David Madore's WebLog

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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(lundi)

Gratuitous Literary Fragment #150 (dans un bureau)

Je m'assieds dans le bureau où David m'a demandé de l'attendre, et pour passer le temps je feuillette quelques uns des livres qui s'y trouvent amoncelés, sans ordre apparent, sur plusieurs tables.

Le premier volume que je ramasse est un épais volume en papier chiffon à la reliure en cuir, imprimé dans une élégante police didone : la première page m'apprend qu'il s'agit d'un mémoire (peut-être une thèse, je ne comprends pas bien) publié en 1877 à l'université de Leeds par un certain J. Moriarty, et dont le titre est On the Determination of Orbital Elements from Observations of an Asteroid. L'intérieur est rempli de formules faisant surtout intervenir toutes sortes de variations sur les lettres L, ϖ, Ω, a, e et ι. Vite découragé, je repose le livre à côté d'une autre thèse (consacrée semble-t-il au groupe de Weyl de E8, mais je ne cherche pas plus loin).

Je me saisis ensuite d'un mince volume daté de 1864, et dont l'auteur se nomme Hugo Vernier : il s'agit d'un récit plus ou moins poétique dans lequel les quelques pages que j'ai parcourues en diagonale racontent la traversée d'un lac forcément brumeux par le héros conduit par un passeur forcément énigmatique. Je trouve ça franchement mauvais, comme une sorte de sous-Verhaeren au style particulièrement ampoulé, et je repose l'ouvrage en me disant que la postérité a bien fait d'oublier cet écrivain. En dessous se trouve l'édition Loeb de la Poétique d'Aristote ; mais le livre a été sali dans sa seconde moitié par une quelconque cochonnerie poisseuse qui empêche qu'on en tourne les pages, et je n'insiste pas.

Je prends ensuite un petit roman intitulé Dans un réseau de lignes entrelacées (c'est du moins le titre de cette traduction française, dont la couverture est illustrée d'un dessin de téléphone) de Silas Flannery. Cette fois, la lecture de quelques pages me donne envie de continuer, mais je décide d'ignorer cette impulsion (je pourrai toujours l'emprunter à la bibliothèque ou bien le commander) et je reprends mon dérangement des autres volumes du voisinage. Je tombe sur un livre dont la couverture annonce Budai Ferenc — Magyar Epepe Nagyszótár ; vu que je ne parle pas un mot de hongrois, je ne vais pas plus loin que conjecturer que les deux premiers mots sont le nom de l'auteur et les trois suivants le titre ; et comme en dessous il y a des caractères, rappelant vaguement des runes, dont je ne n'identifie même pas l'alphabet ni encore moins la langue, je n'essaie même pas d'ouvrir.

Ici se trouve un fameux texte de vulgarisation scientifique, Copper, Silver, Gold, dont les chapitres sont une alternance entre des discussions de fond et des dialogues humoristiques mettant en scène, de façon originale, une Girafe, un Éléphant, et un Babouin. Si je le connais bien, en revanche, le suivant qui se présente à ma main, un volume relié de toile, très lourd et aux pages incroyablement fines, m'est totalement inconnu : la couverture porte seulement les mots Holy Writ et Bombay, sans aucune date ; à l'intérieur, d'autres caractères que je n'identifie pas ; mais le plus surprenant, c'est la numérotation des pages, qui est en chiffre arabes parfois accompagnés de symboles et semble ne procéder d'aucune logique. Je trouve que ce livre a quelque chose d'inexplicablement effrayant, si bien que je le repose et m'intéresse à autre chose.

Au mur est suspendu une reproduction d'un tableau de Vermeer, Jésus et les Docteurs (je crois que l'original est à Amsterdam) : il représente le Christ, vêtu de bleu, montrant un passage des écritures et étonnant les rabbins du Temple — épisode bien connu par l'évangile de Thomas. À côté de cette toile, une chaîne compacte qui trahit que la dernière musique que David a écoutée est le septuor en ré majeur de Maurice Vinteuil.

David ne réapparaît toujours pas : ma curiosité me pousse à m'intéresser aux papiers sur son plan de travail. Un dossier ouvert en évidence comporte, manuscrits sur autant de feuilles volantes, un certain nombre de courts textes de fiction, dont je n'arrive pas à déterminer s'ils sont des fragments d'œuvres plus larges ou des textes autonomes. Je prends la peine de lire plus attentivement le #150 qui était au sommet de la pile quand je suis arrivé. (Était-il fini ou bien David travaillait-il encore dessus ? La nature même du texte ne permet pas de le déterminer.) Il y est question de quelqu'un (le narrateur) qui découvre et parcourt rapidement une pièce intitulée La Tempête d'un dénommé William Shakespeare. Ce nom me dit vaguement quelque chose : une consultation de Wikipédia m'apprend qu'il s'agit d'un personnage de fiction, dramaturge inventé par Sir Francis Bacon, et dont David s'emploie manifestement à imaginer ce qu'il aurait pu écrire. La mise en abyme me semble un peu gratuite et compliquée, et au final je ne trouve pas le passage très intéressant.

Bon, ce texte autocaricatural est manifestement une sorte de petit jeu, plutôt facile, mais dont j'espère qu'il amusera mes lecteurs : en tout cas, il a été amusant à écrire.

« Solution » () : Dans ce monde imaginaire où existent apparemment quantités d'œuvres qui dans le nôtre sont imaginaires, perdues ou fausses, on pouvait notamment jouer à reconnaître (et les commentaires montrent que mes lecteurs ont effectivement reconnu) :

(vendredi)

Comment la Banque nationale suisse pouvait-elle avoir du mal à stabiliser le franc ?

J'avais écrit un petit texte tendant à expliquer comment fonctionne l'économie monétaire, et je pensais avoir raisonnablement bien compris les choses. Mais apparemment il y a des choses qui m'échappent encore totalement.

Parce qu'hier la Banque nationale suisse (=la banque centrale de la confédération helvétique, celle qui régule le franc suisse) a abandonné une politique qu'elle maintenait depuis septembre 2011, consistant à ne pas tolérer une parité EUR/CHF inférieure à 1.20 (i.e., le franc suisse ne doit pas dépasser les (1/1.20)€ ; je ne sais pas pourquoi tout le monde utilise le rapport EUR/CHF plutôt que CHF/EUR, ce qui me semble un peu à l'envers si on veut parler du cours du franc, notamment on parle de cours plancher pour ce qui est un plafond sur le CHF, mais bon). Le franc a gagné presque 50% de valeur presque instantanément, avant de redescendre un petit peu et de se stabiliser autour de la parité avec l'euro, c'est-à-dire une hausse d'environ 20% dans la journée. (Et les acteurs de l'économie suisse ont protesté que ceci allait tuer l'économie du pays en rendant impossibles les exportations.) Ces conséquences ne me surprennent pas : ce que je ne comprends pas, c'est la raison du changement de politique.

Les journalistes rapportent tous que la situation devenait intenable pour la Banque nationale suisse. Par exemple, on lit sur cet article de la BBC : Keeping the franc at 1.20 to the euro had became increasingly expensive for the SNB as it sold its own currency and bought up euros, sterling, US and Canadian dollars and yen, usually in the form of government bonds. Ici sur Forbes : The alternative would have been that the SNB, and the Swiss people, would have lost a lot of money at the expense of laughing traders around the globe. Or ça, je ne comprends pas du tout.

Un adage classique de la finance est qu'il ne faut pas parier contre une banque centrale. Un épisode bien connu montre que ce n'est pas toujours vrai : mais en l'occurrence, George Soros a été plus fort que la Banque d'Angleterre qui essayait de défendre la livre — je comprends qu'une banque centrale puisse avoir du mal à empêcher sa monnaie de se déprécier, mais je ne comprends pas qu'elle puisse avoir le moindre mal à l'empêcher de s'apprécier. Il y a vraiment quelque chose qui m'échappe.

Une banque centrale est par définition infiniment riche dans sa propre monnaie. Si elle décide que cette monnaie (disons, le zorkmid) peut s'acheter au prix de 1 centime d'euro, elle peut en créer une quantité illimitée pour réaliser cette offre : toute personne qui lui présente 0.01€ reçoit 1¤ (un zorkmid) en échange, la banque centrale inscrit le zorkmid émis dans la colonne de ses dettes et le centime d'euro reçu dans la colonne de ses réserves en devises, et ceci peut se reproduire quel que soit le nombre, fût-il des millions de milliards pétas, de zorkmids qu'on lui demande. Quel est le problème au juste ?

Certains semblent dire que la banque centrale qui fait ça perd de l'argent, que ça lui coûte trop cher : je ne comprends pas du tout. La comptabilité d'une banque centrale est une pure convention comptable, ses gains et pertes sont des nombres qui ne signifient rien du tout. (Preuve étant que la banque centrale peut gagner une somme arbitrairement élevée de façon idiote : elle affaiblit sa propre monnaie selon le mécanisme expliqué au paragraphe précédent, ce faisant ses réserves de change, comptabilisées dans cette monnaie, s'apprécient d'autant, et sur le bilan comptable ceci compte comme des gains — puisque le bilan comptable de la banque centrale du Zorkmidstan est établi en zorkmids. Donc en fait, il me semble même qu'en affaiblissant sa monnaie, formellement, la banque centrale gagne de l'argent, ce qui est d'ailleurs vaguement logique puisqu'elle diminue la valeur des dettes qu'elle a émises relativement aux avoirs de contrepartie. Et de toute façon, même si le capital de la banque central diminuait, voire devenait négatif, voire très négatif, je ne vois pas quelle conséquence problématique ça aurait en vrai : c'est juste un nombre qui ne signifie rien.) Bref, je ne crois pas que le bilan comptable de la banque centrale soit l'explication de la supposée difficulté à défendre la monnaie. Le fait d'accumuler des réserves de quantités considérables d'euros, de dollars et de yens n'est pas spécialement un problème, ou alors j'ai du mal à comprendre pourquoi ç'en serait un.

