David Madore's WebLog

Vous êtes sur le blog de David Madore, qui, comme le reste de ce site web, parle de tout et de n'importe quoi (surtout de n'importe quoi, en fait), des maths à la moto et ma vie quotidienne, en passant par les langues, la politique, la philo de comptoir, la géographie, et beaucoup de râleries sur le fait que les ordinateurs ne marchent pas, ainsi que d'occasionnels rappels du fait que je préfère les garçons, et des petites fictions volontairement fragmentaires que je publie sous le nom collectif de fragments littéraires gratuits. • Ce blog eut été bilingue à ses débuts (certaines entrées étaient en anglais, d'autres en français, et quelques unes traduites dans les deux langues) ; il est maintenant presque exclusivement en français, mais je ne m'interdis pas d'écrire en anglais à l'occasion. • Pour naviguer, sachez que les entrées sont listées par ordre chronologique inverse (i.e., celle écrite en dernier est en haut). Cette page-ci rassemble les dernières 20 entrées (avec un lien, à la fin, pour les plus anciennes) : il y a aussi un tableau par mois à la fin de cette page, et un index de toutes les entrées. Certaines de mes entrées sont rangées dans une ou plusieurs « catégories » (indiqués à la fin de l'entrée elle-même), mais ce système de rangement n'est pas très cohérent. Le permalien de chaque entrée est dans la date, et il est aussi rappelé avant et après le texte de l'entrée elle-même.

You are on David Madore's blog which, like the rest of this web site, is about everything and anything (mostly anything, really), from math to motorcycling and my daily life, but also languages, politics, amateur(ish) philosophy, geography, lots of ranting about the fact that computers don't work, occasional reminders of the fact that I prefer men, and some voluntarily fragmentary fictions that I publish under the collective name of gratuitous literary fragments. • This blog used to be bilingual at its beginning (some entries were in English, others in French, and a few translated in both languages); it is now almost exclusively in French, but I'm not ruling out writing English blog entries in the future. • To navigate, note that the entries are listed in reverse chronological order (i.e., the latest written is on top). This page lists the 20 latest (with a link, at the end, to older entries): there is also a table of months at the end of this page, and an index of all entries. Some entries are classified into one or more “categories” (indicated at the end of the entry itself), but this organization isn't very coherent. The permalink of each entry is in its date, and it is also reproduced before and after the text of the entry itself.

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(jeudi)

Le poussinet et moi avons déménagé (de deux étages)

J'ai déjà expliqué que mon poussinet et moi avions acheté ensemble un appartement plus grand (au 2e étage) dans l'immeuble que nous occupions déjà (au rez-de-chaussée) et que nous nous demandions comment procéder au déménagement pour qu'il soit aussi peu douloureux que possible, sachant qu'un prêt-relais me permet de garder les deux appartements pendant un certain temps. Finalement, nous avons décidé de procéder de façon « progressive mais avec une étape atomique », c'est-à-dire en gros :

  • dans un premier temps, nous avons fait procéder à quelques travaux, essentiellement la pose d'une pompe à chaleur (qui peut servir de clim en été) pour avoir un chauffage plus économique, et souscrit à un abonnement fibre (chez OVH[#]) ; nous avons aussi fait quelques achats minimaux (comme des chaises Ikea) pour le nouvel appartement ;
  • dans une deuxième phase, nous avons transporté autant que possible ce qui n'était pas quotidiennement utile et qui pouvait être bougé sans besoin de meuble de rangement supplémentaire à l'arrivée : d'abord, tous les livres (puisque le nouvel appartement venait avec pas mal de rayonnages de bibliothèque fixés aux murs) et pas mal de vêtements, puis la paperasse et beaucoup de matériel informatique pas vraiment utile ainsi que des ustensiles de cuisine, le tout à grands renforts de bacs de rangement en plastique ; puis nous avons monté quelques étagères une fois que leur contenu avait déjà disparu, histoire qu'elles puissent servir à ranger autre chose ;
  • puis vient l'étape que je qualifie d'atomique parce qu'elle concerne les choses qui, selon moi, ne peuvent pas vraiment être séparées : nos lits, l'équipement essentiel de la cuisine (frigos, micro-onde, vaisselle de base), nos ordinateurs et les bureaux les supportant, quelques tables, et le nécessaire de toilette en gros équivalent à ce que nous emportons en voyage (nous avons aussi monté la télé pendant cette phase, même si ce n'était pas initialement prévu, parce que nous aimons bien regarder la TNT en dînant) ;
  • enfin, nous comptons monter des choses au fur et à mesure que nous nous rendons compte qu'elles sont utiles, et finalement trier tout le reste.

[#] Je ne souhaite pas particulièrement faire la pub d'OVH ici, dont je ne suis pas terriblement content et qui est vraiment cher, mais il semble que (excepté peut-être FDN mais je crois comprendre que nous n'étions pas éligible) c'est le seul opérateur fibre à Paris, ouvert aux particuliers, qui offre des choses qui me semblent être des exigences minimales de qualité (par exemple un bloc IPv6 fixe natif, en l'occurrence un /56 même si j'aurais préféré un /48, et la possibilité d'utiliser son propre routeur) et qui sont considérées comme des demandes de « pros » (je hais cet euphémisme ridicule). J'ai tellement entendu d'histoires d'horreurs sur Orange, SFR et Free que ce n'était vraiment pas question d'aller chez eux.

C'est l'étape « atomique » que nous avons faite hier (et qui nous a pris essentiellement toute la journée) : il reste encore beaucoup de choses dans l'ancien appartement (la machine à laver le linge, un bureau à moi, mon équipement moto, beaucoup d'affaires de toilette ou de ménage…), mais désormais nous habitons au deuxième étage avec les peluches, et nous y avons passé notre première nuit.

J'ai passé énormément de temps à faire fonctionner la connexion fibre (nous savions déjà qu'elle fonctionnait avec un « modem-routeur » fourni par l'hébergeur, mais nous voulions nous en passer pour avoir une configuration aussi proche que possible de ce que nous avions deux étages plus bas, à la renumérotation IP près), mais je ne vais pas m'appesantir là-dessus : disons juste si ça peut servir à quelqu'un que, pour le FTTH chez OVH en collecte Kosc, le PPPoE se fait directement sur le trunk Ethernet et pas, comme chez Orange, sur un VLAN (835) ; et pour pouvoir faire passer IPv6, il faut non seulement activer IPv6 depuis l'interface Web d'OVH mais aussi faire une requête DHCPv6 de délégation de préfixe sur l'interface PPP (ce n'était pas évident). Si vous ne savez pas ce que tous ces acronymes (PPPoE, VLAN et DHCP notamment) veulent dire, ce message n'est sans doute pas fait pour vous. 😁

J'ai aussi passé énormément de temps à simplement décâbler et recâbler les ordinateurs, d'ailleurs. J'espérais que le déménagement m'aiderait à réduire un peu le chaos de l'enchevêtrement de câbles et d'alimentations qui constitue notre installation informatique, mais visiblement, c'est raté : ça semble impossible de relier et d'alimenter trois gadgets sans que ce soit déjà le bordel. (Et une mention spéciale au passage pour les alims tellement larges que quand on les branche, les deux prises adjacentes de la multiprise deviennent inutilisables.)

Au-delà des câbles et des ordinateurs, l'idée que le déménagement nous aiderait à vivre dans un espace un peu mieux rangé est plutôt illusoire. À la limite, c'est même le contraire qui se produit : il est tellement fastidieux de bouger les choses et de décider où les mettre qu'on finit par les mettre au premier endroit venu, et l'organisation est bien pire à l'arrivée qu'au départ.

Tous ceux à qui nous avons parlé de ce déménagement (de ma maman et ma belle-maman jusqu'à l'employée du supermarché voisin à qui nous faisons régulièrement la causette, en passant par beaucoup de nos amis) nous ont félicités et promis que nous serions bien. Ça part évidemment d'un bon sentiment, mais je trouve cette injonction au bonheur un poil stressante, et peut-être d'autant plus stressante que c'est littéralement un problème de riche de dire en fait, non : on a l'impression d'être un ingrat qui ne mesure pas la joie qu'il devrait ressentir.

Le fait est que ce nouvel appartement, sans compter la baisse de niveau de vie qu'il m'aura coûté, pour l'instant, j'en vois surtout les inconvénients. C'est sans doute normal : pas loin de vingt ans d'occupation de mon appartement au rez-de-chaussée m'ont habitué à celui-ci (y compris à ses défauts) et tout changement ne peut être qu'un changement pour le pire. C'est le même phénomène qui fait que quand on change quelque chose dans un service public, disons par exemple un réseau de bus ou des horaires de train, on fait immédiatement plein de mécontents parce que leur utilisation routinière est perturbée, alors que les gens qui profiteront du changement n'apparaîtront qu'au fil du temps quand ils découvrent qu'il y a quelque chose de commode pour eux dans le nouveau système. Peut-être qu'il y a des choses qui seront mieux dans ce nouvel appartement, mais pour l'instant je ne les vois pas[#2], je vois surtout la salle de bain minuscule, le découpage des pièces mal fait, l'aération qui marche très mal, le temps rallongé si je me rends compte que j'ai oublié quelque chose en sortant, les interrupteurs insupportablement mal disposés, etc. Étant habitué à un appartement où je pouvais me balader à poil autant que je voulais parce qu'il n'y avait personne qui pût me voir, je me sens comme dans un panopticon et ça gâche tout plaisir qu'il pouvait y avoir à recevoir un peu plus de lumière du jour. On devrait avoir plus de place pour ranger les choses, mais en fait ce n'est pas vrai à cause de l'immense salon qui ne peut pas vraiment servir d'espace de stockage, et il y a déjà quantité de choses que je ne sais pas du tout où mettre.

[#2] Il y a deux choses qui pourraient passer pour des avantages (avantages très modérés eu égard au coût pour y arriver), c'est un bureau mieux rangé et une connexion Internet avec un meilleur débit (encore que même là il y a eu des choses sacrifiées, comme une adresse IPv6 mémorable ce que, franchement, j'estime peut-être plus important que le débit). Mais ces choses auraient pu être acquises sans changer d'appartement, donc ça ne compte pas.

En fait, je suis mentalement dans le même mode que quand j'occupe une chambre d'hôtel : je cherche mes marques, je prends énormément de temps à faire quoi que ce soit parce que toutes mes petites habitudes ont volé en éclat (du coup je me demande comment faire les choses les plus simples : je ne sais pas où poser ma serviette avant de prendre ma douche et après, par exemple), et j'ai vite hâte de revenir chez moi… sauf que là je suis chez moi et qu'il va falloir que je m'y fasse.

(Un signe que je ne me sens pas chez moi, c'est qu'instinctivement je garde mon portefeuille, mes clés et mon téléphone dans mes poches, comme je le fais tant que je suis dehors, alors que dans l'appartement que j'avais au rez-de-chaussée, la première chose que je faisais en rentrant était de les poser ; mais maintenant, je ne sais même pas où les poser.)

Bref, je suis très attaché à mes habitudes. Ce n'est pas que je sois hostile au changement (après tout, j'ai bien quitté ma chambre chez mes parents pour m'installer à Paris ; et plus récemment, le poussinet et moi avons fait un bon nombre de changements dans nos habitudes, par exemple celui d'utiliser nos week-ends pour nous balader en forêt date de 2018 et c'est un changement que j'ai accueilli avec plaisir) ; mais je déteste profondément le fait que le changement me soit imposé par l'extérieur au lieu que je puisse y procéder à mon rythme. Or là, pour le déménagement, il était difficile d'éviter une étape « atomique » comme je l'ai dit plus haut (alors que pour déménager de chez mes parents vers Paris, j'avais tout acheté en double et j'étais passé par une très longue phase où je dormais de plus en plus souvent à Paris si bien que j'avais véritablement deux « chez moi »).

Mais ce n'est pas tout : il y a aussi une forme d'attachement affectif à mon ancien appartement… pas à l'appartement lui-même, mais à tous les souvenirs qui sont attachés à ses murs, des souvenirs des moments heureux que j'y ai vécus. (Mon appartement fait un peu partie de moi comme l'explique très justement ce texte : il est normal que remplacer une partie de moi ne soit pas quelque chose d'anodin.) J'ai quitté mon bureau parisien (où je travaillais depuis 2010) avec une grosse boule dans le ventre, il n'est pas surprenant que je ressente quelque chose d'analogue vis-à-vis d'un lieu où j'ai passé encore beaucoup plus de temps. Quand je retourne pour chercher quelques affaires dans cet appartement qui ressemble maintenant plutôt à un chantier laissé après un cambriolage, j'ai une sensation qui s'apparente à celle qu'on éprouve lors de la disparition d'un être cher : celle de souvenirs qui se perdent, noyés comme des larmes dans la pluie.

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(lundi)

Je range ma paperasse, et je me demande comment la trier

Méta / contexte : Je suis encore plus inhabituellement débordé en ce moment que d'habitude, surtout que j'ai bêtement utilisé les vacances de fin d'année pour essayer (sans grand succès) de me reposer plutôt que d'évacuer des choses que je devrais faire, qui me sont ensuite retombées dessus avec une certaine violence ; et j'ai mis de côté un certain nombre de choses que je voulais faire ou écrire sur ce blog (par exemple, même si j'aurais plein de choses à répondre aux commentaires, parfois intéressants, faits sur l'entrée précédente, et je le ferai peut-être un jour, je n'ai vraiment pas le temps en ce moment) ; c'est aussi là un intérêt de Twitter qu'il est souvent plus facile de trouver quelques secondes dans une file d'attente pour écrire 280 caractères que ce qu'il me faut pour pondre des pages sur ce blog. Cette entrée-ci, qui évoque un sujet de débordement en ce moment, a commencé comme une série de tweets, donc je me suis dit qu'elle devenait vraiment trop longue, donc je la convertit en entrée de blog, mais le style s'en ressent peut-être du coup.

Dans la perspective d'un déménagement imminent, j'ai trié ou retrié, pour les ranger correctement, des années de courrier, de documents et de paperasse (personnels et administratifs).

Globalement, ma méthode de tri est : une chemise par dossier (interlocuteur / sujet), et par ordre chronologique inverse au sein de la chemise. J'ai, par exemple, un dossier boulot, un dossier impôts, un dossier banque, un dossier médical, etc., et chacun est rangé chronologiquement en commençant par ce qui est le plus récent. L'intérêt est que c'est assez efficace à ranger, il suffit d'ouvrir la bonne chemise et de mettre tout en haut, et que ce n'est pas trop pénible pour retrouver les papiers ensuite. Mais si l'idée générale est bonne (je crois), il y a plein de détails douteux qui rendent malheureux le maniaque que je suis des typologies précises, et qui concrètement font que les papiers restent difficiles à retrouver même si on les a « bien » rangés.

Par exemple, dans un même dossier, j'ai souvent des documents avec une date bien précise (factures, relevés…) et d'autres ayant une validité très longue voire indéterminée (contrats, par exemple). Classer les deux ensemble pose problème pour retrouver les seconds : mettre mon contrat de travail à la date où il a été signé n'est pas forcément idéal s'il s'agit de pouvoir le retrouver facilement. Mais sinon, où ? Tout au début ? Tout à la fin ? Dans une chemise différente de celle où je mets mes bulletins de salaire ? Faire un dossier contrats semble tentant, mais c'est bizarre de ranger les contrats séparément sous prétexte que ce sont des contrats (d'autant qu'ils sont d'importance très inégale). Ou seulement un dossier contrats en cours et ensuite je classe à la date chronologique de (fin ? début ?) de contrat ? Est-ce que je range l'acte d'achat de l'appartement avec tous les documents relatifs aux prêts bancaires pour l'acheter ? Où est-ce que je mets le PACS conclu avec le poussinet ? Et bien sûr, la frontière entre les documents « ponctuels » et les documents « longue durée » n'est pas du tout nette. Ne parlons pas, d'ailleurs, de ce qui n'est pas daté (il y avait sans doute une date sur l'enveloppe, mais je n'ai pas gardé l'enveloppe) mais qui périme peut-être quand même un jour.

La manière de regrouper selon les interlocuteurs / dossiers pose aussi plein de problèmes dans les cas limites (est-ce que je fais un dossier retraite séparé du dossier boulot ? mais ça se recoupe beaucoup). J'ai un dossier banque, mais peut-être devrais-je avoir un dossier séparé pour chaque banque chez laquelle j'ai (ou ai eu) un compte, surtout que la banque la moins importante m'a le plus noyé sous les papiers. J'ai un dossier moto avec tout ce qui concerne l'achat, l'entretien, l'immatriculation du véhicule… mais l'assurance passe par la MAIF et est donc rangée avec l'assurance habitation. Aussi, est-ce que j'y mets aussi ce qui se rapporte à mon permis ? mes souvenirs d'auto-école ? En parallèle de mon boulot à Télécom, j'ai fait passer des concours des ENS pendant quelques années (2007–2010) : Est-ce que je range ces bulletins de salaire-là avec les autres juste par ordre chronologique ? ou est-ce que je fais un dossier séparé ?

Il y a des dossiers clos (comme le dossier thèse ou candidatures MdC 2006–2007 ou encore les cinglés qui ont imaginé que j'avais une dette envers eux — peut-être parce qu'on leur a donné un faux nom — et m'ont envoyé une société de recouvrement de créances) et d'autres qui ne le seront pas tant que je suis en vie (médical, impôts, courrier personnel) : j'ai tendance à diviser ces derniers par tranches chronologiques, mais ce n'est peut-être pas idéal. Est-ce qu'il vaut mieux faire un gros dossier médical ou est-ce que je subdivise par spécialité médicale ? (Si je cherche un examen ancien, ce n'est pas évident de retrouver par date, même si grâce au journal que je tiens, je dois pouvoir.)

En plus des documents qui me concernent nominativement, il y a des documents et livrets d'information (guide de tarifs bancaires, notices, ce genre de choses) : faut-il les ranger avec ? À la date où je les ai reçus ? Et les anciennes cartes de membre de quelque chose ? Aussi, j'ai pas mal de choses que je garde comme souvenirs personnels : la limite entre les documents administratifs et les documents personnels n'est pas toujours claire, et ça devient encore plus problématique pour le classement.

Il est souvent clair si un document me concerne moi ou concerne mon poussinet, mais pas toujours (dans le cas d'un achat ou contrat commun dont nous nous serions occupés de façon jointe et dont nous n'aurions qu'une copie), et de nouveau, ceci pose des problèmes de rangement, surtout que parfois, pour un même dossier, il peut avoir conservé certaines pièces et moi d'autres sans que ce soit toujours clair qui a qui ou selon quelle logique.

Et puis il y a des documents encore plus spéciaux, si j'ose dire. J'ai écrit un testament, par exemple, ainsi que des instructions à ouvrir s'il m'arrive un accident grave : par définition, ce n'est pas seulement moi qui vais devoir retrouver ces documents le cas échéant (même si je peux avoir à les retrouver por les détruire, réécrire, modifier, amender ou relire). Il se pourrait qu'il y ait plusieurs documents, possiblement de nature proche, que des amis m'ont demandé de conserver sous forme scellée et dont je ne connaîtrais pas le contenu ; et éventuellement avec des consignes (par exemple de discrétion) un peu contradictoires avec le rangement. Il se pourrait qu'il y ait des documents de nature stéganographique.

Informatiquement, ce que je ferais dans beaucoup de cas douteux, ce sont des liens symboliques (permettant au même fichier d'apparaître à plusieurs endroits où on pourrait avoir envie de le chercher), mais quand il s'agit de vrais documents papier, ce n'est pas évident ! (Je pourrais insérer un papier ad hoc disant le papier machin reçu à la date truc est rangé dans le dossier bidule, mais ce serait vite extrêmement fastidieux d'écrire ces papiers-liens, et plus encore de maintenir la cohérence.) Quant à tout numériser, c'est l'idéal, mais vu le temps que ça me prend de scanner une page, j'en aurais pour bien plus d'heures que je ne veux y consacrer. Je ne parle pas, d'ailleurs, du problème de s'y retrouver dans des archives qui sont moitié papier et moitié informatisés (par exemple, les arrêtés de détachement pris par le ministère de l'Éducation nationale pour me détacher à Télécom Paris me sont aléatoirement fournis sous forme papier — auquel cas je les scanne mais je garde quand même la version papier — ou sous forme scannée — que je n'imprime pas forcément).

Au-delà de ces problèmes si j'ose dire « logiques », dans le rangement, il y a aussi des problèmes « physiques ». J'utilise de simples chemises papier sans rabats (parce que les rabats à ouvrir et fermer à chaque nouveau papier étaient un facteur non négligeable dans ma flemme à ranger mes papiers ; mais aussi parce que les chemises à rabats supportent beaucoup moins bien que les bêtes papiers pliés qu'on les remplisse au-delà de leur capacité nominale ; et par ailleurs, les élastiques des chemises à rabats supportent assez mal le vieillissement). Mais le problème se pose de savoir quoi faire de ce qui n'a pas le format A4 réglementaire, soit que ce soit trop grand (ça ne rentre pas dans la chemise) soit que ce soit trop petit (ça rentre, mais ça tombe et se déclasse dès qu'on manipule les choses). Je n'ai pas trouvé, notamment, comment stocker les cartes postales, souvent jolies, que nous avons reçues d'un peu partout à l'époque où le poussinet en envoyait à plein d'amis dès qu'il bougeait quelque part (et de fait, quand on en envoie, les gens rendent la pareille) : elles ont des formats très différents, ne tiennent pas dans une pochette ni avec ni sans rabats, il faut sans doute que je trouve une boîte de la bonne taille.

Une fois les papiers rangés (plus ou moins logiquement) dans des chemises colorées (j'ai abandonné toute tentative d'avoir une logique au choix des couleurs), il faut ranger les chemises. Dans mon ancien appartement, j'utilisais des chemises à rabats et je me contentais de les empiler sur mon bureau ; problème : pour insérer quelque chose dans une chemise, il faut l'extraire de la pile, qui commence rapidement à ressembler à une tour de Pise. Cette fois, j'ai décidé d'utiliser des boîtes de rangement en plastique de 34cm × 23cm × 14cm (mon Carrefour local en vend un lot de 10 pour environ 15€, j'ai dévalisé leur stock) avec l'idée qu'il est sans doute plus simple d'empiler les chemises dans les boîtes et les boîtes sur les étagères ; mais c'est difficile de trouver une logique mémorisable pour quelle chemise va dans quelle boîte et qui garantit un remplissage raisonnable des boîtes. Je ne suis pas du tout convaincu, en revanche, par les cartons à papiers (qui pourraient remplacer les boîtes), ils sont trop pénibles à ouvrir ou fermer, et surtout, ils sont prévus pour un rangement vertical du papier qui me semble décidément moins pratique qu'un rangement horizontal (par exemple, la position verticale fait que le papier se déforme s'il n'y en a pas juste la bonne quantité dans le carton, les cartons ont tendance à tomber dès qu'on en prend un, bref, je ne suis pas fan).

Au final, j'ai fait… quelque chose. Qu'on pourrait temporairement qualifier de raisonnablement bien rangé, mais dont je sais pertinemment qu'en quelques mois ce sera de nouveau le chaos.

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(vendredi)

Coda à l'entrée précédente : réaction à un commentaire

Cette entrée fait suite à la précédente où j'argumente que l'évaluation de la recherche, ou en tout cas la manière bureaucratique et déshumanisante dont cette évaluation est menée, est contre-productive aux buts qu'elle affiche elle-même. Il y a beaucoup de choses que j'aurais pu dire encore, sur le manque de moyens, sur les mécanismes d'attribution du peu de moyens qu'il y a, sur le manque de postes, sur les mécanismes de recrutement du peu de postes qu'il y a et la précarisation des jeunes chercheurs, sur la tenure track américaine, etc., mais je ne veux pas trop m'éterniser sur un sujet déjà pénible à évoquer, et il y a des gens qui le font mieux que moi, cf. par exemple ce fil Twitter sur la compétition et l'attrition ou celui-ci sur la précarisation. Mais il y a un commentaire qui a été posté sur l'entrée précédente qui appelle un certain nombre de réactions :

Il est aveuglant de clarté que vos pontifications grandiloquentes proviennent de vos propres lacunes: vous ne faites pas de recherche, n'en avez fait que peu et de qualité disons poliment: moyenne, et n'en ferez probablement plus.

Quoi d'étonnant alors que, sous couvert de nobles et grandioses principes généraux, vous soyez aussi opposé à toute évaluation de la recherche, dans un billet dont le ressort essentiel est l'invective?

— (Commentaire signé Luc et daté )

C'est intéressant déjà parce que si on voulait illustrer le concept d'attaque ad hominem (attaquer la personne qui soutient une opinion plutôt qu'attaquer l'argumentaire qui la porte), on pourrait difficilement faire mieux. (Il est d'ailleurs assez pétillant d'ironie de m'accuser d'avoir recours à l'invective dans un commentaire relevant de ce procédé ! OK, j'ai qualifié les remarques d'Antoine Petit de trolls, mais c'était justement pour ne pas accuser leur auteur de bêtise, et surtout, j'ai pris le soin d'y répondre assez longuement sur le fond.) Je ne sais d'ailleurs pas trop quoi faire de ce genre de commentaires : normalement, la modération que je pratique vise plutôt à effacer ce qui est hors sujet que les commentaires qui expriment un désaccord ou même me font des reproches (cf. par exemple des choses qui ont été écrites à propos de mon permis de conduire) ; heureusement, je suis rarement confronté à ce genre de dilemmes parce que j'ai la chance d'avoir des lecteurs qui, globalement, savent lire et écrire et surtout, réfléchir. Mais là, j'ai publié pour m'en servir comme exemple d'un certain nombre de choses que je veux dire.

Je ne sais rien sur l'auteur du commentaire en question, qui n'a pas eu l'élégance de me laisser un moyen de le contacter (fût-il lui-même anonyme), mais mon but ici n'est pas d'analyser la manière dont l'anonymat sur Internet favorise ou révèle la méchanceté. Il est tout à fait possible qu'il s'agisse d'un autre chercheur, peut-être d'un autre mathématicien, tant il est vrai que les chercheurs en général, et les matheux en particulier, ne sont pas toujours tendres envers les autres : même s'il faut certainement y voir pour bonne part une vérité incontournable sur la nature humaine, je pense que l'ambiance de compétition forcée dans la recherche plutôt que de coopération que je dénonce y est aussi pour beaucoup.

C'est sans doute une forme de syndrome de Stockholm qui fait que les chercheurs eux-mêmes viennent à s'emparer des moyens d'évaluation qui leur sont imposés, à les internaliser, et à se juger les uns les autres, ou à se juger eux-mêmes, selon ces moyens : grade académique, nombre de publications, récompenses et autres décorations, etc. Peut-être plus que l'évaluation externe, c'est cette internalisation de l'évaluation qui rend le procédé détestable et anxiogène. Ce qui ne veut pas dire que telle ou telle métrique est dénuée de signification statistique, mais nous devrions être scientifiquement assez perspicaces pour comprendre qu'une vérité statistique n'est que statistique et que la racine de toutes les injustices vient de l'application à des individus de vérités qui ne sont que statistiques.

Je pourrais donner quantités d'exemples d'absurdités, mais je me contenterai d'un seul, que je crois assez représentatif des jugements hâtifs qu'on peut faire sur la base de tels indicateurs, et comme la personne en question est décédée il n'est pas mal que quelqu'un parle pour lui[#]. Il s'agit de François Courtès, chercheur au CNRS en poste à Poitiers (spécialisé en représentations des groupes réductifs et correspondance de Langlands locale), qui continuait à fréquenter régulièrement l'ENS, sa bibliothèque et sa cour « aux Ernests » entre le moment où il y est entré comme élève (en 1988) et sa mort : il y était connu sous le surnom de TMOY et faisait partie du folklore local à divers titres (en plus de sa passion pour le Rubik's cube). Même parmi ceux qui trouvaient TMOY sympathique, et parmi certains membres du département de maths de l'ENS pendant que j'y étais, la rumeur courait qu'il ne faisait plus du tout de (recherche en) maths, rumeur sans doute basée sur le fait qu'il était plus souvent à Paris qu'à Poitiers (il ne faut pas faire les choses à Poitiers aimait-il plaisanter, mais je crois qu'il a sincèrement eu du mal à s'ajuster à cette affectation où il n'avait pas d'attache) et plus encore sur le fait que sa liste de publication, jusque vers 2006, se limitait au contenu de sa thèse (soutenue en 1996). Pourtant, il suffisait de jeter un œil sur ce que François écrivait en bibliothèque et en cour aux Ernests pour s'apercevoir qu'il travaillait, il suffisait de lui poser des questions sur les groupes réductifs pour se rendre compte qu'il réfléchissait sur le sujet (à titre personnel, il m'a d'ailleurs prodigué des explications assez éclairantes sur la notion de tore et de groupe quasi-déployé), et il suffisait de discuter avec ses collègues poitevins pour apprendre que sa présence dans la Vienne n'était pas fantomatique mais qu'il en a aidé plus d'un en échangeant des idées avec eux. Si ses publications ont connu un « trou » important et n'ont pas été très nombreuses même après (ce qui ne signifie pas qu'elles n'étaient pas significatives !), ce n'est ni la passion ni le travail ni les compétences qui lui manquaient : simplement, François ne rentrait pas bien dans le moule selon lequel on évalue les chercheurs, et sa carrière a été coupée abruptement par un accident fatal en 2016, laissant dans l'ombre ce qu'il pouvait avoir prévu de publier plus tard. Comme il était modeste et compartimentait sa vie entre différents groupes de connaissances, il n'était pas forcément facile de se rendre compte de son travail : c'est lors de ses funérailles, en discutant avec les membres du laboratoire de Poitiers qui étaient venus y assister, que j'ai pu prendre conscience que ses idées mathématiques avaient irrigué plus que les publications qu'il avait signées. Il n'était pas une star et n'aspirait pas à en devenir une, mais un chercheur honnête et sérieux plus intéressé par les maths que par les jugements qu'on pouvait porter sur lui. (Je renvoie à cette petite nécrologie à son sujet ; Cédric Villani avait aussi écrit un petit hommage plutôt touchant.)

[#] Il est bien sûr toujours délicat de parler pour un défunt : pour éviter tout malentendu, qu'il soit bien clair que je parle de lui et pour lui mais pas en son nom, et je ne prétends pas refléter ici d'autre opinion que la mienne. Je ne peux même pas dire avoir connu TMOY si bien que ça (qui eût pu le dire ? il était très réservé), et nous avions parfois eu des engueulades monumentales donc je ne partageais certainement pas son avis sur tout. Le hasard a simplement fait que j'ai dîné avec lui peu de temps avant sa mort et que j'étais un des rares anciens normaliens à pouvoir me déplacer pour ses obsèques, et je crois avoir un peu mieux compris ce personnage complexe à l'une et l'autre de ces occasions. Pour raconter une autre petite anecdote à son sujet, j'avais dirigé une blague potache en janvier 2006 en posant sur un des nouveaux amphithéâtres de l'ENS (qui n'avait pas de nom, et je ne sais pas s'il en a encore maintenant) une plaque amphithéâtre François Courtès en l'honneur de ce personnage incontournable de la maison : la blague, assurément un peu conne, n'avait pas beaucoup plu à l'intéressé et encore moins aux services logistiques de l'ENS, donc la plaque a disparu rapidement ; mais après la disparition de TMOY, il a été décidé sur l'impulsion d'une amie commune d'évoquer son souvenir par une petite plaque beaucoup plus discrète posée à l'endroit où il avait l'habitude de travailler en cour aux Ernests — pas un amphi mais un banc en rebord de fenêtre — et nous espérons que ce rappel modeste convient mieux à la mémoire de quelqu'un qui l'était (modeste).

