David Madore's WebLog: my life

Vous êtes sur le blog de David Madore, qui, comme le reste de ce site web, parle de tout et de n'importe quoi (surtout de n'importe quoi, en fait), des maths à la moto et ma vie quotidienne, en passant par les langues, la politique, la philo de comptoir, la géographie, et beaucoup de râleries sur le fait que les ordinateurs ne marchent pas, ainsi que d'occasionnels rappels du fait que je préfère les garçons, et des petites fictions volontairement fragmentaires que je publie sous le nom collectif de fragments littéraires gratuits. • Ce blog eut été bilingue à ses débuts (certaines entrées étaient en anglais, d'autres en français, et quelques unes traduites dans les deux langues) ; il est maintenant presque exclusivement en français, mais je ne m'interdis pas d'écrire en anglais à l'occasion. • Pour naviguer, sachez que les entrées sont listées par ordre chronologique inverse (i.e., celle écrite en dernier est en haut). Certaines de mes entrées sont rangées dans une ou plusieurs « catégories » (indiqués à la fin de l'entrée elle-même), mais ce système de rangement n'est pas très cohérent. Cette page-ci rassemble les entrées de la catégorie ma vie : il y a une liste de toutes les catégories à la fin de cette page, et un index de toutes les entrées. Le permalien de chaque entrée est dans la date, et il est aussi rappelé avant et après le texte de l'entrée elle-même.

You are on David Madore's blog which, like the rest of this web site, is about everything and anything (mostly anything, really), from math to motorcycling and my daily life, but also languages, politics, amateur(ish) philosophy, geography, lots of ranting about the fact that computers don't work, occasional reminders of the fact that I prefer men, and some voluntarily fragmentary fictions that I publish under the collective name of gratuitous literary fragments. • This blog used to be bilingual at its beginning (some entries were in English, others in French, and a few translated in both languages); it is now almost exclusively in French, but I'm not ruling out writing English blog entries in the future. • To navigate, note that the entries are listed in reverse chronological order (i.e., the latest written is on top). Some entries are classified into one or more “categories” (indicated at the end of the entry itself), but this organization isn't very coherent. This page lists entries in category my life: there is a list of all categories at the end of this page, and an index of all entries. The permalink of each entry is in its date, and it is also reproduced before and after the text of the entry itself.

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(mercredi)

On navigue à l'aveugle, et je vais de plus en plus mal

Mon moral fait des yoyos terribles. Je vais parler d'un peu tout dans le désordre, et parfois de façon très émotionnelle, voire agressive, je présente d'avance mes excuses mais je suis émotionnellement à bout.

Mon moral fait des yoyos terribles, donc. Dans mes meilleurs moments, je trouve des raisons d'espérer que la situation n'est pas si grave que ça. Selon principalement trois points : ⓐ qu'il y aurait encore beaucoup plus de cas non-détectés que ce qu'on pensait, probablement des cas difficilement détectables avec les tests actuels, si bien que le taux de létalité serait beaucoup plus bas qu'initialement estimé, ⓑ que le taux d'attaque final serait relativement modéré, en tout cas beaucoup plus faible que les 80% prédits par des modèles simplistes, mais bon, ça, je le pense depuis le début, et ⓒ que la Lombardie approcherait du pic épidémique et que ce serait peut-être bien un pic largement « naturel », dû à l'immunité plus qu'au confinement ; ces trois points vont largement ensemble, et si on y croit on peut espérer un pic épidémique en Lombardie dans peut-être une semaine ou deux et ensuite une vraie décrue de l'épidémie, pas uniquement due au confinement, et donc un espoir de retour à la normale à un horizon pas trop lointain (il faut estimer pour combien de temps les autres régions d'Europe en ont, mais ce n'est pas énorme, dès que l'une sera tirée d'affaire, les autres suivront en bon ordre) ; avec, dans ce scénario optimiste, une mortalité d'ensemble qui ne dépasserait probablement pas 0.1% de la population, peut-être même moins dans les pays où la démographie est plus favorable qu'en Italie, donc peut-être moins de 50 000 morts en France, c'est nettement mieux que ce que je pensais au tout début. (Il y a une étude d'épidémiologistes d'Oxford qui avance carrément le scénario selon lequel une majorité de la population aurait déjà été infectée. Cette étude a l'air un peu bizarre — c'est limite s'ils ne partent pas de l'hypothèse en question pour arriver à la conclusion qu'elle est valable — et il semble qu'ils veulent juste susciter le débat sur cette question — mais c'est intéressant que des gens probablement compétents la prennent au sérieux.) Bref, j'ai des moments d'optimisme.

Puis je retombe dans le pessimisme. L'argument selon lequel beaucoup de mes connaissances ont eu des symptômes grippaux a un potentiel énorme pour être un pur biais d'observation (ou l'effet de l'hypocondrie, ou de différences de mode de vie parce qu'on reste longtemps dans des appartements souvent poussiéreux et insalubres) ; toutes ces célébrités et ces hommes politiques testés positifs peuvent tout à fait être le résultat d'effets sociaux que j'explique moi-même ; l'argument de la recrudescence des cas de grippe est plus convaincant, mais ne représente pas forcément une sous-détection si énorme du nombre de cas (peut-être autour de ×15 à ×30, mais je tablais déjà sur des chiffres de l'ordre de ×10 dans mes calculs d'ordres de grandeur) ; et le ralentissement en Lombardie peut tout à fait déjà être le résultat du confinement (le fait qu'il soit indétectable en Sicile étant simplement lié au fait que le signal y est beaucoup plus bruité). Beaucoup de spécialistes ont l'air de croire que les tests sont forcément plutôt fiables et de ne pas adhérer à l'idée qu'il y aurait un groupe énorme de gens très peu symptomatiques et ne déclenchant pas les tests. Et en un rien de temps, mais raisons d'espérer disparaissent. Je ne sais plus quoi croire.

Ce qui me décourage le plus, en fait, ce sont les gens qui affirment, et il y en a beaucoup, et à un certain niveau ils finissent par me convaincre, regardez, le confinement marche(ra) : comme si on allait tous rester tranquillement chez nous pendant le passage d'un orage, et remettre le nez dehors une fois l'orage terminé. Mais une épidémie ne fonctionne pas comme ça, j'ai peur que les gens le croient, mais ce n'est pas une force externe qui se déchaîne, l'épidémie est en nous, si on s'isole elle se résorbe, si on ressort elle réapparaît (exemple). Si le confinement marche, si c'est lui et non l'immunité qui cause et limite le pic épidémique, je l'ai expliqué à de nombreuses reprises, on est complètement dans la merde parce qu'on n'a aucune stratégie de sortie de crise. Même pas de piste de stratégie. Même pas de début de commencement de piste de stratégie, à part des mots lancés au hasard comme des tests dont on n'a pas les moyens (la France n'a pas les moyens de fournir des masques à ses soignants, même les écouvillons manquent pour effectuer des prélèvements rhino-pharyngés, alors effectuer des tests virologique ou sérologique en grand nombre, ça ressemble un peu à une utopie… et même avec ces tests, la stratégie coréenne, souvent érigée en exemple, repose sur une approche globale de la société qui me semble inapplicable en Europe, sans parler de mesures extrêmement liberticides comme le traçage des téléphones mobiles pour repérer les contacts). Si le confinement marche bien, on ne voit pas comment on pourrait le lever, ou au minimum, comment on pourrait le lever sans tomber dans une dystopie juste un peu plus light (mais plus durable) que le confinement lui-même. Et personne n'a fait le moindre progrès sur cette question.

Et je suis complètement effondré quand j'entends des gens discuter de ce qu'ils feront ou ce qui se passera quand le confinement sera levé, comme si cela impliquait un retour à la normale : sans doute, oui, que le confinement finira par être levé dans un mois ou deux, parce que ça deviendra vraiment impossible et intolérable de faire autrement, mais, si on n'a pas acquis d'immunité de groupe significative, l'idée d'un retour à la « normale » est simplement impossible : on aura peut-être de nouveau le droit de sortir un petit peu de chez nous, mais ce sera très très très loin de la « normale » (c'est un peu ce qui se passe actuellement en Chine). Rappelons que si le virus a un nombre de reproduction de 3, en l'absence d'immunité importante, il faut passer 2/3 du temps en confinement pour le contenir, et encore, ça c'est en supposant que le confinement est 100% efficace.

Peut-être ce qui me fait le plus mal au moral, ce sont ces articles, qui ont un énorme succès dans certains cercles, d'un certain Tomas Pueyo (dont je rappelle à toutes fins utiles qu'il n'est pas plus compétent que moi sur le sujet, c'est-à-dire peut-être qu'il est aussi compétent que tous les experts comme je le disais plus haut). Il a commencé par en écrire un sur le fait qu'il fallait agir vite, dont le message principal est que l'effet d'une mesure prise au jour J ne se verra, sur les chiffres officiels du nombre de malades, qu'au jour J+12 environ, ce qui est effectivement quelque chose de très juste et de très important (et ne sais pas si le conseil scientifique du gouvernement en a bien conscience vu qu'ils parlent déjà de renforcer le confinement alors qu'il est tout simplement impossible d'en juger les effets à ce stade). Puis il a viré au partisan enthousiaste des solutions consistant à arrêter l'épidémie (ce que j'appelais les stratégies ①) et fait preuve de la plus hallucinante mauvaise foi dans sa façon d'exposer les choses, c'est-à-dire que la présentation des stratégies de mitigation (②) est faite sous le jour le plus noir et les hypothèses les plus pessimistes, tandis que pour ce qui est de ses stratégies préférées, tout est rose au point qu'il invente purement et simplement des chiffres de ce que pourraient être les mesures appliquées pendant ce qu'il appelle la danse (or c'est bien dans la danse qu'est tout le problème).

Dans tous les cas, même dans le scénario résolument optimiste où l'épidémie est massivement sous-évaluée ou bien où on arriverait inexplicablement à contrôler les choses avec un confinement limité dans le temps, les dommages causés à notre société seront irréparables. L'empressement avec lequel la société a accepté, sans broncher, sans qu'une voix discordante se fasse entendre, des mesures dignes de ce qu'il y a trois mois j'aurais qualifié de ridicule fiction dystopienne, au motif qu'il faut sauver des vies, est absolument terrifiant. Le fait de découvrir, pour commencer, que les gouvernements ont ce pouvoir que de mettre toute la population en arrêt à domicile, sans même avoir besoin de passer par une loi, est déjà en soi une blessure dont la démocratie ne se relèvera jamais : on savait déjà que le prétexte bidon du terrorisme justifiait des entraves démesurées aux libertés publiques (confinement à domicile sans procès pour des personnes arbitrairement qualifiées de « dangereuses », par exemple, justement), mais on a franchi un bon nombre d'ordres de grandeur. Peu importe que ç'ait été fait avec les meilleures intentions du monde, peu importe que ç'ait été le moins mauvais choix dans les circonstances. Un droit, dit un adage classique, ce n'est pas quelque chose qu'on vous accorde, c'est quelque chose qu'on ne peut pas vous retirer : nous savons donc, maintenant, que le droit de circuler librement était une illusion : quand le confinement sera levé (et il le sera probablement, un jour, sous une forme), ce fait restera. Le monde ancien est mort.

Pour ce qui est des conséquences politiques plus larges, je suis assez d'accord avec les inquiétudes formulées dans ce fil ou cet article de blog.

Que les choses soient bien claires parce que je sais qu'il y a des gens qui préparent déjà leurs hommes de paille à faire brûler : je ne suis certainement pas en train de dire que poursuivre le but d'une distanciation sociale forte de la population n'est pas une bonne idée, au moins transitoirement. Par exemple pour se donner le temps d'y voir plus clair (amasser des données scientifiques, développer des tests virologiques et sérologiques et les pratiquer aléatoirement pour mesurer l'ampleur de l'épidémie, rechercher toutes les options thérapeutiques et prophylactiques, etc.) ou de parer au plus pressé (remédier aux pénuries les plus pressantes, faire un plan de bataille, réorganiser ce qui peut l'être, permettre aux soignants qui tomberont malades en premier d'avoir le temps de guérir et de revenir immunisés, etc.). Il n'y a aucun plan d'action raisonnable qui ne passe pas par un minimum de mesures telles que l'interdiction de rassemblements de groupes, la fermeture de toutes sortes de lieux publics, une obligation de déployer le télétravail là où il peut l'être, etc. ; et il est raisonnable de chercher à aller encore plus loin que ce minimum, pour que les gens s'évitent vraiment à bonne distance — mais la question qui devrait faire débat, et qui n'a fait l'objet d'aucun débat, c'est quels sont les moyens qu'on doit s'accorder pour ce but.

C'est un peu la différence entre dire que la connerie humaine est un problème, chose qui fera sans doute consensus, et vouloir prendre un décret contre la connerie, qui me semble une mauvaise idée pour toutes sortes de raisons : ce n'est pas parce que je serais contre un tel décret que je serais favorable à la connerie. C'est juste que je ne confonds pas je suis contre X et je suis favorable à n'importe quelle mesure de lutte contre X (je pensais avoir déjà expliqué mille et une fois sur ce blog l'importance de ne pas perdre le sens de ce que les logiciens appellent les modalités, mais je ne retrouve plus).

Le problème fondamental sous-jacent pour apprécier les moyens déployés, c'est qu'on ne sait pas quelle est la stratégie visée. On m'a accusé de trop être braqué sur la dichotomie que j'ai évoquée entre les stratégies que j'ai appelées ① et ② (ou Charybde et Scylla) : je conviens que le confinement peut aussi avoir pour but, je l'écris ci-dessus et je l'ai déjà dit plusieurs fois, de juste gagner du temps (encore faudrait-il faire quelque chose avec ce temps gagné, et je n'ai pas entendu dire que la France fabriquait des respirateurs et des lits d'hôpitaux à toute la force de son appareil de production). Mais ce qui me fait le plus peur c'est qu'en fait il n'y ait juste aucune stratégie. Je n'ai même pas l'impression qu'il y ait prise de conscience du fait qu'il faut faire des choix. J'ai l'impression qu'on réagit juste dans l'immédiat : surcharge du système de santé ⇒ confinons tout le monde, sans chercher à nous demander s'il y a un plan, ou un début de commencement de plan, pour sortir de l'impasse. J'ai vaguement quelques sursauts d'espoir quand le ministre de la Santé ou ses sous-fifres parlent d'aplatir la courbe (ce qui est une stratégie qui se tient, c'est essentiellement ce que j'ai appelé ②), mais je n'ai toujours pas la certitude s'il s'agit de mots prononcés au hasard ou s'ils ont effectivement compris ce que ça veut dire (parce que ce plan suppose de ne pas confiner trop, i.e., de ne pas faire comme en Chine, et je n'ai vu aucun début de commencement de signe que quelqu'un de haut placé ait pigé ce fait). J'avais vaguement un petit espoir qu'il y ait des cerveaux qui fonctionnent derrière les décisions prises quand j'ai appris que le gouvernement avait réuni un conseil scientifique pour lui suggérer des mesures, mais on a entendu des gens de ce conseil scientifique admettre qu'ils avaient recommandé le confinement parce qu'ils avaient été pris de court par la vitesse de l'épidémie (je ne sais plus la formulation exacte, ni lequel a dit ça, mais quelqu'un va sans doute me la retrouver), ce qui suggère qu'ils n'ont pas le niveau scientifique pour extrapoler une exponentielle, et ça, ça me fait vraiment très très peur s'il s'agit de guider le pays dans une crise aussi énorme. Donc je ne crois plus du tout à l'existence d'une stratégie autre que celle du cervidé pris dans les phares d'une voiture. Et je suis vraiment terrifié.

À un niveau plus large, d'ailleurs, je suis assez désabusé quant au niveau scientifique des spécialistes en épidémiologie, dont je remarque trop souvent qu'ils arrivent (de façon certes plus précise et mieux argumentée, mais pas fondamentalement différente) aux mêmes conclusions que j'ai exprimé dans mon blog des jours ou des semaines plus tôt. (Par exemple, le papier d'Imperial qui a fait beaucoup parler de lui, cf. ici, ne fait que reprendre la dichotomie que j'ai exposée au moins une semaine plus tôt sur Twitter, avant même que le Royaume-Uni ne commence à parler d'immunité grégaire ; ses calculs de nombre de morts ne sont pas franchement plus sophistiqués que ceux qu'on peut faire avec un modèle très simple ou en fait simplement en multipliant deux nombres — et le problème d'instabilité si on tente de supprimer l'épidémie est une évidence que je répète à tout le monde depuis belle lurette.) Je pourrais être fier de moi, mais je n'ai pas envie d'être fier de moi, j'ai envie de croire qu'il y a des gens qui voient beaucoup plus loin que moi et qui ont une petite idée de où nous allons et de ce que nous pourrions faire !

Des entraves énormes ont été mises à toute vie personnelle, en revanche, le contrôle sur les employeurs est minimal, par exemple : apparemment, sauver des vies justifie qu'on anéantisse la vie personnelle des Français mais il ne faut surtout pas trop toucher leur vie professionnelle. On en arrive à la situation absurde et incroyablement injuste où certains voudraient sortir de chez eux et n'en ont pas le droit, tandis que d'autres voudraient avoir le droit de rester protégés chez eux mais n'en ont pas non plus la possibilité (sauf à perdre leur emploi).

Au-dessus de ça, les modalités d'application du confinement ne sont pas moins absurdes. Comme quelqu'un l'a très justement dit sur Twitter, le gouvernement a perdu de vue le but (la distanciation sociale) pour se focaliser sur le moyen (le confinement). Une mesure de distanciation tout à fait sensée aurait été de rendre obligatoire la distance de 2m entre les personnes dans tout lieu public, et de verbaliser ceux qui s'approchent inutilement des autres, et par ailleurs d'inciter les gens à rester chez eux (sans contrainte personnelle mais avec un fort contrôle des employeurs qui prétendent avoir besoin de faire venir leurs employés). Mais on se doute bien que quand ils sont munis de la légitimité apparente de sauver des vies, les enthousiastes de l'autoritarisme n'allaient pas s'en tenir là. On en arrive maintenant à des formulaires de dérogation de plus en plus humiliants, et on discute de la distance et du temps maximal auxquels on a le droit de s'éloigner de chez soi. Formulaires qu'il faut d'ailleurs remplir à l'encre indélébile sous peine d'amende si on essayait d'en réutiliser un (là ça ressemble tellement à quelque chose tiré de Kafka que ce serait drôle si ce n'était pas tragique). On en vient à interdire le vélo de loisir, chose pour laquelle il n'a été donné aucune forme de justification, alors qu'il est facile de se tenir à bonne distance des autres quand on est en vélo ; on en vient à la mise en place d'un couvre-feu dans certaines villes alors que rationnellement il vaut mieux étaler le plus possible les heures où les sorties sont autorisées pour qu'il y ait le moins de monde à un moment donné : s'il fallait démontrer que ceux qui prennent ces décisions n'ont aucune fin rationnelle en tête, c'est la meilleure preuve possible. Encore un autre problème est que les règles sont appliquées selon le bon vouloir très aléatoire et très arbitraire des agents de police chargés de les appliquer, ce qui cause des injustices et une insécurité juridique incroyables.

Mais, comme me l'a suggéré une amie, l'absurdité de toutes ces règles vise sans doute un autre objectif, qui est le détournement de culpabilité. Le vrai scandale, c'est l'impréparation de la France face à une épidémie qui était éminemment prévisible jusque dans son timing pour quiconque sait extrapoler une exponentielle. Le scandale de fond, c'est le manque de moyens de l'hôpital public (ou, dans une autre ligne d'idées, le manque de moyens des transports publics qui sont en permanence bondés, favorisant la transmission de toutes sortes d'infections). Et le scandale immédiat, c'est le manque de masques qu'on cherche à cacher derrière l'idée que les masques ne servent à rien pour le grand public. (Il y a aussi l'histoire des élections municipales dont le premier tour n'a pas été reporté — ceci dit, je pense qu'on monte un peu trop cet épisode en épingle et je soupçonne que le nombre de contaminations à cette occasion a été très faible.) Alors pour distraire l'attention de tous ces scandales, on en crée un autre : tout est la faute de ces irresponsables qui osent s'aventurer à plus de 1km de chez eux, ou faire un tour en vélo dans un endroit où ils ne rencontreront personne, ou sortir acheter du Coca-Cola (ou des serviettes hygiéniques !) au lieu de limiter aux courses essentielles. On fustige à la fois ceux qui achètent trop (ils créent des pénuries !) et ceux qui n'achètent pas assez (ils sortent sans raison !). Le Français moyen est placé dans la position de l'âne de la fable de la Fontaine, 135€ d'amende à la clé.

Maintenant, pour ne pas blâmer que les dirigeants, l'incohérence de la réaction des Français est également digne de commentaire. D'un côté, il semble que tout le monde applaudisse les mesures de confinement (un sondage qui ne vaut certainement rien mais qui donne quand même une petite idée, prétend que 93% des Français y sont favorables). Mais d'un autre côté, si c'est effectivement vrai que tout le monde comprend et approuve la nécessité de tenir ses distances… ce n'est pas la peine de rendre les choses obligatoires ! Si 90% de la population respecte les mesures de distanciation, que ce soit par sens du devoir civique ou par peur personnelle ou n'importe quelle combinaison de tout ça, ça suffit très largement à stopper la progression de l'épidémie (le papier d'Imperial qui a été si souvent cité partait du principe que 75% suivraient la consigne, laquelle serait facultative : donc on ne peut pas m'accuser d'inventer moi-même mes compétences en épidémiologie). La conclusion que j'en tire, c'est que l'immense majorité des Français réclame qu'on impose à tous des mesures qu'elle n'est pas prête à tenir spontanément par elle-même : c'est ce qu'on appelle de l'hypocrisie.

Il est légitime de se demander dans quelle mesure la distanciation devrait être considérée comme une décision individuelle. À part le cas réellement problématique des rapports professionnels, et à part la scandaleuse pénurie de masques, il me semble que chacun peut se protéger personnellement avec un assez bon niveau de sécurité sans avoir à attendre des autres que de ne pas lui tousser dessus. (Je pense qu'on a tendance à surestimer un peu l'infectiosité de ce virus : pour mémoire : si 10% de la population était contagieuse, ce qui est est probablement encore surévalué, quelqu'un qui ne prendrait aucune précaution particulière, si j'en crois le rythme de 0.2/j où progressait l'exponentielle avant le confinement, l'attraperait en 50 jours environ.) Une personne isolée n'a donc pas grand-chose à craindre, en fait. Mais admettons que ce ne soit pas une décision individuelle mais collective, il reste encore qu'on pourrait considérer que, dans cette décision collective, les gens sont amenés à voter avec leurs pieds : si on se contente d'une recommandation de distanciation sociale et que les gens ne la suivent pas, c'est qu'ils votent avec leurs pieds pour le risque des conséquences de ce choix, aussi bien individuelles que collectives.

Mais au lieu de nous poser sérieusement ces questions, au lieu d'envisager de développer une distanciation sociale fondée sur une combinaison entre responsabilité morale, choix collectif et protection personnelle, nous avons sauté dans les bras de l'autoritarisme avec une indicible et mâle volupté.

Je tourne un peu en rond, là, j'en suis conscient. Les pensées tournent en rond dans ma tête comme je tourne en rond dans mon appartement. Parlons un peu de moi-même, parce que je ne vais vraiment pas bien.

Il y a d'abord le confinement lui-même qui est dur. Je souffre énormément de ne plus pouvoir sortir, moi qui aimais tellement me promener entre les arbres dans les forêts d'Île-de-France. Je souffre de l'injustice profonde de l'interdiction de telles promenades alors qu'il est tellement facile de tenir ses distances en forêt (il y a dix jours, quand j'ai fait la dernière, j'ai pu vérifier expérimentalement qu'il n'y avait aucune difficulté à garder 2m d'écart avec tout le monde, même quand les autres ne font aucun effort de leur côté). Je souffre de voir ce soleil radieux dehors et de ne pas pouvoir en profiter, moi qui comptais les jours jusqu'à l'arrivée du printemps après un hiver interminablement pluvieux, moi qui m'étais promis de faire mille et une balades dès que le temps le permettrait. Je souffre de toutes d'autres lacérations psychologiques provoquées par les éclats de ma vie ancienne qui a explosé en vol : de tous ces moments où je continue à penser à ce que j'aurais fait, ce que j'aurais pu faire, si j'avais été libre, avant de me rappeler que je ne le suis plus du tout, — de tous ces petits plaisirs qui ne sont plus que des souvenirs qui me narguent cruellement quand j'y repense.

(Je suis maintenant pleinement convaincu, même si je le pensais déjà depuis longtemps, que la prison est une forme de torture psychologique digne du Moyen-Âge (enfin, façon de parler, parce qu'au Moyen-Âge, justement, il me semble qu'on n'emprisonnait pas beaucoup). Mes conditions sont incomparablement meilleures qu'une prison et déjà je n'en peux plus.)

(Et sinon, je pense qu'à un moment où un autre, quand je ne tiendrai vraiment plus, je vais faire le confinement buissonnier et fuguer dans la forêt pour une après-midi. Je suis preneur de vos avis sur la meilleure façon d'y arriver en ayant le moins de chances possibles de me faire prendre : à quel moment, par quel chemin, et éventuellement en prévoyant quel prétexte.)

Mon équilibre émotionnel était largement basé sur la présence réconfortante et rassurante des habitudes quotidiennes qui rythmaient ma vie ancienne. Il n'en reste plus rien. Je ne sais plus à quoi me raccrocher. Je perds complètement pied. Par moments je deviens colérique avec mon poussinet.

Je n'arrive pas à penser à autre chose. Je ne parviens plus à faire des maths si ce n'est pas de l'épidémiologie. Je n'arrive quasiment plus à regarder un film ou un documentaire : tout ce qui ne parle pas du Covid-19 me semble tellement insignifiant que je suis incapable de rentrer dedans, et tout ce qui en parle ne fait qu'empirer mon angoisse.

Je n'imagine absolument pas comment je vais pouvoir tenir un mois ou deux comme ça.

Si au moins y avait, au bout, l'espoir d'un retour à une forme de normalité, s'il y avait de la lumière au bout du tunnel, je trouverais sans doute la force en moi de traverser le tunnel, mais tant que je n'ai pas le moindre indice que qui que ce soit sait où nous allons, la seule lumière que j'aperçois c'est celle des maigres espoirs que j'ai rappelés au début de cette entrée, et je me demande si elle n'est pas complètement dans mon imagination.

Et encore !, tout ce désespoir, c'est en faisant totalement abstraction de l'inquiétude liée à la maladie elle-même (vous remarquerez que je n'en parle pas du tout), comme si moi-même et mes proches en étions totalement invulnérables — chose qui n'est évidemment pas le cas. Si cette inquiétude devait s'y ajouter, je n'imagine pas comment je pourrais la gérer.

(À un certain moment, j'en étais presque à supplier mes amis que j'estime intelligents mais si tu ne désespères pas complètement, toi, c'est bien que tu dois avoir une idée de comment les choses pourraient ne pas tourner trop mal ?, mais comme personne n'était capable de répondre à cette question, j'ai fini par conclure que tout le monde a une capacité que je n'ai pas pour faire abstraction des catastrophes don on ne voit aucune issue.)

Voilà où j'en suis, et je ne pense pas que ça va s'améliorer.

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(samedi)

Je choisis Scylla, et je suis complètement terrifié

Je suis complètement terrifié. Je fonds en larmes régulièrement, je ne dors quasiment plus, ma digestion est complètement déréglée, et cela empire de jour en jour (même s'il y a des hauts et des bas : un moment j'arrive à lâcher prise, le moment suivant je repense à ce qui va arriver et l'angoisse me glace). Le poussinet et moi nous communiquons mutuellement notre peur et même l'amplifions parfois dans nos tentatives pour chercher du réconfort l'un auprès de l'autre en parlant de ce qui va arriver. Je n'ose pas trop aller vers mes autres amis pour ne pas déverser ma propre angoisse sur celle qu'ils peuvent déjà avoir (ou, s'ils ont la chance de ne pas en avoir, leur transmettre la mienne).

J'essaie de m'accrocher aux branches : je pense que la société ne va probablement pas s'effondrer (mais elle va être secouée comme elle ne l'a jamais été depuis la seconde guerre mondiale), et que je ne vais probablement pas mourir (en tout cas pas du virus, peut-être d'un paroxysme d'angoisse), mon poussinet non plus, et beaucoup de mes proches non plus. Donc ce n'est pas la fin du monde. Mais c'est indéniablement la pire crise de notre génération. Socialement, politiquement, psychologiquement, économiquement, il y aura un avant et un après Covid-19. Je ne sais pas ce qu'il restera des petits éléments confortables de ma vie quotidienne dans le monde d'après.

Est-ce que je peins le tableau trop noir ? Je ne sais pas. Peut-être que cette entrée de blog paraîtra grotesquement catastrophiste dans un an ou deux. Je prends sans hésiter le risque du ridicule, j'accueille même le ridicule à bras ouverts si les choses se déroulent moins mal que ce que je crains. Faites que je sois ridicule !, j'en serai tellement heureux. Faites que dans cinq ans je sois le premier à rire de mes prévisions d'apocalypse.

Écrire tout ceci me fait du mal, j'en suis conscient, donc je vais essayer que cette entrée-ci soit la dernière où je rumine sur le sujet. (Déjà j'ai hésité à commencer cet article de blog en me disant que je me faisais du mal au lieu de trouver la catharsis, et que je pouvais faire du mal à ceux qui me liraient.) Mais parler d'autre chose me semble tellement difficile, tellement futile, que je bloque complètement. Je vais peut-être mettre ce blog en pause, probablement me déconnecter de Twitter qui ne fait qu'alimenter ma terreur, je ne sais pas encore.

J'écrivais dans le billet précédent que je voyais deux pistes pour lutter contre une épidémie, un dilemme atroce entre deux options horribles, dilemme qui commence tout doucement à faire son chemin dans l'opinion, mais souvent en braquant le choix vers une seule de ces options présentée comme évidemment la bonne : or il n'y en a pas de bonne, les deux sont horribles, et la personne qui pense qu'on doit évidemment préférer celle-ci ou celle-là n'a (je pense) rien compris à la situation.

Les options sont : ① (contenir, qu'on pourrait aussi appeler le chêne), c'est-à-dire arrêter l'épidémie à tout prix, ou ② (gérer, le roseau), la ralentir mais en la laissant suivre son cours jusqu'à ce qu'elle s'arrête d'elle-même. Je renvoie à l'entrée précédente pour les explications plus détaillées notamment sur le concept d'immunité grégaire.

Les deux sont atroces. Gérer, cela signifie qu'une proportion significative de la population, peut-être 20% si on est optimiste (des gens disent 70% mais même moi qui panique je ne crois pas à ça comme je l'ai expliqué), sera infectée. Au bas mot 0.5% de ces gens mourront, c'est-à-dire 75 000 personnes en France. Mais en fait beaucoup plus, parce que ralentir cache une horrible vérité : si on ralentissait vraiment au point que le système de santé arrive à gérer sereinement les choses (comme le suggère le slogan Flatten The Curve), à supposer qu'on y arrive, cela prendrait de nombreuses années voire des décennies de blocage, et on retombe sur un autre nom pour l'autre solution, qui est de tout bloquer.

Contenir : tout bloquer, c'est-à-dire plus d'écoles, plus de transports en commun, plus de lieux de vie commune, plus de restaurants, cafés, cinémas, théâtres, plus aucune vie économique au-delà du minimum vital, comme en Italie en ce moment, et ce pendant un temps indéfini : jusqu'à trouver un vaccin, qu'on arrive à le produire et qu'on puisse le répandre au monde entier, au moins, ce dont on imagine difficilement que ça puisse prendre moins de deux ans, et peut-être indéfiniment parce que le vaccin n'est pas toujours techniquement possible. En attendant, vivre dans la terreur perpétuelle du fléau qui peut se faire réapparaître son affreux visage dès que le blocage est un peu desserré.

Gérer : ralentir certes un peu l'épidémie avec des fermetures partielles, mais en sachant que ça ne suffira jamais assez pour que le système de santé tienne le choc. Ce choc est tellement énorme qu'il est presque impossible à visualiser : si ~20% de la société doit être infectée, que 2.5% de ces infectés doivent passer en réanimation (j'estime à 50% les cas asymptomatiques, et je prends 5% des cas symptomatiques), cela fait 5000 personnes passant en réanimation pour chaque million d'habitant. Dans un pays raisonnablement bien équipé comme la France, il y a 75 lits de réanimation par million d'habitant : en réquisitionnant tout ce qui peut servir (salles de réveil, salles d'opération, vieux respirateurs ou appareils bricolés avec trois bouts de ficelle), on peut peut-être espérer passer à 150. Donc ~30 personnes à passer dans chaque lit+respirateur : s'il faut ne serait-ce qu'une semaine de réa par personne, ce qui semble très optimiste, cela fait 25 semaines : il faut lisser l'épidémie sur six mois, à supposer qu'on ait un contrôle si fin. Six mois encore pires que la crise actuelle en Italie, mais dans le pays tout entier — dans le monde entier. Ou bien trois mois d'une crise encore deux fois pire que ça, et seulement la moitié des malades trouveront un lit, les autres mourront sans soins, et les médecins devront choisir qui vit et qui meurt.

Ou bien sinon : le blocage complet qui ne pourra être levé qu'à la faveur de la découverte d'un vaccin providentiel.

Ces deux options sont glaçantes. Celui qui émet une préférence d'emblée, sans être horrifié par la monstruosité d'un tel choix, a complètement loupé le roman. (Encore une fois, je renvoie au billet précédent pour des explications plus précises sur pourquoi on doit faire ce choix.)

Je me suis torturé pour savoir laquelle me semblait la moins horrible, et je pense finalement que c'est de gérer (la ②). J'ajouterais la nuance : mobiliser absolument tous les moyens de l'État pour construire, fabriquer ou réquisitionner en un temps record, et peu importent les coûts, des hôpitaux préfabriqués, des lits de fortune (pour la France, il en faut des centaines de milliers), et des respirateurs de toute sorte (simples ventilateurs à oxygène en nombre énorme, des milliers voire dizaines de milliers de respirateurs avec intubation, et des centaines ou milliers d'appareils à oxygénation par membrane extra-corporelle). Et former absolument tous les personnels en rapport avec la médecine (au moins tous les médecins de toutes les spécialités, et tous les infirmiers) à l'utilisation de ces machines, pour que les anesthésistes-réanimateurs puissent se concentrer sur la supervision et la gestion des cas les plus complexes. Éventuellement appliquer la solution ① un mois ou deux le temps d'arriver à faire ça. Si tout ceci semble de l'ordre du ridiculement impossible (et je le pense), c'est dire l'ampleur de la montagne qu'il s'agit d'aplatir.

Sérieusement, il ne faut plus rêver aux 0.5% de taux de mortalité (1% des cas symptomatiques) : lorsque les hôpitaux seront débordés, cela sera plutôt 3% (soit 6% des cas symptomatiques). Donc, dans cette option, 3% de 20% de la population, mettons 0.5%, mourra — 350 000 personnes pour la France. Je sais que mes chiffres sont complètement sortis de mon chapeau (j'aurais pu dire le double), mais ils sont plausibles : ils donnent une idée des ordres de grandeur, ils permettent de se faire une idée de la catastrophe qui nous attend (et de nouveau, Angela Merkel s'est montrée encore plus pessimiste en évoquant 70%). Avec un pic à peut-être autour de 25 000 morts en une journée. Les mots manquent.

Je pense pourtant (et de nouveau c'est un choix atroce et ce n'est pas la peine de me rappeler à quel point il l'est) que c'est préférable à la fermeture des écoles et tous autres lieux de vie publique possiblement à perpétuité. Je pense que l'option ① maintenue trop longtemps n'aurait pas juste un coût économique et social tellement important qu'elle entraînerait indirectement la mort de plus d'individus encore, mais qu'elle conduirait à la transformation de la société en une dystopie post-apocalyptique, ou peut-être l'effondrement complet de toutes ses structures. C'est donc avec la plus grande horreur que, si j'étais chef d'État (et je n'ai jamais été aussi heureux de ne pas l'être), je choisirais l'option ②, gérer, avec la nuance que j'ai donnée ci-dessus qu'il faut quand même ralentir autant que possible même si ça ne suffira jamais, et chercher tous les moyens possibles pour augmenter les moyens qui seront toujours ridiculement insuffisants du système de soins.

Je crois comprendre qu'Emmanuel Macron a fait ce choix. Boris Johnson l'a fait de façon tout à fait claire, sa conférence de presse évoque explicitement l'immunité grégaire, et suggère une variante assez dure de l'option ②. Angela Merkel en évoquant le chiffre de 70% (pessimiste selon moi, je le répète) fait clairement référence à cette même option. Cela me fait le plus grand mal à écrire, mais je pense qu'ils ont raison (au moins sur l'idée générale). La Chine, mais même la Corée du Sud, sont dans l'impasse maintenant qu'elles ont choisi ①, et j'ai très peur de ce qui va leur arriver (même pour la Chine, ça peut être un instrument de contrôle entre les mains du pouvoir, mais ne plus pouvoir mettre les enfants à l'école est très très embêtant).

Mais ce dont j'ai encore plus peur, c'est du yoyo entre les choix. L'opinion publique a le plus grand mal à comprendre le dilemme : les gens disent regardez la Corée, l'épidémie régresse : pourquoi on ne peut pas faire pareil ? (eh oui, c'est vraiment difficile d'expliquer les choses). L'OMS elle-même a appelé à suivre l'option ① (probablement parce que ce sont des médecins avant tout, donc ils font passer la lutte contre la maladie en premier). On ne peut vraiment pas qualifier un des choix d'idiot. Mais une fois qu'on en a fait un, il faut s'y tenir : que va faire l'Italie maintenant ? L'épidémie va se tasser, et ensuite ? Si le bouclage sert à rétablir un petit peu d'ordre dans le système de santé, admettons : mais, sauf dans les toutes petites régions géographiques les plus touchées, le chemin parcouru vers un espoir d'immunité grégaire est encore minuscule par rapport au chemin restant à accomplir (c'est vraiment terrifiant), donc il n'y a que deux options, continuer en se disant que ce sera encore bien pire, ou s'arrêter et tous ces morts auront été en vain. (Parce que si on voulait vraiment suivre l'option ①, il fallait implémenter un bouclage complet du pays déjà il y a un mois, en se rendant bien compte que c'est peut-être pour toujours.)

Beaucoup de voix qualifient déjà de criminel le choix de gérer. L'homme politique qui le fait doit se rendre compte que sa carrière est terminée : on ne lui pardonnera jamais, ou peut-être seulement avec le recul de nombreuses années, d'avoir laissé mourir 0.5% de sa population, la propriété des dilemmes horribles est que le choix qu'on a fait semble toujours le mauvais puisqu'on n'a pas les horreurs de l'autre sous les yeux.

Bref, j'ai peur que, face à la révolte inévitable de l'opinion (qui crie qu'on sacrifie des vies à l'économie, ou qu'on joue à une horrible expérience scientifique sur un concept incertain), le choix effectué se transforme en regret, et qu'il y ait volte-face comme ça a peut-être été le cas en Italie. Et là on aura, en quelque sorte, le pire des deux options. (Mieux vaudrait une volte-face dans l'autre sens : prendre ① jusqu'à ce que l'opinion publique réclame la levée du blocage, auquel point elle sera peut-être prête à accepter ②.)

(Un blocage très bien ciblé dans le temps, juste au moment du pic de la pandémie, ce qui signifie qu'il faut prévoir ce dernier une douzaine de jours à l'avance, peut en revanche avoir un sens, parce que dès qu'on a franchi le seuil d'immunité grégaire on peut travailler à arrêter activement la pandémie. De même pour un blocage ciblé dans l'espace quand il y a des inégalités entre régions : concernant l'Italie, je comprends le principe d'une fermeture complète dans les provinces les plus durement touchées, parce que celles-ci ont possiblement atteint le point d'immunité grégaire, ou pourront l'atteindre en un temps raisonnable, mais le bouclage du pays entier est une volte-face.)

Comme je l'ai dit plus haut, je n'en dors plus (et je ne sais pas comment Macron, Johnson, Merkel et les autres, peuvent dormir en ce moment !).

Ça pourrait presque sembler préférable d'être complètement démunis : dans une société qui n'aurait ni les moyens d'implémenter un blocage sérieux, ni de système de soins digne de ce nom qui puisse se retrouver débordé, la question est vite vue : l'épidémie sera arrêtée par l'immunité, il n'y a pas de dilemme, juste beaucoup de morts. C'est comme ça que les grandes pandémies ont toujours fonctionné, jusqu'à celle de grippe en 1918 dont l'horreur est tout simplement inconcevable. Gérer, c'est reconnaître qu'on ne peut rien contre la nature déchaînée, on peut juste atténuer un peu le coup et pleurer d'envoyer ainsi les médecins au casse-pipe avec les moyens dérisoires dont on dispose. (Je l'ai déjà dit, mais dimensionner le système de soins pour pouvoir faire face à une telle crise signifierait avoir des lits vides à 90% en attendant la prochaine pandémie dont on ne sait pas quelle forme elle prendra : ce n'est pas un problème de moyens, même si plus de moyens auraient évidemment été souhaitables et que l'indigence de l'Hôpital public rende le combat plus dérisoire encore.)

Lâcher prise, donc, pour la société. Admettre que les médecins vont vivre le pire des enfers pendant quelques mois, et que le reste de la société se devra d'arriver à fonctionner comme elle peut, encaisser, avec la grande majorité des gens qui ne seront que très peu malades. (C'est vraiment ça qui est si étrange dans cette maladie, l'écart entre une majorité de cas complètement banals et un tout petit nombre de cas très graves, mais ce petit nombre suffisant déjà à submerger le système de santés.)

Il faut moi aussi que j'apprenne à lâcher prise sur ce sur quoi je n'ai aucun contrôle, et que j'arrête d'écrire des textes comme celui-ci, que je trouve le moyen de retrouver le sommeil et de continuer à vivre aussi normalement que je pourrai malgré l'hécatombe qui frappera forcément assez près de moi, voire très près, et malgré le bouleversement de tous mes repères familiers, les petits éléments de ma vie d'avant, les petits plaisirs comme le brunch dominical du bobo que je suis, petit élément d'une vie passée qui me semble maintenant tellement lointain et tellement futile. (Lâcher prise aussi sur le fait que je n'arriverai jamais à faire comprendre le dilemme à ceux qui ont décidé que telle ou telle option était évidemment la seule valable, même si mes petits textes peuvent aider un tout petit peu.)

J'ai pris rendez-vous chez un psychiatre pour voir s'il peut m'aider au moins à retrouver un semblant de sommeil et d'appétit. Je vais essayer de me trouver une hygiène de vie dans ce monde nouveau où je ne comprends pas ce que je fais. Je vais essayer de me laisser porter par ce courant qui m'emporte sans que je puisse m'y opposer.

Écrire cette entrée m'a fait verser assez de larmes : j'arrête. Tous mes vœux de courage et de force à tous les habitants de la Terre pour les mois qui viennent, et particulièrement aux médecins, aux infirmiers et tous ceux qui seront en première ligne dans un combat vraiment héroïque.

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(vendredi)

Nouvelles en vrac (lassitude, énervement, déménagements, moto, Fourier et Mandelbrot)

Voilà maintenant un mois que nous avons déménagé du rez-de-chaussée vers le 2e étage, et je ne me sens toujours pas « chez moi » dans ce nouvel appartement (au contraire, presque : plus le temps passe plus je ressens l'envie de rentrer « chez moi »). Nous avons certes réglé quelques uns des N problèmes qui se posaient (comme le robinet de la cuisine complètement déglingué que nous avons fait remplacer, et la salle de bain était insuffisamment chauffée où nous avons mis un petit chauffage d'appoint que nous allumons pour prendre nos douches), mais d'autres problèmes sont apparus ou devenus manifestes comme un voisin qui joue du piano quasiment tous les jours et qui commence sérieusement à me taper sur les nerfs[#]. Et en tout état de cause, même si nous avons déménagé les affaires vraiment importantes, il reste beaucoup de choses à faire ou à déplacer (ou des choses un peu pénibles, comme la machine à laver), et je suis vraiment fatigué[#2] de toute cette histoire.

[#] Il va falloir que je m'achète un casque à compensation de bruit avant de devenir fou (en ce moment, je « compense » en mettant ma propre musique assez fort pour couvrir la sienne, ce qui n'est pas une bonne idée pour plein de raisons, notamment parce que souvent je n'ai pas envie d'écouter de la musique, juste du silence). Je me demande ce que ces choses valent, et notamment ① si elles sont efficaces si je veux juste écouter du silence et ② si elles sont efficaces pour couvrir les sons faibles (le piano n'est pas trop fort, il est juste au-dessus de mon seuil d'audition — ce qui ne l'empêche pas de devenir insupportable à la longue — et je me demande si les casques à compensation de bruit ne seraient pas juste inopérants dans ce domaine, étant plutôt prévus pour couvrir des bruits importants).

[#2] J'ai plus ou moins renoncé à (ou au moins, reporté sine die) l'idée que j'avais de faire imprimer des cartes de Paris et de sa région pour mettre aux murs, par exemple : j'ai tellement de choses à faire avant et je manque d'énergie pour ce genre de trucs.

Et il reste surtout à vendre l'appartement du rez-de-chaussée, ce qui promet d'être aussi une opération fatigante. (Une voisine est intéressée, pour y loger sa mère, mais elle nous fait une offre très inférieure à ce que les agents immobiliers nous disent être le prix du marché.) Au minimum, il nous faut faire faire de petits travaux de peinture (il y a une trace d'un ancien dégât des eaux, maintenant réparé et complètement sec, mais qui ne fait pas très joli dans la cuisine). Ensuite, nous hésitons entre passer par une agence (qui prendra une commission assez énorme), ou bien essayer de trouver un acheteur nous-mêmes (par relations, par réseaux sociaux, ou par une petite annonce). Si par hasard quelqu'un est intéressé, ou connaît quelqu'un d'intéressé, par un deux-pièces de 40.24m², avec une terrasse de 16.90m² et un jardin de 45.53m² (si j'en crois les plans), en rez-de-chaussée d'un immeuble parisien de 5 étages datant de 1991, sur la Butte-aux-Cailles, il peut toujours se dénoncer. (La situation de l'immeuble est idéale, dans une rue tranquille mais très proche à la fois du centre Italie 2 et des restaurants et bars du quartier, à 10min à pied des stations Corvisart et Place d'Italie. La copropriété marche bien. L'appartement est un peu sombre mais très calme. Il faut prévoir quelques travaux de peinture et de changer une moquette, mais rien de substantiel n'est nécessaire.)

Du côté du déménagement de mon bureau à Palaiseau, la situation n'a guère évolué : il y a eu des progrès les quelques premiers jours mais, depuis, on ne sait pas bien ce qui se passe. Des ouvriers continuent d'arpenter les couloirs, et manifestement ils font des choses : mais ce que sont ces choses m'échappe totalement[#3], parce de ce que je vois rien ne bouge.

Pourtant, il y a plein de choses sur lesquelles j'aimerais bien voir du progrès ! On nous a promis une solution temporaire en attendant la pose de stores sur la façade sud (où est mon bureau, et où le soleil en journée empêche vraiment de lire un écran d'ordinateur orienté contre lui), mais même la solution temporaire ne se matérialise pas. L'allumage des lumières (qui est généralement automatique : la plupart des salles n'ont pas le moindre interrupteur ; mais même dans celles qui en ont, leur effet est, disons, incertain) reste très souvent aléatoire. Je réclame à qui veut l'entendre l'installation de tableaux blancs (ou mieux, noirs, mais ne rêvons pas) dans les salles de réunion qui sont dotées d'un équipement vidéo ultra-moderne mais pas de bêtes tableaux, parce que manifestement un crétin de décideur a pensé que les chercheurs, quand ils se réunissent pour discuter, ils se montrent juste des présentations PuissancePoints sur un écran (comme je soupçonne le crétin en question de faire à longueur de journée) : pour l'instant, tout ce que j'ai obtenu est que l'item « tableau blanc » figure dans le catalogue informatique des salles (avec la valeur « absent » pour les salles de réunion, donc…). Je me demande si le système d'ouverture des portes marchera un jour correctement (actuellement, nous devons « mettre à jour » nos badges d'accès tous les jours en arrivant, en bippant à un point de mise à jour, mais parfois la mise à jour ne fonctionne pas ; cf. ce fil Twitter). Je peste aussi contre les psychorigides du genre « hygiène et sécurité » (j'ai une dent contre cette catégorie particulière de nuisibles) qui ont décidé que certaines portes d'accès vers l'extérieur seraient sous alarme et donc interdites d'usage en circulation normale[#4]. Et même si ça ne concerne pas vraiment le bâtiment de Télécom, j'attends avec impatience la fin de la réalisation de la place qui se situe en face, la place Marguerite Perey (nommée en l'honneur de la découvreuse du francium), qui, pour l'instant, n'est qu'un champ de boue où, là aussi, des gens s'activent et font manifestement des choses, mais je ne vois pas de progrès détectable ; j'attends ça surtout parce que, quand la place sera finie, ce sera une source de boue importante en moins quand je viens en moto (cf. ci-dessous).

[#3] Il y a deux semaines, quelqu'un est rentré dans mon bureau (sans frapper, et alors que j'étais en slip parce que je me changeais de mes affaires de moto), il a fait deux secondes de peinture et il est reparti. Je me demande bien à quoi ça rime.

[#4] À l'ENS, il y avait une porte de sortie sur la rue Rataud que je mettais un point d'honneur à emprunter régulièrement, en déclenchant l'alarme à chaque fois, pour protester contre la décision complètement aberrante de mettre cette porte sous alarme. J'encourage vivement ce type d'action de désobéissance civile : surtout, n'hésitez pas à déclencher les alarmes des portes de sortie utiles, si ce mouvement prend de l'ampleur les imbéciles finiront peut-être par comprendre qu'il faut arrêter de fermer des portes à la circulation normale.

Ce n'est peut-être pas l'endroit idéal pour le mentionner, après m'être plaint incessamment que le transport entre Paris et Palaiseau était nul et que le bâtiment était mal foutu, mais l'équipe dont je fais partie ouvre un poste de professeur en cryptographie [il doit bien y avoir une version en français de l'annonce, mais je ne la trouve pas] : les personnes intéressés, ou les personnes qui connaissent des personnes susceptibles de l'être, peuvent se mettre en contact avec mon collègue et néanmoins amis Bertrand Meyer, comme indiqué dans l'offre d'emploi que je viens de lier.

Pour l'instant, j'ai dû faire à peu près ¾ de mes trajets domicile-travail en moto et ¼ en transports en commun. Mon idée initiale était de viser plutôt des proportions contraires (parce que j'aime certes beaucoup rouler en moto, mais je n'aime pas trop l'idée de risquer inutilement ma vie pour aller enseigner la transformée de Fourier), mais, même en écartant la grève historique de décembre-janvier, il faut avouer que c'est déprimant à quel point les transports en commun sont vraiment mauvais[#5]. De ce que j'ai observé pour l'instant, le plus mauvais, ce n'est pas tellement le RER B, mais l'espèce de bus navette pourri qui relie la gare de Massy-Palaiseau au plateau de Saclay en passant par un itinéraire improbablement inefficace que j'imagine censé plaire à tout le monde et qui, en fait, ne doit faire que des mécontents : il faudrait au minimum doubler ou tripler la fréquence de cette navette (ou mieux, doubler la fréquence et en même temps prévoir plusieurs lignes avec des trajectoires plus directes) pour obtenir une desserte correcte et adaptée à la densité du plateau. L'autre solution, consistant à rester dans le RER quelques arrêts de plus pour en descendre au Guichet et monter sur le plateau à pied par les escaliers, est plus satisfaisante comme promenade, mais prend encore plus de temps[#6]. (Finalement, j'ai tendance à prendre la navette pour aller au bureau et les escaliers pour en revenir : pas par flemme de monter les escaliers — d'ailleurs, les descendre est plutôt plus pénible pour les articulations — mais parce que je suis plus pressé à l'aller et qu'au retour monter dans le RER au Guichet augmente les chances d'avoir une place assise.)

[#5] Insérer ici un rant sur le fait que les grands génies qui ont cru bon de chercher à créer une Silicon Valley française sur le plateau de Saclay ont repoussé à plus tard le problème d'avoir des transports qui marchent, et les gens qui ont été exilés sur ledit plateau en font les frais. Et qui croit une seule seconde à l'idée que la ligne 18 du métro, censée desservir le plateau, sera vraiment construite un jour ? Elle a déjà été repoussée à une date mal spécifiée, et il faut être bien naïf pour penser que ce n'est pas une annulation qui ne se dit pas.

[#6] Je devrais peut-être envisager de m'acheter une trottinette électrique ou une roue électrique ou quelque chose comme ça, qui soit transportable dans le RER, et qui rendrait acceptable le temps de trajet entre le Guichet et mon bureau. Mais comme il y a un passage dans les bois, ce n'est pas évident que ce soit vraiment faisable.

On m'avait vendu les transports en commun en me disant mais tu verras, dans le RER, tu pourras bosser, donc ce ne sera pas du temps perdu. Le problème avec ça, c'est que d'une part, on est tellement serrés dans le RER que même si j'ai une place assise, je rechigne à déranger mes voisins en farfouillant dans mon sac pour y trouver un article de maths à lire, et d'autre part, de toute façon, le trajet en RER proprement dit ne prend qu'environ 20min sur un trajet d'environ 65min de porte à porte (énormément de temps est perdu à attendre le métro, changer du métro au RER, attendre le RER, changer du RER à la navette de bus, attendre la navette… et ce temps est fractionné de manière qu'il est difficile de s'en servir pour travailler). En fait, le temps pendant lequel je ne peux pas travailler dans le trajet en transports en commun reste supérieur à la durée du trajet en moto, donc l'argument de pouvoir travailler dans les transports est assez foireux. (En revanche, l'argument de moindre dangerosité, lui, est beaucoup plus convaincant.)

En moto, je mets entre 25min et 30min de porte à porte. C'est un peu trompeur de compter de porte à porte, parce que la moto fait perdre pas mal de temps à s'équiper avant, justement, de franchir la porte, mais j'ai réussi à optimiser un peu les choses jusqu'à ce que le changement d'appartement me fasse perdre cette optimisation ; d'ailleurs, quel que soit mon mode de transport, je perds pas mal de temps à rassembler tout mon attirail avant de sortir de l'appartement. Il faut peut-être plutôt compter quelque chose comme 45min pour la moto (contre 65min par les transports en commun, donc). J'ai la chance que le trajet aller pour moi (Paris→Palaiseau, donc) est dans quasiment n'importe quelle circonstance beaucoup plus fluide que le trajet retour (Palaiseau→Paris), sur lequel j'ai moins de contraintes et plus de flexibilité.

Il y a quand même au moins deux circonstances où je ne préfère clairement ne pas prendre la moto : l'une est quand je sais que je rentrerai à une heure de pic de circulation (ce qui me forcerait soit à faire de l'inferfile, et j'ai déjà expliqué que je n'aime vraiment pas ça, soit à prendre beaucoup de temps[#7] à rentrer) ; l'autre est quand il fait vraiment moche. Le problème du « vraiment moche » ce n'est pas juste la pluie en elle-même, c'est aussi la quantité hallucinante de boue sur le plateau à cause de tous les travaux partout : il suffit qu'il tombe quelques gouttes pour que, même en roulant très lentement et en faisant attention où je pose mes roues, j'arrive crotté comme si j'avais fait des heures de motocross à travers les bois (voir ici et là).

[#7] Bon, beaucoup de temps est relatif : même quand la circulation est très chargée, le pire temps de trajet renvoyé par Google pour une voiture n'atteint quasiment jamais les 65min typiques si je prends les transports en commun (en fait, il ne l'a dépassé essentiellement que pendant les grèves où il n'y avait, justement, pas de transports en commun).

Mais quand il n'y a ni circulation pénible ni mauvais temps ni boue ☺️ je continue à aimer énormément la moto[#8]. J'ai dépassé les 3000km au totaliseur du joujou que je me suis acheté en septembre (en cinq mois, ce n'est pas énorme, et en plus ils sont très inégalement répartis : 1200 + 700 + 500 + 200 + 400 ; mais bon, il paraît que c'est à peu près la moyenne annuelle du motard français) ; et quand le temps est beau je n'hésite pas à rentrer du bureau par un chemin plus long à travers la vallée de Chevreuse ou celle de la Bièvre, ou de faire une escale à la Vallée-aux-Loups à Châtenay-Malabry. (Il m'est d'ailleurs arrivé de croiser les élèves du mon ancienne auto-école.) L'an dernier je pestais contre le froid surtout que j'ai les doigts très fins et qui se refroidissent facilement, mais je me suis acheté des gants chauffants (des Five HG1 WP, modèle 2019 — je précise, parce que ce n'est pas évident, que Five est la marque, HG1 est le modèle, et que WP signifie quelque chose comme waterproof ; c'est mon seul bout d'équipement qui ne soit pas de Dainese, d'ailleurs), et, même si c'est un peu plus pénible à enfiler que des gants normaux, c'est vraiment incroyable à quel point ces choses marchent bien, au moins sous le froid relativement modéré qu'on a à Paris (ils ont trois niveaux de chauffe, mais je n'ai jamais eu besoin du plus élevé). Une mention aussi pour la sous-combinaison Dainese D-Core Thermo, qui est un peu ridicule à porter mais tellement efficace pour garder le chaud que ça ressemble à de la magie noire.

[#8] Aveu : j'ai même commencé à me poser la question de si je voudrai acheter une nouvelle moto (et le cas échéant, quoi) dans deux ans quand j'aurai le permis A complet. (C'est idiot pour plein de raisons, j'en suis conscient, la première étant que je n'ai encore jamais tourné la poignée des gaz à fond sur ma bécane. Mais bon, le poussinet s'est acheté un joujou à quatre roues puissant qui ne lui sert à rien, alors comment je suis censé vivre ma midlife crisis, moi ?)

Ça fait tout juste deux ans[#9] que j'ai eu le permis (voiture), et il faut avouer que, depuis environ trois mois, j'ai essentiellement arrêté de conduire la Tuture. Je l'ai prise une fois pour aller au bureau (un jour où il faisait trop moche pour que j'eusse envie de prendre la moto et j'étais parti trop tard pour avoir le temps de prendre le RER), j'ai abîmé le pare-choc contre un plot du trottoir à peu près cinq secondes après avoir pris le volant, le poussinet a tenu à faire réparer, ça lui a coûté quelques centaines d'euros, et ça m'a traumatisé, et maintenant je n'ose plus la conduire du tout. Surtout que je n'ai plus la motivation de devoir passer une épreuve de circulation au permis. Et plus le temps passe plus je me dis que si je conduis une voiture je vais avoir des mauvaises habitudes de motard dans la manière de passer les vitesses, d'oublier que le gabarit n'est pas le même, etc., donc plus le temps passe moins j'ose prendre un volant.

[#9] Je suis encore en permis probatoire, cependant (il dure trois ans maintenant). Aveu : je ne mets pas le disque A sur la moto (je ne sais même pas où je pourrais le mettre, d'ailleurs).

En ce moment, j'enseigne trois cours en parallèle : un cours d'Analyse de base aux élèves de première année de l'école (en gros la définition des espaces Lp, la notion de base de Hilbert, et quelques éléments de séries et de transformée de Fourier, surtout dans le cadre L²), et, pour des élèves de deuxième année dans des cursus spécialisés, un cours de théories[#10] des jeux (celui-là est rigolo à enseigner ; j'en ai déjà dit un mot et les notes de cours sont ici en PDF) et un cours de « courbes algébriques », c'est-à-dire une mini introduction à la géométrie algébrique (je n'ai actuellement pas de notes de cours écrites, parce que chaque année j'essaie une approche différente dans l'espoir d'en trouver une qui me satisfasse et qui ne noie pas les étudiants). Les années précédentes, ces cours étaient situés dans l'année de manière à ne pas se chevaucher (le cours d'Analyse avait lieu plus tôt), mais cette fois-ci je dois les mener tous les trois de front et c'est assez fatigant. (Des bizarreries d'organisation de l'école font que les cours de 2e année ont lieu de façon complètement périodique, en l'occurrence tous les lundi et mercredi matins pour ce qui est des miens, mais les cours de 1re année sont cadencés de façon totalement irrégulière, et je peux très bien avoir quatre séances du même cours la même semaine.)

[#10] Le s à théories, que j'ai dû me battre pour obtenir dans l'intitulé officiel du cours (parce que personne ne vérifie ce qui se fait comme contenu d'un cours, mais l'intitulé, lui, doit passer par environ douze commissions avant d'être approuvé), est là pour souligner le fait que je parle à la fois de théorie classique des jeux en forme normale (à la von Neumann, Morgenstern, Nash, — que beaucoup de gens appellent théorie des jeux tout court) et de théorie combinatoire des jeux (à la Sprague, Grundy, Berlemamp, Conway), en passant par une évocation des jeux de Gale-Stewart qui servent en logique, et un long interlude sur les ordinaux et les questions de terminaison. Ce que je trouve intéressant, c'est que personne ne met dans un même cours tous ces sujets différents qui ont quand même une thématique commune (et qui ont chacun une façon différente de pouvoir se relier à l'informatique théorique).

Je défends l'idée que les chercheurs devraient enseigner des sujets qui sont toujours un minimum écartés de leurs domaines de recherche (à nuancer, évidemment, selon le niveau de l'enseignement), pour que l'enseignant, tout en restant suffisamment expert pour répondre à toutes les questions des étudiants, garde en même temps assez de distance par rapport au sujet pour ne pas être tenté de trop étaler ses marottes, et de curiosité pour avoir lui-même quelque chose à y apprendre : je pense qu'on ne peut enseigner correctement que lorsqu'on a soi-même à apprendre. C'est peut-être pour cette raison que mon cours de géométrie algébrique me pose le plus de problème ! (Bon, en vrai, c'est parce que c'est un domaine hautement technique et qu'il est vraiment ardu d'y enseigner quelque chose sérieusement à des élèves qui n'ont jamais vu ni de géométrie projective élémentaire, ni de théorie de Galois, et qui n'ont pas forcément une intuition très développée de ce qu'est un idéal dans un anneau.) S'agissant de Fourier, non seulement c'est un vaste programme mais même en s'en tenant à des considérations d'Analyse (sans chercher à généraliser à d'autres Fourier) sur ℝ ou ℝ/ℤ, j'ai déjà expliqué que j'avais appris plein de choses[#11] en me renseignant sur le sujet dans la préparation de ce cours.

[#11] Un autre exemple dont je n'ai pris conscience qu'assez récemment : si je ne m'abuse, les séries de Fourier permettent d'identifier les distributions (à valeurs complexes) sur ℝ/ℤ aux suites (complexes) indicées par ℤ et à croissance au plus polynomiale, tandis que les hyperfonctions à la Satō (toujours sur ℝ/ℤ) s'identifieront aux suites indicées par ℤ et dont la partie indicée par ℕ ainsi que celle indicée par −ℕ sont toutes les deux les coefficients d'une série entière de rayon de convergence 1 : je trouve que ceci permet de bien comprendre en quoi, et dans quelle mesure, une hyperfonction est quelque chose de plus général qu'une distribution.

En « jouant » avec Fourier (j'ai déjà dit plein de fois que les maths sont faites pour qu'on joue avec et qu'on ne comprend les choses que si on y prend un peu plaisir), je suis retombé (ici et ) sur un calcul que j'avais déjà fait il y a longtemps et dont je me demande s'il a un nom classique : en utilisant la formule d'inversion de Möbius, on peut transformer la série de Fourier qui exprime une onde carrée ou triangulaire (disons) comme superposition d'ondes sinusoïdales de différentes périodes, en une série (au moins au sens L² — je ne sais pas bien quoi dire de la convergence ponctuelle[#11b]) qui exprime une onde sinusoïdale comme superposition d'ondes carrées ou triangulaires. Ce procédé est forcément très classique et a certainement un nom, mais je ne le connais pas, mais c'est rigolo (quoique pas entièrement plaisant) à entendre : voir les deux fils Twitter que je viens de lier pour une illustration sonore et visuelle.

[#11b] Correction () : En fait, je ne suis même pas sûr de pourquoi il y aurait convergence L² dans le cas d'un signal carré. La question est, donc, si s est la fonction 1-périodique qui vaut 1 entre 0 et ½ et −1 entre ½ et 1, pourquoi la somme des μ(ks(kx)/k, où k parcourt les entiers naturels impairs, tend vers (4/π)·sin(2πx) dans L²(ℝ/ℤ) (ce qui pose problème n'est pas la valeur mais la convergence). J'avais fait l'erreur de penser que les s(kx) sont deux à deux orthogonaux, j'avais même une « preuve » de ce fait utilisant le théorème chinois, or c'est juste faux ; ça n'empêche pas la valeur de la somme d'être la bonne « en un certain sens » et il est fort possible qu'il y ait convergence L², peut-être même presque partout, mais c'est beaucoup plus subtil : si on passe aux coefficients de Fourier, justement, cela dépendrait par exemple d'estimations sur ∑d|ndB (μ(d)) en fonction de n et indépendantes de B, qui ont elles-mêmes l'air possiblement liées à des bornes sur la fonction de Mertens. Bref, je retire cette affirmation : je crois juste pouvoir affirmer la convergence faible dans L².

Ajout () : Il y a certainement des choses intéressantes à dire (et à illustrer graphiquement et/ou acoustiquement) sur la comparaison entre cette écriture d'une onde sinusoïdale (ou d'un signal plus général) comme composition d'ondes carrées de différentes fréquences (non orthogonales !), avec la transformée de Hadamard qui utilise aussi des sortes d'ondes carrées, mais prend 2r ondes de fréquence 2r et s'arrange pour qu'elles soient orthogonales. À méditer.

Mais de fil en aiguille, à partir de Fourier, j'ai réactivé d'autres vieilles marottes : en fait, c'est parti de cette animation (qui n'a pas de rapport avec le fait que j'enseignais un cours sur le sujet, c'est juste une coïncidence) illustrant le concept de séries de Fourier, que j'ai un peu mal comprise (je pensais que la courbe était paramétrée avec uniquement des coefficients de Fourier d'indices positifs), ce qui m'a amené à me poser des questions sur la possibilité du paramétrage des courbes de cette façon (j'ai dumpé ça sur MathOverflow, et il faut encore que je trouve le temps de réfléchir à la réponse qui m'a été faite !) en lien avec le théorème de l'application conforme de Riemann, puis j'ai repensé au cas particulier du bord de l'ensemble de Mandelbrot car il s'avère que l'uniformisation conforme du complémentaire de l'ensemble de Mandelbrot se fait très bien, j'ai lu un article qui expliquait comment calculer les coefficients (John H. Ewing & Glenn Schober, The area of the Mandelbrot set, Numer. Math. 61 (1992) 59–72), j'ai implémenté le calcul et joué avec les coefficients obtenus (et au passage soumis une suite à l'OEIS), et tout ça m'a amené à me replonger dans toutes sortes de questions autour de l'ensemble de Mandelbrot que je n'avais jamais pris le temps de bien comprendre depuis l'époque (douze ans déjà ! <U+1F631 FACE SCREAMING IN FEAR>) où j'avais généré toutes sortes de vidéos de zooms.

J'ai notamment calculé toute une série d'animations d'évolutions d'ensembles de Julia lorsque leur paramètre se déplace dans le plan où vit l'ensemble de Mandelbrot (il est prévu que j'explique tout ça mieux Un Jour®, mais Zeus sait si ce Jour arrivera vraiment) : voir cette playlist YouTube (qu'il faut vraiment regarder en plein écran HD/1080p, ne serait-ce que parce que sinon on ne voit pas du tout le point rouge dans l'encadré en bas à gauche qui montre où est le paramètre…).

Mais surtout, j'essaie de comprendre (un peu mieux) la structure combinatoire de l'ensemble de Mandelbrot et des ensembles de Julia : il y a un très joli modèle, l'ensemble de Mandelbrot abstrait qui permet (au moins dans certains domaines ou sous une hypothèse conjecturale standard à savoir la connectivité locale) de décrire la manière dont est foutu l'ensemble de Mandelbrot, quelles lignes d'argument aboutissent où, comment sont agencés les bébés ensembles de Mandelbrot et tout ça, sans aucun calcul flottant/approximatif, uniquement en manipulant des objets combinatoires. L'ennui, c'est que le principal livre de référence sur le sujet (Invariant factors, Julia equivalences, and the (abstract) Mandelbrot set de Karsten Keller) est très difficile à lire (il empile des tonnes de notations qu'il ne daigne jamais rappeler pour le lecteur distrait, et ne donne quasiment aucun exemple ni aucun algorithme). Un lecteur de mon blog (enfin, un ancien lecteur, je ne sais pas s'il me suit encore) est l'auteur d'un algorithme qui permet de déterminer si les lignes d'arguments donnés par deux rationnels de dénominateur impair aboutissent au même point de l'ensemble de Mandelbrot (ce point est alors la racine d'une composante, et ce sont les deux façons d'y arriver depuis l'extérieur) ; mais je n'arrive pas à comprendre si on connaît un algorithme analogue pour les rationnels de dénominateur pair (qui aboutiront alors en un point de Misiurewicz) et je me noie un peu dans le livre de Keller.

On pourrait me reprocher d'écrire toutes sortes de choses sur Twitter au lieu de les écrire sur ce blog, mais je me noie complètement dans les entrées de blog que je dois écrire, que je commence à écrire, et qui prennent systématiquement des dimensions complètement démentielles. Parfois je m'exaspère moi-même avec ma capacité invraisemblable à tout transformer en un roman (d'autant plus que moi-même je déteste les romans interminables) : Twitter, au moins, m'oblige à faire court, mais apparemment n'a pas réussi à m'apprendre à faire court de façon plus systématique. J'avais commencé à écrire une entrée sur Game of Thrones (que le poussinet et moi avons récemment regardé — enfin, récemment au moment où j'ai commencé à écrire ladite entrée, ce n'est plus si récent maintenant), mais même un sujet aussi peu inspirant a quand même réussi à me faire aligner des kilomètres de mots, à tel point que je n'ai pas réussi à la finir (il faut dire qu'elle avait l'air un peu maudite, cette entrée : à chaque fois que je commençais à m'y remettre, quelque chose m'interrompait). Donc j'ai commencé une entrée de vulgarisation sur l'ensemble de Mandelbrot en me disant que j'allais vraiment en dire le strict minimum, et… mais comment est-ce que j'arrive à être assez con pour me dire que je pourrais réussir à écrire un texte court sur un sujet pareil ? Alors voilà, il a mis un pied dans le cimetière des entrées que je n'arrive décidément jamais à finir, et si je me lasse du sujet avant de l'avoir fini, il aura mis les deux pieds dedans.