Une explication moins stupide est que la banque centrale est tenue à un objectif d'inflation et que celui-ci serait contraire à des opérations sur le marché des changes. (Noter cependant que, contrairement à la BCE, la BNS n'a pas d'objectif chiffré en matière d'inflation, la loi se contente de lui donner pour mission d'assurer la stabilité des prix.) Le risque serait donc qu'à vendre des zorkmids en quantité illimités pour maintenir un cours plafond de la monnaie (contre les autres monnaies) on se retrouve à affaiblir la valeur de celle-ci (en biens) et donc à créer de l'inflation.

La réponse classique à ce problème (comment intervenir sur la valeur d'une monnaie sur le marché des changes sans pour autant créer d'inflation ou de déflation) est de stériliser les opérations de change. Concrètement, ça signifie que la banque centrale du Zorkmidstan, en même temps qu'elle vend des zorkmids contre d'autres monnaies (pour maintenir un cours plafond du zorkmid, disons), elle émet sur le marché des emprunts étiquetés en zorkmids (par exemple en vendant des obligations d'État du Zorkmidstan) : l'idée est que ces emprunts vont bloquer les zorkmids émis et ainsi éviter, ou du moins limiter, l'augmentation de la masse monétaire disponible en zorkmids — concrètement, ceci signifie que la banque centrale dit aux marchés ah, vous voulez tellement fort des zorkmids ? vous en aurez, mais il faudra qu'ils soient bloqués sur N années, par exemple vous pouvez recevoir de la dette souveraine étiquetée en zorkmids. Il se peut que ce soient ces obligations de stérilisation qui se soient avérées trop difficiles pour la Banque nationale suisse, et qui l'auraient obligé à abandonner son cours plancher (c'est-à-dire, plafond sur le franc suisse, vous suivez ?).

Maintenant, je suis sceptique quant à cette explication aussi, ou du moins si c'est la bonne je ne la comprends pas vraiment mieux. Premièrement, parce que ça n'a pas l'air si difficile de stériliser les opérations contre l'appréciation de la monnaie (et même si la BNS devait y perdre de l'argent, je répète que c'est un simple jeu comptable qui ne signifie rien — ou alors il faut m'expliquer ce que ça a comme conséquence tangible). Deuxièmement, parce que même si le cours d'une monnaie sur le marché des changes (sur laquelle on cherche à jouer) et sa valeur en termes de biens (qui détermine l'inflation ou la déflation, qu'on cherche à contrôler) ne sont pas exactement la même chose, ils ne sont pas non plus totalement sans rapport : il semble difficilement concevable que le franc suisse s'envole face à toutes les autres monnaies sans qu'il y ait simultanément au moins un risque de déflation en Suisse (qui signifierait qu'il n'y a pas spécialement besoin de stériliser les opérations contre un risque d'inflation). Surtout quand la zone euro n'est elle-même pas du tout menacée par l'inflation. Troisièmement parce que, concrètement, quand je consulte le dernier bulletin trimestriel de la Banque nationale suisse (4e trimestre 2014), il fait état d'une inflation tournant autour de 0%, donc soit la banque centrale stérilise très bien ses opérations de change et n'a pas de mal à le faire, soit elle n'a pas besoin de le faire. Au contraire, le rapport en question mentionne clairement et à plusieurs reprises que le cours plancher sur le rapport EUR/CHF sert entre autres à empêcher une situation déflationniste : manifestement le problème n'est pas de stériliser les opérations de change pour éviter de créer de l'inflation.

Tout ça pour dire que je suis perplexe : les explications ne manquent pas, mais soit elles sont mauvaises, soit je ne les comprend pas.

Pour donner un exemple d'une autre mauvaise explication : certains avancent que la BNS voulait se prémunir contre une chute possible de l'euro consécutive à des opérations de soutien à l'économie devant être menées par la BCE. Mais pour ça, la BNS pouvait simplement modifier le cours plancher qu'elle imposait en publiant un plafond au franc suisse soit contre l'euro soit contre le dollar soit contre le yen, avec des chiffres choisis pour que le plafond contre l'euro soit le moins contraignant actuellement (ce qui donnerait donc le même cours effectif) mais que l'un des autres plafonds le remplacerait si l'euro devait plonger.

(lundi)

Nouveaux problèmes de chauffe-eau

Un adage relatif à la plomberie avertit que quand on veut réparer une fuite, on remplace le joint où a lieu la fuite, on fait un raccord aux deux bouts, et on se retrouve ainsi avec deux fuites au lieu d'une. La plomberie est le domaine par excellence où chaque fois qu'on s'attaque à un problème on court un risque sérieux de le multiplier.

Ces derniers jours, nous avons constaté deux ou peut-être même trois problèmes différents avec notre chauffe-eau (problèmes apparemment indépendants : il est très étonnant que nous les constations en même temps, mais je ne vois vraiment aucun lien causal possible pour expliquer cette proximité, surtout qu'un des problèmes est manifestement assez ancien). Bref, ça commence bien.

Le premier problème est que le groupe de sécurité fuit. Heureusement, la fuite est vers les eaux usées, pas vers le sol de notre appartement, et il s'agit d'eau froide, donc ça ne représente qu'une perte d'eau potable, mais c'est tout de même embêtant parce que ça fait du bruit (un ploc-ploc dont nous avons mis du temps à comprendre l'origine), et que ça représente un gâchis d'eau pas forcément négligeable. D'ailleurs, vu le dépôt de calcaire qui s'est formé, la fuite existe depuis un moment. Mon poussinet a l'air convaincu qu'il faut qu'il change le groupe lui-même et sans faire appel à un plombier (forcément escroc), mais je suis un peu moins enthousiaste quant aux chances de réussir à faire la manip sans créer deux ou trois nouvelles fuites, ce qui m'amène à parler du second problème.

Dans la nuit de vendredi à samedi, la sécurité de la résistance s'était enclenchée (je m'en suis rendu compte parce que j'ai dû prendre une douche quasi froide), c'est-à-dire qu'elle avait surchauffé. Pourtant, l'eau du ballon était quasi froide. Mon poussinet a décidé que c'était sans doute parce que la résistance s'était trop entartrée, et qu'il était grand temps de la nettoyer (sans quoi elle risquait de casser carrément). Il a donc purgé le ballon, et retiré quelques kilos de calcaire du fond et nettoyé la résistance de la gangue qui la couvrait. L'ennui c'est que d'une part la vidange a apparemment aggravé la fuite du groupe de sécurité, et d'autre part il a constaté que maintenant nous avions aussi une fuite au niveau du joint de la résistance, ou peut-être de la résistance elle-même. (Je ne parle pas du joint de bride, qui rend hermétique la plaque (bonde ? trappe ?) à laquelle la résistance est ancrée, et qui a de toute façont été remplacé, mais du joint qui isole la base de la résistance.) Du coup, maintenant il faut changer en urgence toute la résistance, de peur que celle-ci rouille et/ou fasse un court-circuit.

Et ce matin, nous avons constaté que l'eau était beaucoup trop chaude (environ 80°C au lieu de 55°C) : d'une part c'est dangereux, d'autre part c'est le signe que le thermostat est sans doute lui aussi défaillant. (Il est tentant de trouver un rapport entre ça et le problème précédent, mais je ne vois pas quel serait le mécanisme l'expliquant.)

Bon, en principe tout ça ne présente aucune difficulté particulière à changer, et ça devrait être fait ce soir demain soir, mais je sens venir les complications possibles : une nouvelle purge du chauffe-eau risque d'empirer encore l'état du groupe, changer celui-ci risque de créer des fuites au niveau des trois tuyaux auxquels il est relié (eau froide, ballon, et eaux usées), etc. J'ai un collègue qui a récemment fait changer son chauffe-eau et qui a dû faire venir trois ou quatre fois le plombier pour une fuite créée la fois précédente, fuite de plus en plus petite en volume mais aussi située à un endroit de plus en plus inaccessible sur le tuyau.

(dimanche)

Comment manifester quand on est agoraphobe ?

J'ai une tendance sérieuse à l'agoraphobie. Celle-ci se manifeste en gros dès que je suis dans un groupe de gens suffisamment dense pour que les contacts soient pratiquement inévitables, et que je n'ai pas le moyen de m'éloigner rapidement de ce groupe (je supporte sans problème d'être dans une file d'attente assez dense puisque je sais que je peux simplement abandonner ma place ; je supporte aussi d'être dans le métro aux heures de pointe si l'accès aux stations n'est pas lui-même encombré et que je peux donc toujours descendre à la prochaine station) ; et la manifestation de cette agoraphobie est un besoin plus ou moins urgent de fuir, ou au moins de me ménager un moyen de fuir rapidement.

C'est évidemment un peu problématique pour manifester dès que la manifestation est un peu suivie, donc compacte. Par exemple, quand il y a un et demi million de personnes dans les rues de Paris, entre République et Nation, ça me donne vraiment envie de me promener du côté du parc André Citroën.

Mais en fait, les points vraiment agoraphobogènes d'une manifestation en sont le départ et l'arrivée : entre les deux, le parcours est beaucoup moins dense, et surtout, il y a généralement assez de rues latérales pour ménager la possibilité (fût-elle conceptuelle) de fuir que mon agoraphobie requiert. Le secret, donc, pour arriver à suivre le cortège, c'est de prendre le parcours un peu après le départ, en arrivant par une rue oblique, et de le quitter un peu avant l'arrivée. (Bien sûr, je ne sais pas si ça compte, mais je crois qu'on peut tous être d'accord que ça n'a pas beaucoup d'importance.)

