David Madore's WebLog

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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2010-02-05 (vendredi)

Librairie d'odeurs, et autres choses merveilleuses

Une des choses que j'aime, sur le Web, c'est découvrir qu'on peut y acheter pour pas trop cher les choses les plus délicieusement incongrues. J'étais devenu tout fou, par exemple, quand j'avais appris qu'on pouvait acheter des rubis et saphirs de synthèse à un prix complètement ridicule. (J'ai aussi été amusé d'apprendre qu'on pouvait trouver des (faux) billets d'un million de dollars : je n'en ai pas commandé, mais dans ce genre d'idées j'ai acheté de l'argent céleste dans le supermarché Tang frères pas loin de chez moi). Les pointeurs laser, même verts, ne sont pas une nouveauté, mais de façon générale on peut trouver quantité de choses invraisemblables et rigolotes pour les geeks chez ThinkGeek : j'ai tout récemment commandé, par exemple, des bonbons au fruit miracle (si vous ne savez pas ce que c'est, lisez Wikipédia, parce que c'est vraiment surprenant ; j'en reparlerai quand j'aurai reçu ça). Je passe sur les bouteilles de Klein, les démotivateurs et autres trucs vraiment absurdes, parce que je m'écarte du sujet, là.

Mais là je viens d'apprendre l'existence d'un site marchand qui me rend aussi fou que celui des pierres précieuses : cette librairie d'odeurs, qui recrée en petites bouteilles un nombre incroyable de parfums dont beaucoup de classiques mais aussi des très étonnants : barbapapa, cuir, serre, poussière, bûcher feu de joie, sciure, concombre, lavomatic (si, si), peinture, crayon de couleur, pâte à modeler, homard (ça me fait vraiment penser à ce sketch, là) ou encore ver de terre (?! j'imagine des gens achetant un parfum à l'odeur de ver de terre en se disant ce n'est pas possible, je me demande si ça a vraiment l'odeur du ver de terre, et se sentant ensuite un peu con de découvrir que si, ça a vraiment l'odeur du ver de terre… bon, en fait, ils prétendent que c'est plutôt l'humus qu'ils ont voulu reproduire). Et à mes yeux peut-être les plus intrigants : pluie et neige !

Si ces parfums sont assez bien rendu, tout ça est absolument génial. J'ai toujours été fasciné par la façon dont les parfums nous évoquent si fortement des choses même quand nous n'arrivons pas à remettre le nom dessus, ou peuvent faire ressurgir des souvenirs oubliés[#]. Je me demande quel effet on produit en portant une eau de toilette à l'odeur de betterave ou de poudre à bébé. Enfin, je cite là les parfums incongrus, mais je me retiens surtout très fort de faire une razzia sur les odeurs simples mais que j'aime beaucoup (comme la fleur d'oranger, la coriandre, le foin fraîchement coupé et le bambou — bizarrement ils n'ont pas la citronnelle).

[#] Je pense par exemple à la fois où on m'a fait sentir l'odeur de l'amaretto, cette odeur d'amande sucrée et concentrée alliée à celle de l'alcool : je savais que ça m'évoquait très nettement quelque chose, mais je n'ai pas réussi à retrouver quoi jusqu'à ce que quelqu'un dise, mais oui, c'est la colle Cléopâtre de quand nous étions à l'école primaire ! Le nom ne m'aurait rien dit comme ça, mais avec l'odeur de l'amaretto, j'ai tout de suite repensé à ces petits pots de colle blanche un peu pâteuse qu'on tartinait avec une spatule fixée au couvercle du pot, et qui sentait tellement les amandes qu'on avait presque envie d'en manger.

2010-02-04 (jeudi)

Brioches chinoises

Dans un restaurant chinois pas loin de chez moi et où j'aime bien aller (le Village Tao Tao, pour les connaisseurs), il y a parmi les desserts un truc, que j'aime énormément, appelé :

brioche au lait et aux œufs (kayé)

(je ne sais pas si kayé est une transcription d'un mot chinois ou une tentative d'écrire le mot français caillé, s'agissant peut-être du lait — vu que la carte du restaurant est plutôt moins du petit nègre que le restaurant chinois typique, je ne crois pas trop à cette deuxième hypothèse, mais bon, je n'en sais rien), et en chinois

椰汁奶皇包

(je ne connais rien du chinois, donc j'ai eu du mal à les trouver, mais je suis quasiment sûr que ce sont bien ceux-là).

Je crois vaguement que les deux premiers idéogrammes (椰汁) désignent le jus de coco. C'est bizarre, parce que je suis quasiment certain que ce qu'on m'a apporté ne contenait pas la moindre trace de noix de coco. La description française, par contre, colle très bien avec le goût de la chose, et quant à son apparence, elle ressemble tout à fait à ce qu'on trouve en cherchant les trois derniers idéogrammes (奶皇包) dans Google images (mais moins si on met les cinq).

Voilà pour les données du problème. Les questions que je me pose (si par hasard j'ai des lecteurs connaissant le chinois et la gastronomie chinoise, ce qui est plausible vu que mes lecteurs sont infiniment intelligents et cultivés[#] sur tous les domaines possibles) :

[#] Flattery will get you nowhere, but don't stop trying… Enfin, mes lecteurs sont à l'image du blog qu'ils lisent. :-)

2010-02-03 (mercredi)

Je ne sais pas comment enseigner

Je ne sais pas comment enseigner, pourtant c'est mon métier : quand je dis ça, je ne veux pas dire que je suis mauvais enseignant (c'est un peu difficile d'avoir du retour à ce sujet, d'ailleurs, donc je n'en sais rien). Ce que je veux dire, c'est que je n'ai pas de grande théorie sur la façon dont il faut enseigner.

Je dis ça parce que c'est incroyable combien d'enseignants, ou même de gens qui n'ont jamais enseigné, ont des idées, voire des théories (des grandes théories), sur l'enseignement, à tel ou tel niveau : sur ce qui ne va pas, sur les raisons de ce qui ne va pas, et parfois sur ce qu'il faudrait faire pour que ça aille (mieux). Pourquoi le niveau baisse, comment il faudrait motiver les étudiants, discipliner les lycéens, ou apprendre à lire aux enfants en primaire : pour chacune de ces questions et pour bien d'autres, il y a des gens qui proposent des solutions miracles.

Miracles, parce qu'on en est un peu comme à l'époque de la médecine pré-scientifique : sans doute y a-t-il des bonnes idées dans tout ça, et certainement il y a beaucoup de constatations très justes — mon intention n'est pas de me moquer des gens qui proposent leur remède, surtout s'ils le font avec une certaine humilité — juste de remarquer que tout est terriblement empirique. Mais je ne sais même pas comment on pourrait dépasser ce niveau empirique pour faire de la pédagogie une vraie science.

((Il serait d'ailleurs intéressant de mener des expériences au moins à une échelle limitée : trouver des volontaires, de niveaux normalisés, qui seraient payés — comme un job d'été, si j'ose dire — pour recevoir un cours dans un certain domaine, mais dispensé selon des méthodes pédagogiques différentes, leur niveau étant ensuite évalué en aveugle. Mais comme l'ampleur de l'expérience serait forcément limitée, comme il n'est pas évident d'isoler les méthodes pédagogiques à contraster, et comme la façon d'évaluer est elle-même sujette à débat, ces expériences seraient nécessairement très imparfaites. Ce qui ne veut pas dire dénuées de valeur. Peut-être ont-elles déjà été tentées, en fait, je n'en sais rien.))

Ce que je constate notamment, c'est la tentation pour chaque enseignant, et j'y succombe certainement moi-même, à penser que la meilleure façon d'enseigner — qu'il s'agisse des méthodes ou du contenu même de son cours — est justement celle qui lui donnerait le plus de plaisir à pratiquer, ou celle par laquelle il a pris le plus de plaisir à apprendre. Ce n'est pas nécessairement faux, d'ailleurs (on peut s'imaginer que quand l'enseignant est plus heureux d'enseigner, il est aussi plus efficace) : mais ce n'est pas automatiquement vrai pour autant. Une autre tentation est de croire que la discipline (ou le sujet, ou le cours) qu'on enseigne est plus important (ou plus spécial, ou plus indispensable) que les autres. Ou celle de croire que si les étudiants ne sont pas intéressés c'est forcément leur faute, ce qui est aussi faux que de penser que c'est forcément la faute du prof (généralement on pense ça des autres disciplines que la sienne :-)).

Une des questions qui se pose notamment dans l'enseignement, et sur laquelle chacun va de sa petite théorie, est celle de savoir s'il faut enseigner par cours magistraux, ou par projets, ou toute solution hybride. J'ai certainement un certain scepticisme vis-à-vis de l'enseignement par projets (c'est-à-dire qu'on donne aux étudiants une tâche à accomplir, ou un sujet à étudier, et qu'on se tient à leur disposition pour les aiguiller, mais sans leur dispenser de connaissance de façon pré-formatée). Peut-être à cause de la ressemblance avec la recherche par projet (qui est une catastrophe absolue, mais c'est un autre débat). On m'a cependant convaincu que dans certains domaines au moins, et notamment pour ce qui est d'apprendre à programmer, peut-être parce que la programmation est justement plus un savoir-faire qu'un savoir, cette façon d'enseigner a des vertus.

Nous sommes en ce moment à Télécom en train de réfléchir (ou en tout cas, des gens réfléchissent) sur une réforme de la première année de la scolarité, qui dans le jargon local s'appelle BCI pour Base des Connaissances Indispensables (on aime beaucoup les sigles, dans cette maison). La part de l'enseignement par projet est une des questions étudiées. Par ailleurs, il se pourrait aussi que cette réforme apporte plus d'heures d'enseignement des mathématiques (ce qui est souhaitable puisque c'est une discipline évidemment plus importante, plus spéciale, et plus indispensable que les autres ;-)). Reste qu'il faut savoir comment les répartir entre cours, comment en faire bon usage, comment concevoir un enseignement modulaire : toutes sortes de questions difficiles sur lesquelles on se rend compte que prendre une décision n'est pas aisé.

Justement alors que je me faisais ces réflexions, on m'a signalé des textes intéressants[#] du mathématicien Pierre Colmez, un grand nom des maths p-adiques (et accessoirement un des anciens champions de France de go), professeur à l'École polytechnique, qui n'a pas beaucoup apprécié cette expérience d'enseignement[#2] : il fait publiquement connaître ses griefs sur le programme des classes prépa (qu'il dénonce comme beaucoup trop faible et surtout trop incohérent) et sur l'enseignement des maths à Polytechnique. Son point de vue est, disons, incisif. J'ignore s'il a raison. J'aimerais qu'en réformant le programme des classes prépa comme il le propose on en améliore le niveau : mais je ne sais pas si j'y crois. Je ne sais pas, pour ma part, pourquoi le programme de ces classes est généralement jugé comme difficile, ou pourquoi des élèves sont en réelle difficulté (je m'en rends compte même en faisant passer un concours notoirement « élitiste » qu'est celui des ENS), même quand ce programme ne cesse d'être allégé (et même s'il est plus léger que ce qui se fait dans d'autres pays), et je ne sais pas si la solution serait de l'alléger encore plus, ou d'inverser le mouvement.

Une des vraies difficultés de l'enseignement, et je pense tout particulièrement de celui des maths où il y a plus d'effort d'abstraction que de mémoire, est de comprendre qu'on puisse ne pas comprendre. Il semble d'ailleurs que la familiarité avec un concept mathématique fasse aussitôt qu'on oublie comment on a pu soi-même ne pas le comprendre, et comment il a pu sembler dur : tout le monde connaît certainement la blague du matheux qui réfléchit pendant des jours entiers sur un problème pour finalement conclure ah oui, c'est évident ! — et on a beau s'efforcer de ne pas tomber dans cette erreur, on la commet tout le temps, car on ne comprend plus comment on peut ne pas comprendre ce qui semble après coup évident. De là il résulte qu'il est impossible d'enseigner correctement les maths : soit on est soi-même ignorant, soit on ne comprend pas que l'élève puisse l'être. Peut-être que l'intuition mathématique est vraiment incommunicable[#3].

