David Madore's WebLog

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

Note that the first entry comes last! Notez que la première entrée vient en dernier !

Index of all entries / Index de toutes les entréesXML (RSS 1.0) • Recent comments / Commentaires récents

↓Entry #2629 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2629 [précédente| permalien|suivante] ↓

(mardi)

Réalisation de posters de Paris et de sa région, suite

À la fin de l'entrée précédente, j'évoquais le projet de faire imprimer des posters au format 2A0 (on me signale qu'on ne dit pas A−1) de Paris et de l'Île-de-France à partir de leur rendu OpenStreetMap. J'ai un peu progressé et je voudrais dire où j'en suis actuellement, quitte à éditer plus tard cette entrée-ci (plutôt que la précédente) pour raconter s'il y a du nouveau.

D'abord, je pense que je vais plutôt viser le format A0 (119cm×84cm, de surface 1m²) que 2A0 (168cm×119cm, de surface 2m²), parce que ce dernier est vraiment ambitieux : l'impression coûte encore plus cher (logique), les fichiers sont encore plus pénibles à générer et à manipuler, et je me sentirai encore plus agacé si je me rends compte (ce qui est sans doute inévitable) qu'il y a un problème sur la carte. En échelle, je pense que je vais utiliser le 1:15 000 pour le plan de Paris en A0, et 1:75 000 pour le plan des environs de Paris aussi en A0[#]. J'écris environs de Paris parce que je ne vais finalement pas englober toute l'Île-de-France, ça fait une échelle trop petite et on n'y voit plus assez de choses intéressantes. Pour ce qui est du centrage, je pense que je vais centrer les deux sur la tour Saint-Jacques à Paris : ainsi, à 1:15 000 en A0, on a une carte qui inclut tout le bois de Vincennes et quasiment tout le bois de Boulogne, et en 1:75 000 on a Rambouillet, Corbeil-Essonnes, Meaux, l'Isle-Adam, Thoiry, Montfort-l'Amaury — mais pas Fontainebleau, par exemple.

[#] Bon, il y a un problème possible à régler (ou à décider d'ignorer), là, c'est que, de ce que je comprends, Nik4 (comme le site d'OpenStreetMap et plein d'autres) utilise une projection Web Mercator, c'est-à-dire, utilise les formules de la projection de Mercator d'une sphère en les appliquant à un ellipsoïde, et plus exactement, en les appliquant à la latitude géodétique φ (celle qu'on utilise par défaut quand on parle de latitude, et qu'on donne dans les coordonnées GPS/WGS84/IERS). Or si on veut que la projection de Mercator soit conforme sur un ellipsoïde, il faut utiliser une autre latitude, la latitude conforme χ (c'est essentiellement la définition de la latitude conforme que c'est celle qui permet de faire comme si l'ellipsoïde était une sphère dans toute projection cartographique conforme). Du coup, la projection Web Mercator n'est pas conforme (elle applique les formules de Mercator à φ alors qu'elle eût dû les appliquer à χ pour obtenir une projection conforme), ce qui signifie, concrètement, que les deux directions (horizontale et verticale) n'ont pas la même échelle : si mes calculs sont corrects, ce qui est loin d'être certain, il y a une différence d'échelle de 0.86% entre les deux axes à la latitude de Paris (φ=48.86°). Je peux corriger ce problème en transformant un peu l'image (ou, mieux, en essayant de modifier Nik4 pour qu'il accepte une résolution différente dans les deux axes, histoire que le texte ne soit pas déformé par la transformation) ; mais il reste à savoir si le remède ne serait pas pire que le mal — et si, d'ailleurs, j'arrive à trouver quelle est la bonne échelle, c'est-à-dire comment Nik4 (ou Mapnik, ou je ne sais quoi) interprète le paramètre échelle qu'on lui fournit.

Bref, les images ressembleraient sans doute à ceci :

[Plan de Paris][Plan des environs de Paris]

Cliquez sur les images pour les agrandir juste un peu, mais ce ne seront pas encore les images à taille bonne à tirer : je mets des versions A0 en 75dpi (soit 3511×2483) ici pour Paris et là pour les environs, mais je ne promets pas de garder pérennes ces URL (et si je fais des changements, je garderai les mêmes noms alors que les images au-dessus resteront attachées à cette entrée) ; et je mets des versions à 150dpi (soit 7022×4967) aux mêmes adresses en remplaçant 75dpi par 150dpi, mais comme ce sont des fichiers déjà assez gros (44Mo pour Paris) je ne fais pas de lien direct pour ne pas que des gens cliquent dessus par accident ; la version à imprimer sera sans doute en 300dpi (cela donne un fichier d'environ 115Mo pour Paris).

Comment génère-t-on ces images ? D'abord, il faut avoir une petite idée de la manière dont OpenStreetMap fonctionne et dont les composantes s'emboîtent. (Généralement c'est la partie la plus compliquée à comprendre quand on a affaire à un projet informatique : les docs vous expliquent ce que font les différents bouts, mais personne ne prend la peine de présenter une vue d'ensemble qui décrive comment agencer ces différents bouts.) Voici ce que je peux dire (ou en tout cas, ce que je pense avoir compris) :

  • Commençons par le début : OpenStreetMap (ou OSM) est un projet collaboratif, un peu analogue à Wikipédia (au sens où tout le monde peut éditer[#2]), mais dont le but est de cartographier la Terre entière, à tous les niveaux de détail possibles. C'est-à-dire, quand je dis cartographier, qu'il ne s'agit pas juste de produire des cartes mais des données cartographiques à partir desquelles des cartes pourront être générées, mais les données cherchent à être les plus précises possibles et à couvrir toutes les types d'informations qu'on arrive à rassembler (découpages administratifs, méta-informations comme la nature ou la vitesse limite des route, ce genre de choses).
  • Ces données représentant des quantités assez énormes d'information, on a besoin de programmes pour rendre commode leur accès : pour ça, OpenStreetMap utilise la base de données PostgreSQL (moteur de base de données relationnelle libre) et son extension PostGIS spécialisée dans le traitement des données géographiques (il permet, par exemple, de stocker un nombre énorme de points et de récupérer rapidement les points contenus dans un rectangle donné).
  • On a parfois besoin d'échanger, de stocker, d'archiver ou de publier les données géographiques en question indépendamment d'une base de données : pour ça, OpenStreetMap utilise un format spécifique, une instance de XML appelée Osmium (osm comme OpenStreetMap). Il existe différents outils pour lire des données OpenStreetMap au format Osmium et l'insérer dans une base de données PostGIS (j'ai utilisé osm2pgsql) ou, inversement, pour stocker le contenu d'une telle base de données à ce format. Certains outils savent manipuler les données OpenStreetMap à la fois au format Osmium ou déjà insérés dans une base de données PostGIS (et certains ne savent faire que l'un des deux et, bien sûr, ne vous disent pas clairement ce qu'ils attendent). Pour récupérer les données OpenStreetMap complètes d'un pays, voire de la planète entière, on va les récupérer sur le site Web Geofabric au format Osmium (comprimé selon différents mécanismes : PBF ou Bzip2 — quand j'ai regardé, la version PBF était cassée donc j'ai pris france-latest.osm.bz2 comme source, qui fait quand même 5.5Go comprimé).
  • On a aussi besoin d'un outil pour transformer les données (abstraites) en cartes (des images, comme celles ci-dessus) : pour ça, on utilise généralement (c'est ce que j'ai fait, et c'est ce que fait OpenStreetMap sur son site, mais ce n'est pas la seule possibilité) la bibliothèque Mapnik (j'avais déjà joué avec il y a bien longtemps, mais pas avec les données OSM). Mapnik n'est qu'une bibliothèque, c'est-à-dire un ensemble de fonctions capables de faire différentes tâches de rendu : on peut utiliser différents programmes de plus haut niveau pour appeler ces fonctions, pour ma part j'ai utilisé celui qui s'appelle Nik4.
  • Il ne suffit pas de mettre ensemble les données OSM (fussent-elles stockées en PostGIS) et Mapnik (fût-elle appelée depuis Nik4) pour obtenir une carte : il faut encore définir le style de la carte, c'est-à-dire, en gros, sa légende : ce qu'on va représenter et comment. Mapnik est juste le moteur : il transforme les données et le style en une image. Mais le style est vraiment ce qui va lui donner ses instructions (du genre les autoroutes, tu les traceras en rouge, avec telle largeur, et tu mettras leur nom en encadré en le positionnant comme ceci). Il existe un style « par défaut » pour OpenStreetMap, c'est celui qui est affiché sur le site web www.openstreetmap.org (pour le plan par défaut), il s'appelle openstreetmap-carto (et c'est celui que j'ai utilisé pour les cartes ci-dessus, en me disant que je n'avais pas les compétences pour refaire un style moi-même, même si j'aurai peut-être envie de le modifier un peu et d'ailleurs je l'ai fait, très minimalement). Pour donner un exemple illustrant l'importance du style, comparer cette vue de Paris avec le style openstreetmap-carto et celle-ci sur Géoportail à la même échelle et utilisant aussi les données OpenStreetMap mais affichées dans un style différent (je ne sais pas s'ils passent par Mapnik, à vrai dire, mais je suppose que c'est plausible).
  • Mapnik fonctionne avec un style défini par un fichier XML. Ce dernier étant très complexe à écrire, on a introduit (je ne sais pas si c'est pour OpenStreetMap ou simplement que c'est utilisé par OpenStreetMap) un autre format appelé CartoCSS, plus facile à éditer, et les outils nécessaires pour le transformer en le XML pris en entrée par Mapnik. Le style openstreetmap-carto que j'évoque ci-dessus est écrit en CartoCSS (plus toutes sortes de petites images ad hoc pour les symboles représentant les points d'intérêt).
  • Bref, les ingrédients pour générer une carte sont, en gros : les données OpenStreetMap téléchargées au format Osmium + PostgreSQL + PostGIS + osm2pgsql (pour convertir depuis Osmium) + Mapnik + Nik4 + le style openstreetmap-carto + CartoCSS.
  • Il faut que je fasse une digression sur le niveau de zoom. Les cartes papier sont définies par une échelle comme 1:60 000. Pour une carte informatique, c'est-à-dire une image, si celle-ci sera affichée sur un écran, comme on ne connaît pas la taille de l'écran sur lequel on va faire le rendu, l'échelle devrait s'exprimer en pixels par kilomètre ou quelque chose comme ça. Mais comme par ailleurs les cartes interactives (rendues dans un navigateur ou une application smartphone) fonctionnent en mettrant côte à côte des images carrées (tiles, comme un carreau de carrelage, typiquement de taille 256×256 parce que c'est bien pratique), une convention, initiée par Google Maps et réutilisée par OpenStreetMap, Géoportail et d'autres, consiste à parler de niveau de zoom, numéroté de 0 à 22 (ou autant qu'on voudra) avec un facteur 2 à chaque niveau de zoom. Plus exactement, au niveau 0, le carreau représentant en projection de Mercator toutes les latitudes de −180° à +180° (et les latitudes de −85°03′04″ à +85°03′04″, donc essentiellement le monde entier) tient dans un seul carreau de 256×256 ; et chaque carreau de niveau k est divisé en 2×2=4 carreaux de niveau k+1 : au niveau 1, le carreau de taille 256×256 contient 180° de longitude et la Terre utilise 4 carreaux, au niveau 2 le carreau contient 90° de longitude et la Terre utilise 16 carreaux, et ainsi de suite. Ainsi, voici les vues OpenStreetMap centrées sur Paris au niveau de zoom 8, 9, 10, 11, 12 et 13. (Notons que Google Maps, maintenant, est plus raffiné et utilise des fractions arbitraires de niveau, notamment des quarts quand on zoome à la molette de la souris, ce qui rend son zoom beaucoup plus agréable et plus fluide alors qu'avec OpenStreetMap on ne peut zoomer que par des facteurs 2 et rien d'intermédiaire.)
  • Le style qu'on voudra utiliser pour une carte dépend évidemment de son échelle (ou, ce qui revient au même, dans le cas d'une image informatique, du niveau de zoom évoqué au point précédent). C'est normal : on n'affiche pas les mêmes informations, ou on ne les affiche pas de la même manière, et pas même juste en changeant la taille, sur une carte au 1:120 000 que sur une carte au 1:15 000 : une carte au 1:120 000 n'est pas une carte au 1:15 000 dont on aurait réduit toutes les dimensions par 8 (cela rendrait les symboles, le texte, et ainsi de suite, complètement illisibles). Comparer les images de ce tweet pour un exemple de ce que sont les différences si je ramène les cartes à la même taille en pixels. Un style tel que openstreetmap-carto contient donc comme paramètre un niveau de détails d'affichage, ce paramètre étant identifié au niveau de zoom évoqué ci-dessus. C'est là que les choses deviennent un peu confuses : en principe, on peut régler indépendamment le niveau de détails du style et l'échelle du rendu (pour produire, par exemple, les cartes du tweet que je viens de lier, j'ai fait une carte à l'échelle 1:60 000 à imprimer à 300dpi, une carte à l'échelle 1:30 000 à imprimer à 150dpi et une carte à l'échelle 1:15 000 à imprimer à 75dpi, toutes les trois ayant donc une échelle rendu de 197 pixels par kilomètre de terrain) ; mais dans la pratique, ce n'est pas vraiment prévu, et si on veut jouer avec ça on doit essentiellement mentir sur d'autres paramètres.[#3]

Une fois qu'on a compris tout ça, il reste à enchaîner correctement les commandes en espérant ne pas tomber sur des incompatibilités subtiles entre versions. Je suis arrivé à la suite de manœuvres que j'ai notée ici (en espérant ne pas m'être tompé en notant) sur ma machine de bureau qui est une Ubuntu 18.04.3 LTS Bionic Beaver avec 32Go de mémoire (mon PC personnel en a le double, ce qui aurait été utile, mais sa connexion réseau est bien trop mauvaise pour pouvoir en faire quoi que ce soit d'utile) : il y a peu de chances que ces commandes puissent resservir telles quelles à quelqu'un d'autre, mais ça donnera au moins une idée de l'ordre et de la manière dont on peut enchaîner les bouts. (Je note n'ai pas tout compris à ce que je faisais : par exemple, je ne comprends pas pourquoi osm2pgsql a besoin de faire intervenir des bouts de openstreetmap-carto alors que, dans ce que j'ai compris, la feuille de style intervient uniquement pour le rendu par Mapnik et pas pour l'interconversion entre Osmium et la base de données PostGIS. Passons.)

[#2] Je me demande d'ailleurs comment OpenStreetMap gère le vandalisme (grossier ou insidieux), qui doit être beaucoup plus subtil à détecter et complexe à corriger que sur Wikipédia, et qui peut présenter un enjeu économique plus important (par exemple, en marquant un certain endroit comme infranchissable sur OpenStreetMap, on peut espérer rerouter ailleurs toutes sortes de véhicules qui utiliseraient les données OpenStreetMap pour leur navigation) ; et notamment, je me demande comment vérifier que le poster que je vais imprimer ne contient pas (trop) de vandalisme.

[#3] Un autre point que je dois d'ailleurs signaler est que le niveau de détails affiché par le style est choisi (de ce que je comprends) d'après le niveau de zoom, mais même pour une résolution fixe (en points par pouce), le niveau de zoom correspond à une échelle différente à l'équateur et près des pôles (à l'équateur, le niveau de zoom 12 correspond à 26.2 pixels par kilomètre, tandis qu'à la latitude de Tromsø il correspond à 75.1 pixels par kilomètre). C'est-à-dire que si on a fait des choix raisonnables à une latitude moyenne (de quoi afficher à un niveau de zoom donné), ils risquent de donner des cartes trop riches en détails à l'équateur et trop avares de détails aux latitudes polaires. Mais je n'ai peut-être pas bien compris comment fonctionne le choix du niveau de détails dans la feuille de style.

J'ai effectué de petites modifications dans le style openstreetmap-carto, essentiellement pour retirer des éléments qui étaient affichés de façon à mon avis bien trop visible et distrayantes : les hôpitaux, notamment, sont affichés dès le niveau de zoom 15, or il y en a plein à Paris (pour une certaine définition de hôpital), ce qui donnait une image remplie de symboles d'hôpitaux qui, à mon avis, aurait été moche comme poster ; de façon peut-être plus discutable, j'ai retiré l'affichage des châteaux (pour une certaine définition de château qui inclut le Palais-Bourbon) et des parkings.

Il faudrait encore passer ces images en revue. Je suis sûr qu'il y a plein de problèmes avec qui ne sautent pas forcément immédiatement aux yeux mais qui, si on les imprime en poster, finiront par être remarquées et ensuite on ne verra que ça. Ce ne sera malheureusement pas forcément possible de corriger les problèmes en question, vu que je ne connais rien à CartoCSS ni aux autres couches utilisées. La manière dont Mapnik décide quels textes afficher, par exemple, est probablement bien trop complexe à régler pour que je puisse y faire quoi que ce soit. Même la taille des caractères des différents textes, je pense que c'est tout un sac de vipères de commencer à jouer avec.

Je ne pense pas faire apparaître d'échelle sur la carte elle-même, ni quoi que ce soit comme insert : j'aime bien l'idée d'un poster qui représente directement le terrain, sans petit encart qui donne un titre, une date, une échelle ou une légende. (Et je doute fortement qu'on vienne me chercher des noises parce que je n'aurais pas dénaturé le plan en écrivant © OpenStreetMap et contributeurs 2019 : je prévoirai éventuellement un post-it à coller dessus avec cette indication. ☺️)

Après tout ça, il faut (enfin, il faudra) donner l'image à imprimer. Cela ouvre un autre jeu de problèmes, parce que les imprimeurs ont leur propre langage, que je ne comprends pas forcément (et donc, après avoir fait le boulot de décoder le langage des cartographes, il faut faire le boulot d'en décoder un nouveau, soupir).

De ce que je comprends, pour faire imprimer une image d'une certaine taille, on fournit une image plus grande, qui sera coupée à la taille demandée ou zone de rogne (ou trim box en anglais) : au-delà de cette zone de rogne, on ajoute prolonge l'image un peu plus (typiquement 5mm dans chaque direction) en ce qu'on appelle un fond perdu (bleed box en anglais), et on fait apparaître des traits de coupe qui empiètent sur le fond perdu et se prolognent encore au-delà (i.e., plus à l'extérieur), alignés avec les côtés de la zone de rogne, pour indiquer où on va couper celle-ci. Il faut donc fournir une image (zone de support ou media box) encore plus grande que la zone de fond perdu (elle-même plus grande que la zone de rogne qu'on veut vraiment), mais la taille qu'elle est censée faire m'échappe un peu, ainsi que les spécifications précises des traits de coupe (ce n'est probablement pas très important). Il va donc falloir que je joue avec ImageMagick ou autre chose, pour ajouter ces traits de coupe (les fonds perdus eux-mêmes ne posent pas de problème, ça consiste simplement à générer une image plus grande). Ça ne devrait pas être compliqué, mais si je dois convertir en PDF en en remplissant correctement les métadonnées (TrimBox, BleedBox, MediaBox), je risque d'avoir plus de mal.

L'autre problème possible que je vois venir concerne la conversion de RGB (couleurs en système additif rouge-vert-bleu) en CMYK (système soustractif cyan-magenta-jaune-noir) : je m'y connais un peu en colorimétrie « abstraite », mais je ne sais pas comment fonctionne ce genre d'espace de couleur ni comment faire la conversion dans la pratique. (Le rendu exact des couleurs n'est pas important puisqu'il s'agit juste d'un diagramme, donc en ce qui concerne l'intention de rendu je veux probablement celui qui maximise la saturation.)

Heureusement, plusieurs personnes se sont dévouées pour faire l'interface entre l'imprimeur et moi et, au moins, me fournir des consignes claires sur ce que je dois donner.

Quand j'aurai compris tout ça, je mettrai évidemment les PDF finaux à un endroit publiquement accessible pour que le travail puisse resservir à d'autres.

Encore après ça, il faudra que je recense les gens qui peuvent être intéressés par une copie du poster. J'ai intérêt à faire de la pub, parce que l'imprimeur que j'ai trouvé (et qu'on m'a conseillé) demande 90€ pour un exemplaire unique au format A0 (papier 190g/m² satiné), mais ça descend à 38.40€ l'exemplaire s'il y en a cinq. (Il y aura, cependant, le problème de faire parvenir les exemplaires aux personnes qui les auront demandés.) Pour l'instant, tout ça est largement en flottement.

↑Entry #2629 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2629 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2628 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2628 [précédente| permalien|suivante] ↓

(lundi)

Les cartes et le territoire

Une chose qui me fascine avec les cartes et plans, c'est la manière dont la même réalité physique (le territoire) peut se prêter à une multitude de représentations graphiques (les cartes) qui, soit parce qu'elles montrent telle ou telle facette de la réalité (les données), soit parce qu'elles la symbolisent de telle ou telle façon (le rendu), produisent un effet complètement différent quand on les regarde.

[Carte de la Vallée de Chevreuse (carte IGN)][Carte de la Vallée de Chevreuse (carte topographique)][Carte de la Vallée de Chevreuse (relief)][Carte de la Vallée de Chevreuse (OpenStreetMap)][Carte de la Vallée de Chevreuse (plan IGN)][Vue aérienne de la Vallée de Chevreuse]

J'affiche ci-contre[#] six[#1b] cartes à faire défiler, ou plutôt cinq cartes et une mosaïque de photographies aériennes, de la même zone géographique, qui correspond en gros à la vallée de Chevreuse (centrée, en l'occurrence, sur le château de la Madeleine à Chevreuse)[#2] : chacune est un lien vers GéoPortail[#3] affichant la même vue et sur lequel on peut zoomer, dézoomer, se déplacer, etc. ; à ces cartes on peut encore ajouter celle d'OpenStreetMap (qui est identique à la quatrième carte de ma liste au niveau données, mais avec un rendu différent) ou celle de Google Maps[#4] (ou encore celle de Wikimapia, mais cette dernière est vraiment très mauvaise). Je suis fasciné par l'effet différent que me produisent ces vues : selon que je regarde l'une ou l'autre, j'ai l'impression que l'ensemble de la zone est très grande ou très petite, très dense ou très vide, très variée ou très uniforme… et bien sûr, les endroits possiblement intéressants vers lesquels se tourne naturellement mon regard sont très différents.

Et il s'agit d'un endroit que je connais raisonnablement bien, ou disons, dont je connais un certain nombre de bouts[#5], comme je le racontais dans l'entrée précédente (plus précisément dans ce passage-là de cette dernière) : donc ce qui m'intéresse aussi est la confrontation entre ces différentes représentations et ma propre image mentale des endroits que je connais (qui sont parfois à recoller les uns avec les autres, comme je l'évoquais ici et ) ; j'imagine que l'effet de ces cartes est très différent pour quelqu'un qui ne connaît pas du tout l'endroit.

L'idée, bien sûr, c'est de repérer les endroits agréables où me balader[#6], soit à moto soit à pied : soit de visualiser ceux que je connais (pour améliorer mon sens de l'orientation et comprendre comment ils sont situés les uns par rapport aux autres, ou éventuellement les signaler à d'autres), soit d'en chercher de nouveaux.

Mais agréable n'est pas quelque chose qui se voit facilement sur une carte : on peut chercher les routes à travers la forêt (encore faut-il que la carte montre les forêts : Google Maps, par exemple, montre du vert à certains endroits mais le sens exact m'échappe et ça se corrèle assez mal avec la forêt), ce sera souvent intéressant, mais il y a aussi des routes à travers champs qui offrent un joli paysage, tandis que d'autres sont juste interminablement monotones ; on peut repérer les petits villages isolés, mais certains sont pittoresques et d'autres sont moches, et la carte ne va pas vous le dire (sauf si elle est faite exprès pour, mais je ne connais pas ça) ; les forêts ne se ressemblent pas toutes (j'en ai déjà parlé), mais ça ne saute pas aux yeux sur une carte. Il faut au minimum arriver à se figurer le relief, et déjà ce n'est pas évident de « lire » instinctivement des lignes de niveau. Pour en savoir plus, on peut utiliser Google Street View (qui est quand même un outil extraordinaire, on doit bien l'avouer) pour aller « voir » à travers les yeux de la voiture Google si l'endroit semble valoir la peine d'être visité : pour une route ou un village, ça donne une bonne idée — pour une forêt, bien sûr, on n'en verra que les bords.

Quelques exemples d'endroits que j'ai trouvés charmants en y passant (dans un ordre un peu quelconque) : (entre Châteaufort et Gif-sur-Yvette), (entre Chevreuse et Boullay-les-Troux), (« route des 17 tournants » au nord de Dampierre), (Milon-la-Chapelle), (à Magny-les-Hameaux du côté des Granges de Port-Royal), (entre Senlisse et Cernay-la-Ville), (entre Dampierre et Cernay-la-Ville, au niveau du petit moulin des Vaux-de-Cernay), (entre les Essarts-le-Roi et Senlisse/Cernay), (entre Auffargis et Cernay-la-Ville, au niveau des Vaux-de-Cernay). Mais plutôt que de faire une liste, comme ça, je devrais surtout trouver moyen de faire un modifier une carte pour montrer les régions que je trouve propices et les endroits que j'ai aimés.

Ajout : Pour montrer un exemple d'endroit que je ne connais pas mais qui me tente d'après ce que j'en vois sur Google Street View, il faut que j'essaye d'aller des Essarts-le-Roi à Dampierre en passant par Lévis-Saint-Nom et Maincourt-sur-Yvette, c'est-à-dire longer l'Yvette depuis sa source, ça a l'air plutôt mignon : , , , , . (Bêtement, quand je suis rentré de Tremblay-sur-Mauldre l'autre jour, je suis passé par la route beaucoup moins intéressante entre les Essarts-le-Roi et Dampierre qui passe plus loin au sud en direction de Senlisse, la D202.)