Mais même cette entrée-ci, je pensais que j'allais juste écrire quelques phrases pour expliquer pourquoi je n'avais rien écrit ici depuis une éternité, et cette entrée elle-même a pris une taille complètement invraisemblable, je suis complètement crevé, je voulais me coucher il y a au moins deux heures, le poussinet en a marre de m'attendre pour aller au lit, bref, je me trouve moi-même vraiment insupportable et je termine en queue de poisson.

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(jeudi)

Le poussinet et moi avons déménagé (de deux étages)

J'ai déjà expliqué que mon poussinet et moi avions acheté ensemble un appartement plus grand (au 2e étage) dans l'immeuble que nous occupions déjà (au rez-de-chaussée) et que nous nous demandions comment procéder au déménagement pour qu'il soit aussi peu douloureux que possible, sachant qu'un prêt-relais me permet de garder les deux appartements pendant un certain temps. Finalement, nous avons décidé de procéder de façon « progressive mais avec une étape atomique », c'est-à-dire en gros :

  • dans un premier temps, nous avons fait procéder à quelques travaux, essentiellement la pose d'une pompe à chaleur (qui peut servir de clim en été) pour avoir un chauffage plus économique, et souscrit à un abonnement fibre (chez OVH[#]) ; nous avons aussi fait quelques achats minimaux (comme des chaises Ikea) pour le nouvel appartement ;
  • dans une deuxième phase, nous avons transporté autant que possible ce qui n'était pas quotidiennement utile et qui pouvait être bougé sans besoin de meuble de rangement supplémentaire à l'arrivée : d'abord, tous les livres (puisque le nouvel appartement venait avec pas mal de rayonnages de bibliothèque fixés aux murs) et pas mal de vêtements, puis la paperasse et beaucoup de matériel informatique pas vraiment utile ainsi que des ustensiles de cuisine, le tout à grands renforts de bacs de rangement en plastique ; puis nous avons monté quelques étagères une fois que leur contenu avait déjà disparu, histoire qu'elles puissent servir à ranger autre chose ;
  • puis vient l'étape que je qualifie d'atomique parce qu'elle concerne les choses qui, selon moi, ne peuvent pas vraiment être séparées : nos lits, l'équipement essentiel de la cuisine (frigos, micro-onde, vaisselle de base), nos ordinateurs et les bureaux les supportant, quelques tables, et le nécessaire de toilette en gros équivalent à ce que nous emportons en voyage (nous avons aussi monté la télé pendant cette phase, même si ce n'était pas initialement prévu, parce que nous aimons bien regarder la TNT en dînant) ;
  • enfin, nous comptons monter des choses au fur et à mesure que nous nous rendons compte qu'elles sont utiles, et finalement trier tout le reste.

[#] Je ne souhaite pas particulièrement faire la pub d'OVH ici, dont je ne suis pas terriblement content et qui est vraiment cher, mais il semble que (excepté peut-être FDN mais je crois comprendre que nous n'étions pas éligible) c'est le seul opérateur fibre à Paris, ouvert aux particuliers, qui offre des choses qui me semblent être des exigences minimales de qualité (par exemple un bloc IPv6 fixe natif, en l'occurrence un /56 même si j'aurais préféré un /48, et la possibilité d'utiliser son propre routeur) et qui sont considérées comme des demandes de « pros » (je hais cet euphémisme ridicule). J'ai tellement entendu d'histoires d'horreurs sur Orange, SFR et Free que ce n'était vraiment pas question d'aller chez eux.

C'est l'étape « atomique » que nous avons faite hier (et qui nous a pris essentiellement toute la journée) : il reste encore beaucoup de choses dans l'ancien appartement (la machine à laver le linge, un bureau à moi, mon équipement moto, beaucoup d'affaires de toilette ou de ménage…), mais désormais nous habitons au deuxième étage avec les peluches, et nous y avons passé notre première nuit.

J'ai passé énormément de temps à faire fonctionner la connexion fibre (nous savions déjà qu'elle fonctionnait avec un « modem-routeur » fourni par l'hébergeur, mais nous voulions nous en passer pour avoir une configuration aussi proche que possible de ce que nous avions deux étages plus bas, à la renumérotation IP près), mais je ne vais pas m'appesantir là-dessus : disons juste si ça peut servir à quelqu'un que, pour le FTTH chez OVH en collecte Kosc, le PPPoE se fait directement sur le trunk Ethernet et pas, comme chez Orange, sur un VLAN (835) ; et pour pouvoir faire passer IPv6, il faut non seulement activer IPv6 depuis l'interface Web d'OVH mais aussi faire une requête DHCPv6 de délégation de préfixe sur l'interface PPP (ce n'était pas évident). Si vous ne savez pas ce que tous ces acronymes (PPPoE, VLAN et DHCP notamment) veulent dire, ce message n'est sans doute pas fait pour vous. 😁

J'ai aussi passé énormément de temps à simplement décâbler et recâbler les ordinateurs, d'ailleurs. J'espérais que le déménagement m'aiderait à réduire un peu le chaos de l'enchevêtrement de câbles et d'alimentations qui constitue notre installation informatique, mais visiblement, c'est raté : ça semble impossible de relier et d'alimenter trois gadgets sans que ce soit déjà le bordel. (Et une mention spéciale au passage pour les alims tellement larges que quand on les branche, les deux prises adjacentes de la multiprise deviennent inutilisables.)

Au-delà des câbles et des ordinateurs, l'idée que le déménagement nous aiderait à vivre dans un espace un peu mieux rangé est plutôt illusoire. À la limite, c'est même le contraire qui se produit : il est tellement fastidieux de bouger les choses et de décider où les mettre qu'on finit par les mettre au premier endroit venu, et l'organisation est bien pire à l'arrivée qu'au départ.

Tous ceux à qui nous avons parlé de ce déménagement (de ma maman et ma belle-maman jusqu'à l'employée du supermarché voisin à qui nous faisons régulièrement la causette, en passant par beaucoup de nos amis) nous ont félicités et promis que nous serions bien. Ça part évidemment d'un bon sentiment, mais je trouve cette injonction au bonheur un poil stressante, et peut-être d'autant plus stressante que c'est littéralement un problème de riche de dire en fait, non : on a l'impression d'être un ingrat qui ne mesure pas la joie qu'il devrait ressentir.

Le fait est que ce nouvel appartement, sans compter la baisse de niveau de vie qu'il m'aura coûté, pour l'instant, j'en vois surtout les inconvénients. C'est sans doute normal : pas loin de vingt ans d'occupation de mon appartement au rez-de-chaussée m'ont habitué à celui-ci (y compris à ses défauts) et tout changement ne peut être qu'un changement pour le pire. C'est le même phénomène qui fait que quand on change quelque chose dans un service public, disons par exemple un réseau de bus ou des horaires de train, on fait immédiatement plein de mécontents parce que leur utilisation routinière est perturbée, alors que les gens qui profiteront du changement n'apparaîtront qu'au fil du temps quand ils découvrent qu'il y a quelque chose de commode pour eux dans le nouveau système. Peut-être qu'il y a des choses qui seront mieux dans ce nouvel appartement, mais pour l'instant je ne les vois pas[#2], je vois surtout la salle de bain minuscule, le découpage des pièces mal fait, l'aération qui marche très mal, le temps rallongé si je me rends compte que j'ai oublié quelque chose en sortant, les interrupteurs insupportablement mal disposés, etc. Étant habitué à un appartement où je pouvais me balader à poil autant que je voulais parce qu'il n'y avait personne qui pût me voir, je me sens comme dans un panopticon et ça gâche tout plaisir qu'il pouvait y avoir à recevoir un peu plus de lumière du jour. On devrait avoir plus de place pour ranger les choses, mais en fait ce n'est pas vrai à cause de l'immense salon qui ne peut pas vraiment servir d'espace de stockage, et il y a déjà quantité de choses que je ne sais pas du tout où mettre.

[#2] Il y a deux choses qui pourraient passer pour des avantages (avantages très modérés eu égard au coût pour y arriver), c'est un bureau mieux rangé et une connexion Internet avec un meilleur débit (encore que même là il y a eu des choses sacrifiées, comme une adresse IPv6 mémorable ce que, franchement, j'estime peut-être plus important que le débit). Mais ces choses auraient pu être acquises sans changer d'appartement, donc ça ne compte pas.

En fait, je suis mentalement dans le même mode que quand j'occupe une chambre d'hôtel : je cherche mes marques, je prends énormément de temps à faire quoi que ce soit parce que toutes mes petites habitudes ont volé en éclat (du coup je me demande comment faire les choses les plus simples : je ne sais pas où poser ma serviette avant de prendre ma douche et après, par exemple), et j'ai vite hâte de revenir chez moi… sauf que là je suis chez moi et qu'il va falloir que je m'y fasse.

(Un signe que je ne me sens pas chez moi, c'est qu'instinctivement je garde mon portefeuille, mes clés et mon téléphone dans mes poches, comme je le fais tant que je suis dehors, alors que dans l'appartement que j'avais au rez-de-chaussée, la première chose que je faisais en rentrant était de les poser ; mais maintenant, je ne sais même pas où les poser.)

Bref, je suis très attaché à mes habitudes. Ce n'est pas que je sois hostile au changement (après tout, j'ai bien quitté ma chambre chez mes parents pour m'installer à Paris ; et plus récemment, le poussinet et moi avons fait un bon nombre de changements dans nos habitudes, par exemple celui d'utiliser nos week-ends pour nous balader en forêt date de 2018 et c'est un changement que j'ai accueilli avec plaisir) ; mais je déteste profondément le fait que le changement me soit imposé par l'extérieur au lieu que je puisse y procéder à mon rythme. Or là, pour le déménagement, il était difficile d'éviter une étape « atomique » comme je l'ai dit plus haut (alors que pour déménager de chez mes parents vers Paris, j'avais tout acheté en double et j'étais passé par une très longue phase où je dormais de plus en plus souvent à Paris si bien que j'avais véritablement deux « chez moi »).

Mais ce n'est pas tout : il y a aussi une forme d'attachement affectif à mon ancien appartement… pas à l'appartement lui-même, mais à tous les souvenirs qui sont attachés à ses murs, des souvenirs des moments heureux que j'y ai vécus. (Mon appartement fait un peu partie de moi comme l'explique très justement ce texte : il est normal que remplacer une partie de moi ne soit pas quelque chose d'anodin.) J'ai quitté mon bureau parisien (où je travaillais depuis 2010) avec une grosse boule dans le ventre, il n'est pas surprenant que je ressente quelque chose d'analogue vis-à-vis d'un lieu où j'ai passé encore beaucoup plus de temps. Quand je retourne pour chercher quelques affaires dans cet appartement qui ressemble maintenant plutôt à un chantier laissé après un cambriolage, j'ai une sensation qui s'apparente à celle qu'on éprouve lors de la disparition d'un être cher : celle de souvenirs qui se perdent, noyés comme des larmes dans la pluie.

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(lundi)

Je range ma paperasse, et je me demande comment la trier

Méta / contexte : Je suis encore plus inhabituellement débordé en ce moment que d'habitude, surtout que j'ai bêtement utilisé les vacances de fin d'année pour essayer (sans grand succès) de me reposer plutôt que d'évacuer des choses que je devrais faire, qui me sont ensuite retombées dessus avec une certaine violence ; et j'ai mis de côté un certain nombre de choses que je voulais faire ou écrire sur ce blog (par exemple, même si j'aurais plein de choses à répondre aux commentaires, parfois intéressants, faits sur l'entrée précédente, et je le ferai peut-être un jour, je n'ai vraiment pas le temps en ce moment) ; c'est aussi là un intérêt de Twitter qu'il est souvent plus facile de trouver quelques secondes dans une file d'attente pour écrire 280 caractères que ce qu'il me faut pour pondre des pages sur ce blog. Cette entrée-ci, qui évoque un sujet de débordement en ce moment, a commencé comme une série de tweets, donc je me suis dit qu'elle devenait vraiment trop longue, donc je la convertit en entrée de blog, mais le style s'en ressent peut-être du coup.

Dans la perspective d'un déménagement imminent, j'ai trié ou retrié, pour les ranger correctement, des années de courrier, de documents et de paperasse (personnels et administratifs).

Globalement, ma méthode de tri est : une chemise par dossier (interlocuteur / sujet), et par ordre chronologique inverse au sein de la chemise. J'ai, par exemple, un dossier boulot, un dossier impôts, un dossier banque, un dossier médical, etc., et chacun est rangé chronologiquement en commençant par ce qui est le plus récent. L'intérêt est que c'est assez efficace à ranger, il suffit d'ouvrir la bonne chemise et de mettre tout en haut, et que ce n'est pas trop pénible pour retrouver les papiers ensuite. Mais si l'idée générale est bonne (je crois), il y a plein de détails douteux qui rendent malheureux le maniaque que je suis des typologies précises, et qui concrètement font que les papiers restent difficiles à retrouver même si on les a « bien » rangés.

Par exemple, dans un même dossier, j'ai souvent des documents avec une date bien précise (factures, relevés…) et d'autres ayant une validité très longue voire indéterminée (contrats, par exemple). Classer les deux ensemble pose problème pour retrouver les seconds : mettre mon contrat de travail à la date où il a été signé n'est pas forcément idéal s'il s'agit de pouvoir le retrouver facilement. Mais sinon, où ? Tout au début ? Tout à la fin ? Dans une chemise différente de celle où je mets mes bulletins de salaire ? Faire un dossier contrats semble tentant, mais c'est bizarre de ranger les contrats séparément sous prétexte que ce sont des contrats (d'autant qu'ils sont d'importance très inégale). Ou seulement un dossier contrats en cours et ensuite je classe à la date chronologique de (fin ? début ?) de contrat ? Est-ce que je range l'acte d'achat de l'appartement avec tous les documents relatifs aux prêts bancaires pour l'acheter ? Où est-ce que je mets le PACS conclu avec le poussinet ? Et bien sûr, la frontière entre les documents « ponctuels » et les documents « longue durée » n'est pas du tout nette. Ne parlons pas, d'ailleurs, de ce qui n'est pas daté (il y avait sans doute une date sur l'enveloppe, mais je n'ai pas gardé l'enveloppe) mais qui périme peut-être quand même un jour.

La manière de regrouper selon les interlocuteurs / dossiers pose aussi plein de problèmes dans les cas limites (est-ce que je fais un dossier retraite séparé du dossier boulot ? mais ça se recoupe beaucoup). J'ai un dossier banque, mais peut-être devrais-je avoir un dossier séparé pour chaque banque chez laquelle j'ai (ou ai eu) un compte, surtout que la banque la moins importante m'a le plus noyé sous les papiers. J'ai un dossier moto avec tout ce qui concerne l'achat, l'entretien, l'immatriculation du véhicule… mais l'assurance passe par la MAIF et est donc rangée avec l'assurance habitation. Aussi, est-ce que j'y mets aussi ce qui se rapporte à mon permis ? mes souvenirs d'auto-école ? En parallèle de mon boulot à Télécom, j'ai fait passer des concours des ENS pendant quelques années (2007–2010) : Est-ce que je range ces bulletins de salaire-là avec les autres juste par ordre chronologique ? ou est-ce que je fais un dossier séparé ?

Il y a des dossiers clos (comme le dossier thèse ou candidatures MdC 2006–2007 ou encore les cinglés qui ont imaginé que j'avais une dette envers eux — peut-être parce qu'on leur a donné un faux nom — et m'ont envoyé une société de recouvrement de créances) et d'autres qui ne le seront pas tant que je suis en vie (médical, impôts, courrier personnel) : j'ai tendance à diviser ces derniers par tranches chronologiques, mais ce n'est peut-être pas idéal. Est-ce qu'il vaut mieux faire un gros dossier médical ou est-ce que je subdivise par spécialité médicale ? (Si je cherche un examen ancien, ce n'est pas évident de retrouver par date, même si grâce au journal que je tiens, je dois pouvoir.)

En plus des documents qui me concernent nominativement, il y a des documents et livrets d'information (guide de tarifs bancaires, notices, ce genre de choses) : faut-il les ranger avec ? À la date où je les ai reçus ? Et les anciennes cartes de membre de quelque chose ? Aussi, j'ai pas mal de choses que je garde comme souvenirs personnels : la limite entre les documents administratifs et les documents personnels n'est pas toujours claire, et ça devient encore plus problématique pour le classement.

Il est souvent clair si un document me concerne moi ou concerne mon poussinet, mais pas toujours (dans le cas d'un achat ou contrat commun dont nous nous serions occupés de façon jointe et dont nous n'aurions qu'une copie), et de nouveau, ceci pose des problèmes de rangement, surtout que parfois, pour un même dossier, il peut avoir conservé certaines pièces et moi d'autres sans que ce soit toujours clair qui a qui ou selon quelle logique.

Et puis il y a des documents encore plus spéciaux, si j'ose dire. J'ai écrit un testament, par exemple, ainsi que des instructions à ouvrir s'il m'arrive un accident grave : par définition, ce n'est pas seulement moi qui vais devoir retrouver ces documents le cas échéant (même si je peux avoir à les retrouver por les détruire, réécrire, modifier, amender ou relire). Il se pourrait qu'il y ait plusieurs documents, possiblement de nature proche, que des amis m'ont demandé de conserver sous forme scellée et dont je ne connaîtrais pas le contenu ; et éventuellement avec des consignes (par exemple de discrétion) un peu contradictoires avec le rangement. Il se pourrait qu'il y ait des documents de nature stéganographique.

Informatiquement, ce que je ferais dans beaucoup de cas douteux, ce sont des liens symboliques (permettant au même fichier d'apparaître à plusieurs endroits où on pourrait avoir envie de le chercher), mais quand il s'agit de vrais documents papier, ce n'est pas évident ! (Je pourrais insérer un papier ad hoc disant le papier machin reçu à la date truc est rangé dans le dossier bidule, mais ce serait vite extrêmement fastidieux d'écrire ces papiers-liens, et plus encore de maintenir la cohérence.) Quant à tout numériser, c'est l'idéal, mais vu le temps que ça me prend de scanner une page, j'en aurais pour bien plus d'heures que je ne veux y consacrer. Je ne parle pas, d'ailleurs, du problème de s'y retrouver dans des archives qui sont moitié papier et moitié informatisés (par exemple, les arrêtés de détachement pris par le ministère de l'Éducation nationale pour me détacher à Télécom Paris me sont aléatoirement fournis sous forme papier — auquel cas je les scanne mais je garde quand même la version papier — ou sous forme scannée — que je n'imprime pas forcément).

Au-delà de ces problèmes si j'ose dire « logiques », dans le rangement, il y a aussi des problèmes « physiques ». J'utilise de simples chemises papier sans rabats (parce que les rabats à ouvrir et fermer à chaque nouveau papier étaient un facteur non négligeable dans ma flemme à ranger mes papiers ; mais aussi parce que les chemises à rabats supportent beaucoup moins bien que les bêtes papiers pliés qu'on les remplisse au-delà de leur capacité nominale ; et par ailleurs, les élastiques des chemises à rabats supportent assez mal le vieillissement). Mais le problème se pose de savoir quoi faire de ce qui n'a pas le format A4 réglementaire, soit que ce soit trop grand (ça ne rentre pas dans la chemise) soit que ce soit trop petit (ça rentre, mais ça tombe et se déclasse dès qu'on manipule les choses). Je n'ai pas trouvé, notamment, comment stocker les cartes postales, souvent jolies, que nous avons reçues d'un peu partout à l'époque où le poussinet en envoyait à plein d'amis dès qu'il bougeait quelque part (et de fait, quand on en envoie, les gens rendent la pareille) : elles ont des formats très différents, ne tiennent pas dans une pochette ni avec ni sans rabats, il faut sans doute que je trouve une boîte de la bonne taille.

Une fois les papiers rangés (plus ou moins logiquement) dans des chemises colorées (j'ai abandonné toute tentative d'avoir une logique au choix des couleurs), il faut ranger les chemises. Dans mon ancien appartement, j'utilisais des chemises à rabats et je me contentais de les empiler sur mon bureau ; problème : pour insérer quelque chose dans une chemise, il faut l'extraire de la pile, qui commence rapidement à ressembler à une tour de Pise. Cette fois, j'ai décidé d'utiliser des boîtes de rangement en plastique de 34cm × 23cm × 14cm (mon Carrefour local en vend un lot de 10 pour environ 15€, j'ai dévalisé leur stock) avec l'idée qu'il est sans doute plus simple d'empiler les chemises dans les boîtes et les boîtes sur les étagères ; mais c'est difficile de trouver une logique mémorisable pour quelle chemise va dans quelle boîte et qui garantit un remplissage raisonnable des boîtes. Je ne suis pas du tout convaincu, en revanche, par les cartons à papiers (qui pourraient remplacer les boîtes), ils sont trop pénibles à ouvrir ou fermer, et surtout, ils sont prévus pour un rangement vertical du papier qui me semble décidément moins pratique qu'un rangement horizontal (par exemple, la position verticale fait que le papier se déforme s'il n'y en a pas juste la bonne quantité dans le carton, les cartons ont tendance à tomber dès qu'on en prend un, bref, je ne suis pas fan).

Au final, j'ai fait… quelque chose. Qu'on pourrait temporairement qualifier de raisonnablement bien rangé, mais dont je sais pertinemment qu'en quelques mois ce sera de nouveau le chaos.

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(Thursday)

My relation to English, bilingualism, and this blog

For a change, this blog entry will be in English, and will be about this very fact; or rather, about the fact that it is unusual, because I very rarely write in English here nowadays. Even though I had started this blog (in 2003) with the intention of making it bilingual (in the sense that some posts would be in English, others in French, and still others translated in both languages), I really can't say I kept this “promise”, and the present entry is a kind of apology, excuse, or at least, explanation, for that fact. Yesterday I rewrote the introductory blurb displayed, before the content itself, at the top of various pages (e.g., the page listing the most recent entries), and the last remnants of this old pretense of bilingualism have been swept away. But why?

Before I get into this, I need to say something about my personal relation to English, how I learned the language, and how well I speak it. I had written something about this in this other entry, also in English and also about English, but I should elaborate a bit. And by elaborate a bit, I mean make an epic rant of it.

Well, it's Complicated®. One tends to classify speakers of a language into “native” and “non-native” categories. The Simple English Wikipedia (there is a kind of irony here) suggests the criteria for being classified as a “native” speaker are some combination (logical conjunction?) of the following:

  1. the speaker learnt the language in childhood,
  2. mastery of idiomatic forms of the language,
  3. comprehension of regional and social variance,
  4. fluent, spontaneous production and comprehension of discourse.

I think I can tick all four boxes, but each time with a slight caveat.

How did I learn English? My father is an English-speaking Canadian (he was born in Saskatoon and grew up mainly in Ontario), who moved to Europe in the early '60's, and learned French there, and also met my mother, who is French and whose native language is French. I have dual Canadian and French citizenship. For some reason (which they themselves are not able to adequately explain, but which is certainly related to the way society has evolved in how it considers bilingualism), my parents only spoke French to me when I was a toddler. However, when I was 8, we moved to Toronto for the 1984–1985 academic year, and I attended third grade in (the English-speaking) Cottingham public school, Summerhill, Toronto. I remember there having been some discussion as to whether I would attend a French-language school, an English-language one, or a bilingual one: I was offered the choice, and I opted for the English one, which was mere minutes' walk away from where we lived, after we had ascertained that the schoolteacher had some knowledge of French and that she was able and willing to help me learn English. (And I owe a lot to Mrs. Marr, who, indeed, made a lot of efforts getting me to speak English very quickly, and also realized that I didn't need any of the math classes she taught and let me use that time to improve my English instead. It also helped that my fellow schoolchildren were very welcoming toward the stranger that I was and readily accepted me as one of their peers. Perhaps the only time I regretted my choice of going to an English-speaking school was the very first day of class, when the teacher had forgotten that she had a French pupil in class, I realized that I understood almost nothing of what was being said or asked of us, did not dare walk up to the desk and ask, and ended up just crying on the spot. But once this slight initial trauma had passed, all went well.)

I did have some slight exposure to English before the age of 8, not only because I must have heard my father speak the language (just not at me), but also because, in preparation to the move to Toronto, my parents enrolled me in a private English class in Orsay. I guess the teacher must have been British, my memories are obviously quite vague on the subject. Anyway, I had very rudimentary knowledge of English before then[#], but I only really learned it in 1984.

[#] There was a point when — I must have been around 6 — someone asked me whether I spoke English, and, ever the logician, I answered my German is better. Which meant that I must have known two words of English and three words of German, so it was technically accurate (the best kind of accurate, they say).

Is 8 young enough to be considered childhood in the sense of the aforementioned first bullet point? Probably, but with a caveat to the effect that English is still only the second language I learned.

When I look back upon that time, it seems that my transition from “not speaking English” to “speaking English fluently” was astonishingly fast[#2]. I don't know exactly when the school year began, but I understood very little English at this point, yet by the time of Halloween, so a mere two months later, it seems I was getting along fine trick-or-treat-ing in the neighborhood.

[#2] I should mention at this point, however, that I am fully unconvinced by the theory that, in identical circumstances, children learn languages much faster and more easily than adults. I may seem to be contradicting my own evidence, but the crucial qualifier is in identical circumstances: not only do children have generally more time to devote to the learning of a new language, but also, when they make what prescriptivists would call mistakes, adults step in and correct them, or their fellow children make fun of them, and they are forced to learn quickly: this is simply not the case when adults learn a foreign language, because it is impolite for other adults to constantly interrupt and correct them (and the other adults generally have other things to do than help them learn the language). See also this video, which makes a number of good points, for various bits of evidence against the idea that kids learn languages faster than adults.

From that point on, and even after we had returned to France, I spoke English with my father, at least when my mother wasn't around. I also read a lot in English, both fiction and non-fiction, and learned a lot of vocabulary by reading.

But there are two issues with learning new vocabulary through books. One is that, since English has essentially no relation between the written and spoken form, I often didn't know how to pronounce the words I learned and generally didn't bother to check in a dictionary (and my guesses were occasionally wildly wrong: for example, for a long time I thought genuine was pronounced /ɡəˈnaɪn/ instead of /ˈdʒɛnjuˌɪn/). Another issue is that I only learned whichever words were likely to come up in the books I read: since there was a lot of heroic fantasy, I learned a lot of quaint or obsolete words, sometimes with a faux medieval flavor (Tolkien's The Lord of the Ring and its second-rate epigones use some deliberately archaic manners of speech, whence I learned nouns like liege, conjunctions like lest, adverbs like hither and so on). But only few of the “normal, everyday” words which most native speakers learn in the course of their daily lives beyond third grade level: to this day I'm still not comfortable with the names of kitchen utensils in English (and as for the names of trees and various categories of animals, in my mind they are lumped in big categories like, well, tree). To give a random example, I learned the very common word bollard only very recently. Similarly, since I didn't attend high school or university in an English-speaking country, I'm unfamiliar with many of the terms specific to this context beyond the basic ones like test, grade and homework (which I guess are common to elementary school anyway).

Films are probably better than books in this regard: for one, they don't just teach you words, they also teach you how to pronounce them (spelling is rarely the issue, and subtitles can be used when it is); and for another, the language used tends to be more idiomatic than that found in print. But before DVD's came long, it wasn't so easy to watch movies in their original language, and even once DVD's existed, original language subtitles were rarely available.

Learning English after French, I've also had a number of difficulties with “false friends”. Not so much in cases where cognate/analogous French and English words have completely different meanings (deception vs. déception, for example, or injury vs. injure), as these are noticeable enough that one inevitably ends up learning them, but rather in the far more numerous cases where the two words do indeed have a similar meaning but with a slightly different nuance or connotation, which can cause subtle and hard-to-detect misunderstandings (to demand vs. demander). Perhaps even more delicate is the wealth of French words which sound like they exist in English, which do exist in English (because English, you know, is a hoarder and has all the words), which do have the same essential meaning as in French, but are exceedingly rare or sound very pedantic: so even if I'm careful and look up the word in a dictionary, the dictionary will tell me that, yes, the word exists, then I go ahead and use it and it sounds weird to English speakers because, who says that? (there are probably much better examples than this, but remuneration has essentially the same meaning as rémunération in French, but the latter is fairly common whereas the former is about ten times rarer if I believe Google Ngrams; the same is true for ludic versus ludique: apparently ludic is so rare in English that someone on Reddit thought it was a typo).

So we move to point number 2, mastery of idiomatic forms. Well, my English is fairly idiosyncratic… but so is my French! There is a lot of English that got its way into my French, and there are imports from mathematical terminology, from computer terms and geeks' jargon, from memes and private jokes, and so on; I also like to deliberately jump from one level of formality to another, sometimes within the same sentence, just to break expectations about formality; generally speaking, my French is a bizarre mix of everything I can get my hands on, and in a state of permanent redesign. And the same holds true for my English. Sometimes I'm being unidiomatic because I'm not sure what the most common way of phrasing something might be: but often I'm deliberately using an unidiomatic turn of phrase because I like it, because it appeals to my sense of logic or creativity, or simply to piss off grammar nazis. Because no matter how well or how little I speak a language, I always like playing with it. For example, if English has the word insofar, you bet I'm going to feel free to use the analogous question inhowfar (= to what extent), not caring if it's an unidiomatic calque of the German inwiefern (in the same way as insofern corresponds to insofar): I love that German word and there's no way I'm not importing it into my English. Similarly, you bet that if hitherto exists in a temporal sense, you can bet I'm also going to use thitherto and whitherto (or from hencefrom: thencefrom and whencefrom). You get the picture. Anyway, reading this entry will give a broad idea of how I express myself in English.

Can I be idiomatic if I try? To some extent, certainly. How much exactly, I'm not sure. English idiom is a fickle thing, not only does it vary from English-speaking country to English-speaking country but there are so many non-native English speakers who bring their own language's phrases into the mix, that I end up being confused about a great many things, and I wonder if everyone doesn't feel the same. Even more so for English than for French, when I start hesitating about the most idiomatic phrase (e.g., in the circumstances or under the circumstances?), the more I think about it, the more confused I become (and often it turns out that neither dictionaries nor Google Ngrams can offer a clear answer).

Point number 3: regional and social variance? Another tricky one. I'm obsessed with phonetics, and I've spent a lot of time learning from Wells's series of books on The Accents of English, so as far as accents and regional pronunciations go, I think I have a decent grasp of variations — at least as good as the average native English speaker, say: I may not be able to reliably recognize a Scottish accent from an Irish one, but neither, I'm sure, can most Americans.

My own accent is a strange thing. Logically I “should” have a Canadian accent… except, not really. Part of this probably comes from having learned spoken English at the same time as I was learning written English. For example, I didn't acquire the characteristic Canadian raising (viz., the fact that Canadians pronounce the MOUTH and PRICE diphthongs with a first vowel that is distinctly higher = more closed, when the diphthong in question precedes a voiceless consonant, e.g., clout and price have a raised first vowel whereas cloud and prize do not; this is caricatured by Americans describing Canadians as pronouncing about as a boot which is a completely inaccurate depiction); probably because I could see the written form so I understood clout and cloud or price and prize as having the same vowels, so I pronounced them that way. Later on, when I learned about Canadian raising, I made a conscious effort to acquire it, so now I have it, but you could say I have it artificially. This is the trouble about learning about phonetics: you become tempted to alter your own accent, and then you have to decide whither to take it, which is not an easy decision when—as in my case—there is no really obvious “baseline”. A more bizarre example of idiosyncrasies in my pronunciation is the fact that I don't have the Mary–marry–merry merger which Canadian anglophones are supposed to have, and, in a sense, I don't have a specific SQUARE vowel, I think: I pronounce Mary, marry and merry with the FACE, TRAP and DRESS vowels regardless of the following ‘r’; I didn't try to change this because it is useful, in studying phonetics, to have as few mergers as possible, and I made a conscious effort to revert the cot–caught merger that I had (just like, in French, I reverted the brin–brun merger of my native pronunciation). Similarly, I don't have a full for–four merger, which I think Toronto is “supposed to” have. Add to this that there are a number of words which I pronounced “incorrectly”, or, to use a less prescriptivist term, “unusually”, for a very long time, and there are probably still many more: I pronounced bury as it was written until I learned for most people it is homophonous with berry (but later I realized that my father did the same, so it's probably not a result of my having learned spoken English by the time I knew how to write, but rather a family oddity); I pronounced iron as it is written until I learned that the standard pronunciation is as if it were written iorn (but then, there are native English speakers who pronounce iron to rhyme with Byron: former British PM Gordon Brown does this); and until very recently I pronounced year with the NURSE vowel rather than the far more common NEAR vowel. So anyway, my accent is not really from anywhere in particular, it is a mix of a Canadian substrate with a few accidental oddities and a number of geeky decisions to say things in a particular way. That being said, I think I can make at least a passable imitation of an RP accent (that would probably fool most Americans) as well as of a generic American accent; and even if I speak without any conscious effort to imitate this or that accent, native English speakers generally categorize me as a native English speaker (at least judging from the number of people who have asked me, after a short discussion, whether I was American).

A few things along the same lines can be said of my spelling. I consider color and colour, or gray and grey, or center and centre, or disk and disc to be completely interchangeable and equally correct, so I really don't care which one I use; but since whenever I use a spell-checker it is generally configured for American spelling by default, I tend to favor (favour?) that one. For some words I have preferences, though: I like recognize better than recognise but analyse better than analyze.

As for social variance, I can probably get away with saying that it is practically nonexistent in Canada. I can spot a few social variants in British English, but certainly not up to what is described in this remarkable Wikipedia page.

On to point 4, fluent, spontaneous production and comprehension of discourse. As far as comprehension goes, I feel comfortable saying that I understand English, in written or spoken form, just as well as French: I don't think I have any particular difficulty understanding puns or plays on words, for example. As for expressing myself, I'm slightly more at ease in French, but it depends on circumstances. Whenever I try to write something ever-so-slightly poetic, I actually find English even more natural than French, because English always seems to have just the right word: as I wrote in a previous entry, English is a wanton word hoarder with a fetish for the heirlooms of Papa German and Mama French, so if you view the words as the colors on the language's palette, English gives you much more nuance at a cheap price. In the end, if we compare two of my little fragments in which I chose my words with some care and which are in a similar tone, say this one in English and this one in French, I don't think there's much difference (you're allowed to think that I'm a terrible writer, but I contend to being an equally terrible writer in English and in French 😉). But if I don't take the time to choose my words with care, e.g., if I wish to write something long, then I generally find that the sentences flow more easily in French than in English where I'm constantly asking myself wait, is that really idiomatic?; similarly, when speaking English (which I now rarely have the occasion to do), I can clearly feel, at least during the first hour or so, that my English has become rusty and that my thoughts are annoyingly faster than my mouth can process them.

However, there is one important criterion which the Simple English Wikipedia that I copied above does not mention and which, in my mind, is the most important one in deciding whether a speaker's language is “their own” or feels alien to them: do they think their own inner thoughts in that language? I mean: whichever language(s) your inner voice talks in (whether during internal monologue or internal dialogue), barring any deliberate effort to think in a foreign language, is (are) the language(s) you feel “at home” in. And I don't mean which language you dream in: dreaming is something different, I have dreams in German occasionally, but I've never thought in German except as part of a self-inflicted exercise where I deliberately tried to think in German to see how it went (spoiler: it didn't go very well).

Clarification (): I realize that my point in bringing this up is made very unclear by the way I phrased it, so let me elucidate: this “inner voice” criterion is not supposed to supplement or replace the criteria given above for defining a native speaker, but rather, to define a possibly different and IMO more interesting/relevant category of speakers than native ones, namely those whom I might be tempted to call owner speakers, viz., those who sufficienty feel that the language is theirs that they use it to express their own thoughts. That is: I'm not proposing to use the “inner voice” as a way to test whether a speaker is a native speaker, I'm proposing to use these owner speakers instead of native speakers in any study or statement which might have focused on native speakers. A problem with this definition, however, is that not everyone has an “inner voice”, as is pointed to me in the comments and as this unscientific poll illustrates: so a question would be to find a definition which matches (at least reasonably well) for people who do have an inner voice, but which applies to everyone.

And as far as that criterion goes, I think in English about as frequently as I think in French. But it really depends on what I'm thinking about: abstract thought will generally be in English, so when I'm thinking about math, for example, it tends to be in English (except for mental arithmetic!, which I do in French); this is even more true about computers since most of the computer jargon doesn't even exist in French; but thoughts about my daily life are almost invariably in French, e.g., if I'm trying to remember the items in my grocery shopping list, there's no way they will pop in my mind in English (I'm not even sure how one would say something like yaourt nature in English, maybe unflavored yogurt, but such things are virtually nonexistent in North America). For some reason, if I swear because something angers me, the swearing is typically in English (is this because during my childhood I frequently heard my father swear—in English—and almost never my mother?), except if there's someone else around with whom I've been speaking French just before. Also, my erotic thoughts tend to be in English, which is inexplicable given that I didn't read a lot of erotica in English (nor in any language, for that matter).

All of this having been said,—why did I now more or less stop writing blog entries in English?

Ideally, what I would have liked to do is make everything bilingual: write every single entry in both languages. I tried to do this on occasion, and boy is it a pain. First, I just hate translating in general: once my thoughts have taken form in a particular language, the effort to rephrase them in another language, even one I know very well, is considerable, and always leaves me unsatisfied (if I stick to a very literal translation, it sounds profoundly unidiomatic; but if I try to rephrase my thoughts in a more natural way in the target language, then I think, hey, maybe this is a better way of saying it, and I start back-translating it into the formerly-source language, wash, rinse, repeat). Also, by the time I finish writing a blog entry, and often long before I finish, I grow tired of the subject and, having dumped my thoughts to written form, want to move on to something else: rereading them all over again to translate is just way beyond my patience. But there is another factor at play: oftentimes I will make some corrections, additions or various other small changes to previously published entries (whenever they are substantial I will flag them as addition, correction, update or something of the sort, with a timestamp if relevant; but when correcting minor typos or just rephrasing a thought without any substantial change, I simply edit stealthily): keeping several different languages in sync (the translation/update confluence problem, as I like to call it) is exasperatingly tedious. Merely rewriting the tiny blurb displayed at the top of this blog, while keeping it bilingual, has proved amazingly annoying as I made various edits and amendments and changed my mind a few times as to what I was going to say (although, to be honest, part of the difficulty is that I wanted to keep slightly different versions for the recent entries pages, the monthly archive pages, the index of all entries, and the per-category pages). What I think might help making multilingual pages bearable to write is a process of semi-automated translation, where the author offers occasional hints to the automatic translator (embedded inside the HTML text!) as to how a particular word, phrase or sentence is to be translated, while still leaving most of the work to the computer gnomes.

So, full bilingualism being ruled out, what remains?

Well, there are certain entries that I think would be very strange to write in English, because they concern elements of my daily life that I'm really not used to expressing in English, and sometimes don't even know the words for (or the words may not even really exist). Recently I embarked upon the epic tale of getting my motorcycle driver's license and telling all about it through prodigiously boring blog entries: this is about a French license, and while the general categories (e.g., A2) are standardized in the European union, the details of the practical tests aren't (most EU countries would probably have some form of written/theoretical test, then an off-road test and an on-road one, but the specific code, plateau and circulation tests I was talking about were the French ones); and to an American reader the whole thing would have made even less sense. We may think of English as globish, i.e., the world's lingua franca, but for culturally specific facts and items, it would only work as such by importing a large number of terms from the specific culture being referred to. And, symmetrically, these entries would be most likely to interest French people or at least people who understand French (I admit this argument is flaky since about the same time I complained that I found it hard to get information on driver's licenses in other EU countries; but still, if I try to find information about how to get my French driver's license or read accounts of people who got it, I'm going to google in French, not in English).

Now I could still write a mixture of English and French blog entries, writing in French about things in my daily life which are somehow specific to France or the French-speaking world (or French cultural references) or simply about which I more naturally think in French, and in English for more abstract things that aren't tied to a specific culture, e.g., mathematics, philosophy, linguistics. I guess this was my initial (albeit not so precisely articulated) plan. The problem is, it doesn't work so well with the readership; or rather, I believe on the basis of my limited evidence that it doesn't.

Most people aren't fully bilingual. This is the sad reality of the tower of Babel we live in. I spent far too many lines of this blog post trying to discuss (and agonizing over) whether I should consider myself fully bilingual, but most people have a marked preference for reading in their first language, even if they have a decent command of one or more other languages. This I can certainly sympathize with: even though I can read German well enough to understand the meaning of, say, a news article or a Wikipedia page or a typical blog post, it takes effort (and time!): more effort than I'm generally willing to put into it unless I'm quite certain, from the start, that I will get something interesting out of it. A tweet in German I can certainly deal with. An epic 500-page rant about an obscure technical point, the like of which I am wont to write in this blog… not so much. And I suspect the same holds true for many of my readers whose native language is French. (The actual evidence is limited, though, being based mostly on the amount of feedback I got in the comments back in the time when I did write such entries in English.) As for people who speak English better than they speak French, most of them probably speak very little French or none at all, and I suspect most of those would be put off by a blog roughly half of whose entries would be in a language they didn't understand. (Yes, they can always use Google Translate or various other translation tools, but in practice I think the translator's broken syntax and word confusions rapidly become irritating.)

At various points in my blogging history I made an effort to gain a more diverse readership, but these efforts always failed: empirical evidence always pointed to the fact that most of my readers were French, and these people preferred content written in French, while English speakers who did not also understand French fairly well were very difficult to lure into reading my ramblings about Life, the Universe and Everything.

The Right Thing® to do would probably have been to open two separate blogs, one in English and one in French, written in such a way that one could follow just the one, or just the other, or both, and perhaps post a short summary of entries from one into the other, or some such setup. But not only does this require a lot of effort, it also goes against my natural “brain dumping” tendencies: for the same reason that I don't want to separate my blog into a math blog and a non-math blog (or a scientific blog and a non-scientific one, or any like distinction), because my blog is my personal brain dump, full of cross-domain references and links which are part of my overarching sense of Oneness, I also don't want to split my blog entries by language. I care to some extent about my readership (and making their life easier), but only insofar as it doesn't impede my primary brain-dumping mission or require considerable effort on my part.

So you can see the conundrum, and how it got me to write essentially just in French. The only exceptions being entries that for which I have a specific reason for writing in English (like this one) or which would make little sense in French (e.g., my English pronunciation poll), and also my “gratuitous literary fragments” when they sprout in my mind in English (and nobody reads these anyway ☹️).

So far the same phenomenon hasn't happened on Twitter: I still find myself tweeting in both English and French in roughly similar proportion. (Of the tweets I wrote that are not retweets and not replies, roughly 55% were in English, 42% in French, and the remaining 3% other or undecided, based on the language detection by Twitter itself, which may be unreliable; of replies specifically, including self-replies, roughly 40% were in English and 56% in French, with the remaining 4% other or undecided; and of (native) retweets by me, 62% were in English, 32% were in French, and 6% other or undecided.) But I do notice that the number of my followers whom I suspect of being primarily French-speaking seem to outnumber all the others (this is just an overall impression, not based on any precise stats), so maybe things will change. (Already the stats which I gave in this paragraph suggest that, while I try to start conversations and share content more frequently in English, I get dragged into conversations in French more often than in English.)

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(vendredi)

Et maintenant, un peu de chouinage

J'ai commencé à écrire une entrée de maths sur la topologie sans points (la théorie des cadres(?) et locales), je me suis rendu compte pour la 696729600e fois que ce que je pensais pouvoir expédier en peu de lignes s'étend sur un nombre totalement invraisemblable de pages, je commence à trouver le sujet d'autant plus fastidieux que je traîne à écrire ce texte, et je m'énerve sur le fait que je ne finis jamais ce que je commence.

Et là, je me rends compte que je ne finis jamais ce que je commence est peut-être un avertissement que j'aurais dû prendre au sérieux avant de me mettre à prendre des cours de moto. C'est parti pour du chouinage de ma part à ce sujet, donc : si vous n'aimez pas les chouineurs, allez voir ailleurs (mais si vous n'aimez pas les chouineurs, qu'est-ce que vous foutez à lire mon blog, aussi ? allez plutôt sur YouTube, c'est un site de winneurs et d'influenceurs, ça, YouTube, — les blogs c'est ringard et c'est fini).

Où est-ce que j'en étais ? Ah oui, j'ai loupé mon permis parce que je suis nul, mais ça vous le saviez déjà. Je pourrais renvoyer à cette entrée déjà écrite et dire multipliez tout par dix, mais je n'aurais pas le plaisir de chouiner, alors il faut que je tourne les choses différemment.

L'information nouvelle (enfin, pas tellement nouvelle, je m'en doutais, mais j'en ai confirmation), c'est que c'est extraordinairement long de le repasser. Au moins en été. Parce que c'est en été que :

  • le plus de gens se disent qu'ils vont passer le permis moto (ben oui, c'est l'été, il fait beau, il faut en profiter, et ils peuvent prendre quelques jours de congés pour ça, et peut-être en prendre aussi après pour en profiter une fois qu'ils auront le permis et la moto),
  • les moniteurs d'auto-école et les inspecteurs du permis de conduire sont le moins disponibles parce que, surprise, eux aussi prennent des vacances.

Je sentais bien le coup venir et c'est pour ça que moi je m'étais inscrit en octobre. En pensant que j'aurais fini à temps pour l'été. C'est à peu près aussi con que quand je promets d'écrire une entrée de blog sur les octonions en février 2012 alors que j'arrive péniblement à en publier la première partie trois ans plus tard. Soyons réalistes : j'ai pris six ans pour faire ma thèse, j'aurais plutôt dû me demander si j'aurais ce permis avant ma retraite ou avant ma mort (ou avant l'épuisement de mes finances), pas penser que je pourrais l'avoir avant l'été.

Bon mais là l'essentiel du délai ne dépend plus de moi. Il y a trois pipelines à traverser :

  • s'inscrire à de nouvelles leçons (parce que l'auto-école, bien sûr, ne représentera pas un candidat s'il n'a pas pris de nouvelles leçons, même si on ne m'a pas donné un minimum à ce sujet),
  • convaincre les moniteurs qu'on est prêt à être envoyé une nouvelle fois à l'examen,
  • avoir une date d'examen.

Le premier et le troisième sont complètement saturés, le deuxième est incompréhensible. Factuellement, j'ai loupé mon permis le , le moniteur a refusé de me laisser m'inscrire à de nouvelles heures de conduite tant que je n'avais pas la confirmation officielle de cet échec, ce qui nous amène le , et à cette date-là, même en disant que j'étais disponible n'importe quand, la première leçon que je pouvais placer était ce matin, , donc compter trois semaines complètes pour le premier pipeline. Ne sachant pas quoi penser des deux suivants, j'ai placé trois séances de conduite : voulant ce matin en ajouter une, le délai était passé à 24 jours. Concernant le troisième pipeline, l'auto-école a un planning d'examen (sous forme de petites fiches bristol insérées dans un support mural), et il est déjà complètement plein pour le mois de juillet (j'ai cru compter dix journées prévues, avec pour chacune dix « slots » — sachant qu'une présentation plateau coûte un « slot » et une présentation circu en coûte deux) ; un moniteur a dit qu'il demanderait des créneaux supplémentaires en juillet, mais je suppose que toutes les auto-écoles en réclament et que la Sécurité routière ne multiplie pas les petits pains : comptons donc quatre semaines au bas mot pour ce troisième pipeline. Le deuxième est incompréhensible, donc je n'en sais rien (initialement ils m'ont fait attendre environ deux mois avant de me considérer comme prêt à passer l'examen ; j'ose espérer qu'on ne va pas me faire prendre une nouvelle fois autant de leçons, mais franchement, l'évaluation du niveau d'un élève est un signal très bruité et on m'a clairement dit priorité aux premières présentation pour l'examen).

Je précise que je ne raconte tout ça pas uniquement pour le plaisir de chouiner, mais aussi parce que c'est une information que j'aurais bien voulu trouver en ligne, le temps qu'il faut en pratique pour une nouvelle présentation du permis, et c'était vraiment impossible d'avoir le moindre renseignement dans ce sens, alors je fais ma petite mission de renseigner le Grand Oracle Omniscient Gardien du Livre de l'Entendement.

Bref, je suppose que je dois me considérer comme chanceux si j'ai une date dans la première quinzaine d'août. (J'aurais vraiment voulu passer avant mon anniversaire, tant pis.) Et je vais être encore plus stressé la deuxième fois en me disant que si je rate à nouveau j'en ai pour un temps invraisemblable (et qu'il y a une réforme du permis qui vient qui le rendra encore beaucoup plus dur, et qui saturera encore plus les délais de passage, etc., etc.).

Il y a, donc, une partie de moi qui me crie que je n'aurai jamais ce permis et que je suis con de m'obstiner. Que je suis victime d'une sorte de scam. Vous savez, le type d'arnaques (il en existe quantité de variantes) qu'on peut trouver, par exemple, dans une fête foraine[#] : on vous propose de faire un truc qui a l'air facile, mais qui est en fait impossiblement difficile ; ou, de façon plus astucieuse, peut-être que le premier niveau est faisable, ou il y a quelque chose qui vous donne l'illusion d'un progrès, vous persuadant ainsi de mettre toujours plus d'argent pour gagner un lot qui, plus vous mettez d'argent dedans, plus il vous semblera désirable (sophisme de l'escalade d'engagement) et moins vous aurez envie d'arrêter (sophisme des coûts irrécupérables).

[#] À ce sujet, j'avais bien aimé cette vidéo décrivant certains jeux typiques de fêtes foraines et combien ils s'apparentent à des arnaques.

Alors non, je ne pense pas sérieusement que je sois en train de me faire arnaquer au sens où il y aurait quelqu'un de malicieux dans l'histoire (la seule partie possiblement suspecte d'être malicieuse serait l'auto-école mais je ne veux pas me couper sur le rasoir d'Hanlon). Mais je peux être en train de m'auto-arnaquer, en quelque sorte, dans la poursuite d'un but inatteignable (pour moi), et qui semblerait d'autant plus désirable que les efforts mis à l'atteindre augmentent.

J'avais écrit la chose suivante :

Le piège dans lequel je suis tombé en commençant à apprendre à faire de la moto, en fait, c'est que j'ai découvert que j'aimais ça (alors qu'au début c'était un peu juste une expérience pour voir), et que du coup, maintenant j'ai envie d'en faire, et pour ça, il faut que je le passe, ce permis. (En comparaison, pour la voiture, j'ai juste eu confirmation du fait que je n'aimais pas, donc il est sans doute logique que le stress ait été moins important.) D'ailleurs, plus le temps passe et plus je trouve pénible de conduire une voiture, et c'est le contraire pour une moto.

— Mais peut-être que le fait que ça me plaise est, en fait, une rétro-justification de l'investissement que j'ai mis dedans. Ça mérite au moins qu'on se pose la question : pourquoi Sisyphe s'obstine-t-il à pousser son rocher, au juste ? pourquoi ne dit-il pas juste f*ck this! pour partir voir ailleurs si Zeus n'y est pas (ou, s'il ne peut pas partir, au moins rester au pied de son rocher à bouder et à refuser de le pousser). Il paraît qu'il faut imaginer Sisyphe heureux : est-ce que la raison de ce bonheur est la fierté qu'on peut ressentir devant l'obstination absurde consistant à répéter inlassablement la même tentative en se disant je refuse d'abandonner ! (et je ne peux quand même pas abandonner maintenant, après autant d'efforts) ? La question mérite au moins d'être posée.

Bref, je refuse d'abandonner, mais je ne suis pas sûr que ce soit très malin de ma part.

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(jeudi)

Quelques formes de ma mémoire

Méta : Je recopie ici, parce que je pense que ça peut intéresser des lecteurs de mon blog, une introspection que j'ai écrite pour un forum de discussion d'anciens normaliens, au sujet des formes de ma mémoire (j'ai un petit peu remanié le texte au passage, mais il peut rester des traces du fait que je l'ai écrit dans un contexte différent) : c'est du racontage de vie personnel, mais il serait intéressant de mettre ça en regard d'études neurologiques précises, sujet sur lequel, malheureusement, je ne sais essentiellement rien.

Je me suis longtemps dit que, pour ce qui est de la mémoire, j'étais très « auditif » et pas du tout « visuel », essentiellement sur la base du fait que quand j'apprends un texte par cœur (et je ne suis pas mauvais pour ça, ma mémoire est pleine de citations assez longues d'extraits de livres, de discours, de poésies ou de paroles de chansons que j'ai appris presque sans y faire attention), j'entends plutôt une voix la prononcer que je ne l'imagine écrit. Mais quand je dis une voix, c'est une voix assez abstraite, qui n'a pas de caractéristiques vocales bien définies (pas de timbre, pas de texture, pas vraiment de ton). En fait, je pense aussi que ma mémoire auditive recoupe assez ma mémoire procédurale et que dans une certaine mesure je m'imagine plutôt en train de prononcer le texte qu'en train de l'entendre — mais ce n'est pas clair non plus.

Un autre signe que je suis « auditif », c'est que j'ai appris par cœur, quand j'étais petit, cinquante décimales de π, ce qui n'est pas très intéressant (et encore moins un exploit), mais ce qui est intéressant, c'est que je les ai apprises en français et par groupes de cinq. C'est une petite chanson dans ma tête : et je suis incapable de les réciter en anglais (ça demanderait de traduire au vol la petite chanson, or elle passe trop vite) ; et le fait que je les ai retenues par blocs de cinq signifie que je ne me tromperai jamais au sein d'un bloc mais que je risque d'omettre complètement un bloc ou de faire une autre erreur de ce genre entre les blocs. (En anglais, je connais seulement cinq décimales de π. En revanche, je connais mes tables de multiplication en anglais et je pense que, au contraire des décimales de π, elles ne sont pas mémorisées de façon uniquement « auditive ».)

En fait, ça fonctionne pareil pour la poésie en général : chaque vers (ou peut-être chaque hémistiche d'un alexandrin) est, dans ma tête, une unité atomique, je ne vais pas faire d'erreur au sein d'un vers[#], en revanche quand la poésie est vieille et que je commence à l'oublier, le type d'erreur que je vais faire c'est de ne plus me rappeler quel vers vient après lequel (et il m'arrive de restituer un poème avec les bons vers mais permutés de façon plus ou moins grave[#2]). Je pense que la manière dont j'ai retenu mes décimales de π est très semblable à une poésie[#3] dont les vers seraient des groupes de cinq chiffres prononcés en français.

[#] Le rythme du vers est très important pour la mémoire (même si je suis bien sûr capable de retenir de la prose), et particulièrement le tadada-tadada tadada-tadada des alexandrins : je suis toujours fasciné et irrité à la fois quand des gens déclament des alexandrins en massacrant leur rythme (notamment quand ils omettent des ‘e’ prononcés /ə/ ou ne font pas les synérèses ou diérèses demandées par la métrique) : irrité par le fait que ça casse la musique que j'ai besoin d'entendre, mais aussi fasciné par le fait qu'ils mémorisent le vers sans cette petite musique.

[#2] Pour donner un exemple concret, il y a un poème des Trophées de Heredia, Soir de bataille, qui se termine par ces deux tercets : C'est alors qu'apparut, tout hérissé de flèches, / Rouge du flux vermeil de ses blessures fraîches, / Sous la pourpre flottante et l'airain rutilant, // Au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare, / Superbe, maîtrisant son cheval qui s'effare, / Sur le ciel enflammé, l'Imperator sanglant. Tant qu'on garde le premier et le dernier vers, on peut faire n'importe quelle permutation des quatre autres, et je ne sais jamais laquelle est la bonne (sauf éventuellement à réfléchir à la structure des vers dans les tercets des sonnets classiques, et encore, il reste plusieurs possibilités).

[#3] On ne peut pas, ici, ne pas évoquer un quatrain mnémotechnique à ce sujet : Que j'aime à faire apprendre un nombre utile aux sages ! / Immortel Archimède, artiste ingénieur, / Qui de ton jugement peut priser la valeur ? / Pour moi, ton problème eut de pareils avantages. (compter le nombre de lettres de chaque mot pour obtenir les quelques premières décimales de π). J'aimerais bien savoir quelle est l'origine de ce poème, parce que c'est assez fort, comme exercice oulipien, d'avoir construit un quatrain vaguement sensé, en alexandrins irréprochables, aux rimes impeccables, et dont le nombre de lettres des mots donne les premières décimales de π. Ici on a une proposition de variation+suite, mais la versification laisse à désirer (il y a des alexandrins dont la césure manque, des rimes qui sont pour moitié singulières et pour moitié plurielles, etc.).

Parlant de poésie, je suis encore capable de réciter un passage assez long de l'introduction du poème de Pouchkine, Le Cavalier de bronze (Медный всадник), en russe. Et ce qui est amusant, là, c'est que j'ai oublié le sens de pas mal de mots (je sais quel est le sens global, mais plus toujours ce que tel ou tel terme, ou telle ou telle expression signifie exactement). Autrement dit, la mémoire (auditive ou procédurale) du son des mots a subsisté plus longtemps que la mémoire de leur sens.

[Cf. aussi cette vieille entrée, que j'avais complètement oubliée — c'est ironique pour une entrée sur la mémoire — et qui recoupe largement ces quelques derniers paragraphes.]

Je me suis longtemps dit que j'avais une mémoire visuelle toute pourrie parce que je n'arrive pas à former des images très précises dans ma tête, ou alors elles sont dénuées de détails et ça demande beaucoup d'efforts pour en ajouter. (Ce n'est pas de l'aphantasie, mais les images que j'ai dans la tête ne correspondent pas vraiment à quelque chose que je verrais : elles sont pour ainsi dire très pâles en comparaison ; ce sont plutôt des esquisses dans lesquelles je code plus ou moins les détails que je veux retenir, mais de façon plus figurée que vraiment visualisée.) D'un autre côté j'ai un plutôt bon sens de l'orientation et je n'ai pas spécialement de problèmes d'orthographe. Et mon cerveau est parfaitement capable de former des images, parce que quand je rêve, c'est surtout en images, et pour le coup, elles sont assez précises (et même si elles disparaissent rapidement après que je me suis réveillé, avant qu'elles le fassent elles sont peut-être plus vivaces que des souvenirs réels).

Quand j'apprends une nouvelle langue, je me rends compte qu'il faut un certain temps pour que les nouveaux phonèmes que cette langue comporte prennent une place dans ma mémoire. Autrement dit, dans un premier temps j'apprends à prononcer le son, puis j'apprends à le distinguer à l'oreille de sons qui ressemblent, et c'est seulement ensuite, après encore assez longtemps, que j'arrive à distinguer dans ma mémoire ces différents sons. Par exemple, quand j'ai appris un peu d'arabe, même une fois que j'avais appris à distinguer à l'oreille le ‘t’ « normal » (non pharyngalisé, /t/, ت) et le ‘t’ pharyngalisé (/tˤ/, ط), ils restaient fusionnés dans ma mémoire, et je sentais bien que les mots étaient retenus comme deux informations séparées, une prononciation réduite d'une part (où ces deux sons sont mémorisés comme des ‘t’) et une information additionnelle me disant que tel ou tel ‘t’ du mot était ou non pharyngalisé ; et ce n'est qu'en gros quand j'ai arrêté d'étudier l'arabe que je commençais tout juste à retenir ces informations en bloc et à ne plus considérer mentalement les deux consonnes comme deux variations d'une même lettre (ce que, du point de vue de l'arabe, elles ne sont pas du tout). Mon expérience des tons du chinois a été vaguement analogue (si ce n'est que mes tentatives se sont arrêtées encore plus tôt). Du coup, ceci remet en doute l'idée que ma mémoire soit véritablement « auditive », ou en tout cas, si elle l'est, ça montre qu'il y a une belle couche de compression qu'il n'est pas évident de recâbler.

Parlant du chinois, là où je me suis rendu compte que j'étais vraiment mauvais, c'est pour retenir la forme des caractères (en même temps, je n'ai pas fait énormément d'efforts, me disant par principe que je serais mauvais pour ça et que j'en ferais le strict minimum, apprenant surtout le chinois via le pinyin). Déjà pour apprendre les syllabaires japonais, qui ne sont pas très gros, j'ai eu énormément de mal dès qu'il y avait des caractères vaguement ressemblants ( et et par exemple, ou et  ; et pour les katakanas c'est pire) et je les ai oubliés à une vitesse folle.

[Cf. aussi ce que j'écrivais ici, qui recoupe largement ces deux derniers paragraphes, avec plus de détails.]

Je me suis longtemps dit que j'étais très mauvais en reconnaissance des visages. (Je sais que quand je regarde un film, ça m'arrive souvent de me demander : hum, est-ce que ce personnage est celui qu'on a déjà vu ou est-ce que c'est un autre ?) Mais en fait ça doit être plus compliqué que ça, parce que, par exemple, à l'occasion de je ne sais plus quel sommet européen où le poussinet et moi regardions la télé qui diffusait des images des chefs d'état et de gouvernement et autres responsables d'institutions en train de se saluer, j'étais capable d'identifier beaucoup de gens (en tout cas nettement plus que le poussinet). Il m'arrive aussi assez souvent de croiser quelqu'un dans la rue et de me dire hum, mais je connais cette personne, qui est-ce donc ? et de passer un certain temps à me gratter la tête avant d'abandonner ou de conclure que c'est un serveur dans tel restaurant où je vais de temps en temps, ou un caissier dans le supermarché que je fréquente, ou quelque chose comme ça : je ne sais pas si c'est un signe que j'ai plutôt mauvaise mémoire (il me faut beaucoup de temps pour retrouver quand je vois la personne hors contexte, et parfois je n'y arrive pas du tout) ou bonne (j'arrive quand même à identifier des gens que je vois finalement assez rarement). Mais à côté de ça, si on me demande si un collègue que je fréquente tous les jours porte des lunettes, ou quelle est la couleur de ses cheveux, je vais être incapable de répondre. On dirait que mon cerveau stocke juste un haché du visage, à partir duquel il est impossible d'extraire des informations précises.

J'ai une mémoire du même genre pour les odeurs. J'ai plusieurs fois fait des tests où on fait sentir un parfum classique (du style vanille, poivre, clou de girofle, coriandre, ce genre de choses) dans une bouteille sans marquage et on demande d'identifier ce que c'est : je ne suis pas trop mauvais, mais quand j'y arrive je me rends compte que c'est plus ou moins en parcourant une longue liste de trucs vaguement plausibles et à chaque fois en essayant de matcher : ma mémoire ne fait pas vraiment l'association parfum↦nom mais plutôt (parfum,nom)↦vrai-ou-faux, et c'est vaguement pareil pour les visages. Si j'essaie d'imaginer, là, comme ça, le parfum de la vanille ou de la cannelle, j'ai une cheap plastic imitation, qui sont effectivement différentes l'une de l'autre, mais c'est à peu près tout.

Pour la musique, je suis peut-être meilleur. Quand j'ai un air qui me trotte dans la tête et que j'essaie de l'identifier, ce qui arrive souvent, j'arrive généralement à le siffler ou à le transcrire à la flûte : la transcription n'est pas terrible, mon sens du rythme est tout pourri, c'est embarrassant, mais pas au point que l'air soit impossible à reconnaître. Exemple concret avec un air que j'ai transcrit comme ceci et qui était en fait ceci ; et finalement ça m'est revenu ce que c'était alors que ça faisait longtemps que je ne l'avais pas écouté, le concerto pour piano de Schumann.

Enfin, il y a un type de mémoire qu'il ne faut pas omettre de mentionner, c'est la mémoire procédurale. Je n'ai jamais fait de piano, par exemple (je sais où sont les touches et je sais lire une partition, mais vraiment pas assez vite pour « jouer », et certainement pas quand il faut jouer plus qu'une note à la fois), mais il y a quand même des petits morceaux simples que j'ai mémorisés de façon purement mécanique. Et ce qui est amusant avec la mémoire procédurale, c'est que c'est des successions d'actions qui ne doivent surtout pas être interrompues : en tout cas pour moi, si je m'interromps pour me demander où est-ce que j'en étais, au juste ?, c'est foutu. Et j'ai un peu ça avec les vers des poésies (cf. ci-dessus) : si je commence à trop réfléchir je vais me planter dans l'enchaînement des vers. Mais je me rends compte aussi en apprenant à conduire [cf. par exemple ce que j'écrivais ici] qu'il y a toutes sortes de niveaux d'automatismes auxquels on peut « apprendre » quelque chose procéduralement, donc la mémoire procédurale a toutes sortes de subdivisions que je suis loin de bien comprendre.

Bref, C'est Compliqué®.

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(lundi)

Petite autobiographie gaie

J'avais commencé à écrire cette entrée vers septembre–octobre 2017, pour me changer les idées à l'occasion d'une période de stress particulier (liée, entre autres, à mes cours de conduite — à l'époque, de voiture, donc), et je l'ai un peu remaniée quelques fois depuis, mais je ne l'avais jamais publiée. Comme quelqu'un a fait un commentaire sur la dernière entrée me demandant si je m'étais déjà pris des râteaux (le pape est-il catholique ?), et c'est vrai que la comparaison est intéressante, cela vaut peut-être la peine de la ressortir, quitte à la finir et relire en vitesse. Forcément, cette écriture en plusieurs phases doit laisser des traces, le style est un peu incohérent, et peut-être même que les faits le sont (toute histoire est une réinterprétation, qui sait combien ma mémoire a trahi la vérité).

Je vais parler un peu de moi, donc, et en l'occurrence, de mon rapport à mon orientation sexuelle : si vous n'aimez pas le racontage de vie, passez votre chemin. (Si vous aimez, je note que j'avais déjà écrit ici une petite autobiographie sur mon rapport à l'informatique.)

1. Collège et lycée

J'essaie de me rappeler à quel moment précis j'ai pris conscience que j'étais attiré par les garçons, mais sans grand succès. Ça devait être en 1989 ou 1990, vers la classe de quatrième, soit quand j'avais treize ans. Plus exactement, ce que je me rappelle nettement, c'est mon premier béguin. (Je vais utiliser le terme béguin, même s'il ne me plaît pas trop, pour un amour à sens unique, non réciproque, ce qu'on anglais on peut rendre par crush ou infatuation ; l'idée est de réserver autant que possible le terme amour pour quelque chose qui se construit à deux.) Béguin qui est resté complètement secret, évidemment. Sébastien H.[#1.1] était un garçon de ma classe (nous étions aussi parmi les rares à faire russe en LV2), sportif, gentil, plutôt « populaire ».

Surtout, il était de ceux qui ne me regardaient pas trop comme un OVNI. Je ne veux pas donner l'impression que j'ai été harcelé au collège ou au lycée : pas du tout, globalement l'ambiance était très bonne, je n'ai pas subi de moqueries[#1.2] ou d'autres méchancetés ; et j'avais de bons amis ; mais le geek atypique très-bon-élève-sauf-en-sport que j'étais était vite catalogué comme légèrement surdoué/cinglé (j'ai la faiblesse de croire que les deux sont faux) et certains m'évitaient ou, en tout cas, n'auraient pas voulu m'inclure dans leurs cercles de fréquentations. Sébastien, lui, était plutôt protecteur à mon égard : en cours de sport (où j'étais franchement nul, donc), il m'encourageait ; si au handball nous étions dans la même équipe, il pouvait me passer la balle alors que la plupart des autres cherchaient surtout à éviter ça sachant que je risquais de la perdre ou de faire une faute avec.

Mais aussi, il devait correspondre à une certaine image que j'avais de la virilité. J'ai déjà raconté ici que je n'ai jamais su clairement distinguer le désir que je peux éprouver pour un homme (l'envie-d'avoir, disons, l'envie de coucher avec) et l'envie que me fait son corps (l'envie-d'être, je veux dire, l'envie de lui ressembler, voire d'être à sa place, dans sa peau) : si bien que les garçons qui m'attirent physiquement[#1.3] sont, généralement parlant, ceux à qui je voudrais ressembler et vice versa. (Et dans les deux cas, mes goûts sont assez éclectiques et passablement incohérents.)

Je n'arrive pas à me rappeler ce que je pensais de mon propre corps. Quand je regarde les peu nombreuses photos de moi entre la puberté (exemple ici en classe de troisième) et, disons, la fin de ma prépa, je me trouve très moche ; mais bon, je ne suis vraiment pas attiré par les garçons de 14 ans, c'est forcément un peu difficile de juger avant autant de recul. Ce qui est sûr, c'est que le type de garçons qui m'attiraient au collège et au lycée, le type de garçons à qui je rêvais de ressembler, ou dont je rêvais d'être dans la peau[#1.4] quand je me masturbais, étaient différents de mon physique réel.

Bref, je dois reconnaître que je ne comprends pas vraiment l'ado que j'ai été. Ou plutôt, l'ado qui a maintenant disparu et dont j'ai hérité de souvenirs (cf. ici) sans avoir toutes les clés pour les déchiffrer.

Pourquoi, par exemple, est-ce que j'ai persisté à être mauvais en sports (c'est-à-dire, à m'autopersuader que je l'étais) plutôt que de comprendre que le sport pouvait être une façon à la fois de regarder des jolis garçons et d'améliorer mon propre physique ? Je n'en sais rien. J'avais dû m'enfermer dans le rôle du geek forcément mauvais en sport et qui faisait semblant de ne pas s'intéresser au physique des gens avec toute la facilité avec laquelle on laisse ce genre de mensonges nous coller à la peau.

Je me souviens pourtant qu'un moment précis où ce Sébastien m'a « tapé dans l'œil » était pendant un cours de sport où il s'est mis à faire des pompes pour crâner en exhibant ses bras musclés — je ne sais pas s'il a eu l'attention de qui que ce soit d'autre, mais il a certainement eu la mienne.

