement eu de réticence à me l'admettre : mais l'identification de cette attirance avec l'étiquette homosexualité a été beaucoup moins évidente parce que l'idée qu'on me présentait de cette étiquette (un on indistinct qui désigne la socété encore à la fin des années '80, je suppose) était quelque chose comme le rôle de Michel Serrault dans La Cage aux folles, quelque chose avec quoi je n'arrivais pas du tout à m'identifier. Jamais je n'aurais eu l'idée de porter une robe ou de jouer à la poupée. Et si je me masturbais en regardant des icônes de masculinité qu'on pouvait trouver dans les magazines pour ado que je lisais, j'étais trop innocent pour m'imaginer faire l'amour avec eux — je fantasmais plutôt sur le fait d'être eux. Mais je digresse.

Pour revenir à ce cliché, le problème est qu'à vouloir le combattre, on s'expose à autant de chausse-trapes qu'il y a de réponses évidentes au cri du cœur mais ce n'est pas vrai du tout ! — par exemple, à se faire qualifier de misogyne (c'est vrai, c'est quoi le problème, à être efféminé ?), « follophobe », voire transphobe… On s'expose à présenter une vision de la masculinité pas moins caricaturale que la vision de l'homosexualité qu'on veut dénoncer (et à être très embarrassé, en fait, pour répondre à la question : c'est quoi, au juste, être efféminé ? et le contraire ?). On s'expose à ouvrir la porte à plein d'autres clichés (du style : d'abord, il y a plein d'homos dans l'arméeah, et depuis quand est-ce que l'armée est la négation de la féminité ? merci pour les femmes militaires). Soit dit en passant, pour une définition de la masculinité qui dépasse un peu les clichés pour arriver au stade ô combien exigeant de la nuance et de la subtilité, je recommande la lecture de l'excellent livre d'Élisabeth Badinter, XY — de l'identité masculine.

Pour continuer à rabâcher les choses que j'ai déjà dites cent fois, ma théorie est que le cliché en question est un biais d'observation : à la fois du fait qu'on identifie plus facilement quelqu'un comme homo quand justement il se conforme à ce cliché, et inversement qu'il soit plus difficile de s'assumer ouvertement comme homo quand on ne s'y conforme pas du tout (là aussi, insérer d'évidents contre-clichés sur les mecs de banlieue et les militaires qui n'assument pas). Plus, évidemment, un effet d'émulation (pour les gens qui veulent s'afficher comme manifestement homos, c'est plus évident de se conformer aux clichés pré-établis), et l'effet des médias, notamment la présentation de l'homosexualité au cinéma.

Ce n'est pas tellement le côté efféminé, en fait : c'est surtout que le spectre des types, de codes de conduite ou vestimentaires, sur lesquels on peut coller l'étiquette mec homo est incroyablement réduit. En fait, à Paris, on a parfois l'impression qu'il y en a exactement deux : le look branchouille style je-m'habille-au-BHV-homme (qui serait le efféminé du cliché précédent), et le look clientèle-du-Cox (tout le contraire de efféminé) ; certes, il y a des sous-types et peut-être un ou deux cas hybrides (style sportif-soigné-propre-sur-lui, ou qui-essaie-de-se-faire-passer-pour-une-racaille-mais-sans-grand-succès), mais ça reste ridiculement étroit. Le titre de cette entrée souligne un point anecdotique, mais néanmoins illustratif : je n'ai jamais rencontré (ni en réalité, ni même en fiction, d'ailleurs) un seul mec ouvertement/ostensiblement homo, à part moi, qui ait les cheveux longs.

La vérité derrière le fait que je dis tout ça, en faisant passer ça pour de la socio vachement sophistiquée (mais mon lectorat n'est pas dupe), est juste que je suis terriblement frustré. ☺ Frustré, parce que les mecs de mes fantasmes vestimentaires — le skater, le punk, le un-peu-goth-mais-pas-trop, ou d'ailleurs parfois le look acheté au Vieux Campeur — ils ne rentrent pas du tout dans ce spectre. Alors je ne vois jamais deux jolis garçons au look urban grunge ou jah-jah se faire des bisous dans la rue : ça me frustre. Et tant que je serai frustré comme ça, je prends sur moi de m'habiller comme j'aimerais le voir et de faire des bisous à mon poussinet dans la rue : peut-être qu'à force, ça prendra. Et sinon, j'ai au moins la satisfaction de faire quelque chose d'inhabituel.

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(dimanche)

Prévision de voyage à Berlin

Le poussinet et moi partirons dans deux semaines pour dix jours à Berlin (du 2010-07-30 au 2010-08-09, en train évidemment, CO2 et passion de poussinet obligent). Je préviens en avance, comme ça, si quelqu'un me voit par hasard à Berlin, il pourra m'identifier. ☺

Je suis d'ailleurs déjà en train d'angoisser en me rendant compte que mon niveau d'allemand a l'air d'être vraiment parti dans les toilettes (et ce n'est pas comme le ski, les langues, ça s'oublie vraiment) : du coup, j'essaie de me persuader de faire une révision intensive. Bon, d'accord, les Berlinois parlent certainement tous l'anglais, mais ce serait vraiment trop la honte d'en arriver là. (Pour mon poussinet, le problème est différent : il n'a jamais appris l'allemand, donc il n'a pas de scrupule à avoir.)

Si quelqu'un a des suggestions de choses à voir (pas complètement évidentes, i.e., pas déjà contenues dans tous les guides touristiques imaginables), qu'il n'hésite pas à les donner en commentaire.

Sinon, je me disais : tiens, on pourrait essayer de profiter de ce voyage pour faire des rencontres — essayer de mettre à profiter le pouvoir censément extraordinaire de rassembler les gens des réseaux sociaux, visagelivres et autres webforums en ligne, mettre une petite annonce ou quelque chose comme ça de façon à trouver un(e) Berlinois(e) avec qui nous pourrions sympathiser et qui serait prêt(e) à nous faire un peu visiter la ville. Peut-être plutôt (mais pas forcément) un homo d'à peu près nos âges, ou ayant d'autres points communs avec nous. OK, l'idée est excellente, mais par où commencer ? Sur le Web on trouve facilement des myriades de forums désertés (genre, ça), le référencement d'un webforum par les moteurs de recherche n'a pas l'air vraiment corrélé à sa fréquentation ou à sa vivacité : je suis globalement peu convaincu par l'utilité du Web social pour rencontrer des gens qu'on ne connaît pas déjà (sauf peut-être s'il s'agissait d'un but explicitement matrimonial, ce qui n'est pas le cas). Ah, peut-être que ce site Web est un bon point de départ.

(Ouais, c'est un peu con, c'est juste en même temps que les Gay Games à Cologne.)

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(lundi)

Ruxor et le poussinet visitent Strasbourg

Strasbourg était une des villes où j'avais candidaté comme maître de conférences il y a trois ans (argh, déjà ?), et qui m'avait fait une impression très agréable. (J'aime les centre-villes piétonniers et commerçants, pittoresques et ombragés, et c'est exactement ça.) Comme mon poussinet est fou de trains, c'était une destination tentante pour une escapade d'un week-end par le TGV Est. Escapade un petit peu contrariée par la chaleur insupportable (surtout samedi) et par mes crises d'angoisse qui continuent (moins intenses, mais pas vraiment moins fréquentes), mais néanmoins fort plaisante.

Nous avons surtout bien mangé : samedi midi à La Corde à Linge, place Benjamin Zix (filet de cabillaud et crumble aux amandes avec sauce au Riesling, accompagné d'un peu de choucroute au goût presque sucré, et en dessert un assortiment de glaces, notamment au yaourt et à la violette, avec de la chantilly et des chamallows, ce n'était pas très léger mais c'était un régal), samedi soir au Caveau Gurtlerhoft, place de la Cathédrale (tarte aux oignons, poulet au Riesling et Spätzle, que j'ai malheureusement eu du mal à finir parce qu'une crise d'angoisse m'a noué l'estomac), et même dimanche midi dans un restaurant (Le Pilier des Anges, rue mercière) qui de loin faisait un peu piège à touristes mais où finalement j'ai mangé une bonne flammekueche pour pas cher. Comme le poussinet et moi ne buvons pas d'alcool, on n'a pas profité des bières d'Alsace, ni de ses vins (autrement qu'en sauce), mais c'était déjà très intéressant.

Nous nous sommes aussi beaucoup promenés, sur la Grande Île et en-dehors. Je n'avais encore jamais vu le bâtiment du parlement européen, notamment, et je dois dire que c'est vraiment très impressionnant : les photos ne rendent pas du tout compte à quel point ce bâtiment est colossal. Je ne savais pas non plus que le siège du Conseil de l'Europe était immédiatement à côté (juste de l'autre côté d'un de ces nombreux bras de la rivière Ill qui sillonnent Strasbourg), ainsi que la Cour européenne des Droits de l'Homme. Nous n'avons fait qu'admirer tout ça de l'extérieur, bien sûr (je ne sais pas si le vulgum pecus a le droit d'y mettre les pieds, mais de toute façon c'était un dimanche, et d'ailleurs il n'y avait pas un chat en vue). Par contre, quelque chose qu'on peut visiter à proximité, c'est le parc de l'Orangerie, un jardin à l'anglaise (qui m'a fait penser aux Buttes-Chaumont à Paris ou, encore plus, au Englischer Garten de Munich) délicieusement aménagé et vraiment joli. Et nous avons pu y constater qu'il y a effectivement des cigognes en Alsace, ce n'est pas une blague.

Dans le centre-ville, rien que de très classique : nous avons visité la cathédrale, qui est frappante pas tellement par sa hauteur[#] (même s'il paraît qu'elle est restée l'édifice le plus haut du monde de l'achèvement de sa flèche jusqu'en 1874) mais surtout par son aspect tout en dentelle de pierre et presque labyrinthique ; j'ai vu la fameuse horloge astronomique que j'avais ratée la dernière fois, et nous avons cherché à monter sur la plate-forme, mais j'ai eu le vertige donc le poussinet y est allé seul. Nous avons aussi visité le musée historique de la ville de Strasbourg, où on nous a fait la faveur de nous laisser entrer gratuitement parce que nous sommes arrivés juste avant la fermeture. Mais nous avons surtout marché au hasard dans les petites rues piétonnes du centre-ville, et sur les berges de la rivière. Et nous avons fait un pèlerinage au premier restaurant MacDonald's ouvert en France (en 1979, il y a même une plaque pour le signaler).

Beaucoup de touristes allemands, ou en tout cas beaucoup plus qu'à Paris et probablement plus que d'Américains, et tous les commerçants avaient l'air de bien parler l'allemand. Nettement plus de supporters de l'Espagne que des Pays-Bas en ce jour de la finale de la Coupe du monde. Enfin, nous avons cherché sans succès des traces d'une vie gay strasbourgeoise.