Quant à repérer les endroits que je connais, c'est un peu un piège, parce que quand je commence à me remémorer des lieux que j'ai traversés, j'ai des images parfois anciennes qui me remontent à l'esprit et je cherche à retrouver où c'était, ça, déjà ?, avec parfois un petit sentiment de nostalgie qui accompagne le regret de ne pas avoir assez profité de l'instant passé quand il était présent. Je viens de passer des heures à naviguer entre GéoPortail, OpenStreetMap et Google Maps (ou surtout, Street View) à reconnecter des routes sur la carte et dans mon souvenir[#7].

(La suite après les notes…)

[#] Enfin, j'essaie d'afficher. Ce langage suprêmement merdique qu'est le CSS réussit à rendre absolument tout incroyablement difficile, y compris le fait d'afficher cinq images côte à côte avec une barre de défilement permettant de passer de l'une à l'autre, donc ce que j'ai fait est certainement cassé dans tous les sens, mais je jette l'éponge.

[#1b] Modification () : J'ai ajouté une carte supplémentaire (celle qui représente le relief avec un gradient de couleurs) et réordonné celles que j'avais déjà mises.

[#2] Je trouve que ce rectangle correspond assez bien à mon interprétation de la région géographique vallée de Chevreuse, et ça semble assez logique de le centrer sur le château de Chevreuse. Mais le Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse, plusieurs fois étendu (je crois d'ailleurs comprendre que la limite figurée sur Wikipédia n'est plus à jour, puisque Vaugrigneuse en fait apparemment partie) va carrément beaucoup plus loin, et englobe ce que j'appellerais forêt de Rambouillet (Clairefontaine-en-Yvelines, il faut une certaine imagination pour placer ça dans la vallée de l'Yvette). Enfin bref, le périmètre exact de ces deux termes est confus.

[#3] Je dois dire que quand GéoPortail a été lancé, je rigolais un peu de ce projet franco-français, qui faisait tout pareil que d'autres site de cartographie mais en moins bien, uniquement pour la France, et de façon très fermée. Maintenant, je rigole moins, l'interface est devenue vraiment bonne et on peut trouver moyen de vraiment visualiser des choses intéressantes avec (et, pour commencer, ils ont compris l'intérêt de faire des permaliens utilisables).

[#4] Je ne sais malheureusement pas faire un lien Google Maps qui n'ait pas cet insupportable onglet latéral (à gauche) qui obscurcit un bon bout de la carte.

[#5] Ça pourrait être une idée de faire une version de la carte où je mettrais en couleur les routes que j'ai parcourues et les endroits que je connais bien, histoire de m'apercevoir qu'elles ne sont qu'une petite partie de la zone en question !

[#6] Enfin, en cette saison, il s'agit peut-être plutôt de rêver à des endroits où il pourrait être agréable de se balader si le temps n'était pas aussi pourri. Ça n'aide pas que sur Google Street View on ait l'impression qu'il fait tout le temps beau ! (À vrai dire, je me suis pas mal frustré écrivant les liens Google Street View de cette entrée, à me dire mais je veux que ce soit le printemps !…)

[#7] Exemple au pif : je me suis rappelé soudainement avoir mangé avec mes parents, et peut-être aussi avec mon poussinet, il y a peut-être une grosse dizaine d'années, au restaurant Les Chevaliers des Balances ici à Saint-Aubin (j'ai eu un mal fou à retrouver ce lieu !) ; et être passé avec mon poussinet près de cette vigne vierge juste à côté, dont j'ai fait remarquer qu'elle était particulièrement appréciée des abeilles ; était-ce le même jour ? deux jours différents ? que faisions-nous par là et où allions-nous ? Je n'en sais plus rien. Et ce souvenir lui-même en appelle d'autres, encore plus vieux, encore plus fous, encore plus difficiles à localiser.

Je profite du fait que je parle de cartes pour évoquer une idée adjacente : j'aimerais décorer l'appartement où mon poussinet et moi allons emménager par un ou plusieurs grands plans de Paris et/ou de l'Île-de-France. Je veux dire, des plans actuels : les plans anciens ont leur charme, mais omne tulit punctum qui miscuit utile dulci : je souhaite un plan qui soit à la fois décoratif et informatif.

Actuellement, nous avons deux plans dans notre appartement. Dans le salon, un plan du métro (identique à ceux qu'on trouve dans toutes les stations). Et dans la chambre, le plan d'ensemble du parcellaire à l'échelle 1:10 000 et au format 187cm×122cm (c'est énorme) : c'est le plan qui sert à repérer les parcelles, mais sans le tracé du carroyage ; j'avais raconté ici que je l'avais acheté. Malheureusement, ces deux plans sont assez datés : le plan du métro date de 2010, celui du parcellaire de 2000. Les versions plus récentes du plan du métro doivent encore être trouvables à la vente, j'imagine, mais il faut dénicher l'endroit (la RATP avait une boutique à Châtelet, mais ella fermé). Pour ce qui est du parcellaire, on m'a dit (cf. les commentaires de l'entrée sous le lien précédent) que le bureau du parcellaire avait arrêté de le vendre en mai 2008 (je parle du plan d'ensemble au 1:10 000 ; le parcellaire lui-même est évidemment disponible au format papier ou électronique) ; c'est dommage, parce que ce plan est magnifique, d'ailleurs une agent immobilière venue visiter notre appartement en était toute ébahie et voulait savoir comment elle pouvait se le procurer.

Bon, mais ce qu'on peut faire maintenant, et ce serait mon projet s'il s'avère qu'il est réalisable, projet qui intéressera peut-être d'autres de mes lecteurs, serait d'utiliser les données OpenStreetMap pour faire des plans maison. Plus exactement, il s'agirait de produire des posters au format environ A−1 2A0 (168cm×119cm) : de Paris à l'échelle peut-être 1:12 000 et de l'Île-de-France à l'échelle peut-être 1:100 000, avec un rendu proche de celui qu'on trouve sur openstreetmap.org (le niveau de détails serait à peu près comme ça pour Paris et comme ça pour l'Île-de-France ; je pense qu'avoir ça sur une surface de 2m² doit donner un résultat vraiment beau à voir).

Le diable, comme d'habitude avec ce genre de projets, est dans les détails :

  • choisir l'échelle mais aussi la résolution, le niveau de détails, la taille des polices et ce genre de choses,
  • récupérer les données OpenStreetMap couvrant au moins toute la surface que doit représenter le poster (plus un peu de marge),
  • réaliser le rendu (soit en téléchargeant les carreaux prérendus par OpenStreetMap si c'est compatible avec les autres choix, soit en se débrouillant pour invoquer Mapnik, ce qui demande certainement beaucoup de bidouillage pour arriver à télécharger les données XML et obtenir un rendu correct), et notamment décider entre produire une image vectorielle (immense) ou une image raster (encore plus immense),
  • trouver l'imprimeur auquel fournir une telle image (si c'est un raster, le fichier risque de faire plusieurs gigas, quand même) et capable d'imprimer au format A−1 2A0, et récupérer l'objet physique sans l'abîmer avant de l'accrocher au mur.

Il y a certainement plein de petites crottes de ragondin qui se cachent derrière chacun de ces bouts de phrases. Peut-être certains de mes lecteurs ont-ils des idées d'où elles sont et de comment les contourner. Peut-être certains sont-ils intéressés par ce projet (je veux dire, pour récupérer un poster à la fin et donc factoriser les efforts et peut-être même les coûts), mais à ce stade, ce qui m'intéresse est surtout de comprendre comment on peut s'y prendre sans s'arracher les cheveux : si vous avez des avis, n'hésitez pas à les laisser en commentaires (ou à m'écrire un mail).

Suivi : voir l'entrée suivante.

↑Entry #2628 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2628 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2627 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2627 [précédente| permalien|suivante] ↓

(lundi)

Nouvelles réflexions sur la moto : bilan après sept semaines

J'avais déjà écrit précédemment une entrée de blog avec des réflexions en vrac sur la moto peu après avoir passé l'épreuve « plateau » du permis. Cette entrée-ci est une sorte de continuation de cette dernière, et bien sûr aussi de celle-ci, sept semaines (et 1650km) après m'être acheté mon joujou : je rassemble ici toutes sortes de réflexions plus ou moins indépendantes (et présentées dans un ordre un peu aléatoire qui n'est pas celui dans lequel je les ai écrites) pour pouvoir les retrouver plus aisément mais aussi permettre aux lecteurs de mon blog que mes aventures motocyclistes n'intéressent pas de les ignorer plus facilement.

Table des parties

Bref, j'aime ça

Je radote évidemment en disant ça (mais compte tenu de la longueur de mes entrées de blog et du fait que mes lecteurs ne les apprennent pas forcément par cœur, il n'est pas inutile que je redise certaines choses) : je m'étais mis à la moto en bonne partie pour l'aspect pratique (pour pouvoir aller à Palaiseau de façon efficace ; et aussi pour apprendre à mieux conduire en général), mais je suis tombé dans une sorte de piège en découvrant que j'aimais énormément ça. (Une introspection un peu plus poussée, en acceptant le fait que je regarde les motards avec des étoiles dans les yeux depuis que je suis petit mais que je le refoulais vaguement, m'aurait certainement permis de déceler ce « piège » — mais je ne sais pas si ça me l'aurait évité, au contraire j'en aurais plutôt passé le permis plus tôt.) Faire une balade en moto me permet beaucoup plus efficacement que quoi que ce soit d'autre de me vider la tête (je vais y revenir), et d'éviter de penser à mes soucis du moment. Et dès que je descends de selle, même si je suis fatigué et content d'être rentré, en même temps, je regrette que ce soit déjà fini et j'ai envie de recommencer.

Si je suis complètement convaincu que « j'aime ça »[#], donc, en revanche je ne le suis pas franchement par l'aspect pratique qui était quand même une motivation initiale. En passant le permis moto, j'ai gagné le droit de me mettre en danger avec ce qui promet d'être aussi un gouffre à fric (et en ce moment, je pouvais m'en passer), et je ressens un certain sentiment d'injustice dans le fait que je découvre enfin un moyen de transport qui me plaît vraiment en celui qui est le plus dangereux[#2] et pas franchement le plus écologique non plus ; et en outre, il n'est pas franchement pratique : je gagne à peine de temps par rapport à une voiture parce que je n'ose faire de l'interfile que dans des conditions idéales, et je perds sur plein d'autres plans, par exemple parce que l'équipement est malcommode à se trimbaler, parce que c'est la merde quand il pleut ou qu'il vente ou qu'il fait froid ou qu'il fait chaud ou qu'il fait nuit, et j'en passe. J'ai l'impression que les dieux se rient de moi.

[#] Reste à savoir si ça va durer, même en l'absence de grosse frayeur ou d'accident : mes intérêts sont parfois d'autant plus de courte durée qu'ils sont forts, donc il n'est pas complètement exclu que la moto se retrouve finalement à prendre la poussière.

[#2] Bon, je suppose qu'en cherchant assez on doit pouvoir trouver plus dangereux que la moto, mais c'est certainement quelque chose de passablement exotique (l'hélicoptère, peut-être ?).

Quelques clichés sociologiques à 2 femtozorkmids sur les motos vs scooters

À propos de l'aspect pratique, il faut que je fasse une remarque sur les motos et les scooters.

La sociologie des utilisateurs de deux-roues motorisés m'intéresse maintenant que j'en fais partie (d'ailleurs, on est forcé de s'y intéresser un minimum pour passer le permis, parce que la fiche nº4 en parle un peu, et je suppose que le contenu restera dans l'épreuve théorique spéciale moto). YouTube, dont le talent pour titiller nos addictions est si impressionnant, a commencé, à partir des vidéos que je regardais pour préparer le permis, à me montrer plein de bouts de « motovlogs » (comprendre : blogs vidéos tenus à moto et sur la moto), un format que je trouve pénible parce qu'on passe un temps invraisemblable à dire ce qui tiendrait en quelques lignes d'écrit et qu'en plus ça a généralement peu de rapport avec ce qu'on voit sur la vidéo, mais j'en ai quand même regardé beaucoup parce que je pense avoir à apprendre sur le fond et que l'aspect sociologique m'intéresse aussi (enfin, sociologie de comptoir, entendons-nous : je n'ai pas du tout ici une approche scientifique).

Un phénomène clair et peut-être surprenant vu de l'extérieur est que les populations de motards et de scooteristes sont extrêmement différentes. Évidemment, il y aura toujours une intersection et des exceptions, parce qu'aucune généralité sociologique n'est sans exception, mais grosso modo, on peut faire l'analyse suivante :

↑Entry #2627 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2627 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2626 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2626 [précédente| permalien|suivante] ↓

(jeudi)

Mise à jour sur mes déménagements

Je suis en ce moment affairé par deux déménagements, qui n'ont aucun rapport entre eux mais se trouvent tomber quasiment au même moment, et me causent tous les deux énormément d'anxiété.

L'un est professionnel : Télécom Paris (autrefois Télécom ParisTech, autrefois École Nationale Supérieure des Télécommunications) a quitté Paris pour s'installer à Palaiseau sur le plateau de Saclay. J'ai écrit la semaine dernière ce que j'en pensais en général (ou ce que je ne voulais pas dire que j'en pensais — bref) ; pour ce qui est du déménagement en pratique, j'ai découvert mon nouveau bureau avant-hier, et écrit quelques fils Twitter, que je n'ai pas vraiment le courage de transformer en entrée de blog : , , , , . Il y aura certainement plus à dire la semaine qui vient quand les élèves seront revenus (ils ont eu une semaine de vacances pour ce déménagement). Question transports, j'ai encore à décider comment je m'y prends au jour le jour, mais ce qui est certain est que toutes les options sont profondément merdiques, ce qui m'affole assez (disons qu'entre perdre ma vie dans les transports en commun ou la risquer à moto, c'est un choix assez peu appétissant).

L'autre déménagement est personnel : j'avais écrit ici que mon poussinet et moi achetions un appartement plus grand, dans le même immeuble, deux étages plus haut : nous avons signé l'acte de vente cet après-midi et je suis donc propriétaire de 50% d'un appartement de 91m² (où il va falloir emménager) en plus de mon actuel appartement de 40m² avec terrasse et jardin (d'où il va falloir déménager et qu'il s'agira ensuite de mettre en vente), et bien sûr à la tête d'une montagne de dettes (dont une partie sera liquidée par la vente de mon appartement actuel, et l'autre amortie sur 7 ans). Je pense maintenant avoir fait un très mauvais choix en acceptant cet achat, mais en même temps je pense que c'était le seul possible, ou disons le moins mauvais (i.e., toutes les options étaient mauvaises), et là aussi j'en suis plutôt accablé.

D'abord, il y avait, et il va y avoir encore, la paperasse. J'ai une certaine phobie de la paperasse, qui n'est pas la plus aiguë qui soit, mais la quantité de choses qu'il faut faire pour acheter un appartement est tout bonnement ahurissante (et je crois voir que la quantité de choses qu'il faut faire pour vendre l'est tout autant). J'ai dit plusieurs fois en plaisantant qu'il nous fallait un nouvel appartement pour stocker tous les papiers relatifs à l'achat du nouvel appartement, mais, plaisanterie mise à part, et en mettant de côté la quantité ahurissante de papier gâchée, et même en ignorant tout le temps perdu, tout cela est tellement infantilisant et humiliant que mes nerfs ont lâché plus d'une fois. Les démarches pour obtenir un prêt sont démentes, et nous les avons faites auprès de deux banques (parce que nous nous y étions engagés par la promesse de vente), et certains dossiers ont dû être refaits plusieurs fois suite à des erreurs de la banque, bref, je n'en pouvais plus. Et c'est loin d'être fini pour la paperasse, parce que la vente de mon appartement actuel va venir avec son lot de formalités, diagnostics à faire faire, papiers à demander ou à remplir, etc. Et le déménagement lui-même aussi (à un moment il faudra signaler aux impôts que ma résidence principale n'est plus au 11 rue Simonet mais au 11 rue Simonet, et que le premier est maintenant vacant, ce qui risque d'être problématique).

La paperasse, je vais m'en remettre, c'est sûr, mais je note que beaucoup de ces démarches s'accompagnent d'une facture à payer : frais de dossier sur les prêts, frais sur la caution immobilière, solde des charges et impôts locaux à régler à l'acheteur, etc., jusqu'aux frais bancaires sur les virements ou pour la tenue de tous les comptes qu'on a ouverts au passage (ou les agios sur les découverts liés au fait que la banque a prélevé les frais de dossier plus tôt qu'on ne l'attendait…). Ces sommes ne sont pas énormes, et sont assurément petites par rapport au prix du bien acheté (et des droits de mutation ou « frais de notaire » qui vont avec), mais elles s'accumulent et, quand on a prévu le montant des prêts en se laissant juste le minimum sur les comptes bancaires, elles sont désagréables à découvrir.

J'ai eu la chance, ces dernières vingt années, de ne jamais avoir à me préoccuper d'argent (et je pense que c'est la définition opérationnelle intéressante d'être riche ; mais il faut dire que le fait de ne pas avoir de loyer à payer, de ne pas avoir d'enfant, et de ne quasiment pas voyager aident beaucoup à ne pas avoir de soucis d'argent) : à chaque fois que je voulais m'acheter quelque chose, mon compte en banque était pourvu de la somme nécessaire sans que j'aie à m'en inquiéter, même quand il s'agissait d'acheter un ordinateur ou une moto (ou pour commencer, de payer les leçons pour obtenir le permis en question, qui ont été beaucoup plus chères que la moto elle-même), et certainement à chaque fois que je me prenais l'envie de, par exemple, manger au restaurant. L'opulence, quoi. Et même, il en restait un peu à la fin du mois ou de l'année pour s'accumuler en un petit capital qui, évidemment, s'est complètement évaporé aujourd'hui.

Ce serait indécent de ma part de dire que j'aurai désormais des problèmes financiers, mais disons que pour payer ma part des mensualités du prêt et autres frais récurrents liés au nouvel appartement, il va falloir que je tire un trait (pendant sept ans) sur un certain nombre de choses qui me plaisaient énormément : par exemple, plus de restaurants (sauf si le poussinet m'invite) ou de goûters, plus de vêtements qui ne soient pas en remplacement de quelque chose de complètement usé, plus de livres, plus de sorties ciné, et même comme ça ça ne rentre toujours pas dans le budget (je n'ai pas encore décidé sur quoi j'allais tirer un trait exactement). Je ne risque certainement pas mourir de faim, donc, mais je pense quand même que j'ai fait une erreur en décidant de renoncer à beaucoup de choses qui me rendent la vie plus agréable, en échange de quelques mètres carrés de Paris (virtuellement tapissés de billets de 100€). Certes, le poussinet (qui, pour sa part, n'a vraiment aucun problème d'argent et pas à renoncer à quoi que ce soit) promet de me soutenir un peu, par exemple pour que je puisse encore aller au restaurant, mais je n'ai pas envie de vivre aux dépens de mon copain. Peut-être que l'erreur a été de vouloir que nous soyons propriétaires à parts égales du nouvel appartement, mais le contraire me gênait aussi beaucoup.

Or il n'est même pas acquis que nous soyons tellement plus à l'aise pour ce qui est de la place disponible. Ça peut sembler paradoxal, si nous passons d'un 40m² plein à craquer à un 91m², ce dernier devrait logiquement être seulement « à moitié plein » ; mais en fait, la cuisine sera beaucoup plus grande, certes, et nous aurons un grand salon, mais si on part du principe de garder ce dernier bien dégagé pour pouvoir y recevoir des amis, ça ne laisse pour ranger notre bordel que deux chambres plus petites que la chambre et le salon où notre bordel est actuellement entassé. C'est surtout en prenant conscience de ça que je me suis dit que c'était vraiment une erreur de changer ainsi d'appartement.

Le déménagement s'accompagnera forcément d'une phase de tri. Je sais qu'à chaque fois que j'ai trié dans mes affaires en me forçant à en jeter une partie, le résultat a été un immense regret de beaucoup de choses que j'avais jetées. (Il m'est d'ailleurs arrivé plus d'une fois de racheter quelques mois après des choses qu'on m'avait convaincu de jeter lors du tri. Ou d'être inconsolable de découvrir qu'elles ne se trouvent plus et que je ne peux donc peux plus les racheter.) C'est assez facilement explicable : en triant, on découvre des choses qu'on avait oubliées, on se dit sur le coup (ou on se laisse convaincre) puisque je les avais oubliées c'est qu'elles ne me servent pas : on peut jeter, mais le fait de les avoir redécouvertes fait renaître l'envie de ces choses, et on regrette plus tard de les avoir jetées — en tout cas c'est ce qui m'arrive tout le temps. Parfois, le regret vient bien beaucoup plus tard (comme pour des cartons de papiers gribouillés quand j'étais ado que mes parents m'ont convaincu de jeter il y a bien longtemps et dans lesquels je serais tellement heureux de pouvoir fouiller aujourd'hui).

Mon poussinet m'a soutenu que tout objet qu'on n'avait pas utilisé depuis plus d'un an ou dont on avait oublié l'existence est bon à jeter : je lui ai alors montré un livre qu'il a acheté il y a dix ans et dont il avait oublié jusqu'à l'existence (en l'occurrence, une intégrale de Tintin) et qui fait partie du bordel qui encombre notre appartement : peut-on jeter ça immédiatement ? Il m'a répondu que pour un livre c'est différent. Et je suis d'accord : je n'aime pas jeter les livres — je me dis que j'ai toujours la possibilité de les redécouvrir et d'aimer me replonger dedans. Le problème est que j'ai vis-à-vis de beaucoup d'objets la même sorte de relation. Vis-à-vis de mes vêtements, par exemple (il est vrai que j'en ai énormément) : je peux les oublier pendant très longtemps, et les redécouvrir avec beaucoup de plaisir. Bon, je digresse du déménagement, là ; mais ce que je cherche à dire est que je m'imaginais naïvement avoir plus de place pour ranger mon bordel, et que je risque au contraire de me retrouver avec plutôt moins, de devoir en jeter une partie, et de ne plus pouvoir le racheter une fois que je regretterai ce que j'aurai jeté.

En partant sur l'idée d'un prêt-relais couvert par mon appartement actuel, je pensais que nous aurions le temps de déménager tranquillement et donc de minimiser le stress engendré : je pensais transporter très progressivement les choses de l'ancien appartement vers le nouveau, et peut-être vivre à cheval entre les deux pendant un certain temps ; c'est un peu ce que j'ai fait pour m'installer dans mon appartement actuel. (On dispose de deux ans pour rembourser le prêt-relais. Je n'imaginais certainement pas étaler ce plan sur deux ans, mais peut-être sur trois ou quatre mois.) En réalité, toutes sortes de facteurs auxquels je n'avais pas pensé viennent contrarier ce plan. D'abord il y a le fait que les mensualités du prêt-relais, si elles m'avaient semblé très raisonnables à première vue, le sont beaucoup moins quand j'essaye de boucler mon budget déjà compliqué avec les mensualités du prêt amortissable (cf. ce que j'en disais ci-dessus), sans parler des charges de copropriété et des autres charges comme l'abonnement électrique. Or la vente elle-même prendra déjà beaucoup de temps (même si je trouve un acquéreur immédiatement, nous-mêmes avons contacté notre vendeur fin avril et n'avons conclu l'achat qu'aujourd'hui, donc six mois plus tard). Mais aussi, il semble que toutes sortes de raisons fiscales obligent à aller vite sous peine de devoir payer plus que ce que je peux me permettre de payer (notamment, il est fortement préférable que nous ayons déménagé avant le 31 décembre — je déteste les dates-butoir de ce genre). Toujours est-il que j'espérais un déménagement en douceur et il semble que je me sois lourdement trompé.

Je passe sur plein d'autres inquiétudes qui me tracassent avec cette histoire. Un petit problème de geek, par exemple, est de savoir si nous allons pouvoir faire transférer notre abonnement ADSL : je n'ai pas la fibre parce qu'il semble qu'aucun fournisseur d'accès français ne soit capable de fournir un service fibre de bonne qualité avec, notamment, un bloc IPv6 fixe de taille au moins /56 (ou idéalement, /48) et la possibilité de faire le routage soi-même (ces prestations existent probablement quelque part mais réservées aux « professionnels ») ; j'ai néanmoins un abonnement ADSL qui me fournit tout ça (le bloc IPv6 /48 fixe et la possibilité de router soi-même sans passer par une « box ») via un fournisseur complètement inconnu du grand public, Nerim, qui s'est tourné vers les « pros » et n'accepte plus de clients particuliers mais n'a pas pour autant jeté ses clients plus anciens, comme moi : reste à savoir s'ils accepteront de déménager notre abonnement, et vers qui nous nous tournerons si ce n'est pas le cas. Aucun de ces problèmes n'est grave, mais il y en a une montagne (et quand je dis une montagne, je veux dire une montagne par pièce de l'appartement), je vois bien à mon nouveau bureau tous les tracas que peut engendrer un déménagement mal organisé et mené à la va-vite, je n'ai pas envie d'avoir droit à la même chose pour mon domicile.

↑Entry #2626 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2626 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2625 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2625 [précédente| permalien|suivante] ↓

(jeudi)

Quelques nouvelles satiriques sur l'état de la recherche

Je suis en ce moment très sérieusement abattu par le déménagement de mon bureau de Paris à Palaiseau (qui est en cours : hier j'ai bouclé mes cartons, mon premier cours à Palaiseau est ). J'ai fait l'autruche à ce sujet, c'est-à-dire que j'ai mentalement occulté ce fait jusqu'à la dernière minute (enfin, semaine), ce qui fait qu'il m'affecte d'autant plus lourdement maintenant qu'il arrive, mais, honnêtement, je ne vois pas comment j'aurais pu m'y préparer intelligemment, que ce soit psychologiquement ou matériellement (autrement qu'en passant le permis voiture et moto, ce que j'ai fait ; ou à la fin en rangeant mon bureau et préparant mes cartons efficacement, ce en quoi je pense avoir été plutôt bon).