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(mercredi)

Débriefing d'un échec au permis moto

J'écris cette entrée pour me défouler. Mes réactions spontanées quand je suis furieux contre moi-même après un échec sont variées mais toutes contre-productives : me recroqueviller dans mon coin pour bouder que le monde est vraiment trop zinjuste, répéter avec acharnement la chose qui a échoué [lorsque ça a un sens] comme si le monde devait finir par me donner raison, tout abandonner, m'auto-flageller en me traitant de dernier des nuls, voire, chercher à me faire du mal pour me punir, ou au contraire faire comme si rien ne s'était passé et que je n'avais jamais voulu essayer de faire la chose sur laquelle j'ai échoué — ou parfois tout ça successivement dans un ordre varié, voire, simultanément. (Je suppose qu'il y a une correspondance avec les étapes du modèle Kübler-Ross.) Je ne suis pas, ce soir, d'humeur, à essayer de faire mieux qu'une combinaison de ces réactions idiotes, mais écrire une entrée dans mon blog a au moins une vertu cathartique. Avant ça, je suis allé faire un tour à la salle de muscu pour calmer mes nerfs : mauvaise idée, parce que, à jouer au bourrin pour passer ma colère, je ne suis pas passé loin de me faire une nouvelle blessure qui n'aurait certainement pas arrangé mes affaires, ni mon humeur. Au moins, à ranter sur mon blog, je ne risque pas de me faire trop mal, juste de passer pour un guignol mais pour ça the train has long left the station. Mon moniteur, lui, m'a conseillé de me bourrer la gueule [sic], mais je ne bois pas, alors à défaut de rant d'ivrogne je vais faire un rant de sobre. (Le but secondaire est que, en écrivant jusqu'à 4h du matin, je serai assez fatigué pour arriver à dormir malgré l'énervement.)

Bref, on aura compris que je me suis loupé en beauté en passant mon permis. J'aurai les résultats officiellement vendredi matin, mais à moins que l'inspecteur se soit trompé et ait appuyé sur le mauvais bouton sur la tablette, il n'y a aucun doute que je suis recalé. Pour faire bref, j'ai perdu tous mes moyens : j'ai fait une faute éliminatoire, essentiellement un refus de priorité, immédiatement en sortant du centre d'examen (et quand je dis immédiatement en sortant, c'est à 65m de la grille), et ensuite les autres erreurs se sont accumulées.

[Bilan d'échec du permis de conduire]Mise à jour () : L'inspecteur m'a mis la note E (éliminatoire) dans la catégorie appliquer la règlementation et 2 dans toutes les autres catégories (plus 2 points au détail, pour un total de 16/27, mais peu importe). Le commentaire est : Refus de priorité à droite entraînant un danger immédiat. Risque de collision. (je suppose que c'est un texte standardisé).

Pourquoi ? Je ne sais pas. C'est d'autant plus irritant que mes trois dernières leçons s'étaient extrêmement bien passées, mes moniteurs n'avaient essentiellement rien à me reprocher, et pareil pour le chemin jusqu'au centre d'examen (il faut bien que des élèves conduisent les motos à Gennevilliers, et je me suis porté volontaire), qui était pourtant sacrément plus problématique que le petit parcours que l'inspecteur m'a fait faire.

Le stress a dû jouer, je suppose. Ça faisait une semaine que je stressais à l'idée de passer ce permis à tel point que j'en dormais très mal, et les deux derniers jours j'en avais aussi l'estomac complètement noué. Comme je le disais à propos du stress dans l'entrée que j'avais écrite après mon passage du permis B il y a un an et demi, ce stress n'est pas évident à expliquer. Après tout, si on gagne quelque chose en réussissant l'examen du permis (à savoir, le droit de conduire), on ne perd rien en le ratant (sauf des frais de présentation qui, franchement, ne sont pas mon souci) ; mais en fait, cet argument est bidon : le stress à l'idée qu'on pourrait ne pas gagner quelque chose est aussi fort que celui qu'on pourrait perdre quelque chose.

J'ai déjà dû l'écrire, mais le piège dans lequel je suis tombé en commençant à apprendre à faire de la moto, en fait, c'est que j'ai découvert que j'aimais ça (alors qu'au début c'était un peu juste une expérience pour voir), et que du coup, maintenant j'ai envie d'en faire, et pour ça, il faut que je le passe, ce permis. (En comparaison, pour la voiture, j'ai juste eu confirmation du fait que je n'aimais pas, donc il est sans doute logique que le stress ait été moins important.) D'ailleurs, plus le temps passe et plus je trouve pénible de conduire une voiture[#0], et c'est le contraire pour une moto.

[#0] Et je commence à me dire que j'ai trouvé mon permis B dans une pochette surprise, parce que non seulement je préfère mais je pense aussi que je conduis objectivement mieux une moto qu'une voiture (mes trajectoires sont plus précises, ma maîtrise de l'embrayage et du passage des vitesses est incomparablement meilleure, je suis beaucoup plus alerte et attentif à ce qu'il y a derrière…). Une moto étant aussi objectivement plus dangereuse pour son conducteur, il est sans doute normal qu'on en demande plus, mais le fait est que j'aurais commis les mêmes fautes au permis B et sans doute encore d'autres.

Le truc avec le stress, c'est qu'il sera forcément bien pire la fois suivante.

Bon, et en fait il y a vraiment des choses qu'on perd. On perd l'argent qu'on va mettre pour prendre les leçons pour aller quand même jusqu'au bout (au nombre astronomique d'heures où j'en suis je préfère ne vraiment pas réfléchir à combien tout ça m'a coûté). Mais aussi le temps que ça va prendre de le repasser, et je crois comprendre[#] que les auto-écoles traînent particulièrement les pieds pour les nouvelles présentations après un échec parce qu'elles ont très peu de places pour ça (et donc on perd quelque chose après un échec au permis, c'est le droit à être considéré comme « première présentation » du point de vue de l'attribution des places aux auto-écoles). Et accessoirement, on perd la face à avoir échoué à un examen qui a 92% de réussite et que personne ne rate jamais (vous connaissez quelqu'un qui a échoué au permis moto ? non, c'est normal, ça n'arrive jamais). Et à devoir expliquer à tout le monde comment on a pu se planter à une priorité à droite. Bon, tout ça ce ne sont pas forcément des motifs de stress a priori, mais des motifs de colère a posteriori certainement.

[#] Je crois comprendre, parce que, comme personne ne rate ce permis, personne ne parle non plus de ce qui se passe quand on le rate ou des délais pour le repasser. Un point Google-fu en chocolat à celui qui arrivera à trouver un témoignage raisonnablement récent de quelqu'un ayant passé le permis A2, ayant échoué, et qui raconte combien de temps il a dû attendre ensuite pour le représenter : moi, en tout cas, je n'ai rien trouvé de la sorte.

Alors voilà, pour en dire un peu plus sur le fond : nous étions trois candidats de l'auto-école à la circulation ce jour-ci. Nous sommes donc partis à cinq (les trois candidats, le moniteur-accompagnateur et l'inspecteur, un candidat sur la moto à tour de rôle et les autres dans la voiture avec le moniteur qui conduisait et l'inspecteur qui guidait) sur un trajet en boucle, dont j'ai fait la première partie. Le parcours qu'on m'a fait faire est celui-ci, de Gennevilliers à Argenteuil. (Je prends la peine de le mettre en ligne parce que ça m'agace à quel point il est difficile de trouver des exemples de vrais parcours suivis lors des épreuves de circulation du permis : les candidats ne font jamais l'effort de retracer précisément le leur.) Florilège d'erreurs, donc :

  • Juste en sortant du centre d'examen, j'arrive à cette intersection ; j'arrive par le sud, c'est-à-dire par la gauche de cette photo Google Street View, et j'ai pour consigne de tourner vers la gauche, c'est-à-dire vers l'ouest, c'est-à-dire vers le fond de la photo : d'autres voitures arrivent en face (du nord, donc de la droite de la photo) et elles veulent elles aussi tourner à gauche. Notons que le carrefour est « à l'indonésienne » sur la voie principale (est-ouest) : moi et les voitures en question sommes transverses à cette voie, donc nous devons nous tourner autour. (Je me rends compte que les descriptifs des carrefours à l'indonésienne omettent toujours de parler de ce qui se passe quand on vient de la direction transverse.) Je me suis, correctement mis sur la voie la plus à droite (i.e., la plus au nord de l'axe est-ouest, à droite sur la photo et orienté vers le fond), mais ensuite, j'ai trop avancé. (Les deux rues nord-sud ne sont pas coaxiales, ce qui peut expliquer mon erreur.) Je n'ai pas obligé de voiture à s'arrêter, mais je pense qu'elles ont dû modifier leur trajectoire pour passer plus à droite (pour elles). L'inspecteur m'a dit dans l'oreillette : Monsieur, je vous rappelle que quand vous tournez à gauche vous devez céder le passage aux véhicules arrivant en face, ce qui signifie, en fait, vous venez de faire un refus de priorité, c'est éliminatoire. Mais sauf problème de sécurité grave, l'épreuve doit être menée à son terme même en cas de faute éliminatoire.
  • Deux fautes moins graves mais néanmoins significatives immédiatement après. D'abord, l'inspecteur me donne la consigne de suivre Gennevilliers, et quand j'arrive ici, je vois le panneau annonçant Gennevilliers avec une flèche vers la gauche et je mets un clignotant à gauche ; mais en fait, le panneau est pour l'intersection suivante (pour l'endroit même, il aurait été en forme de flèche) ; j'ai coupé mon clignotant, mais c'est une faute de mettre un clignotant à tort. Ensuite, ici je devais prendre à gauche (pour Gennevilliers, donc) et je me suis placé sur la voie tout à gauche plutôt que la voie la plus à droite parmi celles qui autorisent à aller à gauche : ça aussi c'est considéré comme une faute.
  • Ensuite j'ai pris l'autoroute, je crois que je n'ai pas fait de faute particulière à cette occasion. J'ai commencé à faire un dépassement mais je n'ai pas eu le temps avant la sortie et j'y ai renoncé, mais ça ce n'est pas considéré comme une faute.
  • En sortant de l'autoroute (l'inspecteur m'avait demandé de suivre Enghien-les-Bains), j'ai mis mon clignotant à droite pour sortir (ici), puis je l'ai laissé pour une sortie dans la sortie (ici), et j'ai dû le couper environ ici une fois que j'étais sur la voie de droite. Mais en fait, arrivant ici, j'aurais dû laisser, ou remettre, mon clignotant droit, parce que je rejoins l'axe principal en tournant à droite : l'inspecteur m'a dit n'hésitez pas à signaler votre direction, et c'est encore une faute.
  • Ensuite, ici, je me suis arrêté, et sans doute un peu brutalement, pour un piéton, alors qu'il avait un feu piéton rouge (le piéton n'a d'ailleurs pas traversé). Comme le passage piéton était assez loin derrière mon propre feu vert et que ce dernier n'avait pas de passage piéton à son niveau, je n'avais pas fait le lien. (Bizarrement, là, l'inspecteur n'a pas fait de commentaire.)
  • Après un petit tour où je crois ne pas avoir fait de faute, l'inspecteur m'a fait revenir par ici : c'est une priorité à droite, donc je suis prioritaire sur les voitures arrivant de la gauche, mais je me suis arrêté sans m'imposer jusqu'à ce qu'il y ait un trou dans la circulation venant de gauche. (En fait, là je peux faire un reproche à nos moniteurs : ils attirent beaucoup notre attention sur les priorités à droite dans la situation « je circule sur un axe important et il y a une petite rue sur la droite dont il faut se méfier parce qu'elle est prioritaire » mais ne nous ont essentiellement jamais mis dans la situation où on vient, justement, de cette petite rue et où il faut se rappeler qu'on est prioritaire dans un sens et oser s'imposer — en vérifiant qu'on peut le faire et qu'on est bien vu — sur les voitures venant de la gauche.) Là non plus, l'inspecteur n'a pas fait de remarque.
  • Et l'humiliation finale : j'étais arrêté à ce feu, l'inspecteur me dit de tourner à droite à l'intersection, et je mets mon clignotant à droite sans prendre garde au fait qu'il y avait un sens interdit. Bon, là, l'inspecteur n'avait pas le droit de me faire ce coup : les textes sont clairs sur le fait qu'on ne doit pas demander au candidat quelque chose d'interdit (on peut lui demander tourner à droite dès que possible, par exemple, mais pas tournez à droite à l'intersection si c'est interdit) ; je pense que c'était une erreur de direction de sa part, et de fait, rapidement après il a dit continuez tout droit (j'ai coupé mon clignotant et en fait c'était à l'intersection suivante qu'il s'agissait de tourner), mais que ce soit une erreur de l'inspecteur ou une façon (interdite) de me tester, le candidat qui est prêt à tourner dans un sens interdit n'incite pas à la clémence pour ses fautes précédentes.

Je pense que l'inspecteur a décidé d'arrêter les frais et a mis terme à ma partie de l'épreuve plus tôt que prévu : je n'ai pas noté exactement quand j'étais parti, mais ça devait être environ 13h45, et j'ai fini à 14h00 alors que l'épreuve est censée durer 25min de conduite effective, et, de fait, les autres candidats après moi m'ont semblé circuler plus longtemps. (J'étais trop occupé à pleurer dans mon coin pour noter le trajet qu'ils ont fait, c'est bête ; mais je sais qu'on est partis en direction du Plessis-Bouchard et de Saint-Leu-la-Forêt et revenus à la fin par l'A15 et le port de Gennevilliers.)

Une fois de plus, je ne comprends pas la mauvaise réputation qu'ont les inspecteurs du permis de conduire. Celui auquel j'ai eu affaire aujourd'hui (et c'est la troisième personne de cette profession que je vois, donc) était d'un professionnalisme irréprochable (sauf si la consigne de tourner à droite sur un sens interdit était volontairement donnée pour me piéger) ; en tout cas, il a bien respecté la consigne officielle de rester parfaitement neutre dans sa façon de s'adresser aux candidats.

Quant à mon moniteur, il a pour principe de ne pas émettre d'avis sur les examens auxquels il assiste, pour ne pas donner de fausse bonne ou mauvaise nouvelle. Je peux comprendre ça. Ce qui m'agace plus, c'est qu'il pousse le principe à refuser que je m'inscrive à des nouvelles heures de conduite jusqu'à ce que j'aie le résultat officiel de l'examen d'aujourd'hui. (Et j'ai eu beau lui dire que je voulais bien m'engager à faire et à payer ces leçons même dans le cas où je serais inexplicablement reçu, il n'en a pas démordu.)

Bon, au moins ça me laisse l'occasion de me poser la question de savoir si je veux continuer dans cette auto-école ou essayer d'en trouver une autre. (Je n'ai pas spécialement à me plaindre de mon auto-école — les moniteurs me semblent plutôt bons, les motos sont neuves, et elle a l'avantage d'être au bout de ma rue — mais elle est un peu victime de son succès, et du coup les disponibilités pour les cours ou les examens sont toujours problématiques.) Si quelqu'un a des conseils à cet égard, je suis preneur.

PS / Ajout : Pour répondre indirectement à une remarque qu'on m'a faite, bien sûr que je ne suis pas le premier à rater un permis ; c'est déjà plus compliqué d'en trouver qui se font éliminer au bout de 65m ; mais réussir cet exploit après 112 heures de formation, ça demande un degré de nullité sans doute assez concurrentiel.

Mise à jour : J'ai quand même fini par l'avoir.

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(jeudi)

Mai s'en va — et je vais déménager

J'ai failli ne pas écrire du tout d'entrée dans ce blog pour le mois de mai, et en profiter pour tester à cette occasion si mon moteur de blog ne bugguait pas dans cette circonstance. (Je pense que si, en fait : rien de grave, mais il y aurait probablement à certains endroits un lien vers une page inexistante.) L'occasion de placer un jeu de mot nul sur le nom de la Première ministre britannique.

Une partie de cette inactivité bloguesque est due à un effet psychologique dont je tombe régulièrement victime : je commence à écrire une entrée sur un sujet qui m'intéresse (c'est-à-dire, plus exactement, qui m'intéresse au moment où je la commence), l'écriture de cette entrée prend (comme toujours !) beaucoup plus de temps que prévu, je me rends compte que le sujet m'intéresse de moins en moins à mesure que le temps passe, mais en même temps je n'ai pas envie de tout abandonner ou mettre de côté sine die, du coup je procrastine, l'écriture de cette entrée avance de plus en plus lentement et prend de plus en plus de temps pour des additions de plus en plus minuscules, surtout que je dois régulièrement tout relire pour me rappeler où j'en suis, et le comportement asymptotique n'est pas clair. (En l'occurrence, c'est une entrée sur les emojis et les smileys, et j'en suis à me demander mais pourquoi ai-je commencé à écrire ça ? ce que je raconte n'a aucun intérêt, en fait. Bon, je pense que je vais quand même la publier après celle-ci, quoique peut-être pas en mai.)

Mais je peux aussi prétexter que j'ai été pris par plein d'autres choses (ne serait-ce que par plein de choses que j'avais mises de côté pendant que j'avais des cours à enseigner et qui, finalement, me prennent à peu près autant de temps que si j'avais ces cours).

Le poussinet et moi allons déménager — mais sans changer d'adresse. C'est-à-dire que nous restons dans le même immeuble, nous allons juste monter de deux étages : un de nos voisins vend son appartement, qui fait 90m² (contre 40m² pour celui que nous occupons actuellement et dont je suis propriétaire depuis 1998), et nous venons de signer la promesse de vente (enfin, pour ce qui nous concerne, d'achat). J'aurai certainement l'occasion d'en reparler, mais c'est assurément une décision lourde et stressante à prendre, même s'il y a peu de doute que ce soit la bonne. Nous sommes vraiment à l'étroit dans notre appartement actuel, dont j'avais déjà bien occupé l'espace avant que le poussinet s'y installe aussi, et il est impossible, par exemple, d'y inviter des amis à manger ; en outre, cet appartement est sombre.

Cela faisait longtemps que nous envisagions vaguement de bouger, mais nous ne voulions pas quitter le quartier (de la Butte aux Cailles), et par ailleurs j'étais terrifié à l'idée d'acheter ailleurs et de découvrir que les voisins dans l'immeuble sont bruyants (chose qu'il est quasi impossible de savoir à l'avance juste en visitant). Nous nous étions déjà plusieurs fois dit que l'idéal serait de racheter dans le même immeuble, que nous connaissons bien, dont nous savons que la copropriété fonctionne bien et que les habitants sont tranquilles et l'isolation phonique plutôt bonne : je disais même que c'était le meilleur immeuble du monde à mes yeux, — parce que je ne veux pas vivre ailleurs que Paris, que la Butte aux Cailles est un quartier exceptionnel par ses restaurants et commerces mais aussi la proximité d'un centre commercial extrêmement pratique, et aussi son accès fort commode à l'autoroute A6, et que nous sommes dans la seule rue sur la Butte aux Cailles qui soit vraiment tranquille mais quand même bien située pour rejoindre le métro (et le centre commercial), et que notre immeuble est incontestablement le meilleur immeuble de la rue, — donc, le meilleur immeuble de la meilleure rue du meilleur quartier de la meilleure ville du monde (et tous ceux qui ne sont pas d'accord ont droit à leur opinion mais ils ont tort). 😁

D'un autre côté, ça reste une décision vraiment lourde : je passe des heures à réfléchir pour dépenser 500€ et il s'agit, là, que chacun de nous mette presque mille fois plus, en n'ayant quasiment pas le temps de réfléchir parce que dans l'immobilier il faut sauter sur les offres avant qu'elles s'envolent, surtout dans le meilleur immeuble du monde. Je ne vais pas m'attarder sur l'aspect financier (rappelons quand même que les prix parisiens sont tellement cinglés qu'un appartement y coûte, presque partout, plus cher que sa surface intégralement tapissée de billets de 100€, et dans certains endroits, autant que l'équivalent en billets de 200€). Mais même au-delà de l'aspect financier, et même pour rester dans le même immeuble, déménager reste une opération assez lourde, en tout cas pour quelqu'un comme moi qui suis à la fois extrêmement casanier et aux antipodes du mode de vie minimaliste. Déjà les formalités immobilières elles-même sont un cauchemar pour le paperassophobe que je suis : elles me font penser à ces jeux d'aventure sur ordinateur où votre but est d'accomplir une tâche pour laquelle il vous faut réunir trois objets magiques (du genre : le Livre de la Vérité, le Cierge de l'Amour et la Cloche du Courage), et pour chacun de ces objets il faut accomplir une sous-quête qui demande elle-même de rassembler d'autres objets, et ainsi de suite à tel point qu'on se demande si cela termine un jour. (Pour accomplir la quête « prêt immobilier », vous devez accomplir la sous-quête « transfert de votre compte vers la banque en question » et la sous-sous-quête « rendez-vous avec un conseiller bancaire », et rassembler les objets suivants : promesse de vente, deux évaluations immobilières du bien actuel, liste de tous vos comptes ouverts avec cinq derniers relevés de chacun, trois derniers bulletins de salaire, etc. — pour obtenir l'objet « promesse de vente », vous devez d'abord, etc., etc.) Bon, je ne vais pas plus m'étendre là-dessus parce que c'est invraisemblablement chiant, mais, voilà, c'est invraisemblablement chiant. Et je suis sûr que le déménagement le sera aussi, avec ses autres sous-quêtes comme « persuader EDF de migrer l'abonnement d'une adresse à la même adresse » ou « persuader Orange de rouvrir la ligne téléphonique traditionnelle sur fil de cuivre qui a certainement été fermée pour mettre la fibre » (cette épreuve-là, à mon avis, elle est tout simplement impossible).

Et puis, comme on n'a rien sans rien, on va perdre le jardin avec les gentils pioupious et les gentilles nabeilles. (Jardin qui est juste un champ de ronces, certes, mais c'est joli, en fait, les fleurs de Rubus fruticosus, les Apis mellifera aiment ça ; et nous avons la visite de divers Passer domesticus et d'occasionnels Parus major, et il y a un couple de Columba palumbus et peut-être un autre de Turdus merula qui ont fait leur nid dans les Thuja occidentalis(?).) Les agents immobiliers, d'ailleurs, s'extasient en voyant notre jardin, même si au final ils ont du mal à nous dire combien il vaut sur le marché (c'est « atypique »).

Je n'ai toujours pas passé mon permis moto (j'en suis à 21h de leçon en circulation), mais il y a un progrès, c'est que j'ai maintenant une date pour le passer (et un lieu : ce sera à Gennevilliers, le même endroit où j'ai déjà passé le plateau). Comme il est évident pour quiconque comprend la psychologie du David Madore, la veille du jour où l'auto-école m'a appelé pour me proposer cette date, je me plaignais sans arrêt que je suis hyper prêt à le passer, ce permis, il est vraiment temps qu'on me présente, et c'est abusé de me faire traîner autant ; et juste après le coup de fil, je me suis dit : aaah, mais je ne suis pas prêt du tout ! (et de me mettre à regarder frénétiquement à quoi ressemblent les environs de Gennevilliers sur Google Street View ; tiens, à votre avis, qu'est-ce que c'est que ces bandes blanches transverses à la chaussée, là ? des faux ralentisseurs ?).

Il faut dire que les moniteurs sont doués pour nous mettre la pression (pour une épreuve dont je rappelle qu'elle a eu un taux de réussite de 91% en 2017 au niveau national…), en nous racontant toutes sortes d'erreurs que leurs élèves passées ont faites ou toutes sortes de méchancetés des inspecteurs, en affirmant que leur taux de réussite est moins bon en circulation qu'au plateau (affirmation qui, je le répète, me semble assez suspecte) ; ou, dernièrement, en nous expliquant que, en prévision de la réforme du permis qui doit intervenir début 2020, les inspecteurs ont reçu la consigne officielle de préparer le terrain en étant désormais beaucoup plus sévères sur l'épreuve de circulation : là non plus, je ne sais pas si je dois croire ce genre de choses. Enfin, on nous a mis en garde que, si nous échouions, les délais pour une nouvelle présentation étaient très longs parce que les centres d'examen sont débordés (et qu'on privilégie les premiers passages). Je ne sais pas si c'est un bon calcul de stresser les candidats comme ça (d'un autre côté, ils disent quand même qu'ils ne présentent que des élèves dont ils sont sûrs qu'ils sont prêts). Mais pour ne pas en ajouter au niveau stress, je n'en dis pas plus sur ma date de passage (comme ça, si j'échoue, je pourrai passer quelques jours à bouder dans mon coin sans qu'on me demande sans arrêt alors, ce permis, tu l'as eu ?).

Mise à jour : alors, je ne l'ai pas eu. • Plus tard : j'ai fini par l'avoir.

Sinon, toujours au rayon « hum, est-ce que je vais être à la hauteur, moi ? », je vais, pour la première fois, co-encadrer, avec un collègue et ami, la thèse d'un doctorant — du moins si nous arrivons ensemble à remplir les sous-quêtes administratives pour obtenir une allocation et faire l'inscription en doctorat. Je n'en dis pas plus sur le sujet, ni sur l'identité de l'étudiant ou de l'autre encadrant, au moins tant que ce n'est pas officiellement public (le but de ce blog est de raconter ma vie mais je préfère être prudent quand il s'agit de parler de celle des autres). Si je m'inquiète de savoir si je serai apte, c'est parce que je sais que j'ai souvent du mal à évaluer correctement à la fois l'intérêt et la difficulté d'une question de recherche en maths ; mais c'est aussi parce que j'ai moi-même eu un directeur de thèse hors de pair, non seulement par sa culture mathématique riche et profonde mais aussi par la patience dont il a fait preuve avec le thésard procrastinateur et pas toujours très fiable que j'étais : inévitablement, je me demande si je suis à même de continuer sa filiation académique (cf. ici).

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(samedi)

Quelques nouvelles en vrac (chronologie et géographie)

Je peux commencer cette entrée en recopiant presque verbatim quelques passages de celle-ci que j'écrivais il y a à peine plus d'un an :

J'ai déjà dit plusieurs fois sur ce blog que je préférais éviter d'écrire des billets dont le seul contenu est essentiellement de dire je suis toujours vivant (et je n'ai rien d'autre à dire), mais comme cela fait vraiment longtemps que je n'ai rien écrit, je vais quand même faire une exception et signaler que je suis toujours vivant (et je n'ai pas décidé de mettre un terme à ce blog, ni quoi que ce soit de ce genre). Je suis juste encore plus débordé que d'habitude.

Le truc avec le temps c'est qu'il se fragmente mal : on peut facilement se retrouver avec plein de petits bouts de temps libre, mais ces petits bouts sont inutilisables parce que chacun est trop court pour faire quelque chose de productif.

(Et comme quelqu'un me signalait en commentaire de cette entrée-là, il y a des activités qui ne prennent que la moitié de votre temps — à savoir une minute sur deux. J'aime beaucoup la comparaison.)

Le fait que ça arrive à la même période de l'année n'est pas un hasard : je donne des cours à Télécom ParisPloum en première année et en deuxième année, et comme les années sont gérées de façon complètement indépendantes, ces cours ont lieu sur des périodes qui se chevauchent : mes cours en première année touchent à leur fin mais ceux en deuxième année ont déjà commencé. Or à la fin d'un cours il peut y avoir un sujet de contrôle à préparer, et des copies à corriger ; et au début d'un cours il faut réfléchir à la manière de l'organiser[#], chose qu'on aurait dû faire longtemps avant mais pour laquelle on s'y prend évidemment toujours à la dernière minute (je ne prétends pas que ce ne soit pas de ma faute, donc). Et ce n'est pas comme si les autres choses chronophages cessaient pour autant[#2].

[#] Surtout quand, comme c'est le cas de mon cours de géométrie algébrique, enfin, de courbes algébriques, on se demande chaque année comment diable présenter quelque chose de rigoureux mais néanmoins digeste pour des étudiants en école d'ingénieurs qui ne savent pas grand-chose en algèbre (et notamment pas ce qu'est un produit tensoriel) ; par exemple, ni cette approche ni celle-ci n'a été une bonne idée.

[#2] À titre d'exemple, je racontais dans cette entrée que j'avais demandé par erreur ma mutation du régime fonctionnaire au régime général de la Sécurité sociale : j'espérais avoir attrapé l'erreur à temps en envoyant immédiatement une lettre à la CPAM pour les prier d'ignorer cette demande de mutation, mais évidemment, ça n'a pas été le cas, et trois mois plus tard je reçois une lettre de la CPAM me souhaitant la bienvenue chez eux et une lettre de la MGEN m'informant qu'ils se dessaississent de mon cas, donc j'ai de nouveau dû perdre du temps à constituer un dossier à joindre à une nouvelle lettre pour essayer de rétablir la situation.

Écrire une entrée de blog me demande non seulement du temps, mais aussi du temps sous forme contiguë : à chaque fois que je travaille une entrée et que je ne la finis pas, l'agacement de devoir faire des changements de contexte mentaux pour m'y mettre fait que ma motivation à la travailler diminue d'autant — et c'est souvent à cause de ça que des choses que je commence peuvent s'embourber dans les marais de l'inachèvement permanent. J'ai en tête (enfin, en matière de tête, plutôt un fichier memepool.txt) toutes sortes de choses dont je pourrais parler et dont je voudrais parler, mais il est sacrément plus facile d'ajouter des choses à la liste que de les en évacuer : si je commence à écrire une introduction au topos effectif, par exemple (ce qui fait partie des choses dont j'aimerais dire un mot), je sais très bien que mon intention d'écrire un texte court va être un nouvel échec critique… (Ceci dit, je dois avouer que l'entrée précédente sur la logique linéaire a été un chouïa moins interminable que je ne le craignais.)

Twitter est, à cet égard, à double tranchant : d'un côté, il est très difficile d'arriver à commencer un tweet et de ne pas trouver le moyen de le finir (ça m'est quand même arrivé — si, si). De l'autre, en me fournissant un exutoire pour tout ce qui peut se dire en peu de mots, il nourrit ma tendance malheureuse — et dont je n'arrive pas à me défaire — à considérer que je ne peux/dois/sais écrire dans mon blog que des textes longs[#3].

[#3] Prétérition : supposons que je veuille signaler le fait — dont je ne me suis rendu compte que récemment — qu'on peut étiqueter de façon élégamment symétrique les dix points et les dix droites de la configuration de Desargues (c'est-à-dire les dix points et dix droites qui interviennent dans l'énoncé du théorème de Desargues) par les 10 choix de deux éléments parmi {1,2,3,4,5} (un point étant situé sur une droite lorsque les ensembles de cardinal 2 qui les étiquettent sont disjoints). Si je raconte ça sur Twitter, je vais arriver à être succinct et m'en tirer en quelques tweets. Si je raconte ça sur mon blog, je vais me sentir inexplicablement obligé de faire un brain dump de toutes sortes de choses inutiles sur le théorème de Desargues, par exemple qu'il n'est pas valable dans le plan projectif octonionique, ou qu'il est une conséquence du théorème de Pappus mais que le contraire n'est pas vrai ; puis je vais parler des configurations (n3) puisque Desargues fournit un (10₃) et Pappus un (9₃) je vais commencer à dire qu'il y a un (8₃) essentiellement unique mais pas sur n'importe quel corps et un (7₃) idem, puis je vais digresser sur Cremona-Richmond qui est un magnifique (15₃), et là j'en viendrai à parler des droites sur la surface cubique ; et si j'en viens à évoquer le très joli texte de Cremona de 1877 (Teoremi stereometrici dai quagli si deducono le proprietà dell'esagrammo di Pascal, Reale Accademia dei Lincei) dans lequel il explique comment déduire le théorème de l'hexagone de Pascal, qui est une généralisation de celui de Pappus, de la considération judicieuse d'une surface cubique avec un point double ordinaire de type (A₁), et que les 60 points de Kirkman de l'hexagramme mystique forment 6 configurations de Desargues (une par pentade sur les six points de l'hexagone) et comment il faut les étiqueter, je n'en aurai jamais fini ! Rien qu'en écrivant cette prétérition j'en ai dit plus que ce que je pensais, alors imaginez si j'écrivais vraiment une entrée sur le sujet…

Entre autres activités chronophages, j'en suis toujours à essayer d'apprendre à manier une moto. (Peut-être que si j'avais su que ç'allait être aussi long, je n'aurais pas essayé de passer le permis A2, mais maintenant qu'il commence, à force de progrès logarithmiques, à devenir plausible que je puisse éventuellement à terme pouvoir envisager d'imaginer le présenter, autant aller jusqu'au bout.) L'an dernier, donc, j'étais un peu dans le même cas s'agissant d'apprendre à conduire une voiture : ça va bientôt faire un an que j'aurai passé le permis B — j'ai l'impression que ça fait une éternité.

Je me disais justement l'autre jour que le fait d'avoir passé le permis m'a au moins fait progresser sur une chose, c'est ma connaissance de la géographie de l'Île-de-France. Parce que, avant, en bon Parisien-qui-n'a-même-pas-le-permis, mon savoir en la matière s'arrêtait très distinctement au boulevard périphérique : mon poussinet et moi passions nos week-ends à nous promener dans Paris et n'allions que très exceptionnellement nous aventurer dans les contrées barbares qui s'étendent au-delà du pomerium. Bon, comme j'ai grandi à Orsay, je savais quand même situer les communes de la vallée de Chevreuse, mais c'est à peu près tout. Maintenant que le poussinet s'est acheté une voiture et que nous sommes passés résolument dans le club des vilains pollueurs (enfin, le week-end), nos terrains de balade se sont beaucoup élargis et j'ai une idée nettement plus précise de comment s'agencent les communes et les routes de ma région natale.

Il y a un sentiment que j'aime beaucoup (et qui mériterait peut-être à figurer dans le le Dictionary of Obscure Sorrows), c'est le petit déclic mental qui se produit quand je réussis enfin à correctement situer géographiquement un endroit que je connais, par exemple un endroit où je suis souvent allé quand j'étais petit, ou encore quand je me rends compte que tel endroit que je connaissais est à côté de tel autre et que je ne m'en étais pas rendu compte (voir aussi la note #6 ci-dessous). C'est un déclic de clarté un peu semblable à celui que j'aime tellement quand j'ai la réponse à une énigme ou à un problème de maths qui me plaît. Or il y a quantité d'endroits en Île-de-France où je suis passé quand j'étais petit, des trajets que j'ai faits en voiture[#4] avec mes parents, peut-être même à de nombreuses reprises, et que je ne pouvais absolument pas situer, et c'est une grande satisfaction pour moi de pouvoir enfin les situer correctement sur une carte, ou d'aller mettre les pieds à un endroit que je n'avais vu qu'en passant en voiture[#5].

[#4] Quand on va d'Orsay à Paris en voiture, outre qu'il y a principalement deux trajets possibles (via la N118 pour atteindre le pont de Sèvres et l'ouest de Paris ou via la A10+A6 pour rejoindre le sud), il y a aussi toutes sortes d'endroits où il faut faire des choix, c'est-à-dire se placer sur la bonne voie, même si certains de ces choix sont sans importance (par exemple, il y a deux branches de la A6, la A6a et la A6b, mais il y a en fait toutes sortes de moyens de passer de l'une à l'autre). J'avais plus ou moins inconsciemment mémorisé ces choix, mais je comprends enfin maintenant où mènent les différentes branches possibles à chaque endroit, et aussi à quoi ressemblent les endroits que la voie rapide traverse. • TODO : écrire quelque chose sur l'interconnexion entre la A86 et la A6, qui n'est que partielle, et ce qu'il faut faire pour chaque combinaison possible entre une direction d'où on vient et une direction où on veut aller.

[#5] À titre d'exemple, je suis passé plein de fois à cet endroit en voiture avec mes parents (quand nous allions depuis Orsay rendre visite à des amis qui habitaient Sèvres) : à gauche, Bièvres et la vallée du même nom, à droite, la forêt de Verrières. Il y a trois semaines, le poussinet et moi sommes allés nous promener dans la forêt de Verrières, et j'ai pu regarder ce même endroit depuis un autre point de vue — c'était presque une épiphanie géographique.

À cet égard, je regrette, quand j'ai préparé le permis lui-même, de ne pas avoir fait plus attention aux endroits par où je passais pendant les leçons (j'aurais pu, par exemple, mettre mon téléphone en mode enregistrement GPS pour garder trace des trajets). Au début, nous allions le plus souvent au cimetière de Chevilly-Larue, j'ai pu reconstituer de mémoire les trajets aller et retour typiques[#6], et encore, avec quelques hésitations ; j'ai pu retrouver quelques autres endroits qui m'avaient marqué, par exemple ici où il faut penser à clignoter à gauche puisqu'on ne peut pas continuer tout droit (en fait, j'ai beaucoup circulé à l'Haÿ-les-Roses), mais il y a aussi plein d'autres endroits où je suis passé pendant mes leçons de conduite, dont j'ai gardé une mémoire visuelle mais que je ne sais plus replacer sur la carte.

[#6] Même sur ce tout petit trajet, j'ai eu l'occasion, en le reconstituant sur Google Maps, de faire une petite découverte géographique : l'endroit où le trajet aller et le trajet retour se croisent n'est pas, en fait, un vrai croisement, il y a un pont à Arcueil où nous passions au-dessus à l'aller et en-dessous au retour, et je n'avais pas du tout fait le lien entre ces « deux » endroits.

Quand je préparerai l'épreuve de circulation du permis moto (enfin, espérons que ça finisse par arriver !), j'essaierai de penser à enregistrer les trajets par GPS.

Pour revenir à la géographie francilienne, mon poussinet et moi avons entrepris de faire le tour des forêts, histoire de changer un peu des parcs et jardins plus aménagés :

Forêt de Fontainebleau (du côté de la Croix du Calvaire)
Forêt de Meudon
Forêt de Montmorency
Forêt de Compiègne (du côté du belvédère des Beaux Monts) (d'accord, techniquement, ce n'est pas en Île-de-France)
Forêt de Sénart
Domaine et forêt de Marly
Forêt de Saint-Germain-en-Laye
Forêt de Montmorency
Forêt de Rambouillet (du côté des étangs de Hollande)
Forêt des Fausses Reposes
Forêt de Verrières
Forêt de Meudon
Haute Vallée de Chevreuse (du côté de Port-Royal-des-Champs)
Forêt de Fontainebleau (du côté du Mont d'Ussy)
Haute Vallée de Chevreuse (abbaye des Vaux-de-Cernay)
Forêt de la Malmaison

Suite : Voir cette entrée ultérieure pour les visites de forêts ultérieures.

Comme je le disais dans cette entrée passée après avoir visité les forêts de Marly et Louveciennes, j'ai tendance à penser une forêt c'est une forêt, et en Île-de-France elles doivent toutes se ressembler (ou sinon, être aussi variées d'un point à l'autre de la même forêt qu'entre deux forêts de la région), mais en fait non, il y a vraiment des différences, même si je n'arrive pas bien à mettre le doigt dessus, dans les essences représentées (je suis complètement nul en botanique donc je ne saurai pas être plus précis), dans la densité d'arbres, dans le relief, dans le type de sol, etc. — j'aurais pu ajouter : dans le fait que la forêt soit exploitée ou non et dans les coupes qui y ont été faites (et qui jouent sur l'âge des arbres). La forêt de Fontainebleau ne ressemble vraiment pas aux autres dans ma liste ; à l'inverse, il faut admettre que les forêts de Meudon, des Fausses Reposes, de Verrières et de la Malmaison se ressemblent beaucoup, c'est normal, elles sont très proches géographiquement, mais même là il y a des différences ; ceci étant, je les confonds déjà un peu dans ma tête donc je ne pourrais pas faire un petit guide (ça doit aussi dépendre des endroits que nous avons visités, et, de façon cruciale, de la saison où nous sommes passés puisque évidemment on n'a pas la même impression d'une forêt en mai, en octobre ou en février).

Quant à l'abbaye des Vaux-de-Cernay, je mentionne qu'on peut y prendre le brunch dans la salle capitulaire : c'est cher, mais pour un bon repas dans le cadre exceptionnel, je trouve que ça vaut le coup. (Quelques photos ici sur Twitter.)

Sinon, dans un genre nettement moins bucolique que Cernay, la semaine dernière, le poussinet et moi sommes allés jeter un coup d'œil (de l'extérieur !) au poste de transformation électrique de Villejust, sans doute un des plus gros de France (voire d'Europe ?) : il s'agit d'un des postes de transformation de la boucle ceinturant Paris à 400kV (et soutenant une seconde ceinture à 225kV plus proche de la capitale) : si on a comme moi une certaine fascination pour l'électricité de puissance, c'est assez impressionnant à voir — que ce soient les rangées d'isolateurs dans le poste lui-même ou les alignements de câbles qui y conduisent. (Quelques photos ici sur Twitter.) C'est d'ailleurs facile de localiser ce poste sur une carte ou dans la réalité : chercher où convergent un nombre faramineux de lignes à haute tension !

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(mercredi)

La « peur surnaturelle »

Quand j'étais enfant, j'étais très branché ésotérisme (c'est peut-être entre autres pour ça que, après être passé par une phase où j'écrivais de la mauvaise Heroic Fantasy, je me sens maintenant exilé hors du royaume magique). Je serais incapable de dire dans quelle mesure j'y croyais ou dans quelle mesure c'était un jeu (je crois que la seule réponse possible est oui) : mon moi-de-1986 n'est plus là pour répondre à ces questions. Toujours est-il que, à l'école primaire, mon ami Laurent et moi avons passé un temps invraisemblable à nous passionner pour des « mystères », qui étaient des observations (parfois parfaitement triviales) autour de nous que nous élevions au statut de phénomènes à expliquer et autour desquels nous bâtissions toutes sortes de théories. L'un de ces phénomènes concernait un trou au fond de la cour de récréation de notre école (oui, un bête trou dans un mur en pierres — sans doute le débouché d'une ancienne canalisation, mais peut-être que c'est le fait que j'aie été exilé hors du royaume magique qui me fait dire ça) : nous sentions se dégager de ce trou une sorte de présence maléfique qui nous inspirait la peur, une peur très particulière à laquelle j'ai donné le nom de « peur surnaturelle » (l'histoire ne dit pas si c'est la peur elle-même qui est surnaturelle ou s'il faut comprendre peur du surnaturel). Plus tard, au collège, c'est un arbre mort situé dans un jardin voisin de la cour du collège qui m'inspirait cette « peur surnaturelle » (bon, si vous voulez une idée, chercher sinister tree sur Google Images montre vaguement que les gens sont d'accord sur ce que c'est qu'une forme d'arbre sinistre).

À nouveau, je ne sais pas dans quelle mesure je prenais ça au sérieux ou si je me rendais intéressant ou si j'aimais le frisson que ces histoires me procuraient (d'un autre côté, il n'était jamais question de fantômes, de sorcières, de vampires[#00], ou de quoi que ce soit de classique ; par ailleurs, maintenant, je déteste particulièrement les films d'horreur ou les films « qui font peur »), ou simplement si j'aimais jouer à faire semblant d'y croire. Je pense que je ne savais moi-même pas bien. Mais il est intéressant qu'une des choses qui m'ait fait changer fut de tomber, dans la bibliothèque de mon collège, sur un livre sur le triangle des Bermudes, qui commençait par énumérer plein de disparitions inexpliquées qui me donnaient froid dans le dos, et finissait par expliquer qu'en fait tout ça était bidon, qu'aucune des disparitions n'avait vraiment eu lieu ou que celles qui avaient eu lieu avaient des explications tout à fait simples : le choc pour moi fut un peu celui qu'on a dans le roman Le Pendule de Foucault d'Umberto Eco (désolé, je vais devoir divulgâcher) quand Lia démonte toutes les théories du complot construites autour du manuscrit codé. Et dans la mesure où je m'intéressais à ces « mystères » pour me rendre moi-même intéressant, j'ai dû me dire que ça me rendait encore plus intéressant de jouer à démonter le surnaturel que de jouer à le colporter. Quelque chose comme ça. Il y a sans doute une morale là-dessous, mais je ne sais pas bien quoi.

[#00] Ajout : Laurent me signale en commentaire que, même si je l'avais oubliée, il y avait bien une histoire de vampire parmi nos « mystères » d'école primaire (et quelqu'un que nous soupçonnions d'en être un), et maintenant qu'il me le rappelle, effectivement, je m'en souviens. J'ai l'impression que je croyais moins sérieusement à cette histoire-là (au moins au sens où elle ne me faisait pas sérieusement peur), mais, bon, ma mémoire n'est pas du tout fiable.

Toujours est-il que, si les « mystères » qui me passionnaient étaient imaginaires, la « peur surnaturelle », elle, était bien réelle : je veux dire que je n'ai aucun doute que j'éprouvais vraiment une sensation de malaise (fût-ce pour des raisons complètement inventées) à la vue de ce trou ou de cet arbre mort ou de plusieurs autres sources que j'ai identifiées à cette « peur surnaturelle ». Ce n'est pas la sensation de peur usuelle — la peur du danger — provoquant une décharge d'adrénaline, qui donne envie de fuir et qui fait battre le cœur rapidement ; c'est encore moins la peur sociale liée à la timidité et à l'anxiété quant aux relations humaines ; c'est une peur encore différente, que je décrivais ainsi dans ce fragment littéraire (dont je me rappelle seulement maintenant l'existence en voulant écrire cette entrée) :

La porte de l'épouvante […] les peurs les plus profondes, les peurs ancestrales — la peur du noir, la peur de l'inexpliqué et de l'inexplicable —, ces monstres qu'on croit vaincus par la civilisation mais qui ne sont que mal endormis dans une cachette dans les racines de notre inconscient, attendant leur heure et ne donnant qu'un pâle reflet de leur présence dans nos pires cauchemars.

(C'est aussi un peu ce que j'avais à l'esprit en écrivant cet autre fragment.)

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(jeudi)

D'autres termes compliqués sont écrits à propos de mon épaule

Résumé des épisodes précédents : Je savais depuis longtemps que mon épaule droite était facilement sujette aux tendinites (notamment quand je fais de la musculation, mais j'avais trouvé moyen que ça ne se produise plus), mais il y a un mois et demi je me suis fait un coup brusque à cette épaule en retenant une moto qui tombait sur le côté (à l'arrêt) : très peu de douleur sur le coup, mais les trois jours suivants ont été très douloureux, surtout la nuit, et j'étais incapable de lever le bras. Un radiologue m'a diagnostiqué des calcifications aux tendons supra-épineux et sub-scapulaire et une rupture transfixiante au moins du premier ; mais une IRM pratiquée la semaine suivante a contredit la rupture des tendons, et par ailleurs les douleurs ont progressivement diminué jusqu'à revenir essentiellement au statu quo ante.

En fait, je n'ai plus mal du tout sauf quand je fais un mouvement de musculation particulier — que j'ai donc logiquement arrêté de faire. C'est d'ailleurs assez fascinant parce que deux mouvements peuvent avoir l'air complètement équivalent et apparemment ils ne le sont pas : le mouvement que je ne peux plus faire est le développé des pectoraux sur machine (en position assise, légèrement inclinée) consistant à pousser vers le haut, main en pronation (i.e., paume vers le bas) — soit à peu près ce qu'on voit sur cette page — j'ai mal en gros au niveau de l'avant de la tête de l'humérus, au retour du mouvement ; alors que l'exercice qui a l'air assez équivalent et où on pousse à peu près à niveau horizontal (le point d'articulation des barres étant au niveau du sol plutôt qu'au-dessus de la tête) ne me pose pas de problème. J'aimerais bien savoir s'il existe des manuels et/ou des modèles mathématiques précis décrivant précisément la mécanique anatomique des bras et de l'épaule pour que je puisse comprendre comment les forces s'exercent et comment les efforts se répartissent ! Parce que déjà rien que pour ce qui est de la terminologie, à la fois des médecins et celle des sportifs a l'air d'obéir à une systématique qui n'est pas du tout transparente pour moi, et qui est très mal expliquée à la fois sur Wikipédia et sur tous les livres d'anatomie sur lesquels j'ai pu mettre la main ; et pour ce qui est de la cinématique ou, pire, de la dynamique des mouvements, je n'ai pas trouvé la moindre source d'information susceptible de m'éclairer. Mais passons.

Comme mon généraliste m'avait référé vers un chirurgien orthopédiste spécialiste de l'épaule, je suis allé le voir même si ça allait mieux. Je lui ai apporté, donc, des radios, des échographies et une IRM, et il m'a essentiellement dit c'est bien, mais on ne voit pas grand-chose là-dessus : allez passer un arthroscanner et revenez me voir (ça fera 80€ s'il vous plaît)

J'exagère, il m'a quand même fait faire quelques mouvements pour voir ce qui me faisait mal, mais ce qui l'intéressait surtout était une petite tâche sur une radio, que le radiologue avait interprété (et que l'IRM avait plus ou moins confirmé) comme une calcification au niveau du sub-scapulaire et dont il se demandait si ça ne pouvait pas être une petite fracture de la glène (divulgâchis : non, je n'ai pas de fracture de la glène). Il m'a donc adressé à un nouveau radiologue avec la lettre suivante :

Faire arthroscanner épaule droite : fracture de glène ou calcification du sous-scapulaire ?

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(vendredi)

Finalement, je n'ai apparemment pas de tendons rompus

Je promets que ce blog ne va pas devenir celui des tendons de mon épaule droite, mais à cause du report de la série Ruxor passe le permis moto, il faut bien que je meuble le temps antenne avec un quelconque spinoff. D'autant plus que je suis en arrêt maladie cette semaine, donc je n'ai pas le droit de faire des maths ☺️ par contre j'ai le droit de raconter ma vie sur mon blog ou sur Twitter tant que je reste chez moi entre 9h et 11h (ça c'est facile, il y a un lit pour ça) et entre 14h et 16h. Et je pense qu'au-delà de mon cas personnel, ce qui suit peut être intéressant sur le plan médical, le plan méta-médical, et le plan administratif. Bref.

Résumé des épisodes précédents : Je savais depuis longtemps que je n'avais pas les épaules symétriques, et je savais aussi que je me faisais facilement mal aux tendons de l'épaule droite, notamment en faisant de la muscu, mais j'avais globalement trouvé un modus exercitandi pour gérer cette épaule. Seulement, vendredi il y a deux semaines (), je me suis fait un coup brusque à cette épaule en retenant une moto qui tombait sur le côté (à l'arrêt) : sur le coup ça ne m'a pas fait très mal, mais les trois jours suivants ont été très douloureux, surtout la nuit. Impossible de lever le bras (et en particulier, d'écrire au tableau, ce qui est très problématique pour enseigner). Mon généraliste (consulté le lundi suivant, ) m'a mis sous anti-inflammatoires et antalgiques. Petite amélioration. Jeudi de la semaine dernière (), un radiologue m'a diagnostiqué des calcifications et un ou deux tendons rompus (le supra-épineux et peut-être le sub-scapulaire), m'a expliqué que je devrais passer une IRM pour y voir plus clair et qu'il faudrait certainement une intervention chirurgicale : j'étais assez effondré à l'idée des longs mois de difficultés à dormir et d'interruption de toutes sortes d'activités que ce diagnostic me faisait présager.

Sauf qu'en fait les choses ont tourné beaucoup mieux que je ne l'espérais. J'avais encore très mal à l'épaule après le passage à la radio et l'échographie (le fait qu'on m'ait fait la placer dans toutes sortes de positions bizarres n'aidait évidemment pas, pas plus que la mauvaise nouvelle qu'on venait de m'annoncer). Mais les jours suivants, ça allait indubitablement de mieux en mieux. La douleur était encore assez sensible lundi (), quand j'ai revu mon généraliste ; celui-ci m'a dit de continuer les anti-inflammatoires et m'a adressé à un chirurgien orthopédiste pour savoir si et comment me faire opérer. Il m'a délivré un arrêt de travail pour la semaine (je vais revenir sur les complications administratives). Mais le lendemain je n'avais déjà presque plus mal : disons qu'au niveau douleur et même de mobilité générale du bras, il me semblait clair que je convergeais vers le status quo ante. Soulagement, au moins, de pouvoir dormir normalement (fût-ce seulement du côté gauche).

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(jeudi)

En fait, j'ai un ou deux tendons rompus

J'écrivais il y a quelques jours que je m'étais fait une tendinite à l'épaule droite (en essayant de rattraper une moto qui tombait — mais la cause réelle est confuse, cf. ci-dessous). En fait, ce n'est pas juste une tendinite : je viens d'apprendre que j'ai au moins un tendon rompu, si ce n'est deux.

Je suis arrivé cet après-midi plutôt confiant chez le radiologue pour la radio et l'échographie de l'épaule que mon généraliste m'avait prescrites : j'avais l'impression que ma « tendinite » était doucement en train de partir, en tout cas j'ai mieux dormi les deux dernières nuits, avec moins d'anti-inflammatoires et d'antalgiques, et il me semblait que je retrouvais un peu ma mobilité au bras droit. au point que je pourrais sans doute faire cours au tableau lundi (22) et peut-être même avoir le cours de moto qui était planifié jeudi (25).

Calcifications visibles à la radio : ça suggère des blessures au tendon, mais ça signifie aussi que ce n'est pas tout récent — donc la moto ne peut pas être la seule à blâmer. Le radiologue n'a vraiment pas l'air content en regardant les images : les dommages sont considérables, commente-t-il, tout en annotant les images avec des mots comme épanchement et rupture qui sont manifestement de mauvais augure. Finalement, il conclut : dans l'immédiat, il faut faire une IRM, et il est quasi certain qu'une opération chirurgicale sera nécesaire. D'après son rapport, j'ai une rupture du tendon supra-épineux, et peut-être aussi du sub-scapulaire (ne me demandez pas où ils sont au juste ni ce qu'ils font exactement — les images renvoyées par Google images sont épouvantablement incompréhensibles). Voici le compte-rendu complet (je ne vois pas trop de raison de ne pas le mettre en ligne) :

Indications : Scapulalgies persistantes. [Hum, ce n'est pas vraiment ce que j'ai dit, moi, mais passons.]

Radiographies de l'épaule droite de face (rotations neutre, interne et externe) et profils de Lamy et glénoïdien. Résultats : Respect des interlignes articulaires sous-acromial et omo-huméral. Calcifications fines hétérogènes sus-trochitériennes et en regard du trochin témoignant respectivement d'une tendinopathie calcifiante du supra-épineux et du sub-scapulaire. Absence de lésion osseuse focale. CSA à 38°. [CSA>35° : risque de rupture de coiffe.]

Échographie de l'épaule droite. Résultats : L'examen a été réalisé avec une sonde de 11MHz et a comporté des coupes multi-directionnelles dynamiques. • Présence d'une structure hyperéchogène, sous acromiale étendue sur près de 18×17×10mm, pouvant correspondre à une bursite calcique mais l'absence de visiblité du tendon sub-scapulaire dans sa totalité ne permet pas d'éliminer une rupture à son niveau. On visualise également une solution de continuité entre les deux cordes profonde et superficielle du supra-épineux traduisant une rupture transfixiante sans rétraction. On retrouve la présence de calcifications des fibres périphériques du supra-épineux. Petit épanchement dans le récessus postérieur. Intégrité de l'articulation acromio-claviculaire. Absence de dégénérescence graisseuse des corps charnus du supra ou de l'infra-épineux.

Dans ces conditions, on préconise une confrontation aux données IRM.

Le cabinet de radiologie a pu me trouver un rendez-vous pour une IRM la semaine prochaine (jeudi 25). Ne sachant pas trop quoi faire, j'ai pris rendez-vous chez une rhumatologue le lendemain. Je ne sais pas si ça vaut la peine que je retourne voir mon généraliste d'ici là, ni si ça a un intérêt de continuer les anti-inflammatoires. Mais me voilà avec un certain nombre de questions, d'inquiétudes ou d'angoisses :

1. Qu'est-ce qui m'est arrivé exactement ? Le radiologue a été clair sur le fait que les calcifications démontrent que le problème ne peut pas être aussi récent que vendredi (i.e., il faut croire que j'avais quelque chose aux tendons bien avant d'essayer de rattraper une moto, ou même de commencer les cours). Je savais que j'avais des problèmes occasionnels à l'épaule droite, mais quelle pouvait être leur nature exacte ? Je suppose que la rupture du tendon supra-épineux elle-même date de vendredi, mais peut-être qu'elle était partiellement amorcée avant. Mais comment expliquer que j'aie eu très peu mal sur le coup, que je ne me sois pas senti spécialement handicapé vendredi, et que la douleur et l'incapacité à soulever le bras soient venus progressivement au cours du week-end ? J'ai quand même pu conduire une moto vendredi après-midi, d'abord sur le plateau, puis sur l'autoroute : j'ai du mal à comprendre comment j'ai pu accomplir un tel exploit avec un ou deux tendons rompus ! (Ou alors ils se seraient rompus après ? Mais comment ?)

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(lundi)

Fichue tendinite

J'ai déjà raconté que je n'avais pas les épaules symétriques : alors que mon épaule gauche se place naturellement dans le plan où les livres d'anatomie disent qu'elle est censée être, mon épaule droite a toujours tendance à être avancée par rapport à ça (plus ou moins avancée selon la manière dont je tourne les bras, mais toujours au moins un peu décalée vers l'avant). Et sans doute en rapport avec ça (même si le lien de causalité exact m'échappe), (a) j'ai beaucoup moins de mobilité dans l'épaule droite, et (b) j'ai beaucoup plus facilement mal à elle. Je me suis plusieurs fois fait des tendinites à l'épaule droite en faisant de la muscu (surtout les exercices consistant à lever les bras vers le côté ou vers l'avant), jamais à la gauche, et je dois toujours veiller, sur ce genre d'exercices, à régler la charge bien en-deçà de ce que je crois être capable de porter. (Plusieurs fois je me suis dit que j'allais essayer de forcer mon épaule dans la position où elle devrait être pour faire l'exercice, mais j'ai l'impression que c'est encore pire.)

Le problème, en outre, avec les traumatismes aux tendons à l'effort, c'est que souvent ils ne préviennent pas tout de suite : on peut ne pas du tout se rendre compte qu'on a trop forcé, et le découvrir le soir même, voire le lendemain, ou même le surlendemain, lorsque la douleur s'installe. Et il faut facilement des semaines, parfois des mois, pour revenir à un semblant de normalité (en plus de ça, pendant ces semaines ou ces mois, les muscles participant secondairement à l'effort pour contrôler la position des membres ont tendance à fondre énormément, donc si on reprend au niveau où on croit en être, c'est la garantie de réactiver la tendinite : il faut recommencer très progressivement). Bref, au moindre excès, on perd des mois d'entraînement, et je dis ça alors que je fais de la muscu juste pour le plaisir, je n'ose imaginer ce que ça donne chez ceux qui s'y prennent vraiment sérieusement.

Bon, mais là je me suis fait mal à l'épaule non pas en salle de sport mais, vendredi, en retenant une moto qui allait tomber (à essentiellement 0km/h, je précise — c'est là que l'équilibre est précaire) : j'ai eu le réflexe de l'empêcher de verser à droite, et c'était une très mauvaise idée, parce que c'est beaucoup plus lourd qu'un vélo et que mon épaule droite n'a pas apprécié du tout. Alors certes je savais que la moto pouvait être dangereuse, mais je ne pensais pas du tout à ce genre de choses.

Et ce qui est insidieux, c'est que je ne m'en suis quasiment pas rendu compte sur le coup. Ça a un peu tiré, mais la douleur à ce moment-là était très modérée et elle a disparu presque immédiatement. Je suis rentré sans m'apercevoir que je m'étais fait mal. Dès que je suis arrivé chez moi je me suis rendu compte que quelque chose n'allait pas, parce que ma main droite était comme ankylosée ; cette impression-là n'a pas duré non plus. Mais la douleur à l'épaule a vraiment crû tout au long du week-end.

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(lundi)

La nostalgie douce-amère des petits moments de bonheur passés

Il y a certainement une place dans le merveilleusement poétique Dictionary of Obscure Sorrows pour ce dont je veux parler — en fait, il est même possible qu'il y figure déjà, ou au moins que ses proches voisins dans la géographie compliquée des émotions humaines soient répertoriées.

Chaque rentrée qui arrive, chaque été qui se finit, est pour moi l'occasion d'une forme particulière d'anxiété — parfois légère, diffuse, éthérée, presque clémente, mais toujours palpable. L'incertitude quant aux changements que l'année va apporter. L'inquiétude de me voir rappeler par le cycle des saisons que la roue du temps tourne inexorablement. Or l'appréhension de l'avenir m'amène à contempler le passé.

De ces minutes de contemplation, des souvenirs émergent spontanément, et avec eux une sensation douce-amère : la nostalgie de certains instants du bonheur passé. Le désir de les revivre, de replonger dans la fraîcheur sucrée de ces moments trop vite vécus et pas assez appréciés. Comme si je voulais dire à mon moi d'hier : savoure cette seconde ! prends conscience que tu es heureux — comme si j'étais jaloux de ne plus être à sa place, de ne pas être plus jeune d'un jour, d'une semaine, d'un mois, d'un an, ou d'un quart de siècle. L'image que recrée ma mémoire m'apaise en même temps qu'elle me moque. À la manière d'une carte postale que je me serais envoyée : ici il fait très beau – dommage que tu ne sois pas là – bisous de jadis – signé : toi-même. Est-ce que je ne pourrais pas profiter de nouveau de ce nectar-là, ô dieux du temps ?

Les cartes postales se mélangent, elles ne sont même pas triées. Je regrette déjà l'après-midi ensoleillée que j'ai passée avant-hier à Fontainebleau avec mon poussinet, ou une balade en montagne il y a quelques semaines que, sur le moment, je n'ai pas vraiment aimée. Mais je me revois aussi petit, visitant le zoo de Toronto en suivant les grosses traces de pattes colorées qu'ils utilisaient pour baliser les parcours. Je repense à toutes ces promenades dans la vallée de Chevreuse avec mon père (qui maintenant ne peut presque plus marcher) pendant lesquelles il tâchait de m'intéresser à la physique. Je me remémore des heures passées à l'ENS à refaire le monde avec des copains (avec lesquels j'ai souvent perdu le contact). Il me revient aussi tout ce temps passé, quand j'étais ado, à jouer à des jeux d'aventure sur ordinateur[#] ou à programmer moi-même le jeu Légendes avec mes copains Laurent et Philippe (qui habitent tous les deux loin). Et il y a le jour où mon poussinet est devenu mon poussinet ; et cet autre jour, pas longtemps après, où nous avons déjeuné dans l'enceinte presque féérique du Petit Palais et je l'ai présenté à ma maman et à une amie de longue date de mes parents (maintenant décédée).

Les souvenirs qui me reviennent ainsi sont pour la plupart ceux d'un beau temps. Peut-être que la pluie délave la mémoire alors que le soleil la fige à la manière d'une plaque photographique. Peut-être n'envoie-t-on de cartes postales que d'un ciel serein.

L'utilisation du mot nostalgie est peut-être douteuse. Mais la limite des sentiments n'est pas claire entre le regret des temps que j'ai vécus et ceux de temps qui m'ont seulement été contés, peut-être faussement, ou que j'ai complètement inventés. Même les années que j'ai vécues sont en partie fausses, car j'ai sans doute écarté de ma mémoire les jours tristes — pluvieux — ennuyeux ; et parce que les souvenirs que je garde peuvent avoir été déformés. À force, tout se confond : j'étais heureux quand je sauvais des demoiselles en détresse.

Je suppose qu'il faut considérer les souvenirs non pas comme des cartes postales mais comme des sortes d'œuvres d'arts antiques — telle celle le poète écrit :

Le temps passe. Tout meurt. Le marbre même s'use.
Agrigente n'est plus qu'une ombre, et Syracuse
Dort sous le bleu liceul de son ciel indulgent ;

Et seul le dur métal que l'amour fit docile
Garde encore en sa fleur, aux médailles d'argent,
L'immortelle beauté des vierges de Sicile.

— José-Maria de Heredia, Les Trophées (Médaille antique)

Je retourne donc contempler ma collection de camées.

[#] Si vous avez mon âge plus ou moins quelques années, et si ce type de nostalgie peut vous atteindre, regardez les images de cette page et de celle-ci, c'est exactement le type d'art qui va bien avec le sentiment dont je parle dans cette entrée.

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(lundi)

Exilé hors du royaume magique

J'aime beaucoup les travaux du dessinateur et bédéiste Boulet[#] parce qu'il arrive non seulement à me faire rire (ce qui n'est pas trop difficile) mais aussi à me toucher. Je range cette entrée dans la catégorie « livres » de ce blog parce que je recommande l'ensemble de ses Notes[#2], mais je viens surtout de tomber sur sa fable(?) Maudit Royaume (publiée en 2014 dans le numéro 3 du trimestriel Papier et republiée à la fin du volume 11 de ses Notes) dont voici une version en ligne. Cette histoire a beaucoup résonné en moi.

(Divulgâchis maintenant. Suivez le lien ci-dessus ou lisez ses Notes[#2] avant de continuer à lire.)

Le thème qui m'a frappé, qui est présent dans plusieurs des histoires de Boulet mais particulièrement bien illustré dans celle-ci, c'est le contraste douloureux entre le monde féerique, magique et enchanté de nos rêves et des récits fantastiques et contes qui les ont alimentés — (Je dis nous mais je ne sais pas qui nous sommes, disons que je parle au moins pour moi et certainement pas que pour moi ; j'imagine que le dessinateur doit ressentir quelque chose de proche.) — entre ce monde féérique et le monde matériel dans lequel nous vivons vraiment. Lequel n'est certes pas dénué de choses dont on peut s'émerveiller (là aussi, Boulet a pas mal dessiné à ce sujet), mais il demeure une dissonance entre les deux.

Cette dissonance est particulièrement douloureuse quand on est scientifique, parce qu'un scientifique n'a pas le droit de croire à la magie, et ça ne l'empêche pas d'y rêver. À un certain niveau, j'envie les gens qui croient au surnaturel, aux dieux ou à ce genre de choses, et qui n'ont pas une part de rationalité froide dans leur cerveau pour leur rappeler sans arrêt rêve toujours : tout ça n'existe pas — ou qui arrivent à la faire taire. Ils peuvent vivre dans un monde enchanté.

Alors bien sûr, il est quand même possible pour un scientifique de s'émerveiller, de conserver un monde enchanté au-dessus du monde réel (j'avais développé ça de façon sans doute inutilement compliquée ici), et bien sûr de rêver (soit au sens littéral, soit en consommant des romans, des bédés, des films, etc.), soit même en étant artiste et en créant (quitte à risquer de devenir fou ?). Mais même dans la fiction, la rationalité vient vous embêter : oui, alors là, en fait, c'est pas logique que l'enchanteur veuille capturer la princesse, parce que s'il a le pouvoir de…mais ta gueule, bordel de merde, rationalité obsessive !. Et pour ce qui est du monde réel, je suis, comme tout le monde, déçu quand on annonce la mise au point d'une technique d'invisibilité, que ce ne soit pas une cape comme dans Harry Potter ou un anneau magique comme celui de Bilbo mais un truc minuscule qui arrive à canaliser certaines formes de micro-ondes ; ou que quand on révèle l'existence d'eau liquide sur Mars ce ne soit pas les canaux des rêves de Schiaparelli et de Lowell mais un lac enfoui sous la glace. (Évidemment, je le sais à l'avance quand je lis les titres qui les annoncent, mais ça ne m'empêche pas d'être déçu de savoir à l'avance que je serai déçu ; et je sais rationnellement que c'est un exploit d'avoir fabriqué le truc minuscule indétectable aux micro-ondes ou d'avoir détecté l'eau liquide sous la glace, mais ça ne m'empêche pas d'être frustré.)

Et puis, comme je l'ai déjà écrit, un élémental de praséodyme, ça ne le fait pas : c'était bien mieux quand les éléments étaient quatre et s'appelaient Terre, Eau, Air et Feu.

Bref, je me sens comme exilé hors du royaume magique. C'est ce qui m'a poussé à écrire de la mauvaise littérature fantastique et qui me pousse encore à le faire de temps en temps (mais de moins en moins, parce que je deviens vieux, usé et fatigué, et de moins en moins capable de voir les éléphants dans les boas). Je sais que je radote, je l'ai déjà raconté plusieurs fois sur ce blog (ici à propos d'un de mes personnages de roman, et encore ici), et surtout, c'est le thème de cette nouvelle, qui a des idées en commun avec l'histoire de Boulet.

Je ne sais pas si le fait d'être mathématicien est, à cet égard, plus ou moins enviable que si j'étais physicien ou biologiste. Les mathématiques n'excluent pas vraiment la magie : on pourrait tout à fait imaginer un monde fantastique basé sur une description mathématique précise de la magie (là aussi je sais que je radote), ce serait quelque chose d'intéressant à élaborer[#3]. Les maths sont les mêmes dans tous les univers possibles, même ceux où la magie existe (du moins, on a tendance à le croire). Et à un certain niveau, les maths contiennent déjà de la magie (en tout cas, elles contiennent indiscutablement de la numérologie : j'ai assez parlé du pouvoir magique des nombres 696 729 600 et 244 823 040 pour ne pas insister)[#4]. Mais peut-être que cela rend les choses encore plus frustrantes : je pourrais être un mathématicien dans un monde où la magie existe et je ne le suis pas ! Dammit!

[#] Là je fais un lien vers son blog, mais en fait je ne le lis pas en ligne : j'achète ses Notes sous forme de bouts d'arbres morts. Il n'y a pas vraiment de raison (ce n'est pas comme si je ne lisais pas plein de webcomics en ligne, donc je n'ai rien contre en principe), juste qu'on m'a offert le volume 10 pour mon anniversaire il y a deux(?) ans, alors ensuite j'ai acheté et lu les 9 à 1 dans l'ordre décroissant (de numéro mais aussi, à mon avis, de qualité ← ceci est une sorte de double négation pour dire qu'il s'améliore avec le temps), et puis je me suis rendu compte tout récemment que le 11 était sorti et je viens de le finir.

[#2] (Pas cher)

[#3] J'espère toujours qu'à force de répéter cette idée, un oulipien fou va s'en emparer et m'épargner le boulot fastidieux d'être moi-même l'oulipien fou.

[#4] Ou pour prendre un exemple venu de la crypto : Alice (chevalière guerrière et sauveuses de princes en détresse) et Bob (prince charmant prisonnier dans une tour) disposent d'un canal de communication sur lequel Ève (cruelle physicienne qui maintient Bob prisonnier) entend absolument tout ce qui se passe mais ne peut pas modifier le contenu : par la magie de la crypto, Alice et Bob peuvent quand même réussir à s'échanger des messages secrets qu'Ève ne pourra pas déchiffrer. (C'est évident si Alice et Bob ont convenu à l'avance d'une clé secrète de chiffrement, mais la vraie magie c'est que c'est possible même sans ça.)

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(samedi)

Où je décide de jouer avec Twitter

Il n'est pas complètement à exclure que la concision acérée dans l'expression de mes idées, jointe à la chasse impitoyable aux circonlocutions inutiles, ne dénombrent pas parmi les qualités pour lesquelles je suis le plus renommé.[#] Sans doute ne fais-je pas partie de ceux qui, à l'instar du président américain, savent rendre toute la sobre richesse de leur pensée dans l'implacable carcan des 280 caractères : nous autres esprits plus médiocres devons répandre notre logorrhée dans les cercles décidément moins reconnus des blogs personnels.

Malgré ça, je me suis déjà souvent dit que je devrais me créer un compte Twitter, ne serait-ce que parce qu'en lecture, c'est une source d'information indubitablement utile, et que tant qu'à faire je pourrais m'en servir à la fois pour annoncer les entrées que je publie dans ce blog, et aussi pour poster des choses trop courtes pour que j'ose en faire une nouvelle entrée (il ne faudrait pas saboter ma réputation de verbomane).