La difficulté avec cette technique est que ça oblige parfois à faire d'incroyables détours pour aller de chez moi au point où je rejoins la manifestation sans passer par le départ officiel de celle-ci et en s'interdisant tout moyen de transport en commun qui risquerait d'être trop saturé, puis la même chose à la fin. Aujourd'hui, mon poussinet et moi avons fait, à pied : Châtelet → Gare de l'Est → Goncourt → Parmentier → Alexandre Dumas → Porte de Montreuil (puis nous sommes repartis en tramway et métro). Si on regarde ça sur un plan, c'est un peu compliqué.

(vendredi)

Séminaire Codes sources

Une de mes connaissances (travaillant pour les archives Henri Poincaré) lance avec quelques autres (du CNRS et LIP6) un séminaire que je trouve très original et intéressant, et qui pourra intéresser certains de mes lecteurs : Codes sources. Il s'agit de présenter des exemples de codes sources (de programmes quelconques et en tous langages) pour les commenter et les analyser comme des textes en eux-mêmes, sous tous leurs aspects, un peu à la manière dont on peut étudier une œuvre littéraire. Le séminaire aura lieu mensuellement à Jussieu (au LIP6, salle 24–25/405), la séance inaugurale étant programmée le 22 janvier avec Gérard Huet qui parlera de literate programming. J'y interviendrai moi-même le 30 avril (pour discuter de mon jeu de labyrinthe hyperbolique).

(jeudi)

Nous sommes tous Charlie — et maintenant on fait quoi ?

Ma position générale sur le terrorisme est qu'il est le plus souvent préférable de l'ignorer. Non tant parce que le nombre de morts provoqués par le terrorisme est très petit face à d'autres formes de mortalité, même liées au crime ou à la bêtise, mais surtout parce que le but du terroriste est d'attirer l'attention sur lui et sur la cause pour laquelle il croit combattre, et que la façon la plus évidente de ne pas le laisser gagner son combat idéologique est de le faire tomber dans l'oubli. À celui qui veut susciter la haine ou la terreur, la réponse la plus pertinente est sans doute l'indifférence et le mépris. Et surtout, c'est la réponse la moins susceptible d'encourager d'autres à passer à l'acte.

L'ennui est que cette stratégie a ses limites : preuve en est que tout le monde connaît le nom d'Érostrate (ou, si on ne le connaît pas, on peut lire son exploit sur Wikipédia), et que ses épigones n'ont manifestement pas fini de se multiplier. Parfois, ignorer et passer à autre chose s'avère soit pratiquement impossible soit symboliquement odieux. Comment, donc, faut-il réagir face aux Érostrates de ce siècle ?

Je n'ai pas de réponse ; et je n'ai pas l'impression que qui que ce soit en ait (ou alors, il ne parle pas assez fort).

On peut bien sûr écarter certaines mauvaises réponses. Se laisser terroriser, bien sûr, est une mauvaise réponse ; abandonner la liberté que les terroristes voulaient attaquer, ou plus subtilement abandonner des libertés essentielle en échange d'une sécurité temporaire, en sont aussi. Pas plus qu'on ne devrait s'interdire d'en rire, ou s'interdire d'en pleurer.

Je pense qu'il ne faut pas se moquer du fait qu'on découvre — fût-ce timidement et a minima — le sens du mot fraternité. Les occasions qui unissent un pays sont bizarres dans leur diversité (un exploit sportif, l'arrivée d'un candidat répugnant au second tour d'une élection importante, un acte criminel), mais que ce soit dans la joie ou dans la colère, cette unité découverte est sans doute bénéfique, à plus forte raison si elle dépasse les frontières du pays.

Mais je crois que nous devons aussi tous garder une pensée à l'esprit. Autant il est tenant de se figurer que nous faisons partie de la team civilization contre la team barbarity, nous devons bien nous rappeler que la matrice dont surgit la bête immonde, ce n'est pas l'« Autre », c'est Nous, nous l'Humanité, qui sommes capable du pire comme du meilleur, et chaque acte condamnable auquel nous assistons, de la petite vexation au crime le plus abominable, doit nous le remettre en mémoire. Car il est tentant de mettre la faute de l'Autre sur le compte de son idéologie (que nous ne partageons pas nous qui faisons partie de la team civilization), et c'est certainement vrai dans une certaine mesure. Je ne pense vraiment pas que je sois du genre à aller tirer à l'arme automatique sur des humoristes qui m'auraient moqué ou auraient insulté les figures que je révère. Mais ce serait aussi bien présomptueux que de croire que les vertus que je veux ériger en antithèse de la barbarie sont forcément chez moi cultivées à une perfection telle qu'il n'y a aucune leçon à retirer pour moi-même dans les actions de l'Autre.

La tolérance, notamment, est une vertu dont il est facile de s'imaginer paré en s'inventant des hommes de cire. [Je cherche ici une métaphore comme brûler des hommes de paille évoque les faux arguments ridicules qu'on invente pour démolir la position adverse dans un argument — les hommes de cire, sans autre raison à la comparaison qu'une vague image de musée Grévin mental, feraient référence à des ennemis un peu fictifs qu'on exhibe ou même invente pour montrer qu'on est capable de tolérer la différence et l'opposition d'opinions.] Voici un indice : si on s'imagine être tolérant parce qu'on arrive facilement à tolérer X, ce n'est probablement pas X qu'on devrait utiliser comme jauge de notre tolérance — presque par définition, ce qu'on a le plus de mérite à tolérer est ce qu'on a le plus de mal à tolérer, et ce qu'on a le plus de mal à tolérer est ce qu'on a le moins envie de donner en exemple ou même de mentionner. (Pour ceux qui trouvent mon propos obscur, voici une page qui développe une idée relativement proche, même si les exemples utilisés me paraissent peut-être un chouïa simplistes ou anecdotiques.)

Et voici le paradoxe : la réponse idoine au terroriste est sans doute d'être meilleur que lui ; mais se dire qu'on est forcément (ou qu'on va être) meilleur que lui n'est peut-être pas le bon premier pas pour arriver à l'être.

(mardi)

La (nouvelle) banane Android du jour

[Gorille tenant une banane]Peu de temps avant de partir pour New York[#], j'ai mis à jour mon téléphone Android en passant de la version 4.3.quelquechose à la version 4.4.4 (en fait, je n'utilise pas l'Android brut fourni par Google mais la version dérivée CyanogenMod, et j'ai mis à jour celui-ci de la version 10.2.1 à la version 11.20141115, mais il ne semble pas que cette subtilité soit pertinente pour ce que je vais dire). J'ai été étonné du peu de problèmes rencontré lors de cette mise à jour (le GPS n'a pas été cassé, le Wifi fonctionnait toujours, l'appareil photo marchait, etc.) : il a seulement effacé tous mes contacts, ce qui, en matière de transition d'une version d'Android à une autre, est globalement en-dessous de la ration usuelle d'emmerdes. Mais juste l'avant-veille de mon départ, je me suis rendu compte qu'il y avait un autre problème que je n'avais pas remarqué : le téléphone ne marchait plus. Plus exactement, lors d'un appel téléphonique, je n'entendais rien, et mon interlocuteur n'entendait rien non plus : tout se passait exactement comme si le micro et le haut-parleur étaient cassés (mais uniquement pour ce qui est de passer un appel).

Alors certes, j'utilise assez peu mon téléphone mobile pour téléphoner : je m'en sers surtout pour consulter le Web (principalement Wikipédia, d'ailleurs) et les cartes (Google Maps et/ou OSMand), et un peu comme appareil photo, et pour communiquer essentiellement par Google Talk (rebaptisé Hangouts, mais en fait j'utilise un client différent — et par ailleurs merdique — appelé Xabber) et par SMS. Néanmoins, un téléphone qui ne permet pas de téléphoner, fût-ce occasionnellement, c'est un peu navrant.

Il s'avère que le problème (touchant le Nexus 4 et peut-être aussi le Nexus 6, sous Android 4.4.4 et apparemment certaines versions ultérieures) est connu : voir ici, ici, ici et ici (d'après les commentaires, il semble bien que les gens soient affectés aussi sur la version d'Android officielle de Google et pas seulement sous CyanogenMod). La faute en est à Google, non pas Google architecte d'Android mais Google auteur d'un machin énorme, monolithique et propriétaire qui vient s'ajouter par-dessus Android, qui s'appelle le Google Services Framework et qui contient essentiellement tout ce que Google n'a pas voulu rendre libre dans Android, donc, beaucoup de choses (en principe on peut fonctionner sans, mais ça implique de se passer d'énormément de choses, dont toutes les applications Google et en fait la majorité des applications non-libres d'Android, donc en fait la majorité des applications tout court d'Android). Apparemment, une mise à jour du Google Services Framework a eu pour effet de casser le son pendant les appels téléphoniques sur le Nexus 4 et le Nexus 6. Ce dernier étant le téléphone phare de Google, c'est amusant de constater à quel point ils s'en foutent complètement (ou alors ils ne sont pas au courant : il est bien connu que l'outil public pour rapporter des bugs dans Android est un pur placébo, personne de chez Google ne va jamais y mettre les pieds, et ils ne veulent pas de feedback de la part de l'extérieur).

