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2009-11-23 (lundi)
Bertrand Russell est un de mes
héros (ou quelque chose de ce genre), et comme je m'intéresse à
l'épistémologie des mathématiques, il
était logique que je soit au moins intrigué par l'idée d'une bande
dessinée dont le principal personnage est Bertrand Russell et
dont le thème est la quête des fondements des mathématiques. C'est
peut-être surprenant, mais cette BD existe (pour
l'instant seulement en anglais) : elle
s'appelle Logicomix ;
ses auteurs sont grecs, et l'un d'entre eux, Christos Papadimitriou
(enfin, Χριστος
Παπαδημητριου),
chercheur en informatique à Berkeley, m'était d'ailleurs connu comme
auteur de plusieurs bons ouvrages sur la théorie de la complexité
algorithmique : j'ai été assez étonné de le savoir co-scénariste de
cette BD. (Un autre des auteurs est connu pour un roman
intitulé Oncle Petros et la Conjecture de Goldbach dans
sa traduction française.) Bref, comme
un effet Zahir assez peu surprenant
fait que j'ai entendu parler plusieurs fois de Logicomix
(et en bien !) ces dernières semaines je l'ai achetée.
On aura compris que je la recommande, mais il faut que je précise bien quelque chose : ce n'est pas une BD sur les mathématiques, et ce n'est donc pas en tant que mathématicien que je la recommande (d'ailleurs, en tant que mathématicien, j'ai plutôt quelques reproches à lui faire). Je la recommanderais aussi bien à ma maman, si ma maman aimait les BD. Il ne s'agit pas d'un livre portant sur la logique, donc, mais sur l'histoire de la logique ou plutôt, un chapitre particulier de l'histoire de la logique qui est celui des fondements des mathématiques. Les héros s'appellent Russell, Whitehead, Frege, Cantor, Hilbert, Poincaré, Wittgenstein et Gödel : même si de très brefs passages sont employés à expliquer sommairement une ou deux idées essentielles de logique, de mathématiques ou — comme on se l'imagine avec l'apparition de Wittgenstein dans la liste des personnages — de philosophie, ce n'est pas du tout le propos. Le propos est plutôt d'expliquer ce qui a motivé cette quête des fondements, comment Russell l'a personnellement vécue, et en particulier comment les Principia Mathematica ont été écrits (et le Tractatus Logico-Philosophicus). La dimension humaine est essentielle, par exemple sur l'opposition de Russell à la guerre ou la perte de sa foi, mais surtout dans deux idées : la logique comme façon d'éviter la folie, et la quête des fondements sous forme de mythe de Sisyphe avec quoi les protagonistes n'en ont jamais fini. Ce n'est pas non plus une biographie de Russell (ne serait-ce que parce que ça s'arrête, comme ça commence, en fait, en 1939, donc son engagement contre la guerre du Vietnam n'est pas mentionné). Et évidemment, on pourrait redire des choses sur l'exactitude historique (notamment de la thèse sur la folie des logiciens : par exemple, le fait que Cantor soit devenu fou est d'une part un peu exagéré, et d'autre part sans rapport avec son activité mathématique). Mais assez parlé de la BD elle-même.
⁂
Les Principia
Mathematica sont peut-être bien le livre le plus
abscons[#] de l'univers. Non
seulement c'est de la logique formelle aride au possible, mais en plus
les notations ne sont plus du tout celles qu'on utilise de nos jours
(par exemple, l'ensemble vide — enfin, la classe vide —
est noté par un lambda majuscule, un système de points est utilisé là
où nous mettrions des parenthèses, le et logique est aussi noté
par un point et l'implication par un symbole ⊃), sans même
compter les notations spécifiques de l'ouvrage, les abréviations
qu'ils utilisent pour « alléger » les démonstrations ou la
numérotation un peu déroutante ; et, évidemment, les fondements des
mathématiques ont évolué depuis cette première tentative. Que le
lecteur non-mathématicien s'imagine donc que la page reproduite
ci-contre (et on pourrait en trouver de bien pires) est aussi
imperméable à 99% des mathématiciens qu'elle l'est à lui. Il est
suggéré dans la BD (je ne sais pas si Russell a vraiment
émis cette opinion) que la seule personne qui ait lu le texte était
Kurt Gödel ; et, de fait, les Principia sont sans doute
autant célèbres pour le fait que c'est sur ce système que Gödel a
initialement fondé son théorème d'incomplétude que pour être la
première axiomatisation parfaitement rigoureuse de ce qui pourrait en
théorie englober l'ensemble des mathématiques.
Par contre, il est vrai que la proposition énoncée sous le numéro
*110·643 en haut de la page que je reproduis signifie bien ce qu'elle
semble signifier : 1+1=2 (et le commentaire qui suit la démonstration
est succulent : the above proposition is occasionally
useful
). Cette proposition intervient à la page 83 du second
tome des Principia (dans la seconde édition),
sachant que le premier tome comporte lui-même quelque chose comme 680
pages[#2]. Cela a valu
aux Principia une renommée particulière, celle d'être le
livre qui prend énormément de pages pour montrer 1+1=2 ;
le énormément
est parfois placé dans les 350, parce que la
proposition *54·43, qui dit essentiellement que si deux ensembles ont
chacun un élément et sont disjoints, alors leur union a deux éléments,
est située page 362 du premier tome — ou 360 ou 379 selon les
éditions — et suivie du commentaire : From this proposition
it will follow, when arithmetical addition has been defined, that
1+1=2.
Ceci a malheureusement donné naissance au mythe selon lequel, en
logique formelle, pour prouver quelque chose d'aussi évident que
1+1=2, il faut des centaines et des centaines de pages. C'est faux
pour plusieurs raisons. D'abord parce que Whitehead et Russell
n'avaient pas pour but d'arriver à cette proposition de la façon la
plus rapide possible (même dans leur système on aurait pu faire ça de
façon beaucoup plus économique). Ensuite, parce que leur système
semble impossiblement compliqué aux yeux d'un logicien mathématique
moderne[#3] :
il est vrai qu'on ne cherche plus tellement à produire des
systèmes qui fondent « toutes les mathématiques », mais même dans la
mesure où on en choisit un, on peut espérer que la démonstation de
1+1=2 ne sera pas immensément compliquée (s'agissant
de ZFC, le système orthodoxe pour fonder les
mathématiques, la difficulté sera surtout
d'écrire 1+1=2
, c'est-à-dire, de définir qui sont ce
‘1’, ce ‘2’ et ce ‘+’ qui
interviennent dans cette affirmation ; une fois cela fait, l'énoncé
devrait sans doute être assez évident). J'avais lu quelque part un
texte qui se voulait un peu sensationnaliste sur la longueur des
démonstrations en logique formelle (où il concluait qu'il faudrait des
quadrilliards de symboles pour démontrer le théorème des nombres
premiers ou je ne sais quoi de ce genre) ; mais j'avais fini par me
convaincre que l'auteur parlait probablement de démonstrations
dites sans
coupures
(ce qui signifie, en très très gros, sans utiliser de
lemme ou proposition intermédiaire ou quoi que ce soit de ce genre,
mais en réécrivant à chaque fois la démonstration complète de ce qui
aurait tenu lieu de lemme) : s'il y a des moyens d'éliminer les
coupures dans une démonstration, ce moyen fait exploser la taille des
démonstrations, c'est même un fait essentiel de la logique, et
personne ne veut lire une démonstration sans coupures du théorème des
nombres premiers ou même de 1+1=2.
[#] D'accord, on peut
toujours trouver pire. Finnegan's Wake, par exemple ?
Alors, pour lancer un petit troll, disons que
les Principia sont peut-être bien le livre le plus
abscons parmi ceux qui ont un sens.
(Plusieurs
trolls, d'ailleurs : sur le fait de savoir si Joyce écrivait du pur
charabia, et sur celui de savoir si de la logique peut avoir un sens
ou autres questions qui auraient irrité Wittgenstein.)
[#2] Enfin, la proposition de loi sur la réforme du healthcare aux États-Unis fait autour de 2000 pages : je ne sais pas ce qui est le plus impressionnant, en fait.
[#3] La théorie ramifiée des types de Russell est assez éloignée de la façon dont on conçoit, de nos jours, les fondements des mathématiques (depuis que Zermelo a convaincu tout le monde de l'opportunité d'une théorie purement du premier ordre, avec une seule sorte d'objets — les ensembles). Pour un point de vue moderne sur la théorie de Russell (et son rapport avec les théories modernes), voir ce texte de Harvey Friedman ; cet article n'est pas mal non plus, pour remettre les choses dans le contexte et expliquer ce qu'est l'axiome de réductibilité.
2009-11-13 (Friday)
What the Christian Trinity means is fairly evident to anyone—anyone except Christians, that is. It is the divine family: a family comprising the Father, the Son and, plainly, the Mother. The all-male clergy mustn't have liked the idea of worshipping a goddess, and indeed now the very word sounds pagan; so about the time when they were busy making up the Nicene creed and kicking Arius and other heretics out of the Church, they managed to seemingly remove the Mother-of-God from the divine Trinity and replace Her with a placeholder, theHoly Ghost. Nobody knows what that Holy Spirit is supposed to be: obviously, as a hypostase, it was just fabricated from a few vague references in the Gospels where the phrase is used as a propitiatory saying when baptising (the blasphemy against the Holy Ghost shall not be forgiven unto men). The real third member of the Trinity, in fact, the most important member of the Trinity, is the Mother. No religion is originally without a female deity. Already the Jews had been deft in suppressing or disguising references to the mother-goddess Asherah, consort of El, in the Torah, though Genesis 1:27 still says that Elohim (אֱלוֹהִים—grammatically plural) created man and woman in their image. Some Protestant branches adore only Jesus and were thus quite successful in extinguishing mariolatry; the Eastern Orthodox churches followed a similar route. But the Catholics? For them, the removal was only seemingly achieved. For they don't pray to the Father—they don't even so much pray to the Son: they pray to the Mother-of-God, and visiting any staunchly Catholic country makes it completely obvious who the third and highest part of the Trinity is: just count the number of Santa Maria this and that. But those are only the dominant sects. Many more must have worshipped the Trinity as it originally stood. In fact, the point is made black on white in the Qur'an (sura 5 verse 116,يٰعِيسَى ٱبْنَ مَرْيَمَءَ أَنْتَ قُلْتَ لِلنَّاسِ ٱتَّخِذُونِي وَأُمِّيَ إِلٰهَيْنِ مِنْ دُونِ ٱللّٰهِ): Christians are accused of being tritheistic because the have put two other Gods beside Allah—Jesus and his Mother. The Qur'an may be mistaken about many things, but on this count it is clearly right.
Je reconnais avoir totalement plagié, en écrivant ça, la thèse que quelqu'un, que je ne dénoncerai pas, m'a tenue récemment (et presque ses paroles, d'ailleurs), même si j'ai complété avec une explication que quelqu'un d'autre m'a faite sur un sujet proche. Dans l'ensemble, considérez que toutes les idées intéressantes ne sont pas de moi et que toutes les erreurs, par contre, ont été ajoutées par moi. (Je trouve l'idée intéressante, même si je ne suis pas complètement convaincu qu'elle soit historiquement si correcte.)
2009-11-09 (lundi)
Klaus Wowereit, Nicolas Sarkozy, Dmitrij Medvedev, Gordon Brown, Hillary Clinton (et par écran interposé, Barack Obama), et évidemment Angela Merkel, ont chacun fait un petit discours pour commémorer le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin[#]. Je trouve qu'ils ont tous été très mauvais. Je ne fais pas référence au fait que le contenu des discours sont convenus au point d'en devenir totalement vides : cela fait partie des règles de l'exercice pour une commémoration, ce serait presque une faute de goût de vraiment dire quelque chose en une telle occasion, et les gens qui se plaignent que c'est creux sont des ignares qui ne savent pas apprécier l'art rhétorique pour ce qu'il est censé être… Mais le but est de faire au moins des phrases jolies et bien tournées (avec la difficulté supplémentaire qu'il ne faut ni dire la même chose que le voisin, ni froisser le président russe en donnant à l'URSS un mauvais rôle), et les dire avec une voix qui fait rêver. On pourrait croire qu'avec le staff que ces gens-là ont, l'un d'eux aurait su produire quelque chose à la hauteur : eh bien non, même en tenant compte des pertes à la traduction simultanée, aucun d'eux n'a rempli son contrat. Même pas Obama, qui est pourtant en général un orateur extraordinaire.
Voici à quoi ressemble un vrai discours, prononcé par quelqu'un qui parle très bien : je suis surpris qu'on n'y ait pas fait la moindre référence, d'ailleurs. Ou même celui-ci dont, quoi qu'on puisse penser de son auteur et de ses idées (et de la thèse que ce discours précis a constribué à la chute de ce mur), il faut reconnaître qu'il est par moments rhétoriquement remarquable.
Je crois que j'aurais préféré entrendre les aînés parler, en fait (mais je n'ai trouvé ni enregistrement ni transcription de cette conférence). Je soupçonne qu'ils sont plutôt meilleurs. (Quoique, finalement… le 9 novembre 1989, ce jour-là non plus, personne n'avait été capable de produire un discours convenable.)
[#] Je sais que 20 est un nombre plus rond que 15, et je sais qu'on est toujours embarrassé (en ce jour qui est, entre autres anniversaires, celui de la proclamation de la république de Weimar) par le souvenir de la Nuit de Cristal du 9 novembre 1938, mais je suis épaté par les kilos qu'on en fait cette semaine alors qu'il y a cinq ans il n'y avait vraiment rien eu du tout.
2009-11-09 (lundi)
Mon poussinet et moi étions attablés, hier, à un café au croisement des Gobelins, vers le milieu de l'après-midi, quand des policiers ont coupé le boulevard Saint-Marcel (celui qui était devant nous) et neutralisé les Gobelins, et nous avons vu passer, en plusieurs convois, un nombre incroyable de forces de l'ordre (des policiers et des gendarmes, en nombre à peu près égal) : j'estime, même si c'est difficile d'être précis, qu'il devait y en avoir un bon millier (l'ordre de grandeur au moins est bon : cinq convois d'environ 25 véhicules chacun, avec probablement autour de huit policiers ou gendarmes par camionnette). Curieux de savoir quelle manifestation monstre (nous n'avions entendu parler de rien) pouvait nécessiter le déploiement d'autant de troupes, nous avons remonté les Gobelins (qui étaient, donc transformés en parking pour forces de l'ordre comme, nous l'avons vite vu, toutes les autres voies menant à la place). Arrivés place d'Italie (complètement coupée à la circulation), nous découvrons la cause de toute cette agitation : un rassemblement, en effet, qui avait l'air d'être d'un mouvement de sympathie pour les sans-papiers (ils n'avaient quasiment aucune banderole, et guère qu'un haut-parleur qu'on comprenait mal). À tout casser : deux cents personnes sur la place, et encore, je dois compter les badauds en disant ça. Cinq fois plus de policiers plus gendarmes, donc.