[#] Quoique beaucoup trop chargés de notes en bas de page. Et je m'y connais. ;-)

[#2] Il en résultera au moins un livre très bien écrit. Mais je souligne que très bien écrit ne signifie pas automatiquement pédagogiquement très bon.

[#3] Même si c'est vrai, j'exagère bien sûr en disant que cela rend les mathématiques impossibles à enseigner. Il n'y a pas que la compréhension des concepts et l'intuition à acquérir. Un talent pédagogique plus facile à définir, et certainement plus atteignable, est celui de mettre de l'ordre dans un sujet qui paraît brouillon, désordonné. Plus d'une fois ai-je pensé d'un domaine : quel labyrinthe de théorèmes tous semblables !, ou encore, que ces définitions semblent ad hoc et impossibles à mémoriser ! — il manque un bon pédagogue pour y mettre un peu de clarté.

2010-01-29 (vendredi)

J'en ai marre de voyager entre Univers parallèles

J'ai pris conscience que je naviguais entre des Univers parallèles en regardant attentivement la rue Mouffetard : au 51 de la rue il y a un magasin qui vend des conneries du genre souvenirs pour touristes, oreillers à l'effigie de Claude François ou autres cadeaux pour des amis particulièrement détestés. Une des décorations de ce magasin est une vache volante (un gadget qu'on accroche au plafond et qui fait des tours en battant des ailes : même un maître zen formé dans les meilleurs temples shaolin doit perdre son sang-froid en cinq minutes à le regarder tournoyer, ce qui prouve que les vendeurs de cette boutique ne peuvent pas etre complètement humains).

Sauf qu'un jour je suis passé devant ce magasin et ce n'était plus une vache volante qui était là, c'était un cochon volant. Un petit détail, certes, mais le petit défaut qui trahit l'existence de la Matrice : quelqu'un avait remplacé l'Univers d'où je venais par quelque chose de beaucoup plus bizarre et de plus inexplicable.

Depuis je fais très attention, et je me suis rendu compte que les petits hommes verts (ou peut-être des gros monstres violets, je ne sais pas) n'arrêtent pas de changer l'Univers dans lequel je vis. Cela se manifeste souvent par les choses les plus insignifiantes et les plus enrageantes. Cela ne concerne pas toujours l'informatique, mais c'est tout de même le plus fréquent. Une chose qu'ils aiment bien faire, c'est censurer Internet : une page Web peut disparaître sans laisser de traces, tout laisse à penser qu'elle n'a jamais existé (et de fait, dans l'Univers où je me trouve, elle n'a jamais existé, alors que dans l'Univers dont je viens, je suis certain que j'avais vu une telle page par le passé). Un exemple idiot : dans l'Univers parallèle où j'ai grandi, il existait un mot, logon, qui désigne une quantité d'information égale à la quantité qu'on peut stocker dans un bit (c'est-à-dire, celle dans laquelle on utilise le log base 2 pour calculer la quantité d'information) ; dans cet Univers-ci, personne n'a jamais entendu parler de logon, on parle simplement de bits d'information. Perturbant. Un autre exemple : dans le monde parallèle d'où je viens, mon fournisseur d'accès avait une page Web où il recensait les anomalies récentes sur son réseau ; je me suis rendu compte lors d'une anomalie récente que non seulement cette page n'existait pas, mais que personne dans cet Univers ne l'avait jamais vue. Dans le monde parallèle d'où je viens, il y avait une version 2.5 de Thunderbird, sortie il y a environ un an les versions 2.0 et 3.0 (cette dernière vient de sortir) : dans ce monde-ci, elle n'a jamais existé.

Bon, trêve de plaisanterie, c'est étonnant la facilité avec laquelle on se persuade de quelque chose qui n'a jamais été le cas. (Ce n'est pas la seule explication possible, d'ailleurs : dans le cas du cochon volant, j'ai constaté après coup qu'il y avait tout simplement bien deux gadgets différents mais semblables, l'un représentant un cochon et l'autre une vache…) Et depuis que j'ai commencé à y faire attention, j'en vois vraiment tout le temps.

Un jour je vais finir par me retrouver dans un Univers parallèle où Isabelle de Castille n'aura jamais été convaincue de l'intérêt de financer la mission de Christophe Colomb de trouver une route vers les Indes par l'ouest, et où le Nouveau monde aura été découvert par Amerigo Vespucci ; j'imagine que dans cet Univers parallèle le continent porterait du coup un nom comme Amérique, et là je saurai qu'il y a vraiment quelque chose qui ne va pas.

2010-01-24 (dimanche)

Comment sont définies les frontières d'un pays ?

Je suis occasionnellement le blog cartographique Strange Maps, dont l'intérêt est assez inégal, mais qui a le don pour dénicher de temps en temps des petits bijoux de bizarrerie géographique à faire frémir le Club Contexte, notamment en ce qui concerne les frontières entre pays. Mais une question à laquelle je n'ai jamais eu de réponse (ou en tout cas, de réponse complète satisfaisante, si tant est qu'il y en ait une), c'est : comment au juste sont définies les frontières d'un pays ? Ou plutôt : comment sait-on où elles sont, notamment en cas de dispute (ou avant de savoir s'il y a dispute) ? Et subsidiairement : à quelle précision sont-elles définies (probablement mieux qu'un décamètre et moins bien qu'un millimètre dans tous les cas, mais entre les deux ça doit dépendre de l'endroit dont on parle) ? Quel chemin y a-t-il entre la définition de la frontière et sa réalisation sur le terrain ? Et quelle est l'histoire de ces définitions ?

Dans beaucoup de cas, il doit y avoir un traité qui spécifie assez clairement où la frontière se situe d'après une topographie physique indiscutable (un fleuve, une ligne de crête, une ligne de partage des eaux, etc.) ou d'après une construction géométrique assez claire (un parallèle, éventuellement un méridien, la droite reliant deux points comme des points culminants, que sais-je encore). C'est un cas favorable : même si ce n'est pas forcément évident de réaliser la ligne, et si la géographie physique peut changer en entraînant des disputes (par exemple, le Rio Grande a connu des petites variations de cours, causant des disputes entre les États-Unis et le Mexique), on conçoit assez bien que la frontière soit bien définie. Dans beaucoup d'autres cas, il doit y avoir une tradition très ancienne dans une région assez peuplée qui fait que chacun sait s'il habite dans tel ou tel pays, que la frontière passe entre tel et tel village au bout de tel champ ou le long de tel sentier, les cartographes ont pu consigner cette tradition dans des cartes assez précises, on imagine que cela ne cause guère de problèmes.

Mais quand je me promène dans la montagne aux alentours de Métabief dans le Jura (où la famille de ma mère a un appartement de vacances), on peut voir la frontière Franco-Suisse qui passe au milieu de nulle part, matérialisée par des vagues peintures sur des rochers ou des petits tas de cailloux : qu'est-ce qui me dit que ces marques sont au bon endroit, et que la frontière est bien censée passer précisément là — comment cela s'est-elle retrouvée passer là plutôt qu'ailleurs ? Est-elle vraiment définie à une fraction de mètre près ? Des gens sont-ils passés avec des GPS pour relever chaque point anguleux, et est-on sûr qu'un petit facétieux n'a pas déplacé les marques ?

(Je pose toutes ces questions pour les frontières entre pays, mais on pourrait aussi les poser pour les limites administratives à l'intérieur d'un pays. La situation est moins grave parce qu'il y a, en principe, des cours de justice pour arbitrer quand les régions administrées ne sont pas d'accord sur leurs limites, mais la question de comment ces frontières sont définies et connues de l'administration mérite quand même d'être posée. Et ce n'est pas une question déconnectée des frontières internationales, puisqu'il est arrivé plus d'une fois que des frontières internes à un pays deviennent des frontières internationales plus tard.)

Il est toujours étonnant qu'on arrive à se retrouver avec des situations où les frontières font des choses tout à fait bizarres, comme des oscillations incompréhensibles, des replis formant des presqu'enclaves, des points doubles (quand la frontière se recroise elle-même, c'est-à-dire qu'on a une enclave attachée par un unique point), ou carrément des enclaves (ou exclaves, selon le point de vue : des petits bouts isolés d'un territoire dans un autre), voire des contre-enclaves ou enclaves d'ordre deux (une enclave dans une enclave).

Parmi les bizarreries frontalières bien connues, rien qu'en Europe, il y a le triangle du Moresnet (évoqué ici sur Strange Maps), un minuscule territoire de 3.5km² à la frontière entre l'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique (à quelques kilomètres d'Aachen, et en gros au point culminant des Pays-Bas, ici sur Google maps) qui fut peut-être, entre 1908 et la première guerre mondiale, un état indépendant, le seul pays du monde ayant jamais eu l'esperanto comme langue officielle. Là au moins l'histoire est assez claire : le territoire fut explicitement laissé neutre pour des raisons diplomatiques entre les Pays-Bas et la Prusse. À une centaine de kilomètres de là, on a la ville belge de Baarle-Hertog aux Pays-Bas (évoqué ici sur Strange Maps, ici sur Google maps), une ville qui fait partie d'un système compliqué d'enclaves de la Belgique dans les Pays-Bas résultant d'une histoire tout aussi compliquée entre les Sieurs de Breda et les Ducs de Brabant entérinée par le traité de Maastricht de 1843. C'est un des rares endroits du monde où on trouve des contre-enclaves : il y a des petits bouts de Hollande dans une ville belge qui se trouve en Hollande[#]. Il y a aussi, pour parler d'une situation plus conflictuelle, la Transnistrie (ici sur Strange Maps, ici sur Google maps), un état fantoche, reconnu par aucun autre pays au monde (pas même la Russie qu'elle utilise comme base) entre la Moldavie et l'Ukraine, parce que la frontière ouest de l'Ukraine, on ne sait pas pourquoi, est située strictement à l'est du Dniestr, ce qui laisse la place pour cette écharde de territoire, officiellement partie de la Moldavie, mais en pratique à peu près indépendant.

Mais les frontières du monde que le Club Contexte préfère, ce sont peut-être sans doute celles de l'Inde avec le Pakistan et le Bangladesh (créés comme Pakistan occental et oriental). L'histoire est intéressante : alors qu'un Gandhi tout malheureux venait de concéder (ce qui lui vaudrait plus tard d'être assassiné…) à Jinnah de séparer l'Inde et le Pakistan, et alors que les Anglais voulaient partir de là au plus vite, un avocat anglais Sir Cyril Radcliffe reçut la tâche complètement ingrate de tracer la frontière entre les deux pays pour ce qui est des régions soumises directement à l'administration britannique, en pratique le Penjab et le Bengale. Il n'eut pas un travail facile, c'est le moins qu'on puisse dire : il ne connaissait rien à l'Inde (c'était un « gage d'indépendance »), il devait finir en un mois entre le 8 juillet et le 13 août 1947 (et le vice-roi ne cessait de le presser), il était censé présider depuis New Delhi deux commissions (une pour le Penjab et une pour le Bengale) qui se réunissaient à plus de mille kilomètres l'une de l'autre (!), les autres membres de chaque commission (deux non-musulmans et deux musulmans) censés assister Radcliffe refusaient de se parler (et même quand ils se parlaient, cela ne servait à rien puisqu'ils étaient en désaccord sur tout), les cartes et les données de recensement étaient mauvaises et il n'y avait pas de temps pour en établir de meilleures ni même pour visiter le terrain, et Radcliffe avait l'angoisse que tout mouvement de son crayon ferait souffrir des milliers de gens (et il avait aussi l'angoisse d'être assassiné). Avec tout cela, on s'étonne que quelque chose ait pu être fait ! Mountbatten présenta la copie à Jawaharlal Nehru et Sardar Patel pour l'Inde, et à Liaqat Ali Khan et Fazal-ur-Rahman pour le Pakistan, le lendemain de l'indépendance : qui s'engueulèrent copieusement, et accusèrent l'avocat anglais d'avoir trahi sa mission (au sujet des Chittagong Hill Tracts, des districts de Darjeeling et Jalpaiguri et des Sikhs du Penjab) ; elle fut rendue publique le surlendemain : des villages qui avaient levé le drapeau pakistanais apprirent qu'ils étaient en Inde, et vice versa. Quelque chose comme quinze millions de personnes prirent les routes, et il y eut entre cinq cents mille et un millions de morts (ce qui ne signifie pas, bien sûr, qu'il eût été possible de tous les éviter). Radcliffe, qui savait dès le début que tout le monde le détesterait, refusa le salaire important qui devait récompenser ses efforts ; le poète anglais devenu américain Wystan Hugh Auden écrivit un poème, The Partition, en son honneur. Mais le tracé de la ligne n'était pas tout : la mettre en œuvre ne fut pas facile non plus, pour les états nouvellement indépendants de l'Inde et du Pakistan, et je n'ose pas trop imaginer avec quelle précision et comment elle est définie sur le terrain. (Par contre, il y a une jolie cérémonie à regarder à Wagah.)