(À part ça, c'est mon poussinet qui a pris les photos, je rajouterai peut-être un lien vers son album Picasa s'il les met en ligne.)

[#] L'hôtel où nous logions (L'Hôtel de l'Europe, rue du Fossé des Tanneurs, on peut difficilement faire plus central, et je le recommande au passage), a d'ailleurs dans son lobby une réplique de la cathédrale, faite dans la même pierre, qui est intéressante à voir en elle-même.

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(lundi)

Crises d'angoisse

Je suis d'un naturel anxieux. Maladivement anxieux, même : la moindre contrariété, la moindre mauvaise nouvelle, me mettent dans un état d'agitation tel que je peux en perdre le sommeil (surtout si la contrariété arrive le soir, ou si j'attends quelque chose d'angoissant pour le lendemain). Ajoutez à cela que je suis notoirement hypocondriaque : j'ai fait par le passé des crises de tachycardie nocturnes qui se sont, après examen, avérées être uniquement dues à l'angoisse, et qui ont quasiment complètement disparu maintenant que j'ai dérangé un cardiologue pour être convaincu que mon cœur était en bonne santé ; je me réveille parfois en sursaut panique (la cause la plus fréquente étant simplement que je m'endors sur un de mes bras et que l'engourdissement finit par percer mon sommeil) ; il suffit qu'un médecin me prenne la tension pour que celle-ci (qui est de base autour de 115\70mmHg) monte à un point qu'on me demande si je fais de l'hypertension. Même mon cardiologue a été impressionné par mon niveau d'anxiété.

Malgré cela (et malgré ma tendance à me plaindre au sujet de mon sommeil), en général, je ne dors pas du tout mal : notamment, quand je n'ai pas de raison de mettre un réveil pour le lendemain, et que je n'ai pas de souci immédiat, je m'endors plutôt sans problème. Et je n'avais jamais fait de réelle crise d'angoisse, le genre qui tourne à la panique, jusqu'à maintenant. Mais depuis dix jours, j'en ai fait plusieurs, plus ou moins aiguës.

Je ne sais pas pourquoi ça me prend maintenant. J'ai fait passer ces dernières deux semaines, comme les trois années précédentes, des oraux (de TIPE) pour le concours des ENS, ce qui est à la fois fatigant et stressant, mais ce n'est pas la première fois, justement, et je ne vois pas ce qu'il y aurait de différent cette année. Il est aussi vrai qu'il y a des soucis dans notre appartement (un volet coincé et, surtout, une fuite d'eau chez les voisins d'au-dessus dont le syndic ne trouve pas bien la source), et dernièrement que mon père a un problème de santé. Tout ceci doit peut-être jouer.

Vendredi (), j'ai eu la première crise, la plus forte. J'étais en train de déjeuner dans un restaurant avec un collègue et j'ai commencé à me sentir mal : j'ai eu un moment d'étourdissement ou de vertige passager, et aussi une sensation d'engourdissement dans la main droite (de l'auriculaire au poignet). Au début je me suis dit que ce n'était rien, mais ça s'est reproduit plusieurs fois, de plus en plus fort : à un moment j'ai eu une sensation de froid glacial dans tout le corps et l'impression d'étouffer, et même quand c'est passé j'avais l'estomac complètement noué et je ne pouvais plus rien avaler, et l'impression d'avoir la main engourdie était de plus en plus forte. Je me suis dit qu'en marchant ça irait peut-être mieux, alors nous avons quitté le restaurant, mais mon oppression a plutôt empiré, et en plus j'avais l'impression d'avoir la bouche complètement sèche. J'ai fini par faire appeler les pompiers (et par me faire remplacer au concours).

Les pompiers ont été laissés perplexes par les symptômes (ils ne sont pas médecins, bien sûr, ils ont une sorte de grand cahier avec plein de conditions « si symptôme + symptôme + symptôme alors faire ceci »). Ils m'ont mis sous O2 et, après consultation avec leur médecin, emmené aux urgences de Cochin. Quand j'étais allongé dans le véhicule des pompiers je me suis mis à aller un peu mieux, sauf un moment où j'ai eu une douleur terrible à l'arrière de la tête, comme si elle allait exploser, mais qui est passée en quelques minutes.

Aux urgences, évidemment, j'ai attendu très longtemps avant de voir quelqu'un, et pendant ce temps ça allait mieux, sauf pour la sensation de bouche sèche et l'engourdissement dans la main droite (et un peu la gauche aussi). Un externe m'a fait un examen neurologique (c'est-à-dire en gros il passe un crayon sur le chemin de différents nerfs à gauche et à droite du corps et demande si on ressent la même chose), complètement normal. Puis j'ai vu (très brièvement) le médecin en charge, qui m'a expliqué qu'ils pensaient en gros que c'était une crise d'angoisse aiguë et que mes symptômes n'étaient pas bien inquiétants, sauf peut-être l'engourdissement à la main et la douleur à la tête quand j'étais avec les pompiers : à cause de ça, ils m'ont fait passer un scanner et un ECG pour être sûrs. Les deux étaient complètement normaux, donc on m'a relâché, en me conseillant quand même de consulter un neurologue mais pas de façon urgente. (Sur le compte-rendu hospitalier ils ont marqué : hypothèses : épilepsie partielle ou crise d'angoisse aiguë.)

La nuit qui a suivi, j'ai très mal dormi. Les suivantes, ça allait, mais je me suis quand même réveillé à chaque fois dans les deux heures suivant mon coucher avec une sensation de fourmillement dans le bras droit et la main (plutôt du côté de l'annulaire cette fois). Le jour, pas de problème. Il faut dire que j'avais trois jours de pause au milieu des oraux (dimanche, lundi, mardi).

La nuit de mardi () à mercredi () a été vraiment horrible : j'ai eu beau me coucher à 22h pour me lever à 7h, j'ai dormi à peine cinq heures, en me réveillant sans arrêt en panique, sans raison précise, juste avec une impression de nervosité extrême. J'avais aussi des spasmes un peu partout, surtout dans le biceps droit. Enfin, j'ai réussi à atteindre un sommeil à peu près convenable vers 6h du matin, mais à cause du réveil il n'a vraiment pas duré longtemps.

Du coup, mercredi, j'étais dans un sale état ; le matin, j'ai encore à peu près tenu le coup, mais j'étais complètement zombie, à la fois mort de fatigue et hyper-tendu (comme si je n'avais pas dormi depuis quatre jours et que j'avais pris douze tasses de café pour me tenir éveillé), et le midi j'ai eu du mal à avaler quoi que ce soit parce que j'avais l'estomac complètement noué. De nouveau, j'ai dû demander à être remplacé, et je suis allé à l'infirmerie de l'ENS (cette fois j'avais quand même compris qu'il ne fallait pas déranger les pompiers). Là, j'ai pu me détendre un peu, et l'infirmière m'a recommandé un médecin (qui, de surcroît, a l'habitude des normaliens).

Le médecin avait l'air de bien comprendre ce genre de symptômes, et de bien connaître les gens angoissés comme moi, il m'a dit que je devais être surmené ; il m'a prescrit de l'Atarax et des placébos (Euphytose, magnésium), une prise de sang pour vérifier que je n'ai pas de problème à la thyroïde, et surtout de me reposer.

Depuis, les oraux sont finis, mais j'ai encore fait deux ou trois petites crises (essentiellement la nuit), moins importantes, mais pendant lesquelles je me sens tout agité et tout tremblant (sans pour autant être capable de trouver raison précise à mon angoisse), parfois avec de petits spasmes et globalement un état qui correspond assez bien à la description de certains sympômes mineurs faite dans cet article ou celui-ci ; donc, même à mon niveau d'hypocondrie, j'arrive à peu près à me convaincre que je ne souffre pas d'un problème réellement médical (neurologique, par exemple), et j'imagine que je vais finir par faire disparaître ces crises comme j'ai fait disparaître celles de tachycardie. En attendant, ça reste assez gênant.

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(vendredi)

Mon volet est vrillé

Dans la série Les petits tracas de la vie qui ont le don de m'énerver au plus haut point, le volet roulant de la porte-fenêtre de mon salon ne descend plus : la partie droite descend correctement, mais la partie gauche bloque au bout d'une dizaine de centimètres quand on tourne la manivelle. Comme le guide n'a pas l'air de bloquer, j'imagine que le problème vient d'une lame vrillée (et mes efforts pour insister n'ont pas dû améliorer les choses).

Le problème est surtout que d'accéder à ce truc pour le réparer doit être une horreur. Dans le meilleur des cas, il va falloir déplacer la moitié des meubles de l'appartement, ouvrir le caisson contenant le store (et mettre en ce faisant une poussière noire partout), et décoincer la lame. Dans un cas un peu moins meilleur, il va falloir le changer — ce n'est pas le prix qui me chagrine mais la quantité d'emmerdes qui va avec une telle opération. (Question subsidiaire, comment on trouve quelqu'un qui ne soit pas un escroc ? Je n'ai jamais réussi à résoudre ce problème pour les plombiers, alors j'imagine que pour les réparateurs de volets roulants ce n'est pas mieux.) Quant au pire cas, on essaie de ne pas y penser.

En attendant, j'ai plein de bestioles qui rentrent dans l'appartement. (La porte-fenêtre est entrouverte pour laisser passer le câble entre les deux blocs de clim.)

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(mardi)

Ruxor et le poussinet font les courses

Le contexte : nous nous apprêtons à aller chez des amis pour un apéro dinatoire où chacun est censé apporter quelque chose à manger (surtout sans se concerter entre nous, c'est plus rigolo). Comme d'habitude, nous nous y sommes pris à la dernière minute, donc nous voilà chez Tang frères (ouvert le dimanche) en train de chercher ce qu'on pourrait bien apporter.

Poussinet
Oh, une pastèque ! Si on prenait une pastèque ?
Ruxor
Mais non, c'est ridicule, voyons. Ça fait beaucoup trop, et d'ailleurs… Oh, des physalis ! Si on prenait des physalis ?
Poussinet
Mais on ne les mangera jamais. Tiens, si on prenait un durion ?
Ruxor
C'est une blague, j'espère ?… Oh, des boissons aux goûts rigolo… tiens, on va prendre de la boisson à l'aloe vera… j'en prends une grosse bouteille ?
Poussinet
Tiens, prends une canette de jus de grenade, et peut-être un jus de tamarin. Oh, et une canette de jus de coco, aussi. Tu regardes quoi ?
Ruxor
Il me semble qu'il y avait des choses intéressantes dans les biscuits apéritif.
Poussinet
Tu ne crois pas qu'on a déjà assez de choses, comme ça ? On devrait s'en tenir là… Oh, du beef jerky ! Prenons du beef jerky !

