This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.
Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.
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2010-09-01 (mercredi)
Ce n'est peut-être pas une nouvelle dent qui vient de casser, en fait, mais peut-être déjà la même que la dernière fois (la 26 ou la 27, je ne suis pas très sûr) : en tout cas, elle était déjà réparée avec du composite, et c'est plus le composite que la dent elle-même qui a cassé. (La dent était très mal en point, il faut croire : sa situation n'a peut-être pas du tout empiré, en fait.)
Mais ça se produit toujours au pire moment possible. Mon dentiste ne peut pas me prendre avant lundi, à cause du rush de la rentrée. Je ne sais pas si je dois craindre que la dent parte en mille morceaux d'ici là. D'un autre côté, elle ne me fait pas mal, donc mon poussinet me suggère d'attendre lundi.
Il existait autrefois un service d'urgences dentaires et stomatologiques boulevard de Port-Royal : il semble qu'ils aient disparu. (Leur répondeur suggère de s'adresser à un cabinet de stomatologues dans le 9e.) Sinon, il y a les urgences dentaires de la Pitié, mais je pense que c'est pour les gens qui ont vraiment mal.
Je ne sais pas si ça vaut la peine de chercher quelque chose en urgence d'ici là : si de toute façon la dent a de fortes chances de se faire arracher, dévitaliser, couronner, ou tronçonner d'une autre manière barbare, ça ne sert pas forcément à grand-chose de la colmater avant. Soupir…
2010-08-31 (mardi)
Chaque pays a sa façon de nommer les rues. En France, on aime bien rendre hommage à des gens, ou à des choses (alors que ce n'est pas du tout le genre, par exemple, en Angleterre). J'aimerais bien avoir des statistiques sur les noms des voies des communes françaises : quelles sont, par exemple, les personnes les plus souvent mises à l'honneur ? (Si on ne met pas de qualification à cette question, c'est trop facile de deviner, d'ailleurs cf. ci-dessous pour la réponse sans surprise ; mais on peut chercher les étrangers les plus souvent honorés, ou les personnes les plus populaires dans chaque siècle, ou selon la catégorie/profession. On pourrait aussi chercher les hapax remarquables.)
Malheureusement, il est quasiment impossible d'avoir de telles
statistiques. Ce que je peux faire, cependant, c'est prendre les
données d'OpenStreetMap et
tâcher de voir ce qu'on peut en extraire. Ce sont des données assez
moisies, même en tentant compte de leur caractère lacunaire, vu que
les noms sont écrits sans aucune cohérence ni logique, souvent de
façon erronée, qu'il n'y a pas de moyen fiable de savoir quand deux
noms sont la même rue ou deux rues nommées de façon semblable, etc.
J'ai donc dû les mouliner à grands renforts de scripts Perl et autres
outils heuristiques qui produisent certainement des artefacts bizarres
(il est donc possible que des noms aient complètement disparu ou aient
été scindés en deux, que d'autres aient été surreprésentés pour des
raisons mal comprises, ou encore que certains ne soient pas des noms
mais des descriptions comme rue principale
). Mais c'est mieux
que rien. Voici, si j'en crois mes programmes, les noms les plus
souvent donnés aux voies françaises :
Et une tentative spécifiquement pour les rues nommées d'après un individu (en regroupant les différentes appellations d'une même personne) : c'est encore plus difficile et sujet à caution. Par exemple, une rue Corneille honore certainement Pierre Corneille et pas Thomas Corneille, mais comment savoir quel Carnot a donné son nom à une rue Carnot ? j'ai juste divisé en Carnot (probablement Lazare Carnot) et en Sadi Carnot (probablement le président) ; et je ne parle pas des confusions possibles entre une rue de la Fontaine et une rue [Jean de] La Fontaine. Bref, il est fort probable qu'il y ait des doublons là-dedans que je n'ai pas correctement filtrés, et il est certain que tout ceci est à prendre avec des pincettes :
2010-08-30 (lundi)
Un des usages annexes, mais néanmoins importants, de Wikipédia, c'est de pouvoir trouver le mot pour désigner telle ou telle chose dans une autre langue — un peu comme un dictionnaire technique. Globalement, ça marche plutôt bien : on va voir l'article dans une langue, et on clique sur le lien vers une autre langue, et le titre permet souvent d'avoir une traduction raisonnable. Ceci permet de pallier la nullité complète de Wiktionary surtout dans les domaines un peu scientifiques ou techniques.
Mais quand il s'agit de traduire vers le français le nom d'un animal (et dans une moindre mesure, d'une plante), ça marche mal. La raison en est que la Wikipédia en français insiste souvent pour que le nom principal d'un article concernant un animal soit le nom scientifique (binôme genre+espèce, parfois dit nom latin même si les Romains ont bien peu à voir là-dedans, les pauvres), le nom vernaculaire n'étant donné qu'accessoirement. Vous allez me dire, ce n'est pas un problème, il suffit de lire la première phrase de l'article, qui va bien donner les différents noms de l'animal. Oui, mais en fait non.
Le problème est que le nom vulgaire est moins précis que le nom scientifique : il ne désigne pas une espèce, mais une collection un petit peu arbitraire d'espèces, souvent un genre, parfois toute une famille, parfois plusieurs taxons disjoints, et parfois il n'est même pas très clair ce qu'il désigne au juste (voyez le canard, par exemple). Idéalement, l'encyclopédie devrait avoir un article sur le nom vulgaire, qui tente de décrire les taxons généralement recouverts par ce nom, et qui cite les espèces les plus communes, avec des pages plus précises sur chacune de ces espèces ; lorsque le nom vulgaire recouvre assez clairement un genre ou une famille (il est rare qu'il désigne une espèce unique, sauf si elle est domestiquée), on peut fusionner, évidemment. C'est d'ailleurs à peu près ce qui se fait, en vérité.
À quoi sert-il d'avoir un article sur le nom vulgaire, s'il n'est
pas précis ? Le problème, et on a tendance à l'oublier, c'est qu'une
encyclopédie se doit de documenter non seulement les faits
scientifiques, mais aussi leur incidence sociale ou culturelle, par
exemple. Dans une page sur le canard, on s'attend à trouver des
informations sur l'importance économique du canard, le canard en
cuisine, en littérature, et jusqu'à la symbolique du canard en
héraldique (si tant est qu'il y en ait une…) — de tels
renseignements ne doivent certainement pas figurer sous un
article Anas platyrhynchos, mais bien sous le nom
général canard
. (Pour que mon argument soit encore plus clair,
imaginez un animal imaginaire — le dragon ou le roc, par exemple
— visiblement, on ne va pas pouvoir mettre l'article sous un nom
binominal, et pourtant il faut certainement un article sur
le dragon
ou le roc.)
(L'autre problème est que, pour la plupart des
gens, le nom vernaculaire est plus parlant, même s'il est moins
précis. Un peu de la même façon que les gens savent de quoi je parle
si je parle de LSD
, moins si je parle
de diéthylamide de l'acide lysergique
, et encore moins si
j'utilise le nom scientifique absolu, qui est,
paraît-il, (6aR,9R)-N,N-diéthyl-7-méthyl-4,6,6a,7,8,9-hexahydroindolo-[4,3-fg]quinoline-9-carboxamide
,
et ce serait navrant de nommer l'article Wikipédia avec ce nom-là.
C'est aussi un peu la même raison qui veut que l'article sur Stendhal
ne s'appelle pas Henri Beyle
, et ainsi de suite.)
Globalement, ce que je décris est déjà la règle (je ne sais pas à
quel point elle est codifiée) que Wikipédia essaie de suivre. De quoi
je me plains, alors ? Prenons le cas de la morue (ou cabillaud) : il
y a un article convenable
à ce sujet sur la Wikipédia en français, qui redirige vers
un article semblable
appelé cod
sur la Wikipédia en anglais ; le
souci est que cet article en anglais est fusionné, et c'est
raisonnable de le faire, avec le genre Gadus : et si on suit le
lien vers le français (avant le changement que je viens de faire), on
tombe sur l'article sur
ce genre, qui nous dit que Gadus est un genre de
poissons gadiformes
sans mentionner le nom vulgaire (de nouveau,
avant mon passage) sauf dans le détail des espèces. Donc si on veut
savoir ce que le mot anglais cod
désigne en
français, on en reste à cette explication fort peu éclairante qu'il
s'agit de poissons gadiformes
, sans faire le lien avec le
cabillaud. Et ce n'est pas un exemple isolé : c'est tout le temps
comme ça ! Je suis le lien depuis
l'anglais badger
et je tombe sur un
article melinæ
dont j'apprends qu'il s'agit d'une sous-famille des mustélidés —
est-ce qu'on a vraiment envie de mettre les explications sur les
références populaires au blaireau dans un article décrivant une
sous-famille des mustélidés ? Ah, mais il y a un article
intitulé blaireau
: mais c'est une page d'homonymie, qui
renvoie soit sur l'espèce du blaireau européen (Meles meles),
soit sur celle du blaireau américain (Taxidea taxus), soit sur
des choses qui n'ont rien à voir comme le blaireau instrument pour se
raser. Bordel ! Si je pars de l'article
anglais weasel
,
je tombe sur un article en
français mustela
(genre de la famille des mustélidés
), dont les espèces sont
indistinctement nommées belette, hermine, putois, furet ou vison.
Mais la traduction correcte de weasel
,
c'est belette
: pour hermine
il y
a stoat
, pour putois
c'est polecat
,
pour mouffette
, skunk
pour furet
, ferret
, et pour vison
c'est mink
; même si Wikipédia n'est pas un
dictionnaire, comme ces termes vulgaires se correspondent parfaitement
entre l'anglais et le français, bien que ce soient des regroupements
un peu arbitraires d'espèces, on voudrait qu'ils soient liés
exactement comme ça et pas autrement ! Bon, il est vrai que dans ma
tête, les blaireaux, belettes, hermines, putois, furets, visons,
mouffettes, grisons, martres, fouines et zibelines sont regroupés dans
un seul sac mental, celui des petits mammifères carnivores à la con
auxquels on a donné quarante-douze noms différents parce qu'on les a
chassés pour leur fourure.
Le truc est surtout que Wikipédia n'est pas plus fait pour la taxonomie du vivant que pour être un dictionnaire : pour cataloguer les espèces, il y a Wikispecies, qui est inter-langues.
