David Madore's WebLog

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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(mardi)

Le problème de l'anniversaire de Cheryl, et les autres du genre

Il semble qu'il y ait un problème de logique (je ne sais pas s'il faut le qualifier de problème de maths…) posé dans une école à Singapour qui est en train d'avoir un petit côté « viral » sur le Web : il s'agit de déduire la date de naissance de Cheryl à partir d'un petit ensemble de possibilités et d'un dialogue entre deux personnes dont l'une à reçu l'information du mois et l'autre du jour dans le mois (cf. le lien précédent pour les détails). J'avais moi-même concocté, il y a une douzaine d'années, le problème suivant dans ce genre (et ce n'est certainement pas moi qui ai inventé le genre, même si je ne sais plus d'où je tirais l'idée) :

M. Magie dit, je vais secrètement choisir deux entiers entre 2 et 3000, et j'en dirai la somme à Stéphane et le produit à Pierre, et, bien sûr, il le fait. Pierre observe, je ne sais pas quels sont les deurs entiers. Stéphane remarque, ouais, je le savais. Sur quoi Pierre dit, ah ? eh bien maintenant je sais ce qu'ils sont. Et immédiatement Stéphane dit, maintenant moi aussi. M. Magie demande alors à Alice (qui écoutait aussi la conversation), savez-vous quels sont les deux nombres ?, et Alice répond bien sûr que non. Alors M. Magie donne à Alice le plus petit des deux entiers. Et Alice répond, maintenant je sais quel est l'autre.

Quels sont les deux nombres ?

Ce problème est fastidieux à résoudre parce qu'il y a beaucoup de cas à traiter (il faut utiliser un ordinateur) ; je ne sais d'ailleurs plus très bien comment je l'avais produit, mais certainement pas de tête. Mais le raisonnement basique est exactement celui expliqué (de façon assez claire) par le mathématicien Alex Bellos dans la vidéo sur le site de la BBC que j'ai liée un peu plus haut : en fait, ce raisonnement est très simple, il ne se fait qu'à un seul niveau de profondeur, si j'ose dire (c'est-à-dire que chacun tire des conclusions sur ce qu'une autre personne sait, mais on ne va pas plus loin). À la différence du problème des chapeaux de couleur, où il faut raisonner à une profondeur nettement plus élevée, mais où, pour compenser, les cas à traiter sont très limités. Il serait intéressant d'essayer de produire un problème qui combine un peu ces deux difficultés (disons au moins, demande des déductions au niveau de profondeur 2). Et il serait aussi intéressant de voir si et comment on peut résoudre systématiquement ce genre de problèmes (comme je le disais dans l'entrée sur les chapeaux de couleur, je ne vois pas vraiment mieux que d'invoquer la logique modale avec autant de modalités que de personnes, chacune suivant le système S5). J'avoue que je n'ai pas les idées aussi claires que je voudrais.

(samedi)

Il faudrait faire une analyse statistique des bugs dans Linux

J'assistais cette semaine, dans le cadre du séminaire Codes sources (dont j'ai déjà dit un mot, et où j'interviendrai moi-même plus tard ce mois-ci), à un exposé de Greg Kroah-Hartman, un des principaux développeurs du noyau Linux (et le mainteneur des noyaux stables/longterm). L'exposé portait sur la manière dont le noyau a commencé à introduire des concepts de programmation orientée objet, en partant du struct device, qui s'est mis à « hériter » de struct kobject puis de struct kref (cet héritage étant cependant sans fait aucune sécurité de typage statique ni vérification à l'exécution, et assuré — de façon très efficace — par la magie de l'arithmétique de pointeurs et de la macro container_of, au sujet de laquelle voir par exemple ici). Je peux peut-être juste lui reprocher d'avoir été un peu rapide (par exemple quand il a discuté de la fonction kref_put_mutexsource ici, cherchez le nom de la fonction — et expliqué pourquoi elle marchait et pourquoi une version antérieure contenait une race-condition, je n'ai pas vraiment eu le temps de digérer). Mais une chose est certaine : malgré des efforts pour harmoniser les API et les rendre plus systématiques et pratiques, la programmation de pilotes de périphériques pour Linux est difficile (et la programmation de nouveaux bus est, à ce qu'a dit l'orateur, extrêmement difficile). (La question a évidemment été posée de si le noyau devrait ou pourrait être programmé dans un autre langage que le C. Greg KH a brièvement mentionné Rust — ce qui m'a fait plaisir, parce que c'est un langage qui me semble très prometteur — mais il est évident que pour l'instant c'est de la science-fiction de penser changer quelque chose d'aussi profond.)

Mais ceci m'amène à une question qui me fascine, et sur laquelle je pense qu'il faudrait vraiment lancer une recherche un peu approfondie :

Peut-on approximer le nombre de bugs (et si possible, plus finement : le nombre de trous de sécurité, par exemple) qui existent actuellement dans Linux ? Peut-on évaluer la probabilité qu'un organisme un tant soit peu motivé (au hasard : la NSA) ait connaissance d'un tel bug qu'il ne dévoilerait pas, voire, en ait planté un volontairement, et la difficulté d'une telle entreprise ?

Je parle d'essayer de faire mieux qu'une estimation « au doigt mouillé », mais de mettre en place des modèles probabilistes un peu sérieux, à la fois de l'apparition des bugs dans le code et de leur détection. Puis fitter ces modèles contre toutes les informations qu'on peut extraire de l'arbre des commits Git et les bugfixes dans les noyaux stables.

Le modèle le plus grossier serait déjà de dire que chaque ligne de code ajoutée comporte une certaine probabilité — à déterminer — de contenir un bug, et que chaque unité de temps qu'elle reste dans le noyau apporte une certaine probabilité — à déterminer aussi — que ce bug soit détecté et corrigé. Rien qu'avec ce modèle grossier, en regardant depuis combien de temps existent les bugs qui sont corrigés dans les noyaux stables, on devrait pouvoir se faire une idée d'un ordre de grandeur du nombre de bugs et de trous de sécurité existant, et de combien de temps il faudrait continuer à maintenir un noyau stable/longterm pour qu'il y ait au moins 99% de chances qu'il ne contienne plus un seul trou de sécurité. Ensuite, on peut améliorer ce modèle de toutes sortes de façons : en raffinant selon l'auteur du code ou le sous-système où il s'inscrit (ou son mainteneur), en essayant d'estimer le nombre de fois que le code a été relu ou utilisé, en catégorisant finement les bugs, ou toutes sortes d'autres choses du genre.

C'est le genre d'idée extrêmement évidente dont je n'arrive pas à comprendre qu'elle n'ait pas déjà été poursuivie (et pourtant je ne trouve rien de semblable en ligne). Ça a pourtant tout pour plaire : on peut y glisser les mots-clés de sécurité informatique, de logiciel open source, de Big Data (la dernière connerie à la mode : il faut que tout soit à la sauce du Big Data maintenant), les conclusions d'une telle étude pourraient certainement intéresser la presse et leur fournir des gros titres racoleurs (cf. la NSA plus haut), ce serait d'ailleurs certainement le genre de choses qui aurait sa place dans, disons, une grande école spécialisée en télécommunications et informatique (exemple complètement au hasard). Mais bon, dans le monde actuel de la recherche, qui fonctionne par « projets » (i.e., par bullshit-scientifique-transformé-en-paperasse-administrative), tout est fait pour couper court à toute forme de créativité ou d'originalité : on ne peut faire quelque chose qu'en étant bien établi dans un domaine et en passant à travers un tel nombre d'obstacles dressés par des organismes à la con (ceux qui sont censés donner des sous pour aider la recherche, et qui dans la réalité servent surtout à faire perdre du temps) qu'il est quasiment impossible de se lancer — pour ma part, je serais certainement intéressé par un projet comme celui que je décris ci-dessus, mais pas au point de passer le temps délirant en écriture de rapports en tout genre qu'il faut soumettre pour obtenir quoi que ce soit de qui que ce soit.

(samedi)

Dear White People

Mon poussinet et moi sommes allés voir Dear White People (je ne sais pas pourquoi je ne l'avais pas repéré à sa sortie en France, qui date d'il y a déjà quelques semaines), et je voudrais le recommander très chaudement. C'est un film sur le racisme dans l'Amérique contemporaine, en l'occurrence sur le campus d'une université prestigieuse. Et ce qui le rend intéressant (à mes yeux), outre qu'il est drôle, bien monté et très bien joué, c'est qu'il n'est ni simpliste ni prédicateur ; il nous met (nous autres chers blancs éponymes, surtout quand nous sommes persuadés de n'être pas racistes) mal à l'aise, sans pour autant nous dire quoi penser ou sans nier que le racisme est un problème complexe et pas entièrement noir-et-blanc (ha, ha). Les personnages, donc, ont une certaine profondeur, bien servie comme je le disais par les acteurs, ils ne sont pas caricaturaux, et ils ont des positions différentes sur les relations entre Noirs, Blancs, métisses et autres, ou au sein de la communauté noire (par exemple entre hommes et femmes, homos et hétéros, et même geeks et non-geeks), sans qu'on puisse vraiment dire avec le(s)quel(s) le réalisateur est le plus en sympathie. Bref, on n'a pas l'impression de subir un tract militant, et c'est à nous de trouver la morale, s'il y en a.

Je dois néanmoins prévenir que c'est un film passablement verbeux : à mon avis, sur ce plan il devrait assez bien plaire à ceux qui ont aimé Le Déclin de l'empire américain (un film que j'aime beaucoup, et incontestablement verbeux), avec lequel je trouve une certaine similarité formelle — en tout cas, ceux qui ont horreur des dialogues plein de bons mots et débats animés devraient sans doute s'abstenir. (Par ailleurs, l'anglais peut être difficile à suivre à cause des références culturelles et du jargon estudiantin.)

(mardi)

Petites théories du complot entre amis

Récemment, pendant que je faisais de la muscu, j'ai entendu deux mecs (d'environ 25–30 ans, je dirais) discuter entre eux et tenir à peu près ce discours (je paraphrase, bien sûr, parce que je n'ai pas retenu leurs mots exacts, mais j'espère ne pas trop déformer) :

— [Le premier :] Ils nous disent que l'avion s'est désintégré en touchant le sol. Mais un avion comme ça, quand il descend trop bas, il sort automatiquement le train d'atterrissage. Tu sais pourquoi ils nous disent ça ? Parce qu'Airbus c'est une compagnie espagnole, allemande et française ; et là, l'avion, il allait d'Espagne en Allemagne et il s'est écrasé en France. Alors comme ils ne veulent pas qu'on soit au courant des problèmes dans leurs appareils, ils chargent le copilote, qui, forcément, n'est plus là pour se défendre.

— [Le second :] C'est comme le pic de pollution. Ils disent que c'est les voitures, mais ils nous prennent vraiment pour des cons. Tu as vu le temps qu'il faisait ? C'est sûr, il y a un truc qui a pété quelque part, et ils ne veulent pas qu'on le sache. C'est le nuage d'un truc qui a pété quelque part.

Visage-palme !

(Pour ceux qui vivent ailleurs qu'en Europe, ou qui ont passé quelques mois dans une grotte, ou qui me lisent depuis un avenir plus ou moins lointain — ou pourquoi pas, avec une boule de cristal, depuis un passé lointain —, voici des liens pour comprendre à quoi fait référence le premier et le second.)

Voilà qui me ramène un peu à la réalité : j'ai trop tendance à fréquenter des gens qui ont tendance à n'être ni des idiots ni des crackpots, et à oublier que ce genre de connerie existe. Je me suis éloigné avant qu'ils se mettent à parler des élections, c'est sans doute mieux.

(Pour sa défense, le second dans le dialogue ci-dessus dit peut-être moins de conneries que le premier : il est vrai que le pic de pollution aux particules fines des dernières semaines avait des causes multiples, et pas seulement la circulation automobile : épandage d'engrais azotés par les agriculteurs, pollution due aux usines à charbon allemandes et polonaises voyageant grâce à un vent d'est, émissions de dioxyde de soufre pouvant ensuite former du sulfate d'ammonium, et bien sûr une météo anticyclonique avec des matins froids et humides, défavorable à la fois à la nucléation de nuages par les particules et à leur convection verticale dans l'atmosphère. Ceci dit, il est aussi vrai que la circulation automobile, notamment les diesels et les freins, y participe, en Île-de-France, de manière absolument pas négligeable, même si personne ne semble savoir exactement combien ; et je ne crois pas que qui que ce soit ait affirmé que c'était uniquement la faute de la circulation ; et en tout cas, c'est du pur délire de penser qu'un truc a pété quelque part. Quant à la répugnante thèse du premier, elle se passe simplement de commentaires. D'habitude, les deux mecs en question commentent plutôt les matchs de foot récent et analysent les raisons pour lesquelles telle-ou-telle équipe a fait moins bien que telle-ou-telle autre : je n'y connais rien du tout, mais je vais maintenant avoir tendance à me demander si leurs analyses — notamment quand ils parlent de la mauvaise qualité de l'arbitrage — sont du même calibre que celles que je rapporte ci-dessus.)

Bon, c'est un peu terrifiant, parce qu'on se dit que si les gens sont prêts à croire à ce genre de choses, on s'inquiète de ce qu'un homme politique pourrait leur faire avaler selon le mode on vous ment !. (J'avoue : j'ai toujours eu un petit faible pour la méta-théorie du complot selon lesquelles toutes les théories du complot sont inventées par un petit groupe de personnes qui veulent contrôler le monde en faisant croire aux gens les conneries les plus invraisemblables de façon à déstabiliser les démocraties.)

Mais il y a aussi un côté fascinant à la dynamique sociologique et psychologique des croyances de ce genre. Comme l'invocation du proverbial ils (la troisième personne du pluriel indéfinie et nébuleuse, qui se réfère aux Powers That Be plus ou moins mystérieuses) dans ils ne veulent pas qu'on sache, ils veulent nous faire croire, ils nous prennent pour des cons, qui font partie des signes d'alerte à la théorie du complot. Et la volonté de briller par son expertise en montrant qu'on est plus savant et moins crédule que le mouton moyen qui avale ce que le proverbial ils veut lui faire croire. (Et d'où, comme je le disais, le niveau méta où on écrit une entrée sur son blog pour montrer qu'on est plus savant et moins crédule que le crackpot moyen qui avale ce que le créateur-de-théories-du-complot veut lui faire croire. 😉)

En fait, ce qui est peut-être le plus épatant, c'est finalement que les gens croient que les autorités (ou je ne sais qui ils mettent derrière le ils proverbial) sont doués pour mentir, alors qu'on a plutôt tendance à les trouver incompétentes pour faire quoi que ce soit. Et de fait, quand on voit le nombre de mensonges grossiers et absolument pas crédibles que des gouvernements ou d'autres pouvoirs ont tenté de faire avaler à leurs administrés, je me dis que l'incompétence est une explication bien plus crédible que la malveillance quand jamais les deux se proposent. (Il faut dire aussi que les légendes urbaines peuvent déformer tous les aspects de la réalité pour créer des théories du complot : par exemple, une rumeur persistante veut qu'on ait affirmé aux Français que le nuage radioactif de Černobyl n'avait pas traversé les frontières — or non seulement personne n'aurait cru ça sérieusement une seule seconde, mais personne ne l'a jamais vraiment affirmé, il n'y a eu que des affirmations beaucoup plus nuancées, et pas forcément fausses, qui ont été déformées en un mensonge aussi caricatural.)

(mercredi)

Comment recevoir un colis

J'achète énormément de choses en ligne (des livres, des DVD, des fringues, des gadgets électroniques, des sex-toys, des fournitures de bureau…). Ma banque me fournit des numéros de carte bancaire jetables (à usage unique) et bloqués (autorisés pour un certain montant seulement), ce qui apaise mes inquiétudes à ce sujet (au pire, si le marchand est un escroc complet, je perdrai le montant de la transaction, et comme je n'achète jamais rien de vraiment cher, ce n'est pas très grave). Pour ce qui est de recevoir du spam, je crée des adresses mail dont l'usage est réservé à un seul expéditeur. Il reste cependant un dernier point noir avec le commerce en ligne : la réception des marchandises.

Quand j'achète sur un site français (ou plus exactement, chez un site qui expédiera depuis la France, ce qui n'est pas toujours évident à savoir a priori ; généralement, je prends la peine de consulter la base de données Whois du domaine Web pour savoir un peu à qui j'ai affaire, et notamment dans quel pays ils sont basés), les choses ne sont pas trop compliquées. Typiquement, ils vont proposer le choix entre différents modes de livraison par La Poste (comme Colissimo®, avec ou sans signature) et la livraison contre signature dans un point-relai opéré par un distributeur privé (comme Kiala®). J'ai tendance à préférer cette dernière option (il faut dire qu'à Paris les points-delais, quel que soit le réseau, sont assez denses — même si bien sûr on préférerait qu'ils arrêtassent de se séparer stupidement le marché et fournissent un réseau encore plus dense). Mais si le site est étranger, la question à 100 zorkmids est toujours : par quel moyen mon colis va-t-il finalement arriver ? Les sites américains (enfin, les rares sites Web américains de vente en ligne qui ont entendu parler de l'existence d'un monde en-dehors des frontières de leur pays) aiment bien faire appel à UPS ou FedEx, dont les tarifs sont facilement exorbitants, alors que l'USPS a des offres tout à fait raisonnables pour les envois de peu de valeur et peu pressés (et avec le bonus supplémentaire que les douanes françaises n'inspectent généralement pas les colis qui transitent par USPS). Mais au moins, on sait à quoi on a affaire : un colis expédié par USPS sera, in fine, remis par La Poste en France (toujours sans signature, à ce qu'il semble), tandis que si c'est UPS ou FedEx, ce sont leurs agents locaux (et toujours contre signature). Parfois, ce n'est pas aussi clair.

Petite anecdote.

Récemment, j'ai commandé des foobars bleutés sur un site Web allemand. Enfin, je croyais que c'était un site allemand : j'ai bien vu qu'il avait des versions en plusieurs langues (anglais, allemand, néerlandais), j'ai consulté le Whois, il y avait plusieurs contacts, en Allemagne et aux Pays-Bas, j'ai supposé un peu au pif que c'était plutôt une boîte allemande que néerlandaise et j'ai utilisé la version allemande du site (dans la mesure où il s'agit de langues que je sais lire — anglais, français, allemand, néerlandais, italien… — je vais systématiquement chercher à utiliser ce qui me semble être la langue originale, parce que j'ai horreur des mauvaises traductions). En fait, il s'avère que l'entreprise expédie depuis les Pays-Bas. Les postes néerlandaises ont une réputation qui m'aurait peut-être incité à me méfier.

La boîte a mis un certain temps à m'expédier mes foobars bleutés. (En fait, il est importé des États-Unis : j'aurais pu commander directement auprès du fabricant, mais je n'avais rien contre, a priori, le faire auprès d'une boîte européenne, surtout si ça peut servir à mutualiser les frais de transport transatlantique. Ce n'est pas vraiment le sujet ici.) Ils m'envoient un lien de suivi chez PostNL : très bien. Sauf que le jour donné, le lien en question affiche juste envoi non délivré — destinataire absent (enfin, zending niet afgeleverd — geadresseerde niet aanwezig). Moi j'étais présent toute la journée, et je n'ai par ailleurs rien reçu dans ma boîte aux lettres, ni le colis (normal), ni d'indication comme quoi il ne m'a pas pu être livré et je peux aller le chercher ici ou là, ou appeler à tel numéro pour convenir d'un rendez-vous, ni quoi que ce soit. J'attends deux jours pour voir s'ils tentent d'eux-mêmes une nouvelle livraison (parfois on ne met pas d'avis de passage parce qu'on va réessayer), mais rien de nouveau.

Et l'ennui, c'est que je n'ai, à ce moment-là, aucune idée de qui a mon colis. Et j'ai fini par le savoir, mais vraiment par miracle. Ne sachant pas qui livre en France les colis de PostNL, je me suis dit que j'allais à tout hasard demander à La Poste s'ils le savaient : je veux donc imprimer la page de suivi, et je remarque que la version PDF de celle-ci porte une référence que la version HTML n'avait pas, un second numéro de suivi, référence précédée de l'indication netwerkpartner barcode (quelque chose comme : code-barre pour notre partenaire réseau). J'essaie d'entrer ce numéro-là sur le site de suivi de La Poste, sans succès. Je fais quelques recherches dans Google (en français et en néerlandais) pour savoir quel est le netwerkpartner de PostNL pour la France, et je suis tombé sur un certain nombre de pages (comme celle-ci) qui se plaignent du transporteur ColisPrivé (dont j'avais sans doute déjà entendu parler, mais guère plus). De fait, si j'entre le second numéro de suivi sur le site Web de ColisPrivé, il reconnaît mon colis, me permet de préciser mes coordonées pour donner un numéro de téléphone et une adresse mail, et surtout de convenir d'un nouveau rendez-vous pour la livraison. Enfin, en principe j'avais le choix entre livrer dans un relais Kiala (ce que j'aurais préféré) et rendez-vous chez moi (par journées entières, ne rêvons pas), mais le site prétendait qu'il n'y avait aucun relais Kiala à Paris, ce dont je doute fortement. Toujours est-il que j'ai fini par recevoir mes foobars bleutés — au prix de quelques jours de retard, et de devoir patienter une nouvelle fois chez moi.