Ceci ne concerne que les régions soumises directement à l'administration britannique : les états princiers, censément indépendants, avaient le choix entre accéder à l'Inde ou au Pakistan, ou rester indépendants ; on sait que le Mahārājaḥ du Jammu-et-Cachemire (souverain hindou d'un état à majorité pakistanaise) choisit de rester indépendant puis, quelques mois plus tard, de rejoindre l'Inde, et on sait quelles disputes cela provoqua.

Mais le plus amusant, pour ce qui est des frontières, n'est pas de la faute de Radcliffe : c'est la situation résultant des petits jeux de guerre entre le Rājaḥ de Cooch Behar et le Nawab de Rangpur (au Bengale), au début du XVIIIe siècle. La principauté de Cooch Behar devint un des états princiers de l'Inde dominée par les britanniques. Au moment de l'indépendance, le Rājaḥ de Cooch Behar ne signifiant pas à l'avance s'il accéderait à l'Inde ou au Pakistan, Radcliffe attribua au Pakistan les districts britanniques adjacents (pour éviter de consituter d'énormes enclaves indiennes au Pakistan si Cooch Behar devenait pakistanais). Comme finalement le prince choisit d'accéder à l'Union indienne, il apporta avec lui les frontières invraisemblables que Cooch Behar avait reçues de l'histoire. Il y a donc environ 130 enclaves de l'Inde dans le Bangladesh et environ 95 du Bangladesh dans l'Inde, représentant au total 85km² et 50km² respectivement, et la taille allant de 25km² pour la plus grosse à 50m² pour la plus petite ; et il y a plusieurs contre-enclaves et une contre-contre-enclave (la seule au monde), c'est-à-dire une minuscule enclave indienne (700m²) dans une petite enclave bangladeshi (0.5km²) dans la plus grosse enclave indienne au Bangladesh (25km²). Enfin, tout cela est amusant pour les geeks, mais pour les dizaines de milliers de personnes qui habitent là-bas, surtout dans les plus grosses enclaves, ça ne l'est pas trop : les pays (l'Inde contre le Pakistan puis contre le Bangladesh) jouent à un jeu de pouvoir sur ces frontières, n'arrivant pas à se mettre d'accord sur la façon d'échanger les enclaves, et parfois même pas sur une autorisation des habitants à franchir les frontières, et il y a évidemment des endroits où aucune police ne fait régner l'ordre, avec un résultat catastrophique. Pour en savoir plus sur ces enclaves, voyez ce post de Strange Maps, cet article de Time, cet article de Wikipédia, et surtout, si vous voulez connaître tous tous tous les détails ce rapport de Brendan Whyte, Waiting for the Esquimo: an historical and documentary study of the Cooch Behar enclaves of India and Bangladesh (519 pages, quand même…).

[#] J'en profite pour signaler une facétie de Google street view : il est apparemment activé, dans le coin, en Hollande (à Baarle-Nassau) mais pas en Belgique (à Baarle-Hertog), peut-être pour des raisons légales ; ce qui conduit au fait qu'on peut explorer cette minuscule contre-enclave hollandaise constituée d'un seul coin de rue : Google street view vous empêche de sortir dans l'enclave belge. Inversement, dans ce coin, vous n'avez pas le droit d'entrer dans une petite enclave belge.

2010-01-24 (dimanche)

Aspirateur sans sac

Mon poussinet voulait un aspirateur sans sac (à effet cyclone) Dyson pour Noël[#] : je lui ai offert un modèle DC 20[#2] acheté (en solde) au BHV. Je n'étais pas convaincu a priori par le principe des aspirateurs sans sac, mais je dois avouer que je suis séduit par le produit : la puissance d'aspiration est impressionnante, et il avale une poussière extrêmement fine qu'on ne doit pas attraper avec un aspirateur classique. En plus, le truc roule très bien, sans jamais se renverser, et les accessoires sont bien faits. Il y a maintenant quelque chose de très ludique à passer l'aspirateur et de voir la poussière récoltée tourbillonner dans le gros tube de plexiglas : du coup le petit nid d'amour que je partage avec mon poussinet a nettement gagné en propreté (espérons que nous ne nous lasserons pas de faire joujou avec ce gadget, donc).

Un petit bémol à mettre est que ça fait beaucoup de bruit. Un autre est qu'il faut à chaque fois vider le non-sac, et la poussière très fine n'est pas facile à faire tomber — et une fois j'ai pris une terrible châtaigne avec l'électricité statique. Ah, et c'est un peu cher, aussi (quand ce n'est pas en solde). Mais globalement ça valait le coup.

[#] Enfin, de nouvel an : nous attendons que la période des fêtes soit bien passée avant de nous faire des cadeaux, histoire d'éviter les foules (hum, je sais, je ne suis pas pour autant tous les principes que je prêche… faites ce que je dis, pas ce que je fais).

[#2] Modèle qui n'a pas l'air d'exister sur le site du fabricant (un de ces sites parfaitement crétins qui ont un sous-site par pays, soit dit en passant) : ce lien aurait dû marcher, mais apparemment pas (et comme d'habitude, il redirige vers un endroit complètement con au lieu de fournir un message d'erreur convivial ou de faire une recherche un peu intelligente). Ça donne une image assez déplorable que le site Web d'une compagnie ne soit pas foutue de connaître les produits de sa gamme.

2010-01-22 (vendredi)

Un peu de misogynie ordinaire

Quand je suis en public, j'aime bien écouter les conversations des gens qui m'entourent (et parfois me demander si je dois y glisser un mot) : c'est intéressant pour savoir comment les gens pensent et pouvoir faire de la sociologie de café du commerce.

L'autre jour j'étais attablé chez une enseigne Pomme de pain (où je vais assez souvent quand j'ai laissé passer l'heure de la cantine) quand j'ai remarqué[#] deux jeunes, la vingtaine probablement tout juste passée, habillés légèrement-racaille-mais-guère, qui parlaient de filles (enfin, l'un parlait, et l'autre se contentait surtout d'approuver et de rigoler bêtement). J'ai donc dressé mon oreille de sociologue de comptoir, ce qui n'était d'ailleurs pas nécessaire parce qu'ils discutaient assez fort.

L'intensité de la misogynie qu'ils affichaient m'a impressionné. Celui qui parlait le plus était, si j'ai bien compris, en instance de rupture avec sa copine, et même si cette rupture n'était pas encore certaine (y'a encore des sentiments, disait-il — ils devaient être bien cachés), il attendait avec impatience la vie de célibataire qui l'attendrait après. Les filles, il les voyait comme des créatures manipulatrices (dès que tu dis je t'aime, c'est fini, t'es foutu), qui n'en ont aux hommes qu'après leur portefeuille (quand elles font style qu'elles ont de l'affection, en fait c'est pour te dire, tu m'achètes ça, tu m'achètes ça ; mais moi, non, si je t'achète un truc, c'est pour faire plaisir, c'est moi qui décide) ; toujours fausses et mauvaises (il faut toujours qu'elles cherchent le conflit, moi j'en ai marre, je lui dis t'as qu'à te disputer avec un mur, arrête de me prendre la tête) ; et incapables de se décider (je me dispute avec elle [son ex, j'imagine], je lui dis bon, ben on rompt ?, et elle non, mais non…, et puis deux semaines après, finalement, oui : ben merci la perte de temps). Apparemment, donc, le temps passé en couple était une perte de temps : la vie de célibataire, par contre, semblait avoir beaucoup d'attraits à ses yeux : soirées avec ses potes, pas de prise de tête, et pour ça, y'a la branlette et les putes (je ne sais plus comment il disait). Mais surtout, la possibilité d'humilier les femmes (maintenant j'ai plus aucun respect pour elles) qui, indubitalement, ne manqueraient pas de le courtiser en masse, en leur disant non, pas moyen.

J'hésitais entre le rire et la pitié, et dans ce cas, pour lui ou pour cette fameuse copine.

[#] OK, au début, je les ai surtout remarqués parce que celui qui écoutait était joli à regarder.

2010-01-15 (vendredi)

Fragment littéraire gratuit #128 (un retour)

Là-haut, sur la colline !Regardez !Ce n'est pas possible ? Ce sont eux… Ce sont vraiment eux !

Le cri des lamentations était remplacé par les exclamations, courant d'homme en homme, attirant l'attention sur les deux personnages qui venaient d'apparaître. Ceux-ci marquèrent une pause, comme pour prendre la mesure de la situation.

Éclairé de face à la fois par les flammes de l'incendie et par le rougeoiement de l'aurore, et de dos par la pleine lune qui se couchait derrière ses cheveux blancs, le vieillard avait la figure sévère et bienveillante d'un dieu tutélaire. Il attrapa et leva lentement en l'air la main de la jeune fille qui l'accompagnait. Le diadème au front de celle-ci ne laissait aucun doute sur leur identité.

Ardemond est revenu !Ce sont Invar et Ardemond !La princesse est de retour !

Quelques minutes plus tard, alors que je renouvelais mon serment, le magicien murmura à mon oreille, mystérieux comme à son habitude :

Trois promesses, un féal, un félon, une princesse et un esclave. Les pièces sont joliment disposées, n'est-ce pas ? Vous me pardonnerez, j'espère, mon arrivée peut-être bien théâtrale, mais le monde entier est une scène, et un peu de théâtre bien placé peut faire plus que beaucoup de magie. Il est temps, maintenant, que vous montriez votre courage.

2010-01-11 (lundi)

Fragment littéraire gratuit #127 (journal d'un fou)

11 janvier. • Nouvelle rencontre avec le Dr Taub, et toujours la même question : pensez-vous que ces choses que vous racontez vous soient vraiment arrivées ? — et toujours la même réponse : dans cet univers, non, elles sont le fruit de mon imagination ; dans cet univers. Je le répéterai autant de fois qu'il le faudra, et peu importe qu'elle me croie fou : oui, je suis fou, mais je préfère le rôle de ce fou que l'on soigne plutôt que celui du souverain déchu que l'usurpateur m'a condamné à être.

14 janvier. • Tenter d'expliquer la damnatio memoriæ qui est mon supplice. Comment le pourrais-je ? Ces hommes ignorent tout de l'Empire sur lequel j'ai régné et dont je suis à jamais banni. Dans cet univers, l'Alliance cycladéenne n'a pas eu lieu. L'humanité tout entière réduite à quelques milliards d'individus et confinée à une seule planète ! — ma prison désormais. Je sais assez à son sujet : ce corps où ma conscience est exilée a appris ce qu'il me fallait sur ce monde et sur sa pitoyable petite histoire, ses querelles insignifiantes de tribus primitives. Ils ne me comprendront pas, eux qui méconnaissent leur Empereur.