Je n'aime pas trop le fait que Twitter soit une plate-forme propriétaire[#2], mais en fait, j'utilise beaucoup MathOverflow (une instance de StackExchange), qui n'est pas spécialement moins propriétaire que Twitter. Et à la réflexion, je me suis dit que ce que je considérais le plus important, c'était que mes données ne restent pas prisonnières de la plate-forme.

C'est-à-dire que je tiens à pouvoir garder une copie de tout ce que j'y fais de sorte que toute cette information soit encore disponible si la plate-forme disparaît un jour. S'agissant de StackExchange, j'utilise déjà leur API pour garder une copie personnelle de tout ce que je poste sur MathOverflow (ainsi que toutes les questions auxquelles je réponds, toutes les réponses à mes questions, et d'autres choses de ce genre). J'avais commencé avec Reddit (dont j'essaie actuellement de me tenir éloigné parce que c'est décidément trop chronophage). Dès lors, il n'y a pas spécialement de raison de ne pas me créer un compte Twitter selon la même logique, puisqu'il y a une API qui permet a minima de récupérer toutes les informations disponibles par leur interface Web ou application Android. (Ce n'était pas évident quand on lit la page vers laquelle je viens de lier, qui a l'air de concerner uniquement des usages corporate, qu'on puisse ouvrir un compte API gratuitement et s'en servir pour faire de l'archivage, mais apparemment c'est le cas puisque j'ai réussi. En revanche, s'agissant de Facebook, je n'ai pas vraiment l'impression qu'une telle API existe : leurs interfaces semblent vraiment orientées vers les gens qui veulent faire de la pub, développer des jeux Facebook, ce genre de choses, et pas archiver leurs propres données[#3].)[#4][#5]

Bon, ce n'est pas tout qu'une API existe, il faut encore arriver à s'en servir. Heureusement, s'agissant de celle de Twitter, il y a une bibliothèque Perl, le langage que je préfère quand il s'agit d'écrire ce genre de scripts. La difficulté, ensuite, c'est de comprendre comment l'API fonctionne, parce qu'il y a toujours plein de choses qui ne sont pas, ou qui sont très mal, documentées : ce n'est dit nulle part, par exemple, que le texte d'un tweet est renvoyé sous forme HTML-échappée (un ‘&’ est retourné comme &amp;, par exemple, ce qui est bizarre parce que, fondamentalement, un tweet n'est pas du HTML, donc il n'y a aucune raison de l'échapper de la sorte) ; et c'est encore moins dit si la position des hashtags, URL et compagnie renvoyée par l'API est comptée en caractères avant ou après échappement (ou d'ailleurs si ces caractères sont vraiment des caractères Unicode ou des unités de codage UTF-16 comme en Java ; expérimentalement, ce sont bien des caractères Unicode, et ils sont comptés après échappement HTML[#6]). Il faut aussi se dépatouiller de la demi-douzaine de façons différentes dont on peut « retweeter » sur ce machin, qui sont mal expliquées et certaines, je crois le deviner, obsolètes[#7].

Je crois avoir vaincu ces petites difficultés techniques et produit un programme qui archive tout ce que je tweeterai, que je mettrai en ligne sur cette page (qui ne sera pas mise à jour en temps réel, puisqu'elle est surtout destinée à être une archive, mais probablement assez souvent quand même). Je vais certainement découvrir de nouvelles subtilités de l'API, mais j'imagine que je saurai m'en sortir.

Voilà, j'ai réussi à dire en beaucoup plus que 280 caractères, et avec sept notes en bas de page, ce qui tenait finalement en 36 caractères :

Bref, j'ai ouvert un compte Twitter.

Ajout : voir cette entrée ultérieure pour mes impressions trois mois après.

[#] Pourtant, quand j'étais lycéen, je me tirais plutôt bien de l'épreuve de résumé du bac français. (Je mettais d'ailleurs un point d'honneur à rendre toujours le nombre exact de mots demandés, sans jamais exploiter la marge de ±10% permise.) C'est peut-être parce qu'il est plus facile de sabrer dans la pensée d'autrui que dans la sienne propre. ☺️

[#2] Il y a bien des alternatives comme Mastodon, qui ont parfois des idées intéressantes, mais il y a le problème de l'effet de Matthieu — sous la forme que ce qui fait l'intérêt d'un réseau social, c'est le contenu qui est déjà dessus, donc les utilisateurs attirent les autres utilisateurs, d'où le fait que le succès appartienne à celui qui a eu le hasard de réussir (en premier). Je ne sais pas comment on peut lutter contre ça. (Par ailleurs, Mastodon a d'autres problèmes, comme le fait qu'ils n'ont pas pu/su/voulu créer un namespace unique pour les noms d'utilisateurs et qu'on se retrouve donc avec des noms à rallonge aussi ridicules que si tout le monde se nommait par son adresse mail.)

[#3] Alors vous allez me dire, il y a quand même moyen de récupérer toutes les informations qu'on a sur Facebook (le RGPD doit plus ou moins l'imposer). Mais s'il n'y a pas un mécanisme pour le faire de façon incrémentale (je n'ai pas envie, tous les jours, de récupérer tout ce que j'ai fait sur la plate-forme depuis que j'ai commencé à m'en servir !), et éventuellement filtrée, ce n'est pas très utile. Bref, il faut une API.

[#4] À ce sujet, je reconnais parfaitement la validité de la critique suivante : j'ai mis en place un système de commentaires sur ce blog, et je n'ai pas créé d'API pour interagir avec. Je le sais, et ça m'embête. Pour ma défense : (1) il n'y a aucun mécanisme d'authentification, pas de notion de compte ou quoi que ce soit de ce genre, donc je ne peux pas proposer à quelqu'un de récupérer toutes ses données, je n'ai moi-même pas trace de quel commentaire appartient vraiment à qui, (2) comme le HTML que je sers est très propre et que les URL sont assez évidentes, il serait simple à scripter, donc si quelqu'un trouve vraiment mon interface insupportable, il peut faire ça, et (3) j'ai depuis Une Éternité® de réécrire ce système de commentaire, qui est un vieux script Perl bien moisi qui ne permet même pas de faire du HTML basique et ne permet les liens qu'avec une syntaxe chiante que personne n'a envie de respecter, je n'ai jamais trouvé le temps pour changer tout ça, mais si un jour je le fais, une API minimale pour lire les commentaires sera incluse.

[#5] Ce n'est pas qu'une question d'archivage (au sens : garder pour l'Éternité), d'ailleurs : c'est aussi une question de recherche. J'aime bien pouvoir retrouver ce que j'ai déjà écrit sur tel ou tel sujet, et pour ça, la commande egrep est extrêmement précieuse… à condition d'avoir les données sous une forme grepable.

[#6] C'est un chouïa illogique, comme façon de faire, mais je suppose que ça simplifie le boulot des gens qui veulent produire du HTML facilement à partir d'un Tweet, qui sont probablement les plus importants consommateurs de l'API.

[#7] Est-ce qu'on peut faire un native retweet par l'interface Web ? J'ai essayé d'en faire un sans modifier le message, et il a quand même enregistré un tweet commençant en interne par RT.

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(mardi)

Où est le docteur Sacks quand j'ai besoin de lui ?

(Oui, je sais, la réponse à la question du titre est qu'il est mort — il n'y a pas si longtemps d'ailleurs.)

Hier, j'ai encore eu un épisode bizarre qui m'a mené aux urgences et a dû donner à tout le monde l'impression que je suis un hypocondriaque qui s'écoute trop et qui fait perdre du temps précieux qui devrait être consacré aux gens vraiment malades, mais qui m'inquiète quand même beaucoup.

J'étais en train de faire de la musculation et de lire des articles de maths. Oui, c'est une combinaison bizarre, mais j'ai déjà dû expliquer que je faisais régulièrement ça : je lis des maths pendant le temps de repos entre deux séries de mouvements de muscu, le fait que ça m'oblige à lire lentement est plutôt une bonne chose. Mais c'est peut-être aussi une combinaison redoutable pour le cerveau, je ne sais pas, même si je n'ai jamais eu de problème particulier jusqu'à maintenant. Je n'ai rien consommé d'inhabituel ni rien qui ne soit pas vendu en pharmacie en France (poudre de protéines, HMB), et j'ai bu normalement et régulièrement tout au long de ma séance. Je n'ai pas subi de choc particulier. Il est possible que j'aie forcé sur les mouvements. Ou peut-être que les articles que je lisais étaient particulièrement ésotériques ; je ne peux pas trop donner de détails parce qu'il s'agit de quelque chose sur quoi on m'a demandé d'écrire un rapport, mais disons qu'il était question d'applications possibles des groupes finis sporadiques à la crypto et, au point précis où j'en étais, de produits de Zappa-Szép.

Toujours est-il que (sans doute vers ) j'ai commencé à avoir des sentiments récurrents d'absence, couplés à une impression de déjà vu. Je n'arrivais plus du tout à suivre ce que je lisais. J'avais la sensation d'être un peu endormi, ou bien dans cet état mental incertain quand on est réveillé au milieu de la nuit et que les idées sont confuses (voir aussi ici). J'ai eu plusieurs fois des souvenirs bizarres qui me sont remontés à l'esprit, comme des restes de rêves qui remontent à la surface et qu'on n'arrive pas à préciser complètement (et si j'essayais, ça me causait une sorte de panique). Mais surtout, et c'est le symptôme qui a persisté le plus, de vivre comme « en pointillé » : un instant j'étais ici, un instant là, et entre les deux, rien, comme si ma vie n'était soudainement faite que de flashs, sans continuité entre eux. Comme si ma mémoire à court terme fonctionnait très mal, ou très bizarrement.

J'ai demandé à l'accueil de la salle de sport qu'ils parlent un peu avec moi, puis, comme ça ne passait décidément pas, qu'ils appellent les secours. Le SAMU et les pompiers ont jugé que je n'étais pas un cas pour eux et que je n'avais qu'à me débrouiller. Quelqu'un de la sécurité du club a eu la gentillesse de me raccompagner jusqu'à chez moi où j'ai pu prendre quelques affaires et appelé mon poussinet, lequel m'a mis dans un taxi et amené aux urgences de la Pitié-Salpêtrière (à si j'en crois le compte-rendu, parce que mes souvenirs à moi sont, justement, très confus pour ce qui est du temps).

Je pense que tout le monde m'a un peu pris pour un affabulateur, parce que ma conversation, si j'en crois ce que dit mon poussinet, était complètement cohérente et sensée, je donnais juste l'impression d'être agité et peut-être de me répéter. Et je reconnais franchement que j'ai une tendance très nette à l'hypocondrie. Mais moi, de mon côté, j'ai l'impression de n'avoir vécu cette soirée que par tableaux : un instant je suis dans la salle d'attente de la Pitié, un autre je parle à l'IAO[#], encore un autre un patient voisin me jette un regard noir parce que je parle très fort, encore un autre je suis en conversation avec l'interne qui s'est occupé de mon cas, puis on me fait passer un scanner, etc. Le point positif, si on veut, c'est que je ne me suis pas du tout ennuyé malgré les heures que j'ai passés à l'hôpital, je n'ai à aucun moment sorti mon mobile comme j'ai tendance à faire quand je trouve le temps long (juste une fois, vers la fin, et j'ai vu que j'avais précédemment ouvert l'article déjà vu sur Wikipédia en anglais, chose que je ne me rappelais plus du tout avoir fait).

[#] Il était très choupinou, d'ailleurs, l'IAO en question, comme je l'ai fait remarquer à mon poussinet : preuve que certaines parties de mon cerveau, au moins, fonctionnaient normalement. ☺️

Je veux bien croire que je donnais la sensation d'affabuler mais quand même, pour prendre un exemple un peu précis, je ne savais plus quel jour de la semaine nous étions, ni en quel mois. J'ai dû le faire remarquer à mon poussinet (j'ai laborieusement fini par reconstituer que nous étions lundi, mais je pensais que nous étions en mai) ; le poussinet qui, bêtement, n'a lui-même pas pensé à signaler ce fait aux médecins. C'est sans doute le problème d'avoir une conversation très cohérente : personne n'a eu l'air de juger utile de me poser des questions pour vérifier ma mémoire ou pour gratter sous le plâtre de cette cohérence. (Un des flashs de mémoire que j'ai est que j'ai blagué auprès de l'interne qu'il ne me demandait pas quel était le nom du président de la République. Bon, mais ça je ne l'avais pas oublié, justement.) Et les conversations que j'ai eu avec différentes personnes autres que mon poussinet étaient sans doute trop courtes pour qu'on remarque que je radotais (beaucoup plus que d'habitude, je veux dire). D'ailleurs, même en écrivant cette entrée, ce n'est pas complètement dissipé : j'ai failli écrire une nouvelle fois que le point positif c'est que je ne me suis pas du tout ennuyé, j'avais oublié que je l'avais déjà dit au paragraphe précédent ; et je me suis plusieurs fois rendu compte en me relisant que je réemployais une tournure qui figurait déjà deux lignes plus haut, vous voyez l'idée. À vous de juger si ce que j'écris est, par ailleurs, globalement sensé et grammaticalement correct (et si ça l'est plus ou moins que ce que j'écris d'ordinaire).

Il y a des souvenirs qui me manquent vraiment. Je me rappelle avoir téléphoné à mon poussinet, mais rien de ce que j'ai pu lui dire ou comment j'ai pu lui présenter le problème. Je me rappelle être monté dans un taxi pour la Pitié, mais rien de la course elle-même. Je ne me rappelle absolument pas avoir ouvert l'article Wikipédia sur le déjà vu, mais mon téléphone s'en souvenait. Quand mon poussinet est allé nous chercher à manger parce que notre attente aux urgences s'éternisait, je lui ai envoyé un message, et cinq minutes plus tard je me rappelais lui avoir envoyé un message mais rien de ce qu'il pouvait dire. Ce genre de choses.

À l'inverse, parmi les souvenirs quasi-oniriques qui m'obsédaient dans mon état second, il y a une histoire de jeu de cartes. J'ai plusieurs fois répété (apparemment, parce que je ne m'en souviens que très vaguement) à mon poussinet qu'il fallait absolument que je me rappelle cette histoire de jeu de cartes. (Mais il insiste sur le fait que je n'ai rien dit de vraiment incohérent, juste sur le fait que j'avais une pensée de jeu de cartes et que je devais m'en souvenir.) A posteriori, je pense qu'il s'agit du jeu que j'ai fait imprimer et qui est basé sur la combinatoire des 27 droites sur une surface cubique, mais je ne saurais pas expliquer pourquoi cette pensée m'obsédait (il y a un rapport très lointain avec ce que je lisais, mais ça ressemble surtout aux idées de maths confuses que je peux avoir en rêve).

Comme je suppliais mon poussinet de trouver une tâche permettant de juger un petit peu l'état de mon cerveau, il a fini par me proposer de faire un sudoku. (Parmi les flashs de souvenirs que j'ai, il y a celui où j'ai fait remarquer à l'interne que j'y tenais, à mon cerveau, parce que c'était mon outil de travail.) Ça marchait plus ou moins, c'est-à-dire que j'arrivais à remplir quelques cases (correctement), mais vraiment lentement, et je n'arrêtais pas de perdre le fil de mes raisonnements.

Bref. On m'a fait un examen sanguin sommaire (essentiellement normal, cf. le rapport complet ci-dessous), un scanner sans produit de contraste (normal) ; on n'a pas jugé utile de me faire voir par un psy aux urgences, et on m'a renvoyé chez moi (vers 1h ce matin). J'ai eu le sentiment d'aller mieux une fois au lit, et ce matin en me réveillant, mais je ne peux pas dire que ce soit complètement passé pour autant, j'ai encore l'impression d'avoir du mal à me concentrer et de perdre inhabituellement souvent le fil de mes idées ou d'avoir oublié ce que je viens de dire ou d'écrire. Ceci étant, il est vrai que j'ai mal dormi (je me suis couché tard à cause des péripéties que je viens de dire, j'étais stressé donc j'ai eu du mal à m'endormir, et j'ai été réveillé tôt par le bruit de travaux dans un immeuble voisin).

Je sais qu'il est arrivé quelque chose de semblable à la maman de mon poussinet, et même à deux reprises. (La première fois je n'étais pas là, mais elle avait soudainement oublié beaucoup de choses, y compris le fait que son fils était homo, et elle n'arrêtait pas de perdre le fil de ses pensées et de revenir sur des choses déjà dites. La seconde fois, je lui ai parlé, et j'avoue que c'était assez délicat de se rendre compte que quelque chose « n'allait pas », il fallait surtout remarquer qu'elle radotait beaucoup.) Il ne semblait pas y avoir de déclencheur particulier à ces épisodes, et ils n'ont pas laissé de séquelle particulière, ni été corrélés à une quelconque lésion visible sur une IRM.

Mise à jour nº1 () : Je pense que maintenant tout est revenu à la normale. Mais ça aura pris plus que 24 heures.

Mise à jour nº2 : Un ami de ma petite sœur (bien informé de ce genre de choses) me fait remarquer que les symptômes que je décris ressemblent pas mal aux effets des antagonistes des récepteurs NMDA (comme la diphénidine, mais elle a une durée de vie plus courte). Je précise donc à tout hasard que je n'ai consommé aucun psychotrope, certainement pas volontairement, et que je ne vois aucun scénario qui ne soit pas invraisemblablement tarabiscoté pour imaginer qu'on aurait pu m'en faire consommer à mon insu ce jour-là (ni que ce soit arrivé par accident). • Sinon, pour répondre à d'autres remarques que j'ai reçues, je n'étais pas inhabituellement stressé, je n'étais pas en carence de sommeil, je n'ai pas mangé de façon très différente de ce que je mange d'ordinaire, et je n'étais pas en manque de caféine. • À la limite, si je dois pointer du doigt des choses, je suis tenté de souligner qu'il faisait à la fois plus chaud et plus lumineux que ces derniers jours, or je suis très sensible à la chaleur et à la lumière.

Mise à jour nº3 () : The plot thickens. Vers (c'est-à-dire hier soir au moment où j'écris), en même temps que les effets cognitifs bizarres finissaient de s'estomper complètement, j'ai commencé à avoir un de ces « maux de tête extérieurs » dont je parlais ici (pour résumer, un mal de tête qui au début semble intérieur à la tête mais qui, au bout d'un certain temps, se révèle comme venant de la surface et s'accompagne de l'apparition d'une sorte de petit bouton ou de toute petite bosse sur la peau du crâne, en l'occurrence, quelques centimètres au-dessus du point le plus arrière de l'oreille gauche) ; j'ai appris à ignorer ces trucs qui m'arrivent occasionnellement et semblent sans gravité aucune, mais celui-ci était inhabituellement fort, et la coïncidence est tout de même troublante (d'autant que ça faisait assez longtemps que je n'avais rien eu de la sorte). Je suis absolument certain de ne pas avoir subi de choc à cet endroit-là. Peut-être que c'est du Dr. House que j'ai besoin, pas du Dr. Sacks ; ce qui est mauvais signe, parce que les patients de House, généralement, il leur arrive plein de choses pas drôles. • Mise à jour nº4 : C'est passé aussi.

Extraits du compte-rendu des urgences [reformaté et légèrement édité ; les commentaires entre crochets sont de moi] :

Entré le .

Constantes initiales] : PA 161/93 [normalement je suis autour de 130/70 au repos, mais je sais que je monte très facilement] ; FC 100/min [je fais 60/min au repos] ; Temp : 36.8°C ; SaO₂ : 97% ; Dextro [=glycémie] : 6.3 mmol/L ; Glasgow : 15

Antécédents : crises d'angoisse. • Traitement en cours : propranolol [à faible dose pour des crises de tachycardie].

Histoire de la maladie : Mathématicien. Cet après-midi, dans la salle de musculation le patient a senti une perte de contact avec la réalité brève et fluctuante. Perte de mémoire court terme. Pas d'hallucination. Notion de première crise. Dernière selle : ce matin. A uriné il y a peu. Pas de saut de repas. Pas de nuit blanche.

Examen clinique initial : Glycémie à l'entrée normale. Tachycarde. Pas d'essoufflement. Pas de douleur thoracique. Nausée [légère et intermittente]. Pas de palpitation. Pas de sueurs. Pas de vertige. Pas de sentiment de déréalisation ni de dépersonnification [hum, ça je suis un peu surpris que ce soit écrit, parce que c'était quand même un peu tout le problème]. • Examen neuro : conscient, cohérent, orienté. ScGw=15. Pas de déficit sensitivo-moteur. ROT présents et symétriques. Paires craniennes normales. Pas de syndrome cérebelleux. • Examen cardiaque : BdC réguliers. Souffle en foyer aortique [mon cardiologue m'a expliqué qu'en fait ce n'était pas un souffle que j'avais mais que le bruit de la circulation donnait cette impression — ou quelque chose comme ça, je n'ai pas bien compris]. • Examen pulmonaire : MVBS. Eupnéique en air ambiant. Pas de toux. Pas d'expectoration. Abdomen : souple, dépressible, indolore. Pas de SFU.

Évolution clinique :

[ — bilan sanguin] Iono : subnormal. Calcémie à 2.55 mmol/L [c'est à peu près ce que j'ai normalement]. Pas de dosage des protéines. Hyperleucocytose à PPN : 12.78 GB dont 10.93 PPN [là, par contre, ce n'est pas habituel pour moi, mon dernier bilan sanguin donnait 5.39 G/L leucocytes dont 2.7 PPN]. • En attente du TDM.

[] Scanner cérébral sans injection : Pas d'anomalie de densité visible au niveau du parenchyme cérébral. Pas d'anomalie significative visible au niveau des espaces sous-arachnoïdiens. Les cavités ventriculaires et les sillons cordicaux sont de forme et de dimension normales. Les structures médianes sont en place. Absence de lésion ossseuse suspecte de malignité visualisée. Conclusion : Scanner cérébral sans injection normale.

[] Avis sénior psy de garde : pas besoin d'un avis dans la nuit ni sur le groupe. Peut consulter sans urgence au CMP du Paris 13.

Maintenant, je ne sais pas bien ce que je dois en conclure, ni ce que je dois faire. Mon poussinet insiste que je n'ai rien oublié de notable, qu'à chaque fois qu'il me rappelait un événement précis, en fait, je m'en souvenais ; je crois qu'il me prend lui aussi un peu pour un affabulateur (vilain poussinet !). Est-ce que je dois prendre des précautions particulières en faisant de la muscu (voire arrêter complètement), ou est-ce que c'est un « hareng rouge » dans l'histoire ? Est-ce que je devrais essayer de trouver des tests cognitifs à faire en ligne (un peu mieux calibrés que des sudoku) ? Mais il me manquerait une valeur de référence pour mon état « normal », donc ce ne serait pas forcément significatif. Est-ce que je dois me forcer à faire des maths même si j'ai du mal à me concentrer, ou au contraire essayer de m'aérer le cerveau quelques jours ? Est-ce utile que j'aille consulter un psychiatre ? neurologue ? neuropsychiatre ? Je n'en sais rien.

Ajout () : Mon hypothèse personnelle provisoire est qu'il y a eu un déclencheur initial (peut-être une montée en tension inhabituelle, une légère hypoglycémie d'effort) et/ou un processus de pensée inhabituel (les produits de Zappa-Szép ont pu faire une connexion avec un rêve que j'aurais fait) qui auraient provoqué un état mental inhabituel avec ensuite une sorte de feedback.

Bon, au moins, je ne me suis pas mis à prendre mon poussinet pour un chapeau. Je sais bien que c'est un oiseau !

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(samedi)

J'obtiens le permis (et je me demande si je sais conduire)

Le titre dit tout, mais je vais raconter l'histoire de mon permis en long, en large, et en menus détails (en fait ça n'intéresse personne, mais j'écris surtout tout ça pour moi-même pour m'en souvenir plus tard).

(Edit  : ajout et remaniement de quelques passages, surtout dans la première partie, que je ne crois pas utile de signaler spécifiquement.)

Fin de la formation

J'étais inscrit à l'auto-école CER Bobillot (ils méritent bien que je leur fasse un peu de pub) : je les ai choisis parce qu'ils sont à même pas cinq minutes à pied de chez moi, mais je peux les recommander indépendamment de ça, administrativement ils ont toujours été corrects et efficaces, ils lisent et répondent rapidement à leur mail, ils ont géré correctement tout l'aspect administratif (le problème que j'avais eu de ce côté-là n'était absolument pas de leur faute, et ils m'ont correctement renseigné). Au niveau équipement, ils ont un simulateur moderne (que je n'ai que très peu utilisé, mais ça m'a quand même aidé à me rassurer au début), et les voitures sont dans un état impeccable. De ce que j'ai vu, la disponibilité des moniteurs est bonne, leur ponctualité est irréprochable. Au niveau de leur compétence, je n'ai rien à redire : on sent qu'ils connaissent bien les endroits où aller pour pratiquer, et les difficultés de tel ou tel centre d'examen, par exemple. Les explications théoriques et pratiques qu'on m'a données étaient toujours claires. Mon principal reproche pédagogique concerne le manque de patience face à mes erreurs (très) répétées, comme je vais le décrire ci-dessous.

Je reprends maintenant l'histoire où je l'avais laissée (j'en étais à 20h de conduite quand j'ai écrit cette entrée-là). J'ai continué à prendre des leçons de conduite, et ça a duré longtemps… longtemps. Au total j'ai fait 73 heures (ce qui, à 58€ l'heure, commence à revenir un peu cher, d'ailleurs, mais c'est surtout le temps consommé qui me posait problème), entre le et le , toujours par paquets de deux heures, presque toujours avec le même moniteur. (C'est dire si je connais bien, maintenant, ces lieux enchantés que sont Cachan, Chevilly-Larue, Orly, mais aussi Vélizy et Maisons-Alfort.) Et cette expérience de l'apprentissage de la conduite n'était pas franchement plaisante quand je devais lutter contre mes propres blocages.

Je disais dans l'entrée précédente que mes trois gros problèmes étaient l'inobservation (généralement due à une concentration focalisée sur le mauvais problème), l'indécision, et la panique inopportune. Les choses se sont un peu améliorées avec le temps : l'indécision s'est largement résorbée (mais parfois je suis tombé dans l'excès inverse), la panique a pris des formes moins aiguës, mais l'inobservation continue vraiment à me poser problème. Jusqu'à la fin, et je veux vraiment dire la fin, c'est-à-dire à la leçon qui consistait à emmener la voiture de l'auto-école au lieu de passage du permis, mon moniteur m'a engueulé parce que mes trajectoires étaient mauvaises parce que je ne faisais pas attention aux bonnes choses (je déviais ou je risquais de rouler dans un trou…). Et à chaque fois que je bugguais, et à plus forte raison si je me faisais engueuler, je tombais dans le cycle vicieux des erreurs. (Je restais régulièrement bloqué sur mais pourquoi j'ai fait ça ? ; or en conduisant, il faut penser au présent et à l'avenir, pas au passé.)

Bref, même s'il y avait pas mal de moments où tout allait très bien, j'ai eu des leçons ou des bouts de leçons qui se passaient vraiment très mal, et ce jusqu'à la fin. J'ai l'impression que mon moniteur était vraiment désemparé face à mon irrégularité. (J'ai déjà raconté que la formation était divisée en quatre grands chapitres, en gros 1 la mécanique, 2 la circulation urbaine normale, 3 la circulation plus compliquée et les autoroutes, et 4 du pipo, voyez l'entrée liée ci-dessus pour les intitulés réels ; mon moniteur a validé la partie 1 le au bout de 26 heures de conduite, et la partie 2, à confirmer, le après 60 heures… et il n'a jamais validé les parties 3 et 4. Bon, je ne sais pas ce que cette validation signifie pour eux au juste, mais toujours est-il qu'il n'avait pas l'air super convaincu de mon niveau.) Plus d'une fois il a tenu des propos du style si tu n'arrives pas à comprendre ça, je ne peux vraiment rien pour toi.

Il a quand même décidé, après une leçon qui s'était très bien déroulée malgré des conditions difficiles (nuit, circulation dense), de me présenter à l'examen sous réserve que je prenne encore une dizaine d'heures supplémentaires avant (finalement je n'en ai pas eu autant parce que la neige a forcé l'auto-école a annuler une leçon, le ). Mais même pas une demi-heure avant l'examen, pendant la dernière leçon d'une heure qui est plutôt destinée à « chauffer » le candidat et à le mettre en confiance en circulant dans le coin où aura lieu l'épreuve, il m'a deux fois pilé la voiture et passé un savon parce que je ne prenais pas suffisamment de marge pour m'écarter d'une voiture mal garée à droite. (Et ce genre de savon de dernière minute, limite humiliant, avec pour témoins les deux autres candidats à l'examen le même jour que je transportais comme passagers, ce n'est vraiment pas un truc pour mettre en confiance. L'une de ces deux candidats m'a d'ailleurs dit qu'elle avait été un peu choquée par l'attitude du moniteur à ce moment.)

Il y a des choses qui ne sont évidentes qu'a posteriori. J'aurais sans doute dû demander à changer de moniteur, pour avoir quelqu'un qui m'engueule moins. (Et en fait, lui-même aurait sans doute dû me le conseiller, plutôt que rester sur des formules comme je ne peux vraiment rien pour toi, et surtout, se rendre compte que m'engueuler était contre-productif.) D'un autre côté, il avait aussi des qualités que j'appréciais : non seulement je me sentais vraiment en sécurité et en confiance dans sa maîtrise du véhicule (j'ai eu plusieurs fois l'occasion de constater sa capacité à rattraper des erreurs graves de ma part), mais par ailleurs il me faisait partager ses observations, toujours très pertinente, sur les autres usagers de la route (tu as remarqué combien celui-là était agressif ?, celui-là il est pressé mais pas méchant, celle-là elle est complètement dans sa bulle) ; et j'espère, même si je n'en suis pas complètement persuadé, que ça m'a un peu aidé à combattre mon super-pouvoir d'inobservation. Mais une je me rends compte surtout maintenant que c'est fini à quel point cette formation m'a pesé, usé et stressé (les engueulades n'y sont pas pour rien, mais ça aussi c'est quelque chose que je ne perçois clairement qu'après coup).

Ceci étant, je ne veux surtout pas jeter la pierre à mon moniteur. D'abord parce que je comprends que ça soit difficile de gérer quelqu'un qui fait des erreurs répétées et parfois vraiment dangereuses. (Et en tant qu'enseignant je sympathise avec la difficulté de faire passer un message à un élève qui « ne veut pas » comprendre.) Mais aussi parce que, à un certain niveau, c'est le résultat qui compte, et il vaut indubitablement mieux se faire engueuler en leçon que d'avoir un accident après. Simplement, dans mon cas, je pense que c'était quand même contre-productif.

Le fait d'avoir fait un grand nombre d'heures, en tout cas, n'est pas en soi une mauvaise chose. (Je l'avais clairement dit au début : j'assume que ça puisse durer longtemps.) S'il m'a fallu beaucoup de temps pour surmonter très partiellement mes super-pouvoirs d'inobservation, d'indécision et de panique, en revanche, pendant ce temps, j'ai pu beaucoup améliorer ma pratique de la mécanique, et c'est au moins vrai que passer les vitesses, revenir au patinage, ou autres éléments de ce genre, ne me posent plus aucun problème.

Le stress

C'est quelque chose de vraiment bizarre. Fondamentalement je m'en foutais pas mal de passer le permis : je l'ai fait un peu sur la pression de mon entourage (mon poussinet, ma maman…), un peu parce que me sentant vieillir je me disais que si j'attendais plus longtemps je n'y arriverais vraiment jamais, un peu parce que mon école va déménager à Saclay dans 1½ ans, mais bon, aucune raison impérative, et je ne peux pas dire que ma motivation crevait le plafond. J'ai procrastiné assez longtemps pour présenter le code ; et quand j'ai finalement passé cet examen théorique, je n'étais absolument pas stressé, ni pour l'examen lui-même ni pour les résultats (alors que ce n'était pas du tout évident que je l'aurais vu le caractère très mystérieux des questions et mes résultats aléatoires sur les sites de préparation).

Et là, pour l'épreuve pratique, j'ai passé toute la semaine à angoisser comme un fou (et j'ai de nouveau stressé pour les résultats). Merci au passage à l'hydroxyzine pour m'avoir permis de dormir quand même, et au propranolol pour m'avoir évité les crises de tachycardie. Mais pourquoi ? Je sais que je suis d'un naturel hyper anxieux, mais c'est un peu mystérieux, quand même, que ça me mette dans un état de panique de passer un truc dont, fondamentalement, j'ai l'impression de me foutre pas mal. J'ai plusieurs hypothèses mais aucune n'est vraiment satisfaisante : notamment, le trac à l'idée que quelqu'un que je ne connais pas voie mes erreurs (et que je sois possiblement humilié), mais ça m'explique pas l'angoisse au moment des résultats ; ou la peur des coûts irrécupérables (sous la forme : maintenant que j'ai souffert pour passer ce permis, je n'ai pas envie que ça soit en vain).

C'est d'autant plus idiot que c'est un examen particulièrement facile à repasser (pour un examen universitaire il faut généralement attendre l'année suivante, là c'est possible sous un délai assez court, quelques mois dans le pire cas), les frais sont négligeables, et il n'y a pas de limite sur le nombre de passages (au bout de cinq échecs on doit repasser le code, mais cette partie-là est tellement facile à repasser, et pour le coup il n'y a aucune limite, que c'est presque insignifiant). Mais j'étais peut-être victime du méta-stress (i.e. : je stresse tellement cette fois-ci, je n'ai pas envie d'échouer et de devoir recommencer, ce qui me ferait stresser à nouveau) ; ou peut-être que le fait que je passe à un endroit notoirement « facile » (cf. ci-dessous) me rendait d'autant plus anxieux de ne pas gâcher cette chance.

Généralités sur l'examen

Pour ceux qui n'ont pas passé le permis, en France, et encore, récemment, voici une description détaillé du déroulement de l'épreuve pratique (pour le permis B) :

L'auto-école du candidat fournit la voiture à doubles commandes (donc celle sur laquelle on a appris à conduire, heureusement) ; l'inspecteur (officiellement appelé expert) prend place siège passager avant (avec les doubles commandes), le moniteur accompagnateur s'asseoit à l'arrière et prendra lui-même des notes (mais ne doit, évidemment, pas dire un mot). L'inspecteur commence par vérifier l'identité du candidat et contrôler le dossier administratif (notamment l'attestation de réussite au code, qu'il a déjà), puis il rappelle les consignes générales de l'épreuve. Il est censé procéder à un test de vue en demandant de lire une plaque d'immatriculation à une vingtaine(?) de mètres, mais souvent il omet cette formalité et je n'y ai pas eu droit. L'épreuve dure officiellement 32 minutes, dont 7 minutes de vérifications et questions, et 25 minutes de conduite effective : en fait, cette durée est très approximative, mais elle explique les heures bizarres comme 14h02.

L'inspecteur donne des instructions comme à gauche, à droite, tout droit, ou bien suivez Trouducul-du-Monde ; s'il ne dit rien, c'est soit que c'est tout droit, soit que la réglementation ne laisse qu'une seule possibilité (et ça fait partie de l'épreuve de le détecter assez tôt et de clignoter si nécessaire) ; il peut aussi dire quelque chose comme tournez à droite dès que possible (ce qui suggère que la première à droite sera peut-être interdite, mais pas forcément) ; en revanche, il ne donnera pas d'instruction contredisant explicitement la réglementation. L'épreuve doit autant que possible faire intervenir différents types de conditions (circulation urbaine d'une part, routes hors agglomération ou autoroutes de l'autre). Au moins une partie de l'épreuve est une « conduite autonome », c'est-à-dire que l'inspecteur aura donné des instructions comme suivez Machin, puis Truc, et il faut lire les panneaux de direction (mais il n'est évidemment pas demandé de faire plus que ça : on n'est pas censé connaître le coin, ni lire une carte, ni manipuler un GPS).

À un moment de son choix, l'inspecteur demande une manœuvre faisant intervenir une marche arrière : simple marche arrière en ligne droite, marche arrière en courbe, demi-tour, ou le plus souvent rangement en bataille ou en créneau. (Réussir cette manœuvre n'est pas obligatoire, mais ce qui est surtout vérifié est la sécurité : bien contrôler qu'on ne gêne personne, et ne pas heurter violemment le trottoir, notamment.) À un moment de son choix, mais généralement juste après la manœuvre consistant à se garer, l'inspecteur pose trois questions : celles-ci sont déterminées, selon une table connue à l'avance, par les deux derniers chiffres du totaliseur kilométrique à ce moment-là (cela joue le rôle de générateur aléatoire) ; la première question est une « vérification » intérieure (du genre : allumez le(s) feu(x) de brouillard arrière et montrez le voyant correspondant — c'est ce que j'ai eu) ou extérieure (du genre : contrôlez l'état, la propreté et le fonctionnement des feux de route), la deuxième est une question en rapport avec ce qui vient d'être contrôlé (du genre : peut-on utiliser les feux de brouillard arrière par forte pluie ?), et la troisième est une question de premiers secours (comme quels sont les signes d'un arrêt cardiaque ?). C'est un petit changement fait en 2018 (et dont je suis donc un des tout premiers à bénéficier) : auparavant, il y avait une vérification intérieure et une vérification extérieure, et la liste était nettement plus longue.

À la fin de l'épreuve (il faudra de nouveau se garer, mais l'inspecteur demandera alors généralement un stationnement en marche avant, censément plus facile), l'inspecteur rend sa pièce d'identité au candidat et passe au candidat suivant. Dans mon cas, nous étions trois candidats de la même auto-école à passer successivement avec cet inspecteur (je suis passé en premier), les candidats qui ne passaient pas attendaient donc sur le parking que celui qui passe revienne (heureusement qu'il ne pleuvait que très peu !), et tout le monde partait du même point : je ne sais pas si c'est universel ou si certains font des parcours en boucle où un candidat fait la première moitié de la boucle et un autre fait la deuxième moitié.

Les résultats sont communiqués deux jours plus tard. Jusqu'à récemment c'était par courrier, mais maintenant (que les inspecteurs ont une tablette avec eux pour évaluer les candidats) c'est un PDF qu'on obtient en ligne. Je n'y croyais pas, mais le site Web est correct : quand on passe le jeudi, on obtient bien le résultat le samedi matin (à cinq heures du matin il n'y était pas, à dix heures et demi il y était). S'il est favorable, ce PDF (imprimé !) de certificat d'examen tient lieu de permis de conduire provisoire, et donne le droit de conduire, jusqu'à réception du titre définitif (dans les quatre mois).

Le résultat est une note sur 31 (pourquoi 31 ? mystère), réparties en différentes rubriques ; mais certaines rubriques ont aussi une note spéciale E pour éliminatoire : pour être reçu, il faut obtenir au moins 20/31 et aucun E (pour les matheux, on considérera que le E vaut −∞). Les 31 points possibles sont répartis de la manière suivante (quand j'écris 3 points ou E, cela signifie que pour cette rubrique on peut obtenir cinq notes possibles, E, 0, 1, 2 ou 3) :

  • Connaître et maîtriser son véhicule : 8 points, divisés en :
    • Savoir s'installer et assurer la sécurité à bord : 2 points
    • Effectuer des vérifications du véhicule : 3 points [en fait, 1 point par question posée selon le totaliseur kilométrique]
    • Connaître et utiliser les commandes : 3 points ou E
  • Appréhender la route : 9 points, divisés en :
    • Prendre l'information : 3 points ou E
    • Adapter son allure aux circonstances : 3 points ou E
    • Appliquer la réglementation : 3 points ou E
  • Partager la route avec les autres usagers : 9 points, divisés en :
    • Communiquer avec les autres usagers : 3 points ou E
    • Partager la chaussée : 3 points ou E
    • Maintenir les espaces de sécurité : 3 points ou E
  • Autonomie et conscience du risque : 3 points, divisés en :
    • Analyse des situations : 1 point (½ possible)
    • Adaptation aux situations : 1 point (½ possible)
    • Conduite autonome : 1 point (½ possible)
  • Conduite économique et respectueuse de l'environnement : 1 point
  • Courtoisie : 1 point

Je ne sais pas exactement comment les notes dans chaque rubrique et sous-rubrique sont déterminées. Je n'ai pas cherché s'il y avait des circulaires expliquant tout ça. L'inspecteur doit avoir une certaine liberté, mais il y a quand même une liste clairement déterminée de choses qui, dans différentes situations, sont admises (erreurs qui restent conforme à l'usage des règles de circulation en vigueur), tolérées (fautes pouvant être graves mais ne mettant pas directement en cause la sécurité des usagers) ou éliminatoires (mettant directement en jeu la sécurité des usagers). Voir par exemple ici pour une liste précise, et pour les fautes éliminatoires reprises plus en détail. Je pense que le principe est que les fautes admises ne sont pas sanctionnées, les fautes tolérées sont sanctionnées par la perte d'un point dans la rubrique correspondante si elles se produisent une seule fois, de plusieurs points si elles se répètent, voire d'un E éliminatoire si elles sont insistantes, et les fautes éliminatoires conduisent systématiquement à un E.

Il est aussi éliminatoire par principe que l'inspecteur ait une action quelconque sur les pédales ou le volant (encore que j'ai entendu des rumeurs d'exceptions exceptionnellement exceptionnelles à ce principe : par exemple si un candidat échoue sa manœuvre tout en respectant les principes de sécurité — ce qui est censé ne pas être éliminatoire —, il est possible que l'inspecteur ait le droit, sans l'ajourner, de lui dire laissez-moi les commandes pour la finir afin d'être bien garé pour les questions ; il est aussi possible qu'une action de l'inspecteur suite à une faute d'un autre usager de la route puisse dans certains cas ne pas être éliminatoire).

Je ne sais pas si une faute éliminatoire conduit à un ajournement immédiat ou à la fin de l'épreuve. J'imagine que l'inspecteur fait comme il le souhaite. Un candidat qui grille un stop ou un feu rouge, ce n'est sans doute pas la peine de le faire continuer ; mais parfois, j'imagine que l'inspecteur ne veut pas informer personnellement le candidat qu'il est éliminé, de peur d'une réaction de colère, menace, supplication ou je ne sais quoi (et on peut vouloir éviter ça sur l'autoroute…). C'est sans doute pour ça que les résultats ne sont maintenant plus connus dès la fin de l'épreuve comme ça eut été le cas autrefois.

En tout cas, ce qui est clair est que les inspecteurs cherchent avant tout à jauger la sécurité. Il y a bien des éléments de notation portant sur d'autres choses (savoir suivre un itinéraire, arriver à se garer), mais la sécurité est l'élément absolument central de l'évaluation.

Mon passage

Bref. J'ai passé l'épreuve pratique jeudi dernier (le , officiellement même parce que l'Administration a le culot de vous convoquer à une heure comme quatorze heures zéro deux, ce n'est pas une blague) à Noisy-le-Grand. Point départ sur le parking du gymnase de la Butte Verte, boulevard de Champy-Richardets.

Au départ, je ne savais vraiment pas quoi penser de mes chances de succès. Mon auto-école a un bon taux de réussite, mais je pense que ces chiffres ne veulent rien dire sur un candidat individuel. Mon moniteur avait jugé qu'il pouvait me présenter, mais m'avait plusieurs fois ensuite fait des remarques que je comprenais comme si tu continues comme ça, tu n'as aucune chance. Et je savais que je pouvais être très aléatoire, donner le meilleur comme le pire selon la phase de la Lune. D'un côté j'avais étonnamment bien dormi (je sais que le manque de sommeil était responsable des leçons qui s'étaient le plus mal passées), de l'autre, le trajet jusqu'à Noisy-le-Grand s'était mal passé et je savais que j'avais tendance à accumuler les erreurs une fois que je commençais à en faire.

Au moins je passais dans de bonnes conditions. Noisy-le-Grand, c'est une des communes de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée. Ça signifie que toute la signalisation routière y est récente, et globalement impeccable. Tout est clairement marqué, il n'y a pas de surprise. D'un autre côté, je pouvais me dire, c'est beaucoup de stops et de sens giratoires, et j'ai du mal avec les sens giratoires (j'ai plus l'habitude des feux rouges parisiens) ; et il y a aussi beaucoup de passages piétons prioritaires (c'est-à-dire non régis par un feu), chose que je n'ai pas tellement pratiqué (et ne pas s'arrêter pour un piéton qui commence à s'engager, c'est un grand classique de l'échec au permis). En fait, il s'avère que ce jour-là à cette heure-là et dans ce coin-là il n'y avait vraiment personne sur les routes, et pas plus sur les trottoirs : j'ai passé le permis dans une ville quasi déserte.

J'avais aussi révisé à fond toute la liste des vérifications et questions possibles, notamment grâce à cette excellente vidéo (j'avais aussi potassé la notice d'utilisation de la voiture — une Renault Captur Diesel — pour tout savoir sur tout). Au moins sur cet aspect-là, je me savais parfaitement préparé, c'est toujours un élément rassurant.

L'inspecteur (un grand Noir d'environ cinquante ans ; sur le certificat c'est écrit André, je ne sais pas si c'est son nom ou son prénom) était parfait. Ce que je veux dire par parfait, c'est d'abord qu'il rayonnait le calme : je ne sais pas s'il est naturellement comme ça ou s'il s'efforce de l'être pour apaiser les candidats stressés ou si ça vient à force d'habitude, mais son attitude totalement sereine et posée m'a immédiatement apaisé, dès les premières minutes. (Mon moniteur, qui je le rappelle venait de m'engueuler comme du poisson pourri, m'a donné comme ultime conseil d'essayer de conduire de façon apaisée, ce n'était pas évident a priori ; mais il a suffi que j'aie à côté de moi cet inspecteur super zen pour que je me rende compte de la différence avec mon moniteur et que mon stresse tombe tout d'un coup.) En plus, cet inspecteur donnait ses instructions de façon très claire, bien à l'avance, et ne faisait aucune remarque désobligeante. (Apparemment il y a des inspecteurs qui en font, et sur ce centre d'examen précis il y en avait un qui avait une réputation terrible de déstabiliser les candidats.) Il a fait une ou deux petites remarques critiques, mais rien de méchant (ça ressemblait plus à des conseils, en fait).

Il m'a fait circuler un peu dans Noisy, puis prendre la A199/D199 (ça ressemble à encore une de ces voies schizophrènes entre plusieurs noms) vers l'est, rejoindre la A4 en direction de l'ouest et revenir ainsi à mon point de départ. Comme manœuvre, il comptait initialement me faire me stationner en bataille, puis il a changé d'avis parce que le parking était trop plein et m'a demandé de faire un demi-tour. Pour les questions, le totaliseur kilométrique était à 43, donc j'ai eu allumez le(s) feu(x) de brouillard arrière et montrez le voyant correspondantpouvez-vous les utiliser par forte pluie ?quels sont les signes d’un arrêt cardiaque ?

En fait, je peux être très précis sur le parcours que j'ai suivi : j'ai découvert, en re-regardant sur Google Street View le soir même, que mon super-pouvoir d'inobservation n'était pas si super que ça, et que j'avais quand même assez bien mémorisé le parcours que j'avais fait pour être capable de le reconstituer complètement. Grâce à la magie du Web 3.1 (ou quelque chose comme ça), je peux donc vous montrer sur Google Maps la boucle (d'environ 13km) que j'ai suivie.

Le parcours en question n'est pas spécialement complexe, mais fait apparaître quelques difficultés variées. À à peu près cet endroit-là, l'inspecteur m'a dit de tourner à droite quand je pourrais : la difficulté, qui n'apparaît pas sur Google Street View, est qu'il y avait des travaux et qu'un panneau sens interdit avait été placé sur la prochaine rue à droite (la rue du Souvenir) mais avec un panonceau (M4g — je vous rassure, je ne connais pas ça par cœur) limitant l'effet du panneau aux véhicules transportant des marchandises, donc il fallait comprendre que ce n'était pas interdit pour moi. (Par ailleurs, le panonceau était un peu caché par une voiture mal garée, donc j'ai dû rouler au pas pour bien le voir. En plus de ça, juste à ce moment-là, un camion lié aux travaux est passé dans le sens opposé et j'ai dû lui céder le passage parce que l'obstacle était de mon côté.) Il y a deux points (ici et ) où l'inspecteur ne m'a pas donné d'instruction parce qu'il n'y avait qu'une seule direction autorisée (il fallait donc penser à clignoter) ; une intersection un peu bizarre ici. J'ai fait la manœuvre dans ce parking. Les passages sur autoroute n'étaient pas problématiques, à part pour un point que je vais évoquer ci-dessous.

Il y a aussi un coup qu'a fait l'inspecteur et dont je ne comprends pas du tout l'objectif : je suis entré dans une zone 30 ici, dont la fin est juste un petit peu plus loin  ; sauf que moi, l'inspecteur m'a fait passer par le petit parking sur la droite qui contourne précisément ce panneau de fin de zone 30 et le rend invisible (et ce n'était pas pour me faire manœuvrer : il m'a dit explicitement on ne fait que traverser et la manœuvre a eu lieu ailleurs ; sur le coup j'ai pensé que c'était pour vérifier que je m'arrêtais bien au stop en sortie de parking, mais maintenant que j'ai revu ça sur Google Street View, je pense que c'était exprès pour me faire rater le panneau de fin de zone 30). Était-ce pour voir comment je m'adapte à une signalisation déficiente ? Vérifier que, plus tard, en tombant sur un panneau de limitation à 30 je conclus que j'ai dû quitter la zone 30 ? Savoir si, en sortant du parking, je vois le panneau de zone 30 dans la direction opposée pour conclure que j'ai dû en sortir ? Je n'en sais rien. Je ne sais pas non plus très bien à quelle vitesse j'ai roulé (dans une zone pavillonnaire aux rues étroites je préfère rester en seconde de toute façon).

À la fin de l'épreuve je ne savais toujours pas bien quoi penser de mes chances, mais j'étais content d'en avoir fini. Je savais au moins que je n'avais pas grillé de stop ou de feu rouge, ou refusé une priorité, que je n'avais pas franchi de ligne continue, et que l'inspecteur n'était pas intervenu sur les commandes : déjà, c'était un soulagement. Je savais aussi que j'avais évité quelques petits pièges (évoqués ci-dessus) et pensé à des points que j'ai facilement tendance à oublier (comme de clignoter à droite quand nous étions arrêtés dans le parking pour les questions) ; j'avais aussi très bien géré l'unique giratoire du parcours (alors que j'ai vraiment du mal avec les giratoires, et d'autant plus que celui-là est à trois voies) ; mais je savais aussi que j'avais commis quelques fautes dont je ne mesurais pas bien la gravité.

Je suis resté discuter un peu avec l'élève qui passait en troisième (pendant que celui qui passait en deuxième faisait son tour), je l'ai rassurée sur le fait que l'inspecteur était, de mon avis, vraiment bien et tout le contraire de stressant. Puis, comme je ne voulais pas vraiment avoir le débriefing par mon moniteur et que j'avais besoin de marcher un peu, j'ai fui en transports en commun.

Une fois rentré, j'ai fait le point sur les fautes que je pensais avoir commises. La plupart sont extrêmement mineures, mais il y en a une ou deux qui ne l'étaient pas forcément (en gros dans l'ordre chronologique) :

  • Au niveau de ce stop (vu ici de dos ; c'est le stop de sortie du parking qui m'a fait rater le panneau de fin de zone 30), je suis sans doute resté arrêté vraiment trop longtemps (j'ai laissé passer des voitures qui n'auraient pas du tout été gênées par mon passage).
  • Au niveau de ce feu, qui comporte un panonceau avancez jusqu'au feu, je me suis trop avancé (il était plutôt au niveau de mon pare-brise qu'au niveau de mon capot). L'inspecteur m'a fait observer que je m'étais très avancé, j'ai expliqué que le panonceau m'avait fait douter.
  • À la question de sécurité routière quels sont les signes d’un arrêt cardiaque ?, j'ai répondu la personne est inconsciente et ne respire pas alors que la réponse attendue d'après le manuel est la victime ne répond pas, ne réagit pas et ne respire pas ou présente une respiration anormale. (Je vous rassure, ça ne m'a pas été compté comme une erreur ; mais je liste tout ce que j'avais pu identifier de critiquable dans ma prestation.)
  • Quelque part, j'ai roulé sur un creu dans la chaussée et la voiture a pas mal secoué. (Ceci étant, j'en avais aussi évité plusieurs parce que mon moniteur m'avait engueulé à leur propos juste avant l'épreuve.)
  • L'inspecteur m'a demandé plusieurs fois de couper mes essuie-glace en me faisant remarquer qu'il ne pleuvait plus. (Plusieurs fois, parce qu'à chaque fois la pluie reprenait et je les remettait. Par ailleurs, je n'ai pas remis mes feux de croisement quand la pluie reprenait, mais je ne pense pas qu'ils étaient nécessaires vu que ce n'étaient vraiment que quelques gouttes.)
  • J'ai mal compris une instruction (ici, l'inspecteur m'a demandé de me mettre sur la voie la plus à gauche, je me suis mis sur celle du milieu, il a dû me répéter la consigne).
  • À plusieurs reprises, j'ai douté de la vitesse maximale et j'ai appliqué une vitesse à laquelle j'étais sûr d'avoir le droit (notamment, je n'ai pas dû voir ces panneaux de limitation à 110km/h, donc je suis resté à 90km/h jusqu'à voir les rappels ; mais c'était aussi le cas dans la zone résidentielle plus tôt).
  • Je ne sais plus bien ce que j'ai fait ici (passer à droite ? rester à gauche ?), et d'ailleurs je ne sais pas ce qu'on est censé faire (à quoi sert la voie de droite ? aux véhicules lents ? bon, on voit en tout cas que la Google Car a décidé de passer à gauche).
  • J'ai fait une insertion non clignotée sur l'autoroute. Je vais revenir sur ce sujet en-dessous.
  • À l'inverse, j'ai mis un clignotant beaucoup trop tôt pour signaler ma sortie de l'autoroute (la sortie était en fait à 1000m). L'inspecteur me l'a fait remarquer, j'ai dit oui, je m'en suis rendu compte juste après et j'ai choisi de laisser le clignotant (plutôt que le couper et le remettre).
  • Vers la fin, je n'ai pas eu le temps de lire un panneau de direction que j'étais censé suivre, et j'ai dû demander à l'inspecteur où était la direction en question.
  • À l'extrême fin, quand l'inspecteur m'a demandé de me garer en marche avant, je n'ai pas correctement clignoté, je n'ai peut-être même pas bien contrôlé, et par ailleurs je me suis garé vraiment à côté de la place. (Ceci étant, c'était en roulant au pas, et dans un parking à peu près vide.)
  • À l'extrême fin de l'extrême fin, j'avais oublié de redresser les roues, il m'a rappelé de le faire. Puis j'ai coupé le moteur avant de couper les accessoires (les essuie-glace en l'occurrence), il m'a rappelé qu'il fallait toujours commencer par couper les accessoires.

Tout ça sans préjuger de choses que je pouvais ne pas avoir repérées (mon moniteur n'arrêtait pas de me reprocher mes placements, je pouvais très bien m'être fortement déporté à gauche ou à droite sans m'en apercevoir, même si je pensais bien que non).

Le cas de l'insertion non clignotée sur l'autoroute est sans doute le plus grave (ou en tout cas, me semblait le plus grave) : c'est sur l'autoroute A4 en direction de l'ouest, je m'étais inséré par ici en clignotant correctement ; mais la subtilité, c'est que juste un peu après on tombe sur ceci, on croyait s'être inséré mais en fait on est toujours sur une voie d'insertion, qui disparaît ici (d'ailleurs sans l'ombre d'un panneau cédez le passage, c'est un défaut de signalisation). Tout ça m'a perturbé, et je n'ai pas clignoté à la fin de cette deuxième voie d'insertion (je ne suis même pas absolument certain d'avoir contrôlé correctement : ce qui est sûr c'est que j'ai manqué d'observation et je me suis dit argh, ma voie disparaît, qu'est-ce qui se passe ? pourquoi tant de haine ?).

En repensant à tout ça, hier, je me suis remis à stresser (preuve que les résultats ne m'étaient pas indifférents), notamment à cause du point évoqué au paragraphe précédent (une insertion non clignotée, c'est grave ; non clignotée et non contrôlée, c'est à coup sûr éliminatoire).

Résultat

[Certificat d'examen du permis de conduire]Le résultat est tombé ce (samedi) matin : non seulement j'ai le permis, mais j'ai eu presque le maximum des points : 30/31. J'ai même obtenu les points conduite économique et respectueuse de l'environnement et courtoisie, je me demande franchement comment. La seule rubrique sur laquelle j'ai perdu un point, c'est, et là je ne m'y attendais pas du tout : savoir s'installer et assurer la sécurité à bord (j'ai 1/2). Je pense que le problème est que je n'ai pas vérifié que l'inspecteur et mon moniteur avaient mis leur ceinture.

J'étais tellement surpris par ce résultat que je me suis demandé s'il y avait une erreur. J'ai vu le nom André en haut, je me suis dit ah oui, voilà, ce foutu serveur Web mal configuré m'a montré le résultat de quelqu'un d'autre. Et non, en fait, c'était le nom de l'inspecteur.

Je sais que j'ai tendance à avoir le syndrome de l'imposteur (et je sais que le syndrome de l'imposteur a tendance à faire des phrases comme je sais que j'ai tendance à avoir le syndrome de l'imposteur […], mais là, quand même […]), j'ai toujours tendance à m'imaginer, par exemple que j'ai trouvé un doctorat en maths dans une pochette surprise, mais là, quand même, j'avais des raisons de douter (à moins que j'aie purement et simplement halluciné cette histoire d'insertion sans clignoter, ça aurait vraiment dû être compté comme une faute).

Un autre point qui m'échappe est que mon avis favorable est annoté par la précision sous réserve de l'aptitude à la conduite fixée par l'avis médical. Je ne sais pas si c'est juste parce que je porte des lunettes, ni si je dois passer une visite spécifique, ni si j'ai le droit de conduire avec ce papier. (Je demanderai lundi à l'auto-école.)

Et maintenant ?

D'abord, youpi, je suis débarrassé de ces leçons de conduite.

Et si j'en crois la hiérarchie que mon moniteur semblait avoir à l'esprit, j'ai le droit de dire que j'ai réussi presque parfaitement, et du premier coup, le permis le plus dur qui soit, celui qui se passe à Paris. (Honnêtement, moi, je n'ai pas trouvé que les lieux ou le comportement des autres faisaient tellement la difficulté : c'était plutôt mes propres super-pouvoirs qui la faisaient.)

Mais maintenant, je ne sais pas dans quelle mesure je vais oser conduire. Parce que je me suis tellement fait reprocher de choses par mon moniteur (et parce que lui-même n'avait pas l'air d'y croire), j'ai tendance à penser que j'ai eu beaucoup de chance sur ce coup. Et de fait, si mon irrégularité est telle que je conduis généralement bien sauf qu'avec une certaine probabilité (de l'ordre de 1/heure) je me mets à faire n'importe quoi, il n'est pas très remarquable que j'arrive à bien tenir une trentaine de minutes, mais ça ne permet pas de conclure que ce soit une bonne idée que je tienne vraiment un volant sans qu'il y ait quelqu'un à côté pour rattraper mes erreurs. Déjà que je ne me sens pas super rassuré en vélo…

Par exemple, à chaque fois que je faisais une insertion sur voie rapide, je demandais une confirmation à mon moniteur que c'était bien le bon moment. Lors du passage de l'examen lui-même, l'autoroute était à chaque fois tellement prodigieusement vide que je ne me sentais pas spécialement inquiet. Mais dans la vraie vie ? Prendre le périph ? Je le sens assez moyennement.

Bon, de toute façon, je n'ai pas de voiture, donc la question ne se pose pas trop (mais mon poussinet menace d'en acheter une). Ceci dit, il paraît que j'ai le droit de m'inscrire à Autolib dès maintenant, même avec juste un certificat tenant lieu de permis provisoire. (La chose ridicule, en revanche, c'est qu'il est obligatoire de poser un disque A sur le véhicule quand on est jeune conducteur, et qu'avec Autolib ce n'est apparemment pas possible.)

Une autre chose est que j'ai appris à conduire une voiture, une Renault Captur Diesel (et encore, pas juste ce modèle, mais une voiture bien précise de cette série : une fois j'en ai eu une autre, et j'ai déjà été perturbé par le fait que l'embrayage ne réagissait pas exactement de la manière dont j'avais l'habitude). Est-ce que je saurais conduire une essence sans caler tout le temps ? Est-ce que je saurais conduire une automatique sans paniquer parce qu'il n'y a pas d'embrayage ?

Pour finir, je vais juste donner ce conseil à ceux qui, comme moi, attendent pour passer le permis alors qu'ils sont « vieux » : à moins d'être sûr de n'en avoir jamais besoin (ce qui est quand même un pari risqué), n'attendez pas trop longtemps, parce qu'il n'y a aucun doute que la difficulté augmente avec l'âge, et que le mal que j'ai eu vient surtout d'avoir attendu 40 ans, au lieu de m'y être pris 20 ans plus tôt.

Ajout : voir ici pour le lancement de la saison 2 de mes aventures avec le permis, et , et pour les épisodes les plus marquants de cette saison 2.

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(samedi)

Je suis épuisé

J'ai déjà dit plusieurs fois sur ce blog que je préférais éviter d'écrire des billets dont le seul contenu est essentiellement de dire je suis toujours vivant (et je n'ai rien d'autre à dire), mais comme cela fait vraiment longtemps que je n'ai rien écrit, je vais quand même faire une exception et signaler que je suis toujours vivant (et je n'ai pas décidé de mettre un terme à ce blog, ni quoi que ce soit de ce genre). J'ai juste été encore plus débordé que d'habitude et, en plus d'être débordé, particulièrement fatigué. C'est la raison principale pour laquelle je n'ai rien écrit ici, ni même répondu aux commentaires (dont certains sont pourtant très intéressants sur l'entrée précédente).

D'abord, il y a les ordinateurs, qui sont notoirement des monstres dévoreurs de temps : j'ai passé beaucoup de temps à faire des mises à jour et, plus après les mises à jour, à me battre contre les conséquences néfastes de celles-ci. Cela faisait un certain temps que j'accumulais de la dette technique dans l'administration de mes (trop nombreux) PC, dont certains étaient encore sous Debian GNU/Linux Jessie (aka actuellement oldstable), version carrément paléolithique, par manque de temps et de courage pour les mettre à jour vers la version Stretch (aka stable) qui est seulement mésolithique. Le problème avec cette dette technique est qu'elle a vite tendance à s'accumuler : la version 57 de Firefox était devenue essentiellement impossible à compiler sur cette version paléolithique de Debian, et c'est ce qui m'a décidé à finalement trouver le temps de migrer au moins mon PC principal à Debian 9 Stretch. La mise à jour elle-même a été longue et douloureuse, mais ce qui a surtout été long et douloureux, c'est de prendre conscience de tout ce qui a cassé d'une version à l'autre, trouver comment contourner les problèmes qui sont apparus, ou m'habituer à ce que je ne peux pas contourner. Mais je suis loin d'avoir repayé ma dette : je n'ai toujours pas trouvé le temps de m'occuper de mon Firefox, qui continue d'être coincé à la version 56 : je pourrais raconter pendant des pages (j'avais d'ailleurs commencé à le faire) à quel point je suis malheureux que Firefox ait décidé de complètement tout casser (en particulier, toutes les extensions) avec la version 57, et de se transformer en une sorte d'équivalent de Google Chrome, toujours est-il que je n'ai toujours pas trouvé le temps de m'occuper de ça, et ça m'embête parce que c'est maintenant une passoire au niveau sécurité. Et à côté de ça, il y a encore d'autres machines sur lesquelles je dois faire une mise à jour du même type, en fait une réinstallation complète, et je cherche toujours un moyen de préparer les choses un maximum à distance (il y a une machine à laquelle je n'ai pas commodément accès). Bref, je continue à crouler sous cette dette technique. Et je commence à en avoir franchement marre de la quantité de temps perdu avec toutes ces merdes.

Et là-dessus sont venus s'ajouter les deux petits cadeaux surprise du monde de l'informatique pour 2018 à savoir Meltdown et Spectre. Je ne vais pas parler du fond du problème : pour ça, je renvoie par exemple aux excellents articles d'Ars Technica, notamment ici (publié un peu avant la levée de l'embargo, donc sur informations incomplètes) et ici sur Meltdown et Spectre eux-mêmes, ici sur la réaction des différentes compagnies, ici sur l'impact des correctifs en termes de performances et ici sur d'autres problèmes liés à ces correctifs. Les pertes de performances ne sont pas franchement problématiques pour moi, mais j'ai effectivement croisé des bugs bizarres (BUG: unable to handle kernel paging request at 00007fe67e522000IP: [<ffffffff812ba451>] __rb_erase_color+0x21/0x270) depuis que j'ai un noyau censé corriger Meltdown. • Par ailleurs, je m'inquiète un peu pour la morale à plus long terme de l'histoire : c'est quelque chose de déjà bien connu en cryptographie à quel point il est difficile de faire des calculs sans fuiter de l'information par des canaux auxiliaires, mais les impératifs d'efficacité des ordinateurs semblent de plus en plus incompatibles avec la nécessité de ne pas avoir de telles fuites (l'exécution spéculative, le hyperthreading et les caches mémoire sont des concepts sur lesquels les mots fuite d'information semblent écrits en néon clignotant : on découvrira certainement plein d'autres vulnérabilités du même genre) ; je me demande même s'il ne faut pas passer à des modèles d'ordinateurs où on étiquetterait les régions de mémoire qui contiennent une information secrète (ou dépendant d'une quelconque manière d'une donnée secrète), ce qui invaliderait tout ce qui est cache ou exécution spéculative, et il faudrait apprendre à manipuler le plus possible des données complètement publiques ; je me demande aussi si le concept de machine virtuelle ne doit pas être complètement abandonné, parce qu'on n'arrivera jamais à se débarrasser de ce genre de fuites. • Mais bon, à part ça, à mon niveau personnel, ce qui me fait rager c'est aussi une bête question de timing : juste avant la levée de l'embargo sur ces trous, au moment où les rumeurs circulaient qu'il y avait un problème grave dans les processeurs Intel pour lequel Windows et Linux avaient fait passer des patchs correctifs aussi discrètement que possible, et même que ces patchs avaient été backportés à des versions stables de Linux, je me suis dit, du coup, je vais immédiatement mettre à jour mes noyaux, comme ça je gagnerai un peu de temps — que nenni, je ne sais pas où ces patchs avaient atterri, mais en tout cas pas dans les versions que j'ai compilées et installées alors que les rumeurs à leur sujet circulaient déjà partout sur Internet. Bref, encore du temps perdu dont je n'avais pas besoin.

Zut, j'ai de nouveau ranté sur les ordinateurs, ce qui est sans doute encore plus inintéressant que si j'avais juste écrit je suis toujours vivant. Mais ils ne sont pas ma seule cause de fatigue ou de manque de temps. Je continue à prendre des leçons de conduite, avec une impression pénible de tourner en rond, même s'il y a eu des progrès (très lents : j'en suis maintenant à 62 heures de conduite) et qu'il commence à devenir envisageable que je passe le permis dans pas trop longtemps. J'ai aussi un peu l'impression de me noyer sous le poids de mes enseignements et d'un emploi du temps passablement merdique. (En tout cas, je consomme des recharges pour feutres à une vitesse hallucinante, et je me suis fait une petite tendinite au bras droit en écrivant au tableau blanc.) Et je passe beaucoup de temps au lit parce que je ne dors pas très bien.

Le truc avec le temps c'est qu'il se fragmente mal : on peut facilement se retrouver avec plein de petits bouts de temps libre, mais ces petits bouts sont inutilisables parce que chacun est trop court pour faire quelque chose de productif (si je veux réfléchis sereinement à un problème de maths, il me faut une journée calme, même si je ne vais pas passer toute la journée concentré : je déteste commencer à penser à une chose et devoir m'interrompre pour passer à une autre ; pour rédiger quelque chose, et même pour répondre à un mail non complètement évident, il me faut aussi une plage assez longue). Bref, je me retrouve à la fois à être débordé et à m'ennuyer, comme je me retrouve à la fois à faire de l'insomnie et à dormir trop, et tout ça est pénible.

Il est aussi probable que la météo inlassablement pourrie, qui fait se succéder jour après jour de pluie ponctuée par les tempêtes Carmen, Eleanor et David (dans cet ordre, si j'ai bien suivi — ça a l'air embrouillé) n'aide pas franchement à me donner de l'énergie. Peut-être que je manque de vitamine D.

Toujours est-il que je promets d'œuvrer à un retour à la normale de ce blog quand j'aurai moins l'impression d'être fatigué. En attendant, je profite du fait que j'écris ceci pour faire un lien vers cette sorte de blog, A piece of a larger me, tenu de façon originale sur GitHub, qu'une connaissance (qui souhaite rester anonyme), a lancé, et qui contient le genre de réflexions un peu longues qui pourraient intéresser les gens qui me lisent. (C'est en français, malgré le titre.)

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(dimanche)

Je re-regarde différentes adaptations du Christmas Carol

L'approche de Noël m'a fait revenir à l'esprit un de ces souvenirs confus dans lesquels la réalité se retrouve mélangée à toutes sortes d'éléments déformés ou carrément inventés. Le souvenir dont il est question, en l'occurrence, c'est que, pendant l'année que j'ai passée à Toronto quand j'avais huit ans (soit 1984–1985), j'ai vu à la télé une adaptation du Christmas Carol de Dickens, et que je l'ai tellement aimée que j'ai réussi à la revoir plusieurs fois ; mais une fois, ils en ont diffusé une version, en noir et blanc, différente de la version en couleur dont j'avais l'habitude, et j'étais tout contrarié parce que ce n'était pas exactement celle que je voulais voir : notamment, l'esprit des Noëls passés ne correspondait pas à la vision que je m'en étais faite à travers l'adaptation que j'avais vue en premier.