…Et ainsi de suite. Chacun de nous n'en fait qu'à sa guise, prend n'importe quoi sur un coup de tête, et se moque des coups de tête de l'autre. Globalement, les choses se passent mieux quand je fais les courses tout seul… enfin, se passent mieux pour moi. ☺

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(jeudi)

Ma collection de (zéro) sphères

Je fais collection de sphères. (Il se trouve que ma collection est actuellement réduite à zéro éléments : en bon mathématicien, je n'ai peur ni du nombre zéro ni de l'ensemble vide, donc je n'hésite pas à appeler quand même ça une collection : si je trouvais une sphère qui me plaise, je n'hésiterais pas à l'ajouter à ma collection.) Je veux dire, d'objets à symétrie sphérique[#], boules ou sphères, aussi parfaites que possibles (et idéalement d'une taille d'environ 3cm à 25cm de diamètre).

Un exemple de porno pour sphérophile, ce sont les gyroscopes de la mission Gravity Probe B, avec une erreur relative de 2×10−7, les objets les plus parfaitement sphériques[#2] créés par l'homme, peut-être même de tout l'Univers (étoiles à neutron exceptées). Actuellement concurrentes en sphéricité, et probablement meilleures à l'avenir, il y a les sphères en silicium du projet Avogadro, dont le but est de créer, puis de peser (de façon à redéfinir le kilogramme en utilisant le nombre d'Avogadro) une sphère, taillée dans un monocristal de silicium, d'environ 93.6mm de diamètre avec une précision de un atome sur la sphéricité, soit une erreur relative de mieux que 10−8. De quoi vous donner un sphèregasme !

Mais sans aller jusqu'à ce niveau de perfection, on peut trouver des sphères intéressantes en silicium, en quartz, ou d'en d'autres matériaux (et jusqu'à des sphères en plastique transparent avec lesquelles certains cirqueux/danseurs s'amusent à une sorte de Glasperlenspiel — je ne sais pas comment ça s'appelle). Il s'en vend même sur eBay ou ailleurs. Malheureusement, c'est fort cher ; on peut aussi trouver des sphères de quartz (boules de cristal) vendues chez des occultistes, mais je n'aime pas trop l'idée de donner de l'argent à ces gens-là (j'ai dépensé assez chez eux en tarots divinatoires pour pouvoir inventer le jeu d'Arcanoïd). Voilà pourquoi ma collection de sphères est actuellement vide.

[#] Normalement, là, un petit facétieux devrait me faire remarquer que l'ensemble vide est un objet à symétrie sphérique, donc que je peux l'ajouter à ma collection, qui devient donc non-vide. J'ajoute donc le critère que ma collection est composée de sphères de diamètre strictement positif.

[#2] Hélas, l'expérience a été en partie un échec car, si la symétrie mécanique des sphères était quasiment parfaite, il n'en allait pas de même de la symétrie électrique, et il s'est avéré qu'elles avaient un léger moment dipolaire électrostatique — juste suffisant pour que le champ magnétique leur applique un moment environ comparable à l'effet Lense-Thirring qui était un des effets qu'on cherchait à mesurer (l'autre, l'effet de Sitter a été mesuré fiablement, mais il était beaucoup moins difficile et déjà beaucoup mieux confirmé expérimentalement).

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(mercredi)

Bloguer est plus dur que microbloguer

J'ai déjà dû signaler ce phénomène (qui a un rapport subtil avec celui de l'autruche), mais il ne cesse de m'étonner par sa force psychologique : plus on retarde quelque chose, plus il devient difficile de s'y mettre, et ceci est particulièrement vrai quand il s'agit, par exemple, de répondre à un mail (plus j'attends pour répondre, plus je me dis que je dois faire une réponse à la hauteur de cette attente, une réponse dont la longueur ou la qualité justifie que j'aie attendu autant de temps, et moins il devient probable que je fasse cette réponse), mais aussi, je m'en aperçois, quand il s'agit d'écrire dans mon blog.

C'est complètement stupide : le lecteur doit considérer, même si ce n'est pas vrai, l'apparition d'entrées dans un blog comme un phénomène poissonnien[#] — le temps écoulé depuis la dernière entrée ne donnant aucune information sur le temps à attendre avant la prochaine, ni sur la longueur de celle-ci. Mais je n'arrive pas à m'en défaire. Je n'ai pas écrit depuis deux semaines : j'ai du mal à m'y remettre en écrivant une entrée, par exemple, pour dire, de but en blanc, j'aime la musique du film La Révolution française. C'est sans doute pour ça que je ne sais pas écrire des entrées courtes, même quand j'en ai de la matière (j'ai emménagé dans mon nouveau bureau ; j'ai commencé à enseigner un cours de géométrie algébrique ; mon poussinet s'est coupé les cheveux ; c'est absolument scandaleux qu'on ne sache pas si déterminer si une suite récurrente rationnelle s'annule est un problème décidable ou non ; le brunch au Café Léa en bas de la rue Claude Bernard est très bon ; j'aimerais acheter de l'eau lourde pour en faire des glaçons qui coulent, mais à 70$ les 100g ça fait cher du glaçon ; Randall Munroe me pique mes idées).

Je comprends de mieux en mieux que les sites de microblogging fonctionnent si bien. Il faut peut-être que je me trouve une solution dans ce sens.

[#] Dédicace en passant à mon poussinet, qui aime beaucoup signaler (et parfois à tort, à mon avis) que telle ou telle chose est probablement un phénomène poissonnien.

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(jeudi)

Je programme pour Android

Comme finalement je trouve que le Java n'est pas un langage trop mal, et que j'avais par ailleurs depuis longtemps envie de programmer quelque chose pour Android, j'ai écrit un petit programme pour réparer une lacune qui m'agaçait : une liste des caractères Unicode avec quelques possibilités primitives de recherche et de saisie des caractères (pour pouvoir les copier-coller ensuite ailleurs). Vous pouvez la télécharger sur le marché Android (cherchez Unicode Map) ou depuis un ordinateur via le lien précédent. Vous pouvez aussi me faire part de vos suggestions d'amélioration, je promets de les ignorer très soigneusement ☺ (sauf peut-être si elles sont accompagnées d'un patch ou d'une proposition de git pull). Vous pouvez également me dessiner une icône qui soit moins complètement pourrie que celle que j'ai « dessinée » en dix secondes en découvrant qu'il était obligatoire d'en avoir une.

C'est d'ailleurs impressionnant le nombre de sites Web qui répercutent l'arrivée d'une nouvelle application Android (et j'imagine que pour iPhone c'est environ 1000 fois ça) : pour une application que j'ai mise sur le marché avant-hier, il y a déjà plein de listings (automatiquement générés) qui sont indicés par Google et qui en parlent (en parlent veut dire, évidemment, ont recopié le petit blabla que j'ai écrit en cinq secondes — encore moins que l'icône — dans le formulaire d'upload). Ça semble surtout là pour combler ce manque qui me semble insupportable et criant : Google n'a prévu aucun listing Web officiel des applications Android, ce que je ne comprends pas du tout (ça ressemble à une tactique d'Apple, mais à la sauce Google) ; je comprends éventuellement qu'ils ne prévoient aucun moyen de télécharger l'application autrement qu'en passant par leur application de marché sur le téléphone, mais pourquoi ne même pas avoir un mécanisme de recherche via le Web et des pages fixes rappelant les informations basiques sur l'application ? ça n'a pas de sens. Et c'est clairement intentionnel : quand on regarde la page Web du marché, on voit que tout a été fait exprès pour éviter les liens Web. Je ne comprends pas. (Et je comprends d'autant moins que, du coup, plein d'autres gens s'engouffrent dans la brèche, justement.)

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(lundi)

Mon bureau déménage

Aujourd'hui, j'ai fait mes cartons : je quitte mon bureau de la rue Dareau où je m'étais installé il y a deux ans et demi (déjà ‽) pour en rejoindre un autre, rue Barrault, plus près de chez moi mais, en contrepartie, plus petit (ou peut-être plus grand, mais que je partagerai avec un collègue alors que jusqu'à présent j'étais seul). En fait, tous les gens de mon département qui étaient comme moi rue Dareau déménagent, mais les autres vont avenue d'Italie dans des locaux neufs : moi je profite de ce déménagement collectif pour rejoindre les collègues les plus proches de mes thématiques (disons, les plus matheux-algébristes qu'il y ait à Telecom). A priori, ce nouveau bureau est lui-même temporaire : je devrais de nouveau déménager (mais dans le même couloir !) quand des travaux auront rendu des locaux plus beaux — et tout cela en attente d'un hypothétique futur déménagement à Palaiseau en 2012 2014 2015 2020 2070.

Toujours est-il que je n'aime pas faire les cartons, parce que ça oblige à ranger tout le foutoir qui s'est étalé sur le bureau et à décider ce qu'on veut mettre où, à trier les 1001 articles qu'on a imprimés (ah, je lirai ça sans doute un jour, refrain connu) pour essayer de les organiser d'une manière ou d'une autre, et à se rendre compte qu'on a vraiment trop de livres (j'en ai fait trois et demi cartons bien pleins, à raison d'environ 40 livres par carton). Et on angoisse que les livres puissent être abîmés, que les affaires puissent se perdre (surtout quand tout le monde va avenue d'Italie et que je suis le seul à partir rue Barrault !).

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(lundi)

Petit voyage à Bordeaux

J'ai pris mes vacances à contretemps du calendrier scolaire[#] et suis allé passer trois jours à Bordeaux la semaine dernière, histoire de voir comment mon poussinet y est installé (verdict : c'est petit, mais cozy), et de visiter un peu cette ville que je n'avais jamais vue que quelques heures (j'étais passé en coup de vent pour candidater sur un poste à l'université de Bordeaux I). Eh bien, si on aime les belles pierres et les demeures de riches marchands, c'est une ville intéressante ; j'ai surtout aimé la rue Sainte-Catherine (c'est quelque chose qui manque vraiment, à Paris, une rue commerçante animée et piétonne) et les petites places comme celle-ci, celle-là, cette troisième ou cette quatrième (j'aime bien les places petites mais cozy, et ça non plus il n'y en a pas énormément à Paris).

En revanche, ce n'est pas la peine d'aller voir de l'autre côté de la Garonne pour voir s'il y a des choses intéressantes rive droite : il y a certes un jardin botanique pas trop mal (quoique manquant cruellement d'ombre quand on est un blondinet à la peau claire), mais ce n'est vraiment pas très animé. Et il faut du temps pour la traverser, la Garonne, quand on est un Parisien habitué à ce que les ponts fassent 150m à tout casser et qu'il y en ait tous les autant.

[#] Et du volcan islandais dont je suis fier de pouvoir dire que j'arrive à prononcer le nom. (Pas qu'on ait voyagé en avion — mon poussinet est fou de trains — mais je n'aime pas quand les trains sont bondés.)