18 janvier. • Le Dr Taub veut que je lui parle de l'usurpateur. Elle pense que c'est là la clé de ma psychose. Comment donner la mesure de cette trahison ? L'usurpateur m'a tout volé. J'ai connu les délices de la Planète dorée, me voici dans ce taudis où je ne suis plus personne. Ils m'ont aussi retiré Aquila… Aquila, mon amour, à qui on ne m'a pas même permis de faire un adieu, te reverrai-je jamais ? S'ils te réservent le même sort, puis-je espérer te retrouver ici ? Ou ton tombeau sera-t-il différent du mien ? Qui me le dira ?

Dans le même temps qu'ils me privaient de mon empire, ils privaient mes sujets de leur souverain. J'ai sans doute commis des erreurs, je n'ai pas été parfait (une affirmation qui est permise dans ce monde !), mais mon peuple ne méritait pas le joug cruel qui va s'abattre sur lui. Comment ma damnatio leur apparaît-elle ? Sans doute ce qui reste de mon corps là-bas (si on ne l'achève pas) est-il aussi une sorte de fou : un pantin que plus aucun esprit n'anime. Je poserai cette question au médecin, peut-être est-elle capable de m'éclairer.

21 janvier. • Et si Dr Taub était un allié de l'usurpateur ?…

Inspiré entre autres choses (toutes mes excuses à Gogol et aux romains, notamment) d'une étrange histoire, censément vraie : The Jet-Propelled Couch (2e partie ici, quelques précisions là).

2010-01-09 (samedi)

The Third & the Seventh

Ce petit très zen, est en train de faire le tour du 'net (normalement je n'aime pas trop relayer ce genre de phénomènes, mais il faut savoir faire des exceptions). Voici donc The Third & the Seventh, treize minutes de pure poésie semble-t-il entièrement réalisées en images de synthèse (mais on aurait du mal à s'en rendre compte !).

2010-01-08 (vendredi)

Predictably Irrational

Dan Ariely est professeur d'économie comportementale à Duke University, c'est-à-dire quelque chose entre un économiste classique et un psychologue. J'avais entendu parler de lui par ses exposés à TED ; sa spécialité est de montrer, d'analyser et d'expliquer la tendance que nous avons tous à nous comporter de façon irrationnelle quand il s'agit de faire des choix — et de façon non seulement irrationnelle, mais prévisiblement irrationnelle, c'est-à-dire qu'il y a tout un tas de motifs d'erreurs cognitives qui se répètent chez la majorité des gens.

Un exemple d'erreur cognitive que j'ai appris par lui et qui m'avait frappé est le phénomène suivant. On propose à un groupe de gens tirés au hasard le choix entre deux offres, A et B, qui ne sont pas évidentes à comparer ; et à un autre groupe de gens on propose le même choix, mais en ajoutant une troisième option, A′, qui est très semblable à A mais évidemment moins bonne (par exemple il pourrait s'agir d'une offre strictement incluse dans celle de A mais pour exactement au même prix). Personne n'a rationnellement intérêt à choisir A′, et de fait, les gens ne le choisissent pas, mais ce n'est pas là le phénomène intéressant. Le phénomène qui se produit dans beaucoup de situations est que le second groupe (celui qui a le choix entre A, B ou A′ avec A′ moins bon que A) opte plus pour A par rapport au premier groupe (celui qui n'avait pas l'option A′). Autrement dit, la simple existence du choix A′, même si personne ne le prend, rend le choix A plus attirant ; si on était rationnels, l'existence de A′ ne devrait pas jouer sur la comparaison entre A et B, celle-ci ne devant faire intervenir que les mérites respectifs de ces derniers. Le phénomène n'a pas lieu systématiquement ou dans tous les domaines, mais la tendance est générale, et Dan Ariely l'illustre dans des situations assez différentes.

Il s'agit d'un des exemples qu'il évoque dans ses exposés à TED, mais qu'il détaille aussi dans son livre, Predictably Irrational[#], que j'ai récemment fini de lire. C'est un ouvrage que j'ai trouvé très intéressant : il est construit sur autant de chapitres que de types d'erreurs de jugement qu'il illustre, à chaque fois, par un certain nombre d'expériences, et qu'il tente de généraliser à des phénomènes plus larges, comme des phénomènes de société. On peut lui reprocher de ne pas donner systématiquement les conditions exactes de ses expériences, ou de ne pas toujours indiquer si elles ont été reproduites et confirmées par d'autres, et évidemment on peut s'interroger sur le fait que ses généralisations soient parfois hâtives, mais pour un ouvrage de vulgarisation, j'ai trouvé ça très bien. Dan Ariely tient aussi un blog dans lequel il rapporte un certain nombre d'expériences ou de réflexions de ce genre.

Dans un genre semblable, il y a Dan Gilbert (est-ce que tous les chercheurs sur le sujet s'appellent Dan ? :-)), dont j'ai également beaucoup aimé les exposés à TED. Lui est psychologue (à Harvard), donc a priori moins concerné par l'aspect économique, plutôt par (par exemple) notre relation à notre moi passé ou futur, mais il signale également dans ces exposés quelques réactions irrationnelles que nous avons fortement tendance à avoir. La suivante m'avait amusé. Considérons deux situations : situation 1, je vais au théâtre, j'ai en poche un billet de banque de 20€ et un billet pour la pièce, que j'ai déjà acheté, et qui m'a aussi coûté 20€ ; mais juste en arrivant, mon billet de théâtre tombe de ma poche dans une bouche d'égout où je n'ai aucune chance de le récupérer : vais-je choisir d'en acheter un autre pour aller quand même voir la pièce ? Situation 2 : presque identique, je vais au théâtre, mais cette fois je n'ai pas encore acheté ma place, j'ai en poche deux billets de banque de 20€ ; mais juste en arrivant, un des deux billets de banque tombe de ma poche dans une bouche d'égout où je n'ai aucune chance de le récupérer : vais-je acheter un billet pour voir la pièce ? Dans la situation 2, a priori, on répond oui : on est venu pour voir la pièce, le fait qu'on ait perdu 20€ ne change pas le fait qu'on veut voir cette pièce, donc on achète un billet. Dans la situation 1, souvent, les gens répondent non, au motif qu'on a déjà acheté un billet, on ne va pas en acheter un deuxième même si le premier s'est perdu. Mais quand on y pense, c'est idiot, on est ramené exactement à la même situation que dans le 2, et la décision à prendre ne doit pas dépendre du passé : on est devant le théâtre, avec 20€ en poche, on a envie de voir la pièce, il se trouve qu'on a perdu un morceau de papier qui valait 20€ mais peu importe puisqu'il est perdu dans un égout. Pourtant les gens réagissent souvent différemment[#2].

Cela nous force à remettre un peu en question les principes de l'économie classique (non-comportementale), qui supposent à un certain niveau que les gens se comportent de façon rationnelle, qu'ils ont des désirs (des fonctions d'utilité) bien définies et se reflétant dans les choix qu'ils font selon un certain ordre de préférence… ce genre d'hypothèses. Dan Ariely parle un peu de la façon dont le caractère simplifié (voire carrément faux) de ces hypothèses peut conduire à des conclusions économiques erronées — et, actualité oblige, dans l'édition[#3] que j'ai de son livre il explique notamment son avis sur la crise des subprimes et des conséquences qui ont suivi. Son but n'est pas d'envoyer à la poubelle l'économie classique, mais d'en explorer les limites, et d'essayer de décrire les phénomènes qui peuvent apparaître quand on s'approche de ces limites.

Je ne sais pas comment les économistes classiques réagissent aux mises en gardes de l'économie comportementale ; le tout petit échantillon (totalement non représentatif) que j'ai sous la main a une réaction du type certes, c'est amusant, mais bon, c'est très empirique, et pour le genre de choses qui me concernent, ces phénomènes ne sont pas importants, et de continuer, dans toute discussion politique ou sociétale, à utiliser abondamment comme axiome que les gens se comportent rationnellement par rapport à une relation de préférence. Quand on insiste que, non, vraiment, les gens ne sont pas rationnels, des réactions possibles sont : (A) ce n'est pas important, ce sont des effets individuels qui n'existent plus à l'échelle collective (pur acte de foi), ou bien (B) ce n'est pas grave, faisons quand même comme s'ils l'étaient, parce que c'est plus simple, ou pour « récompenser » les gens rationnels, voire, pour favoriser la survie des mèmes rationnels dans la société (une forme d'eumémisme ? en tout cas, ça devient n'importe quoi). Ou parfois avec des arguments que j'appellerai ad basiursum[#4], consistant à prétendre que l'interlocuteur (=moi, en l'occurrence) rêve d'un monde de bisounours où les irrationalités des gens seraient gentiment prises en compte, et caricaturer sa position. Ce genre de réaction de mauvaise foi (mais je répète que je n'ai qu'un échantillon microsocopique d'environ 1.618 personne) me fait un peu penser à celle d'un physicien newtonien qui refuserait de prendre en compte les corrections relativistes parce que c'est trop difficile à calculer, ou ça ne doit pas exister à l'échelle de l'orbite de Mercure, ou encore les planètes apprendront à se comporter selon les lois de Newton si on calcule leurs trajectoires comme ça…

[#] Le mot predictably me gêne : j'ai toujours envie de l'écrire avec un ‘i’ à la place du ‘a’, à cause du français prédictible (anglicisme qui, d'ailleurs, d'après les puristes, n'est pas du français : il faut dire prévisible ; mais si c'est vraiment un anglicisme, on se demande pourquoi ce n'est pas prédictable).

[#2] Quelque chose de semblable à l'expérience de pensée m'est arrivé, d'ailleurs. Je venais d'acheter un livre de maths très cher, après avoir beaucoup hésité à savoir si je voulais vraiment l'acheter ou non, et le jour même je l'ai perdu (ou plutôt, on me l'a volé — je l'avais oublié dans une salle de l'ENS et il avait disparu une heure plus tard, et mes mails à tout le département demandant si personne ne l'avait vu n'ont rien donné). Je suis donc allé le racheter : j'ai dû combattre la partie irationnelle en moi qui me disait c'est trop cher ! 150€ ça t'a beaucoup fait hésiter, alors 300€ c'est complètement exorbitant — réaction complètement stupide, car j'avais perdu ces 150€, peu importe qu'ils aient pris la forme d'un livre, mais puisque j'avais finalement décidé que je voulais ce livre à ce prix, je devais logiquement être prêt à faire la même dépense dans les mêmes conditions.

[#3] J'ai l'édition d'ISBN 978-0-00-725653-2. Bizarrement, Amazon.com ne la connaît pas, mais Amazon.fr si. Ça doit être une édition britannique plutôt que nord-américaine.

[#4] Basiursus est évidemment le mot latin désignant un bisounours.

2010-01-05 (mardi)

Avatar

Comme je ne sais combien de millions de gens, je suis allé voir le film qui rapporte des milliards. Et comme je ne sais combien de milliers de blogueurs, il faut bien que j'en dise ce que j'en ai pensé.

Je l'ai vu en 2D, un peu par hasard, mais ce n'est pas pour me déplaire parce que les lunettes 3D me fatiguent vite, alors je ne crois pas que je les aurais supportées 160 minutes. J'ai l'impression d'arriver à très bien imaginer ce que ça doit donner en 3D, et je ne crois pas avoir perdu énormément (je veux bien croire ceux qui affirment que c'est beaucoup mieux que ce qui s'est fait jusqu'à présent en la matière, mais même comme ça je doute que ce soit vraiment autre chose qu'un gimmick). La beauté des images est dans les textures, les couleurs (notamment la fluorescence la nuit), les magnifiques paysages très miyazakiens[#], bref, la photographie.