Je ne veux pas m'appesantir, parce que je me méfie des autocritiques, sur mon cas personnel, qui est différent de celui que je viens d'évoquer (il n'y a pas deux chercheurs ayant la même approche de leur discipline) même s'il s'en rapproche sans doute par certains points. Mais puisque je suis visé par le commentaire que j'ai cité, il faut peut-être que je dise quand même quelque chose de mes idiosyncrasies, qui ne surprendront sans doute pas les lecteurs réguliers de ce blog : le fait que j'aie du mal à finir ce que je commence, par exemple, est difficile à nier, et mes cartons sont autant pleins de résultats mathématiques partiels, manquant de contexte, ou difficiles à motiver, que d'entrées de blog inachevées, mais il faut noter que je peux revenir parfois très longtemps plus tard sur ce que j'ai laissé de côté ; je m'éparpille : le fait que je m'intéresse à tout et n'importe quoi est aussi vrai au sein des mathématiques et pose véritablement problème dans un système qui encourage plutôt[#2] à la spécialisation et même à l'hyper-spécialisation ; et il est certainement vrai que je suis plus doué pour attaquer une question ciblée, ou en contraire pour en poser, que pour aborder un problème général avec ténacité et opiniâtreté ; comme il est vrai que j'ai tendance à redécouvrir des choses déjà connues (par malchance, bien sûr, mais cette malchance est certainement amplifiée mon éclectisme et la manière dont je sélectionne les problèmes ; j'avais raconté un cas ici). Enfin, sur un plan plus pratique, il y a l'aspect que je déteste voyager.

[#2] Comment est-on censé constituer et réunir un jury d'habilitation, notamment, quand on travaille dans trop de directions différentes, par exemple, ce n'est pas clair.

On peut bien sûr me dire (et c'est ce que ferait certainement le Luc de mon commentaire) tout ça, c'est ton problème, c'est à toi de d'adapter au monde et pas le contraire : si tu ne sais pas faire avec les contraintes, c'est que tu es un mauvais chercheur ; mais j'ai pourtant dans l'idée que la recherche en général bénéficie surtout d'une multitude d'approches (des gens qui se spécialisent dans un micro-domaine et des gens qui papillonnent ; des gens qui cherchent des questions et des gens qui cherchent à les résoudre ; des gens qui résolvent des problèmes et des gens qui les synthétisent ; des gens qui regardent les choses de façon top-down et d'autres de façon bottom-up ; et ainsi de suite).

Pour évoquer ne serait-ce qu'un seul cas concret, ce papier (qui rentre dans la catégorie sur le feu depuis longtemps) résulte d'une question sur le nombre chromatique du diagramme de Voronoï de réseaux euclidiens (née elle-même d'une tentative de vulgarisation) que j'ai soumise à des spécialistes de géométrie combinatoire et apparemment personne n'avait jamais considéré cette problématique : nous avons pu y travailler ensemble, et je pense que c'est bien parce que j'avais un regard extérieur et « éclectique » que la collaboration a été féconde : au-delà de la question elle-même, ce point de vue a été l'occasion de faire un lien assez inattendu avec un résultat de Serre sur le minimum du caractère de la représentation adjointe d'un groupe de Lie compact (et de demander à Serre de m'expliquer ce résultat et l'autorisation d'en publier la preuve !, comme quoi j'aurai au moins servi à ce qu'elle soit écrite quelque part) ; et la question (et notre papier) soulève elle-même d'autres problèmes intéressants justement par leur éclectisme :

  • Peut-on donner une valeur précise (en fonction de d) du nombre chromatique maximal du diagramme de Voronoï d'un réseau euclidien dans ℝd ? (Cf. le théorème 4.4 de notre texte et la discussion autour.)
  • Le problème suivant est-il décidable ? Donné un groupe abélien libre de type fini (enfin, ℤd, quoi), et un ensemble fini symétrique d'éléments non nuls qui l'engendre, calculer le nombre chromatique du graphe de Cayley de ce groupe pour cet ensemble de générateurs. Notamment (ce qui impliquerait une réponse positive à la décidabilité) : le nombre chromatique est-il forcément atteint pour un coloriage périodique ? (Cf. aussi cette question.)
  • Si Λ⊆ℝ24 désigne le réseau de Leech, identifié à son dual {x∈ℝ24 : ∀vΛ(v·x∈ℤ)}, et si f désigne la fonction (Λ-périodique) qui est la transformée de Fourier de la première couche Λ₂ := {vΛ : ‖v‖²=4} de Λ (de cardinal 196 560) de Λ, c'est-à-dire f(x) := ∑vΛ (exp(2iπv·x)), quel est le minimum de f, et où est-il atteint (je suppose en un trou de Λ) ? (Le maximum, bien sûr, vaut 196 560 et est atteint en 0.)
  • Sous quelle condition les valeurs critiques d'un caractère irréductible d'un groupe de Lie réel compact sont-elles toutes rationnelles ? Peut-on donner une démonstration uniforme et non calculatoire du fait que c'est vrai pour le caractère de la représentation adjointe ?

(N'hésitez pas à me contacter si vous connaissez une réponse — ou si vous trouvez un de ces problèmes intéressant et que vous voulez en discuter !)

Une des raisons pour lesquelles l'éclectisme pose problème, c'est que je ne connais pas forcément les personnes à aborder dans tous les domaines qui m'intéressent, et que je ne sais pas forcément bien débroussailler les questions (la collaboration dont je viens de parler a fonctionné parce que je connais bien Mathieu Dutour-Sikirić, mais c'est un peu un accident). C'est à ce titre que je pense qu'il y aurait énormément à tirer des technologies nouvelles pour créer des réseaux sociaux dédiés à la coopération scientifique (et mathématique en particulier) en dépassant le modèle unique « on se rencontre dans une conférence » (qui a son intérêt, je ne le nie pas, mais n'est pas le seul possible). J'estime que le site MathOverflow est extrêmement précieux dans ce sens, mais qu'il y a beaucoup d'autres choses encore faisables.

Parlant de MathOverflow (qui a un intérêt non seulement pour répondre à des questions, mais aussi pour se faire, par la négative, une idée de si une question est déjà bien connue, ou facile), j'ai posé pas mal de questions et apporté pas mal de réponses sur ce site, qui sont assez représentatives de la variété de mes centres d'intérêt[#3]. Est-ce une activité de recherche ? Je ne sais pas, mais c'est au moins une activité qui (comme, par exemple, le fait d'écrire des rapports sur des publications ou sur des thèses) rend service à d'autres services et qui n'est pas du tout « évaluée » positivement. (Pour que ce soit bien clair, je ne propose certainement pas d'utiliser le score sur MathOverflow dans les évaluations des matheux (l'idée me semble digne qu'on en rie, mais je me rappelle avoir vu quelqu'un proposer ça sérieusement), pas plus que je ne propose d'utiliser n'importe quel autre mécanisme d'évaluation donné : ce score est amusant en tant qu'imaginary Internet points à collectionner, mais il ne signifie rien ; en revanche, il ne faut pas trop s'imaginer que les autres bibliométriques valent tellement mieux que lui, et un monde dans lequel on reprocherait aux chercheurs en maths de ne pas avoir fait assez de contributions sur MathOverflow serait à peine plus absurde que le monde dans lequel l'évaluation est faite telle qu'elle est faite aujourd'hui.)

[#3] Mais si on croit Luc et que je ne fais plus de recherche, c'est sans doute une façon sophistiquée de faire semblant, n'est-ce pas ? Et même pas particulièrement maligne puisque personne ne va en tenir compte dans mes évaluations. <U+1F644 FACE WITH ROLLING EYES>

Mais j'en viens à un autre aspect du commentaire de Luc qui mérite une certaine attention, c'est la culpabilisation : je ne sais pas dans quelle mesure son commentaire était « seulement » une attaque ad hominem sur ce que j'écrivais ou doit aussi se comprendre comme un reproche, mais il y a clairement l'idée que non seulement je ne ferais plus de recherche mais, de plus, je le cacherais. Et c'est là révélateur d'un aspect du système d'évaluation des chercheurs qui mérite qu'on s'y attarde.

Comme je l'expliquais dans l'entrée précédente, les tire-au-flanc sont extrêmement rares ; ce qui existe, en revanche, ce sont les gens qui, à un point ou un autre de leur carrière, ont perdu le goût ou l'inspiration pour la recherche, ou bien pour leur domaine (et un des problèmes que je n'ai pas discuté est que, sans parler d'éclectisme comme le mien, changer de domaine alors qu'on est affecté à une équipe dans un laboratoire, etc., n'est pas facile). Cela n'a rien de déshonorant : il est normal que nos goûts et nos approches évoluent au cours de notre vie, et dans un métier où la motivation joue un rôle aussi sensible, il est normal qu'il y ait des hésitations et des crises de conscience. Ce qui est vraiment problématique, c'est de présenter ça comme quelque chose de déshonorant, de culpabiliser ces personnes, de les présenter comme des sortes de tares (avec des termes pseudo-euphémistiques comme par exemple non-publiant : j'ai pourtant donné ci-dessus l'exemple d'un chercheur non-publiant pendant dix ans qui n'avait pas du tout arrêté la recherche, et qui se rendait utile à d'autres), et, par voie de ricochet, les inciter à se cacher, à faire des publications bidon pour faire croire qu'ils font quand même de la recherche, bref, une approche dont tout le monde sort perdant.

Pourtant, la mission d'un chercheur, sans même parler d'un enseignant-chercheur, est plus large que la seule production de résultats scientifiques nouveaux. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est l'article L411-1 du code de la Recherche (tant qu'il n'a pas encore été réécrit pour introduire le nouveau monde darwinien tant attendu) :

Les personnels de la recherche concourent à une mission d'intérêt national. Cette mission comprend :

  1. Le développement des connaissances ;
  2. Leur transfert et leur application dans les entreprises, et dans tous les domaines contribuant au progrès de la société ;
  3. La diffusion de l'information et de la culture scientifique et technique dans toute la population, et notamment parmi les jeunes ;
  4. La participation à la formation initiale et à la formation continue ;
  5. L'administration de la recherche ;
  6. L'expertise scientifique.

Un chercheur qui ne produit plus de connaissances peut néanmoins remplir utilement les missions énumérées aux autres items de cette liste : valorisation et diffusion du savoir, vulgarisation, enseignement, administration (j'ajouterais, même s'il n'est pas explicitement listé ici on peut néanmoins le penser impliqué, le travail de documentation, synthèse et bibliographie à destination d'autres chercheurs plus actifs dans la production de connaissances). Si au lieu de chercher à culpabiliser ces non-produisants ou autres non-publiants et les mener parfois à « faire semblant » on les accompagnait plus sereinement à reconsidérer leurs intérêts, à arrêter soit temporairement soit définitivement la recherche actives, et à contribuer à d'autres choses, la société aurait beaucoup plus à en tirer : des articles Wikipédia de meilleure qualité si on reconnaissait enfin sérieusement que l'écriture sur Wikipédia est une mission de service public essentielle, par exemple, ou un dépassement du principe de Peter si on choisissait les administrateurs de la recherche parmi les chercheurs qui ont vraiment envie de se lancer dedans. Quant aux enseignants-chercheurs, dont les missions sont encore plus nombreuses, la tentation est grande de les redéployer vers l'enseignement à plein temps, mais c'est oublier, justement, que les autres missions que je viens d'énumérer sont aussi les leurs, pas juste l'enseignement, et qu'il y a un problème avec le fait que l'enseignement soit considéré comme le fourre-tout en la matière (le problème, pour commencer, étant que l'enseignement est trop souvent (a) considéré comme une corvée comparativement à la recherche, et (b) moins bien « évalué », notamment pour le passage dans le corps des professeurs, que la recherche, alors qu'il s'agit exactement autant l'une que l'autre des missions centrales du métier ; mais j'ai trop de choses à dire à ce sujet pour pouvoir y rentrer maintenant).

Bref, la situation dans laquelle des chercheurs ou enseignants-chercheurs se sentent coupables et cachent le fait qu'ils ne produisent plus de nouveaux résultats ou ne publient plus, doit en général être considérée comme une faillite de ce système, de ses mécanismes d'évaluation et de son absence d'accompagnements adaptés, et pas des personnes en question.

Bon, finalement, le commentaire agressif dont je suis parti s'est révélé intéressant pour illustrer un certain nombre de points. Ce n'est pas tout ce qu'il y aurait à dire : d'autres réponses ont été faites par d'autres personnes dans les commentaires ; et il y aurait encore beaucoup de points à discuter (par exemple, faut-il s'opposer à toute forme d'évaluation ou peut-on en trouver qui soit adaptée au mode de fonctionnement de la recherche ? à ce sujet, j'ai tendance à dire que la charge est du côté de celui qui propose un mode d'évaluation, et que si on n'en trouve pas du tout, n'en avoir aucune n'est pas franchement un désastre), mais je commence à fatiguer vraiment, là. Quant au fait que ma recherche passée est de qualité moyenne, je encore suis assez compétent en maths pour savoir que seuls 50% des chercheurs peuvent faire partie des 50% les meilleurs, et je n'ai pas l'obsession de l'excellence qui anime les néodarwiniens ; mais si mon contradicteur mange l'hypothèse de Riemann au petit déjeuner, ou veut simplement nous montrer des exemples de résultats excellents, de lui-même ou d'autrui, qu'il n'hésite pas à les partager, je suis toujours preneur de choses à apprendre.

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(jeudi)

Au sujet de la manie d'évaluer la recherche

Méta : Il y a des sujets sur lesquels il me démange d'écrire, mais en même temps je me rends compte que ce n'est probablement pas une bonne idée de m'y lancer parce que je vais en écrire des kilopages, ou m'énerver en écrivant, ou les deux à la fois, et au mieux ce sera indigeste, mal relu et peu convaincant (ou seulement convaincant pour les déjà-convaincus). Mais parfois la démangeaison l'emporte quand même. Dont acte. Il s'agit ici d'une sorte de continuation de cette entrée récente et/ou de ce fil Twitter, mais en essayant d'argumenter un peu plus précisément. (À part ça, je reconseille de lire les nouvelles Les dessous de paillasse d'Élodie Sabin-Teyssier que je recommandais déjà dans l'entrée que je viens de lier.)

Le déclencheur immédiat de mon énervement, quelque chose qui a fait bondir l'ensemble de la communauté des chercheurs français, a été une phrase récemment prononcée par le président du CNRS, Antoine Petit, qui défendait une loi de programmation de la recherche comme une loi ambitieuse, inégalitaire, oui, inégalitaire, une loi vertueuse et darwinienne, qui encourage les scientifiques, équipes, laboratoires, établissements les plus performants à l'échelle internationale, une loi qui mobilise les énergies (comprendre : nous voulons un environnement de recherche qui conduise à la survie du plus apte pour aboutir à une élite). La stupidité de cette phrase est tellement crasse, le niveau d'incompréhension qu'elle démontre tant de Darwin que des sciences sociales est si effarant que, sauf à placer son auteur à un tel niveau de bêtise, je ne peux formuler qu'une hypothèse, c'est qu'il s'agit d'un troll, d'une provocation destinée à faire réagir les chercheurs dans le cadre d'un calcul politique auprès de l'opinion publique : disqualifier d'avance ceux qui se plaindront de la loi comme des mauvais, des inaptes qui n'ont pas leur place dans ce monde darwinien, tandis que les bons, l'élite, sont ceux qui en bénéficient et vice versa. Réagir à cette phrase, s'indigner, donc, c'est déjà perdre à ce jeu pervers ; mais ne pas réagir, c'est perdre aussi : c'est un catch-22 qui a fait ses preuves en politique que d'abaisser le débat par les déclarations les plus répugnantes qui ne laissent le choix qu'entre perdre en réagissant ou perdre en se taisant. Je peux donc lier vers quelques réactions à cette phrase, par exemple celle-ci qui dissèque patiemment l'absurdité du concept de darwinisme social appliqué aux sciences, ou cette pétition, mais en gardant à l'esprit que c'est nourrir les trolls que de leur répondre, et ainsi perdre au jeu qu'ils nous proposent et où on ne peut que perdre.

Je suis un peu surpris, ceci dit, qu'aucune des réponses faites à Antoine Petit ne semble avoir évoqué l'expérience des poulets de Muir, qui montre de façon spectaculaire qu'en sélectionnant les individus les « meilleurs », les « plus productifs » (en l'occurrence, les poules pondant le plus d'œufs), on peut aboutir à une diminution considérable de la production recherchée — parce que ces individus[#] les plus productifs le sont au détriment de la coopération avec les autres, et que la compétition est finalement beaucoup plus nuisible à la production souhaitée : il faut manquer cruellement d'imagination pour ne pas se rendre compte qu'en sélectionnant les chercheurs « pondant » le plus de résultats on risque d'obtenir le même résultat qu'en sélectionnant les poules les plus productives, c'est-à-dire une compétition stérile et délétère à l'objectif recherché.

[#] Les résultats sont assez différents si, au lieu de sélectionner les individus, on sélectionne les groupes, mais sous l'hypothèse que ces groupes n'aient pas d'interaction entre eux (uniquement au sein de chaque groupe), donc l'applicabilité à la recherche de cette partie est hautement sujette à caution.

Je pourrais aussi reprendre des métaphores que j'aime bien. Comme celle, que j'ai déjà évoquée (dans un contexte un peu différent), du pommier, et de l'absurdité de l'idée de couper les racines qui ne produisent pas de fruits parce qu'on n'est intéressé que par les branches, qui produisent des fruits. (L'absurdité de la démarche sera sans doute plus évidente que dans le cas des poules : on comprend plus aisément que le pommier est un organisme vivant dont il est absurde de sélectionner telle partie par opposition à telle autre.) Ou encore celle-ci (que je vole à quelqu'un sur Twitter) : vouloir sélectionner la recherche d'excellence, c'est comme vouloir ne garder d'une montagne que son sommet. [Ajout () : Pour rendre cette jolie image un peu plus scientifique, on me suggère de signaler l'hypothèse Ortega selon laquelle l'essentiel du travail scientifique est contenu dans des contributions modestes.]

Mais encore une fois, c'est probablement perdre son temps que de jouer à réfuter ce genre d'idées : ceux qui les émettent n'y croient sans doute pas sérieusement, ils cherchent juste des tours de passe-passe pour faire croire au grand public qu'il y aura plus d'argent injecté dans la recherche (celle qui compte, la recherche d'excellence) tout en en mettant en réalité beaucoup moins. (Et si jamais le tour de passe-passe devient évident, comme la recherche s'inscrit dans la durée et les effets d'une augmentation ou diminution des crédits aussi, ce sera longtemps plus tard, quand ces administrateurs ou politiques ne seront plus là.)

D'autre part, la tension entre coopération et compétition est un phénomène beaucoup plus large que la situation du seul monde de la recherche, touchant à toutes les facettes de la société, de ses fondements en théorie des jeux et en biologie de l'évolution ou en éthologie et jusqu'à l'existence même de la société comme nous le rappellent, dans le camp « coopération », la troisième partie de la devise de la République française, fraternité, et dans le camp « compétition », une phrase emblématique de Margaret Thatcher, there is no such thing as society. Je préfère ne pas m'aventurer dans un débat aux termes si généraux, mais avons-le franchement : pour le cas de la recherche, je persiste personnellement dans le point de vue, inspiré d'une forme de positivisme peut-être naïf, selon lequel, collectivement, je conçois l'objectif de la recherche comme une forme de progrès qui doit bénéficier à l'Humanité tout entière, peut-être même à l'honneur de l'esprit humain, et, individuellement, je considère les autres chercheurs — qu'ils soient de domaines proches ou éloignés, de mon équipe ou d'un autre pays — comme des pairs avec lesquels je veux coopérer, fût-ce dans le cadre d'un débat scientifique où le désaccord n'est pas exclu, et non comme des rivaux qu'il s'agirait de battre à un classement quelconque de l'excellence. J'ai même la faiblesse de croire que ce point de vue, tout bisounours qu'il est dans le monde draconien de la recherche publish-or-perish du XXIe siècle et des lubies de l'impitoyable classement de Shanghaï, est néanmoins encore largement partagé par les chercheurs du monde entier, ou, si j'ose le dire avec une pointe d'ironie, les bons chercheurs.

Mais pour redescendre d'un cran en généralité, et en évitant de trop nourrir les trolls affamés du darwinisme académique de M. Petit, je voudrais dire quelque chose au sujet de l'évaluation. Car même si on ne va pas jusqu'à l'idée de punir les mauvais chercheurs improductifs (ce que devrait être la punition, d'ailleurs, n'est jamais très clair, ni comment elle va les remettre sur le droit chemin de la recherche d'excellence, celle qui permet de monter au classement de Shanghaï), bref, le bâton, même si on se contente d'envisager la carotte, c'est-à-dire l'idée de récompenser les bons chercheurs productifs (ceux qui propulsent l'établissement en haut du classement de Shanghaï), il reste cette idée de séparer les bons et les mauvais, et donc, d'évaluer. Et il n'est pas si facile de se rendre compte combien déjà cette idée-là est insidieuse : peut-être même plus insidieuse que l'idée du « monde darwinien » qui en est la prolongation logique, parce qu'elle paraît de bon sens et, si on ne parle que de carottes (récompenses), peut sembler passablement inoffensive. Je prétends que non, — et pas seulement à cause du germe de compétition qu'elle fait naître dans un monde où il est essentiel, pour la qualité du débat scientifique, que les participants soient des pairs et pas une hiérarchie.

Quoi de plus évident, en effet, de se dire qu'on va motiver les chercheurs, et ainsi les rendre plus productifs, en décorant l'excellence, peut-être en accordant une forme de gratification à ceux qui auront produit le plus de résultats (publications, brevets, que sais-je) ? Et quoi de plus naturel pour la société de vouloir évaluer la recherche qu'elle paye et mesurer combien elle produit ?

Le premier problème dans ce raisonnement concerne la notion de motivation et la manière dont elle agit. Penser qu'on va encourager les gens par des récompenses (ou à plus forte raison, par la peur d'une sanction) pour les rendre plus productifs présuppose le fait que le manque de productivité est lié à un manque de motivation (donc d'effort). Dans le cas de la recherche, je n'y crois pas une seule seconde. L'immense majorité des chercheurs aiment leur métier (c'est d'ailleurs aussi pour ça qu'ils se désolent de la manière dont ce métier évolue en une compétition) ; et ils aiment le sujet de leurs recherches. C'est banal de le dire, mais on ne devient pas chercheur, on ne renonce pas à des salaires souvent immensément plus grands auxquels on pourrait prétendre à ce niveau de qualification, par amour de l'argent. On le devient avant tout par une combinaison entre l'idéalisme de penser qu'on contribue au progrès de l'Humanité et la simple curiosité intellectuelle de savoir comment le monde est fait (et, pour un enseignant, de faire partager ce savoir). J'en veux notamment pour preuve qu'il s'agit d'un des seuls métiers du monde où il existe une statut d'émérite, c'est-à-dire un chercheur qui est à la retraite et qui sans recevoir de salaire supplémentaire continue à exercer les fonctions de chercheur qu'il avait lors de sa carrière active. Je renvoie aussi à ce fil Twitter, ou plutôt à celui du message que je cite, où un certain nombre de chercheurs ont fait essentiellement la même réponse que moi : si j'étais payé inconditionnellement, je continuerais à faire le même travail. Je ne dis pas ça pour prétendre que les chercheurs seraient désintéressés par l'argent ou la reconnaissance, ce n'est évidemment pas le cas, mais ce qui est vrai est que n'est pas pour ça qu'ils font leur recherche, et si la motivation première ne suffit pas, ajouter de l'argent ou des honneurs n'aidera pas ; d'ailleurs, en matière d'honneurs, le principal honneur qui vaut est celui de la reconnaissance par les pairs qui vient avec un résultat important.

Mais ce n'est pas tout : il y a une série d'expériences d'économie comportementale qui m'a énormément marqué quand j'en ai entendu parler dans un livre de Dan Ariely et dont je n'ai malheureusement pas la référence précise (mais voici un texte où il en parle, et peut-être qu'un de mes petits elfes va la retrouver pour moi ; mise à jour () : il s'agit probablement du problème de la bougie), en tout cas elle est d'une très grande pertinence ici, et elle est essentiellement la suivante (de ce que j'en ai retenu). On demande aux sujets de l'expérience de réaliser une certaine tâche, à savoir résoudre un problème (comme une petite énigme), et pour certains (tirés au hasard) il y a une récompense à la clé, plus ou moins importante : le résultat de l'expérience est que ceux à qui on a promis une récompense réussissent moins bien que ceux à qui on n'en a pas promis ; et même, plus la récompense promise est élevée, plus elle a un impact négatif important sur la résolution du problème. On peut avancer différentes explications pour ce phénomène, la plus évidente étant le stress induit par la perspective de la récompense (car il n'y a pas que les bâtons qui provoquent le stress, il y a aussi les carottes !) qui s'opposerait à la sérénité propice à la réflexion. Le fait est que certaines tâches ne subissent pas le même effet, et sont réussies d'autant plus efficacement s'il y a une récompense à la clé : ce sont essentiellement les tâches qui ne requièrent pas de créativité. Je laisse au lecteur le soin de se demander si la créativité est quelque chose qui peut intervenir dans la recherche scientifique (divulgâchis : oui). Notons par ailleurs, pour ceux qui proposeraient des récompenses sous une forme non financière (distinctions, décorations…), que la pression de la reconnaissance sociale semble pouvoir avoir le même effet négatif.

Tout ceci est évidemment à prendre avec des pincettes, parce qu'on ne peut pas simplement transposer le résultat d'une expérience simple de ce genre (avec des humains ou encore moins avec des poules) dans un contexte social. Mais cela suggère au moins de se méfier de l'« évidence » selon laquelle en offrant des récompenses on motive les gens et qu'on les rend ainsi plus productifs. (Une autre raison de proposer des récompenses peut être un simple désir d'équité, mais à ce sujet, je répète que le principal honneur qui accompagne un résultat scientifique est généralement la fierté de l'avoir obtenu et peut-être la reconnaissance académique qu'on en tirera : ce système se construit lui-même et, s'il n'est pas exempt de problèmes, il n'est pas spécialement nécessaire d'y ajouter.) J'ai peur que beaucoup des administrateurs de la recherche et hommes politiques confrontés à gérer ce dossier soient pour ainsi dire incapables de comprendre qu'on puisse avoir une motivation intrinsèque à faire son métier et à vouloir travailler dans la sérénité plutôt que dans le stress.

Mais l'autre facette du phénomène que je dois évoquer, c'est l'ensemble des effets pervers qu'ont le processus d'évaluation quel qu'il soit, et le système de carottes et bâtons qui l'accompagne.

Il y a un mécanisme social très général et très important qui est la loi de Campbell suivante : Plus un indicateur social quantitatif est utilisé comme aide à la décision en matière de politique sociale, plus cet indicateur est susceptible d'être manipulé et d'agir comme facteur de distorsion, faussant ainsi les processus sociaux qu'il est censé surveiller. (Penser à tous les effets pervers provoqués quand, par exemple, on commence à récompenser les policiers selon le nombre d'arrestations ou d'affaires élucidées.) Dans le cas de la recherche, cela donne la situation suivante : si on part d'un indicateur, disons bibliométrique (nombre de publications, nombre de pages de publications, nombre total de citations, h-index) qui a priori n'est pas idiot, et qu'on l'utilise pour évaluer les chercheurs d'une manière qui a un impact sur leur carrière les incitant à le maximiser, ils vont faire tout leur possible pour maximiser cet indicateur, ce qui détruira son utilité : si on évalue au nombre de publications les chercheurs publieront autant d'articles insignifiants qu'ils le pourront, si on les évalue à la page ils délaieront autant que possible, si on les évalue à la citation ils se citeront entre copains, etc. Attendre des effets bénéfiques est naïf comme je l'ai expliqué ci-dessus au sujet des motivations et du stress, mais attendre des effets négatifs est prévisible, et c'est ce qu'on observe effectivement.

La publication scientifique est ce qu'il y a de plus sérieux, parce que c'est le moyen par lequel les chercheurs communiquent leurs résultats entre eux, i.e., coopèrent : en l'utilisant comme base d'évaluation, on l'a transformée en moyen de compétition, et on l'a pervertie : on a créé les incitations perverses à manipuler la bibliométrie, à multiplier les publications insignifiantes, à falsifier les résultats d'expériences. C'est un dommage irréparable. Les chercheurs de ce début de XXIe siècle publient, selon moi, beaucoup trop : ils ne publient pas parce qu'ils ont quelque chose d'important à faire connaître à leur communauté, ils publient, et parfois trichent pour publier, parce qu'ils y sont incités par les effets pervers d'un système d'évaluation absurde. En voulant un système d'évaluations censément pour obtenir de la meilleure science, on a sérieusement endommagé l'utilité d'un des rouages essentiels de la science (et s'il n'est pas ruiné plus complètement que ça, c'est seulement parce que l'honnêteté intellectuelle continue de prévaloir contre ces incitations perverses, c'est en dépit d'elles et pas grâce à elles).

Il ne sert à rien de chercher à contourner le problème en modifiant le mécanisme d'évaluation (remplacer le nombre de publications par des systèmes plus subtils à base de citations, par exemple) : tout système d'évaluation ayant un impact sur les carrières créera forcément ces incitations perverses : on réussira à ruiner les bibliographies plus ou moins comme on a ruiné le contenu des articles, mais on ne pourra pas éviter la loi de Campbell sous une forme ou une autre. (La seule possibilité d'évaluation qui ne conduise pas à ce type d'effets consiste à évaluer de façon purement observatoire, c'est-à-dire sans rétroaction sur les personnes évaluées : ce n'est pas une idée idiote, cela peut servir à l'orientation de la recherche à haut niveau, mais je m'écarte du sujet.)

Mais les dommages de l'évaluation ne s'arrêtent pas à la loi de Campbell et à son jeu d'incitations perverses. Je dois aussi mentionner la quantité phénoménale d'efforts dépensés en pure perte pour cette évaluation ou pour tous les contrôles administratifs qui l'accompagnent : des rapports que personne ne lira, des CV et listes de publications qui doivent être joints à tout et n'importe quoi. Mais aussi toute la paperasse qui accompagne le demi-frère de l'évaluationite : la « recherche par projets » (la différence en principe est que le projet est un jugement a priori sur une recherche à venir tandis que l'évaluation concerne une recherche passée ; dans la pratique, ça ne change pas grand-chose, parce que prévoir la recherche à venir est souvent tellement absurde qu'on utilise les résultats passés pour demander des financements pour l'avenir). Je ne veux pas rentrer trop dans les détails de ce sujet-là, mais la quantité d'efforts déployée pour quémander des sommes souvent miséreuses et qui sont finalement octroyées, aléatoirement, selon des critères opaques et absurdes, et après des formalités administratives délirantes, tout ça est un gâchis tellement ridicule de temps humain de gens qui pourraient l'employer à faire de la recherche que ce serait vraiment drôle si ce n'était pas triste. (Je ne dis pas que le système de financement par projet n'a aucune place défendable dans la recherche, notamment pour des dépenses importantes avec des investissements matériels importants ; mais il devrait selon moi faire partie d'une palette plus large de financements où chaque chercheur permanent, en plus de son salaire, ainsi que chaque laboratoire et chaque structure intermédiaire, disposerait aussi d'un minimum de moyens discrétionnaires avec un contrôle administratif léger, — le genre de choses qui ont essentiellement disparu devant l'obsession de tout contrôler.)