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(samedi)

La Loi du Sommeil de David

J'avais déjà constaté ça empiriquement depuis bien longtemps, mais je crois avoir réussi à dégager assez précisément la façon dont fonctionne mon sommeil. En général, je dors plutôt bien. C'est-à-dire, si j'ai un lit raisonnablement confortable et que je n'ai pas de besoin particulier de me réveiller, je fais de bonnes nuits, j'ai besoin de sept ou huit heures de sommeil mais je peux me contenter d'un peu moins sans être trop dérangé, bref, tout va bien. Le problème, c'est la règle suivante, qui est un peu hallucinante :

Loi du Sommeil de David : Si, à un moment donné, je suis réveillé, et qu'il est prévisible que je doive me lever dans moins de x heures (c'est-à-dire, que je ne pourrai plus dormir après), alors j'ai beaucoup de mal à m'endormir ; ici, x dépend du temps que j'ai déjà dormi, mais il est toujours compris entre 3½ (quand j'ai déjà dormi) et 9 (quand je n'ai pas dormi).

Autrement dit, si je me couche, disons, à 1h du matin, et que je n'ai pas de raison particulière de mettre un réveil, alors je me lèverai typiquement vers 8h ou 9h du matin. En revanche, si, toujours en me couchant à 1h du matin, je sais que je devrai me lever à 8h, même si sept heures de sommeil a priori me suffisent, cela me stressera si bien que j'aurai énormément de mal à m'endormir, je n'y arriverai que vers 2h ou 3h du matin et, du coup, je n'aurai effectivement pas assez dormi. Ceci ne dépend pas de la façon dont je serai réveillé (par un réveil, par mon poussinet qui me fait des bisous dans le cou, ou par n'importe quel autre moyen) : ce qui m'empêche de dormir est la certitude que je devrai être réveillé, pas la façon dont je le serai. Pas non plus le fait que je serai réveillé : si, par exemple, je me couche à 1h et que mon poussinet doit partir à 6h du matin pour prendre son train pour Bordeaux[#] et que je sais qu'il me réveillera en partant, si je sais que je peux dormir autant que je veux ensuite, ça ne pose pas de problème : le poussinet me réveille, mais je ne dois pas me lever, donc je n'angoisse pas, donc je dors quand même bien (et je peux très bien dormir de 1h à 6h et de 6h30 à 8h et être raisonnablement frais à 8h). Par contre, si le poussinet doit partir à 6h et que moi je dois me lever à 9h, c'est une catastrophe : quand le poussinet me réveille à 6h, il reste moins de 3½ heures pendant lesquelles je peux dormir, donc je n'y arrive pas, donc je me réveille, de fait à 6h, et comme la loi ci-dessus s'applique récursivement, finalement, il faudrait que je me couche à 21h pour avoir un sommeil correct.

Tout cela est terriblement contrariant, et le poussinet se moque de moi, mais je n'ai pas trouvé de moyen d'éviter le phénomène : dès que je sais que je dois me lever à une certaine heure, ma capacité à me rendormir rapidement après un petit réveil accidentel est anéantie. J'ai de la chance d'avoir un travail où les horaires sont très flexibles ! Il n'y a que les jours où à la fois j'ai un cours le matin et où le poussinet doit prendre un train encore plus tôt, qui posent vraiment problème. Néanmoins, ce matin, nous devions nous lever à une heure plus que décente, mais j'ai été réveillé successivement par le facteur qui livrait un colis, par un voisin qui jouait de la perceuse, par le chat d'un autre voisin qui miaulait à notre porte, et par un coup de téléphone publicitaire : si à chaque fois la certitude de devoir me lever prochainement ne m'avait pas empêché de me rendormir rapidement, j'aurais passé une nuit bien meilleure.

[#] Pour ceux qui s'inquiéteraient pour lui : le poussinet, lui, il dormira dans le train, il y arrive très bien. La règle du sommeil du poussinet est qu'il a besoin de 8h de sommeil, mais qu'il peut les prendre n'importe comment et n'importe quand. C'est plus simple !

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(dimanche)

Pourquoi je ne sais pas écrire des entrées courtes ?

Je ne comprends pas comment les gens arrivent à twitter. Enfin, peut-être que je comprends comment on peut faire des posts de taille SMS : ce sont plutôt les blogueurs qui arrivent régulièrement à écrire des entrées d'environ 200 mots qui m'impressionnent. Moi, à chaque fois que je me lance sur un sujet, j'en écris des tartines[#]. Même quand je commence en me disant, bon, vraiment, sur ce sujet-là, je n'ai pas énormément de choses à dire. Surtout quand je commence mon entrée par je vais essayer de dire un mot rapide sur <telle ou telle chose>, sorte d'incantation propitiatoire que je finis en règle général par retirer quand je me rends compte qu'elle est devenue totalement ridicule. Et pourtant, je n'ai pas l'impression de délayer. Et pourtant, je n'étais pas mauvais à l'épreuve de résumé en français au lycée (d'ailleurs, je me faisais un point d'honneur de toujours produire le nombre exact de mots demandé, sans jamais taper dans la marge ni dans un sens ni dans l'autre : si on peut faire N mots à 10% près, ce n'est pas beaucoup plus dur de faire N mots exactement).

Du coup, évidemment, je poste peu : quand je commence à écrire quelque chose, je sais que presque toujours il me faudra des heures pour finir. Du coup, aussi, j'ai un backlog énorme d'idées que je me dis qu'il faut que je développe un jour, voire d'entrées commencées et jamais finies.

Il y a au moins une raison que je comprends : j'ai du mal à entrer en matière ou à passer d'une partie à une autre. Je suis beaucoup plus efficace quand il s'agit de répondre à ce que quelqu'un à dit que quand il s'agit de dire quelque chose moi-même (où je me sens obligé de situer le problème, de rappeler plein de choses à son sujet, etc, de ménager des transitions…).

[#] Sauf pour mes fragments littéraires gratuits, qui ont effectivement tendance à être courts, mais qui n'en sont pas moins longs à écrire (je peux passer facilement une nuit entière sur deux paragraphes).

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(mercredi)

The colors of the rainbow, so pretty in the sky

Ruxor et le poussinet ont le plaisir de vous faire part de leur PACS, enregistré en grande solennité dans l'ambiance chaleureuse et conviviale du greffe du tribunal d'instance du 13e arrondissement de Paris.

Sérieusement, je n'ai pas souvent vu des endroits aussi glauques et sinistres que le hall d'entrée de ce tribunal d'instance : imaginez une porte d'entrée comme dans une église, qui débouche sur un immense escalier éclairé par deux néons blafards en fin de vie, d'où on peut accéder à un couloir très étroit et haut, lui aussi éclairé de par des néons blafards (quoiqu'en meilleur état), flanqué de banquettes, et dont la seule ouverture transparente est un hygiaphone (je pensais que ça n'existait plus depuis vingt ans) pour parler à un guichetier. Quant à la solennité : on donne tout un tas de papiers au guichetier (celui qui parle par hygiaphone), il vous donne un rendez-vous environ une semaine plus tard, et une semaine plus tard on rencontre la greffière (qui, au moins, est aimable et a un bureau moins sinistre que le couloir qui y mène) qui appose un tampon et une signature sur la convention qu'on avait déposée. Voilà, on est PACSés.

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(vendredi)

J'en ai marre de voyager entre Univers parallèles

J'ai pris conscience que je naviguais entre des Univers parallèles en regardant attentivement la rue Mouffetard : au 51 de la rue il y a un magasin qui vend des conneries du genre souvenirs pour touristes, oreillers à l'effigie de Claude François ou autres cadeaux pour des amis particulièrement détestés. Une des décorations de ce magasin est une vache volante (un gadget qu'on accroche au plafond et qui fait des tours en battant des ailes : même un maître zen formé dans les meilleurs temples shaolin doit perdre son sang-froid en cinq minutes à le regarder tournoyer, ce qui prouve que les vendeurs de cette boutique ne peuvent pas etre complètement humains).

Sauf qu'un jour je suis passé devant ce magasin et ce n'était plus une vache volante qui était là, c'était un cochon volant. Un petit détail, certes, mais le petit défaut qui trahit l'existence de la Matrice : quelqu'un avait remplacé l'Univers d'où je venais par quelque chose de beaucoup plus bizarre et de plus inexplicable.

Depuis je fais très attention, et je me suis rendu compte que les petits hommes verts (ou peut-être des gros monstres violets, je ne sais pas) n'arrêtent pas de changer l'Univers dans lequel je vis. Cela se manifeste souvent par les choses les plus insignifiantes et les plus enrageantes. Cela ne concerne pas toujours l'informatique, mais c'est tout de même le plus fréquent. Une chose qu'ils aiment bien faire, c'est censurer Internet : une page Web peut disparaître sans laisser de traces, tout laisse à penser qu'elle n'a jamais existé (et de fait, dans l'Univers où je me trouve, elle n'a jamais existé, alors que dans l'Univers dont je viens, je suis certain que j'avais vu une telle page par le passé). Un exemple idiot : dans l'Univers parallèle où j'ai grandi, il existait un mot, logon, qui désigne une quantité d'information égale à la quantité qu'on peut stocker dans un bit (c'est-à-dire, celle dans laquelle on utilise le log base 2 pour calculer la quantité d'information) ; dans cet Univers-ci, personne n'a jamais entendu parler de logon, on parle simplement de bits d'information. Perturbant. Un autre exemple : dans le monde parallèle d'où je viens, mon fournisseur d'accès avait une page Web où il recensait les anomalies récentes sur son réseau ; je me suis rendu compte lors d'une anomalie récente que non seulement cette page n'existait pas, mais que personne dans cet Univers ne l'avait jamais vue. Dans le monde parallèle d'où je viens, il y avait une version 2.5 de Thunderbird, sortie il y a environ un an les versions 2.0 et 3.0 (cette dernière vient de sortir) : dans ce monde-ci, elle n'a jamais existé.

Bon, trêve de plaisanterie, c'est étonnant la facilité avec laquelle on se persuade de quelque chose qui n'a jamais été le cas. (Ce n'est pas la seule explication possible, d'ailleurs : dans le cas du cochon volant, j'ai constaté après coup qu'il y avait tout simplement bien deux gadgets différents mais semblables, l'un représentant un cochon et l'autre une vache…) Et depuis que j'ai commencé à y faire attention, j'en vois vraiment tout le temps.

Un jour je vais finir par me retrouver dans un Univers parallèle où Isabelle de Castille n'aura jamais été convaincue de l'intérêt de financer la mission de Christophe Colomb de trouver une route vers les Indes par l'ouest, et où le Nouveau monde aura été découvert par Amerigo Vespucci ; j'imagine que dans cet Univers parallèle le continent porterait du coup un nom comme Amérique, et là je saurai qu'il y a vraiment quelque chose qui ne va pas.