Mais si je n'avais pas eu l'idée de regarder la version PDF de la page de suivi fournie par PostNL, et d'essayer de trouver quel était le transporteur côté français, et d'essayer le second numéro de suivi caché dans le PDF sur le site de ColisPrivé, mes foobars bleutés seraient retournés à l'expéditeur.

La faute en est évidemment en partie à ColisPrivé, dont le livreur a décidé que j'étais absent alors que c'était faux, et sans même prendre la peine de mettre un avis de passage dans ma boîte aux lettres. Et pour ne pas être capable de proposer un point-relais où chercher le colis, ni d'offrir un rendez-vous sur un créneau plus précis qu'une journée entière. Mais elle est aussi à PostNL pour avoir choisi ce partenaire côté français, et pour ne pas afficher sur ses pages de suivi ni l'identité de ce partenaire ni le numéro de suivi pour lui. Quant au commerçant, je ne sais pas dans quelle mesure il avait vraiment le choix du transporteur (par exemple, y a-t-il moyen depuis les Pays-Bas de faire livrer un colis vers la France de façon que ce soit La Poste qui le livre côté français ? si PostNL a choisi de faire affaire avec ColisPrivé, ce n'est pas gagné) ; mais il aurait pu au moins faire l'effort de me dire clairement qui allait livrer (au moins de leur côté, PostNL, et en faisant un tout petit effort, côté pays de destination).

Toujours est-il qu'il faut se méfier.

(Sinon, il y a toujours l'option, que mon poussinet me souffle très fort, de me faire livrer au bureau — où il est vraiment difficile de prétendre qu'il n'y a personne. Reste qu'outre les scrupules s'il s'agit de sex-toys de DVD documentaires animaliers, je ne sais pas trop ce qui se passe s'il y a des droits de douane à payer, par exemple.)

(samedi)

Comment lire un diagramme d'éclipse ?

[Diagramme de l'éclipse du 2015-03-20]Si vous avez cherché à vous renseigner précisément sur l'éclipse solaire qui a eu lieu hier, ou sur quelque éclipse solaire que ce soit, vous êtes certainement tombé sur un diagramme tel que celui ci-contre (cliquez pour agrandir) et que je tire en l'occurrence d'un site de la NASA [note : l'image est dans le Domaine Public, comme le sont généralement les productions des organismes du gouvernement fédéral des États-Unis], on trouve aussi l'image centrale sur Wikimedia Commons. L'apparence de la carte n'est pas toujours la même (regardez notamment la forme des courbes rose / magenta, qui est une des choses dont je veux parler) : comparez par exemple les diagrammes pour l'éclipse solaire totale du 2016-03-09, l'éclipse solaire partielle du 2018-02-15, l'éclipse solaire annulaire du 2019-12-26, l'éclipse solaire hybride du 2031-11-14 et l'éclipse solaire totale du 2041-04-30 (regardez bien la forme de la courbe magenta de gauche : elle est séparée de celle de droite, et elle a un nœud) — ces exemples donnent une idée de la diversité des formes possibles.

Je ne peux pas tout expliquer parce qu'il y a des choses que je ne sais pas exactement, ou même si je devine quelque chose, je n'en suis pas sûr et je ne sais pas forcément le dire de façon simple. Par exemple, la magnitude d'une éclipse est définie notamment sur Wikipédia comme la proportion recouverte par la Lune du diamètre angulaire du Soleil selon l'axe qui relie les centres géométriques des deux astres, sauf que Wikipédia se contredit immédiatement en disant que pendant une éclipse totale cette quantité peut dépasser 1 (alors qu'une proportion de diamètre recouverte, elle ne va certainement pas dépasser 1), et de même, cette page donne deux définitions adjacentes qui ne sont pas compatibles l'une avec l'autre, avec une phrase bizarre (this could also apply to a total solar eclipse : il faudrait savoir, on utilise quoi ? si mes spéculations ci-dessous sont correctes, il faut simplement ignorer cette parenthèse) ; du coup, je ne sais pas avec certitude quelle est la définition exacte. L'astronomie est pleine de petites subtilités comme ça où on peut assez bien comprendre l'idée générale, mais dès qu'on commence à couper les cheveux en quatre on n'y comprend plus rien.

Si des gens veulent couper les cheveux en quatre avec moi pour cette histoire de magnitude d'une éclipse, voici comment je vois les choses : mettons qu'on mette des coordonnées affines sur la droite reliant les centres géométriques du Soleil et de la Lune de sorte que les deux bords du Soleil aient les coordonnées 0 et 1, et ceux de la Lune a et b (je peux bien sûr supposer a<b). Il semble que si 0<a<1<b (situation d'éclipse partielle, donc), la magnitude de l'éclipse vaille 1−a (ce qui colle bien à la fois avec la définition donnée par Wikipédia et la première formule de la page néerlandaise citée ci-dessus) ; et si 0<a<b<1 (éclipse annulaire), on doit utiliser la formule ba (ce qui colle à la fois avec la définition de Wikipédia et la seconde formule de la page citée ci-dessus). Pour des raisons de symétrie, si a<0<b<1, la magnitude doit valoir b. Les formules 1−a et b respectivement peuvent encore resservir dans les cas où 0<1<a<b et a<b<0<1 respectivement (pas d'éclipse), ce qui colle avec la première formule de la page néerlandaise mais pas avec la définition de Wikipédia qui dit juste 0 (pour se contredire après en parlant des near miss). La question est surtout de savoir quelle formule prendre si a<0<1<b (éclipse totale), et je pense que la bonne formule est, en fait, min(1−a, b) (qui se recolle continûment avec les autres formules), ce qui coïncide effectivement avec la première formule (½ + ½(ba) + |½(a+b) − ½|) donnée par la page néerlandaise, pas la seconde (ba), qui causerait des discontinuités. Tous ces cas se rassemblent sous une seule formule : min(1−a, b, ba) (toujours sous la condition a<b). Maintenant, je ne sais pas s'il y a une façon simple de le dire (le mieux que je trouve est : la plus petite des mesures (algébriques) des trois intervalles, portées sur le diamètre solaire passant par le centre géométrique de la Lune, entre le bord gauche du Soleil ou de la Lune, et le bord droit du Soleil ou de la Lune, au moins l'un des deux bords devant être celui de la Lune). Toujours est-il que c'est un exemple de ce qui m'énerve souvent en astronomie, les définitions approximatives qu'on ne sait pas comment prolonger à tous les cas.

Pour les généralités sur les éclipses (la notion de ligne des nœuds, de mois et d'année draconitiques, de saros, etc.), je renvoie à cette vieille entrée. Ici, je veux parler avant tout des figures comme ci-dessus, et de l'aspect géographique des éclipses. Je me contenterai donc de rappeler, à tout hasard, que le cône de pénombre à un instant donné est le cône des points de l'espace d'où on voit le Soleil partiellement éclipsé par la Lune, c'est-à-dire le cône tangent simultanément au Soleil et à la Lune dont le sommet est entre les deux, tandis que le cône d'ombre est celui des points d'où on voit le Soleil totalement éclipsé, c'est-à-dire le cône tangent simultanément au Soleil et à la Lune dont le sommet est situé approximativement au niveau de la Terre, la partie située de l'autre partie de ce cône étant le cône d'annularité, qu'on peut aussi considérer comme faisant partie du cône d'ombre. Venons-en à la figure. Sous réserve d'erreurs et d'incomplétudes de ma part, donc :

Voir aussi cette page pour une description des sigles divers et variés utilisés dans les cartes.

J'aimerais bien faire un programme qui calcule ce genre de diagrammes (il ne semble pas en exister qui soit libre), mais je n'ai vraiment ni le temps ni la patience pour ça.

D'autre part, je n'ose même pas essayer d'imaginer à quels endroits j'ai fait la supposition abusive que la Terre est sphérique, ou que la vitesse de la lumière est infinie, et ce qu'il faut changer (if anything) quand on ne le suppose plus.

[#] Exemple : ce que je crois avoir compris (et que j'explique ci-dessus), c'est que la courbe magenta passant par P1 est la courbe des endroits où le point du Soleil éclipsé en premier par la Lune se situe au niveau de l'horizon quand ceci se produit (i.e., le point du Soleil par lequel l'éclipse commence se lève justement quand l'éclipse commence). Mais je peux aussi considérer la courbe des endroits où le point le plus bas du Soleil au niveau de l'horizon au moment où l'éclipse commence (i.e., le Soleil finit de se lever quand l'éclipse commence), ou bien où le point le plus haut du Soleil au niveau de l'horizon au moment où l'éclipse commence (i.e., le Soleil commence à se lever quand l'éclipse commence), ou encore où le centre géométrique du Soleil au niveau de l'horizon au moment où l'éclipse commence (i.e., le Soleil se lève astronomiquement quand l'éclipse commence). Ceci fait quatre courbes différentes, les deux premières passant par P1. Et puis je peux considérer les mêmes choses en remplaçant quand l'éclipse commence par quand l'éclipse finit ou quand l'éclipse atteint son maximum (ça ça ne fait que trois courbes). Donc j'ai défini onze courbes différentes d'éclipse au lever du Soleil, et franchement, je me mélange un peu entre elles, parce que je n'y vois pas grand-chose. Mais aucun texte d'astronomie ne semble s'exprimer suffisamment clairement pour qu'on puisse vraiment être sûr que j'ai bien identifié laquelle de mes onze courbes, ou du moins des deux passant par P1, est celle marquée en magenta.

(Friday)

Why English sucks as the language for international and scientific communication

For a change, I'll be writing this entry in English—ironically because my point is to argue how English is a terrible choice as a language for international communication, and particularly in scientific and technical fields. (I initially intended to also publish a translation into French, and/or perhaps Interlingua, but on second thought my laziness has persuaded me to pass.) I should start with a few clarifications.

One is that I honestly don't think I am prejudiced against English. While English is technically not my first language, since I only learned it at age 8, or my mother tongue, it is literally my father tongue, the language in which I communicated with my father through most of my childhood and adolescence (now that my father is rather deaf and has difficulty articulating, we tend to speak French instead, for the phonetic reasons that I am about to point out below). English is not just a language which I read and write with pleasure, speak and understand in spoken form, it is also one in which I often phrase my own internal thoughts, especially when doing math, and in which I dream: so it is definitely not alien to me.

Verily, I am in love with it. English is a beautifully poetic language, capable of summoning vibrant images, crafting rousing speeches, conveying powerful emotions. And the wonder of it is that it empowers even the less talented. When English is wielded by the greatest of the great, by the hallowed likes of Shakespeare or Nabokov, when reinvented by Whitman and Joyce, it comes as no surprise that it can inspire awe: it doesn't take a diamond to shine in the hands of a star. But English is so manifold in its modes of expression, so opulent in possibilities, so richly laden with quaint words and nearly frivolous idioms, so mirthfully malleable, that even a lesser pen can reveal itself in its gleam. If some languages seem arid, English is their polar opposite: English is bountiful and ornate, English is a cornucopia of synonyms, a mine for metaphors, a fountain for apothegms, a luscious garden for the poet; each idea can be expressed through a whole gamut of terms, and from each word sprouts a rainbow of meaning. Quite bewildering—and quite the reason why English is a poor choice when it comes to precise communication on mundane matters, when poetry is not of the essence.

I am not trying to argue that we should now give up English for international or scientific communication, or try to replace it with this or that other language (except possibly in a limited way, e.g., see below on Basic English). I am not proposing to use Interlingua, Esperanto, Latin, Italian, Chinese, Russian, or anything else: I am maybe saying that we should have used Interlingua, Esperanto, Latin, Italian, Chinese, Russian, or something of the sort (probably any of the above would have been better than English) in the first place. That we (as a “global” civilization) have been stupid, bewitched or misguided. That we should realize this, even if it is now too late to correct our mistake, and perhaps reflect on the reason why we made it. (But I will not do this—at least not here and now.) Even if we can't fix things, even if we can't prevent similar bad choices from being made in the future, we should at least be aware of them, to contemplate our idiocy and keep in mind that collective decisions are not necessarily the wisest ones. (Memento, homo, quia stultus es, et in stultitia remanebis.) So, again, I am not suggesting a switch away from English; I will, on the other hand, make a few modest proposals (one for each major flaw that I find with English) that could alleviate the problem—I am well aware that even these less radical proposals have infinitesimal chances of begetting anything concrete, but their chances are perhaps less infinitesimal than if I were to suggest using Interlingua instead of English.

There is also, of course, the issue of how unfair the dominance of English is to all the peoples of the Earth of whom it is not the first language. How not being raised from the start in the global lingua franca makes them second-class citizens, or even third-class ones if they cannot communicate in it at all. How, contrariwise, native English speakers can find an opportunity of employment pretty much anywhere in the world by teaching English. How, even among non native speakers, a good knowledge of the global language constitutes a cultural capital that impedes social mobility for those who lack it. This is something that would be equally true had any language other than English been chosen as “Globish” (perhaps choosing a constructed language would avoid some of the aforementioned problems, but at the cost of others), so it is orthogonal to the specific problems with English that I wish to discuss here; this unfairness is also something that probably cannot be remedied, but that we should still keep in mind. (And, more importantly, it is a fact which we should not deny or ascribe to an irrational rejection of English.) I plan to discuss this aspect of things some other time (viz., probably never).

So, on to English specifically (and linguistically). What, exactly, is wrong with it? I see essentially three things: its vocabulary is too abundant, its syntax is highly ambiguous, and its pronunciation is unclear.

Its vocabulary is too abundant. This comes, in great part, from English being a Frankenstein-monster kind of hybrid between a(n Anglo-Saxon) Germanic substratum and good measure of (Norman) French. As a matter of fact, English is almost a superset of French, because we can look up practically any French word in the OED and find some recorded use of it in English. Now maybe the OED is an unfair (as in: absurdly large) metric of English's lexicon, since it includes inscrutable (to modern English speakers) Anglo-Saxon words or other historical oddities, hapaxes (or words for which they failed to find a single recorded instance and which somehow still ended up in the book, like palumbine—an adjective which means to a pigeon what canine is to a dog), highly specialized terms and other things nobody ever says or writes. Nonetheless, it is true that English often has a redundancy in its vocabulary due to its double Saxon and Norman origins: Wikipedia has a page about this, of course—actually, quite appropriately, it has two—and the fact is also famously noted by Sir Walter Scott in the beginning of Ivanhoe:

The swine turned Normans to my comfort! quoth Gurth; expound that to me, Wamba, for my brain is too dull, and my mind too vexed, to read riddles.

Why, how call you those grunting brutes running about on their four legs? demanded Wamba.

Swine, fool, swine, said the herd, every fool knows that.

And swine is good Saxon, said the Jester; but how call you the sow when she is flayed, and drawn, and quartered, and hung up by the heels, like a traitor?

Pork, answered the swine-herd.

I am very glad every fool knows that too, said Wamba, and pork, I think, is good Norman-French; and so when the brute lives, and is in the charge of a Saxon slave, she goes by her Saxon name; but becomes a Norman, and is called pork, when she is carried to the Castle-hall to feast among the nobles; what dost thou think of this, friend Gurth, ha?

It is but too true doctrine, friend Wamba, however it got into thy fool's pate.

Nay, I can tell you more, said Wamba, in the same tone; there is old Alderman Ox continues to hold his Saxon epithet, while he is under the charge of serfs and bondsmen such as thou, but becomes Beef, a fiery French gallant, when he arrives before the worshipful jaws that are destined to consume him. Mynheer Calf, too, becomes Monsieur de Veau in the like manner; he is Saxon when he requires tendance, and takes a Norman name when he becomes matter of enjoyment.

Even beyond the specific explanation of Saxon versus Norman sources, English seems to have a plethora (profusion, abundance, affluence, bounty, myriad, opulence, wealth, surplus…) of synonyms for anything. I don't have a precise measurement for this: but my very unscientific experience that, in writing literature in French, when I look for a synonym, the quest is generally much less fruitful than in English. In French I often have a hard time finding a word that I like: in English I have a hard time choosing a word that I like. And French itself probably has an uselessly large lexicon anyway.

Unlike the—uh—sensible, i.e., lexically agglutinative languages like German, Hungarian, Turkish, Finnish, Japanese or the like, English doesn't allow you to construct your own words (only your own syntagms by juxtaposing words in its quirky ambiguous syntax, see below). You just have to know (i.e., learn) which ones exist. Few suffixes are productive; even those that are suffer from odd exceptions (for example, -ly normally makes an adverb out of an adjective, e.g., happyhappily, but costly is inexplicably an adjective, and there is no way to make it into an adverb: there is no such English word as costlily; why? because fuck you). English vocabulary is a hodgepodge of words randomly imported from various other languages or constructed by arbitrary means and which cannot be analyzed systematically. For example: hodgepodge (neither hodge nor podge exist in English—well, the second exists because English has everything, but doesn't seem related—so you can't explain it, you just have to memorize the freak). Or why does English need to have the absurdly specific and un-analyzable word serendipity (which German might render with the perfectly analyzable Zufallsfund)? or adamant? cantankerous? rigmarole? niggardly? (I chose these examples because these words look like they can be broken down into pieces, but in fact they can't. And they're fairly common: I'm not going to go into cachinnation or—Athena forbid!—the utterly absurd eleemosynary. The only possible answer to the word eleemosynary is go home, English, you're drunk!.) I realize that every language has this sort of things, but English makes it into a perverse art. English is a wanton word hoarder with a fetish for the heirlooms of Papa German and Mama French (or is it the other way around?).

This is very good for poets, surely, and more generally authors of literature. I made this point earlier. But for scientific, technical, or legal communication? not so good. In what way is having a rich vocabulary bad? Let me take an example. A French speaker often can (and sometimes will) write in English by assuming that every slightly complex word they know from French also exists in English: sometimes this fails, either because the words don't exist or because they have a subtly—or grossly—different meaning (the so-called faux amis—this is no more English's fault than it is French's, and not my point here, but it is aggravating). But when it does works, the resulting English will often be replete with rare or unusual words and therefore difficult to read for people not acquainted with French or, at least, some other Romance language. (A bit like saying all articles that coruscate with resplendence are not truly auriferous instead of all that glitters is not gold—not truly an example of what I mean, but the same sort of idea.) My point is this: we can't reject this kind of “Gallicate” English, because it is “correct” English, but asking non French speakers to understand it amounts, in effect, to demanding that they understand French (or at least, French vocabulary). So English fails in much the same way that it would be a failure to decide for a language of international communication to be any random mixture of French and German, at the speaker's whim—surely this would be nice for French and German speakers who wish to be understood, but other people would, in effect, have to learn both French and German to make sense of it. The fact that native English speakers can generally read Interlingua without having learnt it, despite the fact that Interlingua takes its roots from the Romance languages, is a sign that English includes, so to speak, a practically full-fledged Romance vocabulary in its entrails (oh, here's a nice example of Gallicate English: entrails). The situation is somewhat parallel to what we get if we speak, in about any European language, with an excessive use of words made up from Greek roots: hyperhellenic paralexia, if you will; except that English will happily take these words as its own.

Can English's hyperglossia be tempered? Here is at least one modest proposal for a change in the language of international communication: replacing it with a controlled subset. Editors of scientific journals, for instance, might decide to restrict the word set of published papers to something like Ogden's Basic English (plus whatever technical words are required for the field under consideration, e.g., mathematical terms): this can be done in an automated way (or at least, deviations from the restricted vocabulary can be detected automatically). This would demand (very slightly) more effort on the authors' part, especially from native English speakers who might otherwise be tempted to use more sophisticated terms than strictly necessary, but correspondingly lighten the reader's burden: if we truly believe in the stated objective of having English (or some other unique language) as a single permissible vehicle for scientific publication, namely to minimize scientists' effort in learning languages, then surely Basic English is the logical continuation of this effort. (I'm not sure I personally agree with the premise, nor with the conclusion. However, hardliners who insist that it is absurd and senseless to publish scientific papers in anything other than English, and who don't pursue the reasoning all the way to some kind of Basic English, are being inconsistent.) Something of the sort has been standardized in the aerospace industry as Simplified Technical English; other similar subsets of English are Nerrière's Globish and Grzega's Basic Global English. Sadly, no core vocabulary set seems to have been chosen in a very scientific way, but there is no reason it could not be done.

At this point, I should probably mention the interesting experiment that is Toki Pona, a conlang that has a lexicon of merely 120 words (in comparison, Basic English has 850, and the OED has about 300000 main entries), which supposedly can be learnt to the point of fluency in two days. Toki Pona certainly isn't a reasonable candidate for an international language, let alone for scientific or technical communication: it is more like a zen concept of a happy language with a delightful logo; but it should at least encourage us to rethink questions like how many words does a language need? how complicated does it have to be? how long should it take to learn?.

But back to English.

Its syntax is highly ambiguous, In fact, syntax is perhaps a bit too exalted a term for what English has: paratax is more like it. By this I mean that English merely juxtaposes words in a number of situations where many other languages will somehow connect them with a kind of grammatical particle (e.g., conjunction, preposition, postposition, or whatever the language uses).