Je ne sais pas combien ça coûte, de mobiliser tous ces hommes (un
dimanche, qui plus est), et je ne sais pas quels sont les coûts
indirects à couper tous les grands axes d'un quartier (boulevard
Saint-Marcel, avenue des Gobelins, boulevard de l'Hôpital, boulevard
Vincent Auriol, avenue d'Italie, boulevard Blanqui), fût-ce le
week-end, mais, même si je n'aime pas jouer les grincheux
du combien ça coûte au contribuable
, c'était du délire complet
pour seize douzaines de péquenots. Soit quelqu'un aux RG
a mal prévu le coup et j'espère qu'il va se prendre un bon coup sur
les doigs, soit le délire de surencadrement policier de la moindre
manifestation a été poussé encore plus loin que son hyperbole
habituelle.
2009-11-02 (lundi)
Mathematics may be defined as the subject in which we never know what we are talking about, nor whether what we are saying is true.(Les mathématiques peuvent être définies comme la discipline dans laquelle on ne sait jamais de quoi on parle, ni si ce qu'on dit est vrai.) — Bertrand Russell (Recent Work on the Principles of Mathematics)
Je vais peut-être décevoir (ou au contraire rassurer ?) mon lecteur en avouant que je n'ai aucune intention d'essayer de répondre à la question qui sert de titre à cette entrée ; je vais tout au plus essayer de vulgariser un élément de réponse à une minuscule partie de cette question (ou d'une question proche), sur laquelle on peut dire des choses « techniquement » (c'est-à-dire : logiquement) précises. C'est déjà tout un programme.
La plupart des mathématiciens (et même si ce n'est pas vraiment mon
avis, je dois reconnaître qu'il est très répandu) conviendront que
l'activité d'un mathématicien est de produire des théorèmes
et des démonstrations. Par opposition, disons, aux
définitions, exemples ou conjectures, qui forment certainement aussi
une partie importante de l'activité en question, mais à laquelle
l'opinion dont je parle attribue moins d'importance ou de dignité.
Une démonstration est un argument logique plus ou moins
formel qui suit certaines règles codifiées pour partir d'axiomes ou
d'hypothèses et arriver à une conclusion : un énoncé qui est la
conclusion d'une démonstration (connue !) est un théorème
(ou une proposition, un lemme, un corollaire, selon sa difficulté, son
importance et sa relation logique ou didactique à d'autres énoncés du
sujet en cours de développement). Les règles du raisonnement, un peu
comme celles des scolastiques d'autrefois (barbara,
celarent, darii, ferio
), sont supposées assez évidentes pour qu'on
doute assez peu qu'elles préservent la vérité lorsqu'elles sont
correctement appliquées : si les hypothèses de la démonstration
sont vraies alors la conclusion l'est aussi ; donc, tout
théorème produit à partir d'axiomes vrais est également vrai.
Mais quels sont les axiomes ? Un certain consensus, apparu au
cours du XXe siècle, et maintenant assez fermement enraciné
dans, disons, le dogme officiel des mathématiques, est que les axiomes
qui fondent les mathématiques sont ceux de
la théorie
des ensembles de Zermelo-Fraenkel (en
abrégé ZFC : le ‘C’ précise l'inclusion de
l'axiome du choix, qui n'est pas du tout ce dont j'ai envie de parler
à présent), les règles de raisonnement étant celles de
la logique
du premier ordre. Autrement dit, sauf mention explicite du
contraire, ce qu'un mathématicien appelle théorème
est un
théorème de ZFC, et sa démonstration pourrait être rendue
complètement formelle (une manipulation syntaxique fondée sur des
règles de réécritures à partir des axiomes de ZFC pour
arriver à ce théorème comme conclusion). C'est du moins le dogme
officiel parce que, dans la pratique, beaucoup de mathématiciens non
logiciens seraient probablement incapables de citer les axiomes
de ZFC (ou de d'expliciter les règles de raisonnement de
façon formelle et automatique) ; et la tâche d'expliciter complètement
la démonstration de n'importe quel théorème modérément compliqué à
partir des axiomes fondamentaux et en suivant les règles mécaniques
est au mieux titanesque (même si les progrès de
la vérification
formelle ont montré qu'on pouvait arriver à des choses). Mais le
dogme a le bon goût d'éviter des discussions sur les fondements des
mathématiques que beaucoup de mathématiciens trouvent oiseuses ; il
asseoit les mathématiques sur des bases solides et non dénuées
d'élégance (et où, par exemple, la notion d'infini n'a plus rien de
mystérieux ou de précaire) :
Aus dem Paradies, das Cantor uns geschaffen, soll uns niemand vertreiben können.(Du paradis que Cantor nous a créé, nul ne doit nous chasser.) — David Hilbert (Über das Unendliche)
Les théorèmes mathématiques habituels (c'est-à-dire, en excluant pour l'instant des mathématiques tout ce qui est trop près de la logique) portent sur des objets comme les groupes, les anneaux, les espaces topologiques, les variétés différentiables, les fonctions de la variable réelle, les espaces de Banach, que sais-je encore, et, bien sûr, les entiers (disons, les entiers naturels). Bizarrement, aucun de ces objets n'« existe » dans ZFC : la seule chose (le seul type d'objet) que ZFC connaît, ce sont des ensembles. (Un ensemble est un objet mathématique très simple : il contient des objets, appelés ses éléments : il ne retient de chaque élément possible que sa présence ou son absence dans l'ensemble — il ne peut pas y avoir plusieurs fois le même élément dans l'ensemble.) Les éléments des ensembles considérés par ZFC sont eux-mêmes des ensembles, dont les éléments sont eux-mêmes des ensembles, et ainsi de suite (et un des axiomes de ZFC, l'axiome de régularité ou axiome de fondement, affirme qu'à jouer au petit jeu de passer de façon répétée d'un ensemble à un élément de celui-ci, en un nombre fini d'étapes on aboutit toujours à l'ensemble vide qui n'a plus d'éléments et qui met donc fin au jeu). Tout autre objet mathématique (groupe, entier naturel, nombre réel, faisceau étale) doit être pour ainsi dire « codé » comme un ensemble, ce codage n'étant pas très différent dans son esprit de celui qui vaut dans un ordinateur et qui fait qu'une page Web, une image ou une musique est représentée, au final, par une suite de 0 et de 1 : quelque part, se demander quels sont les éléments du nombre réel π (puisqu'il doit être codé comme un entier) est à peu près aussi intéressant ou intelligent, comme question, que se demander quel est le premier bit (0 ou 1) de la 5e symphonie de Beethoven. L'avantage du codage, toutefois, c'est que ZFC n'a pas à s'embarrasser à connaître toutes les notions farfelues que les mathématiciens inventent : il ne connaît que les ensembles, tout le reste est écrit sous forme de définitions préalables aux théorèmes.
Ce codage (et donc, ce dogme orthodoxe selon lequel toutes les mathématiques sont écrites dans le langage de ZFC ; ou en tout cas, l'illusion que ce dogme est suivi) a au moins deux inconvénients. Le premier, c'est qu'il est au moins intellectuellement insatisfaisant de penser qu'un théorème qui devrait porter sur la structure algébrique, disons, du groupe de Mathieu est, en fait, écrit sur un codage particulier et accidentel de ce groupe comme un ensemble : les ensembles ont juste ceci pour eux que c'est la structure de données (pour parler de nouveau comme un informaticien) la plus simple qui permettait de coder toutes les mathématiques, mais cette structure est assez déconnectée de celle à laquelle on s'intéresse vraiment. Le second inconvénient, c'est que les ensembles apportent leurs subtilités logiques dont on ne voudrait peut-être pas, et que, finalement, ZFC est beaucoup trop fort pour faire toutes les mathématiques usuelles. Je vais essayer d'expliciter.
⁂
Die ganzen Zahlen hat der liebe Gott gemacht, alles andere ist Menschenwerk.(Les entiers ont été faits par Dieu, tout le reste est l'œuvre de l'homme.) — Leopold Kronecker (cité par Heinrich Martin Weber)
La majorité des mathématiciens (et peut-être de tous les gens qui
comprennent la question) conviendront probablement qu'un énoncé
portant uniquement sur les entiers naturels, un
énoncé arithmétique,
par exemple pour
tout entier n≥3, les seules solutions
de xn+yn=zn
avec x,y,z entiers sont celles où
l'un de ces trois nombres est nul
, a un sens bien défini, et donc
qu'il est vrai ou faux. (Techniquement,
par énoncés arithmétiques
je veux parler d'énoncés en logique
du premier ordre et dans le langage de l'arithmétique — avec,
disons, les opérations + et ×, l'exponentiation pouvant se définir au
prix d'un petit travail.) Bref, il s'agit d'une certaine forme
de platonisme :
l'idée, au moins atténuée, que les entiers naturels existent
réellement, et qu'il y a un sens à se poser des questions, même si on
ne peut pas forcément y répondre, portant sur une infinité d'entre
eux, tant que ces questions sont mathématiquement bien formulées.
(J'ai déjà ranté à ce sujet,
d'ailleurs.) Il y a sans doute aussi des gens qui objecteront que la
question de savoir si le 10↑(10↑(10↑100))-ième nombre
premier se termine par 1, 3, 7 ou 9, bien qu'il s'agisse d'un énoncé
arithmétique et même complètement fini, est une question dénuée de
sens puisque jamais personne ne pourra mener le calcul, mais ces gens
sont rarement mathématiciens, et je soupçonne les quelques
mathématiciens qui soutiennent ce genre de thèses de le faire plus par
provocation que par conviction (si on refuse l'idée qu'une infinité
d'entiers naturels existe réellement, je me demande comment on
explique le hasard faisant que x×y, aussi loin
qu'on pousse le calcul expérimentalemnt, a toujours l'air de
valoir y×x, et je me demande comment on peut
faire des mathématiques).
En revanche, pour un énoncé portant non plus sur les entiers mais
sur les ensembles (ou, du coup, tout ce qui peut être codé avec eux,
c'est-à-dire, tout), l'idée qu'il existe un vrai
intangible sur
ces concepts est plus douteuse. On sait, par exemple,
que ZFC ne résout pas
la question
suivante : tout ensemble de nombres réels peut soit être mis en
correspondance avec (c'est-à-dire, a “autant” d'éléments
que) tous les nombres réels soit avec un ensemble d'entiers
. Même
si le consensus parmi les théoriciens des ensembles est maintenant
qu'il est préférable de considérer cet énoncé (l'hypothèse du
continu) comme faux, la question de savoir s'il est
« vraiment » faux (sic !) est une question plutôt dénuée de sens : la
situation est plutôt quelle sorte d'ensembles on veut considérer,
quelle sorte d'ensembles est souhaitable, quelle sorte d'ensembles
(Menschenwerke) se comporte bien pour les
mathématiques qu'on veut faire. Un peu comme la question
du cinquième
postulat d'Euclide : ce dernier est vrai sur le plan mais faux sur
la sphère, donc la question de savoir s'il est vrai ou faux n'a pas
lieu, ce qui faut se demander est si on veut faire de la géométrie
plane, de la géométrie hyperbolique, de la géométrie sphérique (ou
encore autre chose). On peut choisir de faire de la théorie des
ensembles avec l'hypothèse du continu, ou sans (et dans ce cas, avec
éventuellement telle ou telle autre hypothèse pour la remplacer). En
revanche, s'agissant des entiers naturels, on a l'impression qu'on n'a
pas une telle liberté : s'il y a des énoncés sur les entiers naturels
que ZFC ne tranche pas (et il y en a forcément, je vais y
venir), on n'a pas la liberté de considérer tels entiers naturels
plutôt que tels autres — parce que les entiers naturels ils sont
censés vraiment exister, pouvoir être écrits, au moins
théoriquement et conceptuellement, avec un stylo sur un papier. Dans
le langage de Kronecker, Dieu les a créés, nous n'avons pas le pouvoir
de les choisir ; de façon moins théiste, il existe un modèle
privilégié de l'arithmétique (peut-être lié à l'univers physique dans
lequel nous vivons, d'ailleurs).
⁂
On pourrait être tenté d'en conclure qu'au lieu de faire de la
théorie des ensembles on devrait faire de l'arithmétique. Il existe
un système formel censé codifier l'arithmétique : ce sont
les axiomes
de Peano (ou l'arithmétique de Peano
, ici je parle de
la théorie du premier ordre). Il est beaucoup moins évident
d'imaginer comment coder les théorèmes mathématiques parlant d'objets
sophistiqués en termes d'entiers naturels qu'en termes d'ensembles,
mais imaginons qu'on s'intéresse uniquement aux théorèmes portant sur
les entiers. Les axiomes de Peano sont une conséquence de ceux
de ZFC (sur l'ensemble ω des entiers naturels codés
dans ZFC), donc tout énoncé arithmétique qui découle des
axiomes de Peano découle aussi de ZFC. La question se
pose de savoir si la réciproque est vraie : les énoncés arithmétiques
démontrés par ZFC (et qui se trouvent être
arithmétiques) sont aussi démontrables à partir des axiomes de Peano
(et qui sont, eux, forcément arithmétiques). La réponse est
inattendue : c'est non, certainement pas ! et pourtant, en
pratique, si…
.
La réponse non
vient
du génie
de Gödel. La première remarque à faire, c'est que les
démonstrations mathématiques, une fois qu'on précise complètement le
cadre dans lequel on les fait, peuvent elles-mêmes être étudiées comme
un objet mathématique (et la question de savoir si machin
ou truc est un théorème devient une question mathématique).