Ajout () : Un autre phénomène que je comptais évoquer dans cette entrée et qui m'est complètement sorti de la tête en l'écrivant, c'est l'effet de Matthieu (ou de l'accumulation des avantages), qui est fortement lié à un des thèmes qui me sont chers, celui de la reproductibilité du succès : dès lors qu'on commence à récompenser les chercheurs qui obtiennent des résultats, en oubliant que le succès est avant tout une question de moyens et de chance, on crée un effet de boule de neige conduisant à une sorte de star-system plus ou moins aléatoire (comme, par exemple, sur les réseaux sociaux par le biais de l'effet auto-entretenu des recommandations et des vues) qui s'oppose à la variété des points de vue et à la discussion entre égaux nécessaires au bon fonctionnement du monde académique.

L'enjeu de tout ça, c'est simplement la liberté intellectuelle des chercheurs. Ne pas avoir peur d'être mal évalué, ne pas devoir justifier le moindre bouquin acheté par un formulaire en trois exemplaires signé et tamponné par cinq chefs de structures ou évalué par deux rapporteurs, bref, le fait de pouvoir agir un peu indépendamment, c'est la condition sine qua non de la liberté académique et de la créativité qui va avec l'audace d'explorer des sujets pas forcément immédiatement productifs ou pas forcément dans l'air du temps. A contrario, en voulant tout évaluer et tout contrôler, on pousse tout le monde à faire la même chose comme des lemmings. Au moment où j'écris, par exemple, les lemmings informaticiens veulent tous faire de l'IA (du machine learning, en fait), ou des sciences des données : on va envoyer un nombre incalculable de doctorants dans cette direction parce que c'est ce que tout le monde veut faire, jusqu'au jour où la girouette de la mode académique aura tourné dans une autre direction et les derniers de ces doctorants se retrouveront avec une spécialité qui d'un seul coup n'intéressera plus personne. Ces détestables effets de mode ne sont bien sûr pas exclusivement dus à la manie de l'évaluation, mais ils sont amplifiés par elle, parce que tout le monde veut courir dans la direction « porteuse », la direction où il y a des sous et de bonnes évaluations, celle où on ne prend pas de risque, bref, la direction où tout le monde va ; et le chercheur qui aurait le courage de manifester son indépendance en pointant du doigt que ces modes sont des montagnes de bouse de taureau peut craindre pour sa carrière.

En vérité, la bonne recherche nécessite des chercheurs indépendants. Indépendants même du jugement les uns des autres. (Ce qui ne signifie pas qu'on renonce à la notion de publication revue par les pairs, même s'il y a peut-être lieu de se demander comment elle doit évoluer pour s'adapter aux nouvelles technologies et mettre fin à la rapacité des éditeurs et au star-system de certaines revues. Mais la publication revue par les pairs n'est pas la seule forme de contribution scientifique possible.)

Je crois qu'une des obsessions qui sous-tendent l'évaluationite est la peur qu'il y aurait des chercheurs qui ne feraient rien, et profiteraient simplement de leur salaire et de la possibilité de voyager de conférence en conférence à travers le monde sans rien contribuer d'utile. Il faut donc répondre brièvement à cette peur : oui, cela existe, mais c'est extrêmement rare, parce que le parcours pour arriver à un poste permanent de chercheur est tellement difficile et décourageant pour un salaire finalement bien ingrat qu'il est essentiellement impossible d'y arriver sans une certaine forme de vocation pour le sujet dans lequel on se propose de travailler, et au final il ne doit pas y avoir plus de chercheurs tire-au-flanc que de prêtres catholiques qui se feraient ordonner juste pour toucher le traitement. L'immense majorité des chercheurs mal « évalués » par les mécanismes simplistes mis en place, par exemple ceux qui publient très peu, sont, en réalité, utiles de toutes sortes d'autres manières à l'édifice collectif qu'est la science (qu'ils fassent de la vulgarisation ou de l'enseignement ou une autre forme de diffusion des savoirs, qu'ils servent d'intermédiaire entre différentes disciplines, qu'ils fassent profiter leurs collègues de leur culture scientifique, etc.). La hantise du tire-au-flanc conduit en fait à une injustice envers ce type de profils atypiques. Mais là aussi, j'ai peur que beaucoup d'administrateurs de la recherche et d'hommes politiques aient le plus grand mal à comprendre qu'on puisse être laissé sans contrôle et néanmoins se comporter de façon honnête.

Au final, ce que la société doit se demander, et elle doit le faire lucidement, c'est quel est le rapport bénéfice-risque de l'évaluation de la recherche (ou, sous sa forme la plus extrême, de la compétition provoquée entre les chercheurs) : vaut-il mieux un monde de la recherche dominé par la coopération entre pairs, quitte à supporter quelques tire-au-flanc, qui mène une recherche libre, parfois audacieuse, pas toujours optimale, mais généralement motivée par le bien commun, ou au contraire un monde d'évaluation et de compétition, où le temps passé à faire de la recherche est détourné sous forme de stress, de paperasse, de course à la dernière mode, et parfois de falsification de résultats pour monter dans les classements ? Je pense que ma façon de poser la question montre suffisamment clairement ce que j'en pense.

Suite : voir aussi l'entrée suivante.

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(Thursday)

My relation to English, bilingualism, and this blog

For a change, this blog entry will be in English, and will be about this very fact; or rather, about the fact that it is unusual, because I very rarely write in English here nowadays. Even though I had started this blog (in 2003) with the intention of making it bilingual (in the sense that some posts would be in English, others in French, and still others translated in both languages), I really can't say I kept this “promise”, and the present entry is a kind of apology, excuse, or at least, explanation, for that fact. Yesterday I rewrote the introductory blurb displayed, before the content itself, at the top of various pages (e.g., the page listing the most recent entries), and the last remnants of this old pretense of bilingualism have been swept away. But why?

Before I get into this, I need to say something about my personal relation to English, how I learned the language, and how well I speak it. I had written something about this in this other entry, also in English and also about English, but I should elaborate a bit. And by elaborate a bit, I mean make an epic rant of it.

Well, it's Complicated®. One tends to classify speakers of a language into “native” and “non-native” categories. The Simple English Wikipedia (there is a kind of irony here) suggests the criteria for being classified as a “native” speaker are some combination (logical conjunction?) of the following:

  1. the speaker learnt the language in childhood,
  2. mastery of idiomatic forms of the language,
  3. comprehension of regional and social variance,
  4. fluent, spontaneous production and comprehension of discourse.

I think I can tick all four boxes, but each time with a slight caveat.

How did I learn English? My father is an English-speaking Canadian (he was born in Saskatoon and grew up mainly in Ontario), who moved to Europe in the early '60's, and learned French there, and also met my mother, who is French and whose native language is French. I have dual Canadian and French citizenship. For some reason (which they themselves are not able to adequately explain, but which is certainly related to the way society has evolved in how it considers bilingualism), my parents only spoke French to me when I was a toddler. However, when I was 8, we moved to Toronto for the 1984–1985 academic year, and I attended third grade in (the English-speaking) Cottingham public school, Summerhill, Toronto. I remember there having been some discussion as to whether I would attend a French-language school, an English-language one, or a bilingual one: I was offered the choice, and I opted for the English one, which was mere minutes' walk away from where we lived, after we had ascertained that the schoolteacher had some knowledge of French and that she was able and willing to help me learn English. (And I owe a lot to Mrs. Marr, who, indeed, made a lot of efforts getting me to speak English very quickly, and also realized that I didn't need any of the math classes she taught and let me use that time to improve my English instead. It also helped that my fellow schoolchildren were very welcoming toward the stranger that I was and readily accepted me as one of their peers. Perhaps the only time I regretted my choice of going to an English-speaking school was the very first day of class, when the teacher had forgotten that she had a French pupil in class, I realized that I understood almost nothing of what was being said or asked of us, did not dare walk up to the desk and ask, and ended up just crying on the spot. But once this slight initial trauma had passed, all went well.)

I did have some slight exposure to English before the age of 8, not only because I must have heard my father speak the language (just not at me), but also because, in preparation to the move to Toronto, my parents enrolled me in a private English class in Orsay. I guess the teacher must have been British, my memories are obviously quite vague on the subject. Anyway, I had very rudimentary knowledge of English before then[#], but I only really learned it in 1984.

[#] There was a point when — I must have been around 6 — someone asked me whether I spoke English, and, ever the logician, I answered my German is better. Which meant that I must have known two words of English and three words of German, so it was technically accurate (the best kind of accurate, they say).

Is 8 young enough to be considered childhood in the sense of the aforementioned first bullet point? Probably, but with a caveat to the effect that English is still only the second language I learned.

When I look back upon that time, it seems that my transition from “not speaking English” to “speaking English fluently” was astonishingly fast[#2]. I don't know exactly when the school year began, but I understood very little English at this point, yet by the time of Halloween, so a mere two months later, it seems I was getting along fine trick-or-treat-ing in the neighborhood.

[#2] I should mention at this point, however, that I am fully unconvinced by the theory that, in identical circumstances, children learn languages much faster and more easily than adults. I may seem to be contradicting my own evidence, but the crucial qualifier is in identical circumstances: not only do children have generally more time to devote to the learning of a new language, but also, when they make what prescriptivists would call mistakes, adults step in and correct them, or their fellow children make fun of them, and they are forced to learn quickly: this is simply not the case when adults learn a foreign language, because it is impolite for other adults to constantly interrupt and correct them (and the other adults generally have other things to do than help them learn the language). See also this video, which makes a number of good points, for various bits of evidence against the idea that kids learn languages faster than adults.

From that point on, and even after we had returned to France, I spoke English with my father, at least when my mother wasn't around. I also read a lot in English, both fiction and non-fiction, and learned a lot of vocabulary by reading.

But there are two issues with learning new vocabulary through books. One is that, since English has essentially no relation between the written and spoken form, I often didn't know how to pronounce the words I learned and generally didn't bother to check in a dictionary (and my guesses were occasionally wildly wrong: for example, for a long time I thought genuine was pronounced /ɡəˈnaɪn/ instead of /ˈdʒɛnjuˌɪn/). Another issue is that I only learned whichever words were likely to come up in the books I read: since there was a lot of heroic fantasy, I learned a lot of quaint or obsolete words, sometimes with a faux medieval flavor (Tolkien's The Lord of the Ring and its second-rate epigones use some deliberately archaic manners of speech, whence I learned nouns like liege, conjunctions like lest, adverbs like hither and so on). But only few of the “normal, everyday” words which most native speakers learn in the course of their daily lives beyond third grade level: to this day I'm still not comfortable with the names of kitchen utensils in English (and as for the names of trees and various categories of animals, in my mind they are lumped in big categories like, well, tree). To give a random example, I learned the very common word bollard only very recently. Similarly, since I didn't attend high school or university in an English-speaking country, I'm unfamiliar with many of the terms specific to this context beyond the basic ones like test, grade and homework (which I guess are common to elementary school anyway).

Films are probably better than books in this regard: for one, they don't just teach you words, they also teach you how to pronounce them (spelling is rarely the issue, and subtitles can be used when it is); and for another, the language used tends to be more idiomatic than that found in print. But before DVD's came long, it wasn't so easy to watch movies in their original language, and even once DVD's existed, original language subtitles were rarely available.

Learning English after French, I've also had a number of difficulties with “false friends”. Not so much in cases where cognate/analogous French and English words have completely different meanings (deception vs. déception, for example, or injury vs. injure), as these are noticeable enough that one inevitably ends up learning them, but rather in the far more numerous cases where the two words do indeed have a similar meaning but with a slightly different nuance or connotation, which can cause subtle and hard-to-detect misunderstandings (to demand vs. demander). Perhaps even more delicate is the wealth of French words which sound like they exist in English, which do exist in English (because English, you know, is a hoarder and has all the words), which do have the same essential meaning as in French, but are exceedingly rare or sound very pedantic: so even if I'm careful and look up the word in a dictionary, the dictionary will tell me that, yes, the word exists, then I go ahead and use it and it sounds weird to English speakers because, who says that? (there are probably much better examples than this, but remuneration has essentially the same meaning as rémunération in French, but the latter is fairly common whereas the former is about ten times rarer if I believe Google Ngrams; the same is true for ludic versus ludique: apparently ludic is so rare in English that someone on Reddit thought it was a typo).

So we move to point number 2, mastery of idiomatic forms. Well, my English is fairly idiosyncratic… but so is my French! There is a lot of English that got its way into my French, and there are imports from mathematical terminology, from computer terms and geeks' jargon, from memes and private jokes, and so on; I also like to deliberately jump from one level of formality to another, sometimes within the same sentence, just to break expectations about formality; generally speaking, my French is a bizarre mix of everything I can get my hands on, and in a state of permanent redesign. And the same holds true for my English. Sometimes I'm being unidiomatic because I'm not sure what the most common way of phrasing something might be: but often I'm deliberately using an unidiomatic turn of phrase because I like it, because it appeals to my sense of logic or creativity, or simply to piss off grammar nazis. Because no matter how well or how little I speak a language, I always like playing with it. For example, if English has the word insofar, you bet I'm going to feel free to use the analogous question inhowfar (= to what extent), not caring if it's an unidiomatic calque of the German inwiefern (in the same way as insofern corresponds to insofar): I love that German word and there's no way I'm not importing it into my English. Similarly, you bet that if hitherto exists in a temporal sense, you can bet I'm also going to use thitherto and whitherto (or from hencefrom: thencefrom and whencefrom). You get the picture. Anyway, reading this entry will give a broad idea of how I express myself in English.

Can I be idiomatic if I try? To some extent, certainly. How much exactly, I'm not sure. English idiom is a fickle thing, not only does it vary from English-speaking country to English-speaking country but there are so many non-native English speakers who bring their own language's phrases into the mix, that I end up being confused about a great many things, and I wonder if everyone doesn't feel the same. Even more so for English than for French, when I start hesitating about the most idiomatic phrase (e.g., in the circumstances or under the circumstances?), the more I think about it, the more confused I become (and often it turns out that neither dictionaries nor Google Ngrams can offer a clear answer).

Point number 3: regional and social variance? Another tricky one. I'm obsessed with phonetics, and I've spent a lot of time learning from Wells's series of books on The Accents of English, so as far as accents and regional pronunciations go, I think I have a decent grasp of variations — at least as good as the average native English speaker, say: I may not be able to reliably recognize a Scottish accent from an Irish one, but neither, I'm sure, can most Americans.

My own accent is a strange thing. Logically I “should” have a Canadian accent… except, not really. Part of this probably comes from having learned spoken English at the same time as I was learning written English. For example, I didn't acquire the characteristic Canadian raising (viz., the fact that Canadians pronounce the MOUTH and PRICE diphthongs with a first vowel that is distinctly higher = more closed, when the diphthong in question precedes a voiceless consonant, e.g., clout and price have a raised first vowel whereas cloud and prize do not; this is caricatured by Americans describing Canadians as pronouncing about as a boot which is a completely inaccurate depiction); probably because I could see the written form so I understood clout and cloud or price and prize as having the same vowels, so I pronounced them that way. Later on, when I learned about Canadian raising, I made a conscious effort to acquire it, so now I have it, but you could say I have it artificially. This is the trouble about learning about phonetics: you become tempted to alter your own accent, and then you have to decide whither to take it, which is not an easy decision when—as in my case—there is no really obvious “baseline”. A more bizarre example of idiosyncrasies in my pronunciation is the fact that I don't have the Mary–marry–merry merger which Canadian anglophones are supposed to have, and, in a sense, I don't have a specific SQUARE vowel, I think: I pronounce Mary, marry and merry with the FACE, TRAP and DRESS vowels regardless of the following ‘r’; I didn't try to change this because it is useful, in studying phonetics, to have as few mergers as possible, and I made a conscious effort to revert the cot–caught merger that I had (just like, in French, I reverted the brin–brun merger of my native pronunciation). Similarly, I don't have a full for–four merger, which I think Toronto is “supposed to” have. Add to this that there are a number of words which I pronounced “incorrectly”, or, to use a less prescriptivist term, “unusually”, for a very long time, and there are probably still many more: I pronounced bury as it was written until I learned for most people it is homophonous with berry (but later I realized that my father did the same, so it's probably not a result of my having learned spoken English by the time I knew how to write, but rather a family oddity); I pronounced iron as it is written until I learned that the standard pronunciation is as if it were written iorn (but then, there are native English speakers who pronounce iron to rhyme with Byron: former British PM Gordon Brown does this); and until very recently I pronounced year with the NURSE vowel rather than the far more common NEAR vowel. So anyway, my accent is not really from anywhere in particular, it is a mix of a Canadian substrate with a few accidental oddities and a number of geeky decisions to say things in a particular way. That being said, I think I can make at least a passable imitation of an RP accent (that would probably fool most Americans) as well as of a generic American accent; and even if I speak without any conscious effort to imitate this or that accent, native English speakers generally categorize me as a native English speaker (at least judging from the number of people who have asked me, after a short discussion, whether I was American).

A few things along the same lines can be said of my spelling. I consider color and colour, or gray and grey, or center and centre, or disk and disc to be completely interchangeable and equally correct, so I really don't care which one I use; but since whenever I use a spell-checker it is generally configured for American spelling by default, I tend to favor (favour?) that one. For some words I have preferences, though: I like recognize better than recognise but analyse better than analyze.

As for social variance, I can probably get away with saying that it is practically nonexistent in Canada. I can spot a few social variants in British English, but certainly not up to what is described in this remarkable Wikipedia page.

On to point 4, fluent, spontaneous production and comprehension of discourse. As far as comprehension goes, I feel comfortable saying that I understand English, in written or spoken form, just as well as French: I don't think I have any particular difficulty understanding puns or plays on words, for example. As for expressing myself, I'm slightly more at ease in French, but it depends on circumstances. Whenever I try to write something ever-so-slightly poetic, I actually find English even more natural than French, because English always seems to have just the right word: as I wrote in a previous entry, English is a wanton word hoarder with a fetish for the heirlooms of Papa German and Mama French, so if you view the words as the colors on the language's palette, English gives you much more nuance at a cheap price. In the end, if we compare two of my little fragments in which I chose my words with some care and which are in a similar tone, say this one in English and this one in French, I don't think there's much difference (you're allowed to think that I'm a terrible writer, but I contend to being an equally terrible writer in English and in French 😉). But if I don't take the time to choose my words with care, e.g., if I wish to write something long, then I generally find that the sentences flow more easily in French than in English where I'm constantly asking myself wait, is that really idiomatic?; similarly, when speaking English (which I now rarely have the occasion to do), I can clearly feel, at least during the first hour or so, that my English has become rusty and that my thoughts are annoyingly faster than my mouth can process them.

However, there is one important criterion which the Simple English Wikipedia that I copied above does not mention and which, in my mind, is the most important one in deciding whether a speaker's language is “their own” or feels alien to them: do they think their own inner thoughts in that language? I mean: whichever language(s) your inner voice talks in (whether during internal monologue or internal dialogue), barring any deliberate effort to think in a foreign language, is (are) the language(s) you feel “at home” in. And I don't mean which language you dream in: dreaming is something different, I have dreams in German occasionally, but I've never thought in German except as part of a self-inflicted exercise where I deliberately tried to think in German to see how it went (spoiler: it didn't go very well).

Clarification (): I realize that my point in bringing this up is made very unclear by the way I phrased it, so let me elucidate: this “inner voice” criterion is not supposed to supplement or replace the criteria given above for defining a native speaker, but rather, to define a possibly different and IMO more interesting/relevant category of speakers than native ones, namely those whom I might be tempted to call owner speakers, viz., those who sufficienty feel that the language is theirs that they use it to express their own thoughts. That is: I'm not proposing to use the “inner voice” as a way to test whether a speaker is a native speaker, I'm proposing to use these owner speakers instead of native speakers in any study or statement which might have focused on native speakers. A problem with this definition, however, is that not everyone has an “inner voice”, as is pointed to me in the comments and as this unscientific poll illustrates: so a question would be to find a definition which matches (at least reasonably well) for people who do have an inner voice, but which applies to everyone.

And as far as that criterion goes, I think in English about as frequently as I think in French. But it really depends on what I'm thinking about: abstract thought will generally be in English, so when I'm thinking about math, for example, it tends to be in English (except for mental arithmetic!, which I do in French); this is even more true about computers since most of the computer jargon doesn't even exist in French; but thoughts about my daily life are almost invariably in French, e.g., if I'm trying to remember the items in my grocery shopping list, there's no way they will pop in my mind in English (I'm not even sure how one would say something like yaourt nature in English, maybe unflavored yogurt, but such things are virtually nonexistent in North America). For some reason, if I swear because something angers me, the swearing is typically in English (is this because during my childhood I frequently heard my father swear—in English—and almost never my mother?), except if there's someone else around with whom I've been speaking French just before. Also, my erotic thoughts tend to be in English, which is inexplicable given that I didn't read a lot of erotica in English (nor in any language, for that matter).

All of this having been said,—why did I now more or less stop writing blog entries in English?

Ideally, what I would have liked to do is make everything bilingual: write every single entry in both languages. I tried to do this on occasion, and boy is it a pain. First, I just hate translating in general: once my thoughts have taken form in a particular language, the effort to rephrase them in another language, even one I know very well, is considerable, and always leaves me unsatisfied (if I stick to a very literal translation, it sounds profoundly unidiomatic; but if I try to rephrase my thoughts in a more natural way in the target language, then I think, hey, maybe this is a better way of saying it, and I start back-translating it into the formerly-source language, wash, rinse, repeat). Also, by the time I finish writing a blog entry, and often long before I finish, I grow tired of the subject and, having dumped my thoughts to written form, want to move on to something else: rereading them all over again to translate is just way beyond my patience. But there is another factor at play: oftentimes I will make some corrections, additions or various other small changes to previously published entries (whenever they are substantial I will flag them as addition, correction, update or something of the sort, with a timestamp if relevant; but when correcting minor typos or just rephrasing a thought without any substantial change, I simply edit stealthily): keeping several different languages in sync (the translation/update confluence problem, as I like to call it) is exasperatingly tedious. Merely rewriting the tiny blurb displayed at the top of this blog, while keeping it bilingual, has proved amazingly annoying as I made various edits and amendments and changed my mind a few times as to what I was going to say (although, to be honest, part of the difficulty is that I wanted to keep slightly different versions for the recent entries pages, the monthly archive pages, the index of all entries, and the per-category pages). What I think might help making multilingual pages bearable to write is a process of semi-automated translation, where the author offers occasional hints to the automatic translator (embedded inside the HTML text!) as to how a particular word, phrase or sentence is to be translated, while still leaving most of the work to the computer gnomes.

So, full bilingualism being ruled out, what remains?

Well, there are certain entries that I think would be very strange to write in English, because they concern elements of my daily life that I'm really not used to expressing in English, and sometimes don't even know the words for (or the words may not even really exist). Recently I embarked upon the epic tale of getting my motorcycle driver's license and telling all about it through prodigiously boring blog entries: this is about a French license, and while the general categories (e.g., A2) are standardized in the European union, the details of the practical tests aren't (most EU countries would probably have some form of written/theoretical test, then an off-road test and an on-road one, but the specific code, plateau and circulation tests I was talking about were the French ones); and to an American reader the whole thing would have made even less sense. We may think of English as globish, i.e., the world's lingua franca, but for culturally specific facts and items, it would only work as such by importing a large number of terms from the specific culture being referred to. And, symmetrically, these entries would be most likely to interest French people or at least people who understand French (I admit this argument is flaky since about the same time I complained that I found it hard to get information on driver's licenses in other EU countries; but still, if I try to find information about how to get my French driver's license or read accounts of people who got it, I'm going to google in French, not in English).

Now I could still write a mixture of English and French blog entries, writing in French about things in my daily life which are somehow specific to France or the French-speaking world (or French cultural references) or simply about which I more naturally think in French, and in English for more abstract things that aren't tied to a specific culture, e.g., mathematics, philosophy, linguistics. I guess this was my initial (albeit not so precisely articulated) plan. The problem is, it doesn't work so well with the readership; or rather, I believe on the basis of my limited evidence that it doesn't.

Most people aren't fully bilingual. This is the sad reality of the tower of Babel we live in. I spent far too many lines of this blog post trying to discuss (and agonizing over) whether I should consider myself fully bilingual, but most people have a marked preference for reading in their first language, even if they have a decent command of one or more other languages. This I can certainly sympathize with: even though I can read German well enough to understand the meaning of, say, a news article or a Wikipedia page or a typical blog post, it takes effort (and time!): more effort than I'm generally willing to put into it unless I'm quite certain, from the start, that I will get something interesting out of it. A tweet in German I can certainly deal with. An epic 500-page rant about an obscure technical point, the like of which I am wont to write in this blog… not so much. And I suspect the same holds true for many of my readers whose native language is French. (The actual evidence is limited, though, being based mostly on the amount of feedback I got in the comments back in the time when I did write such entries in English.) As for people who speak English better than they speak French, most of them probably speak very little French or none at all, and I suspect most of those would be put off by a blog roughly half of whose entries would be in a language they didn't understand. (Yes, they can always use Google Translate or various other translation tools, but in practice I think the translator's broken syntax and word confusions rapidly become irritating.)

At various points in my blogging history I made an effort to gain a more diverse readership, but these efforts always failed: empirical evidence always pointed to the fact that most of my readers were French, and these people preferred content written in French, while English speakers who did not also understand French fairly well were very difficult to lure into reading my ramblings about Life, the Universe and Everything.

The Right Thing® to do would probably have been to open two separate blogs, one in English and one in French, written in such a way that one could follow just the one, or just the other, or both, and perhaps post a short summary of entries from one into the other, or some such setup. But not only does this require a lot of effort, it also goes against my natural “brain dumping” tendencies: for the same reason that I don't want to separate my blog into a math blog and a non-math blog (or a scientific blog and a non-scientific one, or any like distinction), because my blog is my personal brain dump, full of cross-domain references and links which are part of my overarching sense of Oneness, I also don't want to split my blog entries by language. I care to some extent about my readership (and making their life easier), but only insofar as it doesn't impede my primary brain-dumping mission or require considerable effort on my part.

So you can see the conundrum, and how it got me to write essentially just in French. The only exceptions being entries that for which I have a specific reason for writing in English (like this one) or which would make little sense in French (e.g., my English pronunciation poll), and also my “gratuitous literary fragments” when they sprout in my mind in English (and nobody reads these anyway ☹️).

So far the same phenomenon hasn't happened on Twitter: I still find myself tweeting in both English and French in roughly similar proportion. (Of the tweets I wrote that are not retweets and not replies, roughly 55% were in English, 42% in French, and the remaining 3% other or undecided, based on the language detection by Twitter itself, which may be unreliable; of replies specifically, including self-replies, roughly 40% were in English and 56% in French, with the remaining 4% other or undecided; and of (native) retweets by me, 62% were in English, 32% were in French, and 6% other or undecided.) But I do notice that the number of my followers whom I suspect of being primarily French-speaking seem to outnumber all the others (this is just an overall impression, not based on any precise stats), so maybe things will change. (Already the stats which I gave in this paragraph suggest that, while I try to start conversations and share content more frequently in English, I get dragged into conversations in French more often than in English.)

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(vendredi)

Sur la réforme 2020 du permis moto, le permis en général, et questions adjacentes

Méta (voire méta-méta) : Oh non, encore une entrée sur la moto ! En fait, pas tellement, puisque cette fois je vais parler des modalités du permis, mais laissez-moi d'abord expliquer pourquoi je tenais à écrire ça.

Méta (donc) : A priori le sujet ne me concerne plus puisque j'ai non seulement obtenu mon permis mais même fini par recevoir le bout de plastique qui l'atteste. Mais puisque, comme le documentateur frénétique que je suis, j'ai fait le boulot de service public, dans des entrées passées (à commencer par celle-ci) de décrire les épreuves comme j'aurais voulu qu'on me les expliquât, je me suis dit que mon devoir de service public s'étendait jusqu'à décrire aussi la réforme qui se profile à l'horizon (et qui a la conséquence irritante pour moi que ce boulot de service public aura été, en fait, assez inutile) : donc j'ai cherché à trouver des informations sur cette réforme (documentées de façon éparse et parfois incohérente entre des sources pas du tout officielles comme des vidéos YouTube), en me disant que j'allais les rassembler en une page écrite et trouvable sur Google avec une recherche comme réforme permis moto 2020 ou réforme permis A2 ou quelque chose comme ça ; et puis là, je suis tombé dans un monde parallèle où cette page existait déjà (alors que j'avais cherché, je vous jure !), et bien sûr c'est FlatFab de moto-securite.fr qui l'a écrite et il vous dit tout sur la réforme du permis A2 en 2020 (dans une page bien écrite et beaucoup plus complète que tout le reste de ce que j'ai trouvé, et dont le principal reproche qu'on peut lui faire est qu'il parle aussi de précédentes réformes donc on risque de croire que ce n'est pas la bonne ou de s'embrouiller). Du coup, cette entrée-ci n'avait plus de raison d'être, mais comme j'avais commencé à l'écrire et à ranter sur des sujets annexes, vous vous doutez bien que ce n'est pas ce qui allait m'arrêter de faire des phrases interminables.

Bref, n'ayant plus vraiment à faire le boulot de décrire cette réforme, je vais surtout évoquer quelques réflexions qu'elle m'inspire.

Mais pour rappeler quand même de quoi il s'agit, la forme actuelle, i.e., avant réforme 2020 (et depuis 2013), du permis A2 français (celui que j'ai obtenu et qui permet, à partir de 18 ans, de conduire des motocyclettes de puissance « intermédiaire » c'est-à-dire essentiellement ≤35kW) est la suivante : il comporte trois épreuves :

  • une épreuve théorique générale (l'ETG ou épreuve de code, j'avais raconté ça ici), commune à tous les permis français (et qu'on est dispensé de repasser si on a obtenu un permis dans les 5 dernières années, le code lui-même étant valable 5 ans) : il s'agit d'un QCM de 40 questions illustrées de photos ou de diapositives, portant sur des points de réglementation, de conduite d'une voiture, ou des questions générales de sécurité, et pour réussir l'épreuve il s'agit d'obtenir au moins 35 questions justes sur 40 ;
  • une épreuve hors-circulation (l'épreuve de plateau, j'avais raconté ça ici), elle-même subdivisée en cinq exercices (où on dispose de deux essais pour les trois du milieu) :
    • déplacement de la moto sans l'aide du moteur (ou poussette) + contrôle de l'état du véhicule (ou vérifications),
    • test de maîtrise à allure réduite (ou [parcours] lent),
    • test de maîtrise à allure plus élevée, partie freinage d'urgence,
    • test de maîtrise à allure plus élevée, partie évitement,
    • interrogation orale (ou fiches) ;
    chacun de ces cinq exercices est noté A, B ou C, sauf le premier qui ne peut être noté que A ou B, le C est éliminatoire, et la réussite de l'épreuve de plateau étant acquise lorsque le candidat obtient au moins deux A et aucun C ; le résultat est connu sur-le-champ ;
  • une épreuve de circulation, sur route (et très semblable à l'épreuve correspondante du permis voiture (B), mais avec un barème un peu différent ; j'avais raconté ça ici), notée sur 27 selon diverses catégories (la plupart pouvant donner lieu aux notes 3, 2, 1, 0 ou E, ce dernier étant éliminatoire) : pour réussir l'épreuve, il s'agit d'obtenir au moins 17/27 sans aucun E éliminatoire ; les résultats sont connus deux jours plus tard, et la date de début de validité du permis est celle de l'épreuve de circulation réussie (même si le plastique est reçu quelques mois plus tard).