The most egregious examples of paratax in English are (A) the omission of any kind of connective between modifier nouns and the noun they relate to (e.g., a metal ▢ box, a book ▢ page, a football ▢ player, the village ▢ church, a gift ▢ shop, a police ▢ officer, a syntax ▢ ambiguity, and so on, where the box symbol denotes omission of a connective; note that the underlying relation differs from one example to the other, and might be expressed using different prepositions in other languages); (B) the optional omission of the conjunction that in various subordinate clauses, most typically indirect discourse, especially in informal speech (she said ▢ she would come, I wish ▢ you were there, it's true ▢ it can be done, and so on: here, the box can always be replaced by that), and (C) the optional omission of the relative pronoun when it serves as object in the relative clause (the sentence ▢ she just read, stuff ▢ I made up, and so on: again, the box can be replaced by that, except that now it is a relative pronoun and not a conjunction). The use of the bare infinitive with an oblique pronoun as subject, as a subordinate clause (I hear ▢ him speak—I don't know exactly how English grammarians call this), can also be considered a form of paratax. The problem with these various omissions is that, while they make sentences terser, they also deprive us of valuable clues as to how the sentence should be parsed. Now combine this with English's endless supply of nouns that can also function as verbs (truly unlimited, following the well-known adage that in English, any noun can be verbed), or more generally the number of words that can exist as different parts of speech, a phenomenon known as class ambiguity, not to mention that past participles and preterites often have the same form, and we have a mess.

Newspaper headlines, because they tend to omit even more words (like determiners, and the copula is or are), are even more ambiguous than “ordinary” English, to the point that it has become something of a recurring joke (Police Helps Terrorist Attack Victims, Court to Try Shooting Defendant, Experts Hear Car Talk, Crowds Rushing to See Pope Trample Man to Death, Student Loans Mushroom, the list goes on).

True, the overwhelming majority of English sentences in normal use can only be parsed in a single way, or at least a single way that makes sense. Most examples of truly ambiguous sentences, or initially ambiguous sentences (garden path sentences like the cotton clothing is made of grows in Mississippi) are contrived or improbable. Or at least improbable in any given context (abuse pains!, I see her duck).

If we hear the story told the previous week was true, even though it is, technically, syntactically ambiguous, we know that it should be interpreted as ‹the story [that] was told [during] the previous week› was true, not the story told [≈said] ‹[that] the previous week was true›. (Unless the context calls for it: Ada's story was stirring something in my mind: I had lived so many lies and falsehoods, but not last week—no, last week was different, Ada's words revealed something that I had not dared to hope: these days were not a lie, Ada's words said to me—the story told the previous week was true.) If a scientific paper, say, contains a sentence such as the experiment shows result X is impossible, obviously the meaning is that the experiment shows (proves, demonstrates) that result X is impossible, not that experiment ▢ shows (whatever they may be) result in that X is impossible. And so on. But the fact remains: parsing an English sentence requires more brain effort (be it unconscious) than for a number of other languages that I can think of and which don't have so many ambiguities. (English, of course, is not alone in having ambiguities. I remember, when I was learning Latin, that I could always come up with several alternative ways to analyze a rhetoric period, some of which made more or less sense, and I was often angry when I was told my translation was wrong because it seemed to me that it was defensible and there was no way I could have known that I should have preferred such-or-such other meaning. Eduardum occidere nolite timere bonum est.) Even if this effort is nearly unnoticeable for native/proficient English speakers, it could considerably complicate the task of someone who does not know a word, or who is struggling with the overall meaning because they are not wholly familiar with the scientific field. Conversely, when English is not the author's first language, they might come up with syntactical constructions which have a wholly different meaning than intended; or a simple mistake in a word might turn the entire sentence's syntax upside down. Such features are undesirable, to say the least, in a language used for international communication.

And if it can be bad when both ends of the communication are well-intentioned and cooperative, it is worse yet when they are at odds and actively trying to misinterpret each other's words—typically in matters of international law and litigation. There is the famous case of UN Security Council resolution 242 and the reading of the sentence withdrawal of Israel armed forces from territories occupied in the recent conflict, which because English omits articles in a generic or indefinite plural context, is ambiguous (from the (=all) occupied territories or from some occupied territories?): here the French version makes the intended meaning clear (retrait […] des territoires occupés, not de territoires occupés), and part of the debate is whether it is equally authoritative; now this is not quite the sort of ambiguity I was referring to earlier, and in this respect English is at least better than the many languages that simply do not have articles, but the point remains that international norms of any importance should always be written in several languages, all having equal force of law, not just English (or even any single language). English and French may not be an ideal choice of languages, but they are certainly better together than English alone. However, not every context where the English language is in use can afford the same resources that are available when negotiating international treaties (where we can assume that translators aren't the most difficult or costly part of the negotiation).

Can something be done to tame English's syntax ambiguities? Unfortunately, we are (collectively speaking) unreasonably conservative when it comes to language, so any attempt to reform English is doomed by our stubbornness, just as it is futile to suggest replacing English by some other language. The best that can be done is probably for editors, in any context of international or scientific communication, to forbid the syntactic omissions (B) and (C) mentioned above (and also (A) when it can be avoided), and to be otherwise vigilant for ambiguities. Even this modest advice is possibly a lost cause, like the aforementioned idea of restricting oneself to a simple subset of the English lexicon. A bolder suggestion would be to use some sort of special marker, a new punctuation sign, perhaps the single guillemets (‹…›), to mark syntactic groupings in any kind of complex sentence (the point being ‹that this “enriched” English can still be read as English ‹if we ignore the guillemets›› so ‹that the latter simply serve as hints in figuring out the correct parse tree›): but I know too very well that even this idea has no chance of catching on (and again, this should serve as a reminder of how we are incapable of taking intelligent collective decisions).

But on to my third point, which is now about spoken English.

Its pronunciation is unclear. There are several aspects to this.

The first part is how little relation there is between the written and the spoken forms of a word. Some languages are bad in this respect, but English is downright atrocious, as an infamous poem illustrates (see also this table of vowels). Some languages have irregular spelling (French, for instance, is very bad in this respect) or irregular pronunciation; some leave out important information in their spelling (such as Russian, which doesn't put stress marks, or Arabic, which generally doesn't mark short vowels); some (like Chinese or Japanese) don't even really try to make written and spoken forms match without the help of huge tables of characters that must be learnt; but English just makes it all look like a bad joke. It simply makes no sense for the language chosen for international communication to not only have a gigantic lexicon, but also force its learners to memorize each word twice because there is essentially no way to connect the written and spoken versions. But also, because there is simply no form of logic relating written and spoken English, when a new technical term is coined, or when a foreign term is imported, nobody knows how to pronounce it, because there is no logic that can be applied, and no preexisting usage. (The word neologism, in fact, may be a good example: there is no way to guess where the stress should fall, and different people will put it in different places. As for imported words, consider the last letter of the Greek alphabet, the astronomical bodies Uranus and Io—or just about any word imported from the French pour faire chic.) And it's not just annoying that people pronounce things “wrong”, it can be a real cause for confusion. (Random examples: if someone pronounces signal by applying the same logic as sign, it could easily be confused with final; if someone is not aware that record is pronounced differently according as it is a noun or a verb, it can lead to the class ambiguities that I discussed earlier.) Conversely, native English speakers pronouncing words “correctly” might confuse non native speakers. (Someone who doesn't know that in English RP, the words iron and ion are often pronounced identically as /ˈaɪ.ən/ might be in for a surprise in a chemistry talk. Someone who isn't aware of the pronunciation of American intervocalic ‘t’ might understand writer, /ˈɹaɪt̬ɚ/, as rider.)

To make things worse, English has a number of different accents. These differ mainly by their vowels but, as English is not a Semitic language, vowels are essential, and we get a lot of cross-accent homophones. I like to point out that an Englishman's pronunciation of part, /pɑːt/, might well be nearly identical with an American's pronunciation of pot (this remark often confuses French people, who are typically unaware of the r-dropping of accents of England or of the unrounding of American ‘o’). The way an Australian says sane buy (/sʌɪn bɑɪ/) could easily be understood as sign boy by an Englishman or an American. John Wells reports in one of his books how a Canadian describing his son as autistic received congratulations by English people who had understood the word /ɑːˈtɪstɪk/ as artistic. I already mentioned how my father and I were once told in London to look for the Shaw Theatre (/ˈʃɔː ˈθɪətə/) and spend some time fruitlessly looking for the Shore Theatre. And, to give another famous example, Americans believe Canadians say a boot when they say about (/əˈbəʊt/).

But even within the context of a single accent, English pronunciation is unclear. The realization of vowels is subtle, especially compared to the clear cardinal vowels (in contrast, the vowels of Italian are very crisp and fall rather squarely on the cardinal vowels). Some distinctions are downright fussy and yet have minimal pairs: compare cup /kʌp/ with cap /kæp/; or kin /kɪn/ with keen /kiːn/ (many native French speakers are unable to distinguish these) or more subtly spirit /ˈspɪɹɪt/ versus spear it /ˈspɪəɹɪt/ (American accents typically merge these); or sale /seɪl/ and sell /sɛl/ or more subtly Mary /ˈmeəɹi/ versus merry /ˈmɛɹi/ (again, American accents typically merge these); or full /fʊl/ and fool /fuːl/ (Scottish accent merges these); or book /bʊk/ and buck /bʌk/ (the result of a historical split; accents from the north of England do not have it); or the very fussy distinction between hurry /ˈhʌɹi/ and furry /'fɜːɹi/ (not all accents do this, and there probably isn't a STRUT-NURSE minimal pair, but I'm not sure either way). All of these are a possible source of confusion. Different people might have different difficulties: German speakers find that pat /pæt/ is close to pet /pɛt/ whereas French speakers find that it is closer to part /pɑːt/ in non-rhotic accents (so, a more convincing example: Pam /pæm/ and palm /pɑːm/). As for week vowels, they are essentially useless in distinguishing words: English RP does not distinguish /ə/ and /ɚ/ (tuna and tuner, for example), and Australian does not even distinguish weak /ɪ/ (making pick it homophonous with picket, or boxes with boxers). English consonants aren't quite as bad, but non native English speakers might still have trouble distinguishing, for example, sin /sɪn/, thin /θɪn/ and shin /ʃɪn/, or at least a subset of these (and I already mentioned the trouble between writing, /ˈɹaɪt̬ɪŋ/, and riding, /ˈɹaɪdɪŋ/ in American English, which may or may not be homophonous).

This is not just a theoretical worry. I have had many occasions to observe how English spoken over a noisy channel, has distinctly worse error-correcting capabilities than French.

Can we do something about it? As far as the mess that is English spelling goes, probably nothing (𐑕𐑹𐑰, ·𐑖𐑱𐑝𐑾𐑯 𐑓𐑨𐑯𐑟!). As far as English accents and confusion between them goes, however, I again have a modest proposal of which I am fully aware that nothing will come: invent a standard world English accent by mapping the English phonemes to sounds that are chosen so as to maximize clarity and have some degree of logic, while remaining generally within the realm of variation of existing English accents (something like KIT→[ɪ], DRESS→[ɛ], TRAP→[a], LOT→[ɔ], STRUT→[œ], FOOT→[ʊ], BATH→[a], CLOTH→[ɔ], NURSE→[øːɹ], FLEECE→[iː], FACE→[eː], PALM→[ɑː], THOUGHT→[ɔː], GOAT→[oː], GOOSE→[uː], PRICE→[aɪ], CHOICE→[ɔɪ], MOUTH→[aʊ], NEAR→[iːɹ], SQUARE→[eːɹ], START→[ɑːɹ], NORTH/FORCE→[ɔːɹ] and CURE→[uːɹ]: this would be somewhat similar to a French or Italian accent, which English speakers are able to understand; and for consonants: no voicing of intervocalic ‘t’, no loss of rhoticity, and no h-dropping). Introducing a new accent is not like reforming English, because it is meant to become one new accent among many, not replace any existing one. The major shift in paradigm would be to realize that this accent is no more wrong than any existing English accent, and that there is no reason not to teach students to speak like this instead of demanding that they simulate an RP or General American accent (there is a great deal of hypocrisy in this respect: English RP and American accents are no more correct than, or preferable to, Scottish, Irish, Australian, Indian, Nigerian, South African or American Southern accents, yet they are considered the norm when teaching English to foreigners—why?). We should keep in mind that English RP, which is now considered the “standard” British English, (1) is, to a large extent, an artificial construct (an effect of the English public school system, as witnessed by its earlier name Public School Pronunciation, that was popularized by the BBC's deliberate choice of RP as a non-regional English accent for its broadcasts, whence it being also widely known as BBC English), and (2) is the native accent of only a small, albeit influential, proportion of the English population (perhaps 2 to 5 percent), which, of course, is itself a small proportion of the native English-speaking population on Earth (note: many Americans refer to RP as British English, which is completely wrong and fairly insulting).

Here is a broader point: if English is to be a “Globish” language common to all the peoples of Earth, all the peoples of Earth should realize that they are its owners, no less than the “native speakers”. So long as there is no dictionary of international English, that (as opposed to the specifically national Oxford English Dictionary and Merriam-Webster's Collegiate Dictionary) would record all global usage of English, and not just in “English-speaking” countries, — so long as the forms of English taught in schools and universities throughout the world are based on those spoken in a very small set of countries (considered as more “correct”), — English cannot truly be said to be part of our common heritage as would behoove the lingua franca of all mankind. Both the prescriptivist and the descriptivist sides have to ask themselves how world English should be defined, instead of avoiding the question as I believe they have mostly been doing. But here I digress away from the specific issues with English as a language of international communication to the general problem with choosing one particular language in this role, and the unfairness associated with this choice—and this is something I would rather leave to a later entry.

(mardi)

Les crackpots, et les fascinants délires historiques d'Anatolij Fomenko

J'utilise le terme crackpot (en anglais, et aussi en français parce que je n'ai pas trouvé d'équivalent qui me satisfasse ; mais peut-être que crank serait plus approprié) pour désigner quelqu'un qui croit à des théories pseudo-scientifiques ou carrément délirantes, qu'il s'agisse du fait que la Terre aurait été créée il y a moins de 6000 ans, que les pyramides auraient été construites par des extra-terrestres, que le nombre π vaudrait exactement 3.2, que l'holocauste n'aurait pas eu lieu, que l'axe des Champs-Élysées aurait été construit selon une ligne de champ magnétique Feng Shui qui passe par Jerusalem, que les tours du World Trade Center auraient été détruites par la CIA, qu'ils auraient trouvé une démonstration merveilleuse de P=NP, ou encore que le réchauffement climatique n'aurait pas de composante humaine.

Voyez cette page pour quelques signes typiques des crackpots : mais évidemment, il n'y a aucun signe infaillible, ce serait bien trop simple s'il y avait un moyen simple de distinguer le vrai du faux. Par ailleurs, il existe plein de sous-variantes et de dimensions du crackpot, selon que ses théories sont plus ou moins partagées ou au contraire personnelles, selon qu'il est plus ou moins enclin à voir des complots partout, selon qu'il est plutôt d'orientation scientifique ou politique, selon que sa théorie l'obsède complètement ou est juste une bizarrerie à laquelle il croit, et selon le degré de décorrélation avec la vérité. J'avais été fasciné, il y a quelques années, de découvrir dans le remarquable film Ancient Aliens Debunked, qui démonte méticuleusement, et avec un esprit critique extrêmement affûté, des théories crackpot sur les aliens, que son auteur est un chrétien fondamentaliste qui rejette la vision scientifique de l'évolution (il n'est peut-être pas des plus cinglés des young earth creationists, mais manifestement il croit à des choses bizarres) : en tout cas, il est clair qu'on peut être quelqu'un d'intelligent, et même doté d'un esprit critique généralement fonctionnel dans certains domaines, et être un crackpot dans d'autres. C'est le cas du mathématicien Anatolij Timofeevič Fomenko, qui en tant que mathématicien est tout à fait sérieux et respectable, mais qui a des théories complètement délirantes (et fascinantes) au sujet de l'Histoire — auxquelles il a apparemment réussi à rallier beaucoup de gens, comme le joueur d'échecs Garri Kasparov. Je vais y venir.

Pourquoi s'intéresser aux crackpots ? Pas pour croire à ce qu'ils racontent, bien sûr. On peut chercher à dialoguer avec eux pour proposer des critères scientifiques pour tester leurs théories (et, en pratique, les réfuter, ou démontrer qu'elles ne sont pas testables), c'est à peu près l'approche que prend la zététique. Et j'ai une certaine admiration pour ceux qui prennent le temps de démonter patiemment les théories des crackpots, le résultat peut être très intéressant et instructif (par exemple le film Ancient Aliens Debunked lié ci-dessus) ; j'ai rarement, cependant, la patience de me livrer moi-même à ce jeu-là. Mais la « crackpotologie » présente au moins un intérêt scientifique en tant qu'étude des crackpots eux-mêmes et de leurs thèses : arriver à comprendre par quels mécanismes sociologiques ou psychologiques on en arrive à croire à telle ou telle théorie, pourquoi elles séduisent (et quels sont les aspects qui fondent une théorie séduisante), pourquoi elles se répandent, etc. Ou simplement pour dresser la typologie et la théorie descriptive des crackpots, la filiation entre leurs idées ; ou en passant du côté simplement amusant, rechercher les plus originaux, les plus bizarres, les plus agressifs. (On peut aussi jouer à les confronter les uns aux autres : un de mes amis parlait ainsi de Large Crackpot Collider, terme que je trouve très amusant ; mais il faut avouer qu'en pratique le résultat est souvent décevant, parce que les crackpots ont surtout tendance à monologuer et à ne pas s'intéresser au retour de leur auditoire, si bien que quand on en met deux en face, on se retrouve souvent avec un simple double monologue, sans véritable interaction.)

Et il y a un autre intérêt à mes yeux, que tout le monde ne partage pas : c'est l'aspect artistique de la théorie crackpot. Car certaines peuvent être comparées à des œuvres d'art par la fascination qu'elles dégagent. C'est un côté qu'Umberto Eco a beaucoup exploré (notamment dans Le Pendule de Foucault), et sur lequel Dan Brown (s'il existe vraiment) a fait beaucoup d'argent. Je parle soit de mettre en scène des crackpots dans une œuvre de fiction, soit de considérer la théorie crackpot comme un cadre dans lequel pourrait se dérouler une œuvre de fiction (comme de la science-fiction), soit encore d'utiliser un schéma ésotérique comme base pour une règle oulipienne (voyez ce qu'Italo Calvino fait avec le jeu de tarot dans Le Château des destins croisés ; on peut faire des choses semblables avec l'astrologie, l'alchimie, etc.), soit enfin de considérer la théorie elle-même comme de l'art, obéissant à ses propres règles ; ou, bien sûr, un mélange de tout ça. J'ai déjà expliqué que les frontières entre l'art et la crackpoterie peuvent être poreuses, et aussi que la vérité n'est pas forcément ce qui est le plus intéressant du point de vue artistique. Et c'est notamment sur ce terrain que je trouve les idées de Fomenko extraordinaires : refaire la chronologie de l'humanité, c'est une entreprise artistique fascinante, d'ailleurs de nombreux auteurs de science-fiction ou de fantastique s'y sont mis (pour inventer le futur, réinventer le présenter, réimaginer le passé, ou toutes sortes de combinaisons de tout ça), et de ce que j'arrive à savoir sur les théories de la Nouvelle Chronologie dont je veux parler, il ferait un excellent auteur de fiction s'il avait la bonne idée de placer ses idées sur ce terrain au lieu de s'imaginer qu'elles sont vraies.

(Remarquez cependant que même si une théorie crackpot est présentée comme une fiction, ce n'est pas forcément une raison pour ne pas s'en méfier, ou disons, pour oublier qu'il ne faut la considérer que comme une fiction intéressante. Parce que L. Ron Hubbard, par exemple, a essayé de jouer la carte d'auteur de science-fiction pour vendre les idées de la scientologie. Je ne trouve pas la mythologie scientologique très intéressant même sous l'angle purement artistique, mais si on considère qu'elle l'est, il faut bien sûr faire attention à comment on l'envisage.)

L'idée générale de la théorie de Fomenko est que l'histoire de l'humanité telle que nous la connaissons serait complètement fausse pour à peu près tout ce qui est antérieur à environ 1600, en partie à cause de falsifications et de réécritures effectuées à la Renaissance (et notamment par Joseph Scaliger), mais aussi à cause d'erreurs dans la reproduction et l'interprétation de manuscrits plus anciens. En fait, Fomenko avance l'idée que tout ce que nous connaissons de l'histoire est plus ou moins une déformation d'événements qui se seraient déroulés depuis l'an 1000 environ de notre calendrier, et que nous ne savons absolument rien de ce qui a pu se passer avant : que la raison pour laquelle nous pensons pouvoir dater des événements antérieurs est que les récits d'événements réels se sont retrouvés déformés de différentes façons, et que ces différentes répliques ont été ensuite imaginées comme étant des événements différents et ordonnées séparément dans la chronologie en les décalant de façon plus ou moins arbitraire (pour des raisons de commodité ou selon des motivations mystiques) par ceux qui ont construit les chronologies officielles. Fomenko avance donc l'idée d'une sorte d'« écho » dans l'écriture de l'histoire, un événement réel pouvant laisser plusieurs traces distinctes, toutes déformées, à des moments différents, alors qu'en réalité il n'y aurait qu'un seul événement raconté trois fois. Et pour soutenir cette théorie, il propose d'identifier plusieurs personnages historiques (par exemple, les rois d'Israël consécutifs seraient, selon lui, en fait les mêmes que les empereurs romains). Entre autres idées fumeuses supplémentaires, il prétend que les Mongols étaient en fait les Russes (et peut-être aussi les Turcs, je n'ai pas tout compris), que Christophe Colomb était envoyé par la Russie (dont l'Espagne était alors vassale), et que l'Ancien testament est plus récent que le Nouveau.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur les affirmations précises, l'article Wikipédia est un bon début, ainsi que la thèse de Sheiko que je cite ci-dessous. Malheureusement, pour en savoir vraiment plus, il n'y a pas l'air mieux que de consulter les 7 volumes du Monsieur, et de préférence en russe (si on veut éviter de les acheter, on peut chercher Fomenko History sur un site pirate russe, mais comme ça fait quand même beaucoup à télécharger et à lire, je me suis abstenu).