Je ne sais pas dans quelle mesure j'ai vraiment envie de raconter ici publiquement tout le mal que je pense de cette décision de déplacer Télécom Paris à Palaiseau (remarquons quand même au passage l'idée intéressante de se renommer de Télécom ParisTech à Télécom Paris précisément au moment où elle cesse d'être à Paris), que ce soit pour parler de la volonté initiale de créer un pôle scientifique sur le plateau de Saclay c'est-à-dire au milieu de nulle part (en expropriant au passage des terres agricoles parmi les plus fertiles de France), des querelles picrocholines ayant conduit à un schisme dudit plateau entre l'Université de Paris-Saclay (en gros à l'ouest de la N118) et l'Institut Polytechnique de Paris (en gros à l'est de la N118 ; temporairement NewUni et que certains décrivent comme l'École polytechnique et ses vassales), ou des problèmes simplement matériels qui se posent et se poseront encore pour moi et mon établissement (entre mon nouveau bureau qui est beaucoup trop petit pour contenir tous les papiers que je dois y transporter, et les inévitables malfaçons qu'on découvrira une fois emménagés dans un bâtiment construit à toute vitesse). Outre qu'il faudrait M entrées de N pages (avec M,N≫1) pour raconter tout ça, et que ça me fait mal au cœur d'en parler alors que je suis déjà remué au point que je n'en dors quasiment plus, la dernière fois que j'ai évoqué le stress que provoquait chez moi l'attitude manageriale de mon employeur, il s'est trouvé un fâcheux, apparemment plus préoccupé par les relations publiques que par ma santé, pour me le reprocher, et je ne suis pas certain que le droit me protège comme il devrait si je dis publiquement ce que je pense, ce qui impliquerait forcément beaucoup d'insultes contre des décideurs précis.

Du coup, comme je suis un gros couard, je vais couvrir mon cul et écrire publiquement je vous rappelle que ce blog est tenu à titre personnel et que les opinions qui sont exprimées ici sont purement les miennes et n'engagent en aucune manière Télécom Paris, que je suis d'ailleurs fier de servir et de suivre dans son déménagement vers des horizons plus radieux :

Je vous rappelle que ce blog est tenu à titre personnel et que les opinions qui sont exprimées ici sont purement les miennes et n'engagent en aucune manière Télécom Paris, que je suis d'ailleurs fier de servir et de suivre dans son déménagement vers des horizons plus radieux.

(À défaut, je peux au moins faire un lien vers le blog d'un collègue, qui formule un certain nombre de critiques très justes et très drôles, mais qui ne couvrent qu'une toute petite partie de ce que j'aurais envie de dire si je n'étais pas un gros couard et si j'avais plus de temps.)

*

Mais aussi, je pense qu'il faut voir ce mouvement dans le contexte[#] plus large d'une politique menée vis-à-vis de la recherche publique (et certainement pas seulement en France) consistant à donner l'illusion qu'on lui accorde plus de moyens en soulignant quelques grands projets emblématiques et « vendeurs » (notamment pour duper le grand public qui garde une image globalement favorable de ses chercheurs et de l'opportunité de la recherche en général), mais en lui mettant, en fait, des bâtons dans les roues à tous les niveaux, — que ce soit par des regroupements, séparations et déplacements menés de force et sans consultation, par des mesquineries administratives quotidiennes, par une manie de l'évaluation poussée jusqu'à l'absurdité et l'humiliation, par la création d'un mille-feuille organisationnel de structures (universités, instituts, établissements, départements, laboratoires, équipes, pôles, unités, etc.) qui se marchent sur les pieds les unes des autres et marchent surtout sur la tête des chercheurs qui les subissent, par l'obsession d'un fonctionnement « par projets » combinant la toute souplesse du plan quinquennal soviétique et toute l'humanité de la concurrence capitaliste, par la poursuite effrénée de toute forme de visibilité internationale et l'importance accordée à des classements dénués de sens (Shanghaï notamment), par la poursuite irréfléchie du dernier sujet à la mode (IA, science des données…) ou de celui qui donnerait les contrats industriels les plus juteux, et par l'abandon systématique des valeurs (oserais-je dire positivistes ?) qui auraient dû inscrire la recherche dans la durée, le désintéressement et l'honneur de l'esprit humain. Vous imaginez bien qu'évoquer tout ça est encore plus déprimant et nécessiterait M′ entrées de N′ pages (avec M′≫M et N′≫N) vu que la phrase précédente était déjà interminablement proustienne. Je n'ai absolument pas le courage de me lancer là-dedans, surtout maintenant ; et surtout que pour que la discussion soit vraiment intéressante, il faut fournir des contre-propositions constructives (par exemple expliquer pourquoi le fonctionnement « par projets » devrait être panaché avec des dotations permanentes attachées aux chercheurs individuels et aux équipes de recherche permettant d'explorer des pistes plus risquées ou peu à la mode), peut-être aussi explorer les mécanismes politiques qui ont amené à cette volonté de saboter la recherche, bref, tout cela serait vraiment long.

[#] C'est assez vague, dans le contexte de ? Pour n'accuser personne de quoi que ce soit de précis, je veux dire.

Est-ce à dire que je ne vais rien écrire à part le tissu de prétéritions qu'est cette entrée de blog ? Non ! Car fort heureusement, une connaissance à moi, Élodie Sabin-Teyssier (ou plus exactement, Élodie Rachel Nicole Ernestine Sabin-Teyssier, mais nous l'appellerons juste Élodie pour simplifier), lorsque j'ai évoqué avec elle l'idée d'écrire une fiction[#2] qui exposerait les maux de la recherche de façon satirique, m'a repris l'idée et s'est lancée dedans avec enthousiasme, et a écrit une série de nouvelles absolument hilarantes et certainement bien plus convaincantes que tous les rants que j'aurais pu pondre sur mon blog. Je vous laisse donc avec Les dessous de paillasse et vous souhaite bonne lecture !

(Surtout n'hésitez pas à rediffuser ce texte, par exemple sur Twitter en likant et en retweetant ce tweet, mais aussi par tout autre moyen de diffusion : Élodie a besoin qu'on booste un peu son H-number si elle veut un jour obtenir des financements pour continuer ses textes.)

[#2] Mon idée était un petit peu différente : je pensais situer l'action dans un monde un peu façon Harry Potter ou comme dans ce fragment, dans lequel les héros seraient des magiciens (chercheurs en magie théorique et appliquée) luttant difficilement contre un grand méchant et toujours handicapés par une administration qui leur mettrait des bâtons dans les roues de toutes les manières possibles (par exemple en les obligeant à soumettre un projet avec des dizaines de pages de rapports pour avoir accès à la plume de phénix permettant de détruire le horcrux du grand méchant, ou bien poussés à travailler sur la transmutation du plomb en or plutôt que la destruction des horcrux parce que c'est quand même bien plus porteur ; enfin, vous voyez l'idée). Je raconte ça pour mentionner au passage que, non, ce n'est pas moi qui me cache sous ce nom d'Élodie Sabin-Teyssier. Je n'exclus pas de développer quand même un jour mon idée originale, peut-être sous un pseudo ou peut-être pas, mais vue ma flemme proverbiale il ne faut pas compter dessus ; ceci étant, cette idée ne m'appartient pas, donc si quelqu'un se sent inspiré, qu'il n'hésite pas.

↑Entry #2625 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2625 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2624 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2624 [précédente| permalien|suivante] ↓

(mardi)

Sur les petits rituels de la vie quotidienne

Mon poussinet se plaint régulièrement du temps qu'il me faut pour me coucher : prendre ma douche (si je ne l'ai pas fait le matin ou si j'ai transpiré dans la journée), me laver les dents, me nettoyer les narines au sérum physiologique, aller une dernière fois aux toilettes, me laver les mains une dernière fois, peut-être prendre 1mg de mélatonine… tout ceci constitue un petit rituel du coucher qui me prend bien 15min alors que le poussinet est beaucoup plus efficace. C'est plus court que le temps qu'il fallait à Louis XIV pour se lever ou se coucher, mais ça reste agaçamment long.

Je me suis souvent plaint des langages de programmation (ou bibliothèques informatiques) où pour faire quelque chose d'aussi idiot qu'ouvrir une fenêtre et afficher un message à l'utilisateur on doit prononcer un nombre incroyable d'incantations propitiatoires (pour créer la fenêtre il faut d'abord une connexion au système de gestion de fenêtres, et pour créer cette connexion il faut, il faut, il faut), mais le reproche est peut-être injuste quand je réfléchis au fait que la vie courante impose (m'impose ? que je m'impose ?) aussi ce genre de rituels pour toutes sortes de choses qui « devraient » être rapides et faciles.

En fait, ces rituels sont plutôt des ensembles d'actions à accomplir avec des relations de dépendances entre ces actions imposant que celle-ci soit accomplie avant (ou au contraire après) celle-là : par exemple, il vaut mieux se laver les mains après être allé aux toilettes qu'avant, il vaut mieux se laver les dents après avoir pris tel ou tel truc contenant du sucre, etc. Certaines actions peuvent être réordonnées, d'autres pas. Mon poussinet a beau se moquer de moi, il oublie régulièrement qu'il vaut mieux que l'action transporter la serviette dans la salle de bain précède l'action se mouiller sous la douche et doit m'appeler au secours pour lui apporter la serviette qui sèche dans le salon sans qu'il ait à mettre de l'eau partout en allant la chercher lui-même.

Et je remarque que les relations de dépendances sont plus difficiles à retenir que les actions elles-mêmes ; ou plutôt, il est plus difficile de résoudre ces dépendances, c'est-à-dire de trouver la bonne action à faire qui ne va pas me mettre dans une impasse (impasse telle que : mouillé, sans serviette, et sans possibilité d'aller en chercher une sans mettre de l'eau partout). Le mieux est sans doute de retenir un agencement fixe d'actions qui résout les dépendances, et de le reproduire rituellement à chaque fois, mais parfois les circonstances imposent des petits changements (par exemple, deux actions peuvent être indépendantes, on peut avoir pris l'habitude de les accomplir dans un certain ordre, peut-être A puis B, et voilà qu'une nouvelle action C rendue temporairement nécessaire par une circonstance passagère, dépend de B et doit être accomplie avant A, si bien qu'on doit réordonner B et A ; cela pourrait être le cas d'un médicament que je veux prendre après m'être lavé les mains mais avant de me laver les dents parce qu'il contient du sucre).

Même après des années de répétition, il m'arrive de me tromper stupidement dans l'ordre de certaines actions. Par exemple, au cours du rituel prendre ma douche, je me rase deux fois : une fois au rasoir électrique avant de prendre ma douche, une fois au rasoir manuel (mécanique ? enfin, non-électrique, quoi) après ma douche mais avant de m'être séché le visage. (Mon problème est que j'ai les poils de barbe extrêmement fins et souples et difficiles à couper, et il n'y a essentiellement que comme ça que ça marche à peu près : le rasoir électrique sur peau sèche puis le rasoir manuel sur peau humide et sans crème à raser.) Et je ne compte plus le nombre de fois où je suis entré dans la douche pour me dire zut, je devais passer le rasoir électrique avant ou bien où je me suis séché le visage pour me dire zut, je devais passer le rasoir manuel avant.

Et quand je ne suis pas chez moi, je me sens souvent tout penaud pour accomplir quelque chose d'aussi bête que prendre ma douche : mes graphes de dépendances sont tout modifiés, je passe un certain temps à passer en revue les actions à accomplir en essayant de m'imaginer les faisant, et j'oublie toujours quelque chose, si bien que je me trouve par exemple comme un con tout mouillé dans la salle de bain et sans la serviette que j'ai oublié de prendre dans ma chambre/valise parce que j'ai l'habitude que chez moi elle traîne toujours dans la salle de bain.

On peut bien sûr se faire une checklist comme les pilotes d'avion au décollage. Mais d'une part, je me vois mal prendre un papier et stylo à chaque fois que je prends une douche pour ne pas oublier les bons moments pour me raser, finalement ça ferait surtout des items de plus dans le rituel vérifier qu'on a la dernière version de la checklist, imprimer la checklist, prendre un stylo, à mettre dans… la checklist ? D'autre part, cela soulève le problème de compiler la checklist elle-même et de s'assurer qu'elle satisfait bien à toutes les dépendances, et, pour commencer, qu'on n'a pas oublié de dépendances un peu cachées (cachées par des vérités aussi profondes et difficiles que l'eau mouille). Dans la pratique, c'est souvent à la N-ième répétition du même rituel (ratées pour toutes sortes de raisons) que je commence enfin à bien comprendre le graphe de dépendances. Et même mettre la liste par écrit n'est pas forcément simple, parce que certaines actions peuvent se diviser et se subdiviser si bien qu'on ne sait pas bien jusqu'où aller (quand je parle de me laver les dents, par exemple, c'est un petit rituel en soi : prendre la brosse à dent, mettre du dentifrice dessus, mouiller la brosse à dent — dans quel ordre vaut-il mieux faire ça ? —, brosser les dents en essayant d'atteindre chaque surface pendant environ 3 minutes, rincer l'intérieur de la bouche, bien rincer le pourtour de la bouche pour enlever les traces de dentifrice, rincer la brosse à dent, reposer la brosse à dent ; pas franchement besoin d'écrire tout ça, même s'il m'arrive d'oublier l'étape bien rincer le pourtour de la bouche et de découvrir que les traces de dentifrice séchées sont assez irritantes pour la peau).

Un rituel un peu interminable concerne le démarrage d'un véhicule à moteur. À ma première leçon de conduite de voiture, qui pourrait porter l'intitulé savoir s'installer, on m'a donné une liste de choses à faire lorsqu'on prend place pour conduire ; quelque chose comme : régler le siège en hauteur, régler le siège en profondeur (avant/arrière), régler le dossier en inclinaison, régler l'appuie-tête en hauteur, mettre la ceinture de sécurité, régler le volant en hauteur, régler le volant en profondeur, régler le rétroviseur intérieur, mettre le contact, régler les rétroviseurs extérieurs, vérifier qu'on est au point mort, enfoncer la pédale de frein, démarrer le moteur, desserrer le frein à main, contrôler, mettre le clignotant, enclencher la première, contrôler de nouveau, démarrer. Les dépendances ne sont pas forcément tout à fait évidentes, certaines sont assez faibles (il vaut mieux mettre la ceinture avant de régler les rétroviseurs pour être sûr qu'on est bien assis, mais ce n'est pas franchement essentiel) ou peuvent dépendre de la voiture (le fait qu'on puisse régler les rétroviseurs extérieurs sans avoir mis le contact, par exemple ; ou même le simple fait que certaines choses soient réglables). La checklist n'est donc pas tout à fait simple à compiler (et celle que je viens de lister est peut-être incomplète ou critiquable). C'est extrêmement court par rapport à une checklist en aviation, mais c'est quand même relativement longuet. Évidemment, si on est le seul à conduire la voiture, la liste se simplifie considérablement (un des intérêts de l'auto-école est d'invalider spectaculairement cette hypothèse et on peut se retrouver à passer juste après quelqu'un de très grand ou de très petit, donc on a intérêt à faire tous les réglages). Mais on peut ajouter d'autres items comme mettre à zéro le compteur kilométrique de trajet, programmer le GPS pour la destination souhaitée, ou brancher la dashcam sur la prise allume-cigare. En moto (où on ne m'a pas donné de liste prémâchée de ce genre), j'ai vite compris que c'était très différent : si le rituel pour démarrer la moto est plus simple que pour une voiture (la selle ne se règle pas — on a intérêt à avoir acheté une moto adaptée à sa hauteur — et le guidon non plus ; il faut surtout penser à enlever la béquille avant de partir mais les motos modernes calent exprès si on oublie ce qui est tant mieux parce que c'est mortellement dangereux sinon), en revanche il y a tout un autre rituel qui le précède consistant à mettre son équipement, et ce dernier a des dépendances qu'il m'a fallu quelques ratées avant de comprendre (si on met les gants avant le casque c'est nettement plus difficile d'attacher ce dernier ; il faut enlever les lunettes avant de mettre le casque pour les remettre après et, donc, trouver un endroit où les poser entre temps parce qu'on aura besoin de deux mains pour mettre le casque : l'endroit évident étant la selle de la moto, il vaut mieux faire tout ça avant d'enfourcher l'engin). Et à l'auto-école c'était pire, parce qu'il y avait en plus les étapes concernant l'oreillette pour recevoir les consignes du moniteur (allumer le talkie-walkie, le mettre dans une poche du blouson, mettre l'oreillette avant de mettre le casque, s'assurer qu'elle tient bien…) : remarquez, j'ai remplacé ça par une GoPro et quasiment autant d'emmerdements à insérer dans la checklist. Toujours est-il qu'il me faut bien dix minutes pour tout ça (bon, là aussi, je suis sûr que Louis XIV mettait plus de temps à monter dans un carrosse, mais je ne sais pas si c'est vraiment une bonne référence).

Ce que je ne comprends pas vraiment, c'est qu'il y a des gens qui semblent beaucoup moins embêtés que moi par des rituels interminables. Est-ce qu'en fait ils en ont et les accomplissent à une vitesse spectaculaire à force d'habitude (alors que j'ai mauvaise mémoire et que je me demande toujours hum, quelle est l'étape suivante de la douche, déjà ?) ? Est-ce qu'ils s'en foutent et font comme mon poussinet qui m'appelle pour lui apporter la serviette oubliée dans le salon (ou, si je ne suis pas là, met de l'eau partout) ? Est-ce qu'ils ont tout simplement moins de choses à faire ? Le mystère reste entier.

↑Entry #2624 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2624 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2623 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2623 [précédente| permalien|suivante] ↓

(dimanche)

Message de service : comment communiquer avec des personnes distraites

(Je précise d'avance que je ne vise personne en particulier, ni aucune occurrence en particulier, en écrivant cette entrée de blog ; ou plutôt, je vise tout le monde, parce que l'enfonçage de portes ouvertes qui va suivre, ou en fait, ce qui devrait être un enfonçage de portes ouvertes, semble prendre tout le monde en défaut, moi le premier. Je l'écris donc une fois pour toutes ici pour pouvoir faire des liens à l'avenir.)

Les conseils de communication qui vont suivre s'adressent, donc, à tout le monde, et surtout quand on écrit à un groupe de plusieurs personnes, mais même, en fait, quand on écrit à une seule personne. La morale tient en quelques mots : les gens sont distraits, il faut en tenir compte, il faut toujours tout répéter. Mais je vais la développer un peu.

Le cas typique auquel je pense est celui où on essaye de fixer un rendez-vous par mail entre plusieurs personnes. Il va y avoir un échange de messages où, par exemple, quelqu'un va proposer plusieurs dates, un autre va expliquer qu'à tel moment ou tel moment il n'est pas libre, et peut-être que la discussion va converger vers un consensus sur la date, après quoi on va fixer d'autres modalités. Pour les gens les plus directement impliqués dans la discussion, cette dernière semblera peut-être claire. Mais pour ceux qui la suivent d'un peu plus loin, par exemple qui regardent leurs mails après quelque temps d'absence, qui voient plein de nouveaux messages apparus dans leur boîte de réception et qui les lisent en diagonale parce qu'ils ont d'autres choses à faire que de regarder le processus d'élaboration d'un consensus dont seule la conclusion les intéressent, la discussion semblera toujours exaspéramment confuse. Il en va de même de ceux qui n'ont pas lu la discussion parce qu'ils pensaient ne pas être concernés et qui se rendent compte à la dernière minute qu'ils le sont. Ou de ceux qui pensent avoir retenu la date, et qui tout d'un coup ont un doute et veulent la confirmer en relisant l'échange de mails et s'énerveront de ne pas trouver le mail où la date est écrite. Bref, il me semble que la seule solution tenable est la suivante :

À chaque message (ou au minimum à chaque message de la personne qui organise, si ça a un sens), il est utile et pertinent de résumer tout ce qui a été convenu jusqu'à ce point (et éventuellement redire ce qui reste encore à définir). Cela pourrait être dans une phrase au début du message (nous sommes convenus de nous retrouver <tel jour> à <telle heure> : reste à décider le lieu, plus tard on précisera aussi le lieu, etc.), ou dans le sujet du mail (qui sert, justement, à avoir une information qui est répétée à chaque fois et donc facile à retrouver), voire les deux. D'autres informations peuvent aussi passer dans la signature (le numéro de téléphone de celui qui écrit). En gros, il faut viser à ce que quelqu'un qui aurait dormi pendant tout le début de la discussion et qui se réveille soudainement en lisant le message en question ait l'essentiel de l'information ; s'il y a des choses un peu longues pour être résumées, faire un lien cliquable, ou au moins, une référence précise à un message passé (message de <telle personne> daté de <tel moment>).

Je pense qu'il y a énormément à gagner à se plier à cette petite discipline (franchement pas très lourde) : je ne compte plus le nombre de discussions par mail dont j'étais en destinataire ou en copie et où j'ai lu le premier mail en diagonale en me disant je regarderai plus tard et à chaque fois que je me disais que j'allais m'y mettre, de nouveaux mails étaient arrivés rendant plus pénible la tâche de comprendre tout ce qui s'était déjà décidé, et rapidement j'abandonnais par flemme de chercher plus loin. C'est particulièrement dommage dans des projets où j'aurais pu m'impliquer ultérieurement mais que j'ai laissé filer parce que je n'avais pas le temps de chercher à comprendre sur le coup, et que plus tard quantité de décisions avaient déjà été prises et que l'effort pour en retrouver la trace était trop important.

Quand il s'agit d'un projet destiné à devenir pérenne ou semi-pérenne, bien sûr, la documentation de ce qui a été décidé doit prendre une forme différente de l'échange de mails (un site Web, un Wiki, ou si on veut quelque chose de très rapidement opérationnel, une page en markdown hébergée sur GitHub, bref, quelque chose de ce genre, dont on rappellera l'adresse dans les mails), mais la logique est toujours la même : les gens sont débordés, leur attention est précieuse, si vous voulez leur coopération, mâchez-leur le travail.

N'écrivez pas, par exemple, des entrées de blog interminables comme David Madore : personne ne les lira. Ne faites pas des phrases alambiquées comme David Madore : personne ne les comprendra. Mais surtout, cherchez à ce que chaque bout de texte (message d'un échange de mails, par exemple) soit aussi compréhensible indépendamment de tout contexte, ou, si ce n'est pas possible, que des liens explicites soient fournis vers le contexte à connaître.

Ceci vaut même pour un échange de mail 1-à-1 : normalement on devrait être en droit d'attendre que la personne à qui on écrit ait tout lu avec plus d'attention que si elle est un destinataire parmi N, en pratique on sait très bien que ce n'est pas toujours le cas, et dans le doute, toujours récapituler où on en est, ce qu'on a déjà dit (tout seul ou en commun), etc.

Tant que j'y suis, et toujours dans l'esprit « écrire avec les codes correcteurs d'erreur en tête » (cf. ceci) : quand on donne une date, il est utile de la donner complètement (jours, mois, année, et jour de la semaine ; oui, il y a une loi bizarre de l'Univers qui fait qu'on se trompe incroyablement souvent quand on donne le jour de la semaine et le jour calendaire, mais l'intérêt de donner les deux est, justement, que d'autres peuvent repérer l'erreur et la corriger). Si vous voulez vraiment ne pas donner la date complète, utilisez au moins cette convention.

Merci de votre attention. 😉

↑Entry #2623 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2623 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2622 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2622 [précédente| permalien|suivante] ↓

(mardi)

Où je reparle de moto et de vidéo et je me pose des questions copyistes

Le lecteur sait probablement deux choses sur moi.

✱ La première, que je racontais dans la dernière entrée, c'est que je me suis acheté une moto. Je vais éviter d'écrire encore 1729 entrées sur le sujet parce que tout le monde a compris et tout le monde s'en fout, donc tâchons de faire bref (le mot bref étant, pour moi, très relatif).

J'ai pris quelques jours de congés pour profiter de ce qu'il restait d'été et de beau temps et pour commencer à roder la machine. Et je découvre ainsi que j'aime ça encore plus que ce que je pensais. C'est sans doute la découverte grisante de la liberté de me balader où je veux (voire de partir sans savoir au juste où je vais, sans avoir la possibilité d'ouvrir Google Maps et devant donc me fier à mon seul sens de la géographie, ce qui veut dire que je me perds mais ça peut être un plaisir de se perdre), combinée à l'exhilaration de conduire la moto (au sujet de laquelle je renvoie à la note #7b de l'entrée sur le permis, à laquelle j'ai fait plusieurs additions successives et qui aurait peut-être mérité d'être une entrée de blog à elle seule) et la fascination d'un nouveau joujou ; toujours est-il que je suis, au moins pour le moment, complètement addict, et qu'en démontant je n'ai qu'une envie c'est de repartir.

Je suis donc allé un peu au pif, juste pour rouler, dans toutes sortes de directions (enfin, surtout vers le sud et vers l'ouest, parce que c'est quand même plus agréable ; mais je regrette un peu de ne pas vivre en géométrie hyperbolique et de n'avoir qu'un nombre limité de possibilités en la matière, même en faisant une certaine distance). J'ai parcouru 500km pour l'instant (en environ 14h), ce qui n'est pas énorme, mais juste 12 jours après avoir réceptionné le joujou, c'est plus que ce que j'imaginais. Et, à vrai dire, ça m'inquiète un peu, parce qu'en même temps je tiens à me rappeler et à me répéter que c'est quand même dangereux, que tout mon équipement ne vaut pas une carrosserie minable, que même si je roule prudemment je ne suis pas à l'abri des erreurs et encore moins de celles des autres, et que l'impression trompeuse de facilité ne doit pas me faire oublier que je suis débutant. Ce qui est sûr, au moins, c'est que je ne suis pas tenté de rouler vite : ce qui est agréable, c'est entre 30km/h (vitesse à laquelle l'effet gyroscopique se fait sentir) et 90km/h (vitesse à laquelle c'est l'absence de carénage de ma moto qui se fait sentir) ; ni de doubler rageusement les voitures, ce sont plutôt elles qui me doublent rageusement, en fait (et ce n'est pas forcément tellement moins dangereux, malheureusement). Par ailleurs, je connais bien le caractère très cyclique / fluctuant / épisodique de mes intérêts, donc il est fort possible que dans deux mois (et je peux quand même raisonnablement espérer ne pas avoir d'accident pendant ce temps) mon enthousiasme sera retombé : souhaitons quand même qu'il ne soit pas retombé au point que j'aurais acheté une moto pour m'en servir seulement deux mois, mais bon, nous verrons.