Ces trois épreuves doivent être validées successivement : on ne peut se présenter à l'épreuve de plateau qu'une fois le code acquis, et à l'épreuve de circulation qu'une fois le code et le plateau acquis. Le code, une fois acquis, est valable pour une durée de cinq ans ou cinq présentation de chaque type d'épreuve (c'est-à-dire que cinq échecs au plateau ou cinq échecs à la circulation invalident le code qui doit alors être repassé) ; le plateau, lui, est valable pour seulement trois ans mais sans limitation de nombre de passages à l'épreuve de circulation (si on échoue cinq fois, on doit repasser le code, mais le plateau reste valable). [correction () :] Le code, une fois acquis, est valable pour une durée de cinq ans ou cinq présentation des deux types d'épreuves confondues (c'est-à-dire que cinq échecs aux deux épreuves pratiques réunies invalident le code qui doit alors être repassé) ; le plateau, lui, est valable pour seulement trois ans ou cinq présentations de l'épreuve de circulation (mais même si on doit repasser le code avant, le plateau éventuellement acquis reste valable dans ces limites). Je crois comprendre que le contenu de ce paragraphe ne sera pas modifié par la réforme, mais rien n'est certain.

En l'état actuel, le taux de réussite pour le permis A2 est de 64% à l'épreuve de plateau et 91% à l'épreuve de circulation ; pour comparaison, il est de 57% au permis B (chiffres pour 2017, France entière : source ici).

Les points essentiels de la réforme 2020 sont les suivants :

  • l'épreuve de code générale est remplacée par une épreuve de code spéciale moto (ETM : épreuve théorique moto), dont les modalités devraient rester, pour le reste, essentiellement les mêmes (40 questions sous forme de QCM), la différence essentielle étant qu'on posera des questions sur la circulation à moto plutôt qu'au volant d'une voiture, et le contenu recouvrera au moins le contenu des « fiches » d'avant la réforme ;
  • l'épreuve de plateau sera ramenée à un seul exercice, combinant le parcours lent, le freinage d'urgence, le slalom et l'évitement du plateau avant réforme, plus encore quelques demi-tours pour lier tout ça et quelques modifications marginales, en un unique parcours (long et compliqué !) noté en une seule fois ; les « fiches » sont supprimées (remplacées par l'ETM), et la « poussette » les vérifications sont déplacées à l'épreuve de circulation [mise à jour () : finalement, il semble que la poussette soit maintenue au plateau (et simplifiée), alors que les vérifications disparaissent complètement] ;
  • l'épreuve de circulation sera rallongée, de nouveaux éléments seront notés (la poussette et les vérifications, mais aussi la maîtrise de la trajectoire de sécurité dans les virages : le total de points serait probablement porté à 31, avec peut-être l'exigence d'obtenir au moins 23 ou 24 sur 31, tout ça semble encore mal défini) [mise à jour () : finalement, il semble que le total reste de 27, sans élément de notation supplémentaire, mais que le minimum pour réussir soit élevé à 21/27].

Il n'est pas clair quand cette réforme entrera en vigueur : on parlait du 1er janvier 2020, elle a été repoussée au moins au 1er mars, et peut-être au 1er juin [mise à jour () : finalement, il semble que ce soit le 1er mars, l'ETM étant mise en place immédiatement, et les nouvelles épreuves de plateau tout-en-un commençant le 18 mars]. Peut-être que certains des points évoqués ci-dessus seront redéfinis ou modifiés d'ici là, mais les grandes lignes devraient être les mêmes. Des mesures de transition seront probablement mises en place : vraisemblablement, les candidats inscrits avant la mise en place de la réforme auront pendant six mois(?) le droit de se présenter à l'épreuve de plateau avec un code général (ETG) et pas un code spécifique moto (ETM).

Il y a eu des rumeurs d'autres changements, comme le fait que les examinateurs puissent (ou doivent ?) eux-mêmes rouler à moto pour suivre les candidats, mais je suppose que ce sont des idées qui ont été lancées en l'air et qui n'ont abouti à rien.

Pour plus de détails, je renvoie à la page de FlatFab déjà liée ci-dessus, [ajout () :] cette page sur motoblouz.com et cette vidéo YouTube, ainsi que celle-ci qui présente spécifiquement le nouveau parcours plateau. [Voir aussi le fil Twitter qui finit ici.] [Mise à jour () : cette vidéo publiée récemment m'a permis de préciser/corriger certains points évoqués ci-dessus.] [Mise à jour () : encore une vidéo sur le sujet (avec le fondateur de l'auto-école où j'ai passé mon peris), qui précise un certain nombre de choses, et on voit notamment brièvement, à partir de 26′17″, défiler les documents explicatifs de la partie plateau.] Ce sont là mes sources principales (plus quelques discussions avec mes moniteurs pendant mes heures de conduite, et quelques autres vidéos YouTube par exemple celle-ci), et on peut se demander quelles sont leurs sources. Un mot à ce sujet :

Ça m'exaspère un peu que l'Administration elle-même soit muette sur cette réforme : même si rien n'est encore officiellement acté (au sens où aucun arrêté n'a été pris pour modifier les modalités de l'épreuve), ça me semble normal d'attendre un minimum de transparence sur les changements à venir. Autrement dit, je trouve qu'on serait en droit d'attendre un dossier officiel sur le site Web de la Sécurité Routière qui explique les modalités de la réforme et les enjeux auxquels elle essaye de se confronter, qui détaille les changements et explique leurs raisons, qui décrive précisément les nouvelles épreuves et le calendrier de leur mise en place, et qui précise les nouvelles consignes de notation. (Y compris, si tout n'est pas encore décidé, en précisant les points qui restent à définir.) Or il n'en est rien : les infos sont communiquées de façon officieuse à des représentants des auto-écoles (et peut-être quelques journalistes spécialisés) dans des réunions qui ne sont pas publiques, et on n'a que des rumeurs qui fuitent sur des forums ou des vidéos YouTube (voire des commentaires de telles vidéos).

Tout ça est vraiment problématique, parce que même si on peut prétendre que la réforme concerne avant tout les auto-écoles, et que les candidats seront de toute façon informés par elles, ce n'est pas vrai :

  • il est en principe possible de passer le permis A2 en candidat libre (faire ça dans les règles doit être sacrément compliqué pour toutes sortes de raisons, entre la difficulté de trouver une assurance, la nécessité de faire acheminer la moto d'examen et de trouver quelqu'un pour conduire le véhicule suiveur, mais c'est possible et des gens le font), et ces candidats libres ont autant que les élèves des auto-écoles le droit d'être tenus informés et de ne pas découvrir soudainement que l'épreuve qu'ils ont préparée n'est plus la bonne ;
  • les futurs inscrits, qui se renseignent parce qu'ils envisagent de passer le permis, ont aussi le droit de savoir à quelle sauce ils seront mangés, surtout pendant une période de transition où il est encore possible de s'inscrire à temps pour passer le permis « ancienne formule » (ou en bénéficiant de mesures transitoires) ;
  • et enfin, la manière dont on forme n'importe quelle catégorie d'usagers de la route est un sujet qui concerne tous les usagers de la route, donc en pratique, tout le monde (par exemple, les cyclistes ont le droit de se sentir concernés par la question de savoir si on enseigne bien aux apprentis motards à ne pas prendre les pistes cyclables ou empiéter sur les sas vélos aux feux rouges, et c'est précisément quelque chose qui devrait être mieux enseigné avec l'introduction d'un code spécial moto).

Bref, même si l'ordre juridique n'impose rien à l'Administration à part publier l'arrêté pertinent, il me semble vraiment souhaitable qu'elle fasse preuve de plus de transparence dans les travaux préparatoires. Je me suis déjà plaint qu'il était vraiment difficile d'obtenir des informations sur la manière dont étaient faites les questions de l'épreuve théorique générale, je vais pouvoir faire les mêmes remarques sur l'épreuve théorique moto quand elle apparaîtra, et sur l'ensemble du processus de décision.

La moindre des choses serait de se demander (et donc, pour l'Administration d'expliquer) pourquoi on fait une telle réforme. La motivation sous-jacente, je suppose, c'est que les chiffres de la sécurité routière concernant les accidents à moto ne sont pas bons, et surtout, baissent beaucoup moins que ceux concernant les accidents en voiture (je n'ai plus la source sous la main, donc je dis ça de mémoire, mais l'idée est là). D'où deux points d'action évidents (là aussi, c'est moi qui interprète) :

  • renforcer l'enseignement théorique avec un code spécial moto (qui mettrait en lumière les spécificités du véhicule plutôt que les enseigner au travers de « fiches » mal aimées),
  • rendre plus importante l'épreuve de circulation par rapport à celle de plateau.

Actuellement (avant réforme), l'épreuve de circulation est largement perçue comme une formalité : avec un taux de réussite au-delà de 90% (ce qui est quand même paradoxal eu égard à l'accidentologie que je viens d'évoquer), elle est considérée comme allant de soi, en tout cas pour les candidats qui ont déjà le permis B ; beaucoup d'auto-écoles (mais ce n'était pas le cas de la mienne) la prennent à la légère et se contentent souvent d'une seule séance de circulation, et même si on cherche des conseils en ligne (texte ou vidéo) sur la préparation du permis moto, il y en a plein sur le plateau et quasiment rien sur la circulation. C'est vraiment le plateau qui est perçu comme la partie difficile et significative du permis moto. (J'en veux pour preuve le nombre de messages que j'ai vus çà et là dont la teneur était quelque chose comme ça y est, j'ai eu mon plateau ! passage de la circulation prévu pour <tel mois>, et ensuite je m'achète <tel modèle de moto>, comme si l'échec à la circulation était à peine imaginable.)

Pourtant, de ce que j'ai compris des causes des accidents à moto, il s'agit beaucoup plus souvent de fautes de circulation (mauvaise prise d'information ou mauvaise anticipation des réactions des autres usagers) que de fautes de maniement du véhicule (et même parmi les fautes de maniement du véhicule, les plus courantes sont des sorties de virage, qui ne concernent pas vraiment un point enseigné sur le plateau). La réforme vise donc, de ce que je comprends, à corriger un peu ce déséquilibre, et on ne peut que l'applaudir : la partie « circulation » du permis A2 deviendra à la fois plus longue et plus difficile que celle du permis B (et il est certainement normal d'être plus exigeant à moto), et ne sera donc plus prise comme de la rigolade, même par ceux qui ont déjà le permis B.

Ceci étant, la réforme de la partie plateau laisse un peu perplexe. L'objectif, là, est de gagner du temps lors des passages sans vraiment alléger l'épreuve ; mais le résultat est un parcours extrêmement compliqué où on doit enchaîner dans le bon ordre un nombre incroyable de tours, demi-tours et autres passages entre des points imposés, et je suis persuadé qu'il y aura beaucoup de recalés pour fautes de parcours. On aura tendance à dire tout de même, le candidat est censé avoir passé au moins une douzaine d'heures de préparation de cet exercice, il peut bien mémoriser sans se tromper un parcours de quelques minutes, fût-il un peu complexe !, mais en fait, entre le dépaysement de se retrouver sur un plateau qu'on ne connaît pas, et le stress de l'examen, les fautes de parcours ne sont pas rares, déjà avec la formule actuelle, alors la formule trois-parcours-en-un qui est proposée risque d'être bien plus que trois fois pire. (Or s'il y a une compétence qu'on n'est pas censé être en train de tester, c'est la mémoire du candidat.) L'autre problème posé par un parcours unique et si compliqué, c'est de savoir comment les auto-écoles vont pouvoir le préparer : il me semble que la configuration standard actuelle (c'est ce que nous avions) est d'avoir en parallèle sur le terrain d'entraînement un plateau configuré pour le parcours lent et un autre pour les parcours rapides, ce qui permet de tourner assez vite (sur le parcours rapide, un seul élève passe en même temps ; sur le lent, on peut en avoir deux en parallèle sans trop de mal) ; avec ce nouveau parcours unique assez long à faire de bout en bout, il sera beaucoup plus difficile de ne pas se marcher sur les pieds (se rouler sur les roues ? enfin, vous me comprenez).

Quant à la réforme de la partie circulation, il faut se demander si les centres d'examens ne seront pas un peu submergés. La théorie est qu'on économise autant de temps sur la partie plateau qu'on en ajoute sur la partie circulation, mais dans la réalité ça ne se passera pas comme ça, les créneaux beaucoup plus longs seront plus compliqués à placer.

Par ailleurs, si cette réforme du permis A2 est certainement bienvenue pour la sécurité de tous, elle exacerbe une certaine contradiction entre la difficulté (accrue) du permis A2 et le fait que :

  • essentiellement aucune formation n'est demandée pour conduire un deux-roues motorisé de ≤125cm³ (motocyclette légère), i.e., l'équivalence du permis A1 : juste deux ans d'ancienneté du permis B et une formation de 7h en auto-école (non validée par un examen) ;
  • de même[#], il n'y a pas, en France, de nouvelle épreuve pour passer du permis A2 (motocyclettes de puissance intermédiaire) au permis A (toutes motos)[#2] : juste deux ans d'ancienneté du permis A2 et une formation de 7h en auto-école (non validée par un examen).

[#] Malgré la similarité formelle entre les deux points qui précèdent, le Club Contexte signale une différence importante, qui est que l'autorisation de conduire une moto de ≤125cm³ avec le permis B + 2 ans d'ancienneté + formation de 7h est une équivalence nationale du permis A1 qui n'est pas une vraie mention A1 sur le permis et n'est pas valable dans les autres pays, tandis que la passerelle vers le permis A qui s'obtient maintenant uniquement (voir la note suivante) avec le permis A2 + 2 ans d'ancienneté + formation de 7h, est, pour sa part, un vrai permis A, valable dans tous les pays qui ont la distinction entre catégories A2 et A, et notamment toute l'Union européenne.

[#2] Jusqu'en 2016 (éclaircissement : je veux dire, juste avant 2016, et en fait, depuis 2013, parce qu'avant c'était encore différent, cf. les commentaires) on pouvait passer directement le permis A si on était âgé d'au moins 24 ans. Depuis 2016, le permis A ne peut s'obtenir que par ce système : 2 ans d'ancienneté du permis A2 et une formation complémentaire (le A2 est donc en pratique une sorte de version probatoire du A même si, comme le signale la note précédente, le A est une vraie mention au permis qui nécessite de refaire le bout de plastique).

S'agissant du premier point, on peut arguer qu'il est un peu bizarre de rendre le permis A2 plus exigeant tout en donnant à tour de bras l'équivalence du permis A1 étant donné que les scooters sont quand même, en ville, ceux qui conduisent le plus mal (j'ai déjà dit tout le mal que je pensais des scooters ? ah oui, je l'ai déjà dit). La réponse d'un de mes moniteurs moto quand je lui ai demandé ce qu'il en pensait a été : oui, mais si on retirait le droit de conduire un scooter avec juste deux ans d'ancienneté du permis B, les gens conduiraient sans permis et ce serait encore pire : c'est un peu déprimant, mais il a sans doute raison.

Une autre incohérence dans le même genre est que les gens qui passent vraiment le permis A1 (c'est-à-dire des jeunes entre 16 et 18 ans, parce qu'au-delà ça n'a aucun intérêt de passer le A1 dont les épreuves sont exactement les mêmes que celles du A2 avec juste une moto de ≤125cm³) doivent repasser… exactement les mêmes épreuves[#3] quand ils passent le permis A2, mais que la même logique ne vaut pas pour passer du A2 au A. Il faudrait savoir : soit ça a un intérêt de revérifier les mêmes compétences sur une moto plus puissante, soit ça n'en a pas ; personnellement, je n'en sais rien, mais il est bizarre que la réponse soit différente pour A1→A2 et A2→A. (Bon, avec cette réforme, les détenteurs récents du permis A1 seront au moins dispensés de repasser l'épreuve théorique moto.)

[#3] Idem, pour passer du permis B1 (quadricycles lourds à moteur) au permis B, on doit tout repasser. Ce qui explique sans doute qu'essentiellement personne ne passe le permis B1 (221 candidats dans toute la France en 2017, soit même pas 0.015% de l'ensemble des candidats du groupe B).

Je ne sais pas, donc, si conduire une moto plus puissante est intrinsèquement plus difficile ou si elles sont juste plus dangereuses parce qu'on est plus tenté de faire des conneries avec. (La seule fois où j'ai eu une moto de 125cm³ entre les jambes, ça ne m'a pas semblé plus facile qu'une 500cm³, plutôt le contraire, même, je n'arrêtais pas de caler en ville et sur l'autoroute je ne me sentais pas du tout rassuré à cause du manque de réserve d'accélération.)

Quoi qu'il en soit, il y aurait une raison naturelle de faire un vrai examen lors du passage du permis A2 au permis A (comme c'est le cas pour ceux qui ont le permis A1 quand ils veulent passer le A), ce serait de vérifier que, deux ans plus tard, les élèves n'ont pas trop oublié les règles de circulation. Un de mes moniteurs moto me disait que, quand il enseigne la formation passerelle A2→A, il constate beaucoup de pertes de bonnes habitudes de circulation acquises deux ans plus tôt. L'idée de mettre un vrai examen à ce moment-là serait donc d'utiliser le changement de catégorie de puissance comme prétexte pour recontrôler les règles de circulation. Certes, moi personnellement ça m'ennuierait bien de devoir re-re-re-passer un permis, et sans doute de découvrir que je dois encore y passer 244 823 040 heures, mais je pense quand même que ce serait une mesure sensée. Mais, en l'état des projets, la réforme annoncée du permis concerne uniquement le A2 et pas la passerelle A2→A qui resterait acquise par une simple formation de 7h après 2 ans de permis A2.

Je me suis plusieurs fois dit que je devais faire le tour des pays européens pour chercher à savoir les modalités de délivrance de leurs permis de conduire (de toutes les catégories) : parce que si les catégories (AM, A1, A2, A, B1, B, C1, C, D1, D, BE, C1E, D1E et DE, regardez les pictogrammes au dos du bout de plastique — et, non, il n'y a pas de B1E et ça me perturbe) sont normalisées au niveau européen, les modalités d'accès à ces catégories ne le sont pas du tout. Malheureusement, c'est assez difficile d'avoir accès à ces informations, surtout si on ne sait pas lire 24 langues différentes. Il y a bien sûr des points communs (presque toujours au moins une épreuve théorique et au moins une épreuve pratique, et, s'agissant de la moto, en fait deux épreuves pratiques, une hors circulation et une en circulation), mais énormément de différences dans les détails. De ce que je comprends, dans la plupart des autres pays européens, on peut passer directement le permis A (comme c'était le cas en France avant 2016), en revanche, si on a déjà le A2, on n'obtient pas le A par une simple formalité ; et, qui sait, il y a peut-être même des pays où le permis B1 a une raison d'être, comment savoir…

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(mardi)

Réalisation de posters de Paris et de sa région, suite

À la fin de l'entrée précédente, j'évoquais le projet de faire imprimer des posters au format 2A0 (on me signale qu'on ne dit pas A−1) de Paris et de l'Île-de-France à partir de leur rendu OpenStreetMap. J'ai un peu progressé et je voudrais dire où j'en suis actuellement, quitte à éditer plus tard cette entrée-ci (plutôt que la précédente) pour raconter s'il y a du nouveau.

D'abord, je pense que je vais plutôt viser le format A0 (119cm×84cm, de surface 1m²) que 2A0 (168cm×119cm, de surface 2m²), parce que ce dernier est vraiment ambitieux : l'impression coûte encore plus cher (logique), les fichiers sont encore plus pénibles à générer et à manipuler, et je me sentirai encore plus agacé si je me rends compte (ce qui est sans doute inévitable) qu'il y a un problème sur la carte. En échelle, je pense que je vais utiliser le 1:15 000 pour le plan de Paris en A0, et 1:75 000 pour le plan des environs de Paris aussi en A0[#]. J'écris environs de Paris parce que je ne vais finalement pas englober toute l'Île-de-France, ça fait une échelle trop petite et on n'y voit plus assez de choses intéressantes. Pour ce qui est du centrage, je pense que je vais centrer les deux sur la tour Saint-Jacques à Paris : ainsi, à 1:15 000 en A0, on a une carte qui inclut tout le bois de Vincennes et quasiment tout le bois de Boulogne, et en 1:75 000 on a Rambouillet, Corbeil-Essonnes, Meaux, l'Isle-Adam, Thoiry, Montfort-l'Amaury — mais pas Fontainebleau, par exemple.

[#] Bon, il y a un problème possible à régler (ou à décider d'ignorer), là, c'est que, de ce que je comprends, Nik4 (comme le site d'OpenStreetMap et plein d'autres) utilise une projection Web Mercator, c'est-à-dire, utilise les formules de la projection de Mercator d'une sphère en les appliquant à un ellipsoïde, et plus exactement, en les appliquant à la latitude géodétique φ (celle qu'on utilise par défaut quand on parle de latitude, et qu'on donne dans les coordonnées GPS/WGS84/IERS). Or si on veut que la projection de Mercator soit conforme sur un ellipsoïde, il faut utiliser une autre latitude, la latitude conforme χ (c'est essentiellement la définition de la latitude conforme que c'est celle qui permet de faire comme si l'ellipsoïde était une sphère dans toute projection cartographique conforme). Du coup, la projection Web Mercator n'est pas conforme (elle applique les formules de Mercator à φ alors qu'elle eût dû les appliquer à χ pour obtenir une projection conforme), ce qui signifie, concrètement, que les deux directions (horizontale et verticale) n'ont pas la même échelle : si mes calculs sont corrects, ce qui est loin d'être certain, il y a une différence d'échelle de 0.86% entre les deux axes à la latitude de Paris (φ=48.86°). Je peux corriger ce problème en transformant un peu l'image (ou, mieux, en essayant de modifier Nik4 pour qu'il accepte une résolution différente dans les deux axes, histoire que le texte ne soit pas déformé par la transformation) ; mais il reste à savoir si le remède ne serait pas pire que le mal — et si, d'ailleurs, j'arrive à trouver quelle est la bonne échelle, c'est-à-dire comment Nik4 (ou Mapnik, ou je ne sais quoi) interprète le paramètre échelle qu'on lui fournit.

Bref, les images ressembleraient sans doute à ceci :

[Plan de Paris][Plan des environs de Paris]

Cliquez sur les images pour les agrandir juste un peu, mais ce ne seront pas encore les images à taille bonne à tirer : je mets des versions A0 en 75dpi (soit 3511×2483) ici pour Paris et là pour les environs, mais je ne promets pas de garder pérennes ces URL (et si je fais des changements, je garderai les mêmes noms alors que les images au-dessus resteront attachées à cette entrée) ; et je mets des versions à 150dpi (soit 7022×4967) aux mêmes adresses en remplaçant 75dpi par 150dpi, mais comme ce sont des fichiers déjà assez gros (44Mo pour Paris) je ne fais pas de lien direct pour ne pas que des gens cliquent dessus par accident ; la version à imprimer sera sans doute en 300dpi (cela donne un fichier d'environ 115Mo pour Paris).

(Comme expliqué ci-dessous, ces images sont © OpenStreetMap 2019 et redistribuables sous les termes de la licence ODbL.)

Ajout () : On me signale (en commentaire de cette entrée-ci, ainsi que sur Twitter) que l'IGN vend des cartes à la carte, à différentes formats dont 110cm×96cm, qu'on peut choisir en papier indéchirable et non plié, et à différentes échelles (randonnée et découverte : 1:15 000, 1:20 000, 1:25 000 ou 1:30 000 avec le niveau de détails et la présentation des cartes TOP25 au 1:25 000 ; ou bien tourisme et découverte : 1:60 000, 1:80 000, 1:100 000 ou 1:120 000 avec le niveau de détails et la présentation des cartes TOP100 au 1:100 000), c'est donc très proche de ce que je voulais faire. Je trouve le rendu OpenStreetMap plus joli et plus fin (même si évidemment il faut s'attendre à toutes sortes de petits bugs dans l'affichage et le contenu de la carte finale), et ces cartes seraient plutôt complémentaires, mais je me dois en tout cas de les signaler ici.

Comment génère-t-on les images ci-dessus ? D'abord, il faut avoir une petite idée de la manière dont OpenStreetMap fonctionne et dont les composantes s'emboîtent. (Généralement c'est la partie la plus compliquée à comprendre quand on a affaire à un projet informatique : les docs vous expliquent ce que font les différents bouts, mais personne ne prend la peine de présenter une vue d'ensemble qui décrive comment agencer ces différents bouts.) Voici ce que je peux dire (ou en tout cas, ce que je pense avoir compris) :

  • Commençons par le début : OpenStreetMap (ou OSM) est un projet collaboratif, un peu analogue à Wikipédia (au sens où tout le monde peut éditer[#2], et librement redistribuable sous la licence ODbL), mais dont le but est de cartographier la Terre entière, à tous les niveaux de détail possibles. C'est-à-dire, quand je dis cartographier, qu'il ne s'agit pas juste de produire des cartes mais des données cartographiques à partir desquelles des cartes pourront être générées, mais les données cherchent à être les plus précises possibles et à couvrir toutes les types d'informations qu'on arrive à rassembler (découpages administratifs, méta-informations comme la nature ou la vitesse limite des route, ce genre de choses).
  • Ces données représentant des quantités assez énormes d'information, on a besoin de programmes pour rendre commode leur accès : pour ça, OpenStreetMap utilise la base de données PostgreSQL (moteur de base de données relationnelle libre) et son extension PostGIS spécialisée dans le traitement des données géographiques (il permet, par exemple, de stocker un nombre énorme de points et de récupérer rapidement les points contenus dans un rectangle donné).
  • On a parfois besoin d'échanger, de stocker, d'archiver ou de publier les données géographiques en question indépendamment d'une base de données : pour ça, OpenStreetMap utilise un format spécifique, une instance de XML appelée Osmium (osm comme OpenStreetMap). Il existe différents outils pour lire des données OpenStreetMap au format Osmium et l'insérer dans une base de données PostGIS (j'ai utilisé osm2pgsql) ou, inversement, pour stocker le contenu d'une telle base de données à ce format. Certains outils savent manipuler les données OpenStreetMap à la fois au format Osmium ou déjà insérés dans une base de données PostGIS (et certains ne savent faire que l'un des deux et, bien sûr, ne vous disent pas clairement ce qu'ils attendent). Pour récupérer les données OpenStreetMap complètes d'un pays, voire de la planète entière, on va les récupérer sur le site Web Geofabric au format Osmium (comprimé selon différents mécanismes : PBF ou Bzip2 — quand j'ai regardé, la version PBF était cassée donc j'ai pris france-latest.osm.bz2 comme source, qui fait quand même 5.5Go comprimé).
  • On a aussi besoin d'un outil pour transformer les données (abstraites) en cartes (des images, comme celles ci-dessus) : pour ça, on utilise généralement (c'est ce que j'ai fait, et c'est ce que fait OpenStreetMap sur son site, mais ce n'est pas la seule possibilité) la bibliothèque Mapnik (j'avais déjà joué avec il y a bien longtemps, mais pas avec les données OSM). Mapnik n'est qu'une bibliothèque, c'est-à-dire un ensemble de fonctions capables de faire différentes tâches de rendu : on peut utiliser différents programmes de plus haut niveau pour appeler ces fonctions, pour ma part j'ai utilisé celui qui s'appelle Nik4.
  • Il ne suffit pas de mettre ensemble les données OSM (fussent-elles stockées en PostGIS) et Mapnik (fût-elle appelée depuis Nik4) pour obtenir une carte : il faut encore définir le style de la carte, c'est-à-dire, en gros, sa légende : ce qu'on va représenter et comment. Mapnik est juste le moteur : il transforme les données et le style en une image. Mais le style est vraiment ce qui va lui donner ses instructions (du genre les autoroutes, tu les traceras en rouge, avec telle largeur, et tu mettras leur nom en encadré en le positionnant comme ceci). Il existe un style « par défaut » pour OpenStreetMap, c'est celui qui est affiché sur le site web www.openstreetmap.org (pour le plan par défaut), il s'appelle openstreetmap-carto (et c'est celui que j'ai utilisé pour les cartes ci-dessus, en me disant que je n'avais pas les compétences pour refaire un style moi-même, même si j'aurai peut-être envie de le modifier un peu et d'ailleurs je l'ai fait, très minimalement). Pour donner un exemple illustrant l'importance du style, comparer cette vue de Paris avec le style openstreetmap-carto et celle-ci sur Géoportail à la même échelle et utilisant aussi les données OpenStreetMap mais affichées dans un style différent (je ne sais pas s'ils passent par Mapnik, à vrai dire, mais je suppose que c'est plausible).
  • Mapnik fonctionne avec un style défini par un fichier XML. Ce dernier étant très complexe à écrire, on a introduit (je ne sais pas si c'est pour OpenStreetMap ou simplement que c'est utilisé par OpenStreetMap) un autre format appelé CartoCSS, plus facile à éditer, et les outils nécessaires pour le transformer en le XML pris en entrée par Mapnik. Le style openstreetmap-carto que j'évoque ci-dessus est écrit en CartoCSS (plus toutes sortes de petites images ad hoc pour les symboles représentant les points d'intérêt).
  • Bref, les ingrédients pour générer une carte sont, en gros : les données OpenStreetMap téléchargées au format Osmium + PostgreSQL + PostGIS + osm2pgsql (pour convertir depuis Osmium) + Mapnik + Nik4 + le style openstreetmap-carto + CartoCSS.
  • Il faut que je fasse une digression sur le niveau de zoom. Les cartes papier sont définies par une échelle comme 1:60 000. Pour une carte informatique, c'est-à-dire une image, si celle-ci sera affichée sur un écran, comme on ne connaît pas la taille de l'écran sur lequel on va faire le rendu, l'échelle devrait s'exprimer en pixels par kilomètre ou quelque chose comme ça. Mais comme par ailleurs les cartes interactives (rendues dans un navigateur ou une application smartphone) fonctionnent en mettrant côte à côte des images carrées (tiles, comme un carreau de carrelage, typiquement de taille 256×256 parce que c'est bien pratique), une convention, initiée par Google Maps et réutilisée par OpenStreetMap, Géoportail et d'autres, consiste à parler de niveau de zoom, numéroté de 0 à 22 (ou autant qu'on voudra) avec un facteur 2 à chaque niveau de zoom. Plus exactement, au niveau 0, le carreau représentant en projection de Mercator toutes les latitudes de −180° à +180° (et les latitudes de −85°03′04″ à +85°03′04″, donc essentiellement le monde entier) tient dans un seul carreau de 256×256 ; et chaque carreau de niveau k est divisé en 2×2=4 carreaux de niveau k+1 : au niveau 1, le carreau de taille 256×256 contient 180° de longitude et la Terre utilise 4 carreaux, au niveau 2 le carreau contient 90° de longitude et la Terre utilise 16 carreaux, et ainsi de suite. Ainsi, voici les vues OpenStreetMap centrées sur Paris au niveau de zoom 8, 9, 10, 11, 12 et 13. (Notons que Google Maps, maintenant, est plus raffiné et utilise des fractions arbitraires de niveau, notamment des quarts quand on zoome à la molette de la souris, ce qui rend son zoom beaucoup plus agréable et plus fluide alors qu'avec OpenStreetMap on ne peut zoomer que par des facteurs 2 et rien d'intermédiaire.)
  • Le style qu'on voudra utiliser pour une carte dépend évidemment de son échelle (ou, ce qui revient au même, dans le cas d'une image informatique, du niveau de zoom évoqué au point précédent). C'est normal : on n'affiche pas les mêmes informations, ou on ne les affiche pas de la même manière, et pas même juste en changeant la taille, sur une carte au 1:120 000 que sur une carte au 1:15 000 : une carte au 1:120 000 n'est pas une carte au 1:15 000 dont on aurait réduit toutes les dimensions par 8 (cela rendrait les symboles, le texte, et ainsi de suite, complètement illisibles). Comparer les images de ce tweet pour un exemple de ce que sont les différences si je ramène les cartes à la même taille en pixels. Un style tel que openstreetmap-carto contient donc comme paramètre un niveau de détails d'affichage, ce paramètre étant identifié au niveau de zoom évoqué ci-dessus. C'est là que les choses deviennent un peu confuses : en principe, on peut régler indépendamment le niveau de détails du style et l'échelle du rendu (pour produire, par exemple, les cartes du tweet que je viens de lier, j'ai fait une carte à l'échelle 1:60 000 à imprimer à 300dpi, une carte à l'échelle 1:30 000 à imprimer à 150dpi et une carte à l'échelle 1:15 000 à imprimer à 75dpi, toutes les trois ayant donc une échelle rendu de 197 pixels par kilomètre de terrain) ; mais dans la pratique, ce n'est pas vraiment prévu, et si on veut jouer avec ça on doit essentiellement mentir sur d'autres paramètres.[#3]

Une fois qu'on a compris tout ça, il reste à enchaîner correctement les commandes en espérant ne pas tomber sur des incompatibilités subtiles entre versions. Je suis arrivé à la suite de manœuvres que j'ai notée ici (en espérant ne pas m'être tompé en notant) sur ma machine de bureau qui est une Ubuntu 18.04.3 LTS Bionic Beaver avec 32Go de mémoire (mon PC personnel en a le double, ce qui aurait été utile, mais sa connexion réseau est bien trop mauvaise pour pouvoir en faire quoi que ce soit d'utile) : il y a peu de chances que ces commandes puissent resservir telles quelles à quelqu'un d'autre, mais ça donnera au moins une idée de l'ordre et de la manière dont on peut enchaîner les bouts. (Je note n'ai pas tout compris à ce que je faisais : par exemple, je ne comprends pas pourquoi osm2pgsql a besoin de faire intervenir des bouts de openstreetmap-carto alors que, dans ce que j'ai compris, la feuille de style intervient uniquement pour le rendu par Mapnik et pas pour l'interconversion entre Osmium et la base de données PostGIS. Passons.)