Ajout : webcomic pertinent.

Ajout 2 () : Le terme psychiatrique standard est confabulation ; mais l'« explication » avec des univers parallèles, que je ne suis apparemment pas le premier à « découvrir », traîne sur Internet, et il y a des gens qui, au moins quand il s'agit d'un phénomène collectif, appellent ça le Mandela Effect (parce qu'ils viennent d'un monde parallèle où Mandela est mort en prison dans les années '80) : voir notamment ici, ici (un peu clickbaitesque, mais bon…) ou enfin cette vidéo qui reprend les mêmes exemples. (Et bien sûr, on peut aussi faire référence au Tlön de Borges.)

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(dimanche)

Le petit bonnet rouge

Il fut un temps où je parlais plus souvent sur ce blog de mes expérimentations vestimentaires (genre, ou ), c'est-à-dire ma façon de mélanger n'importe quoi jusqu'à satisfaire — en me regardant dans un miroir — mon attirance instinctive pour la provocation involontaire (ou pour le ridicule), mon sens esthétique d'ado post-attardé et décalé, ou mon goût de chiottes notoire en matière de garçons (le poussinet ne doit pas se sentir vexé, ce n'est pas systématique).

Récemment je me suis acheté le livre Dictionnaire du look (Une nouvelle science du jeune) de Géraldine de Margerie et Olivier Marty (éditions Laffont) (présenté ici) : c'est un inventaire assez éclectique et disparate de tout un tas de looks de djeunz ou de moins djeunz (bcbg, bling-bling, bobo, caillera, fluokid, metalleux, modasse, punk à chien, skateur, teuffeur…), tentant parfois de présenter les modes de vies de tribus urbaines. Ce n'est pas très sérieux, mais c'est justement rigolo parce que ça ne se prend pas au sérieux. Par contre, on peut regretter que le choix des looks traités manque un peu de cohérence ou d'exhaustivité, au moins superficielle (pourquoi, par exemple, ne pas avoir consacré un chapitre aux gothiques alors qu'il y en a un pour les plus spécifiques gothic lolitas ?).

Mais j'ai au moins apprécié qu'ils proposent un nom pour un look dont je me suis souvent demandé comment l'appeler : ces jeunes dreadlockés bohême, vaguement néohippies ou cirqueux, en pantalon bouffant, vieux pull, keffieh et parfois bonnet péruvien, qu'on imagine facilement arpentant, pétard à la bouche, les couloirs d'un hypothétique cours de médiation culturelle à Paris VIII. (Mon poussinet les appelle les je-vais-sauver-le-monde.) Le dictionnaire en question les nomme les Jah-Jah : même si une recherche Google images ne confirme pas trop la popularité du terme, il a le mérite d'être assez inambigu.

Mon look actuel n'est pas recensé, évidemment. Pour ceux qui veulent l'imaginer (non, je n'ai pas de photos, il faudra que je propose au poussinet d'en prendre), je peux le décrire façon magazine de mode et avec des liens[#] puisque j'ai quasiment tout acheté en ligne. Le Ruxor, donc, porte un hoodie DC Shoes noir avec logo blanc au ventre[#2], un pendentif dent en acier Oxbow (au-dessus du sweat), un blouson en cuir Schott[#3] à capuche avec logo au dos, un treillis camouflage de surplus[#4] militaire (armée française) et ceinture assortie (ou bien, certains jours, un jean baggy non marqué), des baskets « street » DC Shoes ou Rip Curl[#5] et des mitaines en cuir portées sur des sous-gants en soie noirs Go Sport[#6][#7]. Les tee-shirts (généralement plusieurs épaisseurs, le Ruxor étant frileux) varient évidemment beaucoup. Mais l'accessoire vraiment unique pour parfaire la Ruxor touch et s'habiller en rouge et noir, accessoire fort approprié en cette saison de saturnales, c'est le bonnet rouge (mais alors vraiment rouge vif, uni : en fait, c'est un bonnet de pompier[#8]), à porter bien enfoncé sur la tête (en laissant juste dépasser une ou deux mèches dans le cou), et avec un air gentiment niais. Le bonnet rouge permet qu'on me repère de loin (pratique quand le poussinet s'est attardé pour faire une bêtise, et se demande où je suis passé), ou d'attirer le regard. D'ailleurs, hier, à la Fnac, je me suis fait draguer[#9] par un djeunz habillé assez comme moi (treillis, chaussures de skate, hoodie sur les épaules et pendentif au cou) mais qui n'avait pas un joli bonnet rouge comme le mien : je suis sûr que c'est ça qui l'a rendu envieux !

[#] Liens qui seront inévitablement cassés dans trois mois, puisque les gens qui tiennent des sites marchands tels que ceux-ci n'ont pas encore compris l'avantage qu'il pouvait y avoir pour eux à ne pas casser leurs URL à chaque refonte du site.

[#2] Le logo me vaut d'ailleurs un certain nombre de questions (les gens qui ne connaissent pas lisent souvent DG et demandent par exemple si c'est Dolce & Gabbana : décidément, non, par contre, il y a une ressemblance indéniable avec le logo Chanel).

[#3] Tiens, il est nettement plus cher que quand je l'ai acheté, celui-là.

[#4] Ce n'est pas par ce site-là que je l'ai acheté, mais le principe d'un article réglementaire doit être qu'il ne varie pas beaucoup.

[#5] Ce modèle précis n'a plus l'air d'exister.

[#6] Article que je renonce à trouver sur le site Web de la marque Go Sport, vu combien celui-ci est mal organisé (les articles ne semblent trouvables que dans le rayon d'un certain — et unique — sport, et je ne sais pas quel serait le sport dont des sous-gants en soie seraient un accessoire).

[#7] Je suis content de la trouvaille de porter des sous-gants en soie sous des mitaines : quand il ne fait pas atrocement froid, c'est un bon compromis pour se protéger les mains tout en gardant une certaine dextérité et sensibilité digitale.

[#8] Enfin, paraît-il ! Je n'ai en fait jamais vu un pompier porter un pareil bonnet. Mais au moins c'est la couleur emblématique rutilante.

[#9] Le poussinet et moi ne nous privons pas de mater copieusement (et de nous signaler mutuellement) les jolis garçons que nous croisons, et il y a sans doute du vrai dans l'idée que les homos sont sans doute les seuls à le remarquer — ou en tout cas, à comprendre pourquoi on les regarde. Le mec en question, j'ai commencé à le regarder par les pieds (parce que je regardais d'abord des livres situés au niveau du sol), j'ai remonté le regard parce que le look me plaisait, et le temps que j'arrive à la tête et que je m'aperçoive qu'il n'était pas mal du tout, il avait bien vu que je le zyeutais : il me souriait copieusement, et il a engagé la conversation. Ce sur quoi j'ai fui dare-dare, parce que (malgré mon bonnet rouge) je suis timide comme un écureuil bleu. Quand je lui raconte ce genre de choses, mon poussinet rigole gentiment de moi.

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(mercredi)

Lave-linge kaputt

Ce matin[#], mon poussinet veut faire une lessive : le lave-linge ne répond pas (aucune lumière ne s'allume, rien du tout). Panique à bord ! Le poussinet commence à vérifier la prise et les fusibles, mais je me rends compte qu'en fait c'était juste le couvercle qui était mal fermé. Ouf.

Sauf que deux lessives plus tard, en début de cycle d'essorage, on entend un grand POUF, et on sent une odeur de caoutchouc brûlé dans toute la cuisine. Cette fois, le lave-linge est réellement mort (et un fusible de 20A avec lui), après environ dix ans de plus ou moins bons et raisonnablement loyaux services. Je suis estomaqué de la coïncidence — le matin on pense ce serait horrible que la machine à laver tombe en panne et le soir c'est une réalité —, mais je ne vois vraiment pas quel lien de cause à effet il pourrait y avoir.

Le problème n'est pas tant qu'un lave-linge-combiné-séchant coûte cher (ça a plutôt baissé en prix depuis dix ans). C'est plutôt qu'un 30 décembre on ne va pas obtenir une livraison avant une semaine et qu'on a besoin de faire des lessives avant (et que le lavomatic, c'est vraiment une perte de temps vu qu'il faut rester tout le temps surveiller qu'on ne se fait pas voler). Mais c'est surtout que, vue la façon dont les meubles de notre cuisine sont encastrés, bouger quoi que ce soit ressemble à un jeu de sōkoban (il faut commencer par retirer le frigo, puis tirer la machine à laver, puis déplacer le meuble adjacent au frigo, pour pouvoir enfin bouger latéralement la machine à laver…) : ce n'est pas seulement compliqué, c'est fatigant et on risque sans arrêt de casser plein de choses. On a même cru un instant qu'il faudrait démonter des placards posés au mur depuis l'installation de la machine.

Mon poussinet, qui aime bien jouer au MacGyver, démonte tout en me jurant mais si, c'est certainement un truc évident qui a grillé, et ça doit se remplacer facilement (tu parles, il ne retrouve même pas quelles vis vont en face de quels trous quand il s'agit de remonter ce qu'il a défait), puis on peut quand même faire appel à un réparateur (sauf que là c'est pas une semaine sans lave-linge qu'il faudra tenir, c'est un mois). Je finis par le convaincre que, non, le plus raisonnable est vraiment de mettre l'appareil cassé aux encombrants (en espérant qu'ils contactent Emmaüs pour voir si ça peut être sauvé) et d'en racheter un neuf. Miraculeusement, la mairie de Paris peut enlever l'ancienne machine un 31 décembre, et Darty me propose une livraison pour dimanche. Et aussi, heureusement que nous habitons au rez-de-chaussée.

Par contre, entre temps, on abîme le pas de la porte en jouant à déplacer le frigo, on découvre une fuite dans une gaine de l'immeuble qui passe dans le coin de notre cuisine, le poussinet finit sa lessive dans la baignoire et attrape des ampoules aux mains et son linge déteint, etc. Les contrariétés ne viennent jamais seules ! (Le POUF s'est produit à 21h, il est maintenant 1h30 du matin, et on n'a toujours pas fini de s'occuper des conséquences indirectes de cette panne.)

[#] Plus exactement, vers 14h du matin.

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(lundi)

Confusion nocturne

Je me réveille assez souvent pendant la première partie de la nuit (c'est-à-dire, très grossièrement, dans les 3h après m'être endormi) en étant complètement désorienté par exemple quant à l'endroit où je me trouve. Généralement cela fait suite à un rêve, ou une sorte de rêve.