Il y a aussi toutes sortes de considérations pratiques qui restent à régler. Ces derniers jours j'ai en gros fait des balades juste en moto, c'est-à-dire en boucle de chez moi à chez moi, avec juste un petit arrêt, peut-être pour déjeuner (par exemple au niveau du centre commercial Parly 2 ; à propos, je recommande le café Marlette de Parly 2, que mon poussinet et moi connaissons de nos visites à Chèvreloup). À part pour une petite virée à Meaux où le poussinet était venu en voiture et moi en moto et où j'avais mis des choses dans le coffre de la voiture — mais ce n'est pas une idée à long terme parce que c'est quand même franchement abusé de prendre deux véhicules capables de transporter 5+2 personnes pour en déplacer 2. J'ai le problème, donc, si je veux m'arrêter pour faire une balade à pied et pas juste pour manger, de savoir quoi faire de mon équipement moto (que je décris à la fin de cette entrée). Je veux bien transporter mon casque à la main, mettre les gants dedans comme si c'était un panier, et garder le blouson sur le dos ; et même les bottes sont finalement beaucoup moins inconfortables pour marcher que ce que j'imaginais ; mais le pantalon, lui, est passablement gênant, et en plus le pantalon dans les bottes fait couic-couic à chaque pas, ça rend fou le poussinet. Je n'ai pas de top-case sur la moto, je n'ai pas vraiment envie d'en faire ajouter un, j'ai peur que le pantalon ne tienne même pas facilement dans un top-case et j'ai aussi peur que ce qu'il y a dans un top-case se fasse très vite voler. Mais je n'ai pas non plus envie de me passer d'un pantalon très sérieux. Quelques problèmes pratiques à résoudre donc, comme aussi le fait qu'entre le moment où je sors de chez moi et le moment où la moto sort du parking il s'écoule pour l'instant largement 20 min parce que j'oublie toujours quelque chose ou en tout cas je mets un temps invraisemblable à penser à tout (et la GoPro n'aide pas, je vais y revenir).

Puisque le but est de ne pas continuer longtemps l'absurdité de la configuration où le poussinet prend la voiture et je le suis en moto, j'ai commencé à essayer de le prendre pour passager. (En revenant de Meaux, nous nous sommes garés dans un bled au milieu de nulle part et nous avons fait un petit tour en moto à vitesse bien modérée pour voir l'effet que ça faisait.) Apparemment c'est moins inconfortable pour lui que ce que je craignais sur une selle minuscule et sans poignée passager pour se tenir (j'ai déjà été passager sur les CB-500F de mon auto-école avec le moniteur comme conducteur, mais ils avaient au moins fait poser des barres pouvant servir de poignées, et même comme ça je trouvais ça très inconfortable, probablement parce que j'essayais de me tenir trop avec les mains et pas assez avec les jambes). Reste que je n'étais moi-même pas terriblement rassuré dès qu'il s'agissait d'accélérer ou de ralentir, ou même de prendre un virage, et je me rendais compte que le moindre changement de vitesse, qui quand je suis tout seul me semble passer comme du beurre, implique une décélération et une accélération que je sens au mouvement du poussinet derrière moi. Mais surtout, je me sentais doublement nerveux d'avoir la responsabilité de mon poussinet en plus de la mienne. Bref, il y a encore du travail à faire. Et il y a aussi la question de l'équipement qui devient encore plus problématique à deux (pour ce petit essai, le poussinet s'est acheté un casque et des gants, a utilisé ses chaussures normales qui sont des chaussures de montagnes protégeant bien la cheville, et pour ce qui est du pantalon et du blouson il a pris ceux, en mesh, que je m'étais achetés pour temps chaud ; heureusement nous avons des tailles suffisamment proches pour pouvoir partager tout sauf peut-être les chaussures).

Ajout : Bilan après quelques semaines de moto dans une entrée ultérieure.

(Sinon, rien à voir, mais puisque j'en suis à faire une sorte de brain dump je ne fais pas de transition : je découvre qu'il existe un service de location de motos à Paris. Peut-être que je devrais essayer au moins une fois, histoire de ne pas conduire que une CB-500F.)

Voilà qui fut « bref »(?). Je passe au deuxième point.

✱ La deuxième chose qu'on sait certainement sur moi, c'est mon obsession pour la préservation de l'information (ou copyisme : j'en parlais par exemple dans cette vieille entrée ; j'en ai reparlé ensuite quantité d'autres fois, mais jamais vraiment remis à plat mes idées — tant pis) ; et que j'aime bien m'amuser à disséquer et analyser l'information que je préserve.

Le problème avec la préservation de l'information, c'est que parfois on a trop d'information pour pouvoir tout stocker, il faut arriver à faire le tri en choisissant intelligemment ce qu'on garde et ce qu'on ne garde pas. Je ne suis pas au niveau du LHC qui produit des données au rythme de ~1Go/s après tri, et plusieurs centaines de fois plus avant tri. Mais voilà, je disais dans l'entrée précédente qu'en même temps que la moto je me suis acheté une GoPro pour filmer quand je conduis, et cela soulève des problèmes graves pour le copyiste que je suis : la GoPro produit des données au rythme fort soutenu de 4Mo/s pour la résolution et le framerate que j'utilise (1920×1080 à 25fps), pourtant modestes par rapport aux capacités du gadget, ce qui fait que j'ai déjà accumulé 192Go en quelques jours, je ne peux pas conserver ce flux d'information tel quel, et honnêtement, on s'en fout de garder une qualité aussi excellente. Mais j'ai quand même envie d'en conserver un « résumé », peut-être autour de quelques pour cent du volume, et la question se pose de savoir quoi et comment (dégrader monstrueusement la qualité ? réduire la résolution au format vignette ? accélérer la vidéo ou diminuer le framerate ? garder une image par seconde voire par minute ? une combinaison de tout ça ? ou au contraire plusieurs résumés distincts par vidéos, par exemple l'un au format vignette et l'autre à résolution maximale mais seulement d'une image sur N ?).

La GoPro, outre l'enregistrement de l'image et du son, stocke aussi dans la vidéo des informations GPS et aussi des mesures d'accéléromètres et de gyroscopes (voir ici pour les détails du format et de ce qui est stocké) : à raison de 200 enregistrements par seconde pour les accéléromètres et gyroscopes, et 18 par seconde pour le GPS, je disais que ce sont de véritables caramels mous pour geek, mais même ces informations-là finissent par peser un peu lourd (bon, c'est ~0.1% de l'ensemble de la vidéo donc ce n'est pas là que je vais vouloir gratter de la place), et surtout, il n'est pas complètement évident de les extraire de la vidéo sans perdre de l'information (les flux vidéo, audio et télémétrie sont synchronisés par le conteneur MP4 et l'horloge principale est celle donnée par le conteneur, ce n'est pas facile de décider comment stocker la télémétrie seule). J'arrive à extraire une trace GPS (au format gpx), mais il y a certainement quelque chose de rigolo à faire avec ces « caramels mous pour geek » que sont les relevés des accéléromètres et gyroscopes, peut-être analyser une trajectoire de virage de façon extrêmement détaillée ou voir quel est l'impact mesuré par les accéléromètres d'un changement de vitesse (ce qui suppose de comparer avec la vidéo pour savoir exactement quand je touche à l'embrayage).

Ajout () : La « simple » opération de modifier ou recomprimer la vidéo sans affecter les autres informations stockées dans le flux par la GoPro n'est pas évidente : voir ce fil Twitter (lire au-dessus et en-dessous) ainsi que cette page qui donne des instructions détaillées mais dont je signale dans le fil Twitter qu'elles ne semblent marcher que pour certaines versions de ffmpeg (la 4.0.2 mais pas la 4.2.1 — il n'est pas clair si c'est un bug, un accident ou une feature).

Je me pose d'ailleurs la question suivante, qui n'est théoriquement pas très difficile, mais comme d'habitude le diable est dans les détails : j'ai une fonction — la position de la GoPro — qui est mesurée 18 fois par seconde par GPS, mais avec une précision variable et parfois très mauvaise, et dont la dérivée seconde est mesurée 200 fois par seconde par les accéléromètres (et gyroscopes puisqu'il faut bien retrouver les directions), avec une précision sans doute plus constante : quelle serait la bonne approche numérique, avec ces diverses données, pour interpoler la position quand elle n'a pas été mesurée ou qu'elle l'a mal été ? et pour approcher la vitesse ? (bizarrement, la GoPro enregistre la grandeur de la vitesse relevée par le GPS, mais pas sa direction : on doit pouvoir y arriver en mettant ensemble des positions successives, la grandeur connue, et l'accélération, mais tout ça n'est pas forcément évident). Bon, pour faire des expériences un peu scientifiques, il faudrait sans doute plutôt accrocher la GoPro à la moto elle-même qu'à son conducteur qui doit avoir tendance à gigoter inutilement.

[Deux vues différentes au même moment]Il y a plein de choses qui sont théoriquement très simples et qui en pratique dont parsemées de petites crotte de ragondin, en fait. À l'occasion d'une de ces balades d'essai où le poussinet prend son joujou et moi le mien, la même suite d'événements a été filmée par deux caméras indépendantes : la dashcam de la voiture, vers l'avant et vers l'arrière mais prenons la vue arrière puisque c'est elle qui voit la moto, et la GoPro que je porte sur un harnais. Je me suis dit que ce serait amusant de faire une vidéo combinée montrant les deux vues en même temps. Synchronisées, donc. En principe ça ne devrait pas être difficile de synchroniser les deux flux vidéos, d'autant que les deux caméras captent l'heure par GPS (la GoPro l'insère comme un flux binaire dans le fichier vidéo, tandis que la dashcam de la voiture l'ajoute sur les images). Mais il y a un million de petites complications qui viennent rendre ce beau projet beaucoup plus compliqué que sur le papier : par exemple, la dashcam coupe sa vidéo en fichiers de 181s, avec 1s de recollement entre deux fichiers consécutifs tandis que la GoPro les coupe en fichiers d'environ 4Go et sans recollement ; les deux, d'ailleurs, n'ont pas le même framerate parce que ce serait trop facile sinon ; la dashcam enregistre certes l'heure renvoyée par une unité GPS, mais elle la reçoit, en fait, une fois par seconde et pas forcément à l'instant exact de la seconde GPS, si bien que cette heure est seulement précise à quelque chose comme 1.5s ou 2s près ; la dashcam, par ailleurs, a été éteinte pendant un certain temps parce que le poussinet a coupé le contact pour mettre de l'essence (ce qui fait qu'un segment vidéo a été raccourci). Au final, pour trouver des bons points de synchronisation, je n'ai pas utilisé le GPS mais des feux qui passaient au vert (vus par la GoPro et la caméra avant de la voiture, que j'espère correctement synchronisée avec la caméra arrière) : j'ai réussi à produire une vidéo correctement synchronisée (à une fraction de seconde près), mais ça n'a pas été sans y passer beaucoup de temps et m'arracher beaucoup de cheveux (surtout avant d'avoir compris cette histoire d'heure reçue seulement une fois par seconde par le GPS de la dashcam de la voiture). Je ne publie pas la vidéo résultante, parce que je doute qu'elle intéresse qui que ce soit à par le poussinet et moi (hum, juste moi en fait), et que YouTube massacre tellement la qualité des vidéos que je lui envoie que ça n'aurait plus aucun intérêt ; mais voici ci-contre un exemple de capture (ça se passe à cet endroit) où normalement les parties haute et basse ont été prises à quelques centièmes de seconde d'intervalle.

Là aussi, le copyiste que je suis se demande s'il conserve la vidéo complète résultant de cette synchronisation, ou seulement quelques images aléatoires, ou juste les informations de synchronisation.

Tout ça m'aura au moins permis d'en apprendre un peu plus sur le fonctionnement du programme ffmpeg et de ne plus avoir peur de faire des successions un peu compliquées de filtres.

(En fait, je vais tâcher de remplacer la GoPro par une dashcam pour moto puisqu'on m'a signalé que ça existait et que ça correspond sans doute mieux à l'usage que je cherche — hors caramels mous, Surtout que le temps pris pour enfiler le harnais portant la GoPro, ou parfois pour me rendre compte que j'ai laissé la carte µSD dans l'ordinateur et que je dois revenir la chercher, jouent beaucoup dans le temps qui s'écoule entre le moment où je décide de partir et le moment où la moto démarre vraiment. Bref, je prendrai une dashcam — la VSYSTO a l'air intéressante — quand j'aurai fait poser une prise 12V sur laquelle la brancher, et en espérant que la fixation et le câblage ne dépassent pas mes capacités très limitées pour le bricolage. Mais je ne vais certainement pas jeter ma GoPro qui pourrait servir à enregistrer toutes sortes d'autres choses, ne serait-ce que des balades à pied. ⁂ Mise à jour : Voir ce bout d'une entrée ultérieure pour la dashcam que j'ai finalement achetée.)

↑Entry #2622 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2622 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2621 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2621 [précédente| permalien|suivante] ↓

(vendredi)

Bref, je me suis acheté un joujou à deux roues

[Photo de moi sur la moto][Photo de moi sur la moto]Je disais dans l'avant-dernière entrée (et sur Twitter) que je m'étais acheté une moto, et je faillirais à la hauteur de ma réputation de documentateur (documenteur ?) frénétique si je ne racontais pas ça dans une entrée fleuve en 95 040 sous-parties, donc, c'est parti. Je me suis acheté une Honda CB-500F (modèle 2019, neuve).

Pourquoi une CB-500F ? Et puis tu es con d'avoir acheté neuf, David !

(La fiche technique est là.)

C'est le modèle utilisé par mon auto-école, donc la principale raison c'est que j'en ai maintenant l'habitude, je sais que je le trouve agréable à conduire et il ne va pas me surprendre. Comme j'ai aussi appris en mettant 129h à passer le permis que je n'apprenais pas très vite ce genre de choses, il est peut-être mieux que je ne me déstabilise pas en prenant un modèle différent.

Mais le fait que ce soit un modèle utilisé par mon auto-école comme par beaucoup d'autres signifie aussi que des gens plus compétents que moi jugent que c'est une bonne moto pour débuter, mais aussi raisonnablement fiable. Je sais que beaucoup d'auto-écoles choisissent soit la Yamaha MT-07 soit la Kawasaki Z 650, mais ce sont des motos plus puissantes, qui doivent être bridées pour être rendues conformes aux exigences du permis A2 (≤35kW), et je suis globalement sceptique quant à l'opportunité de prendre un modèle qui a été conçu par des gens très malins pour développer une certaine puissance, et ensuite le brider pour qu'il ne puisse plus produire que les deux tiers de cette puissance (par exemple, je n'y connais rien, mais je suppose que les choix sur la boîte de vitesse, ne serait-ce que l'échelonnage des rapports, sont optimisés en fonction de la puissance du moteur). S'agissant de la MT-07 spécifiquement, j'ai entendu dire que sa nervosité pouvait être difficile à prendre en main pour les novices : le réseau d'auto-écoles CER l'utilise généralement (ils ont une forme de partenariat avec Yamaha), mais la mienne précisément (CER Bobillot) a décidé de ne pas suivre, notamment pour cette raison. La CB-500F, au contraire, est d'origine pile-poil à la puissance permise pour le permis A2 (35kW, donc).

A contrario, j'aurais pu prendre une moto moins puissante[#] : en fait, à l'origine, la raison pour laquelle je passais le permis A2 est que je n'avais pas l'ancienneté nécessaire (à savoir, 2 ans) pour faire le stage court (7h)[#2] donnant le droit de conduire une 125cm³ avec le permis B. Mais la seule fois où mon auto-école m'a mis une 125cm³ entre les pattes pour aller sur le plateau, j'ai eu l'impression qu'elle était tellement à bout de souffle à 90km/h sur l'autoroute que ça ne me rassurait pas du tout. Alors je me suis dit que si les autorités dans leur infinie sagesse avaient choisi de mettre la limite à 35kW (soit la puissance déployée par un moteur d'environ 500cm³) pour le permis A2, c'était certainement une puissance raisonnable, quelle que soit la définition exacte de « raisonnable ». (Plus sérieusement, raisonnable devrait sans doute vouloir dire que la puissance que le conducteur se sent capable de demander et ce que la moto est capable de fournir sont comparables, mais je crois que mon argument se casse la gueule, là.)

Enfin, je n'y connais rien au marché des motos, mais mes lecteurs se douteront bien que j'ai consulté plein d'essais et de comparatifs. Dans les descriptions de la CB-500F, des termes comme comme une bonne moto pour débuter ou un petit roadster sympa et facile à prendre en main ou encore une moto accessible, progressive, rassurante, naturelle, pas surprenante ou qui pardonne reviennent assez souvent pour que je croie que ce n'est pas une coïncidence ni une opération de comm' orchestrée par Honda. Et à la limite, parfois les reproches me convainquaient que bon, si c'est ça ce qu'on trouve à lui reprocher, c'est que ça doit être parfait pour moi. (Au pif, dans cet essai fait par un youtubeur[#3], il dit vers 9′23″ dommage que la sonorité n'est pas plus présente : vraiment on l'entend pas, cette moto, dommage — non mais sérieusement ‽ — et vers 10′40″ ça manque de pêche, ça manque de vivacité, tu vois, ça manque d'explositivitéI think I can live with that. À 11′35″, il consent à trouver un soupçon de nervosité à partir de 7000tr/min, alors moi qui conduis plutôt vers 3500tr/min[#4] à cause de l'influence de la voiture Diesel du poussinet et qui me demande si ça ne hurle pas trop à 5000tr/min, je me dis que j'ai de la marge pour la voir venir, la nervosité.)

Globalement, la synthèse que j'ai retenue des essais que j'ai vus ou lus de la CB-500F serait quelque chose comme :

  • moteur très « linéaire » (whatever that means), manquant de « mordant » et d'« allonge » (whatever that means),
  • bonne tenue même à bas régime,
  • très bonne maniabilité,
  • bon freinage,
  • bons amortisseurs,
  • embrayage très agréable (surtout sur le modèle 2019), boîte de vitesse facile à gérer,
  • consommation plutôt faible (annoncée 3.4L/(100km), les valeurs mesurées en essais varient énormément entre 3 et 4L/(100km)),
  • position de conduite modérée, guidon large,
  • bons rétroviseurs,
  • afficheur numérique clair, mais difficile à lire au soleil à cause des reflets ;
  • moralité : très bonne moto pour débuter.

↑Entry #2621 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2621 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2620 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2620 [précédente| permalien|suivante] ↓

(lundi)

Où je m'énerve une fois de plus sur la difficulté de migrer d'un Android à un autre (et j'explique quelques choses)

Bon, en attendant de vous raconter que je me suis acheté une moto, je vais vous raconter que je me suis acheté un téléphone, et je vais endosser mes habits préférés de râleur qui se plaint que le monde informatique est vraiment merdique. Je pourrais utiliser le même temps à essayer de débloquer tout ce qui me pose problème au lieu de le décrire à grands coups de phrases interminables dans mon blog mais where would be the fun in that? (sérieusement, ranter sur les problèmes que je rencontre au lieu d'essayer de les résoudre ne semble peut-être pas très productif, mais en fait (a) ça me permet de faire mentalement le point sur où j'en suis et (b) qui sait, peut-être qu'un expert Android passera par là et aura des informations sur les points techniques que je vais évoquer, même si je n'y crois pas trop).

Je vais essayer de faire en sorte qu'au moins le début de cette entrée ne soit pas trop technique (voire, possiblement instructif) pour les non-geeks (ignorez juste les détails des modèles et numéros de version que je me sentais quand même obligé de donner très tôt). Plus loin, en revanche, je me mettrai à parler de SQL et ça deviendra fatalement technique.

Donc. Le contexte est que mon téléphone actuel (un Nexus 5, cf. ci-dessous) est à bout de souffle. Physiquement, d'abord (le cache arrière se détache et il est scotché pour rester en place ; et la batterie a une autonomie faiblissante). Mais logiciellement aussi. D'abord parce qu'il n'y a plus de mises à jour, donc la sécurité devient de plus en plus mauvaise avec le temps qui passe (et, loi de Murphy oblige, juste après que les mises à jour ont cessé pour ce téléphone, il y a eu une cascade de trous de sécurité Android). Mais aussi simplement du point de vue performance. Je n'ai jamais bien compris par quelle magie les ordinateurs, tablettes et téléphones ralentissent avec le temps, comme si les processeurs s'usaient en vieillissant (pour ceux de mes lecteurs qui ne sont pas calés en informatique : non, pas du tout — en tout cas ça ne peut pas produire cet effet-là, où alors de façon extrêmement marginale par exemple sur l'usure de la mémoire flash/SSD), mais le phénomène est insupportable. Dans le cas de mon téléphone, c'est surtout le manque de mémoire qui le rend de moins en moins utilisable. Mémoire flash/SSD : il m'est de plus en plus difficile de tenir les photos que je veux conserver et les cartes OSM dans les 32Go dont il dispose. Mais surtout mémoire vive/RAM : basculer entre trois, parfois seulement deux, applications Android est devenu(?) impossible, si je lance la navitation dans Google Maps pour guider mon poussinet en voiture, je ne peux essentiellement rien faire en même temps (une fois que nous rentrions de Normandie et que je le guidais avec Google Maps/Navitation, nous sommes passés devant un panneau routier qui annonçait un site touristique possiblement intéressant, le poussinet m'a demandé de regarder ce que c'était, le temps que j'arrive à ouvrir un Firefox et à faire la recherche nous avons dû rester peut-être cinq bonnes minutes à tourner aléatoirement dans le bled puis à stationner comme des cons). Ce n'est plus tenable.

Bref, le nouveau téléphone que je viens d'acheter est un OnePlus 6 (nom de code enchilada), mais ce n'est pas important dans cette histoire. J'ai installé dessus la version 16.0 de LineageOS (une version libre et communautaire d'Android, pas énormément modifiée par rapport à la version basique AOSP distribuée par Google), ainsi que l'excellent mode de secours TWRP (lui aussi libre et communautaire), mais tout ça n'est pas terriblement important non plus dans ce que je vais raconter, à part peut-être que c'est un Android 9 Pie, sur lequel je suis root et où je peux aussi faire des opérations en mode recovery (= de secours). Mon téléphone actuel est sous Android 7.1.2 (Nougat ; c'est un Nexus 5 =hammerhead, sous LineageOS 14.1). J'ai des griefs contre le téléphone lui-même et contre l'emmerdement pour installer LineageOS (qui ne sont essentiellement pas la faute de LineageOS), mais ce n'est pas de ça que je veux parler (j'en parle un petit peu dans ce fil Twitter).

Le problème se pose donc maintenant, comme à chaque fois que je change de téléphone — et la difficulté à le résoudre ne s'améliore pas et explique que je n'aime vraiment pas changer de téléphone :

Comment transférer les données de l'ancien téléphone vers le nouveau ?

Par les données, j'entends principalement :

  • mes contacts téléphoniques,
  • l'historique des appels téléphoniques passés (correctement liés aux contacts, j'entends),
  • l'archive de tous mes SMS et MMS (avec, dans le cas des MMS, les photos ou autres pièces jointes qu'ils peuvent contenir ; et là aussi, correctement liés aux contacts),
  • les données de diverses autres applications (historique de conversation sous Xabber, réglages de Firefox, ce genre de choses).

↑Entry #2620 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2620 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2619 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2619 [précédente| permalien|suivante] ↓

(vendredi)

Où je finis quand même par décrocher le permis A2

[Certificat d'examen du permis de conduire]Alors voilà, j'ai quand même fini par l'avoir. J'ai passé l'examen mercredi après-midi et j'ai eu le résultat ce matin (ci-contre), me donnant le droit de conduire une moto[#]. Le feuilleton s'est éternisé et je pense que tout le monde en avait marre, moi le premier (pour ne pas parler du poussinet) : il m'aura fallu 87 heures (pour la partie plateau) plus 42 (pour la partie circulation), soit 129h au total[#2], ou encore 28+21=49 séances, réparties sur tout juste un an (j'ai déposé mon dossier d'inscription le ) ; et un échec[#3]. Je n'ai peut-être pas battu un record, mais je ne dois pas en être loin (les valeurs typiques dans mon auto-école pour la durée de préparation ont l'air d'être autour de 30h pour le plateau et 10h pour la circulation[#4]). Accessoirement, à 45€ la séance, ça commence à chiffrer : en ajoutant le prix un peu exorbitant de l'équipement de protection que je me suis payé, mon compte moto sur GnuCash atteint largement le prix d'une belle moto[#5] alors que je n'en ai pas encore acheté.

[#] Legal fine print: de puissance ≤35kW, et ≤70kW avant un éventuel bridage, et de puissance massique ≤200W/kg.

[#2] Tant que j'y suis, une estimation pifométrique de la distance que j'ai parcourue en moto : pour la préparation au plateau, 23×2×9km ≈ 415km pour les allers-retours, et sur le plateau lui-même, 60h effectives à, au pif, 5km/h de moyenne générale, donc peut-être 300km ; pour les leçons en circulation, 30h effectives à, au pif, 30km/h de moyenne, disons 900km. Allez, à la louche, 1600km en un an : vu sous cet angle, ce n'est pas tant que ça, en fait.