Ces théories sont évidemment complètement délirantes, et à moins de parler russe, ça vaut à peine l'effort d'essayer de les réfuter (ou en tout cas, je vais laisser ça à des zététiciens plus patients que moi, et d'ailleurs plus compétents en histoire ; j'imagine qu'un des arguments simples qu'on peut sortir est de faire remarquer qu'on a des pièces de monnaies venant de règnes de souverains qu'il prétend identiques et qui les nomment de façon manifestement différente et qui ont des états de conservation manifestement différents). Mais ce n'est pas pour autant qu'elles ne sont pas passionnantes.

On peut entre autres se demander pourquoi ces théories ont rencontré tellement d'écho en Russie : à ce sujet, il est sans doute intéressant de lire la thèse de Konstantin Sheiko, Lomonosov's bastards: Anatolii Fomenko, pseudo-history and Russia's search for a post-communist identity (Université de Wollongong, 2004), qui est justement consacrée à cette question — je n'ai moi-même lu que l'introduction et le chapitre 2, en diagonale, mais il semble y avoir des réflexions intéressantes sur leur lecture dans le cadre du patriotisme russe et de la recherche d'une identité russe, notamment face à l'Occident et face à l'Asie, à l'ère post-communiste. (Il est juste dommage que le PDF disponible au bout du lien ci-dessus manque toutes les illustrations.)

En revanche, si comme je le suggère ci-dessus on considère les thèses de Fomenko non comme de l'histoire mais comme de l'histoire-fiction, alors il est possible qu'elles fassent un roman intéressant, ou du moins un cadre intéressant pour des romans d'histoire-fiction. L'idée des échos historiques, notamment, me semble assez géniale comme prétexte et comme mécanisme narratif. Et s'il y a moyen de trouver quelque part, débarrassé de tout l'argumentaire tendant à la « prouver », un résumé de la chronologie proposée par Fomenko (i.e., qu'est-ce qu'il imagine comme s'étant passé dans chaque siècle et chaque décennie), j'avoue que je serais intéressé à le voir.

J'aimerais aussi en profiter pour renvoyer vers la remarquable nouvelle Chronologie de la vie de deux hommes écrite par mon ami Denis Auroux il y a une douzaine d'années dans le cadre d'un petit jeu d'écriture (dont le sujet était le suivant : La nouvelle doit commencer par la mort d'un personnage. Et doit se terminer par la mort d'un personnage. Le même.).

(lundi)

Comment se perdre dans les sources d'Android et désactiver le senseur de proximité

Pour illustrer ce que je racontais hier, je voudrais détailler un peu, sur un cas concret, la manière dont les sources d'Android sont une moussaka incompréhensible et impossible à naviguer, parce que je trouve ça assez spectaculaire.

Je suis parti du but suivant : explorer la difficulté qu'il y aurait à ajouter un réglage dans l'application « téléphone » d'Android pour ignorer les données du capteur de proximité (potentiellement cassé) et ne pas éteindre l'écran pendant le passage d'un appel.

Et là, je suis tombé sur la constatation stupéfiante suivante : tel que je lis le code, cette préférence existe déjà, mais pour une raison qui m'échappe totalement, elle est « désactivée » des menus sur mon téléphone (à la fois l'ancien et le nouveau, d'ailleurs). Ou peut-être qu'elle n'est pas activée, nuance.

Une partie de la difficulté, bien sûr, consiste à savoir quel code, au juste (parmi les millions d'arbres de compilations, de branches, de versions et de sous-versions) se trouve au juste compilé sur mon téléphone. J'ai fini par trouver la réponse à ça : il faut aller voir dans le fichier /system/etc/build-manifest.xml sur le téléphone — celui-ci donne, pour chaque dépôt Git des sources d'Android, le commit exact qui a servi à faire la compilation. Beaucoup d'espions Bothans sont morts pour me fournir cette information, alors faites-en bon usage.

Après, même si je trouve la bonne version du code qui tourne sur mon téléphone, encore faut-il trouver où, dans la moussaka géante, se trouve le code de l'application « téléphone ». Il y a des répertoires des sources qui s'appellent (1) frameworks/base/telephony, (2) frameworks/opt/telephony, (3) packages/services/Telephony, et (4) packages/providers/TelephonyProvider : quel est le rapport exact entre tout ça ? je n'en ai fichtrement aucune idée, et je ne sais même pas où chercher une explication à ce sujet (le mieux que j'aie trouvé est ce petit guide, mais il ne va vraiment pas très loin). Le fait de savoir que l'application Android s'appelle, à un certain niveau, com.android.phone, n'aide pas tant que ça.

J'ai cependant fini par trouver qu'il y a un menu de préférences dans packages/services/Telephony/src/com/android/phone/CallFeaturesSetting.java (dans le répertoire (3) ci-dessus, donc), dont la version exacte compilée pour mon téléphone (le Nexus 4, disons, mais ça ne change pas grand-chose), est en principe exactement celle-ci. Il y a incontestablement du code (notamment autour des lignes 670–675) qui définit une préférence, dans le menu des réglages de l'application téléphonie (lequel n'est d'ailleurs pas totalement évident à trouver, mais bon…) censée permettre d'ignorer le capteur de proximité. (Le code vraiment opératoire est plus exactement dans packages/apps/InCallUI/src/com/android/incallui/ProximitySensor.java, autour des lignes 81–97, parce que dans Android, le code qui fait quelque chose est toujours aussi éloigné que possible du code qui règle la préférence demandant à faire le quelque chose en question.)

☞ Ça vaut la peine que je digresse sur la complexité de mettre du texte dans un menu sous Android, parce que ça donne une idée à quel point le machin est over-engineeré. Vous vous doutez bien qu'écrire directement "Enable proximity sensor" dans le code Java, ce serait trop facile : pour permettre au machin d'être traduit dans 72 langues, il faut écrire quelque chose comme <string name="proximity_mode_title">Enable proximity sensor</string> dans un fichier res/values/strings.xml (enfin, en l'occurrence res/values/cm_strings.xml, parce que c'est spécifique à CyanogenMod, mais peu importe), qui donne donc un nom proximity_mode_title à la chaîne "Enable proximity sensor" (et on mettra autre chose dans les autres langues, bien sûr). Maintenant, pour définir un bouton de préférences (=une entrée dans le menu) ayant cette chaîne pour titre, il faut aussi donner un nom au bouton : cette fois, c'est dans le fichier res/xml/call_feature_setting.xml qu'on va écrire quelque chose comme <CheckBoxPreference android:key="button_proximity_key" android:title="@string/proximity_mode_title" android:persistent="false" android:summary="@string/proximity_on_summary" /> pour définir le bouton button_proximity_key avec comme titre la chaîne qu'on vient de définir. Vous pensez qu'on va utiliser ensuite button_proximity_key directement dans le code Java ? Toujours pas ! Il est de bon ton de définir une constante private static final String BUTTON_PROXIMITY_KEY = "button_proximity_key" histoire de ne pas avoir, horresco referens, à écrire une chaîne directement dans le code Java. Et bien sûr, on va stocker l'objet Java correspondant, obtenu avec mButtonProximity = (CheckBoxPreference) findPreference(BUTTON_PROXIMITY_KEY), dans une variable mButtonProximity (enfin, un membre de la classe, peu importe), et c'est ça qu'on va utiliser dans le code. Ça c'est juste pour définir le bouton de la préférence. Le nom de la préférence elle-même, il va être défini comme public static final String SETTINGS_PROXIMITY_SENSOR = "proximity_sensor" dans src/com/android/phone/Constants.java pour pouvoir l'utiliser comme Constants.SETTINGS_PROXIMITY_SENSOR. C'est absolument hallucinant combien d'incantations propitiatoires, réparties dans plusieurs fichiers, Android oblige à prononcer pour mettre un malheureux bouton dans un menu pour contrôler une préférence système ! Et ça ne facilite vraiment pas le boulot de celui qui veut comparer le code du menu avec ce qu'il voit sur son téléphone.

Sauf que là, de surcroît, ils ont mis une variable de configuration (config_proximity_enable, définie dans res/values/config.xml, voyez les lignes 197–198, et utilisée dans CallFeaturesSetting.java vers les lignes 2602–2606) qui sert à faire disparaître cette option du menu. Ce que j'ai mis, bien sûr, un temps fou à comprendre en m'arrachant les cheveux à me demander pourquoi le code est là et n'a pas d'effet (et, du coup, si je lisais bien la bonne version). Je pense que les res/values/config.xml servent en général à fournir des configurations différentes sur des téléphones différents, mais je ne comprends pas bien pourquoi on voudrait désactiver l'entrée du menu qui permet de désactiver le senseur de proxiité (à part si le téléphone n'a pas de senseur de proximité, mais dans ce cas la valeur par défaut devrait plutôt être de ne pas chercher à l'utiliser, alors que c'est le contraire — je suis confusé). Encore moins pourquoi l'impossibilité de désactiver serait le défaut, ou pourquoi sur le Nexus 4 ou 5 CyanogenMod aurait voulu garder ce défaut : tout ça semble assez inexplicable.

Mais bon, le fait qu'en modifiant de force la préférence dans la base de données des préférences système, ça fonctionne :

Bref, pour demander à certains Android (au moins CyanogenMod) d'ignorer le capteur de proximité pendant les appels, on peut éditer la base de données de préférences en lançant (en tant que root)

sqlite3 /data/data/com.android.providers.settings/databases/settings.db

et y insérer une préférence proximity_sensor de valeur fausse,

INSERT INTO system ( name, value ) VALUES ( 'proximity_sensor', 0 ) ;

puis rebooter. Ceci aurait dû faire partie d'un menu de préférences, mais le réglage a été omis ou volontairement désactivé (ce qui n'empêche pas la commande ci-dessus de fonctionner).

(dimanche)

Pourquoi l'environnement Android est-il si hostile aux bidouilleurs ?

Je me suis acheté un Nexus 5. Principalement parce que j'en avais marre de mon ancien téléphone (un Nexus 4) dont le capteur de proximité merdait, ce qui le rendait très pénible à utiliser, mais aussi à cause d'un bug qui rend Google ridicule, surtout que deux mois plus tard il n'a toujours pas été corrigé (et toutes les façons de le contourner que j'ai essayées se sont avérées merdiques) — bizarrement, il se trouve que ce bug affecte les Nexus (Nexi ?) 4 et 6 mais pas le 5, ce qui est d'autant plus mystérieux que ce n'est certainement pas un problème matériel. Mais la raison secondaire de l'avoir acheté maintenant est que le Nexus 5 ne sera pas disponible indéfiniment ; le Nexus 6 ne me convient pas du tout parce qu'outre le bug sus-mentionné il est vraiment trop grand pour mes poches (je ne comprends décidément pas du tout pourquoi les gens aiment les phablets) ; et il y a une chose que j'ai apprise en achetant des choses en ligne, c'est qu'il ne faut jamais supposer qu'un produit disponible un jour le sera encore dans un mois. D'ailleurs, j'ai vu juste puisque, même pas une semaine plus tard, le Nexus 5 n'a plus l'air vendu par Google.

Pour autant, je ne vais pas spécialement en parler, puisque je n'ai pas rencontré de problème particulier, et le but de ce blog est quand même avant tout de déverser mes râleries. À la place, je vais donc parler d'Android en général, et de pourquoi j'en suis mécontent, pas pour une raison logicielle ou matérielle particulière, mais pour, disons, l'ambiance générale. Qui, il faut le dire, pue, au moins quand on est habitué au monde Unix/Linux.

Au début, quand j'ai entendu parler d'Android, je me suis dit, chouette, enfin un système qui va apporter un peu d'ouverture dans le monde des mobiles où tout est verrouillé : enfin, on va pouvoir décider un peu ce qui se passe sur son téléphone, changer des choses, le « bidouiller » (le hacker, au sens qu'avait ce mot avant que la presse le tranforme en quelque chose de négatif), bref, en être vraiment propriétaire. Las ! Android est tombé bien loin de ces espérances.

Alors certes, le cœur du système est libre / Open Source. Du moins, il faut le dire vite, parce qu'il y a plein de restrictions à ça. Primo, ce qui est libre, c'est uniquement le système avec un ensemble minimal d'applications : en fait, la grande majorité des systèmes Android autres que les versions chinoises à deux balles tournent avec, en plus, les Google Apps, qui, elles, ne sont pas libres du tout (et le bug dont je me plaignais est dans les Google Apps, ce qui fait que je ne peux pas, même ne principe, le corriger). Il y a des choses dans les Google Apps dont je comprends plus ou moins qu'elles ne soient pas libres (Google Maps, par exemple), il y en a aussi qui font plus ou moins doublons avec des applications libres d'Android (voir cet article d'Ars Technica pour un exposé de la situation), mais le truc est surtout en train de se transformer en une énorme moussaka qui contrôle totalement le téléphone au-dessus d'Android (les Google Play Services), et le problème est que non seulement c'est propriétaire, mais en plus il faut soit tout accepter en bloc, soit tout rejeter — d'où la gravité du bug que j'ai rencontré, et qui ne pouvait se résoudre qu'en coupant, de fait, tous les services Google.

Secundo, la version libre officielle d'Android (AOSP, pour Android Open Source Project), elle ne tourne que sur un tout petit ensemble de téléphones, peut-être même aucun. Sans même parler des pilotes propriétaires (comme le firmware radio, et de façon plus gênante, les pilotes graphiques), la plupart des téléphones d'Android sur le marché, en gros tout ce qui n'est pas un Nexus de Google (e.g., le Samsung Galaxy Nimportelequel), vient avec une version d'Android lourdement modifiée par le vendeur, et vous pouvez toujours rêver pour avoir les sources de ce truc-là. Bon, il existe bien une version dérivée d'Android, libre (aux pilotes et à quelques bricoles près), qui tourne sur pas mal de téléphones, et c'est celle que j'utilise, CyanogenMod, et différentes versions sous-dérivées de celle-ci, mais ce n'est déjà pas pareil que de dire qu'on a des systèmes libres sur la plupart des téléphones du marché : ce n'est tout simplement pas le cas. D'ailleurs, CyanogenMod est devenu un projet commercial, et je suis persuadé qu'il ne va pas rester libre très longtemps. On voit plein de petits signes montrant qu'il est de plus en plus fermé. (J'ai aussi plein de reproches pratiques à leur faire, comme le fait que leur système de nommage des versions est incompréhensible et qu'ils n'arrivent jamais à produire une version stable de quoi que ce soit, mais c'est un autre sujet.)

Tertio, quand bien même vous trouvez une version libre d'Android qui tourne sur votre téléphone, si vous espérez que parce que c'est libre vous allez facilement pouvoir faire des changements dessus, détrompez-vous. Recompiler un Android est très, très, très (très) difficile. Essentiellement, il faut une machine dédiée à ça (éventuellement une machine virtuelle, certes), avec exactement la bonne version d'Ubuntu, exactement la bonne version de Java, exactement la bonne version des différents outils. Plein de gigas d'espace disque (vraiment plein). Plein de mémoire. Plein de temps. Et plein de bande passante réseau. Le problème principal, c'est qu'Android n'est pas du tout conçu pour qu'on puisse bidouiller avec (je cherche un équivalent français du mot tinkering) : on compile tout en bloc. Recompiler une unique application système après l'avoir un petit peu modifiée n'est pas du tout prévu ou supporté. (Par exemple, j'avais fini par trouver comment recompiler l'application clavier standard pour la modifier et y mettre notamment mon propre dictionnaire et quelques caractères Unicode supplémentaires : j'en ai énormément bavé pour y arriver. Et je n'ai jamais trouvé le courage d'en faire autant pour l'application téléphonie pour contourner le problème du capteur de proximité cassé sur mon Nexus 4.)

Mais il y a un problème plus fondamental : l'écosystème Android est extrêmement hostile au logiciel libre. Voyez le Google Play Store : il n'y a aucune indication de quelles applications dessus sont libres / Open Source. Pire, il n'y a aucun moyen standardisé pour un développeur Android de mettre une information indiquant qu'une application est libre (il peut juste l'étiqueter gratuite, ce qui n'est pas du tout pareil), ou pour indiquer où sont les sources, ou quelle est la licence. Google n'offre même pas un réglage caché pour développeurs ou enthousiastes du libre pour dire je voudrais voir en priorité, ou exclusivement, des applications libres. Il y a bien un marché alternatif, F-Droid, pour ça, mais comme il est alternatif, il n'a aucune publicité de la part de Google, du coup il est très confidentiel, et il n'y a quasiment rien d'intéressant dessus. Et de fait, il y a très peu d'applications libres pour Android. Et les rares qui le sont ont même tendance à cesser de l'être au bout d'un certain temps, quand le développeur se rend compte que, tient, il pourrait peut-être monétariser le succès de son application (ou pour je ne sais quelle autre raison) : j'en ai vu plein, comme ça, qui étaient annoncées libres au début, et qui au bout de quelques versions ne l'étaient plus (exemple au pif : l'application d'écran de démarrage ADW Launcher, qui eut été libre et qui ne l'est plus du tout).

Cette atmosphère est très surprenante quand on vient du monde des Unix libres, où on peut à peu près tout faire avec des programmes libres (preuve qu'il y a bien des gens prêts à en écrire !). Sous Android, quasiment toutes les applications vous laissent le choix entre une version gratuite, lourdement limitée et/ou très généreusement décorée de bandeaux publicitaires, et une version payante. La mentalité de petits connards des programmeurs qui croient opportun de demander paiement pour une petite merde qu'ils ont écrite alors qu'à côté, dans le monde du logiciel libre pour PC de bureau, il y a des gens qui écrivent des compilateurs C, des suites bureautiques, des navigateurs Web, etc., et qui ne mettent pas de pub dedans ni ne gardent leur code secret, me laisse sans voix. (J'imagine un monde où gcc proposerait le choix entre une version payante et une version gratuite, cette dernière refusant de compiler un programme de plus de 2000 lignes et affichant au milieu des messages de compilation des messages publicitaires vous informant qu'il y a sans doute des célibataires dans votre région.) Et avant que quelqu'un me sorte l'argument débile si tu n'es pas content de ces programmes, tu n'as qu'à ne pas les utiliser : ce n'est pas si simple, parce qu'en étant le petit connard qui développe une petite merde pour Android dont on ne donne pas les sources, on met un frein psychologique au développement d'un logiciel libre remplissant la même fonction.

(Et je pense que c'est vraiment un problème psychologique lié à la « décision par défaut ». Si Google poussait pour que la décision par défaut quand on écrit une application Android, soit qu'elle soit libre, je suis persuadé que l'immense majorité des développeurs ne se comporteraient pas comme ça comme des connards. I.e., la différence entre Android et les Unix libres n'est pas tellement, à mon avis, dans l'origine des développeurs, que dans le fait que dans un cas publier le code source est considéré comme normal et dans l'autre cas ça ne l'est pas. Pour une explication du genre de phénomènes qui me fait penser ça, voyez cet exposé à TED de Dan Ariely, et ce qu'il dit sur le don d'organes dans différents pays.)

Et le problème est d'autant plus aigu que la réponse à n'importe quel problème sous Android est toujours There's An App For That : là où la bonne réponse à un problème dans Android, si le système était véritablement ouvert, devrait être quelque chose commme commentez la ligne 66 du fichier server/InterfaceController.cpp dans le dépôt platform/system/netd et recompilez votre système, la réponse est en fait installez MyNetworkControlApp sur le Google Play Store et cliquez sur disable IPv6 privacy. Ce qui est peut-être plus pratique pour le neuneu moyen, mais pour ma part je n'ai aucune envie d'installer la petite merde MyNetworkControlApp pour réparer les problèmes de mon téléphone, et surtout pas de lui donner des droits exorbitants sans avoir vu le code, ou au moins, sans avoir eu la possibilité en principe de voir ce code.

Même si on met de côté le problème du code libre ou non, le système Android n'est généralement pas favorable à la « bidouille » telle qu'un unixien va avoir tendance à la comprendre et à la pratiquer. Ceci se reflète par exemple dans le fait que peu de choses peuvent se faire en ligne de commande (on peut réussir à se connecter à un shell sur un téléphone Android, mais le plus souvent on ne peut pas y faire grand-chose). Entre autres parce que les interfaces internes d'Android (tout ce qui n'est pas utilisé par un programme final en Java) est mal documenté ou pas documenté du tout : même les outils internes du système (les choses comme pm, dumpsys, etc.) sont difficiles à utiliser entre autres faute de documentation. J'ai commencé il y a un certain temps à écrire une page où je rassemble les différentes choses que je réussis à glaner par ci par là, mais ça reste extrêmement fragmentaire. Un exemple emblématique pourrait être le format APK qui sert à distribuer les applications Android : il est extrêmement difficile d'extraire un APK, de le modifier, et de le remettre en place (par exemple pour lui retirer de force une permission qu'il aurait demandée), et le fait que les APK soient signés n'est que le début des difficultés !