[#2] Je me demande d'ailleurs comment OpenStreetMap gère le vandalisme (grossier ou insidieux), qui doit être beaucoup plus subtil à détecter et complexe à corriger que sur Wikipédia, et qui peut présenter un enjeu économique plus important (par exemple, en marquant un certain endroit comme infranchissable sur OpenStreetMap, on peut espérer rerouter ailleurs toutes sortes de véhicules qui utiliseraient les données OpenStreetMap pour leur navigation) ; et notamment, je me demande comment vérifier que le poster que je vais imprimer ne contient pas (trop) de vandalisme.

[#3] Un autre point que je dois d'ailleurs signaler est que le niveau de détails affiché par le style est choisi (de ce que je comprends) d'après le niveau de zoom, mais même pour une résolution fixe (en points par pouce), le niveau de zoom correspond à une échelle différente à l'équateur et près des pôles (à l'équateur, le niveau de zoom 12 correspond à 26.2 pixels par kilomètre, tandis qu'à la latitude de Tromsø il correspond à 75.1 pixels par kilomètre). C'est-à-dire que si on a fait des choix raisonnables à une latitude moyenne (de quoi afficher à un niveau de zoom donné), ils risquent de donner des cartes trop riches en détails à l'équateur et trop avares de détails aux latitudes polaires. Mais je n'ai peut-être pas bien compris comment fonctionne le choix du niveau de détails dans la feuille de style.

J'ai effectué de petites modifications dans le style openstreetmap-carto, essentiellement pour retirer des éléments qui étaient affichés de façon à mon avis bien trop visible et distrayantes : les hôpitaux, notamment, sont affichés dès le niveau de zoom 15, or il y en a plein à Paris (pour une certaine définition de hôpital), ce qui donnait une image remplie de symboles d'hôpitaux qui, à mon avis, aurait été moche comme poster ; de façon peut-être plus discutable, j'ai retiré l'affichage des châteaux (pour une certaine définition de château qui inclut le Palais-Bourbon) et des parkings.

Il faudrait encore passer ces images en revue. Je suis sûr qu'il y a plein de problèmes avec qui ne sautent pas forcément immédiatement aux yeux mais qui, si on les imprime en poster, finiront par être remarquées et ensuite on ne verra que ça. Ce ne sera malheureusement pas forcément possible de corriger les problèmes en question, vu que je ne connais rien à CartoCSS ni aux autres couches utilisées. La manière dont Mapnik décide quels textes afficher, par exemple, est probablement bien trop complexe à régler pour que je puisse y faire quoi que ce soit. Même la taille des caractères des différents textes, je pense que c'est tout un sac de vipères de commencer à jouer avec.

Je ne pense pas faire apparaître d'échelle sur la carte elle-même, ni quoi que ce soit comme insert : j'aime bien l'idée d'un poster qui représente directement le terrain, sans petit encart qui donne un titre, une date, une échelle ou une légende. (Et je doute fortement qu'on vienne me chercher des noises parce que je n'aurais pas dénaturé le plan en écrivant © OpenStreetMap et contributeurs 2019 : je prévoirai éventuellement un post-it à coller dessus avec cette indication. ☺️)

Après tout ça, il faut (enfin, il faudra) donner l'image à imprimer. Cela ouvre un autre jeu de problèmes, parce que les imprimeurs ont leur propre langage, que je ne comprends pas forcément (et donc, après avoir fait le boulot de décoder le langage des cartographes, il faut faire le boulot d'en décoder un nouveau, soupir).

De ce que je comprends, pour faire imprimer une image d'une certaine taille, on fournit une image plus grande, qui sera coupée à la taille demandée ou zone de rogne (ou trim box en anglais) : au-delà de cette zone de rogne, on ajoute prolonge l'image un peu plus (typiquement 5mm dans chaque direction) en ce qu'on appelle un fond perdu (bleed box en anglais), et on fait apparaître des traits de coupe qui empiètent sur le fond perdu et se prolognent encore au-delà (i.e., plus à l'extérieur), alignés avec les côtés de la zone de rogne, pour indiquer où on va couper celle-ci. Il faut donc fournir une image (zone de support ou media box) encore plus grande que la zone de fond perdu (elle-même plus grande que la zone de rogne qu'on veut vraiment), mais la taille qu'elle est censée faire m'échappe un peu, ainsi que les spécifications précises des traits de coupe (ce n'est probablement pas très important). Il va donc falloir que je joue avec ImageMagick ou autre chose, pour ajouter ces traits de coupe (les fonds perdus eux-mêmes ne posent pas de problème, ça consiste simplement à générer une image plus grande). Ça ne devrait pas être compliqué, mais si je dois convertir en PDF en en remplissant correctement les métadonnées (TrimBox, BleedBox, MediaBox), je risque d'avoir plus de mal.

L'autre problème possible que je vois venir concerne la conversion de RGB (couleurs en système additif rouge-vert-bleu) en CMYK (système soustractif cyan-magenta-jaune-noir) : je m'y connais un peu en colorimétrie « abstraite », mais je ne sais pas comment fonctionne ce genre d'espace de couleur ni comment faire la conversion dans la pratique. (Le rendu exact des couleurs n'est pas important puisqu'il s'agit juste d'un diagramme, donc en ce qui concerne l'intention de rendu je veux probablement celui qui maximise la saturation.)

Heureusement, plusieurs personnes se sont dévouées pour faire l'interface entre l'imprimeur et moi et, au moins, me fournir des consignes claires sur ce que je dois donner.

Quand j'aurai compris tout ça, je mettrai évidemment les PDF finaux à un endroit publiquement accessible pour que le travail puisse resservir à d'autres.

Encore après ça, il faudra que je recense les gens qui peuvent être intéressés par une copie du poster. J'ai intérêt à faire de la pub, parce que l'imprimeur que j'ai trouvé (et qu'on m'a conseillé) demande 90€ pour un exemplaire unique au format A0 (papier 190g/m² satiné), mais ça descend à 38.40€ l'exemplaire s'il y en a cinq. (Il y aura, cependant, le problème de faire parvenir les exemplaires aux personnes qui les auront demandés.) Pour l'instant, tout ça est largement en flottement.

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(lundi)

Les cartes et le territoire

Une chose qui me fascine avec les cartes et plans, c'est la manière dont la même réalité physique (le territoire) peut se prêter à une multitude de représentations graphiques (les cartes) qui, soit parce qu'elles montrent telle ou telle facette de la réalité (les données), soit parce qu'elles la symbolisent de telle ou telle façon (le rendu), produisent un effet complètement différent quand on les regarde.

[Carte de la Vallée de Chevreuse (carte IGN)][Carte de la Vallée de Chevreuse (carte topographique)][Carte de la Vallée de Chevreuse (relief)][Carte de la Vallée de Chevreuse (OpenStreetMap)][Carte de la Vallée de Chevreuse (plan IGN)][Vue aérienne de la Vallée de Chevreuse]

J'affiche ci-contre[#] six[#1b] cartes à faire défiler, ou plutôt cinq cartes et une mosaïque de photographies aériennes, de la même zone géographique, qui correspond en gros à la vallée de Chevreuse (centrée, en l'occurrence, sur le château de la Madeleine à Chevreuse)[#2] : chacune est un lien vers GéoPortail[#3] affichant la même vue et sur lequel on peut zoomer, dézoomer, se déplacer, etc. ; à ces cartes on peut encore ajouter celle d'OpenStreetMap (qui est identique à la quatrième carte de ma liste au niveau données, mais avec un rendu différent) ou celle de Google Maps[#4] (ou encore celle de Wikimapia, mais cette dernière est vraiment très mauvaise). Je suis fasciné par l'effet différent que me produisent ces vues : selon que je regarde l'une ou l'autre, j'ai l'impression que l'ensemble de la zone est très grande ou très petite, très dense ou très vide, très variée ou très uniforme… et bien sûr, les endroits possiblement intéressants vers lesquels se tourne naturellement mon regard sont très différents.

Et il s'agit d'un endroit que je connais raisonnablement bien, ou disons, dont je connais un certain nombre de bouts[#5], comme je le racontais dans l'entrée précédente (plus précisément dans ce passage-là de cette dernière) : donc ce qui m'intéresse aussi est la confrontation entre ces différentes représentations et ma propre image mentale des endroits que je connais (qui sont parfois à recoller les uns avec les autres, comme je l'évoquais ici et ) ; j'imagine que l'effet de ces cartes est très différent pour quelqu'un qui ne connaît pas du tout l'endroit.

L'idée, bien sûr, c'est de repérer les endroits agréables où me balader[#6], soit à moto soit à pied : soit de visualiser ceux que je connais (pour améliorer mon sens de l'orientation et comprendre comment ils sont situés les uns par rapport aux autres, ou éventuellement les signaler à d'autres), soit d'en chercher de nouveaux.

Mais agréable n'est pas quelque chose qui se voit facilement sur une carte : on peut chercher les routes à travers la forêt (encore faut-il que la carte montre les forêts : Google Maps, par exemple, montre du vert à certains endroits mais le sens exact m'échappe et ça se corrèle assez mal avec la forêt), ce sera souvent intéressant, mais il y a aussi des routes à travers champs qui offrent un joli paysage, tandis que d'autres sont juste interminablement monotones ; on peut repérer les petits villages isolés, mais certains sont pittoresques et d'autres sont moches, et la carte ne va pas vous le dire (sauf si elle est faite exprès pour, mais je ne connais pas ça) ; les forêts ne se ressemblent pas toutes (j'en ai déjà parlé), mais ça ne saute pas aux yeux sur une carte. Il faut au minimum arriver à se figurer le relief, et déjà ce n'est pas évident de « lire » instinctivement des lignes de niveau. Pour en savoir plus, on peut utiliser Google Street View (qui est quand même un outil extraordinaire, on doit bien l'avouer) pour aller « voir » à travers les yeux de la voiture Google si l'endroit semble valoir la peine d'être visité : pour une route ou un village, ça donne une bonne idée — pour une forêt, bien sûr, on n'en verra que les bords.

Quelques exemples d'endroits que j'ai trouvés charmants en y passant (dans un ordre un peu quelconque) : (entre Châteaufort et Gif-sur-Yvette), (entre Chevreuse et Boullay-les-Troux), (« route des 17 tournants » au nord de Dampierre), (Milon-la-Chapelle), (à Magny-les-Hameaux du côté des Granges de Port-Royal), (entre Senlisse et Cernay-la-Ville), (entre Dampierre et Cernay-la-Ville, au niveau du petit moulin des Vaux-de-Cernay), (entre les Essarts-le-Roi et Senlisse/Cernay), (entre Auffargis et Cernay-la-Ville, au niveau des Vaux-de-Cernay). Mais plutôt que de faire une liste, comme ça, je devrais surtout trouver moyen de faire un modifier une carte pour montrer les régions que je trouve propices et les endroits que j'ai aimés.

Ajout : Pour montrer un exemple d'endroit que je ne connais pas mais qui me tente d'après ce que j'en vois sur Google Street View, il faut que j'essaye d'aller des Essarts-le-Roi à Dampierre en passant par Lévis-Saint-Nom et Maincourt-sur-Yvette, c'est-à-dire longer l'Yvette depuis sa source, ça a l'air plutôt mignon : , , , , . (Bêtement, quand je suis rentré de Tremblay-sur-Mauldre l'autre jour, je suis passé par la route beaucoup moins intéressante entre les Essarts-le-Roi et Dampierre qui passe plus loin au sud en direction de Senlisse, la D202.)

Quant à repérer les endroits que je connais, c'est un peu un piège, parce que quand je commence à me remémorer des lieux que j'ai traversés, j'ai des images parfois anciennes qui me remontent à l'esprit et je cherche à retrouver où c'était, ça, déjà ?, avec parfois un petit sentiment de nostalgie qui accompagne le regret de ne pas avoir assez profité de l'instant passé quand il était présent. Je viens de passer des heures à naviguer entre GéoPortail, OpenStreetMap et Google Maps (ou surtout, Street View) à reconnecter des routes sur la carte et dans mon souvenir[#7].

(La suite après les notes…)

[#] Enfin, j'essaie d'afficher. Ce langage suprêmement merdique qu'est le CSS réussit à rendre absolument tout incroyablement difficile, y compris le fait d'afficher cinq images côte à côte avec une barre de défilement permettant de passer de l'une à l'autre, donc ce que j'ai fait est certainement cassé dans tous les sens, mais je jette l'éponge.

[#1b] Modification () : J'ai ajouté une carte supplémentaire (celle qui représente le relief avec un gradient de couleurs) et réordonné celles que j'avais déjà mises.

[#2] Je trouve que ce rectangle correspond assez bien à mon interprétation de la région géographique vallée de Chevreuse, et ça semble assez logique de le centrer sur le château de Chevreuse. Mais le Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse, plusieurs fois étendu (je crois d'ailleurs comprendre que la limite figurée sur Wikipédia n'est plus à jour, puisque Vaugrigneuse en fait apparemment partie) va carrément beaucoup plus loin, et englobe ce que j'appellerais forêt de Rambouillet (Clairefontaine-en-Yvelines, il faut une certaine imagination pour placer ça dans la vallée de l'Yvette). Enfin bref, le périmètre exact de ces deux termes est confus.

[#3] Je dois dire que quand GéoPortail a été lancé, je rigolais un peu de ce projet franco-français, qui faisait tout pareil que d'autres site de cartographie mais en moins bien, uniquement pour la France, et de façon très fermée. Maintenant, je rigole moins, l'interface est devenue vraiment bonne et on peut trouver moyen de vraiment visualiser des choses intéressantes avec (et, pour commencer, ils ont compris l'intérêt de faire des permaliens utilisables).

[#4] Je ne sais malheureusement pas faire un lien Google Maps qui n'ait pas cet insupportable onglet latéral (à gauche) qui obscurcit un bon bout de la carte.

[#5] Ça pourrait être une idée de faire une version de la carte où je mettrais en couleur les routes que j'ai parcourues et les endroits que je connais bien, histoire de m'apercevoir qu'elles ne sont qu'une petite partie de la zone en question !

[#6] Enfin, en cette saison, il s'agit peut-être plutôt de rêver à des endroits où il pourrait être agréable de se balader si le temps n'était pas aussi pourri. Ça n'aide pas que sur Google Street View on ait l'impression qu'il fait tout le temps beau ! (À vrai dire, je me suis pas mal frustré écrivant les liens Google Street View de cette entrée, à me dire mais je veux que ce soit le printemps !…)

[#7] Exemple au pif : je me suis rappelé soudainement avoir mangé avec mes parents, et peut-être aussi avec mon poussinet, il y a peut-être une grosse dizaine d'années, au restaurant Les Chevaliers des Balances ici à Saint-Aubin (j'ai eu un mal fou à retrouver ce lieu !) ; et être passé avec mon poussinet près de cette vigne vierge juste à côté, dont j'ai fait remarquer qu'elle était particulièrement appréciée des abeilles ; était-ce le même jour ? deux jours différents ? que faisions-nous par là et où allions-nous ? Je n'en sais plus rien. Et ce souvenir lui-même en appelle d'autres, encore plus vieux, encore plus fous, encore plus difficiles à localiser.

Je profite du fait que je parle de cartes pour évoquer une idée adjacente : j'aimerais décorer l'appartement où mon poussinet et moi allons emménager par un ou plusieurs grands plans de Paris et/ou de l'Île-de-France. Je veux dire, des plans actuels : les plans anciens ont leur charme, mais omne tulit punctum qui miscuit utile dulci : je souhaite un plan qui soit à la fois décoratif et informatif.

Actuellement, nous avons deux plans dans notre appartement. Dans le salon, un plan du métro (identique à ceux qu'on trouve dans toutes les stations). Et dans la chambre, le plan d'ensemble du parcellaire à l'échelle 1:10 000 et au format 187cm×122cm (c'est énorme) : c'est le plan qui sert à repérer les parcelles, mais sans le tracé du carroyage ; j'avais raconté ici que je l'avais acheté. Malheureusement, ces deux plans sont assez datés : le plan du métro date de 2010, celui du parcellaire de 2000. Les versions plus récentes du plan du métro doivent encore être trouvables à la vente, j'imagine, mais il faut dénicher l'endroit (la RATP avait une boutique à Châtelet, mais ella fermé). Pour ce qui est du parcellaire, on m'a dit (cf. les commentaires de l'entrée sous le lien précédent) que le bureau du parcellaire avait arrêté de le vendre en mai 2008 (je parle du plan d'ensemble au 1:10 000 ; le parcellaire lui-même est évidemment disponible au format papier ou électronique) ; c'est dommage, parce que ce plan est magnifique, d'ailleurs une agent immobilière venue visiter notre appartement en était toute ébahie et voulait savoir comment elle pouvait se le procurer.

Bon, mais ce qu'on peut faire maintenant, et ce serait mon projet s'il s'avère qu'il est réalisable, projet qui intéressera peut-être d'autres de mes lecteurs, serait d'utiliser les données OpenStreetMap pour faire des plans maison. Plus exactement, il s'agirait de produire des posters au format environ A−1 2A0 (168cm×119cm) : de Paris à l'échelle peut-être 1:12 000 et de l'Île-de-France à l'échelle peut-être 1:100 000, avec un rendu proche de celui qu'on trouve sur openstreetmap.org (le niveau de détails serait à peu près comme ça pour Paris et comme ça pour l'Île-de-France ; je pense qu'avoir ça sur une surface de 2m² doit donner un résultat vraiment beau à voir).

Le diable, comme d'habitude avec ce genre de projets, est dans les détails :

  • choisir l'échelle mais aussi la résolution, le niveau de détails, la taille des polices et ce genre de choses,
  • récupérer les données OpenStreetMap couvrant au moins toute la surface que doit représenter le poster (plus un peu de marge),
  • réaliser le rendu (soit en téléchargeant les carreaux prérendus par OpenStreetMap si c'est compatible avec les autres choix, soit en se débrouillant pour invoquer Mapnik, ce qui demande certainement beaucoup de bidouillage pour arriver à télécharger les données XML et obtenir un rendu correct), et notamment décider entre produire une image vectorielle (immense) ou une image raster (encore plus immense),
  • trouver l'imprimeur auquel fournir une telle image (si c'est un raster, le fichier risque de faire plusieurs gigas, quand même) et capable d'imprimer au format A−1 2A0, et récupérer l'objet physique sans l'abîmer avant de l'accrocher au mur.

Il y a certainement plein de petites crottes de ragondin qui se cachent derrière chacun de ces bouts de phrases. Peut-être certains de mes lecteurs ont-ils des idées d'où elles sont et de comment les contourner. Peut-être certains sont-ils intéressés par ce projet (je veux dire, pour récupérer un poster à la fin et donc factoriser les efforts et peut-être même les coûts), mais à ce stade, ce qui m'intéresse est surtout de comprendre comment on peut s'y prendre sans s'arracher les cheveux : si vous avez des avis, n'hésitez pas à les laisser en commentaires (ou à m'écrire un mail).

Suivi : voir l'entrée suivante.

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(lundi)

Nouvelles réflexions sur la moto : bilan après sept semaines

J'avais déjà écrit précédemment une entrée de blog avec des réflexions en vrac sur la moto peu après avoir passé l'épreuve « plateau » du permis. Cette entrée-ci est une sorte de continuation de cette dernière, et bien sûr aussi de celle-ci, sept semaines (et 1650km) après m'être acheté mon joujou : je rassemble ici toutes sortes de réflexions plus ou moins indépendantes (et présentées dans un ordre un peu aléatoire qui n'est pas celui dans lequel je les ai écrites) pour pouvoir les retrouver plus aisément mais aussi permettre aux lecteurs de mon blog que mes aventures motocyclistes n'intéressent pas de les ignorer plus facilement.

Table des parties

Bref, j'aime ça

Je radote évidemment en disant ça (mais compte tenu de la longueur de mes entrées de blog et du fait que mes lecteurs ne les apprennent pas forcément par cœur, il n'est pas inutile que je redise certaines choses) : je m'étais mis à la moto en bonne partie pour l'aspect pratique (pour pouvoir aller à Palaiseau de façon efficace ; et aussi pour apprendre à mieux conduire en général), mais je suis tombé dans une sorte de piège en découvrant que j'aimais énormément ça. (Une introspection un peu plus poussée, en acceptant le fait que je regarde les motards avec des étoiles dans les yeux depuis que je suis petit mais que je le refoulais vaguement, m'aurait certainement permis de déceler ce « piège » — mais je ne sais pas si ça me l'aurait évité, au contraire j'en aurais plutôt passé le permis plus tôt.) Faire une balade en moto me permet beaucoup plus efficacement que quoi que ce soit d'autre de me vider la tête (je vais y revenir), et d'éviter de penser à mes soucis du moment. Et dès que je descends de selle, même si je suis fatigué et content d'être rentré, en même temps, je regrette que ce soit déjà fini et j'ai envie de recommencer.

Si je suis complètement convaincu que « j'aime ça »[#], donc, en revanche je ne le suis pas franchement par l'aspect pratique qui était quand même une motivation initiale. En passant le permis moto, j'ai gagné le droit de me mettre en danger avec ce qui promet d'être aussi un gouffre à fric (et en ce moment, je pouvais m'en passer), et je ressens un certain sentiment d'injustice dans le fait que je découvre enfin un moyen de transport qui me plaît vraiment en celui qui est le plus dangereux[#2] et pas franchement le plus écologique non plus ; et en outre, il n'est pas franchement pratique : je gagne à peine de temps par rapport à une voiture parce que je n'ose faire de l'interfile que dans des conditions idéales, et je perds sur plein d'autres plans, par exemple parce que l'équipement est malcommode à se trimbaler, parce que c'est la merde quand il pleut ou qu'il vente ou qu'il fait froid ou qu'il fait chaud ou qu'il fait nuit, et j'en passe. J'ai l'impression que les dieux se rient de moi.

[#] Reste à savoir si ça va durer, même en l'absence de grosse frayeur ou d'accident : mes intérêts sont parfois d'autant plus de courte durée qu'ils sont forts, donc il n'est pas complètement exclu que la moto se retrouve finalement à prendre la poussière.

[#2] Bon, je suppose qu'en cherchant assez on doit pouvoir trouver plus dangereux que la moto, mais c'est certainement quelque chose de passablement exotique (l'hélicoptère, peut-être ?).

Quelques clichés sociologiques à 2 femtozorkmids sur les motos vs scooters

À propos de l'aspect pratique, il faut que je fasse une remarque sur les motos et les scooters.

La sociologie des utilisateurs de deux-roues motorisés m'intéresse maintenant que j'en fais partie (d'ailleurs, on est forcé de s'y intéresser un minimum pour passer le permis, parce que la fiche nº4 en parle un peu, et je suppose que le contenu restera dans l'épreuve théorique spéciale moto). YouTube, dont le talent pour titiller nos addictions est si impressionnant, a commencé, à partir des vidéos que je regardais pour préparer le permis, à me montrer plein de bouts de « motovlogs » (comprendre : blogs vidéos tenus à moto et sur la moto), un format que je trouve pénible parce qu'on passe un temps invraisemblable à dire ce qui tiendrait en quelques lignes d'écrit et qu'en plus ça a généralement peu de rapport avec ce qu'on voit sur la vidéo, mais j'en ai quand même regardé beaucoup parce que je pense avoir à apprendre sur le fond et que l'aspect sociologique m'intéresse aussi (enfin, sociologie de comptoir, entendons-nous : je n'ai pas du tout ici une approche scientifique).

Un phénomène clair et peut-être surprenant vu de l'extérieur est que les populations de motards et de scooteristes sont extrêmement différentes. Évidemment, il y aura toujours une intersection et des exceptions, parce qu'aucune généralité sociologique n'est sans exception, mais grosso modo, on peut faire l'analyse suivante :

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(jeudi)

Mise à jour sur mes déménagements

Je suis en ce moment affairé par deux déménagements, qui n'ont aucun rapport entre eux mais se trouvent tomber quasiment au même moment, et me causent tous les deux énormément d'anxiété.

L'un est professionnel : Télécom Paris (autrefois Télécom ParisTech, autrefois École Nationale Supérieure des Télécommunications) a quitté Paris pour s'installer à Palaiseau sur le plateau de Saclay. J'ai écrit la semaine dernière ce que j'en pensais en général (ou ce que je ne voulais pas dire que j'en pensais — bref) ; pour ce qui est du déménagement en pratique, j'ai découvert mon nouveau bureau avant-hier, et écrit quelques fils Twitter, que je n'ai pas vraiment le courage de transformer en entrée de blog : , , , , . Il y aura certainement plus à dire la semaine qui vient quand les élèves seront revenus (ils ont eu une semaine de vacances pour ce déménagement). Question transports, j'ai encore à décider comment je m'y prends au jour le jour, mais ce qui est certain est que toutes les options sont profondément merdiques, ce qui m'affole assez (disons qu'entre perdre ma vie dans les transports en commun ou la risquer à moto, c'est un choix assez peu appétissant).

L'autre déménagement est personnel : j'avais écrit ici que mon poussinet et moi achetions un appartement plus grand, dans le même immeuble, deux étages plus haut : nous avons signé l'acte de vente cet après-midi et je suis donc propriétaire de 50% d'un appartement de 91m² (où il va falloir emménager) en plus de mon actuel appartement de 40m² avec terrasse et jardin (d'où il va falloir déménager et qu'il s'agira ensuite de mettre en vente), et bien sûr à la tête d'une montagne de dettes (dont une partie sera liquidée par la vente de mon appartement actuel, et l'autre amortie sur 7 ans). Je pense maintenant avoir fait un très mauvais choix en acceptant cet achat, mais en même temps je pense que c'était le seul possible, ou disons le moins mauvais (i.e., toutes les options étaient mauvaises), et là aussi j'en suis plutôt accablé.

D'abord, il y avait, et il va y avoir encore, la paperasse. J'ai une certaine phobie de la paperasse, qui n'est pas la plus aiguë qui soit, mais la quantité de choses qu'il faut faire pour acheter un appartement est tout bonnement ahurissante (et je crois voir que la quantité de choses qu'il faut faire pour vendre l'est tout autant). J'ai dit plusieurs fois en plaisantant qu'il nous fallait un nouvel appartement pour stocker tous les papiers relatifs à l'achat du nouvel appartement, mais, plaisanterie mise à part, et en mettant de côté la quantité ahurissante de papier gâchée, et même en ignorant tout le temps perdu, tout cela est tellement infantilisant et humiliant que mes nerfs ont lâché plus d'une fois. Les démarches pour obtenir un prêt sont démentes, et nous les avons faites auprès de deux banques (parce que nous nous y étions engagés par la promesse de vente), et certains dossiers ont dû être refaits plusieurs fois suite à des erreurs de la banque, bref, je n'en pouvais plus. Et c'est loin d'être fini pour la paperasse, parce que la vente de mon appartement actuel va venir avec son lot de formalités, diagnostics à faire faire, papiers à demander ou à remplir, etc. Et le déménagement lui-même aussi (à un moment il faudra signaler aux impôts que ma résidence principale n'est plus au 11 rue Simonet mais au 11 rue Simonet, et que le premier est maintenant vacant, ce qui risque d'être problématique).

La paperasse, je vais m'en remettre, c'est sûr, mais je note que beaucoup de ces démarches s'accompagnent d'une facture à payer : frais de dossier sur les prêts, frais sur la caution immobilière, solde des charges et impôts locaux à régler à l'acheteur, etc., jusqu'aux frais bancaires sur les virements ou pour la tenue de tous les comptes qu'on a ouverts au passage (ou les agios sur les découverts liés au fait que la banque a prélevé les frais de dossier plus tôt qu'on ne l'attendait…). Ces sommes ne sont pas énormes, et sont assurément petites par rapport au prix du bien acheté (et des droits de mutation ou « frais de notaire » qui vont avec), mais elles s'accumulent et, quand on a prévu le montant des prêts en se laissant juste le minimum sur les comptes bancaires, elles sont désagréables à découvrir.

J'ai eu la chance, ces dernières vingt années, de ne jamais avoir à me préoccuper d'argent (et je pense que c'est la définition opérationnelle intéressante d'être riche ; mais il faut dire que le fait de ne pas avoir de loyer à payer, de ne pas avoir d'enfant, et de ne quasiment pas voyager aident beaucoup à ne pas avoir de soucis d'argent) : à chaque fois que je voulais m'acheter quelque chose, mon compte en banque était pourvu de la somme nécessaire sans que j'aie à m'en inquiéter, même quand il s'agissait d'acheter un ordinateur ou une moto (ou pour commencer, de payer les leçons pour obtenir le permis en question, qui ont été beaucoup plus chères que la moto elle-même), et certainement à chaque fois que je me prenais l'envie de, par exemple, manger au restaurant. L'opulence, quoi. Et même, il en restait un peu à la fin du mois ou de l'année pour s'accumuler en un petit capital qui, évidemment, s'est complètement évaporé aujourd'hui.

Ce serait indécent de ma part de dire que j'aurai désormais des problèmes financiers, mais disons que pour payer ma part des mensualités du prêt et autres frais récurrents liés au nouvel appartement, il va falloir que je tire un trait (pendant sept ans) sur un certain nombre de choses qui me plaisaient énormément : par exemple, plus de restaurants (sauf si le poussinet m'invite) ou de goûters, plus de vêtements qui ne soient pas en remplacement de quelque chose de complètement usé, plus de livres, plus de sorties ciné, et même comme ça ça ne rentre toujours pas dans le budget (je n'ai pas encore décidé sur quoi j'allais tirer un trait exactement). Je ne risque certainement pas mourir de faim, donc, mais je pense quand même que j'ai fait une erreur en décidant de renoncer à beaucoup de choses qui me rendent la vie plus agréable, en échange de quelques mètres carrés de Paris (virtuellement tapissés de billets de 100€). Certes, le poussinet (qui, pour sa part, n'a vraiment aucun problème d'argent et pas à renoncer à quoi que ce soit) promet de me soutenir un peu, par exemple pour que je puisse encore aller au restaurant, mais je n'ai pas envie de vivre aux dépens de mon copain. Peut-être que l'erreur a été de vouloir que nous soyons propriétaires à parts égales du nouvel appartement, mais le contraire me gênait aussi beaucoup.