[#3] Allez, encore des chiffres débiles : cette priorité à droite m'aura coûté trois mois et 925€ : ce serait amusant de savoir ce que le public penserait de sanctionner le refus de priorité par trois mois de suspension du permis et 925€ d'amende. 😁 (En vrai, c'est 4 points — ou maintenant 6 pour un piéton — et 135€ d'amende.)

[#4] Estimation très grossière basée sur ce qu'ont dit les moniteurs (qui ne font eux-même visiblement pas de stats) et des discussions avec d'autres élèves. Mais je prends la peine de l'écrire, parce que c'est le genre de chiffres qui pouvaient m'intéresser au moment où je commençais à me documenter — et que je ne trouvais pas.

[#5] Mais bon, c'est toujours moins que 1m² d'immobilier parisien, ce qui remet aussi les choses en perspective.

Il y aurait peut-être à méditer sur pourquoi j'ai eu tellement de mal (même en tenant compte de facteurs handicapants comme mon âge ou le fait que j'avais exactement zéro expérience préalable des deux-roues motorisés, et même en comparaison avec mon permis B qui a déjà été difficile), — mais je n'ai pas vraiment envie maintenant.

Je crois cependant que je ne vais pas continuer avec les permis C, D et *E. (Mais je n'en ai que plus d'admiration pour ceux qui réussissent ces épreuves[#6].)

[#6] Ma belle-maman a le permis D. Et là, il semble que les créneaux de passage sont tellement rares que si on rate l'épreuve, ce n'est pas trois mois qu'on doit attendre pour la repasser mais plutôt un an.

Si je repense à ce qui m'avait initialement poussé à passer le permis moto, j'avais trouvé principalement trois raisons : la curiosité, le défi, et l'idée que préparer et passer un nouveau permis m'aiderait à mieux conduire en général (donc y compris une voiture, un vélo — ou même mes petits petons). Ce dernier point est certainement une réussite (rétrospectivement je me dis un peu que j'ai eu mon permis B dans une pochette surprise, et que les leçons de moto m'ont aidé à améliorer ma gestion de la route au moins autant que les excursions avec la tuture du poussinet ou plus récemment quelques essais de voitures électriques en autopartage) ; et je suppose qu'on peut dire que ma curiosité est assouvie et que le défi a été relevé. Mais ce que je n'avais pas prévu initialement c'est que j'allais vraiment y prendre goût (et que ça devenait donc d'autant plus frustrant de ne pas réussir).

Parce que, franchement, conduire une voiture, je trouve ça juste pénible. C'est utile, mais je ne trouve décidément pas ça agréable[#6b]. Peut-être que c'est lié au fait que j'ai passé le permis B comme une sorte d'obligation. Ou parce que je continue à avoir du mal : je gère encore parfois mal les vitesses par exemple quand il s'agit de rétrograder avant un giratoire, je ne place pas bien mes mains sur le volant quand ça tourne trop, j'ai toujours du mal à visualiser le gabarit quand le passage est un peu étroit, et pour ce qui est des manœuvres c'est vraiment la catastrophe. (Les voitures électriques m'ont un peu réconcilié avec la voiture, quand même, tant il est vrai que le fait de ne pas avoir à penser au risque de caler[#6c] permet de mieux gérer tout le reste.)

Mais rien de tel en moto. L'impression de facilité est peut-être trompeuse (87h de préparation au plateau, quand même…), et peut-être que je dirai autre chose après une chute, ce serait audacieux de ma part que je conduis bien, disons peut-être juste que je conduis moins laborieusement qu'une voiture ; mais, voilà, je ressens ça comme si c'était instinctif. Même le passage des vitesses : j'avais essayé ici d'analyser pourquoi, et c'est un peu confus, mais ce que je perçois, en tout cas, c'est qu'en voiture l'embrayage est une gêne, alors qu'en moto c'est un allié[#6d]. Et pour ce qui est des trajectoires, c'est incompréhensiblement naturel, on a la sensation que la moto va là où on veut qu'elle aille, sans qu'on ait besoin de lui dire. On fait les choses sans réfléchir — et c'est quelqu'un de caricaturalement hyper-analytique qui écrit ça. Je pense que c'est largement cette sensation de « faire corps »[#7] avec la machine (comme si on se déplaçait soi-même[#7b] sur la route) qui rend la moto insidieusement grisante. Bien sûr que c'est une illusion, et bien sûr qu'elle est dangereuse, mais ça n'en est pas moins addictif. Et je suppose que c'est ça qui fait que certains recherchent la vitesse[#8] et/ou se croient invulnérables.

[#6b] Ajout : Pour répondre à une remarque qui m'est faite en commentaire, je ne nie absolument pas que les voitures soient nettement plus confortables que les motos, notez bien (ne serait-ce que quand il pleut, qu'il fait chaud, ou qu'il fait froid !), et incomparablement plus pratiques s'il s'agit de transporter quoi que ce soit. Mais à ce compte-là, je préfère être passager de la voiture et avoir, par exemple, mon poussinet comme chauffeur (lui il aime ça).

[#6c] Ajout () : Parlant de caler : avec la tuture du poussinet (Golf IV diesel), si on cale, il faut couper le contact complètement, attendre environ une seconde, remettre le contact, attendre l'extinction d'un voyant, et tenir la clé de contact en position démarreur pendant le temps nécessaire pour entendre le moteur tourner mais surtout pas trop. C'est certes plus simple que sur une Ford Model T, mais ça reste un peu fastidieux, et un peu traumatisant si on est en train de se faire engueuler par les gens derrière qui s'énervent d'attendre au feu vert à cause du plouc qui a calé en démarrant. Au moins, avec la voiture de l'auto-école, il suffisait de remettre un coup d'embrayage. Avec la Honda CB 500 (la moto sur laquelle j'ai travaillé, donc), en cas de calage, on appuie juste (en débrayant !) sur le bouton du démarreur : c'est tellement rapide à redémarrer que, pendant que je travaillais le parcours lent, au plateau, il m'est arrivé plusieurs fois de : commencer à perdre l'équilibre, vouloir remettre un peu d'embrayage, caler parce que j'en mettais trop, redémarrer le moteur, rembrayer un peu moins fort et ainsi reprendre mon équilibre, tout ça sans poser le pied par terre.

[#6d] Ajout () : Autant le fait d'essayer une voiture électrique est quelque chose que j'ai trouvé sympa, autant je n'ai pas tellement envie d'une moto électrique : passer les vitesses et jouer de l'embrayage est un plaisir, en moto. Si on veut me vendre une moto électrique, qu'on en invente une qui a un changement de vitesse ! (fût-il complètement simulé parce qu'on ne veut pas mettre de pièce mobile inutile).

[#7] Je ne pense pas qu'un conducteur de voiture, camion, car, train aura facilement tendance à dire qu'il « fait corps » avec son engin ; peut-être plus pour les petits avions ; mais c'est plutôt du côté du vélo ou de l'équitation qu'on trouvera quelque chose de ce genre.

[#7b] Ajout () : Je suis d'ailleurs assez d'accord avec ce qu'écrit ici Piece of a Larger Me (et qui tend vers le transhumanisme) : ça fait tout à fait sens de considérer comme faisant partie de soi, au sens mental et non biologique, toutes sortes d'extensions ou d'additions au corps, ou simplement d'accessoires sur lesquels on a un contrôle fort : de la prothèse médicale à un engin qu'on contrôle directement, en passant par nos vêtements ou un éventuel exosquelette (<insérer ici une référence à Evangelion>) ; l'extension que nous donnons à ce moi est avant tout une décision personnelle d'identification ; après tout, il n'y a pas de différence profonde entre le fait que, quand je marche, mon cerveau puisse « décider » de commander (par un influx nerveux) à mes jambes de me porter à tel ou tel endroit, ou que, quand je conduis une voiture ou une moto, mon cerveau puisse « décider » de commander (par l'intermédiaire de mes nerfs, de mes mains sur le volant/guidon, et de l'axe de direction du véhicule) à l'engin de me porter dans telle ou telle direction : dans les deux cas (humain qui marche ou humain+véhicule qui roule), on a affaire à un système complexe et téléonomique (doté d'une volonté et agissant selon elle), ce n'est pas tellement important que dans le cas de l'engin le système soit « détachable ». Donc ça a tout à fait un sens logique, dans l'absolu, de s'identifier, temporairement, à l'ensemble du véhicule et de son conducteur : il se trouve que, psychologiquement, cette identification fonctionne mieux pour une moto que pour une voiture (au moins pour moi, mais comme je le dis à la note précédente et dans les phrases qui suivent, je pense que je suis loin d'être le seul). Peut-être que ceux qui n'ont jamais conduit de moto trouvent assez ridicule (le poussinet a levé les yeux au ciel) le concept que je puisse être l'ensemble conducteur+moto, mais je vous assure que cette impression peut être puissante, et je suis vraiment persuadé que ça joue un rôle important dans l'attractivité de la moto. Une confirmation que j'y vois est dans le texte que je lis ici chez Natacha, auquel je souscris totalement (et qui a été écrit avant cette entrée-ci, mais que, inversement, je n'avais pas lu avant d'écrire cette note, — donc nous sommes arrivés à la même conclusion indépendamment) : La raison principale [du fait que j'aime beaucoup], c'est la relation fusionnelle que j'ai avec la moto, du même type que celle que j'ai avec mes chaussures. Dans les deux cas, c'est un objet artificiel qui s'ajoute à mon corps pour l'améliorer au point d'être assimilé dans celui-ci, et non pas une entité extérieure que je dois utiliser.Surajout : voir aussi ce que dit ce motovloggueur, motorcycling is different from riding a car around in a lot of ways, but one of the best ways that it is different is that you and the bike are one: when you hop aboard a bike, you are essentially becoming a part of it, and nothing gets me going like correctly matching to my motorcycle (et il continue avec des remarques sur l'équipement que je partage aussi). ⁂ Mise à jour : Voir ce bout d'une entrée ultérieure pour une discussion et tentative d'analyse.

[#8] Pour éviter que ça risque trop de m'arriver, je vais prendre une moto plutôt inconfortable à conduire vite. 😉 Sans carénage et sans bulle de protection, la CB 500F devient rapidement fatigante aux vitesses maximales autorisées sur autoroute.

Bref, si d'autres sont tentés d'essayer de se mettre à la moto, je dis : faites attention, c'est un piège, vous risquez d'aimer ça.

Sur le déroulement de l'épreuve elle-même, il n'y a pas grand-chose à raconter : c'était une fois de plus au centre de Gennevilliers, nous n'étions que trois de mon auto-école à passer ce jour-là, deux pour la circulation et un pour le plateau. J'ai demandé à passer en premier, un peu pour exorciser la priorité à droite que j'avais grillée en juin ; mais aussi parce que j'avais un petit peu potassé le début de trajet très probable[#9] : histoire d'avoir une partie un peu connue le temps que le stress retombe et que je ne pense plus qu'à la route.

[#9] À savoir, le même que la fois précédente. J'y suis retourné en voiture (Car2go) entre temps. Évidemment, on peut faire plein de chemins à partir du centre d'examen de Gennevilliers, mais si on se dit que l'inspecteur veut emmener rapidement le candidat à un endroit où il y aura moins de risques d'embouteillages, et veut par ailleurs lui faire prendre l'autoroute, la trajectoire évidente est d'attraper l'A15 en direction de Cergy-Pontoise (mon moniteur a confirmé que c'est ce qui se produit le plus souvent : il s'agit donc d'une sorte d'échauffement, la partie intéressante de l'épreuve se produisant à partir du moment où on arrive sur l'autoroute, voire, qu'on en sort).

Voici une carte Google avec le trajet qu'on m'a fait suivre[#10], long d'environ 10.5km, en 25min (), de Gennevilliers à Sannois (où l'autre candidat à la circulation a pris le relais sur la moto et a ramené celle-ci à Gennevilliers par un trajet évidemment différent). Il n'y a rien de spécialement remarquable : juste un peu d'autoroute au début (mon moniteur nous avait conseillé montrez que vous atteignez rapidement la vitesse limite, et si vous avez l'occasion de faire un dépassement, faite le tout de suite, parce qu'on vous fera sortir vite, donc j'ai suivi ces instructions), quelques giratoires, priorités à droite (ou priorités en face quand on tourne à gauche… ahem…) et une route forestière inattendue à la fin dans un coin que j'imaginais uniquement résidentiel. Un exemplaire (ici) du petit « piège » que les inspecteurs du permis aiment bien, où on ne donne pas d'instruction au candidat à un endroit où il n'y a en fait qu'une direction autorisée et on vérifie s'il met bien son clignotant. Contrairement au jour où j'avais passé le permis B où j'avais relevé toutes sortes de petites erreurs et la fois où j'ai raté la circulation où j'en avais relevé encore plus et moins petites, là je n'ai vraiment pas trouvé grand-chose à me reprocher. Mon moniteur m'a dit à la fin que j'avais très bien conduit, il avait l'air tout content (et peut-être un petit peu surpris…), donc j'étais globalement confiant.

[#10] Encore une fois, j'encourage tous ceux qui ont passé le permis récemment, et qui sont capables de retrouver leur itinéraire exact, de le faire. (C'est d'ailleurs un exercice de mémoire intéressant, il me semble, de suivre des instructions pour naviguer dans un endroit qu'on ne connaît pas, et de chercher ensuite à retrouver — sur une carte et/ou Google Street View — ce qu'on a fait précisément. En l'occurrence, je n'ai eu aucun mal, mais je ne sais pas si ça signifie que j'ai un bon sens de l'orientation ou si c'est juste complètement normal d'y arriver.) Je pense qu'il est intéressant pour les gens qui vont passer le permis d'avoir quelques exemples de parcours réels (pour pouvoir les refaire à pied, en vélo, en scooter, en Google Street View, en voiture/moto s'ils ont déjà cette catégorie de permis, ou que sais-je encore, et avoir une idée du type de difficulté qu'on trouve dans ce coin).

↑Entry #2619 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2619 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2618 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2618 [précédente| permalien|suivante] ↓

(Thursday)

Results of my pronunciation poll

A little over a week ago, I launched a not-at-all-scientific online poll on the pronunciation of English vowels, in order to gain some insight into (a) how much we are influenced by the written form of a word into how we think it is pronounced, and (b) how well English pronunciation is taught to foreigners, especially in France, and what vowel distinctions they uphold — or think they do. I closed this poll on Wednesday after receiving 259 responses, of which 77 self-reported as native speakers and 182 as non-native speakers (there was also one entirely blank answer, which is not included in these statistics). This is a tabulation of results, along with some comments.

The poll consisted of 40 pairs of words (like pin / pen), displayed in a (fixed but) randomly chosen order, and for each pair, the respondent was asked whether they pronounce the words identically or not, with the choice given between four possible answers: identical, unclear / varies, distinct or don't know (instructions were given to choose the don't know answer when the respondent was not familiar with one of the words or how to pronounce it).

For each of the 40 pairs, I give below a table showing (in the last two lines), the proportion of the number of native and non-native speakers (excluding the — never more than two — who skipped the question altogether) who chose each of the proposed answers; the most frequent answer in each category has been highlighted in green. The first two lines of the table give, as an asterisk (‘✱’), the “expected” answer for two (somewhat idealized or stereotypical) standardized accents: English Received Pronunciation and General American Pronunciation (sadly, I do not have any reliable dictionary of Australian pronunciation at hand): the phonetic transcription used to conclude this has been shown in the last column of these lines; sometimes, a question mark has been added to indicate that notable variant pronunciations make the answers in question also predictably plausible (or plausibly predictable). I also added some comments as to why the pair was included and what it was meant to test (and why, in some cases, it was stupid of me to include it).

The poll also asked the respondent where they learned English (in hindsight, it would have been better to also ask where they were from, and, in the case of non-native respondents, what their native tongue was; this suggestion was made in the comments, but I did not wish to alter the questions once the poll had started). The distribution of answers is as follows:

  • Native respondents (77): England 15 (including 6 from London, and including 2 who did not specify beyond UK, but presumed to be from England); United States 40 (mostly from California and the Midwestern US; but a few did not disclose beyond the country); Canada 4; Australia 12; New Zealand 2; others 1 (Wales and Nigeria); no answer 3.
  • Non-native respondents (182): in overwhelming majority in France (117 answered France, possibly with a more specific place; another 9 included France as part of their answer); among the most common answers not including France were Russia (10, plus 1 including Russia), Germany (3) and a few other non English speaking EU countries (17), and various English-speaking countries (10).

In the comments below I will use expressions such as native respondents from the US as a shortcut to designate respondents who self-reported as native English speakers and who answered the question of where they learned English with a place in the US (or the US without further information).

The highly skewed number of French respondents is due to the way the poll was announced (on my blog, which is mostly in French, and Twitter feed, which is partially in French).

English vowels are, of course, a mess (see also this old entry), and there isn't even any clear and definitive answer to how many different vowels (phonemes?) English has, let alone how they should be transcribed. The “lexical sets” chosen by John C. Wells (namely, the vowels of: KIT, DRESS, TRAP, LOT, STRUT, FOOT, BATH, CLOTH, NURSE, FLEECE, FACE, PALM, THOUGHT, GOAT, GOOSE, PRICE, CHOICE, MOUTH, NEAR, SQUARE, START, NORTH, FORCE, CURE) are an attempt at forming a repertoire (but no accent has a different vowel for each set, and conversely, some may subdivide some of the sets; a lexical set like CLOTH has the same vowel as LOT in RP and the same vowel as THOUGHT in GA; vowels with a following ‘r’ are generally classified separately; and the NURSE vowel is not even a single vowel in Irish accents), so it is used in giving the phonetic key below, and in discussions. I encourage learners of English to memorize this set of words, try to keep apart those which are indeed pronounced separately in the accent(s) they target (so, probably forget about the distinction between NORTH and FORCE), and try to note, whenever encountering a difficult vowel, which lexical set it relates to.

The following phonetic key has been used in transcription; it is a sort of hybrid between the one used in Wells's own Longman Pronunciation Dictionary (with the notable difference that /ɛ/ rather than /e/ has been used for the DRESS vowel), and the one used in Wiktionary (with the notable difference that some vowels have been marked with ‘ː’ even in American where such distinction of length is dubious):

KITDRESSTRAPLOTSTRUTFOOTBATHCLOTHNURSEFLEECEFACEPALMTHOUGHTGOATGOOSEPRICECHOICEMOUTHNEARSQUARESTARTNORTHFORCECURE
RPɪɛæɒʌʊɑːɒɜːɑːɔːəʊɔɪɪəɛəɑːɔːɔːʊə
GAɪɛæɑːʌʊæɔːɝːɑːɔːɔɪɪɹɛɹɑːɹɔːɹɔːɹʊɹ

It should be noted that, despite the transcription which distinguishes them, most Americans now do not seem to separate the LOT and THOUGHT vowels (this is the cot–caught merger), and, conversely, a small handful still pronounce the NORTH and FORCE vowels differently (in which case the latter might be transcribed /oːɹ/).

Caveat: While the percentages in the tables have been computed automatically, everything else is written by hand, and, as humans are prone to making mistakes and I am exceptionally human, probably littered with mistakes of all sorts. Percentages might not sum to 100% because of rounding, of course; concerning rounding, I have rounded to the nearest integer or, in case of a tie (which occurs fairly frequently because I had 40 native respondents from the US and I often give the details for those), to the nearest even integer.

For those who wish to analyse the results themselves, the raw results are here.

warn / worn
Ident.Uncl.Dist.DKwarn / worn
RPwɔːn
GAwɔːɹn
Native 71%  9% 20%  0%
NonNat 27%  7% 62%  4%

This pair is homophonous in all English accents I know of. It was included to test the effect of spelling differences, and as a possible comparison with the farm / form question.

↑Entry #2618 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2618 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2617 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2617 [précédente| permalien|suivante] ↓

(mardi)

Le monde vraiment kafkaïen des services d'autopartage, et réflexions autour

Je publie deux entrées aujourd'hui, ce que je fais rarement, parce que là je craque vraiment. Cette entrée fait suite à celle-ci, mais je vais de toute façon refaire le point : j'y racontais que j'avais voulu tester (notamment pour éviter d'utiliser la tuture du poussinet) différents systèmes de location de voitures en libre-service à Paris : Moov'in, Free2Move, Car2go, Ubeeqo et possiblement d'autres (j'avais même commencé un petit tableau récapitulatif), avec un succès mitigé. La situation a considérablement empiré depuis, et ça vaut la peine de raconter, parce que c'est tellement kafkaïen que ça en devient drôle, et je pense qu'il y a une morale à tirer de cette histoire au-delà de la problématique de la location de voitures. (Sautez les items suivants si le détail de mes aventures ne vous intéresse pas et que vous voulez juste la morale de l'histoire.)

  • Le seul que j'ai vraiment pu essayer pour l'instant, c'est Moov'in. L'application Android est épouvantable, mais les voitures ne sont pas mal (c'est ce que je raconte un peu en détails dans l'autre entrée). Seulement, comme j'utilise des cartes de crédit à usage unique (numéros générés en ligne par le site de ma banque), j'ai généré un numéro par location, et au bout de trois l'application ne permet plus d'en ajouter ni d'en supprimer : je ne peux donc plus rien faire. Je pensais qu'un simple appel au service client débloquerait très vite cette situation, mais que non ! J'ai contacté le service client par mail, qui a commencé par ne pas répondre ; après plusieurs relances (et un coup de fil qui m'a dit d'envoyer un mail, ce que j'avais déjà fait), on a fini par me dire que ma demande était transmise au service concerné, et depuis, plus rien, malgré de nouvelles relances. Apparemment, supprimer des cartes de crédit est une opération tellement compliquée qu'en une semaine ils n'y arrivent pas. Donc, bref, je ne peux plus utiliser Moov'in jusqu'à nouvel ordre. [Xref Twitter : ici.]
  • Du côté de Free2Move, c'est un peu plus compliqué, il y a une application agrégatrice de plusieurs services de location (de voitures, scooters, trotinettes, etc. ; y compris les autres services de location dont je parle ici) parmi lesquels Free2Move semble jouer un rôle plus central. J'installe l'application, je photographie mon permis de conduire, l'application me dit que la validation prendra quelques minutes, rien ne se passe, quelques minutes plus tard elle me propose à nouveau de photographier mon permis, bref, une boucle infinie. Le week-end passé, je contacte le service client, qui m'explique que la photo sur mon permis est trop pâle (c'est vrai : je suis vraiment fantomatique, on devine à peine ma silhouette ; pourtant, cette photo a été prise en numérique par un photographe professionnel qui devrait savoir s'y prendre). Admettons, mais j'aurais au moins dû recevoir un message d'erreur m'expliquant la situation. Enfin, le service client valide manuellement le scan de mon permis. Mais plus tard je reçois un autre mail m'informant que je ne remplis pas les conditions d'éligibilité : en effet, Free2Move exige deux/trois ans d'ancienneté sur le permis (c'est-à-dire, de ne pas être en période probatoire). Que du temps perdu, donc. [Xref Twitter : ici, et ].
  • Du côté de Car2go, les choses sont encore différentes : l'application refusait de photographier mon permis, et j'ai compris que c'était parce que mon téléphone était rooté (et ce n'est peut-être même pas volontaire de la part de Car2go, c'est lié à l'utilisation d'un machin appelé Jumio — ceci dit, c'est le même Jumio qui sert à Free2Move et Free2Move n'avait pas ce problème, mais bon). Je me suis acheté un smartphone Android premier prix (un Nokia 1 Plus, c'est d'ailleurs vraiment épouvantable) pour pouvoir essayer quand même : il m'a laissé photographier mon permis, m'a demandé de prendre un selfie (ça a été très compliqué parce qu'il n'était jamais content de la qualité) et a envoyé les données au serveur. Peu après, je reçois un mail m'informant que : Nous avons bien reçu la photo du permis que vous avez soumis le 27.08.2019 17:17 malheureusement des problèmes sont survenus lors de son traitement : Les photos sont de mauvaise qualité ou floues — probablement pour la même raison que chez Free2Move, c'est-à-dire que la photo sur mon permis est extrêmement pâle. Bon, le mail en question laissait un espoir : Si vous ne parvenez pas à valider votre permis de conduire à l'aide de l'appli, envoyez-nous un e-mail <gnagnagna> ; ce que j'ai fait, et on va voir si ça réagit, mais pour l'instant rien, et je commence à ne plus y croire du tout. [Xref Twitter : ici et .]

Bilan : voici les cases qu'il ne faut pas cocher si on veut utiliser ces services d'autopartage, et que j'ai le malheur de cocher toutes :

  • être titulaire d'un permis probatoire (jeune conducteur, hum, je ne sais pas si jeune me décrit bien),
  • avoir une photo trop pâle (ou, je suppose, trop foncée, trop floue, etc.) sur son permis,
  • utiliser des numéros de cartes bancaires à usage unique,
  • avoir un téléphone Android rooté.

Je joue vraiment de malchance de tomber dans tout ça à la fois. Et qu'en même temps la tuture du poussinet n'ait même pas le droit de circuler parce qu'il y a un pic de pollution à Paris (enfin, ça ce n'est pas tellement une coïncidence, c'est surtout pour ça que j'insiste tellement en ce moment).