Un exemple concret. Pour ne pas perdre mes données en passant de mon Nexus 4 à mon nouveau Nexus 5, je me suis dit que j'allais recopier la partition de données utilisateur (/data) de l'un vers l'autre (après avoir installé exactement la même version de CyanogenMod sur les deux, bien sûr, pour minimiser les emmerdes, et quitte à effacer quelques données particulières au téléphone, comme la clé android_id de la table secure dans la base de données /data/data/com.android.providers.settings/databases/settings.db). Au final, ça a marché. Mais non sans mal. Par exemple, parce que le format .img des images acceptées par la commande fastboot du bootloader Android de Google, elle est certes documentée, mais dans un header obscur qu'il faut aller chercher soi-même au milieu du fatras des sources d'Android. Et il n'y a bien sûr aucun outil standard pour convertir agréablement vers ce format. Après ça, je n'avais encore, bien sûr, aucune idée de ce qu'il faut et ne faut pas recopier dans /data d'un téléphone vers l'autre (ce qui fait partie, disons, de ma personnalisation du téléphone et ce qui fait partie de la configuration du matériel précis). La réponse de Google à ce problème est quelque chose comme : confiez-nous vos données (par exemple, tous vos contacts), nous vous permettrons de les sychroniser sur tous vos téléphones — seulement, moi, je n'ai pas envie de confier ces données à Google (par exemple parce que je ne suis pas certain que tous mes amis seraient d'accord pour que leur adresse soit communiquée par moi à Google). Mais je digresse.

Il existe bien des bidouilleurs Android. Un de leurs points de rassemblement est le forum en ligne XDA-Developers (par exemple, ce document est encore ce que j'ai trouvé de mieux comme documentation sur comment compiler Android). Mais, outre que ce forum est merdique pour des simples raisons de forme (outre l'abus de Comic Sans, il est surtout impossible d'y retrouver quoi que ce soit), cette sous-communauté souffre de beaucoup des mêmes défauts que la communauté Android en général : si vous exposez un problème, on va vous dire d'installer telle ou telle application dont on ne vous montrera pas les sources ; et des versions complètes d'Android s'y échangent par des liens douteux vers des sites d'hébergement de binaires louches, sans qu'on sache si les sources sont disponibles quelque part. Et je pense que c'est un problème assez profond, ou au moins le symptôme d'un problème assez profond, que les développeurs Android chez Google ne parlent essentiellement pas à cette communauté-là.

Tout ceci me décourage beaucoup. J'aimerais passer mes téléphones à autre chose qu'Android, mais il n'y a rien d'autre. Ce n'est même pas la peine de parler de Windows mobile ou d'iOS, ce dernier est auss ouvert que la Corée du Nord, alors évidemment, Android, en comparaison, paraît vraiment paradisiaque. J'aimerais énormément que Firefox OS ait du succès, parce que Mozilla m'a l'air d'être un agent très bénéfique en direction de l'ouverture du Web et il pourrait jouer un rôle semblable sur le marché des mobiles (et par ailleurs j'aime bien l'idée d'unifier les applications mobile et les pages Web, surtout quand la plupart des applications mobiles sont, de fait des versions merdiques de sites Web), mais il faut dire que trouver un mobile sous Firefox OS, ce n'est pas évident (je me suis acheté un Geeksphone Revolution, mais c'est une merde pour plein de raisons que je n'ai pas le temps d'expliquer ici, et en tout cas il n'est pas du tout ouvert) ; les téléphones développeur Firefox OS ont l'air tous épuisés. Quant à Tizen, il n'a pas l'air promis à un grand succès, et pour commencer le SDK est propriétaire (et Mer et Sailfish ont l'air encore plus confidentiels). Peut-être qu'Ubuntu Touch apportera une embellie, mais je n'y crois pas des masses non plus. En attendant, je suis à peu près coincé sous Android.

(lundi)

Caractères arabes désordonnés

[Affiche d'instructions]Pendant le week-end, des panonceaux sont apparus un peu partout dans l'école où je travaille (cf. photo ci-contre, cliquez pour agrandir) avec des instructions de sécurité, en français, anglais, espagnol, chinois, russe et arabe (c'est-à-dire l'ensemble des langues officielles de l'ONU, qui sont un ensemble assez raisonnable de langues à choisir si on veut être largement compris dans le monde : j'approuve donc ce choix, même si je ne suis pas totalement convaincu de son utilité réelle à cet endroit précis, mézenfin).

Je ne vais pas chercher à pointer du doigt les fautes de traduction. Mais regardons un peu les caractères arabes utilisés sur cette affiche. Si j'essaie de reproduire l'effet en HTML, ce sera quelque chose comme ceci :

‭‌ت‌ع‌ل‌ي‌م‌ا‌ت ‌ا‌ل‌س‌ل‌ا‌م‌ة‌‬

(sur un navigateur avec les bonnes polices et bien respectueux des standards, ce qui précède devrait reproduire les caractères arabes en blanc sur bleu juste après Правила Безопансости, qui devrait d'ailleurs être Правила Безопасности). En fait, ce qu'on voulait écrire est plutôt ça :

تعليمات السلامة

Vous ne voyez pas la ressemblance ? Le problème est qu'on a écrit les bonnes lettres arabes, mais (1) de gauche à droite, alors que l'arabe s'écrit de droite à gauche, et (2) sans les lier entre elles, alors que l'arabe a une écriture cursive où les caractères se connectent les uns aux autres (et changent de forme en fonction de cette connexion). Même sans connaître l'alphabet, en comparant les deux versions ci-dessus (du moins, si votre navigateur les a affichées correctement), sachant que les points marquant certaines lettres ne changent pas quand on connecte la lettre à d'autres, vous devriez voir la correspondance.

C'est un bug que j'ai vu assez souvent, quoique jamais encore sur un panneau officiel. J'avais déjà donné un exemple dans une entrée passée (mais là je ne suis même pas sûr que c'était des mots arabes et pas juste des lettres tapées au hasard). J'avais aussi vu passer cette photo prise à l'US Open autour de 2013 (les caractères arabes sont en bas à droite : c'est censé être quelque chose comme القادمين بنر حب, dont je ne suis d'ailleurs pas convaincu que ça veuille dire grand-chose, mais en tout cas c'est mal écrit et ça ressemble à ‌ا‌ل‌ق‌ا‌د‌م‌ي‌ن ‌ب‌ن‌ر ‌ح‌ب‌ — pour le coup, au moins, c'est dans le bon sens). Et je me souviens aussi avoir vu un acteur porno gay avec un tatouage tout aussi mal écrit aux alentours de son nombril, un de mes lecteurs va certainement pouvoir me dire qui c'était exactement.

Mise à jour : L'information a été remontée, et les panneaux dans mon école vont être corrigés ou refaits.

Je suppose que c'est ce qui se produit quand quelqu'un fait du copier-coller de caractères Unicode arabes dans un logiciel qui ne gère pas du tout les écritures de droite à gauche et/ou les complexités typographiques des écritures présentant des ligatures. (Par exemple, dans un terminal texte sous Unix, l'arabe a effectivement tendance à ressembler à ce genre de monstruosités.) Je suppose que la personne qui copie-colle n'a aucune connaissance de l'écriture arabe et reçoit les caractères à copier-coller de quelqu'un qui les a écrits correctement, et il fait confiance, à tort, au logiciel pour ne pas massacrer les choses lors du copier-coller. Maintenant, c'est quand même triste, à la fois que ce genre d'erreurs se produisent (i.e., qu'il existe des logiciels de mise en page incapables de gérer la bidirectionalité, et qui n'affichent pas, au minimum, un énorme avertissement si on essaie de taper de l'arabe), et qu'elles ne soient pas détectées, i.e., qu'il y a des gens à ce point ignorants de ce qui est quand même une langue relativement fréquemment parlée en France, pour ne même pas savoir à quoi son écriture ressemble (et spécifiquement, que les caractères sont liés les uns aux autres). Surtout que là, des gens parlant arabe et qui vont passer devant le panneau, il y en a (et ce n'aurait pas été difficile d'en trouver pour relire l'affiche avant de l'envoyer à l'impression !). Ou pour remarquer que c'est suspect que les caractères s'insèrent de la gauche vers la droite et ne présentent aucun signe de directionalité droite-vers-gauche. (OK, on peut s'imaginer que l'informatique a décidé de gérer l'arabe en stockant les textes à l'envers pour faire semblant qu'il va de gauche à droite, mais on doit quand même vite se rendre compte qu'il y a plein de problèmes avec ça.)

C'est le genre de choses qui me fait trouver qu'il devrait y avoir des cours de culture générale à l'école, où on apprendrait entre autres des généralités sur les langues du monde, et au minimum à savoir reconnaître les grands systèmes d'écriture et un peu à quoi ils ressemblent. Je ne parle pas forcément de savoir distinguer du tamoul et du malayalam, mais au moins d'avoir des grandes idées sur les principes de différents systèmes d'écritures. Pour un fou d'Unicode comme moi, ce sont des connaissances aussi basiques que de savoir que la première guerre mondiale a duré de 1914 à 1918.

(mercredi)

Quelques pensées à deux zorkmids sur l'homosexualité, la masculinité et la tolérance

[Ce qui suit est plus un rant partant dans tous les sens — et par ailleurs écrit sur un bon nombre de jours, ce qui explique le manque de cohérence — qu'une réflexion construite. À la limite, on peut lire dans n'importe quel ordre les paragraphes ci-dessous, ce sont juste des idées que je lance un peu au hasard parce que je veux les dumper quelque part, et tant pis s'il y a beaucoup de platitudes et d'enfonçages de portes ouvertes-ou-qui-devraient-l'être.]

Comme il n'aura pas échappé au lecteur qui serait tombé sur une des entrées de ce blog (soit environ 90% d'entre elles) où je trouve moyen de le rappeler, je suis homo. Si je le signale souvent, je dois signaler encore plus souvent que je suis un garçon, parce que la grammaire française l'impose dans presque chaque adjectif ou chaque participe passé qui se rapporte à moi. (Par exemple à chaque fois que j'écris je suis allé, ce qui est passablement fréquent. Il m'est arrivé de vouloir écrire des textes qui ne révèlent pas le genre du narrateur, et généralement j'ai préféré l'anglais pour ça, qui est un peu moins lourdement insistant à ce sujet. Quand on y pense, c'est quand même une connerie linguistique invraisemblable que la grammaire dépende du genre des individus : autant que ce le serait de varier des éléments du discours selon la couleur des cheveux ou de la peau.)

Je m'attarde un peu sur cette affirmation que la grammaire me force à répéter régulièrement : je suis un garçon. En fait, ce qui est important n'est pas un énoncé sur le caryotype XY de mes cellules : le genre qui importe vraiment n'est pas le sexe biologique, c'est la construction sociale qui pour la plupart des individus (cissexuels, par opposition à transsexuels) le reflète. Et je pense que c'est vraiment ce qui importe pour l'attirance que je peux ressentir pour les garçons : je m'imagine beaucoup plus facilement ressentir du désir pour un garçon transsexuel (=FtM) que pour une fille transsexuelle (=MtF), de même que je ressens plus facilement de l'empathie pour un garçon transsexuel que pour une fille transsexuelle.

Maintenant, si le genre est une construction sociale reflétant approximativement un phénomène biologique, on est embarrassé pour se demander ce qu'il veut dire au juste. Surtout quand, comme c'est mon cas, on croit fondamentalement à l'égalité entre hommes et femmes (au sens, par exemple, où c'est de la connerie en barres de prétendre que les hommes, resp. les femmes, seraient plus « fait(e)s » pour certains métiers, plus doué(e)s pour certaines tâches, plus compétent(e)s dans certains domaines). On se retrouve rapidement à dire n'importe quoi : que le masculin et le féminin n'existent pas, ou que tout le monde est les deux à la fois (si tout le monde est quelque chose, ça s'appelle humain, pas masculin ou féminin). Ou alors à tomber dans des platitudes ou des définitions circulaires (la masculinité est l'ensemble des traits communs aux individus de genre masculin, et le genre masculin est celui qui relève de la masculinité).

Mais si je ne sais pas définir quelque chose, je cherche un critère opérationnel pour le reconnaître en pratique, qui nous apprenne plus que les accords grammaticaux que la personne fait sur elle-même en français. Voici ce qui pourrait être une tentative naïve, complètement débile en vérité, mais qui doit fonctionner assez bien en pratique (étant entendu qu'on se concentre sur une civilisation donnée dans l'espace et le temps). Vous avez été salement amoché suite à un accident — en fait, à la façon de Robocop, il ne reste quasiment que votre cerveau — mais ne vous inquiétez pas, grâce à une technique médicale révolutionnaire, on va pouvoir vous reconstruire un nouveau corps : il se trouve qu'on a deux modèles sous la main, l'un qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Channing Tatum, l'autre à Mila Kunis : lequel préférez-vous ? Il y aura évidemment des gens pour faire les malins (il y en a toujours — encore qu'il y en aurait sans doute beaucoup moins si la question se posait vraiment plutôt qu'être une Gedankenexperiment), mais globalement je pense que cette question révèle quelque chose : il s'agit avant tout de l'apparence que nous voulons avoir, de la manière dont nous nous percevons et voulons être perçus — notre apparence idéale, disons, et le canon plastique duquel elle est la plus proche. Il y a certainement d'autres choses dans le genre social que l'apparence, mais on aurait bien tort de penser qu'il s'agit de quelque chose de trivial : si un transsexuel cherche par exemple à cacher ses seins, ce n'est pas futile ou frivole, cette question d'apparence fait partie de la notion de genre social. Inversement, je ne crois pas du tout à l'idée qu'il existe des caractères (des traits de personnalité) spécifiquement masculins ou féminins.

Corollaire 1 : comme l'apparence s'étend du corps nu aux vêtements, notre tenue vestimentaire fait partie de ce qu'on pourrait appeler le « genre étendu » (qui a un peu plus d'options que le binaire masculin/féminin). Pour cette raison, je trouve extrêmement importante la liberté de s'habiller comme on veut. (Ce qui n'entre pas en contradiction avec des critiques qu'on peut formuler contre la société, les prescripteurs de mode, les vendeurs de vêtement, etc., pour tout ce qui n'est pas une décision personnelle de s'habiller comme ceci ou cela.) Notamment, tout dress code qui ne serait pas strictement nécessaire à un emploi (pour des raisons de sécurité, par exemple) est à mes yeux à peu près aussi inacceptable que si on demandait aux hommes de cet emploi de se déguiser en femmes ou vice versa. Penser aussi aux tatouages ou autres modifications corporelles (mon poussinet a eu plus de difficulté à révéler à sa famille un tatouage couvrant une partie importante de son corps qu'à annoncer qu'il préférait les garçons — mais je reviens ci-dessous sur la tolérance).

Corollaire 2 : les organes sexuels primaires n'étant pas apparents (dans notre société où il est bien vu de porter des vêtements, cf. le corollaire 1), ils ne sont pas ce qu'il y a de plus important pour définir le genre. (Exemple explicite : ce monsieur [attention, ce lien est possiblement NSFW, selon vos réglages de recherche Google images], qui se trouve avoir un vagin — on le sait parce qu'il est acteur porno —, non seulement s'identifie à un homme mais sera clairement catégorisé comme tel par n'importe qui qui voit sa photo.)

Remarque : écartés les gens qui font juste les malins, il y aura certainement des gens pour qui le choix entre avoir le corps de Channing Tatum ou de Mila Kunis ne serait pas évident, pour plein de raisons. Par exemple parce que, indépendamment de leur identification de genre, ils ne s'identifient pas à un acteur (resp. une actrice) américain(e) blanc(he) et trentenaire. Peut-être qu'ils auraient préféré un choix entre Will Smith et Halle Berry. Ou entre Sean Connery et Helen Miren. (Je vous laisse imaginer plein d'autres variations sur ce thème. On pourrait évidemment laisser le choix entre bien plus que deux options, mais plus le choix laissé est large, plus l'interprétation de la réponse est sujette à caution : si on présuppose que tout un tas de modèles définissent le masculin, resp. féminin, on met la réponse dans la question.) Et il aura bien sûr aussi des gens qui auraient vraiment du mal à décider, soit parce qu'ils préféreraient s'incarner dans un corps ni trop masculin ni trop féminin, soit parce que les deux leur plaisent également : loin de moi l'idée de suggérer que le genre est forcément binaire, et d'ailleurs je vais revenir dessus. (Néanmoins, pour la plupart des gens, il l'est, et c'est un fait qu'on ne peut pas ignorer.) Et puis, il y a sans doute des gens dont l'apparence idéale est celle d'un elfe androgyne, un lion, un chêne, une sphère irisée, ou que sais-je encore : à part regarder si le lion a une crinière, ça ne nous apprendra pas grand-chose sur leur genre, à part que masculin et féminin n'est pas le fin mot de l'histoire.

Maintenant, si j'imagine de définir (au moins opérationnellement !) le genre à travers la question à quoi voudrais-je ressembler ?, c'est aussi pour amener la remarque suivant, qui me ramène à l'homosexualité. Personnellement, je ne fais aucune différence entre le fait de vouloir ressembler physiquement à X et le fait d'être physiquement attiré par X. Si je trouve qu'un corps me fait envie, c'est à la fois l'envie de l'avoir comme mon corps et l'envie de l'avoir dans mon lit : ce n'est pas seulement que ces désirs vont toujours ensemble, je n'arrive même pas à imaginer la différence. (Attention, je ne dis pas que je suis attiré par les garçons qui me ressemblent : je suis attiré par ceux à qui je voudrais ressembler. Il se trouve que j'ai des goûts franchement éclectiques.)

J'écris personnellement ci-dessus, parce qu'il semble (de quelques discussions statistiquement pas du tout significatives que j'ai eues sur la question) que même chez les homos cette identification totale entre, pour faire court, désirer avoir et désirer être, n'est pas si fréquente. En un certain sens, c'est dommage, parce que ça aurait fait une définition intéressante de l'homosexualité (les hétéros, et aussi les bisexuels à moins qu'ils soient aussi bigenre, doivent bien savoir ce que ça fait d'éprouver de l'attirance pour un corps qu'ils n'ont pas envie d'être). Que mes lecteurs, surtout homos, n'hésitent pas à me faire part en commentaire de leur perception en la matière.

[Barbare armé d'une hache]

Image : (Babarbian Warrior J-11 par Marcus J. Ranum,
DeviantArt, CC BY 3.0)

Pour continuer dans mon histoire personnelle, donc, quand j'étais un jeune ado et que j'ai commencé à regarder avec fascination certaines photos d'hommes (acteurs, chanteurs, sportifs, militaires en treillis…) que je trouvais dans les magazines auxquels j'étais abonné (c'était avant le Web !), j'ai commencé par analyser ça comme une admiration physique et un désir de leur ressembler — ce qui était vrai — et il m'a fallu prendre conscience que c'était aussi, et en même temps du désir tout court. Ceci pourra expliquer, par exemple, mon commentaire récent sur l'ado geek homo encore mal assumé qui rêve de pouvoir s'incarner en barbare musclé armé d'une grosse épée (ou autre arme totalement masculine). Ou pourquoi je fais de la muscu.

Je vais éviter de raconter une fois de plus, même si le radotage fait partie du savoir-blogguer, que j'ai aussi eu du mal à m'identifier comme homo parce que la société me renvoyait (surtout à l'époque) cette idée de l'homosexuel masculin comme forcément efféminé, ce que je ne me sentais pas du tout (puisque je rêvais de ressembler, justement, à ces icônes de masculinité devant lesquelles je me branlais) : pour ceux qui ont réussi à échapper à mes N répétitions de cette histoire, vous pouvez par exemple lire ici ce que j'en écrivais il y a quatre-cinq ans. Mais il est sans doute pertinent de la reconsidérer à la lumière de ce que je raconte ici.

On peut avancer deux théories simplistes évidentes (le mot théorie est trop grandiose — disons deux schémas caricaturaux) sur le « mécanisme » de l'homosexualité : (A) celle qui apparemment vient à l'esprit de l'hétéro qui découvre qu'il existe des hommes qui aiment les hommes (et qui plus tard découvrira qu'il existe aussi des femmes qui aiment les femmes, et des gens qui aiment les gens, et encore plein d'autres subtilités, mais n'anticipons pas), c'est que puisque ce sont normalement les femmes qui aiment les hommes, ces hommes-là doivent être un peu comme des femmes ; et (B) celle qui généraliserait mon expérience personnelle évoquée plus haut, à savoir la confusion totale entre désir(-d'avoir) et désir-d'être. Celui qui croit à l'explication (A) va certainement conclure que les homosexuels masculins sont plutôt efféminés, celui qui croit à la (B) va croire plutôt le contraire. (Voyez aussi ce qu'en dit l'humoriste australien et métalleux Steve Hughes.) Évidemment, ces deux théories sont idiotes, mais le fait est qu'il y a des gens qui raisonnent comme ceci ou comme cela, parce que les schémas faciles sont aussi tentants.