Le scénario est d'une platitude extraordinaire : vous prenez Pocahontas ou Danse avec les loups (voire Lawrence d'Arabie, mais édulcoré) et une petite pincée de Starship Troopers, vous ajoutez la mièvrerie des passages sur Endor dans Le Retour du Jedi, un peu de mythe du bon sauvage et une grosse rasade d'écologisme, vous mélangez bien fort, et vous obtenez Avatar. Aucun risque n'a été pris, aucun personnage n'a de profondeur psychologique, le gentil est vraiment gentil et son parcours initiatique est sans surprise, le méchant est vraiment méchant (ou con et buté à tout le moins) et rien ne vient le sauver ou donner un autre son de cloche, le conflit est mené de façon frontale, sans trahison ou autre subtilité. Tout est cousu de fil blanc et se voit venir quinze minutes à l'avance. La morale est simple, voire simpliste : la gentille tribu gagne à la fin contre les méchants envahisseurs (je spoile autant que si je vous révèle que le pape est catholique).

De même, il va de soi que les extraterrestres sont aussi humains que ce que peut imaginer un enfant à qui on parlerait d'hommes de l'espace : à part qu'ils sont bleus et un peu plus grands, qu'ils ont une queue et qu'ils communiquent (vraiment) avec la nature, ils sont exactement comme vous et moi[#2], ils ont jusqu'au même nombre et au même arrangement des doigts de pieds, ils marchent comme nous, ils voient comme nous, ils entendent comme nous, ils parlent comme nous (une langue à peine exotique, et en tout cas assurément prononçable, même pas avec des voix qui sembleraient bizarres), ils pleurent quand ils sont tristes et ils ont une organisation sociale juste un peu tribale, mais sans aucune originalité et surtout rien qui pourrait nous choquer ou les faire paraître moins gentils. Bien sûr, comme dans absolument tous les films de science-fiction hollywoodiens, les extra-terrestres ont de l'ADN, et on peut apparemment le mélanger au nôtre (ben voyons). Les bestioles sur la planète sont vaguement des dinosaures passées à la peinture des images de synthèse, parfois avec des changements triviaux (six pattes sur les chevaux) ; la plupart des plantes ressemblent à s'y méprendre aux nôtres (et pour commencer, elles sont généralement vertes). S'il y avait la moindre prétention scientifique, on grincerait des dents à tel point c'est ridicule : heureusement, il n'y en a pas. De toute façon, s'il y avait la moindre once de réalisme scientifique, le héros n'arriverait jamais à empathiser en quelques mois avec les créatures en face de lui, et le spectateur du film en quelques heures encore moins : le réalisateur a donc bien eu raison dans ses choix. Au moins, les règles de son monde, pour absurdes qu'elles soient scientifiquement, sont cohérentes avec elles-mêmes : je n'ai pas trouvé de bizarrerie interne dans l'histoire.

Je ne pense pas que ce soit une critique que de dire tout ce que je viens de dire. Certes, je regrette un peu : je regrette qu'on n'ait pas donné au méchant une personnalité un peu tourmentée, et je regrette qu'on n'ait pas montré au moins une chance à la diplomatie ou au compromis entre les deux parties, ce qui aurait permis au scénario d'être un peu moins plat ; je regrette aussi que les extra-terrestres soient confinés au rôle du gentil sauvage au savoir ancestral, sans jamais faire preuve d'ingéniosité inattendue. Mais si on va voir Avatar pour son scénario, c'est probablement qu'on s'est trompé de salle. Il faut le voir pour le graphisme, et pour entendre une histoire qu'on connaît déjà : une sorte de mythe, parfaitement prévisible, mais néanmoins émouvant, et raconté de façon à faire éclater cette émotion. Car c'est justement parce que le scénario est simple et linéaire qu'il est touchant. J'en ai eu, en tout cas, les larmes aux yeux (mais j'avoue que je suis bon public). Je rejoins donc au final les critiques favorables que le film a reçues : il faut juste savoir pour quoi on va le voir. Couper un peu son cerveau, mais ouvrir grands ses yeux et son cœur.

[#] Les montagnes qui flottent dans l'air, ça fait vraiment bipper mes neurones à Miyazaki.

[#2] Enfin, je n'en sais rien, peut-être que mon blog est lu sur la galaxie d'Andromède ou bien par des IA qui ont émergé spontanément dans Internet.

2010-01-03 (dimanche)

Le petit bonnet rouge

Il fut un temps où je parlais plus souvent sur ce blog de mes expérimentations vestimentaires (genre, ou ), c'est-à-dire ma façon de mélanger n'importe quoi jusqu'à satisfaire — en me regardant dans un miroir — mon attirance instinctive pour la provocation involontaire (ou pour le ridicule), mon sens esthétique d'ado post-attardé et décalé, ou mon goût de chiottes notoire en matière de garçons (le poussinet ne doit pas se sentir vexé, ce n'est pas systématique).

Récemment je me suis acheté le livre Dictionnaire du look (Une nouvelle science du jeune) de Géraldine de Margerie et Olivier Marty (éditions Laffont) (présenté ici) : c'est un inventaire assez éclectique et disparate de tout un tas de looks de djeunz ou de moins djeunz (bcbg, bling-bling, bobo, caillera, fluokid, metalleux, modasse, punk à chien, skateur, teuffeur…), tentant parfois de présenter les modes de vies de tribus urbaines. Ce n'est pas très sérieux, mais c'est justement rigolo parce que ça ne se prend pas au sérieux. Par contre, on peut regretter que le choix des looks traités manque un peu de cohérence ou d'exhaustivité, au moins superficielle (pourquoi, par exemple, ne pas avoir consacré un chapitre aux gothiques alors qu'il y en a un pour les plus spécifiques gothic lolitas ?).

Mais j'ai au moins apprécié qu'ils proposent un nom pour un look dont je me suis souvent demandé comment l'appeler : ces jeunes dreadlockés bohême, vaguement néohippies ou cirqueux, en pantalon bouffant, vieux pull, keffieh et parfois bonnet péruvien, qu'on imagine facilement arpentant, pétard à la bouche, les couloirs d'un hypothétique cours de médiation culturelle à Paris VIII. (Mon poussinet les appelle les je-vais-sauver-le-monde.) Le dictionnaire en question les nomme les Jah-Jah : même si une recherche Google images ne confirme pas trop la popularité du terme, il a le mérite d'être assez inambigu.

Mon look actuel n'est pas recensé, évidemment. Pour ceux qui veulent l'imaginer (non, je n'ai pas de photos, il faudra que je propose au poussinet d'en prendre), je peux le décrire façon magazine de mode et avec des liens[#] puisque j'ai quasiment tout acheté en ligne. Le Ruxor, donc, porte un hoodie DC Shoes noir avec logo blanc au ventre[#2], un pendentif dent en acier Oxbow (au-dessus du sweat), un blouson en cuir Schott[#3] à capuche avec logo au dos, un treillis camouflage de surplus[#4] militaire (armée française) et ceinture assortie (ou bien, certains jours, un jean baggy non marqué), des baskets « street » DC Shoes ou Rip Curl[#5] et des mitaines en cuir portées sur des sous-gants en soie noirs Go Sport[#6][#7]. Les tee-shirts (généralement plusieurs épaisseurs, le Ruxor étant frileux) varient évidemment beaucoup. Mais l'accessoire vraiment unique pour parfaire la Ruxor touch et s'habiller en rouge et noir, accessoire fort approprié en cette saison de saturnales, c'est le bonnet rouge (mais alors vraiment rouge vif, uni : en fait, c'est un bonnet de pompier[#8]), à porter bien enfoncé sur la tête (en laissant juste dépasser une ou deux mèches dans le cou), et avec un air gentiment niais. Le bonnet rouge permet qu'on me repère de loin (pratique quand le poussinet s'est attardé pour faire une bêtise, et se demande où je suis passé), ou d'attirer le regard. D'ailleurs, hier, à la Fnac, je me suis fait draguer[#9] par un djeunz habillé assez comme moi (treillis, chaussures de skate, hoodie sur les épaules et pendentif au cou) mais qui n'avait pas un joli bonnet rouge comme le mien : je suis sûr que c'est ça qui l'a rendu envieux !

[#] Liens qui seront inévitablement cassés dans trois mois, puisque les gens qui tiennent des sites marchands tels que ceux-ci n'ont pas encore compris l'avantage qu'il pouvait y avoir pour eux à ne pas casser leurs URL à chaque refonte du site.

[#2] Le logo me vaut d'ailleurs un certain nombre de questions (les gens qui ne connaissent pas lisent souvent DG et demandent par exemple si c'est Dolce & Gabbana : décidément, non, par contre, il y a une ressemblance indéniable avec le logo Chanel).

[#3] Tiens, il est nettement plus cher que quand je l'ai acheté, celui-là.

[#4] Ce n'est pas par ce site-là que je l'ai acheté, mais le principe d'un article réglementaire doit être qu'il ne varie pas beaucoup.

[#5] Ce modèle précis n'a plus l'air d'exister.

[#6] Article que je renonce à trouver sur le site Web de la marque Go Sport, vu combien celui-ci est mal organisé (les articles ne semblent trouvables que dans le rayon d'un certain — et unique — sport, et je ne sais pas quel serait le sport dont des sous-gants en soie seraient un accessoire).

[#7] Je suis content de la trouvaille de porter des sous-gants en soie sous des mitaines : quand il ne fait pas atrocement froid, c'est un bon compromis pour se protéger les mains tout en gardant une certaine dextérité et sensibilité digitale.

[#8] Enfin, paraît-il ! Je n'ai en fait jamais vu un pompier porter un pareil bonnet. Mais au moins c'est la couleur emblématique rutilante.

[#9] Le poussinet et moi ne nous privons pas de mater copieusement (et de nous signaler mutuellement) les jolis garçons que nous croisons, et il y a sans doute du vrai dans l'idée que les homos sont sans doute les seuls à le remarquer — ou en tout cas, à comprendre pourquoi on les regarde. Le mec en question, j'ai commencé à le regarder par les pieds (parce que je regardais d'abord des livres situés au niveau du sol), j'ai remonté le regard parce que le look me plaisait, et le temps que j'arrive à la tête et que je m'aperçoive qu'il n'était pas mal du tout, il avait bien vu que je le zyeutais : il me souriait copieusement, et il a engagé la conversation. Ce sur quoi j'ai fui dare-dare, parce que (malgré mon bonnet rouge) je suis timide comme un écureuil bleu. Quand je lui raconte ce genre de choses, mon poussinet rigole gentiment de moi.

2010-01-01 (vendredi)

Comment nommer les décennies

On parle des années '20, des années '30, et ainsi de suite jusqu'aux années '90 : mais quel nom faut-il donner à la décennie qui vient de se finir[#] (si on les appelle les années '00, comment faut-il prononcer cela ? ou faut-il dire les années 2000 ?). En anglais, des gens ont proposé un nom sympathique : après les seventies, les eighties et les nineties, non venons de finir les naughties ! (Mais la question se repose pour les dix prochaines années.)

Une autre question, c'est comment prononcer le nom des années : pour lire 2010, quasiment tout le monde dit deux mil[le] dix en français, et two thousand [and] ten en anglais. Mais 1810, s'agissant de l'année, se prononce dix-huit cent dix et eighteen [hundred [and]] ten : du coup, 2010 devrait être vingt cent dix et twenty [hundred [and]] ten. Je pense que cette façon de nommer sera effectivement ce qui prendra le pas en anglais : autant il n'est pas harmonieux de lire 2009 comme twenty o'nine, autant 2013 se lit agréablement twenty thirteen. En français, à cause de la confusion avec Vincent, je pense que ce n'est pas ce qu'on dira.