Maintenant ça peut sembler anecdotique de refuser les gens qui cochent des cases comme ça, mais il me semble que ça révèle, en fait, des problèmes vrais et profonds :

  • Les titulaires des permis probatoires n'ont pas le droit de louer ? Si le but est de diminuer la circulation automobile, d'encourager les gens à ne pas avoir de voiture personnelle, par exemple pour diminuer les émissions de CO₂, ce n'est vraiment pas malin : le moment où les gens vont acheter une voiture, c'est, justement, typiquement, juste après avoir passé leur permis ; donc si on veut les inciter à ne pas en acheter, il faut les fidéliser à ce moment-là. (Les entrepreneurs privés qui font tourner ces services n'ont, bien sûr, rien à faire de telles considérations, mais ce que je dis c'est que les pouvoirs publics, à commencer par la Mairie de Paris, devraient faire pression, avant de leur accorder des facilités sur stationnement en surface, sur le fait qu'ils tiennent compte de ces facteurs.)
  • Le problème avec la photo pâle sur le permis, c'est sûrement anecdotique ? En fait, je suis sûr que non : ça sent plein le nez l'application qui va aussi poser énormément de problèmes avec tous ceux qui ont la peau trop foncée, parce que le truc stupide qui analyse la photo va trouver que ça manque de contraste. Dans mon cas ça manque de contraste pas tellement parce que j'ai la peau très claire mais surtout parce que je n'ai pas eu de chance avec le photographe, ou avec l'Agence nationale des titres sécurisés, ou je ne sais pas comment je me suis retrouvé avec une photo si pâle ; mais je sais qu'il y a plein de gens qui ont des photos de pièces d'identité qui manquent de contraste parce qu'ils ont la peau sombre, et je suis sûr que les développeurs qui ont écrit et testé la vérification des photos par l'application n'ont pas trop dû penser à eux. (Oui, il y a un vrai problème de racisme par technologie interposée dans tout ce qui est reconnaissance faciale ou biométrie.)
  • Les cartes bancaires à usage unique ? D'accord, là je l'ai un petit peu plus cherché, et la faute a l'air partiellement du côté de ma banque Fortuneo (les cartes générées pour « usage unique » devraient pouvoir resservir tant que je reste en-dessous du plafond de paiement ; mais ce qui a l'air de se passer est que Moov'in fait une demande d'autorisation pour la caution, que cette autorisation expire, et que Moov'in essaye d'en faire une deuxième qui échoue parce que Fortuneo ne décompte pas l'expiration de l'autorisation dans le montant tiré de la carte — enfin, quelque chose de ce genre). Mais si on veut éviter tous les désastres de numéros de cartes bancaires qui fuitent en masse suite à des problèmes de sécurité (et les externalités qui vont avec), c'est une attitude vertueuse, et qu'il faut encourager, que de faire usage de numéros à usage unique.
  • Le téléphone rooté ? Là aussi, on peut me « reprocher » de vouloir garder un minimum de propriété et de contrôle sur des objets qui m'appartiennent, comme mon téléphone, plutôt qu'accepter un contrôle total de Google dessus. Mais il y a une problématique annexe : mon téléphone est rooté pas juste parce que je veux qu'il le soit, mais parce que j'utilise une version communautaire d'Android, LineageOS, qui a eu le bon goût de supporter ce téléphone un peu plus longtemps que le constructeur. Là aussi, c'est quelque chose qu'il faudrait encourager, parce que la sécurité est souvent moins pourrie et plus durable chez ces versions communautaires que que chez le constructeur d'origine qui n'a aucun intérêt à gérer le support pour les anciens modèles (cf. ce que je racontais ici) ; or la multiplication des problèmes de sécurité sur les téléphones et autres gadgets en circulation a des externalités énormes pour la société dans son ensemble.

Bref, mon histoire de location de voitures est peut-être anecdotique, mais cette anecdote fait ressortir certains des maux de notre société actuelle qui ne sont pas si anecdotiques que ça.

Je garde un petit espoir que Moov'in finisse par se réveiller et fasse quelque chose avec mes cartes bancaires, et/ou que Car2go accepte de valider à la main mon permis (dont je leur ai envoyé des scans de bonne qualité ainsi que ceux de ma carte d'identité), mais je me demande si je ne vais pas finir par aller (en transports en commun…) chez mes parents pour demander maman, est-ce que je peux emprunter ta voiture pour m'exercer à conduire ?, ce qui est quand même incroyablement ironique alors que mon copain a deux voitures et que j'ai tenté de m'inscrire à trois services de location différents.

Mise à jour : Car2go s'est réveillé et prétend m'avoir inscrit à leur service. Encore faut-il que je vérifie si ça marche effectivement ! • () Ça marche ! J'ai réussi à faire une petite location pour tester le système. Moralité : pour ce qui est de Car2go, il aura suffi de trouver un téléphone non-rooté, photographier le permis avec, prendre douze mille selfies avant que l'application soit contente, attendre un mail qui dit que la photo du permis est floue, écrire au service client pour demander qu'ils le valident manuellement (scans à l'appui), et attendre leur réponse (assez rapide il est vrai).

↑Entry #2617 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2617 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2616 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2616 [précédente| permalien|suivante] ↓

(mardi)

Merci de ne pas faire dire n'importe quoi à Gödel !

Je m'étonne de ne pas trouver d'endroit où je me serais déjà plaint à ce sujet sur ce blog. Peut-être que je sais mal chercher et qu'un petit gnome serviable va me déterrer ça, mais même si j'ai déjà ranté à ce sujet, ça ne fait pas de mal de me répéter, après tout, radoter est un de mes super-pouvoirs :

Le théorème d'incomplétude de Gödel est sans doute le théorème mathématique le plus abusé par les non-mathématiciens. Cela tient certainement au fait qu'on peut en donner des versions dangereusement approximatives et alléchamment sensationnelles comme on ne pourra jamais tout prouver à partir desquelles il est tentant de faire un pas vers la métaphysique pour tirer des conclusions encore plus fantabuleuses. Je crois avoir vu passer des tentatives d'invoquer ce théorème pour prouver :

  • l'inexistence de Dieu (sur l'air de Gödel assure qu'on ne peut jamais tout savoir, or Dieu est censé être omniscient, donc Dieu n'existe pas),
  • l'existence de Dieu (sur l'air de Gödel assure que la logique et le raisonnement humains ne peuvent pas arriver à toute vérité, donc la vérité est au-delà de l'humain, et c'est qu'elle est divine ; ça me fait penser à cet extrait du film Ridicule)[#],
  • la supériorité de l'humain sur la machine (sur l'air de Gödel montre qu'on ne peut pas mécaniquement arriver à la vérité, mais l'intuition humaine arrive à voir que l'énoncé de Gödel est vrai, c'est donc qu'elle est supérieure à la machine),
  • l'existence de la conscience (je ne sais plus les détails, mais ça devait recouper le raisonnement précédent),
  • l'inexistence de la conscience,
  • que la vérité est inaccessible au seul raisonnement, ou inaccessible tout court,
  • que la quête d'une théorie ultime de la physique est futile,
  • etc.

[#] Une ironie supplémentaire dans l'invocation du théorème d'incomplétude de Gödel pour argumenter pour l'existence de Dieu, c'est que Gödel lui-même a inventé une « preuve » de l'existence de Dieu (ou plus exactement, une formalisation en logique modale de l'argument ontologique de Saint Anselme). Cette preuve ressemble plus à une blague qu'à un argument sérieux, en fait (Gödel introduit une série d'axiomes plus hasardeux les uns que les autres, et dont on sait maintenant qu'ils sont, en fait, sinon contradictoires, au moins amenant des conclusions complètement délirantes, et il en déduit l'existence d'un truc vérifiant la définition de Dieu), et il n'est pas clair si Gödel lui-même la prenait au sérieux. Enfin, bref.

Tous ces raisonnements sont bien sûr du pur pipo. Plus généralement, toute tentative pour donner un sens philosophique (au-delà de la philosophie des mathématiques, bien sûr : métaphysique, théologique, ou même épistémologique si on s'éloigne des mathématiques) au théorème d'incomplétude de Gödel doit être considérée comme hautement suspecte.

Ce que dit le théorème précisément, je ne vais pas le rappeler ici, je l'ai expliqué notamment ici et , avec quel succès je ne sais pas, mais en tout cas ce n'est pas mon propos ici : mon propos est que ce théorème est un énoncé technique sur la logique du premier ordre, et que toute tentative pour le faire sortir de son cadre technique est certainement une arnaque.

Même si on ne comprend pas ce que ceci signifie, peu importe : le théorème d'incomplétude affirme que

  • tout système formel en logique du premier ordre
  • qui soit récursivement (= calculablement) axiomatisé
  • et qui contient (un fragment suffisant de) l'arithmétique

ne peut pas être à la fois consistant [← anglicisme pratique pour cohérent] et complet, i.e., s'il ne prouve jamais simultanément P et ¬P (:= la négation de P), alors il y a un P pour lequel il ne prouve aucun des deux.

Ce que je veux souligner là, c'est qu'il y a des hypothèses techniques (essentiellement trois, celles que je viens de lister), et que si on omet ces hypothèses, on est probablement en train de dire des bêtises.

Plus exactement, ce que j'ai cité est plutôt le théorème d'incomplétude de Gödel-Rosser. Le théorème d'incomplétude de Gödel, ce serait que tout système formel en logique du premier ordre qui soit récursivement axiomatisé et qui contient (un fragment suffisant de) l'arithmétique ne peut pas être à la fois ω-consistant et complet, mais l'ω-consistance est une hypothèse pénible à expliquer (autant supposer le système arithmétiquement vrai, à ce compte-là) et je ne veux pas chercher des noises à ceux qui ne feraient pas la différence entre Gödel et Gödel-Rosser. (Enfin, si on veut ergoter, le théorème d'incomplétude de Gödel, il dit : Zu jeder ω-widerspruchsfreien rekursiven Klasse ϰ von Formeln gibt es rekursive Klassenzeichen r, so daß weder v Gen r noch Neg (v Gen r) zu Flg(ϰ) gehört (wobei v die freie Variable aus r ist) — et j'avoue que j'ai beau connaître l'allemand, avoir lu l'article par le passé, et avoir une bonne idée de ce que c'est censé vouloir dire, ce n'est pas super clair pour autant pour moi. Mais je pense qu'il est raisonnable de qualifier l'énoncé ci-dessus de théorème d'incomplétude de Gödel.)

L'absence de mention de ces trois hypothèses doit être un drapeau rouge à double titre. D'abord, que le raisonnement est suspect (si on invoque un théorème sans vérifier ses hypothèses, alors que celles-ci sont indispensables, c'est sans doute que le raisonnement est incorrect — bien sûr il peut arriver qu'on ne le dise pas explicitement parce que la satisfaction de telle ou telle hypothèse est évidente et se passe de commentaire, mais dans le cas présent, j'ai du mal à imaginer que ce soit possible). Ensuite, que la personne qui tient le raisonnement ne comprend probablement pas bien le théorème qu'elle prétend appliquer si elle n'en connaît pas les hypothèses exact et le sens de celles-ci. Un autre signe à cet égard est d'ailleurs quand on parle du théorème de Gödel comme s'il n'y en avait qu'un (alors que, sans aller chercher loin, Gödel a aussi pondu un théorème de complétude qui très superficiellement et mal interprété pourrait avoir l'air de dire exactement le contraire du théorème d'incomplétude) ; ceci dit, il ne faut pas non plus accorder trop de valeur à ce signe parce que beaucoup de mathématiciens tout à fait sérieux sont susceptibles de parler du théorème de Gödel (ou d'autres auteurs : je parle régulièrement du théorème d'Euler — pour l'affirmation que aφ(m)≡1 (mod m) si a est premier à m — alors qu'Euler a démontré des milliers de théorèmes).

↑Entry #2616 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2616 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2615 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2615 [précédente| permalien|suivante] ↓

(Monday)

A poll on the pronunciation of English vowels

Here is an online poll on the pronunciation of English vowels. It consists of 40 pairs of words (like pin / pen), in no particular order, and for each pair, the question is whether you pronounce them identically or not. For example, if shown make / cake you would hopefully say they are not pronounced identically, whereas if shown know / no you would presumably say that they are (these are examples with consonants, but my poll is essentially concerned with vowels). If you are unfamiliar with one of the words or don't know how to pronounce it, answer don't know; but if you aren't sure whether they are identical, choose unclear / varies.

(The point of this not-at-all-scientific experiment is to gain some insight into (a) how much we are influenced by the written form of a word into how we think it is pronounced, and (b) how well English pronunciation is taught to foreigners, especially in France, and what vowel distinctions they uphold — or think they do.)

I am interested in answers from native and non-native speakers alike. Note that there generally isn't any “correct” answer: many of these pairs are a shibboleth for some particular kind of merger or split, some are for confirmation. There are a few pairs which I expect no (or almost no?) native speakers tell apart, and a few which I expect all (or almost all?) do. So maybe some questions will seem like they're “easy” or “hard”, but this is really meaningless.

Once I declare the poll over (which I will do when the number of responses received stabilizes), I will publish the answers together with “expected” answers for some reference pronunciations, comments on why I included this or that particular pair, and comments on the answers I actually received (hopefully from both natives and non-natives if I get enough of both for some sort of statistical relevancy to kick in).

Anyway, please don't hesitate to share.

Update: results are here.

↑Entry #2615 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2615 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2614 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2614 [précédente| permalien|suivante] ↓

(dimanche)

Liens vers quelques fils Twitter

On m'avait fait la suggestion d'écrire de temps en temps une entrée dans ce blog avec des liens (et éventuellement un très bref résumé) pour une sélection de quelques fils Twitter intéressants dans lesquels je suis intervenu, de façon à permettre à ceux qui ne veulent pas ouvrir de compte sur Twitter (ce que je comprends tout à fait…) d'avoir un écho de ce que j'y raconte, et leur fournir un endroit pour ajouter des commentaires. (Je rappelle à toutes fins utiles que je compile aussi une archive publique de ce que je poste sur Twitter[#], images/vidéos exceptées, même si le format n'est sans doute pas aussi commode à lire que la version compilée par Twitter lui-même, mais cette dernière ne liste pas les réponses à d'autres gens, pour ça ils exigent un compte ce qui est bizarre.)

[#] Je me demande d'ailleurs combien de tweets je peux raisonnablement laisser sur une seule page avant de me dire qu'il faut que je la scinde en archives annuelles(?).

Bref, voici une première tentative pour faire un tel digest, histoire de tester si ça a vraiment un intérêt. (Ne pas hésiter, en tout cas, à utiliser cette entrée pour répondre à des messages que j'aurais écrit sur Twitter, y compris s'ils ne sont pas listés dans ce digest, même si je ne promets pas de rerépondre — ni, d'ailleurs, de publier forcément.) Cette liste est globalement par ordre chronologique, depuis en gros deux mois. Certains de ces fils sont en anglais (j'essaye d'écrire par défaut en anglais sur Twitter sauf quand il s'agit de sujets franco-français ou si je réponds à quelqu'un qui a démarré en français).

Rappel à toutes fins utiles : penser à lire ce qui est au-dessus et en-dessous du tweet lié ; et garder à l'esprit que Twitter est très mauvais pour montrer les fils de discussion à plusieurs (plus d'explications ici), notamment parce que, à part pour le tweet « sélectionné », affiché en plus gros, il ne montre jamais plus qu'une seule réponse, choisie selon des critères incompréhensibles, et du coup s'il y en a plusieurs, on ne voit pas les autres — c'est notamment pour ça que je donne parfois des liens disant le fil passe par ici, ce qui permet de voir des bouts qui ne sont pas forcément évidents à trouver.

Bon, tout ça était un peu fastidieux à compiler, peut-être que le concept de faire un digest à la main n'est pas très bon, ou alors il faut que je sois plus sélectif avec ce que je liste. J'y reréfléchirai si je recommence une telle liste.

↑Entry #2614 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2614 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2613 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2613 [précédente| permalien|suivante] ↓

(vendredi)

Sur quelques services d'autopartage à Paris

Peu après avoir passé mon permis B, je m'étais inscrit au système d'autopartage Autolib qui proposait des voitures électrique en location libre-service dans toute la proche banlieue de Paris[#]. Même si je n'en ai pas fait énormément usage, et même si les voitures étaient un peu cheap (et souvent sales), j'aimais beaucoup ce système simple et efficace : véhicules nombreux, stationnées dans des stations de recharge disséminées un peu partout, disponibles 24 heures sur 24, sans besoin de smartphone puisque la location et le retour se faisaient sur la borne (mais une application Android permettait de connaître les disponibilités), on pouvait prendre une voiture à n'importe quelle station et la laisser à n'importe quelle autre station, la mise en charge se faisait par les usagers eux-mêmes, bref, tout correspondait assez bien à ce que j'aurais imaginé moi-même. Mais Autolib a cessé d'exister en août 2018 suite à des pertes énormes (je ne sais pas si le système tel qu'il était conçu était intrinsèquement impossible à rendre économiquement viable, ou s'il était juste mal géré[#2]).

[#] Impossible de retrouver, un an après la fermeture du service (c'est terrifiant à quel point le web a la mémoire courte…), une carte de la zone qui étaient desservie par Autolib, mais Wikipédia affirme qu'il y avait 102 communes, et je sais que ça allait au moins jusqu'à Antony.

[#2] Je note cependant que le petit frère lyonnais d'Autolib, lui, existe toujours. Du coup, je suis terriblement jaloux des Lyonnais.

Toujours est-il que, ce service ayant disparu, tout un tas de concurrents sont apparus pour le remplacer : Moov'in, Free2Move, Car2go, Ubeeqo, Communauto — pour ne citer que quelques uns. La loi merveilleuse de la concurrence étant ce qu'elle est, on a remplacé un système plutôt bon (qui était vaguement un service public ou, au moins, appuyé par des pouvoirs publics) par N concurrents tous mauvais. Ne serait-ce que pour la raison évidente suivante : chacun de ces services ne donne accès qu'à environ 1/N des voitures en autopartage. Mais aussi parce que chacun ne s'est déployé que dans Paris intra muros (et peut-être une ou deux communes en périphérie immédiate), ce qui rend l'intérêt de la chose assez nul : pour circuler dans Paris, sauf en pleine nuit, le métro ou le vélo sont le plus efficace, ce n'est que quand on commence à aller en banlieue que la voiture a son intérêt.

Je disais néanmoins dans une entrée récente que je devrais essayer de faire le tour de ces services pour essayer de savoir ce qui est plus ou moins mauvais. J'ai essayé de m'y employer un peu, mais sans grand succès.

D'abord, il faut comprendre un peu la typologie, et déjà je ne suis pas très sûr. Je crois comprendre qu'il y a deux grands types de systèmes d'autopartage : l'autopartage flottant (ou en free-floating), ce qui veut dire que les voitures peuvent être garées n'importe où, on utilise une application pour les trouver, et on peut les rendre n'importe où ; et l'autopartage en boucle, qui ressemble plus à un système de location de voiture traditionnel mais automatisé et prévu pour de plus petites durées : on loue la voiture dans une station et on la rend dans la même station (contrairement à Autolib où on rendait la voiture dans une station quelconque, généralement différente de celle où on l'avait prise). Autolib, donc, était quelque part entre les deux (location en stations, mais retour à une station quelconque, donc flottant entre les stations), mais ce modèle ne semble pas avoir pris graine, probablement à cause de la difficulté à assurer un équilibre entre stations (enfin, ce problème se pose aussi dans le modèle complètement flottant).

L'intérêt de la location en boucle est, à mes yeux, essentiellement nul, même s'il faut dire qu'une partie de cette nullité est déjà couverte par la nullité d'un système qui ne marche de toute façon que sur Paris. Je veux dire, l'intérêt que je voyais à Autolib c'était de pouvoir faire inopinément un trajet autrement qu'en transports en commun (par exemple quand le poussinet et moi allions voir mes beaux-parents à Boulogne, il nous arrivait de rentrer en Autolib parce que les métros se faisaient rares ou que l'un de nous était fatigué ou que nous venions de récupérer quelque chose de pénible à transporter dans le métro) : s'il faut faire une boucle, cet intérêt disparaît — mais s'il faut de toute façon louer la voiture à Paris et la rendre à Paris, le fait de devoir faire une boucle n'est peut-être pas tellement pire, finalement pas (c'est juste merdique, pas deux fois merdique, vous suivez ?).

Le fait qu'il y ait tellement de systèmes concurrents fait qu'il est difficile de s'y retrouver (ou simplement de retenir les noms de ces concurrents), surtout que les FAQ sont mal faites voire introuvables. Je me suis fait un petit aide-mémoire de ce que j'ai retenu (n'hésitez pas à forker et à m'envoyer des merge requests, c'est pour ça que j'ai dumpé sur GitHub).

Le seul que j'ai vraiment testé (au sens où j'ai loué une voiture et circulé avec), c'est Moov'in, donc je vais surtout parler de ça. C'est Ada et Renault qui le proposent, et les voitures en location sont des Zoe (la voiture électrique phare de Renault). Leur site web parle aussi de Twizy (des mini-voitures), j'espérais vaguement pouvoir en essayer comme ça, mais, renseignement pris, en fait, il n'y en a pas en location (en tout cas pas maintenant — je n'ai pas compris si c'est qu'il n'y en a plus, qu'il n'y en a pas encore, ou autre chose). Ils proposent à la fois du free-floating pour la courte durée et de la location en boucle pour les durées plus longues (au moins 4 heures), mais je n'ai testé que le flottant, ne serait-ce que parce que les tarifs et conditions de la location en boucle sont tout bonnement introuvables, ce qui est hallucinant. Bref, le flottant : ça coûte 23.40€/h (ces fourbes donnent un tarif à la minute sous prétexte qu'ils facturent à la minute, mais je trouve ça limite malhonnête : pour que ce soit parlant, il faut donner le tarif à l'heure) ; mais on a la possibilité de mettre la location « en pause » quand on ne conduit pas, ce qui fait tomber son prix à 7.80€/h (l'intérêt étant que si on va en voiture faire une course ou une balade à un endroit hors de Paris, on peut mettre la location en pause pendant que la voiture est garée et c'est un peu moins exorbitant que si on devait payer pour tout l'intervalle — mais encore faut-il que le smartphone capte au moment de mettre en pause, ce qui n'est pas garanti dans un parking souterrain, et que l'application ne plante pas, ce qui n'est pas garanti non plus).

Tout se passe via une application smartphone (je crois que ces services d'autopartage nécessitent tous un smartphone, et c'est un vrai problème d'accessibilité ; pour Autolib on passait par une borne et une carte). Celle de Moov'in est, disons-le franchement, épouvantable : elle plante inopinément, l'ergonomie générale est pourrie, la carte montrant les voitures est très mal faite, on ne peut pas faire de recherche dedans, on ne peut pas gérer les moyens de paiement sans démarrer une location, etc. (Stupidement, Moov'in ne permet pas de faire quoi que ce soit depuis leur site web : tout doit passer par leur application mobile.) Une fois le véhicule trouvé et réservé, la partie location proprement dite est moins mal faite : l'application télécharge une clé depuis le serveur de Moov'in et se connecte à la voiture par Bluetooth (il faut donc activer le Bluetooth sur le téléphone pour commencer et arrêter la location — je n'ai pas vérifié s'il fallait qu'il soit activé en permanence), ça marche correctement et l'ergonomie de cette partie-là est acceptable.

Avant de commencer la location, on fait un petit « état des lieux » en signalant les dommages à la voiture (et en prenant en photo chacun d'entre eux), on en fait un pour terminer la location, et on a la possibilité de prendre des photos de l'état général (sièges avant et arrière, et les quatre coins) en échange de quelques minutes gratuites à la prochaine location. Je trouve ça raisonnablement bien pensé.

Un gag concernant le paiement : l'application n'accepte d'enregistrer que trois numéros de cartes bancaires différents, et semble demander une intervention du service client pour en ajouter au-delà ou même en effacer(!). Comme j'utilise des numéros de cartes à usage unique (mon idée était, pour chaque location, de créer une carte autorisée jusque un peu au-delà du montant de la caution), ceci pose problème : je n'ai pu faire que quatre locations (pour la quatrième j'ai pu réutiliser la troisième carte, Moov'in ayant déjà fait l'autorisation valable une semaine), maintenant il faut que je contacte le service client.

Les voitures ne sont pas très nombreuses, mais j'ai l'impression qu'il y en avait toujours une à moins de 10 minutes de marche de là où j'étais dans Paris quand j'ai eu la curiosité de regarder, donc ce n'est pas si mal. (L'application permet de réserver la voiture pendant 15 minutes le temps de s'y rendre.) J'ai l'impression que les voitures cessent d'être disponibles à une certaine heure la nuit (il est 1h du matin quand j'écris ceci, et l'application prétend que tous les véhicules sont loués), mais évidemment ils ne le disent pas clairement et ne vous disent pas de quand à quand ils opèrent ; en tout cas, c'est un gros défaut par rapport à Autolib, qui fonctionnait toute la nuit (et étant donné que la voiture à Paris est surtout intéressante quand les métros ne tournent pas et qu'il y a peu de circulation, c'est-à-dire, en pleine nuit !). Pour rendre la voiture, on la gare juste sur une place de parking publique (même payante) en surface à Paris et on utilise l'application pour verrouiller le véhicule et terminer la location : cette partie-là est un petit peu plus simple qu'avec Autolib, mais on ne met pas la voiture en charge, du coup Moov'in doit s'occuper de le faire eux-mêmes, c'est un gâchis absurde.

Les voitures elles-mêmes, des Zoe de Renault donc, sont faciles et agréables à conduire[#3], en tout cas pour de petites distances dans un environnement urbain ou péri-urbain. Elles sont confortables, en bon état (en tout cas à ce stade de déploiement du service), et propres. Elles sont raisonnablement équipées (il y a la clim ; il y a une caméra de recul et des capteurs de proximité, ce qui est agréable quand on est aussi nul que moi pour les manœuvres ; il y a un GPS de bord, un TomTom, même s'il faut noter que son ergonomie est à peu près aussi mauvaise que celle de l'application mobile de Moov'in, et même si mon poussinet a réussi à en planter un en un temps record ; il y a un autoradio, même si mon interaction avec l'autoradio a surtout été de chercher comment le couper). Mais franchement, pour un service d'autopartage, je les trouve trop grandes : le format d'Autolib me semblait plus adapté (et peut-être que des voitures deux places le sont encore plus).