2010-08-29 (dimanche)
Il y a de temps en temps des gens illuminés qui essaient de prouver l'existence de Dieu par les merveilles de la nature, en oubliant, ou plutôt en feignant de ne pas comprendre, que l'évolution naturelle ou artificielle explique très bien les faits qu'ils mettent en avant. Pour un exemple qui atteint un sommet de ridicule tellement élevé qu'on a vraiment peine à croire que ce n'est pas une parodie (mais des sources bien informées nous assurent que ce n'en est pas une), on a un des grands classiques du rire sur YouTube, la banane qui prouve l'existence de Dieu. Des gens plus sophistiqués essaient parfois de prouver l'existence de Dieu par des miracles de la nature autrement plus savants : comme le fait que si la masse du neutron était ne serait-ce qu'un tout petit peu plus élevée ou plus faible, nous n'existerions pas (dans un cas, l'hydrogène serait le seul élément stable, et l'Univers ne serait qu'un grand nuage d'hydrogène ; dans l'autre, ce serait le proton qui serait instable, et l'Univers ne serait qu'un grand nuage de neutrons) ; mais ce genre d'argument revient à attribuer à Dieu le principe anthropique, ce qui n'est pas plus intelligent que de lui attribuer l'évolution.
Il y a toutefois deux « miracles » de la nature, que je ne vois jamais personne mentionner, et qui me semblent tout à fait fascinants. (Je ne crois certainement pas qu'ils prouvent l'existence de Dieu, mais si on tient absolument à ce que Dieu fasse ce genre de miracle, ceux-là me semblent devoir figurer assez haut sur l'échelle.) Je veux dire qu'ils n'ont pas d'autre explication, pour autant que je sache, que « on est bigrement chanceux » (ce qui ne veut pas dire non plus que ce soit une coïncidence extraordinaire : après tout, il y a quantité d'autres miracles qui ne se sont pas produits, et on peut le regretter).
Le premier, c'est la cuisson. Depuis un bon moment, l'homme connaît l'existence du feu (on pourrait déjà classer cette existence comme un miracle, mais c'est trop près de questionner les lois de la physique, voire, des mathématiques, ce qui est suspect) ; et un des usages qu'il a découvert au feu, c'est la cuisson. Or, quand on y pense, il n'y a aucune raison a priori pour laquelle la cuisson serait une opération utile ou intéressante : aucun animal n'utilise le feu ou la cuisson, nous n'avons pas évolué pour manger des aliments cuits (ou alors, seulement depuis récemment — quelques centaines de milliers d'années au maximum — donc il est possible qu'on se soit un tout petit peu adaptés, mais certainement pas de façon radicale). On pourrait imaginer que le feu va détruire tout ce qui est utilement absorbable dans un aliment. Non seulement ce n'est pas le cas, mais la cuisson détruit tout un tas de parasites, rend la viande beaucoup plus digeste, rend comestibles ou plus comestibles certains tubercules autrement plus ou moins toxiques (comme le manioc), et, qui plus est, participe à la réaction de Maillard (un petit miracle en elle-même) qui donne naissance à quantité de saveurs très intéressantes.
Le deuxième miracle qui me vient à l'esprit, c'est l'existence du verre. Le verre est un matériau tellement magique qu'on oublie de se rendre compte à quel point il l'est : thermodynamiquement, c'est un liquide en surfusion, qui ne redevient pas spontanément solide — et je pense qu'on ne pourrait pas faire toutes les choses incroyables qu'on fait avec du verre si on devait travailler avec sa forme solide beaucoup moins maniable, i.e., du quartz ; mais le verre a aussi le bon goût d'être inerte chimiquement et d'être transparent aux longueurs d'ondes que nous voyons (alors qu'on peut facilement en faire un filtre à UV en ajoutant un fondant), et, surtout, d'être constitué d'un matériau incroyablement abondant : la silice.
Évidemment, en continuant dans la série des techniques et des matériaux, on peut trouver plein d'autres exemples plus ou moins convaincants de petits miracles de ce genre : le fait que le silicium (qui, puisque la silice l'est, est aussi incroyablement abondant) puisse être obtenu à des puretés extraordinaires et soit un semiconducteur idéal pour fabriquer des ordinateurs, par exemple, est-il un miracle ? On pourrait imaginer un monde parallèle dans lequel on doit utiliser des tubes à vide parce que le transistor n'est pas possible ou trop cher, et l'informatique reste au niveau où elle était au début des années 50.
Pour citer un exemple de miracle qui ne s'est pas produit, je peux mentionner le mercure : ce serait merveilleux d'avoir un métal (et notamment, un conducteur électrique) qui soit liquide à température ambiante. On pourrait en faire un nombre incroyable de choses très utile. On a ça : c'est le mercure. La mauvaise nouvelle, c'est que le mercure est une cochonnerie très toxique. Ce qu'il faudrait, c'est un métal léger qui soit liquide à température ambiante (et je ne parle pas du sodium…). Le plus proche qu'on ait est l'alliage indium-gallium (ou indium-gallium-étain) : c'est un pauvre succédané de ce que le mercure aurait dû être dans un monde idéal. (Essayez de plonger la main dans un bocal de mercure, puis dans un bocal d'alliage indium-gallium, et vous comprendrez ce que je veux dire.)
Quant à la question de savoir si on a eu droit au miracle des supraconducteurs à température ambiante (imaginez une ville entière alimentée par un câble assez étroit), le jury est encore en train de délibérer.
2010-08-29 (dimanche)
En complément du fait que
les cheveux longs ne semblent
vraiment pas plaire aux homos, la contraposée semble vraie : mon
poussinet s'est rasé les cheveux à zéro (en finissant au rasoir, donc
c'est vraiment à zéro), et l'effet a été stupéfiant si on en juge par
le nombre de regards très manifestement intéressés qu'il a attirés
quand nous nous sommes promenés ensuite dans le Marais (et ce n'est
certainement pas moi qui les causais, et avec juste quelques
centimètres de cheveux il ne provoque vraiment pas les mêmes réactions
non plus). Si j'étais un peu jaloux je l'aurais ramené à la maison
immédiatement. ![]()
Et on doit reconnaître que c'est vrai, il est très sexy comme ça, mon poussinet. Ce qui est rageant, quelque part, c'est qu'on ne saurait pas dire pourquoi, au juste. Je ne crois pas que ce soit, par exemple, le fantasme du skinhead qui joue, parce que ce n'est vraiment pas son look — j'ai bien essayé de le persuader d'essayer de porter treillis et rangers, mais il n'a pas voulu en entendre parler… J'avais entendu la théorie que les cheveux rasés font paraître plus jeune (ce qui est possible, mais je n'en suis pas complètement convaincu non plus) parce qu'ils évoquent la tête d'un bébé (là je n'y crois vraiment pas, surtout quand on voit la racine des poils).
2010-08-17 (mardi)
Je suis un lève-tard (à tel point que mes heures de coucher et
lever ont tendance à se décaler progressivement sur la journée,
jusqu'à atteindre le point où ça devient vraiment ridicule, je me
ressaisis et je fais un effort, et ça recommence — c'est un
petit peu énervant). Mais je peine à comprendre pourquoi : pourquoi
est-ce que, au moment où je devrais me coucher, même si je me sens
vaguement fatigué, le lit n'a pas vraiment d'attrait pour moi, je
préférerais continuer à faire n'importe quelle connerie pour perdre
mon temps, alors que, le matin (enfin, matin
, ce qui en tient
lieu), au contraire, je tiens tellement à rester au lit ?
Je viens seulement de faire le lien avec un autre phénomène, dont j'avais pourtant conscience depuis longtemps : c'est que mon sommeil n'est pas du tout homogène. Au début de la nuit (enfin, dans les premières heures après mon coucher), mon sommeil est profond, mais agité, et presque pénible : j'ai parfois du mal à m'endormir, mais quand je le fais, c'est comme une masse, et si je me réveille, je suis complètement assommé, j'ai les idées confuses, je titube si je me lève, je fais des rêves qui tournent parfois à la panique, je suis un peu somnambule, je transpire beaucoup, j'ai des confusions nocturnes et des crises d'angoisse. Bref, tout cela n'est pas très plaisant. Pendant la fin de mon sommeil, en revanche, dormir devient un vrai plaisir : je fais rêve sur rêve, et ce sont des rêves généralement agréables, où j'explore de vastes labyrinthes, j'accomplis des quêtes cosmiques, je vole, je suis magicien, et, globalement, je m'amuse beaucoup. Si je suis réveillé, je peux continuer mon rêve de façon semi-consciente, en le modelant pour qu'il me plaise encore plus, et cela m'aide à tomber dans un autre rêve qui me plaise. Bref, tout cela est un grand plaisir, et j'ai généralement envie d'en profiter le plus possible.
Dit comme ça, le lien est complètement évident, et je ne comprends pas qu'il ait pu m'échapper aussi longtemps : cela explique de façon tout à fait claire pourquoi je n'aime pas me coucher mais que je n'aime pas non plus me lever.
Or cette différence entre le début et la fin du sommeil ne m'est certainement pas particulière : il me semble qu'il est bien établi qu'on fait beaucoup plus de rêves agréables, qu'on a beaucoup plus de sommeil paradoxal vers la fin de la nuit. Évidemment, ce n'est pas très rationnel de vouloir se coucher plus tard (je ne vais pas éviter les périodes de sommeil profond et un peu désagréable, au mieux les repousser), et je suppose que tout le monde a toujours un peu envie de se lever plus tard, mais j'ai quand même du mal à comprendre les lève-tôt. Est-ce que leurs rêves sont moins intéressants ?
2010-08-17 (mardi)
Je ne suis pas trop mauvais en reconnaissance musicale (même si ça peut me rendre fou), mais je n'ai aucune notion d'harmonie ou de solfège[#]. Parfois j'ai l'impression floue que deux thèmes se ressemblent, mais je ne sais vraiment pas l'expliquer ni mettre le doigt dessus.
Je ne sais plus où ni quand j'entendais un fond sonore
interchangeable et j'ai eu ce titillement neuronal ah, mais je
connais cet air, qu'est-ce que c'est déjà ?
: j'ai d'abord cru
reconnaître l'hymne soviétique,
puis, un instant plus tard, je dis, mais que suis-je bête, c'est le
canon de Pachelbel[#2] ; en
fait, c'était Go West. Je me couvre de
honte.
Mais pas tant que ça, en fait : je lis à l'instant au hasard de mes flâneries sur Wikipédia :
The new version [by the Pet Shop Boys] enhances the basis of the
original's chord progression in Pachelbel's Canon, bringing the theme
to the forefront at the opening of the song. In addition to the Canon
elements, the new version also includes thematic elements from the old
Soviet Union anthem.