Mais mon poussinet interrompt ces considérations onomastiques passionnantes pour me sommer de me coucher.

[#] Bon, si on convient, comme il est logique de le faire dans notre calendrier, que le XXIe siècle et le 3e millénaire commençaient le 1er janvier 2001, il faut aussi considérer que la 201e décennie commençait ce même jour, et se finit donc à la fin du 31 décembre 2010 ; du coup, en étant maniaque, il reste encore (presque) un an à cette décennie. J'avais essayé d'expliquer ça à ma prof d'histoire de 4e qui, en janvier 1990, nous avait souhaité non seulement une bonne année mais même une bonne décennie : elle m'avait dit d'arrêter de faire le malin (et si tu ne veux pas, je ne te souhaite rien du tout !). Elle avait raison, Mme Fernandez : ce qu'on souhaitait en 1990, ce n'était pas la 200e décennie du calendrier (qui commencerait le 1er janvier 1991), mais la décennie des années '90, qu'on a bien le droit de définir. Après tout, chaque instant commence une décennie qui termine précisément dix ans plus tard…

2009-12-30 (mercredi)

Lave-linge kaputt

Ce matin[#], mon poussinet veut faire une lessive : le lave-linge ne répond pas (aucune lumière ne s'allume, rien du tout). Panique à bord ! Le poussinet commence à vérifier la prise et les fusibles, mais je me rends compte qu'en fait c'était juste le couvercle qui était mal fermé. Ouf.

Sauf que deux lessives plus tard, en début de cycle d'essorage, on entend un grand POUF, et on sent une odeur de caoutchouc brûlé dans toute la cuisine. Cette fois, le lave-linge est réellement mort (et un fusible de 20A avec lui), après environ dix ans de plus ou moins bons et raisonnablement loyaux services. Je suis estomaqué de la coïncidence — le matin on pense ce serait horrible que la machine à laver tombe en panne et le soir c'est une réalité —, mais je ne vois vraiment pas quel lien de cause à effet il pourrait y avoir.

Le problème n'est pas tant qu'un lave-linge-combiné-séchant coûte cher (ça a plutôt baissé en prix depuis dix ans). C'est plutôt qu'un 30 décembre on ne va pas obtenir une livraison avant une semaine et qu'on a besoin de faire des lessives avant (et que le lavomatic, c'est vraiment une perte de temps vu qu'il faut rester tout le temps surveiller qu'on ne se fait pas voler). Mais c'est surtout que, vue la façon dont les meubles de notre cuisine sont encastrés, bouger quoi que ce soit ressemble à un jeu de sōkoban (il faut commencer par retirer le frigo, puis tirer la machine à laver, puis déplacer le meuble adjacent au frigo, pour pouvoir enfin bouger latéralement la machine à laver…) : ce n'est pas seulement compliqué, c'est fatigant et on risque sans arrêt de casser plein de choses. On a même cru un instant qu'il faudrait démonter des placards posés au mur depuis l'installation de la machine.

Mon poussinet, qui aime bien jouer au MacGyver, démonte tout en me jurant mais si, c'est certainement un truc évident qui a grillé, et ça doit se remplacer facilement (tu parles, il ne retrouve même pas quelles vis vont en face de quels trous quand il s'agit de remonter ce qu'il a défait), puis on peut quand même faire appel à un réparateur (sauf que là c'est pas une semaine sans lave-linge qu'il faudra tenir, c'est un mois). Je finis par le convaincre que, non, le plus raisonnable est vraiment de mettre l'appareil cassé aux encombrants (en espérant qu'ils contactent Emmaüs pour voir si ça peut être sauvé) et d'en racheter un neuf. Miraculeusement, la mairie de Paris peut enlever l'ancienne machine un 31 décembre, et Darty me propose une livraison pour dimanche. Et aussi, heureusement que nous habitons au rez-de-chaussée.

Par contre, entre temps, on abîme le pas de la porte en jouant à déplacer le frigo, on découvre une fuite dans une gaine de l'immeuble qui passe dans le coin de notre cuisine, le poussinet finit sa lessive dans la baignoire et attrape des ampoules aux mains et son linge déteint, etc. Les contrariétés ne viennent jamais seules ! (Le POUF s'est produit à 21h, il est maintenant 1h30 du matin, et on n'a toujours pas fini de s'occuper des conséquences indirectes de cette panne.)

[#] Plus exactement, vers 14h du matin.

2009-12-27 (dimanche)

Fragment littéraire gratuit #126 (une rencontre)

Moi c'était il y a quelques années, au cours d'une réception où je m'étais retrouvé un peu par hasard, chez des amis d'amis d'amis. En fait, une connaissance d'un de mes copains d'enfance avait reçu le prix d'économie de la banque de Suède (qu'on classe avec les Nobel), ces gens organisaient une fête en son honneur, et je m'étais retrouvé là sans vraiment être invité. Sans être complètement un intrus non plus, d'ailleurs l'entrée était filtrée. Mais je ne me sentais pas à ma place : je me sentais miteux, il y avait même des gens qui avaient leurs gardes du corps avec eux, et je crois que j'étais moins bien habillé que les gardes du corps.

Bref, je picorais des petits fours à l'écart de la foule en cherchant parmi les invités quelqu'un que je pourrais connaître, et je vois ce bonhomme. L'air un peu seul, dont la tête me disait quelque chose mais je n'arrivais pas à me rappeler pourquoi. Je lui fais part de mes préférences parmi les canapés, et nous engageons la conversation. En français, même si la plupart des gens autour de nous parlaient anglais, mais il s'avère que le type maîtrisait impeccablement le français, avec un délicieux accent allemand. Nous échangeons des banalités, puis pour essayer de retrouver pourquoi je crois le connaître, plutôt que de risquer un impair en demandant son nom, je lui demande ce qu'il fait, il me répond qu'il s'occupe de paperasse, beaucoup de paperasse, et qu'il est comment dit-on en français ? une sorte de notaire. Nous parlons de Berlin, où il est obligé d'habiter en ce moment, de Strasbourg qu'il semble très bien connaître, et fil en aiguille, de toutes sortes de choses, d'urbanisme, d'art, et aussi un peu d'informatique, jusqu'à des anecdotes de fac. Il m'a paru très cultivé, son jugement très fin, et j'ai apprécié son côté espiègle.

Puis voilà qu'un brouhaha se rapproche de nous. Mon bonhomme reconnaît quelqu'un et me dit : Ah, je vois que mes geôliers ont retrouvé ma trace. Je vais devoir céder : contre la stupidité, les dieux eux-mêmes combattent en vain. Ich muß untergehn: mit der Dummheit kämpfen Götter selbst vergebens. Pardonnez-moi pour le cliché. Et il rejoint le groupe qui allait à sa rencontre, part dans une discussion assez vive en allemand à laquelle je ne comprends pas grand-chose ; mais visiblement on lui montre du respect. Ce n'est qu'en les voyant s'éloigner que j'ai enfin identifié ce visage déjà souvent vu à la télé : et mon copain, plié de rire, m'a confirmé que ce n'était pas un sosie, et que celui à qui j'ai raconté mes souvenirs de jeunesse était le chancelier fédéral d'Allemagne.

2009-12-26 (samedi)

Fragment littéraire gratuit #125 (une photo de vacances)

L'année du bac. Flashback sur un âge ruisselant d'insouciance, d'exubérance et de testostérone. La photo me montre en short de bain, exhibant fièrement mes abdos bronzés et mes boucles blondes dégoulinant d'eau iodée. À côté de moi, Mathieu, en combinaison de surf, tient sa planche d'une main plantée dans le sable et passe l'autre bras autour de mon cou dans une accolade virile. Est-ce que nous avons conscience, à ce moment-là, de l'intensité érotique de notre pose, presque caricaturale ? Moi sûrement pas, j'étais puceau, j'essayais encore de me faire croire que je matais les filles. Mathieu… J'ai appris après qu'il avait déjà l'expérience qui me manquait. Mais il sortait avec la beauté canon du lycée, personne n'aurait pensé un seul instant qu'il était bi. Putain d'innocence ! Au dos du cliché, j'ai écrit : Fhloston Paradise (Lacanau, été 1997) ; je ne sais plus ce que ça veut dire.

2009-12-22 (mardi)

De l'art de ne pas faire des cadeaux

Si à la suite de l'entrée précédente vous manquez d'idées de cadeau pour votre beau-frère Mathurin, je vais vous simplifier un peu l'ebarras du choix en vous proposant quelques idées de cadeaux qui ne sont probablement pas une bonne idée pour Mathurin (pour toute valeur de Mathurin) :

Pour un cadeau absolument parfait en toutes circonstances, choisissez plutôt les œuvres complètes de David Madore en édition poche.

2009-12-21 (lundi)

De l'art de faire des cadeaux

J'ai toujours tenue l'idée de chercher à ne pas faire comme tout le monde comme à peu près aussi stupide que celle de vouloir à tout prix faire comme tout le monde. Et je trouve assez ridicules les gens qui m'expliquent ne pas fêter Noël parce que c'est une fête chrétienne — comme si c'était plus spécialement le Noël chrétien qu'annonce le gros bonhomme rouge à barbe blanche plutôt que n'importe quelle fête du solstice d'hiver(-de-l'hémisphère-nord), des Saturnales à Hanoukkah et de Dies natalis solis invicti à Saint-Nicolas — ; le problème est bien sûr dans le parce que. Mais à l'inverse, s'efforcer à trouver des cadeaux pour tout le monde, de la tante Gertrude à l'oncle Hippolyte en passant par le cousin Ignace, cela a tout de même quelque chose d'absurde. Et la meilleure preuve de l'absurdité de cette convention, ce sont les chèques-cadeau, qui capitalisent sur le fait qu'on a socialement horreur d'offrir de l'argent et proposent à la place d'offrir du sous-argent qui s'achète aussi cher que l'argent qu'il est censé représenter mais en retour a plein de limitations (sur le domaine où on peut l'utiliser, sur la durée de validité, et sur le fait qu'on ne peut pas le rééchanger). Les chèques-cadeau essaient de vous faire marcher dans leur combine avec ce slogan : offrez au cousin Ignace un cadeau qui lui fera forcément plaisir, laissez-le choisir lui-même ce qu'il veut[#].

Alors il serait temps, en cette période de courses effrénée aux cadeaux, que je rappelle ce qui devrait être une évidence : l'intérêt de faire un cadeau à quelqu'un, (sauf si on est soi-même très riche ou que la personne à qui on le fait ne l'est vraiment pas,) ce n'est certainement pas de lui offrir quelque chose qu'il ne pourrait pas s'offrir lui-même — c'est de lui offrir quelque chose qu'il n'aurait pas idée d'acheter[#2], ou éventuellement qu'il n'aurait pas le temps (ou le courage, la motivation, le moyen matériel, que sais-je). J'ai la chance d'avoir les moyens financiers pour me faire moi-même de temps en temps des cadeaux qui me plaisent : si on veut me faire plaisir, il ne faut pas chercher à me donner ce que je pourrais m'acheter moi-même (et ce pour quoi j'ai largement assez d'argent), mais ce à quoi je ne penserais pas. Quelque chose à faire découvrir. Et dans cette optique, les chèques-cadeaux defeatent complètement le purpose (comme on dit en bon franglais). Comme, dans une moindre mesure, le fait de demander à quelqu'un ce qu'il veut qu'on lui offre. (À la limite, au contraire, ça pourrait être un bon cadeau que d'offrir juste l'idée d'un cadeau sans faire l'achat lui-même. Bon, entre personnes sophistiquées, tout de même. :-))

Et c'est là que je trouve la frénésie saturnale assez absurde : pour un anniversaire, on ne fait des cadeaux qu'à une seule personne, on peut vraiment penser à elle et à ce qui lui ferait plaisir, ce qu'on voudrait lui faire découvrir, ou quelque chose de ce genre. Pour Noël, il est impossible de penser à la fois à grand-père Aristide, à la tante Gertrude, à l'oncle Hippolyte, au cousin Ignace, à la cousine Philomène, et au petit Enzo-Killian (le petit dernier) : on se retrouve à acheter n objets interchangeables et à mettre des étiquettes dessus comme on peut. Alors autant pratiquer quelque chose de plus ludique : chacun apporte un cadeau (d'une valeur approximative fixée à l'avance par l'hôte de la soirée), et on les répartit aléatoirement de façon cyclique[#3] ; c'est beaucoup plus rigolo.