[#3] Il faut dire que je n'ai pas l'habitude des automatiques, encore moins des électriques. D'un côté : ouah, pas de risque de caler, pour avancer il suffit d'appuyer sur l'accélérateur, c'est trop bieeeeen… ; de l'autre, comme le moteur a beaucoup de couple à petite vitesse, ne fait essentiellement pas de bruit et qu'on n'a pas de rapports à passer, je trouve qu'on arrive rapidement à se mettre en excès de vitesse si on ne regarde pas en permanence le compteur. Côté direction, la première que j'ai louée m'a semblé un peu molle (voire, floue), peut-être qu'elle avait un problème ou peut-être que c'est une question d'habitude, mais les suivantes m'ont beaucoup plu, au contraire.

Voilà à peu près ce que je peux dire au sujet de Moov'in. Le service Car2go me semblait possiblement plus intéressant (moins cher, voitures plus petites, possibilité de les mettre à recharger sur une borne ex-Autolib), mais mon expérience Car2go s'est très vite arrêtée : l'application refusait de me laisser valider (i.e., photographier) mon permis de conduire, prétextant des raisons techniques (cf. ici). Une petite enquête m'a rapidement permis de comprendre ce qui se passait : elle détecte que mon téléphone est « rooté » (ce qui veut en gros dire que j'ai le contrôle dessus, même si je ne sais pas ce qui est détecté exactement ; toujours est-il que comme j'utilise la version LineageOS d'Android, c'est plus ou moins automatiquement le cas) et refuse de faire cette étape sur un téléphone rooté (j'imagine que le sale petit connard fasciste qui a pris cette décision s'est dit qu'il n'y a que des vilains hackers qui rootent leur téléphone, et que ça leur permettrait de fournir une photo trafiquée de leur permis, ou quelque chose comme ça).

J'ai posé la question de façon faussement naïve au service client Car2go (enfin, au début c'était vraiment naïf parce que je n'avais pas encore compris ce qui pouvait causé le problème, mais ensuite j'ai continué de façon faussement naïve). Le service client a, évidemment, été complètement nul : ils ont commencé par me dire d'essayer la dernière version de l'application (alors que j'avais explicitement dit que c'était le cas) ou d'essayer avec un smartphone différent (alors que j'avais explicitement dit que je n'avais pas d'autre smartphone avec lequel essayer), puis ils m'ont redemandé le message d'erreur exact (alors que je leur avais recopié et envoyé une capture d'écran), puis ils m'ont demandé le modèle de mon téléphone et ma version d'Android (alors que j'avais donné ces informations dans mon premier message), je commence à en avoir un peu marre de parler à des gens qui ne savent pas lire[#4] et comme je ne sais pas s'ils peuvent faire quoi que ce soit au final, je ne sais pas si ça vaut la peine de continuer.

[#4] Situation malheureusement assez typique avec les services clients. C'est tout de même impressionnant le nombre de compagnies qui veulent tellement faire d'économies à ce niveau qu'on en arrive à des dialogues de sourds pareils. (À tel point que les rares exceptions se remarquent : par exemple, j'ai eu affaire au service client du service de vente par correspondance de la marque Quiksilver, et j'étais tout épaté de constater qu'ils lisaient ce que j'écrivais, même les parties entre parenthèses, et que je n'ai pas eu à réexpliquer dix fois quel était le problème.)

Je laisse de côté tout l'embrouillamini éthique sous-jacent (obliger les gens à avoir non seulement un smartphone, mais un smartphone verrouillé, pour pouvoir louer une voiture, est très gravement problématique pour plein de raisons). Il reste à décider ce que je veux faire maintenant :

  • décider que je ne veux pas avoir affaire à une boîte qui veut m'imposer d'avoir un smartphone verrouillé, et tirer un trait dessus,
  • persévérer techniquement (i.e., perdre un temps invraisemblable) pour trouver comment tromper l'application et lui cacher le fait que mon téléphone est rooté (ce qui est forcément possible en théorie, mais sans doute très difficile en pratique surtout que je connais très peu les entrailles d'Android ; la solution clé en main qu'on m'a proposé était d'utiliser un machin appelé Magisk qui sert justement à cacher le fait que des téléphones sont rootés, mais ça n'a pas fonctionné),
  • insister auprès du service client et espérer qu'ils acceptent que je leur envoie mon permis de conduire d'une autre manière (et espérer que l'application fonctionne ensuite pour le reste),
  • emprunter le téléphone non-rooté de quelqu'un d'autre et m'en servir pour franchir cette étape, et espérer que c'est la seule étape qui bloque (le message d'erreur suggère que c'est peut-être la seule partie qui posera problème, mais je ne sais pas s'il faut lui faire confiance),
  • variante de la stratégie précédente : sauvegarder mon Android actuel, remettre un Android non-rooté sur mon téléphone juste pour cette étape, et espérer que ça suffise, puis restaurer la sauvegarde (tout ça prendrait un temps considérable),
  • vendre mon âme au diable et acheter un deuxième smartphone que je ne rooterais pas et qui servirait (uniquement) à ce genre de choses, avec tous les emmerdements que ça implique (devoir non seulement le payer mais aussi transporter deux téléphones avec soi).

Je pourrais demander que feriez-vous à ma place ?, à la limite ce n'est pas tant pour demander conseil mais c'est presque une forme de test de personnalité. 😉

Toujours est-il que, pour l'instant, je ne peux pas utiliser Car2go, ce qui m'agace pas mal parce qu'il semble, au moins de loin, meilleur que Moov'in, ou en tout cas plus proche de mes attentes, si ce n'était cette décision fasciste sur les téléphones autorisés.

Ajout () : Peut-être que ce n'est même pas volontaire de la part de Car2go mais simplement lié au fait qu'ils utilisent un service appelé Jumio qui fait cette vérification — voir ici. • Par ailleurs, pas clair que Free2Move vaille mieux, voir cet autre fil.

Suite : voir cette entrée ultérieure.

↑Entry #2613 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2613 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2612 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2612 [précédente| permalien|suivante] ↓

(samedi)

Petits effets Zahir de la géographie francilienne

Je préviens d'emblée que je n'ai rien d'intelligent, voire rien tout court, à raconter dans cette entrée, qui part juste d'une petite célébration de l'effet Zahir géographique.

Au hasard des recommandations YouTube, je suis tombé sur cette courte vidéo d'Arte qui évoque un artiste qui, en 2006, a cherché à faire le tour des zones blanches (au sens littéral : ne portant aucun marquage sur la carte) de la carte IGN de Paris et sa banlieue (c'est-à-dire grosso modo cette région — même s'il faut zoomer pour voir apparaître le niveau de détails 1:25 000 où il cherche les zones blanches). Je ne sais pas si le sujet est passionnant, même si je dois lui reconnaître une certaine poésie, mais ce qui m'a frappé c'est que les deux exemples donnés dans la vidéo sont deux endroits que je connais très bien et que j'ai déjà évoqués dans ce blog (mais pas en tant que zone blanche).

Le premier (qu'on voit le type montrer du doigt sur une carte un peu vieille à 0′36″ dans la vidéo d'Arte) est ici sur Géportail, ici sur OpenStreetMap et ici sur Google Maps, la zone les Louvresses à Gennevilliers qui a maintenant été partiellement récupérée par le parc des Chanteraines : j'avais évoqué brièvement le parc des Chanteraines dans cette entrée quand j'y étais allé avec mon poussinet (qui voulait voir le petit train), et nous avions un peu exploré les alentours, mais je l'ai surtout évoqué parce que c'est le centre d'examen du permis de conduire où j'ai obtenu mon plateau et raté ma circu. Donc déjà j'avais ça amusant, quand (avant de passer le plateau) j'avais enquêté sur l'emplacement du centre d'examen, de découvrir que c'était à un endroit où je m'étais déjà baladé quelques mois avant, me voilà encore plus zahirifié de tomber sur une vidéo aléatoire d'Arte et de voir un type montrer du doigt sur la carte exactement l'endroit où il y a une priorité à droite à ne pas louper si on ne veut pas paraître trop con pendant des mois (pardon, ça m'a échappé) ; on voit aussi les pistes du centre d'examen à 2′17″ dans le documentaire d'Arte. Évidemment, tout ça n'est pas complètement un hasard : c'est bien parce qu'il n'y avait pas grand-chose à cet endroit (une zone blanche de la carte, donc) que la Sécurité routière y a installé un centre d'examen du permis de conduire (destiné à décharger ou remplacer d'autres centres d'examen franciliens devenus trop vétustes), et aussi, qu'on en a profité pour créer une petite extension d'un parc situé à proximité.

Ce quartier est d'ailleurs assez étrange, j'ai eu l'occasion d'en prendre mieux conscience en y retournant encore une fois avec mon poussinet. C'est un jardin entremêlé à une zone industrielle, et on passe en deux pas de bâtiments ultra-modernes à des ruines terriblement glauques ou des dépotoirs de déchets ; les parties du parc appelées la Garenne et les Louvresses (voir ici un plan d'ensemble) sont petites mais très réussies à mon goût, mais juste à côté vous avez un terrain vague et des maisons murées. Bizarre. Il faut dire que la zone du port de Gennevilliers, juste un peu à côté, est aussi assez spéciale : quand j'étais petit et que mes parents et moi allions régulièrement chez ma grand-mère, qui habitait Soisy-sous-Montmorency, en venant depuis Orsay, nous passions typiquement par le pont de l'autoroute A15 qui enjambe cette zone portuaire, et j'étais fasciné et un peu effrayé par ce paysage un peu apocalyptique (cf. les propos d'Asimov que je rapporte ici).

L'effet Zahir que je n'ai pas signalé dans l'entrée où j'ai parlé de mon permis raté, mais je peux le faire maintenant puisque c'est le sujet de cette entrée-ci (même si le hasard, là, n'est pas énorme, ou c'est un peu le même que je répète), c'est que le parcours que m'a fait faire l'inspecteur consistait, justement, à prendre ce viaduc de l'A15, et à sortir à Argenteuil comme je l'ai fait N fois à l'arrière de la voiture conduite par mon père quand nous allions voir ma grand-mère ; et ensuite il m'a fait tourner un petit peu dans la cité d'Orgemont, qui est l'endroit où ma mère a grandi.

L'autre zone blanche dont parle le mini-documentaire d'Arte est ici sur Géportail, ici sur OpenStreetMap et ici sur Google Maps : c'est une zone située entre le cimetière intercommunal de Chevilly-Larue et la sortie Rungis de l'autoroute A6 (on voit une image de la carte à 1′20″ dans la vidéo, et des images de l'endroit à partir de 3′53″). Je ne peux pas vraiment dire que je connais l'endroit exact (même si maintenant je suis relativement tenté d'essayer d'y mettre les pieds), mais je le connais de tous les côtés, là aussi à cause de mes leçons de conduite : le parking du cimetière de Chevilly-Larue, c'est l'endroit où mon moniteur du permis B m'a appris à passer les vitesses (j'en parlais ici), l'autoroute A6 qui passe juste derrière je l'ai prise maintenant un bon paquet de fois, en voiture et en moto, y compris la sortie Rungis et l'avenue Guynemer, et j'avais remarqué qu'il y avait un espace qui a l'air plus boisé que juste le cimetière (voir par exemple cette vue).

Maintenant, je ne comprends pas bien dans quelle mesure cet espace est un terrain vague végétalisé, ou dépend (au moins partiellement) du cimetière, ou est un peu aménagé. Si on clique sur les trois liens de cartes que j'ai donnés, on voit sur Géoportail et Google Maps des bouts de chemin qui partent du fond du cimetière et qui sinuent dans la partie sud de cet espace — ils n'apparaissent pas sur OpenStreetMap et il faudrait confirmer leur existence et les y ajouter — mais ceci suggère qu'il ne s'agit pas d'un espace sauvage. Il y a une photo du cimetière ici (l'entrée et le parking sont en bas de l'image, l'autoroute passe au fond à peu près au niveau du bord supérieur de l'image, et l'espace dont on parle est la partie derrière — c'est-à-dire au-dessus dans l'image — l'espace occupé par le cimetière proprement dit ; on voit effectivement un bout de chemin qui part du cimetière vers le fond de l'image, à partir d'une sorte de place ronde entourée de je ne sais quelle sculpture ou monument), mais ça ne m'en dit pas vraiment plus. Bon, il faudra que j'aille explorer tout ça.

Au-delà de ces deux petits exemples, j'ai l'impression diffuse que, au cours de mes pérégrinations franciliennes (soit à la recherche de parcs, jardins, forêts et autres endroits amusants à visiter, soit à accumuler les heures de cours de conduite et il commence à y en avoir sacrément beaucoup — pardon, ça m'a encore échappé), je « n'arrête pas de retomber sur les mêmes endroits » : je suis sans arrêt en train d'expliquer à mon poussinet que, si, si, souviens-toi, nous sommes déjà passés par là en allant à tel endroit (mais peut-être que c'était par la route que nous sommes maintenant en train de croiser), ou bien de lui raconter que je suis passé par là au cours d'une leçon de voiture/moto (ou avec mes parents quand j'étais petit, et que je reconnecte enfin ce souvenir avec la réalité) ; cf. ce que je disais ici.

Il y a quelques pistes d'explications qui (ensemble) peuvent peut-être expliquer cette floraison de recroisements géographiques : primo, que je circule pas mal, ou plus exactement, que je circule sur beaucoup de routes différentes (rien à voir avec des gens qui prennent la voiture tous les jours, mais qui font à chaque fois la même route, et qui ne vont donc pas s'étonner de voir toujours les mêmes lieux) ; mais ça, honnêtement, malgré mon autodérision sur le nombre d'heures de conduite que je fais et qui atteint des grands ordinaux, ce n'est pas franchement vrai, ce n'est pas comme si j'étais chauffeur de taxi. D'ailleurs, avant d'avoir une voiture, je passais mes week-ends à me balader à pied dans Paris intra muros, et même si à force le poussinet et moi commencions à avoir l'impression d'en avoir vraiment fait le tour, je n'ai pas eu tellement cette sensation que, tiens, je retombe toujours sur les mêmes lieux. (Peut-être juste parce qu'ils m'étaient déjà tellement familiers que je n'y prêtais plus la moindre attention.) Bref, je ne sais pas. Secundo, que si l'Île-de-France est assez grande, l'espace que j'y parcours n'est pas si grand. Il faudrait que je colorie sur une carte tous les endroits où je suis passé à moins de je-ne-sais-quelle distance pour voir la forme que ça donne. Tertio, que le réseau des grandes et moyennes routes (plus que le réseau des rues en agglomération) a une structure qui fait qu'on tombe forcément toujours un peu sur les mêmes endroits, c'est comme s'étonner qu'en suivant les vaisseaux sanguins du corps humain on tombe souvent sur la veine porte.

Mais il y a aussi simplement le biais cognitif habituel : un fait mathématique classique est que si on a une urne qui contient N boules (distinctes), qu'on en tire une au hasard, qu'on la remet, et qu'on recommence, le nombre de tirages qu'on devra faire pour tomber sur une boule déjà tirée est de l'ordre de grandeur de √N (enfin, plus exactement √((π/2)×N) mais peu importe — je m'étonne cependant de ne trouver essentiellement aucune page en ligne qui explique clairement ce phénomène et qui donne une asymptotique plus précise ; le mieux que je trouve est la page Wikipédia sur l'attaque cryptographique associée, mais c'est un peu différent). Par exemple, s'il y a un million de lieux à visiter et qu'on en choisit un au hasard à chaque fois, c'est autour du millième (ou plutôt quelque chose comme le 1260e), bien avant le millionième, qu'on va retrouver un lieu déjà visité. C'est un modèle extrêmement simpliste, mais ça explique pourquoi on a souvent l'impression que des choses se répètent, et qu'on en a fait le tour, alors que ce n'est pas du tout le cas : et c'est une explication générique de ce que j'appelle l'effet Zahir.

Je peux comprendre l'envie de prendre les espaces blancs sur une carte et de chercher à voir ce qui s'y trouve, mais je ressens cette envie de façon plus générale : il m'arrive souvent qu'un endroit attire mon attention (tiens, qu'est-ce que c'est que ce chemin qui semble ne mener nulle part ? ou : qu'est-ce donc que ce bâtiment immense ? ou : qu'est-ce que c'est que ce terrain tout en longueur ? ou encore : qu'est-ce que c'est que cet alignement parfait ? — et ainsi de suite ; sans oublier : mais pourquoi y a-t-il une telle différence entre cette carte-ci et cette carte-là ?) et que je sois curieux d'en savoir plus. Les vues satellite de Google Maps et les vues de Google Street View sont merveilleuses pour ça (même si elles peuvent créer leurs propres mystères !), et plus largement parlant j'aime bien le petit jeu consistant à prendre un point sur la carte, essayer d'imaginer à quoi il ressemble, et aller voir avec Google Street View (et on peut jouer à ça dans le monde entier !).

↑Entry #2612 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2612 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2611 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2611 [précédente| permalien|suivante] ↓

(vendredi)

Sodoma de Frédéric Martel

Le titre (Sodoma), le sous-titre (Enquête au cœur du Vatican), les titres et sous-titres en d'autres langues (comme en anglais : In the Closet of the Vatican: Power, Homosexuality, Hypocrisy), le mode d'édition (l'ouvrage paraissant simultanément en 8 langues et dans 20 pays), peut-être même la couverture (un cierge démesuré portant le titre en lettres énormes) suggèrent que le dernier livre de Frédéric Martel, consacré à l'homosexualité et à l'homophobie (les deux étant intimement liées) au sein de la hiérarchie catholique, vise à créer la polémique ou à faire éclater le scandale, peut-être en mode presse people (révélations explosives sur les cardinaux gay !) ; cette impression est, en fait, trompeuse : le travail tient généralement plus de l'étude journalistique minutieuse, appuyée par de nombreux témoignages, que du pamphlet (il rejette, par exemple, l'idée d'un lobby gay), et quand il s'y mêle une part de jugement, celui-ci est nuancé, Frédéric Martel n'ayant évidemment pas pour intention de dénoncer l'homosexualité mais pas non plus celle de faire un procès à l'Église catholique en général, et on devine que même s'agissant des personnages hypocrites, hiérarques homosexuels refoulés et homophobes, dont la description constelle son récit, il a souvent à leur égard une part de sympathie ou, disons, de pitié.

Il s'agit, donc, d'une enquête sur l'homosexualité et l'homophobie — quitte à dévier parfois sur d'autres sujets — parmi les dignitaires catholiques (évêques, cardinaux), et particulièrement au sein de la curie romaine (mais aussi des nonciature et primature apostoliques de différents pays). Les conclusions principales[#] de cette enquête sont que (A) l'homosexualité est non seulement fréquente dans la hiérarchie catholique, mais même majoritaire, au moins aux échelons supérieurs de cette hiérarchie, car plus on y monte, plus elle est fréquente (homosexualité étant entendu ici comme orientation, attirance sexuelle, pas nécessairement mise en pratique, ou pouvant l'être de manière variée — Martel utilise, quoique de façon pas très systématique, le terme un peu désuet d'homophilie pour parler de l'attirance) ; et (B) il y a une forte corrélation entre l'homosexualité et l'homophobie des prélats. Une conclusion additionnelle, qui déborde de la problématique de l'homosexualité mais qui la rencontre fréquemment, est que la curie est un véritable panier de crabes, dominée par des luttes de personnes parfois dévastatrices pour l'institution.

L'auteur ne se contente pas de livrer ces conclusions, il donne quelques pistes d'explications, elles aussi appuyées par des témoignages. S'agissant de (A), la raison proposée est que le jeune homme catholique qui pressent ou découvre qu'il est homosexuel — s'il n'abandonne pas purement et simplement sa religion — va naturellement chercher à se tourner vers le sacerdoce, lequel fournit à la fois une motivation ou une justification au célibat et à la chasteté (ou en sert de prétexte), et a contrario, ce jeune homme ne va pas avoir le sentiment de renoncer à grand-chose en s'interdisant le mariage (hétérosexuel !) ; ajoutons que ceci était d'autant plus fortement vrai il y a vingt, quarante ou soixante ans, c'est-à-dire pour les générations de ceux qui occupent maintenant des postes élevés à la curie, à une époque où les mouvements de libération gay étaient inexistants ou inaudibles, mouvements qui semblent maintenant incompréhensibles à ces prélats âgés. Le parcours typique semble d'abord de tenter de vivre de manière chaste, puis, comme c'est généralement trop difficile, de mener une double vie plus ou moins culpabilisée, plus ou moins connue de tous, mais évidemment jamais ouvertement assumée : l'Église tolère en fait très bien cet état de fait tant qu'il n'y a pas de vagues — attitude que Martel résume par ce slogan qui eut été en vigueur dans l'armée américaine : don't ask, don't tell. Mais évidemment, ceci conduit aussi à (B), puisque condamner publiquement l'homosexualité, ou mener un combat contre les droits LGBT, est une façon pour le prélat lui-même homosexuel d'écarter de soi les soupçons et les éventuelles vagues, sans parler de la rancune qui peut exister vis-à-vis de ceux qui vivent ouvertement quelque chose qu'on doit cacher (aux autres sinon à soi-même). Le résultat est une sorte de surenchère d'hypocrisie et d'homophobie qui est ce que dénonce avant tout l'auteur de Sodoma.

Le livre explore aussi quelques conséquences du phénomène, notamment celle, très grave, qui touche aux affaires d'abus sexuels (particulièrement sur mineurs) : la thèse de Frédéric Martel est, ici, que ces affaires ont été systématiquement étouffées en raison de la culture du secret mise en place pour protéger la double vie des prélats homosexuels. C'est-à-dire que, comme l'Église ne distinguait guère de niveau de gravité entre les relations librement consenties entre adultes de même sexe et les agressions sexuelles sur mineurs, les supérieurs de prêtres coupables d'abus sexuels en venaient à les couvrir par peur que leur propre orientation sexuelle soit exposée. Au-delà du cas des mineurs, la structure fortement hiérarchique de l'Église catholique offre à certains prélats haut placés et au tempérament prédateur un « terrain de chasse » à la discrétion assurée. De façon plus large, le fait que tout le monde au sein de la prêtrise finisse par savoir les secrets « coupables » de tout le monde fournit des armes à tous contre tous et contribue à en faire un panier de crabes (Martel n'utilise pas cette expression, mais elle reflète très bien ce qu'il décrit).

Le livre, de 632 pages, est structuré en quatre parties consacrées aux papes François, Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI (dans cet ordre ; le petit mois du pontificat de Jean-Paul I est évidemment passé sous silence). On comprend que Frédéric Martel a une certaine sympathie pour le pape actuel qui semble résolu à faire changer les choses : non pas rendre l'Église « gay friendly », on en est bien loin, mais au moins d'estomper cette surenchère dans l'homophobie, cette véritable obsession pour l'homosexualité, qui a conduit à des conséquences graves en interne et à l'extérieur, et se concentrer sur autre chose que les questions de mœurs ; et en cela, il rencontre des oppositions internes (notamment lors du synode sur la famille convoqué en 2014). Les parties dédiées aux papes précédents montrent chacun leur contribution à la mise en place de ce système d'homophobie institutionnalisée : Paul VI et sa fascination pour la pensée du français Jacques Maritain que Frédéric Martel propose comme clé de son pontificat et dont il nous explique que, lié d'amitié aux homosexuels André Gide, Jean Cocteau, Julien Green et Maurice Sachs, il a tenté de les persuader les uns et les autres soit de lutter contre leurs inclinaisons soit au moins de ne pas les révéler publiquement ; Jean-Paul II dont le conservatisme moral fut avant tout une question politique, obsédé qu'il était par la lutte contre le communisme et la théologie de la libération, prêt à toutes les alliances pour les contrer ; et Benoît XVI qui, peut-être pour des raisons personnelles, a eu une approche encore différente de l'homosexualité, insistant surtout sur la nécessité pour les homosexuels de rester abstinents et rejetant catégoriquement toute forme de culture LGBT. À l'intérieur de chaque partie, différents chapitres, pas toujours dans l'ordre chronologique, évoquent différents aspects du sujet : les gardes suisses, par exemple, les prostitués romains, ou le combat contre les avancées des droits LGBT dans différents pays, ou enfin les deux affaires Vatileaks.

Tout ce récit est parsemé de descriptions de différents personnages (typiquement des cardinaux occupant ou ayant occupé des postes importants à la curie), personnages souvent hauts en couleur, parfois nommés et parfois non (ou désignés par un sobriquet comme la Mongolfiera). C'est là qu'on peut trouver que le livre montre une certaine faiblesse : d'abord, ces portraits sont trop nombreux, on se perd entre tous ces gens, il manque cruellement un index pour s'y retrouver (même si la plupart des personnages ne réapparaissent pas) ; ensuite, on ne sait pas ce que cette multiplication apporte vraiment : au N-ième cardinal dont on nous décrit d'un côté ses positions homophobes et de l'autre son attitude excessivement maniérée ou sa façon de collectionner les jolis garçons (en portraits ou comme assistants), on finit par se dire, c'est bon, j'ai compris le message, il ne sert à rien d'aligner les exemples. D'autant que pour des raisons juridiques évidentes, aucun personnage vivant identifié n'est jamais clairement étiqueté comme homosexuel (sauf s'il l'assume lui-même, ce qui n'est essentiellement le cas que pour des prêtres défroqués) ; donc on ne peut avoir droit qu'à des insinuations. (Par exemple, s'agissant de Benoît XVI, il évoque sa grande proximité avec le beau Georg Gänswein pour qui le pape a eu toutes sortes d'attentions, et de façon plus anecdotique il fait référence à cette vidéo bien connue où on voit des acrobates torse nu effectuer devant Benoît XVI un spectacle incroyablement homo-érotique, ou encore à une phrase d'un entretien où le pape a évoqué un prostitué là où il aurait été plus logique d'imaginer une femme [franchement, cet argument me semble incroyablement faible] ; mais bien sûr Frédéric Martel n'écrira jamais que Benoît XVI est homosexuel, puisqu'il n'en sait pas plus que vous ou moi — tout au plus prend-il le soin de préciser qu'il l'imagine plutôt comme sincèrement abstinent.) Je trouve ça un peu… fastidieux. Même si je comprends bien l'intérêt de fournir quelques exemples concrets (et qui ne soient pas tous anonymisés) des thèses avancées, et même si certains des personnages décrits finissent par être bizarrement attachants dans leur humanité si pleine de contradiction. Indépendamment du lien ténu avec le sujet, l'évocation du train de vie exorbitant de plusieurs cardinaux est assez instructive.