Quand on écoute cette version, c'est assez évident, en fait.
[#] En fait, si, au moins pour les aspects mathématiques, mais de façon complètement théorique : je ne fais absolument pas le lien avec ce que mon oreille peut entendre.
[#2] Certes, celui-là, on l'entend partout de toute façon.
2010-08-11 (mercredi)
Je prends le temps, parmi les mille et une choses qui réclament urgemment mon attention au retour de vacances, pour raconter un peu comment celles-ci se sont passées. Sans ordre ni logique, cependant :
schwul=pédé; more about that later).
Berlin-Est, parce que j'ai l'impression que la division de la ville pendant trente ans explique en partie le phénomène que j'évoque ci-dessus que les quartiers animés ne sont pas adjacents les uns avec les autres ; ceci dit, c'est loin de tout expliquer, d'une part parce que Berlin a de toute façon changé depuis 1989 (il faut vraiment consulter une carte pour savoir où le mur pouvait passer) et d'autre part parce qu'on a cette impression qu'il n'y avait vraiment rien à Berlin-Ouest tant la majorité des choses intéressantes semble être à l'Est.
Leitungswasser
ou Hahnenwasser en allemand) : pas que nous ayons
vraiment essayé, mais c'est évident que personne n'en prend. On en
vient à se demander si les Allemands sont au courant que ce qui
circule dans les canalisations d'eau est potable. En recherchant sur
Internet plus de précisions sur cette question, je suis tombé
sur ce post du blog (en
allemand) d'un Allemand expatrié en Suisse, où on apprend
notamment que même en Suisse allémanique la situation est bien
différente. (J'ai aussi bookmarké quelques pages de discussion qui
montrent que les Allemands n'ont pas l'air de savoir, ou pas l'air
d'accord entre eux à ce sujet, si c'est correct de demander de l'eau
du robinet au
restaurant : celui-ci, celui-là,
et
aussi cette
page de conseils, semblent plutôt dire que oui, mais avec
énormément de réserve.)Kaufhaus des Westens
= supermarché de l'Ouest), une copie conforme des galeries Lafayette, mais à l'architecture plus labyrinthique, le temple de la consommation où, paraît-il, les allemands de l'Est avant 1989 rêvaient d'aller. Globalement, tout le quartier (de Berlin-Ouest, donc) entre là et le Kurfürstendamm est très commerçant au sens
corporate, par opposition à d'autres
quartiers commerçants qui ont beaucoup plus de petits commerces.QuickDic German Dictionarydans le marché), c'est beaucoup plus commode que de sortir à chaque fois mon dictionnaire de mon sac et de trouver laborieusement le mot dans l'ordre alphabétique. J'ai aussi (re)trouvé une motivation très forte pour bosser mon allemand : c'est de lire les BD de Ralf König en VO (j'y arrive, mais à grand renfort de dictionnaire ; ceci dit, ça permet d'apprendre plein de mots cochons très importants).
Voilà, j'oublie certainement encore plein de choses que je pourrais raconter, mais ça commence à faire assez long comme ça. Il y a un tas de photos (de très mauvaise qualité…) qui viendront éventuellement plus tard.
Maintenant, il faut que je revoie Der Himmel über Berlin, Good bye, Lenin!, le documentaire Un Mur à Berlin…
2010-07-26 (lundi)
J'arrive un peu en avance ; j'attends en admirant la vue. Je comprends pourquoi ils viennent ici, entre terre et mer.
La clameur enfle. La ville s'anime peu à peu. Les commerçants ouvrent boutique. Les rues s'emplissent. Les derniers noctambules finissent de rentrer, les flâneurs et les coursiers les remplacent. Deux amoureux se donnent la main. Un chat miaule. Une mouette passe. L'odeur d'embruns semble s'intensifier.
Fidèles à leur habitude, ponctuels, l'enfant et le vieillard apparaissent sur la corniche. Ma présence ici les surprend : je sens leur inquiétude. Je m'approche, esquisse un signe amical.
— Que nous voulez-vous ?
J'observe attentivement l'enfant. Je fixe la chaîne qu'il porte au cou. Elle pourrait passer inaperçue. Je souris. Je ne me suis pas trompé.
— Je sais qui vous êtes…
Pour le prouver, j'ajoute en murmurant :
…votre Majesté.Le vieil homme tourne vivement la tête vers l'escalier. Il calcule — je le devine — qu'il n'arrivera pas à fuir. Il avance d'un demi-pas, place sa main sur l'épaule de l'enfant. Il réitère sa question.
— Je voudrais vous aider. Je voudrais vous proposer ceci.
Je montre la Clé.
2010-07-25 (dimanche)
Histoire d'écrire non pas trois mais quatre entrées datées d'aujourd'hui, je signale cette transcription d'un débat (tenu en 2005) sur laquelle je suis tombée, entre Antonin Scalia et Stephen Breyer, deux juges de la Cour suprême des États-Unis d'Amérique, le premier étant classé comme notoirement conservateur, l'autre comme notoirement libéral. Le thème du débat est de savoir s'il est souhaitable que les juges (américains) fassent référence, dans leurs opinions, à des jugements de cours étrangères et s'en inspirent. Mais à travers ce débat, il y en a un autre, plus fondamental, qui surgit çà et là : sur la conception même de ce qu'est un juge, et de sur quoi il doit se baser pour juger.
Scalia a une position très stricte : un juge ne doit pas avoir de
rôle politique, il ne doit pas se laisser influencer par son sens de
la morale et ce n'est pas non plus à lui de présupposer des évolutions
de la société, et donc il doit appliquer la Loi telle qu'elle est
écrite, et notamment la Constitution avec le sens (immuable) qu'elle
avait pour ceux qui l'ont écrite (la doctrine
dite originaliste). En particulier, il ne voit rien dans
la Constitution des États-Unis
qui protège le
droit à l'avortement ou
qui interdise
aux États de pénaliser des pratiques sexuelles entre adultes
consentants (deux célèbres décisions de la Cour où il s'est retrouvé
en minorité) : si on croit ses arguments, ce n'est pas lui qui est
conservateur
(un autre
juge proche de ces thèses a d'ailleurs qualifié la loi texane
interdisant la sodomie d'étrangement ridicule
, tout en la
trouvant conforme à la Constitution), c'est juste qu'il ne considère
pas qu'il soit son rôle de faire de la politique — selon lui, ce
sont aux législateurs de passer les lois qui correspondent aux
évolutions de la société. (On se doute aussi qu'il est opposé à ce
que les juges fassent référence à des jugements de cours étrangères :
c'est, selon lui, au législateur de s'inspirer de ce qu'il y a de bien
dans les juridictions étrangères, ce n'est pas au juge de mettre son
nez dedans.) Quant à l'interprétation immuable de la Constitution,
elle est, selon Scalia, importante pour des raisons de stabilité
juridique : si on l'interprète selon les progrès de la société, rien
ne dit que ces progrès iront toujours dans le même sens ; pour la même
raison, Scalia est un fervent défenseur du stare
decisis (s'en tenir à la jurisprudence établie par la Cour).
C'est une position qui ne manque pas de cohérence. Là où on
l'attaque souvent, c'est en demandant comment Scalia aurait voté dans
les
affaires Plessy
v. Ferguson (celle qui a ouvert la voie à la discrimination
raciale)
et Brown
v. Board of Education (celle qui y a mis fin), cette
dernière, qu'il est maintenant inimaginable de critiquer, étant
incontestablement « politique », et par ailleurs un revirement de
jurisprudence, deux choses que Scalia décrie. Il m'a l'air important
que le juge sache parfois appeler de la souveraineté du peuple à la
souveraineté du genre humain
(donc éviter la tyrannie de la
majorité), pour reprendre les mots de Tocqueville que j'avais déjà
cités en présentant la façon dont je
conçois la démocratie.
On comprend qu'il ne soit pas très souhaitable que les juges à la Cour suprême des États-Unis aient des positions politiques. Surtout qu'ils sont nommés à vie et risquent de devenir des super hommes politiques, responsables devant personne, rédigeant des opinions, et même des opinions minoritaires, où ils ne manquent pas d'étaler des convictions idéologiques, démissionnant au moment où ils prévoient qu'un président pourra nommer un successeur de la même couleur politique, bref, je ne suis pas sûr qu'on doive envier cette Cour. Ceci dit, a contrario, le Conseil constitutionnel français est nommé par un processus éminemment politique, et je ne suis pas sûr que l'opacité complète qui l'entoure (ses décisions sont à peu près illisibles pour le non-juristes, contrairement à celles de la Cour suprême des États-Unis, qui se lisent souvent comme un roman, récapitulant clairement les faits, expliquant le raisonnement et les règles appliquées, etc. ; les membres du Conseil constitutionnel ne disent pas pour quoi ils ont voté ni pour quelles raisons, on ne connaît que la décision finale), je ne suis pas sûr que cette opacité soit très souhaitable ni soit un gage de neutralité politique. L'ennui, comme d'habitude, c'est que ces institutions se retrouvent avec des modes de fonctionnement hérités de l'histoire, et que personne n'a vraiment rationnellement choisi : personne ne s'est demandé au juste, quelle est la bonne façon d'avoir une Cour suprême pour appliquer les normes fondamentales en évitant les écueils à la fois de la tyrannie de la majorité et celle de la dictature des juges. (En général, les juristes français vous expliquent que le système français est le meilleur possible dans le meilleur des mondes possibles, et les juristes américains vous expliquent à peu près la même chose, mutatis mutandis.)
2010-07-25 (dimanche)
Je tombe sur ce
micro-documentaire de l'AFP, qui, s'il est vrai,
m'apprend d'une part que la Turquie interdit aux homosexuels de servir
dans son armée, et d'autre part que les jeunes homos qui veulent
invoquer cette clause pour échapper à leur service
militaire[#] (la Turquie ne
reconnaît pas, apparemment, l'objection de conscience) doivent fournir
des preuves
de leur homosexualité.
Il y a tellement de choses qui me heurtent — et de façon imbriquée — que je ne sais même pas par où commencer.
Le niveau un, c'est le service militaire obligatoire. Déjà, un service national obligatoire, j'ai tendance à considérer (apparemment je suis le seul, mais bon) que c'est une violation de l'acticle 4 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, mais bon, quand la France pratiquait encore cette forme-là de servitude il n'y a même pas quinze ans, et quand l'Allemagne la pratique encore, il paraît qu'il ne faut pas le dire trop fort. C'est encore pire quand le service est militaire, évidemment, et qu'il n'y a pas de provision pour les objecteurs de conscience. (Après, s'agissant de la Turquie, ce n'est pas le seul problème qu'elle a avec les droits de l'homme, notamment pour ce qui concerne son armée — qu'il est par exemple interdit de critiquer.)