Et il y a mieux : cette question est une
question arithmétique, puisque les démonstrations et les
théorèmes, étant des objets essentiellement finis, peuvent très bien
se coder comme des entiers (par exemple, imaginez-en une
représentation informatique quelconque, et lisez la suite de 0 et de 1
comme un grand nombre : les détails n'ont aucune importance), et que
les règles de démonstration, une fois mécanisées, peuvent s'exprimer
comme des opérations arithmétiques (compliquées, mais explicitables)
sur ces entiers. Donc des affirmations comme machin est
un théorème de ZFC
ou truc ne découle
pas des axiomes de Peano
deviennent elles-mêmes des affirmations
arithmétiques (qui peuvent elles-mêmes faire l'objet d'une
démonstration, par exemple dans ZFC, ou dans
l'arithmétique de Peano). La deuxième remarque, c'est qu'il y a une
façon
(astucieuse,
mais pas très compliquée) de produire un énoncé
arithmétique G, qui affirme G n'est pas un
théorème
(selon ce que vous voudrez : un théorème
de ZFC, un théorème de l'arithmétique de Peano) ;
c'est-à-dire en quelque sorte un énoncé qui dit : je ne
suis pas un théorème
. C'est un peu difficile à visualiser, mais
c'est un énoncé vraiment arithmétique, c'est-à-dire portant sur des
entiers naturels, et qui dit que si vous manipulez des entiers d'une
certaine manière (codant les règles de déduction et les axiomes dans
le système que vous avez choisi : ZFC, Peano), vous ne
tomberez pas sur un entier codant une démonstration de ce G
lui-même.
Or si on fait l'hypothèse que l'énoncé G qui dit je
ne suis pas un théorème de l'arithmétique de Peano
(je choisis
Peano pour l'exemple) soit un théorème de l'arithmétique de Peano, il
devrait être vrai (sinon ce sont les axiomes de Peano qui sont faux).
Étant vrai, puisqu'il affirme ne pas être un théorème, il ne devrait
pas être un théorème, et on a une contradiction à ce qu'on a supposé.
C'est donc le contraire de cette hypothèse qui est
vrai : G n'est pas un théorème de l'arithmétique
de Peano ; et, n'étant pas un théorème, il est vrai (puisque c'est ce
qu'il dit). Ça ressemble aussi à une contradiction, mais cette fois
ce n'en est pas une : G est vrai, mais l'arithmétique de
Peano n'arrive pas à le démontrer — elle est trop faible pour
ça. Pourtant, nous, nous avons réussi à démontrer G (je
viens de le faire en concluant G est vrai
). Le
secret, c'est que nous n'avons pas travaillé dans l'arithmétique de
Peano ; il n'est pas évident de voir exactement à quel endroit on en
est sorti (et c'est encore moins évident vu que je n'ai pas explicité
les axiomes de Peano), mais c'est dans la partie du raisonnement où
j'ai écrit il devrait être vrai (sinon ce sont les axiomes de Peano
qui sont faux)
: le problème est que dans la mesure
où machin est un entier naturel codant un énoncé
arithmétique, dire machin est un théorème (de Peano)
est bien un énoncé arithmétique, mais dire machin est
vrai
ne l'est pas (on peut bien dire machin est
vrai
, lorsque machin est quelque chose d'explicite, en
disant juste machin
, mais on ne peut pas définir la
vérité d'un entier codant un énoncé : ce point est subtil, mais
crucial). Par contre, ma démonstration est correcte
dans ZFC (dans ZFC, il est facile de coder
la relation machin est vrai des entiers naturels
) :
donc, dans ZFC, l'énoncé arithmétique G (et,
du coup, le fait qu'il ne soit pas un théorème de Peano) est bien un
théorème ! C'est là le fameux théorème de Gödel.
C'est un théorème très glissant que celui de Gödel, parce qu'il en
existe quantité de variantes, et parce que les démonstrations font
intervenir un système formel qui dit qu'un énoncé est ou n'est pas un
théorème d'un autre système formel, et parfois des choses plus
compliquées : on s'y perd facilement, quand on n'a pas l'habitude.
Mais l'idée générale est très simple, et de façon très informelle,
c'est que si je dis à quelqu'un tu ne peux pas prouver que j'ai
raison !
, alors j'ai forcément raison, et il ne peut pas le
prouver. (La différence, c'est que dans le langage courant, on peut
facilement créer des paradoxes, dire des choses comme cette phrase
est fausse
: dans le langage mathématique, on ne peut pas, donc le
génie de Gödel a été de s'apercevoir qu'on pouvait quand même
exploiter des phrases auto-référentielles.)
De façon générale, si vous avez une théorie formelle T
(par exemple l'arithmétique de Peano, ou ZFC) qui permet
de faire de l'arithmétique, et qui a des règles codables dans
l'arithmétique, vous pouvez considérer un énoncé
arithmétique G qui affirme T ne démontre
pas G
. Si T démontrait G, alors
certainement elle démontrerait T
démontre G
(à partir d'une démonstration
de G vous trouvez facilement une démonstration du fait
qu'il existe une démonstration de G), c'est-à-dire
précisément la négation de G : donc T
démontrerait à la fois G et sa négation, et T
est incohérente (elle démontre tout et son contraire). A
contrario, ceci signifie qu'en ajoutant à T la simple
hypothèse T est cohérente
(qui, de nouveau, est un
énoncé arithmétique), on permet à cette nouvelle
théorie T′ de démontrer G ; or
si T ne démontrait pas G, c'est qu'elle est bien
strictement plus faible que T′, donc elle ne démontre
pas la cohérence de T. C'est là le second théorème de
Gödel : une théorie T cohérente ne peut pas démontrer sa
propre cohérence.
⁂
Je reviens à mes moutons.
Je viens d'expliquer pourquoi ZFC prouve des énoncés
arithmétiques que les axiomes de Peano ne permettent pas de prouver :
explicitement, les axiomes de Peano sont cohérents
(c'est-à-dire …ne permettent pas de prouver 0=1
) est un
énoncé arithmétique qui est un théorème de ZFC mais qui
ne découle pas des axiomes de Peano. Voici donc un énoncé, portant
uniquement sur des entiers naturels, qu'on ne sait pas démontrer sans
passer par des ensembles. Et qui suggère la question épistémologique
suivante : si on n'est pas convaincu que les ensembles « existent »
dans le même sens que les entiers existent, sur quoi est-on fondé pour
accepter les conséquences arithmétiques de ZFC ?
(Pourquoi ces ensembles, qui n'existent peut-être pas vraiment,
ont-ils des conséquences bien tangibles sur les entiers qui, eux,
existent ?)
Le théorème de Gödel s'applique bien sûr aussi à ZFC lui-même si celui-ci est cohérent : il permet de dire que ZFC, s'il et cohérent, ne peut pas montrer sa cohérence (qui est pourtant un énoncé arithmétique). Bien sûr, Peano peut encore moins. On peut néanmoins montrer la cohérence de ZFC en ajoutant à ZFC des axiomes plus forts, comme l'existence de certains « gros » ensembles (un cardinal inaccessible), mais, évidemment, la théorie ainsi augmentée ne prouvera pas sa propre cohérence (si elle est cohérente).
Une façon plus inattendue de lire le théorème de Gödel est la
suivante : supposons qu'un mathématicien ait démontré non pas
l'hypothèse de Riemann (remplacez par votre conjecture préférée) mais
l'énoncé suivant : l'hypothèse de Riemann est un théorème
de ZFC
(cela aussi dans ZFC). Doit-on
en conclure que l'hypothèse de Riemann est démontrée ? La première
réaction est de dire oui : si on a démontré que l'hypothèse de Riemann
a une démonstration dans ZFC, c'est qu'elle a une
démonstration, donc elle est un théorème. Pourtant, ce n'est pas le
cas (c'est exactement le même problème que celui qui consistait, plus
haut, à tenir dans Peano le raisonnement que si G est une
conséquence des axiomes de Peano qui sont vrais, alors il est
certainement vrai) : certainement ZFC croit à la véracité
de ses propres axiomes, mais il ne peut pas formaliser la notion
de vérité
de façon à pouvoir dire que toute conséquence de ces
axiomes est elle-même vraie. D'ailleurs, si on remplace l'hypothèse
de Riemann par 0=1
dans le raisonnement, on ne peut pas dire
dans ZFC que
(i.e., 0=1
est un théorème
de ZFCZFC est incohérent
)
soit équivalent à 0=1 (i.e., que ce n'est pas le cas), car cela
reviendrait à prouver la cohérence de ZFC, or Gödel nous
prédit justement qu'on ne peut pas y arriver (sauf si c'est
faux…). Dans le cas de l'hypothèse de Riemann, notre
mathématicien aurait en fait démontré qu'elle découle
de ZFC plus l'axiome d'existence d'un cardinal
inaccessible (comme on n'a pas moins, ou pas plus, de raison de croire
à la possibilité et aux conséquences arithmétiques d'un cardinal
inaccessible qu'à celles de l'univers de ZFC, on peut
s'estimer satisfait, mais néanmoins les règles du dogme officiel n'ont
pas été satisfaites).
De façon générale, il est sans doute étonnant d'apprendre que si on
ajoute à ZFC une infinité d'axiomes (un schéma d'axiomes)
affirmant pour tout énoncé P que si P est un
théorème de ZFC, alors P
, on a fait une
addition tout à fait substantielle au système. Épistémologiquement,
ceci pose la question de savoir si on doit croire à ce schéma, et
pourquoi. (Pour ceux qui aiment les grands cardinaux, il découle du
schéma d'axiomes selon lequel toute classe close cofinale —
explicitement définie — d'ordinaux contient un cardinal
inaccessible.) Ne pas y croire est déplaisant : si on croit
que ZFC dit la vérité, on serait bien obligé de le croire
quand il dit qu'il démontre un théorème ! Mais y croire est également
déplaisant : car une fois qu'on ajoute ce schéma d'axiomes, il
faudrait le rajouter à nouveau pour la théorie ainsi modifiée, et
ainsi de suite… mais ce et ainsi de suite
cache beaucoup
de poussière, de surprise, et de grands ordinaux chafouins. ((Pour
ceux qui voudraient en savoir plus, je renvoie au très bon livre
de Torkel
Franzén, Inexhaustibility: a non-exhaustive
treatment.))
⁂
Je reviens une nouvelle fois à mes moutons.
J'ai expliqué pourquoi ZFC prouve des énoncés
arithmétiques que les axiomes de Peano ne permettent pas de prouver,
et que c'est une question épistémologique épineuse de savoir pourquoi
on doit croire à de tels énoncés (ou si on doit croire à certains
énoncés au-delà de ZFC mais dont la véracité a l'air
d'être sous-entendue par celle de ZFC). Néanmoins, on a
une surprise pour ainsi dire dans le sens inverse quand on découvre
que : vraisemblablement, tous les théorèmes arithmétiques des
mathématiques usuelles (c'est-à-dire, hors de la logique et des
champs proches, ou de tous théorèmes conçus exprès pour réfuter cette
affirmation), démontrés dans ZFC, sont en fait
démontrables dans l'arithmétique de Peano (et même dans des
théories encore beaucoup plus faibles : par exemple l'arithmétique de
Peano dans laquelle le schéma de récurrence est limité à des formules
bien particulières, genre des formules semi-décidables par une machine
de Turing). En particulier, le théorème de Fermat-Wiles devrait,
vraisemblablement, découler des axiomes de Peano. Je
dis vraisemblablement
parce que c'est quelque chose qui fait
débat : tous les logiciens ont l'air fortement convaincus de ce fait
(voici un
article qui expose très bien la situation et le point de vue des
logiciens), les mathématiciens non logiciens sont généralement plus
sceptiques ; et évidemment, on ne connaît pas de démonstration du
théorème de Fermat-Wiles dans l'arithmétique de Peano : on pense juste
qu'il devrait y en avoir une (et on a des idées sur la façon de la
faire, mais ça ne peut évidemment pas être complètement systématique
puisque, je l'ai prouvé, il existe des théorèmes arithmétiques
de ZFC qui ne découlent pas de Peano : le point important
est que ces choses-là n'arrivent pas dans les « vraies »
mathématiques).
Devrait-on s'en réjouir ? Ce n'est pas clair. Le côté positif de cette constatation (si elle est vraie), c'est que les questions épistémologiques sur la véracité des conséquences arithmétiques de ZFC n'ont pas à nous tracasser : les vrais théorèmes mathématiques n'en ont pas besoin. Et ces vrais théorèmes sont fondés dans une théorie beaucoup plus élémentaire, donc plus vraisemblable, que ZFC. Le côté négatif, c'est que ce n'est pas ce qu'on fait, justement : on démontre nos théorèmes dans ZFC, qui est (au moins arithmétiquement) beaucoup trop forte pour ce dont les mathématiques ont besoin. On fait inutilement intervenir des constructions qu'on pourrait qualifier de douteuses. Mais les démonstrations reformulées dans l'arithmétique de Peano deviendraient probablement incompréhensibles ! Et un autre côté négatif, ou une autre façon de présenter le même, c'est que les mathématiques n'utilisent pas, et de très loin, toute la puissance de raisonnement qu'elles s'autorisent elles-mêmes (par le dogme orthodoxe) à suivre. C'est assez triste.
Sur ce dernier point, d'ailleurs, un thème récurrent de la logique est que la force des méthodes de raisonnement peut se mesurer sur une échelle graduée par des ordinaux : le fait que les mathématiques hors de la logique n'utilisent jamais de techniques de démonstration logiquement très fortes se voit au fait qu'il n'y a jamais de récurrence sur des ordinaux supérieurs ou égaux à ε0.
2009-10-26 (lundi)
Je me réveille assez souvent pendant la première partie de la nuit (c'est-à-dire, très grossièrement, dans les 3h après m'être endormi) en étant complètement désorienté par exemple quant à l'endroit où je me trouve. Généralement cela fait suite à un rêve, ou une sorte de rêve.
Un thème commun de ce rêve, par exemple, serait que je suis entré dans un endroit plus ou moins labyrinthique et que je ne sais plus en sortir ou que je suis enfermé (les psychanalystes de comptoir auraient certainement beaucoup à dire sur ces thèmes-là !). Ou encore je rêve que quelqu'un a éteint la lumière alors que je suis dans un endroit qui m'est très peu familier et que je veux en sortir mais que je ne sais plus bien où est la sortie ni où est la lumière (ou même je rêve que je me suis endormi dans une maison que je ne connais pas, et que je me réveille et que je ne sais plus où sont les toilettes) : dans ces derniers cas, le rêve touche de très près à la réalité, et même lorsque, dans la réalité, je suis simplement chez moi, je me réveille complètement perdu. (Et parfois, je cherche la lumière une fois réveillé, justement je ne la trouve pas, ce qui alimente encore le même rêve.) Parfois aussi je fais un peu de somnambulisme et je me mets dans un état semi-endormi à chercher la sortie du labyrinthe de mes rêves[#]. J'en ai déjà parlé.