Un thème commun de ce rêve, par exemple, serait que je suis entré dans un endroit plus ou moins labyrinthique et que je ne sais plus en sortir ou que je suis enfermé (les psychanalystes de comptoir auraient certainement beaucoup à dire sur ces thèmes-là !). Ou encore je rêve que quelqu'un a éteint la lumière alors que je suis dans un endroit qui m'est très peu familier et que je veux en sortir mais que je ne sais plus bien où est la sortie ni où est la lumière (ou même je rêve que je me suis endormi dans une maison que je ne connais pas, et que je me réveille et que je ne sais plus où sont les toilettes) : dans ces derniers cas, le rêve touche de très près à la réalité, et même lorsque, dans la réalité, je suis simplement chez moi, je me réveille complètement perdu. (Et parfois, je cherche la lumière une fois réveillé, justement je ne la trouve pas, ce qui alimente encore le même rêve.) Parfois aussi je fais un peu de somnambulisme et je me mets dans un état semi-endormi à chercher la sortie du labyrinthe de mes rêves[#]. J'en ai déjà parlé.

Ma confusion ne concerne pas forcément l'endroit où je suis. Parfois je me réveille en disant quelque chose de complètement incompréhensible (enfin, cela devait probablement être compréhensible si on connaissait le rêve qui précédait, mais moi-même je l'oublie très rapidement). Je réveille de temps en temps mon poussinet, comme ça, qui ne comprend pas plus que moi ce qui lui arrive. D'ailleurs, la même chose lui arrive aussi (mais plus rarement, je crois, et je ne crois pas qu'il ait jamais cette sensation d'être perdu).

Ce qui est bizarre, c'est que ça n'arrive presque que dans les premières heures du sommeil. Quand la nuit est bien plus avancée, je peux faire rêve sur rêve (et il m'arrive là aussi de rêver de labyrinthes, même s'ils prennent une forme assez différente) et même si on me réveille au cours de ceux-ci, je n'ai peut-être pas l'esprit complètement frais, mais je n'ai pas cette confusion caractéristique des débuts de nuit.

[#] Il m'est arrivé d'appeler au secours, cependant, quand j'étais plus petit, notamment quand j'étais vraiment dans un endroit que je ne connaissais pas et que je n'avais pas repéré les lieux. La panique de ne retrouver ni la porte de sortie de la pièce, ni l'interrupteur de lumière, pouvait être vraiment terrible.

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(lundi)

Provoquer des rencontres

Ce week-end, j'ai mis en contact deux amis que je connaissais séparément, en espérant qu'ils sympathisent. Chose qui n'a rien de remarquable (sauf à la rigueur le fait que ces deux amis habitent à 8977km(±2km) de chez moi à vol d'oiseau) ; mais, finalement, je n'ai pas souvent l'occasion de le faire : beaucoup de mes amis se connaissent déjà entre eux, ou quand ce n'est pas le cas, il est souvent soit peu souhaitable (humeurs probablement incompatibles, centres d'intérêts trop disjoints) soit probablement difficile (connaissance limitée à un cadre restreint, emplois du temps difficiles à concilier) de les amener à se rencontrer. C'est dommage.

Je pense pourtant que je devrais — et qu'en général « on » devrait — faire des efforts pour rassembler des gens qu'on connaît et qui auraient des chances de pouvoir s'entendre, voire devenir amis (ou, pourquoi pas, plus) si affinités : on s'extasie sur des sites web de réseaux sociaux (le plus récemment Facebook, même si celui-ci exploite en vérité assez peu la notion d'ami d'ami), mais dans la vraie vie j'ai l'impression qu'on explore assez peu qui nos amis d'amis et amis d'amis d'amis peuvent nous amener à rencontrer[#].

Il y a déjà assez longtemps, j'avais proposé un système pyramidal consistant, pour résumer, à inviter à dîner six amis qui (autant que possible) ne se connaissent pas les uns les autres, afin qu'ils se rencontrent et lient connaissance, puis leur demander que chacun reproduise le schéma (en plaçant celui qui les a invités au préalable dans la liste des convives) — et ainsi de suite récursivement. Comme beaucoup d'idées que j'ai eues, je me sens idiot de ne jamais l'avoir mise en pratique ; je devrais y reréfléchir ou, au moins, rédiger proprement des « règles » d'un tel système de rencontres et lui donner un nom accrocheur, après tout ça pourrait être un mème à succès[#2].

[#] Sauf peut-être quand il s'agit d'obtenir une faveur (le piston social) : c'est sans doute utile d'apprendre à cette occasion qu'on a forcément un ami qui connaît un proche de tel ou tel ministre, mais il y a beaucoup d'autres gens intéressants dans la vie que des proches de ministres.

[#2] Il y a des petits jeux du même genre avec des livres, par exemple (comme des chaînes, où on reçoit un livre qu'on est invité à lire et à donner à quelqu'un d'autre après avoir inscrit son nom dedans), qui ne sont pas moins sympathiques.

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(samedi)

« Kiss-in », la Défense, musée de l'informatique

Cet après-midi, mon poussinet et moi nous sommes fait des bisous en public. C'est pas que ça nous arrive rarement, mais là c'était appuyé, et organisé : à 16h, place Carrée du Forum des Halles (et au même moment dans d'autres villes de France), plein de couples de garçons, et plein de couples de filles, et aussi des couples garçon+fille, se embrassés sous les regards généralement curieux, souvent amusés, parfois hostiles, de la foule de passants du samedi après-midi, et aussi de beaucoup de gens qui visiblement avaient eu vent de l'événement mais qui n'y participaient pas (je ne comprends pas bien pourquoi : homos célibataires ? hétéros qui n'osaient pas participer ? curieux qui se demandaient pourquoi tant de gens se rassemblaient là ?). À la fin, il y a eu des applaudissements assez appuyés. Je ne sais pas si ça fait beaucoup progresser la lutte contre l'homophobie, mais c'était amusant.


[L'Arche de la Défense][Le parvis de la Défense]Après ça, nous avons profité de la ligne 1 pour aller à la Défense. C'est idiot : ce n'est vraiment pas loin de Paris, mais je n'y suis quasiment jamais allé, et pourtant, ça vaut la peine, parce que c'est un endroit finalement assez agréable (bien aménagé pour le piéton) et architecturalement intéressant (il y a quelques horreurs, certes, mais la composition d'ensemble me plaît).

Nous sommes allés visiter le musée de l'Informatique au toit de la Grande Arche. Ce n'est pas bien grand (c'est même tout petit), mais leurs collections sont tout de même intéressantes pour qui aime les ordinateurs plus ou moins vieux ; par contre, elles manquent vraiment d'organisation, il y a un sens de la visite marqué, mais il ne respecte que très approximativement l'ordre chronologique, on repasse aléatoirement des années '80 à la carte perforée. Et les explications sur les caractéristiques des machines exposées sont un peu sommaires. En ce moment, ils ont une exposition sur le Macintosh, qui expose (quasiment tous ?) les modèles du précurseur (le Lisa) au présent, en passant par le tout premier Mac, le iMac, mais aussi le NeXT : cette exposition est beaucoup mieux organisée, pour le coup.

Par contre, le toit de la Grande Arche n'est guère intéressant pour ce qui est de la vue (bizarrement, elle est presque meilleure depuis la base). Il n'y a que la montée en ascenseur qui vaille le coup de ce point de vue-là. À condition de ne pas avoir le vertige comme moi.

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(jeudi)

Le poussinet intermittent

Mon poussinet part demain (à l'aube) pour Bordeaux, où il va commencer une thèse. C'est-à-dire que désormais (ou en tout cas, prochainement) il habitera une partie de la semaine en Aquitaine et une partie de la semaine en Île-de-France (quelle partie exactement, cela reste à déterminer avec l'usage et les besoins de sa recherche !). On se demande comment ça va se passer pour nous d'être célibataires à mi-temps… Mais même si c'est a priori pour trois ans, finalement je suis moins inquiet que quand il était parti au Canada : l'idée de ne pas le voir pendant longtemps était beaucoup plus pénible que l'idée de le voir moins souvent. Après, le temps nous dira comment ça se passera. En attendant, mon poussinet s'est armé d'une clé 3G et de son fidèle téléphone Android : les moyens de communication ne nous manqueront pas.

De leur côté, mes parents partent aussi bientôt, mais dans leur cas c'est pour quelques vacances au Canada (pour y voir là-bas ma famille — c'est-à-dire la famille de mon père).

(Et hop, cinq entrées pour le même jour. Je crois que je n'avais encore jamais fait ça.)

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(jeudi)

L'esprit d'autruche

Quand je me trouve dans une situation où je n'ai pas fait quelque chose que j'aurais dû, il m'arrive d'avoir une réaction d'autruche. C'est-à-dire, ne plus réagir, et occulter mentalement la question en espérant que « personne ne remarque ». C'est complètement idiot et puéril, mais c'est souvent plus fort que moi. Par exemple c'est souvent le cas pour ce qui est de répondre à un mail : quelqu'un m'envoie un mail, pour une raison ou une autre je ne réponds pas immédiatement, je laisse traîner, et plus je traîne plus je me sens mal à l'aise à l'idée de répondre, donc moins il est probable que je finisse par le faire. Mais en plus, cette attitude idiote peut faire que je vais éviter la personne concernée (de peur qu'elle évoque le sujet), ou que je ne la contacte pas pour tout autre chose. Et il n'y a pas que les mails qui sont concernés par ce phénomène — ça peut devenir une vraie maladie.

D'où les deux graves questions que je me pose : comment faire pour l'éviter (préventivement) et comment guérir le phénomène une fois qu'il s'est installé ? La réponse évidente, c'est de l'ignorer (puisque c'est quelque chose d'auto-entretenu) — mais l'expérience montre que ce n'est pas si facile !

Une autre questio, car je ne suis sans doute pas le seul à souffrir de ce phénomène, c'est comment organiser mes interactions avec d'autres pour leur éviter cet effet autruche.

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(jeudi)

Le Adidas Team Force est-il en voie de disparition ?

Après je ne sais combien de tentatives, j'avais fini par trouver un parfum dont j'étais content : Adidas Team Force, à la fois comme gel douche, déodorant bille, déodorant spray et eau de toilette. Globalement je n'aime pas trop les eaux de toilette « de marque » (c'est-à-dire vendues en parfumerie : Calvin Klein, Hugo Boss, Ralph Lauren, ce genre-là), je trouve que ce sont des odeurs trop marquées, j'aime porter quelque chose de plus basique (ou peut-être de plus jeune, je ne sais pas comment dire, et en tout cas moins cher). Donc a priori plutôt du côté de chez Adidas ou Airness ou Axe. (D'accord, c'est sans doute aussi un peu un truc d'homo : Adidas et Airness, ce sont des marques très nettement homo-érotiques, non ? 😉) Mais même de ce côté-là, je suis loin d'être content de tout. Bref, la série Team Force d'Adidas avait fini par me donner satisfaction.