Maintenant, une idée que les gens ont énormément de mal à comprendre, c'est que ce que les (autres !) gens sont libre de vivre leur vie privée comme ils l'entendent. Ceci vaut aussi pour les homos eux-mêmes qui ne sont pas forcément les derniers à être homophobes (sans même parler de bi-phobie, transphobie, etc.) : je ne sais pas combien de fois j'ai entendu un mec homo se moquer d'un autre mec homo parce qu'il [le deuxième] était une grande folle ou quelque qualificatif équivalent servant à tourner en dérision son apparence efféminée. Voilà qui est bien triste : on a le droit de ne pas être attirés par les garçons efféminés (personnellement, ce n'est pas mon truc : comme je l'ai expliqué, je suis attiré par ce à quoi je veux ressembler), mais les moqueries sont lamentables, et d'autant plus qu'on est soi-même membre d'une (voire, la même !) minorité sexuelle. Maintenant, l'ironie, c'est que ce courant de « follophobie » dans le milieu homo a pu engendrer une contre-réaction qui tombe dans exactement le même travers, consistant à se moquer des garçons homos qui ne sont pas du tout efféminés comme n'assumant pas leur homosexualité ou singeant les hétéros, ce qui est également crétin. • Et une forme de contre-contre-réaction a été la création (sur Reddit, puis ça s'est exporté, même si je ne crois pas qu'un équivalent français ait encore été trouvé) du terme gaybro, expliqué ici en bref (même si certaines de ces définitions sentent un peu mauvais) et par exemple ici ou ou encore en plus de détails. On voit que la polémique(?) n'est pas de sitôt éteinte, ce qui est d'autant plus ridicule qu'elle ne pourrait pas exister si tout le monde acceptait ce postulat de bon sens que tout le monde est libre d'être, ou de chercher à être, aussi masculin ou féminin qu'il veut, indépendamment de son orientation sexuelle, et sans mériter de devenir objet de dérision. (Ça devrait vraiment être une porte ouverte. Hélas, il semblerait que ça ne le soit pas.)

Bien sûr, être homo n'immunise pas contre la connerie. Pour ceux qui auraient le moindre doute à ce sujet, je vous présente l'interview d'un membre d'un groupe de skinheads russes gays néonazis (le logo du groupe est carrément gratiné). Mais je souligne bien que parmi ces qualificatifs, celui qui fait de lui une ordure, c'est néonazi (outre le fait que, à la lecture de l'interview, il apparaît aussi clairement entre autres comme misogyne) ; parce que, en soi, les skinheads, il en existe d'extrême-droite, bien sûr, mais aussi d'extrême-gauche, d'autres apolitiques (et qui prétendent, peut-être avec raison, être les seuls vrais et authentiques ; remarquez, même s'ils n'ont pas une idéologie politique nauséabonde, ils ne sont pas forcément très fréquentables pour autant, voyez certains supporters de foot) ; et il en existe aussi quantité qui sont homos, pouvant intersecter l'une des catégories précédentes. (La couleur des lacets des rangers est réputée permettre de différencier ces catégories, mais je soupçonne que c'est surtout un mythe.) L'existence de cette dernière catégorie de skinheads, qui est d'ailleurs peut-être majoritaire dans certains pays, met mal à l'aise les autres catégories, les homos qui ne sont pas des skinheads, et sans doute beaucoup d'autres gens, et sans doute pas uniquement à cause de pratiques sexuelles en comparaison auxquelles Fifty Shades of Grey apparaît clairement comme la version familiale édulcorée du sadomasochisme ou du fétichisme (bon, je n'en sais rien, je n'ai pas lu/vu le livre/film, mais je soupçonne fortement que c'est très propre et gentillet ; j'ai néanmoins vu la critique par The Onion, qui comme d'habitude est hilarante).

Bon, je me suis un peu perdu dans les digressions et je ne sais plus bien où je voulais en venir en racontant ça, mais parmi les portes ouvertes que j'avais prévu d'abattre avec ma grosse hache bénie +2 de barbare musclé, il y avait certainement que la liberté de vivre sa vie privée comme ils l'entendent s'applique aussi, et en fait surtout à ceux dont la vie privée en question rentre dans ce qu'on peut appeler le ick factor. Concrètement, donc, ceux qui s'accordent des points de vertu parce qu'ils ont très bien réagi en apprenant que leur fils / frère / meilleur ami / quilibet était homo, ou parce qu'ils le sont eux-mêmes, devraient se demander s'ils réagiraient aussi bien s'ils apprenaient quelque chose d'un peu moins conventionnel : d'une certaine manière, de même que le vrai courage ne se démontre qu'en dépassant sa peur instinctive (et pas si on n'en ressent jamais), la vraie tolérance se démontre en dépassant sa répugnance instinctive. (Donc, si vous faites partie de la majorité des gens qui ne trouvent pas spécialement bandant, disons pour reprendre l'exemple de ci-dessus, de vous habiller en skinhead et de vous faire mettre un bras dans le cul jusqu'à l'épaule en étant attaché à un harnais, la question intéressante est comment vous prendriez le fait d'apprendre que c'est le cas de votre petit frère. Ou de votre petite sœur.)

Je finis par une remarque sur l'éclectisme de mes goûts. Comme je le disais, il y a énormément de types d'hommes que je trouve attirants — qu'il s'agisse du look vestimentaire, de la morphologie, du type ethnique… je ne peux absolument pas décrire mon homme idéal parce que, même s'il y a des combinaisons qui ne me plaisent clairement pas, celles que je trouve séduisantes ont assez peu de points communs, je ne peux vraiment pas dire que mon truc c'est les grands blonds aux cheveux longs et au look métalleux, ou les sportifs musclés petits et concentrés, ou quoi que ce soit de précis. (Du coup, les sites de rencontre homo avec recherches physiques multi-critères me sont passablement inutiles.) Si je devais donner des exemples de célébrités que je trouve sexy, il y aurait clairement un biais, mais ce biais n'est pas autant le mien qu'il l'est de la société dans laquelle je vis (par exemple, non seulement les acteurs hollywoodiens sont désespérément blancs mais en plus il y a un biais dans les rôles qu'on confie à ceux qui ne le sont pas et du coup dans le physique qu'on recherche : Morgan Freeman est ainsi cantonné à des rôles du genre vieux sage ou Dieu, ce qui est peut-être flatteur mais pas spécialement sexy). Maintenant, comme je disais plus haut que je ne fais pas la différence entre les hommes qui m'attirent et ceux à qui je voudrais ressembler, on en déduit que, contrairement à mon genre pour lequel j'ai une idée mentale claire et fixe, je n'en ai pas pour ce qui est, disons, de la couleur de ma peau. (Variante : dans mes rêves, j'ai clairement conscience d'être un homme — même si je ne saurais pas dire exactement comment cette conscience se manifeste — mais je n'ai pas spécialement conscience d'être grand ou petit, blanc ou noir, etc.) Est-ce que ceci explique pourquoi tout le monde considère que j'ai des « goûts de chiottes » ? je ne sais pas.

(dimanche)

Le dernier blockbuster des Wachowski

Ce soir, mon poussinet et moi sommes allés voir Jupiter Ascending, parce que nous aimons bien le space opera. Je ne veux pas spoiler, donc je me contenterai d'une critique courte.

Les explications (pseudo-)scientifiques sont complètement grotesques (avec notamment toutes les conneries habituelles auxquelles on a le droit quand il est question de génétique). Si on fait abstraction de ça, le postulat général, lui, se tient vaguement (en tout cas, mille fois mieux que celui de The Matrix[#]). Il y a plein de petites incohérences, mais aucune qui m'ait franchement horrifié.

Les scènes d'action/combat, forcément bourrées d'effets spéciaux[#2] et de pub pour la version 3D du film (j'ai vu la 2D, je déteste le cinéma 3D), sont chiantes à mourir. Mais ça, ce n'est pas spécifique à ce film, je le pense d'à peu près n'importe quoi qui sort dans le genre, et ça empire avec le temps — il serait temps que les réalisateurs de Hollywood se rendent compte que la surenchère en la matière finit par ne produire qu'un profond ennui. (Personnellement, j'en suis à décrocher complètement du film quand ça commence à bastonner — je réfléchis à des problèmes de maths en attendant que la séquence soit finie — puisque de toute façon je sais que le héros va s'en sortir sans gain ni dommage significatif.)

En revanche, la représentation d'une aristocratie complètement pourrie[#3] et diaboliquement calculatrice (évoquant assez le monde de Dune), ainsi que les scènes qui se passent sur la planète capitale(?) et qui sont clairement une référence à Brazil, tout ça est vraiment très réussi — et rien que pour ça, ainsi que pour les décors et costumes dans ces séquences, je pense que ça vaut la peine de voir le film[#4].

Je ne sais pas si Andy et Lana Wachowski se veulent révolutionnaires (je veux dire, au sens politique, pas au sens de révolutionner le cinéma) : V for Vendetta pouvait le laisser penser (mais de façon brouillonne et confuse), Matrix peut certainement se lire dans cette direction (mais ses très mauvaises suites ne collent plus avec cette idée). Ce film-ci ne semble pas spécialement appeler à faire la révolution, mais il est possible qu'il provoque cette impression presque malgré lui : en tout cas, que l'effet soit voulu ou pas, je trouve que Jupiter Ascending donne plus envie de pendre les 1% avec les tripes du Landrat de Davos que la lecture de Das Kapital.

Ah, et sinon, vous pouvez consulter Wikipédia pour tout savoir de la signification gnostique de Abraxas (ou Abrasax).

[#] (Spoiler sur The Matrix !) Je parle de l'idée que les humains servent de piles. Idée d'autant plus invraisemblablement grotesque qu'il existait un postulat alternatif évident qui tenait vaguement la route et rendait tout le reste du film légèrement plus crédible : c'est que les cerveaux humains soient utilisés par les machines pour leur puissance de calcul (en déguisant les problèmes qu'on leur fait traiter sous la forme de leurs interactions avec la Matrice).

[#2] On me dit qu'en fait les scènes d'action font usage de plutôt moins d'effets spéciaux que la moyenne. Ah. Peut-être. Dans ce cas, ça ne m'a vraiment pas frappé.

[#3] Tiens, c'est marrant, l'acteur qui joue le principal méchant dans Jupiter Ascending est le même qui joue Stephen Hawking dans le biopic récemment sorti sur ce dernier et que je mentionnais avant-hier. Ça veut sans doute dire qu'il est bon acteur. Mais en parallèle, Benedict Cumberbatch, qui joue Alan Turing dans The Imitation Game, jouait aussi un grand méchant dans un autre space opera récent. Faut-il croire qu'il y a des similarités entre le rôle d'un grand scientifique et le rôle d'un grand méchant de science-fiction ?

[#4] Ou alors on peut aller le voir pour baver sur les pectoraux de Channing Tatum. On peut. Mais pour ça, Magic Mike est probablement un meilleur pari. Pour les hommes hétéro et les femmes homo, remplacez Channing Tatum par Mila Kunis et Magic Mike par Black Swan, ça doit être à peu près pareil (par contre, vous ne verrez pas ses abdos).

(vendredi)

Le dernier biopic d'Alan Turing

Hier soir je suis allé voir The Imitation Game avec quelques amis. Il faut dire qu'en tant que mathématicien homosexuel cryptographe passionné de calculabilité et intéressé par la philosophie de l'intelligence artificielle, Alan Turing est forcément quelqu'un pour qui j'ai, disons, une certaine admiration, pour ne pas dire une admiration certaine. (Voir aussi ce que je disais à propos de son pardon.) Forcément, je me préparais aussi à être un peu déçu : en fait, ça n'a pas trop été le cas — je ne dirais pas que ce film est un chef d'œuvre[#], mais il s'en tire avec une mention honorable, même si je suppose qu'il va déplaire à certains. Surtout, je trouve que l'émotion fonctionne : toute romancée qu'elle est (pour ne pas dire complètement fictive), la scène où l'équipe de Turing réussit enfin à faire fonctionner la machine à cryptanalyser Enigma est assez forte, et la fin est également très touchante.

(Spoilers dans la suite, mais je ne crois pas que ce soit un film pour lequel ça a la moindre importance.)

Assurément, les scénaristes ont pris beaucoup de licences avec la réalité : il faut considérer qu'il s'agit d'une fiction inspirée de la réalité, et en aucun cas un documentaire. Les travaux antérieurs des cryptanalystes polonais, par exemple, sont complètement passés sous silence (ou évacués derrière une simple phrase que prononce Turing en disant qu'il base sa machine sur une construction polonaise antérieure) : la réalité du déchiffrement d'Enigma était beaucoup plus complexe, il y avait plein de variantes du chiffrement (les différentes armées allemandes n'utilisaient pas la même version, et pas les mêmes protocoles), il y avait toutes sortes de faiblesses opérationnelles, qui ont évolué avec le temps, sur lesquelles la cryptanalyse se basait, rendant toute l'histoire assez compliquée ; rien que définir ce qu'on appellerait en termes modernes l'espace des clés d'Enigma n'est pas évident (le film évoque 159×1018 possibilités, chiffre qui figure sur Wikipédia, mais ce n'est pas vraiment l'espace que les cryptanalystes anglais devait parcourir). Bref, il est logique d'avoir simplifié et modifié ces éléments techniques pour la présentation cinématographique, afin d'avoir une histoire plus simple et plus facile à suivre. De même, l'idée de baser le déchiffrement sur des morceaux de messages prévisibles n'était, dans la réalité, pas un coup de génie mais un principe utilisé dès le départ (par ailleurs, ce n'était pas Heil Hitler mais simplement eins, le mot allemand pour un comme nombre cardinal, qui apparaissait apparemment souvent) : je ne trouve pas que ce soit vraiment abusé d'avoir un peu brodé là-dessus.

La relation de Turing avec Joan Clarke a été gonflée (mais il est vrai qu'ils se sont fiancés, ce que j'ignorais), mais pas de façon scandaleuse. Peut-être plus contestable est l'idée d'avoir montré le héros comme isolé dans sa propre équipe et incompris par ses supérieurs (que je sache, les deux sont faux). Les scènes sur l'enfance du mathématicien sont aussi romancées, mais pas de façon délirante. L'aspect « espionnage » est amplifié, mais je pense que ça se justifie pour le cinéma. Bref, les choix faits sont critiquables mais aucun ne me semble franchement absurde.

Il y en a cependant un qui m'énerve assez, c'est d'avoir fait passer Turing pour un quasi autiste, ou en tout cas un asocial au dernier degré, incapable de comprendre quoi que ce soit aux relations humaines les plus simples, bref, la caricature du génie torturé. (Et ils en ajoutent une couche en le montrant comme imaginant presque avoir une relation avec sa machine, à laquelle il aurait donné le nom de son amour d'enfance : là c'est vraiment grotesque.) Le vrai Turing était un personnage plutôt avenant et drôle, quoique un peu naïf, timide et excentrique. Et autant les autres altérations de la réalité me paraissent justifiables pour le format cinématographique, autant cette modification assez profonde du caractère central ne semble avoir comme seule fin que de renforcer le cliché du matheux fou, incompréhensible donc incompris — et ce cliché est franchement lassant.

Et ce n'est pas que le réalisateur n'aime pas son héros. Au moins, la thèse est clairement d'en faire un héros : l'importance de sa contribution a l'effort de guerre serait plutôt exagérée, et la narration écrite à la fin du film suggère qu'il a pu sauver trois millions de vies, ce qui me paraît un peu sorti d'un chapeau ; de même, la suggestion qu'il a inventé l'ordinateur, quoique pas vraiment fausse, est légèrement trompeuse — il est difficile de dire qui a inventé l'ordinateur, parce ça dépend du sens exact qu'on donne aux mots inventer et ordinateur, Turing est certainement un bon candidat (mais ce n'est pas le seul : Charles Babbage, John von Neumann ou Konrad Zuse me viennent aussi à l'esprit), mais en tout cas ce n'est pas une invention qui est surgie de nulle part et dont l'humanité n'aurait pas bénéficié si la bonne personne n'avait pas été au bon moment. Bref, les mérites du personnage sont plutôt amplifiées qu'autre chose.

(Certains critiques ont reproché au film d'avoir fait de Turing un traître, parce qu'il ne dénonce pas un espion soviétique. Je trouve ce reproche vraiment bizarre. D'une part, il le dénonce quand même un peu plus tard, d'autre part sa décision est rationnellement défendable dans les circonstances, s'il s'agit de s'assurer que le projet continue. À tout le moins, si on considère que Turing est un traître à cause de ça, alors le chef du MI-6 l'est aussi, et les gens qui font cette critique ne semblent pas le soulever.)

Bon, il faut admettre que je suis sans doute prêt à pardonner beaucoup à un film qui montre enfin un scientifique à l'écran dans un rôle intéressant (il y a un film sur Hawking qui est sorti à peu près au même moment, mais je ne l'ai pas vu), ou un personnage homo dans un film qui ne s'adresse pas spécifiquement aux homos, alors si on fait les deux à la fois, c'est tant mieux. Autrement dit, je trouve vraiment triste que le grand public n'ait aucune idée de qui était Turing, je suis prêt à accepter que la réalité soit romancée si on fait passer le message c'était un mathématicien héros de la seconde guerre mondiale grâce à ses travaux en cryptanalyse, et accessoirement un des inventeurs de l'ordinateur, et la manière dont on l'a traité parce qu'il était homosexuel l'a poussé au suicide — c'est déjà bien si cette information passe, et pour l'exactitude historique du reste de l'histoire, les gens peuvent consulter Wikipédia.

[#] Hum, j'ai l'impression que je dis ça à chaque film que je vois, en fait : ce n'est pas un chef d'œuvre, mais il n'est pas mauvais non plus. Je ne sais pas à quand remonte le dernier film que je qualifierais de chef d'œuvre ; quant aux films que je trouve vraiment mauvais, je ne prends généralement pas la peine d'en parler. Je devrais plutôt mettre des notes.

(mardi)

Les octonions sont-ils intéressants ? (première partie)

J'ai promis depuis une éternité de parler d'octonions, et cette entrée a été commencée à ce moment-là, puis laissée de côté, puis remaniée complètement suite à une réflexion que j'ai entreprise sur la notion de géométrie, puis laissée de nouveau de côté, puis reprise, etc. Le résultat, écrit par bribes, manque donc certainement de cohérence globale, j'espère qu'on ne m'en voudra pas. Je reprends la formulation du titre d'une entrée passée pour m'interroger de nouveau sur l'intérêt d'un concept mathématique parmi ceux qui fascinent beaucoup, notamment les mathématiciens amateurs, et ceux qui aiment se demander voyons jusqu'où on peut généraliser les choses : en l'occurrence, les octonions, dont je vais tâcher d'expliquer de quoi il s'agit. Mais, quitte à spoiler la suite, je peux d'ores et déjà révéler que ma conclusion générale sera plus positive que pour les nombres surréels : je prétends que les octonions sont un objet naturel, même si les raisons de leur existence ont quelque chose d'un peu étonnant et mystérieux ; en revanche, les tentatives pour les généraliser encore sont idiotes parce qu'elles passent complètement à côté de la raison profonde pour laquelle les octonions sont intéressants (en se concentrant sur des phénomènes superficiels).

Introduction

Dans cette première partie d'une série d'entrées consacrées aux octonions (mais qui, comme tout ce que j'entreprends, présente un risque sérieux de ne jamais être finie), je n'arriverai pas encore à répondre à la question du titre, puisque je ne ferai essentiellement que définir et présenter les objets en question. Après une présentation et un petit historique censés être lisibles par absolument tout le monde, je veux commencer par rappeler ce que sont les nombres complexes et les quaternions, pour ensuite aborder les octonions. J'expliquerai pourquoi les quaternions sont intéressants et utiles notamment pour calculer avec les rotations dans l'espace, et j'essaierai de présenter ensuite de façon analogue des liens des octonions avec les rotations en sept ou huit dimensions. Je parlerai ensuite un peu des automorphismes des octonions, qui constituent le groupe de Lie exceptionnel G2 (il faudra donc dire un peu ce que cela signifie), et j'évoquerai enfin quelques pistes pour la suite.

Je prévois de continuer avec encore deux entrées sur le sujet : l'une (déjà essentiellement écrite) contiendra un microscopique aperçu du sujet des octonions entiers et notamment leur lien avec mon E8 préféré, et une autre (largement à écrire ou à réécrire, donc probablement pour jamais) doit expliquer ce qu'est le carré magique de Freudenthal-Tits, qui permet vraiment de répondre (positivement !) à la question du titre — oui, les octonions sont intéressants à cause de leur lien profond avec les groupes de Lie exceptionnels G2, F4, E6, E7 et (de nouveau !) E8.

Table des matières

Présentation sans mathématiques, et petit historique

Disons immédiatement la chose suivante : les octonions (𝕆) sont une sorte de « nombres » qui s'inscrit logiquement après les nombres réels ℝ, les nombres complexes ℂ et les quaternions ℍ. Les nombres complexes sont un objet de dimension réelle 2, c'est-à-dire qu'un nombre complexe renferme essentiellement la donnée de deux nombres réels (sa partie réelle et sa partie imaginaire) ; les quaternions sont de dimension réelle 4, c'est-à-dire qu'ils ont quatre coordonnées réelles, et les octonions sont de dimension réelle 8. Ceci donne naturellement envie de prolonger la suite des puissances de 2 et d'inventer des sortes de nombres qui soient de dimension réelle 16, 32 et ainsi de suite, mais le caractère véritablement exceptionnel des octonions offre toutes sortes de raisons de comprendre, au contraire, qu'elle doit s'arrêter (et que c'est justement le fait qu'elle s'arrête qui rend les octonions intéressants !), c'est-à-dire que tout objet qu'on peut inventer pour la prolonger est soit entièrement dénué d'intérêt soit complètement délirant.