Ma confusion ne concerne pas forcément l'endroit où je suis. Parfois je me réveille en disant quelque chose de complètement incompréhensible (enfin, cela devait probablement être compréhensible si on connaissait le rêve qui précédait, mais moi-même je l'oublie très rapidement). Je réveille de temps en temps mon poussinet, comme ça, qui ne comprend pas plus que moi ce qui lui arrive. D'ailleurs, la même chose lui arrive aussi (mais plus rarement, je crois, et je ne crois pas qu'il ait jamais cette sensation d'être perdu).
Ce qui est bizarre, c'est que ça n'arrive presque que dans les premières heures du sommeil. Quand la nuit est bien plus avancée, je peux faire rêve sur rêve (et il m'arrive là aussi de rêver de labyrinthes, même s'ils prennent une forme assez différente) et même si on me réveille au cours de ceux-ci, je n'ai peut-être pas l'esprit complètement frais, mais je n'ai pas cette confusion caractéristique des débuts de nuit.
[#] Il m'est arrivé d'appeler au secours, cependant, quand j'étais plus petit, notamment quand j'étais vraiment dans un endroit que je ne connaissais pas et que je n'avais pas repéré les lieux. La panique de ne retrouver ni la porte de sortie de la pièce, ni l'interrupteur de lumière, pouvait être vraiment terrible.
2009-10-26 (lundi)
Ce week-end, j'ai mis en contact deux amis que je connaissais séparément, en espérant qu'ils sympathisent. Chose qui n'a rien de remarquable (sauf à la rigueur le fait que ces deux amis habitent à 8977km(±2km) de chez moi à vol d'oiseau) ; mais, finalement, je n'ai pas souvent l'occasion de le faire : beaucoup de mes amis se connaissent déjà entre eux, ou quand ce n'est pas le cas, il est souvent soit peu souhaitable (humeurs probablement incompatibles, centres d'intérêts trop disjoints) soit probablement difficile (connaissance limitée à un cadre restreint, emplois du temps difficiles à concilier) de les amener à se rencontrer. C'est dommage.
Je pense pourtant que je devrais — et qu'en général « on » devrait — faire des efforts pour rassembler des gens qu'on connaît et qui auraient des chances de pouvoir s'entendre, voire devenir amis (ou, pourquoi pas, plus) si affinités : on s'extasie sur des sites web de réseaux sociaux (le plus récemment Facebook, même si celui-ci exploite en vérité assez peu la notion d'ami d'ami), mais dans la vraie vie j'ai l'impression qu'on explore assez peu qui nos amis d'amis et amis d'amis d'amis peuvent nous amener à rencontrer[#].
Il y a déjà assez longtemps, j'avais proposé un système pyramidal consistant, pour résumer, à inviter à dîner six amis qui (autant que possible) ne se connaissent pas les uns les autres, afin qu'ils se rencontrent et lient connaissance, puis leur demander que chacun reproduise le schéma (en plaçant celui qui les a invités au préalable dans la liste des convives) — et ainsi de suite récursivement. Comme beaucoup d'idées que j'ai eues, je me sens idiot de ne jamais l'avoir mise en pratique ; je devrais y reréfléchir ou, au moins, rédiger proprement des « règles » d'un tel système de rencontres et lui donner un nom accrocheur, après tout ça pourrait être un mème à succès[#2].
[#] Sauf peut-être quand
il s'agit d'obtenir une faveur (le piston social
) : c'est sans
doute utile d'apprendre à cette occasion qu'on a forcément un ami qui
connaît un proche de tel ou tel ministre, mais il y a beaucoup
d'autres gens intéressants dans la vie que des proches de
ministres.
[#2] Il y a des petits jeux du même genre avec des livres, par exemple (comme des chaînes, où on reçoit un livre qu'on est invité à lire et à donner à quelqu'un d'autre après avoir inscrit son nom dedans), qui ne sont pas moins sympathiques.
2009-10-25 (dimanche)
Mon poussinet et moi avons vu le film Patrick 1,5 (titre bizarrement traduit en français comme Les Joies de la famille). C'est certes un peu prévisible, mais c'est tout mignon et ça nous a beaucoup plu : je recommande, donc (et pas seulement parce que les deux principaux acteurs, Gustaf Skarsgård et Thomas Ljungman, sont très jolis à regarder). La difficulté, par contre, c'est qu'il n'est (plus ?) diffusé que quand une douzaine de salles en France (deux à Paris) : pour notre part, nous sommes allés au Mk2 Beaubourg (qui s'est fait une certaine spécialité de projeter les films « LGBT-themed »).
En passant, j'ai vu des gens (je crois que c'étaient les Mormons de la rue Saint-Merri) qui s'étaient installés au coin de Beaubourg et qui, perchés sur des bittes[#], lisaient à haute voix des textes religieux en anglais, probablement la bible du roi Jacques ou le livre de Mormon ou quelque chose de ce genre : ça faisait exactement penser à la scène des prophètes de Life of Brian (ou un peu au sermon au tout début de ce passage de The Meaning of Life), du coup j'ai vraiment eu envie de me mettre à côté d'eux et de commencer à prêcher moi aussi (mais je me suis souvenu de comment Brian finit et j'ai préféré éviter).
[#] Des bittes pour empêcher les voitures de passer, je veux dire. Après, si pour Pierre sur une pierre on peut fonder une Église, on peut certainement aussi faire des choses intéressantes sur une bitte.
2009-10-24 (samedi)
Les lecteurs attentifs de ce blog (c'est de vous que je
parle) connaissaient depuis
longtemps Naughty & Dotty, ainsi
que Daisy, et
peut-être avez-vous vu remarqué
Coinky (le poussin obèse qui joue de la flûte ténor). Ruxor et le
poussinet ont la joie de vous présenter le nouvel arrivé de cette
petite ménagerie : Bluby, la baleine toute souriante. (Adoptée au
magasin Le Phare de
la Baleine de Bordeaux par un
poussinet de passage. La
vendeuse lui a demandé c'est pour un petit garçon ou une petite
fille ?
, et le poussinet a, on peut l'imaginer, un peu rougi en
répondant c'est pour moi
; la vendeuse l'a alors
rassuré : vous avez le droit d'aimer les baleines
.)
La DDASS n'a fait aucune difficulté à ce que nous
l'adoptions conjointement.
Vous pensez peut-être que nous sommes fous de peluches, mais en fait c'est très difficile d'en trouver qui me plaisent. Quand je fais un tour au rayon peluches et doudous du BHV, la plupart de celles que je vois ont une expression qui ne me plaît pas. Peut-être que je n'ai pas les mêmes goûts que les enfants de cinq ans ?
Sinon, parlant de baleines, j'aime bien cette vidéo.
2009-10-22 (jeudi)
Il y avait ceux (et même des gens célèbres-sur-la-toile) qui prévoyaient, les mêmes causes produisant les mêmes effets, que le Conseil constitutionnel ne pouvait que renouveler sur la loi Hadopi 2 la censure dont il avait déjà frappé la loi Hadopi. Il y avait même ceux qui suggéraient qu'un certain énervement se ferait ressentir rue de Montpensier en voyant le législateur publier exactement la même loi qui avait déjà été refusée une fois (dans des termes différents, certes, mais tout étant fait en sorte que les effets soient exactement les mêmes). Et il y avait des rumeurs comme quoi le Conseil d'État (qui loge, après tout, à quelques couloirs du Conseil constitutionnel et ne doit pas être complètement ignorant[#] de la Constitution) aurait soufflé au gouvernement que cette loi était contraire à la Constitution. En vérité, ces Messieurs du Conseil constitutionnel n'ont pas eu l'air spécialement émus de devoir plancher une deuxième fois sur la même loi, ou qu'on contourne grossièrement leur précédente décision : cette fois, ils ont validé la loi (à un détail près, qui déplaira peut-être à certains mais qui ne protège absolument pas les internautes). J'avoue que j'ai une image du Conseil constitutionnel un peu comme sa caricature chez les Guignols de l'Info et que ceci ne l'aide pas vraiment.
[#] Même si on a, en
France, cette aberration incompréhensible du droit qui veut que le
juge, qu'il soit administratif ou judiciaire, ne peut pas regarder la
Constitution pour savoir si les lois y sont conformes. Ce serait
éventuellement sensé s'il n'avait jamais le pouvoir d'écarter
l'application d'une loi, mais il l'a lorsqu'elles sont contraires à un
traité (ou, via les traités européens, au droit communaitaire même
dérivé) : on arrive donc à cette situation totalement idiote, absurde,
et que personne n'est foutu d'expliquer, que la Constitution est
censément au-dessus des traités eux-même au-dessus des lois, mais
qu'elle est tellement au-dessus qu'on ne la voit même plus. D'où ma
sempiternelle question : que se passerait-il si la France passait un
traité avec les îles Tuvalu dont le contenu serait la France
s'engage à respecter la Constitution française
(en échange de quoi
les îles Tuvalu s'engagent à ce que 2+2=4, puisqu'il faut paraît-il
une réciprocité dans les traités) : ceci permettrait-il au juge de
faire respecter le traité qui dit que la Constitution doit être
respectée ?
⁂
Pendant ce temps, à Bruxelles (ou Strasbourg ?), il semble qu'il y
ait aussi des mauvaises nouvelles de l'amendement 138 (aka 46)
du paquet Télécoms
(un amendement qui prévoyait, justement,
d'interdire de suspendre une connexion Internet sauf par une décision
de justice — et auquel les gouvernements français et anglais
étaient, très logiquement, viscéralement opposés). Rappelons que le
Parlement avait plusieurs fois, à une très large majorité, rétabli cet
amendement contre la volonté du Conseil (c'est un domaine de
codécision, donc il faut que les deux s'entendent sur le même texte),
et aux dernières nouvelles le
texte était
en comité de conciliation. J'entends maintenant
que l'amendement
a été abandonné mardi par le Parlement, mais je n'arrive pas à
savoir si c'est en comité ou en séance plénière (je ne suis pas sûr de
comprendre la procédure, mais si c'est en comité, il est possible que
l'amendement puisse encore être réintroduit en séance plénière ; si
c'est en plénière, c'est trop tard, parce que le Conseil va
certainement approuver le paquet tel qu'il est). Impossible de
trouver un dossier sur le paquet Télécoms sur le site Web du parlement
européen : si vous y arrivez, vous êtes plus fort que moi ; mais je
note que les minutes de la séance de
mardi sont
en ligne et même si je ne comprends pas ce mélange de toutes les
langues de l'Union ça n'a pas l'air de beaucoup parler de
Télécoms.
⁂
Je fais un léger non sequitur pour dire qu'il
y avait avant-hier à Télécom (l'École !) une conférence, organisée par
l'association Utopia
et dont le titre était : Quels enseignements politiques tirer des
expériences du logiciel libre et de celle
des creative commons ?
J'y suis allé,
outre parce que j'étais dans le bâtiment, parce que l'un des invités
était Patrick Bloche
(député de Paris, maire du 11e
arrondissement, PS), pour qui j'ai le plus grand respect
(au moins dans ce combat précis, mais
déjà il y a dix ans lorsqu'il a « porté » le PACS à
l'Assemblée). Il a fait la prévision que, quelle que soit la décision
que le Conseil constitutionnel rendrait, cette loi ne serait jamais
appliquée, ne serait pas plus appliquée que la loi DADVSI
avant elle, et que ce n'était pas l'intention de ceux qui la
portaient qu'elle fût appliquée puisque l'ancienne ministre de la
culture parlait de loi pédagogique
(peut-être
même thérapeutique
?), qu'il s'agissait plutôt d'une tentative
de contrôle d'Internet et surtout de l'attention du public. Mais
celui qui a surtout parlé, dans cette conférence,
c'est Philippe Aigrain
(connu notamment comme le fondateur
de La Quadrature du
Net) : et il faut dire qu'il parle extraordinairement bien,
Philippe Aigrain — c'est clair, c'est précis, c'est
compréhensible, c'est argumenté. Je ne veux pas tenter de résumer en
une phrase ce qu'il a dit. Mais comme je tape des notes dans la
plupart des séminaires scientifiques auxquels j'assiste et que j'ai
décidé d'en faire autant cette fois-là, vous voulez les
lire : elles sont
ici (évidemment, comme c'est saisi sur le vif, il y a des choses
que j'ai ratées, ou mal comprises, ou mal entendues, etc., donc c'est
parfois un peu bordélique, mais j'espère quand même que ça reste
compréhensible). La vidéo sera disponible plus tard (je ne sais pas
quand) en
ligne (ou peut-être ailleurs : ils avaient
évoqué Mediapart).
2009-10-21 (mercredi)
J'ai donné hier un TP pour un cours d'(introduction à
l')arithmétique pour la
cryptographie[#] dont je suis
responsable à Télécom (dans le cadre d'un master sécurité
). Le
choix du logiciel de calcul
symbolique dans lequel travailler est toujours un peu épineux. Je
préfère par principe un logiciel libre, ce qui laisse encore un
certain choix ; mais il faut tenir compte de l'environnement
disponible dans les salles de TP auxquelles j'ai accès.
Or, à ce sujet, sauf à aller frapper à la porte d'autres départements
de l'École, le choix est entre des salles de PC Windows
(or je ne sais pas utiliser Windows, et je n'ai pas trop envie
d'apprendre) ou de Sun (également Intel) sous Solaris 11,
l'installation de ce dernier OS n'étant pas toujours
complètement orthodoxe (et, concrètement, compiler n'importe quoi est
une gageüre). L'an dernier j'avais fait mes TP
sous Maxima qui est, il
faut le dire, assez mauvais (et je ne sais pas qui a eu l'idée
d'utiliser “:” pour l'affectation, mais il
devait vraiment avoir fumé quelque chose). Cette année, j'ai jeté
l'éponge sur l'idée de compiler quoi que ce soit sur les machines
de TP, et j'ai
utilisé Sage[#2] à
distance : le programme tourne sur ma machine au bureau, et les
étudiants y accèdent par un navigateur Web. Il faut dire que Sage a
un système de worksheets assez impressionnant de
ce point de vue-là (il y en a une démonstration publiquement
accessible
sur www.sagenb.org[#3]).