Et voilà qu'Adidas a l'air d'être en train de la supprimer ! En tout cas, les déodorants (bille et spray) ne se trouvent plus ni dans mon Champion Carrefour local ni dans un ou deux Monoprix que j'ai essayés, l'eau de toilette à peu près non plus, et je me demande si le gel douche ne va pas subir le même sort.

C'est con, mais j'ai fini par associer mentalement assez fortement cette odeur à moi-même, ça m'embête vraiment si elle disparaît.

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(mercredi)

La mythomanie en exercice

J'ai cette théorie selon laquelle les gens mythomanes ne sont (généralement) pas des gens qui inventent des choses fausses mais qui savent raconter des choses vraies en les présentant de façon qu'on les trouve beaucoup plus remarquables qu'elles ne le sont vraiment. (Comme l'a écrit Asimov et que j'aime bien le citer : The closer to the truth, the better the lie, and the truth itself, when it can be used, is the best lie.)

Chacune des affirmations suivantes me concernant est rigoureusement exacte (en tout cas, pour autant que je sache). Pourtant, aucune n'est remarquable : soit elles omettent des précisions qui font que, bien que vraies, elles n'ont pas le sens qu'on pourrait leur prêter, soit elles sont simplement formulées de façon gratuitement sensationnaliste, et certaines sont même vraiment tirées par les cheveux (bien que techniquement vraies).

  • J'ai déjeuné au restaurant de l'Assemblée nationale, et j'ai été reçu dans le salons privés de la présidence du Sénat.
  • J'ai rencontré un ancien Premier ministre du général de Gaulle.
  • À une certaine époque, ma mère serrait régulièrement la main de Jacques Chirac.
  • Mon père a été en tête-à-tête avec la reine d'Angleterre, qui l'a salué.
  • J'ai échangé des mails avec l'inventeur d'Internet.
  • J'ai parlé avec Stephen Hawking.
  • Un article sur moi est paru dans Le Parisien, et j'ai fait l'objet d'un reportage télé.
  • J'ai discuté avec un membre de l'Opus Dei ouvertement homosexuel.
  • Un de mes amis d'enfance a été tué dans un attentat.
  • J'ai circulé dans la rue à Paris en toge romaine.
  • J'ai été pris en photo, entièrement nu, dans une salle de cours, à l'ENS, et de même dans le lycée de Nogent-sur-Marne.
  • J'ai fait cadeau à un ami d'un rubis d'une dizaine de carats.
  • J'ai eu un découvert d'environ 60000€ pendant à peu près une semaine sur mon compte en banque, et je n'ai pas payé d'intérêts.
  • Je suis l'arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-petit-thésard de Lagrange.
  • Victor Hugo était le cousin germain de mon arrière-arrière-(arrière?)-grand-père ; et l'arrière-grand-mère de Napoléon est mon ancêtre.
  • Je porte le nom d'un chevalier de la table ronde.
  • J'ai fait l'objet d'un culte religieux.
  • J'ai reçu des menaces de mort.
  • Je suis l'objet d'un article d'une encyclopédie très consultée.
  • Le guide Who's Who m'a demandé l'autorisation d'ajouter une entrée sur moi.
  • J'ai récemment passé un bon nombre d'heures en compagnie du beau-frère d'Ewan McGregor à interviewer de jeunes talents.
  • J'ai été le petit ami de la petite-nièce (ou arrière-petite-nièce, ou arrière-petite-cousine, je ne sais plus exactement) du maréchal Leclerc.

Je dois pouvoir en sortir un certain nombre d'autres mais, surtout, je suis sûr qu'à peu près n'importe qui doit pouvoir trouver des choses de ce genre (et, de fait, je connais des gens qui se sont livrés au même exercice, et avec un succès assez étonnant).

Je ne crois pas que je donnerai la clé des mystères (ou en tout cas, pas de tous — parce que certains ont déjà été éclaircis sur ce blog), parce que c'est un peu comme un tour de magie : quand on connaît le truc, c'est désespérément banal et inintéressant.

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(mardi)

Vacances

Comme chaque année depuis quelques unes (années), je vais passer quelques jours en montagne où j'y retrouve mon poussinet (et je vais essayer de calmer mes nerfs après la perte d'une de mes machines — celle, regulus.xn--kwg.net, qui me servait à recevoir mes mails : ça ne veut pas dire que mon mail ne marche plus, mais j'ai perdu beaucoup de temps dans l'opération).

En attendant, je mentionne une webbédé sur laquelle je suis tombé (et qu'on m'avait en fait certainement déjà signalée à plusieurs reprises, et que j'avais dû à chaque fois oublier ou avoir la flemme d'aller voir, shame on me), parce que ce que j'en ai lu pour l'instant me semble vraiment excellent : Khaos Komix. Ce n'est pas vraiment un webcomic, plutôt une histoire qui se suit (ou des histoires qui se suivent et se répondent), et, oui, ça intéressera surtout les homos, mais les histoires sont toute mignonnes et j'aime beaucoup le dessin — disons même que je trouve très sexys la plupart des garçons qui apparaissent. (Message personnel : je pense que ça plaira à mon poussinet, qui est cependant vivement invité à lire ses articles en priorité😉)

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(vendredi)

Flûtes en série

[Peluches jouant de la flûte à bec]Quand j'étais petit, mes parents (enfin, surtout ma maman) m'ont fait suivre des cours de flûte à bec. (C'est d'ailleurs sans doute pour ça que je manie si bien le pipo maintenant.) Leur raisonnement était sans doute que, comme j'étais (étais ?) du genre pénible et flemmard, c'était l'instrument le plus facile à me faire avaler (façon de parler), et pour passer la pilule ils m'ont mis dans une petite école de musique sans prétentions et pas un conservatoire (ça c'était certainement un bon choix). En fait, la flûte était probablement un mauvais calcul : d'une part, le répertoire de la flûte à bec, pour quiconque n'est pas mordu de musique baroque, est, pardonnez-moi le terme, prodigieusement chiant : ce ne sont que gigues, gavottes, bourrées, menuets, gaillardes, rondeaux, pavanes, sarabandes, passacailles, courantes (quand je disais que c'était chiant — OK, je sors) et autres danses baroques au nom rébarbatif. Jamais le moindre air mémorisable ou connu (je crois que le seul morceau qui m'ait vraiment plu de mes années de flûte, c'était un ensemble de variations sur Greensleeves). Certes, j'imagine que le problème est un peu le même (mutatis mutandis, c'est-à-dire en remplaçant les danses baroques par je ne sais quoi) avec n'importe quel instrument autre que le piano ou le chant (si on considère le chant comme un instrument), puisque aucun des thèmes célèbres qui peuvent nous flotter dans la tête n'a été écrit pour un instrument seul sauf l'un de ces deux-là, et puisque les gens ont une répugnance assez idiote à faire jouer sur un instrument Y ce qui était prévu pour un instrument X. Mais je m'égare. Toujours est-il que j'ai abandonné l'étude de l'instrument quand j'ai eu l'impression de trop tourner en rond. Et l'autre problème avec la flûte, c'est que quand quelqu'un vous demande et tu as appris à jouer d'un instrument de musique ? et que vous lui répondez la flûte à bec, il ricane en disant je ne voulais pas dire au collège et vous êtes obligé de lui expliquer que, si, si, vous avez bouffé des gigues-gavottes-bourrées-menuets ad nauseam — bref, c'est socialement handicapant. Peut-être parce que les musiciens ont ce petit côté snob qui veut que quelqu'un qui joue sur un instrument en plastique qui a coûté 30€ à tout casser, et qui a une tessiture minable de deux octaves et un ton, il ne mérite guère de considération.

[Comparaisons de tailles de flûtes à bec]Mais il y a une chose qui me fascinait (quand j'étais gamin, et encore maintenant), avec la flûte, c'était qu'il y en avait plusieurs modèles, tous avec exactement le même doigté à transposition près : en descendant alternativement d'une quarte et d'une quinte, la sopranino (en fa), la soprano (en do), l'alto (en fa), la ténor[#] (en do), la basse (en fa) et la grande basse (en do) ; et, si on va chercher des choses ésotériques, il y a même la garklein (en do) au-dessus de la sopranino, et la contrebasse ou plus loin en-dessous de la grande basse. Ça a quelque chose de profondément satisfaisant pour l'esprit d'un matheux ou d'un geek (et probablement de beaucoup de gens, en fait), cette idée d'une famille d'instruments qui fonctionnent tout pareil en changeant juste la note de base. Il y a bien sûr beaucoup d'instruments qui fonctionnent comme ça, c'est même très commun. Mais à part l'exemple évident, quoique imparfait, du violon, de l'alto, du violoncelle et de la contrebasse[#2], dans la plupart des autres exemples qui viennent à l'esprit un des modèles s'est nettement imposé par rapport aux autres : un saxophone soprano, une clarinette alto ou un hautbois d'amour, c'est un petit peu inhabituel — en tout cas, je ne crois pas en avoir croisé autrement qu'en photo. On me rétorquera que la flûte à bec soprano est elle aussi plus commune que les autres (on en trouvera dans n'importe quel supermarché), à cause de son usage scolaire[#3], mais d'une part c'est récent (on me souffle 1979 pour l'introduction de cours de flûte à bec au collège en France) et d'autre part les flûtes autres que soprano restent très courantes, c'est juste que la soprano est extraordinairement courante. Mais je m'égare.

J'ai joué de la flûte soprano et alto quand j'étais petit, et je n'avais jamais eu que ces deux modèles. J'ai bien parfois tenu les parties pour ténor dans des morceaux (gigues-gavottes-bourrées-menuets), mais notre prof de flûte me prêtait alors la ténor pour l'occasion et si je devais la répéter chez moi je la répétais sur une soprano[#4]. J'ai peut-être brièvement joué sur une basse, mais guère. Quant à la sopranino, elle était inconnue au bataillon[#5] (il paraît qu'elle sert surtout dans des œuvres orchestrales). Bref, je n'avais même pas eu la satisfaction mentale d'avoir un jeu raisonnablement complet.

Alors j'ai décidé l'autre jour que, flûte à la fin !, je pouvais bien remplir ce rêve de gamin : je me suis acheté une sopranino, une soprano, une alto et une ténor (du même fabricant, et autant que possible du même modèle, toujours pour la satisfaction intellectuelle d'avoir une série cohérente). Il faut bien profiter du fait que la flûte à bec est le seul instrument (à part l'harmonica ?) pour lequel on puisse avoir quelque chose de convenable pour un prix complètement dérisoire. Je n'ai pas pris de basse parce que c'est quand même un peu cher et très encombrant[#6], ni de garklein parce que j'avais oublié que ça existait. Mon but n'est certainement pas de me remettre à l'étude de la flûte. Plutôt de flûtoter comme on peut pianoter, c'est-à-dire, jouer des airs qui me passent par la tête (parce que ce sont des mélodies connues, des thèmes que j'essaie d'identifier, n'importe quoi de ce genre) et certainement pas des morceaux composés pour flûte (gigues-gavottes-bourrées-menuets !). Les voisins vont me haïr (mais pas tant que ça : les notes aiguës passent mal à travers les murs, et notre immeuble est bien insonorisé, et de toute façon je m'en lasserai vite).