Maintenant, il y a une discrimination qui rend le service militaire en général encore plus scandaleux, c'est le fait qu'il ne s'applique qu'aux garçons (i.e., n'est obligatoire que pour eux, du moins en Turquie, et aussi en Allemagne, et, en fait, je crois, dans tous les pays sauf Israël, qui a quand même une discrimination entre hommes et femmes sur la longueur du service et qui a d'ailleurs plein d'autres discriminations scandaleuses rien que là-dessus sur lesquelles je ne m'étendrai pas parce que ce n'est pas mon sujet immédiat). Personne ne m'a jamais fourni une explication de pourquoi c'était le cas, d'ailleurs : pourquoi les garçons et pas les bruns ou je ne sais quoi — c'est hallucinant que l'Allemagne ou la Suisse tolèrent encore de nos jours une règle aussi révoltante. Soit dit en passant, toute personne qui, en France, a pu s'exprimer avant 1996 sur l'égalité des sexes et « oublier » de parler de ça, disqualifiait son propre discours (je pense notamment à des gens que je me rappelle avoir entendu se féliciter du fait que les filles aient le droit de faire un service national mais oublier de hurler que les garçons n'avaient pas le droit de ne pas le faire !).
Alors évidemment, la question qui n'est pas du tout évidente pour quelqu'un qui, comme moi, trouve (a) que le service militaire obligatoire est une forme de servitude forcée qui n'a pas sa place dans une société moderne et (b) que les hommes et les femmes devraient avoir exactement les mêmes droits (et, plus précisément, que l'État ou la Loi ne devraient jamais, en aucune circonstance ni pour aucune raison, avoir connaissance du genre d'un individu, ni évidemment l'égalité ou non du genre de deux individus), c'est : supposant que je ne puisse pas supprimer le service militaire obligatoire (dans un pays donné), vaut-il mieux le laisser pour les seuls garçon (ce qui constitue une discrimination sur le sexe), ou vaut-il mieux étendre ce mal à tout le monde mais au moins faire cesser la discrimination ? C'est la question générale des maux imbriqués qui se compensent partiellement (vaut-il mieux supprimer le mal imbriqué, quitte à étendre le mal extérieur, ou le laisser le compenser un peu ?), et il est difficile d'y répondre en général ; même dans ce cas particulier, je ne sais pas bien quoi dire.
(S'agissant de maux imbriqués, il y a d'ailleurs des gens qui sont opposés au mariage des couples de même sexe sur cette ligne de raisonnement-là : ils considèrent que le mariage en soi, tel qu'il est reconnu par l'État et trop subventionné, est un mal, et que le fait de le réserver aux couples de sexes différents est un mal dans un mal, mais qu'il vaut mieux laisser le mal dans le mal qu'étendre, ne serait-ce que de ∼5%, le mal extérieur.)
Deuxième discrimination, donc : les homosexuels turcs n'ont pas le droit de servir dans l'armée. Ce n'est pas seulement une règle complètement gerbante en soi (et dont on ne comprend pas du tout la raison), comme aux États-Unis : c'est aussi une violation de la Convention européenne des Droits de l'Homme, cf. les jurisprudences Lustig-Prean & Beckett c. Royaume-Uni et Smith & Grady c. Royaume-Uni (celles qui ont obligé le Royaume-Uni de mettre un terme à une discrimination semblable dans son armée) de la Cour européenne des Droits de l'Homme (la Turquie n'a pas ratifié les protocoles 4 et 7 de la Convention, mais j'imagine que la jurisprudence de la Cour ne se base pas sur ceux-ci parce qu'ils n'ont pas du tout l'air de parler de ça). Remarquez, il paraît que la Grèce est dans une situation semblable, ce qui est encore plus honteux puisque la Grèce est aussi liée par le droit communautaire, et si elle interdit aux homosexuels de servir dans son armée elle contrevient certainement à la directive 2000/78/EC du Conseil du 27 novembre 2000.
Alors, si on écarte le cas de ceux qui voudraient faire carrière
dans l'armée, pour qui cette règle est clairement un problème, pour
ceux qui ne veulent pas faire leur service militaire, c'est
peut-être plutôt une bonne chose (du moins si le fait de se faire
exempter n'apporte pas un lot de tracas, par exemple quand on veut se
faire embaucher après) : comme je le dis plus haut, quand un mal en
compense partiellement un autre, on ne sait pas bien s'il faut s'en
réjouir ou s'en désoler. Mais quand là-dessus s'ajoute la
complication que les autorités demandent des preuves de
l'homosexualité de celui qui se ferait exempter, on est au troisième
niveau d'imbrication des maux (je commence à penser
à Inception) : cela
semble compenser la discrimination, mais en fait probablement pas (a
priori, un jeune homo turc a le choix entre faire ou ne pas faire son
service militaire — mais c'est un faux choix, parce que d'un
côté il doit subir une procédure humiliante pour ne pas le faire, et
de l'autre on peut facilement s'imaginer que, s'il ne fournit pas
les preuves
demandées et qu'il subit ensuite l'homophobie de
ses co-recrues, il trouvera peu de sympathie de la part de sa
hiérarchie pour s'en plaindre).
Mais alors là où mon cerveau explose complètement par l'imbrication des maux les uns dans les autres, c'est s'il est vrai, comme le reportage semble le dire, que la Turquie exclut de son armée spécifiquement les homosexuels passifs, et donc ajoute aux conneries déjà énumérées l'idée que ceux qui sont uniquement actifs ne sont pas vraiment homos. (Et au passage, cela casse complètement l'argument déjà complètement débile qu'il faut interdire aux homos de servir dans l'armée pour éviter que les soldats aient à avoir peur pour leur c**.) Je ne sais plus quoi dire, à un niveau de crétinisme aussi abyssal.
[#] Je me demandais justement, récemment, s'il arrive que (et sinon, pourquoi pas) des soldats américains, imprudemment engagés dans des guerres dont ils voudraient sortir (en Iraq, en Afghanistan), parfois au point d'en préférer fuir au Canada, se fassent passer pour homosexuels (voire, aillent vraiment faire quelque chose avec un autre homme, devant témoins), pour obtenir d'être déchargés de leur service (et sans punition ni blâme, contrairement à s'ils désertent). À ce propos, ce comic (édité par l'armée américaine elle-même) est à la fois hilarant et bien triste. Heureusement, ce sera bientôt du passé — ou pas.
2010-07-25 (dimanche)
Dans la série des livres pour enfants Monsieur
(Mr. Men
en VO) écrite par Roger Hargreaves, et qui me plaisait
beaucoup quand j'étais petit, mon poussinet m'a
offert M. Inquiet.
Les premières pages sont exactement une description de moi : Pauvre
monsieur Inquiet ! Il était continuellement, perpétuellement inquiet.
Quand il pleuvait, monsieur Inquiet se demandait s'il n'y avait pas de
fuites dans le toit de sa maison. Quand il ne pleuvait pas, monsieur
Inquiet se demandait si les fleurs n'allaient pas se faner. Quand il
partait faire ses commissions, il se demandait si ce n'était pas
l'heure de fermeture des magasins. Quand il trouvait les magasins
ouverts, il se demandait s'il aurait assez d'argent pour payer ses
achats. Quand il rentrait chez lui, il se demandait s'il n'avait pas
oublié quelque chose. Ou s'il n'avait pas perdu quelque chose en
chemin. Quand il avait vérifié qu'il n'avait rien oublié et qu'il
n'avait rien perdu, il se demandait s'il n'avait pas acheté trop de
choses. Et puis il se demandait où il allait ranger toutes ses
provisions. Il n'en finissait pas de s'inquiéter. Pauvre monsieur
Inquiet !
C'est tout moi (même
si je me serais plutôt appelé M. Anxieux que M. Inquiet).
Mais, dans le livre, M. Inquiet rencontre un gentil magicien qui lui épargne tout un tas de tracas. Si c'est prophétique, voilà une bonne nouvelle, mais, tout de même, cela m'inquiète : et si le magicien ne me reconnaît pas ? Et si je le rate parce je n'ai pas pris le bon chemin ? Comment savoir ?
2010-07-25 (dimanche)
J'ai vu Inception avant-hier. (Je suis stupéfié par le succès de ce film, d'ailleurs : pour une séance à 20h10 dans un grand multiplexe, nous avons acheté nos places à 19h30, et à 19h35 la séance affichait complet. Certes, le film est bon, certes Di Caprio est une star, et certes il y a apparemment eu un peu de tapage médiatique à son succès, mais j'ai du mal à comprendre que ça ait peu atteindre un tel niveau, surtout fin juillet.)
Ça m'a beaucoup plu. Mais je dois dire que je suis bon public :
aimant les labyrinthes dans les
rêves, la récursion des mondes,
n'ayant rien contre
les heist
movies
, et ayant énormément
apprécié Le Prestige
du même réalisateur, j'étais prédisposé. Je recommande le film à ceux
qui aiment le dialogue Little Harmonic
Labyrinth dans Gödel, Escher, Bach (dialogue
précédant le chapitre V, et inspiré de l'œuvre pour
orgue BWV591, Kleines harmonisches
Labyrinth de Bach) ; je suis d'ailleurs persuadé que le
réalisateur-et-scénariste s'en
est inspiré, et
que les clins d'œil
aux escaliers
impossibles de Penrose et autres fantasmagories eschériennes est
un hommage au livre de Hofstadter.
Pour critiquer un peu, l'exposition est peut-être un peu longue et fastidieuse (on passe tout le film à apprendre, pour ainsi dire, les « règles du jeu »), le suspens dans les scènes d'action vers la fin est peut-être inutilement étiré, les labyrinthes qu'on nous avait promis ne sont pas vraiment livrés, et j'ai relevé quelques incohérences internes. Mais globalement, c'était très bien, et psychologiquement astucieux.