Il m'est impossible de faire l'historique des nombres réels puisque la progression historique, à ce sujet, est trop éloignée de la progression mathématique : la géométrie grecque utilise implicitement une notion de mesure, mais la mesure d'une longueur ou d'une aire ne sont pas véritablement unifiées et le concept de nombre négatif n'existe pas ; a contrario, il serait absurde de dater les nombres réels de leur première construction véritablement rigoureuse (peut-être par Cauchy ou Dedekind) car ce serait suggérer qu'Euler, Lagrange ou Gauß ne comprenaient pas ce concept, ce qui est manifestement faux parce que les questions algébriques qui m'intéressent ici sont assez peu liées aux questions (quasi fondationnelles) sur la complétude des nombres réels. Je passe donc sur les nombres réels.

Les nombres complexes ont commencé à apparaître avec la résolution des équations du troisième degré notamment par Jérôme Cardan (vers 1545) : la raison en est que même si une équation réelle du troisième degré a toujours une solution réelle, il peut être nécessaire d'introduire des racines carrées de nombres négatifs, c'est-à-dire de passer par les nombres complexes, pour exprimer ce qui sera finalement une quantité réelle (on sait maintenant, grâce à la théorie de Galois, que le cas où les trois racines d'une équation cubique réelle sont toutes réelles, le fameux casus irreducibilis, lié au problème de la trissection de l'angle, ne peut se résoudre en radicaux que si on accepte des radicaux non réels). Mais même si Cardan fait intervenir, presque malgré lui, des nombres complexes, c'est Bombelli qui en développe une première théorie un peu sérieuse dans son livre d'algèbre publié en 1572. Curieusement, ce n'est que tardivement, peut-être avec Argand en 1806, et avec la recherche de démonstrations du théorème fondamental de l'algèbre (une équation algébrique de degré n dans les nombres complexes a toujours n solutions comptées avec multiplicités), qu'on a acquis la représentation claire des nombres complexes comme les points d'un plan (donc de dimension 2 sur les nombres réels) dont la partie réelle et la partie imaginaire seraient les deux coordonnées.

Les nombres complexes ayant ainsi deux coordonnées réelles, et étant liés de façon agréable à la géométrie plane, il est naturel de chercher si on peut construire des sortes de nombres avec trois coordonnées, qu'on pourrait lier à la géométrie dans l'espace. William Hamilton a passé des années de sa vie, vers 1830–1840, à chercher de tels nombres (sans avoir, bien sûr, une définition exacte de ce qu'il cherchait). C'est en 1843 qu'il a découvert les quaternions, de dimension 4 réelle, en même temps qu'il a compris la raison pour laquelle la dimension 3 ne pouvait pas répondre à ses attentes, à savoir l'inexistence d'une « identité des trois carrés » analogue à l'« identité des deux carrés » ((a²+b²) · (a′²+b′²) = (a·a′−b·b′)² + (a·b′+b·a′)²) qui exprime la multiplicativité de la norme complexe et celle « des quatre carrés » ((a²+b²+c²+d²) · (a′²+b′²+c′²+d′²) = (a·a′−b·b′−c·c′−d·d′)² + (a·b′+b·a′+c·d′−d·c′)² + (a·c′−b·d′+c·a′+d·b′)² + (a·d′+b·c′−c·b′+d·a′)²) liée à l'existence des quaternions mais qui était déjà connue d'Euler et de Lagrange.

Malgré le fait qu'ils soient de dimension 4, les quaternions ont, comme je l'expliquerai, des applications naturelles à la géométrie euclidienne de dimension 3 (pour le calcul des rotations dans l'espace). C'est sans doute la raison pour laquelle ils ont eu un certain succès, et ont valu une grande renommée à leur inventeur. (En fait, comme souvent en mathématiques, les découvertes avaient été préfigurées par d'autres : en l'occurrence, Gauß avait essentiellement découvert les quaternions dans un texte de 1819 sur les rotations de la sphère, qu'il n'a pas jugé bon de publier.) Toujours est-il que dans la deuxième moitié du XIXe siècle ont fleuri des textes, des chaires et des cours sur la « science des quaternions ». (Une anecdote que je n'ai pas réussi à confirmer veut que quand Charles Dodgson, plus connu sous le pseudonyme de Lewis Carroll, a publié Alice in Wonderland, la reine Victoria lui a fait promettre de lui envoyer une copie du prochain livre qu'il écrirait : le livre en question était un traité sur les quaternions, et l'histoire ne dit pas si Victoria l'a autant apprécié.) Les quaternions continuent d'avoir une certaine utilité pour représenter informatiquement des orientations dans l'espace (de façon compacte et efficace).

Les octonions, en revanche, n'ont pas eu une telle popularité, et n'ont guère d'utilité pratique. Découverts (sous le nom d'octaves), à peine quelques mois après les quaternions, par un ami de Hamilton, John Graves, celui-ci s'est fait voler la vedette par Arthur Cayley qui a publié l'existence des octonions en 1845.

Il existe une façon systématique (la construction de Cayley-Dickson) pour passer des nombres réels aux complexes, des complexes aux quaternions, et des quaternions aux octonions : mais à chaque fois qu'on applique cette construction, on perd quelque chose. Quand on passe des réels aux complexes, on perd la propriété d'être un corps ordonné (ou ordonnable) ; quand on passe des complexes aux quaternions, on perd la commutativité de la multiplication, c'est-à-dire que x·y et y·x ne seront plus égaux en général dans les quaternions ; quand on passe des quaternions aux octonions, on perd l'associativité de la multiplication, c'est-à-dire que x·(y·z) et (x·yz ne seront plus égaux en général dans les octonions (ce qui doit faire frémir d'horreur tout mathématicien qui se respecte, mais heureusement on garde au moins une forme faible de l'associativité appelée alternativité) ; et si on cherche à continuer la construction, on perd la seule raison pour laquelle les choses avaient encore un intérêt, à savoir la multiplicativité des normes ou le fait que x·y=0 ne se produit que pour x=0 ou y=0. Même avec ces propriétés, il n'est pas du tout évident que les octonions aient le moindre intérêt autrement que comme une petite curiosité algébrique : il se trouve qu'ils en ont, mais il me semble que la seule explication convaincante de ce fait passe par la théorie des groupes de Lie exceptionnels, et je reporterai à plus tard ces explications.

Quelques lectures : Une excellente référence (souvent citée) concernant les octonions en général est l'introduction de John Baez à leur sujet [edit : lien cassé (en ce moment ?), mais le même texte est disponible sur l'arXiv] ; une autre est le livre de J. H. Conway et D. Smith, On Quaternions and Octonions (their Geometry, Arithmetic and Symmetry). Beaucoup de ce que je vais dire est contenu dans ces sources, mais je vais essayer de dire certaines choses de façon plus élémentaire, ou au moins d'arriver plus rapidement à ce qui est amusant. Une autre référence est les chapitre 9 et 10 par Koecher et Remmert dans le livre Numbers de Ebbinghaus &al. Pour une présentation élégante de la multiplication sur les octonions sans passer par la construction de Cayley-Dickson, je conseille cet article de Bruno Sévennec. Enfin, pour une description claire et approfondie du « carré magique » de Freudenthal (dont je devrai parler plus tard), je recommande ce survey par Barton et Sudbery, qui est le seul que j'aie trouvé vraiment satisfaisant sur le sujet (on pourra aussi consulter cet article de Freudenthal lui-même, en allemand, qui reprend les choses à zéro, de façon assez claire et efficace). Je tire la plupart des informations de mon aperçu historique du livre Mathematics and its History de John Stillwell (notamment les chapitres 14 et 20).

Définition rapide pour les gens pressés

Pour les lecteurs qui n'auraient pas la patience de lire tout ce qui suit, voici une définition ultra-rapide des algèbres à divisions des complexes, quaternions et octonions (on peut aussi l'ignorer sachant que tout va être redit ci-dessous). Il s'agit respectivement des expressions de la forme x(0) + x(1)·i pour les complexes, x(0) + x(1)·i + x(2)·j + x(3)·k pour les quaternions et x(0) + x(1)·i + x(2)·j + x(3)·k + x(4)· + x(5)·i· + x(6)·j· + x(7)·k· pour les octonions (il faudrait traiter i·, j· et k· comme trois lettres supplémentaires, même si je les ai écrites comme des produits pour économiser les lettres de l'alphabet) ; l'addition se fait terme à terme, et la multiplication se fait en développant complètement l'écriture et en utilisant la table qui suit :

×1ijki·j·k·
11ijki·j·k·
ii−1kji·k·j·
jjk−1ij·k·i·
kkji−1k·j·i·
i·j·k·−1ijk
i·i·k·j·i−1kj
j·j·k·i·jk−1i
k·k·j·i·kji−1

(La ligne de la table donne le symbole de gauche à multiplier et la colonne donne le symbole de droite : ainsi, i·j=k tandis que j·i=−k. Pour les complexes, seules les deux premières lignes et colonnes servent, et pour les quaternions, seules les quatre premières lignes et colonnes. Il y a toutes sortes de conventions différentes pour nommer la base des octonions, mais celle que j'ai choisie a l'avantage que — je pense — tous les mathématiciens seront d'accord sur le contenu de la table de multiplication une fois qu'on a choisi les noms.)

La multiplication des complexes est commutative et associative, celle des quaternions est associative mais non commutative, et celle des octonions n'est même pas associative ((i·j=k· tandis que i·(j·)=−k·) ; elle vérifie cependant des conditions plus faibles, dites d'alternativité, à savoir que x·(x·y)=(x·xy, x·(y·x)=(x·yx et y·(x·x)=(y·xx (ce qui revient à dire que l'associateur {x,y,z} := (x·yzx·(y·z) est complètement antisymétrique en ses trois variables).

Si on préfère, on peut aussi définir les octonions à l'aide des formules suivantes (où q,q′,r,r′ désignent des quaternions) : (1) q·(r′·) = (r′·q, (2) (r·q′ = (r·q* et (3) (r·)·(r′·) = −r*·r, où ici, x* désigne le quaternion conjugué de x (cf. ci-dessous). Les mêmes formules en mettant j à la place de peuvent servir à définir les quaternions à partir des complexes, et avec i à définir les complexes à partir des réels. (On parle du procédé de Cayley-Dickson. Pour aider à retenir ces formules, on peut notamment retenir le fait que si w est un quaternion de module 1 quelconque, alors l'application ℝ-linéaire qui fixe les quaternions et envoie un octonions de la forme q′· sur (w·q′)·, constitue un automorphisme des octonions : ceci contraint énormément les formules.)

On peut aussi retenir que i, j, k s'associent et vérifient i² = j² = k² = i·j·k = −1, que la même chose vaut aussi pour n'importe lequel des trois avec (par exemple, i² = ² = (i·)² = −1), et enfin que si on prend deux distincts de i, j, k, avec , alors cette fois ils s'anti-associent toujours, par exemple i·(j·) = −(i·j = −k·. Ceci suffit à reconstruire la table.

Le conjugué d'un complexe, quaternion ou octonion, s'obtient en changeant le signe de toutes les composantes x(p) sauf la partie réelle x(0) (i.e., les conjugués de 1,i,j,k,,i·,j·,k· valent respectivement 1,−i,−j,−k,−,−i·,−j·,−k·). On a (x·y)* = y*·x*, et par ailleurs N(x) := x·x* est la somme des carrés des composantes de x, donc c'est un nombre réel, qui ne peut être nul que si x l'est. En mettant ces deux propriétés ensemble, on voit que tout complexe, quaternion ou octonion x non nul a un inverse de même type, donné par x*/N(x). (Il est utile de savoir que, dans les octonions, le parenthésage n'a pas d'importance dans tout produit faisant intervenir uniquement deux octonions, x, y, ainsi qu'éventuellement leurs conjugués x* et y*, et bien sûr les nombres réels, ce qui permet de conclure que x·y multiplié à gauche par l'inverse de x ou à droite par l'inverse de y donne bien ce qu'on espérait.) On définit par ailleurs |x| = √N(x) (le module, ou la valeur absolue, de x), et aussi Re(x) = ½(x+x*) = x(0) (la partie réelle de x) : cette dernière vérifie notamment Re(x·y)=Re(y·x) et aussi Re(x·(y·z))=Re((x·yz).

(dimanche)

Quelques nouvelles en vrac

Entrée écrite en toute hâte et que je n'ai vraiment pas eu le temps de relire, donc sans doute encore plus que d'habitude pleine de fautes de frappe et d'inattention.

Je continue à être victime de l'effet des entrées que je n'arrive pas à écrire : comme je l'ai raconté, j'ai commencé à vouloir écrire une entrée sur les octonions, qui parce qu'elle devenait interminable m'a amené à vouloir écrire une entrée sur le carré magique de Freudenthal-Tits, qui parce qu'elle devenait à son tour interminable m'a amené à vouloir écrire une entrée sur les espaces homogènes et isotropes (=deux-points-homogènes), qui parce qu'elle devenait à son tour interminable m'a amené à son tour à vouloir écrire une entrée sur le pan projectif complexe, et celle-ci est elle-même devenue interminable (je n'aurais jamais imaginé que j'avais tellement de choses à raconter sur le plan projectif complexe !)…

…et maintenant j'ai commencé à regarder les formules de la trigonométrie du triangle dans le plan projectif ou hyperbolique complexe(/quaternionique/octonionique), formules qui ressemblent à celles du cas réel, mais en plus compliqué parce qu'il y a plusieurs notions différentes d'angles qu'on peut définir entre deux droites réelles du plan projectif complexe, ce qui amène un certain méli-mélo de formules. Toujours est-il que je ne sais pas si ma fuite en avant dans l'écriture des entrées de vulgarisation que je projette va jamais terminer ou si c'est une récursion infinie. Suite au prochain épisode, donc, dont je ne sais pas du tout quand il sera.

Il y a deux semaines (diantre, déjà ?), mon poussinet était à Talinn et Helsinki (dans son grand tour de toutes les capitales de l'Union européenne, où il découvre que mine de rien le nombre 28 n'est pas si petit que ça). Comme je m'ennuyais un peu, je me suis dit que j'irais bien au cinéma, et ça tombait bien, nous avions acheté une carte 5 places Mk2 peu de temps avant. Manque de chance, la carte en question, mon poussinet l'avait malencontreusement emportée avec lui en Finlande. Mais comme nous sommes des hackerz rebelz, nous avons eu une idée : mon poussinet a scanné avec son téléphone la seule partie importante de la carte, qui est un code optique data matrix, il m'a envoyé le contenu de ce code (ça ressemble à ça : 2DZZMK2-6-0696729600-F4AE8 — bien sûr, j'ai mis des nombres pipo parce que je je tiens pas spécialement à donner cette carte à tous mes lecteurs), j'ai regénéré un data matrix sur mon ordinateur avec une commande du genre iec16022 -f PNG -s 20x20 -c 2DZZMK2-6-0696729600-F4AE8 -o mk2.png et je l'ai imprimé sur un petit papier. Et hop ! voici une « carte » complètement équivalente pour les lecteurs optiques des bornes de cinéma Mk2.

Sauf qu'une fois tout ceci fait, je me suis rendu compte que le film que je voulais voir ne passais pas dans la soirée au cinéma où je voulais le voir. Et du coup notre astuce astucieusement astucieuse n'a servi à rien.

Ajout : En fait, le ticket imprimé par mes soins ne passe pas (il est donc plutôt heureux que je n'aie pas essayé de m'en servir), il n'est simplement pas détecté. Ce qui ouvre un mystère : comment la borne Mk2 fait-elle pour différencier le data matrix de la carte officielle et du ticket que j'ai imprimé ? (Quand j'aurai utilisé la dernière place, je posterai sans doute des photos des deux.)

Mon poussinet et moi avons depuis quelques années l'habitude de prendre à peu près systématiquement un petit brunch le dimanche (malgré un petit désaccord entre nous sur la bonne heure pour ça). Rien de très original à ça. Mais le mystère, c'est qu'il y a quelques semaines, très précisément la semaine du 2 novembre, nous avons constaté un changement soudain : alors que jusqu'à ce jour-là nous n'avions jamais eu le moindre problème pour trouver une table, tout d'un coup il semble que tous les brunchs de Paris ont été pris d'assaut et que tous les endroits où nous allions se sont mis à être complets ou dévalisés (ou les deux). Comme si le brunch était quelque chose d'un peu confidentiel à Paris jusqu'à 2 novembre 2014, et que maintenant tout le monde avait découvert le truc. Toujours est-il que depuis cette date, nous essuyons échec sur échec, et il nous faut généralement prévoir deux ou trois solutions de repli pour être sûrs de trouver quelque chose. À la limite, ce n'est pas le first world problem qui me préoccupe ici, c'est le changement soudain et complètement inexplicable.

(Par ailleurs, il est possible que je sois un peu difficile. Notamment, je n'aime pas du tout les brunchs sous forme de buffets, pas tant parce que je n'aime pas le principe, que parce que la réalisation pratique, à Paris, prend généralement la forme de trois saladiers au fond desquels deux pâtes se battent en duel, et il faut supplier le restaurateur pour qu'il remplisse les stocks. Le seul brunch buffet que j'aie trouvé convenable à Paris, c'est celui de la piscine Molitor, qui pour le coup ne se moque pas du monde ni sur le choix ni sur la quantité ni d'ailleurs sur la qualité, mais le prix est vraiment un peu exorbitant.)

Mardi j'ai participé à une réunion informelle à Bercy, sur l'invitation du haut fonctionnaire chargé de la terminologie et néologie, pour proposer une terminologie officielle relative aux monnaies virtuelles du type BitCoin — nous avons fini par nous mettre d'accord sur le fait que le mieux était sans doute monnaie numérique décentralisée. Il y a eu quelques passes d'armes en marge de la discussion proprement dite, parce que l'un des participants était fortement engagé dans le BitCoin (et le comparait à la révolution Open Source) et que je n'en suis pas, c'est dire le moins, enthousiaste. Il faudrait d'ailleurs que je réitère mes arguments un peu différemment, pour souligner que ce qui me pose le plus problème ce n'est pas tant le principe d'une monnaie numérique décentralisée, ni de la crypto derrière ou du pseudonymat ; c'est surtout tout ce qui concerne la répartition initiale de la monnaie, plus des questions pratiques sur le passage à l'échelle ou le nombre de kilowatts brûlés pour « miner » ce machin. Ce qui est dommage, c'est que des détracteurs du BitCoin se sont réjouis de l'effondrement du cours sur les 14 derniers mois (le BitCoin a perdu les 4/5 de sa valeur contre le dollar), alors que je pense que c'est une critique assez à côté de la plaque — ou disons que si c'est quelque chose, c'est un symptôme et pas un problème en soi.

Je n'étais jamais rentré dans la forteresse Bercy, j'étais juste passé à côté en métro, et je me suis rendu compte en y rentrant que ce truc était encore plus gigantesque que je ne le pensais : je n'avais pas compris que de l'autre côté du bâtiment étroit et tout en longueur qui s'étend de la Seine à la rue de Bercy il y avait encore un autre bâtiment, plus large et moins long mais lui aussi gigantesque. Les numéros des bureaux ont l'air complètement bizarres, en tout cas je n'ai pas compris la logique dans les couloirs (je cherchais le 3063 nord 2, et si j'ai fini par le trouver, en tout cas il n'était pas dans le même coin que le 3059 nord 2 ni que le 3061 est 2 — ou une blague de ce genre).

Quelqu'un qui assistait à cette réunion m'a posé le joli problème mathématique suivant. On a un nombre impair N=2k+1 personnes : comment faire pour les disposer k fois autour d'une table circulaire de façon à ce que chaque paire de convives soit une et une seule fois voisins ? (I.e., on sert k plats pendant le repas, à chaque fois avec un plan de table différent, et on veut que chaque convive soit placé exactement une fois à côté de chaque autre convive. Il n'est pas difficile de se convaincre au préalable que le nombre de plats sera nécessairement k si on veut arriver à cette propriété.)

Reformulation pour les matheux : montrer de façon constructive comment partitionner le(s arêtes du) graphe complet sur N=2k+1 sommets en k cycles hamiltoniens (sur ces N sommets).

(Pour N pair, disons N=2k, on peut, par des variantes de la construction, soit faire k disposition de table de façon que chaque convive soit voisin au moins une fois de chaque autre, soit en faire k−1 de façon que chaque convive soit voisin au plus une fois de chaque autre. Mais on ne peut pas faire les deux à la fois, c'est donc moins satisfaisant.)

La réponse est plutôt jolie, n'est pas extrêmement difficile et ne demande pas de connaissance mathématique particulière. En fait, les matheux (ou au moins les algébristes) sont peut-être même désavantagés pour la trouver parce qu'il vont avoir tendance à trouver une solution pour N premier qui ne se généralise pas et qui est donc une fausse piste. La réponse est reproduite dans le livre Graphes et Hypergraphes de Claude Berge (chapitre 11, section 2, corollaires du théorème 3, que Google Books acceptera peut-être de vous montrer dans la traduction anglaise — dont je ne sais d'ailleurs pas pourquoi il lui donne un titre et un auteur qui n'ont rien à voir ; voir surtout la figure 11.5).

