David Madore's WebLog: Les Épines et les Roses

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(dimanche)

Les Épines et les Roses

J'ai fini la lecture du livre autobiographique de Robert Badinter, Les Épines et les Roses, dans lequel il relate ses cinq années passées à la Chancellerie entre l'abolition de la peine de mort (qui fait l'objet d'un autre livre) et sa nomination au Conseil constitutionnel. Je suis un petit peu déçu par la forme : ce n'est pas aussi bien écrit qu'on aurait pu attendre de lui (ou de son nègre ?). En revanche, pour le fond, cela me conforte dans mon admiration pour cet homme, pour son œuvre (pas seulement l'abolition de la peine de mort mais aussi l'ouverture au justiciable du recours à la CEDH ou encore la réforme du Code pénal), pour sa conception de la Justice, et pour son combat pour la défendre malgré son impopularité ; petit extrait :

Dans mon cas, l'amertume était d'autant plus grande que le laxisme dont on m'accusait était tous les mois démenti par cette surpopulation carcérale. Vainement, à longueur d'interviews, je donnais les chiffres et soulignais que la justice française était l'une des plus sévères d'Europe. Rien n'y faisait. On m'objectait que si les prisons regorgeaient de détenus, ce n'était pas dû à la sévérité des juges, mais à l'accroissement de la délinquance. Statistiques à l'appui, je montrais que cette surpopulation résultait en fait de deux causes principales : la durée des procédures, donc des détentions provisoires, et la rigueur croissante des condamnations, toujours plus lourdes au fil des ans. Ces données-là, connues des professionnels, ne pénétraient pas la conscience du public. Une fois pour toutes, la justice française était trop clémente, et le ministre de la Justice laxiste. Dans un sondage réalisé en 1984, à la question Qu'attendez-vous en priorité du ministre de la Justice ?, la réponse à une forte majorité fut : Des lois plus répressives ! Je n'avais plus qu'à retourner à mon cabinet d'avocat.

Je préférai persévérer. Non par défi ou par orgueil, mais tout simplement par conviction. Je savais que nous disposions d'un arsenal complet de lois répressives, souvent plus rigoureux que celui de nos voisins européens. Je considérais qu'il ne fallait accroître ce dispositif déjà très complexe que pour combattre certaines formes nouvelles de criminalité, telles les atteintes graves à l'environnement ou la corruption internationale. Quant à élever le plafond des peines encourues, les faire passer par exemple de dix à vingt ans alors que les cours d'assises ne condamnaient les auteurs de ces infractions qu'à sept ans de réclusion au maximum, ces changements de la loi, sans portée réelle, me paraissaient relever de la gesticulation politique. Je leur préférais le principe inscrit dans la Déclaration des droits de l'homme : La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires. Ce jansénisme pénal n'était pas dans l'air du temps, mais au moment où nous élaborions le projet de nouveau Code pénal, je n'entendais pas déroger aux principes fondateurs, encore moins transformer la loi pénale en tableau d'affichage politique.

On sent qu'il vise la politosphère actuelle. Je ne peux qu'applaudir.

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