Il y a deux solutions partielles au problème (qu'on découvre en suivant les liens ci-dessus et en ignorant 99.99% des commentaires venus d'utilisateurs totalement neuneus qui racontent n'importe quoi). L'une consiste à désactiver un tout petit bout du Google Services Framework (par exemple au moyen de la commande suivante tapée en tant que root dans une ligne de commande sur le téléphone : pm disable com.google.android.gms/com.google.android.gms.checkin.CheckinService). L'autre consiste à désactiver un bout un peu plus gros (au moyen de la commande pm disable com.google.android.gms). Aucune n'est vraiment satisfaisante : la première, celle qui désactive uniquement com.google.android.gms.checkin.CheckinService, a certes très peu d'effets sur le fonctionnement logiciel normal du téléphone, mais elle a pour conséquence que la batterie se vide trois ou quatre fois plus vite, manifestement parce que quelque chose d'autre dans le Google Services Framework essaie de rentrer en communication avec le Checkin Service, n'y arrive pas, et pose un « wake lock », qui empêche le téléphone d'entrer en hibernation, tant qu'il n'y arrive pas. La seconde solution, celle qui désactive tout com.google.android.gms, n'a pas ce problème, mais elle fait que la plupart des applications Google dysfonctionnent, dont le Play Store (heureusement, pas Google Maps, ou en tout cas pas complètement).

Pour résumer, j'ai le choix entre un téléphone qui ne peut plus passer d'appels, un téléphone dont la batterie ne tient que quelques heures, ou un téléphone dont la plupart des applications ne marchent plus. La merdicité de ces trois options a été soigneusement calculée par Murphy pour que je ne sache pas exactement quel mal est le pire, même si j'ai provisoirement choisi le dernier (en désactivant com.google.android.gms). Mais je me demande bien combien de temps cette petite blague va durer.

[#] Pour ceux qui s'étonneraient que j'aie l'idée de mettre à jour mon téléphone juste avant de partir en vacances, ce qui est une façon insolente de provoquer la loi de Murphy, il y a quand même une justification : je partais avec deux téléphones (l'un devant servir à loger ma carte SIM française pour rester joignable à mon numéro français, l'autre à héberger la carte SIM américaine nécessaire pour avoir un accès Internet nomade) ; or l'un de ces téléphones est une merde aux specs mal documentées (un Geeksphone Revolution), et du coup je n'ai essentiellement pas de choix de ce que je mets dessus — or je voulais que les deux soient sur des versions aussi semblables que possible d'Android, pour ne pas avoir à m'arracher les cheveux en passant de l'un à l'autre.

(samedi)

Gratuitous Literary Fragment #149 (trois moments)

La première scène se situe la veille de Noël 1557 au monastère de Yuste en Estrémadure, où Titien est en secret venu rendre visite à l'empereur abdiqué. Charles Quint, mi-assis mi-allongé, fiévreux et presque défiguré par la douleur, a les yeux fixés sur une immense horloge. Les notes d'un orgue résonnent confusément entre les murs. Sur la table, une carte du monde sur laquelle une bible a été posée de façon que la tranche du livre soit exactement alignée sur le méridien défini par le traité de Tordesillas. Le peintre contemple intensément cette image, gravant dans sa mémoire une toile qu'il ne peindra jamais.

La seconde scène a lieu le 28 juin 1915 à Göttingen, dans le bureau du grand Felix Klein. Les événements turbulents du monde extérieur ne paraissent avoir aucune prise dans cet espace feutré où le temps semble s'être arrêté. Le professeur émérite pose un regard interrogateur sur ce brillant jeune homme tout juste arrivé de Berlin pour donner une série de cours ; Klein a un air de vieux chat, il est impossible de savoir ce qu'il pense. Albert Einstein — le jeune professeur de Berlin — montre à David Hilbert, qui l'a invité ici, une lettre qu'il a reçue de Padoue quelques mois plus tôt.

La troisième scène se déroule le 25 juin 2004 à Paris, dans un petit appartement du sixième arrondissement. Umberto Eco vient d'y rentrer et pose sur l'étagère le livre qu'il a lu en chemin depuis Bologne, d'où il arrive : un roman sur lequel on ne cesse de lui demander son avis sous prétexte qu'il s'agirait d'un mauvais pastiche du Pendule de Foucault. Eco jette un regard sur l'église Saint-Sulpice par la fenêtre et place le Da Vinci Code à côté d'un exemplaire de Là-bas de Huysmans. Puis il murmure : Et si ce Dan Brown était lui-même un personnage de fiction ?

Bon, je dois admettre que mes textes en viennent parfois à ressembler à des caricatures d'eux-mêmes, et que le grand Felix Klein c'est un peu facile comme blague. Néanmoins, mon lecteur s'amusera peut-être à essayer de retrouver ce qui est vrai et ce qui est inventé là-dedans, parce que je n'en ai moi-même pas une idée totalement claire (c'est bien ça qui est intéressant, non ?).

(jeudi)

Joyeux jour du domaine public

Si je ne me trompe pas (qu'on me corrige le cas échéant[#]), aujourd'hui rejoignent enfin vraiment le patrimoine de l'humanité les œuvres, entre autres, de : Jean Giraudoux, Romain Rolland, Vasilij Kandinskij, Edvard Munch, Piet Mondrian et Aristide Maillol. Ailleurs qu'en France, Saint-Exupéry entre aussi dans le Domaine Public (s'il n'y est pas déjà, bien sûr) : en France, la catégorie complètement absurde Mort pour la France empêchera qu'on profite librement de ses œuvres pour encore trente ans.

Comme La Guerre de Troie n'aura pas lieu fait partie de mes pièces préférées, je suis heureux de pouvoir enfin la goûter pleinement.

[#] Je n'ai pas réussi à avoir de confirmation totalement claire de si les 70 ans après la mort de l'auteur étaient comptées à partir du jour de sa mort ou à partir de la fin de l'année civile où celle-ci a lieu (je trouve des affirmations contradictoires) : je prends la seconde hypothèse, qui est la plus pessimiste. (L'absence de renseignements clairs sur le droit d'auteur fait partie du caractère généralement scandaleusement abusif du droit de la propriété intellectuelle.) Il est par ailleurs possible que certains de ces artistes soient déjà (au moins partiellement) dans le Domaine Public si le pays où a eu lieu la publication protégeait moins longtemps que 70 ans après la mort de l'auteur.

(lundi)

Photos des aventures de Ruxor à New York

Voici les photos que j'ai prises à New York (dont je suis rentré hier matin) pour accompagner les aventures que j'ai racontées ici, , , et . J'ai pris le soin de les étiqueter, et de les positionner géographiquement (en corrigeant parfois manuellement les coordonnées relevées par le GPS de mon téléphone ou en en ajoutant) : ne pas oublier, donc, de cliquer sur le petit ‘i’ entouré dans le coin en haut à gauche pour avoir accès à ces informations (les coordonnées sont un lien vers Google Maps : dans la version classique, la flèche verte indique le point référencé, dans la version nouvelle, c'est la goutte rouge).

(jeudi)

Les aventures de Ruxor à New York, cinquième partie

(Début ici, , et .)

Aujourd'hui nous avons eu la chance qu'il faisait plutôt beau (même s'il y avait pas mal de vent parfois un peu froid), et comme essentiellement tout était fermé pour Noël[#], et les rares choses qui ne l'étaient pas étaient passablement bondées, nous avons fait un tour dans Central Park. En fait, nous avons fait le tour de Central Park, juste à l'intérieur de sa périphérie, dans le sens des aiguilles d'une montre (apparemment les joggeurs font plutôt l'inverse) à partir du coin sud-ouest, ce qui nous a pris presque trois heures. Avec ça, nous avons quand même réussi à y rater des choses, comme le château du belvédère, la terrasse de Bethesda ou encore le jardin de Shakespeare, ce qui est dommage.

Le parc a un style nettement différent des parcs européens, même si je le compare à Hyde Park à Londres ou au Englischer Garten de Munich, qui sont sans doute les plus comparables : pourtant, je ne saurais pas dire exactement en quoi consiste la différence et pourquoi je pensais immédiatement aux parcs que je voyais à Toronto quand j'étais petit (sont-ce les essences d'arbres représentées ? la manière dont ils sont agencés ? le style des voies et des ponts ? je ne sais pas, mais en tout cas je ne crois pas que ce soient juste les écureuils ou les bâtiments au fond qui permettent de voir qu'on est en Amérique du Nord).

Après Central Park nous avons visité (la pointe sud de) Roosevelt Island, qu'on pourrait appeler l'île depuis laquelle on a la vue emblématique sur l'est de Manhattan et les bâtiments de l'ONU et où les films aiment bien montrer quelqu'un en train de faire du jogging histoire de situer la scène à New York grâce à la vue en question — mais c'est plus court de dire Roosevelt Island. Il y a aussi une ruine classée sur cette île, qui a un certain charme gothique anglais, et un pont impressionnant qui traverse l'île sans s'y arrêter, reliant Manhattan à Queens. (C'est bien, Google Images, on n'a plus besoin de prendre des photos, juste d'écrire ce qu'on veut montrer. Enfin, j'ai pris quelques photos, mais elles seront moins bien que ce qu'il y a sur Google Images, et je ne vais pas les mettre en ligne avant de rentrer.)