Il semble que la construction vienne d'un certain Walecki et apparaisse dans les Récréations mathématiques d'Édouard Lucas, publiées vers 1890 chez Gauthier-Villars, ou du moins j'ai trouvé des sources qui le prétendent, mais sans jamais donner une référence précise, et comme la version que je trouve sur Gallica n'est peut-être pas la bonne et/ou peut-être pas complète, je n'ai pas eu le courage de chercher exactement. [Mise à jour : On me signale en commentaire que c'est dans la deuxième partie du texte, dans la sixième récréation (les jeux de demoiselles, dans la partie intitulée les rondes enfantines). Apparemment, le Walecki en question était professeur de mathématiques spéciales au lycée Condorcet. Par ailleurs, Lucas gagne la palme de l'obscurité dans le référencement de ses œuvres, parce qu'il y a plusieurs fois une sixième récréation dans les différentes parties du texte, et ça n'aide pas que Gallica ne les affiche pas de façon claire.]

J'ai commencé la lecture du roman The Rule of Four de Caldwell et Thomason, entre autres parce que ça tourne autour de l'Hypnerotomachia Poliphili, et de ce que j'en ai lu pour l'instant ça a l'air à la fois moins mauvais que Dan Brown et moins difficile qu'Umberto Eco. (Chose amusante, je ne sais pas exactement comment ce livre s'est matérialisé dans ma bibliothèque, parce que je n'ai aucun souvenir de l'avoir acheté.) Mais si je le mentionne, c'est parce que je me rends compte de deux choses : (A) je connais très peu de romans ayant plusieurs auteurs, et (B) je parle très peu sur ce blog des livres que je lis, alors que je parle occasionnellement des films que je vois, sans doute parce que le fait de voir un film est plus « intense » (i.e., plus concentré dans le temps) que le fait de lire un livre est plus dilué, et du coup je n'ai pas un moment précis qui me motive à en parler.

(lundi)

Fragment littéraire gratuit #150 (dans un bureau)

Je m'assieds dans le bureau où David m'a demandé de l'attendre, et pour passer le temps je feuillette quelques uns des livres qui s'y trouvent amoncelés, sans ordre apparent, sur plusieurs tables.

Le premier volume que je ramasse est un épais volume en papier chiffon à la reliure en cuir, imprimé dans une élégante police didone : la première page m'apprend qu'il s'agit d'un mémoire (peut-être une thèse, je ne comprends pas bien) publié en 1877 à l'université de Leeds par un certain J. Moriarty, et dont le titre est On the Determination of Orbital Elements from Observations of an Asteroid. L'intérieur est rempli de formules faisant surtout intervenir toutes sortes de variations sur les lettres L, ϖ, Ω, a, e et ι. Vite découragé, je repose le livre à côté d'une autre thèse (consacrée semble-t-il au groupe de Weyl de E8, mais je ne cherche pas plus loin).

Je me saisis ensuite d'un mince volume daté de 1864, et dont l'auteur se nomme Hugo Vernier : il s'agit d'un récit plus ou moins poétique dans lequel les quelques pages que j'ai parcourues en diagonale racontent la traversée d'un lac forcément brumeux par le héros conduit par un passeur forcément énigmatique. Je trouve ça franchement mauvais, comme une sorte de sous-Verhaeren au style particulièrement ampoulé, et je repose l'ouvrage en me disant que la postérité a bien fait d'oublier cet écrivain. En dessous se trouve l'édition Loeb de la Poétique d'Aristote ; mais le livre a été sali dans sa seconde moitié par une quelconque cochonnerie poisseuse qui empêche qu'on en tourne les pages, et je n'insiste pas.

Je prends ensuite un petit roman intitulé Dans un réseau de lignes entrelacées (c'est du moins le titre de cette traduction française, dont la couverture est illustrée d'un dessin de téléphone) de Silas Flannery. Cette fois, la lecture de quelques pages me donne envie de continuer, mais je décide d'ignorer cette impulsion (je pourrai toujours l'emprunter à la bibliothèque ou bien le commander) et je reprends mon dérangement des autres volumes du voisinage. Je tombe sur un livre dont la couverture annonce Budai Ferenc — Magyar Epepe Nagyszótár ; vu que je ne parle pas un mot de hongrois, je ne vais pas plus loin que conjecturer que les deux premiers mots sont le nom de l'auteur et les trois suivants le titre ; et comme en dessous il y a des caractères, rappelant vaguement des runes, dont je ne n'identifie même pas l'alphabet ni encore moins la langue, je n'essaie même pas d'ouvrir.

Ici se trouve un fameux texte de vulgarisation scientifique, Copper, Silver, Gold, dont les chapitres sont une alternance entre des discussions de fond et des dialogues humoristiques mettant en scène, de façon originale, une Girafe, un Éléphant, et un Babouin. Si je le connais bien, en revanche, le suivant qui se présente à ma main, un volume relié de toile, très lourd et aux pages incroyablement fines, m'est totalement inconnu : la couverture porte seulement les mots Holy Writ et Bombay, sans aucune date ; à l'intérieur, d'autres caractères que je n'identifie pas ; mais le plus surprenant, c'est la numérotation des pages, qui est en chiffre arabes parfois accompagnés de symboles et semble ne procéder d'aucune logique. Je trouve que ce livre a quelque chose d'inexplicablement effrayant, si bien que je le repose et m'intéresse à autre chose.

Au mur est suspendu une reproduction d'un tableau de Vermeer, Jésus et les Docteurs (je crois que l'original est à Amsterdam) : il représente le Christ, vêtu de bleu, montrant un passage des écritures et étonnant les rabbins du Temple — épisode bien connu par l'évangile de Thomas. À côté de cette toile, une chaîne compacte qui trahit que la dernière musique que David a écoutée est le septuor en ré majeur de Maurice Vinteuil.

David ne réapparaît toujours pas : ma curiosité me pousse à m'intéresser aux papiers sur son plan de travail. Un dossier ouvert en évidence comporte, manuscrits sur autant de feuilles volantes, un certain nombre de courts textes de fiction, dont je n'arrive pas à déterminer s'ils sont des fragments d'œuvres plus larges ou des textes autonomes. Je prends la peine de lire plus attentivement le #150 qui était au sommet de la pile quand je suis arrivé. (Était-il fini ou bien David travaillait-il encore dessus ? La nature même du texte ne permet pas de le déterminer.) Il y est question de quelqu'un (le narrateur) qui découvre et parcourt rapidement une pièce intitulée La Tempête d'un dénommé William Shakespeare. Ce nom me dit vaguement quelque chose : une consultation de Wikipédia m'apprend qu'il s'agit d'un personnage de fiction, dramaturge inventé par Sir Francis Bacon, et dont David s'emploie manifestement à imaginer ce qu'il aurait pu écrire. La mise en abyme me semble un peu gratuite et compliquée, et au final je ne trouve pas le passage très intéressant.

Bon, ce texte autocaricatural est manifestement une sorte de petit jeu, plutôt facile, mais dont j'espère qu'il amusera mes lecteurs : en tout cas, il a été amusant à écrire.

« Solution » () : Dans ce monde imaginaire où existent apparemment quantités d'œuvres qui dans le nôtre sont imaginaires, perdues ou fausses, on pouvait notamment jouer à reconnaître (et les commentaires montrent que mes lecteurs ont effectivement reconnu) :

(vendredi)

Comment la Banque nationale suisse pouvait-elle avoir du mal à stabiliser le franc ?

J'avais écrit un petit texte tendant à expliquer comment fonctionne l'économie monétaire, et je pensais avoir raisonnablement bien compris les choses. Mais apparemment il y a des choses qui m'échappent encore totalement.

Parce qu'hier la Banque nationale suisse (=la banque centrale de la confédération helvétique, celle qui régule le franc suisse) a abandonné une politique qu'elle maintenait depuis septembre 2011, consistant à ne pas tolérer une parité EUR/CHF inférieure à 1.20 (i.e., le franc suisse ne doit pas dépasser les (1/1.20)€ ; je ne sais pas pourquoi tout le monde utilise le rapport EUR/CHF plutôt que CHF/EUR, ce qui me semble un peu à l'envers si on veut parler du cours du franc, notamment on parle de cours plancher pour ce qui est un plafond sur le CHF, mais bon). Le franc a gagné presque 50% de valeur presque instantanément, avant de redescendre un petit peu et de se stabiliser autour de la parité avec l'euro, c'est-à-dire une hausse d'environ 20% dans la journée. (Et les acteurs de l'économie suisse ont protesté que ceci allait tuer l'économie du pays en rendant impossibles les exportations.) Ces conséquences ne me surprennent pas : ce que je ne comprends pas, c'est la raison du changement de politique.

Les journalistes rapportent tous que la situation devenait intenable pour la Banque nationale suisse. Par exemple, on lit sur cet article de la BBC : Keeping the franc at 1.20 to the euro had became increasingly expensive for the SNB as it sold its own currency and bought up euros, sterling, US and Canadian dollars and yen, usually in the form of government bonds. Ici sur Forbes : The alternative would have been that the SNB, and the Swiss people, would have lost a lot of money at the expense of laughing traders around the globe. Or ça, je ne comprends pas du tout.

Un adage classique de la finance est qu'il ne faut pas parier contre une banque centrale. Un épisode bien connu montre que ce n'est pas toujours vrai : mais en l'occurrence, George Soros a été plus fort que la Banque d'Angleterre qui essayait de défendre la livre — je comprends qu'une banque centrale puisse avoir du mal à empêcher sa monnaie de se déprécier, mais je ne comprends pas qu'elle puisse avoir le moindre mal à l'empêcher de s'apprécier. Il y a vraiment quelque chose qui m'échappe.

Une banque centrale est par définition infiniment riche dans sa propre monnaie. Si elle décide que cette monnaie (disons, le zorkmid) peut s'acheter au prix de 1 centime d'euro, elle peut en créer une quantité illimitée pour réaliser cette offre : toute personne qui lui présente 0.01€ reçoit 1¤ (un zorkmid) en échange, la banque centrale inscrit le zorkmid émis dans la colonne de ses dettes et le centime d'euro reçu dans la colonne de ses réserves en devises, et ceci peut se reproduire quel que soit le nombre, fût-il des millions de milliards pétas, de zorkmids qu'on lui demande. Quel est le problème au juste ?

Certains semblent dire que la banque centrale qui fait ça perd de l'argent, que ça lui coûte trop cher : je ne comprends pas du tout. La comptabilité d'une banque centrale est une pure convention comptable, ses gains et pertes sont des nombres qui ne signifient rien du tout. (Preuve étant que la banque centrale peut gagner une somme arbitrairement élevée de façon idiote : elle affaiblit sa propre monnaie selon le mécanisme expliqué au paragraphe précédent, ce faisant ses réserves de change, comptabilisées dans cette monnaie, s'apprécient d'autant, et sur le bilan comptable ceci compte comme des gains — puisque le bilan comptable de la banque centrale du Zorkmidstan est établi en zorkmids. Donc en fait, il me semble même qu'en affaiblissant sa monnaie, formellement, la banque centrale gagne de l'argent, ce qui est d'ailleurs vaguement logique puisqu'elle diminue la valeur des dettes qu'elle a émises relativement aux avoirs de contrepartie. Et de toute façon, même si le capital de la banque central diminuait, voire devenait négatif, voire très négatif, je ne vois pas quelle conséquence problématique ça aurait en vrai : c'est juste un nombre qui ne signifie rien.) Bref, je ne crois pas que le bilan comptable de la banque centrale soit l'explication de la supposée difficulté à défendre la monnaie. Le fait d'accumuler des réserves de quantités considérables d'euros, de dollars et de yens n'est pas spécialement un problème, ou alors j'ai du mal à comprendre pourquoi ç'en serait un.

Une explication moins stupide est que la banque centrale est tenue à un objectif d'inflation et que celui-ci serait contraire à des opérations sur le marché des changes. (Noter cependant que, contrairement à la BCE, la BNS n'a pas d'objectif chiffré en matière d'inflation, la loi se contente de lui donner pour mission d'assurer la stabilité des prix.) Le risque serait donc qu'à vendre des zorkmids en quantité illimités pour maintenir un cours plafond de la monnaie (contre les autres monnaies) on se retrouve à affaiblir la valeur de celle-ci (en biens) et donc à créer de l'inflation.

La réponse classique à ce problème (comment intervenir sur la valeur d'une monnaie sur le marché des changes sans pour autant créer d'inflation ou de déflation) est de stériliser les opérations de change. Concrètement, ça signifie que la banque centrale du Zorkmidstan, en même temps qu'elle vend des zorkmids contre d'autres monnaies (pour maintenir un cours plafond du zorkmid, disons), elle émet sur le marché des emprunts étiquetés en zorkmids (par exemple en vendant des obligations d'État du Zorkmidstan) : l'idée est que ces emprunts vont bloquer les zorkmids émis et ainsi éviter, ou du moins limiter, l'augmentation de la masse monétaire disponible en zorkmids — concrètement, ceci signifie que la banque centrale dit aux marchés ah, vous voulez tellement fort des zorkmids ? vous en aurez, mais il faudra qu'ils soient bloqués sur N années, par exemple vous pouvez recevoir de la dette souveraine étiquetée en zorkmids. Il se peut que ce soient ces obligations de stérilisation qui se soient avérées trop difficiles pour la Banque nationale suisse, et qui l'auraient obligé à abandonner son cours plancher (c'est-à-dire, plafond sur le franc suisse, vous suivez ?).

Maintenant, je suis sceptique quant à cette explication aussi, ou du moins si c'est la bonne je ne la comprends pas vraiment mieux. Premièrement, parce que ça n'a pas l'air si difficile de stériliser les opérations contre l'appréciation de la monnaie (et même si la BNS devait y perdre de l'argent, je répète que c'est un simple jeu comptable qui ne signifie rien — ou alors il faut m'expliquer ce que ça a comme conséquence tangible). Deuxièmement, parce que même si le cours d'une monnaie sur le marché des changes (sur laquelle on cherche à jouer) et sa valeur en termes de biens (qui détermine l'inflation ou la déflation, qu'on cherche à contrôler) ne sont pas exactement la même chose, ils ne sont pas non plus totalement sans rapport : il semble difficilement concevable que le franc suisse s'envole face à toutes les autres monnaies sans qu'il y ait simultanément au moins un risque de déflation en Suisse (qui signifierait qu'il n'y a pas spécialement besoin de stériliser les opérations contre un risque d'inflation). Surtout quand la zone euro n'est elle-même pas du tout menacée par l'inflation. Troisièmement parce que, concrètement, quand je consulte le dernier bulletin trimestriel de la Banque nationale suisse (4e trimestre 2014), il fait état d'une inflation tournant autour de 0%, donc soit la banque centrale stérilise très bien ses opérations de change et n'a pas de mal à le faire, soit elle n'a pas besoin de le faire. Au contraire, le rapport en question mentionne clairement et à plusieurs reprises que le cours plancher sur le rapport EUR/CHF sert entre autres à empêcher une situation déflationniste : manifestement le problème n'est pas de stériliser les opérations de change pour éviter de créer de l'inflation.

Tout ça pour dire que je suis perplexe : les explications ne manquent pas, mais soit elles sont mauvaises, soit je ne les comprend pas.

Pour donner un exemple d'une autre mauvaise explication : certains avancent que la BNS voulait se prémunir contre une chute possible de l'euro consécutive à des opérations de soutien à l'économie devant être menées par la BCE. Mais pour ça, la BNS pouvait simplement modifier le cours plancher qu'elle imposait en publiant un plafond au franc suisse soit contre l'euro soit contre le dollar soit contre le yen, avec des chiffres choisis pour que le plafond contre l'euro soit le moins contraignant actuellement (ce qui donnerait donc le même cours effectif) mais que l'un des autres plafonds le remplacerait si l'euro devait plonger.

(lundi)

Nouveaux problèmes de chauffe-eau

Un adage relatif à la plomberie avertit que quand on veut réparer une fuite, on remplace le joint où a lieu la fuite, on fait un raccord aux deux bouts, et on se retrouve ainsi avec deux fuites au lieu d'une. La plomberie est le domaine par excellence où chaque fois qu'on s'attaque à un problème on court un risque sérieux de le multiplier.

Ces derniers jours, nous avons constaté deux ou peut-être même trois problèmes différents avec notre chauffe-eau (problèmes apparemment indépendants : il est très étonnant que nous les constations en même temps, mais je ne vois vraiment aucun lien causal possible pour expliquer cette proximité, surtout qu'un des problèmes est manifestement assez ancien). Bref, ça commence bien.

Le premier problème est que le groupe de sécurité fuit. Heureusement, la fuite est vers les eaux usées, pas vers le sol de notre appartement, et il s'agit d'eau froide, donc ça ne représente qu'une perte d'eau potable, mais c'est tout de même embêtant parce que ça fait du bruit (un ploc-ploc dont nous avons mis du temps à comprendre l'origine), et que ça représente un gâchis d'eau pas forcément négligeable. D'ailleurs, vu le dépôt de calcaire qui s'est formé, la fuite existe depuis un moment. Mon poussinet a l'air convaincu qu'il faut qu'il change le groupe lui-même et sans faire appel à un plombier (forcément escroc), mais je suis un peu moins enthousiaste quant aux chances de réussir à faire la manip sans créer deux ou trois nouvelles fuites, ce qui m'amène à parler du second problème.

Dans la nuit de vendredi à samedi, la sécurité de la résistance s'était enclenchée (je m'en suis rendu compte parce que j'ai dû prendre une douche quasi froide), c'est-à-dire qu'elle avait surchauffé. Pourtant, l'eau du ballon était quasi froide. Mon poussinet a décidé que c'était sans doute parce que la résistance s'était trop entartrée, et qu'il était grand temps de la nettoyer (sans quoi elle risquait de casser carrément). Il a donc purgé le ballon, et retiré quelques kilos de calcaire du fond et nettoyé la résistance de la gangue qui la couvrait. L'ennui c'est que d'une part la vidange a apparemment aggravé la fuite du groupe de sécurité, et d'autre part il a constaté que maintenant nous avions aussi une fuite au niveau du joint de la résistance, ou peut-être de la résistance elle-même. (Je ne parle pas du joint de bride, qui rend hermétique la plaque (bonde ? trappe ?) à laquelle la résistance est ancrée, et qui a de toute façont été remplacé, mais du joint qui isole la base de la résistance.) Du coup, maintenant il faut changer en urgence toute la résistance, de peur que celle-ci rouille et/ou fasse un court-circuit.

Et ce matin, nous avons constaté que l'eau était beaucoup trop chaude (environ 80°C au lieu de 55°C) : d'une part c'est dangereux, d'autre part c'est le signe que le thermostat est sans doute lui aussi défaillant. (Il est tentant de trouver un rapport entre ça et le problème précédent, mais je ne vois pas quel serait le mécanisme l'expliquant.)

Bon, en principe tout ça ne présente aucune difficulté particulière à changer, et ça devrait être fait ce soir demain soir, mais je sens venir les complications possibles : une nouvelle purge du chauffe-eau risque d'empirer encore l'état du groupe, changer celui-ci risque de créer des fuites au niveau des trois tuyaux auxquels il est relié (eau froide, ballon, et eaux usées), etc. J'ai un collègue qui a récemment fait changer son chauffe-eau et qui a dû faire venir trois ou quatre fois le plombier pour une fuite créée la fois précédente, fuite de plus en plus petite en volume mais aussi située à un endroit de plus en plus inaccessible sur le tuyau.

(dimanche)

Comment manifester quand on est agoraphobe ?

J'ai une tendance sérieuse à l'agoraphobie. Celle-ci se manifeste en gros dès que je suis dans un groupe de gens suffisamment dense pour que les contacts soient pratiquement inévitables, et que je n'ai pas le moyen de m'éloigner rapidement de ce groupe (je supporte sans problème d'être dans une file d'attente assez dense puisque je sais que je peux simplement abandonner ma place ; je supporte aussi d'être dans le métro aux heures de pointe si l'accès aux stations n'est pas lui-même encombré et que je peux donc toujours descendre à la prochaine station) ; et la manifestation de cette agoraphobie est un besoin plus ou moins urgent de fuir, ou au moins de me ménager un moyen de fuir rapidement.

C'est évidemment un peu problématique pour manifester dès que la manifestation est un peu suivie, donc compacte. Par exemple, quand il y a un et demi million de personnes dans les rues de Paris, entre République et Nation, ça me donne vraiment envie de me promener du côté du parc André Citroën.

Mais en fait, les points vraiment agoraphobogènes d'une manifestation en sont le départ et l'arrivée : entre les deux, le parcours est beaucoup moins dense, et surtout, il y a généralement assez de rues latérales pour ménager la possibilité (fût-elle conceptuelle) de fuir que mon agoraphobie requiert. Le secret, donc, pour arriver à suivre le cortège, c'est de prendre le parcours un peu après le départ, en arrivant par une rue oblique, et de le quitter un peu avant l'arrivée. (Bien sûr, je ne sais pas si ça compte, mais je crois qu'on peut tous être d'accord que ça n'a pas beaucoup d'importance.)

La difficulté avec cette technique est que ça oblige parfois à faire d'incroyables détours pour aller de chez moi au point où je rejoins la manifestation sans passer par le départ officiel de celle-ci et en s'interdisant tout moyen de transport en commun qui risquerait d'être trop saturé, puis la même chose à la fin. Aujourd'hui, mon poussinet et moi avons fait, à pied : Châtelet → Gare de l'Est → Goncourt → Parmentier → Alexandre Dumas → Porte de Montreuil (puis nous sommes repartis en tramway et métro). Si on regarde ça sur un plan, c'est un peu compliqué.

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