Peut-être devrais-je résumer très brièvement la fable (au risque de spoiler complètement, mais honnêtement, je pense que ça n'a aucune importance) vu que les francophones ne sont peut-être pas très familiers avec. Il s'agit de l'histoire d'un vieil avare aigri, Ebenezer Scrooge, particulièrement acariâtre en la saison des fêtes, auquel rendent visite trois esprits, l'esprit des Noëls passés, puis l'esprit du Noël présent et enfin l'esprit des Noëls à venir, qui viennent le racheter : ils lui font voir plusieurs scènes du passé, du présent et de l'avenir pour le convaincre qu'il a été plus ouvert et généreux autrefois, que d'autres gens sont heureux à Noël, et que s'il ne change pas son attitude il mourra seul et détesté ; et suite à ces visites, Scrooge s'amende et devient bon et charitable. Cette histoire a particulièrement marqué la culture anglo-saxonne à différents niveaux : scrooge est devenu un terme général pour un avare (ou l'objet de toutes sortes de références, par exemple le nom de l'oncle de Donald Duck, celui qu'on traduit par Picsou en français, est Scrooge McDuck) ; et la représentation de l'esprit du Noël présent (tel qu'il apparaît dans une gravure qui accompagne l'édition de 1843 du roman de Dickens, et cette image a été ensuite reprise dans les adaptations cinématographiques ou télévisuelles) a certainement beaucoup influencé l'iconographie du Père Noël, au moins à l'époque où il s'habillait encore en vert et pas en rouge. À cause de cette célébrité, on se doute bien, du coup, qu'il y a eu toutes sortes d'aptations de l'histoire.

Heureusement, à l'époque d'Internet, il n'est pas très difficile de retrouver les seules adaptations qui peuvent coller avec mon souvenir : la version que j'avais aimée quand j'étais petit était forcément celle de 1984 par Clive Donner avec George C. Scott dans le rôle de Scrooge, et celle que je n'avais pas aimé parce que ce n'était pas exactement la même était celle de 1951 par Brian Desmond Hurst avec Alastair Sim dans le rôle de Scrooge. Il n'est pas clair comment je peux avoir vu plusieurs fois celle de 1984, mais il n'y a guère de doute que c'était bien celle-là.

J'ai revu les deux versions successivement, et je ne peux pas vraiment dire que ça ait autant réveillé de souvenirs que ce que j'espérais. Je me souvenais bien de l'histoire, mais il est impossible de dire si c'était un souvenir de telle ou telle adaptation ou simplement du livre de Dickens lui-même (que j'ai lu quelque part dans les 30 dernières années). En revanche, regarder deux films qui se correspondent presque scène pour scène a quelque chose qui plaît à mon sens de la symétrie ; je ne sais pas si je pousserai jusqu'à regarder une ou plusieurs des autres adaptations qui ont été faites (depuis 1984, notamment) de la même histoire, mais heureusement d'autres que moi s'y sont attelés, par exemple ici ou .

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(lundi)

Je voyage plus en une semaine que d'ordinaire en un an

C'est un fait que, contrairement à mon poussinet qui est tout le temps par monts et par vaux, je n'aime vraiment pas voyager. (Je n'aime pas préparer mes sacs et m'arracher les cheveux à me demander ce que je dois emporter. Je n'aime pas porter mes sacs qui sont toujours trop lourds. Je n'aime pas me rendre compte que j'ai oublié d'emporter des choses — au hasard, un anti-moustique parce que je pensais qu'il n'y aurait pas de moustiques. Je n'aime pas ne pas avoir toutes les choses que j'ai l'habitude de trouver à portée de main chez moi. J'angoisse si je vais dans un pays dont je ne parle pas la langue. Je n'aime pas me retrouver entassé dans des moyens de transport ou courir d'un moyen de transport à un autre ou au contraire poireauter pour une n-ième correspondance. Je n'aime pas le moment où, après avoir rendu la chambre d'hôtel mais avant de repartir, on n'a plus vraiment d'endroit où se poser ou aller aux toilettes. Je stresse à l'idée de retrouver mon chez-moi cambriolé en mon absence ou ayant subi un dégât des eaux. J'aime aussi peu ranger mes affaires une fois rentré que les préparer pour partir. Et ce que je déteste peut-être par-dessus tout, c'est le nombre de choses que je dois faire et qui s'accumulent pendant que je suis en déplacement, ce qui fait qu'en rentrant j'ai une surcharge de stress qui s'ajoute à celui du voyage lui-même.) C'est un peu dommage, parce que s'il y avait un téléporteur qui me permette d'aller n'importe où instantanément et de rentrer dormir chez moi, j'aurais plaisir à aller visiter toutes sortes de villes dans le monde. Toujours est-il qu'en général, je voyage très peu.

Mais la semaine dernière, j'ai vraiment fait exception à mes habitudes.

D'abord mon poussinet et moi sommes allés à Florence comme je l'ai raconté. Comme mon poussinet travaille dans le métier, nous avons pris le train pour y aller : et pour que le voyage soit plus beau, nous sommes passés par Zürich et Milan. Ça représente environ 11 heures de train (12 heures de porte à porte), mais finalement, je crois que je préfère passer plein de temps dans un train confortable où je peux me dégourdir les jambes que faire le trajet dans un avion bondé où je n'ose pas bouger le bras de peur de gêner la personne à côté. Ça permet de profiter de l'escale à Zürich pour acheter du bon chocolat suisse. Et il faut reconnaître que les paysages suisses (entre Zürich et le tunnel du Gothard, ou même les rives du lac de Lugano vues la nuit) sont effectivement magnifiques. Et puis tant qu'à voyager quand on n'aime pas voyager, autant voyager dans les meilleures conditions, donc nous avions pris des billets pour la classe Executive de la Frecciarossa (le train à grande vitesse reliant Turin à Naples), dont les fauteuils sont confortables (même s'ils font un peu penser au trône de Palpatine réinventé pour un banquier aux dents longues) et où on nous sert un repas à la place (avec une vraie nappe et des vrais couverts, pas un plateau en plastique) ; comme nous étions les deux seuls dans le wagon, c'était d'ailleurs un chouïa embarrassant.

À Florence, l'hôtel nous avait installés dans une suite assez impressionnante : je ne sais pas si c'est parce qu'ils voulaient se faire pardonner un minuscule cafouillage à notre arrivée (notre chambre initialement prévue n'était pas disponible, ils nous ont mis ailleurs) ou le désagrément causé par les moustiques ou le bruit de la rue, toujours est-il que nous avons eu droit à une chambre à mezzanine avec trois lits doubles, un canapé, une belle table, de grandes armoires, etc.

Si quelqu'un se demande comment un enseignant-chercheur français fait pour se faire rembourser la classe Executive des trains italiens ou une suite de luxe à Florence, la réponse est… qu'il ne le fait pas. Mes voyages professionnels finissent toujours pas sortir de ma poche quand je suis mis face à l'enfer administratif de remplir un ordre de mission à faire signer par douze personnes, d'expliquer sur quelle ligne de budget il faut tirer (je n'en ai aucune idée), de chercher à négocier le droit de me faire rembourser un billet de seconde si je voyage en première, ou de m'entendre dire que comme on est en décembre les comptes de l'année sont clos et que je devais m'y prendre trois mois à l'avance : au bout d'un moment, j'abandonne, et maintenant j'abandonne avant même de commencer, c'est plus simple et ça m'évite d'ajouter encore des tracas au voyage que je trouve déjà assez stressant. Je crois, en fait, que sur les rares déplacements professionnels que j'ai faits, les seuls où j'ai effectivement obtenu un remboursement étaient toujours des voyages à l'étranger payés par les gens qui me recevaient et qui, eux, semblaient capables de contourner tous ces obstacles. Toujours est-il qu'on ne peut pas m'accuser de dilapider en voyages l'argent du contribuable français. En l'occurrence, c'est surtout l'argent du poussinet qui a été dilapidé.

Nous sommes rentrés de Florence, mercredi (), en avion. Le vol lui-même est court, mais j'ai poireauté vraiment longtemps à l'aéroport (parce que mon poussinet, qui prenait un vol plus tôt que moi — il partait pour Londres — avait reçu une annonce selon laquelle il pouvait y avoir des problèmes à la sécurité et qu'on lui recommandait d'arriver très en avance, ce qui, finalement, était une fausse alerte). Au moins, après les Alpes vue du train à l'aller, j'ai pu admirer les Alpes depuis les airs au retour, juste un peu avant le coucher du soleil, c'était très beau.

Vendredi (), nouvel aller-retour en train, cette fois pour Montpellier (donc 6h45min de train, aller-retour), pour aller un enterrement. Ce n'était évidemment pas prévu, mais on peut au moins se consoler que ça ne nous ait pas forcé à annuler quoi que ce soit.

Et samedi (), c'est pour Nice que nous sommes partis : mon poussinet voulait prendre le dernier iDTGV (le tout dernier : la marque cesse d'exister), donc il avait prévu de longue date d'aller passer la nuit à Nice, point d'arrivée de cette dernière rame. Manque de chance pour lui, les gens d'iDTGV avaient aussi prévu de faire la fête pour la dernière rame, mais ils avaient choisi celle qui allait dans l'autre sens : Nice→Paris à peu près au même moment ; donc nous n'avons pas eu droit aux ballons et autres goodies dans une voiture-bar spécialement décorée. Juste à passer 5h35min dans un train de plus en plus vide et de plus en plus tristounet, à faire les mots fléchés du magazine iDTGV (vraiment trop faciles) et ceux du Figaro abandonné par un autre passager (vraiment trop durs : hommes des cavernes en 12 lettres = poitrinaires, c'est limite pervers).

Mais pour consoler son copain qui n'aime pas voyager, mon poussinet nous avait réservé une suite (cette fois c'était prévu au programme, pas comme à Florence) de luxe, vue mer, à l'hôtel Negresco sur la promenade des Anglais. C'est bien la première fois que je loge dans une chambre d'hôtel qui fait deux fois la superficie de notre appartement parisien ; avec deux salles de bain (deux baignoires plus une douche, quatre lavabos, deux toilettes et un bidet), un canapé, quatre ou cinq fauteuils, un lit gigantesque avec cinq oreillers ; et une déco Louis XVI. (Et puis on peut toujours se dire que peut-être Grace Kelly ou Salvador Dalí ont dormi dans ce lit.) Mes photos ne sont pas en ligne, d'ailleurs peut-être que je ne les y mettrai pas vu qu'elles ne sont pas très réussies, mais celle-ci et celle-ci sur le site de l'hôtel le sont, et proviennent visiblement de la suite où nous étions. La suite en question était affichée à 2900€ la nuit (c'est-à-dire que c'est le prix maximal qu'ils peuvent pratiquer ; je suppose qu'il est rarement atteint), nous l'avons eue environ à 1/6 de ce prix, ça reste raide, mais il faut bien célébrer le dernier iDTGV !

Et ce n'est pas que la chambre qui était impressionnante : la déco de l'hôtel en général est assez stupéfiante, comme leur salon royal, où personne ne semble oser s'asseoir probablement en pensant que c'est plus un musée qu'un lobby d'hôtel.

En revanche, pour la vue sur la mer, c'était un peu raté : samedi soir quand nous sommes arrivés il faisait nuit depuis longtemps, et dimanche, il a fait un temps de chien à Nice toute la journée. Autant à Florence quelques jours avant il faisait glacial mais très beau, autant à Nice il faisait froid et moche. Le genre de pluie qui tombe toute la journée et qui semble vous geler jusqu'à la moelle des os. Du coup, la vue sur la mer n'était pas terrible, et, après une petite promenade, nous nous sommes réfugiés dans l'après-midi chez un copain pour nous sécher et nous n'avons essentiellement rien vu de la ville.

Au moment de repartir, comme les intempéries ne touchaient pas que Nice mais une bonne partie de l'Europe (l'aéroport d'Ajaccio a été complètement fermé, Heathrow était en pagaille, etc.), notre vol de retour a eu du retard. Heureusement ce n'était « que » 1h30min de retard, mais j'ai quand même eu l'occasion de plus visiter l'aéroport de Nice que ce que je souhaitais, et en rentrant, de moins dormir que je l'espérais. Il semble que plus tard l'aéroport de Nice ait été complètement fermé lui aussi, donc finalement, nous avons eu plutôt de la chance.

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(dimanche)

Encore une période de stress

Je suis d'un naturel extrêmement anxieux et angoissé (je suis d'ailleurs toujours étonné du fait que beaucoup de gens m'ont dit que je donnais plutôt l'impression contraire : je ne comprends pas ce qui peut expliquer que je projette une impression calme et détendue). Mais ce n'est pas uniforme dans le temps : il y a des périodes du jour, de la semaine et de l'année où je suis beaucoup plus stressé que d'autres. Par exemple, le dimanche soir ou la période de rentrée scolaire : pourtant, ce n'est pas comme si j'avais un boulot terriblement anxiogène, mais je crois que c'est plutôt tout changement de rythme qui me stresse, ou, pour ce qui concerne la rentrée, la fin de l'été au sens astronomique et météorologique qui fait ça. Tout ça n'est pas nouveau.

Et en ce moment, ça ne va vraiment pas bien sur ce plan. Or je ne comprends même pas vraiment quelles sont les choses qui m'angoissent. Une partie est peut-être due à mes leçons de conduite, mais ça ne doit pas être tout : c'est déjà peut-être plus l'angoisse de mal dormir avant une leçon le matin qui me stresse la veille au soir. Mais j'ai des pics d'anxiété à des moments que je n'explique pas du tout. Certes, ça reste un peu plus étalé dans le temps que les crises d'angoisse que j'avais faites il y a quelques années. Mais je devrais peut-être essayer de me faire represcrire de l'hydroxyzine, un antihistaminique avec des effets anxiolytiques qui m'avait fait du bien à ce moment-là (qui a l'avantage de faciliter le sommeil, mais l'inconvénient d'avoir une demi-vie désagréablement longue si on ne veut pas être somnolent toute la journée).

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(mercredi)

Je continue à apprendre à conduire (et me découvre des super-pouvoirs)

Je continue à prendre des leçons de conduite, et, franchement, ça ne se passe pas bien.

Par rapport à mon précédent post (et 10 heures de conduite plus tard, c'est-à-dire 20h au total, le minimum légalement exigible mais ça ne signifie rien), la difficulté a un peu changé, mais je ne suis pas pour autant persuadé qu'elle soit franchement moindre. Je me sens moins débordé par l'aspect purement mécanique, c'est-à-dire quand il s'agit de démarrer (y compris en côte), passer les vitesses (dans les deux sens) et m'arrêter ; ce qui ne veut pas dire que je ne fasse pas parfois très mal les choses (comme trop freiner ou pas assez), mais enfin, quelque chose est assurément rentré. Cependant, le fait que ces difficultés se lèvent révèle, par contraste, que d'autres sont plus profondes. (Et suggère aussi que la stratégie consistant à dire finalement, tant pis pour cet art foncièrement idiot d'apprendre à passer les vitesses : je vais passer le permis sur une automatique n'est peut-être pas opportune, même si je garde cette possibilité dans un coin de l'esprit.) Par exemple, mon moniteur observe toujours régulièrement que je me place mal ou que je me dévie, notamment parce que j'ai le regard trop court, parce que je fixe des choses que je veux éviter au lieu de fixer l'endroit où je veux aller. Mais bon, ça c'est sans doute corrigeable, et s'agissant du placement, vu le nombre d'autres usagers mal placés qu'il me signale (et qui ont, il faut croire, réussi à obtenir leur permis…), je ne suis pas le seul à avoir du mal : il faut dire que le marquage est particulièrement merdique autour de Paris, avec un nombre de voies parfois tout à fait incertain ou qui n'arrête pas de changer.

En revanche, d'autres difficultés sont probablement plus particulières à moi, et semblent consterner mon moniteur. (Il me sert des remarques du genre un gamin de huit ans sur son vélo arrive à faire ça : si tu ne t'en sors pas, je ne peux vraiment rien pour toi — et même si je comprends l'idée d'engueuler lors des erreurs pour qu'elles « rentrent » bien, je ne suis pas complètement convaincu de la pertinence pédagogique de ce genre de formulation.) À cette occasion, je me découvre trois super-pouvoirs fort nuisibles quand il s'agit de conduire :

  1. L'inobservation : j'avais déjà mentionné mon talent pour ne pas voir les choses qui sont juste sous mon nez (ou plutôt, comme le souligne la citation de Sherlock Holmes que je ne reproduis pas, pour ne pas observer les choses que je vois). De façon générale, je comprends très bien le mécanisme : je me concentre sur une aspect de ce que je vois (sur une difficulté présente, à venir, ou même passée), et je ne perçois plus le reste. C'est l'astuce la plus utilisée par les magiciens de spectacle, c'est le sujet d'une célèbre expérience de psychologie ; c'est aussi une des raisons pour lesquelles je suis épouvantablement nul aux échecs (du genre : je me concentre tellement fort sur la pièce adverse qui menace ma dame que je ne vois pas le pion qui menace mon cavalier). Mais quand j'arrive à ne plus voir un feu rouge alors qu'il n'y a rien d'autre à voir dans le coin, on peut vraiment se poser des questions. En tout état de cause, je me demande comment on peut s'affranchir d'un super-pouvoir aussi puissant en un petit nombre de dizaine d'heures de leçons.
  2. L'indécision : c'est une surréaction à l'auto-analyse du point précédent : je sais que je suis capable de rater les choses les plus « évidentes », donc j'ai toujours peur de ne pas avoir vu quelque chose. D'où une tendance à rouler trop lentement, que mon moniteur décrit comme carrément dangereuse parce qu'elle donne des signaux contradictoires (il veut se garer ?) ou parce qu'il faut vraiment y aller (pour dépasser un obstacle bloquant une voie d'une rue à deux voies, par exemple, il ne s'agit pas de ralentir).
  3. La panique inopportune : conséquence des deux points précédents, et déclenchée par la moindre petite erreur (par exemple, de manipulation mécanique), avec pour conséquence que je perds tous mes moyens et que je ne sais plus du tout ce que je fais.

Mon moniteur se plaint surtout de mon incohérence, qui est une conséquence de ce qui précède : rouler lentement quand il n'y a pas de raison à cause du point (2), ou trop vite parce que je n'ai pas remarqué quelque chose à cause du point (1), ou faire n'importe quoi à cause du (3).

(Je peux sans doute ajouter la suranalyse dans mes super-pouvoirs.)

Je ne sais pas non plus où j'en suis dans la formation. Mon livret d'apprentissage, édité par les Éditions Nationales du Permis de Conduire, est divisé en quatre grands chapitres (1 Maîtriser le maniement du véhicule dans un trafic faible ou nul, 2 Appréhender la route et circuler dans des conditions normales, 3 Circuler dans des conditions difficiles et partager la route avec les autres usagers, et 4 Pratiquer une conduite autonome, sûre et économique), eux-mêmes divisés en 9+7+9+7 compétences respectivement (1A à 1I, 2A à 2G, 3A à 3I et 4A à 4G ; par exemple : 1E = je sais doser l'accélération et le freinage à diverses allures et 2F = je sais franchir les carrefours à sens giratoire et les ronds-points et 3E = je sais m'insérer sur une voie rapide, y circuler et en sortir). Certaines compétences sont à leur tour divisées en sous-compétences : il y a 14+10+10+7 items au total, présentés sous forme de cases à cocher. Mon moniteur fait un trait dans une case quand la (sous-)compétence a été abordée, une croix quand elle a été enseignée, mais il a aussi parlé de noircir la case si la notion a été assimilée (ou quelque chose comme ça), et alors il n'a pas l'air de considérer que j'aie assimilé quoi que ce soit : pour l'instant, il a fait des croix dans 12 des 14 cases du chapitre 1 (et des traits dans les deux autres), rien de plus. Selon la manière dont on extrapole, ça laisse prévoir un nombre d'heures de formation élevé ou carrément délirant. Mais bon, tous les items ne se valent pas : le chapitre 4 a l'air complètement pipo ou vraiment facile (lire une carte routière, je pense que ça ne me pose pas trop de problème), mon moniteur semble suggérer que les chapitres 2 et 3 seront difficiles, mais je ne sais pas vraiment comment il compte les enseigner (2D = je sais tourner à droite et à gauche en agglomération, par exemple : on devinera aisément que j'ai déjà tourné à doite et à gauche !). Et évidemment, l'auto-école a intérêt à vendre le plus d'heures de formation possible (à la fois pour empocher l'argent et pour pouvoir déclarer un bon taux de réussite en première présentation).

Personnellement, ce qui me pose problème, ce n'est pas tant le prix des leçons que la difficulté à les placer dans la semaine (pour l'instant ça va, je n'ai pas de cours à donner, mais à partir de novembre ça deviendra beaucoup plus compliqué), et le stress engendré (que ce soit à me demander comment je peux avoir fait telle ou telle connerie, ou à me faire engueuler, ce n'est pas franchement plaisant, sans même parler du risque d'accident).

Ajout : pour la conclusion de mes aventures de permis de conduire, c'est .

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(vendredi)

Ruxor apprend (péniblement) à conduire

Ayant obtenu le code le mois dernier, je profite du fait que je n'ai pas de cours à donner pour quelque temps pour prendre des cours de conduite. Je ne peux pas dire, après 10 heures de leçons (plus 3 heures sur simulateur) que je sois franchement enthousiasmé par l'expérience. Ni le moniteur par mes progrès : La formation sera longue…

Il trouve notamment que je suis trop crispé sur le volant, ce qu'il interprète comme une forme de peur. Je ne dis pas qu'il ait tout à fait tort (la voiture individuelle est certainement un moyen de transport passablement dangereux, mais enfin, je suis déjà monté dans les voitures de gens conduisant plutôt dangereusement, je n'étais pas recroquevillé de terreur, il n'y a pas de raison que je n'arrive pas, à terme, à être plus prudent qu'eux, et en tout cas, pour l'instant, je suis avec quelqu'un qui est bon pour rattraper les erreurs[#]) ; mais ce que je ressens surtout, c'est l'impression d'être débordé par les choses qui demandent mon attention en même temps, ne serait-ce que le nombre d'étapes pour faire des choses aussi débiles que démarrer ou s'arrêter (sans caler[#2]…) sur une voiture à conduite manuelle.

Ce n'est pas que ce soit difficile, mais j'ai un peu l'impression de jouer à un jeu comme Jacques a dit : du genre avant de prononcer une phrase qui commence par une consonne, vous devez lever le bras droit, à chaque fois que vous utilisez le mot le vous devez claquer des doigts, et tous les sept mots exactement vous devez taper du pied : ceci étant, racontez-moi vos vacances (mais pourquoi allez-vous si lentement ?) — oui, merci, je crois que j'ai compris et retenu les règles (celles auxquelles j'ai eu droit pour l'instant, du moins), mais avant d'en faire un automatisme, avant de me les approprier[#3], comme dit mon moniteur, il me faudra effectivement du temps. Je comprends pourquoi ce n'est pas une bonne idée d'attendre 40+ ans pour ça. Et je comprends aussi pourquoi les Américains n'aiment pas les boîtes de vitesse manuelles et les embrayages. Sans même parler des règles de la circulation à respecter en même temps, et de tous les gens à surveiller autour : je suis très mauvais pour le multitâche, et si je perds le fil, j'ai tendance à ne plus du tout savoir où j'en suis et à faire vraiment n'importe quoi, ce qui est une très mauvaise idée en voiture.

Le simulateur devrait permettre d'acquérir ces automatismes par la répétition d'exercices faciles. Mais le simulateur ne sanctionne pas certaines mauvaises pratiques (il ne vérifie pas qu'on tient le volant correctement, qu'on garde le pied sur le frein à l'arrêt, ce genre de choses), et mon moniteur n'a pas l'air convaincu par son utilité.

Bon, après, mon moniteur a aussi l'air de penser que le seul vrai permis de conduire est celui qu'on obtient à Paris (où la route n'arrête pas de changer de direction et de largeur, où les gens arrivent dans tous les sens, où il y a tellement d'inspecteurs à l'examen qu'on ne peut pas bachoter selon les habitudes de chacun, etc.) ; en tout cas, il n'a pas l'air de penser grand bien de celui qu'on obtient en des plus petites villes en France ni dans certains autres pays.

(Je n'attends pas non plus avec impatience la voiture qui se conduit toute seule : vu le niveau désastreux de la sécurité informatique en général, elle sera certainement moins dangereuse qu'une voiture conduite par un humain… jusqu'au jour où un pirate russe prendra le contrôle de 100000 voitures simultanément dans le monde et les enverra toutes foncer n'importe où, et en comparaison les guignols de terroristes qui font peur à faire ça un par un ils paraîtront bien anodins. L'avenir ne m'enthousiasme donc pas trop.)

En attendant, ce qui est sûr, c'est que je connais maintenant très bien le parking du cimetière de Chevilly-Larue pour en avoir fait plein de fois le tour (et il a l'air très populaire auprès des auto-écoles, vu que nous n'étions pas les seuls).

Ajout : pour la suite de mes aventures de permis de conduire, c'est ici et .

[#] Ce qui m'amène d'ailleurs à me demander comment on forme les moniteurs d'auto-école : est-ce qu'ils ont des leçons pratiques où un méta-moniteur s'asseoit à la place de l'élève (i.e., du conducteur) et fait volontairement des erreurs de débutant pour vérifier que le moniteur arrive à les rattraper à temps ? Et du coup, comment forme-t-on les méta-moniteurs (et ainsi de suite, comme le fameux problème de la construction des grues de chantier) ? Que de questions sans réponse !

[#2] Mon problème à ce stade, ce n'est pas tellement que je cale, c'est plutôt que je suis tellement précautionneux lorsque je relâche l'embrayage pour ne pas caler en démarrant que le chauffeur derrière moi s'énerve et me double dangereusement.

[#3] Déjà, juste la façon dont on me dit que je dois manier le volant dans les tournants importants (genre, à angle droit) ne me semble pas du tout naturelle : à part qu'il ne faut pas que je sois crispé, on m'apprend qu'il faut chevaucher les mains, moi je trouverais beaucoup naturel de les faire glisser — rien que ça, ça me mobilise de l'espace mental pour rien.

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(dimanche)

La petite place qui réapparaît dans mes rêves

J'ai déjà plusieurs fois parlé sur ce blog des thèmes qui reviennent régulièrement dans mes rêves — par exemple ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici et ici — je ne pensais pas en avoir écrit autant, d'ailleurs, et je devrais peut-être créer une catégorie juste pour ça ; mais quand les gens se mettent à raconter leurs rêves, c'est en général signe qu'il vaut mieux s'enfuir, donc si vous voulez fuir, cliquez ici. Mais autant les thèmes récurrents existent sans l'ombre d'un doute, autant c'est un mystère pour moi de savoir si les éléments récurrents existent.

Pour être plus précis, ça m'arrive souvent de faire un rêve dont je pense (pendant que je suis en train de rêver) que c'est la suite d'un autre rêve, dont j'ai un souvenir relativement précis, ou simplement qu'un élément particulier est déjà apparu ; mais plus d'une fois, une fois réveillé et une fois sorti de cette phase où tout ce que j'ai pensé en rêve continue à me sembler vrai ou intéressant, j'ai eu des raisons de mettre ce souvenir en doute : l'« autre rêve » n'avait jamais existé, ou bien était inventé en même temps que le rêve qui croyait lui faire référence, ou peut-être en était une autre partie, bref, le souvenir lui-même me semblait falsifié. Ou en tout cas, je le soupçonnait de l'être ; a contrario, je n'ai jamais eu de certitude ni même de très forte présomption qu'un souvenir du genre « j'ai déjà rêvé ça » était correct (ceci étant, je n'ai de preuve ni dans un sens ni dans un autre : forcément, c'est très difficile d'avoir une preuve qu'on n'a pas rêvé quelque chose, à part peut-être en s'appuyant sur un principe de causalité, et ce n'est pas non plus très fréquent, à moins de tout noter, qu'on puisse avoir une preuve d'avoir déjà rêvé quelque chose). Bien sûr, ça m'est arrivé de refaire plusieurs fois un rêve d'une chose réelle, ou de faire plusieurs rêves qui se ressemblent, mais retrouver dans un rêve un élément extrait d'un rêve passé, je ne suis pas sûr que ça arrive vraiment, et surtout, même si ça devait arriver, le fait de m'en souvenir dans le rêve ne fait que rendre la chose plus suspecte.

Mais voici quelque chose qui est à la frontière ténue entre le thème récurrent et l'élément récurrent : il y a, dans plusieurs de mes rêves, une petite place à Paris, une place d'aménagement récent et d'architecture moderne, où j'aime bien aller me poser, une place très tranquille, presque cachée, un peu encaissée, en bas de plusieurs rues dont elle fait des sortes d'impasses ; cette place est située non loin d'un quartier d'immeubles modernes ; j'ai parfois du mal à la retrouver. Les thèmes généraux dans tout ça sont des thèmes fréquents de mes rêves (voir notamment les thèmes que je qualifie de promenade à moitié oubliée et de ville art nouveau dans cette entrée) ; et il y a des éléments assez évidents de la vie réelle : je pense par exemple à cette place réelle pas loin de chez moi (qui fait tellement « petit village » qu'on a du mal à croire qu'elle soit en plein Paris), je pense au nouveau quartier Clichy-Batignolles et à celui autour de Tolbiac (et un de ses squares), je pense au genre de parcs que j'aime visiter, peut-être même à ceux que j'aime imaginer, je pense à toutes sortes de promenades que j'ai faites dans Paris et où j'ai pu prendre plaisir à découvrir des nouveaux endroits surtout quand ils semblent un peu cachés.

Néanmoins, cette petite place à laquelle j'ai rêvé trois ou quatre fois (si j'en crois mes souvenirs qui sont peut-être faux !) ne combine pas que des thèmes oniriques généraux et des éléments de la réalité : elle a aussi des caractéristiques assez bien définies comme un mur de pierre qui la ferme sur une bonne partie de son périmètre, un tout petit jardin en son centre, et une atmosphère que j'ai du mal à décrire parce qu'on ne décrit pas facilement un rêve, mais qui est néanmoins plutôt précise dans ma tête.

Et c'est assez désolant, parce que maintenant que cette petite place existe dans ma tête, je suis tout triste qu'elle n'existe pas dans la réalité et que je ne puisse pas aller m'y asseoir pour lire un jour de beau temps.

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(lundi)

Chips, bonbons et autres tentations

Il y a un corollaire de la loi de Murphy qui dit que plus un aliment est bon au goût plus on peut être sûr qu'il est mauvais pour la santé. C'est certainement exagéré (et difficilement explicable du point de vue de l'évolution, même en tenant compte du décalage entre l'environnement du chasseur-cueilleur et l'époque contemporaine), mais en ce qui me concerne, il y a incontestablement des aliments qui me font instantanément oublier la prescription évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé que le gouvernement français fait mettre sur les pubs alimentaires. À savoir, les cochonneries salées et sucrées que sont les chips et autres biscuits apéritif d'une part et les bonbons de l'autre.

Dans les deux cas, il ne faut surtout pas que je commence : plus j'en mange, plus j'ai envie d'en manger. Et ça s'applique à tout un spectre de cochonneries salées et sucrées : des produits au goût complètement chimique pleins de glutamate (j'adore le glutamate et le goût umami) ou style fraises tagada, jusqu'aux biscuits artisanaux au gouda vieux vendus à un prix exorbitant par des marques pour bobos avec des noms comme Machin et Augustel ou aux bonbons fabriqués selon une recette traditionnelle vieille de 300 ans — tout ça est kif-kif pour moi. Quand on me met devant une buffet apéro, je commence par manger à un rythme raisonnable, au bout d'une dizaine de minutes je mange aussi vite que la bienséance le permet, et encore un peu plus tard, je finis par jeter la bienséance par la fenêtre et me goinfrer aussi vite que mes mains peuvent porter les cochonneries salées ou sucrées à ma bouche. Après chaque AG des copropriétaires de notre immeuble, par exemple, une de mes voisines prépare des feuilletés au fromage pour tout le monde, et je crois que je dois en manger les trois quarts à moi seul.

L'ennui n'est pas que ça fait grossir (je n'ai pas trop de problèmes de ce côté-là). L'ennui est que quand je me goinfre comme ça, la punition ne se fait pas tarder. S'agissant des bonbons, surtout les trucs bien chimiques que fait Haribo, j'en mange de plus en plus jusqu'à ce que, tout d'un coup, je sois complètement écœuré et que j'aie, de surcroît, de terribles aigreur d'estomac. S'agissant des chips, c'est plutôt mes intestins qui me rappellent à l'ordre ; et j'ai l'impression que ça empire avec les années : maintenant je ne peux plus en manger plus que quelques poignées sans que ça me fasse l'effet d'un litre de jus de pruneaux.

C'est d'ailleurs assez mystérieux : j'ai testé chacun des ingrédients d'un paquet de chips séparément, aucun n'a d'effet particulier sur ma digestion. Je n'ai pas de problème avec les pommes de terre, même frites dans de l'huile et salées, ni avec l'huile elle-même, ni avec le sel, ni avec le glutamate, ni avec aucun des allergènes classiques dont on pourrait trouver des traces dans les chips, par exemple je mange sans problème du beurre d'arachide à la petite cuiller, donc je ne sais pas ce qui peut provoquer un problème spécifique avec les chips ; on m'a fait toutes sortes de suggestions idiotes, comme une intolérance au gluten (franchement, je le saurais), mais je ne trouve rien qui tienne debout. Toujours est-il que je dois maintenant éviter les chips. Et ça me rend très malheureux.

Parce qu'on pourrait croire que la tentation se dissipe avec le temps, mais il n'en est rien. À chaque fois que je passe au rayon des biscuits pour apéritif de mon supermarché, ou à côté d'un vendeur dans la rue à l'étal rempli de bonbons, je pleure intérieurement de devoir me priver de ces plaisirs que je n'arrive pas à consommer raisonnablement. Je ne sais pas ce qui est le pire : pour ce qui est du sucré, mon poussinet, qui ne partage pas mon addiction, n'arrive pas à comprendre que je sois tenté, et ne compatit donc guère ; pour ce qui est des chips, il aime lui aussi beaucoup, et n'a pas de scrupule à manger sous mon nez des trucs que je suis bien triste de ne pas pouvoir digérer.

Heureusement, j'arrive encore à profiter des biscuits au fromage sans en tomber malade, ou, s'agissant du sucré, du chocolat (j'en suis aussi fou, mais je finis par ne plus en vouloir avant d'être complètement écœuré). Et je pense qu'il vaut mieux que j'évite d'essayer n'importe quelle substance ayant un effet addictif, si déjà le sucré et le salé me font perdre la mesure.

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(vendredi)

Rhume et aphtes

J'ai plutôt eu moins de rhumes ces dernières années qu'il y a plus longtemps où c'était carrément une blague récurrente sur ce blog, mais là j'en ai quand même attrapé un gros, qui est tout juste en train de finir, mais qui m'aura empêché de bien profiter des premières journées de temps vraiment printanier à Paris.

Or il y a un truc qui, chez moi, a presque toujours accompagné les rhumes : c'est qu'à peu près au moment où le rhume finit, j'ai des aphtes qui apparaissent dans la bouche. Ça n'a pas l'air d'être un truc médicalement très documenté, en tout cas, Internet n'a pas l'air de répertorier de documentation au sujet d'une telle corrélation.

(Je remarque en passant que l'anglais n'a pas vraiment de mot pour aphte. Wikipédia parle juste de mouth ulcer ; le mot aphtha semble exister [avec une ‘h’ de plus en anglais qu'en français comme beaucoup d'autres bout de mots venant d'un phi-thêta grec, par exemple ophtalmo- en français contre ophthalmo- en anglais], mais n'est quasiment pas utilisé ; on trouve aussi canker sore, qui est furieusement imprécis. Je trouve ce genre de situation vraiment agaçante. Vous saviez que l'anglais n'a pas non plus de bon terme pour dire peluche ?)

Je peux évidemment imaginer plein de raisons qui expliqueraient ou participeraient à une telle corrélation :

  • Une attaque directe par le virus du rhume de la muqueuse de la bouche. (Après tout, s'il peut donner des maux de gorge très localisés — et ça m'arrive, quoique plutôt en début de rhume — je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas causer des aphtes.)
  • Une infection bactérienne secondaire. (Ça ne collerait pas trop avec le fait que, généralement, ces aphtes disparaissent tout seuls en un jour ou deux.)
  • Le fait que, ayant le nez bouché, je me retrouve souvent à dormir une nuit ou deux en respirant par la bouche, ce qui assèche celle-ci.
  • Le fait que, pour fluidifier la charge de mon nez et/ou de mes bronches, je prends parfois de l'acétylcystéine, qui comme mucolytique peut avoir tendance à causer des ulcères ou des inflammations des muqueuses. Explication séduisante, sauf que ma tendance à avoir des aphtes après les rhumes est beaucoup plus ancienne que mon utilisation d'acétylcystéine.
  • Effet secondaire d'un autre médicament ? Bon, je ne prends pas grand-chose, en fait.
  • Pur effet nocébo, par habitude du fait que les rhumes me causent des aphtes ?

Je ne suis pas médecin, ces hypothèses sont peut-être stupides.

Toujours est-il que ce coup-ci j'ai attrapé un aphte vraiment très pénible, sur la joue gauche juste en face des dernières molaires supérieures ; et que contrairement à l'habitude, il n'a pas l'air de vouloir partir rapidement (ça fait maintenant quatre jours qu'il est installé). Normalement mes aphtes partent presque magiquement quand je mets du pyralvex (autre truc dont on ne sait pas bien pourquoi ça marche, d'ailleurs : c'est de l'acide salicylique et de la rhubarbe), mais là, rien n'y fait.

Et du coup, j'ai le plus grand mal à manger. L'aphte lui-même n'est pas trop douloureux quand je ne fais rien, mais dès que je mâche, il me lance un peu comme une rage de dents. C'est fou comme il suffit d'un tout petit rien pour me gâcher quelque chose que je prends normalement beaucoup de plaisir à faire (bien manger).

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(vendredi)

J'aime avoir l'illusion du choix du café

J'ai commencé à boire du café en 1993 pour une raison idiote : plusieurs de nos profs avaient emmené notre classe en voyage en Grèce (j'étais en première à l'époque — pour les non-Français, ça désigne l'avant-dernière année du lycée), nous avons parcouru tous les sites touristiques incontournables en quelque chose comme une semaine, du coup l'agenda était plutôt serré, nous devions nous lever tôt pour monter dans le car qui nous emmènerait de, disons, Delphes à Olympie, et évidemment, la veille au soir, nous étions restés très tard à jouer aux cartes, à bavarder et à refaire le monde comme on fait à cet âge-là ; bref, je manquais de sommeil, et puisque nous étions à l'hôtel, le matin nous avions du café sur la table, et j'ai décidé d'essayer ; j'ai trouvé ça plutôt infect, mais avec assez de sucre dedans, ça passait, et ça m'aidait à lutter contre le sommeil, ou du moins je l'imaginais. Peut-être aussi que c'était une façon pour moi de me sentir adulte : je ne bois pas d'alcool, je n'ai jamais aimé ça, il est possible que j'aie, à cette époque, reporté sur le café l'idée que certains se font de l'alcool comme la « boisson des adultes » (qu'il faut faire semblant d'aimer ?). Bon, j'avais des idées bizarres quand j'avais seize ans : j'ai aussi passé un bon bout de ce voyage en Grèce à chercher dans les boutiques de souvenirs pour touristes une réplique d'un casque de guerrier spartiate (pourtant c'était avant que le film le plus homoérotique de l'Univers ne sublime et ne popularise l'esthétique du beau lacédémonien au torse impeccablement dessiné et inexplicablement laissé sans protection) ; comme le faux casque était un peu trop cher, je suis juste rentré avec un buste de Socrate (en stuc) ; cet épisode m'a d'ailleurs inspiré plus tard, mais je digresse. Je n'ai toujours pas de casque spartiate (ni le physique qui va avec), mais je continue à boire du café.

Je ne me souviens pas à partir de quand je me suis mis à le faire régulièrement, cependant. Toujours est-il que ça fait partie de la culture des mathématiciens. À propos de Pál Erdős par exemple (qui buvait du café un peu comme Balzac), son collègue et ami Alfréd Rényi a lancé l'aphorisme :

A mathematician is a device for turning coffee into theorems.

— ce à quoi une blague de matheux à peine moins célèbre que l'aphorisme de départ (et que j'ai d'ailleurs déjà racontée) ajoute :

A comathematician is a device for turning cotheorems into ffee.

(La blague est que dans beaucoup de contextes mathématiques, si on a un machin f:XY on peut avoir une sorte de dual, ou d'adjoint, ou de co-machin f*:Y*X* — et là ça tombe particulièrement bien parce qu'un co-coffee ce serait logiquement un ffee.)

Je me souvent demande si le thé ne servirait pas à produire des définitions, le déca des conjectures, le maté des lemmes, le chocolat chaud des corollaires, et le coca-cola des algorithmes.

Mais plus sérieusement, les matheux ont effectivement tendance à boire du café ou du thé comme certains artistes sont censés fumer des psychotropes. En fait, ce n'est pas tellement pour le café lui-même que pour l'occasion de bavarder entre collègues : le thé et les petits gateaux, ou bien le café et la tablette de chocolat, fournissent le prétexte idéal pour se rassembler, prendre une craie et se poser mutuellement des questions amusantes ou instructives. Béla Bollobás a même écrit un livre dont le sous-titre est Coffee Time in Memphis où il rassemble un certain nombre de problèmes à partager autour d'un café et d'un tableau noir. L'intérêt du café n'est donc pas tant le breuvage consommé que la conversation qui l'accompagne.

Toujours est-il que je me suis mis à aimer boire du café. Je ne sais pas vraiment si je me suis mis à aimer le café, mais je me suis mis à aimer le fait de le boire. Même, par extension, quand je n'ai pas quelqu'un avec qui parler de maths quand je bois mon café. Je n'en prends généralement qu'un par jour, après le déjeuner (si j'ai vraiment envie d'un second café, je prends généralement un déca, sauf si je lutte contre le sommeil mais ça reste exceptionnel). Je le bois lentement, soit en discutant de maths rigolotes (cf. ci-dessus), soit en regardant les gens passer dans la rue, soit en lisant un livre, en tout cas en faisant une pause et en essayant de mettre tous mes tracas de côté. Le café du midi est devenu, un peu le symétrique du sommeil, une respiration importante dans ma journée, un petit rituel auquel je tiens énormément. (Par ailleurs, je n'en bois jamais chez moi : je n'ai pas de machine à café chez moi, et d'ailleurs guère de place pour en mettre une ; ça fait partie du rituel d'en boire à l'extérieur.)

Mais quel café ? Je ne suis pas très difficile : comme je l'ai raconté plus haut, quand j'ai commencé à boire du café, je n'aimais pas ça du tout, je mettais plein de sucre pour faire passer le mauvais goût ; maintenant, je continue à sucrer mon café (moins) sauf quand je le prends en même temps que mon dessert, et je ne sais pas vraiment si j'aime le goût du café, ou seulement l'acte d'en boire. Et je n'ai certainement pas la prétention d'être un connaisseur : je peux détecter qu'il est plus ou moins sucré, ou plus ou moins dilué (je l'aime modérément serré, i.e., à peu près ce que les Français appellent un espresso, et qui pour les Italiens serait plutôt un lungo), mais je pense que mon discernement s'arrête là, si on me faisait goûter plusieurs crus différents à l'aveugle, je serais probablement incapable de les différencier.

Pourtant, j'aime quand même avoir le choix. C'est assez paradoxal : c'est une boisson dont je ne raffole pas tant que ça, mais que j'aime néanmoins boire, et dont je ne sais pas vraiment reconnaître les nuances du goût, mais sur laquelle je veux néanmoins avoir un choix à faire. J'aime qu'on me propose le choix entre un arabica du Guatémala et un autre d'Éthiopie, même si ce choix est purement placébo et peut-être qu'on me donnera exactement la même chose au final : le café est un rituel qui me plaît et le fait de choisir l'origine du grain rend ce rituel encore plus magique.

Et bizarrement, s'il est facile de trouver à Paris de quoi satisfaire le désir d'un bobo/hipster qui voudrait le choix entre des dizaines ou des centaines de variétés de thé, si possible chères, c'est nettement plus difficile pour ce qui est du café. Sans aller chercher le kopi luwak qui est digéré par des chats musqués au lieu d'être torréfié (merci, mais ça ne me tente pas spécialement, le caca de civette), j'aime avoir l'illusion de choisir entre de nombreuses options. En fait, si, on trouve pas mal de torréfacteurs qui proposent un grand nombre de provenances différentes, mais la plupart d'entre eux ne proposent pas de service sur place, ce que je recherche. J'ai bien trouvé la chaîne Cofféa, ainsi que le café Verlet (rue Saint-Honoré), et dans une certaine mesure les cafés Malongo (le choix est plus limité), mais je ne comprends pas bien pourquoi le créneau n'est pas plus exploité.

Je pense notamment à Nespresso. Ils ont des points de vente partout, mais à ma connaissance, à de très rares exceptions près, ces points de vente ne font que de la vente à emporter : on peut acheter des capsules et des machines, et peut-être rencontrer George Clooney par hasard, mais pas déguster sur place. J'ai du mal à comprendre que l'idée ne leur soit pas venue qu'avant d'acheter des capsules rouges, vertes ou bleues, les gens auront peut-être envie de les essayer, et que ça peut être une pub formidable que de proposer d'essayer un café préparé à la perfection par les soins de la marque elle-même. J'ai écrit de très rares exceptions, parce que j'en connais une : il existe un Nespresso Café à Londres, dans la City, à peu près ici je crois (Google Street View n'est pas à jour), sur lequel mon poussinet et moi sommes tombé par sérendipité en flânant dans le coin (je nie préventivement tout lien avec la City de Londres). On peut y consommer sur place, donc, des cafés de la marque : exactement le genre de choses que je cherche, sauf que je ne suis pas souvent à Londres. Je ne sais pas si c'est le seul Nespresso Café au monde : le fait est que ce n'est pas facile de chercher Nespresso Café dans Google tout en excluant les résultats concernant le café Nespresso.

Bon, en attendant, la cantine de mon école propose un choix assez varié de capsules (ce n'est pas du Nespresso mais un des zillions de systèmes concurrents et non-interopérables ; encore que celui-là, comme un collègue me l'a appris, est un système ouvert, ce qui est bien). Mais le week-end, quand je mange dehors avec mon poussinet, je n'ai souvent qu'un seul choix. Un drame, dont il faut que je m'empresse de me plaindre en environ 1500 mots sur mon blog. Dont acte.

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(dimanche)

Introspection, et « marcellisme »

Je me suis livré à quelques séances d'introspection pour essayer de comprendre pour quelle raison la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine m'affectait tant. Je ne vais pas revenir sur la politique, mais parler un peu au niveau émotionnel.

Il est vrai que cette nouvelle tombe à un moment où j'ai l'impression d'être harcelé par toutes sortes de tracas et d'inquiétudes. Rien de grave !, mais une accumulation de mille et un petits embêtements ou causes de contrariété qui, à force, finissent par me peser. Comme tracas momentanés, il y a par exemple ce souci mathématique qui m'a donné un certain chagrin, ma tentative pour m'inscrire au permis de conduire qui est toujours dans les limbes, il a une fuite d'eau au sous-sol de notre immeuble juste ne-dessous de notre appartement et dont on ne trouve pas la source, il y a mon nouvel ordinateur dont je ne suis décidément pas content ; comme causes de fatigue passagère il y a notamment des travaux (plus un rhume qui finit tout juste), et il y a le temps pourri de ce début de novembre, les journées qui raccourcissent et le passage à l'heure d'hiver qui me dépriment un peu chaque année ; j'ai aussi des inquiétudes à plus long terme (concernant, par exemple, l'évolution de l'établissement où j'enseigne — je ne vais pas en parler ici parce qu'il est, paraît-il, mal vu de dire publiquement du mal de sa hiérarchie), mais je ne vais pas m'étaler à ce sujet. Ce ne sont que quelques exemples, qui montrent que je me fatigue facilement de plein de petits riens : mais peut-être finalement que ce qui me pèse est que je n'arrive pas vraiment à me rappeler à quand remonte la dernière fois que j'ai reçu une vraie bonne nouvelle ou simplement ce que j'avais appelé autrefois une potentitialité (heureuse). (Le mieux qui me vienne à l'esprit est que quand j'ai vu mon dentiste récemment, il m'a dit que je n'avais pas de nouvelle carie, et c'est peut-être bien la première fois que ça se produit au cours des quelques dernières années.)

Mais il y a autre chose dont je me suis rendu compte en repensant à la manière dont j'avais ressenti la campagne électorale américaine, c'est l'importance d'un sentiment un peu confus mais que je ressens en général de façon très forte. Je ne sais pas quel nom donner à ce sentiment qui mériterait certainement une entrée dans le Dictionary of Obscure Sorrows, mais si je dois le définir en une phrase, ce serait quelque chose comme ceci :

Une fois que le match est joué, les points gagnés ou perdus pendant le jeu perdent toute signification.

Ce n'est pas très clair ? Je vais essayer d'expliciter. Il s'agit d'une forme d'espoir déçu, mais c'est un peu plus spécifique que ça : la sensation d'amertume provoquée par le souvenir de succès initiaux rendus vains ou caducs par un échec final. Imaginez que vous jouez à un jeu dans lequel vous espérez la victoire (ou celle de votre équipe, ou celle d'une équipe dont vous êtes le supporter) : des éléments de progrès dans le jeu, par exemple un point marqué par vous ou votre équipe, ou la réussite d'un but intermédiaire, la victoire à une bataille, l'avancement de votre personnage, ce genre de choses, vous causent une certaine satisfaction. Soit parce qu'ils font espérer en une victoire finale qu'ils montrent plus probable, soit parce qu'ils sont des victoires partielles. Mais voilà que survient une défaite définitive, irréversible et irrécupérable : tous les espoirs soulevés par ces réussites intermédiaires sont déçus, les victoires elles-mêmes sont rendues caduques et perdent toute valeur. Et leur souvenir devient alors d'autant plus amer qu'ils avaient nourri des espoirs ou une satisfaction maintenant douchés.

Ce sentiment existe dans toutes sortes de circonstances, et à toutes sortes de degrés. C'est le sentiment de l'empereur Auguste et de sa sœur Octavia quand ils repensent à la carrière prometteuse de Marcellus (le fils d'Octavia, donc le neveu d'Auguste) interrompue brutalement par sa mort — sentiment traduit par Virgile dans une célèbre phrase du livre VI de l'Énéide, Heu, miserande puer, si qua fata aspera rumpas, / Tu Marcellus eris ! (Hélas, malheureux enfant, si tu peux rompre ton destin cruel, / Tu seras Marcellus !). Ingres en a même tiré un tableau où on voit Octavie s'évanouir sous l'effet de ce sentiment, que je pourrais donc appeler marcellisme.

C'est le sentiment, par exemple, de l'entrepreneur dont l'entreprise connaît des succès initiaux dont il se réjouit, mais finit par faire faillite pour une raison stupide. Et celui d'un candidat à une élection qui, après avoir perdue celle-ci, repense avec amertume à la satisfaction que lui donnaient des sondages initiaux favorables. C'est le sentiment d'un « libéral » américain qui aurait été heureux d'apprendre la mort du juge Antonin Scalia (ce n'est sans doute pas bien de se réjouir de la mort de quelqu'un, mais parfois c'est vraiment difficile de ne pas le faire) et qui y repenserait maintenant.

Une variante de ce sentiment, beaucoup plus forte (mais sans doute proche de celle qu'aurait pu ressentir la sœur d'Auguste) se rapporte à la mort d'un être cher lorsqu'un repense à quelque chose qu'on prévoyait de faire avec lui. Je pense par exemple à une scène, sans doute un mélange de fictions que j'ai lues ou vues et peut-être de témoignages que j'ai entendus, où une personne attend l'arrivée d'un être cher pour lui faire une surprise, peut-être le demander en mariage ou souhaiter son anniversaire, et plutôt que l'être attendu, ce qui arrive est l'annonce qu'il vient de décéder. Il s'agit là de la forme la plus perçante du « marcellisme ». (La simple idée de cette scène, même ainsi rendue générique et dépouillée de tout détail, me fend le cœur.)

Bien sûr, le sentiment peut avoir un pendant heureux, et qui a certains points communs avec la forme malheureuse dont je parle ci-dessus : le soulagement de se rendre compte que toutes sortes de défaites intermédiaires ou de pronostics funestes sont, finalement, annulés. Il doit aussi exister une forme neutre lorsque quelque chose tourne de manière totalement différente de ce que les signes préliminaires laissaient penser, sans que ce soit classable sur une échelle de bien en mal (mais je ne sais pas si cela provoque vraiment un sentiment particulier à part la surprise).

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(lundi)

Comment convaincre le cerveau d'ignorer un bruit ?

L'immeuble jouxtant le mien est en travaux, depuis un mois, et pour encore au moins trois mois. D'après le permis, ils refont la façade sur la rue et rajoutent un étage : ce ne sont pas des travaux légers, même si pour l'instant je ne comprends pas à quoi ils jouent. On entend essentiellement des coups de marteau et surtout des sons qui ressemblent à une perceuse. Si nos immeubles ne partagent pas de mur, ils se touchent : la position de mon appartement, donnant sur cour et non immédiatement contigu à l'immeuble en travaux, me protège un peu des bruits, mais ils sont tout de même assez forts. Plus exactement, il y a d'occasionnels bruits forts et beaucoup de bruits très atténués, probablement parce que parfois ils attaquent le mur touchant notre immeuble et parfois non. Par ailleurs, je ne peux pas trop mettre des bouchons dans les oreilles (disons que ça doit rester exceptionnel), parce que j'ai le conduit auditif facilement irrité et le cérumen qui s'accumule très vite.

Les bruits commencent aléatoirement entre 8h et 9h30, et durent jusque vers 11h : je ne sais pas si c'est parce qu'ils font une longue pause déjeuner, ou parce qu'ils passent ensuite à quelque chose d'autre que je n'entends pas. Peut-être qu'il y a aussi des bruits dans l'après-midi, mais je ne suis pas là pour vérifier et en tout cas il n'y en a plus quand je rentre chez moi (même quand je rentre tôt). Et c'est, bien sûr, tous les jours du lundi au vendredi (y compris le pont du 1er novembre).

Ce n'est pas tellement problématique d'être réveillé à 8h : ce qui l'est, c'est que l'idée que je serai forcément réveillé entre 8h et 9h30 m'empêche de bien dormir (j'avais essayé d'expliquer ça ici, ainsi que dans le 6º et sans doute quantité d'autres fois sur ce blog). C'est-à-dire que dès que je suis réveillé pour n'importe quelle raison pendant la nuit, je commence à me dire il ne faut surtout pas que je fasse de l'insomnie maintenant, parce que ces foutus travaux vont me réveiller de toute façon que j'aie dormi ou non, et du coup ça me stresse et je fais effectivement de l'insomnie, et c'est un cercle vicieux.

Ce qui se passe donc typiquement en ce moment est que je me couche tôt (entre 22h et 23h), je fais une grosse insomnie pendant la nuit (typiquement vers 3h du matin) en stressant parce que les bruits de travaux vont me réveiller et que je n'aurai pas assez dormi, les bruits de travaux me réveillent effectivement vers 8h30 (disons), je reste quand même au lit parce que je suis complètement crevé, mais je n'arrive pas à dormir, je somnole juste, et quand les bruits cessent enfin vers 11h, je me dis qu'il est quand même trop tard pour me rendormir, et je me lève enfin. Ayant perdu quelque chose comme douze heures au lit mais n'ayant dormi que six ou sept heures de ce temps, je suis crevé toute la journée. Et du coup je me couche tôt, et le cycle recommence. Ce n'est pas systématiquement comme ça, mais c'est tout de même très fréquent. Cela n'aide pas qu'en ce moment mon poussinet ait un rhume, ce qui a pour effet qu'il dort mal lui aussi, et fait du bruit pendant la nuit. Le passage à l'heure d'hiver pourrait aider, mais en fait il me perturbe plus qu'autre chose, et me stresse encore plus, ne serait-ce que parce que le passage à l'heure d'hiver me déprime toujours.

Et il n'y a pas que le sommeil qui pose problème : même si je suis levé, j'aime rester le matin chez moi (quand je n'ai pas de cours à donner) pour lire des articles de maths ou réfléchir à des problèmes dans une ambiance différente de celle de mon bureau. Il va de soi qu'avoir des bruits de perceuse toutes les minutes n'aide pas vraiment à la concentration.

Je me dis que ce qu'il faut que j'arrive à faire, c'est convaincre mon cerveau… Bon, c'est un peu bizarre d'écrire convaincre mon cerveau, parce que je ne sais pas ce que c'est que moi à part mon cerveau, mais disons, convaincre la partie de mon cerveau qui est responsable d'endormir et de réveiller le tout, si tant est qu'une telle partie existe, et/ou la partie responsable de l'audition. Convaince mon cerveau, donc, d'ignorer ces bruits. Qui ne sont pas si forts que ça, finalement : je conçois qu'il y ait des sons qui soient impossibles à ignorer, mais ceux qui me réveillent actuellement n'en font probablement pas partie.

Après tout, il y a bien des bruits que j'ai réussi à apprendre à ignorer. Il y a deux-trois ans, par exemple, mon poussinet et moi avions commencé à être gênés par nos voisins d'à côté, quand ils prennent leur petit-déjeuner dans leur cuisine, qui est immédiatement adjacente à notre chambre : nous n'avons pas bien compris ce qui s'était passé, mais il semble qu'ils n'avaient rien changé à leurs habitudes, nous avions simplement cessé, sans qu'on sache au juste pourquoi, d'ignorer un bruit que nous ignorions depuis longtemps (au point de ne même plus nous rendre compte de son existence), et depuis, nous avons réappris à ignorer ce bruit et il ne nous dérange plus du tout. D'ailleurs, ces mêmes voisins ont plus tard acheté un mixeur à smoothie (ou quelque chose comme ça) qui fait un bruit proche d'une perceuse et dont ils se servent pendant leur petit-déjeuner, au début il nous réveillait, et nous avons fini par réussir à l'oublier lui aussi : à part si je suis réveillé pile au moment où ils s'en servent, je ne l'entends plus du tout. Les bruits de travaux actuels sont un peu plus forts et beaucoup plus persistants que le bruit de ce mixeur, mais je n'exclus pas que je puisse réussir à les faire disparaître mentalement.

Seulement, c'est un peu comme le défi : essayez de passer cinq minutes sans penser au pape en maillot de bain — essayer de se convaincre de ne pas penser à quelque chose, de faire comme si ce quelque chose n'existait pas, c'est très difficile.

J'ai quand même une idée. J'ai écrit ci-dessus que lorsque les bruits de travaux commencent, je reste au lit à somnoler parce que je suis trop fatigué pour me lever : ce n'est pas la seule raison. En fait, je reste aussi au lit à somnoler et à repenser à mes rêves dans le but d'essayer de persuader mon cerveau d'associer les bruits de travaux à l'idée « je peux rester au lit à somnoler » et surtout pas « je dois me lever maintenant ». Peut-être que si je continue comme ça assez longtemps, mon cerveau finira par capter le message et à ne plus considérer ces bruits comme une agression extérieure mais comme un son presque relaxant, ou en tout cas, comme pas spécialement stressant. Je pense que c'est comme ça que j'ai réussi à m'habituer au mixeur des voisins.

Je ne sais pas si cette stratégie fonctionnera, mais ce qui est sûr, c'est qu'en ce moment, je n'arrive pas à faire grand-chose de mes journées, je suis tout le temps fatigué, et du coup, les mails auxquels je dois répondre, les tâches administratives que je dois remplir, les calculs que je dois faire, les courses ou les tâches ménagères, tout cela a tendance à s'accumuler, et je ne sais pas ce que ça donnera au bout de quatre mois de travaux ou plus.

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(mercredi)

Hadwiger-Nelson et autres malheurs

Les oulipiens ont inventé le concept du plagiat par anticipation, il faut peut-être que j'explore la manière dont il s'applique aux mathématiques. Pour une fois je vais raconter mes malheurs à ce sujet. Mais il faut d'abord que je donne le contexte.

J'ai déjà parlé du problème de Hadwiger-Nelson, cette question ouverte célèbre qui consiste à déterminer le nombre minimum de couleurs qu'il faut pour colorier le plan de façon que deux points situés à distance 1 (unité fixée quelconque) n'aient jamais la même couleur : on sait seulement que la réponse (i.e., le nombre chromatique du plan pour la relation être-à-distance-un) est entre 4 et 7 ; et je qualifie volontiers ça de problème ouvert le plus embarrassant des mathématiques, parce que vraiment tout le monde peut comprendre l'énoncé, un lycéen peut retrouver les bornes que je viens de donner et on n'a pas fait de progrès par rapport à ça. On peut, en revanche, essayer de changer un peu la question pour faire du progrès sur un terrain adjacent.

Vers avril 2012, j'ai réfléchi avec quelques collègues à de telles questions adjacentes (par exemple, savoir si on peut calculer d'autres invariants intéressants du graphe des points du plan avec la relation être-à-distance-un, comme sa capacité de Shannon — enfin, celle de son complémentaire, parce qu'un des collègues en question a des conventions opposées à tout le monde, et des bons arguments pour les défendre), mais nous n'avons pas trouvé grand-chose d'intéressant. • Comme je parlais du problème en question à mon poussinet, il m'a demandé ce qu'on savait du nombre chromatique pour des points à coordonnées rationnelles (i.e., le nombre minimum de couleurs qu'il faut pour colorier l'ensemble ℚ² des points à coordonnées rationnelles du plan, de façon que deux points situés à distance 1 n'aient jamais la même couleur). J'ai trouvé la solution à cette question-là (2 couleurs sont suffisantes — et évidemment nécessaires), et je l'ai exposée à mes collègues ; l'un d'eux a rapidement repéré que ce fait était déjà bien connu (le résultat est dû à un Douglas Woodall, en 1973). J'ai fait remarquer que les mêmes techniques permettaient de montrer des choses sur d'autres corps, par exemple ℚ(√3) (le corps des nombres de la forme a+b√3, où a et b sont rationnels) pour lesquel le nombre chromatique du plan vaut exactement 3, et cela a suscité un intérêt modéré.

Je suis alors tombé sur le livre d'Alexander Soifer, The Mathematical Coloring Book (publié en 2009), presque entièrement consacré au problème de Hadwiger-Nelson. Ce livre signale le résultat de Woodall (le nombre chromatique du plan à coordonnées dans ℚ vaut 2) et quelques unes de ses variations, et mentionne explicitement comme problème ouvert de trouver des nombres chromatiques d'autres corps, par exemple ℚ(√2). Je me suis rendu compte que je savais aussi calculer la réponse pour ℚ(√2) (c'est un peu plus compliqué que pour ℚ(√3)), et du coup que ça valait peut-être la peine de rédiger tout ça.

Les choses ont un peu traîné, mais j'ai mis sur l'arXiv une petite note contenant ces résultats et quelques faits liés que j'ai trouvé à dire sur le problème. Je pense qu'elle est facile à lire.

Je pense que les trois angoisses majeures du mathématicien quand il a obtenu son résultat sont : (1) de trouver une erreur dans sa démonstration, voire un contre-exemple à l'énoncé, (2) de trouver que le résultat est, en fait, quasiment trivial (i.e., au contraire du (1), trouver une démonstration « trop simple » de l'énoncé), et (3) d'apprendre que tout a déjà été fait avant. S'agissant du (1), j'ai passé (je passe toujours) un temps fou à relire, re-relire, et re-re-relire mes démonstrations, et j'ai atteint un niveau raisonnable de certitude qu'elles étaient correctes, même si je n'ai pas pu persuader qui que ce soit d'y jeter un coup d'œil. S'agissant du (2), l'angoisse est largement neutralisée quand il s'agit d'un problème ouvert répertorié (c'est notamment à ça qu'il sert de répertorier les problèmes ouverts). Restait l'angoisse numéro (3). J'ai écrit à Soifer (l'auteur du bouquin sur le sujet) pour lui demander si la question était toujours ouverte depuis 2009, mais il ne m'a pas répondu (je ne peux pas lui en tenir rigueur, je suis le premier à ne pas répondre à mes mails). J'ai cherché comme j'ai pu dans les bases de données de publications mathématiques et dans Google tout ce qui pouvait tourner autour de Hadwiger-Nelson ou tout ce qui citait le livre de Soifer ou quelques publications-clés, et je n'ai rien trouvé. En fait, presque personne ne semble faire quoi que ce soit au sujet du problème de Hadwiger-Nelson, donc je me suis dit que c'était certainement bon.

Finalement, j'ai soumis ma note à un journal en octobre dernier. Ils l'ont gardé plutôt longtemps (octobre à juillet), et je me suis dit que c'était sans doute un bon signe : si on rejette un article par manque d'intérêt, d'habitude, on le fait rapidement, alors que si on prend le temps de rentrer dans les détails mathématiques, c'est certainement que l'article est jugé assez intéressant, or je ne craignais pas trop qu'on y trouvât des fautes.

J'ai reçu hier le rapport : il commence plutôt bien, mais in cauda venenum : il m'apprend à la fin que l'immense majorité des résultats que je croyais avoir obtenus figurent déjà dans une note non publiée (et pas non plus mise sur l'arXiv, seulement sur la page personnelle de son auteur) d'un certain Eric Moorhouse de l'Université du Wyoming. Et ce Moorhouse a une très nette antériorité, puisque la version actuelle de sa note est datée de 2010 et qu'on trouve même des traces d'une version de 1999 qui contient aussi les résultats essentiels. Cette note m'avait échappé sans doute parce qu'elle n'utilise nulle part le terme Hadwiger-Nelson, et apparemment elle (ou en tout cas, sa version de 1999) avait aussi échappé à Soifer quand il a écrit son livre.

Et il n'y a pas que les résultats qui sont proches : les techniques que j'ai mises en œuvre sont quasiment identiques à celles de Moorhouse (je ne peux même pas espérer parler de démonstrations alternatives). Même la question que je soulève de savoir si le nombre chromatique de ℂ² pour la relation (xx′)² + (yy′)² = 1 est finie, est déjà dans l'article antérieur. J'ai bel et bien été « plagié par anticipation » ! Plus sérieusement, je suis dans une situation vraiment embarrassante, parce qu'on pourrait m'accuser de plagiat ; le rapporteur qui a lu ma note a eu l'intelligence de deviner que ce n'était pas le cas (et il l'écrit clairement à l'éditeur), mais je me méfierai à l'avenir avant d'accuser qui que ce soit de plagiat, parce que je me rends compte à quel point ça peut arriver facilement.

Il y a bien quelques bouts restants dans ma note qui ne sont pas contenus dans ce qu'a fait Moorhouse (pour ceux qui veulent regarder, les §2–4 sont essentiellement incluses dans son travail, sauf peut-être la borne inférieure de la proposition 4.6, mais ce n'est pas franchement passionnant, et les §5–7 partent un peu dans une autre direction), mais je vois mal comment ils pourraient être publiés, ne serait-ce que par manque de cohérence : ce sont des petites remarques éparses qui n'ont plus aucun fil conducteur. (La réponse de l'éditeur du journal auquel j'avais soumis l'article ne ferme pas complètement la porte à cette possibilité, mais il demande des révisions substantielles qui ont l'air difficiles à mener.) À vrai dire, j'espérais beaucoup pouvoir profiter de la publication de cette note pour attirer l'attention sur le problème de Hadwiger-Nelson minkowskien (=lorentzien), i.e., pour la métrique de Minkowski (ℝ² pour la relation (tt′)² − (zz′)² = 1), et sur le fait que je ne sais même pas si le nombre chromatique est fini. Mais ça ne se fait pas de publier un article avec des questions, il faut qu'il y ait des résultats nouveaux pour servir de prétexte à poser des questions. C'est vraiment triste.

En fait, je suis même assez effondré, parce que j'avais investi pas mal de temps, pas tant dans les résultats eux-mêmes mais dans la rédaction de cette note, que j'espérais rendre aussi jolie que possible.

J'ai écrit à Moorhouse pour lui faire part de mon embarras, lui présenter mes excuses d'avoir mis sur l'arXiv comme mien des résultats qu'il avait obtenus avant, et demander s'il accepterait de faire une publication jointe, mais je ne vois pas vraiment pourquoi il accepterait (par ailleurs, je ne sais pas s'il est encore actif, ou s'il lit son mail, ou s'il y répond).

Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive de retomber sur des résultats déjà connus, en fait, ou quelque mésaventure du genre — même si c'est la première fois que c'est aussi flagrant. Deux fois pendant ma thèse, d'autres mathématiciens ont obtenu des résultats beaucoup plus forts que les miens et quasiment simultanément (là, j'avais techniquement l'antériorité, mais quand elle se joue à très très peu, ce n'est pas forcément évident pour les journaux et relecteurs, et ça a quelque chose d'un peu absurde de se retrouver à citer un article postérieur qui fait que l'article qu'on écrit n'a déjà plus aucun intérêt). Et je ne compte pas le nombre de concepts que j'ai « découverts » pour apprendre que j'étais né trop tard dans un monde déjà trop vieux : par exemple, en 2001, j'ai « découvert » les séries de Hahn, j'étais tout excité de comprendre qu'elles formaient un corps algébriquement clos, et on m'a fait savoir que j'arrivais à peu près un siècle trop tard. J'ai aussi trouvé plein de choses sur la multiplication de nim avant de découvrir que Lenstra était passé avant, etc. Ce genre de choses arrive à tout mathématicien, mais la multiplicité des cas qui m'ont touché commence à me rendre parano. Pourtant, je cherche à m'écarter des sentiers battus.

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(mercredi)

Je revois The Last Unicorn

Ce soir j'ai revu le dessin animé The Last Unicorn que j'ai vu quand j'étais petit (je crois que c'était avec ma classe — j'étais probablement en CM1 ou CM2, en tout cas à l'école primaire, probablement pas très longtemps après sa sortie). Entre temps, il y a une dizaine d'années, j'ai lu le livre dont il est tiré — je l'avais raconté sur ce blog à l'époque. Aussi bien le livre que le film sont assez étranges : l'histoire est souvent très enfantine, mais elle n'a pas la morale simpliste des contes pour enfants, il n'y a pas vraiment de gentils et de méchants, les motivations des personnages sont difficiles à comprendre, on ne sait pas s'il faut comprendre le tout comme une sorte d'allégorie, de récit symbolique ou codé, une poésie surréaliste, ou encore autre chose, bref, on ne sait pas sur quel pied danser. Le film lui aussi semble changer sans arrêt d'avis sur le registre sur lequel il faut le comprendre, et il y a des passages vraiment bizarres, dérangeants ou inquiétants. La page que je viens de lier décrit ainsi le Taureau de Feu du dessin animé : Pure unadulterated nightmare fuel. This is the kind of thing that makes your stomach drop and gives an ill-prepared child a lifelong complex. You simply can't watch this movie and not be scared of The Red Bull. The Red Bull is fear. De fait, je crois que cette image m'avait beaucoup impressionné quand j'avais vu ce film, et peut-être bien que j'en ai fait quelques cauchemars. (En plus, rien que la traduction française Taureau de Feu, ça fait plus peur que l'anglais Red Bull, même sans compter que maintenant Red Bull est un soda.)