C'est une idée séduisante a priori : au lieu de faire une interface graphique, un programme peut toujours décider d'utiliser un navigateur pour ça, de se présenter sous la forme d'un site Web. Et de fait, les webapplications rencontrent un succès spectaculaire qu'on peut juger au nombre de bouquins sur Ajax (il ne s'agit pas du cousin d'Achille) qu'on peut trouver dans n'importe quel rayon informatique (section technologies Web) de librairie.
Mais en fait, le concept a aussi ses limitations, qu'on rencontre rapidement même quand la réalisation est soignée, et qui donnent un petit goût désagréable d'inachevé ou de bricolé. Prenez les racourcis clavier : on ne peut y mettre que ce que le navigateur lui-même n'a pas réquisitionné ; prenez les commandes à la souris : elles sont sévèrement contraintes par ce que le modèle de focus du document permet ; on a du mal à avoir un vrai menu contextuel, on a du mal à avoir du glisser-déplacer qui marche de façon fluide et claire, on a du mal à avoir un copier-coller riche, on a du mal à avoir un système de menus ou un toolkit qui s'harmonise bien avec le navigateur, l'édition des textes se fait dans des widgets qui ne sont pas de vrais éditeurs, la notion de session est difficile à faire avaler à un système (le Web) prévu pour être sans état… Bref, l'idée est sympa et certainement très utile, mais j'aimerais bien que des solutions soient trouvées pour que ça cesse d'être du bricolage et que l'intégration soit vraiment parfaite (c'est-à-dire aussi bonne que pour une application native) : or j'y crois fort peu. S'agissant de l'interface worksheet de Sage, le boulot réalisé est impressionnant, certes, mais ce genre de limitations me frappe toujours : le copier-coller a des ratées, les rectangles de saisie varient parfois de taille de façon inexpliquée, bref, les finitions manquent (et ce n'est pas la faute de Sage, c'est le concept de webapplication qui rend ça pour l'instant inévitable).
Bon, le pire ça a surtout été quand j'ai voulu faire cet après-midi
un corrigé de ce TP : je me suis dit que j'allais
l'écrire comme une worksheet Sage, justement
(plutôt qu'en tapant tout en TeX). Mauvaise idée. D'abord, tous les
commentaires entourant les commandes, j'ai dû les saisir dans un
éditeur HTML appelé depuis l'interface et qui est certes
impressionnant mais qui n'est pas l'éditeur que j'ai l'habitude
d'utiliser (et pour ce qui est du copier-coller, de nouveau, c'est pas
terrible). Mais une fois que j'eus fini et que j'eus publié
ma worksheet, je me suis senti un peu escroqué :
la page Web ainsi produite est assez jolie, mais pas moyen de
l'exporter en PDF (si j'essaie de l'imprimer vers
un PDF, mon navigateur produit quelque chose de vraiment
très moche), pas vraiment moyen non plus de la sauver comme une
page HTML (elle fait appel à des quantités
invraisemblables de JavaScript de
chez jQuery
et jsMath), on
peut juste en sauvegarder une version au format Sage worksheet, qui
sera certes lisible sur un autre Sage, mais bon, le problème initial
était justement que ce n'est pas la chose la plus facile au monde à
installer.
[#] Le but du cours étant d'arriver à faire comprendre à des gens qui ont fait des parcours assez différents (et parfois plus fait de maths depuis longtemps) comment « fonctionnent », si j'ose dire, ℤ/mℤ (le théorème chinois, les éléments primitifs, ce genre de choses) et (un tout petit peu) les corps finis.
[#2] Aux dernières nouvelles, Sage ne tourne pas sous Windows, et pas bien (ou pas complètement) sous Solaris. Donc c'était peu évident, comme solution !
[#3] Je me demande comment ce site fait pour ne pas être complètement vandalisé, d'ailleurs.
2009-10-17 (samedi)
Tout le monde sait que les Espagnols ont deux noms de
famille[#] : un qui leur vient du
père (a priori placé en premier), et un qui leur vient de leur
mère (a priori placé en second). Je pensais que l'un de ces
noms était patrilinéaire et l'autre matrilinéaire : je suis déçu
d'apprendre que, non, même si la loi autorise à permuter les deux
noms, chacun donne à ses enfants son premier nom, donc
normalement le nom de son père. Donc normalement le nom de quelqu'un
est formé du nom de son père et du nom de sa mère, c'est-à-dire, du
nom de son grand-père paternel et du nom de son grand-père
maternel, les grand-mères pouvant aller se faire voir. Contrairement
à ce qu'on dit parfois, le système ne respecte pas l'égalité des sexes
(sauf, justement, depuis que la loi permet de permuter les deux noms,
mais ce n'est pas trop dans l'usage). La solution que j'avais en tête
était plus simple : chacun a un nom patrilinéaire et un nom
matrilinéaire (l'ordre entre les deux étant arbitraire et non défini),
et reçoit le nom patrilinéaire de son père et le nom matrilinéaire de
sa mère ; là, l'égalité des sexes aurait été parfaite.
Malheureusement, le monde ne se conforme pas toujours à mon
imagination de
matheux[#2]. ![]()
Même ce schéma consistant à avoir un nom patrilinéaire et un nom matrilinéaire est un peu regrettable : s'il respecte l'égalité des sexes, il en organise aussi la ségrégation rigoureuse (noms d'hommes et noms de femmes ne se mélangent pas : on reçoit un nom de son grand-père paternel, un autre de sa grand-mère maternelle — les hommes ne peuvent préserver un de leurs noms qu'en ayant un garçon, les femmes en ayant une fille). On pouvait imaginer d'autres choses : les Modulotroisiens, par exemple, ont aussi deux noms, que nous appellerons le Nom 1 et le Nom 2 (ce qui ne signifie pas qu'ils soient forcément cités dans cet ordre là) ; la règle est que le Nom 1 d'un individu est le Nom 2 de son père, et que le Nom 2 d'un individu est le Nom 1 de sa mère — cette fois, ce sont le grand-père paternel et la grand-mère maternelle qu'on oublie, les hommes transmettent un de leurs noms (le 2) par leurs filles et les femmes (le 1) par leurs fils. C'est un peu tordu, mais les anthropologues structuraux ont décrit des choses autrement plus tordues dans les structures de tabous sur l'inceste ou d'obligations de mariage entre cousins croisés : ça ne m'étonnerait pas qu'on eût vraiment rencontré quelque part le système de noms que je décris. On peut évidemment le compliquer : chez les Modulocinquiens, chaque individu à quatre noms, numérotés de 1 à 4 (même si seuls les noms 1 et 4 sont couramment utilisés) ; les noms 1 et 2 d'un individu sont les noms 2 et 4 (respectivement) de son père, et les noms 3 et 4 d'un individu sont les noms 1 et 3 (respectivement) de sa mère ; chez les Moduloseptiens, chaque individu a six noms, les noms 1, 2, 3 étant les noms 2, 4 et 6 du père, et les 4, 5, 6 étant les 1, 3 et 5 de la mère — malgré la similitude, il y a une différence très importante entre les Modulocinquiens et les Moduloseptiens, que je laisse le lecteur découvrir par lui-même[#3].
Trêve de délires matheux, il est maintenant possible en France de donner à ses enfants un double nom (un nom du père et un nom de la mère, choisis par les parents, et dans un ordre également choisi par eux ; mais le nom de toute une fratrie d'enfants d'un même couple doit être le même, choisi lors de la naissance du premier). Il était initialement prévu — par une simple circulaire — de séparer les deux noms d'un nom double par un double trait d'union (ainsi les enfants de Monsieur Dupont et de Madame Dugenou pourraient-ils s'appeler les Dupont, les Dugenou, les Dupont--Dugenou ou les Dugenou--Dupont : et rien d'autre), pour les différencier des noms composés mais uniques pour ce qui est de la loi en question[#4]. Comme la France est généreusement dotée d'autant de procéduriers pénibles pour contester des règles idiotes que de bureaucrates pour inventer ces règles idiotes, il s'est évidemment trouvé des gens pour contester devant les tribunaux l'usage du signe typographique “--” comme séparateur (dont il faut avouer qu'il est assez peu français, mais bon, innover en matière de ponctuation est une bonne idée) ; et le tribunal de grande instance de Lille leur a donné raison (impossible apparemment de trouver le jugement sur Internet) au motif qu'une circulaire ne peut pas créer de droit[#5]. Du coup, maintenant, on doit se trouver dans une situation où il y a une différence byzantine entre des gens qui ont un nom double et des gens qui ont un nom composé, sans que cette distinction puisse se voir au niveau de l'écriture du nom ! Si le législateur avait été un peu moins control-freak, il aurait simplement prévu que les parents choisissent le nom de leur enfant en juxtaposant comme ils le souhaitent[#6] les éléments du nom des deux parents, ces éléments étant séparés par une espace, un trait d'union, ou un signe de ponctuation quelconque (le choix étant arbitraire à chaque fois que le nom est écrit), et on aurait évité ce merdier de distinction inutile entre noms doubles et noms composés : je ne vois absolument pas l'intérêt de fixer des règles juste pour éviter que les enfants de Monsieur Machin-Trucmuche ne reçoivent que Machin ou Trucmuche dans leur nom ou que ceux de Madame Dupont--Dugenou reçoivent à la fois le Dupont et le Dugenou (sauf à recevoir exactement les deux).
[#] Même si je ne suis pas certain que les deux servent vraiment (en France, beaucoup de gens ont quatre prénoms, mais il est plus qu'un peu rare d'appeler quelqu'un par autre chose que son premier prénom ; dans les pays anglo-saxons, le middle name est un peu moins rarement utilisé, mais il reste relativement marginal). Sans regarder Wikipédia, sauriez-vous dire les deux noms de Rafael Nadal, Pedro Almodóvar, Penélope Cruz ou Antonio Banderas (attention, pour ce dernier, il y a un piège) ?
[#2] Par contre, il y a
des gens qui étudient assez sérieusement ce qu'on trouve en remontant
un arbre généalogique très loin dans
la branche
patrilinéaire et dans
la branche
matrilinéaire. Avec ce système, j'imagine que mes noms de famille
seraient R1b et F : pas très joli, finalement. ![]()
[#3] Indication : qu'arriva-t-il le jour où la moitié de l'état-civil de la Moduloseptie fut brûlé de sorte que seuls les noms 1, 2 et 4 de chaque individu survécurent ?
[#4] Les enfants de Monsieur Machin-Trucmuche et de Madame Dupont--Dugenou pourraient s'appeler les Machin-Trucmuche, les Dupont--Dugenou, les Dupont, les Dugenou, les Machin-Trucmuche--Dupont, les Machin-Trucmuche--Dugenou, les Dupont--Machin-Trucmuche ou les Dugenou--Machin-Trucmuche ; mais pas les Machin--Dupont ni les Trucmuche, ni les Dugenou--Dupont, ni les Dupont-Dugenou : vous suivez ?
[#5] Je ne comprends
d'ailleurs pas vraiment le raisonnement du tribunal : la circulaire
semble préciser uniquement la façon dont on note le double nom sur
l'acte d'état-civil, je ne vois pas ce que ça change de si la
circulaire avait demandé que figure en toutes lettres la
mention Dupont-Dugenou est un nom double dont la première partie
est
. Idem quand
quelqu'un demandera son nom à Madame Dupont--Dugenou : c'est à celui
qui rédige le formulaire de préciser s'il veut qu'on sépare les deux
parties d'un nom double par un signe de ponctuation particulier, et il
peut très bien demander qu'on mette un astérisque ou une barre
oblique.Dupont
et la seconde Dugenou
[#6] Au moins un
élément, bien sûr ! Et en permettant éventuellement au pouvoir
réglementaire fixer quelques règles supplémentaires concernant des
éléments tels que de
ou le
, si on veut absolument éviter
que les enfants de Monsieur de la Pâte Feuilletée
s'appellent de
tout court. Encore que, si les parents y
tiennent vraiment…
2009-10-17 (samedi)
Mettez-vous à la place des victimes…
Lorsqu'il y a une discussion sur la justice pénale (que ce soit en
général ou sur une affaire en particulier), il y a des chances que
quelqu'un finisse par sortir cette incantation, qui ressemble beaucoup
au point
Godwin en la matière : Mais mettez-vous un peu à la place des
victimes…
C'est quelque chose qui m'horripile.
Ce n'est pas que l'argument soit mauvais en soi : il est certainement bon et souhaitable, que ce soit pour une réflexion générale ou particulière sur la Justice, de prendre en compte le point de vue des victimes. Le problème, c'est que quand on le fait, il faudrait aussi savoir se mettre à la place des coupables (ou, s'agissant d'une affaire particulière et non encore jugée, des accusés). Ce n'est pas un exercice formel de relativisme, et ce n'est certainement pas un argument pour dire que les points de vue de la victime et du criminel sont interchangeables et qu'on doit faire une sorte de « moyenne » entre eux ! Mais ces deux points de vue ne sont pas, ou ne devraient pas être, irréconciliables : si la victime d'un crime ne cherche pas à se venger mais demande simplement justice, et si le coupable ne cherche pas à échapper à la peine mais à se réconcilier (avec sa conscience, avec la société, et idéalement avec la victime aussi) et à se réinsérer, alors ils peuvent être d'accord. Le rôle d'un juge, dans un procès où les faits ne sont pas contestés, devrait sans doute être de se rapprocher mentalement à la fois de la victime « parfaite » et du criminel « parfait » qui parleraient d'une même voix. Si on ne regarde que le point de vue de la victime, c'est sans doute que ce n'est pas celui d'une victime « parfaite » en ce sens.
Or je n'entends jamais (de la part, au hasard, d'un ministre de la
Justice, dans le cadre d'une discussion sur la rigueur des peines),
l'exhortation : Mettez-vous à la place des condamnés…
Une telle phrase déclencherait certainement un tollé : Comment ?
On oserait mettre sur le même plan <gnagnagnagnagnagna> !
Cette attitude offensée (par exemple celle consistant à se dire ah
mais moi je ne ferais jamais quelque chose de semblable ! je
ne suis pas un criminel / violeur / pervers / détraqué
sexuel, moi ! comment voulez-vous que je me mette à la place
d'un coupable ?