Or il n'est même pas acquis que nous soyons tellement plus à l'aise pour ce qui est de la place disponible. Ça peut sembler paradoxal, si nous passons d'un 40m² plein à craquer à un 91m², ce dernier devrait logiquement être seulement « à moitié plein » ; mais en fait, la cuisine sera beaucoup plus grande, certes, et nous aurons un grand salon, mais si on part du principe de garder ce dernier bien dégagé pour pouvoir y recevoir des amis, ça ne laisse pour ranger notre bordel que deux chambres plus petites que la chambre et le salon où notre bordel est actuellement entassé. C'est surtout en prenant conscience de ça que je me suis dit que c'était vraiment une erreur de changer ainsi d'appartement.

Le déménagement s'accompagnera forcément d'une phase de tri. Je sais qu'à chaque fois que j'ai trié dans mes affaires en me forçant à en jeter une partie, le résultat a été un immense regret de beaucoup de choses que j'avais jetées. (Il m'est d'ailleurs arrivé plus d'une fois de racheter quelques mois après des choses qu'on m'avait convaincu de jeter lors du tri. Ou d'être inconsolable de découvrir qu'elles ne se trouvent plus et que je ne peux donc peux plus les racheter.) C'est assez facilement explicable : en triant, on découvre des choses qu'on avait oubliées, on se dit sur le coup (ou on se laisse convaincre) puisque je les avais oubliées c'est qu'elles ne me servent pas : on peut jeter, mais le fait de les avoir redécouvertes fait renaître l'envie de ces choses, et on regrette plus tard de les avoir jetées — en tout cas c'est ce qui m'arrive tout le temps. Parfois, le regret vient bien beaucoup plus tard (comme pour des cartons de papiers gribouillés quand j'étais ado que mes parents m'ont convaincu de jeter il y a bien longtemps et dans lesquels je serais tellement heureux de pouvoir fouiller aujourd'hui).

Mon poussinet m'a soutenu que tout objet qu'on n'avait pas utilisé depuis plus d'un an ou dont on avait oublié l'existence est bon à jeter : je lui ai alors montré un livre qu'il a acheté il y a dix ans et dont il avait oublié jusqu'à l'existence (en l'occurrence, une intégrale de Tintin) et qui fait partie du bordel qui encombre notre appartement : peut-on jeter ça immédiatement ? Il m'a répondu que pour un livre c'est différent. Et je suis d'accord : je n'aime pas jeter les livres — je me dis que j'ai toujours la possibilité de les redécouvrir et d'aimer me replonger dedans. Le problème est que j'ai vis-à-vis de beaucoup d'objets la même sorte de relation. Vis-à-vis de mes vêtements, par exemple (il est vrai que j'en ai énormément) : je peux les oublier pendant très longtemps, et les redécouvrir avec beaucoup de plaisir. Bon, je digresse du déménagement, là ; mais ce que je cherche à dire est que je m'imaginais naïvement avoir plus de place pour ranger mon bordel, et que je risque au contraire de me retrouver avec plutôt moins, de devoir en jeter une partie, et de ne plus pouvoir le racheter une fois que je regretterai ce que j'aurai jeté.

En partant sur l'idée d'un prêt-relais couvert par mon appartement actuel, je pensais que nous aurions le temps de déménager tranquillement et donc de minimiser le stress engendré : je pensais transporter très progressivement les choses de l'ancien appartement vers le nouveau, et peut-être vivre à cheval entre les deux pendant un certain temps ; c'est un peu ce que j'ai fait pour m'installer dans mon appartement actuel. (On dispose de deux ans pour rembourser le prêt-relais. Je n'imaginais certainement pas étaler ce plan sur deux ans, mais peut-être sur trois ou quatre mois.) En réalité, toutes sortes de facteurs auxquels je n'avais pas pensé viennent contrarier ce plan. D'abord il y a le fait que les mensualités du prêt-relais, si elles m'avaient semblé très raisonnables à première vue, le sont beaucoup moins quand j'essaye de boucler mon budget déjà compliqué avec les mensualités du prêt amortissable (cf. ce que j'en disais ci-dessus), sans parler des charges de copropriété et des autres charges comme l'abonnement électrique. Or la vente elle-même prendra déjà beaucoup de temps (même si je trouve un acquéreur immédiatement, nous-mêmes avons contacté notre vendeur fin avril et n'avons conclu l'achat qu'aujourd'hui, donc six mois plus tard). Mais aussi, il semble que toutes sortes de raisons fiscales obligent à aller vite sous peine de devoir payer plus que ce que je peux me permettre de payer (notamment, il est fortement préférable que nous ayons déménagé avant le 31 décembre [correction : apparemment j'avais mal compris ce point] — je déteste les dates-butoir de ce genre). Toujours est-il que j'espérais un déménagement en douceur et il semble que je me sois lourdement trompé.

Je passe sur plein d'autres inquiétudes qui me tracassent avec cette histoire. Un petit problème de geek, par exemple, est de savoir si nous allons pouvoir faire transférer notre abonnement ADSL : je n'ai pas la fibre parce qu'il semble qu'aucun fournisseur d'accès français ne soit capable de fournir un service fibre de bonne qualité avec, notamment, un bloc IPv6 fixe de taille au moins /56 (ou idéalement, /48) et la possibilité de faire le routage soi-même (ces prestations existent probablement quelque part mais réservées aux « professionnels ») ; j'ai néanmoins un abonnement ADSL qui me fournit tout ça (le bloc IPv6 /48 fixe et la possibilité de router soi-même sans passer par une « box ») via un fournisseur complètement inconnu du grand public, Nerim, qui s'est tourné vers les « pros » et n'accepte plus de clients particuliers mais n'a pas pour autant jeté ses clients plus anciens, comme moi : reste à savoir s'ils accepteront de déménager notre abonnement, et vers qui nous nous tournerons si ce n'est pas le cas. Aucun de ces problèmes n'est grave, mais il y en a une montagne (et quand je dis une montagne, je veux dire une montagne par pièce de l'appartement), je vois bien à mon nouveau bureau tous les tracas que peut engendrer un déménagement mal organisé et mené à la va-vite, je n'ai pas envie d'avoir droit à la même chose pour mon domicile.

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(jeudi)

Quelques nouvelles satiriques sur l'état de la recherche

Je suis en ce moment très sérieusement abattu par le déménagement de mon bureau de Paris à Palaiseau (qui est en cours : hier j'ai bouclé mes cartons, mon premier cours à Palaiseau est ). J'ai fait l'autruche à ce sujet, c'est-à-dire que j'ai mentalement occulté ce fait jusqu'à la dernière minute (enfin, semaine), ce qui fait qu'il m'affecte d'autant plus lourdement maintenant qu'il arrive, mais, honnêtement, je ne vois pas comment j'aurais pu m'y préparer intelligemment, que ce soit psychologiquement ou matériellement (autrement qu'en passant le permis voiture et moto, ce que j'ai fait ; ou à la fin en rangeant mon bureau et préparant mes cartons efficacement, ce en quoi je pense avoir été plutôt bon).

Je ne sais pas dans quelle mesure j'ai vraiment envie de raconter ici publiquement tout le mal que je pense de cette décision de déplacer Télécom Paris à Palaiseau (remarquons quand même au passage l'idée intéressante de se renommer de Télécom ParisTech à Télécom Paris précisément au moment où elle cesse d'être à Paris), que ce soit pour parler de la volonté initiale de créer un pôle scientifique sur le plateau de Saclay c'est-à-dire au milieu de nulle part (en expropriant au passage des terres agricoles parmi les plus fertiles de France), des querelles picrocholines ayant conduit à un schisme dudit plateau entre l'Université de Paris-Saclay (en gros à l'ouest de la N118) et l'Institut Polytechnique de Paris (en gros à l'est de la N118 ; temporairement NewUni et que certains décrivent comme l'École polytechnique et ses vassales), ou des problèmes simplement matériels qui se posent et se poseront encore pour moi et mon établissement (entre mon nouveau bureau qui est beaucoup trop petit pour contenir tous les papiers que je dois y transporter, et les inévitables malfaçons qu'on découvrira une fois emménagés dans un bâtiment construit à toute vitesse). Outre qu'il faudrait M entrées de N pages (avec M,N≫1) pour raconter tout ça, et que ça me fait mal au cœur d'en parler alors que je suis déjà remué au point que je n'en dors quasiment plus, la dernière fois que j'ai évoqué le stress que provoquait chez moi l'attitude manageriale de mon employeur, il s'est trouvé un fâcheux, apparemment plus préoccupé par les relations publiques que par ma santé, pour me le reprocher, et je ne suis pas certain que le droit me protège comme il devrait si je dis publiquement ce que je pense, ce qui impliquerait forcément beaucoup d'insultes contre des décideurs précis.

Du coup, comme je suis un gros couard, je vais couvrir mon cul et écrire publiquement je vous rappelle que ce blog est tenu à titre personnel et que les opinions qui sont exprimées ici sont purement les miennes et n'engagent en aucune manière Télécom Paris, que je suis d'ailleurs fier de servir et de suivre dans son déménagement vers des horizons plus radieux :

Je vous rappelle que ce blog est tenu à titre personnel et que les opinions qui sont exprimées ici sont purement les miennes et n'engagent en aucune manière Télécom Paris, que je suis d'ailleurs fier de servir et de suivre dans son déménagement vers des horizons plus radieux.

(À défaut, je peux au moins faire un lien vers le blog d'un collègue, qui formule un certain nombre de critiques très justes et très drôles, mais qui ne couvrent qu'une toute petite partie de ce que j'aurais envie de dire si je n'étais pas un gros couard et si j'avais plus de temps.)

*

Mais aussi, je pense qu'il faut voir ce mouvement dans le contexte[#] plus large d'une politique menée vis-à-vis de la recherche publique (et certainement pas seulement en France) consistant à donner l'illusion qu'on lui accorde plus de moyens en soulignant quelques grands projets emblématiques et « vendeurs » (notamment pour duper le grand public qui garde une image globalement favorable de ses chercheurs et de l'opportunité de la recherche en général), mais en lui mettant, en fait, des bâtons dans les roues à tous les niveaux, — que ce soit par des regroupements, séparations et déplacements menés de force et sans consultation, par des mesquineries administratives quotidiennes, par une manie de l'évaluation poussée jusqu'à l'absurdité et l'humiliation, par la création d'un mille-feuille organisationnel de structures (universités, instituts, établissements, départements, laboratoires, équipes, pôles, unités, etc.) qui se marchent sur les pieds les unes des autres et marchent surtout sur la tête des chercheurs qui les subissent, par l'obsession d'un fonctionnement « par projets » combinant la toute souplesse du plan quinquennal soviétique et toute l'humanité de la concurrence capitaliste, par la poursuite effrénée de toute forme de visibilité internationale et l'importance accordée à des classements dénués de sens (Shanghaï notamment), par la poursuite irréfléchie du dernier sujet à la mode (IA, science des données…) ou de celui qui donnerait les contrats industriels les plus juteux, et par l'abandon systématique des valeurs (oserais-je dire positivistes ?) qui auraient dû inscrire la recherche dans la durée, le désintéressement et l'honneur de l'esprit humain. Vous imaginez bien qu'évoquer tout ça est encore plus déprimant et nécessiterait M′ entrées de N′ pages (avec M′≫M et N′≫N) vu que la phrase précédente était déjà interminablement proustienne. Je n'ai absolument pas le courage de me lancer là-dedans, surtout maintenant ; et surtout que pour que la discussion soit vraiment intéressante, il faut fournir des contre-propositions constructives (par exemple expliquer pourquoi le fonctionnement « par projets » devrait être panaché avec des dotations permanentes attachées aux chercheurs individuels et aux équipes de recherche permettant d'explorer des pistes plus risquées ou peu à la mode), peut-être aussi explorer les mécanismes politiques qui ont amené à cette volonté de saboter la recherche, bref, tout cela serait vraiment long.

[#] C'est assez vague, dans le contexte de ? Pour n'accuser personne de quoi que ce soit de précis, je veux dire.

Est-ce à dire que je ne vais rien écrire à part le tissu de prétéritions qu'est cette entrée de blog ? Non ! Car fort heureusement, une connaissance à moi, Élodie Sabin-Teyssier (ou plus exactement, Élodie Rachel Nicole Ernestine Sabin-Teyssier, mais nous l'appellerons juste Élodie pour simplifier), lorsque j'ai évoqué avec elle l'idée d'écrire une fiction[#2] qui exposerait les maux de la recherche de façon satirique, m'a repris l'idée et s'est lancée dedans avec enthousiasme, et a écrit une série de nouvelles absolument hilarantes et certainement bien plus convaincantes que tous les rants que j'aurais pu pondre sur mon blog. Je vous laisse donc avec Les dessous de paillasse et vous souhaite bonne lecture !

(Surtout n'hésitez pas à rediffuser ce texte, par exemple sur Twitter en likant et en retweetant ce tweet, mais aussi par tout autre moyen de diffusion : Élodie a besoin qu'on booste un peu son H-number si elle veut un jour obtenir des financements pour continuer ses textes.)

[#2] Mon idée était un petit peu différente : je pensais situer l'action dans un monde un peu façon Harry Potter ou comme dans ce fragment, dans lequel les héros seraient des magiciens (chercheurs en magie théorique et appliquée) luttant difficilement contre un grand méchant et toujours handicapés par une administration qui leur mettrait des bâtons dans les roues de toutes les manières possibles (par exemple en les obligeant à soumettre un projet avec des dizaines de pages de rapports pour avoir accès à la plume de phénix permettant de détruire le horcrux du grand méchant, ou bien poussés à travailler sur la transmutation du plomb en or plutôt que la destruction des horcrux parce que c'est quand même bien plus porteur ; enfin, vous voyez l'idée). Je raconte ça pour mentionner au passage que, non, ce n'est pas moi qui me cache sous ce nom d'Élodie Sabin-Teyssier. Je n'exclus pas de développer quand même un jour mon idée originale, peut-être sous un pseudo ou peut-être pas, mais vue ma flemme proverbiale il ne faut pas compter dessus ; ceci étant, cette idée ne m'appartient pas, donc si quelqu'un se sent inspiré, qu'il n'hésite pas.

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(mardi)

Sur les petits rituels de la vie quotidienne

Mon poussinet se plaint régulièrement du temps qu'il me faut pour me coucher : prendre ma douche (si je ne l'ai pas fait le matin ou si j'ai transpiré dans la journée), me laver les dents, me nettoyer les narines au sérum physiologique, aller une dernière fois aux toilettes, me laver les mains une dernière fois, peut-être prendre 1mg de mélatonine… tout ceci constitue un petit rituel du coucher qui me prend bien 15min alors que le poussinet est beaucoup plus efficace. C'est plus court que le temps qu'il fallait à Louis XIV pour se lever ou se coucher, mais ça reste agaçamment long.

Je me suis souvent plaint des langages de programmation (ou bibliothèques informatiques) où pour faire quelque chose d'aussi idiot qu'ouvrir une fenêtre et afficher un message à l'utilisateur on doit prononcer un nombre incroyable d'incantations propitiatoires (pour créer la fenêtre il faut d'abord une connexion au système de gestion de fenêtres, et pour créer cette connexion il faut, il faut, il faut), mais le reproche est peut-être injuste quand je réfléchis au fait que la vie courante impose (m'impose ? que je m'impose ?) aussi ce genre de rituels pour toutes sortes de choses qui « devraient » être rapides et faciles.

En fait, ces rituels sont plutôt des ensembles d'actions à accomplir avec des relations de dépendances entre ces actions imposant que celle-ci soit accomplie avant (ou au contraire après) celle-là : par exemple, il vaut mieux se laver les mains après être allé aux toilettes qu'avant, il vaut mieux se laver les dents après avoir pris tel ou tel truc contenant du sucre, etc. Certaines actions peuvent être réordonnées, d'autres pas. Mon poussinet a beau se moquer de moi, il oublie régulièrement qu'il vaut mieux que l'action transporter la serviette dans la salle de bain précède l'action se mouiller sous la douche et doit m'appeler au secours pour lui apporter la serviette qui sèche dans le salon sans qu'il ait à mettre de l'eau partout en allant la chercher lui-même.

Et je remarque que les relations de dépendances sont plus difficiles à retenir que les actions elles-mêmes ; ou plutôt, il est plus difficile de résoudre ces dépendances, c'est-à-dire de trouver la bonne action à faire qui ne va pas me mettre dans une impasse (impasse telle que : mouillé, sans serviette, et sans possibilité d'aller en chercher une sans mettre de l'eau partout). Le mieux est sans doute de retenir un agencement fixe d'actions qui résout les dépendances, et de le reproduire rituellement à chaque fois, mais parfois les circonstances imposent des petits changements (par exemple, deux actions peuvent être indépendantes, on peut avoir pris l'habitude de les accomplir dans un certain ordre, peut-être A puis B, et voilà qu'une nouvelle action C rendue temporairement nécessaire par une circonstance passagère, dépend de B et doit être accomplie avant A, si bien qu'on doit réordonner B et A ; cela pourrait être le cas d'un médicament que je veux prendre après m'être lavé les mains mais avant de me laver les dents parce qu'il contient du sucre).

Même après des années de répétition, il m'arrive de me tromper stupidement dans l'ordre de certaines actions. Par exemple, au cours du rituel prendre ma douche, je me rase deux fois : une fois au rasoir électrique avant de prendre ma douche, une fois au rasoir manuel (mécanique ? enfin, non-électrique, quoi) après ma douche mais avant de m'être séché le visage. (Mon problème est que j'ai les poils de barbe extrêmement fins et souples et difficiles à couper, et il n'y a essentiellement que comme ça que ça marche à peu près : le rasoir électrique sur peau sèche puis le rasoir manuel sur peau humide et sans crème à raser.) Et je ne compte plus le nombre de fois où je suis entré dans la douche pour me dire zut, je devais passer le rasoir électrique avant ou bien où je me suis séché le visage pour me dire zut, je devais passer le rasoir manuel avant.

Et quand je ne suis pas chez moi, je me sens souvent tout penaud pour accomplir quelque chose d'aussi bête que prendre ma douche : mes graphes de dépendances sont tout modifiés, je passe un certain temps à passer en revue les actions à accomplir en essayant de m'imaginer les faisant, et j'oublie toujours quelque chose, si bien que je me trouve par exemple comme un con tout mouillé dans la salle de bain et sans la serviette que j'ai oublié de prendre dans ma chambre/valise parce que j'ai l'habitude que chez moi elle traîne toujours dans la salle de bain.

On peut bien sûr se faire une checklist comme les pilotes d'avion au décollage. Mais d'une part, je me vois mal prendre un papier et stylo à chaque fois que je prends une douche pour ne pas oublier les bons moments pour me raser, finalement ça ferait surtout des items de plus dans le rituel vérifier qu'on a la dernière version de la checklist, imprimer la checklist, prendre un stylo, à mettre dans… la checklist ? D'autre part, cela soulève le problème de compiler la checklist elle-même et de s'assurer qu'elle satisfait bien à toutes les dépendances, et, pour commencer, qu'on n'a pas oublié de dépendances un peu cachées (cachées par des vérités aussi profondes et difficiles que l'eau mouille). Dans la pratique, c'est souvent à la N-ième répétition du même rituel (ratées pour toutes sortes de raisons) que je commence enfin à bien comprendre le graphe de dépendances. Et même mettre la liste par écrit n'est pas forcément simple, parce que certaines actions peuvent se diviser et se subdiviser si bien qu'on ne sait pas bien jusqu'où aller (quand je parle de me laver les dents, par exemple, c'est un petit rituel en soi : prendre la brosse à dent, mettre du dentifrice dessus, mouiller la brosse à dent — dans quel ordre vaut-il mieux faire ça ? —, brosser les dents en essayant d'atteindre chaque surface pendant environ 3 minutes, rincer l'intérieur de la bouche, bien rincer le pourtour de la bouche pour enlever les traces de dentifrice, rincer la brosse à dent, reposer la brosse à dent ; pas franchement besoin d'écrire tout ça, même s'il m'arrive d'oublier l'étape bien rincer le pourtour de la bouche et de découvrir que les traces de dentifrice séchées sont assez irritantes pour la peau).

Un rituel un peu interminable concerne le démarrage d'un véhicule à moteur. À ma première leçon de conduite de voiture, qui pourrait porter l'intitulé savoir s'installer, on m'a donné une liste de choses à faire lorsqu'on prend place pour conduire ; quelque chose comme : régler le siège en hauteur, régler le siège en profondeur (avant/arrière), régler le dossier en inclinaison, régler l'appuie-tête en hauteur, mettre la ceinture de sécurité, régler le volant en hauteur, régler le volant en profondeur, régler le rétroviseur intérieur, mettre le contact, régler les rétroviseurs extérieurs, vérifier qu'on est au point mort, enfoncer la pédale de frein, démarrer le moteur, desserrer le frein à main, contrôler, mettre le clignotant, enclencher la première, contrôler de nouveau, démarrer. Les dépendances ne sont pas forcément tout à fait évidentes, certaines sont assez faibles (il vaut mieux mettre la ceinture avant de régler les rétroviseurs pour être sûr qu'on est bien assis, mais ce n'est pas franchement essentiel) ou peuvent dépendre de la voiture (le fait qu'on puisse régler les rétroviseurs extérieurs sans avoir mis le contact, par exemple ; ou même le simple fait que certaines choses soient réglables). La checklist n'est donc pas tout à fait simple à compiler (et celle que je viens de lister est peut-être incomplète ou critiquable). C'est extrêmement court par rapport à une checklist en aviation, mais c'est quand même relativement longuet. Évidemment, si on est le seul à conduire la voiture, la liste se simplifie considérablement (un des intérêts de l'auto-école est d'invalider spectaculairement cette hypothèse et on peut se retrouver à passer juste après quelqu'un de très grand ou de très petit, donc on a intérêt à faire tous les réglages). Mais on peut ajouter d'autres items comme mettre à zéro le compteur kilométrique de trajet, programmer le GPS pour la destination souhaitée, ou brancher la dashcam sur la prise allume-cigare. En moto (où on ne m'a pas donné de liste prémâchée de ce genre), j'ai vite compris que c'était très différent : si le rituel pour démarrer la moto est plus simple que pour une voiture (la selle ne se règle pas — on a intérêt à avoir acheté une moto adaptée à sa hauteur — et le guidon non plus ; il faut surtout penser à enlever la béquille avant de partir mais les motos modernes calent exprès si on oublie ce qui est tant mieux parce que c'est mortellement dangereux sinon), en revanche il y a tout un autre rituel qui le précède consistant à mettre son équipement, et ce dernier a des dépendances qu'il m'a fallu quelques ratées avant de comprendre (si on met les gants avant le casque c'est nettement plus difficile d'attacher ce dernier ; il faut enlever les lunettes avant de mettre le casque pour les remettre après et, donc, trouver un endroit où les poser entre temps parce qu'on aura besoin de deux mains pour mettre le casque : l'endroit évident étant la selle de la moto, il vaut mieux faire tout ça avant d'enfourcher l'engin). Et à l'auto-école c'était pire, parce qu'il y avait en plus les étapes concernant l'oreillette pour recevoir les consignes du moniteur (allumer le talkie-walkie, le mettre dans une poche du blouson, mettre l'oreillette avant de mettre le casque, s'assurer qu'elle tient bien…) : remarquez, j'ai remplacé ça par une GoPro et quasiment autant d'emmerdements à insérer dans la checklist. Toujours est-il qu'il me faut bien dix minutes pour tout ça (bon, là aussi, je suis sûr que Louis XIV mettait plus de temps à monter dans un carrosse, mais je ne sais pas si c'est vraiment une bonne référence).

Ce que je ne comprends pas vraiment, c'est qu'il y a des gens qui semblent beaucoup moins embêtés que moi par des rituels interminables. Est-ce qu'en fait ils en ont et les accomplissent à une vitesse spectaculaire à force d'habitude (alors que j'ai mauvaise mémoire et que je me demande toujours hum, quelle est l'étape suivante de la douche, déjà ?) ? Est-ce qu'ils s'en foutent et font comme mon poussinet qui m'appelle pour lui apporter la serviette oubliée dans le salon (ou, si je ne suis pas là, met de l'eau partout) ? Est-ce qu'ils ont tout simplement moins de choses à faire ? Le mystère reste entier.

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(dimanche)

Message de service : comment communiquer avec des personnes distraites

(Je précise d'avance que je ne vise personne en particulier, ni aucune occurrence en particulier, en écrivant cette entrée de blog ; ou plutôt, je vise tout le monde, parce que l'enfonçage de portes ouvertes qui va suivre, ou en fait, ce qui devrait être un enfonçage de portes ouvertes, semble prendre tout le monde en défaut, moi le premier. Je l'écris donc une fois pour toutes ici pour pouvoir faire des liens à l'avenir.)

Les conseils de communication qui vont suivre s'adressent, donc, à tout le monde, et surtout quand on écrit à un groupe de plusieurs personnes, mais même, en fait, quand on écrit à une seule personne. La morale tient en quelques mots : les gens sont distraits, il faut en tenir compte, il faut toujours tout répéter. Mais je vais la développer un peu.

Le cas typique auquel je pense est celui où on essaye de fixer un rendez-vous par mail entre plusieurs personnes. Il va y avoir un échange de messages où, par exemple, quelqu'un va proposer plusieurs dates, un autre va expliquer qu'à tel moment ou tel moment il n'est pas libre, et peut-être que la discussion va converger vers un consensus sur la date, après quoi on va fixer d'autres modalités. Pour les gens les plus directement impliqués dans la discussion, cette dernière semblera peut-être claire. Mais pour ceux qui la suivent d'un peu plus loin, par exemple qui regardent leurs mails après quelque temps d'absence, qui voient plein de nouveaux messages apparus dans leur boîte de réception et qui les lisent en diagonale parce qu'ils ont d'autres choses à faire que de regarder le processus d'élaboration d'un consensus dont seule la conclusion les intéressent, la discussion semblera toujours exaspéramment confuse. Il en va de même de ceux qui n'ont pas lu la discussion parce qu'ils pensaient ne pas être concernés et qui se rendent compte à la dernière minute qu'ils le sont. Ou de ceux qui pensent avoir retenu la date, et qui tout d'un coup ont un doute et veulent la confirmer en relisant l'échange de mails et s'énerveront de ne pas trouver le mail où la date est écrite. Bref, il me semble que la seule solution tenable est la suivante :

À chaque message (ou au minimum à chaque message de la personne qui organise, si ça a un sens), il est utile et pertinent de résumer tout ce qui a été convenu jusqu'à ce point (et éventuellement redire ce qui reste encore à définir). Cela pourrait être dans une phrase au début du message (nous sommes convenus de nous retrouver <tel jour> à <telle heure> : reste à décider le lieu, plus tard on précisera aussi le lieu, etc.), ou dans le sujet du mail (qui sert, justement, à avoir une information qui est répétée à chaque fois et donc facile à retrouver), voire les deux. D'autres informations peuvent aussi passer dans la signature (le numéro de téléphone de celui qui écrit). En gros, il faut viser à ce que quelqu'un qui aurait dormi pendant tout le début de la discussion et qui se réveille soudainement en lisant le message en question ait l'essentiel de l'information ; s'il y a des choses un peu longues pour être résumées, faire un lien cliquable, ou au moins, une référence précise à un message passé (message de <telle personne> daté de <tel moment>).

Je pense qu'il y a énormément à gagner à se plier à cette petite discipline (franchement pas très lourde) : je ne compte plus le nombre de discussions par mail dont j'étais en destinataire ou en copie et où j'ai lu le premier mail en diagonale en me disant je regarderai plus tard et à chaque fois que je me disais que j'allais m'y mettre, de nouveaux mails étaient arrivés rendant plus pénible la tâche de comprendre tout ce qui s'était déjà décidé, et rapidement j'abandonnais par flemme de chercher plus loin. C'est particulièrement dommage dans des projets où j'aurais pu m'impliquer ultérieurement mais que j'ai laissé filer parce que je n'avais pas le temps de chercher à comprendre sur le coup, et que plus tard quantité de décisions avaient déjà été prises et que l'effort pour en retrouver la trace était trop important.

Quand il s'agit d'un projet destiné à devenir pérenne ou semi-pérenne, bien sûr, la documentation de ce qui a été décidé doit prendre une forme différente de l'échange de mails (un site Web, un Wiki, ou si on veut quelque chose de très rapidement opérationnel, une page en markdown hébergée sur GitHub, bref, quelque chose de ce genre, dont on rappellera l'adresse dans les mails), mais la logique est toujours la même : les gens sont débordés, leur attention est précieuse, si vous voulez leur coopération, mâchez-leur le travail.

N'écrivez pas, par exemple, des entrées de blog interminables comme David Madore : personne ne les lira. Ne faites pas des phrases alambiquées comme David Madore : personne ne les comprendra. Mais surtout, cherchez à ce que chaque bout de texte (message d'un échange de mails, par exemple) soit aussi compréhensible indépendamment de tout contexte, ou, si ce n'est pas possible, que des liens explicites soient fournis vers le contexte à connaître.

Ceci vaut même pour un échange de mail 1-à-1 : normalement on devrait être en droit d'attendre que la personne à qui on écrit ait tout lu avec plus d'attention que si elle est un destinataire parmi N, en pratique on sait très bien que ce n'est pas toujours le cas, et dans le doute, toujours récapituler où on en est, ce qu'on a déjà dit (tout seul ou en commun), etc.

Tant que j'y suis, et toujours dans l'esprit « écrire avec les codes correcteurs d'erreur en tête » (cf. ceci) : quand on donne une date, il est utile de la donner complètement (jours, mois, année, et jour de la semaine ; oui, il y a une loi bizarre de l'Univers qui fait qu'on se trompe incroyablement souvent quand on donne le jour de la semaine et le jour calendaire, mais l'intérêt de donner les deux est, justement, que d'autres peuvent repérer l'erreur et la corriger). Si vous voulez vraiment ne pas donner la date complète, utilisez au moins cette convention.

Merci de votre attention. 😉

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(mardi)

Où je reparle de moto et de vidéo et je me pose des questions copyistes

Le lecteur sait probablement deux choses sur moi.

✱ La première, que je racontais dans la dernière entrée, c'est que je me suis acheté une moto. Je vais éviter d'écrire encore 1729 entrées sur le sujet parce que tout le monde a compris et tout le monde s'en fout, donc tâchons de faire bref (le mot bref étant, pour moi, très relatif).

J'ai pris quelques jours de congés pour profiter de ce qu'il restait d'été et de beau temps et pour commencer à roder la machine. Et je découvre ainsi que j'aime ça encore plus que ce que je pensais. C'est sans doute la découverte grisante de la liberté de me balader où je veux (voire de partir sans savoir au juste où je vais, sans avoir la possibilité d'ouvrir Google Maps et devant donc me fier à mon seul sens de la géographie, ce qui veut dire que je me perds mais ça peut être un plaisir de se perdre), combinée à l'exhilaration de conduire la moto (au sujet de laquelle je renvoie à la note #7b de l'entrée sur le permis, à laquelle j'ai fait plusieurs additions successives et qui aurait peut-être mérité d'être une entrée de blog à elle seule) et la fascination d'un nouveau joujou ; toujours est-il que je suis, au moins pour le moment, complètement addict, et qu'en démontant je n'ai qu'une envie c'est de repartir.