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(jeudi)

De l'identification de souvenirs enfouis

C'est un trope abusé de mauvais films entre la science-fiction et l'espionnage qu'un personnage a vécu quelque chose d'Abominable ou d'Affreusement Secret dans sa jeunesse et que ses souvenirs ont été effacés ou refoulés ou quelque chose du genre. Ce cliché est particulièrement pénible sur le plan artistique (je déteste ces films où le héros va faire un rêve, présenté sous forme de flashs décousus, dont on doit comprendre qu'il apporte des bribes d'information sur quelque chose d'important sur son identité), et en plus il est essentiellement basé sur un mythe, à savoir, qu'on a tendance à supprimer inconsciemment les souvenirs particulièrement traumatiques. Le problème avec la mémoire incertaine est plutôt qu'on a tendance à fabriquer des faux souvenirs, ou à en déformer des vrais, et qu'on ne sait plus démêler le vrai du faux. J'ai déjà parlé de mon impression de voyager entre univers parallèles, mais elle est particulièrement marquée quand je retourne à des endroits où j'ai été par le passé et où je m'énerve de voir que les choses ne collent pas avec mon souvenir (est-ce que l'endroit a changé pendant ce temps ? me suis-je mal rappelé comment les choses étaient ? ou, hypothèse beaucoup plus crédible, suis-je passé dans un monde parallèle ?).

Par exemple, il y a quelques jours, comme mon poussinet et moi nous promenions dans le coin, j'ai voulu retracer un chemin que j'ai suivi plusieurs fois en 1996 : je passais les concours des ENS, dont les écrits avaient lieu au parc floral de Paris (dans le bois de Vincennes), ma maman m'avait trouvé un logement au Centre International de Séjour de Paris (avenue Maurice Ravel), et je faisais le matin un trajet pour aller de l'un à l'autre, passant en-dessous du périph', à travers un petit bout de Saint-Mandé et à côté du lac du même nom jusqu'au château de Vincennes ; mais quand j'ai cherché à retrouver le chemin exact que je suivais, toutes sortes de petites incohérences se sont manifestées entre mon souvenir des lieux et la réalité. (Il est vrai que je faisais ce chemin, il y a vingt ans, le matin à la fin du printemps, et que j'ai cherché à le retrouver le soir à la fin de l'automne : ceci peut beaucoup affecter l'apparence de cerains endroits.) • D'autres cas du même genre se sont présentés quand je suis allé voir mon Poussinet à Toronto en 2007 et que j'ai voulu retrouver toutes sortes d'endroits dont je me souvenais de mes passages précédents dans cette ville (souvenirs souvent mélangés entre eux, notamment pour ce qui est de leur ordre) : j'ai pu retrouver un bon nombre de choses, mais il y a des choses qui restent mystérieuses pour moi, notamment le chemin d'une promenade que je faisais régulièrement avec mon père en '84–'85 et dont je sais parfaitement bien où elle commençait mais que je n'ai réussi à retracer que jusqu'à un certain point après quoi mes souvenirs ne collaient vraiment plus avec la réalité.

En fait, ma tendance à revenir sur des lieux où j'ai marché autrefois et à chercher à replacer les endroits est tellement marquée que je fais régulièrement des rêves à ce sujet : des rêves dans lesquels je cherche à retrouver un endroit où j'ai pu aller ou une promenade que j'ai pu faire ; seulement, dans le rêve, tout est imaginaire : je ne rêve pas que je cherche à retrouver une promenade bien précise qui aurait pu exister en réalité, je rêve que j'ai un souvenir vague, et ce souvenir est lui-même imaginaire ! (Zut, j'en ai déjà parlé.)

Parfois, un peu comme le héros hypothétique du mauvais film que j'évoque ci-dessus, il me revient des flashs de souvenirs extrêmement précis sur lesquels je vais ensuite chercher désespérément à retrouver une date, un lieu, une circonstance. Récemment, alors que je parcourais des articles Wikipédia sur les expositions universelles (j'ai déjà dit qu'elles pouvaient me fasciner, et mon poussinet m'a offert un beau livre sur celle de Paris en 1900), j'ai été frappé par le souvenir incroyablement précis d'avoir été à celle de 1986 à Vancouver (Expo 86), et même d'avoir échangé quelques mots avec le robot mascotte de l'exposition, Ernie, et d'être revenu avec un paquet de cartes à jouer miniatures en souvenir, dont le dos représentait un des logos de l'exposition (Ernie en jetpack). Un souvenir aussi extrêmement précis peut-il être faux ? Il n'est pas invraisemblable, mon grand-père paternel habitait Vancouver et nous aurions pu aller lui rendre visite cette année-là, mais ma mère m'assure que, d'après les carnets qu'elle tient, ce n'est pas le cas. Peut-être suis-je aller à Vancouver plus tard et qu'il restait des choses de l'exposition, mais il me semble qu'à part de grandes structures on démonte rapidement les expositions universelles, et en tout cas on ne garde pas leur mascotte et on ne continue pas à faire des jeux de cartes à leur effigie, donc je ne sais pas trop quoi penser. Il faudrait retrouver ce jeu de cartes pour savoir si je ne délire pas, mais les chances sont assez minces avec tout ce qui a été jeté.

C'est entre autres pour m'éviter de m'arracher ainsi les cheveux que je tiens maintenant (et depuis 2001) un journal factuel assez précis de tout ce que je fais, jour par jour : ce n'est pas toujours évident de rechercher quelque chose dedans si je ne sais plus la date, mais au moins y a-t-il un espoir.

J'avais un souvenir précis qui me hantait depuis longtemps, et qui était à l'origine, je pense, ou en tout cas qui a pu nourrir, mes rêves de labyrinthes : je me revois avec mes parents en train de visiter une maison bizarre, gigantesque et dont la plupart des pièces sont dénuées de fenêtres, éclairée surtout en rouge, et qui est une sorte de musée d'objets hétéroclites et insensés, dont peut-être des poupées — je me rappelle une visite qui me semblait interminable, où le guide nous faisait traverser pièce après pièce, selon un chemin qui tournait dans tous les sens, et je commençais à me demander s'il y avait une sortie, et si cette maison avait une fin.

J'ai posé la question à mes parents : ma mère se souvenait vaguement de quelque chose de semblable, et associait ça à une visite que nous aurions faite à une tante de mon père qui habitait du côté de Madison, Wisconsin (son mari était avocat — argh, j'ai un avocat américain dans ma famille), et nous aurions pu aller voir un musée dans le coin. J'ai parcouru beaucoup de descriptions de musées à Madison ou dans les environs sans réussir à trouver quoi que ce soit qui colle, et comme je ne savais pas quoi googler vu que mes souvenirs étaient très vagues, je n'ai jamais réussi à mettre le doigt dessus.

Et tout d'un coup, tout à l'heure, j'ai eu la clé de l'énigme en regardant une vidéo YouTube d'un canal consacré à des endroits bizarres sur la Terre et aux surprises de la géographie : je suis quasiment certain que la maison labyrinthique de mon souvenir est la House on the Rock, une expérimentation artistico-architecturale à la décoration kitsch et tordue, située à une centaine de kilomètres de Madison, et dont les images renvoyées par Google collent parfaitement avec celles dans ma mémoire, notamment les poupées un peu effrayantes, les instruments musicaux bizarres et les nombreuses pièces sans fenêtres organisées selon un plan labyrinthique. Quelle satisfaction d'avoir enfin réussi à replacer un souvenir tellement flou !

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(samedi)

Tout va bien pour moi

Puisque j'ai reçu des messages de quelques personnes s'inquiétant pour moi après les événements d'hier soir à Paris, il est peut-être utile que je précise que ni moi ni mon poussinet (ni, pour autant que je sache pour l'instant, personne que je connaisse) ne faisons partie des victimes. Pour ne pas céder à la terreur, nous avons tenu à passer notre samedi normalement (manger au restaurant, nous promener), ou du moins aussi normalement que possible étant donné que les cinémas sont fermés, comme les parcs et jardins, et beaucoup de commerces.

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(lundi)

La malédiction de la lecture en diagonale

Déjà il y a douze ans, je me plaignais d'avoir trop tendance à lire en diagonale et d'avoir le plus grand mal à me forcer à faire attention à chaque mot individuel d'un texte d'une certaine longueur. Et le problème n'était pas neuf : déjà quand j'étais tout juste entré à l'ENS, je lisais la feuille de chou hebdomadaire des élèves en quelques secondes alors que j'avais un copain qui y passait tout le dîner, et qui me prouvait après coup que je n'avais rien lu, rien compris et rien retenu (et je m'émerveillais qu'il eût réussi à extraire du contenu de ce qui m'avait semblé complètement vide). Il y a quelques années, des nouvelles ont circulé que l'Internet était en train de reconfigurer le cerveau des internautes et que nous perdions la capacité à faire attention aux choses : je ne sais pas ce que ces articles disaient au juste, parce que je les ai lus en diagonale. ☺️ Mais je suis prêt à croire que ma tendance à lire en diagonale ait été accentuée, et soit encore accentuée, par la quantité phénoménale d'informations qu'Internet me présente quotidiennement et dont je préfère parcourir beaucoup en diagonale que le dixième en profondeur.

C'est ironique quand je suis moi-même du genre à écrire des montagnes de texte, que je n'aurais pas le temps de lire moi-même si je n'en étais pas l'auteur. (Je fais cependant des efforts pour rendre mes textes aussi compatibles que possible avec la lecture en diagonale. En fait, non : j'aimerais bien faire de tels efforts, mais je ne sais pas vraiment comment m'y prendre, et je pense que ce que je fais est un échec complet. D'ailleurs, cette parenthèse est sans doute l'exemple parfait de ce qu'il ne faut pas faire pour rendre un texte facile à lire en diagonale. ☹️) En vérité, je n'arrive même pas à relire mes propres textes : si j'essaie de me relire, mon cerveau passe en mode « ah oui, je sais ce que ce paragraphe dit » et je saute à travers ce que j'ai écrit à la vitesse de l'éclair, en lisant ce que je crois avoir voulu écrire et pas ce que j'ai réellement écrit. Du coup, toutes les fautes de frappe, d'orthographe, de grammaire et de syntaxe, même les plus énormes, me sont totalement invisibles, même si je relis vingt fois. Y compris des ruptures de construction qui font que le texte ne veut rien dire : cela arrive fréquemment quand je déplace un morceau de texte — un mot, un complément, une proposition, un bout de phrase ou plus — d'un endroit à un autre, et que je délimite mal mon couper-coller, déplaçant ou supprimant parfois un mot de plus que je le voulais, ou entraînant des incohérences grammaticales (langue à la con que le français qui peut obliger à revoir énormément d'accords parce que j'aurais remplacé, par exemple, le fait par l'idée : on peut être sûr que je vais en oublier).

La seule façon que je trouve encore de me forcer à tout lire, c'est de lire à voix haute. (Et encore, l'idéal serait sans doute de lire à voix haute, de m'enregistrer, et de réécouter ce que je dis, histoire que ma concentration ne soit pas détournée sur la prononciation.) Je fais ça pour mes fragments littéraires gratuits, mais cela consomme un temps énorme. Ce que je ne sais vraiment pas faire du tout, c'est placer le curseur à un point intermédiaire entre la lecture en diagonale qui est devenue mon habitude et la lecture à haute voix.

Pour ce qui est des mathématiques, notamment des démonstrations mathématiques, le mieux que j'aie trouvé est de me forcer, si j'ai un doute, à réexpliquer l'argument de la démonstration ou du bout de démonstration que je viens de lire. Mais ceci repose sur le fait que dans une démonstration mathématique, seule importe la correction du raisonnement (à la limite, si j'ai lu en diagonale et trouvé une autre démonstration du théorème énoncé — ce qui, avouons-le, est fort peu probable — ce n'est pas grave). Pour une définition, la lecture en diagonale peut être très dangereuse, comme quand je me rends compte dix pages plus loin que je n'avais pas fait attention au fait que le bazqux était supposé localement frobniquable dans la définition d'un foobar bleuté (et que j'avais juste cru lire frobniquable).

Et ne parlons pas de la situation hautement embarrassante et mainte fois vécue où j'accuse quelqu'un de dire n'importe quoi, ou d'oublier de tenir compte quelque chose d'essentiel dans un raisonnement, ou quelque chose du genre, et qu'on me fait remarquer que j'ai terriblement mal lu ce à quoi je réponds.

Ajout () : Cette vidéo propose une solution intéressante au problème de la lecture en diagonale (et de la pensée trop rapide en général) : utiliser une police de caractères plus difficile à lire. Il faudra que je voie si ça marche pour m'aider à repérer les fautes de frappe. • Voir aussi : Diemand-Yauman, Oppenheimer & Vaughan, Fortune favors the bold (and the italicized): effects of disfluency on educational outcomes, Cognition 118 (2011), 111–115.

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(mercredi)

Mes douleurs mystérieuses à la tête

Dans la série Les passionnantes aventures de Ruxor hypocondriaque, je vous avais parlé de mon cœur, maintenant je vais vous parler de ma tête.

J'ai toujours eu (depuis que je suis petit) des maux de têtes en tous genres, jamais très douloureux (sauf les deux fois où j'ai fait une migraine ophtalmique), ni même terriblement fréquents, mais en revanche assez impressionnants par leur diversité : j'ai eu des maux de tête pulsatiles, des maux de tête sourds et constants, des maux de tête localisés, des maux de tête généralisés, j'ai l'impression d'avoir essayé tout un menu de maux de têtes différents. Globalement j'en ai plutôt moins que quand j'étais ado.

Mais il y a une sorte qui est apparue plutôt récemment et que je trouve assez mystérieuse, ce sont les maux de tête extérieurs au crâne, c'est-à-dire, au niveau du cuir chevelu.

Cela commence par une douleur assez soudaine et qui semble intérieure au crâne, mais très localisée dans celui-ci, et au bout de quelques heures ou peut-être d'une journée l'origine de la douleur apparaît clairement comme extérieure au crâne. Cela peut être à n'importe quel endroit sous les cheveux ou parfois au niveau du front. Parfois, mais pas toujours, il y a une petite bosse sensible au toucher qui apparaît sous la peau, de quelques millimètres de diamètre (et je suis sûr que je ne me suis pas cogné). Il n'y a pas de changement de couleur de la peau. La douleur est normalement, en intensité et en qualité, intermédiaire entre celle provoquée par un hématome et un bouton infecté : parfois elle est plus forte, et en tout cas elle a tendance à venir par à-coups qui durent quelques secondes et sont séparés de plusieurs dizaines de secondes ou minutes. Cela provoque chez moi l'envie très forte d'appuyer sur l'endroit douloureux ou de le masser — mais je ne sais pas si c'est une bonne idée. Parfois j'ai deux ou trois points douloureux de la sorte, proches les uns des autres, qui apparaissent en même temps.

Normalement cela passe en un jour ou deux, mais j'ai une douleur de ce genre qui dure depuis ce week-end et qui a plutôt empiré depuis hier et qui m'a réveillé plusieurs fois cette nuit. C'est loin d'être insupportable, mais ça me gêne vraiment pour me concentrer, un peu comme si quelqu'un me pinçait de façon répétée.

(Peut-être que c'est mon stress des derniers jours qui joue ?)

Ceci me fait penser, d'ailleurs, que mon généraliste / médecin traitant a cessé d'exercer (plus exactement, il s'est vendu au côté obscur de la médecine en devenant expert pour une compagnie d'assurance). Il faut donc que j'en trouve un autre dans le coin. Ce qui n'est pas évident, un hypocondriaque ayant besoin d'un médecin qui le comprenne, c'est-à-dire qui sache être rassurant sans être méprisant, qui écoute ses doléances sans y croire automatiquement mais sans non plus les ignorer. Mon généraliste a une remplaçante officielle, mais la seule fois que je l'ai vue (elle le remplaçait temporairement, pour l'été), elle a clairement montré qu'elle n'avait pas ces qualités.

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(dimanche)

Comment m'éviter de dormir sur le dos ?

Je suis infiniment fatigué en ce moment. Nerveusement avant tout, parce que l'été n'a rien eu de reposant, j'ai l'impression de n'avoir fait que rattraper des affaires en regard et gérer des ennuis qui me tombaient dessus ; et les quelques jours où j'ai voyagé m'ont encore plus fatigué (je trouve les déplacements terriblement stressants, j'aurais besoin de temps pour décomprimer un peu après, mais je ne l'ai pas eu). Et surtout, j'attaque une rentrée compliquée — mon emploi du temps est désastreux, je dois faire avec des horaires irréguliers et malcommodes et pas la moindre possibilité de souffler un peu avant Noël (où je devrai de nouveau affronter un voyage fatigant). Un nombre terrifiant de gens comptent sur moi pour faire des choses diverses et variées, dont je n'aurai évidemment pas le temps de mener à bien le quart, (parfois j'ai presque l'impression d'être harcelé), et dès que c'est moi qui essaie de demander quelque chose à d'autres, soit je n'arrive pas à me décharger comme je le voudrais, soit je passe encore plus de temps à demander (ou à trouver à qui demander) que je n'en passerais à faire les choses moi-même. Bref, je suis débordé et épuisé, et bien seul avec mes tracas.

Mais je suis aussi fatigué physiquement, ce qui n'aide pas. Mon poussinet se contente de me dire si tu es fatigué, il faut te coucher à chaque fois que je me plains d'être à bout, ce en quoi il n'a peut-être pas tord, mais je dors déjà beaucoup (ce qui n'aide pas à faire des choses dans la journée et à être moins débordé, bien sûr).

Un aspect du problème est certainement que je respire mal pendant la nuit (j'ai probablement une forme mineure d'apnée du sommeil), dès que je me mets sur le dos. Mon poussinet — du moins s'il se trouve être réveillé — me pousse régulièrement pendant la nuit pour me mettre sur le côté, mais parfois je suis très entêté à dormir sur le dos et à ronfler voire m'étouffer. Il a aussi souvent essayé de me bloquer avec une peluche, mais je la repousse sans ménagement.

Je pourrais essayer, par exemple, de dormir avec un sac à dos (en essayant de mettre quelque chose dans le sac à dos pour que ce soit juste assez inconfortable pour que je ne sois pas tenté de dormir sur le dos, mais pas assez pour me faire mal), mais j'ai peur que ça m'empêche purement et simplement de dormir. L'ennui c'est que, si je dors bien sur le côté, j'éprouve régulièrement le besoin de changer de côté au cours de la nuit (selon la manière dont mes narines se bouchent), c'est probablement au cours de ces changements de côté pas bien achevés que je me retrouve sur le dos : il faut que j'invente une façon de m'empêcher de me mettre sur le dos qui ne m'empêche pas pour autant de passer du côté gauche au côté droit ou inversement, et là je manque d'idée. (Certes, on peut changer de côté en basculant sur le ventre plutôt que sur le dos, mais c'est beaucoup moins naturel vu que quand je suis allongé sur le côté gauche je suis aussi décalé vers la droite de l'oreiller et vice versa.)

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(jeudi)

Mes douleurs cardiaques imaginaires

Ça fait un moment (au moins deux ou trois jours ?) que je n'ai pas évoqué un chapitre de ma vie de Ruxor hypocondriaque[#]. Je vais peut-être en profiter pour raconter un peu mes douleurs imaginaires au cœur.

Elles ont commencé quand j'avais environ 12 ans, et à l'époque on m'a expliqué que c'est certainement des douleurs intercostales, pas de raison de s'inquiéter : et il est sans doute vrai qu'il n'y a pas de raison de s'inquiéter, mais il ne s'agit certainement pas de douleurs intercostales.

Il n'est évidemment pas facile de décrire la nature d'une douleur. Disons que celles-ci sont modérées : la sensation est plus inconfortable que vraiment gênante, parfois très légère, mais elle est néanmoins parfaitement distincte ; elles surviennent et disparaissent assez soudainement, sur des intervalles pouvant varier entre quelques minutes et quelques heures, avec une fréquence et une durée moyenne très variables (j'ai des épisodes où j'en ai tous les jours, et je peux ensuite ne plus en avoir pendant des mois), peut-être un peu plus souvent la nuit ; je n'ai pas réussi à corréler ça avec quoi que ce soit (ni mon activité physique, ni mon alimentation, ni mon niveau d'anxiété, ni quoi que ce soit d'autre). La douleur ne change guère avec la position, elle augmente peut-être quand j'inspire mais ce n'est pas certain. La sensation est située dans la région générale du cœur, centrées un peu en-dessous du sein gauche, mais de façon plutôt diffuse ; la douleur n'irradie pas du tout dans le bras, le cou ni la machoire. La qualité de ces douleurs évoque plus une courbature, ou une sensation de fatigue musculaire, à la limite une légère sensation d'oppression, qu'un « poing de côté ». (De fait, il m'est arrivé d'avoir des courbatures aux pectoraux, et la ressemblance est assez forte, sauf que bien sûr les courbatures aux pectoraux touchent normalement les deux côtés symétriquement, et sont moins profondes.)

Je n'éprouve aucune gêne respiratoire pendant ces épisodes, ni aucune fatigue générale particulière. (La réaction un peu instinctive que j'ai pour tenter de les soulager est de souffler profondément, mais je ne peux certainement pas dire que j'étouffe.) Mon pouls n'est pas non plus affecté, sauf évidemment si je me mets à angoisser. Ma tension est normale (en général, ma tension tourne autour de 125mmHg/70mmHg, elle varie assez facilement, mais pas spécialement plus pendant ces épisodes qu'autre chose).

Vers mai 2003, j'ai eu des passages plus forts que d'habitude, et qui m'ont réveillé plusieurs jours de suite : j'ai consulté un généraliste, qui n'a pas du tout eu l'air affolé, il m'a dit essentiellement « c'est l'angoisse » ; mais comme il m'a diagnostiqué un petit souffle au cœur (1/6), il m'a adressé à un cardiologue pour faire une échographie cardiaque. Comme plus tard j'ai fait plusieurs épisodes de tachycardie assez importante (mais a priori totalement décorrélés des problèmes dont je parle ici, et certainement causés par une angoisse auto-amplifiée), je suis effectivement allé voir un cardiologue. Je lui ai plus parlé de la tachycardie que de ces douleurs qui duraient depuis 15 ans, mais je les ai au moins un peu évoquées. Il m'a fait un ECG et une échographie cardiaque, tous normaux, il a juste été assez étonné de la facilité avec laquelle mon rythme cardiaque s'élève à la moindre anxiété ; il m'a aussi affirmé que le léger souffle diagnostiqué par le généraliste était simplement le son du flux turbulent de mon sang à travers mes artères et pas le reflet d'une valvulopathie (je dois dire que je ne trouve pas ça spécialement rassurant que le nombre de Reynolds de mon aorte soit particulièrement élevé, mais passons).

Bref, avec tout ça, je prends des quantités homéopathiques de propranolol pour éviter les crises de tachycardies, mais les douleurs que je ressens depuis que je suis ado, elles, persistent. (On m'a proposé de prendre du magnésium, ce qui est une façon de dire « ce n'est rien, prenez un placébo », en tout cas ça n'a pas aidé.)

Alors je veux bien croire qu'il n'y a rien de grave, à la limite je ne me plains même pas des douleurs elles-mêmes, qui ne sont pas franchement gênantes, au pire elles me réveillent un peu ou m'empêchent de m'endormir ou encore me causent des cauchemars dans lesquels je fais une crise cardiaque. Mais je trouve l'explication « c'est l'angoisse » fort peu satisfaisante : certes, je suis hyper-ultra-anxieux de façon générale, mais les douleurs dont je parle ne se produisent pas spécialement aux moments où je le suis le plus. D'ailleurs, il y a d'autres symptômes que je ressens et pour lesquels on m'a dit, après examens, « c'est juste l'angoisse », par exemple une sensation d'essoufflement (léger mais net), qui n'est corrélée ni à mon impression d'angoisse ni aux douleurs dont je parle ici : pourquoi l'angoisse provoquerait-elle parfois le symptôme X et parfois le symptôme Y ? C'est peut-être vrai, mais ça ne satisfait pas mon esprit scientifique.

[#] Rendez-vous compte : mon poussinet a eu la grippe la semaine dernière, et je ne l'ai même pas attrapée !

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(lundi)

Le mystère de mes voisins qui font du bruit à 6h

J'ai la malchance d'être très sensible au bruit quand il s'agit de dormir (parmi les différentes difficultés de mon sommeil), et comme j'ai le conduit auditif assez facilement irrité et le cérumen qui fait facilement des bouchons, je ne peux que très peu utiliser des protections auditives. Heureusement, l'immeuble où mon poussinet et moi habitons est relativement bien insonorisé et nous ne sommes guère gênés par nos voisins (qui par ailleurs sont plutôt âgés, donc pas trop le genre à écouter de la musique à fond pendant toute la nuit). Du moins c'est ce que je trouvais jusqu'à récemment, parce qu'il semble, depuis quelques semaines ou quelques mois, qu'il y ait eu un changement que je ne m'explique pas.

Nous entendons maintenant assez souvent des bruits de pas appuyés, des râclements comme des objets lourds ou des meubles qu'on traîne ainsi que des claquements de portes. Ils ne sont pas extrêmement forts, mais ils ont surtout ceci d'agaçant qu'ils durent très longtemps (parfois plus de deux heures de remue-ménage, or j'ai du mal à comprendre qu'on passe deux heures presque tous les jours à ranger son appartement ou à passer l'aspirateur), et surtout, ils commencent très tôt — à six heures du matin avec une grande ponctualité.

Déterminer l'origine d'un bruit est très difficile. Nous avons commencé par croire qu'il s'agissait des voisins du dessus (qui avaient emménagé récemment, donc qui étaient des suspects idéaux) : après leur avoir écrit une lettre restée sans effets, nous sommes allés frapper chez eux à 6h pour demander s'ils pouvaient faire moins de bruit, et ils nous ont expliqué qu'ils n'y étaient pour rien parce qu'ils dormaient. Nous nous sommes donc confondus en excuses, et nous en sommes restés au même point. Nous avons ensuite demandé à nos voisins d'à côté s'ils avaient changé quelque chose à leurs habitudes (ils sont là depuis longtemps et ne nous ont jamais dérangés ; il est vrai qu'ils se lèvent tôt, si j'en crois la lumière), mais ils nous ont assuré que non. Par ailleurs, personne d'autre que nous ne semble avoir remarqué un tel bruit, encore moins un changement soudain. J'ai mis un petit mot sur le tableau d'affichage des parties communes demandant si quelqu'un aurait une idée, mais sans succès (on m'a, il est vrai, fait remarquer que le bruit pouvait venir du dehors : ce n'est pas invraisemblable mais la nature des bruits me laisse plutôt penser à quelqu'un dans l'immeuble). La nuit dernière j'ai remarqué que la lumière était allumée à 6h (quand le bruit a commencé) trois étages au-dessus de chez nous, et comme le nom sur la porte est différent de celui sur la boîte aux lettres il est possible que ce soit un nouveau venu, mais j'ai un peu du mal à croire que nous soyons sérieusement gênés à travers trois étages.

Il est vrai que rien n'est sûr. Ces bruits pouvaient très bien exister depuis longtemps et ne s'être mis à me déranger que récemment, parce que j'aurais été particulièrement stressé ou parce que mes phases de sommeil auraient rendu plus facile un réveil vers 6h. Il se pourrait bien qu'il n'y ait pas qu'un seul voisin impliqué (peut-être que nos voisins d'à côté font un peu de bruit vers 6h, puis que ceux du dessus prennent le relai à 7h et que ce soit cette combinaison qui soit nouvelle). L'incertitude rend l'enquête beaucoup plus difficile. Toujours est-il que c'est une source de fatigue dont je pouvais bien me passer.

Un autre mystère auditif de notre immeuble, qui personnellement ne m'embête pas du tout mais apparemment trouble le sommeil de plusieurs de mes copropriétaires, concerne le bruit des impulsions électriques. Il faut savoir qu'EDF envoie à certaines heures sur le secteur une série d'impulsions électriques à 175Hz (2V) en plus de la tension nominale à 50Hz (plus exactement, jusqu'à 41 impulsions de 1s, séparées par des intervalles de 1.5s, codant une trame de 40 bits ; cette trame étant répétée plusieurs fois), ce qu'on appelle des impulsions « Pulsadis », qui servent à transmettre certaines informations notamment sur le passage heures pleines / heures creuses. Le mystère dans notre immeuble est que nous entendons ce signal, sous forme d'un bourdonnement sourd à certaines heures. Il n'y a aucun doute qu'il s'agit bien du signal Pulsadis, puisque mon poussinet est parvenu à décoder les trames à l'oreille (et que le son colle bien avec du 175Hz), mais le mystère est de savoir comment ce signal censément électrique devient audible ! Nous avons un transformateur EDF de quartier dans notre sous-sol, mais il semble que le bruit ne vienne pas directement de là (le signal doit venir de là puisque c'est sans doute le transformateur qui émet les impulsions à partir d'une commande de plus haut niveau, mais ce n'est pas directement lui qui rend ce signal audible) ; il y a probablement un rapport avec la ventilation de l'immeuble, peut-être un effet d'orgue, mais en tout cas le mystère n'est pas résolu et certains de mes voisins trouvent ce son vraiment gênant.

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(mardi)

Le coût des changements de contexte mentaux

Le cerveau a ses propres rythmes. Quand je réfléchis à un problème, quel qu'il soit, et notamment mathématique, j'ai besoin d'un certain temps pour entrer en matière (appréhender le problème, me familiariser avec ce dont il est question, visualiser la situation), après quoi je peux y réfléchir constructivement pendant un certain temps, puis je fatigue et je m'en lasse. Mais même le fait de me dessaisir d'un problème a un certain coût : une fois qu'il s'est présenté à moi, je ne peux pas simplement l'oublier, j'ai besoin d'une forme de « clôture » intellectuelle — qui ne coïncide pas forcément avec la résolution du problème, mais au fait d'avoir l'impression d'en avoir fait le tour, de ne plus pouvoir améliorer ma compréhension, d'avoir dit tout ce que je savais dire. (Je peux très bien ne pas réussir à dormir parce que je n'ai pas « fini de réfléchir » à quelque chose.) Tout ceci impose des rythmes assez délicats, et le fait de me forcer à faire un « changement de contexte » mental, c'est-à-dire à laisser de côté un problème pour passer à un autre (sans pour autant oublier complètement le premier, que je reprendrai plus tard) me semble extrêmement coûteux (en temps ou en énergie intellectuelle).

C'est d'ailleurs une raison pour laquelle je n'assiste pas à énormément de séminaires : ce n'est pas qu'ils ne m'intéressent pas, mais souvent qu'ils m'intéressent trop : je vais commencer à réfléchir à ce que l'orateur raconte (ou, le plus souvent, à ce qu'il raconte pendant l'introduction avant de rentrer dans ses propres travaux, parce qu'il faut bien admettre que c'est souvent le plus intéressant en fait) et je risque de m'énerver pendant le séminaire lui-même « eh, je n'ai pas encore eu le temps de digérer intellectuellement l'énoncé précédent » parce que le rythme imposé est forcément rapide, et après coup perdre encore beaucoup de temps à réfléchir à ce qui aura été dit. (Et si plusieurs exposés se suivent, c'est encore pire, parce que j'ai énormément de mal à entrer dans le deuxième alors que je suis encore en train de réfléchir au premier, et ainsi de suite.)

Malheureusement, les rythmes auxquels je dois me soumettre ne sont pas forcément ceux que je voudrais, que ce soit à cause de mes enseignements, des disponibilités des collègues, des séminaires aux horaires fixés, ou même de mes propres rythmes de sommeil qui ne coïncident pas forcément avec ceux de ma pensée.

Hier matin j'ai enseigné un cours de cryptanalyse, ce qui m'a mis dans l'esprit toutes sortes de problèmes à ce sujet, qui ont été un peu brutalement remplacés l'après-midi par un problème informatique (très concret), ce matin je me suis rendu compte que je ne comprenais pas quelque chose en algèbre générale que j'ai donc dû approfondir jusqu'à ce qu'un collègue et son thésard viennent me proposer de discuter sur une question autour de certaines courbes de Shimura, demain matin je dois encadrer un TP sur les expressions rationnelles puis faire un cours sur les grammaires hors-contexte que je dois donc rafraîchir à mon esprit, après quoi je reprendrai sans doute la discussion avec mes collègues, puis jeudi matin j'encadre un nouveau TP et l'après-midi je dois faire passer un oral pour un cours d'algèbre (donc préparer des questions appropriées), et vendredi, après une séance d'un séminaire si j'en ai le courage (peu probable), ce sera à la cohomologie étale qu'il faudra que j'aie l'esprit pour continuer la rédaction avec un collègue d'un article sur le sujet (qui n'en finit pas de se finir). Chacun de ces sujets m'intéresse et je ne peux même pas dire que le rythme de passage de l'un à l'autre soit trop lent ou trop rapide, mais le fait est que ce n'est pas vraiment moi qui les contrôle, et c'est ça qui me semble très fatigant.

Je ne sais pas si c'est moi qui suis bizarre, en tout cas je ne crois pas avoir entendu d'autres chercheurs se plaindre de la difficulté à « changer de contexte », ou s'exclamer ce problème pourrait m'intéresser, mais je n'ai pas la force ou la mémoire à court terme pour créer un nouveau processus mental pour y réfléchir ! (bref, resource overflow).

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(jeudi)

Pourquoi les rhumes me font-ils tant d'effet ?

Non seulement j'attrape énormément[#] de rhumes (cette fois c'est le troisième en trois mois — voir ici et — ce qui est tout de même assez exceptionnel même pour moi), mais en plus ils me font un effet terrible. En l'occurrence, il n'y a pas que le climat abominable de Londres, c'est mon poussinet qui me l'a refilé : sur lui, ça a juste causé une journée d'éternuements répétés et une petite fatigue et c'était fini ; alors que moi, je viens de me réveiller avec un mal de tête horrible, j'ai juste la force de consulter mes mails et de me traîner jusqu'à la pharmacie pour refaire provision de sérum physiologique, après quoi je vais sans doute passer la journée à dormir (ou en tout cas à ne rien faire — ce qui est un peu problématique vu que j'ai des millions de choses à faire, justement). Mais je voudrais bien une explication un peu scientifique à cette différence : mon système immunitaire est-il partiulièrement mauvais pour combattre les rhumes ? (et si c'est le cas, pourquoi ?), ou mauvais tout court ? ou est-ce qu'au contraire mon corps surréagit ? Et y a-t-il quoi que ce soit que je puisse faire à part souffrir et râler sur mon blog ?

((Ceci me fait penser qu'hier j'ai assisté à la triste scène d'une dame en train de se faire embobiner par un charlatan qui se présentait comme une sorte de guérisseur. Je ne sais pas au juste de quel mal physique ou psychique la dame souffrait, mais le discours du type en face, qui lui proposait de commencer par un cours de respiration — la première étape de sa série des trois B : Bien respirer, Bien manger, Bien vivre — pour la modeste somme de 150€ parce qu'il ne court pas après l'argent mais il est quand même docteur vous comprenez, qui lui promettait qu'elle serait une rebelle, mais une rebelle de l'action et pas une rebelle de la réaction, et qui était convaincu que il n'y a pas de hasard[#2], vous m'avez rencontré pour une raison, et moi je sais quelle est cette raison, faisait hurler toutes les sirènes dans ma tête. Je me suis un peu senti coupable de non-assistance à personne en danger de ne pas intervenir pour dénoncer toutes ces sornettes, mais j'ai un peu trop peur de la confrontation pour ça.))

[#] Ce qui a souvent conduit des gens à me soutenir que mes rhumes seraient en fait des allergies. (Je le mentionne, parce que je sens que sinon quelqu'un va dire exactement ça dans les commentaires.) Il est possible que je sois un peu allergique sans le savoir. Mais le fait que mes rhumes aient surtout lieu en hiver, qu'ils suivent une évolution claire et régulière (picotement à l'arrière-gorge → fatigue et nez bouché → toux), et surtout, que je puisse souvent identifier quelqu'un qui me l'a passé, plaide bien pour le fait qu'il s'agit d'infections.

[#2] J'étais à deux doigts d'écrire que la phrase le hasard n'existe pas est le signe infaillible du charlatan, et puis je me suis rappelé que j'avais récemment posté ceci. Ahem.

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(samedi)

Les nombreux troubles de mon sommeil

Je suis hypocondriaque et donc, j'ai un sommeil d'hypocondriaque. Petite liste des choses qui m'empêchent de bien dormir et dont, si aucune n'est vraiment grave, l'accumulation n'est pas négligeable :

  • 1º Je suis somnambule. Ce n'est que très léger, heureusement, et ne se produit qu'en début de nuit, en prenant la forme de confusions nocturnes où je me demi-réveille en ne sachant plus où je suis (comme en écho à des situations où, étant petit, je m'étais endormi dans une chambre peu familière ayant mal repéré les environs, et, étant réveillé, avais paniqué en cherchant la lumière).
  • 2º Je suis frileux et transpire facilement, de sorte que le juste équilibre est délicat à trouver. Ce n'est pas spécifique à la nuit, mais c'est surtout la nuit que c'est gênant. Je dors donc avec trois couettes, chacune assez légère, ce qui permet facilement d'en enlever une ou deux. Il m'est arrivé de transpirer et d'avoir froid en même temps, auquel cas je ne sais plus quoi faire. Par ailleurs, transpirer déshydrate, donc je me réveille parfois parce que j'ai soif.
  • 3º Je vais cinquante fois aux toilettes, probablement parce que je ne supporte pas que ma vessie ne soit pas parfaitement vide pour m'endormir : du coup, si je bois un verre d'eau pendant la nuit (cf. le point précédent), il faudra que je me relève N fois au cours de la demi-heure qui suit pour éliminer cette eau jusqu'à la dernière goutte. (En bon hypocondriaque, je suis allé voir un médecin pour vérifier que je n'avais pas un problème à la prostate ou à la vessie, et il semble que non.)
  • 4º Je me retourne beaucoup dans mon lit. Bon, là, ce n'est pas moi qui suis gêné, c'est plutôt mon poussinet. Surtout dans un lit double : pour cette raison, nous préférons de beaucoup des lits jumeaux où chacun a sa propre couette et on ne doit pas se battre. Mais même quand je suis seul, ça me gêne un peu, parce que mes couettes tombent facilement à force que je m'agite, et alors je me retrouve à avoir froid.
  • 5º Je ne peux dormir que sur le côté. Sur le dos, je ronfle. Me mettre sur le ventre m'est très agréable pour m'endormir (ça m'aide à me détendre et à trouver Morphée), mais il faut absolument que je me mette sur le côté avant d'être vraiment endormi sans quoi je me réveille cinq minutes plus tard en étouffant. Sur le côté, donc. Mais il y a autre chose : si j'ai une narine bouchée (i.e., quasiment tout le temps), je dois absolument dormir avec cette narine en haut — pour aider à la déboucher, mais c'est devenu une habitude tellement forte que je n'arrive plus à faire autrement — et si elle reste bouchée, alors je me retrouve coincé sur le même côté sans pouvoir me retourner, et je finis par ne plus pouvoir dormir, c'est assez pervers.
  • 6º Les réveils m'empêchent de dormir. C'est le but, dira-t-on — mais je veux dire, même avant qu'ils sonnent. Plus exactement, je ne peux m'endormir correctement que si les deux conditions sont réunies : (a) il n'y a pas de raison de penser que je serai réveillé dans les trois heures qui suivent, et (b) il n'y a pas de raison de penser que je serai réveillé avant d'avoir dormi huit heures (y comprises les heures que j'ai déjà dormies, bien sûr), même en tenant compte d'une heure d'insomnie probable. Donc si je mets mon réveil pour, disons, 8h, il faudra que je me couche vers 23h (pas tant que j'aie vraiment besoin de 8 heures de sommeil, mais si je suis certain de ne pas les avoir, ça m'empêche de dormir !), et si je me réveille après 5h je ne pourrai pas me rendormir.
  • 7º Je suis sensible aux bruits. Enfin, ça dépend lesquels : les bruits mécaniques, dans une mesure raisonnable (pas une perceuse…), ne m'embêtent pas trop, contrairement à mon poussinet qui s'agace du clic du thermostat du radiateur de notre salle de bains ; en revanche, si j'entends de la musique ou une conversation de chez les voisins, et dans une moindre mesure des bruits de pas, je ne dormirai pas (et pour ce qui est d'être gêné par la musique, je m'aperçois que j'ai l'ouïe très fine). Par chance, nous habitons dans un immeuble des années '90, donc bien insonorisé, et nos voisins sont pour la grande majorité des couples bourgeois pas trop jeunes (et sans enfants, ou dont les enfants ont déjà quitté l'appartement des parents) et qui ne font donc que très peu de bruit de toute façon : chez nous, je suis donc très rarement gêné. (Par ailleurs, si les bruits me gênent pour m'endormir, ils ne me réveillent pas trop facilement — de nouveau, perceuses exceptées. La lumière, pour sa part, me gêne relativement peu, même pour m'endormir — sans doute parce qu'étant ado je dormais parfois toute une matinée, volets ouverts, avec le soleil en plein visage.)
  • 8º Je fais des insomnies, même une fois pris en compte tous les autres facteurs qui peuvent m'empêcher de dormir : disons que tout tracas un peu envahissant tournera facilement en boucle dans ma tête et m'empêchera de m'évader.
  • 9º Je ronfle un peu. Heureusement, ce n'est que sur le dos, ça ne se produit pas trop souvent, et ce n'est pas énorme, mais mon poussinet doit parfois me pousser pour me remettre sur le côté (heureusement aussi, ça ne me réveille généralement pas) ; la situation est d'ailleurs tout à fait symétrique entre nous. Quand il n'est pas là ou n'est pas réveillé, c'est plus ennuyeux, parce que mon propre ronflement me gêne souvent la nuit (il apparaît dans mes rêves sous forme d'un bruit obsédant, et ensuite je sens bien que j'ai mal dormi).
  • 10º Je fais de l'apnée du sommeil. Si je m'endors sur le ventre, c'est systématique, mais j'ai l'impression que, depuis récemment, c'est en train de se manifester aussi sur le dos et peut-être même — ce qui serait beaucoup plus problématique — sur le côté : je me réveille en légère asphyxie parce que ma gorge est trop reculée, et je dois prendre une soudaine respiration. L'ampleur du phénomène n'est pas claire : que je m'en souvienne n'est pas fréquent, mais je ne sais évidemment pas combien de fois ça se produit aussi sans que j'en aie conscience (mais peut-être que le fait que je sois hypocondriaque et que j'aie peur de faire de l'apnée du sommeil m'aide à ne pas oublier quand ça se produit !). Je compte consulter à ce sujet, mais quand je lis les traitements utilisés je suis un peu inquiet : ça me semble absolument impossible que je puisse dormir avec un dispositif dans la bouche pour retenir mon palais, ou avec un masque respirateur.
  • 11º J'ai le nez encombré : indépendamment de questions d'apnée du sommeil, je respire plutôt mal parce que j'ai le nez qui se charge facilement quand je suis allongé. Je ne sais pas si c'est une sorte d'allergie ou un problème mécanique d'évacuation des mucosités. Quand les choses vont bien, ça se limite à une narine, et il suffit que je dorme avec celle-ci au-dessus pour qu'elle se dégage (c'est alors l'autre qui se bouche, et je me retourne) ; mais si les choses vont moins bien, la même narine peut rester bouchée très longtemps, et alors il me sera impossible de dormir tant que la situation ne sera pas réglée ; ou encore, il arrive que l'autre narine soit elle-même un peu bouchée (hors des jours où j'ai un rhume, les deux ne sont jamais complètement bloquées). Je mets du sérum physiologique chaque soir avant de me coucher (une unidose par narine) et j'ai du Septéal pour déboucher pendant la nuit si nécessaire, mais parfois ça ne suffit pas.
  • 12º J'ai besoin de beaucoup de sommeil. Je ne sais pas si c'est parce que j'ai pris l'habitude de dormir beaucoup, ou parce que je ne respire pas bien, ou simplement parce que je suis comme ça, mais le fait certain est que je ne me réveille pas spontanément avant… tard (or mettre un réveil est une mauvaise idée). Ceci étant, je ne parle qu'en moyenne : ponctuellement, je tiens mieux une nuit courte que mon poussinet, qui a vraiment besoin de ses huit heures chaque nuit.

Chacun de ces points est plutôt mineur, et même quand on les met tous ensemble, je ne dors pas si mal que ça (en tout cas, il y a des gens qui sont beaucoup plus à plaindre que moi à ce chapitre), je m'endors relativement facilement, et s'il est vrai que je me réveille presque systématiquement pendant la nuit, lorsqu'il n'y a pas un réveil pour me perturber, je me rendors généralement assez bien, et la dernière partie de mes nuits, où je fais beaucoup de rêves, est vraiment agréable.

Je me demande, cependant, comment ça va évoluer en vieillissant, ou quand je tomberais malade : parce que des tracas mineurs un jour peuvent devenir beaucoup plus gênants combinés à d'autres circonstances.

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(dimanche)

Nouvelle expérience en snowboard

[Photo de moi à la montagne][Photo de moi tenant un snowboard]J'avais essayé le snowboard l'an dernier en prenant juste une heure de cours (pas franchement un succès : mon poussinet s'était fait mal au poignet et un vautour nous avait tourné autour de la tête). Pas assez pour apprendre vraiment quoi que ce soit mais assez pour se faire une petite idée et décider que ça devrait me plaire. Cette année (après avoir changé d'avis sur le pied à mettre en avant), j'ai été un peu plus persévérant : nous avons repris deux heures de cours le mois dernier à Métabief, et en avons de nouveau fait — par nous-même — ce week-end à Termignon-Val-Cenis (les photos ci-dessus sont géolocalisées pour ceux qui veulent voir précisément où nous étions).

[Armure de protection]Comme je suis du genre angoissé, j'avais acheté plein de protections : des protège-poignets (à mettre entre les sous-gants et les gants), des protège-genoux et un casque en guise de bonnet (plus le masque de ski, évidemment). Très encombrant : ça me donnait un peu l'impression d'être un casseur de manifestant (cf. photo), mais au moins je me sentais rassuré. Et malgré les remarques ironiques de mon poussinet je ne pense pas que ç'ait été inutile : c'est justement quand on est débutant qu'on en a le plus besoin, et de fait, je suis tombé un nombre incalculable de fois sur les genoux et les poignets, et j'ai fait une fois un vol plané qui a terminé par un beau choc à la tête.

J'ai, donc, surtout commencé par beaucoup tomber. Notamment parce que je n'arrivais pas correctement à tourner vers la gauche.

Il faut dire que le snowboard étant fondamentalement asymétrique (sauf s'il s'agit d'un non-directionnel, c'est-à-dire que les deux bouts peuvent servir d'avant, mais je ne sais pas pourquoi ça a l'air d'être rare), on peut tout à fait ne pas être aussi à l'aise dans un sens que dans l'autre. Faire face à la pente (où on voit naturellement où on va) semble beaucoup plus naturel et confortable que faire dos à la pente (où il faudra regarder par-dessus son épaule). Et comme j'ai choisi finalement de mettre le pied droit à l'avant (« goofy ») — parce que c'est comme ça que je me positionne naturellement pour glisser sur de la glace — quand je fais face à la pente c'est pour descendre un peu vers la droite alors que quand je fais dos à la pente c'est pour descendre un peu vers la gauche (qui est alors, pour moi, la droite). Du coup je suis plus à l'aise sur une piste qui descend en tournant dans le sens des aiguilles d'une montre autour de la montagne (parce que je peux rester face à la pente et déraper gentiment vers la droite) que le contraire.

Évidemment, dès que la piste est un peu autre chose qu'une oblique régulière, il faut alterner entre ces deux positions (face à la pente et dos à la pente), et c'est surtout là que c'est délicat : j'ai assez vite maîtrisé le principe du virage qui passe de « dos à la pente » à « face à la pente » (virage côté dos, ou heelside[#], qui pour moi est vers la droite), mais dans l'autre sens (virage côté face, toeside) je me plantais absolument systématiquement. Et du coup je maudissais les lacets vers la gauche et je me retrouvais souvent comme un idiot au bord droit de la piste, sans savoir quoi faire ensuite. J'ai poussé une quantité de jurons en hurlant qui ont provoqué une certaine hilarité chez les autres skieurs. Ou alors je descendais simplement en dérapage (face à la pente) sans aller ni vers la gauche ni vers la droite, ce qui est un un peu l'équivalent pour le snowboard du chasse-neige du skieur débutant.

Le problème semble être que quand je faisais un virage toeside, ça prenait trop de temps dans la direction de la ligne de pente, je me retrouvais toujours à aller trop vite et je ne savais plus contrôler : soit je fonçais dans le talus soit je dérapais trop et je partais en marche arrière — et la tentation était grande de simplement se pencher en avant jusqu'à tomber sur la piste pour s'arrêter à grand renfort de frottement sur les genoux. À la limite j'arrivais à déraper dos à la pente (vers l'arrière, donc), mais pas me lancer et à contrôler ma vitesse dans cette position.

Et tout d'un coup (après deux heures hier et trois aujourd'hui à me manger des talus et à tomber sur les genoux), j'ai eu un déclic et j'ai « compris le truc ». Mais le plus frustrant, c'est que je ne sais pas ce que j'ai compris exactement, et je ne suis pas capable de le réexpliquer. Tout ce que je sais c'est que mon poussinet a insisté pour que je pratique le dérapage et l'avancée dos à la pente et l'arrêt dans cette position, et j'ai arrêté de foncer dans les talus et j'ai réussi à déraper correctement, et finalement à tourner vers la gauche.

Ce qui est vraiment dommage, c'est qu'à ce point, où enfin je commençais à pouvoir enchaîner des virages sans tomber, et surtout à prendre plaisir à surfer, quand j'ai pu prendre un bout de piste rouge, mes jambes étaient tellement fatiguées (et surtout le muscle fessier de la jambe arrière=gauche), tellement fatiguées de toutes ces pentes descendues à 1km/h en dérapant lentement à force de me crisper, que je n'en pouvais plus, et nous avons dû mettre fin à notre expérience.

Je réessaierai certainement l'an prochain, mais je ne sais pas si je me rappellerai le « truc » que j'ai fini par comprendre ou s'il faudra de nouveau passer des heures à mordre la neige avait de pouvoir contrôler ma trajectoire.

[#] Certains utilisent aussi les termes frontside et backside, mais j'ai l'impression de comprendre qu'il y a une grande confusion à ce sujet, certains les utilisant pour exactement le contraire de ce que d'autres font, donc autant éviter !

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(lundi)

Nouvelles de saison

Quelle meilleure façon de commencer l'année que par un gros rhume ? (Ou une mini-grippe, ce n'est pas clair. J'ai mal à la tête, je suis très fatigué, et j'ai la gorge chargée ; j'ai alternativement très froid et très chaud, mais je n'ai que très peu de fièvre ; j'ai des courbatures mais elles sont localisées, c'est probablement des restes d'une séance de muscu un peu trop intense.) D'ordinaire je fais plutôt ça en décembre, mais janvier n'est pas mal non plus. xkcd a très bien décrit ce à quoi je passe mon temps.

La dernière saison de House MD passe à partir de demain soir à la télé, ce sera parfait pour l'apprécier.

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(lundi)

Stress maladif saisonnier

La rentrée et son déferlement de stress (ce n'est pas un hasard si ce post vient un an après celui-ci). J'ai un emploi du temps d'enseignement passablement lourd jusqu'à mi-novembre, avec tous ces cours généraux qui se concentrent en début d'année (David, tu veux bien faire un cours expliquant toute la crypto en quatre heures pour le master TrucMuche de Paris 42 ? — Oui, pas de problème), et notamment un cours d'Analyse que je fais pour la première année et dont je ne sais pas pourquoi je l'ai accepté parce que je suis nul en Analyse et que du coup je dois le préparer un peu sérieusement. (Quand je vois la fatigue que je ressens après trois heures de cours, je dois dire que j'admire comme des véritables héros les profs de lycée qui non seulement endurent un rythme très lourd toute l'année mais en plus ont souvent face à eux des élèves véritablement hostiles et pas seulement indifférents.) Un entretien d'évaluation annuel où il va de nouveau falloir que je défende mon choix de ne pas publier des merdes pour faire du chiffre (i.e., on va me dire que je ne fais rien depuis des années). Et des tracasseries administratives (il y a eu des conflits d'emploi du temps à régler, mais surtout je n'ai pas de nouvelles de mon détachement, ce qui fait que depuis le 1er septembre je suis dans les limbes administratifs).

Le fait est que je somatise. J'ai la tension qui frôle les 15/8 (c'est uniquement l'adrénaline, je ne suis pas « intrinsèquement » hypertendu) et j'ai fait plusieurs petits craquages nerveux. (Ce qui rend peut-être la chose pire, d'ailleurs, c'est qu'en-dehors de certains moments précis, je donne l'apparence d'être plutôt calme : je peux dire je suis hyper stressé, surtout en ce moment et les gens, en fait, ne me croient pas.) Mon poussinet me pousse à aller voir un médecin, mais si on me mettait en arrêt maladie ça ne ferait que repousser les problèmes de quelques jours (et sans doute les empirer s'il faut se demander comment je peux me faire remplacer pour tel ou tel cours, sans compter la culpabilisation insidieuse qu'on fait facilement autour de ça) ; peut-être le médecin du travail de mon École.

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(samedi)

Ruxor et le poussinet

Photos prises cet après-midi à la Gay Pride Marche des Fiertés par quelqu'un qui a dû nous trouver trop mœugnons :

[Moi tenant mon poussinet dans mes bras][Mon poussinet et moi nous embrassant]

(En fait, il n'était pas prévu que nous y allassions. Mais j'ai attrapé un méga rhume carabiné qui nous a fait renoncer à un petit voyage ce week-end. Donc nous sommes restés à Paris regarder défiler les jolis garçons et les gentilles filles.)

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(samedi)

Des nouvelles de mon œil

Je suis finalement allé voir un dermatologue pour la petite lésion à ma paupière (en médecine de ville parce qu'obtenir un rendez-vous au service de dermatologie « pavillon Tarnier » de Cochin prend trois mois, et il faut une première consultation avant toute intervention ; je me suis adressé au même spécialiste qui m'avait traité un grain de beauté en 2003, et qui m'avait fait une bonne impression[#], d'ailleurs confirmée cette fois-ci). Apparemment, donc, c'était une verrue que j'avais, et il l'a traitée sans difficulté, et sans bistouri, en la brûlant à l'azote liquide (il m'a prévenu que pendant dix-quinze jours ma paupière aurait un aspect un peu effrayant) ; et les autres petites lésions que j'ai au visage sont sans rapport, ce sont des adénomes sébacés, disgracieux mais d'aucune importance médicale (il m'a traité deux ou trois des plus gros).

Ce qui m'impressionne avec la dermatologie, c'est qu'il y a un zillion de trucs différents possibles, chacun pouvant prendre un zillion d'aspects, mais, en fait, avec énormément de ressemblance entre certains aspects de X et certains aspects de Y pour à peu près n'importe quelle paire (X,Y), et malgré ça les spécialistes arrivent généralement à faire un diagnostic en un coup d'œil. (Mais pas tous les médecins, apparemment, puisque mon généraliste ne savait visiblement pas quoi dire, là.)

[#] Puisque je le recommande autant donner son nom : il s'agit du Docteur Raoul Triller, 36 ave. Hoche (Paris 8e).

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(samedi)

Où Ruxor s'inquiète pour son œil

[Mon œil droit]Depuis environ dix-douze ans, j'ai une sorte de nævus, de kyste ou de petite verrue sur le bord de la paupière inférieure de l'œil droit. Je ne sais pas comment cette tumeur a décidé de pousser là, je n'avais rien quand j'étais petit. Mais bon, elle n'était pas gênante non plus, à part un peu quand je pleure (ou que je mets des goutte dans mon œil) car elle doit émettre des sécrétions grasses qui me piquent un peu. Bref. Mais très récemment (deux-trois jours), elle a changé d'aspect, développant elle-même en son bord une petite protubérance d'aspect fort vilain, et un peu noire (ça ne se voit pas vraiment bien sur la photo ci-contre, où on a l'impression que c'est juste le bord qui est un peu plus foncé, mais en fait la couleur noirâtre est plutôt vers l'arrière). Comme en plus elle me gratte un peu plus que d'habitude, tout ceci fait hurler mes alarmes d'hypocondriaque[#] (même si mon poussinet me fait remarquer que la partie altérée est vraiment minuscule), et je vais vouloir la faire opérer le plus vite possible. D'ailleurs j'ai pris rendez-vous lundi chez mon généraliste pour lui demander conseil (qui va-t-on voir dans ce cas-là, quel est le degré d'urgence…).

Je l'ignorais[#2], mais il semble que les paupières relèvent de l'ophtalmologie et non de la dermatologie. Un dermatologue (qui avait pratiqué l'exérèse d'un grain de beauté au menton qui me gênait quand je me rasais) m'avait pourtant assuré qu'il pourrait m'enlever cette chose (je parle de la tumeur, pas de la paupière) si je le voulais. D'un autre côté, il l'avait mentionnée en me demandant qu'est-ce que vous avez à la paupière ?, à quoi j'ai eu envie de lui répondre que c'était plutôt à lui de me le dire que le contraire.

En tout cas, l'idée de voir passer un bistouri à quelques millimètres de mon globe oculaire me réjouit fort peu, mais il va bien falloir s'y résoudre.

Ajout () : Mon généraliste m'a conseillé de voir un dermatologue (il m'a suggéré de m'adresser au pavillon Tarnier, qui est une annexe de Cochin), plutôt qu'un ophtalmologiste, parce qu'il pense que c'est lié à une autre petite lésion que j'ai à la joue du même côté. En tout cas il m'a dit de le faire enlever sans trop tarder. (Et comme il n'a pas voulu se mouiller et a utilisé le mot lésion dans sa lettre au dermatologue, je ne sais toujours pas de quoi il s'agit.)

[#] D'ailleurs, je viens de faire un cauchemar dans lequel une araignée venimeuse entrait dans mes vêtements : et je pense que c'est lié.

[#2] Je ne connaissais pas non plus le mot palpébral.

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(jeudi)

The Life and Times of Altcee

Comme promis dans l'entrée précédente où je raconte la manière dont ce texte a été récupéré, voici

The Life and Times of Altcee
(being the true and marvelous story of the life of a young guileless boy growing up in a small destitute village under the stern sway of a wicked father, told in the most plain and simple prose without the use of cliché or exaggeration)

écrit vers 1988–1990 par un auteur anonyme dont on ne sait pas bien comment son œuvre s'est retrouvée sur les disquettes de mon père. Il n'y a là que sept très courts chapitres (un peu à la manière de mes fragments littéraires gratuits) et le titre prometteur d'un huitième mais je ne crois pas que le texte ait jamais été plus long.

Le sarcasme paternel mériterait sans doute quelques explications, parce que c'est plein de références à des événements me concernant, explications que je ne suis malheureusement plus trop capable de fournir, ayant oublié les événements en question ; je ne peux, par exemple, que conjecturer que j'avais dû poser un jour six francs sur le coffre dans l'entrée chez mes parents, que mon père aurait empochés sans y réfléchir, et que j'ai été très en colère de cette disparition ; je ne me rappelle plus bien non plus si je faisais des histoires quand on me demandait d'aller acheter le pain, j'imagine que je n'aimais pas trop ça, mais je ne sais pas si c'était une occurrence unique (mon père étant parfaitement capable de se moquer de moi pendant quinze ans après) ou quelque chose de plus fréquent. Je sais aussi que je refusais catégoriquement de participer au ramassage des feuilles mortes dans le jardin, et qu'en représaille mon père avait décidé de ne plus me faire de cadeaux de Noël. Concernant le chapitre 4 (à mon avis le plus drôle), il est vrai que j'étais — et que je suis encore — fort grincheux concernant le bruit que les voisins pouvaient faire à la moindre fête, et mon père trouvait que si j'avais déjà une mentalité de vieux pépé grincheux à treize ans ça n'allait pas s'améliorer.

Le nom du héros, Altcee, vient de ce que mon père m'appelait tellement souvent crétin qu'il disait qu'il lui fallait définir un racourci clavier pour ce mot, par exemple Alt-C (pour the C-word), donc, Altcé ou Altcee.

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(lundi)

J'essaie (très timidement) le surf

Dans le genre vacances tranquilles, on peut dire que mon poussinet et moi faisons très fort : sur cinq jours passés à la montagne, on aura fait des sports de glisse pendant… une heure. (Parce que le premier jour on a juste le temps d'arriver et de s'installer tranquillement, le deuxième jour il y a des choses à faire à la maison et des cartes postales à envoyer, le troisième jour le poussinet doit travailler à écrire l'introduction d'un article parce que ses co-auteurs s'impatientent, le quatrième jour on arrive à sortir l'après-midi après s'être levés à 10h, et le cinquième jour il faut plier bagages.) Bon, nous avons pour excuse des températures de −20°C qui ne donnent pas trop envie de sortir malgré le soleil magnifique et la neige abondante. Et comme la maison appartient à mes beaux-parents, nous ne payons pas de location rubis sur l'ongle. Mais même moi qui suis le roi des casaniers je dois reconnaître que c'est dommage.

[Photo de moi tenant un snowboard]La condition que j'avais posée pour venir à la montagne était : cette année, on fait du surf. Parce que le ski, même si je ne suis pas mauvais, je trouve ça un peu ennuyeux, en fait : c'est plus rigolo de débuter et de passer tout le temps sur les fesses. Et le snowboard c'est sexy, les gens qui en font sont souvent des jolis garçons (enfin, en tout cas, ce sont souvent des djeunz, j'ai l'impression qu'il y a plus de garçons que de filles, et mon poussinet et moi aimons bien le style vestimentaire qui va avec). Bref, nous avons pris un cours d'une heure auprès de l'école du ski français, le moniteur nous a assuré que c'était un sport où on progresse très vite surtout si on a déjà l'habitude du ski, et effectivement en quelques montées et descentes du tier-fesse et de la piste pour débutants (dont la neige était d'ailleurs très collante à cause du froid), on a pu voir un peu l'idée.

Le truc perturbant c'est qu'on ne peut pas freiner sans tourner ; et que si on freine trop fort, on peut se retrouver à avoir trop tourné et du coup à repartir en sens inverse, auquel cas c'est la chute assurée. C'est aussi bizarre que l'engin soit chiral, ou plus exactement que la fixation le soit : il faut choisir quel pied on mettra devant, sachant qu'on s'appuie sur celui-là mais qu'on contrôle avec le pied arrière ; mon poussinet et moi avons choisi la position gauche-à-l'avant (est-ce un message politique ?) mais mon poussinet, qui est gaucher, aurait en fait sans doute dû prendre l'autre. En tout cas, il a fait une chute assez méchante sur la neige bien dure et s'est fait très mal au poignet (droit), ce qui a mis un terme à notre peu téméraire expérience.

Sur une note différente, nous avons pu admirer de très près un gypaète (ou du moins c'est ainsi qu'on nous a identifié ce grozoizo) qui est venu longuement tournoyer au-dessus de la piste. Hum, peut-être que ce n'est pas un très bon signe d'avoir un vautour qui tournoie autour de nos têtes alors qu'on fait un sport dangereux, en fait. 😲

Bon, l'an prochain, mon poussinet et moi essaierons sans doute plus sérieusement (peut-être d'arriver à faire vraiment cinq jours de surf, du style chaque fois une heure de cours puis quelques heures par nous-mêmes).

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(lundi)

Musculation et futilité

Pour la quatrième fois consécutive, j'ai déboursé une somme ridiculement élevée (et qui augmente, d'ailleurs, nettement plus vite que l'inflation ; cette année j'ai eu de la chance, je suis arrivé la veille de la révision des tarifs, et je n'ai craché « que » 840€) pour m'inscrire au Club Med Gym afin d'y faire de la muscu.

C'est donc l'occasion de me demander pourquoi au juste je fais ça, et affronter mes contradictions à ce sujet. Enfin, affronter, peut-être pas, mais au moins contempler.

La première année je n'ai quasiment pas profité de cette inscription payée à prix d'or. Mais à partir de fin 2009 (environ), j'ai été raisonnablement sérieux (raisonnablement sérieux, ça veut dire quelque chose comme 3–4 séances chaque semaine, d'à peu près une heure, et en me fatiguant vraiment). Et je ne sais pas, en fait, pourquoi je le fais. Certainement pas pour la santé : je soupçonne que c'est même vaguement néfaste, et que si je voulais m'occuper de ma santé je devrais plutôt faire du cardio-training (j'ai à peu près autant d'endurance qu'un muon : 2.2µs) et pas de la muscu. Pas non plus pour regarder des jolis garçons : même si la faune dans une salle de muscu est à 95% masculine et respire la testostérone, en vérité elle n'est pas très intéressante du point de vue esthétique.

Pour soigner mon apparence, alors ? La différence (par rapport à il y a deux ans) est certaine si je me regarde nu dans un miroir, et c'est sûr que ce n'est pas désagréable. Mais les gens qui me voient nu ne sont pas très nombreux : il y a mon poussinet, qui s'en fout… et c'est tout. Comme je n'ai pas l'habitude de mettre des vêtements hyper moulants (au contraire, je porte plutôt du baggy), à part les quelques jours de l'été où j'aurai un débardeur, personne ne remarquera si j'ai des bras musclés ou encore moins des tablettes de chocolat. (Et même les quelques jours de l'été où je suis peu couvert, on va surtout voir que je suis blanc comme une endive.) De toute façon, j'ai un squelette à la carrure d'apparence chétive ; de toute façon je n'ai sans doute pas un métabolisme à prendre beaucoup de muscle ; et de toute façon je n'ai pas le temps d'y passer ma vie comme les gros bourrins qui ont l'air d'être toujours là quelle que soit l'heure à laquelle je puisse aller à la salle de muscu. Donc même si j'ai une petite satisfaction intérieure à constater que sur l'échelle impitoyable du curseur placé sur le tas de fonte (si certains se demandaient de quoi parlait ce fragment, vous avez la réponse…) je suis en fait plutôt dans les meilleurs, je n'ai aucune chance d'approcher le niveau de ces gros bourrins. Parce qu'il y a vraiment des gens qui prennent ça avec un sérieux impressionnant quand ils discutent de leur programme, quand ils parlent de phase de séchage ou de prise de poids, de la différence entre tel ou tel mouvement, on ne peut qu'admirer tant de science (même si, à vrai dire, je suis un peu sceptique quant aux fondements scientifiques de tous ces préceptes ; je crois que c'est juste le temps qu'ils y passent qui explique tout).

Il y a sans doute le fait de taper dans mes complexes d'ado moche et nul en sport, et qui m'autoconvainquais que je n'aimais pas le sport et que c'était un truc à la con. (Pardon, j'ai eu une discussion interminable avec un ami sur la question de savoir si la musculation peut être considérée comme un sport. Je corrige donc virtuellement sport en activité physique ou sportive dans ce qui précède.) Je voudrais me prouver à moi-même que je peux ne pas être malingre toute ma vie.

Mais finalement, je pense que c'est un exercice de futilité absurde. Soulever un poids et le reposer, recommencer, recommencer, recommencer, et compter les ordinaux, ça fait penser à quelque chose :

Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.

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(jeudi)

Mon autobiographie « informatique »

Puisqu'en réponse à la note en bas de texte de l'entrée précédente on me dit que ce n'est pas problématique de parler sur un blog de ce dont tout le monde parle déjà, la mort d'un grand génie de l'informatique, si on en parle d'un point de vue personnel, je me lance, profitant d'un peu de calme avant que, sans doute, tous les journaux en fassent leur une et que M. Obama prononce un discours saluant un grand visionnaire américain qui a changé le monde, puisqu'il n'y a aucun doute que le langage C et le système Unix ont eu beaucoup plus d'importance et d'influence que les produits Apple.

Bref, voici une petite histoire (que je recopie très largement d'un truc posté ailleurs il y a quelques années) de la façon dont j'ai été mis en contact avec l'informatique en général, et avec Unix en particulier (bon, le rapport avec Unix est très ténu, c'est juste un prétexte pour poster ça) :

Un jour, je pense que c'était en '81, donc j'avais juste cinq ans, mon père m'a emmené avec lui à l'IHP (à l'époque ça hébergeait divers labos qui devaient dépendre administrativement de Paris VI, et notamment celui où mon père bossait depuis sa thèse, à une brève excursion à Luminy près). Il devait parler avec quelqu'un donc on m'a laissé dans la grande salle commune (donnant sur la rue Pierre et Marie Curie — mais de toute façon tout l'intérieur a été complètement transformé maintenant, il n'y a plus rien de ce qui était là autrefois). Il y avait un PET de Commodore, alors on m'a dit de faire joujou avec l'ordinateur. Mon père a parlé pendant très longtemps, et s'est rendu compte qu'il m'avait complètement oublié : un peu inquiet, il est venu me retrouver, et moi je n'avais pas vu le temps passer, j'avais pianoté sur le clavier pendant des heures. Pour éviter qu'on me prenne pour un génie précoce, je précise que je ne savais à peine lire, et je ne me suis sûrement pas mis à programmer : j'ai juste joué à regarder ce que les touches pouvaient produire comme effet, à déplacer le curseur et à afficher des choses partout sur l'écran. Il faut dire que le clavier du PET avait quelque chose du Space Cadet, il y avait toutes sortes de choses qu'une même touche pouvait produire, et notamment des petits dessins (block drawing, je veux dire) sous les touches.

Cette révélation du premier contact avec l'informatique a eu pour conséquence que mon père a décidé d'acheter un micro-ordinateur (pour moi et lui, ma mère n'étant absolument pas intéressée — mais pour moi il estimait que ce serait un bon achat éducatif). Il a dû passer un bon moment à prospecter et à discuter avec moi pour savoir ce qu'on allait acheter. En attendant j'ai dû revenir plusieurs fois sur le PET de l'IHP pour programmer mes premiers trucs en BASIC — à peu près du niveau de 10 PRINT "BONJOUR"␊20 GOTO 10 ou des choses de ce style.