Et c'est le genre de films sur lequel on peut faire des théories à n'en plus finir pour savoir comment il faut le comprendre au juste (malheureusement je doute qu'il y ait une explication complètement satisfaisante, c'est-à-dire qui relie tous les indices dont on peut raisonnablement penser qu'ils ne sont pas une erreur du scénario). Voici quelques éléments que j'aimerais qu'une bonne théorie arrive à prendre en compte de façon satisfaisante :
✻✻✻spoilers✻✻✻
to take a leap of faith),
alors qu'il n'est pas du tout clair que Cobb lui ait dite.2010-07-22 (jeudi)
Un des problèmes avec les clichés, c'est qu'on marche souvent sur des œufs quand on veut les combattre : d'une part, parce qu'on est obligé de leur donner voix pour les combattre (et donc de s'entendre répondre : ah mais non, personne ne croit ça ! ce n'est pas ça du tout !), d'autre part parce qu'un cliché fait souvent référence à d'autres clichés (et eux-mêmes, et ainsi de suite en s'insérant dans toute une Weltanschauung d'idées reçues), enfin simplement parce que la seconde loi de Newton prévoit qu'à tout cliché il correspond un contre-cliché qui n'est pas forcément plus reluisant ou plus correct. (Heureusement et hélas, la réalité est tout en nuances ; et une nuance subtile, ce n'est pas la hache bénie +3 qu'on voudrait pour démolir les clichés et enfoncer les portes ouvertes.)
Prenons l'idée suivante : les hommes homosexuels sont souvent
efféminés
. S'il y a un préjugé véhiculé par la société, une forme
d'homophobie, qui m'a gêné dans la construction de mon identité, qui
m'a blessé profondément, et je me
répète en le disant, c'est bien celle-là. (Je ne dis pas que
l'idée l'homosexualité est une abomination
ne m'aurait pas plus
blessé, évidemment !, mais j'ai eu la chance de grandir dans un
environnement extrêmement protégé contre une haine frontale.) J'ai su
relativement tôt que j'étais attiré par les garçons (vers 13 ans, je
sais qu'il y a des gens qui s'en rendent compte beaucoup plus jeunes
— mais il y en a aussi qui le découvrent très tard), et je n'ai
pas spécialement eu de réticence à me l'admettre : mais
l'identification de cette attirance avec
l'étiquette homosexualité
a été beaucoup moins évidente parce
que l'idée qu'on me présentait de cette étiquette (un on
indistinct qui désigne la socété encore à la fin des années '80, je
suppose) était quelque chose comme le rôle de Michel Serrault
dans La Cage aux folles, quelque chose avec quoi je
n'arrivais pas du tout à m'identifier. Jamais je n'aurais eu l'idée
de porter une robe ou de jouer à la poupée. Et si je me masturbais en
regardant des icônes de masculinité qu'on pouvait trouver dans les
magazines pour ado que je lisais, j'étais trop innocent pour
m'imaginer faire l'amour avec eux — je fantasmais plutôt sur le
fait d'être eux. Mais je digresse.
Pour revenir à ce cliché, le problème est qu'à vouloir le
combattre, on s'expose à autant de chausse-trapes qu'il y a de
réponses évidentes au cri du cœur mais ce n'est pas vrai du
tout !
— par exemple, à se faire qualifier de misogyne
(c'est vrai, c'est quoi le problème, à être efféminé ?),
« follophobe », voire transphobe… On s'expose à présenter une
vision de la masculinité pas moins caricaturale que la vision de
l'homosexualité qu'on veut dénoncer (et à être très embarrassé, en
fait, pour répondre à la question : c'est quoi, au juste, être
efféminé ? et le contraire ?
). On s'expose à ouvrir la porte à
plein d'autres clichés (du style : d'abord, il y
a plein d'homos dans l'armée
— ah, et depuis quand est-ce que
). Soit
dit en passant, pour une définition de la masculinité qui dépasse un
peu les clichés pour arriver au stade ô combien exigeant de la nuance
et de la subtilité, je recommande la lecture de l'excellent livre
d'Élisabeth Badinter, XY —
de l'identité masculine.l'armée
est la
négation de la féminité ? merci pour les femmes militaires
Pour continuer à rabâcher les choses que j'ai déjà dites cent fois, ma théorie est que le cliché en question est un biais d'observation : à la fois du fait qu'on identifie plus facilement quelqu'un comme homo quand justement il se conforme à ce cliché, et inversement qu'il soit plus difficile de s'assumer ouvertement comme homo quand on ne s'y conforme pas du tout (là aussi, insérer d'évidents contre-clichés sur les mecs de banlieue et les militaires qui n'assument pas). Plus, évidemment, un effet d'émulation (pour les gens qui veulent s'afficher comme manifestement homos, c'est plus évident de se conformer aux clichés pré-établis), et l'effet des médias, notamment la présentation de l'homosexualité au cinéma.
Ce n'est pas tellement le côté efféminé
, en fait : c'est
surtout que le spectre des types, de codes de conduite ou
vestimentaires, sur lesquels on peut coller l'étiquette mec
homo
est incroyablement réduit. En fait, à Paris, on a parfois
l'impression qu'il y en a exactement deux : le look branchouille style
je-m'habille-au-BHV-homme (qui serait le efféminé
du cliché précédent), et le look
clientèle-du-Cox
(tout le contraire de efféminé
) ; certes, il y a des sous-types
et peut-être un ou deux cas hybrides (style
sportif-soigné-propre-sur-lui, ou
qui-essaie-de-se-faire-passer-pour-une-racaille-mais-sans-grand-succès),
mais ça reste ridiculement étroit. Le titre de cette entrée souligne
un point anecdotique, mais néanmoins illustratif : je n'ai jamais
rencontré (ni en réalité, ni même en fiction, d'ailleurs) un seul mec
ouvertement/ostensiblement homo, à part moi, qui ait les cheveux
longs.
La vérité derrière le fait que je dis tout ça, en faisant passer ça
pour de la socio vachement sophistiquée (mais mon lectorat n'est pas
dupe), est juste que je suis terriblement frustré.
Frustré, parce que les mecs de mes fantasmes vestimentaires — le
skater, le punk, le un-peu-goth-mais-pas-trop, ou d'ailleurs parfois
le look acheté au Vieux Campeur — ils ne rentrent
pas du tout dans ce spectre. Alors je ne vois jamais deux jolis
garçons au look urban grunge ou jah-jah se faire des bisous dans la
rue : ça me frustre. Et tant que je serai frustré comme ça, je prends
sur moi de m'habiller comme j'aimerais
le voir et de faire des bisous à mon poussinet dans la rue :
peut-être qu'à force, ça prendra. Et sinon, j'ai au moins la
satisfaction de faire quelque chose d'inhabituel.
2010-07-20 (mardi)
Je me
suis déjà souvent
plaint de l'absurdité, de l'incohérence, et de l'incompréhensibilité
des règles qui régissent les tracasseries administratives et
bureaucratiques. En l'occurrence, je voudrais faire renouveler ma
carte d'identité (j'ai un passeport valable, mais je trouverais mieux
d'avoir aussi une carte d'identité valable pour toute la durée de
mon séjour à Berlin, celle que j'ai
actuellement expirant en plein milieu). J'arrive à l'antenne de
police avec toutes les
pièces listées
ici, et quelques unes en plus… Un acte de naissance de
moi-même et un autre de ma mère, en prévision de la possibilité qu'on
mette en doute ma nationalité, trois justificatifs de domicile pour
multiplier les probabilités qu'au moins un soit acceptable (facture
d'assurance de l'appartement, relevé de charges syndicales, et avis de
taxe d'habitation : je soupçonne vaguement qu'on va me dire que rien
de tout ça ne convient et qu'il faut obligatoirement une
facture EDF ou téléphone). Évidemment, un problème
informatique
(sic : l'excuse qui marche à tous les coups) faisait
qu'on ne pouvait pas recevoir ma demande, et de toute façon on a
trouvé à redire à tout ce que j'avais (les photos n'étaient pas bonnes
— apparemment le format demandé a changé depuis la dernière fois
que j'en ai fait faire —, et on me demande de fournir deux
photocopies recto-verso de mon ancienne carte d'identité en plus de la
carte elle-même, et aussi des photocopies de mes justificatifs de
domicile en plus des originaux).
Il y a plein de problèmes avec la façon dont ce genre de démarches se fait. D'abord, il y a la façon dont l'administration demande à ses administrés d'accomplir de menues tâches de secrétariat à sa place. Le fait de demander un document et sa photocopie est archétypique en la matière : on se demande pourquoi les agents qui reçoivent la demande (et qui sont assermentés) ne peuvent pas contrôler les pièces présentées sur place, mais en tout état de cause, s'ils veulent une photocopie, ils peuvent très bien la faire à partir des documents présentés. Je peux dire la même chose des demandes d'acte d'état-civil : pourquoi diable est-ce au demandeur de faire la communication entre l'administration française et l'administration française, au lieu que ce soit directement l'autorité délivrant la pièce d'identité qui aille vérifier l'état-civil si elle en ressent le besoin ? Je passe sur les renseignements qu'on doit fournir n fois : vous savez, la date de naissance de mon père, elle ne va pas bouger, si je vous l'ai donnée pour établir la précédente demande, c'est insupportablement crétin de me la redemander pour un renouvellement de la même pièce d'identité. (A contrario, la taille indiquée sur ma carte d'identité est un peu surestimée, je ne sais plus d'où elle sort, j'hésite à donner une valeur plus correcte vu que je ne sais pas s'ils comparent les données fournies à celles de la précédente demande.)
Ensuite, il y a les documents dont on ne sait pas ce que c'est
exactement, et qui ne prouvent en fait rien. Notamment les
justificatifs de domicile : personne ne sait au juste ce que c'est
qu'un justificatif de domicile
, ce qui est admis ou pas change
au gré du bon vouloir du bureaucrate, et dans le cas de
l'établissement d'une pièce d'identité c'est totalement stupide d'en
demander un vu qu'il n'est pas obligatoire de déclarer les changements
d'adresse. C'est juste une connerie qui ne prouve rien du tout et
qu'on demande à chaque fois, probablement pour pouvoir emmerder un peu
plus les SDF.
Il y a évidemment les conneries administratives qui viennent des
conneries sous-jacentes de la loi qui est appliquée : la loi sur la
nationalité française est un tissu d'absurdités
(récapitulé
ici par un blogueur célèbre) tricoté par des générations d'hommes
politiques pas assez déterminés pour tout remettre à plat mais tout de
même assez pour ajouter leur petite crotte de ragondin à l'édifice. À
cause d'elle, quand on fait une demande, il faut mettre une croix à
côté de la raison pour laquelle on est Français. Il y a par
exemple vous êtes né(e) en France et l'un au moins de vos parents
est né en France
versus vous êtes né(e) en France et l'un au
moins de vos parents est français
et vous n'êtes pas né(e) en
France et l'un au moins de vos parents est né en France
:
remarquez que les deux premières conditions ne sont pas exclusives
(mais il faut quand même choisir entre elles), et que les deux
dernières introduisent une dichotomie bizarre (si le fait qu'un parent
soit français suffit à donner la nationalité française, pourquoi se
soucier de distinguer selon que le demandeur est lui-même né en
France ?). Mes neurones à calcul propositionnel sont tout retournés
par tant de stupidité.