Une chose que je me demande quasiment à chaque fois que je passe devant un de ces hauts gratte-ciel new-yorkais à l'architecture moitié gothique, moitié sarrasine, qui a l'air de se soutenir dans les airs comme par miracle[#3] (et Hermès sait qu'il y en a !), c'est ce qu'il y a tout en haut. Parce que beaucoup de bâtiments ont une sorte de toit en terrasse surmonté d'une sorte de protubérance, petite construction supplémentaire, pouvant prendre la forme d'un clocheton, d'une petite maison, d'un châtelet, ou simplement d'un cube, selon la fantaisie architecturale du moment (de l'arrière de notre hôtel on en voit un qui a une sorte d'arc de belvédère néoclassique, avec son propre toit en terrasse, juché sur son toit, et tout à l'heure j'ai vu un truc un peu chinoisifiant). Beaucoup doivent être une façon de cacher le réservoir d'eau que les bâtiments sont apparemment tenus d'avoir, mais peut-être s'agit-il parfois d'autres choses : machinerie d'ascenseur, système de climatisation, ou pourquoi pas une habitation fantaisiste avec une vue imprenable. Que peut-il bien y avoir derrière ces petites fenêtres tout en haut de telle ou telle tour dans le style art nouveau ou art déco ? derrière une petite lucarne isolée mais positionnée au centre et au-dessus des autres dans un bâtiment pompeux ? Et qu'y a-t-il au tout dernier étage (le plus haut à avoir des fenêtres en triangle, juste en-dessous de l'aiguille) du bâtiment Chrysler ? (Bon, pour cet exemple précis, on peut avoir la réponse ici, quoique malheureusement sans photos.)

[#] Même si on voit partout des ménoras[#2] (menorahs ? menoroth ?) un peu partout dans New York parce que c'était hier la fin de hanoucca (hanukka ?), je pense que c'est plus du politiquement correct histoire de ne pas avoir qu'un sapin de Noël qu'une si grande ferveur culturelle juive. D'ailleurs, les gens n'avaient pas l'air complètement d'accord sur le bon nombre de bougies à allumer sur les ménoras.

[#2] Vous savez, la ménora de hanoucca : contrairement à la ménora normale, qui a sept branches, celle de hanoucca en a huit, même si le goy idiot comme moi va avoir tendance à en compter neuf (le truc au milieu n'est pas une bougie, c'est un truc qui sert à allumer les bougies, alors que dans la ménora à sept branches le truc au milieu est bien une bougie, le Club Contexte vous remercie).

[#3] Pour les incultes, ceci était une citation (appropriée pour le jour où je visite Central Park).

(mercredi)

Les aventures de Ruxor à New York, quatrième partie

Je continue la série commencée ici, et avec d'autres observations aléatoires et sans transition (voire sans intérêt). Aujourd'hui le temps était particulièrement pourri dans le genre pluvieux et brumeux (avant-hier il a fait froid mais sec, hier il y avait un crachin froid mais pas de vraie pluie, et à partir de demain il devrait faire plus beau — globalement je ne me plains pas trop). Nous sommes voir Brooklyn (guère plus qu'y mettre les pieds, en vérité), et la vue des ponts suspendus sur l'East River et des buildings de Manhattan va bien avec la brume un peu déprimante (comment rend-on bleak en français ?).

Je refais quelques remarques sur la nourriture parce que mon idée de voyager c'est quand même de bien manger. C'est un peu dommage que bien manger à New York semble être si souvent associé à la cuisine française ou italienne, que je n'ai pas traversé l'Atlantique pour goûter ici, notamment dans un de ces endroits au nom ou au menu faussement français et comportant souvent des orthographes un peu fantaisistes (certes généralement limitées à un accent mal placé, style créme bruleé, mais j'ai vu quelque part un restaurant dont le sous-titre était spécialitées lyonnaises, sic. : c'est tout de même bizarre de ne pas prendre la peine de consulter un dictionnaire avait d'écrire quelque chose partout sur la façade). Maintenant, ce midi nous avons mangé dans un petit bouiboui d'inspiration indienne (sur Macdougal Street), qui n'était pas mauvais du tout même si le cadre était riquiqui et un peu glauque. Et dans quelques jours un ami doit nous montrer un bon restaurant chinois.

Une chose dont j'ai souvent entendu les Européens se plaindre, c'est que les Américains ne savent pas faire du café. Et c'est vrai que la boisson vendue sous ce nom est de l'eau chaude teintée et très légèrement aromatisée, probablement moins caféinée que ce que j'ai l'habitude de boire comme thé. Mais il faut simplement considérer qu'ici le café et l'espresso sont des boissons totalement différentes, qui n'ont qu'un vague lien de parenté : une fois ce fait admis, on trouve sans trop de mal des espressi tout à fait convenables, et qui vont bien avec les cookies trop sucrés. (En revanche, la cannelle un peu partout, je n'arrive pas à m'y habituer, et je me fais régulièrement avoir en oubliant de vérifier ce qui en contient.)

J'ai un peu du mal à me faire, dans les commerces américains, à l'idée qu'il ne faut pas hésiter à faire appel au personnel (qui me paraît d'ailleurs souvent considérablement overstaffed) : moi qui en France, par timidité ou par peur de déranger, préfère tout faire par moi-même (qu'il s'agisse de trouver un article ou d'en choisir un à essayer), je suis assez désemparé par la manière dont on me saute dessus (how are you folks doing today?) dès que je rentre quelque part pour me demander de jouer au client-roi (how can I be of service?).

Nous sommes passés tout à l'heure par un magasin Muji (無印良品), dont j'ai pu constater qu'ils vendent exactement les mêmes choses qu'ailleurs (ou en tout cas qu'en France et en Allemagne), et la raison pour laquelle je signale ça c'est que dans le tas il y a des règles graduées (uniquement) en centimètres — je serais curieux de savoir combien ils en vendent.

Aucun rapport (j'ai déjà dit que je laissais tomber les transitions), mais j'ai vu plusieurs chantiers devant lesquels un panneau invitait les passants à dénoncer anonymement s'ils voyaient que les ouvriers travaillaient dans des conditions dangereuses : je trouve que c'est une excellente idée. Aussi, quand il y a des travaux sur un immeuble, ils ménagent un passage piéton correct et protégé (par opposition à Paris où on peint vaguement des marques par terre et on invite les piétons à voir en face s'ils y sont).

J'ai vu une pub dans le métro que j'ai trouvée vraiment adorable (I love my boo, de la fondation Gay Men's Health Crisis, photo ici).

À propos du métro (d'accord, je fais quand même des transitions, même si elles sont pourries), c'est étonnant pour un parisien de voir à quel point les rames sont longues ici (du coup, la même station dessert quelque chose comme trois rues consécutives), et à quel point il est peu profond. Les lignes sont essentiellement nord-sud dans Manhattan, et le graphe ressemble plus à un réseau de bus (i.e., beaucoup de lignes réalisant des itinéraires raisonnables de bout en bout, avec relativement peu de correspondances, et pas trop d'efforts pour unifier les stations) que dans d'autres villes que j'ai pu visiter. Le nom de la station n'est unique que relativement à la ligne, ce que je trouve assez merdique ; une autre chose que je trouve merdique, c'est que les lignes n'ont pas toutes un plan de la ligne bien visible dans chaque voiture, et si elles ont bien un plan de l'ensemble du réseau, il est placé à un endroit où on a neuf chances sur dix de déranger quelqu'un quand on veut le consulter.

Je n'arrive pas bien à me représenter la taille de Manhattan. Il paraît que c'est plus petit que Paris intra muros, mais ça me donne l'impression d'être beaucoup plus grand. Peut-être parce que c'est déjà la partie très centrale donc que j'ai tendance à comparer à la partie centrale de Paris. Peut-être parce que c'est plus allongé ou que la répartition des rues ferait qu'il y aurait plus de longueur de voies au kilomètre carré (j'aimerais bien voir des statistiques sur les villes classées en longueur de voies et en rapport longueur de voie sur surface totale). J'aimerais bien voir, aussi, un plan de New York City et de l'Île-de-France à la même échelle, pour me faire une idée des tailles.

Demain, comme tout sera fermé pour Noël, nous comptons nous promener dans Central Park (surtout qu'il devrait faire moins moche) et peut-être Roosevelt Island.

(mardi)

Les aventures de Ruxor à New York, troisième partie

Je continue la série commencée ici et , même si je n'ai pas des masses à raconter aujourd'hui puisque nous avons surtout fait du shopping, et je ne crois pas qu'il soit vraiment intéressant de raconter les fringues que j'achète, sauf peut-être si je trouvais quelque chose d'introuvable à Paris, mais je ne crois pas que ça ait été le cas (je n'ai pas acheté un tee-shirt avec une tête de Haliaeetus leucocephalus, des étoiles blanches sur fond bleu et le mot Liberty écrit en lettres pleines de ferveur). Je suis quand même tombé par hasard sur un magasin très rigolo, qui s'appelle The Container Store, au croisement de la 19e rue et de la 6e avenue et qui, comme son nom l'indique, se spécialise dans les boîtes de rangement, cartons, bouteilles, sacs, et autres contenants — et comme j'adore les boîtes, je suis resté assez longtemps à m'émerveiller devant la diversité de leurs articles. Tiens, en revanche, je m'étonne que les différentes marches aléatoires que j'ai faites dans Manhattan ne m'ont pas amené devant des grandes (ou moins grandes) librairies.

Hier soir, j'ai dîné avec mon poussinet, mon beau-frère et ma belle-mère au restaurant (Asiate) du Mandarin oriental sur Columbus Circle, au coin sud-ouest de Central Park — et qui offre une vue assez impressionnante sur les environs, malheureusement un peu gâchée par le temps désespérément nébuleux. Les chambres de l'hôtel démarrent à 700$ la nuit, mais le restaurant est un chouïa moins exorbitant, et il est excellent.

Parlant de restaurants, je trouve frappant de voir dans chaque café ou restaurant où je vais aux toilettes la mention employees must wash hands (je l'avais déjà vue aux États-Unis, mais pas de façon aussi systématique : je ne sais pas si c'est le lieu ou le temps qui ont changé). Je suppose qu'elle s'adresse aux clients pour les rassurer, pas aux employés eux-mêmes (si on veut leur donner des instructions, on peut le faire autrement que par un petit écriteau), mais finalement je ne sais pas si c'est rassurant que ce soit nécessaire de le signaler — si je voyais l'indication employees must not poison customers ou employees must not eat babies for beakfast, je crois que je serais plus inquiet qu'autre chose.