On pourrait trouver d'autres reproches à faire à ce livre pour ce qui est de la forme : certains passages m'ont paru parfaitement gratuits, à la limite du délayage, d'autres fois c'est le style qui m'a agacé (comme la manière d'invoquer Rimbaud à tout bout de champ en l'appelant le Poète avec un ‘P’ majuscule), mais qui suis-je pour juger ? (ou à plus forte raison pour jeter la première pierre), n'est-ce pas… Dans l'ensemble, j'ai été plus intéressé que je l'avais pensé a priori par un livre que je m'étais attendu à lire très en diagonale. Ne serait-ce que pour avoir un aperçu des luttes de pouvoir entre courants et clans au sein de l'Église catholique, et des compromissions dans ses combats politiques, c'est amusant. Enfin, c'est amusant pour le non catholique (et pour l'homosexuel que j'espère pas trop homophobe) que je suis.

[#] L'auteur énonce en fait quatorze règles de Sodoma au fil du livre (de façon inégalement répartie), que je peux citer intégralement comme illustration :

  1. Le sacerdoce a longtemps été l'échappatoire idéale pour les jeunes homosexuels. L'homosexualité est une des clés de leur vocation.
  2. L'homosexualité s'étend à mesure que l'on s'approche du saint des saints ; il y a de plus en plus d'homosexuels lorsqu'on monte dans la hiérarchie catholique. Dans le collège cardinalice et au Vatican, le processus préférentiel est abouti : l'homosexualité devient la règle, l'hétérosexualité l'exception.
  3. Plus un prélat et véhément contre les gays, plus son obsession homophobe est forte, plus il a de chances d'être insincère et sa véhémence de nous cacher quelque chose.
  4. Plus un prélat est pro-gay, moins il est susceptible d'être gay ; plus un prélat est homophobe, plus il y a de probabilité qu'il soit homosexuel.
  5. Les rumeurs, les médisances, les règlements de compte, la vengeance, le harcèlement sexuel sont fréquents au saint-siège. La question gay est l'un des ressorts principaux de ces intrigues.
  6. Derrière la majorité des affaires d'abus sexuels se trouvent des prêtres et des évêques qui ont protégé les agresseurs en raison de leur propre homosexualité et par peur qu'elle puisse être révélée en cas de scandale. La culture du secret qui était nécessaire pour maintenir le silence sur la forte prévalence de l'homosexualité dans l'Église a permis aux abus sexuels d'être cachés et aux prédateurs d'agir.
  7. Les cardinaux, les évêques et les prêtres les plus gay-friendly, et ceux qui parlent peu de la question homosexuelle, sont généralement hétérosexuels.
  8. Dans la prostitution à Rome entre les prêtres et les escorts arabes, deux misères sexuelles s'accouplent : la frustration sexuelle abyssale des prêtres catholiques trouve un écho dans la contrainte de l'islam, qui rend difficile [sic] pour un jeune musulman les actes hétérosexuels hors mariage.
  9. Les homophiles du Vatican évoluent généralement de la chasteté vers l'homosexualité ; les homosexuels n'y font jamais le chemin en marche arrière en redevenant homophiles.
  10. Les prêtres et les théologiens homosexuels sont beaucoup plus enclins à imposer le célibat des prêtres que leurs coreligionnaires hétérosexuels. Ils sont volontaristes et très soucieux de faire respecter cette consigne de chasteté, pourtant intrinsèquement contre-nature.
  11. La majorité des nonces sont homosexuels mais leur diplomatie est essentiellement homophobe. Ils dénoncent ce qu'ils sont. Quant aux cardinaux, aux évêques et aux prêtres, plus ils voyagent, plus ils deviennent suspects !
  12. Les rumeurs colportées sur l'homosexualité d'un cardinal ou d'un prélat sont souvent le fait d'homosexuels, eux-mêmes dans le placard, qui attaquent ainsi leurs opposants libéraux. Ce sont des armes essentielles utilisées au Vatican contre des gays par des gays.
  13. Ne cherchez pas quels sont les compagnons des cardinaux et des évêques ; demandez à leurs secrétaires, leurs assistants ou leurs protégés, et à leur réaction vous connaîtrez la vérité.
  14. On se trompe souvent sur les amours des prêtres, et sur le nombre de personnes avec lesquelles ils ont des liaisons, « parce qu'on interprète faussement des amitiés comme des liaisons, ce qui est une erreur par addition », mais aussi parce qu'on peine à imaginer des amitiés comme des liaisons, ce qui est un autre genre d'erreur, cette fois par soustraction.

— Mais je trouve que ce n'est en fait pas là un très bon résumé du livre, parce que ces règles se répètent un peu, sont désorganisées et pas très bien énoncées, et ne couvrent pas bien tous les sujets abordés tout en en couvrent trop certains.

↑Entry #2611 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2611 [précédente| permalien|suivante] ↑

↓Entry #2610 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2610 [précédente| permalien|suivante] ↓

(lundi)

Les trois anneaux magiques (et : y a-t-il un sens à vouloir vouloir vouloir ?)

D'accord, le titre de cette entrée est complètement pourri. Mais laissez-moi quand même l'expliquer. Dans mon avant-dernier post je me suis posé des questions sur quelques gadgets de science-fiction. Ça me donne envie de revisiter une vieille entrée pour parler de « mes » trois anneaux[#] magiques et spécifiquement du rôle particulier de l'anneau de la Volonté. De quoi s'agit-il ?

[#] Et non, pour une fois, il ne s'agit pas d'anneaux au sens mathématique du terme, mais d'anneaux qu'on peut porter sur le doigt.

Quand j'étais petit (quand j'avais autour de 12 ans) je me suis fait la réflexion qu'il y a trois ingrédients[#2] qui doivent se combiner pour la réalisation d'une action : le Pouvoir, c'est-à-dire les circonstances dans lesquelles l'action est (matériellement) possible, la Connaissance, c'est-à-dire la compétence nécessaire à la réalisation de cette action, et la Volonté, c'est-à-dire le désir de la mettre en œuvre ; l'idée est donc qu'on faire X lorsque (= si et seulement si !) on peut faire X, qu'on sait faire X et qu'on veut faire X. Cette typologie est évidemment très critiquable à toutes sortes de titres : la définition des trois termes est douteuse, ils ne sont ni proprement exhaustifs ni proprement exclusifs — ou alors seulement en forçant les définitions à s'adapter pour qu'ils le soient ; et globalement parlant c'est là sacrifier la précision à la satisfaction intellectuelle d'un système bien ordonné, quelque chose dont je suis régulièrement coupable. (Et toute cette entrée est une sorte d'exhibition de ce sacrifice.) Mais si ce n'est pas une grille de lecture précise ou franchement utile, elle n'est pas inintéressante non plus à garder à l'esprit, ou au minimum, elle est amusante et peut servir de source d'inspiration. En tout cas, passé à la moulinette de mon obsession pour la symétrie mystique (comme technique de construction artistique), ça a été le point de départ de toutes sortes de cogitations : car si en tant que moyen d'analyse cette typologie est hautement artificielle, en tant que fantaisie (et en tant qu'exercice intellectuel consistant à faire marcher la fantaisie), elle persiste à me plaire.

[#2] On peut considérer qu'il s'agit de trois modalités qui vérifieraient l'axiome : X ⇔ □₁X ∧ □₂X ∧ □₃X ; mais cette analyse formelle est encore plus foireuse que mon explication informelle. (Et non, je ne pensais pas dans ces termes à 12 ans.)

En cherchant à mettre en correspondance toutes les choses qui vont par trois, notamment les couleurs primaires et les pierres précieuses, j'ai attribué : au Pouvoir la couleur rouge du rubis (ou gueules en héraldique), à la Connaissance la couleur bleue du saphir (ou azur), et à la Volonté la couleur verte (sinople). Je serais incapable de dire, avec le recul, quelles associations d'idées[#3] m'ont conduit à préconiser cette correspondance-là, tant elle s'est maintenant figée dans mon esprit que c'est presque une forme de synesthésie. Comme je l'avais dit dans mon entrée sur la symétrie, j'ai été fasciné dans mon enfance par les jeux de la série Ultima, construits autour du système des huit vertus qu'on peut obtenir comme les combinaisons booléennes[#3b] de trois principes fondamentaux que sont la Vérité, l'Amour et le Courage, associés respectivement aux couleurs bleue, jaune et rouge ; mais il me semble que j'ai développé mon propre code de couleur avant d'entendre parler de celui d'Ultima.

[#3] Si vous voulez une analyse sérieuse des thèmes culturellement associés à ces trois couleurs et à quelques autres, je vous renvoie à l'excellent Petit livre des couleurs par Michel Pastoureau et Dominique Simonnet — ou les livres plus épais du premier sur une couleur en particulier —, que j'avais évoqué ici. Pour une autre association de couleurs dans la fiction, je resignale aussi ce texte à propos des cinq couleurs du jeu Magic: The Gathering interprétées comme des « tribus » ou archétypes psychologiques.

[#3b] À part les combinaisons booléennes, il y a l'option de faire un cycle et d'ajouter des nuances : dans ce jeu (voir cette entrée de blog à son sujet), j'ai eu besoin de 24 noms à donner aux domaines du labyrinthe, et j'ai fait deux séries de 12 associées à des cycles dans la roue des teintes : force [de caractère] (rouge), valeur, courage (jaune), détermination, volonté (vert), accord, intelligence (cyan), honnêteté, connaissance (bleu), sagesse, justice (magenta), honneur, d'une part en couleurs claires, et d'autre part en couleurs sombres, bienveillance (rouge), compassion, tendresse (jaune), clémence, pardon (vert), compromis, humilité (cyan), patience, prudence (bleu), tempérance, tolérance (magenta) et gentillesse. Il y a certainement plein de raisons qui ont présidé à ces choix, mais je n'ai pas pris soin de les noter donc je ne peux plus vraiment expliquer.

J'ai aussi été fasciné très tôt par l'entrelac que sont les anneaux borroméens (trois anneaux liés ensemble mais dont deux quelconques ne le sont pas ; cf. d'ailleurs ici), et imaginé la disposition reproduite ci-contre (on imagine bien que j'ai longuement réfléchi à quel anneau mettre au-dessus duquel et comment, mais ce n'est pas très intéressant ici que je m'appesantisse dessus) : cela pourrait être mon blason, et c'est celui que j'ai donné à la ville de Tekir dans certaines de mes fictions. Mais bien sûr, comme source d'inspiration qui m'a marqué, il y a aussi les trois anneaux des Elfes dans le Seigneur des Anneaux[#4]. Je n'ai lu le livre qu'après avoir joué à Ultima (cf. cette entrée où je raconte dans quelles conditions j'ai lu le roman de Tolkien), et je ne sais pas très bien quand j'ai entendu parler des anneaux borroméens, mais je pense que c'est bien à Tolkien que j'ai du voler l'idée d'anneaux (de toute façon, même sans avoir lu le livre, on se doute bien que dans le Seigneur des Anneaux, il doit quelque part être question d'anneaux), par contre ce n'est pas de lui que je tirais l'idée d'en avoir trois ni la correspondance évoquée ci-dessus.

[#4] Narya est d'un métal non spécifié, porte un rubis et est associé au feu ; Nenya est en mithril (un métal fictif inventé par Tolkien), porte un diamant(?) et est associé à l'eau ; et Vilya est en or, porte un saphir et est associé à l'air : tout ça déplaît franchement à mon sens de l'esthétique et montre que Tolkien n'avait pas la même obsession que moi pour la symétrie (ni, d'ailleurs, la même association de couleurs que je mettrais pour l'eau et l'air : qui donc fait correspondre le blanc à l'eau et le bleu à l'air ?).

Bref, si au début j'imaginais des objets magiques associés au pouvoir, à la connaissance et à la volonté comme trois énormes pierres précieuses, rapidement ce sont devenus des anneaux (que je visualisais d'ailleurs comme taillés directement dans la pierre précieuse correspondante[#5]). Du même coup, j'imagine un quatrième anneau, qui n'est pas là pour rule them all mais pour les rassembler, les coordonner, et symboliser l'action accomplie par la conjonction du pouvoir, de la connaissance et de la volonté : ce n'est pas très intéressant, donc laissons-le de côté.

[#5] Ne m'embêtez pas à me dire que personne n'a jamais taillé un anneau dans un rubis, un saphir ou une émeraude, que ce serait insensé pour ne pas dire impossible — et d'ailleurs atrocement inconfortable à porter même si c'était réalisable —, et qu'on enchasse évidemment la pierre précieuse dans un anneau en métal : ne m'embêtez pas avec votre réalité ennuyeuse et laissez-moi rêver mes objets magiques comme je veux !

Bon, mais que font-ils, ces anneaux magiques ? Dans mon roman La Larme du Destin (que je ne recommande pas sauf si vous aimez la Heroic Fantasy écrite par un ado qui essaye de mélanger trop d'idées à la fois et produit une sorte de gloubi-boulga de tout ce qu'il sait), il n'est pas clair qu'ils aient vraiment un effet magique : ce sont juste des symboles de personnes plus ou moins chargées de représenter ces trois forces. Mais s'ils devaient faire quelque chose, logiquement, que serait-ce ?

Pour deux des trois anneaux, on imagine grosso modo l'idée : l'anneau rouge donnerait le Pouvoir ultime, peut-être qu'il rend omnipotent sur le monde matériel (ou, sans aller jusque là, quelque chose qui s'en approche), l'anneau bleu donnerait la Connaissance ultime, peut-être qu'il rend omniscient (idem), mais l'anneau vert donnerait… hum, qu'est-ce que c'est que la Volonté ultime ? c'est moins clair, mon bel arrangement symétrique se casse la gueule et je suis tout malheureux.

Ça se casse la gueule parce que si l'enjeu est, disons, de voler dans les airs, ne pas pouvoir ou ne pas savoir le faire est peut-être embêtant, mais si on ne veut pas le faire, il n'y a pas de problème — si ? L'amoureux de la symétrie que je suis en est tout chagriné. Mais on peut rétablir, ou au moins rafistoler, cette symétrie, avec la réflexion suivante : si l'enjeu est, disons, de sauter en parachute, il se peut très bien que le problème principal soit d'« oser », chose qu'on va sans doute classer sous l'égide de la Volonté. Et en fait, il y a plein de choses dans la vie pour lesquelles le problème principal auquel on est confronté n'est pas le manque de Pouvoir ou de Connaissance, mais bien d'une forme ou d'une autre de Volonté[#5b].

[#5b] Pour ne pas parler des actions collectives, comme la limitation des émissions de CO₂, qui est indubitablement quelque chose qu'on peut faire et pour lequel on a les connaissances nécessaires.

Ceci suggère que le pouvoir magique de l'anneau vert serait quelque chose comme donner un contrôle parfait de soi : un contrôle mental, un contrôle de sa propre volonté, de ses propres goûts et désirs, peut-être même de son caractère. (Peut-être aussi de ceux des autres, ce qui rend l'anneau en question indiscutablement puissant, quoique peut-être moins intéressant dans sa pureté. Mon sens de la symétrie tendrait à me faire rechercher à définir les lignes précises des pouvoirs magiques de mes trois anneaux de façon qu'ils soient grosso modo équilibrés[#6], mais rien ne dit, évidemment, que ce soit possible.)

[#6] Ou, mieux encore, pour rester dans la perspective des anneaux borroméens, que (s'il devait y avoir confrontation entre les détenteurs de plusieurs de ces anneaux) l'anneau du Pouvoir « batte » celui de la Connaissance, que l'anneau de la Connaissance « batte » celui de la Volonté, et que l'anneau de la Volonté « batte » celui du Pouvoir. L'exercice pour le lecteur qui s'ennuie est donc d'imaginer précisément ce que font ces anneaux de façon à rester aussi près que possible des lignes que j'ai suggérées mais de vérifier ces contraintes. Je pense que c'est un exercice assez difficile : les scénaristes d'histoires de super-héros ne réfléchissent jamais sérieusement aux possibilités offertes par les super-pouvoirs de leurs personnages, parce que s'ils devaient le faire ils se rendraient compte que les combats seraient essentiellement toujours ridiculement déséquilibrés.

Ceci revient peut-être en quelque sorte à faire la différence entre vouloir et vouloir vouloir. Le sens du verbe vouloir est évidemment flou, reposant sur l'illusion commode de l'unicité de l'intention humaine (comme si nos esprits n'étaient pas l'arène de toutes sortes de combats et de contradictions complexes), et si quelqu'un aimerait sauter en parachute mais n'ose pas il est difficile de dire s'il veut le faire ou non. (Le sens de mes modalités pouvoir et savoir est, évidemment, à peine moins flou !) Mais une piste, possiblement encore trop simpliste, est de distinguer vouloir et vouloir vouloir : vouloir est la résolution qui va vraiment emporter l'action dans la mesure où elle est faisable (dans la mesure où on peut et on sait, si je m'accroche à ma grille d'analyse artificielle), tandis que vouloir vouloir est une intention plus lointaine. On pourrait alors dire que l'anneau vert permet de transformer le vouloir vouloir en vouloir comme l'anneau rouge permet de transformer le vouloir pouvoir en pouvoir et le bleu le vouloir savoir en savoir.

Avoir le contrôle de ses propres désirs est quelque chose qu'on peut imaginer souhaiter : être capable de résister à toutes les tentations, de faire naître en soi-même l'envie de faire les choses qu'on n'arrive pas à se résoudre à faire ou disparaître les envies dont on cherche à se débarrasser[#7], voire, de changer son propre caractère, c'est une magie qui a de quoi intriguer. C'est certainement tentant (il y a certains de mes goûts ou de mes traits de caractères que je peux imaginer vouloir changer, jusqu'à des choses triviales comme ma tentation de manger des cochonneries) ; mais à un certain point on peut aussi se dire : ce que je définis comme moi (cf. aussi cette entrée-ci) est, en quelque sorte, mon caractère (y compris jusqu'à mes névroses), et si je commence à le changer, je ne suis plus moi… Donc je ne veux rien changer ? Pourtant je suis quand même tenté de le faire ? Peut-être que je devrais justement utiliser l'anneau vert pour me retirer la tentation d'utiliser l'anneau vert ? Ou au contraire pour me retirer la réticence à l'utiliser ? On se perd dans un labyrinthe dont je ne sais vraiment pas où il mène[#8].

[#7] Il est impossible de ne pas évoquer ici l'orientation sexuelle, tant il y a des gens qui ont lutté et luttent encore pour changer la leur, jusqu'à se faire torturer mentalement par des programmes de reconversion et le mouvement ex-gay de sinistre réputation. On ne peut que s'attrister que des gens en soient à souhaiter avoir une baguette magique qui leur permettrait de changer quelque chose en eux qui n'a rien d'anormal ou de malsain, mais l'anneau vert offrirait certainement cette possibilité comme il permettrait, a contrario, de décider de ne plus vouloir faire ce changement !

[#8] Mais qui me fait penser à cet argument classique sur l'intelligence artificielle, qui dit : si on devait faire une intelligence artificielle surhumaine, plutôt qu'essayer de la contrôler en lui imposant des limites, qu'elle arriverait forcément à contourner parce qu'elle est surhumainement intelligente, il faudrait plutôt la rendre initialement plutôt bienveillante et lui donner le pouvoir de se modifier elle-même en profondeur, si bien qu'elle corrigera elle-même l'imperfection de sa bienveillance (et de la définition de ce terme), jusqu'à tomber sur un point fixe (qui sera ce qu'on voulait vraiment parce que l'intelligence surhumaine aura correctement compris ce qu'on voulait vraiment et se sera ajustée elle-même en conséquence puisqu'elle est bienveillante).

En tout cas, si chacune de mes modalités (faire Xpouvoir faire X, savoir faire X, vouloir faire X) définit à son tour une « action », on devrait pouvoir les appliquer récursivement : cela doit avoir un sens non seulement de vouloir vouloir faire X, mais aussi par exemple de savoir pouvoir faire X ou de vouloir savoir pouvoir faire X — et chacune des 1 + 3 + 3² + 3³ + ⋯ combinaisons ainsi définies (soit −½ au total ← ceci est une blague de matheux 😉) doit être subtilement différente (mais avec la contrainte qu'à chaque fois, faire X équivaut à simultanément pouvoir faire X, savoir faire X et vouloir faire X : donc par exemple, vouloir équivaut à pouvoir vouloir, savoir vouloir et vouloir vouloir simultanément). Je crois qu'il sera très difficile de faire marcher le système aussi régulièrement, mais c'est amusant d'essayer d'imaginer ce que tout ça peut signifier. Néanmoins, cela peut avoir un sens de chercher à se demander ce que vouloir vouloir vouloir faire X signifie en pratique, et d'imaginer un scénario crédible où ce qu'on fait, ce qu'on veut faire, ce qu'on veut vouloir faire, et ce qu'on veut vouloir vouloir faire sont différents.

Bon, cette entrée est un peu une autocaricature et elle a assez duré, donc je vais l'arrêter là sans avoir rien fait d'autre que de jeter des idées en pâture à quiconque voudra s'en saisir, mais je dois au moins signaler (parce que je n'ai pas réussi à caser ce lien ailleurs) ce fragment littéraire gratuit pour une vision différente de ma triade.

↑Entry #2610 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2610 [précédente| permalien|suivante] ↑

Only the 20 most recent entries were included above. Continue to older entries.

Seules les 20 plus récentes entrées ont été incluses ici. Continuer à lire les entrées plus anciennes.


Entries by month / Entrées par mois:

2019 Jan 2019 Feb 2019 Mar 2019 Apr 2019 May 2019 Jun 2019 Jul 2019 Aug 2019 Sep 2019 Oct 2019 Nov 2019
2018 Jan 2018 Feb 2018 Mar 2018 Apr 2018 May 2018 Jun 2018 Jul 2018 Aug 2018 Sep 2018 Oct 2018 Nov 2018 Dec 2018
2017 Jan 2017 Feb 2017 Mar 2017 Apr 2017 May 2017 Jun 2017 Jul 2017 Aug 2017 Sep 2017 Oct 2017 Nov 2017 Dec 2017
2016 Jan 2016 Feb 2016 Mar 2016 Apr 2016 May 2016 Jun 2016 Jul 2016 Aug 2016 Sep 2016 Oct 2016 Nov 2016 Dec 2016
2015 Jan 2015 Feb 2015 Mar 2015 Apr 2015 May 2015 Jun 2015 Jul 2015 Aug 2015 Sep 2015 Oct 2015 Nov 2015 Dec 2015
2014 Jan 2014 Feb 2014 Mar 2014 Apr 2014 May 2014 Jun 2014 Jul 2014 Aug 2014 Sep 2014 Oct 2014 Nov 2014 Dec 2014
2013 Jan 2013 Feb 2013 Mar 2013 Apr 2013 May 2013 Jun 2013 Jul 2013 Aug 2013 Sep 2013 Oct 2013 Nov 2013 Dec 2013
2012 Jan 2012 Feb 2012 Mar 2012 Apr 2012 May 2012 Jun 2012 Jul 2012 Aug 2012 Sep 2012 Oct 2012 Nov 2012 Dec 2012
2011 Jan 2011 Feb 2011 Mar 2011 Apr 2011 May 2011 Jun 2011 Jul 2011 Aug 2011 Sep 2011 Oct 2011 Nov 2011 Dec 2011
2010 Jan 2010 Feb 2010 Mar 2010 Apr 2010 May 2010 Jun 2010 Jul 2010 Aug 2010 Sep 2010 Oct 2010 Nov 2010 Dec 2010
2009 Jan 2009 Feb 2009 Mar 2009 Apr 2009 May 2009 Jun 2009 Jul 2009 Aug 2009 Sep 2009 Oct 2009 Nov 2009 Dec 2009
2008 Jan 2008 Feb 2008 Mar 2008 Apr 2008 May 2008 Jun 2008 Jul 2008 Aug 2008 Sep 2008 Oct 2008 Nov 2008 Dec 2008
2007 Jan 2007 Feb 2007 Mar 2007 Apr 2007 May 2007 Jun 2007 Jul 2007 Aug 2007 Sep 2007 Oct 2007 Nov 2007 Dec 2007
2006 Jan 2006 Feb 2006 Mar 2006 Apr 2006 May 2006 Jun 2006 Jul 2006 Aug 2006 Sep 2006 Oct 2006 Nov 2006 Dec 2006
2005 Jan 2005 Feb 2005 Mar 2005 Apr 2005 May 2005 Jun 2005 Jul 2005 Aug 2005 Sep 2005 Oct 2005 Nov 2005 Dec 2005
2004 Jan 2004 Feb 2004 Mar 2004 Apr 2004 May 2004 Jun 2004 Jul 2004 Aug 2004 Sep 2004 Oct 2004 Nov 2004 Dec 2004
2003 May 2003 Jun 2003 Jul 2003 Aug 2003 Sep 2003 Oct 2003 Nov 2003 Dec 2003