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(lundi)

Nouvelles en vrac

  • Je commençais à trouver bizarre de ne recevoir aucune information concernant ma carte bancaire que j'ai perdue : j'avais immédiatement fait opposition par téléphone et, le lendemain, envoyé une lettre à mon agence pour (1) confirmer l'opposition et (2) demander que la nouvelle carte soit envoyée dans une autre agence ; une semaine plus tard, pas d'avis de mise à disposition de carte, pas de code qui arrive, rien. J'appelle un conseiller qui m'explique candidement que, non, aucune demande de nouvelle carte n'a été reçue pour moi : apparemment, le fait de faire opposition sur une carte et de demander que la nouvelle soit envoyée à tel endroit ne constitue pas une demande implicite de nouvelle carte. J'ai un peu l'impression de parler à des logiciens ! Bon, maintenant la demande a été faite, je suppose qu'ils vont trouver moyen d'oublier ma demande de réexpédition, et qu'entre temps le transfert d'agence va faire effet, et que ça va tout embrouiller. Face à tant de nullité, je me prépare donc mentalement à rester des mois sans carte.
  • Devant les manœuvres sournoises de la météo qui est passée presque du jour au lendemain du mois de juin au mois de novembre, mon corps a réagi comme il en a l'habitude : en me gratifiant d'un rhume carabiné. Si j'ai de la chance, je vais donc passer environ dix jours à grelotter et à me sentir épuisé dès que je soulève le petit doigt. Si j'ai moins de chance, ce sera comme l'an dernier où ça a duré des mois. Mais généralement, quand j'ai un rhume, le pire n'est pas tant les symptômes du rhume, le pire est la quantité de choses que je n'ai plus l'énergie de faire parce que je me sens complètement flagada. (Et loi de Murphy aidant, c'est bien sûr le moment que choisissent plein de gens pour me proposer des activités auxquelles j'aimerais participer.)
  • Dans la catégorie des petits tracas de santé, depuis quelques mois, mes gencives sont en train de se rétracter, surtout au niveau des canines (me transformerais-je en vampire ?), qui deviennent sensibles au froid et au chaud. Mon dentiste, qui y a vu l'effet d'un brossage trop agressif, m'a seulement conseillé de faire plus attention en me lavant les dents, mais j'ai beau le faire avec un soin infini, toujours de la gencive vers la dent, avec une brosse à dent souple et un dentifrice spécial gencives sensibles, j'ai beau ne plus jamais me faire saignoter en me brossant (alors qu'autrefois ça m'arrivait assez souvent), le problème persiste et semble même s'accélérer. De même que j'aimerais bien savoir comment j'ai pu vivre 25 ans sans avoir une seule carie et tout d'un coup m'en découvrir avec une régularité effrayante, j'aimerais bien comprendre comment ce problème peut apparaître aussi soudainement.

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(dimanche)

Anxiété maladive

Mes lecteurs réguliers doivent déjà savoir que je suis pathologiquement hyperanxieux : je fais occasionnellement des crises d'angoisses et des troubles mineurs du rythme cardiaque (tachycardie, extrasystoles) d'origine à coup sûr psychosomatique (de même, ma tension de base est bonne, mais elle monte très facilement) ; et comme je suis gravement hypocondriaque, ça n'aide pas. On m'a prescrit de l'Atarax pour les crises d'angoisse, et du propranolol pour éviter la tachycardie. Ça marche assez bien : j'ai réduit la dose de propranolol à 10mg/jour au coucher (le cardiologue m'avait initialement prescrit 60mg/jour en trois prises), et je ne prends l'Atarax qu'assez rarement et en quantités faibles (6mg, ce qui nécessite d'ailleurs de couper les comprimés plus que ce qui est prévu) ; je compte surtout, en fait, sur la puissance de l'effet placébo. Et je prends des tisanes, j'essaie de me détendre en écoutant de la musique douce… Les crises d'angoisse et la tachycardie sont assez bien sous contrôle, en fait.

Mais j'ai dans les prochains jours quelque chose qui m'angoisse et me met en colère à la fois (pour des raisons évidentes, je préfère rester totalement vague sur ce dont il s'agit). De façon totalement irrationnelle, bien sûr, mais néanmoins incontrôlable. La réaction psychologique que j'ai est maladive, mais la réaction physiologique n'est pas moins pathologique en elle-même : il suffit que je pense à cet événement (notamment la nuit) pour que je sente une véritable bouffée de chaleur, à tel point que je me mets à transpirer de tout mon corps. (Je ne sais pas si c'est ce que ressentent des femmes au moment de la ménopause, mais en tout cas c'est très déplaisant.) Le propranolol n'a pas l'air d'avoir beaucoup d'effet contre ça, bizarrement. J'ai l'impression que c'est une nouvelle forme d'anxiété ou d'hyperexcitation que je ne connaissais pas encore bien.

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(mardi)

Retour de Cologne

Mon poussinet et moi sommes rentrés hier soir de Cologne, où nous avons passé un week-end étendu. Je raconterai sans doute plus de détails plus tard (là j'écris de façon très pressée), mais nous avons beaucoup aimé.

Nous n'avons pas choisi Cologne pour ses vieilles pierres (et, de fait, à ce rayon, nous avons juste fait un tour de la cathédrale au pas de course, le reste ayant de toute façon été à peu près totalement détruit pendant la guerre), mais pour voir une ville jeune et vivante, et parfois décrite comme la capitale gay de l'Allemagne. De fait, ce que j'aime bien trouver dans une ville, ce sont des rues piétonnes commerçantes et animées. (Si on se demande quel genre de commerces je peux trouver à Cologne et pas à Paris, deux exemples seraient un magasin entier de Gummibärchen, ou un supermaché gay où je puisse trouver des BD de Ralf König en VO.) Comme la ville n'est qu'à trois heures de Paris en Thalys (et les billets ne nous ont rien coûté parce que mon poussinet avait des points de fidélité à dépenser), c'était une destination assez évidente. (En revanche, les jours n'étaient pas forcément un choix idéal, parce que le dimanche — encore plus qu'en France — tout ce qui n'est pas commerce d'alimentation est fermé ; mais nous nous sommes rattrapés sur le musée du chocolat.)

Par ailleurs, comme je me déplace aussi pour la bonne chère, on n'a pas mal mangé à Cologne (et pas que des Gummibärchen), malgré la réputation qu'a la cuisine allemande d'être grasse et lourde et dont je n'ai absolument pas testé la véracité pour l'instant. (J'ai juste pu, une fois de plus, m'énerver contre l'impossibilité d'obtenir de l'eau plate à table. Ne pas boire de bière est un handicap certain à Cologne.) Il y a aussi plein d'endroits sympa pour prendre un goûter. Accessoirement, notre hôtel (un bête Mercure) avait le buffet de petit-déjeuner le plus extraordinairement fourni que j'aie jamais vu.

Et mon allemand à l'oral est décidément lamentable, malgré tous les efforts que prodiguait mon poussinet pour me pousser à le pratiquer (va expliquer à la réception qu'il y a une fuite d'eau dans la clim qui a provoqué l'effondrement d'une dalle du faux plafond — ben voyons).

Ah, et j'ai réussi l'exploit d'attraper un coup de soleil malgré la météo pourrie.

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(mercredi)

Je n'ai pas les épaules symétriques

J'ai dans le dos une région ingrattable. C'est-à-dire que quelles que soient les contorsions que je fasse, si ça me démange dans ce coin (en gros, sur l'omoplate gauche), je ne peux pas me gratter, sauf à prendre un accessoire[#] ou à appeler un poussinet à l'aide.

La faute en est à mon épaule droite. Je ne sais pas comment ça se fait, mais j'ai beaucoup moins de mobilité dans le bras droit que dans le bras gauche. Avec mon bras gauche, pas de problème : si je mets ma main gauche contre mon dos (à plat, ouverte, dos contre dos, paume vers l'extérieur), je peux sans problème plier le coude pour remonter, plier le poignet pour remonter encore un peu, et atteindre presque n'importe quel point de la moitié droite de mon dos (et ceux qui sont vraiment trop haut pour y arriver comme ça, je peux les atteindre en passant mon bras gauche par au-dessus de mon épaule droite et en descendant : les deux régions se recouvrent et il ne me manque rien). Avec mon bras droit, c'est une autre histoire : si je mets ma main droite contre mon dos, mon épaule se positionne différemment, et pas moyen de plier le coude, ni même le poignet, sans me faire mal à l'épaule : le plus haut que je puisse toucher est un ou deux centimètres au-dessous de mon omoplate gauche (alors qu'avec la main gauche je peux remonter presque jusqu'en haut de ma colonne vertébrale). Je ne peux donc me gratter le haut du côté gauche du dos qu'en passant ma main droite par-dessus mon épaule gauche et en descendant jusqu'au point où je m'étrangle : ça n'arrive pas jusqu'à la base de l'omoplate, et j'ai donc des régions ingrattables.

Bref, mes épaules ne fonctionnent pas de la même façon. Je m'en rends compte de façon frappante si je me tiens poing contre poing dans le dos (c'est-à-dire, les deux mains fermées en poing, paume vers l'extérieur, l'une contre l'autre au niveau de la colonne vertébrale) : quand je fais ça, mon épaule droite est positionnée nettement plus en avant que mon épaule gauche, et d'ailleurs je sens que ça tire déjà un peu. (Je précise que quand je me tiens normalement il n'y a pas de différence.)

C'est sans doute aussi l'explication que je peux sans problème enfiler un sac à dos en passant d'abord le bras droit et ensuite le bras gauche, mais beaucoup plus difficilement dans l'autre sens.[#2]

Je me demande si je suis irrémédiablement foutu comme ça, ou s'il y aurait moyen d'assouplir gentiment mon épaule droite pour lui apprendre à faire comme la gauche.

[#] Idéalement, ce genre de baguettes, qui ressemble un peu à un sceptre, avec une main au bout, et qui sert à se gratter le dos. Je ne sais pas où ça peut se trouver.

[#2] Je ne sais pas comment font habituellement les droitiers. L'inconvénient de passer le bras droit en premier, c'est que le poignet gauche a tendance à râcler un peu contre la lanière gauche du sac, ce qui n'est pas grave sauf si on porte une montre au poignet (gauche, comme c'est habituellement le cas pour les droitiers). J'ai déjà pété un bracelet de montre en faisant ça.

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(mardi)

Utilikilt

J'aime beaucoup les kilts, je trouve ça à la fois sexy à regarder et confortable à porter. Mais il y a deux problèmes : le premier, c'est que comme tout un tas de choses qui touchent de trop près à un héritage culturel, les gens ont plein d'idées sur l'importance de l'authenticité. S'agissant des kilts, ces idées seraient : qu'il ne faut rien porter dessous, ou qu'on doit porter le tartan de son clan — et par conséquence qu'on ne doit pas porter le kilt si on n'est pas écossais/irlandais/gallois —, ce qui d'ailleurs n'est même pas une tradition historique exacte, comme le kilt lui-même d'ailleurs, ça semble faire partie de ces traditions qui sont apparues aussi soudainement que la parution de Waverley. Mais j'ai déjà exprimé ce que je pense de la quête de l''« authenticité », donc passons. Toujours est-il que si on porte un jean personne ne veut que vous soyez un mineur californien alors que si on porte un kilt on est censé être écossais : c'est assez idiot.

Problème nº2 : les kilts n'ont pas de poche. Ça c'est vraiment embêtant. Moi je me balade avec tout un matériel de survie quand je vais n'importe où (un psychanalyste m'a dit — la seule fois de ma vie où j'ai parlé avec un psychanalyste dans l'exercice de ses fonctions — que c'était probablement parce que mes parents n'avaient pas bien rempli leur rôle que je me sentais obligé d'avoir plein d'objets rassurants avec moi partout où je vais — authentique). Même si je fais au minimum, il y a au moins mon portefeuille, mon porte-monnaie, mon téléphone mobile, mes clés et un paquet de mouchoirs ; je n'aime pas mettre ça dans mon blouson parce que je m'en défais plus facilement, et d'ailleurs en été je n'en ai pas du tout. Bon ben pour transporter des objets, quand on a un kilt, on est censé (pour faire « authentique ») utiliser un sporran : eh bien ces trucs sont minuscules, malcommodes, et quand on marche avec ils rebondissent à chaque pas et ils ont l'air spécialement conçus pour (a) taper dans les couilles du porteur et (b) faire du bruit et attirer tout le voisinage sur le fait qu'on se balade en kilt (et qu'on se fait broyer les couilles).

[Digression :] En fait, si on veut attirer l'attention, le kilt ne marche pas si bien que ça. Ce qui marche beaucoup mieux, et qui souffre exactement des mêmes défauts que je viens de signaler (la difficulté d'atteindre l'authenticité, et le manque cruel de poches), c'est la toge romaine. J'en ai porté une, une fois (ça avait été super dur de trouver une description précise et fiable de comment le tissu devait être coupé et comment il fallait le plier), et je peux témoigner que les gens vous regardent vraiment bizarrement. Et par ailleurs c'est complètement merdique parce que non seulement on n'a pas la moindre poche mais en plus la toge monopolise complètement un bras qui aurait pu, sait-on jamais, servir à quelque chose d'autre qu'à porter un foutu pli de la chose. On voit que c'était un vêtement porté par des gens riches qui avaient des esclaves pour leur éviter de se servir de leurs mains. Ah, et puis ça se défait dès qu'on fait trois pas (enfin, ça c'est peut-être parce que ma toge n'était pas dans le bon tissu ou simplement parce que je ne suis pas né dans une famille de ces gens riches qui n'avaient rien de mieux à faire qu'apprendre les déclinaisons et à porter la toge). Mais je reviens au kilt.

J'en avais déjà un (un noir, pour éviter l'épineux problème de trouver un tartan approprié et « authentique »), acheté ainsi que le sporran et le ghillie shirt qui vont avec sur ce site. C'est joli, mais comme je viens de l'expliquer c'est fort peu pratique, donc je ne le mets jamais.

Heureusement, les Américains sont venus à la rescousse du kilt comme ils étaient venus à la rescousse de la pizza (i.e., pendant que les Italiens se disputent pour savoir si c'est permis de mettre des champignons sur une pizza, eux n'ont aucun problème à y mettre des ananas ou du poulet « à la thaïlandaise »).

La rescousse prend la forme d'une compagnie appelée Utilikilts et qui a comme le Bauhaus adopté la devise de Louis Sullivan : Form follows function. Pas de souci d'authenticité et, par contre, de vraies poches. Et ce n'est pas moins sexy qu'un kilt original si on arrive à croiser les bras en prenant un air féroce. Mais en contrepartie, c'est vendu à un prix corsé (et rendu encore plus exorbitant par le fait qu'UPS prend, en plus du prix du transport, une demi-dizaine de frais de dossiers différents pour la présentation aux douanes). Hélas, aucune compagnie européenne ne fait de truc semblable (peut-être par peur du courroux des Écossais). Bon ben j'ai fini par craquer et en acheter un.

Et je dois reconnaître que, sauf vice caché, je n'ai pas été trompé sur la marchandise : la coupe est (une fois suivies leurs instructions précises sur la façon de mesurer la taille) parfaite, ça tombe bien, c'est agréable à porter, et les poches sont bien faites (elles sont spacieuses et largement séparées du kilt, et pourtant elles ne s'agitent pas quand on marche comme le ferait un sporran). Globalement je suis content de l'achat, et contrairement au kilt que j'avais déjà, celui-là je risque de le porter plus souvent que jamais.

(Photos à venir si je trouve quelqu'un pour en prendre.)

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(lundi)

Plouf dans la Garonne

J'étais à Bordeaux ce week-end, et j'ai vu quelqu'un se jeter dans la Garonne.

Plus précisément, c'était samedi (2011-07-09) vers 17:30+0200, sur le pont de Pierre. Mon poussinet et moi traversions le fleuve pour aller voir quelque chose rive droite, nous avons remarqué un mec (d'une vingtaine d'années, type arabe, en survêtement, look un peu « racaille ») qui, vers le début du pont (et côté amont — le trottoir aval est en travaux), se penchait vers les berges comme s'il regardait quelque chose. Mon poussinet a remarqué qu'il décalait dangereusement son centre de gravité, et nous avons continué. Un peu plus loin (un peu avant le milieu du pont), j'ai voulu prendre mon poussinet en photo avec mon téléphone, j'ai commencé à cadrer, et le mec d'avant s'est approché de moi, a fait un signe en direction de mon téléphone que j'ai vaguement interprété comme signifiant qu'il voulait nous prendre en photo ou que je le prenne en photo ou quelque chose comme ça (et en tout cas j'ai imaginé qu'il ne parlait pas français parce qu'il n'a rien dit), et aussitôt après il est monté debout sur le parapet. Le temps que je me retourne vers mon poussinet, ce dernier a dit quelque chose comme « mais il est fou, il va tomber », je me retourne de nouveau et le type avait disparu, et mon poussinet et d'autres passants ont commencé à crier qu'il était tombé. (Plus tard, l'un d'eux a même dit qu'il l'avait vu faire un saut périlleux. Moi je n'ai pas vu la chute.) Nous nous sommes rués vers le côté aval (il fallait passer des barrières de chantier) pendant qu'un des autres passants appelait les pompiers et décrivait l'endroit. Le mec faisait des mouvements de crawl en direction de la rive gauche, ce n'était pas très clair s'il nageait mal ou si le courant était simplement trop fort (ça c'est certainement vrai, mais ce n'était pas clair si en plus il nageait mal). Quelqu'un a essayé de lui crier de ne pas lutter et de plutôt se laisser emporter. De fait, on a vu la tête du type descendre sous l'eau un certain nombre de fois et on s'est dit qu'il se noyait. Les pompiers sont arrivés vite (c'est plus le coup de fil qui était long à faire), au début nous avons cru qu'ils venaient du mauvais côté (rive droite), mais c'est qu'ils allaient prendre un bateau de ce côté-là. Le mec a fini par atteindre la rive exactement ici (juste en amont d'une espèce de structure en béton dont je ne sais pas la fonction ; il a donc fait ~280m en ligne droite), mais il ne bougeait plus. Les pompiers sont arrivés à la fois en bateau par le fleuve et en camion rive gauche, ils l'ont transporté en bateau jusqu'à un débarcadère un peu en aval ; mon poussinet et moi sommes allés voir si le mec était bien vivant (oui), et si la police voulait des témoignages (ils ont juste noté les coordonnées de celui qui avait appelé les pompiers et ont posé quelques questions au groupe des témoins, pour clarifier notamment que le type avait sauté côté amont/sud du pont, et aussi qu'il était habillé quand il a sauté — parce qu'apparemment les pompiers l'ont retrouvé nu, et personne n'a été capable de dire quand et comment ses vêtements se sont dématérialisés).

Toute la scène était un peu surréaliste. Je ne sais pas pourquoi le mec a sauté, et je suppose que je n'aurai pas le fin mot de l'histoire (à moins de lire Sud-Ouest édition de Bordeaux, colonne des chiens écrasés aujourd'hui, mais je ne trouve rien sur leur site Web concernant ce fait divers). Je suis convaincu que ce n'était pas une tentative de suicide mais un défi stupide (le geste qu'il m'a fait voulait sans doute attirer mon attention sur son exploit à venir, surtout s'il a bien fait un plongeon en saut périlleux, et ensuite il a dû retirer ses vêtements pour mieux nager), dont il n'avait pas mesuré le danger (outre que le courant était vraiment très fort et qu'il a failli se noyer, il aurait pu s'écraser contre une des piles du pont ; pas sûr que ce soit une bonne idée de boire la tasse dans l'eau très boueuse de la Garonne).

Mais une chose que je trouve intéressante, c'est la difficulté de faire un témoignage précis. J'ai essayé, ci-dessus, mais je suis sûr que j'ai déformé les faits et interpolé des choses qui ne sont pas exactement ce que j'ai vu. Même sur une trame aussi simple (un mec se jette à l'eau et nage jusqu'à la rive, épuisé), les quelques témoins que nous étions, et qui avons discuté pendant que les pompiers s'affairaient autour du noyé, avions une vision différente, voire contradictoire, de certains détails (combien de temps était-il resté debout sur le rebord du pont ? comment avait-il plongé ? avait-il fait un signe ?). C'est dire si, dans une enquête criminelle où de plus les témoins sont souvent impliqués émotionnellement, les témoignages doivent être pris avec des pincettes.

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(mardi)

Vacances à Oléron

Je reviens d'une semaine de vacances[#] avec mes parents et mon poussinet. Enfin, ce n'est pas vrai, je suis rentré dimanche soir : c'est fou le nombre de choses que j'ai à faire en rentrant de vacances, et le temps que ça prend.

Nous étions sur l'île d'Oléron, heureusement juste avant le début de l'invasion touristique, et nous avons passé notre temps à farniente (et pas à nous baigner ni à faire de la planche à voile[#2]). Mes parents ont tenté sans succès de retrouver l'endroit où mon père avait passé du temps sur cette île il y a quarante ou cinquante ans (les souvenirs de mon père sont toujours d'un très grand flou donc ce n'était pas facile), mon poussinet et moi à dormir, à nous balader, à chercher des jolis garçons à regarder (guère de succès) et à pester contre la 3G qui ne passe pas. Ah, et mon poussinet et ma maman ont fait plein de parties de Scrabble®, aussi, et ma maman nous a préparé plein de repas délicieux.

Le principal point d'intérêt était le petit phare de Chassiron (ici), que nous avons visité de jour (ce qui m'a permis de confirmer que j'ai le vertige même en haut d'une ridicule quarantaine de mètres, si je suis dehors et que le vent souffle) et admiré de nuit (c'est assez féerique, un phare allumé vu d'en bas — et c'est amusant qu'il est difficile de compter le nombre de faisceaux régulièrement espacés). Du coup, mon poussinet et moi avons lu plein de choses sur Wikipédia sur les phares (entre autres celui d'Ar-Men, dont l'article Wikipédia, au style inimitablement pittoresque, raconte qu'il ne devait pas être rigolo à gardienner, c'est le moins qu'on puisse dire — il y a de jolies vidéos de ce phare et d'autres sur le Web, mais malheureusement aucune photo de l'intérieur, ce qui est dommage parce que ça n'a pas l'air trop visitable et qu'après la lecture de l'article on voudrait bien voir comment c'est dedans). Et sur les îles, aussi. Résultat, mon poussinet s'est mis en tête la lubie d'aller une semaine (hors saison) sur l'Île de Sein, j'espère que cette idée va lui passer.

Bon, le truc inutile en pleine mer près d'Oléron, ce n'est pas un phare, c'est le fort Boyard, que nous avons fait une minuscule croisière en mer pour aller regarder (ainsi très brièvement que l'île d'Aix). S'il y a une chose qui est impressionnante avec ce phare, c'est bien la longueur et le niveau hallucinant de détail de l'article Wikipédia sur le jeu télévisé qui s'y déroule.

[#] Je suis notoirement diacopéphobe (c'est comme ça qu'on dit ?), donc c'était un compromis âprement négocié entre les différentes parties.

[#2] Apparemment c'est une activité fréquente dans le coin. Ou faut-il maintenant dire windsurfing ? J'étais tombé un jour dans je ne sais plus quel journal gratuit sur un article comparant le windsurfing et le kitesurfing (avec une inteview du champion je-ne-sais-quoi de l'un de ces deux trucs, qui expliquait la supériorité de son truc sur l'autre des deux trucs) qui ne prenait même pas la peine d'expliquer ce que signifiaient au juste ces deux termes hautement confusants pour le philistin que je suis (un kite désignant un cerf-volant, à ma connaissance un cerf-volant ça vole grâce au vent, donc on ne peut pas dire que la distinction saute aux yeux). Après coup, j'ai plus ou moins compris que le windsurfing doit être ce qu'un péquenot comme moi appelle la planche à voile et que le kitesurfing doit être un truc où la voile est séparée de la planche et prend plus ou moins une gueule de cerf-volant que le cerfvolantplanchiste tient au bout d'une corde.

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(lundi)

J'aimerais savoir comment mon cerveau marche

Certes, je suppose que tout le monde aimerait savoir comment son cerveau marche — ou, en fait, peut-être que non parce que ce serait trop effrayant. (Souvent, je me sers joyeusement de quelque chose, notamment en informatique, jusqu'à ce que j'apprenne comment ça fonctionne et que je découvre ainsi avec horreur que c'est contraire à tous les principes de bonne conception, et que rien qu'à entendre le principe je devine une pléthore de bugs, et du coup je ne veux plus m'en servir. Sans doute une raison de ne pas apprendre la médecine quand on est geek perfectionniste : la conception du machin est à chier. Bon, c'est vrai que mon cerveau ne me sert pas trop.)

Non, plus sérieusement, je veux dire que j'ai une impression introspective de pouvoir identifier des processus cognitifs récurrents, et je serais curieux de savoir s'ils correspondent réellement à l'activation d'un groupe de neurones localisable. Des sensations, par exemple — mais par sensation, je veux parler de quelque chose de beaucoup plus précis que, disons, la peur : j'identifie déjà un assez grand nombre de peurs bien distinctes.

Par exemple il y a la peur provoquée par une sensation de mystère inquiétant et qui dont je me demande s'il n'a pas une composante surnaturelle, comme une peur ancienne et ancestrale devant l'inconnu qui apparaît essentiellement, mais difficilement, quand je lis de la fiction et nettement plus souvent dans mes cauchemars (zut, en relisant cette entrée, je me rends compte que je radote vraiment) ; quand j'étais petit, je l'appelais la peur surnaturelle ; cette peur précise ne provoque pas une accélération de mon rythme cardiaque mais des frissons glacés. Je suis vraiment tenté de penser qu'il y a un groupe de neurones très ciblé qui s'active quand j'ai cette peur. Je pourrais aussi mentionner la peur provoquée par la prise de conscience du fait que je suis mortel et que l'Univers cessera d'exister avec ma mort, qui viendra inéluctablement (je ne dis pas juste la peur de la mort, parce que ce n'est pas du tout la même que celle que je vais ressentir si quelqu'un commence à me courir après en essayant de me tuer), qui semblerait presque être une sorte de garde-fou placé là par l'évolution pour éviter que les créatures devenues trop intelligentes raisonnent contre leur propre survie. S'agissant de ces deux exemples, d'ailleurs, j'aurais vaguement envie de prendre un gamma-knife et de blaster les neurones en question. 👿

Mais sinon, il y a le sentiment que j'éprouve quand on évoque, notamment de façon inattendue ou en faisant une connexion qui me surprend et me plaît, mais avec quelque solennité, quelque chose ou quelqu'un envers quoi j'ai un profond respect, et qui s'accompagnerait volontiers d'une musique d'Elgar : ma description est totalement grotesque, parce que je ne sais pas quels mots mettre dessus (disons que c'est le sentiment du respect majestueux), mais ce sentiment chez moi est très précis et très fort, et il me met à coup sûr les larmes aux yeux. (Dans la fiction, c'est le sentiment que j'éprouve quand le chevalier inconnu s'avère être Richard Cœur-de-Lion ou dans ce genre de scène.)

Il y a aussi le sentiment émanant de la contemplation de la beauté en mathématiques, mais là je suis moins sûr de sa constance : mon appréciation de la beauté combinatoire des corps finis est-elle la même que mon appréciation de la grandeur des tours d'ordinaux ? Je ne sais pas.

J'aurais bien envie de passer dans un appareil à IRM fonctionnelle en activant toutes sortes de ces processus cognitifs (du moins ceux que je peux activer à la demande, ce qui n'est pas le cas de tous) pour savoir où ils se positionnent dans mon cortex (et peut-être découvrir que je suis bien naïf et que j'ai totalement tort de penser que ce sont des choses localisées et constantes). Malheureusement, l'IRM fonctionnelle est bien trop coûteuse pour qu'on puisse s'en servir pour faire joujou.

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(samedi)

Ma TORANT-list s'allonge

Mon problème récurrent, sur ce blog, est que je ne sais pas écrire des entrées courtes. Je conçois l'intérêt du microblogging pour les gens qui sont placés au premier rang de l'actualité et qui vont tweeter quelque chose comme Monsieur Ben Laden était mon voisin, et il est en train de se faire descendre, mais pour ma part, je suis plutôt le dernier au courant de tout, donc si je peux apporter quelque chose à mes lecteurs, ce n'est pas une information brève et percutante, c'est plutôt la logorrhée qui me tient lieu de réflexion — autrement dit, je sais ranter (pérorer ? blablater ? épiloguer ?). Je ne vois pas l'intérêt d'écrire des entrées du style ce soir, j'ai mangé du poisson meunière (même si c'est vrai et c'est bon) ou je viens de compiler un Linux 2.6.38.5 (là, ce n'est pas vrai, mais je devrais sans doute) et autres facebookeries ; et je ne suis pas non plus doué pour les phrases concises et percutantes.

L'ennui, c'est que ranter prend du temps.

Et donc régulièrement, quand il me vient à l'esprit une idée de sujet sur lequel je pourrais étaler ici ma sagesse incommensurable, je n'ai pas le temps de le faire (et en fait, quand je parle de temps, c'est souvent plutôt que je suis trop fatigué, ou pas dans le bon état d'esprit, ou que je sais que je serai interrompu, ce genre de choses) ; et je me contente donc d'inscrire cette idée dans ce que j'appelle mentalement mon vivier à mèmes, mais que je devrais plutôt qualifier de TORANT-list. Parfois, quand je trouve le temps d'écrire quelque chose, je pioche là-dedans ; mais en fait, j'en retire beaucoup moins de choses que je n'y mets, parce que la motivation à écrire un rant décroît très rapidement avec le temps depuis lequel l'idée m'est passée par la tête. (J'ai aussi le problème que je ne sais pas comment entrer en matière : c'est con, mais ça me bloque souvent — j'aime bien commencer mes entrées par une connexion avec le présent, et si cette connexion manque, j'ai l'impression de ressortir un poisson pas frais de mon frigo.) Cette liste des entrées de ce blog que je n'ai pas écrites commence donc à devenir démesurément longue, et d'ailleurs je ne sais plus trop ce que je suis censé raconter sur certains sujets.

(Et encore, tous ces problèmes ne sont rien par rapport aux problèmes analogues que j'ai avec mes fragments littéraires gratuits, où il me faut vraiment trouver le bon état d'esprit, le bon moment pour pouvoir en écrire, et c'est aussi beaucoup plus long. Cela fait très longtemps que je n'en ai pas écrit, ça me manque beaucoup, et si vous voulez blâmer quelqu'un, je vais dire que c'est la faute de mon poussinet. ☺️)

Voici la liste, dans l'ordre vaguement chronologique de quand l'idée m'est venue, de choses sur lesquelles je compte écrire une entrée Un Jour Peut-Être :

  • L'indiscernabilité en mathématiques. (Ou : qu'est-ce que cela signifie — philosophiquement — que deux objets mathématiques sont le même ? Notamment si l'objet est unique à isomorphisme près, mais pas à isomorphisme unique près.)
  • Quelque chose sur les réseaux euclidiens dans le plan. (Et le rapport avec les courbes elliptiques, la multiplication complexe, et l'exemple du nombre exp(π√163).)
  • Mes douleurs cardiaques imaginaires, un chapitre dans la vie d'un hypocondriaque. [Fait : 2014-02-27#2195]
  • Pourquoi je suis pro-nucléaire, ou plutôt anti-anti-nucléaire, pour des raisons écologistes, et sans doute plus encore depuis qu'on nous bassine au sujet de la centrale de Fukushima. Pourquoi il faut absolument développer un réacteur au thorium. Et pourquoi j'ai envie de donner des baffes aux imbéciles qui ont décidé d'interdire certains types d'ampoules en Europe. [Partiellement fait : 2011-06-06#1895]
  • La métaphysique totipsiste. [Fait au passage : 2015-11-05#2334 ; voir aussi ce fil Twitter]
  • Les subtilités de l'abiogenèse vue du point de vue ergodique. (Ou : du point de vue ergodique, si la vie apparaît et se maintient, c'est qu'un tas aléatoire des bons atomes est déjà vivant — commenter cette affirmation.)
  • Mon étonnement devant le fait que la philologie fonctionne. (C'est extraordinaire que les anglais se soient mis collectivement à prononcer [ɛ] ce qu'ils prononçaient [aː].)
  • Les subtilités de l'ordre alphabétique. [Enfin, je ne sais vraiment plus ce que je voulais en dire.]
  • Serait-il possible à l'algorithme de suggestion de YouTube/Amazon/quidlibet de devenir vraiment bon au lieu de suggérer bêtement vous aimerez X parce que vous avez aimé Y ?
  • La manière dont la collectivité fait des choix de groupes dans lesquels on se retrouve ensuite coincés. Pourquoi c'est une forme de dépendance collective, et en quoi ça invalide (ou non) l'idée que chacun est libre de ses propres choix.
  • Tenter de vulgariser le corps à un élément. [Fait : 2018-09-06#2551]
  • Pourquoi certains deviennent enragés au sujet de l'apparition de leur nom sur le Web (et s'imaginent qu'ils ont le droit moral ou légal de vous faire effacer la simple mention de celui-ci). [Fait : 2012-11-03#2087]
  • On ne devrait pas avoir le droit de vendre du matériel informatique ou électronique qui soit « briquable » de façon irréversible en flashant un firmware corrompu ou malicieux (il devrait toujours y avoir un moyen simple de revenir à un firmware valable). [Fait : 2016-09-22#2396]
  • Quand la segmentation du marché est-elle une bonne chose ?
  • Les choix qu'une société ou un pays fait de ses formes légales (constitutionnelles, mais aussi, e.g., droit civil vs. common law) sont-ils vraiment un choix de cette société ou le simple résultat du hasard ? [Plus ou moins fait : 2011-06-12#1896]
  • Quand la protestation et les manifestations deviennent une forme de course aux armements.
  • Pourquoi le rêve de la conquête spatiale est naïf (et celui de terraformer une planète encore plus). [Plus ou moins fait : 2014-04-15#2199]
  • Le risque que les économistes optimisent les mauvaises fonctions.
  • Vulgariser quelques trucs pour manipuler les puissances de 10.
  • Il y a des sujets mathématiques dont j'aimerais avoir quelqu'un avec qui parler.
  • Qui a programmé l'interface utilisateur de mon réveil ? (Et comment a-t-il pu être aussi mauvais ?) [Fait : 2012-09-26#2074]
  • Les affiches de jeux vidéos qui me donnent envie de les voir comme films.
  • Quelles sont toutes les manières dont une substance peut être interdite ? (Interdite à l'achat, à la vente, à la détention, à la consommation, à la production, à l'importation, à l'exportation… quelles combinaisons sont possibles, et avec quels exemples ?) [Vaguement fait : 2017-07-09#2448]
  • Le petit jeu étrange de la diplomatie : et qui en a inventé les règles, et comment pourrait-on les changer ? [Rant déjà un peu fait ici.]
  • La manipulation exacte des images vectorielles (e.g., écrasement de transparences superposées) et la géométrie algébrique réelle.
  • Pourquoi les nombres premiers fascinent les mathématiciens amateurs ? [Vaguement fait : 2018-06-14#2527]
  • Les objets mathématiques qui me fascinent. [Fait et même refait : 2012-09-23#2072, 2015-05-07#2296 et 2015-12-11#2341]
  • Qu'est-ce que l'identité (légale, etc.) d'une personne, et comment peut-on la prouver ?
  • Pollution de l'espace Wifi. Ou : Free et compagnie me font chier.
  • La courbe algébrique donnée par la caustique d'une réfraction plane.
  • Comment faire un cours d'introduction à la géométrie algébrique ? [Fait : 2011-05-15#1882]
  • Le vocabulaire allemand que j'ai appris grâce à Ralf König. [Fait indirectement : 2011-09-06#1927]
  • Pourquoi les gens croient-ils à cette dichotomie selon laquelle l'orientation sexuelle serait soit un choix soit génétique (je crois que ce n'est ni l'un ni l'autre). [Fait : 2011-08-24#1924.]
  • Pourquoi notre peur de la mort résulte de notre perception du temps (on ne devrait pas en avoir plus peur que de la naissance ou de l'extrémité gauche de notre corps).
  • La manie des entreprises de tout sous-traiter.
  • La manie des entreprises de créer des filiales pour se défausser de ses responsabilités.
  • Le bon Isaac Asimov par rapport, disons, à Frank Herbert. [Plus ou moins fait : 2016-04-15#2365]
  • Mon obsession de la préservation de l'information. [Très vaguement fait : 2011-09-14#1937]
  • L'accusation politique d'être libéral en France, et celle d'être socialiste aux États-Unis.
  • Les causes principales d'homophobie par ignorance, et comment on pourrait y répondre.
  • Pourquoi communiquons-nous ? (Résumer notamment les idées de mon collègue Jean-Louis Dessalles.) [Très vaguement fait : 2015-11-23#2339]
  • Comment a-t-on pu inventer une technologie aussi merdique et foirogène que le Wifi ?
  • Les technologies qui me donnent envie de les utiliser, juste pour jouer avec. [Fait : 2011-06-05#1894.]
  • Pourquoi les Français sont-ils désespérément incapables de faire une file unique ? [Fait : 2019-04-08#2589.]
  • Pourquoi certains domaines des maths ressemblent-ils à un labyrinthe de petits théorèmes tordus, tous semblables, et comment éviter cela ? [Fait sur un exemple : 2012-10-25#2084.]
  • …ou, inversement, comment répondre à toutes les questions qui surviennent « naturellement » dans un domaine.
  • Le mythe que la bisexualité n'existe pas, contre le mythe que tout le monde est bisexuel. [Fait en passant : 2011-08-24#1924.]
  • Le mythe que le succès est reproductible (pire : qu'il est mérité ou prévisible). [Fait : 2011-06-24#1898.]
  • Réencodages et transcodages, le problème du round-trip, et le théorème de Cantor-Schröder-Bernstein. [Vaguement fait : 2014-11-10#2246]
  • Faudrait-il écrire une nouvelle déclaration des droits de l'homme ? Et comment ?
  • Vaut-il mieux que les programmes soient uniformes à travers les OS, ou que les OS soient uniformes à travers les programmes ?
  • Ce que je pense de Bitcoin (pas trop de bien), du point de vue économique et du point de vue de la sécurité contre les DoS. [Fait : 2011-05-16#1883.]
  • Pourquoi je continue à préférer les écrans CRT. [Fait : 2012-08-24#2064.]

(J'ai pas mal hésité à publier cette liste, parce que beaucoup de ces formulations lapidaires peuvent donner une impression complètement fausse sur le problème dont je voudrais parler, et plus encore sur ce que serait ma position. Gare à ne pas imaginer des choses, donc !)

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(dimanche)

Huitième blogoversaire

Ce blog a aujourd'hui huit ans, donc joyeux blogoversaire à moi. Je continue tout doucement (mais alors tout doucement) à lui écrire un nouveau moteur — j'espérais vaguement pouvoir lui en faire un cadeau aujourd'hui, mais ce sera pour plus tard. Je vais essayer de quand même me dépêcher pour que ce soit prêt avant que le grand cycle cosmique de l'Internet fasse que Facebook tombe à l'abandon et que les gens se rappellent qu'il existe un Web au-delà, et qu'on peut même y raconter sa vie, si, si.

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(vendredi)

Quelques résultats scientifiques

J'évoquais hier le fait que je travaillais sur deux questions à la fois : voici que ces deux questions se sont reliées de façon inattendue, chacune apportant la solution de l'autre. À savoir :

  • l'hypothèse de Riemann est indécidable (dans ZFC et dans des systèmes beaucoup plus forts, devrais-je préciser), et
  • il existe un algorithme en temps polynomial pour factoriser les entiers (mais la complexité de cet algorithme n'est pas démontrable dans ZFC).

L'idée-clé de la démonstration du premier fait est d'associer à chaque zéro de la fonction zêta une démonstration dans un certain système formel 魚 (un peu compliqué à définir) : si le zéro ne se trouve pas sur l'axe critique, la démonstration prouvera ⊥ (i.e., une contradiction) dans ce système formel 魚 ; a contrario, si une contradiction se trouve, alors on peut l'utiliser pour produire des zéros non situés sur l'axe critique. Donc, l'hypothèse de Riemann équivaut à la consistance du système formel en question. Encore faut-il pouvoir en dire quelque chose ! C'est là qu'intervient le second point : ce système formel peut se voir, en fait, comme lié un protocole cryptographique 𓆛 (là aussi, les détails sont un peu compliqués) tel que prouver la sécurité du protocole 𓆛 revienne exactement à prouver la contradiction du système formel 魚. Or il est relativement facile de ramener la sécurité du protocole 𓆛 à la difficulté de la factorisation des entiers. Reste la dernière pièce du puzzle : ce protocole peut se voir comme un jeu à deux joueurs et, interprété dans le cadre de la théorie des jeux à la Conway, il définit naturellement un ordinal, qui se décrit comme l'écrasement d'un certain grand cardinal que j'appelle icthy un (c'est le premier d'une famille infinie), et qui mesure précisément la force du système formel 魚. Tout tombe donc dans ZFC augmenté de l'hypothèse le cardinal icthy un existe, et si on croit à cette hypothèse, les résultats ci-dessus sont démontrés.

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(jeudi)

Débordement de contexte mentaux

Je pense à trop de choses à la fois, et ça me fatigue.

Je veux dire, scientifiquement. Je travaille sur deux questions à la fois (qui d'ailleurs n'avancent pas, justement parce que je m'éparpille), je donne ceux cours très différents en ce moment (et même si le niveau intellectuel d'un cours en première année d'école d'ingénieur ne vole pas très haut, ça me fait quand même fatalement réfléchir à des questions autour des sujets que j'enseigne, surtout qu'il y a un de ces cours que je fais pour la première fois) sans compter un autre qui arrive et que je dois réorganiser par rapport à l'an dernier, je travaille avec un ami à écrire un livre (sur la théorie de Galois), et par-dessus le marché il y a ces histoires de trous noirs qui m'obsèdent en ce moment. Voilà donc au moins six choses différentes sur lesquelles je réfléchis en parallèle, juste pour ce qui est des maths (parce qu'évidemment, il y a aussi plein d'autres choses allant de ce que je vais manger ce soir à comment faire marcher WebGL sur mon Firefox 4, qui n'ont rien à voir, mais qui ne demandent pas énormément de présence d'esprit), et auxquelles s'ajoutent encore plein de petites questions de maths qui vont et qui viennent un peu tout le temps.

Cela fait trop de contextes mentaux : chacune de ces choses demande que je retienne où j'en suis dans ma réflexion (ou que je sache le retrouver), cela monopolise plus de mémoire et de neurones que les connaissances brutes qui sont associées. Dans une analogie informatique-geek, on pourrait dire que j'ai un load average d'au moins 6, et que mon scheduler a un peu du mal avec ça, parce que mon cerveau n'est pas vraiment multi-core (je ne suis pas schizophrène) : les changements de contexte prennent du temps parce que les caches se font invalider (ou peut-être est-ce une mémoire plus lente, même, qui sature : j'écris des gribouillis de notes sur papier pour me rappeler d'où j'en suis, autrement dit, je swappe).

Il y a des gens qui n'ont pas de mal avec ça, ils sont contexte-agiles. Moi j'y arrive très difficilement. C'est la raison pour laquelle mon intérêt à tendance à se focaliser sur une question, à s'obséder pour elle, même, jusqu'à ce que je la lâche, ce qui se fait normalement après avoir écrit une trace de mes pensées pour pouvoir revenir vers elle longtemps après si je dois m'y réintéresser. Je n'aime pas être forcé à naviguer entre plusieurs questions. (En ce sens, être examinateur à l'épreuve de TIPE a été très chaud, parce qu'il fallait dix fois par jour changer de sujet du tout au tout.)

Demain, il y a un séminaire auquel je n'assisterai pas : je ne veux pas ajouter encore d'autres contextes mentaux, fût-ce temporairement le temps d'un exposé. Dans une période plus calme, c'est plutôt intéressant, mais là, vraiment, non.

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(jeudi)

Nouveau téléphone, HTC Desire Z

Récemment j'ai installé CyanogenMod (la version communautaire d'Android) sur mon téléphone HTC Dream (aka G1, aka, dans mon cas, Google Dev Phone). Comme je le racontais, cela marche pas mal si ce n'est que c'est plus lent (sauf le navigateur, qui est nettement plus rapide). Il y a cependant une chose que j'ai mis un moment à constater, c'est que la batterie s'use beaucoup plus vite depuis ce passage. J'ai fini par en avoir marre et par m'acheter un nouveau téléphone, un HTC Desire Z, ce qui m'a motivé étant la découverte du fait qu'il était possible d'en acheter en France avec un clavier QWERTY (j'aime avoir un vrai clavier physique sur mon téléphone vu que je m'en sers surtout comme terminal et navigateur Web, d'où mon intérêt pour le Desire Z, et j'exècre les claviers AZERTY). Je l'ai reçu hier. Pour l'instant, il est encore un peu trop tôt pour dire si j'en suis content, mais ça a l'air plutôt bien parti : il est tellement plus rapide que l'ancien, l'autonomie a l'air bien meilleure (indépendamment du problème spécifique au passage à Cyanogen), l'écran est plus grand et plus confortable, le GPS semble marcher du tonnerre, le clavier est certes moins bon mais néanmoins supportable et le téléphone dans son ensemble est plus léger et moins encombrant.

Ce qui ne veut pas dire que je n'aie pas rencontré de difficultés pour créer l'environnement que je veux.

Le téléphone venait avec un Android préinstallé, bien sûr : une version propriétaire (⇒modifiée) d'Android par HTC. A priori elle n'avait pas l'air mal (en tout cas, c'est très joli), et j'ai envisagé de la garder. Ce qui m'exaspère un peu, cependant, c'est les efforts que ces gens déploient pour que le propriétaire du téléphone n'ait pas le contrôle de ce qu'il a acheté : il faut donc faire toutes sortes de singeries (expliquées ici et dans le cas de ce téléphone précis) pour en acquérir le contrôle complet, i.e., devenir root dessus. Je ne comprends vraiment pas pourquoi le fabricant joue à brimer ses clients de la sorte (éventuellement les opérateurs de téléphonie mobile, je peux le comprendre, pour éviter qu'on fasse un usage abusif de leurs réseaux, mais là j'ai acheté ce téléphone nu). Mais ce qui m'a fait vraiment craquer, c'est quand une mise à jour fournie par HTC m'a obligé à recommencer ces efforts. Et surtout, il ne s'est pas contenté de me dé-root-er, il m'a aussi cassé le Wifi (et je suis certain que ce n'est pas la faute de mes manips précédentes : je ne suis pas le seul, c'est bel et bien HTC qui a distribué une mise à jour qui casse le Wifi ; en fait, l'erreur est très conne, ils ont distribué un pilote Wifi sous forme de module compilé pour une version du noyau, et un noyau d'une version probablement compatible mais néanmoins différente — le module est estampillé pour 2.6.32.21-g540976a alors que le noyau est étiqueté comme un 2.6.32.21-gd2764ed — du coup, le module refuse de s'insérer, et j'ai corrigé le problème en modifiant le numéro magique de version, mais je me demande bien comment une erreur aussi idiote est possible, et surtout, ça m'a décidé à abandonner cette version d'Android).

J'ai donc mis un CyanogenMod 7.0.0-RC2 dessus. J'ai eu un problème mystérieux avec le GPS (initialement il ne marchait pas du tout, ne détectait aucun satellite, et même l'icône indiquant son fonctionnement ne s'allumait pas : exactement comme décrit dans ce thread) ; je l'ai résolu en rebootant sur le système propriétaire de HTC, en faisant fonctionner le GPS dessous, et en revenant à Cyanogen. Ce n'est peut-être pas vraiment ça qui a joué, en fait, je n'y comprends pas grand-chose. C'est d'ailleurs quelque chose d'assez pénible, avec l'écosystème Android : quand on rencontre un problème, on tombe sur des tonnes de mauvais webforum où le problème est discuté et où des gens proposent des solutions qui tiennent plus de la magie noire que d'autre chose (poser le téléphone par terre, télécharger l'application Voodoo Doll, tourner trois fois autour…), probablement sans rien comprendre à ce qu'ils disent ni chercher vraiment à analyser le problème (voici un exemple assez caractéristique sur lequel je suis tombé en cherchant à comprendre mon problème de GPS).

Autre problème : le clavier du téléphone n'avait pas certains caractères pourtant dans ASCII tout ce qu'il y a de plus standard : les symboles ‘<’ et ‘>’ (inférieur et supérieur), les crochets ‘[’ et ‘]’, les accolades ‘{’ et ‘}’, le backquote ou accent grave ‘`’, le backslash ‘\’, le pipe ou barre verticale ‘|’, et l'accent circonflexe ‘^’. Je suppose que pour les gens qui veulent juste taper des SMS, ce n'est pas bien grave (si on a besoin de taper ponctuellement un tel caractère, on peut le chercher dans une application ad hoc ; d'ailleurs, vous ai-je parlé de celle que j'avais écrite ?). Mais comme l'éditeur que j'utilise (Emacs) a plein de racourcis basés sur ces caractères, j'en ai absolument besoin. Heureusement, il y a deux ou trois touches inutiles sur le clavier, et des combinaisons de modificateurs qui ne servent pas, et il est possible (en fouillant un peu dans la doc) de modifier le mapping clavier, ce que j'ai fait (en suivant cet exemple).

J'ai donné mon ancien téléphone à mon poussinet (qui s'était fait voler le sien), pour pouvoir communiquer avec lui par Google Talk, ce qui est bien pratique.

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(jeudi)

AG de copropriétaires

Une assemblée de copropriétaires, c'est l'occasion annuelle de s'engueuler entre adultes consentants. Il faut dire que j'ai de la chance : l'appartement que je partage avec mon poussinet (et dont je suis propriétaire) est dans un petit immeuble, où il y a beaucoup plus de propriétaires que de locataires (donc les gens connaissent l'immeuble et ses problèmes), les gens s'entendent globalement bien (entre parisiens bobos-intellos-vaguement-écolos-dans-un-quartier-branchouille), et donc il y a peu de disputes. Depuis l'an dernier, nous fonctionnons avec un syndic bénévole (une des copropriétaires se charge de tout, elle doit y dépenser une énergie incroyable, et ça se passe beaucoup mieux qu'avec le syndic professionnel que nous avions avant, qui était certes vaguement compétent mais très cher et impossible à remuer).

Malgré cette chance, on arrive à trouver des sujets de discorde. Avant-hier, il y a d'abord eu la question des jardins privatifs. Ceci me concerne, parce que mon appartement, comme les deux autres situés au rez-de-chaussée côté cour, a un jardinet (le mien est vide de végétation, il n'y a que du gravier blanc parce que c'est plus lumineux — qualité appréciable vu que nous sommes contre un mur aveugle — et plus facile à entretenir, mais il arrive que des plantes indésirables se mettent à y pousser, comme récemment un paulownia). Le règlement de copropriété est très obscur sur la question de savoir qui doit payer pour l'entretien des plantes qui séparent ou bordent les jardins, comme les haies de thuyas qui encadrent le mien, ou le paulownia (le père de celui qui a commencé à prendre ses aises chez moi) planté dès la construction de l'immeuble dans un coin de cette cour. Jusqu'à présent, la copropriété prenait en charge l'entretien de ces plantes. Un copropriétaire du 5e étage, trouvant que c'était injuste de payer pour quelque chose dont il ne profitait pas, avec l'appui du syndic bénévole et sans doute d'une majorité de copropriétaire, a voulu éclaircir les choses et proposer une règle déterminant l'affectation des charges (quelque chose du type : l'entretien des plantes hautes ou grimpantes est à la charge de la copropriété, celle des haies et arbustes à celle des propriétaires des appartements du rez-de-jardin). Une dame que j'appellerai Mme M (et qui habite à un étage intermédiaire, mais qui a vue sur les jardins) a fait valoir que c'était un état d'esprit déplorable que de ne vouloir payer que pour ce dont on profite immédiatement, et que le fait qu'il y ait des jardins dans l'immeuble était un point positif pour l'immeuble qui profitait à tous. Quelqu'un d'autre a suggéré que la règle pourrait être que les plantes qui faisaient initialement partie de la conception de l'immeuble (ce qui inclut, donc, les haies) pourraient être entretenues par la copropriété, et les autres être à la charge de ceux qui les ont plantées. Ces différents points de vue me semblent tous assez valables, et pas forcément contradictoires, mais la discussion, sans vraiment s'envenimer, est partie dans un chaos complet, où on ne savait plus du tout qui défendait quoi, ou pourquoi un argument était avancé. De surcroît, Mme M a observé que la résolution entraînait un changement de répartition des charges et devait donc être approuvé à l'unanimité, alors que le syndic était d'avis qu'il s'agissait d'une simple clarification du règlement de copropriété jugé obscur, ce qui pouvait passer à la majorité des deux tiers. Finalement, une proposition (proche de la proposition initiale) a été mise aux voix avec la condition des 2/3, je me suis abstenu (ignorant, d'ailleurs, que cela revenait exactement au même que de voter contre), et la proposition a été rejetée (de justesse). Du coup, on aura la même discussion incompréhensible l'an prochain.

Un autre point de discorde a été atteint lors de l'élection du conseil syndical : quand Mme M a annoncé qu'elle se représentait, un des copropriétaires qui assiste le syndic bénévole (au début il était lui aussi syndic, mais on a appris qu'une règle idiote impose l'unicité du syndic, donc il ne l'est plus officiellement) a annoncé que si elle était élue, lui-même se retirerait complètement. (C'est que Mme M est un peu procédurière : personnellement je trouve que ça peut avoir du bon d'avoir quelqu'un comme ça, mais ce n'est sans doute pas toujours facile à supporter.) Du coup, ça a jeté un froid, et plus personne ne voulait se présenter. Heureusement, Mme M a retiré sa candidature, et d'autres se sont présentés : y compris mon poussinet, après une discussion pour savoir s'il en avait le droit (il n'est pas copropriétaire, mais nous sommes PACSés : le syndic a déclaré qu'elle considérait comme évident que c'était possible, personne n'a fait d'objection, et il a été élu). Globalement, les gens du conseil syndical me semblent tous être très bien, et Mme M n'avait finalement pas l'air fâchée, donc les choses se terminent au mieux.

Il y a tout de même des choses regrettables dans cette copropriété : par exemple, la répartition des charges se fait sur deux clés, une clé principale pour les charges ordinaires, et une clé séparée pour tout ce qui touche à l'ascenseur (et sur laquelle les copropriétaires des étages supérieurs paient évidemment plus : moi qui suis au rez-de-chaussée je n'en supporte qu'une proportion symbolique) ; en revanche, le même système de clé séparée n'est pas appliqué pour ce qui est du parking : les appartements, caves et places de parking sont tous comptés comme des tantièmes généraux, et l'entretien du parking ou toutes les dépences qui y touchent sont prises sur la clé générale. Ainsi, quelques personnes qui ne sont propriétaires que d'une place de parking ne paient quasiment rien, même de ce qui touche au parking (puisque le nombre de tantièmes d'une place de parking et minuscule face au nombre de tantième d'un appartement). Pourtant, comme la décision de changer la répartition des charges doit se faire (cf. ci-dessus) à l'unanimité des copropriétaires, on peut être certain que cela ne changera jamais : ceux qui ont une place de parking ont un droit de véto sur une telle mesure.

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(jeudi)

Retour de la montagne

La famille de ma mère a un appartement (il doit être en indivision entre mes deux tantes, ma mère, et mon cousin aîné, je suppose) à Métabief (Doubs), dans le Jura, et c'est là que j'ai pris mes vacances la semaine dernière, hors congés scolaires parce qu'il y a beaucoup plus de difficulté à réserver cet appartement pendant les vacances officielles. Mon poussinet me pressait pour y aller et, pour ma part, ça faisait presque vingt ans que je n'y avais pas été (et d'ailleurs, même si l'appartement lui-même m'était tout de même familier, je n'ai rien reconnu du village. Nous n'avons bien sûr pas eu de neige, bien que mon poussinet l'espérât jusqu'au dernier moment (au point de nous faire transporter de très encombrantes tenues de sports d'hiver qui ne nous ont servi à rien) : pas de ski cette année, donc (en fait, si nous en avions eu, j'aurais plutôt voulu essayer d'apprendre le snowboard). En vérité, il faisait même dans la journée un temps tel qu'on se serait cru en avril (si ce n'est que la température tombait pas mal pendant la nuit), et nous nous sommes promenés tranquillement, ce qui a certainement fait du bien à mon père qui ne marche plus beaucoup : notamment le long des falaises du point culminant local, jusqu'au lac de Saint-Point où nous avons mangé dans un restaurant où il était de tradition de manger chaque fois que j'allais avec mes parents à Métabief (et où, cette fois, nous avons eu la chance de pouvoir manger parce que nous sommes arrivés à 13h30 pile et qu'on nous avait prévenus que c'était le dernier délai possible), et autour du coin. [Ces différents liens pointent vers des fichiers KML, à ouvrir avec Google Earth ou dans Google Maps : pour ce dernier, il suffit de copier l'adresse du lien, celle en http://www.madore.org/…kml, dans la barre de recherche de Google Maps, c'est assez impressionnant à quel point ça marche bien : je regrette juste de ne pas avoir réussi à lui interdire d'afficher tous les points de parcours par défaut : il faut décocher points si on veut voir quelque chose, au moins dans Google Maps.] Ceci étant, le fait d'enregistrer le parcours de ces promenades a aussi un coût : mon GPS est tombé et l'écran s'est cassé (apparemment à 2011-02-07T13:37+0100 et ici) ; pourtant j'avais mis la dragonne, mais apparemment pas assez serrée, et il n'a pas chu de haut.

À part ça, en bon citadin aigri, je m'étonne (et me lamente) toujours de constater à quel point il est difficile de vivre sans voiture quand on est en-dehors d'une grosse ville : quasiment aucun transports en commun (et encore, nous étions chanceux, il y avait bien quelques cars TER par jour pour aller d'un endroit à un autre, par exempel de Frasne à Métabief, que nous étions apparemment les seuls à utiliser), supermarchés et autres commerces rares et mal placés, ou chers (nous avions le choix entre une supérette minuscule et très chère, mais juste à côté de l'appartement, ou un supermarché raisonnable mais situé à trois bons quarts d'heure de marche), ce qui fait toujours un choc quand on vit normalement à cinq minutes d'un gros supermarché très bien fourni.

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(mercredi)

Avis d'absence

Je pars une semaine avec mon poussinet et mon papa.

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(samedi)

Que demanderiez-vous au génie des langues ?

En fouillant dans votre genier, vous trouvez une vieille lampe à huile poussiéreuse. Lorsque vous la frottez pour la nettoyer, un génie en sort. Ce n'est pas un génie très puissant : le seul vœu qu'il peut exaucer est celui de parler parfaitement une langue étrangère. Par ailleurs, le génie ne sait pas très bien combien de fois il pourra le réaliser, mais ce sera quelque part entre 1 et 15.

Autrement dit, vous devez lister 15 langues qui existent ou ont existé (y compris des langues inventées, des dialectes, états historiques, voire des accents précis si vous voulez griller une cartouche avec ça), et le génie vous rendra capable de parler (et comprendre, mais aussi lire et écrire) les n premières d'entre elles, sans que vous sachiez à l'avance combien (l'intérêt de cette hypothèse est d'obliger à faire un ordre de préférence ; si cela a une importance pour votre réponse, vous pouvez considérer que n est uniformément réparti entre 1 et 15 inclus). Vous maîtriserez ces langues aussi parfaitement que si vous les aviez apprises dès la naissance.

Évidemment, vous pouvez demander une langue que vous connaissez déjà partiellement, mais en ce faisant vous gâchez peut-être un peu le vœu en question (une meilleure stratégie est peut-être de citer une langue proche mais différente, en se disant que parler parfaitement cette langue proche vous aidera à la fois pour améliorer la langue que vous connaissez parfaitement et pour en avoir une de plus dans la liste) ; de même, il est peut-être du gâchis d'utiliser un vœu pour maîtriser une langue facile à apprendre à partir de celles déjà connues de vous (et de celles plus haut dans la liste).

Personnellement, je considère que je parle français et anglais, et je pense que mon choix serait quelque chose comme :

  1. L'arabe classique. Parce que j'ai essayé d'en apprendre un peu, mais que j'ai abandonné et que je le regrette. L'arabe classique parce que la grammaire semble en être la plus intéressante (lire : compliquée), parce que ça permet d'écouter ʾalǦaziyraẗ ou de lire les Mille et Une Nuits en VO, et j'imagine que si on le connaît il est ensuite plus facile d'apprendre tel ou tel arabe vernaculaire que dans le sens contraire. Bref, s'il y avait une langue que je devrais apprendre d'un coup de baguette magique (et d'autant plus que je ne trouve pas le temps ou pas la motivation suffisante pour l'apprendre par des moyens moins magiques), ce serait celle-là.
  2. Le chinois mandarin. Je n'éprouve pas la fascination pour la culture chinoise qui semble être devenue courante, mais une langue parlée par plus d'un milliard de personnes est indubitablement une langue très importante, et quand elle a en plus une littérature immense et un système d'écriture aussi vaste, elle ne pouvait pas ne pas figurer en bonne place.
  3. Le russe. Une langue que j'ai un peu apprise au lycée et que j'ai ensuite soigneusement oubliée : que je connais suffisamment bien pour savoir à quel point cela demanderait un effort démesuré de ma part pour atteindre le niveau nécessaire pour lire ce que j'aimerais pouvoir lire dans cette langue (ah, Pouchkine… ah, Lermontov…). Bon, eh puis quelqu'un qui saurait parler l'anglais, le français, le chinois, le russe et l'arabe (fût-il classique) est quand même bien équipé pour parler avec une bonne partie de la planète : j'écarte l'espagnol parce que ce serait griller un vœu magique avec une langue décidément trop facile, et je passe à des choses qui me sembleraient plus rigolotes.
  4. Le suédois. Que je mets plus haut que l'allemand, par exemple, parce que je parle déjà un peu l'allemand. Tant qu'à apprendre une langue nordique, autant que ce soit la plus parlée. Au fait, je vous ai déjà dit que j'adorais ce webcomic ?
  5. Le grec classique (dialecte attique). La langue (aussi apprise autrefois et soigneusement oubliée depuis) avec laquelle j'aimerais pouvoir frimer entre toutes. En plus, le génie me donnerait exactement la bonne prononciation utilisée à Athènes en 405 avant l'ère commune.
  6. Le japonais. Je ne sais pas bien où le placer sur la liste, mais il devrait certainement y être, avec les autres langues que j'ai fait une tentative pitoyable pour apprendre et que j'ai abandonnées parce que je n'ai aucune volonté.
  7. Le sanskrit classique. Pour l'intérêt philologique (encore qu'à ce compte-là la forme védique est certainement préférable à la forme classique), mais aussi parce que parler couramment sanskrit, c'est quand même ultimement barbot. Alors tant qu'à choisir une langue indienne, autant que ce soit celle-là.
  8. Le gaélique irlandais. Je n'en connais rigoureusement rien, mais les langues celtiques ont l'air d'avoir de très jolies sonorités, et tant qu'à en connaître une, autant que ce soit celle qui est une langue officielle de l'Union européenne.
  9. L'italien. C'est délicat de décider où mettre une langue que j'arrive à peu près à lire et à comprendre quand elle est parlée lentement alors que je ne l'ai jamais apprise. C'est encore plus délicat de décider si je mettrais l'italien ou l'espagnol (les deux, je trouverais ça vraiment bête) : l'espagnol est indiscutablement plus utile, mais je trouve quand même l'italien plus joli. Bon, les génies dans les bouteilles, ils sont là pour faire plaisir, pas pour être utiles, donc disons l'italien.
  10. L'allemand. Une langue que je fais semblant de ne pas devoir mettre beaucoup plus haut sur la liste sous prétexte que je la connais déjà un peu, mais après mon voyage à Berlin l'été dernier je devrais être plus modeste à ce sujet.
  11. L'anglo-saxon. D'intérêt essentiellement philologique (même si, là aussi, c'est certainement assez barbot de parler couramment l'anglo-saxon) : il n'y a pas grand-chose que je voudrais lire dans cette langue (la seule chose que tout le monde connaît, c'est Beowulf, et, franchement, c'est plutôt chiant, même s'il faut avouer que ça sonne bien). Mais je ne vais pas mettre l'anglais dans la liste, alors s'il y a quelque chose qui m'aide à mieux le parler et qui soit quand même intéressant en soi, j'imagine que c'est l'ancien anglais.
  12. Le latin classique (tel que parlé dans la haute société romaine en l'an 27 avant l'ère commune). Que je mets si bas parce que c'est désespérément banal, de parler latin. À ce stade-là, je me dis que si je suis arrivé aussi loin dans la liste, j'ai eu bien de la chance avec mon génie, et je peux arrêter les langues qui servent essentiellement à frimer (certes, je pouvais citer l'ancien égyptien, mais ce que j'en ai appris m'a surtout semblé ennuyeux, en fait). Donc je finis en mettant trois langues choisies simplement pour le fait d'être aussi différentes que possibles entre elles et de toutes les précédentes (afin de m'ouvrir l'esprit au sens sapirwhorfien), en étant parlées par un nombre raisonnable de gens dans le monde (et aussi, en France) :
  13. Le turc.
  14. Le tamoul.
  15. Le wolof.

Maintenant, je n'ai plus qu'à trouver le génie. En attendant, j'attends les réponses de mes lecteurs (en commentaire ou sur votre propre blog si vous en avez un).

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(vendredi)

Le 21 janvier dans la vie de Ruxor

Le 21 janvier, je ne porte pas le deuil de Louis XVI, ni celui de Lénine. Mais qu'est-ce que je fais ?

Aujourd'hui, vendredi 21 janvier 2011, j'ai assisté à des exposés pour les journées du GdR IM (je ne sais pas exactement ce que c'est qu'un GdR, ni à quoi il sert autrement qu'à me spammer, mais au moins les exposés étaient-ils intéressants), à Jussieu.

Il y a un an, jeudi 21 janvier 2010, j'ai fait le point sur mes connaissances en calculabilité supérieure. Le soir, mon poussinet et moi avons regardé le film Le sens de la vie pour 9.99$ sur DVD.

Il y a deux ans, mercredi 21 janvier 2009, j'ai fait passer des oraux de rattrapage d'un de mes cours à l'ENST. Le soir, mes amis du nanar-club et (mon poussinet et) moi avons pris l'apéro et avons regardé le film When Dinosaurs Ruled the Earth.

Il y a trois ans, lundi 21 janvier 2008, mon poussinet et moi avons cherché, lors d'une promenade vespérale, à traverser la Seine par le pont du boulevard Poniatowski de façon à nous rendre à Bercy-Village, et avons découvert que c'était quasiment impossible (j'ignore si la situation a changé depuis ; je pense que non, même si c'est prévu à terme).

Il y a quatre ans, dimanche 21 janvier 2007, j'ai regardé la télé (l'émission Arrêt sur images, puis la semaine des Guignols et le Zapping de Canal+) ; ensuite, j'ai travaillé sur des articles que j'essayais de déchiffrer, et le soir, mon poussinet et moi avons dîné au restaurant Dino Pasta e Fagioli di Lucca, rue Claude Bernard (que je recommande au passage à tous ceux qui aiment la bonne cuisine italienne) et nous avons regardé le film Sommersturm (que je recommande au passage à tous les garçons qui aiment les garçons) sur DVD.

Il y a cinq ans, samedi 21 janvier 2006, j'ai fait une razzia à la librairie Gibert Joseph (j'y ai acheté : Ada, or Ardor de Nabokov, The Handmaid's Tale de Margaret Atwood, The Line of Beauty de Hollinghurst, Breakfast of Champions de Kurt Vonnegut, Jr., Sur l'antisémitisme de Hannah Arendt, Introduction à la théorie des groupes de Lie de Roger Godement, et Les caves du Vatican d'André Gide). Puis j'ai voulu aller voir Brokeback Mountain au cinéma (le Mk2 Odéon), mais la queue m'en a découragé. À la place, j'ai passé un certain temps à lire et comprendre la démonstration du fait que le A-module A n'est pas projectif dès que A est un anneau (commutatif) noethérien non artinien. Le soir, j'ai dîné dans un restaurant de crêpes et de fondues avec une douzaine de normaliens.

Il y a six ans, vendredi 21 janvier 2005, j'ai organisé un écrit blanc d'agreg à l'ENS : je me suis levé à 6h45 du matin pour déposer le sujet et je suis passé chercher les copies dans la soirée (les préparationnaires choisissaient quand ils voulaient faire le sujet, normalement pendant 6 heures d'affilée). Le soir, j'ai écouter un ami raconter toutes sortes de choses sur les Lisp-machines.

Il y a sept ans, mercredi 21 janvier 2004, j'ai appris des choses sur les variétés toriques dans le livre de Fulton à ce sujet. Le soir, je suis allé chez mes parents, qui avaient des problèmes avec leur ligne ADSL (et parce que le lendemain, un de mes bons amis allait soutenir sa thèse à Polytechnique) : je n'ai pas eu de succès auprès du service technique Wanadoo.

Il y a huit ans, mardi 21 janvier 2003, je n'ai pas fait grand-chose. Le soir, j'ai regardé sur Arte un documentaire sur le système carcéral américain.

Il y a neuf ans, lundi 21 janvier 2002, j'ai aussi dîné avec une douzaine d'amis normaliens, et nous avons discuté (de vive voix, puis aussi informatiquement, via IRC) de toutes sortes de choses entre l'introduction de la monnaie en euros et une amie qui avait des problèmes affectifs compliqués™.

Il y a dix ans, dimanche 21 janvier 2001, j'ai aussi regardé à la télé la semaine des Guignols. Puis le soir j'ai envoyé un mail à un un co-thésard (et co-bureau à Orsay), un grand et beau blond dont j'étais désespérément amoureux, pour lui déclarer très stupidement ma flamme, ce qui devait me valoir le plus cuisant et douloureux râteau de ma vie.

