David Madore's WebLog: 2019-02

Vous êtes sur le blog de David Madore, qui, comme le reste de ce site web, parle de tout et de n'importe quoi (surtout de n'importe quoi, en fait), des maths à la moto et ma vie quotidienne, en passant par les langues, la politique, la philo de comptoir, la géographie, et beaucoup de râleries sur le fait que les ordinateurs ne marchent pas, ainsi que d'occasionnels rappels du fait que je préfère les garçons, et des petites fictions volontairement fragmentaires que je publie sous le nom collectif de fragments littéraires gratuits. • Ce blog eut été bilingue à ses débuts (certaines entrées étaient en anglais, d'autres en français, et quelques unes traduites dans les deux langues) ; il est maintenant presque exclusivement en français, mais je ne m'interdis pas d'écrire en anglais à l'occasion. • Pour naviguer, sachez que les entrées sont listées par ordre chronologique inverse (i.e., la plus récente est en haut). Cette page-ci rassemble les entrées publiées en février 2019 : il y a aussi un tableau par mois à la fin de cette page, et un index de toutes les entrées. Certaines de mes entrées sont rangées dans une ou plusieurs « catégories » (indiqués à la fin de l'entrée elle-même), mais ce système de rangement n'est pas très cohérent. Le permalien de chaque entrée est dans la date, et il est aussi rappelé avant et après le texte de l'entrée elle-même.

You are on David Madore's blog which, like the rest of this web site, is about everything and anything (mostly anything, really), from math to motorcycling and my daily life, but also languages, politics, amateur(ish) philosophy, geography, lots of ranting about the fact that computers don't work, occasional reminders of the fact that I prefer men, and some voluntarily fragmentary fictions that I publish under the collective name of gratuitous literary fragments. • This blog used to be bilingual at its beginning (some entries were in English, others in French, and a few translated in both languages); it is now almost exclusively in French, but I'm not ruling out writing English blog entries in the future. • To navigate, note that the entries are listed in reverse chronological order (i.e., the most recent is on top). This page lists the entries published in February 2019: there is also a table of months at the end of this page, and an index of all entries. Some entries are classified into one or more “categories” (indicated at the end of the entry itself), but this organization isn't very coherent. The permalink of each entry is in its date, and it is also reproduced before and after the text of the entry itself.

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Entries published in February 2019 / Entrées publiées en février 2019:

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(jeudi)

Je réussis le plateau moto (et je médite sur la manière dont le cerveau apprend)

Cette entrée fait suite à celle-ci et à celle-ci (et sans doute à quelques autres entre temps), mais je résume : je suis inscrit pour passer le permis moto (A2), et ce dernier comporte deux épreuves (sans compter l'épreuve théorique générale = « code », que je n'ai pas besoin de repasser) : l'épreuve hors circulation ou « plateau », et l'épreuve en circulation ou « conduite », qui doivent être validées successivement.

Je viens de passer avec succès l'épreuve de plateau cet après-midi à Gennevilliers. (Pour qu'il n'y ait pas de confusion : ça ne me donne, en soi, le droit à absolument rien, à part à [prendre des cours pour] passer la seconde épreuve.) Il m'aura fallu 87 heures de formation (en 28 séances de généralement trois heures) étalées sur cinq mois : ce n'est sans doute pas un record historique, mais c'est vraiment vraiment mauvais ; ceci étant, comme pour le permis voiture (obtenu au bout de 73 heures), je peux au moins dire que je l'ai eu du premier coup, et avec un score très correct (à savoir, A à toutes les épreuves sauf un B au parcours lent). Je raconte ça plus en détails ci-dessous, mais c'est aussi pour me poser des questions sur la manière dont on apprend, et le temps qu'il faut pour.

Je redis rapidement ce que j'ai déjà expliqué : l'épreuve de plateau du permis moto comporte cinq exercices (qui se déroulent sur un terrain de 130m×6m, le fameux plateau) :

  1. poussette+vérifications ;
  2. parcours lent ;
  3. parcours rapide : freinage d'urgence ;
  4. parcours rapide : slalom+évitement ;
  5. fiches (interrogation orale sur la sécurité).

Chacun de ces exercices est noté A, B ou C (sauf le premier qui ne peut être noté que A ou B) ; pour les 2e, 3e et 4e exercices, le candidat a droit à deux essais sauf en cas de chute de la moto qui est immédiatement éliminatoire. (Et je ne sais toujours pas avec certitude si on retient le meilleur des deux essais ou le deuxième, mais la question ne se pose pas vraiment[#].) La condition pour valider l'épreuve est d'obtenir au moins deux A et aucun C sur l'ensemble des cinq exercices. (Remarquons qu'en pratique, il est très rare d'obtenir un B à l'un ou l'autre exercice du parcours rapide — quasiment toutes les fautes[#2] valent la note C —, ce qui, du coup, rend un peu stupide tout le système de notation : la condition de validation devient simplement de ne pas avoir de C et du coup le premier exercice n'a plus aucune importance ; mais bon, ce n'est pas moi qui ai fait les règles !)