Enfin, plutôt que faire les cadeaux à Noël, il vaut mieux, dans la mesure du possible, attendre une semaine ou deux pour éviter les foules… et guetter les bonnes affaires sur eBay des gens qui ont revendu en douce le cadeau que grand-mère Palmyre leur a offert.

[#] Ce qui, du reste, est terriblement faux : pour me remercier d'avoir prêté mon appartement, une amie de mes parents m'avait un jour laissé des chèques-cadeau d'une valeur de quelque chose comme 50€, en tout cas pas une somme complètement ridicule, au Printemps. J'avais essayé de les dépenser à la librairie de ce grand magasin et on m'avait expliqué que pour une raison obscure liée aux lois sur le prix du livre ce n'était pas possible. J'avais ensuite regardé dans le reste du magasin et je m'étais rendu compte que pour 50€ je pouvais avoir essentiellement une paire de chaussettes. (Au final, j'ai revendu le chèque-cadeau à ma mère, à sa valeur nominale.)

[#2] Ou de faire soi-même, bien entendu ! Les cadeaux faits maisons peuvent être les plus touchants, mais, attention, seulement peuvent, parce que, à part quand c'est offert par des petits enfants à leurs parents pour qui ce sont forcément les plus beaux cadeaux du monde, le bougeoir qu'on a fait soi-même avec ses petits mains potelées n'est pas forcément aussi beau qu'on le pense, et n'illuminera pas forcément avec le meilleur goût l'appartement art-déco de la cousine Philomène.

[#3] Voici un protocole assez simple qu'une amie avait trouvé pour éviter que qui que ce soit se retrouve avec son propre cadeau : chacun choisit un nombre (réel), celui qui a choisi le nombre le plus petit offre son cadeau à celui qui a choisi le deuxième plus petit, lequel offre le sien au troisième, et ainsi de suite jusqu'à la personne qui a choisi le plus grand nombre qui offre son cadeau à celui qui a choisi le plus petit. Les étudiants en crypto pourront réfléchir aux éventuelles failles de ce système ou aux façons de le rendre plus sûr. Les étudiants en maths pourront réfléchir aux façons de procéder si on veut que chacun fasse deux cadeaux (et reparte avec deux cadeaux), etc.

2009-12-17 (jeudi)

Quelques réflexions en vrac sur l'énergie

Cette note est très mal écrite et je le sais : ça part dans tous les sens, je ne finis pas mes idées, il n'y a pas de fil directeur… Je la publie quand même telle quelle parce que je n'ai pas le temps (et plus l'envie) de la remanier et qu'elle est peut-être intéressante malgré tout, notamment par le peu de thermo que j'y raconte.

Je me plains régulièrement de la façon dont les gens manquent complètement du sens des ordres de grandeur. Par exemple en faisant des économies de bouts de chandelle tout en consentant à des dépenses pharaoniques à côté (et/ou en ne se rendant pas compte que le temps qu'ils perdent à faire ces économies de bouts de chandelle est beaucoup plus précieux que les économies réalisées). Ou, dans un ordre d'idées semblable, en affichant un comportement « écolo-responsable » (ou, bien pire, en faisant la morale à d'autres à ce sujet) sur des actions qui sont l'équivalent écologique de réparer un robinet fuyant goutte à goutte quand il y a une canalisation pétée à côté. Non, je ne suis pas du tout persuadé que d'éteindre un téléviseur plutôt que de laisser en veille soit un comportement préférable (il est possible que le téléviseur dure un peu moins longtemps, et que cete différence fasse plus qu'annuler le bénéfice ; mais, de toute façon, le problème est plutôt que ces mêmes personnes se voulant reponsables vont changer de téléviseur inutilement). Et, tant que j'y suis, si je suis d'accord avec l'idée générale de remplacer des ampoules incandescentes par des ampoules fluocompactes, LED, ou au moins halogène, le fait de les interdire dans toutes circonstances me semble d'une crétinerie sans nom (parce qu'il y a des cas où les incandescentes sont effectivement plus écologiques).

Mais dans le domaine de l'énergétique à portée écologique, ce qui m'énerve le plus, ce sont les gens qui n'arrivent pas à comprendre que : en hiver, si on chauffe chez soi avec des radiateurs électriques thermostatés, alors il est à peu près impossible de gaspiller de l'énergie. Je comprends que le concept d'énergie soit un peu compliqué pour le non-scientifique moyen, mais enfin, quand même, ceci ne devrait pas être si difficile à avaler : quasiment toute l'énergie électrique consommée (par une ampoule allumée, un ordinateur qui tourne en permanence, une plaque de cuisson qu'on aurait oubliée, que sais-je encore…) se retrouve forcément sous forme de chaleur dans la pièce et, tant qu'on n'en arrive pas à chauffer la pièce largement au-dessus du réglage du thermostat, ce sera exactement autant de moins que les radiateurs auront à fournir.

Oui, en hiver (si vous vous chauffez à l'électrique avec thermostat, je répète), vous pouvez allumer les lumières autant que vous voulez, vous ne consommerez pas d'électricité en plus — sauf dans la mesure où vous éclairez l'extérieur, mais de toute façon si vous êtes prêt à laisser les volets ouverts il est probable que la perte de chaleur de chauffage par ce côté-là noie complètement ce que pourrait représenter une perte de lumière. Et sauf dans la mesure où laisser une ampoule allumée l'use (mais je pense que c'est plutôt le fait de l'allumer ou de l'éteindre qui fait ça, donc il vaut mieux la laissée allumée en permanence). En fait, il suffirait qu'il y ait un effet subtil du genre « les éclairages tamisés donnent une impression psychologique de froid et incitent à augmenter un petit peu le chauffage » (je n'en sais rien, ce n'est qu'un exemple) pour qu'il devienne énergétiquement plus rentable d'éclairer vivement. Et de même, en hiver, il est probablement préférable, dans les locaux chauffés, de laisser les ordinateurs en fonctionnement permanent, parce qu'on ne dépense pas d'énergie en plus à les faire participer au chauffage, en revanche on évite l'usure des disques dus aux arrêts et redémarrages trop fréquents (or, recycler un disque dur, ce n'est pas complètement anodin).

La plupart des gens, quand j'essaie de leur expliquer ce qui précède (non, on est en hiver, ça ne sert à rien d'éteindre les lumières) ont une réaction qui ressemble à ceci : la lumière doit bien produire un peu de chaleur, mais ce n'est pas grand-chose par rapport à cette lumière gâchée. Il faut donc que je leur explique que, non, vraiment, la lumière ne peut pas être gâchée, l'énergie ne peut jamais être détruite, tout ce qui peut lui arriver de pire est de devenir de la chaleur. Si la chaleur produite par une ampoule leur semble faible, c'est simplement que l'énergie consommée par une ampoule est faible, justement, par rapport à celle consommée par un radiateur électrique, qui est phénoménale. Il faut essayer de prendre conscience à quel point faire tourner un radiateur est quelque chose de « thermodynamiquement criminel » : on prend de l'énergie sous forme quasiment totipotente (au sens où on peut en faire à peu près n'importe quoi qu'on puisse faire avec toute autre forme d'énergie) qu'est le courant électrique, et on la transforme purement et simplement en la forme la moins utile possible de l'énergie, la chaleur.

Voici ce que j'aimerais que tout le monde sache de thermodynamique (je suis conscient que c'est irréaliste) :

Micro-cours de thermodynamique pour les nuls

L'énergie[#] est une grandeur fondamentale de la physique. L'énergie ne peut pas être créée ou détruite (c'est la première loi de la thermodynamique), elle peut simplement changer de forme. La chaleur (ou énergie calorique) est conversion sous la forme la plus inutile de l'énergie, car c'est la forme à partir de laquelle il est le plus difficile de la convertir en autre chose (pour des raisons fondamentales qui vont être expliquées plus bas). Pour cette raison, toute dépense d'énergie « dans l'air » a tendance à finir sous forme de chaleur (qui va éventuellement se dissiper).

L'énergie se mesure en joules (symbole : J) et ses multiples (le kilojoule : 1kJ = 1000J ; le mégajoule : 1MJ = 1000000J). Le watt (symbole : W) est une unité de puissance, c'est-à-dire de transfert d'énergie par unité de temps, correspondant à un joule par seconde : par exemple, une ampoule de 100W convertit chaque seconde 100J d'énergie électrique en énergie sous forme soit lumineuse soit calorique. Comme le joule est une unité assez faible, on utilise souvent le watt-heure (symbole : Wh), correspondant à l'énergie transférée par une puissance de 1W pendant 1h, soit 3600J (puisqu'il y a 3600 secondes dans une heure), et, encore plus souvent, le kilowatt-heure (symbole : kWh), qui vaut très logiquement 1000Wh soit 3600000J, ou encore 3.6MJ. Pour donner une idée, les courbes de consommation électrique en France se situent ces jours-ci entre 70GW vers 4h30 du matin et 90GW vers 19h, où 1GW (un gigawatt) vaut un 1000MW, soit un milliard de watts.

Fournir de la chaleur à un corps va (normalement) augmenter sa température. La quantité d'énergie à fournir pour produire une unité d'augmentation de température donnée à un objet s'appelle la capacité calorifique, capacité thermique ou chaleur spécifique de cet objet, et se mesure donc en joules par degré — sauf que les scientifiques disent plutôt, joules par kelvin, symbole J/K, mais c'est la même chose : et comme cette capacité calorifique pour un corps pur est proportionnel à sa masse, on utilise alors les joules par kelvin et par kilogramme. Par exemple, pour augmenter la température d'un litre (=un kilogramme) d'eau liquide de 1 degré (à la pression et la température usuelles), il faut lui apporter environ 4200J = 4.2kJ (cette grandeur porte également le nom de kilocalorie), et pour cette raison on dit que la capacité calorifique de l'eau est de 4200J/K/kg. (En fait, ceci est approximatif, car la capacité calorifique dépend elle-même de la température, mais je cherche à simplifier autant que possible.)

Il existe cependant des situations où fournir de la chaleur en plus n'élève pas la température : ce sont les transitions de phase (de première espèce). Par exemple, de la glace à 0°C (sur le point de commencer à fondre) renferme moins d'énergie que de l'eau liquide à 0°C (qui vient de fondre, ou sur le point de geler), bien qu'elles aient la même température, et de même, de l'eau liquide à 100°C renferme moins d'énergie que de la vapeur d'eau à 100°C : la différence, qui est donc la quantité d'énergie (=de chaleur) qu'il faut apporter à l'eau pour passer de l'état solide à l'état liquide, ou de l'état liquide à l'état gazeux, sans pour autant changer sa température, s'appelle chaleur latente, et se mesure en joules (pour un objet donné), ou en joules par kilogramme (s'il s'agit d'un corps de masse non spécifiée). Par exemple, dans le cas de l'eau à la pression usuelle, la chaleur latente est de 330000J/kg=330kJ/kg pour la fusion (de la glace en eau liquide), et de 2300000J/kg=2300kJ/kg pour la vaporisation (de l'eau liquide à la vapeur d'eau). Ceci signifie, notamment, qu'il faut apporter bien moins de chaleur pour chauffer de l'eau liquide de 0°C à 100°C (quelque chose comme 420kJ/kg) que pour la faire passer à 100°C de l'état liquide à l'état de gaz (2300kJ/kg, je viens de le dire). Concrètement, une plaque de 2000W ne peut pas mettre moins de 2300kJ/2kW = 1100s = 19min pour faire bouillir complètement 1L d'eau.