Il y a aussi les exigences gratuites et vexatoires, comme celles sur les photos d'identité : format exigé très précis, surtout ne pas sourire même un tout petit peu, ne pas porter des lunettes de peur qu'il y ait le moindre début de commencement de reflet dedans, etc. Celui qui a décidé toutes ces règles est un petit connard qui voulait probablement faire valoir son importance, en faisant passer ces règles pour de la sécurité, et en imposant de fait ses caprices débiles à des millions de gens (voire des dizaines ou des centaines de millions de gens, car je n'exclus pas que des règles aussi stupides et arbitraires soient décidées au niveau international).
Car enfin, il y a tout le théâtre totalement pipo pour faire croire qu'il y a de la sécurité dans l'histoire. Car on met toutes sortes de mesures de sécurité débiles, on demande des documents à n'en plus finir pour prouver que les gens sont bien de nationalité française, on met des mesures anti-contrefaçon dans les pièces d'identité elles-mêmes, mais, finalement, une chose qu'on ne vérifie essentiellement pas, pour établir une pièce d'identité, c'est l'identité du demandeur ! J'ai l'impression que si je voulais obtenir une pièce au nom de Pierre Dupont (un Monsieur qui existe vraiment, qui aurait vaguement mon âge, et dont je connais la date et le lieu de naissance), avec ma photo dessus, ce serait excessivement facile : il faut une copie intégrale d'acte de naissance de ce Monsieur (qu'il est illégal mais néanmoins très facile de demander sans être lui), des justificatifs de domicile à son nom (c'est encore plus facile), et c'est tout. Il est vrai qu'il y a un problème pas du tout évident, et presque philosophique, qui est d'établir ce que c'est, au juste, que l'identité d'une personne (après tout, il doit bien recevoir un premier papier prouvant son identité, et avant ça, par définition, il n'en a aucun), et on peut se poser la question de ce que doit faire quelqu'un qui serait soudainement frappé d'amnésie et qui n'aurait aucun papier, aucun nom connu, rien de la sorte. Mais même si la question est un peu épineuse, aucun commencement de début de tentative n'a été faite pour la résoudre.
Toujours est-il que je me demande : qui, au juste, invente les règles de ce genre ? Quel est le petit con qui décide qu'il faudra fournir une photocopie recto-verso de la carte d'identité ? Qu'il faudra des photos de telle ou telle taille ? Juridiquement, tout ceci est décidé par des lois, des décrets, des arrêtés, voire des circulaires du ministère de l'Intérieur. Mais ce n'est pas ce qui m'intéresse : j'imagine que ce n'est pas le ministre lui-même qui prend les petites décisions vexatoires et débiles (de minimis non curat prætor) : j'aimerais vraiment savoir qui (ou quel comité), au juste, a vraiment pris la décision soumise à la signature du ministre, comment elle a été élaborée, comment ces gens sont formés, et comment il est possible qu'ils arrivent à pondre des règles dont la seule fin apparente est de rendre les choses gratuitement pénibles.
2010-07-18 (dimanche)
Le poussinet et moi partirons dans deux semaines pour dix jours à
Berlin (du 2010-07-30 au 2010-08-09, en train évidemment,
CO2 et passion de
poussinet obligent). Je préviens en avance, comme ça, si
quelqu'un me
voit par hasard à Berlin, il pourra
m'identifier. ![]()
Je suis d'ailleurs déjà en train d'angoisser en me rendant compte que mon niveau d'allemand a l'air d'être vraiment parti dans les toilettes (et ce n'est pas comme le ski, les langues, ça s'oublie vraiment) : du coup, j'essaie de me persuader de faire une révision intensive. Bon, d'accord, les Berlinois parlent certainement tous l'anglais, mais ce serait vraiment trop la honte d'en arriver là. (Pour mon poussinet, le problème est différent : il n'a jamais appris l'allemand, donc il n'a pas de scrupule à avoir.)
Si quelqu'un a des suggestions de choses à voir (pas complètement évidentes, i.e., pas déjà contenues dans tous les guides touristiques imaginables), qu'il n'hésite pas à les donner en commentaire.
Sinon, je me disais : tiens, on pourrait essayer de profiter de ce voyage pour faire des rencontres — essayer de mettre à profiter le pouvoir censément extraordinaire de rassembler les gens des réseaux sociaux, visagelivres et autres webforums en ligne, mettre une petite annonce ou quelque chose comme ça de façon à trouver un(e) Berlinois(e) avec qui nous pourrions sympathiser et qui serait prêt(e) à nous faire un peu visiter la ville. Peut-être plutôt (mais pas forcément) un homo d'à peu près nos âges, ou ayant d'autres points communs avec nous. OK, l'idée est excellente, mais par où commencer ? Sur le Web on trouve facilement des myriades de forums désertés (genre, ça), le référencement d'un webforum par les moteurs de recherche n'a pas l'air vraiment corrélé à sa fréquentation ou à sa vivacité : je suis globalement peu convaincu par l'utilité du Web social pour rencontrer des gens qu'on ne connaît pas déjà (sauf peut-être s'il s'agissait d'un but explicitement matrimonial, ce qui n'est pas le cas). Ah, peut-être que ce site Web est un bon point de départ.
(Ouais, c'est un peu con, c'est juste en même temps que les Gay Games à Cologne.)
2010-07-15 (jeudi)
J'ai du mal à comprendre comment on peut trouver le foot intéressant. Ce n'est pas que je n'aime pas regarder des sports en général (enfin, surtout pas le sport professionnel[#]), mais c'est qu'en plus ce sport est franchement chiant, il ne s'y passe rien, et le résultat est vraiment dû au hasard.
Je ne dis pas ça parce que je suis déçu que l'équipe de France se soit ridiculisée : je suis parfaitement ravi que l'équipe de France se soit ridiculisée, ça a été rigolo d'écouter les détails sordides se déverser dans le caniveau et ça a fait qu'on nous a beaucoup moins saoulé avec le foot après ça (les supporters des équipes étrangères ne sont peut-être pas plus civils, mais en tout cas ils sont moins nombreux, c'est déjà ça de gagné). Je dis ça parce que c'est le cas. Le fait que les deux pays finalistes de la dernière coupe du monde aient été éliminés au premier tour n'est qu'un symptôme comme un autre, mais il est assez emblématique.
Quand en 1h30′ de match le nombre moyen de buts marqués est (si j'en crois Wikipédia, au niveau des compétitions professionnelles de plus haut niveau) autour de 2.5, décider quelle équipe est la plus forte sur la base d'un tel score a un sérieux du même niveau que si un sondeur politique prétendait déterminer le gagnant de la prochaine présidentielle en France en interrogeant trois personnes tirées au hasard. Au moins certains sports décident la victoire d'un match sur une douzaine, voire une centaines d'événements. Au moins certains sports ont compris qu'il était bon, pour départager des joueurs ou équipes de niveau proche, d'exiger pour arrêter le match qu'il y ait un écart minimum entre les scores de ces joueurs : évidemment, ça peut donner des matchs fort longs, alors le foot ne veut pas faire comme ça — on arrête quand le temps est fini, point ; et s'il n'y a pas de vainqueur, lorsqu'il en faut un, on utilise un procédé encore plus aléatoire où, de nouveau, on ne demande même pas un écart minimum entre les scores, et où on rend la procédure encore plus aléatoire après dix tirs parce qu'on s'impatiente vraiment trop (autrefois on tirait carrément à pile ou face, ce qui, finalement, était plus honnête). OK, je veux bien croire que quand le Brésil joue contre la Corée du Nord, le Brésil ne va pas gagner que par hasard, mais en général, entre deux équipes de bon niveau, c'est exactement ça qui se passe.
Et si ce n'était pas assez aléatoire comme ça, la structure de tournoi empire encore les choses. Admettons très généreusement que l'équipe la plus forte, dans un match donné, ait deux chances sur trois[#2] de l'emporter sur l'équipe la moins forte ; et admettons aussi que l'équipe la plus forte du tournoi se qualifie forcément (c'est relativement raisonnable, puisque les poules sont un peu moins aléatoires que le tournoi en pyramide) : il reste que la probabilité que l'équipe la plus forte gagne effectivement le tournoi est la probabilité qu'elle gagne quatre matchs d'affilée, soit, à deux chances sur trois à chaque fois, un peu moins de 20%. C'est dire si c'est significatif !
Mais ce que je trouve amusant (et horripilant pour ce qui me restait d'espoir dans l'esprit scientifique de mes contemporains), en période de mondial, c'est à quel point un peu tout le monde se transforme en expert de foot, formule ses pronostics, évalue tel ou tel joueur, critique les décisions des entraîneurs et des joueurs… Dites, vous savez que les joueurs de foot sont des professionnels ? Vous iriez voir un professionnel du bâtiment, par exemple, pour lui dire qu'il a mal fait son béton, qu'il devrait s'y prendre autrement ? Autant faire prédire les résultats des matchs par un poulpe extralucide, ça aura tout de suite plus de sérieux.
'Fin voilà pourquoi que je pensais que le foot avait autant
d'intérêt que la coupe du monde de
pile-ou-face[#3], à quoi la
maman de mon poussinet m'a rétorqué : mais tu es bien bête de ne
pas regarder, ils sont vachement beaux, les joueurs de foot !
J'ai juste grommelé sans trop faire attention que, pour ce qui est de
l'équipe de France, certainement pas, et que de toute façon les
terrains étaient systématiquement filmés de très loin donc qu'on ne
les voyait pas du tout.
Bon, puis je suis tombé sur de
la presse
de caniveau (non, non, vraiment, c'était un hasard, je ne lis
normalement pas ce genre de
trucs… par
ici, plutôt, disons), sur la rumeur sur laquelle il y
aurait plein
d'homos dans l'équipe d'Allemagne. Pas très
intéressant tout ça. Mais, eh, mais c'est vrai qu'il y en a qui ont
l'air pas mal du tout, sur cette photo : voyons de plus
près… Bof… Mouais… Bon… D'accord… Moui… Tiens,
oui… Ah
oui, quand
même ! Argh ! Re-argh ! Oh
par Saint-Sébastien !