[#] Parce que si on a un C à un exercice on doit de toute façon faire un deuxième essai (et les deux interprétations sont équivalentes), et si on a un B l'intérêt d'en faire un est extrêmement douteux.

[#2] Quasiment la seule possibilité qui vaudrait un B à une épreuve du parcours rapide consiste à poser deux fois un pied à terre lors du demi-tour en bout de piste. Certes, ça peut arriver, mais ce n'est vraiment pas fréquent.

Je décris un petit peu plus les exercices, mais de façon quand même un peu moins verbeuse que la dernière fois, et en ajoutant des commentaires, que je peux maintenant me permettre de faire, sur leur difficulté :

  1. L'exercice de poussette+vérifications consiste d'abord à faire une toute petite manœuvre en poussant la moto, moteur arrêté, à la force des bras (enfin, des jambes), le long d'une courbe, d'abord vers l'avant puis vers l'arrière ; puis à faire (ou indiquer comment on ferait) des vérifications techniques sur l'état de la moto (du genre : vérifier l'état du pneu avant, ou le fonctionnement des clignotants). • La poussette demande un petit peu de force physique, mais en tout état de cause c'est très facile vers l'avant, et un peu moins vers l'arrière (on peut rater la courbe et on n'a le droit de corriger la manœuvre qu'une seule fois). Les vérifications sont faciles puisque c'est du par cœur, mais il est un peu agaçant qu'il y ait un certain flou artistique sur ce qu'on doit dire exactement pour certaines d'entre elles (du style faut-il vérifier que les appels de phare fonctionnent bien quand on demande de vérifier l'éclairage avant ?). En tout état de cause, comme je le dis plus haut, cet exercice est essentiellement sans importance.
  2. Le parcours lent consiste à faire un parcours un peu tarabiscoté entre des cônes et des piquets disposés sur le plateau : une partie est chronométrée (il faut prendre au moins 20s pour parcourir environ 27m, sans poser le pied à terre), il y a un point où on doit s'arrêter au milieu d'un demi-tour, et enfin il y a une partie où on embarque un passager. • L'avis quasi-universel (et qui est aussi le mien) est que c'est l'exercice le plus difficile de l'épreuve (surtout la partie chronométrée) : arriver à suivre un parcours sinueux, en restant en équilibre et en allant aussi lentement que possible demande un véritable entraînement (je vais y revenir), surtout quand il faut y arriver « à froid » ; le demi-tour n'est pas sans difficulté non plus, et le retour avec passager, même s'il est plutôt facile, pose le problème qu'on ne peut pas s'y entraîner si souvent que ça.
  3. Le freinage d'urgence consiste à faire un simple aller-retour en 3e, à atteindre ≥50km/h à un certain point dans le retour et, à partir de ce point (et pas avant !), à freiner de manière à s'arrêter avant une ligne située environ 15.75m plus loin (ou 19.65m plus loin si la piste est humide le jour de l'épreuve). • Cet exercice présentait une difficulté réelle tant que les motos n'étaient pas équipées d'ABS (si on freine trop fort, la roue avant bloque, et on est par terre) ; maintenant, il est beaucoup plus facile : les moniteurs insistent néanmoins sur l'importance d'arriver à le réaliser sans déclencher l'ABS (au moins à la roue avant), et même en ignorant le problème de l'ABS, il reste quelques difficultés (atteindre la vitesse exigée sans pour autant aller trop vite ce qui rendrait l'exercice impossible, ne pas anticiper le freinage, et bien sûr, freiner suffisamment).
  4. Le slalom+évitement consiste aussi à faire un aller-retour en 3e, cette fois-ci en slalomant entre des cônes à l'aller (et en atteignant ≥40km/h à un certain point) et, au retour, à atteindre ≥50km/h puis à effectuer une « manœuvre d'évitement » (en gros, une chicane pour éviter de taper un obstacle devant soi) puis un arrêt de précision dans un rectangle bien défini. • Les avis sur la difficulté de cet exercice varient, personnellement j'ai trouvé que c'était le plus facile (très intuitif et, honnêtement, vraiment rigolo à accomplir grâce à la magie du contre-braquage) : pour les deux exercices du parcours rapide j'avais parfois du mal à stabiliser ma vitesse à la bonne valeur, mais autant pour le freinage d'urgence je ne pouvais pas me permettre d'aller trop vite sous peine de ne pas freiner en l'intervalle alloué, autant pour celui-ci j'arrive sans trop de mal à le faire avec 5km/h voire 10km/h en plus du minimum imposé (aller comme retour).
  5. L'interrogation orale consiste à tirer au hasard une fiche parmi 12 qui évoquent des questions de sécurité à moto, et à en parler (la fiche comporte un titre et un plan sommaire proposé). • Il n'y a pas là de difficulté particulière même s'il y a quand même un certain nombre d'informations à mémoriser.