Ah, aucun rapport (c'est difficile de prévoir des transitions entre les petites remarques aléatoires que je veux faire, alors je laisse tomber) : New York décore le pied de certains arbres, ou des parterres un peu partout, avec des choux d'ornement. (Je ne savais même pas que ça existait, moi, les choux d'ornement : il y a une semaine j'aurais pris ça pour une sorte d'oxymore.) Je trouve ça vraiment très chou.

(lundi)

Secondes impressions de New York

Je continue ma série d'impressions aléatoires de New York. Comme je n'aime pas trop les attractions touristiques (ou tout ce qui peut ressembler à un passage obligé), et que je préfère visiter les rues que les musées, je n'irai voir ni la statue de la liberté (je me suis contenté de la voir de loin) ni Ellis Island (idem), ni l'Empire State Building, ni le Guggenheim (sauf probablement de l'extérieur), ni le Metropolitan, nec cetera. D'ailleurs, il faut croire que mon poussinet et moi arrivons à ne pas trop passer pour des touristes puisque ça fait déjà trois ou quatre fois qu'on nous demande le chemin dans la rue.

Nous avons, en revanche, vu Ground Zero (sans rentrer dans le musée mémorial du 11 septembre, et de nouveau, je n'en ai pas l'intention) : je savais qu'ils avaient construit une tour de 1776 pieds de haut dans ce coin, mais ce que je ne savais pas, c'est que l'emplacement précis des tours jumelles est matérialisé par deux bassins noirs carrés de la même taille que leur base, dont le bord est formé de cascades. L'effet est vraiment frappant (les photos ne leur rendent vraiment pas justice), tant ces bassins paraissent immenses et vides, et en même temps petits quand on pense que c'est l'empreinte d'un bâtiment.

Ceci me fait penser à un bâtiment très impressionnant que j'ai croisé par sérendipité en déambulant dans le lower Manhattan : le Long Lines Building d'AT&T, un gratte-ciel de presque 170m de hauteur, dans le style brutaliste extrême, sans une seule fenêtre (parce qu'il s'agissait d'héberger des centraux téléphonique sensibles à la lumière, mais cette considération n'est plus pertinente maintenant, et les gens qui y travaillent ne sont apparemment pas spécialement heureux de cette particularité architecturale).

À part ça, nous avons parcouru d'un bout à l'autre la High Line, la version new yorkaise de la Promenade plantée de Paris, et là aussi c'est intéressant de voir l'extrême diversité architecturale des bâtiments adjacents, entre copropriétés de luxe, petits immeubles semblant quasiment à l'abandon et entrepôts portuaires.

Sinon, nous sommes allés voir le bar Stonewall sur Christopher Street (mais il était fermé), le lieu emblématique des révoltes du même nom suite à l'enterrement de Judy Garland et qui sont commémorées par la communauté LGBT sous forme de gay pride ou variations de ce nom, d'ailleurs nommées Christopher Street Day dans les pays germanophones. Ceci dit, à part ce lieu symbolique, la vie gay new yorkaise ne m'a pas semblé spécialement visible, ou alors je n'ai pas cherché aux bons endroits.

Aucun rapport, mais je me rends compte à New York que j'ai pris l'habitude d'habiter dans une ville qui est assez à l'ouest dans son fuseau horaire : alors qu'à Paris le soleil se couche vers 16h55 (heure locale) au solstice d'hiver, ici c'est plutôt 16h30, et je trouverais ça limite déprimant si le décalage horaire ne m'avait pas donné des habitudes plus matinales que je n'en ai chez moi (mais ça ne durera sans doute pas). Je me demande d'ailleurs quelles sont les villes les plus à l'ouest du méridien de référence de leur fuseau horaire (i.e., le multiple de 15° correspondant à leur heure par rapport à Greenwich), il faudra que je pose la question à une quelconque base de données.

Sinon, je remarque des petites différences auxquelles je n'avais pas fait attention précédemment dans les habitudes alimentaires des américains par rapport aux français (je ne suis d'ailleurs pas sûr qu'elles soient réelles ou simplement liées au lieu, au moment, ou au hasard de mon observation). Les yaourts nature (non sucrés) ont l'air relativement difficiles à trouver ici, par exemple, par opposition aux yaourts aux fruits (on trouve du fromage frais de toutes sortes, ou éventuellement des yaourts nature à la grecque, mais pas trop de yaourts nature ordinaires). Les biscuits sucrés du genre que je grignote en France (par exemple des chokini — mais je ne parle pas bien sûr d'un type particulier mais de la catégorie générale des biscuits sucrés plutôt sablés que gras) n'a pas vraiment l'air trop vendus ici. Ah, et tout à l'heure je cherchais quelque chose de salé dans la catégorie boulangerie à prendre comme goûter (du genre pain au fromage, pain au pavot, quelque chose de ce style), et ça n'avait vraiment pas l'air possible (je me suis rabattu sur un bretzel, c'est le plus proche que j'aie trouvé) : apparemment si on veut grignoter autre chose que du sucré ou des chips, c'est difficile.

Ah, et il y a de la cortisone en vente libre au 24h/24 (certes en crème et pas en pilules), je trouve ça assez hallucinant.

(dimanche)

Premières impressions de New York

Comme le Wifi de l'hôtel est excellent (et que je m'ennuie un peu en attendant mon poussinet qui est allé voir une pièce de théâtre néo-expérimentale qui ne m'intéressait pas a priori), je peux raconter un peu mes premières impressions de New York.

Sur le voyage lui-même, je n'ai pas grand-chose à dire, à part qu'il a été prévisiblement fatigant (18 heures de porte à porte de chez nous à notre chambre d'hôtel, c'est tout de même long — ça ne fait d'ailleurs que 320km/h de moyenne si on prend la distance en ligne droite). Nous avons fait la folie de prendre la classe affaires (ce qui explique le vol avec escale à Toronto, sinon c'était hors de nos moyens), et il faut dire que la classe affaires sur le nouveau Boeing 787 Dreamliner d'Air Canada dont ils sont très fiers (apparemment notre avion avait quelque chose comme 20 jours de vol commercial), c'est vraiment luxueux — les sièges presque des cabines, avec un petit bureau sur le côté et moyen de se mettre complètement à l'horizontal, ce qui fait que mon poussinet a très bien dormi et moi j'ai même réussi à fermer l'œil quelques heures. (Sinon, j'ai regardé le dernier Woody Allen, et je l'ai beaucoup aimé.) Ah, et sinon, passer l'immigration américaine à Toronto, c'est plus sympa, les agents des US Customs and Border Protection sont nettement plus détendus qu'aux États-Unis.

Sinon, la première chose que j'ai vue en arrivant à l'aéroport de New York LaGuardia (après des écrans qui diffusaient des matchs de football américain), c'est une enseigne lumineuse portant en gros caractères l'inscription God bless our troups (je crois que c'est quelque chose comme l'aumonerie de l'aéroport qui faisait une messe spéciale pour les troupes américaines). Juste après, j'ai vu une pub pour un rachat des dettes d'emprunts étudiants. Ce pays est parfois vraiment la caricature de lui-même !

Mais bon, je ne vais pas commencer la liste des choses qui m'agacent aux États-Unis, sinon je vais commencer à pester contre les prix indiqués hors taxes qui font qu'on ne sait jamais combien on va payer (sauf à savoir multiplier de tête par 1.08875, ce qui n'est pas mon cas — ou sauf pour la nourriture qui n'est apparemment pas taxée (dans certains cas ?) — dans l'état de New York). Et contre le fait qu'on doive choisir combien on va laisser pour le service dans les restaurants, ce qui est franchement une honte. Et je vais ranter, et ce ne sera pas bon pour mes nerfs. Alors concentrons-nous plutôt sur les avantages culturels des États-Unis, comme les petits supermarchés ouverts 24h/24 (ce qui, comme pour le service dans les restaurants, est une honte du point de vue social, mais pour le coup il faut reconnaître que c'est très très très pratique). Ou sur leurs spécialités culinaires comme le bacon, le beef jerky et le beurre d'arachides (d'ailleurs, si quelqu'un sait où trouver, à un prix abordable, à Paris, du bon bacon américain, ou du beef jerky, ça m'intéresse). Parce que ce matin j'ai pris le brunch dans le West Village avec du bon bacon au sirop d'érable et en dessert une mousse aux arachides, et tout ça était fort bon (quoique certainement aussi diététique que le football américain est un sport fin et délicat).

Mais bon, pour l'instant, je n'ai pas encore pu voir grand-chose de la ville de New York : je me suis contenté de parcourir un peu Manhattan pour me familiariser avec sa géographie générale. Comme tout le monde, je savais que Manhattan était organisé selon un plan en grille très régulier avec des rues orientées est-ouest (ou plutôt est-sud-est–ouest-nord-ouest) et des avenues nord-sud (enfin, perpendiculaires aux rues), les deux étant numérotées, avec des exceptions sur les bords, et bien sûr Broadway qui n'est ni droit ni tout à fait parallèle aux avenues. Je ne savais pas, par exemple, que les rues étaient beaucoup plus denses et régulières que les avenues. (Ces dernières ne sont d'ailleurs pas toutes numérotées, ou parfois ont un nom en plus du numéro. Par ailleurs, il me semble qu'elles sont plus passantes.) Je ne savais pas non plus à quel point il est difficile de trouver un endroit par le nom de la voie et le numéro : les numéros ne sont marqués presque nulle part, et quand ils le sont c'est plus souvent des numéros dans l'avenue que dans la rue (pour les bâtiments qui font l'intersection), et pour ne pas aider les rues ont une double numérotation en partie est et ouest — tout ceci explique qu'il est bien plus facile de s'y retrouver en parlant de l'intersection de la n-ième rue et la k-ième avenue que du numéro m de la n-ième rue (je ne sais d'ailleurs pas s'il y a une règle précise pour déterminer k en fonction de n : ce serait logique, mais ça n'a pas l'air totalement clair). Je ne savais pas non plus que l'architecture de la ville était à ce point hétéroclite et éclectique (c'est amusant, Paris a une géographie des rues totalement aléatoire mais une architecture très uniforme grâce au bon Eugène Haussmann, Manhattan c'est le contraire, les urbanistes ont trouvé bon d'imposer l'angle des rues mais pas la taille ou la forme des bâtiments).