Je suis donc allé un peu au pif, juste pour rouler, dans toutes sortes de directions (enfin, surtout vers le sud et vers l'ouest, parce que c'est quand même plus agréable ; mais je regrette un peu de ne pas vivre en géométrie hyperbolique et de n'avoir qu'un nombre limité de possibilités en la matière, même en faisant une certaine distance). J'ai parcouru 500km pour l'instant (en environ 14h), ce qui n'est pas énorme, mais juste 12 jours après avoir réceptionné le joujou, c'est plus que ce que j'imaginais. Et, à vrai dire, ça m'inquiète un peu, parce qu'en même temps je tiens à me rappeler et à me répéter que c'est quand même dangereux, que tout mon équipement ne vaut pas une carrosserie minable, que même si je roule prudemment je ne suis pas à l'abri des erreurs et encore moins de celles des autres, et que l'impression trompeuse de facilité ne doit pas me faire oublier que je suis débutant. Ce qui est sûr, au moins, c'est que je ne suis pas tenté de rouler vite : ce qui est agréable, c'est entre 30km/h (vitesse à laquelle l'effet gyroscopique se fait sentir) et 90km/h (vitesse à laquelle c'est l'absence de carénage de ma moto qui se fait sentir) ; ni de doubler rageusement les voitures, ce sont plutôt elles qui me doublent rageusement, en fait (et ce n'est pas forcément tellement moins dangereux, malheureusement). Par ailleurs, je connais bien le caractère très cyclique / fluctuant / épisodique de mes intérêts, donc il est fort possible que dans deux mois (et je peux quand même raisonnablement espérer ne pas avoir d'accident pendant ce temps) mon enthousiasme sera retombé : souhaitons quand même qu'il ne soit pas retombé au point que j'aurais acheté une moto pour m'en servir seulement deux mois, mais bon, nous verrons.

Il y a aussi toutes sortes de considérations pratiques qui restent à régler. Ces derniers jours j'ai en gros fait des balades juste en moto, c'est-à-dire en boucle de chez moi à chez moi, avec juste un petit arrêt, peut-être pour déjeuner (par exemple au niveau du centre commercial Parly 2 ; à propos, je recommande le café Marlette de Parly 2, que mon poussinet et moi connaissons de nos visites à Chèvreloup). À part pour une petite virée à Meaux où le poussinet était venu en voiture et moi en moto et où j'avais mis des choses dans le coffre de la voiture — mais ce n'est pas une idée à long terme parce que c'est quand même franchement abusé de prendre deux véhicules capables de transporter 5+2 personnes pour en déplacer 2. J'ai le problème, donc, si je veux m'arrêter pour faire une balade à pied et pas juste pour manger, de savoir quoi faire de mon équipement moto (que je décris à la fin de cette entrée). Je veux bien transporter mon casque à la main, mettre les gants dedans comme si c'était un panier, et garder le blouson sur le dos ; et même les bottes sont finalement beaucoup moins inconfortables pour marcher que ce que j'imaginais ; mais le pantalon, lui, est passablement gênant, et en plus le pantalon dans les bottes fait couic-couic à chaque pas, ça rend fou le poussinet. Je n'ai pas de top-case sur la moto, je n'ai pas vraiment envie d'en faire ajouter un, j'ai peur que le pantalon ne tienne même pas facilement dans un top-case et j'ai aussi peur que ce qu'il y a dans un top-case se fasse très vite voler. Mais je n'ai pas non plus envie de me passer d'un pantalon très sérieux. Quelques problèmes pratiques à résoudre donc, comme aussi le fait qu'entre le moment où je sors de chez moi et le moment où la moto sort du parking il s'écoule pour l'instant largement 20 min parce que j'oublie toujours quelque chose ou en tout cas je mets un temps invraisemblable à penser à tout (et la GoPro n'aide pas, je vais y revenir).

Puisque le but est de ne pas continuer longtemps l'absurdité de la configuration où le poussinet prend la voiture et je le suis en moto, j'ai commencé à essayer de le prendre pour passager. (En revenant de Meaux, nous nous sommes garés dans un bled au milieu de nulle part et nous avons fait un petit tour en moto à vitesse bien modérée pour voir l'effet que ça faisait.) Apparemment c'est moins inconfortable pour lui que ce que je craignais sur une selle minuscule et sans poignée passager pour se tenir (j'ai déjà été passager sur les CB-500F de mon auto-école avec le moniteur comme conducteur, mais ils avaient au moins fait poser des barres pouvant servir de poignées, et même comme ça je trouvais ça très inconfortable, probablement parce que j'essayais de me tenir trop avec les mains et pas assez avec les jambes). Reste que je n'étais moi-même pas terriblement rassuré dès qu'il s'agissait d'accélérer ou de ralentir, ou même de prendre un virage, et je me rendais compte que le moindre changement de vitesse, qui quand je suis tout seul me semble passer comme du beurre, implique une décélération et une accélération que je sens au mouvement du poussinet derrière moi. Mais surtout, je me sentais doublement nerveux d'avoir la responsabilité de mon poussinet en plus de la mienne. Bref, il y a encore du travail à faire. Et il y a aussi la question de l'équipement qui devient encore plus problématique à deux (pour ce petit essai, le poussinet s'est acheté un casque et des gants, a utilisé ses chaussures normales qui sont des chaussures de montagnes protégeant bien la cheville, et pour ce qui est du pantalon et du blouson il a pris ceux, en mesh, que je m'étais achetés pour temps chaud ; heureusement nous avons des tailles suffisamment proches pour pouvoir partager tout sauf peut-être les chaussures).

Ajout : Bilan après quelques semaines de moto dans une entrée ultérieure.

(Sinon, rien à voir, mais puisque j'en suis à faire une sorte de brain dump je ne fais pas de transition : je découvre qu'il existe un service de location de motos à Paris. Peut-être que je devrais essayer au moins une fois, histoire de ne pas conduire que une CB-500F.)

Voilà qui fut « bref »(?). Je passe au deuxième point.

✱ La deuxième chose qu'on sait certainement sur moi, c'est mon obsession pour la préservation de l'information (ou copyisme : j'en parlais par exemple dans cette vieille entrée ; j'en ai reparlé ensuite quantité d'autres fois, mais jamais vraiment remis à plat mes idées — tant pis) ; et que j'aime bien m'amuser à disséquer et analyser l'information que je préserve.

Le problème avec la préservation de l'information, c'est que parfois on a trop d'information pour pouvoir tout stocker, il faut arriver à faire le tri en choisissant intelligemment ce qu'on garde et ce qu'on ne garde pas. Je ne suis pas au niveau du LHC qui produit des données au rythme de ~1Go/s après tri, et plusieurs centaines de fois plus avant tri. Mais voilà, je disais dans l'entrée précédente qu'en même temps que la moto je me suis acheté une GoPro pour filmer quand je conduis, et cela soulève des problèmes graves pour le copyiste que je suis : la GoPro produit des données au rythme fort soutenu de 4Mo/s pour la résolution et le framerate que j'utilise (1920×1080 à 25fps), pourtant modestes par rapport aux capacités du gadget, ce qui fait que j'ai déjà accumulé 192Go en quelques jours, je ne peux pas conserver ce flux d'information tel quel, et honnêtement, on s'en fout de garder une qualité aussi excellente. Mais j'ai quand même envie d'en conserver un « résumé », peut-être autour de quelques pour cent du volume, et la question se pose de savoir quoi et comment (dégrader monstrueusement la qualité ? réduire la résolution au format vignette ? accélérer la vidéo ou diminuer le framerate ? garder une image par seconde voire par minute ? une combinaison de tout ça ? ou au contraire plusieurs résumés distincts par vidéos, par exemple l'un au format vignette et l'autre à résolution maximale mais seulement d'une image sur N ?).

La GoPro, outre l'enregistrement de l'image et du son, stocke aussi dans la vidéo des informations GPS et aussi des mesures d'accéléromètres et de gyroscopes (voir ici pour les détails du format et de ce qui est stocké) : à raison de 200 enregistrements par seconde pour les accéléromètres et gyroscopes, et 18 par seconde pour le GPS, je disais que ce sont de véritables caramels mous pour geek, mais même ces informations-là finissent par peser un peu lourd (bon, c'est ~0.1% de l'ensemble de la vidéo donc ce n'est pas là que je vais vouloir gratter de la place), et surtout, il n'est pas complètement évident de les extraire de la vidéo sans perdre de l'information (les flux vidéo, audio et télémétrie sont synchronisés par le conteneur MP4 et l'horloge principale est celle donnée par le conteneur, ce n'est pas facile de décider comment stocker la télémétrie seule). J'arrive à extraire une trace GPS (au format gpx), mais il y a certainement quelque chose de rigolo à faire avec ces « caramels mous pour geek » que sont les relevés des accéléromètres et gyroscopes, peut-être analyser une trajectoire de virage de façon extrêmement détaillée ou voir quel est l'impact mesuré par les accéléromètres d'un changement de vitesse (ce qui suppose de comparer avec la vidéo pour savoir exactement quand je touche à l'embrayage).

Ajout () : La « simple » opération de modifier ou recomprimer la vidéo sans affecter les autres informations stockées dans le flux par la GoPro n'est pas évidente : voir ce fil Twitter (lire au-dessus et en-dessous) ainsi que cette page qui donne des instructions détaillées mais dont je signale dans le fil Twitter qu'elles ne semblent marcher que pour certaines versions de ffmpeg (la 4.0.2 mais pas la 4.2.1 — il n'est pas clair si c'est un bug, un accident ou une feature).

Je me pose d'ailleurs la question suivante, qui n'est théoriquement pas très difficile, mais comme d'habitude le diable est dans les détails : j'ai une fonction — la position de la GoPro — qui est mesurée 18 fois par seconde par GPS, mais avec une précision variable et parfois très mauvaise, et dont la dérivée seconde est mesurée 200 fois par seconde par les accéléromètres (et gyroscopes puisqu'il faut bien retrouver les directions), avec une précision sans doute plus constante : quelle serait la bonne approche numérique, avec ces diverses données, pour interpoler la position quand elle n'a pas été mesurée ou qu'elle l'a mal été ? et pour approcher la vitesse ? (bizarrement, la GoPro enregistre la grandeur de la vitesse relevée par le GPS, mais pas sa direction : on doit pouvoir y arriver en mettant ensemble des positions successives, la grandeur connue, et l'accélération, mais tout ça n'est pas forcément évident). Bon, pour faire des expériences un peu scientifiques, il faudrait sans doute plutôt accrocher la GoPro à la moto elle-même qu'à son conducteur qui doit avoir tendance à gigoter inutilement.

[Deux vues différentes au même moment]Il y a plein de choses qui sont théoriquement très simples et qui en pratique dont parsemées de petites crotte de ragondin, en fait. À l'occasion d'une de ces balades d'essai où le poussinet prend son joujou et moi le mien, la même suite d'événements a été filmée par deux caméras indépendantes : la dashcam de la voiture, vers l'avant et vers l'arrière mais prenons la vue arrière puisque c'est elle qui voit la moto, et la GoPro que je porte sur un harnais. Je me suis dit que ce serait amusant de faire une vidéo combinée montrant les deux vues en même temps. Synchronisées, donc. En principe ça ne devrait pas être difficile de synchroniser les deux flux vidéos, d'autant que les deux caméras captent l'heure par GPS (la GoPro l'insère comme un flux binaire dans le fichier vidéo, tandis que la dashcam de la voiture l'ajoute sur les images). Mais il y a un million de petites complications qui viennent rendre ce beau projet beaucoup plus compliqué que sur le papier : par exemple, la dashcam coupe sa vidéo en fichiers de 181s, avec 1s de recollement entre deux fichiers consécutifs tandis que la GoPro les coupe en fichiers d'environ 4Go et sans recollement ; les deux, d'ailleurs, n'ont pas le même framerate parce que ce serait trop facile sinon ; la dashcam enregistre certes l'heure renvoyée par une unité GPS, mais elle la reçoit, en fait, une fois par seconde et pas forcément à l'instant exact de la seconde GPS, si bien que cette heure est seulement précise à quelque chose comme 1.5s ou 2s près ; la dashcam, par ailleurs, a été éteinte pendant un certain temps parce que le poussinet a coupé le contact pour mettre de l'essence (ce qui fait qu'un segment vidéo a été raccourci). Au final, pour trouver des bons points de synchronisation, je n'ai pas utilisé le GPS mais des feux qui passaient au vert (vus par la GoPro et la caméra avant de la voiture, que j'espère correctement synchronisée avec la caméra arrière) : j'ai réussi à produire une vidéo correctement synchronisée (à une fraction de seconde près), mais ça n'a pas été sans y passer beaucoup de temps et m'arracher beaucoup de cheveux (surtout avant d'avoir compris cette histoire d'heure reçue seulement une fois par seconde par le GPS de la dashcam de la voiture). Je ne publie pas la vidéo résultante, parce que je doute qu'elle intéresse qui que ce soit à par le poussinet et moi (hum, juste moi en fait), et que YouTube massacre tellement la qualité des vidéos que je lui envoie que ça n'aurait plus aucun intérêt ; mais voici ci-contre un exemple de capture (ça se passe à cet endroit) où normalement les parties haute et basse ont été prises à quelques centièmes de seconde d'intervalle.

Là aussi, le copyiste que je suis se demande s'il conserve la vidéo complète résultant de cette synchronisation, ou seulement quelques images aléatoires, ou juste les informations de synchronisation.

Tout ça m'aura au moins permis d'en apprendre un peu plus sur le fonctionnement du programme ffmpeg et de ne plus avoir peur de faire des successions un peu compliquées de filtres.

(En fait, je vais tâcher de remplacer la GoPro par une dashcam pour moto puisqu'on m'a signalé que ça existait et que ça correspond sans doute mieux à l'usage que je cherche — hors caramels mous, Surtout que le temps pris pour enfiler le harnais portant la GoPro, ou parfois pour me rendre compte que j'ai laissé la carte µSD dans l'ordinateur et que je dois revenir la chercher, jouent beaucoup dans le temps qui s'écoule entre le moment où je décide de partir et le moment où la moto démarre vraiment. Bref, je prendrai une dashcam — la VSYSTO a l'air intéressante — quand j'aurai fait poser une prise 12V sur laquelle la brancher, et en espérant que la fixation et le câblage ne dépassent pas mes capacités très limitées pour le bricolage. Mais je ne vais certainement pas jeter ma GoPro qui pourrait servir à enregistrer toutes sortes d'autres choses, ne serait-ce que des balades à pied. ⁂ Mise à jour : Voir ce bout d'une entrée ultérieure pour la dashcam que j'ai finalement achetée.)

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(vendredi)

Bref, je me suis acheté un joujou à deux roues

[Photo de moi sur la moto][Photo de moi sur la moto]Je disais dans l'avant-dernière entrée (et sur Twitter) que je m'étais acheté une moto, et je faillirais à la hauteur de ma réputation de documentateur (documenteur ?) frénétique si je ne racontais pas ça dans une entrée fleuve en 95 040 sous-parties, donc, c'est parti. Je me suis acheté une Honda CB-500F (modèle 2019, neuve).

Pourquoi une CB-500F ? Et puis tu es con d'avoir acheté neuf, David !

(La fiche technique est là.)

C'est le modèle utilisé par mon auto-école, donc la principale raison c'est que j'en ai maintenant l'habitude, je sais que je le trouve agréable à conduire et il ne va pas me surprendre. Comme j'ai aussi appris en mettant 129h à passer le permis que je n'apprenais pas très vite ce genre de choses, il est peut-être mieux que je ne me déstabilise pas en prenant un modèle différent.

Mais le fait que ce soit un modèle utilisé par mon auto-école comme par beaucoup d'autres signifie aussi que des gens plus compétents que moi jugent que c'est une bonne moto pour débuter, mais aussi raisonnablement fiable. Je sais que beaucoup d'auto-écoles choisissent soit la Yamaha MT-07 soit la Kawasaki Z 650, mais ce sont des motos plus puissantes, qui doivent être bridées pour être rendues conformes aux exigences du permis A2 (≤35kW), et je suis globalement sceptique quant à l'opportunité de prendre un modèle qui a été conçu par des gens très malins pour développer une certaine puissance, et ensuite le brider pour qu'il ne puisse plus produire que les deux tiers de cette puissance (par exemple, je n'y connais rien, mais je suppose que les choix sur la boîte de vitesse, ne serait-ce que l'échelonnage des rapports, sont optimisés en fonction de la puissance du moteur). S'agissant de la MT-07 spécifiquement, j'ai entendu dire que sa nervosité pouvait être difficile à prendre en main pour les novices : le réseau d'auto-écoles CER l'utilise généralement (ils ont une forme de partenariat avec Yamaha), mais la mienne précisément (CER Bobillot) a décidé de ne pas suivre, notamment pour cette raison. La CB-500F, au contraire, est d'origine pile-poil à la puissance permise pour le permis A2 (35kW, donc).

A contrario, j'aurais pu prendre une moto moins puissante[#] : en fait, à l'origine, la raison pour laquelle je passais le permis A2 est que je n'avais pas l'ancienneté nécessaire (à savoir, 2 ans) pour faire le stage court (7h)[#2] donnant le droit de conduire une 125cm³ avec le permis B. Mais la seule fois où mon auto-école m'a mis une 125cm³ entre les pattes pour aller sur le plateau, j'ai eu l'impression qu'elle était tellement à bout de souffle à 90km/h sur l'autoroute que ça ne me rassurait pas du tout. Alors je me suis dit que si les autorités dans leur infinie sagesse avaient choisi de mettre la limite à 35kW (soit la puissance déployée par un moteur d'environ 500cm³) pour le permis A2, c'était certainement une puissance raisonnable, quelle que soit la définition exacte de « raisonnable ». (Plus sérieusement, raisonnable devrait sans doute vouloir dire que la puissance que le conducteur se sent capable de demander et ce que la moto est capable de fournir sont comparables, mais je crois que mon argument se casse la gueule, là.)

Enfin, je n'y connais rien au marché des motos, mais mes lecteurs se douteront bien que j'ai consulté plein d'essais et de comparatifs. Dans les descriptions de la CB-500F, des termes comme comme une bonne moto pour débuter ou un petit roadster sympa et facile à prendre en main ou encore une moto accessible, progressive, rassurante, naturelle, pas surprenante ou qui pardonne reviennent assez souvent pour que je croie que ce n'est pas une coïncidence ni une opération de comm' orchestrée par Honda. Et à la limite, parfois les reproches me convainquaient que bon, si c'est ça ce qu'on trouve à lui reprocher, c'est que ça doit être parfait pour moi. (Au pif, dans cet essai fait par un youtubeur[#3], il dit vers 9′23″ dommage que la sonorité n'est pas plus présente : vraiment on l'entend pas, cette moto, dommage — non mais sérieusement ‽ — et vers 10′40″ ça manque de pêche, ça manque de vivacité, tu vois, ça manque d'explositivitéI think I can live with that. À 11′35″, il consent à trouver un soupçon de nervosité à partir de 7000tr/min, alors moi qui conduis plutôt vers 3500tr/min[#4] à cause de l'influence de la voiture Diesel du poussinet et qui me demande si ça ne hurle pas trop à 5000tr/min, je me dis que j'ai de la marge pour la voir venir, la nervosité.)

Globalement, la synthèse que j'ai retenue des essais que j'ai vus ou lus de la CB-500F serait quelque chose comme :

  • moteur très « linéaire » (whatever that means), manquant de « mordant » et d'« allonge » (whatever that means),
  • bonne tenue même à bas régime,
  • très bonne maniabilité,
  • bon freinage,
  • bons amortisseurs,
  • embrayage très agréable (surtout sur le modèle 2019), boîte de vitesse facile à gérer,
  • consommation plutôt faible (annoncée 3.4L/(100km), les valeurs mesurées en essais varient énormément entre 3 et 4L/(100km)),
  • position de conduite modérée, guidon large,
  • bons rétroviseurs,
  • afficheur numérique clair, mais difficile à lire au soleil à cause des reflets ;
  • moralité : très bonne moto pour débuter.

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(lundi)

Où je m'énerve une fois de plus sur la difficulté de migrer d'un Android à un autre (et j'explique quelques choses)

Bon, en attendant de vous raconter que je me suis acheté une moto, je vais vous raconter que je me suis acheté un téléphone, et je vais endosser mes habits préférés de râleur qui se plaint que le monde informatique est vraiment merdique. Je pourrais utiliser le même temps à essayer de débloquer tout ce qui me pose problème au lieu de le décrire à grands coups de phrases interminables dans mon blog mais where would be the fun in that? (sérieusement, ranter sur les problèmes que je rencontre au lieu d'essayer de les résoudre ne semble peut-être pas très productif, mais en fait (a) ça me permet de faire mentalement le point sur où j'en suis et (b) qui sait, peut-être qu'un expert Android passera par là et aura des informations sur les points techniques que je vais évoquer, même si je n'y crois pas trop).

Je vais essayer de faire en sorte qu'au moins le début de cette entrée ne soit pas trop technique (voire, possiblement instructif) pour les non-geeks (ignorez juste les détails des modèles et numéros de version que je me sentais quand même obligé de donner très tôt). Plus loin, en revanche, je me mettrai à parler de SQL et ça deviendra fatalement technique.

Donc. Le contexte est que mon téléphone actuel (un Nexus 5, cf. ci-dessous) est à bout de souffle. Physiquement, d'abord (le cache arrière se détache et il est scotché pour rester en place ; et la batterie a une autonomie faiblissante). Mais logiciellement aussi. D'abord parce qu'il n'y a plus de mises à jour, donc la sécurité devient de plus en plus mauvaise avec le temps qui passe (et, loi de Murphy oblige, juste après que les mises à jour ont cessé pour ce téléphone, il y a eu une cascade de trous de sécurité Android). Mais aussi simplement du point de vue performance. Je n'ai jamais bien compris par quelle magie les ordinateurs, tablettes et téléphones ralentissent avec le temps, comme si les processeurs s'usaient en vieillissant (pour ceux de mes lecteurs qui ne sont pas calés en informatique : non, pas du tout — en tout cas ça ne peut pas produire cet effet-là, où alors de façon extrêmement marginale par exemple sur l'usure de la mémoire flash/SSD), mais le phénomène est insupportable. Dans le cas de mon téléphone, c'est surtout le manque de mémoire qui le rend de moins en moins utilisable. Mémoire flash/SSD : il m'est de plus en plus difficile de tenir les photos que je veux conserver et les cartes OSM dans les 32Go dont il dispose. Mais surtout mémoire vive/RAM : basculer entre trois, parfois seulement deux, applications Android est devenu(?) impossible, si je lance la navitation dans Google Maps pour guider mon poussinet en voiture, je ne peux essentiellement rien faire en même temps (une fois que nous rentrions de Normandie et que je le guidais avec Google Maps/Navitation, nous sommes passés devant un panneau routier qui annonçait un site touristique possiblement intéressant, le poussinet m'a demandé de regarder ce que c'était, le temps que j'arrive à ouvrir un Firefox et à faire la recherche nous avons dû rester peut-être cinq bonnes minutes à tourner aléatoirement dans le bled puis à stationner comme des cons). Ce n'est plus tenable.

Bref, le nouveau téléphone que je viens d'acheter est un OnePlus 6 (nom de code enchilada), mais ce n'est pas important dans cette histoire. J'ai installé dessus la version 16.0 de LineageOS (une version libre et communautaire d'Android, pas énormément modifiée par rapport à la version basique AOSP distribuée par Google), ainsi que l'excellent mode de secours TWRP (lui aussi libre et communautaire), mais tout ça n'est pas terriblement important non plus dans ce que je vais raconter, à part peut-être que c'est un Android 9 Pie, sur lequel je suis root et où je peux aussi faire des opérations en mode recovery (= de secours). Mon téléphone actuel est sous Android 7.1.2 (Nougat ; c'est un Nexus 5 =hammerhead, sous LineageOS 14.1). J'ai des griefs contre le téléphone lui-même et contre l'emmerdement pour installer LineageOS (qui ne sont essentiellement pas la faute de LineageOS), mais ce n'est pas de ça que je veux parler (j'en parle un petit peu dans ce fil Twitter).

Le problème se pose donc maintenant, comme à chaque fois que je change de téléphone — et la difficulté à le résoudre ne s'améliore pas et explique que je n'aime vraiment pas changer de téléphone :

Comment transférer les données de l'ancien téléphone vers le nouveau ?

Par les données, j'entends principalement :

  • mes contacts téléphoniques,
  • l'historique des appels téléphoniques passés (correctement liés aux contacts, j'entends),
  • l'archive de tous mes SMS et MMS (avec, dans le cas des MMS, les photos ou autres pièces jointes qu'ils peuvent contenir ; et là aussi, correctement liés aux contacts),
  • les données de diverses autres applications (historique de conversation sous Xabber, réglages de Firefox, ce genre de choses).

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(vendredi)

Où je finis quand même par décrocher le permis A2

[Certificat d'examen du permis de conduire]Alors voilà, j'ai quand même fini par l'avoir. J'ai passé l'examen mercredi après-midi et j'ai eu le résultat ce matin (ci-contre), me donnant le droit de conduire une moto[#]. Le feuilleton s'est éternisé et je pense que tout le monde en avait marre, moi le premier (pour ne pas parler du poussinet) : il m'aura fallu 87 heures (pour la partie plateau) plus 42 (pour la partie circulation), soit 129h au total[#2], ou encore 28+21=49 séances, réparties sur tout juste un an (j'ai déposé mon dossier d'inscription le ) ; et un échec[#3]. Je n'ai peut-être pas battu un record, mais je ne dois pas en être loin (les valeurs typiques dans mon auto-école pour la durée de préparation ont l'air d'être autour de 30h pour le plateau et 10h pour la circulation[#4]). Accessoirement, à 45€ la séance, ça commence à chiffrer : en ajoutant le prix un peu exorbitant de l'équipement de protection que je me suis payé, mon compte moto sur GnuCash atteint largement le prix d'une belle moto[#5] alors que je n'en ai pas encore acheté.

[#] Legal fine print: de puissance ≤35kW, et ≤70kW avant un éventuel bridage, et de puissance massique ≤200W/kg.

[#2] Tant que j'y suis, une estimation pifométrique de la distance que j'ai parcourue en moto : pour la préparation au plateau, 23×2×9km ≈ 415km pour les allers-retours, et sur le plateau lui-même, 60h effectives à, au pif, 5km/h de moyenne générale, donc peut-être 300km ; pour les leçons en circulation, 30h effectives à, au pif, 30km/h de moyenne, disons 900km. Allez, à la louche, 1600km en un an : vu sous cet angle, ce n'est pas tant que ça, en fait.

[#3] Allez, encore des chiffres débiles : cette priorité à droite m'aura coûté trois mois et 925€ : ce serait amusant de savoir ce que le public penserait de sanctionner le refus de priorité par trois mois de suspension du permis et 925€ d'amende. 😁 (En vrai, c'est 4 points — ou maintenant 6 pour un piéton — et 135€ d'amende.)

[#4] Estimation très grossière basée sur ce qu'ont dit les moniteurs (qui ne font eux-même visiblement pas de stats) et des discussions avec d'autres élèves. Mais je prends la peine de l'écrire, parce que c'est le genre de chiffres qui pouvaient m'intéresser au moment où je commençais à me documenter — et que je ne trouvais pas.

[#5] Mais bon, c'est toujours moins que 1m² d'immobilier parisien, ce qui remet aussi les choses en perspective.

Il y aurait peut-être à méditer sur pourquoi j'ai eu tellement de mal (même en tenant compte de facteurs handicapants comme mon âge ou le fait que j'avais exactement zéro expérience préalable des deux-roues motorisés, et même en comparaison avec mon permis B qui a déjà été difficile), — mais je n'ai pas vraiment envie maintenant.

Je crois cependant que je ne vais pas continuer avec les permis C, D et *E. (Mais je n'en ai que plus d'admiration pour ceux qui réussissent ces épreuves[#6].)

[#6] Ma belle-maman a le permis D. Et là, il semble que les créneaux de passage sont tellement rares que si on rate l'épreuve, ce n'est pas trois mois qu'on doit attendre pour la repasser mais plutôt un an.

Si je repense à ce qui m'avait initialement poussé à passer le permis moto, j'avais trouvé principalement trois raisons : la curiosité, le défi, et l'idée que préparer et passer un nouveau permis m'aiderait à mieux conduire en général (donc y compris une voiture, un vélo — ou même mes petits petons). Ce dernier point est certainement une réussite (rétrospectivement je me dis un peu que j'ai eu mon permis B dans une pochette surprise, et que les leçons de moto m'ont aidé à améliorer ma gestion de la route au moins autant que les excursions avec la tuture du poussinet ou plus récemment quelques essais de voitures électriques en autopartage) ; et je suppose qu'on peut dire que ma curiosité est assouvie et que le défi a été relevé. Mais ce que je n'avais pas prévu initialement c'est que j'allais vraiment y prendre goût (et que ça devenait donc d'autant plus frustrant de ne pas réussir).

Parce que, franchement, conduire une voiture, je trouve ça juste pénible. C'est utile, mais je ne trouve décidément pas ça agréable[#6b]. Peut-être que c'est lié au fait que j'ai passé le permis B comme une sorte d'obligation. Ou parce que je continue à avoir du mal : je gère encore parfois mal les vitesses par exemple quand il s'agit de rétrograder avant un giratoire, je ne place pas bien mes mains sur le volant quand ça tourne trop, j'ai toujours du mal à visualiser le gabarit quand le passage est un peu étroit, et pour ce qui est des manœuvres c'est vraiment la catastrophe. (Les voitures électriques m'ont un peu réconcilié avec la voiture, quand même, tant il est vrai que le fait de ne pas avoir à penser au risque de caler[#6c] permet de mieux gérer tout le reste.)

Mais rien de tel en moto. L'impression de facilité est peut-être trompeuse (87h de préparation au plateau, quand même…), et peut-être que je dirai autre chose après une chute, ce serait audacieux de ma part que je conduis bien, disons peut-être juste que je conduis moins laborieusement qu'une voiture ; mais, voilà, je ressens ça comme si c'était instinctif. Même le passage des vitesses : j'avais essayé ici d'analyser pourquoi, et c'est un peu confus, mais ce que je perçois, en tout cas, c'est qu'en voiture l'embrayage est une gêne, alors qu'en moto c'est un allié[#6d]. Et pour ce qui est des trajectoires, c'est incompréhensiblement naturel, on a la sensation que la moto va là où on veut qu'elle aille, sans qu'on ait besoin de lui dire. On fait les choses sans réfléchir — et c'est quelqu'un de caricaturalement hyper-analytique qui écrit ça. Je pense que c'est largement cette sensation de « faire corps »[#7] avec la machine (comme si on se déplaçait soi-même[#7b] sur la route) qui rend la moto insidieusement grisante. Bien sûr que c'est une illusion, et bien sûr qu'elle est dangereuse, mais ça n'en est pas moins addictif. Et je suppose que c'est ça qui fait que certains recherchent la vitesse[#8] et/ou se croient invulnérables.

[#6b] Ajout : Pour répondre à une remarque qui m'est faite en commentaire, je ne nie absolument pas que les voitures soient nettement plus confortables que les motos, notez bien (ne serait-ce que quand il pleut, qu'il fait chaud, ou qu'il fait froid !), et incomparablement plus pratiques s'il s'agit de transporter quoi que ce soit. Mais à ce compte-là, je préfère être passager de la voiture et avoir, par exemple, mon poussinet comme chauffeur (lui il aime ça).