) procède de l'idée que les coupables d'un crime ne
sont pas sont des humains normaux ; que ce sont gens complètement à
part, des monstres, qui ont a priori quelque chose de différent
de vous ou moi. Cette idée est fausse, et elle est dangereuse pour la
Justice. Parmi les gamins de cinq ans qui nous regardent avec des
yeux d'ange, il y en a qui seront victimes de crimes, oui, et il y en
a (sans doute pas beaucoup moins) qui en commettront : l'idée (qu'on
peut soupçonner certains hommes politiques de tous bords de croire ou
surtout d'entretenir) que les coupables
et les victimes
seraient des populations structuralement différentes, voire
prédestinées à l'un ou l'autre rôle, la première apparaissant
peut-être par génération spontanée (ce ne sont quand même pas ces
petits anges des écoles maternelles qui deviendront comme ça,
si ?), est une conception de la nature humaine dont la naïvetée
manichéenne ferait sourire si elle n'était pas par ailleurs un peu
nauséabonde comme toute tentative pour diviser l'humanité
en eux versus nous. De même l'idée que les criminels
sont des malades, comme si le Bien était fondamentalement ancré dans
l'âme humaine et que sa disparition était une aliénation mentale (on
aimerait peut-être le croire, mais ce n'est pas sérieux).
Se mettre à la place d'un criminel, ce n'est pas excuser le crime : c'est aussi essayer de le comprendre, et on ne peut pas lutter contre sans le comprendre.
Et quand les gens essaient d'appeler à l'empathie sur les victimes
de crime en clamant et si c'étaient vos enfants ?
, j'ai envie
de demander : les criminels n'auraient pas de parents ? (toujours
cette idée de génération spontanée).
2009-10-12 (lundi)
Il est de bon ton dans certains milieux de se lamenter que les
jeunes de nos jours (ou les Français en général, ou les gens en
général, selon qui parle) ont une culture générale complètement nulle.
Je ne sais pas si je suis d'accord avec cette affirmation (je suis en
tout cas assez sceptique quant à l'idée, souvent implicite, que ce soit
pire qu'avant ; j'aimerais certainement que les gens fussent plus
cultivés mais je ne sais pas si on peut y arriver), mais il y a une
chose qui m'agace profondément dans la façon dont la grande majorité
des gens qui prononcent ce constat accablant l'entendent : c'est
qu'ils parlent uniquement de culture littéraire, historique,
géographique, politique, bref, humaine, et qu'ils font une sorte
d'impasse sur tout ce qui est culture scientifique ou technique.
Bref, ils se lamentent de ce que les jeunes (ou je ne sais qui) ne
savent pas dans quel siècle Shakespeare est né, ne reconnaissent pas
un tableau aussi connu que Les Noces de Cana, ni ne
peuvent citer les pays frontaliers de
l'Allemagne[#] ; mais je suis sûr
qu'ils auraient souvent l'air moins fiers si on leur demandait de but
en blanc (ce que je tâcherai de faire, la prochaine fois que quelqu'un
tiendra devant moi un discours de ce genre, et j'invite mes lecteurs à
jouer aussi à ce jeu) : pouvez-vous me dire approximativement la
masse de la Terre ?
(chose qu'il est à peu près aussi scandaleux
— ou non-scandaleux — d'ignorer que le siècle dans lequel
Shakespeare est né).
La notion de culture générale, et l'idée de ce qu'il est scandaleux
ou non d'ignorer, varie furieusement selon la personne qui donne son
avis, et on devine facilement que c'est une notion qui a tendance à
épouser bien facilement les contours de ce que cette personne
elle-même connaît. Je lève les yeux au ciel parce que mon poussinet
ignore qui est William Blake, et peu de temps après c'est lui qui se
moque de moi parce que je n'ignore presque jusqu'au nom de Paolo
Conte. Je me rappelle avoir entendu un ami s'indigner qu'on puisse ne
pas faire l'effort d'apprendre la liste des rois de France (de fait,
il la connaissait par cœur) et, alors que nous passions rue
Dante, montrer son ignorance complète de qui était ce Monsieur à
part un poète italien (peut-être de l'antiquité ?)
.
Mais dans tous les cas, les connaissances scientifiques ont
tendance à être écartées de la culture générale
, même quand il
s'agit d'un scientifique qui s'exprime. Il n'y a aucune raison à ça :
toute forme de connaissance qui n'est généralement pas directement
applicable dans la vie courante, mais qui participe de façon vague à
notre compréhension du monde dans les bases de telle ou telle
discipline, mérite d'être appelée culture générale
. Le fait de
savoir que la Terre tourne autour du
Soleil[#2] se range donc bien
là-dedans (comme le prouve l'étonnement de John Watson quand Sherlock
Holmes lui avoue dans A Study in Scarlet
qu'il n'en avait aucune idée, et qu'il fera de son mieux pour oublier
cette information vu qu'elle ne peut lui servir à rien) : à mon avis,
c'est assez comparable avec le fait de savoir que Shakespeare était un
poète et dramaturge anglais (et peut-être Sherlock Holmes ignorait-il
cela aussi). D'ailleurs, un assez
célèbre exemple à la
télévision française montre que ce n'est pas gagné pour tout le
monde.
J'aimerais lancer une vaste opération (plus étendue et aussi plus facile que celle-ci) pour évaluer l'étendue de la culture générale des Français, à la fois dans l'absolu et selon des critères et catégories socio-professionnelles, dans différentes disciplines, et en distinguant la connaissance brute et la capacité à la mettre en œuvre dans une question partique (par exemple, un nombre pas forcément ridicule de personnes doivent être capables d'énoncer le théorème de Pythagore ; pour autant, si je leur montre deux points sur une grille centimétrique carrée situés l'un de l'autre à 3cm dans une direction et 4cm selon l'axe orthogonal, je pense que très peu de gens seraient capables de donner la distance entre les deux points).
Mais la chose qui m'effraie le plus, c'est que je pense l'immense
majorité de la population incapable de faire le moindre raisonnement
d'ordre de grandeur. Par exemple, si je demande la masse de la Terre
à un facteur 10 près, la réaction sensée à avoir est de se
dire : Voyons, je sais que sa circonférence fait 40000km (ça c'est
un chiffre que les gens retiennent), donc le rayon fait dans les
6000km, donc le volume dans les 1021m³ ; or puisqu'un mètre
cube d'eau pèse 1000kg, un mètre cube de terre (enfin, de Terre), ça
doit sans doute peser quelque part entre 103kg et
104kg, donc la masse de la Terre doit être quelque part
entre 1024kg et 1025kg.
(De fait, la valeur
correcte[#3] est
6·1024kg.) Pour en arriver là, il n'y a qu'à connaître la
formule donnant la circonférence d'un cercle ou le volume d'une boule
(même ma maman les connaît) et un peu de jugeote dans les
approximations. Mais je soupçonne que quasiment personne ne fera ce
genre de raisonnements : les gens se diraient qu'ils ne se rappellent
pas combien vaut π, n'auraient pas l'idée de se dire que 40 divisé
par 2π ça fait environ 40 divisé par 6 ça fait environ 6 et c'est
bien assez précis comme ça, et évidemment ils n'oseraient pas
manipuler des puissances de 10. Peut-être que je me trompe, mais je
suis pessimiste : je crois que les gens, même ceux qui connaissent la
formule donnant le volume d'une boule, refuseraient juste de brancher
leur cerveau et sortiraient un nombre quelconque (mille milliards de
tonnes, ça semble beaucoup ? ça doit être ça alors).
J'ai déjà souligné ce genre de
choses.
C'est aussi lamentable que le fait que beaucoup de gens ne
sauraient pas dire que Shakespeare est né au XVIe siècle
(et/ou ne tenteraient pas de réfléchir pour situer la chose par
rapport à l'arrivée de Christophe Colomb en Amérique, à la glorieuse
révolution anglaise, que sais-je encore). Mais c'est aussi plus grave
de conséquences : on n'arrête pas de nous bombarder avec des chiffres
plus ou moins idiots d'ordres de grandeur (pensez, par exemple, à tout
ce qu'on peut raconter en ce moment en ce qui concerne les émissions
de CO2 et la politique énergétique) ; parfois d'ailleurs
des journalistes imbéciles se plantent d'un facteur dix, mille ou un
million (typiquement, traduisent
l'anglais billion
, qui
désigne[#4] le milliard ou
109 en le français billion
, qui désigne mille
milliards ou 1012 ; ou confondent des kilotonnes et des
kilogrammes), quand ils ne se plantent pas, en plus, d'unité
(exercez-vous à compter le nombre de fois qu'un journaliste exprime
une puissance en kilowatts-heure, ou une énergie en kilowatts, ou
parle de kilowatts par heure
pour quelque chose qui n'est
certainement pas une vitesse de variation de puissance : c'est
peut-être un agacement de pédant, mais si le type qui parle ou écrit
avait la moindre compréhension de ce qu'il dit, il ne ferait jamais ce
genre de faute). Je rêve d'un cours d'ordres de grandeur
au
lycée, où on poserait des questions
comme : estimez le nombre de grains de sables sur une plage
typique
ou quelle est la masse totale de toutes les fourmis de
la Terre ?
(vous avez droit à un facteur 100 ou 1000 près, parce
que ce n'est pas facile du tout). La leçon essentielle serait qu'il
est bien plus important de retenir la puissance de 10 que la mantisse
(le multiplicateur qui est devant), et que connaître des nombres
approximatifs, fût-ce à un facteur 10, 100 voire 1000 près, peut être
utile et important pour se rendre compte si une affirmation est
vraisemblable ou non.
Le fait est que l'inculture scientifique crasse de nos concitoyens
est utilisé sans vergogne pour leur faire prendre des vessies pour des
lanternes. (Quand ce n'est pas eux qui se précipitent d'eux-mêmes
pour prendre des vessies pour des lanternes.) Et parfois sur des
sujets graves ou problématiques : beaucoup de gens sont persuadés que
l'énergie nucléaire est mauvaise ou dangereuse, ou que les antennes de
téléphonie mobile émettent trop fort, ou que les OGM sont
dangereux, pour des raisons totalement dénuées de fondement
scientifique (ce qui ne veut pas dire qu'on ne doive pas débattre à ce
sujet, mais l'idée de trancher ces débats par un choix
« démocratique » quand les citoyens sont profondément ignorants et
facilement manipulables par des slogans simplistes, c'est très
inquiétant). Quand ce n'est pas sur des questions de société, c'est
aussi sur des choix individuels à la consommation (xkcd
l'a illustré récemment,
d'ailleurs) : un ami me faisait par exemple remarquer que les produits
alimentaires contiennent soit de l'énergie
(c'est bien
l'énergie, c'est positif, c'est bon pour les enfants pour se dépenser)
soit des calories
[#5]
(mais alors il en faut le moins possible parce que ça fait grossir,
donc il faut être pauvre en calories, si possible contenir moins de 1
calorie par dose) — je ne suis pas certain que les gens soient
bien conscients qu'il s'agit bien de la même chose !
Je ne veux surtout pas jeter la pierre sur les profs ou sur l'Éducation nationale (ils en reçoivent largement assez, des pierres, de tous les côtés). Je dis que je rêve d'un cours d'ordres de grandeur, mais je ne sais pas si ce n'est pas un rêve totalement utopique : j'ai une profonde répugnance à penser que les gens soient condamnés à être ignorants, mais j'ai aussi assez de réalisme pour me rendre compte que c'est parfois naïf d'espérer autre chose. Bref, je n'en sais rien. Mais on pourrait au moins espérer faire rentrer dans la tête des gens que, justement, ils sont ignorants, et qu'à défaut de savoir il est bon de savoir qu'on ne sait pas ! Car si pour ce qui est de la culture dans les humanités il est rare que le pékin moyen, ou l'homme politique (tout aussi moyen) qui le représente, se mêle d'avoir forcément raison[#6], en matière de tout ce qui est scientifique ou technique (informatique, politique énergétique, santé publique), on ne se prive pas de parler bien fort de ce sur quoi on ne sait rien.
Et surtout, je veux jeter la pierre sur ceux qui désespèrent qu'on
pense que Shakespeare est né au XIIe siècle (décidément, je
tiens à mon exemple) mais qui trouvent normal qu'on puisse s'imaginer
que la Terre pèse mille milliards de tonnes ; qui défendraient une
ignorance en disant bah, on n'est pas des astronomes
et qui
rejetteraient l'argument bah, on n'est pas non plus des
historiens
. La chose qui est indéfendable, ce n'est pas d'être
ignorant de l'une ou l'autre question : la chose indéfendable, c'est
d'entendre une question de ce genre dont on ne sache pas la réponse,
et de ne pas aller se bouger son c** pour aller regarder sur Wikipédia
ou dans n'importe quel dictionnaire, pour être un peu moins ignorant
pour la suite.
[#] L'émission Karambolage s'était livrée à ce petit jeu que de demander ça à des Parisiens (et, à des Berlinois, les pays frontaliers de la France). Ce n'était pas vraiment brillant (ni dans un sens ni dans l'autre) : notamment, beaucoup de Français semblent penser que la Russie est limitrophe de l'Allemagne.
[#2] Et un
grand blah
préventif à ceux qui feront les malins en expliquant
que ce n'est pas faux de dire que le Soleil tourne autour de la Terre
car tout est relatif.
[#3] Pour faire un peu
d'histoire des sciences, le premier à avoir mesuré la masse de la
Terre est Henry
Cavendish en 1798, en mesurant du même coup — ou de façon
équivalente — la constante de Newton
(que certains
appellent, du coup, de Cavendish
) de la gravitation, ou la
masse volumique de la Terre (ce qui était la chose qui l'intéressant
le plus dans l'histoire : quelque chose comme 5½ fois celle de l'eau).
À ce sujet, une autre façon de retrouver la masse de la Terre est de
connaître la constante de la gravitation (autour de
6.7·10−11m³/kg/s²), la distance de la Terre à la Lune
(c'est plus facile à retenir sous la forme d'un peu plus que 1 seconde
lumière si on connaît la vitesse de la lumière), la période de
révolution de la Lune (ça, a priori tout le monde sait que c'est un
mois — même si on peut pinailler pour faire la différence entre
le mois sidéral et le mois synodique, ce sera le même ordre de
grandeur)… et les lois de Kepler (ou le théorème du viriel).