Mince, j'aurais dû regarder la télé plus attentivement, le mois dernier…
[#] Les tournois de foot entre pays me semblent un poil moins ridicules, en fait, qu'entre villes, où les joueurs n'ont aucun rapport avec la ville du club pour lequel ils jouent, et ce n'est que par un acte de foi complètement artificiel qu'on décide que tel groupe de gus « représente » telle ville. Déjà que j'ai du mal à comprendre ce qui fait qu'un supporter sportif se prend de passion pour les résultats sportifs de gens qui n'ont de commun avec lui que la nationalité, la région ou la ville, mais c'est encore plus mystérieux quand ce lien est un pur fiat.
[#2] Deux chances
sur trois
est complètement tiré de mon chapeau, bien sûr, mais
compte tenu de ce que j'ai dit ça me semble bien généreux envers le
foot. Si vous voulez des chiffres un peu moins pipotés : dans les
tournois de ligue, je vois des
statistiques qui montrent que l'équipe qui joue à domicile gagne
environ dans 50% des cas, fait match nul dans environ 25% des cas, et
perd dans environ 25% des cas. S'il fallait prouver que le foot est
du hasard, ces chiffres sont frappants : l'équipe qui joue à domicile
ne devrait logiquement pas avoir d'avantage ; mais admettons que ce
soit effectivement la plus forte, et que cette différence de force
soit représentative des différences entre équipes au niveau du
mondial. En écartant les 25% de nuls, ça donne effectivement une
victoire de l'équipe la plus forte dans 2/3 des cas : voilà d'où je
sors mon chiffre (qui, je le répète, doit largement sous-estimer la
part de hasard dans le foot si les équipes ne sont pas violemment
différentes).
[#3] Soyons gentils : pierre-papier-ciseaux. Voire singe-ninja-pirate-robot-zombie. Il y a un grand élément de psy-cho-lo-gie dans le foot.
2010-07-14 (mercredi)
Les lecteurs de longue date de ce blog se rappellent que je m'étais acheté un pointeur laser vert il y a quelques années. Ces choses sont autrement plus fascinantes que les bêtes pointeurs laser rouges : à puissance égale, ils sont incomparablement plus brillants, on voit même la tache sur une surface ensoleillée, et la nuit le rayon lumineux lui-même est visible. Ce n'est pas seulement plus amusant : la luminosité en plus a vraiment son intérêt et quand il s'agit d'attirer l'attention d'un auditoire, le point vert ultra-brillant d'un laser de 532nm fonctionne beaucoup mieux que la tache d'un laser rouge.
Quelques mots de plus sur la différence entre les pointeurs laser verts et les rouges. D'abord, les pointeurs laser verts (en tout cas, ceux qu'on trouve de nos jours à des prix raisonnables un peu partout) ne sont pas des vrais lasers verts : ce sont des lasers infrarouge qu'on fait passer par un milieu non-linéaire pour doubler sa fréquence ; c'est même encore plus compliqué que ça (une diode laser AlGaAs de 808nm est utilisée pour pomper un deuxième milieu Nd:YAG ou Nd:YVO4 qui lase à 1064nm, et c'est cette lumière-là dont la fréquence est doublée par un cristal KTP pour descendre à 532nm) : le résultat est qu'on perd pas mal en puissance et j'imagine en qualité optique, et que le dispositif peut chauffer (il ne faut pas laisser le laser allumé en permanence, sous peine de l'abîmer). Il y a des recherches en cours pour fabriquer une vraie diode laser verte, mais pour l'instant ça semble très difficile et exorbitant en prix. En tout état de cause, tous les pointeurs laser verts qu'on trouve dans le commerce sont d'une longueur d'onde de 532nm, soit un vert très légèrement bleuté, dont l'efficacité lumineuse est de 606lm/W, ce qui signifie qu'un laser de ≲5mW (la limite entre les classes IIIa et IIIb, donc ce qu'on vous vend habituellement) fait du 3lm, ce qui n'est pas énorme en soi (une ampoule à incandescence de 100W, le genre qu'on ne trouve plus en Europe, émet environ 1500lm), mais concentré dans une tache de peut-être 3mm² ça fait un éclairement d'autour de 1000000lx, soit quelque chose comme dix fois l'éclairement solaire direct en plein jour.
Les pointeurs laser rouges, eux, sont des vrais lasers : ils émettent une longueur d'onde entre 630nm et 680nm. Il doit exister plusieurs variantes, une à 635nm (probablement la plus chère), une à 645nm et une à 671nm, mais je ne suis pas très sûr de ces histoires ; il y a d'ailleurs des pages qui ne se mouillent pas et qui décrivent leur produit en donnant un intervalle assez large, probablement parce que le vendeur lui-même ne sait pas quelle est la longueur d'onde de son produit (s'il mérite le nom de laser, a priori, il n'y en a qu'une seule). Quoi qu'il en soit, dans cet intervalle-là, la longueur d'onde ne change quasiment pas la couleur qui sera perçue par l'œil humain, un rouge légèrement vineux : ce qui change énormément avec la longueur d'onde, c'est l'efficacité, entre 11lm/W et 190lm/W dans l'intervalle 630nm–680nm, comme quoi on a intérêt à chercher la longueur d'onde la plus faible possible pour faire un pointeur rouge assez brillant. Si j'en crois l'étiquette, le mien est à 650nm, c'est 76lm/W, donc 0.4lm pour ≲5mW, soit environ 8× moins brillant que le vert, ce qui semble coller au moins vaguement avec ce que j'observe.
J'ai bêtement perdu ce laser vert il y a trois semaines : je l'avais apporté pour faire passer les oraux (lors d'une présentation de TIPE, il y a un dialogue constant entre le candidat et les examinateurs, et il est très pratique de pouvoir désigner facilement un emplacement au tableau pour poser une question, signaler une erreur ou attirer l'attention pour toute autre raison), je l'ai bêtement laissé dans la salle où nous interrogions en pensant que, comme elle était fermée à clé, il n'y avait aucun risque, et pourtant il a disparu. C'est un peu contrariant vu qu'il avait coûté, quand même, une grosse centaine d'euros (et qu'indépendamment de ça je m'étais vaguement attaché à l'objet). J'ai dû finir les oraux au pointeur laser rouge (d'où la confirmation expérimentale de ce que je dis ci-dessus : c'est beaucoup moins efficace).
Je m'en suis racheté un (chez ThinkGeek parce que l'endroit où j'avais acheté le précédent traite un peu ses clients non-US comme de la merde), et j'ai profité de l'occasion pour acheter un pointeur laser violet, à 405nm (le laser des blu-ray, en fait), à l'extrémité de ce que l'œil humain peut percevoir (en-dessous de 390nm, on considère qu'on est dans l'ultra-violet). C'était un peu cher et il fallait des piles à la con (deux CR2), mais c'est très intéressant : certes, ce n'est vraiment pas très lumineux (l'efficacité à cette longueur d'onde est de 3.4lm/W — on voit qu'on est vraiment à la limite de la détection humaine —, donc mon laser doit faire dans les 0.015lm), mais d'une part la couleur est très belle (c'est le violet profond inimitable de ce qu'on voit des lampes à UV et des pétunias violets). Et d'autre part elle est assez loin dans le spectre pour causer la fluorescence de toutes sortes de choses (comme quoi il n'y a pas que les UV stricto sensu qui causent la fluorescence[#]) : notamment, quand on éclaire une feuille de papier blanc, ou un vêtement blanc (blanchi aux azurants optiques), la tâche passe du violet au bleu ; et j'imagine qu'éclairer un verre de Schweppes doit être intéressant aussi (le Schweppes fluoresce dans le bleu à cause de la quinine qu'il contient : c'est pour ça que le Gin&Tonic est populaire en boîte de nuit quand il y a des lampes à UV). Du coup, malgré sa faible luminosité, ce laser doit pouvoir fonctionner pas mal comme pointeur laser.
Il existe d'autres couleurs de pointeur laser : le bleu-vert de 473nm, par exemple, mais il est vraiment cher, ou même le le orange de 594nm, mais il n'est pas du tout donné non plus. J'attendrai que ça baisse en prix avant d'investir là-dedans.
[#] En fait, j'ai aussi observé de la fluorescence au laser vert : Quiès vend des petits bouchons pour oreilles en mousse de trois couleurs fluo (rouge, orange et vert), et les rouges et les orange, quand on les éclaire avec le laser vert, s'illuminent en jaune (ce n'est pas qu'un effet de rouge+vert=jaune, puisque si on éclaire n'importe quel autre objet rouge ou jaune avec le laser vert, il apparaît, fort logiquement, vert — il faut vraiment un effet non-linéaire pour faire naître une couleur différente à partir d'une lumière monochromatique).
2010-07-12 (lundi)
Strasbourg était une des villes où j'avais candidaté comme maître de conférences il y a trois ans (argh, déjà ?), et qui m'avait fait une impression très agréable. (J'aime les centre-villes piétonniers et commerçants, pittoresques et ombragés, et c'est exactement ça.) Comme mon poussinet est fou de trains, c'était une destination tentante pour une escapade d'un week-end par le TGV Est. Escapade un petit peu contrariée par la chaleur insupportable (surtout samedi) et par mes crises d'angoisse qui continuent (moins intenses, mais pas vraiment moins fréquentes), mais néanmoins fort plaisante.
Nous avons surtout bien mangé : samedi midi à La Corde à Linge, place Benjamin Zix (filet de cabillaud et crumble aux amandes avec sauce au Riesling, accompagné d'un peu de choucroute au goût presque sucré, et en dessert un assortiment de glaces, notamment au yaourt et à la violette, avec de la chantilly et des chamallows, ce n'était pas très léger mais c'était un régal), samedi soir au Caveau Gurtlerhoft, place de la Cathédrale (tarte aux oignons, poulet au Riesling et Spätzle, que j'ai malheureusement eu du mal à finir parce qu'une crise d'angoisse m'a noué l'estomac), et même dimanche midi dans un restaurant (Le Pilier des Anges, rue mercière) qui de loin faisait un peu piège à touristes mais où finalement j'ai mangé une bonne flammekueche pour pas cher. Comme le poussinet et moi ne buvons pas d'alcool, on n'a pas profité des bières d'Alsace, ni de ses vins (autrement qu'en sauce), mais c'était déjà très intéressant.