Pour montrer que les éléments que j'ai donnés permettent déjà de faire quelques petits calculs, voici un petit exemple : on va considérer ce qui se passe si on place 100g de glaçons à 0°C dans 1L d'eau à 30°C (donc 1kg, essentiellement). La chaleur latente de la fonte des glaçons vaut (330kJ/kg) × 0.1kg = 33kJ (c'est l'énergie à apporter pour faire fondre les glaçons) ; or la capacité calorifique de 1kg d'eau vaut 4.2kJ/K/kg × 1kg = 4.2kJ/K : donc faire fondre les glaçons va faire baisser la température de l'eau liquide de 33kJ/(4.2kJ/K) = 8K, c'est-à-dire que cette eau liquide passerait de 30°C à 22°C. Mais évidemment, ensuite, on ne va pas rester avec 100g d'eau liquide à 0°C et 1kg d'eau liquide à 22°C : si le 1kg d'eau chaude fournit l'énergie qu'il libère en baissant de 2° (soit 4.2kJ/K × 2K = 8.4kJ), l'eau froide, dont la capacité calorifique vaut 4.2kJ/K/kg × 0.1kg = 0.42kJ/K, gagne 8.4kJ/(0.42kJ/K) = 20K (c'est logique, il y a dix fois moins d'eau froide que d'eau chaude, donc elle se réchauffe dix fois plus), donc tout le monde se stabilise à 20°C.

Pour mesurer à quel point l'énergie a été « gâchée » sous forme de chaleur, il existe une seconde grandeur très importante : l'entropie. L'entropie, comme l'énergie, ne peut pas être détruite, elle peut circuler d'un endroit à un autre, mais, contrairement à l'énergie, on peut en créer (le processus est alors irréversible, puisque l'entropie créée ne pourra jamais être détruite). L'entropie se mesure en joules par kelvin (symbole : J/K), comme la capacité calorifique, pour une raison que je vais expliquer dans un instant, et bien sûr on peut utiliser le watt par kelvin (W/K) pour une quantité d'entropie transférée ou créée par unité de temps.

La règle permettant de calculer la quantité d'entropie est très simple : un corps qui reçoit de la chaleur reçoit aussi une quantité d'entropie égale à la quantité d'énergie reçue sous forme de chaleur, divisée par sa température absolue (seconde loi de la thermodynamique), la température absolue étant la différence par rapport au zéro absolu, ce qui signifie concrètement qu'il faut ajouter 273 à la température en degrés Celsius pour avoir la température absolue (exprimée en kelvins). Par exemple, si vous faites fondre 1kg de glace, ce qui nécessite de lui apporter 330kJ comme je l'ai expliqué, ce corps à 0°C = 273K (tout au long du processus) va recevoir 330kJ/273K = 1200J/K d'entropie. L'entropie est quelque chose qui est vraiment contenu dans l'état du système : 1kg d'eau liquide contient intrinsèquement 1200J/K d'entropie de plus que 1kg de glace, de même qu'il contient 330kJ d'énergie de plus.

Une des conséquences inévitables de l'existence de l'entropie, c'est qu'il n'est pas possible de récupérer l'énergie de la chaleur vers quelque chose de plus utile sans trouver moyen de mettre l'entropie ailleurs : une machine thermique a besoin d'une source froide pour récupérer de l'entropie en plus de la source chaude qui fournit l'énergie.

Par exemple, si vous voulez récupérer les 2300kJ contenus dans de 1kg de vapeur d'eau (à 100°C) en la condensant en eau liquide (aussi à 100°C), il vous faut trouver un réceptacle pour les 6000J/K (calculés comme 2300kJ/373K car 100°C=373K) d'entropie que la vapeur d'eau contenait et qui ne peuvent pas purement et simplement disparaître. Vous pourriez les mettre, par exemple, dans de la glace en la faisant fondre, puisque l'eau liquide à 0°C contient 1200J/K/kg d'entropie de plus que la glace à 0°C. Mais alors il faut faire fondre environ 5kg de glace pour chaque 1kg de vapeur d'eau condensée (car (6000J/K/kg)/(1200J/K/kg) = 5) : mais, du coup, cette fonte ne se contente pas d'absorber de l'entropie, elle absorbe aussi de l'énergie, quelque chose comme 1700kJ pour faire fondre les 5kg de glace, et sur vos 2300kJ d'énergie libérée par la condensation de 1kg de vapeur d'eau vous ne récupérez que 600kJ (le reste étant véhiculé en même temps que l'entropie). Rendement de l'opération : un peu moins de 30%. Ce que j'ai montré là est un cas particulier[#2] du théorème de Carnot qui prédit le rendement maximal d'une machine thermique (qui essaie de récupérer de l'énergie à partir de la chaleur) en fonction des températures de ses source chaude (ici 100°C = 373K) et froide (ici 0°C = 273K) ; en particulier, plus la différence de température est petite, plus le rendement est mauvais.

Avec ces éléments, je peux comparer, par exemple, un radiateur électrique et une pompe à chaleur. Un radiateur électrique ne fait que convertir de l'énergie en chaleur : un radiateur de 1500W, par exemple, convertit 1500J d'énergie par seconde en chaleur, et s'il sert à chauffer une pièce à 20°C = 293K, il produit donc 1500W/293K = 5W/K d'entropie (soit 5J/K chaque seconde). L'efficacité d'un radiateur est de 100%, mais c'est le minimum possible pour un dispositif chauffant. Une pompe à chaleur qui voudrait apporter 1500W de chaleur (par unité de temps) à la pièce, en revanche, s'arrange pour ne pas produire cette entropie de 5W/K, mais pour en récupérer au moins une partie du dehors (utilisé comme source froide) : une pompe à chaleur idéale, notamment, récupérerait la totalité de l'entropie du dehors. Imaginons que l'extérieur soit à 0°C = 273K. Dans ce cas, en récupérant 5W/K d'entropie (par unité de temps) de cet extérieur[#3] on peut en profiter pour lui prendre aussi (5W/K)×273K = 1400W de chaleur (par unité de temps), et la pompe à chaleur n'a qu'à fournir la différence, soit 100W, d'énergie venant du circuit électrique, pour un rendement pharaonique de 1500% (et qui, cette fois, devient d'autant meilleur que l'extérieur — source froide — est chaud). Bon, ça c'est pour une pompe à chaleur idéale (on n'atteint certainement pas des rendements de 1500% en pratique, même s'il fait 0°C dehors), mais ça donne une idée de pourquoi il est « thermodynamiquement criminel » d'utiliser un radiateur de 1500W quand une pompe à chaleur de 100W devrait en principe suffire.

[#] En fait, quand je dis énergie, généralement je veux dire — et je devrais dire — enthalpie : la différence, qui est essentiellement sans importance dans le cas des solides ou des liquides mais devient très importante pour les gaz, est que l'enthalpie ajoute à l'énergie interne vraiment contenue dans le gaz une quantité qui représente l'énergie récupérable du fait des forces de pression (à la pression considérée).

[#2] J'ai pris l'exemple de transitions de phase pour illustrer mon propos, parce que la température ne change pas : ceci permet d'utiliser simplement la règle que j'ai donnée (juste diviser par la température absolue) pour calculer la quantité d'entropie transférée en même temps que de la chaleur est transférée ; si on veut calculer la même chose pour un corps dont la température change, il faut faire une intégrale (c'est-à-dire, intuitivement, décomposer le transfert de chaleur en une infinité de petits transferts au cours de chacun desquels la température ne varie que de façon infinitésimale).

[#3] Évidemment, les 5W/K d'entropie, et les 1500W, qui sont utilisés pour chauffer la pièce, c'est-à-dire pour la conserver à 20°C, ne restent pas dans celle-ci : si on a besoin d'un radiateur pour conserver la température, c'est bien qu'il y a des fuites de l'autre côté. C'est d'ailleurs intéressant de les analyser du point de vue energétique et entropique : si 1500W fuient vers l'extérieur à 0°C, ce sont 5.5W/K d'entropie qui sont reçus par l'extérieur ; sur ces 5.5W/K, il y en a 5W/K qui viennent de l'intérieur (toujours les mêmes 5W/K qui correspondent à 1500W pour 20°C=293K), et donc 0.5W/K qui sont créés par le mélange de l'air chaud du dedans avec l'air froid du dehors. Quand on chauffe avec un radiateur, les 5W/K étaient aussi créés (par le radiateur) ; tandis que quand on utilise une pompe à chaleur idéale, les 5W/K venaient du dehors (et finissent par y retourner par la fuite), donc seuls 0.5W/K sont vraiment créés. Ainsi, le chauffage par radiateur non seulement consomme 15 fois plus d'énergie que celui par pompe à chaleur idéale, mais en plus il crée 10 fois plus d'entropie que ce qui fuit par l'autre côté, donc il y a au total 11 fois plus d'entropiée créée dans ce cas (la pompe à chaleur idéale, elle, ne crée aucune entropie).

J'ai pris le cas d'un radiateur électrique, pour qu'on puisse clairement comparer les situations (l'énergie utile venant dans tous les cas de la même source), mais évidemment, il n'est pas moins « thermodynamiquement criminel » de faire brûler du fioul (ou n'importe quoi de ce genre) pour faire chauffer une pièce, que de faire tourner un radiateur électrique. Dans le cas de l'électricité, elle vient probablement d'un moteur à chaleur, que ce soit dans une centrale nucléaire ou à charbon, donc il y a quelque chose d'ironique à faire de la chaleur pour faire de l'électricité pour faire de la chaleur… le problème est qu'on ne peut pas transporter directement la chaleur, mais au moins avec une pompe à chaleur à l'autre bout, on rendrait la conversion non ridicule. Dans le cas d'un carburant fossile, on convertir directement de l'énergie chimique en chaleur, il est vrai qu'il est plus difficile d'en faire un usage direct, j'avoue que j'ignore si les hydrocarbures de la masse molaire de ceux qui constituent le fioul domestique ont un réel usage dans l'industrie chimique, mais il y a des problèmes écologiques à les brûler qui sont bien connus par ces temps de conférence de Copenhague qui courent. Et pour revenir à l'électricité, si on est prend le point de vue de l'écologie, il y a aussi la question de la répartition de la consommation dans le temps, bien sûr, puisque la part des différents modes de production change avec le temps : le principal conseil écologique que je donnerais, au lieu d'idioties sur les téléviseurs à mettre en veille, serait : coupez votre chauffage entre 17h30 et 20h, et faites-le tourner à fond entre 3h30 et 5h30 (si votre domicile est assez bien isolé pour retenir la chaleur — sinon, le premier point serait de le faire isoler…).

Un autre aspect concerne le thermostat, et le mécanisme de feedback rétroaction. Même si au niveau individuel ce mécanisme est très faible ou très bruité (par exemple s'il s'agit d'un radiateur non thermostaté automatiquement, et qu'un humain l'actionne manuellement selon son impression de chaud ou de froid), un petit effet de rétroaction existe toujours, et accumulé donc moyenné sur des millions et des millions de foyers il devient forcément sensible. (Je n'ai pas le temps de détailler ce point, et cette entrée est déjà assez longue comme ça, mais là où je veux en venir c'est que même quand il n'y a pas de vrai thermostat sur le radiateur le fait d'allumer une lampe quand on chauffe en hiver ne coûte pas vraiment au niveau consommation électrique.)

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David Madore (david+www[at sign]madore[dot]org)

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