Ceci dit, une bonne partie du temps passé depuis notre arrivée a été consacré non pas à la découverte de la ville mais à la quête de l'obtention d'une formule mobile prépayée pour pouvoir avoir un accès Internet portable à un prix correct (j'en ai finalement eu pour 66USD chez AT&T, ce qui n'est pas trop mal pour 2Go, largement plus que ce que je consommerai pendant la semaine, ainsi que les appels et SMS illimités vers les numéros américains, donc notamment vers le mobile de mon poussinet pendant la semaine). Mon poussinet, lui, a eu des contretemps parce qu'en achetant bêtement une carte SIM chez un Best Buy, il s'est retrouvé avec une carte de mauvais format (nano au lieu de micro — il s'agit de différences de format inventées par Apple juste pour le plaisir d'être des connards). Or si en France il n'est pas difficile de trouver des adaptateurs pour insérer n'importe quel format de carte SIM dans un téléphone en attendant une plus grande (et par ailleurs on fournit toujours les cartes comme des matriochkas de plastique, ce qui permet de couper le format dont on a besoin), aux États-Unis, ce n'est apparemment pas le cas. La raison est probablement que la plupart des téléphones sont vendus verrouillés et quasiment tous les abonnements viennent avec un téléphone (verrouillé, donc). Et ceci, à son tour, vient du fait que plusieurs opérateurs américains utilisent des fréquences, voire des modulations (CDMA au lieu de GSM), qu'ils sont essentiellement les seuls à faire, si bien qu'on ne peut pas simplement prendre un téléphone d'un opérateur, fût-il déverrouillé, pour s'en servir chez un autre. Toujours est-il que la séparation entre carte SIM et téléphone, qui est maintenant clairement établie en Europe, a l'air de ne pas du tout être bien passée aux États-Unis. Ah zut, je suis de nouveau passé en mode « quel pays de merde », il est donc temps que j'arrête là sinon je vais me remettre à parler des cartes bancaires.

(jeudi)

Je vais passer quelques jours à New York

Samedi je vais anéantir mon bilan carbone excellent depuis sept ans et demi (je n'ai voyagé qu'en train pendant ce temps) en allant aux États-Unis. Comme j'imite assez mal la masse en rang serré des pauvres et fatigués aspirant à la liberté, ce sera seulement pour de petites vacances avec ma belle-famille. Mes parents viendront nourrir les peluches. Mon passeport est prêt.

(Je ne posterai donc probablement pas sur ce blog d'ici après Noël. Parce que si on avait un réseau de communications capable de faire traverser l'Atlantique à de l'information à la vitesse de la lumière, ça se saurait, n'est-ce pas ? Enfin, sauf si je décide de dumper une entrée mathématique à moitié finie ou deux, juste pour m'en débarrasser.)

Je suis un immense angoissé des voyages. Pas du vol en avion en lui-même, mais plutôt de l'idée d'oublier de faire ou de prendre quelque chose d'important avant de partir. (Certes, nous n'allons pas exactement au milieu de nulle part, mais je peux imaginer plein de choses qui seraient difficiles à trouver sur place pour une raison ou une autre, comme je ne sais quel médicament pour Ruxor hypocondriaque, ou trop chères à remplacer.) Ou au contraire, de prendre quelque chose auquel je tiens et dont les mesures de sécurité incompréhensibles du transport aérien m'obligeraient à choisir entre abandonner ou rater mon vol. (Par exemple si mon portable n'avait plus de batterie au moment où il faut l'allumer pour prouver que c'est un vrai.) Ou de me faire voler mes bagages — ou qu'ils se retrouvent à Rio ou Shanghai. Ou que ma carte de crédit ne fonctionne pas. Ou qu'elle se fasse voler (enfin, plutôt, que son numéro se fasse voler dans un pays qui n'a toujours pas progressé jusqu'à la technologie « carte à puce »). Ou que l'hôtel n'ait pas enregistré notre réservation. Ou que pour des raisons idiotes je n'arrive pas à prendre une offre téléphonique prépayée me permettant d'avoir partout l'accès Internet nécessaire à ma survie (parce que Orange France facture les connexions données depuis les États-Unis à environ 14000€ le giga-octet, et non, ce n'est pas une blague : je ne trouve même pas les mots pour dire à quel point c'est du vol). Ou que nous manquions notre correspondance à Toronto (vu que le vol Paris→Toronto que nous prenons a une heure de retard quasiment tous les jours en ce moment, c'est hautement envisageable). Ou que je tombe malade dans ce pays où il soit impossible soit hors de prix de voir un médecin (bon, nous avons pris une assurance médicale spécifique, mais elle ne doit couvrir que les vrais cas d'urgence, pas une grippe). Ou d'attraper des punaises de lit dans l'avion ou l'hôtel. Bref, mon cerveau est très fort pour me préfigurer toutes sortes de contrariétés possibles.

Au moins je n'ai pas l'anxiété de ne pas connaître la langue de l'endroit. Mais elle est remplacée par celle d'aller dans un pays qui me semble souvent exceptionnellement archaïque, et dont les bizarreries vont (à part ce que j'ai déjà dit sur le système bancaire ou médical) de choses pittoresques et inoffensives comme le fait que les gens continuent d'utiliser un système d'unités tribales apparemment surgies d'un livre de heroic fantasy, à des manifestations plus inquiétantes comme le fait que ces mêmes gens croient nécessaire de s'armer comme s'ils étaient des aventuriers de Donjons & Dragons, mais avec des armes à feu plutôt que des épées (qui auraient au moins le mérite de la classe). Il n'est pas étonnant que dans un pays qui se croit comme ça en plein médiéval fantastique finisse par pratiquer la torture comme on se l'imagine. Mais bon, au moins, je ne commets pas le grave crime d'être de couleur, ça devrait faciliter les éventuelles interactions avec la police.

(mercredi)

Je vais passer à la télé

J'ai été interviewé tout à l'heure par des journalistes du magazine Cash investigation de France 2 (non, pas par Élise Lucet elle-même ☺) dans le cadre d'un reportage qu'ils préparent sur la protection de la vie privée, où ils ont voulu m'interroger en tant que cryptographe sur la fonction de hachage MD5 (utilisée dans des bases de données de ciblage publicitaire pour associer un identifiant unique à un internaute), et notamment sur son irréversibilité. (En vérité, c'est tombé sur moi parce mes collègues se sont défilés.) Je pense avoir réussi à faire comprendre au moins aux journalistes eux-mêmes certaines questions pas forcément évidentes (par exemple, le fait que MD5 est cassé du point de vue de la résistance aux collisions mais que ça n'entame pas la confiance qu'on doit avoir en son irréversibilité au moins si l'espace des messages possibles est suffisamment grand — ce n'est pas évident à faire passer, tout ça) : je ne sais évidemment pas comment ça se traduira à l'antenne après montage. Il me semble au moins que je n'ai pas dit de grosse connerie (après, je vais sans doute avoir l'air pontifiant, mais ce n'est pas très grave).

Comme ils voulaient quelque chose d'impressionnant, j'ai dû écrire le nombre 340282366920938463463374607431768211456 (c'est 2↑128) au tableau ; et comme ils voulaient quelque chose de technique, j'ai fait un dessin d'une des opérations internes de MD5. Et pour faire une démonstration du fait que j'ai bien confiance en l'irréversibilité de la fonction, j'ai été filmé tenant un papier sur lequel on voit le haché 466747e2a601d09f8cb79cd8b8df3321, qui est le MD5 de mon numéro de carte bleue avec son code confidentiel et sa date d'expiration et bien sûr d'une phrase aléatoire suffisamment longue pour rendre l'espace des possibles gigantesque. (Si vous arrivez à cette entrée en cherchant ce haché dans Google, bonjour !, c'est malin, mais bizarrement je ne révélerai pas exactement ce que j'ai haché.)

Le plus étonnant dans le tournage, en fait, c'est le temps passé à le préparer, et notamment à trouver une façon de placer l'éclairage et les caméras (en l'occurrence, bêtement des appareils photo numériques) pour n'avoir ni ombre ni reflet.

Ça devrait passer à l'antenne dans quelques mois.

(lundi)

La banane Android du jour

[Gorille tenant une banane]Il est bien connu que ça ne sert à rien de soumettre des bug-reports Android : Google les ignore avec un mépris qui ajoute l'insulte à l'agacement du bug lui-même. (Parfois, d'ailleurs, ils poussent l'injure plus loin que simplement ignorer : pour ce bug-là, ils l'ont carrément marqué obsolète.) Mais ce bug-ci, je dois avouer que je l'ai soumis juste pour faire le kéké et dire moi j'ai compris ce qui s'est passé. Un peu comme ce bug que j'avais trouvé dans Firefox, causé par la présence des fichiers de développement d'une très vieille libc, ici je pense que j'ai eu droit au bug parce que je me trimbale ma base de données de contacts depuis la toute première version d'Android.