Nous nous sommes aussi beaucoup promenés, sur la Grande Île et en-dehors. Je n'avais encore jamais vu le bâtiment du parlement européen, notamment, et je dois dire que c'est vraiment très impressionnant : les photos ne rendent pas du tout compte à quel point ce bâtiment est colossal. Je ne savais pas non plus que le siège du Conseil de l'Europe était immédiatement à côté (juste de l'autre côté d'un de ces nombreux bras de la rivière Ill qui sillonnent Strasbourg), ainsi que la Cour européenne des Droits de l'Homme. Nous n'avons fait qu'admirer tout ça de l'extérieur, bien sûr (je ne sais pas si le vulgum pecus a le droit d'y mettre les pieds, mais de toute façon c'était un dimanche, et d'ailleurs il n'y avait pas un chat en vue). Par contre, quelque chose qu'on peut visiter à proximité, c'est le parc de l'Orangerie, un jardin à l'anglaise (qui m'a fait penser aux Buttes-Chaumont à Paris ou, encore plus, au Englischer Garten de Munich) délicieusement aménagé et vraiment joli. Et nous avons pu y constater qu'il y a effectivement des cigognes en Alsace, ce n'est pas une blague.
Dans le centre-ville, rien que de très classique : nous avons visité la cathédrale, qui est frappante pas tellement par sa hauteur[#] (même s'il paraît qu'elle est restée l'édifice le plus haut du monde de l'achèvement de sa flèche jusqu'en 1874) mais surtout par son aspect tout en dentelle de pierre et presque labyrinthique ; j'ai vu la fameuse horloge astronomique que j'avais ratée la dernière fois, et nous avons cherché à monter sur la plate-forme, mais j'ai eu le vertige donc le poussinet y est allé seul. Nous avons aussi visité le musée historique de la ville de Strasbourg, où on nous a fait la faveur de nous laisser entrer gratuitement parce que nous sommes arrivés juste avant la fermeture. Mais nous avons surtout marché au hasard dans les petites rues piétonnes du centre-ville, et sur les berges de la rivière. Et nous avons fait un pèlerinage au premier restaurant MacDonald's ouvert en France (en 1979, il y a même une plaque pour le signaler).
Beaucoup de touristes allemands, ou en tout cas beaucoup plus qu'à Paris et probablement plus que d'Américains, et tous les commerçants avaient l'air de bien parler l'allemand. Nettement plus de supporters de l'Espagne que des Pays-Bas en ce jour de la finale de la Coupe du monde. Enfin, nous avons cherché sans succès des traces d'une vie gay strasbourgeoise.
(À part ça, c'est mon poussinet qui a pris les photos, je rajouterai peut-être un lien vers son album Picasa s'il les met en ligne.)
[#] L'hôtel où nous logions (L'Hôtel de l'Europe, rue du Fossé des Tanneurs, on peut difficilement faire plus central, et je le recommande au passage), a d'ailleurs dans son lobby une réplique de la cathédrale, faite dans la même pierre, qui est intéressante à voir en elle-même.
2010-07-05 (lundi)
Je suis d'un naturel anxieux. Maladivement anxieux, même : la moindre contrariété, la moindre mauvaise nouvelle, me mettent dans un état d'agitation tel que je peux en perdre le sommeil (surtout si la contrariété arrive le soir, ou si j'attends quelque chose d'angoissant pour le lendemain). Ajoutez à cela que je suis notoirement hypocondriaque : j'ai fait par le passé des crises de tachycardie nocturnes qui se sont, après examen, avérées être uniquement dues à l'angoisse, et qui ont quasiment complètement disparu maintenant que j'ai dérangé un cardiologue pour être convaincu que mon cœur était en bonne santé ; je me réveille parfois en sursaut panique (la cause la plus fréquente étant simplement que je m'endors sur un de mes bras et que l'engourdissement finit par percer mon sommeil) ; il suffit qu'un médecin me prenne la tension pour que celle-ci (qui est de base autour de 115\70mmHg) monte à un point qu'on me demande si je fais de l'hypertension. Même mon cardiologue a été impressionné par mon niveau d'anxiété.
Malgré cela (et malgré ma tendance à me plaindre au sujet de mon sommeil), en général, je ne dors pas du tout mal : notamment, quand je n'ai pas de raison de mettre un réveil pour le lendemain, et que je n'ai pas de souci immédiat, je m'endors plutôt sans problème. Et je n'avais jamais fait de réelle crise d'angoisse, le genre qui tourne à la panique, jusqu'à maintenant. Mais depuis dix jours, j'en ai fait plusieurs, plus ou moins aiguës.
Je ne sais pas pourquoi ça me prend maintenant. J'ai fait passer ces dernières deux semaines, comme les trois années précédentes, des oraux (de TIPE) pour le concours des ENS, ce qui est à la fois fatigant et stressant, mais ce n'est pas la première fois, justement, et je ne vois pas ce qu'il y aurait de différent cette année. Il est aussi vrai qu'il y a des soucis dans notre appartement (un volet coincé et, surtout, une fuite d'eau chez les voisins d'au-dessus dont le syndic ne trouve pas bien la source), et dernièrement que mon père a un problème de santé. Tout ceci doit peut-être jouer.
Vendredi (2010-06-25), j'ai eu la première crise, la plus forte. J'étais en train de déjeuner dans un restaurant avec un collègue et j'ai commencé à me sentir mal : j'ai eu un moment d'étourdissement ou de vertige passager, et aussi une sensation d'engourdissement dans la main droite (de l'auriculaire au poignet). Au début je me suis dit que ce n'était rien, mais ça s'est reproduit plusieurs fois, de plus en plus fort : à un moment j'ai eu une sensation de froid glacial dans tout le corps et l'impression d'étouffer, et même quand c'est passé j'avais l'estomac complètement noué et je ne pouvais plus rien avaler, et l'impression d'avoir la main engourdie était de plus en plus forte. Je me suis dit qu'en marchant ça irait peut-être mieux, alors nous avons quitté le restaurant, mais mon oppression a plutôt empiré, et en plus j'avais l'impression d'avoir la bouche complètement sèche. J'ai fini par faire appeler les pompiers (et par me faire remplacer au concours).
Les pompiers ont été laissés perplexes par les symptômes (ils ne sont pas médecins, bien sûr, ils ont une sorte de grand cahier avec plein de conditions « si symptôme + symptôme + symptôme alors faire ceci »). Ils m'ont mis sous O2 et, après consultation avec leur médecin, emmené aux urgences de Cochin. Quand j'étais allongé dans le véhicule des pompiers je me suis mis à aller un peu mieux, sauf un moment où j'ai eu une douleur terrible à l'arrière de la tête, comme si elle allait exploser, mais qui est passée en quelques minutes.
Aux urgences, évidemment, j'ai attendu très longtemps avant de voir
quelqu'un, et pendant ce temps ça allait mieux, sauf pour la sensation
de bouche sèche et l'engourdissement dans la main droite (et un peu la
gauche aussi). Un externe m'a fait un examen neurologique
(c'est-à-dire en gros il passe un crayon sur le chemin de différents
nerfs à gauche et à droite du corps et demande si on ressent la même
chose), complètement normal. Puis j'ai vu (très brièvement) le
médecin en charge, qui m'a expliqué qu'ils pensaient en gros que
c'était une crise d'angoisse aiguë et que mes symptômes n'étaient pas
bien inquiétants, sauf peut-être l'engourdissement à la main et la
douleur à la tête quand j'étais avec les pompiers : à cause de ça, ils
m'ont fait passer un scanner et un ECG pour être sûrs.
Les deux étaient complètement normaux, donc on m'a relâché, en me
conseillant quand même de consulter un neurologue mais pas de façon
urgente. (Sur le compte-rendu hospitalier ils ont
marqué : hypothèses : épilepsie partielle ou crise d'angoisse
aiguë
.)
La nuit qui a suivi, j'ai très mal dormi. Les suivantes, ça allait, mais je me suis quand même réveillé à chaque fois dans les deux heures suivant mon coucher avec une sensation de fourmillement dans le bras droit et la main (plutôt du côté de l'annulaire cette fois). Le jour, pas de problème. Il faut dire que j'avais trois jours de pause au milieu des oraux (dimanche, lundi, mardi).
La nuit de mardi (2010-06-29) à mercredi (2010-06-30) a été vraiment horrible : j'ai eu beau me coucher à 22h pour me lever à 7h, j'ai dormi à peine cinq heures, en me réveillant sans arrêt en panique, sans raison précise, juste avec une impression de nervosité extrême. J'avais aussi des spasmes un peu partout, surtout dans le biceps droit. Enfin, j'ai réussi à atteindre un sommeil à peu près convenable vers 6h du matin, mais à cause du réveil il n'a vraiment pas duré longtemps.
Du coup, mercredi, j'étais dans un sale état ; le matin, j'ai encore à peu près tenu le coup, mais j'étais complètement zombie, à la fois mort de fatigue et hyper-tendu (comme si je n'avais pas dormi depuis quatre jours et que j'avais pris douze tasses de café pour me tenir éveillé), et le midi j'ai eu du mal à avaler quoi que ce soit parce que j'avais l'estomac complètement noué. De nouveau, j'ai dû demander à être remplacé, et je suis allé à l'infirmerie de l'ENS (cette fois j'avais quand même compris qu'il ne fallait pas déranger les pompiers). Là, j'ai pu me détendre un peu, et l'infirmière m'a recommandé un médecin (qui, de surcroît, a l'habitude des normaliens).
Le médecin avait l'air de bien comprendre ce genre de symptômes, et de bien connaître les gens angoissés comme moi, il m'a dit que je devais être surmené ; il m'a prescrit de l'Atarax et des placébos (Euphytose, magnésium), une prise de sang pour vérifier que je n'ai pas de problème à la thyroïde, et surtout de me reposer.
Depuis, les oraux sont finis, mais j'ai encore fait deux ou trois petites crises (essentiellement la nuit), moins importantes, mais pendant lesquelles je me sens tout agité et tout tremblant (sans pour autant être capable de trouver raison précise à mon angoisse), parfois avec de petits spasmes et globalement un état qui correspond assez bien à la description de certains sympômes mineurs faite dans cet article ou celui-ci ; donc, même à mon niveau d'hypocondrie, j'arrive à peu près à me convaincre que je ne souffre pas d'un problème réellement médical (neurologique, par exemple), et j'imagine que je vais finir par faire disparaître ces crises comme j'ai fait disparaître celles de tachycardie. En attendant, ça reste assez gênant.
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