Mais bon, c'est un peu plus compliqué, et c'est aussi moins précis
quand on prend des chiffres trop approximatifs (de tête je trouve dans
les 2·1024kg pour la masse de la Terre avec ces valeurs, ce
qui est le bon ordre de grandeur mais quand même pas terrible sur la
mantisse).
[#4] Là, normalement,
des lecteurs me font remarquer que billion
désignait historiquement 1012 en anglais, d'ailleurs ce
sens a perduré plus longtemps en anglais britannique, et que
réciproquement, billion
a pu désigner un milliard
(109) en français. Les deux sont vrais, mais maintenant
l'usage est à peu près fixé. Mon avis est d'ailleurs que le
mot billion
et même milliard
devrait être complètement
supprimé, et qu'on devrait utiliser les préfixes SI comme
si c'étaient des nombres (ça a le double avantage de ne pas dépendre
de la langue, et d'avoir le même langage pour les quantités sans
dimensions et pour celles qui en ont) : donc dire que la Terre compte
six giga habitants, que la dette des États-Unis est d'une douzaine de
téra dollars, etc.
[#5] Il s'agit, en fait, de kilocalories (soit 4.184kJ). Mais comme les gens n'ont aucune idée des ordres de grandeur des énergies, faire remarquer la différence c'est comme pisser dans un violon. Pour la défense de ceux qui confondent calorie et kilocalorie, admettons cependant qu'il y a une ambiguïté historique sur l'usage de ce terme (c'est comme pour le billion).
[#6] Pour faire un
léger coq-à-l'âne, cela m'évoque cependant l'anecdote suivante
(probablement apocryphe, et donc je ne vais pas chercher à en
retrouver une source, de peur d'apprendre que c'est complètement
inventé) : au cours d'un débat à la Chambre des Communes quand elle
était Premier ministre, Margaret Thatcher aurait expliqué qu'il ne
fallait pas écouter le chant de sirène des travaillistes, car si
Ulysse avait écouté le chant des sirènes, son bateau aurait sombré et
il ne serait pas arrivé à bon port
. Ce à quoi un député
travailliste aurait répliqué que (1) Ulysse a écouté le chant
des sirènes, (2) son bateau a sombré, (3) il a quand
même fini par arriver à bon port, et (4) il serait temps d'ouvrir
une commission d'enquête sur l'état des études classiques au
Royaume-Uni.
2009-10-10 (samedi)
Je soupçonne qu'il s'agit là d'une question assez caractéristique de celles que les matheux se posent et réciproquement [que ceux qui se la posent sont matheux dans un certain sens]. Quand on prend un taxi, outre les frais de prise en charge et un prix minimum par course, il y a essentiellement deux tarifs : un tarif horaire (appelons-le α), qui garantit que le taxi est payé même s'il y a des embouteillages et qu'il passe beaucoup de temps à faire une courte distance, et un tarif kilométrique (appelons-le β) qui est le prix pour ainsi dire « normal ». Comment ces deux tarifs sont-ils combinés ? Je peux imaginer trois façons assez naturelles, que je peux décrire ainsi (avec beaucoup plus de détails qu'il n'en faut !) :
Si la différence n'est toujours pas assez claire, voici un exemple : si le tarif horaire est de α=30€/h et le tarif kilométrique de β=1€/km, et qu'un taxi parcourt L=10km en allant constamment à 20km/h sur la première moitié du trajet et à 50km/h sur la seconde moitié, soit au total T=21min (et une vitesse moyenne d'environ 28.6km/h), il sera payé 20.50€ avec le premier système (qui donne toujours le montant le plus élevé des trois, et pour lequel ces valeurs de α et β seraient plutôt excessives, en fait), 10.50€ avec le second (qui donne toujours le montant le plus faible des trois), et 12.50€ avec le troisième.
(Là, normalement, n'importe quel matheux est déjà endormi tellement ce que je dis est évident, et n'importe quel non-matheux a cessé de lire tellement ça ne l'intéresse pas, mais bon, j'ai l'habitude de parler tout seul.)
Que je sache, les taxis parisiens appliquent la troisième méthode de facturation (ou en tout cas une approximation de celle-ci : probablement l'intégrale est discrétisée sous forme d'une somme d'intervalles de longueur une minute ou quelque chose comme ça). Je n'en suis pas complètement sûr, parce que la façon dont c'est écrit dans les règlements officiels ou la présentation résumée d'iceux affichée dans les clients rend la chose complètement incompréhensible (on n'a pas le droit de parler d'intégrale dans un texte juridique ou un contrat, j'imagine, donc on est obligé de dire les choses très mal), et surtout je remarque que ces règles officielles donnent une vitesse critique qui diffère peu, mais néanmoins de façon sensible, de α/β, donc il doit y avoir une subtilité un peu gratuite. Mais bon, probablement c'est à peu près ça quand même.
L'inconvénient, c'est que c'est un peu difficile de contester la facture : même si on connaît la distance L parcourue et le temps T qu'on a mis à la parcourir, on ne peut pas en déduire la valeur du prix du trajet (on ne peut qu'en donner des encadrants qui sont justement les résultats des première et deuxième méthodes que j'ai exposées — le majorant étant obtenu quand le taxi reste immobile tout le temps puis va a une vitesse infinie à destination, et le minorant étant obtenu quand le taxi roule à vitesse constante égale à la vitesse moyenne). Néanmoins je pense que c'est une façon raisonnable de faire parce qu'à la différence de la seconde possibilité évoquée elle est locale (le prix est bien une intégrale sur le parcours, donc peut se calculer sur n'improte quel tronçon et se sommer) et le conducteur n'est pas « doublement » payé comme dans la première possibilité (cet argument est un peu faible, j'en suis conscient).
Je pense qu'un procédé de facturation qui semblerait plus naturel à un matheux — pour plein de raisons — serait d'intégrer non pas max(α,β·v(t))·dt mais √(α²+β²·v(t)²)·dt, c'est-à-dire, à un facteur √2 près, la moyenne quadratique entre α et β·v(t), qui peut aussi se voir comme proportionnelle à la longueur du parcours dans un espace-temps euclidien où la vitesse critique α/β serait utilisée pour unifier espace et temps.
Je me demande si cette question (décrire précisément comment on calcule le prix d'une course en taxi) ne pourrait pas être utilisée comme exemple pour introduire la notion d'intégrale à des débutants.
[#] En pratique, ils n'ont pas besoin d'être infinitésimaux : il suffit de séparer des intervalles (car, hors des contre-exemples pervers des matheux, ce sont bien des intervalles) où v(t) reste en-dessous de α/β et ceux où il est au-dessus.
2009-10-08 (jeudi)
Le fait que j'aie une certaine tendance à l'ostalgie, et certainement à la nostalgie (notamment des années '80) explique sans doute en partie que L'Affaire Farewell m'ait plu. J'aime beaucoup les films qui recréent une époque, et j'aime aussi les films polyglottes (ou plutôt, a contrario, je trouve très agaçants les films où tout le monde parle inexplicablement l'anglais, le français, ou ce que vous voudrez). En tout cas, je conseille le dernier Kusturica.
Je ne savais pas que c'était lui le réalisateur,
d'ailleurs, sans quoi je ne serais peut-être pas allé voir (je ne
connaissais de lui
que Arizona
Dream
et Chat Noir,
Chat Blanc[#], que j'ai
tous deux détestés, et la blague que les Guignols de
l'info avaient fait quand il avait présidé le jury de Cannes où dès
qu'on voulait lui parler un orchestre-fanfare se mettait à jouer).
Mais je m'aperçois que non seulement il peut faire des films qui
me plaisent [Correction : on me fait remarquer
qu'en fait il n'est pas le réalisateur, il est seulement acteur ; donc
je ne sais pas s'il peut faire des films qui me plairaient] mais aussi
qu'il joue lui-même bien, car c'est lui qui joue le rôle principal.
Ce que je ne savais pas non plus, logiquement ; j'avais cru
m'apercevoir qu'il avait un accent étranger quand il parlait
russe[#2], donc je m'étais
demandé s'ils avaient pris un Français pour jouer le rôle, mais en
fait il a aussi un accent quand il parle français.
[#] Pour autant que ma
boule de cristal déchiffre bien le serbo-croate, le titre
en VO ressemblerait plutôt à Chatte Noire, Chat
Blanc
, d'ailleurs.
[#2] Peut-être que je me fais des idées, parce que le serbo-croate n'est vraiment pas éloigné du russe (mais je ne sais pas ce qu'il en est pour la prononciation), et parce qu'il est par ailleurs plausible qu'il ait dû apprendre le russe quand il était jeune. Mais même si ce n'est pas vraiment un accent, il ne parlait pas russe de la même façon que les autre acteurs (et qui devaient bien être des Russes, eux) et du coup je le comprenais beaucoup mieux.
2009-09-28 (lundi)
Les symptômes de la paranoïa de notre
société autour de la pédophilie sont réguliers, je ne prends pas
la peine de les relever ou de les commenter parce que chacun ne mérite
pas grande remarque, c'est surtout leur accumulation qui est
terrifiante. Mais j'ai vu passer deux nouvelles à deux jours
d'intervalle : la première,
que la Pologne
a passé une loi[#] ouvrant
d'une part la possibilité d'obliger des personnes condamnées pour
certains faits, genre, viol de mineurs, à se soumettre à des
traitements hormonaux (castration chimique
), et aussi
interdisant de faire la justification
de la pédophilie. La
seconde,
que Roman
Polanski a été arrêté en Suisse et risque d'être extradé vers les
États-Unis pour une affaire remontant à trente ans (et dont la victime
elle-même demande, d'ailleurs, que les poursuites soient abandonnées)
dans laquelle il est
soupçonné[#2] d'avoir eu des
relations sexuelles avec une mineure ; le gratin du cinéma, la France
et — de façon intéressante — la Pologne, dont il a la
double nationalité, s'indignent et demandent sa remise en liberté. La
première nouvelle, elle, n'attire guère de commentaires.
Cette juxtaposition me fait l'effet d'une anecdote que Victor Hugo
rapporte dans un célèbre plaidoyer contre le peine de mort,
la préface
de 1832 au Dernier Jour d'un condamné
((cherchez hypocrite
dans le texte)) : quatre anciens ministres
risquaient en 1830 d'être condamnés à mort, et tout le monde politique
est en émoi, on tente de supprimer la peine de mort dont l'injustice
devenait soudainement frappante (Encore s'il y avait une guillotine
en acajou !
— ironise Hugo) ; on sauve la vie des quatre
hommes, et la question de la peine de mort est promptement enterrée.
Roman Polanski risque d'être mis en prison : on s'en émeut parce qu'il
est célèbre et respecté, et aussi parce que les circonstances de son
cas particulier (trente ans ont passé, le procès était injuste, la
victime elle-même demande qu'on cesse de remuer cette affaire)
attirent la sympathie sur lui.
Mais quand les objets de la paranoïa sont des Polonais, condamnés
pour viol, qui n'ont pour eux ni la célébrité ni des circonstances
particulières qui pourraient les rendre sympathiques, qui aurait à
s'émouvoir ? Il y a eu récemment un fait divers qui a choqué le pays,
alors, comme d'habitude, on légifère sur l'anecdotique, et la Pologne
rejoint le club heureusement encore très fermé des pays européens où
on joue à rééduquer de force les déviants avec la petite pilule
magique de medroxyprogestérone. Je n'ai comme documentation que ce
que rapportent des journalistes étrangers (la BBC, que
j'ai
citée, le Times
et le Telegraph
qui en disent un peu plus,
et LCI
ici), dont on connaît le manque de fiabilité, mais pour autant que
je comprenne, cette loi enjambe fièrement la barrière mal défendue
entre la prudence et la barbarie (là où même la Belgique post-Dutroux
avait su, je crois, rester relativement mesurée) en permettant à un
juge d'ordonner un traitement médical sur avis
de médecins
(soit le juge se fait médecin, soit le médecin se fait bourreau, ce
n'est pas clair, mais il y a un mélange des rôles plus qu'un peu
malsain), alors qu'ailleurs le traitement n'est que proposé aux
condamnés qui le souhaitent (ce qui est acceptable s'ils sont vraiment
conseillés par des médecins et qu'il n'y a pas de pression indue
— comme des réductions de peine — pour obtenir leur
consentement). Je dirais volontiers que je trouve l'autre partie de
cette loi polonaise (la pénalisation de la justification
de la
pédophilie) encore plus puante, et surtout encore plus inutile (la
castration chimique imposée à quelqu'un, c'est inhumain, mais au moins
on peut vaguement espérer que ça marche, alors que l'idée que
quelqu'un serait poussé à violer des enfants parce qu'il aurait lu
quelque chose allant dans ce sens, c'est juste saugrenu) ;
malheureusement, nous avons déjà des lois aussi débiles en France, sur
d'autres sujets[#3].
Mais, vous comprenez, il y a toujours la petite phrase qui justifie
tout : c'est pour les enfants
. Alors puisque des législateurs
sautent sur un fait divers complètement hors de propos et monté en
épingle pour passer des lois démagogiques, moi aussi je peux jouer à
monter l'anecdotique en argument complètement hors sujet : ça vous
semble vraiment
indispensable[#4], de castrer
Polanski ? Avec ça, le débat a la garantie de ne pas dépasser le
niveau des pâquerettes.
[#] D'accord, l'article signale que c'est seulement la chambre basse qui a voté le texte, donc ce n'est peut-être pas encore une loi. Mais j'imagine qu'il n'y a aucun doute que ça en deviendra une.
[#2] En fait, il a été condamné, mais peut-être de façon irrégulière, et en tout cas dans le cadre d'un plea bargain, ou plaidé-coupable, c'est-à-dire un de ces odieux simulacres de justice où on convainc quelqu'un de renoncer à son droit à un procès équitable en lui promettant une peine plus légère. Faute de procès équitable, justement, on ne peut pas savoir s'il est coupable, et il me semble qu'on doit lui accorder la présomption d'innocence (même si ce n'est pas ce que considère le système judiciaire américain).
[#3] Suivez mon regard : les négationnistes doivent être traités avec le mépris qu'ils méritent, pas être condamnés en justice. Pourquoi ne pas avoir une loi interdisant d'affirmer que 2+2=5, tant qu'on y est ? Le jour où on se décidera à condamner fermement la connerie, il y aura beaucoup plus de gens dans les prisons !