Par contre, il y a une chose qui m'intrigue nettement : c'est pourquoi les flûtes ne sont pas des images homothétiques les unes des autres. L'espacement entre les trois derniers trous est le même sur ma ténor que sur l'alto : pas dans les mêmes proportions, mais bien le même dans l'absolu.

[#] Le Club Contexte souligne que, malgré les ressemblances de nom avec les noms des registres pour de chant, ils ne collent pas du tout : la flûte à bec ténor a approximativement la tessiture d'une voix humaine soprane, la grande basse a approximativement la tessiture d'une voix humaine ténor, etc. (La flûte à bec sopranino monte une bonne octave au-dessus des très hautes notes des voix sopranes dans les opéras italiens.) Globalement, les flûtes à bec sont une octave plus haut que ce que leur nom semble indiquer, et par ailleurs — et le Club Contexte jubile — on les note généralement une octave plus bas que le son qu'elles produisent, ce qui alimente la confusion.

[#2] Il y a des trous dans cette liste : s'il existe un instrument qui joue comme un violon mais pile une octave plus bas, cet instrument doit être passablement rare. Et de toute façon la contrebasse est un intrus puisque ses cordes sont normalement accordées par quartes et non par quintes.

[#3] Pourquoi précisément la soprano ? Manifestement la ténor (ou a fortiori n'importe quoi de plus gros) est trop grosse pour des doigts d'enfants, trop encombrante pour un cartable, et trop chère pour un instrument que tous les collégiens achèteraient en masse : donc le choix était entre la sopranino, la soprano et l'alto. Peut-être que le choix a été fait car on préférait une flûte en do (mais il n'y a pas de raison, en fait, comme les partitions à la flûte sont toujours marquées telles que jouées, le doigté en do n'a rien de plus « fondamental » que le doigté en fa si on va n'en apprendre qu'un) ; ou peut-être que la sopranino risquait d'être trop stridente (je frissonne à l'idée d'une classe entière jouant — mal — sur une sopranino) et l'alto encore un peu trop grosse ou encombrante.

[#4] La soprano et la ténor ayant le même doigté (celui des flûtes en do, si on a bien suivi). En fait, mon cerveau avait un peu du mal avec ça, parce qu'à force de jouer sur la soprano et l'alto, il avait câblé : grosse flûte entre les mains ⇒ jouer les doigtés de la flûte en fa. Du coup j'avais du mal sur une ténor.

[#5] C'est dommage, parce que je la trouve vraiment adorable, la sopranino : elle a quelque chose d'un petit jouet miniature qui la rend irrésistible. Et son son n'est pas aussi perçant qu'on pourrait le craindre !

[#6] Les instruments à vent sont forcément, à hauteur donnée, beaucoup plus encombrants que ceux à corde, puisque le son voyage plus vite dans un solide que dans l'air : or la taille de l'instrument est grosso modo corrélée à la longueur d'onde — quoique avec des subtilités comme pour savoir si on produit un nœud ou un ventre d'onde aux extrémités —, alors qu'on perçoit le son par sa fréquence. Une flûte à bec basse n'est pas si grave que ça : mais elle fait un mètre de long.

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(samedi)

Quelques mots en bref

Je fais passer cette année encore des oraux de TIPE (de maths) du concours des ENS : ce sera un peu plus léger qu'en 2008 ou 2007 (mon co-examinateur a demandé à avoir moins d'heures pour des raisons personnelles, donc c'est l'autre jury qui prend la charge en plus), mais c'est quand même fatigant. Par chance, cette année, j'avais justement un jour de libre entre les oraux (qui ont lieu même le week-end) en ce dernier samedi de juin, donc j'ai pu aller à la gay pride marche des fiertés avec mon poussinet (qui, pour sa part, sortait tout juste d'un torticolis très torticolesque[#]). Et nous avons photographié plein de garçons mignons, mais je ne sais pas si les photos, prises par téléphone, rendront très bien.

Parce que j'ai un nouveau téléphone : non, pas celui dont je parlais il y a quelques jours (un HTC Touch dont mon papa ne voulait plus, et qui s'est avéré franchement insupportable à l'usage) mais un vraiment nouveau, un Android Developer Phone[#2] (je suis donc enregistré comme développeur Android, mazette !). Je dirai plus dans une (voire, des) entrées ultérieures ce que je trouve bien et pas bien avec ce gadget, mais c'est sûr que pour un geek c'est vraiment intéressant comme jouet. Je pense que je vais faire un peu de programmation Java cet été !

[#] À ce sujet, je ne sais pas vraiment pourquoi, mais j'adore cette photo d'un cochon d'Inde avec un torticolis. On trouve vraiment tout, sur le Web.

[#2] Le cours du dollar par rapport à l'euro est assez bas pour qu'il soit vraiment intéressant d'acheter ça : même en comptant les frais de port et de douane, ça revient finalement moins cher qu'un téléphone sensiblement équivalent, mais verrouillé, acheté en France. (L'intérêt principal du developer phone est qu'il est complètement déverrouillé.) Par ailleurs, la livraison a été très rapide (moins de 48h entre la commande en ligne et la réception du paquet, qui venait de l'Illinois, je trouve que c'est assez fort).

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(lundi)

Daisy, la peluche anti-stress

[Photo de peluche]Je voulais vérifier que j'arrivais à transférer des données depuis mon téléphone à la con (ce qui, soit dit en passant, marche assez mal), alors j'ai pris une photo de la peluche que je n'avais pas encore montrée sur ce blog : je vous présente Daisy, la vache-bouboule anti-stress et anti-anxiété (ici sur un lit chez mes parents).

Le jour (entre août et octobre 2007, je ne sais plus exactement quand) où mon poussinet est rentré en me disant qu'il avait acheté une nouvelle peluche, j'ai fait une mine sceptique ; et puis il m'a montré cette bestiole toute souriante et j'ai immédiatement craqué.

Voilà, c'était l'entrée pour perdre le vague semblant de sérieux qu'il pouvait rester à ma réputation. ☺

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(mercredi)

Mon nouveau téléphone (ou presque — ou pas)

J'ai déjà dû raconter que mon père est dans le genre technogadgetophile impulsif qui achète tout ce qui lui passe sous les yeux (comme en témoignent chez mes parent les tiroirs entiers remplis de webcams). Il y a un certain temps, il s'était acheté un téléphone à écran tactile, que j'avais pris de loin pour un iPhone (mon père m'en avait fait une description confuse) et qui est en fait un HTC Touch. Il a ensuite décidé qu'il n'en voulait plus (notamment à cause de l'autonomie exécrable et de problèmes d'utilisabilité). Comme mon propre téléphone mobile, nettement moins sophistiqué, commençait à devenir franchement inutilisable à force de touches qui se mettaient à marcher de moins en moins (comme la touche flèche haut, ce qui est gênant), je me suis dit qu'un mauvais téléphone à écran tactile vaudrait toujours mieux qu'un téléphone basique dont le clavier est mourant, et j'ai récupéré la bestiole (que mon poussinet a trouvé pour moi comment désimlocker).

Je ne dirai pas que j'y ai perdu au change, ce truc a bien quelques fonctions intéressantes (pouvoir gérer le Wifi, ce n'est pas mal, et puis le navigateur Web, fût-il Pocket IE, est toujours plus pratique que ce que j'avais sur le précédent). Mais question ergonomie, j'ai rarement vu quelque chose d'aussi pourri : outre que le principe même de l'écran tactile me semble assez agaçant (je ne sais pas pourquoi les gens trouvent ça génial), comment peut-on aimer ce Windows Mobile ? Toutes les options de configuration sont cachées dans un labyrinthe d'icônes et d'onglets organisés sans aucune logique, il a fallu à mon poussinet et à moi un temps fou pour deviner où entrer les paramètres de connexion de données GPRS/Edge, ou encore comment choisir ou activer une connexion Wifi. Tout est, évidemment, en français-mal-traduit et il n'y a aucun moyen de changer de langue (la première chose que je fais sur un téléphone, normalement, c'est le mettre en anglais où au moins on a l'impression de ne pas avoir affaire à des bribes de phrases mises côte à côte par quelqu'un dont la langue maternelle était sans doute le klingon).

Mais le pire, ce sont les méthodes d'entrée (c'est-à-dire, comment taper des SMS, par exemple, ou toute forme de texte) : le téléphone en propose six, toutes plus pourries les unes que les autres. L'une fait apparaître en bas de l'écran un clavier imitant la disposition d'un clavier d'ordinateur : ça me conviendrait à peu près, si ce n'est que le clavier est azerty, et qu'il n'y a apparemment aucun moyen d'en changer la langue — outre que je déteste en soi le layout azerty (sur les ordinateurs, je tape toujours en qwerty US), je n'ai vraiment pas envie de faire un shift pour taper le moindre chiffre. Une autre fait apparaître un clavier touch (je ne sais pas ce que c'est censé vouloir dire : c'est eux qui disent ça) qui imite encore la disposition d'un clavier d'ordinateur mais où, cette fois, les touches sont regroupées deux par deux — on a le choix entre appuyer deux fois sur la touche pour choisir la deuxième lettre ou bien utiliser un dictionnaire du style T9 ; cette fois, on peut le mettre en qwerty, mais malheureusement uniquement avec un dictionnaire anglais (or mes SMS, pour leur immense majorité, sont écrits en français). Une troisième méthode d'entrée fait apparaître un pavé semblable aux touches numériques d'un téléphone mobile non tactile : là aussi, on peut entrer une lettre en répétant la pression sur une touche ou en utilisant un dictionnaire T9 — c'est encore ce que j'ai trouvé le moins mauvais. Les trois autres méthodes d'entrée m'ont l'air absolument identiques : elles se basent sur la reconnaissance de caractères tracés au stylet sur l'écran tactile (je ne sais pas s'il y en a trois pour faire joli, ou parce qu'il y a des différences subtiles dans la forme des lettres à tracer ou dans la façon dont on est censé s'en servir). Ce truc est à peu près inutilisable : on perd son temps à refaire douze fois le dessin de la lettre avant que le mobile accepte de reconnaître celle qu'on voulait (et il décide de reconnaître une lettre dès qu'on lâche le stylet, alors je ne comprends même pas comment on est censé arriver à dessiner, disons, un ‘D’ : il me reconnaît à chaque fois les lettre ‘LY’, la première pour la barre verticale et la seconde pour le ventre du ‘D’).

Mon poussinet, qui a, lui, un HTC Magic (et ça ça a l'air plutôt bien, comme téléphone), se moque de moi.

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(samedi)