Un autre fait bien connu est que Google souffre de la maladie de vouloir toujours tout changer, les interfaces d'Android devenant obsolètes encore plus rapidement que les lubies d'un adolescent : le fait qu'ils aient traversé tellement de versions différentes de la signature de la base de données des contacts en est un symptôme assez révélateur (le fait qu'on en soit à la version 9.10 est bien le signe que jamais personne n'a pris le temps de s'asseoir pour se dire on va réfléchir à une structure bien faite et dont on soit contents pour la base de données des contacts, histoire de ne pas avoir à en changer avant un bon moment).

(dimanche)

Un nouveau jeu de labyrinthe(?) hyperbolique

Je viens de produire un nouveau jeu de labyrinthe hyperbolique. Je n'étais pas vraiment satisfait du précédent (introduit ici) parce que je trouvais qu'il y a quelque chose d'insatisfaisant à plaquer un labyrinthe au sens traditionnel (i.e., des murs infranchissables) sur l'espace hyperbolique : l'espace hyperbolique est labyrinthique en lui-même (au sens où, par exemple, si on se trompe de direction quelque part, on doit essentiellement revenir à son point de départ pour aller à l'endroit où on voulait aller), je trouvais qu'il faudrait exploiter ce fait — et c'est ce que j'ai tenté de faire dans cette nouvelle version.

Le monde, « périodisé » du plan hyperbolique, est exactement le même que dans la version précédente (88110 carrés formant une surface de genre 8812, et pavé par des carrés selon mon pavage préféré), de même type que le monde « jouet » dont je bassine régulièrement mes lecteurs depuis quelques jours, si ce n'est que ce dernier n'a que 30 carrés formant une surface de genre 4, ce qui le rend plus facile à analyser. J'ai repris le monde à 88110 carrés (et qui est un déguisement du graphe de Cayley du groupe PSL(2,89)) parce qu'il est facile à construire, et d'une taille suffisamment raisonnable.

Cette fois, donc, il n'y a aucun obstacle : juste 24 orbes de couleur cachés (quoique placés de façon régulière) dans ce monde, et qu'il s'agit de collecter, mais c'est surtout un prétexte pour explorer ce à quoi ce monde peut ressembler. Pour aider à l'exploration, chaque orbe fait apparaître un domaine de couleur proche autour de lui, tous connexes et approximativement de même taille (c'est-à-dire dans les 3700 cases). J'ai donné des noms aux orbes pour décorer et surtout pour éviter qu'on s'arrache les cheveux à savoir quand deux couleurs sont identiques.

Le monde n'est pas très grand en diamètre : on peut aller de n'importe quelle carré à n'importe quel autre en au plus 17 mouvements (consistant à passer à une case adjacente). Ce qui n'empêche que ces 17 mouvements, dans un pavage hyperbolique, permettent d'aller à beaucoup plus d'autres cases que ce que ce serait dans un pavage euclidien. On retombe donc assez difficilement sur ses pas (sauf évidemment à suivre une boucle — par exemple en allant tout droit selon un des axes du quadrillage on boucle en 11 mouvements).

Globalement, ce n'est pas très difficile une fois qu'on a un peu compris comment fonctionnent les choses.

Pour aider à savoir par où on est passé, j'ai mis une fonction « petit poucet » qui est amusante en elle-même.

Bref, dans l'ensemble je trouve que c'est plus réussi que le jeu de labyrinthe précédent. Mais j'aimerais surtout trouver comment motiver des gens plus doués que moi pour écrire des jeux informatiques à explorer plus les possibilités intéressantes offertes par la géométrie hyperbolique.

Petit changement () : Je garantis maintenant l'existence d'au moins un orbe à distance de vue du point de départ (mais ça peut être délicat de le repérer).

Amélioration () : J'ai ajouté un système de balises qu'on peut déposer dans le labyrinthe (et rappeler à tout moment) et qui indiquent la direction dans laquelle elles se trouvent (ou du moins une direction, puisqu'il y a souvent plusieurs chemins menant d'un point à un autre selon la façon dont on tourne dans le monde).

(vendredi)

Les frontières entre l'imagination et la folie

Je voudrais commencer cette entrée en invitant tous ceux qui ne l'ont pas déjà lue à se plonger dans la passionnante histoire The Jet-Propelled Couch (partie 1, partie 2) : il s'agit du cas psychiatrique célèbre d'un patient du nom de code Kirk Allen, publié par le psychologue et psychiatre américain Robert M. Lindner, d'abord dans Harper's Magazine (vers lequel mènent les liens ci-dessus), puis dans son livre The Fifty-Minute Hour. Pour ceux qui voudraient se contenter d'un résumé très rapide, c'est le cas censément réel, dans les années '50, d'un physicien (mais des faits, notamment la profession, ont pu être changés pour rendre le patient plus difficile à identifier) qui est devenu tellement obsédé par une série de romans de science-fiction style space opera qu'il s'est persuadé qu'il en était vraiment le héros et que les romans étaient sa biographie : il a commencé par les compléter en créant des cartes incroyablement détaillées, des tableaux généalogiques, etc., du monde de fiction dont il s'était emparé ; puis il a viré vers la psychose complète, jusqu'à ce que ses employeurs le poussent à se faire traiter par Lindner, qui a réussi à le guérir, mais s'est lui-même trouvé dans une certaine mesure pris dans, ou du moins pris de fascination par, ce monde imaginaire.

(L'histoire du Jet-Propelled Couch est intéressante aussi au niveau méta, car elle a eu un tel retentissement qu'elle a à son tour inspiré de nombreuses histoires de fiction. Fatalement, on s'est demandé ce qui était vrai et ce qui était modifié dans l'histoire telle que racontée par le psychologue, et on a cherché à démasquer qui pouvait être le patient. La théorie la plus vraisemblable, ou en tout cas la plus développée, est que Kirk Allen est en vérité Paul Linebarger, plus connu sous le nom de plume de Cordwainer Smith qu'il a pris plus tard comme auteur de SF — voir cette page pour tous les détails sur les raisons de le penser. Dans ce cas, la série de romans serait probablement celle des aventures de Buck Rogers ; mais on a aussi pensé à la série Barsoom d'Edgar Rice Burroughs — l'auteur de Tarzan — et c'est en regardant récemment le film John Carter que j'ai repensé à cette histoire.)

L'histoire de Kirk Allen m'a fasciné quand je l'ai lue (en septembre 2009), d'autant plus qu'il s'agit de thèmes qui m'ont toujours attiré : par exemple, les ressemblances avec ma nouvelle Histoire de la Propédeutique à la Reine des Elfes (que j'ai écrite en 2002, lourdement inspiré de Borges mais bien avant que j'aie entendu parler de The Jet-Propelled Couch) m'amusent parce qu'elles conduiraient à réinterpréter de façon très différente l'histoire Kirk Allen. C'est aussi cette réflexion qui m'a poussé à écrire ce fragment (écrit, pour sa part, après que j'eus lu le cas rapporté par Lindner), dans lequel j'imagine l'empereur déchu d'un empire galactique, condamné par damnatio memoriæ à vivre dans un univers parallèle sur une terre qui ne connaît pas cet empire et pour lequel il n'est qu'un fou — à moins que ce soit vraiment un fou qui se prend pour un empereur déchu. Les boucles étranges entre la réalité, la fiction, et la folie, sont au cœur de beaucoup de ce que j'écris comme fiction (par exemple ici ou ) : auteur de mes romans, je rends visite à leurs personnages (en m'inspirant en cela de l'auteur et personnage du Mahābhārata), je cherche régulièrement à mettre en abyme pour ensuite embrouiller les niveaux. Et nombre de mes auteurs préférés jouent abondamment à ce jeu — j'ai cité Borges, mais je pourrais aussi mentionner Calvino entre nombreux autres.

Mais au-delà de la sophistication littéraire, l'histoire de Kirk Allen m'interpelle aussi à un niveau plus humain. Je crois être sain d'esprit (je crois !), mais si on regarde longuement une mise en abyme, la mise en abyme vous regarde en retour. Quand j'écrivais des romans de science-fiction franchement bizarres quand j'étais petit, je n'irais pas jusqu'à affirmer que je croyais à la réalité de ce que j'écrivais, mais il est certain que, pénétré du désir de créer et d'une imagination nourrie aux aventures à la D&D, je m'étais construit un monde extrêmement développé et qui ne servait pas qu'à écrire des histoires mais aussi à m'en raconter à moi-même. (D'ailleurs, jusqu'à assez tard, il m'arrivait fréquemment de parler tout haut tout seul, et c'était généralement pour me raconter des histoires, ou pour en « jouer », prenant tour à tour la parole de différents personnages.) Puis j'ai réussi à canaliser un peu mon envie de me raconter des histoires pour produire des textes un chouïa moins illisibles, mais il reste que, comme je l'expliquais ici et , la magie me manque. J'en ai besoin pour vivre — si je ne trouve plus le temps d'écrire, elle se réfugie dans mes rêves.

Bref, je trouve qu'il y a du vrai dans l'idée qu'un artiste est celui qui fait commerce de ses névroses et psychoses : le bon artiste est certainement le fou qui a réussi à maîtriser sa folie. (Et je suis moi-même sans doute trop peu fou, ou peut-être au contraire trop fou, pour vraiment faire un bon écrivain.)

Sinon, j'aimerais bien voir une illustration, dans le style de beaucoup de choses qu'on trouve sur DeviantArt, qui aurait pour titre celui que j'ai donné à cette entrée.

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