Je n'ai malheureusement pas de note précise de ce que j'ai fait les 24 occurrences précédent du 21 janvier de ma vie, parce que ma manie obsessionnelle compulsive de tenir un journal de ce qui m'arrive n'a commencé qu'avec le 3e millénaire. Je suppose que je pourrais reconstituer des choses sur les quatre précédents 21 janvier à partir de mes archives de mail, mais pour aller encore plus vieux ce serait difficile. All those moments have been lost in time… like tears in rain…

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(mercredi)

Gro-Tsen et ses petites contrariétés

  • Notre chauffe-eau est réparé. Mais le plombier m'a escroqué dans les grandes largeurs (j'étais prêt à me laisser escroquer dans les petites largeurs, mais quand mon poussinet m'a lu le montant du devis par téléphone, j'ai mal entendu et j'ai donné mon accord parce que j'avais compris quelque chose de seulement moyennement exorbitant alors que c'était vraiment exorbitant) ; c'est d'autant plus idiot que mon poussinet aurait certainement su faire la manip lui-même. Nous allons tâcher de faire des économies ces prochains mois pour compenser un peu ça.
  • …C'était bien la résistance qui s'était percée. C'est d'autant plus mystérieux que le chauffe-eau n'était pas vieux et encore peu entartré.
  • Un de mes disques durs est mort, probablement à cause de la coupure d'électricité elle-même consécutive à la mort du chauffe-eau. Grâce à la magie du RAID, je n'ai perdu aucune donnée, mais je me suis fait bien peur parce que j'avais cru que plusieurs disques mouraient en même temps (ce qui aurait été beaucoup plus embêtant, puisque le RAID5 ne me protège que contre un seul défaut ; on a tendance à imaginer que plusieurs disques mourant en même temps est extrêmement improbable, mais ce ne l'est pas tant que ça : ce ne sont pas des événements indépendants, et la même cause — comme un chauffe-eau qui rend l'âme et qui provoque une coupure de courant — peut provoquer plusieurs défauts).
  • Ma santé est maintenant dans un état stable : je fais de la sinusite la nuit, je me réveille avec l'impression d'être très enrhumé et j'ai mal à la tête, et au cours de la journée ça se dissipe et le soir je me sens bien (néanmoins, je suis très fatigué, et j'ai une toux grasse légère mais continue). Je suis allé voir un ORL, qui m'a à peine examiné ; il m'a prescrit un traitement à base d'aérosol (esssentiellement un corticoïde), même s'il a reconnu que mes analyses sanguines ne favorisaient pas la piste allergique. (En plus, je ne suis pas du genre allergique, et dormir dans un autre lit n'a rien changé.) Si cela ne s'améliore pas d'ici une semaine, je dois faire une radio un scanner des sinus.
  • …[Ajouté ()] Mais j'ai quand même tendance à croire que j'ai toujours une infection bactérienne. J'ai oublié de signaler au médecin que j'avais toujours des ganglions un peu enflés, comme j'ai oublié de lui signaler que ma toux était grasse (je n'arrête pas d'oublier de dire des choses quand je vais voir un médecin, à chaque fois je m'en veux en sortant). Et ce soir j'ai mal à la gorge, même si je n'ai plus mal aux sinus. Bref, j'ai l'impression de tourner en rond. Je ne comprends pas pourquoi on ne peut pas me faire tousser dans une boîte et essayer de cultiver un peu les bactéries qui en ressortiraient.
  • …Par contre, le traitement par aérosol a quelque chose de rigolo (il m'a fallu louer un appareil en pharmacie, ça fait une sorte de brouillard de petites goutelettes de produit, c'est étrange mais pas déplaisant à respirer) ; mais qu'est-ce que c'est long à préparer !, il y a quantité de pièces à mettre les unes dans les autres dans le nébuliseur (et à laver à chaque fois), deux tuyaux à brancher sur l'appareil, trois substances à mélanger… et ça encombre beaucoup, aussi. Malheureux les gens qui doivent faire ça chaque jour de leur vie !
  • Je suis allé un peu aux Sage Days à Orsay : c'était sympa, mais j'en ressors un peu déçu parce que le programme était chamboulé et que je n'ai pas pu entendre ce pour quoi j'étais surtout venu. Je crois aussi que le niveau de familiarité avec Sage supposé des participants était assez mal défini. J'ai néanmoins appris quelques choses. (Par ailleurs, il y avait un orateur qui parlait avec un accent québecois tellement joli que j'aurais pu venir rien que pour l'écouter.)

Bref, pas de grosse contrariété, mais pas mal de petites, et au final cela fait quand même beaucoup de temps perdu (et pas mal d'argent aussi). J'ai l'impression de courir dans tous les sens et de ne plus savoir où donner de la tête.

J'ai quand même trouvé le temps de finir de lire un des deux livres que je lisais en ce moment, celui de Wells sur les accents de l'anglais (enfin, je n'ai fini que le volume 1, mais je l'ai vraiment lu de bout en bout : je ne vais probablement pas en faire autant des volumes 2 et 3). Si et quand je serai moins débordé, j'essaierai d'en tirer quelques choses à raconter sur ce blog (mais moins techniques que la dernière fois où visiblement personne n'avait été intéressé ; je raconterai plutôt ce qui distingue substantiellement les accents britanniques et américains, ou comment classifier les voyelles en anglais).

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(dimanche)

L'étincelle qui fait déborder le chauffe-eau

J'avais déjà raconté qu'un de mes sujets de cauchemar récurrents c'est celui où j'essaie d'allumer une lampe, et celle-ci fonctionne mal ou ne fonctionne pas du tout, et je veux de la lumière et je panique. Je me suis réveillé la nuit dernière, après avoir regardé Shutter Island hier soir (qui n'est pas spécialement un film rassurant pour les angoisses de ce genre), je me sentais bien malade, fébrile et désorienté, j'ai voulu prendre un verre d'eau dans la salle de bain et mesurer ma température : pas moyen d'allumer la lumière de la salle de bain. J'essaie l'autre lumière : pas mieux. En fait, j'étais dans l'obscurité totale : coupure de courant. J'arrive à attraper la lampe torche qui est posée sur ma table de nuit pour voir ce qui se passe, mais la lampe torche elle-même (qui est un truc chinois acheté à vil prix sur dealextreme.com) s'est mise à vaciller. À ce moment-là, j'ai un peu paniqué et craqué nerveusement. (Pendant ce temps, mon poussinet dormait du sommeil du juste et du non-tracassé.)

En fait, c'est notre disjoncteur qui avait disjoncté. J'ai essayé de le réenclencher, mais il saute immédiatement. Je pense que c'est le différentiel (ce n'est pas très clair sur notre tableau électrique, mais le disjoncteur combine le général et le différentiel de 500mA en un seul interrupteur). Si je coupe le circuit du chauffe-eau, je peux remettre le courant. (J'ai ensuite passé une heure à vérifier que l'ordinateur n'avait pas souffert de l'opération.)

J'imagine que c'est la résistance du chauffe-eau qui est percée et qui fait une fuite de courant vers la cuve. On savait déjà qu'elle était entartrée, au bruit qu'elle fait en chauffant ; néanmoins, comme ce chauffe-eau n'a même pas cinq ans, je me sens un peu floué qu'il faille déjà en changer la résistance (voire, toute la bête).

Je vais aller habiter un petit moment chez mes parents à Orsay. (Comme je comptais assister à cette conférence, ce n'est pas forcément mal.) Reste que si ça avait pu tomber à un moment où je n'étais pas malade, ça m'aurait arrangé. À ce sujet, j'ai rendez-vous chez un ORL lundi (et j'ai aussi des résultats d'analyses sanguines, qui sont normales).

Je me sens très las.

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(jeudi)

Re-re-chute ?

(Résumé des épisodes précédents ici.)

Ayant fini lundi (et scrupuleusement suivi tout du long !) le traitement de huit jours à la ciprofloxacine que le médecin m'avait prescrit, je pensais en avoir fini avec cette infection persistante. Le week-end dernier j'allais bien (et les quelques jours précédents étaient plutôt bons aussi), et jusqu'à hier encore je me considérais comme guéri. Mais ce matin, je me suis réveillé avec le picotement dans l'arrière-gorge qui caractérise chez moi les débuts de rhume, et dans lequel, ici, je vois le signe d'une rechute possible ; et il ne semble pas disposé à disparaître : j'ai cet après-midi le nez bien chargé, je respire difficilement et je suis très fatigué. Je garde un peu d'espoir que ce soit une fausse alerte, mais je ne compte pas trop dessus.

Je ne comprends vraiment pas ce qui m'arrive. Visiblement mes bactéries répondent aux antibiotiques, puisque j'ai été au moins provisoirement guéri par la clarithromycine début décembre (mais j'ai fait une rechute au bout de trois-quatre semaines), et tout récemment par de la ciprofloxacine (mais rechute, si c'en est une, au bout de 48 heures). Sont-ce des bactéries différentes ?, mais si oui, pourquoi suis-je aussi souvent infecté ? Ou bien est-ce la même qui persiste ?, mais alors quel peut être le réservoir ? Devrais-je retourner voir mon médecin tout de suite, ou attendre que la rechute se confirme ? Je ne sais ni quoi faire ni quoi penser. Je suis complètement désemparé.

Et surtout, j'ai le moral qui vient de tomber dans les talons (référence xkcd obligatoire à ce sujet) : je pensais, ça y est, je vais de nouveau bien, je vais pouvoir mettre derrière moi cet épisode à la con, rattraper le temps perdu (que ce soit au boulot ou dans plein de choses, jusqu'à la muscu que j'étais trop fatigué pour faire), et vlan… Je suis fatigué et déprimé.

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(mardi)

Deux livres

J'ai tout récemment commencé la lecture de deux livres que je crois déjà pouvoir recommander (il s'agit de nonfiction — comment diable est-on censé traduire ça en français ? — et du genre qu'on n'a pas spécialement de raison de lire dans l'ordre, donc je ne les « finirai » peut-être pas vraiment, ou pas clairement, ce qui m'incite d'autant plus à ne pas attendre ce moment hypothétique pour donner mon avis).

Le premier (que j'ai trouvé en flânant chez W. H. Smith dimanche soir) s'appelle The Evolution of God (ISBN 978-0-349-12246-5[#]), de Robert Wright. Il s'agit d'un essai sur l'évolution[#2] des trois grandes religions monothéistes, du concept de Dieu dans celles-ci, et de leurs croyances de façon plus générale. Il ne s'agit pas à proprement parler d'un livre d'histoire, mais plutôt d'un livre à thèse, à mi-chemin entre l'histoire (de la pensée) et la philosophie (de la religion), écrit par un auteur qui est probablement athée, ou agnostique entre l'athéisme et le déisme sans confession ; les idées qu'il expose paraîtront probablement choquantes à un Juif, Chrétien ou Musulman très traditionnel, mais ne sont pas une attaque aussi frontale que celles de Dawkins dans The God Delusion : pourtant, je pense qu'elles sont bien plus « dangereuses » pour ces religions, parce qu'elles explorent la façon dont celles-ci sont nées et dont leurs préceptes n'ont pas toujours été les mêmes.

Wright consacre un chapitre aux religions naissantes, un au monothéisme juif, un à l'invention du christianisme, un à l'islam, et un qui semble plus général et plus philosophique sur l'avenir des religions. Je n'ai pour l'instant lu que le passage sur le christianisme (j'ai commencé par là) et le début de celui sur le judaïsme, mais ce que j'ai lu m'a beaucoup intéressé, et j'ai trouvé le point de vue de l'auteur assez séduisant.

Concernant le christianisme, Wright cherche à reconstituer quelles ont pu être les croyances du Jésus historique (sur le compte duquel il expose quelque chose de pas incohérent avec ce que je proposais ici et , d'ailleurs, même s'il ne s'intéresse pas tant au personnage qu'à ses idées) et comment elles ont ensuite été revues par les évangélistes et par Paul de Tarse (aka Saint Paul). Il est assez convainquant, par exemple, lorsqu'il explique que Jésus, dans le courant millénariste/messianique juif, ne promettait certainement pas un paradis céleste et après la mort mais la venue du Royaume de Dieu de son vivant (ou en tout cas du vivant de ses disciples : cf. Marc 9:1) et sur Terre ; et que cette promesse a été revue et corrigée (en faveur d'un paradis plus céleste, après la mort, et d'un Royaume de Dieu plus symbolique) après évidemment le décès du prédicateur et après que le Royaume de Dieu tardait décidément à se réaliser. Il est aussi convainquant quand il défend l'idée que Jésus ne prêchait certainement pas l'amour universel et l'égalité entre les hommes, mais mettait clairement les Juifs en premier dans le Royaume de Dieu, les Gentils n'ayant leur place que comme serviteurs qui ramassent les miettes (cf. Marc 7:25–29), et que l'idée n'est venue aux Chrétiens que quand ils (notamment Paul de Tarse) ont voulu cimenter cette religion et l'exporter aux non-Juifs. Je ne rends cependant pas justice à Wright en résumant ces thèses de façon aussi succincte. Je souligne que l'évolution qu'il trace est celle des idées des premiers Chrétiens : il ne s'aventure pas dans, par exemple, dans la théologie au Moyen-Âge, et évoque à peine le Concile de Nicée — ce n'est pas le sujet qui le préoccupe.

Concernant le judaïsme, son intérêt est d'étudier la façon dont le royaume d'Israël est passé du polythéisme à la monolâtrie puis au monothéisme, en inventant un dieu unique qui réalise la synthèse entre des divinités telles que El et Baʿal (l'un ayant défini le dieu de la bible tel qu'il est quand il est nommé sous ce même nom, l'autre ayant influencé sa version sous le nom de Yhwh). Là aussi, je trouve qu'il défend bien ses idées, par exemple quand il signale le parallèle entre l'assemblée des dieux évoquée au Psaume 82 (81 en grec) et le conseil des dieux que préside le dieu El. J'attends de finir ce chapitre et de lire celui sur l'islam pour me prononcer plus complètement.

[#] Une question qui me tracasse depuis un moment : quel lien « canonique » utiliser quand je parle d'un livre ? Je n'aime pas trop en fournir un vers Amazon ou un autre vendeur de ce genre, parce que je n'ai pas de raison de leur faire de la pub ; il n'y a pas toujours de site Web officiel du livre, et même s'il y en a un j'ai peur que ce genre de site soit moins pérenne que mon blog ou que l'ISBN ; je fournis généralement un lien vers le gadget-à-ISBN de Wikipédia, mais je ne trouve pas celu-ci très pratique. Que faire, alors ? Je me pose aussi un peu la même question pour les films, d'ailleurs : jusqu'à présent j'ai adopté la politique de faire toujours des liens vers leur entrée dans IMDB, mais je commence à me dire que ce n'est pas forcément le plus neutre.

[#2] J'imagine que le mot est choisi à dessein comme clin d'œil aux cinglés qui rejettent les théories fondamentales de la biologie pour des raisons religieuses.

L'autre livre (que j'ai reçu ce matin) n'a aucun rapport : il s'agit d'un traité en trois volumes sur la prononciation de l'anglais et de ses accents, Accents of English de J. C. Wells (ISBN 978-0-521-29719-6 pour le volume 1, 978-0-521-28540-7 pour le volume 2, et 978-0-521-28541-4 pour le volume 3). Ceux qui pensent que le sujet est aride se trompent !

Je connaissais déjà J. C. Wells parce qu'il est aussi l'auteur de l'excellent Longman Pronunciation Dictionary (ISBN 978-1-4058-8118-0 pour la 3e édition), que je recommande également très vivement (c'est le seul dictionnaire que je connaisse à donner fiablement la prononciation britannique et américaine, en l'occurrence en alphabet phonétique, ainsi que de nombreuses variantes, et des statistiques de préférences dans les cas où il y a des doutes). Néanmoins, ce Pronunciation Dictionary reste limité à la Received Pronunciation anglaise et à la prononciation américaine synthétique connue sous le nom de General American. Son livre Accents of English ne se limite pas à ça : il décrit soigneusement les différents accents britanniques (dans le volume 2), mais aussi (dans le volume 3), les différents accents américains, canadiens, australien, néo-zélandais, sud-africain, indiens[#3] et plus.

Il serait facile de rendre la chose complètement illisible : devant la masse de voyelles de l'anglais, et la masse d'accents qui existent, on a vite fait de se perdre. Ce qui est remarquable avec le livre de Wells, tel qu'il m'apparaît après un examen encore peu approfondi, c'est qu'il arrive à faire la synthèse d'une masse de faits disparates de façon qu'on s'y retrouve. Chose que je n'ai probablement pas réussi à faire dans une entrée récente de ce blog, qui ne parlait pourtant que d'un tout petit groupe de voyelles !

Le volume 1 est introductif et peut se suffire à lui-même : il présente la problématique générale, évoque la définition de ce qu'est un accent et la manière dont ils diffèrent, puis il décrit les accents standards Received Pronunciation et General American et la façon dont ils diffèrent, la phonémique (notamment des voyelles) et l'évolution historique. Je pense que ce livre est très précieux pour quiconque s'intéresse à la phonétique et veut apprendre à « parler l'anglais correctement » (quoi que correctement veuille dire). Les volumes 2 et 3 décrivent ensuite en détail les accents anglais de différentes parties du monde, comme je l'ai expliqué, avec toujours beaucoup de soin (par exemple j'y trouve une explication très claire et soigneuse du fameux Canadian rising qui fait que les Américains croient souvent, complètement à tort, que les Canadiens prononcent about comme ils disent a boot).

[#3] Je mets des pluriels un peu au hasard, puisqu'il n'est pas clair ce que signifie le fait d'avoir un ou plusieurs accents dans un pays. Mais dans sa section consacrée au Canada, Wells consacre une sous-section particulière à Terre-Neuve, alors que pour ce qui est de l'Australie, s'il mentionne évidemment des différences, il ne distingue pas une région particulière.

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(dimanche)

De quel côté dormir ?

Je ne peux dormir que sur le côté. Si je m'endors sur le dos, soit je commence à ronfler (et je dors alors mal et me lève avec une gêne désagréable dans la gorge), soit je me réveille avec la sensation d'étouffer. Je trouve agréable de me mettre sur le ventre au moment où je me couche, mais si je m'endors de la sorte, je me réveille aussi parce que je m'étouffe, ou bien parce que j'ai coupé la circulation dans un bras ou dans une main. Bref, il n'y a que sur le côté que ça marche. Et encore : toutes les quelques minutes j'éprouve le besoin impérieux de changer de côté (je ne saurais pas dire ce qui le cause au juste, mais heureusement il se synchronise généralement bien avec le fait qu'une de mes narines soit bouchée — c'est alors elle qui se retrouve en haut).

Je me demande bien comment je ferai si un jour une blessure ou un autre obstacle quelconque m'empêche de dormir de la seule façon qui marche.

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(lundi)

Ciprofloxacine

Pour soigner mon infection persistante, mon médecin m'a prescrit de la ciprofloxacine. La liste des contre-indications est assez terrifiante. Certes, c'est le cas pour à peu près n'importe quel médicament qui n'est pas un pur placébo, mais là c'est vraiment le niveau au-dessus : Dans de rares cas, des réactions et des chocs d'origine allergique pouvant mettre en jeu la vie sont observés, et cela dès la première prise ; le traitement par ciprofloxacine doit alors être arrêté immédiatement et un traitement adapté doit être mis en route ; Manifestations cutanées : […] exceptionnellement : nodules rouges et douloureux situés sous la peau, éruption de papules rouges (lésions de la peau en relief, de taille variable), qui peuvent s'étendre et confluer, lésions sévères de la peau à l'aspect de cloques et de bulles sur le corps (syndrome de Lyell et de Stevens Johnson) ; Modifications du bilan sanguin : […] exceptionnellement : diminution de tous les éléments du sang (globules rouges, globules blancs, plaquettes), appauvrissement de la moelle osseuse en cellules sanguines pouvant menacer la vie ; Manifestations hépatiques : […] exceptionnellement : hépatite et destruction du foie pouvant mettre la vie en jeu. Eh bien ! L'essentiel des avertissements, cependant, concerne le tendon d'Achille. Pour ne pas paniquer les hypocondriaques comme moi, ce serait quand même bien d'avoir une idée de la fréquence de ces différents effets indésirables exceptionnels.

Heureusement, j'ai déjà pris de la ciprofloxacine par le passé, dans une aventure un peu étrange (où j'étais censé avoir une septicémie causée par une klebsielle alors que, dans les faits, je me sentais tout à fait guéri), et je n'ai pas eu d'effet secondaire indésirable.

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(dimanche)

La complainte du Ruxor malade

Vous en avez marre de m'entendre tout le temps parler de mon rhume infini qui dure depuis six semaines maintenant ? Moi aussi, j'en ai marre. Rassurez-vous, quand il sera fini, j'arrêterai d'en parler. En attendant, il faut bien que je me défoule quelque part, et ce blog sert aussi à ça.

(Résumé des épisodes précédents : j'ai eu un énorme rhume fin novembre, avec une toux bien grasse et bien verte et une sinusite terrible. Mon généraliste m'a donné de la clarithromycine (je suis éventuellement allergique à la pénicilline) et un traitement symptomatique, les choses se sont nettement améliorées, mais j'ai passé tout le mois de décembre à être crevé et à toussoter. La semaine dernière, rechute ou nouvelle infection, je ne sais pas, mais j'étais encore plus crevé et fébrile. Je suis retourné voir mon médecin, qui a estimé que cette fois c'était viral, et ne m'a donc donné que des placébos. Puis j'ai eu un petit passage angineux. Dernière évolution : les symptômes ont de nouveau changé, et je suis revenu exactement au point de départ, c'est-à-dire le rhume énorme avec une toux bien grasse et bien verte et une sinusite terrible. J'essaierai demain de voir mon médecin ou un autre, peut-être me donnera-t-il de nouveau des antibiotiques : je ne suis pas trop fan de leur abus, mais enfin, au bout de six semaines d'infection il faut peut-être faire quelque chose.)

Le jour ça va à peu près, surtout le soir où je finis par me sentir presque bien. Mais dès que je suis couché, c'est la catastrophe, et je n'arrive guère à dormir que quatre heures d'affilée avant que mes sinus (et/ou ma gorge déséchée) me hurlent que je dois me réveiller. À ce moment-là, je dois accomplir le Rituel, qui consiste à :

  • (commencer par boire plusieurs verres d'eau, parce que je suis complètement déshydraté, puis)
  • me moucher copieusement, en faisant très attention à ne pas me faire saigner (succès pas du tout garanti),
  • prendre 500mg de paracétamol, histoire de calmer un peu la douleur,
  • croquer un peu de vitamine C, mon placébo préféré,
  • prendre un sachet d'acétylcystéine pour aider à fluidifier mes sécrétions nasales et bronchiques,
  • parfois, me laver les sinus avec du sérum physiologique (l'ennui, c'est que j'ai l'impression que ça fait du bien à moyen terme mais qu'à court terme ça empire plutôt les choses),
  • une ou deux fois par jour (et si j'ai réussi à ne pas me faire saigner en me mouchant), faire une pulvérisation de corticoïde pour soulager l'inflammation, et
  • finir par une inhalation de Balsolène, pour calmer mes sinus dans l'immédiat.

Je ne suis pas vraiment convaincu que quoi que ce soit ait le moindre effet, en fait, mais à force d'être debout pour pratiquer ce Rituel, mes sinus se sont un peu dégagés et je peux soit me recoucher pour quelques heures soit vaquer à mes activités pour la journée, qui consistent à poster sur mon blog des conneries comme celle-ci parce que je n'ai pas la force de sortir et de faire autre chose.

En fait, ce dont je me plains, ce n'est pas tellement d'être enrhumé en soi (même dans ma vie bien douillette, j'ai connu pire condition), c'est que je ne peux absolument rien faire, je n'ai absolument pas la force de sortir pour faire plus que quelques courses, et le reste du temps je glandouille devant mon ordinateur et j'écris des longues entrées sans intérêt ici. Comme je ne peux pas dormir correctement, j'ai des horaires complètement bizarres, je n'arrive pas à manger correctement, et ça fait bien une semaine que je n'ai pas vu le soleil : ça ne doit pas trop aider à guérir, ça, et ça fait un joli cercle vicieux. Mais surtout, je suis complètement écœuré parce que j'avais prévu de faire des choses pendant ces vacances, et elles ont complètement passé sans que j'aie eu une seule journée utilisable.

Quelle façon de commencer la nouvelle année…

Mise à jour : on m'a prescrit de la ciprofloxacine, cf. l'entrée suivante.

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(samedi)

Cousins, cousines

[Photo des moi et mes cousins en 1976]

Légende : Moi dans les bras de mon cousin aîné ; à gauche, notre grand-mère (maintenant décédée) ; à droite, ma mère (en rouge) et une de mes tantes. Devant, mes trois cousines, une amie, et mon autre cousin.

Ce Noël, mon poussinet a pu faire connaissance de ma famille plus éloignée que mes parents, c'est-à-dire, de mes tantes et de quelques uns de mes cousins et petit-cousins.

Comme j'ai grandi sans frère ou sœur, mes cousins germains sont ceux que j'ai de plus proches dans ma génération. Du côté de mon père, qui a une sœur et un frère, j'ai un cousin (le fils de ma tante) et une cousine (la fille de mon oncle), qui habitent au Canada (et, s'agissant de ma cousine, pas à l'endroit le plus accessible, à 7835km de chez moi), tous deux plus âgés que moi, et que je n'ai pas vus depuis respectivement quinze et vingt-cinq ans environ. Du côté de ma mère, qui a un frère (décédé avant ma naissance) et deux sœurs, qui ont eu respectivement un fils, deux filles, et une fille et un fils, si bien que j'ai deux cousins et trois cousines, là aussi tous plus âgés que moi (mon cousin aîné a dix-huit ans de plus que moi). Ceci sans compter trois cousines par alliance (c'est-à-dire des demi-sœurs de mes cousins ou cousines). Nous, c'est-à-dire cinq des six petits-enfants de ma grand-mère (et de mon grand-père, mais celui-ci est mort avant la naissance d'aucun de nous) nous retrouvions à Noël et en d'autres occasions, et comme j'étais le plus jeune j'étais aussi le plus gâté. Maintenant, comme les gens suivent généralement la politique de passer un Noël sur deux dans leur famille et un Noël sur deux dans celle de leur conjoint, je vois certains de mes cousins plutôt un an sur deux (et d'autres carrément moins souvent).

Ensuite, mes cousins ont commencé à avoir des enfants, et là l'arbre généalogique (ou plutôt, la liste des prénoms) est devenu trop compliqué pour ma petite mémoire. Si je ne me trompe pas, j'ai deux petits-cousins du côté de mon père, qui ont sept et treize ans, et onze ou douze petits-cousins ou petites-cousines du côté de ma mère, qui ont entre cinq et vingt ans. J'écris petit-cousin pour le lien familial entre un individu et l'enfant de son cousin germain, mais je crois que le français n'est pas très systématique là-dessus : certains parlent de neveu à la mode de Bretagne, et d'autres de cousin issu de germain (i.e., fils ou fille du cousin germain), mais ce terme est parfois utilisé pour désigner des cousins ayant des arrière-grands-parents communs, donc c'est ambigu ; par ailleurs, je ne sais pas comment on devrait désigner les petits-enfants d'un cousin germain (la logique voudrait dire les arrière-petits-cousins, mais ça sonne bizarrement parce que ça laisse penser qu'il y aurait trois générations d'écart). L'anglais est beaucoup plus logique : deux cousins sont désignés comme first cousin, second cousin, third cousin, etc., selon le nombre de générations qu'il faut remonter (pour le plus proche des deux cousins) pour retrouver un ancêtre commun : s'il s'agit d'un ou d'un couple de grands-parents on parle de first cousins (des cousins germains, donc), pour des arrière-grands-parents de second cousin, etc. (et bien sûr, s'il s'agit d'un ou d'un couple de parents on parle de siblings) ; quant au nombre de générations d'écart, il est indiqué par once removed, twice removed, etc. Mes petits-cousins sont donc mes first cousins once removed, et le terme est symétrique en anglais, donc je suis aussi leur first cousins once removed (grand-cousin) ; des enfants qu'ils auraient seraient mes first cousins twice removed ; quant à mes différents petits-cousins, quand ils ne sont pas plus près, ils sont second cousins les uns par rapport aux autres (en français, des cousins issus de germains, ou issus de deux germains, le terme n'est pas clair), et moi-même je crois que j'ai, au Canada, un nombre assez important de second cousins dont j'ignore absolument tout.

L'arbre généalogique fournit une structure combinatoire sur laquelle beaucoup de lexicologie ou de protomathématiques ont pu être faites ; à commencer par définir des termes pour toutes sortes de liens familiaux. Deux individus partageant un seul parent s'appellent demi-frères ou demi-sœurs : lorsque le parent partagé est le père, on parle de demi-frères ou demi-sœurs consanguins (de l'idée traditionnellement sexiste que le sang vient du père), lorsque c'est la mère, utérins ; je ne sais pas si on doit parler de demi-cousins pour les enfants de demi-frères et demi-sœurs. S'agissant de cousins germains, on peut distinguer ceux qui sont croisés (enfants d'un frère et d'une sœur) et ceux qui sont parallèles (enfants de deux frères, auquel cas on peut les qualifier [parallèles] consanguins/patrilinéaires, ou de deux sœurs, auquel cas on peut les dire [parallèles] utérins/matrilinéaires). Pour ma part, parmi mes sept cousin(e)s germains, j'ai deux cousins croisés, un cousin parallèle (matrilinéaire) et quatre cousines parallèles (trois matrilinéaires et une patrilinéaire). Certains liens familiaux n'existent que de façon rare : par exemple, des cousins doubles, c'est-à-dire doublement parallèles (lorsque les deux pères sont frères et les deux mères sont sœurs), ou doublement croisés (lorsque le père de chacun est frère de la mère de l'autre). Plus tordu : si le père de X est aussi le grand-père paternel de Y et que la mère de Y est aussi la grand-mère maternelle de X (notez qu'il n'y a aucun inceste dans l'histoire, au sens où personne n'a eu d'enfant avec quelqu'un de visiblement apparenté, même s'il y a un très bizarre recouvrement entre générations), cela fait que X et Y peuvent être chacun le demi-oncle (ou la demi-tante) de l'autre : j'imagine que ce cas de figure a bien dû se produire au moins une fois dans l'histoire de l'humanité.

Cela ressemble à un petit jeu amusant, mais les anthropologues nous apprennent il y a des cultures qui prennent cela très au sérieux, pour ce qui est de définir les tabous sur l'inceste et autres règles sur le mariage : voyez ce site-ci, par exemple (que j'avais déjà signalé en parlant de sujets vaguement semblables). Un règle qui revient assez souvent, cependant, est que le mariage entre cousin et cousine est tabou s'il s'agit de cousins parallèles et encouragé s'il s'agit de cousins croisés (mais bon, il y aussi d'autres cultures où le mariage entre cousins parallèles est, au contraire, encouragé). C'est assez surprenant pour nous qui n'avons pas l'habitude de faire la différence ; mais même en latin, une langue pas trop éloignée de nous, on distingue l'oncle paternel (patruus) de l'oncle maternel (avunculus), la tante paternelle (amita) de la tante maternelle (matertera), et les différents sortes de cousins (les enfants du patruus, donc les cousins parallèles patrilinéaires, sont les patrueles ; les enfants de l'avunculus, donc les cousins croisés du côté de la mère, sont les consobrini ; les enfants de l'amita, donc les cousins croisés du côté de la mère, sont les amitini ; et les enfants de la matertera, donc les cousins parallèles matrilinéaires, sont les matrueles).

Puis-je définir mathématiquement une notion de degré de consanguinité ? Ce n'est pas évident si on veut que ça marche même si l'arbre généalogique contient des choses vraiment bizarres comme de l'inceste ou des chevauchements de générations (cf. mon exemple antérieur). Voici une tentative pour formaliser quelque chose qui marche absolument dans tous les cas :

On suppose que X et Y sont deux individus à comparer. Chacun est à l'origine d'un arbre binaire (de ses ancêtres) dont les arêtes sont étiquetées par ♂ (père) et ♀ (mère) : si s est une chaîne formée de ces deux symboles, et Z un individu, je note s(Z) l'ancêtre correspondant de Z, défini par le fait que ♂(Z) est le père de Z, ♀(Z) est sa mère, et pour l'ordre de lecture s1(s2(Z)) = s1s2(Z) (par exemple, ♂♀♀(Z) désigne l'arrière-grand-père qui est le père de la grand-mère maternelle). Je désignerai aussi par ℓ(s) la longueur de s, c'est-à-dire le nombre de générations désignées. La chaîne de longueur vide existe (et renvoie à l'individu lui-même).

Je définis alors la consanguinité absolue entre X et Y comme la moitié de la somme sur tous les couples de chaînes binaires (s,s′) telles que s(X)=s′(Y) de la quantité 2−(ℓ(s)+ℓ(s′)). Remarquer que cette quantité peut très bien être supérieure à 1. Je définis l'autoconsanguinité de Z comme étant la consanguinité absolue entre Z et lui-même : comme la somme ci-dessus comporte au moins les couples (s,s′) avec s=s′, elle vaut au moins 1 ; et si l'arbre généalogique de Z ne comporte pas de surprise (ce qui est forcément faux si on va assez loin, mais on aura souvent envie de faire semblant), alors l'autoconsanguinité vaut 1. Enfin, la consanguinité (normalisée) de X et Y sera le rapport de leur consanguinité absolue sur la moyenne géométrique de leurs deux autoconsanguinités ; et le degré de séparation consanguine entre X et Y sera l'opposé du log base 2 de cette consanguinité normalisée.

Lorsque des informations manquent sur l'arbre généalogique, on fera l'hypothèse qu'il est sans surprise (c'est-à-dire, libre : les seules relations entre les s(Z) sont celles qui sont connues). On pourra vérifier, pour aider à simplifier les calculs, que dès lors qu'on a trouvé un (s,s′) tel que s(X)=s′(Y), alors ½ fois la somme des 2−(ℓ(ts)+ℓ(ts′))=2−(ℓ(s)+ℓ(s′)+2ℓ(t)) pour tous les t (de longueur ≥0) possibles vaut justement 2−(ℓ(s)+ℓ(s′)) (i.e., le facteur ½ a disparu). Donc, dans les cas simples, pour calculer la consanguinité on peut se contenter de sommer les 2−(ℓ(s)+ℓ(s′)) sur les couples (s,s′) « minimaux » tels que s(X)=s′(Y).

Exemples :

  • Si X et Y sont frères/sœurs (germains, quoi) et qu'il n'y a pas d'autoconsanguinité, la consanguinité entre eux vaut ½ fois la somme des 4−ℓ(s) sur tous les s tels que ℓ(s)>0, car seuls existent les termes où s=s′ (c'est l'hypothèse d'absence d'autoconsanguinité) ; comme le nombre de s à valeur de ℓ(s) donnée est 2, on trouve ½ fois la somme des 2−ℓ pour tous les ℓ>0, autrement dit la consanguinité vaut ½, donc le degré de séparation est 1.
  • De même : entre un parent et son enfant, la consanguinité vaut ½ (le degré de séparation est 1). Entre un grand-parent et son petit-enfant, la consanguinité vaut ¼ (le degré de séparation vaut 2). Entre oncle et neveu, on a également ¼ donc un degré 2. Entre demi-frères, la consanguinité vaut toujours ¼ (dans la formule de calcul simplifié, on a un unique couple (s,s′) « minimal » tel que s(X)=s′(Y), avec 2−(ℓ(s)+ℓ(s′))=¼). Entre cousins germains, le degré est 3 : ce serait 4 pour des demi-cousins germains, 2 pour des doubles cousins germains, et 4−log2(3)≅2.42 pour des cousins germains-et-demi. Le grand-cousin et le petit-cousin (first cousins once removed) sont à un degré 4 l'un de l'autre. Des cousins issus de [deux] germains (second cousins) sont à un degré 5. ((Notons que la terminologie française est généralement de les dire aux sixième degré, la différence provient du fait que la terminologie française ignore le fait qu'ils ont deux arrière-grands-parents en commun, alors que mon calcul tient compte de ce fait : des demi-cousins issus de germains sont au degré 6 avec ma définition.))
  • Avec un peu d'inceste, les calculs se compliquent. L'enfant d'un frère et d'une sœur a une autoconsanguinité de 5/4 ; deux enfants différents de cette même union incestueuse ont une consanguinité absolue de 3/4, donc normalisée de 3/5, ce qui diminue leur degré de séparation à ∼0.74 ; si ces deux enfants ont eux-mêmes des enfants (avec des individus sans autre parenté), chacun d'entre eux aura une autoconsanguinité de 17/16, et deux tels cousins l'un par rapport à l'autre une consanguinité absolue de 5/32, donc normalisée de 5/34, et leur degré de séparation est donc de ∼2.77. L'enfant de deux cousins germains a une autoconsanguinité de 9/8, deux tels enfants ont l'un par rapport à l'autre une consanguinité de 5/8, donc normalisée de 5/9, ce qui crée entre eux un degré de séparation de ∼0.85.
  • Dans l'exemple que j'ai donné plus haut de deux personnes X et Y qui seraient chacun l'oncle de l'autre (mais sans inceste), la consanguinité entre eux vaut ½, c'est-à-dire qu'ils sont à degré 1 (comme le sont deux germains, ou un parent de son enfant, alors qu'ils ne sont rien de tout ça).
  • Ajouté () : Un voyageur dans le temps qui arrive à être son propre père a une autoconsanguinité de 3. S'il est seulement son propre grand-père, il a une autoconsanguinité de 5/3.

Je devrais étudier d'un peu plus près les propriétés mathématiques de ce bazar, mais je clos ma digression.

La photo ci-dessus a été prise il y a trente-quatre ans. C'est apparemment la durée d'une génération dans ma famille, puisque ma mère n'est pas loin d'avoir l'âge de ma grand-mère sur cette photo (et ma tante a un peu plus), et plusieurs de mes cousin(e)s ont des enfants qui ont à peu près le même âge qu'ils/elles avaient en 1976. Ce qui est étonnant, aussi, c'est de voir à quel point certaines personnes changent et d'autres non. On a retrouvé une vidéo prise du Noël 1983 dans ma famille (les couleurs sont épouvantables mais le son est assez bon) : j'ai été frappé de constater que vingt-sept ans plus tard, une de mes tantes (celle qui n'est pas sur la photo ci-dessus) et deux de mes cousines n'avaient quasiment pas changé (même si, certes, on voit que ces dernières n'ont plus quinze ans).

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(mardi)

Fatigue hivernale, suite

Je croyais que mon rhume qui dure depuis un mois était enfin fini, malgré la fatigue rémanente, mais voilà que soit j'ai fait une rechute soit j'ai chopé un nouveau rhume. Me voilà de nouveau dans un état fébrile, crevé et avec mal à la tête et aux sinus.

J'en ai marre de ce temps pourri.

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(lundi)

Mon poussinet s'est fait voler son téléphone

Mon poussinet s'est fait voler son téléphone (et environ cinq euros en espèces qui étaient dans son portefeuille) alors qu'il dormait dans le train. Il pensait depuis un moment s'en acheter un nouveau, donc ce n'est pas bien grave, mais tout de même, d'ici là, je ne pourrai plus communiquer avec lui par Google Talk. ☹️ Et c'est un peu trop tôt pour acheter un truc avec la toute nouvelle version d'Android.

Quelques ajouts () :

  • On lui a volé l'argent dans son portefeuille, mais pas le portefeuille lui-même. C'est un peu surprenant (même si, effectivement, rien d'autre n'aurait pu être vraiment intéressant pour le voleur, on aurait pu croire que c'était plus simple pour ce dernier de tout voler).
  • Voler un téléphone dans un train est une idée excessivement stupide, en fait. Si mon poussinet s'était réveillé avant l'arrivée et si le mec ne pensait pas à éteindre immédiatement le téléphone, on aurait pu demander à un autre passager d'appeler le mobile, et ainsi détecter où ça sonne (quitte à prévenir le contrôleur, et un passager dans chaque voiture, de façon à localiser le voleur, qui ne pouvait pas fuir).
  • De toute façon, voler un téléphone est rarement vraiment utile : la personne volée fait opposition immédiatement sur la ligne (bien avant que le voleur ait le temps de faire sauter le code d'accès) et aussi sur l'IMEI du téléphone. Il y a sans doute moyen de forcer le téléphone à prendre un autre IMEI ou de le revendre à l'étranger, mais ça ne doit vraiment pas rapporter beaucoup par rapport à la difficulté de la chose.
  • Mon poussinet a fait opposition sur sa carte de crédit, par peur que le voleur ait recopié le numéro. À la limite, c'est la chose la plus intelligente à voler : prendre juste le numéro de carte, faire un gros achat avec, en le faisant livrer à un complice qui a un alibi (et peut-être aussi un autre achat livré à quelqu'un de complètement aléatoire). La personne volée ne s'apercevra du vol que plus tard (et de toute façon, c'est la banque qui devra payer). Mais je doute que les gens aient tant de sophistication.
  • Le PV de la plainte que mon poussinet a déposée au commissariat est bourré de fautes d'orthographe. Vraiment bourré. Mais le plus étonnant, c'est que même l'en-tête du papier indique qu'il s'agit du commisariat, sic, du XIIIe arrondissement.

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(lundi)

La touche à droite du N de on clavier est cassée

Elle arche un peu aléatoireent, donc si dans les quelques prochaines entrées vous e voyez utiliser des ots un peu ystérieux, vous saurez que c'est ça. (Déjà que le Z arche très al… ais c'est vrai que le Z est substantielleent oins utile que la preière lettre de on no de faille.)

(Il s'agit bien de la touche à droite du N : j'utilise un clavier QWERTY ; si j'étais sur un AZERTY, cette touche ferait une virgule, et la lettre qui e anque se trouverait à droite du L.)

J'ai coandé un nouveau clavier sur le site de Logitech. Contraireent à la dernière fois, il seble que j'aie pu deander un QWERTY, justeent.

Mise à jour () : J'ai reçu mon nouveau clavier. Le confort des touches n'est pas mal, et il est relativement silencieux (peut-être un peu moins que le précédent, mais moins aigu aussi). Il a le gros avantage d'être un vrai QWERTY-US (mieux : international, ce qui fait que j'ai quand même une touche entre le Z et le shift de gauche). Un inconvénient sur la disposition des touches, cependant : il n'a que deux touches entre la barre d'espace et le control de droite, et notamment la touche que j'utilise comme touche compose n'est pas exactement à l'endroit auquel je suis habitué — mais je pense que je m'y ferai sans trop de mal.

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(vendredi)

Fatigue hivernale

Mon rhume interminable s'en va très très très doucement, je ne tousse presque plus, mais j'ai quand même de temps en temps à râcler ma gorge et, surtout, je continue d'être très fatigué. Il faut dire que le temps n'aide vraiment pas, et je commence à trouver sérieusement déprimant le manque de soleil et cette espèce de chape de plomb glaciale, mi-nuageuse mi-brumeuse, qui nous sert de ciel en ce moment.

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(vendredi)

Dr. Seuss surgit de ma mémoire

Je butinais au hasard sur le Web quand je tombe sur une page parlant du Dr. Seuss. Le nom me dit vaguement quelque chose, qui était-il, déjà ? Un auteur de livres pour enfants, ou quelque chose comme ça ? (Un pédiatre ? Non, je confonds avec le Dr. Spock, là. Qu'il ne faut lui-même pas confondre avec Mr. Spock.) Wikipédia me confirme que Dr. Seuss est le nom de plume de Theodor Geisel, écrivain mais aussi dessinateur de livres pour enfants ; mais quand je regarde le genre de dessins qu'il fait, ça réveille des neurones dans les couches bien profondes de ma mémoire. Oui, oui, j'ai déjà vu ce personnage qui ressemble à un chat allongé… Il me revient à l'esprit une histoire de ville où on n'a presque pas de soucis, sauf que la clé pour y rentrer a été perdue… Après plein de recherches Google, je finis par déduire que j'ai dû lire I Had Trouble in Getting to Solla Sollew (le nom de la ville ne me dit rien, mais le résumé ne laisse aucun doute). Où et comment ai-je pu lire ça ? Cette fois Google ne m'aidera pas, il n'indexe pas (encore ?) mes propres neurones, mais à force de me creuser les méninges, je crois que j'ai retrouvé : c'était chez des amis, qui avaient (ont ?) une grande maison de vacances aux alentours de Bandol et qui la prêtaient parfois à mes parents pour les vacances, et je dormais dans la chambre d'un de leurs fils et je pense que c'est là que j'ai trouvé ce livre. Au demeurant, les dessins sont assez mignons.

C'est assez amusant comme ce genre de souvenirs très flous peut tout d'un coup remonter à la surface avec une netteté surprenante, à la faveur d'une invocation complètement inattendue.

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(mercredi)

La suite du rhume de la mort qui tue

Dix jours que ça dure, et je commence à trouver que c'est vraiment long ! Certes, je vais mieux, j'ai les bronches beaucoup moins chargées, je ne crache plus des glaires ou en tout cas plus de vertes et grasses (donc les antibiotiques ont peut-être été efficaces — mais on m'en a prescrit pour cinq jours et c'est fini), et j'ai le nez beaucoup moins chargé, je respire librement quand je dors, c'est un vrai soulagement ; mais je continue à tousser beaucoup pendant la nuit et à renifler un peu tout le temps, et j'ai les oreilles qui se bouchent tout le temps ; et surtout, je suis vraiment fatigué. Accessoirement, les antibiotiques ont pas mal perturbé ma digestion.

Est-ce que je devrais retourner voir un médecin, ou bien considérer que comme ça semble en train de passer je devrais juste attendre ?

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(jeudi)

Le retour du rhume de la mort qui tue

Normalement je suis plutôt abonné aux rhumes, mais les quelques derniers étaient plutôt des rhumounets de rien du tout, il faut que je remonte à il y a quatre ans pour en retrouver un vraiment sérieux. Mais là j'ai l'impression que je suis en train de rattraper quatre ans de rhumes en une seule fois. Ça a commencé dimanche par une très grande fatigue puis une belle bronchite, la nuit dernière j'ai cru me noyer sous des torrents de morve et je n'ai quasiment pas dormi. Aujourd'hui me voilà avec les sinus enflammés de toute cette activité, et une toux bien grasse. Je me soigne au paracétamol (et un peu d'aspirine pour varier de temps en temps), à l'acétylcystéine, à la vitamine C pour l'effet placebo, au sérum physiologique pour me laver les sinus, et aux inhalations de Balsolène. Et en restant au chaud chez moi.

Mise à jour () : Ça ne va pas mieux. Je suis allé chez le médecin ce soir, qui m'a prescrit (en plus du paracétamol et de l'acétylcystéine que je prenais déjà) un antibiotique des fois que ce serait bactérien, et un corticoïde pour soulager mes sinus en feu. On verra si ça fait de l'effet, mais en attendant je suis incroyablement faible — après avoir dormi douze heures et passé la journée à comater, je suis déjà complètement crevé. Et en plus, voilà que je me mets à avoir mal à l'estomac.

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(mercredi)

Encore des thèmes oniriques

J'avais évoqué jadis quelques uns des thèmes récurrents de mes rêves. Il m'en est revenu à l'esprit quelques autres, qui sont plutôt transparents mais néanmoins assez caractéristiques.

  • Les volcans. Il y a assez souvent des éruptions volcaniques dans mes rêves. (Quand je dis souvent, ça ne veut pas dire toutes les nuits, ni même toutes les semaines, bien sûr, et même une fois par mois me semblerait très exagéré en tout cas dans les rêves que je me rappelle, mais ça arrive quand même avec une certaine régularité, d'autant plus fréquente que je n'ai le souvenir d'aucun rêve d'innondation, de cyclone, d'incendie d'origine non-volcanique, de tremblement de terre sans volcanisme associé, ou d'aucune autre catastrophe naturelle.) J'avais sans doute été terrifié, quand j'étais petit, quand on m'avait appris des choses sur le volcanisme. Je me souviens notamment d'une histoire d'un fermier dans je ne sais quel pays qui avait un jour remarqué que son foin était chaud, et quelques jours plus tard sa maison avait été détruite — ça m'avait beaucoup marqué (et de fait, je rêvais souvent que ma maison était détruite par un volcan). D'un autre côté, les éruptions volcaniques dans mes rêves ne sont pas si effrayantes que ça, ou, du moins, j'arrive toujours à m'enfuir à temps et parfois même à triompher en les regardant de loin. Rien à voir, donc, avec les cauchemars qui me font vraiment peur (et qui tournent généralement autour du surnaturel).
  • La radioactivité. Quand j'étais petit, j'en rêvais vraiment souvent, et maintenant plus du tout. Je ne sais pas si on m'avait fait peur avec les dangers de la radioactivité comme on m'avait fait peur avec ceux du volcanisme, mais c'était vraiment un thème récurrent, qui prenait la forme d'une sorte de poison invisible qui contamine les personnes et les lieux. Souvent, par exemple, je rêvais que ma maison était devenue radioactive, et je devais absolument y aller pour faire quelque chose… Il est possible que des récits des liquidateurs de Tchernobyl m'aient frappé, mais je suis quasiment sûr que je faisais ce genre de rêves avant. Et ils ont complètement disparu.
  • L'électricité. Quand je dis l'électricité, il faut imaginer une version à l'esthétique un peu steampunk de gros transformateurs, de bobines de Tesla ou de choses de ce genre. En général, l'idée du rêve est qu'il faut passer à travers un de ces assemblages (qui grésillent et crépitent), ou bien il faut y faire quelque chose, en évitant de se faire électrocuter. Mais contrairement aux rêves de volcan (où l'éruption a bien lieu) ou de radioactivité (ou la contamination est certaine), dans les rêves d'électricité, je ne me fais jamais électrocuter, et tout se passe toujours bien. En fait, ce sont des rêves globalement plutôt agréables.
  • Le vertige. Dans la vraie vie j'ai très facilement le vertige (je peux monter en haut d'un escabeau, mais pas à la cathédrale de Strasbourg), et ce n'est pas spécialement agréable. Dans les rêves, bizarrement, ça l'est. (Ceci étant, même éveillé j'aime bien regarder des vidéos comme celle-ci ou celle-là ou encore cette troisième.)
  • Les constructions qui s'effondrent. C'est souvent associé au vertige, mais néanmoins différent. Je rêve de structures qui, pour des raisons inexpliquées, sont construites au sommet de tours ou sur des piliers démesurés (j'ai par exemple rêvé d'une gare de train en haut d'une tour ; mais généralement il s'agit plutôt de maisons ou de choses comme ça) : et ces structures sont vieilles ou abandonnées (de nouveau avec parfois un petit cachet steampunk), sont en train de s'effondrer ou menacent de s'effondrer au moindre mouvement. Et je dois y faire quelque chose, comme récupérer un objet ou actionner un mécanisme.

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(lundi)

Bêta-bloquant

Mon cardiologue (que je suis allé voir pour des problèmes de tachycardie et de palpitations — apparemment je fais parfois des extrasystoles bigéminées, mais il n'a pas l'air de trouver ça grave, et il semble que ce soit dû au stress) a jugé qu'il serait peut-être bien de traiter un peu mon anxiété, et les manifestations physiologiques qui l'accompagnent. Non pas avec un anxiolytique mais plutôt avec un bêta-bloquant, en l'occurrence le propranolol à petites doses. On va faire un essai pendant un mois, pour voir comment je réagis, mais sur la description qu'il m'en a faite, ça a l'air d'être vraiment ce qu'il me faut.

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(mardi)

Mon royaume pour une pendule qui marche !

Plein d'appareils électroniques (du magnétoscope au four à micro-ondes en passant par le téléphone sans fil, la station météo et que sais-je encore) viennent avec une horloge interne, et affichent l'heure de façon bien visible. Ça part d'une bonne intention, mais c'est plutôt une source d'emmerdes. Non seulement ça veut dire que deux fois par an il faut passer par tous ces appareils et se rappeler comment on est censé les régler (et c'est parfois extrêmement peu intuitif, comme pour mon autotensiomètre), mais en plus, même en-dehors des changements d'heure, ces maudits trucs ne sont jamais foutus de rester à l'heure : le pire chez moi est le four à micro-ondes qui prend quelque chose comme dix minutes d'avance par mois, mais même les trucs censés se mettre à l'heure automatiquement ne le font pas toujours correctement (ma station météo censément radio-contrôlée ne capte pas bien le signal car mon appartement est au fond d'une cour, et parfois elle se décale d'une ou deux heures ; et mon poussinet et moi nous sommes tout juste débarrassé d'un décodeur TNT qui trouvait inexplicablement le moyen de se régler chaque nuit à une heure de retard en été et deux en hiver — non, ce n'est pas le temps universel, c'est exactement le contraire, je ne sais vraiment pas comment c'est possible — plus quelques minutes un peu aléatoirement). La seule chose qui soit vraiment et fiablement à l'heure, chez moi, c'est mon ordinateur (lui il obtient l'heure par réseau), mais même s'il affiche l'heure en haut de mon bureau, je ne suis pas dessus 24h sur 24 (contrairement aux rumeurs à ce sujet), et l'écran s'éteint au bout d'un certain temps.

On a beau savoir que les choses ne sont pas à l'heure, on finit toujours pas se laisser piéger et par les croire, ou au moins par s'énerver en se demandant quelle heure est-il au juste ? où y a-t-il une vraie pendule qui donne la bonne heure, dans cette foutue maison ?

Un jour j'assumerai la geekitude ultime et je m'achèterai une horloge atomique. (J'ai entendu des rumeurs selon lesquelles on peut trouver des horloges à rubidium pour moins d'un demi-millier d'euros, mais je ne sais pas où.)

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(samedi)

Les robots de chez spartoo.com

A priori, le site marchand spartoo.com (ils vendent des chaussures, et quelques vêtements) est bien conçu, leur catalogue est intéressant (à mes yeux au moins), et leurs prix sont compétitifs. Ils livrent rapidement, et il est très simple et gratuit de faire un retour si on s'est par exemple trompé de pointure (on imprime une étiquette qu'on colle sur le colis, et on le dépose dans un relais Kiala, c'est-à-dire un réseau de commerçants qui font du dépôt et de la livraison de colis). Tout cela est fort attractif.

Quand ça marche. Parce que le problème avec les mécaniques bien huilées, c'est que quand il y a un problème, il devient impossible de faire quelque chose. J'avais commandé, le 30 août, une paire de chaussure Nike (Air Force 1 Mid, 315123-003) de couleur noire. Le 2 septembre (quand je vous dis que c'est rapide !), la commande m'est livrée. Problème : elle m'est arrivée bleue. La couleur bleue n'étant pas dans le catalogue de spartoo.com, je soupçonne une erreur dans les stocks. De fait, la boîte est correctement étiquetée par Nike (ces andouilles ne disent pas blue, ils disent varsity royal, ce qui est quand même le nom de couleur le plus grotesquement pompeux qui soit, mais bon, au moins le numéro de référence est clair, c'est 315123-400 alors que sur ma facture c'est 315123-003).

Pas de problème, il suffit de retourner la chose et de demander un nouvel article. Le formulaire de retour a même une case le produit m'est bien arrivé, mais ce n'était pas la couleur commandée, que je coche, et il y a un champ pour entrer plus d'explications. Je dépose donc (toujours le 2 septembre) mon colis correctement étiqueté chez une imprimerie pas loin de chez moi qui fait relais Kiala, et j'attends des nouvelles. Le lendemain je reçois un mail m'annonçant que mon retour est accepté.

Le 8 septembre (mercredi dernier), nouvelle livraison, en remplacement. Très bien, mais c'est toujours exactement la même chose : la chaussure est obstinément bleue, et porte obstinément le numéro 315123-400. Cette fois, en plus de faire un retour, j'écris au service clientèle (enfin, j'écris à une de ces adresses associées à un prénom féminin évocateur par lesquelles spartoo.com écrit à ses clients, et qui sont, probablement, toutes exactement la même chose) un mail détaillé expliquant la situation, avec toutes les références : je reçois un mail automatisé m'informant qu'un ticket de demande de renseignement est ouvert. Bon, ce n'est pas une demande de renseignement, mais on peut au moins espérer qu'ils les lisent. Pour plus de précaution, je colle sur la boîte des chaussures que je retourne un post-it sur lequel j'attire de façon très visible l'attention sur le problème (Vous avez une erreur dans vos stocks : ceci est la référence Nike 315123-400 (bleue), j'avais commandé la 315123-003 (noire)).

Aucune réaction du service client, bien sûr, sauf les mails complètement automatisés me signalant que mon retour est accepté, qu'une nouvelle commande est en préparation (c'est Amélie qui signe les mails relatifs aux colis, et Adriana qui signe ceux concernant les commandes : pourquoi ai-je l'impression que ces personnes n'existent pas ?). Et ce matin (11 septembre, donc), nouvelle livraison. La chaussure persiste à être bleue. Je me demande si je n'ai pas reçu exactement la même, d'ailleurs (j'aurais peut-être dû mettre un lapin blanc invisible dans la boîte que je retournais, pour le savoir) ; après tout, ils ne doivent pas avoir tant de paires que ça, pour un modèle précis et une pointure précise.

J'ai hésité à être taquin et obstiné, et à continuer les retours avec demande d'échange pour voir combien de temps ça pourrait durer avant que quelqu'un se rende compte de la situation. Après tout, même si visiblement les frais de personnel doivent être très réduits puisque tout a l'air totalement automatisé, il faut au moins qu'ils paient à chaque fois une livraison par Colissimo, qui aurait fini par représenter plus que le prix de la chaussure, et en tout cas certainement plus que leur marge dessus. Mais bon, je veux quand même revoir mon argent, à défaut de chaussures de la bonne couleur : je fais donc un retour contre remboursement. (En ayant quand même la conscience de décrire, de nouveau, sur un post-it sur la boîte, quel est le problème, et en le signalant de nouveau au service clientèle.) J'irai acheter cette paire de chaussures dans une vraie boutique[#] dans la vraie vie.

Reste que j'ai perdu du temps, vraiment inutilement, avec cette connerie, ne serait-ce qu'à fermer des boîtes, à coller des étiquettes, à déposer des colis dans des relais, et à rédiger des mails au service clientèle qui ne les lira apparemment jamais. Et eux ont perdu de l'argent aussi. Ça laisse surtout un goût amer à cause de l'impossibilité de contacter un humain : il y a probablement quelqu'un chez spartoo.com qui serait content d'entendre mon histoire[#2], mais je n'ai aucune façon de le contacter (mes mails partent directement à la poubelle, et mes post-its sur les boîtes certainement aussi vu que le magasinier qui les reçoit n'y est pour rien et ne peut rien y faire). Et il y a probablement quelqu'un qui chausse aussi du 44 qui aura envie d'acheter la même paire de chaussures que moi et qui subira la même surprise.

Mise à jour () : Ils m'ont téléphoné pour s'excuser, expliquer un peu ce qui s'est passé (il y a eu une erreur entre la référence qu'ils ont photographiée et enregistrée sur le catalogue et celle qu'ils ont commandée à Nike), et m'offrir un bon de réduction pour mes prochains achats chez eux.

[#] C'est ce que j'aurais dû faire dès le début, me dites-vous ? Pas clair : si j'ai commandé chez spartoo.com, c'est justement suite à l'agacement du service chez une boutique Foot Locker : j'ai montré un modèle exposé (et en promotion) en demandant à l'essayer en 43 (selon les marques, je chausse entre 42 et 46), j'attends cinq minutes qu'on me l'apporte, je l'essaie, il est trop petit, et je me rends compte que par ailleurs ce n'est pas exactement le modèle que j'avais demandé. J'attire l'attention sur ce fait (la différence entre les modèles n'était vraiment pas évidente, et la vendeuse n'en avait apparemment pas du tout pris conscience), et je demande à voir l'autre, et en 44 : de nouveau cinq minutes passent, et on m'apporte bien du 44, mais toujours du mauvais modèle. Cette fois, je n'essaie pas les chaussures, j'insiste pour voir le modèle que j'avais montré et pas celui d'à-côté, et on me répond, avec le ton de la plus parfaite évidence, qu'il n'y en a plus. Je suis parti un peu furieux et en oubliant que comme le modèle exposé (celui que je voulais) était à ma pointure, je pouvais au moins exiger d'avoir la paire de démonstration.

[#2] Bien sûr que le risque de faire ce genre d'erreurs est un coût parfaitement assumé par le marchand, eu égard aux économies de personnel qu'il permet de faire. Mais là l'absurdité est poussée jusqu'à un point vraiment extrême.

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(lundi)

Ça n'aura pas tenu longtemps

J'ai vu mon dentiste cet après-midi pour ma dent cassée : il m'a recommandé de poser un onlay en céramique (pour 380€, ce qui, en matière de soins dentaires, est une bouchée de pain). Il a pris l'empreinte pour la transmettre à son prothésiste, et il a posé un pansement temporaire (je ne sais pas ce que c'était exactement, une sorte de composite j'imagine ; en tout cas, c'est dur et grisâtre) pour éviter que la dent se casse encore plus.

Ça c'était à 15h. À 21h le pansement était déjà tombé : j'ai mangé un petit peu de chocolat (même pas particulièrement dur ni sorti du frigo) et je n'ai pas fait suffisamment attention, ou pas réussi, à ne manger que du côté droit.

Pfff… C'est ce que je déteste avec la chirurgie dentaire : à chaque fois, je vais de complication en complication. (Pareil quand on me préparait la seule couronne que j'aie : la dent temporaire qu'avait mise la dentiste — quelqu'un d'autre que celui que je vais voir maintenant — était tombée en à peu près 24h. Je sais que c'est temporaire, mais c'était quand même censé durer un peu plus longtemps que ça.)

Je suis censé ne manger que des bouillons pendant dix jours, ou quoi ?

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(mercredi)

Encore une dent cassée

Ce n'est peut-être pas une nouvelle dent qui vient de casser, en fait, mais peut-être déjà la même que la dernière fois (la 26 ou la 27, je ne suis pas très sûr) : en tout cas, elle était déjà réparée avec du composite, et c'est plus le composite que la dent elle-même qui a cassé. (La dent était très mal en point, il faut croire : sa situation n'a peut-être pas du tout empiré, en fait.)

Mais ça se produit toujours au pire moment possible. Mon dentiste ne peut pas me prendre avant lundi, à cause du rush de la rentrée. Je ne sais pas si je dois craindre que la dent parte en mille morceaux d'ici là. D'un autre côté, elle ne me fait pas mal, donc mon poussinet me suggère d'attendre lundi.

Il existait autrefois un service d'urgences dentaires et stomatologiques boulevard de Port-Royal : il semble qu'ils aient disparu. (Leur répondeur suggère de s'adresser à un cabinet de stomatologues dans le 9e.) Sinon, il y a les urgences dentaires de la Pitié, mais je pense que c'est pour les gens qui ont vraiment mal.

Je ne sais pas si ça vaut la peine de chercher quelque chose en urgence d'ici là : si de toute façon la dent a de fortes chances de se faire arracher, dévitaliser, couronner, ou tronçonner d'une autre manière barbare, ça ne sert pas forcément à grand-chose de la colmater avant. Soupir…

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(dimanche)

Les cheveux très courts, ça plaît plus

En complément du fait que les cheveux longs ne semblent vraiment pas plaire aux homos, la contraposée semble vraie : mon poussinet s'est rasé les cheveux à zéro (en finissant au rasoir, donc c'est vraiment à zéro), et l'effet a été stupéfiant si on en juge par le nombre de regards très manifestement intéressés qu'il a attirés quand nous nous sommes promenés ensuite dans le Marais (et ce n'est certainement pas moi qui les causais, et avec juste quelques centimètres de cheveux il ne provoque vraiment pas les mêmes réactions non plus). Si j'étais un peu jaloux je l'aurais ramené à la maison immédiatement. ☺️

Et on doit reconnaître que c'est vrai, il est très sexy comme ça, mon poussinet. Ce qui est rageant, quelque part, c'est qu'on ne saurait pas dire pourquoi, au juste. Je ne crois pas que ce soit, par exemple, le fantasme du skinhead qui joue, parce que ce n'est vraiment pas son look — j'ai bien essayé de le persuader d'essayer de porter treillis et rangers, mais il n'a pas voulu en entendre parler… J'avais entendu la théorie que les cheveux rasés font paraître plus jeune (ce qui est possible, mais je n'en suis pas complètement convaincu non plus) parce qu'ils évoquent la tête d'un bébé (là je n'y crois vraiment pas, surtout quand on voit la racine des poils).

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(mardi)

Phases du sommeil

Je suis un lève-tard (à tel point que mes heures de coucher et lever ont tendance à se décaler progressivement sur la journée, jusqu'à atteindre le point où ça devient vraiment ridicule, je me ressaisis et je fais un effort, et ça recommence — c'est un petit peu énervant). Mais je peine à comprendre pourquoi : pourquoi est-ce que, au moment où je devrais me coucher, même si je me sens vaguement fatigué, le lit n'a pas vraiment d'attrait pour moi, je préférerais continuer à faire n'importe quelle connerie pour perdre mon temps, alors que, le matin (enfin, matin, ce qui en tient lieu), au contraire, je tiens tellement à rester au lit ?

Je viens seulement de faire le lien avec un autre phénomène, dont j'avais pourtant conscience depuis longtemps : c'est que mon sommeil n'est pas du tout homogène. Au début de la nuit (enfin, dans les premières heures après mon coucher), mon sommeil est profond, mais agité, et presque pénible : j'ai parfois du mal à m'endormir, mais quand je le fais, c'est comme une masse, et si je me réveille, je suis complètement assommé, j'ai les idées confuses, je titube si je me lève, je fais des rêves qui tournent parfois à la panique, je suis un peu somnambule, je transpire beaucoup, j'ai des confusions nocturnes et des crises d'angoisse. Bref, tout cela n'est pas très plaisant. Pendant la fin de mon sommeil, en revanche, dormir devient un vrai plaisir : je fais rêve sur rêve, et ce sont des rêves généralement agréables, où j'explore de vastes labyrinthes, j'accomplis des quêtes cosmiques, je vole, je suis magicien, et, globalement, je m'amuse beaucoup. Si je suis réveillé, je peux continuer mon rêve de façon semi-consciente, en le modelant pour qu'il me plaise encore plus, et cela m'aide à tomber dans un autre rêve qui me plaise. Bref, tout cela est un grand plaisir, et j'ai généralement envie d'en profiter le plus possible.

Dit comme ça, le lien est complètement évident, et je ne comprends pas qu'il ait pu m'échapper aussi longtemps : cela explique de façon tout à fait claire pourquoi je n'aime pas me coucher mais que je n'aime pas non plus me lever.

Or cette différence entre le début et la fin du sommeil ne m'est certainement pas particulière : il me semble qu'il est bien établi qu'on fait beaucoup plus de rêves agréables, qu'on a beaucoup plus de sommeil paradoxal vers la fin de la nuit. Évidemment, ce n'est pas très rationnel de vouloir se coucher plus tard (je ne vais pas éviter les périodes de sommeil profond et un peu désagréable, au mieux les repousser), et je suppose que tout le monde a toujours un peu envie de se lever plus tard, mais j'ai quand même du mal à comprendre les lève-tôt. Est-ce que leurs rêves sont moins intéressants ?

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(mercredi)

Compte-rendu de voyage à Berlin

Je prends le temps, parmi les mille et une choses qui réclament urgemment mon attention au retour de vacances, pour raconter un peu comment celles-ci se sont passées. Sans ordre ni logique, cependant :

  • Neuf jours, ce n'est vraiment pas assez pour visiter correctement Berlin. En tout cas, pas si on se lève tous les jours à midi. 😐 Ou pas si on ne veut pas visiter les musées au pas de course. Ou pas si on aime bien se promener à pied, mais que les pieds, au bout d'un moment, estiment qu'ils ont assez marché. Du coup, mon poussinet et moi avons tiré un trait sur plein de choses habituellement jugées indispensables : le musée du Pergamon (enfin, ça c'était en partie à cause d'une confusion sur ses horaires), le chateau de Charlottenburg, et Potsdam (ce n'est pas à Berlin, bien sûr, mais on aurait certainement pu penser à y aller). Et certainement plein d'autres choses. On a quand même vu un certain nombre de musées : le musée de la RDA, le musée du mur, le deutsches historisches Museum (l'idée étant que tant qu'à venir à Berlin, autant voir des musées qui parlent de Berlin et de l'Allemagne, plutôt que des antiquités grecques ou étrusques, aussi remarquables fussent-elles) ; le musée allemand des techniques (où mon poussinet a pu regarder plein de porno pour poussinet, c'est-à-dire des trains) ; et le schwules Museum (schwul=pédé ; more about that later).
  • Plutôt que visiter des musées, nous avons préféré nous promener et prendre la température des quartiers. Plusieurs choses m'ont frappé : essentiellement, combien la capitale allemande est étendue, peu dense, et surtout inégalement animée. La plupart des villes que je connais, et certainement Paris, ont une structure un peu en oignon, avec des quartiers centraux très denses, et des couches concentriques de moins en moins peuplées et fréquentées, couches qui sont, sinon circulaires, du moins plus ou moins convexes. Berlin n'est pas du tout comme ça : on peut être à deux pas d'un endroit très animé (comme Alexanderplatz, la Potsdamer Platz ou le Kurfürstendamm, et avoir l'impression d'être dans une banlieue très lointaine, avec des terrains vagues et quasiment personne dans les rues — et encore deux pas plus loin, on peut revenir dans un endroit très vivant. C'est très déroutant quand on essaie, comme moi, de se faire une idée du visage de la ville en marchant un peu au hasard dans les directions qui ont l'air sympa : en voulant aller au Kurfürstendamm (la rue commerçante la plus célèbre de Berlin-Ouest) nous avons commencé par passer par la Kurfürstenstraße qui (comme son nom peut le laisser penser) est immédiatement adjacente, et nous nous disions que nous nous étions forcément trompés, qu'on était au milieu de nulle part, que ça ne pouvait pas être par là.
  • Nous logions à Berlin-Est, à deux pas de la célèbre tour de télé (où nous ne sommes pas montés) et de la non moins célèbre Alexanderplatz (que nous avons traversée dans tous les sens). Je dis Berlin-Est, parce que j'ai l'impression que la division de la ville pendant trente ans explique en partie le phénomène que j'évoque ci-dessus que les quartiers animés ne sont pas adjacents les uns avec les autres ; ceci dit, c'est loin de tout expliquer, d'une part parce que Berlin a de toute façon changé depuis 1989 (il faut vraiment consulter une carte pour savoir où le mur pouvait passer) et d'autre part parce qu'on a cette impression qu'il n'y avait vraiment rien à Berlin-Ouest tant la majorité des choses intéressantes semble être à l'Est.
  • Notre hôtel était dans le genre plutôt luxueux (et à la limite de nos moyens, en fait, mais c'était un peu notre voyage de PACS, et nous avions un peu d'aide de papa-maman ; et en fait, globalement, à Berlin, les prix ne sont vraiment pas chers par rapport à ce qu'ils seraient dans d'autres grandes capitales) : il est situé à l'emplacement de l'ancien hôtel emblématique de la RDA, sur une rue portant le nom d'un socialiste suffisamment consensuel pour ne pas avoir été débaptisée. Le gadget de l'hôtel, maintenant, c'était un aquarium de 1000m³ dans le lobby, où circulent plein de poissons exotiques très jolis, et que plein de touristes viennent admirer (les visiteurs circulent dans un ascenseur à l'intérieur de l'aquarium, qui est en forme de double cylindre, alors que les clients de l'hôtel le voient de l'extérieur).
  • Pour la téléphonie mobile, nous avons pris des cartes prépayées (+pack Internet) chez l'opérateur (nouveau venu) O2, et donc eu pendant dix jours des numéros allemands, de façon à pouvoir bénéficier du co