[#6c] Ajout () : Parlant de caler : avec la tuture du poussinet (Golf IV diesel), si on cale, il faut couper le contact complètement, attendre environ une seconde, remettre le contact, attendre l'extinction d'un voyant, et tenir la clé de contact en position démarreur pendant le temps nécessaire pour entendre le moteur tourner mais surtout pas trop. C'est certes plus simple que sur une Ford Model T, mais ça reste un peu fastidieux, et un peu traumatisant si on est en train de se faire engueuler par les gens derrière qui s'énervent d'attendre au feu vert à cause du plouc qui a calé en démarrant. Au moins, avec la voiture de l'auto-école, il suffisait de remettre un coup d'embrayage. Avec la Honda CB 500 (la moto sur laquelle j'ai travaillé, donc), en cas de calage, on appuie juste (en débrayant !) sur le bouton du démarreur : c'est tellement rapide à redémarrer que, pendant que je travaillais le parcours lent, au plateau, il m'est arrivé plusieurs fois de : commencer à perdre l'équilibre, vouloir remettre un peu d'embrayage, caler parce que j'en mettais trop, redémarrer le moteur, rembrayer un peu moins fort et ainsi reprendre mon équilibre, tout ça sans poser le pied par terre.

[#6d] Ajout () : Autant le fait d'essayer une voiture électrique est quelque chose que j'ai trouvé sympa, autant je n'ai pas tellement envie d'une moto électrique : passer les vitesses et jouer de l'embrayage est un plaisir, en moto. Si on veut me vendre une moto électrique, qu'on en invente une qui a un changement de vitesse ! (fût-il complètement simulé parce qu'on ne veut pas mettre de pièce mobile inutile).

[#7] Je ne pense pas qu'un conducteur de voiture, camion, car, train aura facilement tendance à dire qu'il « fait corps » avec son engin ; peut-être plus pour les petits avions ; mais c'est plutôt du côté du vélo ou de l'équitation qu'on trouvera quelque chose de ce genre.

[#7b] Ajout () : Je suis d'ailleurs assez d'accord avec ce qu'écrit ici Piece of a Larger Me (et qui tend vers le transhumanisme) : ça fait tout à fait sens de considérer comme faisant partie de soi, au sens mental et non biologique, toutes sortes d'extensions ou d'additions au corps, ou simplement d'accessoires sur lesquels on a un contrôle fort : de la prothèse médicale à un engin qu'on contrôle directement, en passant par nos vêtements ou un éventuel exosquelette (<insérer ici une référence à Evangelion>) ; l'extension que nous donnons à ce moi est avant tout une décision personnelle d'identification ; après tout, il n'y a pas de différence profonde entre le fait que, quand je marche, mon cerveau puisse « décider » de commander (par un influx nerveux) à mes jambes de me porter à tel ou tel endroit, ou que, quand je conduis une voiture ou une moto, mon cerveau puisse « décider » de commander (par l'intermédiaire de mes nerfs, de mes mains sur le volant/guidon, et de l'axe de direction du véhicule) à l'engin de me porter dans telle ou telle direction : dans les deux cas (humain qui marche ou humain+véhicule qui roule), on a affaire à un système complexe et téléonomique (doté d'une volonté et agissant selon elle), ce n'est pas tellement important que dans le cas de l'engin le système soit « détachable ». Donc ça a tout à fait un sens logique, dans l'absolu, de s'identifier, temporairement, à l'ensemble du véhicule et de son conducteur : il se trouve que, psychologiquement, cette identification fonctionne mieux pour une moto que pour une voiture (au moins pour moi, mais comme je le dis à la note précédente et dans les phrases qui suivent, je pense que je suis loin d'être le seul). Peut-être que ceux qui n'ont jamais conduit de moto trouvent assez ridicule (le poussinet a levé les yeux au ciel) le concept que je puisse être l'ensemble conducteur+moto, mais je vous assure que cette impression peut être puissante, et je suis vraiment persuadé que ça joue un rôle important dans l'attractivité de la moto. Une confirmation que j'y vois est dans le texte que je lis ici chez Natacha, auquel je souscris totalement (et qui a été écrit avant cette entrée-ci, mais que, inversement, je n'avais pas lu avant d'écrire cette note, — donc nous sommes arrivés à la même conclusion indépendamment) : La raison principale [du fait que j'aime beaucoup], c'est la relation fusionnelle que j'ai avec la moto, du même type que celle que j'ai avec mes chaussures. Dans les deux cas, c'est un objet artificiel qui s'ajoute à mon corps pour l'améliorer au point d'être assimilé dans celui-ci, et non pas une entité extérieure que je dois utiliser.Surajout : voir aussi ce que dit ce motovloggueur, motorcycling is different from riding a car around in a lot of ways, but one of the best ways that it is different is that you and the bike are one: when you hop aboard a bike, you are essentially becoming a part of it, and nothing gets me going like correctly matching to my motorcycle (et il continue avec des remarques sur l'équipement que je partage aussi). ⁂ Mise à jour : Voir ce bout d'une entrée ultérieure pour une discussion et tentative d'analyse.

[#8] Pour éviter que ça risque trop de m'arriver, je vais prendre une moto plutôt inconfortable à conduire vite. 😉 Sans carénage et sans bulle de protection, la CB 500F devient rapidement fatigante aux vitesses maximales autorisées sur autoroute.

Bref, si d'autres sont tentés d'essayer de se mettre à la moto, je dis : faites attention, c'est un piège, vous risquez d'aimer ça.

Sur le déroulement de l'épreuve elle-même, il n'y a pas grand-chose à raconter : c'était une fois de plus au centre de Gennevilliers, nous n'étions que trois de mon auto-école à passer ce jour-là, deux pour la circulation et un pour le plateau. J'ai demandé à passer en premier, un peu pour exorciser la priorité à droite que j'avais grillée en juin ; mais aussi parce que j'avais un petit peu potassé le début de trajet très probable[#9] : histoire d'avoir une partie un peu connue le temps que le stress retombe et que je ne pense plus qu'à la route.

[#9] À savoir, le même que la fois précédente. J'y suis retourné en voiture (Car2go) entre temps. Évidemment, on peut faire plein de chemins à partir du centre d'examen de Gennevilliers, mais si on se dit que l'inspecteur veut emmener rapidement le candidat à un endroit où il y aura moins de risques d'embouteillages, et veut par ailleurs lui faire prendre l'autoroute, la trajectoire évidente est d'attraper l'A15 en direction de Cergy-Pontoise (mon moniteur a confirmé que c'est ce qui se produit le plus souvent : il s'agit donc d'une sorte d'échauffement, la partie intéressante de l'épreuve se produisant à partir du moment où on arrive sur l'autoroute, voire, qu'on en sort).

Voici une carte Google avec le trajet qu'on m'a fait suivre[#10], long d'environ 10.5km, en 25min (), de Gennevilliers à Sannois (où l'autre candidat à la circulation a pris le relais sur la moto et a ramené celle-ci à Gennevilliers par un trajet évidemment différent). Il n'y a rien de spécialement remarquable : juste un peu d'autoroute au début (mon moniteur nous avait conseillé montrez que vous atteignez rapidement la vitesse limite, et si vous avez l'occasion de faire un dépassement, faite le tout de suite, parce qu'on vous fera sortir vite, donc j'ai suivi ces instructions), quelques giratoires, priorités à droite (ou priorités en face quand on tourne à gauche… ahem…) et une route forestière inattendue à la fin dans un coin que j'imaginais uniquement résidentiel. Un exemplaire (ici) du petit « piège » que les inspecteurs du permis aiment bien, où on ne donne pas d'instruction au candidat à un endroit où il n'y a en fait qu'une direction autorisée et on vérifie s'il met bien son clignotant. Contrairement au jour où j'avais passé le permis B où j'avais relevé toutes sortes de petites erreurs et la fois où j'ai raté la circulation où j'en avais relevé encore plus et moins petites, là je n'ai vraiment pas trouvé grand-chose à me reprocher. Mon moniteur m'a dit à la fin que j'avais très bien conduit, il avait l'air tout content (et peut-être un petit peu surpris…), donc j'étais globalement confiant.

[#10] Encore une fois, j'encourage tous ceux qui ont passé le permis récemment, et qui sont capables de retrouver leur itinéraire exact, de le faire. (C'est d'ailleurs un exercice de mémoire intéressant, il me semble, de suivre des instructions pour naviguer dans un endroit qu'on ne connaît pas, et de chercher ensuite à retrouver — sur une carte et/ou Google Street View — ce qu'on a fait précisément. En l'occurrence, je n'ai eu aucun mal, mais je ne sais pas si ça signifie que j'ai un bon sens de l'orientation ou si c'est juste complètement normal d'y arriver.) Je pense qu'il est intéressant pour les gens qui vont passer le permis d'avoir quelques exemples de parcours réels (pour pouvoir les refaire à pied, en vélo, en scooter, en Google Street View, en voiture/moto s'ils ont déjà cette catégorie de permis, ou que sais-je encore, et avoir une idée du type de difficulté qu'on trouve dans ce coin).

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(Thursday)

Results of my pronunciation poll

A little over a week ago, I launched a not-at-all-scientific online poll on the pronunciation of English vowels, in order to gain some insight into (a) how much we are influenced by the written form of a word into how we think it is pronounced, and (b) how well English pronunciation is taught to foreigners, especially in France, and what vowel distinctions they uphold — or think they do. I closed this poll on Wednesday after receiving 259 responses, of which 77 self-reported as native speakers and 182 as non-native speakers (there was also one entirely blank answer, which is not included in these statistics). This is a tabulation of results, along with some comments.

The poll consisted of 40 pairs of words (like pin / pen), displayed in a (fixed but) randomly chosen order, and for each pair, the respondent was asked whether they pronounce the words identically or not, with the choice given between four possible answers: identical, unclear / varies, distinct or don't know (instructions were given to choose the don't know answer when the respondent was not familiar with one of the words or how to pronounce it).

For each of the 40 pairs, I give below a table showing (in the last two lines), the proportion of the number of native and non-native speakers (excluding the — never more than two — who skipped the question altogether) who chose each of the proposed answers; the most frequent answer in each category has been highlighted in green. The first two lines of the table give, as an asterisk (‘✱’), the “expected” answer for two (somewhat idealized or stereotypical) standardized accents: English Received Pronunciation and General American Pronunciation (sadly, I do not have any reliable dictionary of Australian pronunciation at hand): the phonetic transcription used to conclude this has been shown in the last column of these lines; sometimes, a question mark has been added to indicate that notable variant pronunciations make the answers in question also predictably plausible (or plausibly predictable). I also added some comments as to why the pair was included and what it was meant to test (and why, in some cases, it was stupid of me to include it).

The poll also asked the respondent where they learned English (in hindsight, it would have been better to also ask where they were from, and, in the case of non-native respondents, what their native tongue was; this suggestion was made in the comments, but I did not wish to alter the questions once the poll had started). The distribution of answers is as follows:

  • Native respondents (77): England 15 (including 6 from London, and including 2 who did not specify beyond UK, but presumed to be from England); United States 40 (mostly from California and the Midwestern US; but a few did not disclose beyond the country); Canada 4; Australia 12; New Zealand 2; others 1 (Wales and Nigeria); no answer 3.
  • Non-native respondents (182): in overwhelming majority in France (117 answered France, possibly with a more specific place; another 9 included France as part of their answer); among the most common answers not including France were Russia (10, plus 1 including Russia), Germany (3) and a few other non English speaking EU countries (17), and various English-speaking countries (10).

In the comments below I will use expressions such as native respondents from the US as a shortcut to designate respondents who self-reported as native English speakers and who answered the question of where they learned English with a place in the US (or the US without further information).

The highly skewed number of French respondents is due to the way the poll was announced (on my blog, which is mostly in French, and Twitter feed, which is partially in French).

English vowels are, of course, a mess (see also this old entry), and there isn't even any clear and definitive answer to how many different vowels (phonemes?) English has, let alone how they should be transcribed. The “lexical sets” chosen by John C. Wells (namely, the vowels of: KIT, DRESS, TRAP, LOT, STRUT, FOOT, BATH, CLOTH, NURSE, FLEECE, FACE, PALM, THOUGHT, GOAT, GOOSE, PRICE, CHOICE, MOUTH, NEAR, SQUARE, START, NORTH, FORCE, CURE) are an attempt at forming a repertoire (but no accent has a different vowel for each set, and conversely, some may subdivide some of the sets; a lexical set like CLOTH has the same vowel as LOT in RP and the same vowel as THOUGHT in GA; vowels with a following ‘r’ are generally classified separately; and the NURSE vowel is not even a single vowel in Irish accents), so it is used in giving the phonetic key below, and in discussions. I encourage learners of English to memorize this set of words, try to keep apart those which are indeed pronounced separately in the accent(s) they target (so, probably forget about the distinction between NORTH and FORCE), and try to note, whenever encountering a difficult vowel, which lexical set it relates to.

The following phonetic key has been used in transcription; it is a sort of hybrid between the one used in Wells's own Longman Pronunciation Dictionary (with the notable difference that /ɛ/ rather than /e/ has been used for the DRESS vowel), and the one used in Wiktionary (with the notable difference that some vowels have been marked with ‘ː’ even in American where such distinction of length is dubious):

KITDRESSTRAPLOTSTRUTFOOTBATHCLOTHNURSEFLEECEFACEPALMTHOUGHTGOATGOOSEPRICECHOICEMOUTHNEARSQUARESTARTNORTHFORCECURE
RPɪɛæɒʌʊɑːɒɜːɑːɔːəʊɔɪɪəɛəɑːɔːɔːʊə
GAɪɛæɑːʌʊæɔːɝːɑːɔːɔɪɪɹɛɹɑːɹɔːɹɔːɹʊɹ

It should be noted that, despite the transcription which distinguishes them, most Americans now do not seem to separate the LOT and THOUGHT vowels (this is the cot–caught merger), and, conversely, a small handful still pronounce the NORTH and FORCE vowels differently (in which case the latter might be transcribed /oːɹ/).

Caveat: While the percentages in the tables have been computed automatically, everything else is written by hand, and, as humans are prone to making mistakes and I am exceptionally human, probably littered with mistakes of all sorts. Percentages might not sum to 100% because of rounding, of course; concerning rounding, I have rounded to the nearest integer or, in case of a tie (which occurs fairly frequently because I had 40 native respondents from the US and I often give the details for those), to the nearest even integer.

For those who wish to analyse the results themselves, the raw results are here.

warn / worn
Ident.Uncl.Dist.DKwarn / worn
RPwɔːn
GAwɔːɹn
Native 71%  9% 20%  0%
NonNat 27%  7% 62%  4%

This pair is homophonous in all English accents I know of. It was included to test the effect of spelling differences, and as a possible comparison with the farm / form question.

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(mardi)

Le monde vraiment kafkaïen des services d'autopartage, et réflexions autour

Je publie deux entrées aujourd'hui, ce que je fais rarement, parce que là je craque vraiment. Cette entrée fait suite à celle-ci, mais je vais de toute façon refaire le point : j'y racontais que j'avais voulu tester (notamment pour éviter d'utiliser la tuture du poussinet) différents systèmes de location de voitures en libre-service à Paris : Moov'in, Free2Move, Car2go, Ubeeqo et possiblement d'autres (j'avais même commencé un petit tableau récapitulatif), avec un succès mitigé. La situation a considérablement empiré depuis, et ça vaut la peine de raconter, parce que c'est tellement kafkaïen que ça en devient drôle, et je pense qu'il y a une morale à tirer de cette histoire au-delà de la problématique de la location de voitures. (Sautez les items suivants si le détail de mes aventures ne vous intéresse pas et que vous voulez juste la morale de l'histoire.)

  • Le seul que j'ai vraiment pu essayer pour l'instant, c'est Moov'in. L'application Android est épouvantable, mais les voitures ne sont pas mal (c'est ce que je raconte un peu en détails dans l'autre entrée). Seulement, comme j'utilise des cartes de crédit à usage unique (numéros générés en ligne par le site de ma banque), j'ai généré un numéro par location, et au bout de trois l'application ne permet plus d'en ajouter ni d'en supprimer : je ne peux donc plus rien faire. Je pensais qu'un simple appel au service client débloquerait très vite cette situation, mais que non ! J'ai contacté le service client par mail, qui a commencé par ne pas répondre ; après plusieurs relances (et un coup de fil qui m'a dit d'envoyer un mail, ce que j'avais déjà fait), on a fini par me dire que ma demande était transmise au service concerné, et depuis, plus rien, malgré de nouvelles relances. Apparemment, supprimer des cartes de crédit est une opération tellement compliquée qu'en une semaine ils n'y arrivent pas. Donc, bref, je ne peux plus utiliser Moov'in jusqu'à nouvel ordre. [Xref Twitter : ici.]
  • Du côté de Free2Move, c'est un peu plus compliqué, il y a une application agrégatrice de plusieurs services de location (de voitures, scooters, trotinettes, etc. ; y compris les autres services de location dont je parle ici) parmi lesquels Free2Move semble jouer un rôle plus central. J'installe l'application, je photographie mon permis de conduire, l'application me dit que la validation prendra quelques minutes, rien ne se passe, quelques minutes plus tard elle me propose à nouveau de photographier mon permis, bref, une boucle infinie. Le week-end passé, je contacte le service client, qui m'explique que la photo sur mon permis est trop pâle (c'est vrai : je suis vraiment fantomatique, on devine à peine ma silhouette ; pourtant, cette photo a été prise en numérique par un photographe professionnel qui devrait savoir s'y prendre). Admettons, mais j'aurais au moins dû recevoir un message d'erreur m'expliquant la situation. Enfin, le service client valide manuellement le scan de mon permis. Mais plus tard je reçois un autre mail m'informant que je ne remplis pas les conditions d'éligibilité : en effet, Free2Move exige deux/trois ans d'ancienneté sur le permis (c'est-à-dire, de ne pas être en période probatoire). Que du temps perdu, donc. [Xref Twitter : ici, et ].
  • Du côté de Car2go, les choses sont encore différentes : l'application refusait de photographier mon permis, et j'ai compris que c'était parce que mon téléphone était rooté (et ce n'est peut-être même pas volontaire de la part de Car2go, c'est lié à l'utilisation d'un machin appelé Jumio — ceci dit, c'est le même Jumio qui sert à Free2Move et Free2Move n'avait pas ce problème, mais bon). Je me suis acheté un smartphone Android premier prix (un Nokia 1 Plus, c'est d'ailleurs vraiment épouvantable) pour pouvoir essayer quand même : il m'a laissé photographier mon permis, m'a demandé de prendre un selfie (ça a été très compliqué parce qu'il n'était jamais content de la qualité) et a envoyé les données au serveur. Peu après, je reçois un mail m'informant que : Nous avons bien reçu la photo du permis que vous avez soumis le 27.08.2019 17:17 malheureusement des problèmes sont survenus lors de son traitement : Les photos sont de mauvaise qualité ou floues — probablement pour la même raison que chez Free2Move, c'est-à-dire que la photo sur mon permis est extrêmement pâle. Bon, le mail en question laissait un espoir : Si vous ne parvenez pas à valider votre permis de conduire à l'aide de l'appli, envoyez-nous un e-mail <gnagnagna> ; ce que j'ai fait, et on va voir si ça réagit, mais pour l'instant rien, et je commence à ne plus y croire du tout. [Xref Twitter : ici et .]

Bilan : voici les cases qu'il ne faut pas cocher si on veut utiliser ces services d'autopartage, et que j'ai le malheur de cocher toutes :

  • être titulaire d'un permis probatoire (jeune conducteur, hum, je ne sais pas si jeune me décrit bien),
  • avoir une photo trop pâle (ou, je suppose, trop foncée, trop floue, etc.) sur son permis,
  • utiliser des numéros de cartes bancaires à usage unique,
  • avoir un téléphone Android rooté.

Je joue vraiment de malchance de tomber dans tout ça à la fois. Et qu'en même temps la tuture du poussinet n'ait même pas le droit de circuler parce qu'il y a un pic de pollution à Paris (enfin, ça ce n'est pas tellement une coïncidence, c'est surtout pour ça que j'insiste tellement en ce moment).

Maintenant ça peut sembler anecdotique de refuser les gens qui cochent des cases comme ça, mais il me semble que ça révèle, en fait, des problèmes vrais et profonds :

  • Les titulaires des permis probatoires n'ont pas le droit de louer ? Si le but est de diminuer la circulation automobile, d'encourager les gens à ne pas avoir de voiture personnelle, par exemple pour diminuer les émissions de CO₂, ce n'est vraiment pas malin : le moment où les gens vont acheter une voiture, c'est, justement, typiquement, juste après avoir passé leur permis ; donc si on veut les inciter à ne pas en acheter, il faut les fidéliser à ce moment-là. (Les entrepreneurs privés qui font tourner ces services n'ont, bien sûr, rien à faire de telles considérations, mais ce que je dis c'est que les pouvoirs publics, à commencer par la Mairie de Paris, devraient faire pression, avant de leur accorder des facilités sur stationnement en surface, sur le fait qu'ils tiennent compte de ces facteurs.)
  • Le problème avec la photo pâle sur le permis, c'est sûrement anecdotique ? En fait, je suis sûr que non : ça sent plein le nez l'application qui va aussi poser énormément de problèmes avec tous ceux qui ont la peau trop foncée, parce que le truc stupide qui analyse la photo va trouver que ça manque de contraste. Dans mon cas ça manque de contraste pas tellement parce que j'ai la peau très claire mais surtout parce que je n'ai pas eu de chance avec le photographe, ou avec l'Agence nationale des titres sécurisés, ou je ne sais pas comment je me suis retrouvé avec une photo si pâle ; mais je sais qu'il y a plein de gens qui ont des photos de pièces d'identité qui manquent de contraste parce qu'ils ont la peau sombre, et je suis sûr que les développeurs qui ont écrit et testé la vérification des photos par l'application n'ont pas trop dû penser à eux. (Oui, il y a un vrai problème de racisme par technologie interposée dans tout ce qui est reconnaissance faciale ou biométrie.)
  • Les cartes bancaires à usage unique ? D'accord, là je l'ai un petit peu plus cherché, et la faute a l'air partiellement du côté de ma banque Fortuneo (les cartes générées pour « usage unique » devraient pouvoir resservir tant que je reste en-dessous du plafond de paiement ; mais ce qui a l'air de se passer est que Moov'in fait une demande d'autorisation pour la caution, que cette autorisation expire, et que Moov'in essaye d'en faire une deuxième qui échoue parce que Fortuneo ne décompte pas l'expiration de l'autorisation dans le montant tiré de la carte — enfin, quelque chose de ce genre). Mais si on veut éviter tous les désastres de numéros de cartes bancaires qui fuitent en masse suite à des problèmes de sécurité (et les externalités qui vont avec), c'est une attitude vertueuse, et qu'il faut encourager, que de faire usage de numéros à usage unique.
  • Le téléphone rooté ? Là aussi, on peut me « reprocher » de vouloir garder un minimum de propriété et de contrôle sur des objets qui m'appartiennent, comme mon téléphone, plutôt qu'accepter un contrôle total de Google dessus. Mais il y a une problématique annexe : mon téléphone est rooté pas juste parce que je veux qu'il le soit, mais parce que j'utilise une version communautaire d'Android, LineageOS, qui a eu le bon goût de supporter ce téléphone un peu plus longtemps que le constructeur. Là aussi, c'est quelque chose qu'il faudrait encourager, parce que la sécurité est souvent moins pourrie et plus durable chez ces versions communautaires que que chez le constructeur d'origine qui n'a aucun intérêt à gérer le support pour les anciens modèles (cf. ce que je racontais ici) ; or la multiplication des problèmes de sécurité sur les téléphones et autres gadgets en circulation a des externalités énormes pour la société dans son ensemble.

Bref, mon histoire de location de voitures est peut-être anecdotique, mais cette anecdote fait ressortir certains des maux de notre société actuelle qui ne sont pas si anecdotiques que ça.

Je garde un petit espoir que Moov'in finisse par se réveiller et fasse quelque chose avec mes cartes bancaires, et/ou que Car2go accepte de valider à la main mon permis (dont je leur ai envoyé des scans de bonne qualité ainsi que ceux de ma carte d'identité), mais je me demande si je ne vais pas finir par aller (en transports en commun…) chez mes parents pour demander maman, est-ce que je peux emprunter ta voiture pour m'exercer à conduire ?, ce qui est quand même incroyablement ironique alors que mon copain a deux voitures et que j'ai tenté de m'inscrire à trois services de location différents.

Mise à jour : Car2go s'est réveillé et prétend m'avoir inscrit à leur service. Encore faut-il que je vérifie si ça marche effectivement ! • () Ça marche ! J'ai réussi à faire une petite location pour tester le système. Moralité : pour ce qui est de Car2go, il aura suffi de trouver un téléphone non-rooté, photographier le permis avec, prendre douze mille selfies avant que l'application soit contente, attendre un mail qui dit que la photo du permis est floue, écrire au service client pour demander qu'ils le valident manuellement (scans à l'appui), et attendre leur réponse (assez rapide il est vrai).

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(mardi)

Merci de ne pas faire dire n'importe quoi à Gödel !

Je m'étonne de ne pas trouver d'endroit où je me serais déjà plaint à ce sujet sur ce blog. Peut-être que je sais mal chercher et qu'un petit gnome serviable va me déterrer ça, mais même si j'ai déjà ranté à ce sujet, ça ne fait pas de mal de me répéter, après tout, radoter est un de mes super-pouvoirs :

Le théorème d'incomplétude de Gödel est sans doute le théorème mathématique le plus abusé par les non-mathématiciens. Cela tient certainement au fait qu'on peut en donner des versions dangereusement approximatives et alléchamment sensationnelles comme on ne pourra jamais tout prouver à partir desquelles il est tentant de faire un pas vers la métaphysique pour tirer des conclusions encore plus fantabuleuses. Je crois avoir vu passer des tentatives d'invoquer ce théorème pour prouver :

  • l'inexistence de Dieu (sur l'air de Gödel assure qu'on ne peut jamais tout savoir, or Dieu est censé être omniscient, donc Dieu n'existe pas),
  • l'existence de Dieu (sur l'air de Gödel assure que la logique et le raisonnement humains ne peuvent pas arriver à toute vérité, donc la vérité est au-delà de l'humain, et c'est qu'elle est divine ; ça me fait penser à cet extrait du film Ridicule)[#],
  • la supériorité de l'humain sur la machine (sur l'air de Gödel montre qu'on ne peut pas mécaniquement arriver à la vérité, mais l'intuition humaine arrive à voir que l'énoncé de Gödel est vrai, c'est donc qu'elle est supérieure à la machine),
  • l'existence de la conscience (je ne sais plus les détails, mais ça devait recouper le raisonnement précédent),
  • l'inexistence de la conscience,
  • que la vérité est inaccessible au seul raisonnement, ou inaccessible tout court,
  • que la quête d'une théorie ultime de la physique est futile,
  • etc.

[#] Une ironie supplémentaire dans l'invocation du théorème d'incomplétude de Gödel pour argumenter pour l'existence de Dieu, c'est que Gödel lui-même a inventé une « preuve » de l'existence de Dieu (ou plus exactement, une formalisation en logique modale de l'argument ontologique de Saint Anselme). Cette preuve ressemble plus à une blague qu'à un argument sérieux, en fait (Gödel introduit une série d'axiomes plus hasardeux les uns que les autres, et dont on sait maintenant qu'ils sont, en fait, sinon contradictoires, au moins amenant des conclusions complètement délirantes, et il en déduit l'existence d'un truc vérifiant la définition de Dieu), et il n'est pas clair si Gödel lui-même la prenait au sérieux. Enfin, bref.

Tous ces raisonnements sont bien sûr du pur pipo. Plus généralement, toute tentative pour donner un sens philosophique (au-delà de la philosophie des mathématiques, bien sûr : métaphysique, théologique, ou même épistémologique si on s'éloigne des mathématiques) au théorème d'incomplétude de Gödel doit être considérée comme hautement suspecte.

Ce que dit le théorème précisément, je ne vais pas le rappeler ici, je l'ai expliqué notamment ici et , avec quel succès je ne sais pas, mais en tout cas ce n'est pas mon propos ici : mon propos est que ce théorème est un énoncé technique sur la logique du premier ordre, et que toute tentative pour le faire sortir de son cadre technique est certainement une arnaque.

Même si on ne comprend pas ce que ceci signifie, peu importe : le théorème d'incomplétude affirme que

  • tout système formel en logique du premier ordre
  • qui soit récursivement (= calculablement) axiomatisé
  • et qui contient (un fragment suffisant de) l'arithmétique

ne peut pas être à la fois consistant [← anglicisme pratique pour cohérent] et complet, i.e., s'il ne prouve jamais simultanément P et ¬P (:= la négation de P), alors il y a un P pour lequel il ne prouve aucun des deux.

Ce que je veux souligner là, c'est qu'il y a des hypothèses techniques (essentiellement trois, celles que je viens de lister), et que si on omet ces hypothèses, on est probablement en train de dire des bêtises.

Plus exactement, ce que j'ai cité est plutôt le théorème d'incomplétude de Gödel-Rosser. Le théorème d'incomplétude de Gödel, ce serait que tout système formel en logique du premier ordre qui soit récursivement axiomatisé et qui contient (un fragment suffisant de) l'arithmétique ne peut pas être à la fois ω-consistant et complet, mais l'ω-consistance est une hypothèse pénible à expliquer (autant supposer le système arithmétiquement vrai, à ce compte-là) et je ne veux pas chercher des noises à ceux qui ne feraient pas la différence entre Gödel et Gödel-Rosser. (Enfin, si on veut ergoter, le théorème d'incomplétude de Gödel, il dit : Zu jeder ω-widerspruchsfreien rekursiven Klasse ϰ von Formeln gibt es rekursive Klassenzeichen r, so daß weder v Gen r noch Neg (v Gen r) zu Flg(ϰ) gehört (wobei v die freie Variable aus r ist) — et j'avoue que j'ai beau connaître l'allemand, avoir lu l'article par le passé, et avoir une bonne idée de ce que c'est censé vouloir dire, ce n'est pas super clair pour autant pour moi. Mais je pense qu'il est raisonnable de qualifier l'énoncé ci-dessus de théorème d'incomplétude de Gödel.)

L'absence de mention de ces trois hypothèses doit être un drapeau rouge à double titre. D'abord, que le raisonnement est suspect (si on invoque un théorème sans vérifier ses hypothèses, alors que celles-ci sont indispensables, c'est sans doute que le raisonnement est incorrect — bien sûr il peut arriver qu'on ne le dise pas explicitement parce que la satisfaction de telle ou telle hypothèse est évidente et se passe de commentaire, mais dans le cas présent, j'ai du mal à imaginer que ce soit possible). Ensuite, que la personne qui tient le raisonnement ne comprend probablement pas bien le théorème qu'elle prétend appliquer si elle n'en connaît pas les hypothèses exact et le sens de celles-ci. Un autre signe à cet égard est d'ailleurs quand on parle du théorème de Gödel comme s'il n'y en avait qu'un (alors que, sans aller chercher loin, Gödel a aussi pondu un théorème de complétude qui très superficiellement et mal interprété pourrait avoir l'air de dire exactement le contraire du théorème d'incomplétude) ; ceci dit, il ne faut pas non plus accorder trop de valeur à ce signe parce que beaucoup de mathématiciens tout à fait sérieux sont susceptibles de parler du théorème de Gödel (ou d'autres auteurs : je parle régulièrement du théorème d'Euler — pour l'affirmation que aφ(m)≡1 (mod m) si a est premier à m — alors qu'Euler a démontré des milliers de théorèmes).

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