[#4] Certains vont dire que j'en rajoute un peu trop dans l'imbécillité feinte, là, vu que Polanski est accusé de détournement de mineur et pas de viol. Certes : il l'a échappé belle.
2009-09-27 (dimanche)
Quand j'étais petit, j'ai essayé de comprendre la physique. (Et
c'est pour ça que je suis devenu mathématicien.
)
Il faudra que je raconte une autre fois comment
j'ai appris un peu de physique classique —
dans ce
livre (destiné, je crois, aux étudiants américains en médecine).
Et surtout comment je me suis jeté avec passion sur la relativité
générale, comment je suis devenu mordu de trous noirs et que j'avais
pour projet j'avais pour projet de réaliser un jeu informatique dont
le but serait de contrôler un vaisseau au voisinage d'un trou noir en
rotation. (Il s'est avéré que, vers 1990, les logiciels de calcul
formel n'arrivaient pas à simplifier convenablement les symboles de
Christoffel de l'espace-temps de Kerr, du coup c'était inextricable.
Ce n'est finalement que l'an dernier que j'ai codé le programme
d'intégration des géodésiques, et je n'ai plus trop envie d'en faire
un jeu. Par contre, je garde dans un coin de ma tête l'idée de
réaliser des vidéos de différents processus concernant un trou noir de
Kerr, comme celle de ce que voit un observateur qui tombe librement et
émerge dans un autre monde feuillet d'espace-temps
différent.) Mais ceci est une autre histoire.
La physique des particules m'a fasciné très tôt. Notamment quand j'ai appris que les protons et les neutrons étaient formés chacun de trois petits machins appelés quarks ; et que ces quarks venaient en combinaisons de couleurs (trois possibles : rouge, vert et bleu) et saveurs (six possibles, up, down, strange, charm, beauty et truth[#] — enfin, à l'époque on n'en avait observé que cinq) ; et qu'en en mettant trois ensemble, dont nécessairement un de chaque couleur, on formait un baryon (à savoir up-up-down pour le proton, et up-down-down pour le neutron) : tout ça a éveillé ma curiosité, ne serait-ce que combinatoire, et j'ai voulu en savoir plus. Pendant longtemps, tous les deux ans, mon père m'a rapporté du labo une copie du nouveau Review of Particle Properties (à la fois en version pavé et en version livret[#2]) : au début, je ne lisais essentiellement que les listings de baryons et mésons, je voulais comprendre comment « fonctionnaient » ces machins fabriqués à partir de trois quarks ou d'un quark et d'un antiquark.
Rapidement j'ai compris qu'il y avait plus à comprendre que la
combinatoire de choisissez trois saveurs de quarks parmi les six,
et vous obtenez un baryon
(ou une saveur et une anti-saveur pour
un méson). Par exemple, le neutron est up-down-down, mais le
Δ0 aussi, et ce ne sont pas du tout la même
particule : il y a une différence de spin (mais je ne crois pas que je
comprenais bien ce qu'était le spin, à l'époque), et aussi d'isospin
(idem…), et accessoirement le Δ0 survit
160000000000000000000000000 fois (cent soixante millions de milliards
de milliards, tout de même) moins longtemps que le neutron (mais je ne
sais pas si je savais extraire cette information
du Review of Particle Properties, parce
qu'elle est cachée sous forme de largeur
) et il a une masse 30%
plus importante. Bref, dire up-down-down
ne suffit pas. À
l'inverse, je devais reconnaître qu'il n'existait pas trois neutrons
différents, un dont le quark up serait rouge (les deux down étant vert
et bleu), un dont le up serait vert et un dont il serait bleu : bon,
là il était assez facile d'imaginer que les quarks échangeaient tout
le temps leurs couleurs (tout en gardant un rouge, un vert et un
bleu), ce qui n'est d'ailleurs pas trop faux, comme image. Autrement
plus difficile à comprendre était la composition en quarks du méson
π0
(le pion neutre) : ce
n'est ni un quark up et un anti-quark (anti-)up, ni un down et un
anti-down, mais une combinaison linéaire des deux (et selon
qu'on fait la combinaison linéaire avec un + ou un −, on
n'obtient pas la même particule : pour le pion, c'est − ; du
coup, l'idée naïve que la paire quark-antiquark passe son temps à
alterner entre up+anti-up et down+anti-down, elle est, justement,
naïve).
⁂
Je suis devenu mathématicien et pas physicien. Donc certainement je n'ai pas de difficulté fondamentale — maintenant — à comprendre une combinaison linéaire, ou à saisir l'idée que quand deux opérateurs hermitiens ne commutent pas, on ne peut pas les diagonaliser simultanément[#3], et autres évidences mathématiques qui ont une grande importance en physique quantique. Pour autant, l'intuition ne vient pas forcément avec. Et même quand elle vient, la connexion entre le sens mathématique et le sens physique n'est pas facile à faire.
Je crois que je comprends maintenant assez bien les idées physiques de base de ce qui s'appelle collectivement le modèle standard de la théorie des particules (et qui décrit l'ensemble des particules élémentaires observées plus un encore hypothétique boson de Higgs, regroupées en interactions électrofaible et forte plus champs de matière), et je comprends comment tout un tas de ces choses s'organisent mathématiquement. Mais une brique essentielle me manque depuis toujours : je ne comprends pas du tout, malgré un assez grand nombre de tentatives pour y arriver, la théorie quantique des champs.
D'une certaine manière, c'est très excusable, parce qu'il y a effectivement beaucoup de difficultés mathématiques, parfois très profondes, pour définir rigoureusement la théorie quantique des champs (et certaines théories comme celle de l'électrodynamique quantique n'ont probablement pas de sens mathématique, tandis que d'autres comme la chromodynamique quantique, en ont probablement un mais c'est un problème à $1000000 de le définir rigoureusement). Mais en fait, ce que je ne comprends pas est beaucoup plus basique que les difficultés subtiles (l'apparition de quantités infinies à foison, dont il est difficile de se débarrasser proprement) auxquels je fais allusions. Je n'arrive pas à comprende les idées clés de la théorie quantique des champs. Ce qui est dommage, parce que c'est ce qui manque pour faire le lien entre des maths que je comprends et de la physique dont j'ai une petite idée (et qui me fascinait quand j'étais petit, et qui continue à me fasciner[#4]).
Assez récemment, je me suis acheté un livre assez
monumental[#5]
appelé Quantum
Field Theory (I. Basics in Mathematics and Physics
)
par Eberhard
Zeideler. Assez monumental, parce qu'il fait environ 1000 pages,
que le volume II (que je n'ai pas encore acheté, mais je risque de le
faire) en fait autant, et qu'il y a encore quatre volumes prévus
derrière. Je crois que si j'avais la patience de digérer tout ça, je
finirais par comprendre quelque chose à cette théorie, mais
malheureusement, je manque de temps ! Tellement de choses à
découvrir, tellement peu de temps à y consacrer…
Je me console avec un livre au format beaucoup plus petit,
les Lectures on Quantum Chromodynamics
d'Andrei Smilga, qui sans éclaircir vraiment ce que je ne comprends
pas fondamentalement dans la théorie quantique des champs,
m'apprennent tout un tas de choses physiquement fascinantes sur les
quarks et les gluons.
[#] Maintenant on est
censé dire bottom
et top
pour beauty
et truth
, mais je trouve ces deux derniers termes à la fois
beaucoup plus poétiques et beaucoup plus cohérents avec les autres
(alors que bottom
et top
, ça invite vraiment à la
confusion avec down
et up
, dont ils sort certes des
analogues dans la 3e famille). Et on peut même traduire les mots en
français, parler de quark étrange, charmant, beau et vrai alors que
distinguer les quarks top
et up
en traduction, c'est pas
évident.
[#2] Le Review est une sorte de bottin des particules connues, avec une fiche signalétique pour chacune qui décrit toutes ses caractéristiques mesurées, et aussi plein de tables diverses qui récapitulent toutes sortes de choses importantes en physique des particules. Ça existe en version complète, qui représente un livre assez épais, en fait (et de plus en plus épais chaque année), et aussi en version livret de poche, pour avoir tout le temps sur soi des renseignements auss importants que la masse du muon ou la durée de vie du Ω−.
[#3] Remarque qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, certes. Mais c'est important pour comprendre, par exemple, tous les mystères qui entourent les kaons neutres : les vecteurs propres d'étrangeté, d'interaction faible, ou d'invariance CP, sont à chaque fois deux vecteurs différemment orientés dans l'espace (de dimension 2) des kaons neutres.
[#4] Dans le genre de choses que je trouve complètement mind blowing, il y a le diagramme des phases de la chromodynamique quantique : cet article de vulgarisation (qui s'adresse cependant à des gens connaissant un peu de physique au préalable !) donne un petit aperçu de ce dont il s'agit (et de quel peut être le comportement étrange des quarks au cœur des étoiles superdenses).
[#5] Et par ailleurs très intéressant et localement très bien écrit (les explications sont très claires, et pour un matheux c'est vraiment parlant). Son principal défaut est d'être assez brouillon (il part dans tous les sens, et on finit par se perdre complètement dans son plan).
2009-09-26 (samedi)
Cet après-midi, mon poussinet et moi nous sommes fait des bisous en public. C'est pas que ça nous arrive rarement, mais là c'était appuyé, et organisé : à 16h, place Carrée du Forum des Halles (et au même moment dans d'autres villes de France), plein de couples de garçons, et plein de couples de filles, et aussi des couples garçon+fille, se embrassés sous les regards généralement curieux, souvent amusés, parfois hostiles, de la foule de passants du samedi après-midi, et aussi de beaucoup de gens qui visiblement avaient eu vent de l'événement mais qui n'y participaient pas (je ne comprends pas bien pourquoi : homos célibataires ? hétéros qui n'osaient pas participer ? curieux qui se demandaient pourquoi tant de gens se rassemblaient là ?). À la fin, il y a eu des applaudissements assez appuyés. Je ne sais pas si ça fait beaucoup progresser la lutte contre l'homophobie, mais c'était amusant.
![À l'ouest de l'Arche, en regardant vers Paris [L'Arche de la Défense]](../images/la-defense-1.jpg)
Après
ça, nous avons profité de la ligne 1 pour aller à la Défense. C'est
idiot : ce n'est vraiment pas loin de Paris, mais je n'y suis
quasiment jamais allé, et pourtant, ça vaut la peine, parce que c'est
un endroit finalement assez agréable (bien aménagé pour le piéton) et
architecturalement intéressant (il y a quelques horreurs, certes, mais
la composition d'ensemble me plaît).
Nous sommes allés visiter le musée de l'Informatique au toit de la Grande Arche. Ce n'est pas bien grand (c'est même tout petit), mais leurs collections sont tout de même intéressantes pour qui aime les ordinateurs plus ou moins vieux ; par contre, elles manquent vraiment d'organisation, il y a un sens de la visite marqué, mais il ne respecte que très approximativement l'ordre chronologique, on repasse aléatoirement des années '80 à la carte perforée. Et les explications sur les caractéristiques des machines exposées sont un peu sommaires. En ce moment, ils ont une exposition sur le Macintosh, qui expose (quasiment tous ?) les modèles du précurseur (le Lisa) au présent, en passant par le tout premier Mac, le iMac, mais aussi le NeXT : cette exposition est beaucoup mieux organisée, pour le coup.
Par contre, le toit de la Grande Arche n'est guère intéressant pour ce qui est de la vue (bizarrement, elle est presque meilleure depuis la base). Il n'y a que la montée en ascenseur qui vaille le coup de ce point de vue-là. À condition de ne pas avoir le vertige comme moi.
2009-09-19 (samedi)
J'expliquais récemment que ma
formule de téléphonie mobile consistait à prendre une carte prépayée
chez l'opérateur Orange avec l'option le bon
plan
Internet Max : la carte prépayée coûte 50€
pour 4 mois et, si on n'appelle quasiment pas, ce solde suffit à
couvrir le prix de l'option, donc finalement on s'en sort à
12.50€/mois.
Depuis, l'opérateur doit s'être rendu compte que c'était un trop
bon plan, parce que cette option n'est plus proposée pour les cartes
prépayées :
la page
de description de l'offre a gagné
une mention légale cachée option
Internet max à souscrire et valable en France métropolitaine pour tout
client mobile Orange (hors […] mobicarte et cartes
prépayées)
.
Il semblerait que ça ne m'affecte pas (j'avais souscrit à l'option avant cette limitation, donc j'y ai encore droit). Enfin, on le saura quand le renouvellement automatique de l'option se fera.
Je ne sais pas non plus si c'était une erreur de la part d'Orange de proposer cette option (i.e., ils ne s'étaient pas rendu compte que c'était possible, et ils viennent de s'en apercevoir) ou si c'était voulu mais qu'ils ont changé d'avis, ou autre chose. Toujours est-il qu'il n'y a plus maintenant de raison particulière de conseiller cet opérateur.
Addition : Je remarque
sur ce
forum un message posté en avril dernier (donc nettement
avant que moi je souscrive à l'option en question) de quelqu'un qui
rapporte que sur le site Web d'orange, quand il essayait de prendre
l'option Internet Max avec une Mobicarte on lui
répondait : Cette option n'est pas disponible avec votre offre
actuelle.
Visiblement, tout le monde chez Orange ne devait pas
avoir la même idée sur le fait que cette option soit ou non possible
avec une carte prépayée ! J'imagine le chaos que doit être
l'organisation interne d'Orange pour qu'une telle chose soit possible,
des équipes qui ne communiquent pas entre elles, qui ne savent pas ce
que les autres font, etc. (Et mon poussinet de rajouter : pas
étonnant que des gens se suicident…)
Car même si je ne suis pas concerné, un ami me demande conseil pour choisir une formule : quelle est la combinaison, et chez quel opérateur, qui permet d'avoir un accès Internet illimité pour un prix mensuel moyen aussi bas que possible ? On pourra éventuellement discuter selon que l'accès Internet demandé est seulement un accès au Web (ports 80 et 443) ou bien un véritable accès Internet (essentiel des ports TCP ouverts). Pour l'instant, je trouve un forfait bloqué chez Bouygues à 24.90€/mois (mais je soupçonne que c'est un Internet bridé). Y a-t-il moins cher ?
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