Il faut préciser une chose importante : l'examen se fait à froid, au sens où même si on prend une leçon de moto le matin même (comme l'auto-école le recommande) pour s'échauffer et/ou si on conduit une moto jusqu'au centre d'examen (en suivant le moniteur qui amène des autres élèves en voiture), le temps de faire les formalités administratives, le temps que l'inspecteur fasse passer en premier les candidats qui font l'épreuve de circulation — et pendant ce temps on ne peut pas toucher à la moto — on est « froid » quand il s'agit de passer. C'est vraiment une part importante de la difficulté de l'épreuve, et en tout cas de celle du parcours lent : je pense que l'exercice serait considérablement plus facile si on avait le droit ne serait-ce qu'à cinq minutes d'échauffement avant de passer. (Après, je ne dis pas que ce serait forcément souhaitable qu'il soit plus facile ! Et je comprends qu'il puisse y avoir des difficultés pratiques insurmontables.)

J'avoue que je commençais à en avoir marre d'enfiler les heures à répéter encore et toujours les mêmes exercices (sur le plateau d'entraînement, on ne s'entraîne que peu à la poussette+vérifs et pas du tout aux fiches, donc c'était essentiellement : parcours lent, freinage d'urgence, slalom+évitement, répété ad lib. pendant toute la séance). Mais c'est relativement intéressant pour ce que ça trahit sur la manière dont le cerveau apprend : il y a, dans cette combinaison d'exercices, des choses qui s'acquièrent de manière consciente et d'autres qui fabriquent des automatismes, et il y a des choses qui viennent progressivement et d'autres qui font « clic » ; et même au sein d'un seul exercice, plusieurs de ces éléments peuvent se mélanger.

Voici notamment quelle a été ma progression sur le parcours lent (sur 87 heures de formation[#3], donc), en me concentrant sur la partie chronométrée :

[#3] En gardant néanmoins à l'esprit que sur 3h de formation, il y a facilement 45min de temps d'aller-retour jusqu'au plateau (temps qui est donc passé à faire de la moto — sauf les toutes premières séances où on est passager —, mais qui prépare plus à l'épreuve de circulation qu'à l'épreuve de plateau), et encore 15min de battement un peu inévitable le temps que tout le monde arrive, qu'on aille prendre les motos, etc. Donc les temps réellement passés à préparer l'épreuve de plateau sont environ 2/3 de ce qui est indiqué (et je pense que je passais, à la louche, la moitié du temps sur le plateau à travailler le parcours lent).

  • Les 26 premières heures, je n'y arrivais pas du tout. (Comme je partais du point où je n'étais monté sur un deux-roues motorisé que comme passager, et encore, seulement une poignée de fois, ce n'est évidemment pas surprenant.)
  • Ensuite, un moniteur qui insistait plus sur l'aspect technique des choses m'a (1) expliqué qu'il ne fallait pas viser une allure constante, mais apprendre à débrayer juste un tout petit peu, quand on sent qu'on perd de l'équilibre, pour regagner cet équilibre, (2) fait travailler en cercle et en huit à allure lente, et (3) donné des instructions précises sur l'endroit où placer mon regard à chaque point du parcours. À partir de là j'ai commencé à arriver de temps en temps à faire chacun des bouts du parcours lent (et notamment la partie chronométrée), puis le parcours tout entier.
  • Entre la 30e et la 50e heures de formation, j'arrivais de temps en temps mais irrégulièrement à faire le parcours lent entier sans faute. Mais mon principal problème était que, si j'y arrivais de mieux en mieux à chaud, à chaque nouvelle séance, les premiers essais (à froid, donc, comme se fait l'examen) étaient presque toujours ratés. Je commençais à avoir l'impression de stagner. (J'avais raconté ce problème ici en insistant sur l'importance de la différence entre y arriver à froid ou à chaud.)
  • Entre la 51e et la 72e heures j'ai commencé à y arriver de plus en plus souvent même à froid. (Il y a cependant eu 7 heures qui ont été plus ou moins perdues parce que le plateau était gelé et qu'on ne pouvait pas s'entraîner dans de bonnes conditions.) C'est aussi vers ce moment-là que j'ai enfin pris l'habitude de serrer correctement la moto entre mes jambes (je veux dire, que c'est devenu naturel au lieu que que je doive y penser consciemment à chaque fois, et du coup que j'oublie bien trop souvent).
  • À partir de la 73e heure je peux dire que j'y arrivais de façon vraiment très régulière et reproductible, même à froid (en mettant, au pire, un pied à terre de temps en temps quand je déroulais mal ma trajectoire — c'est ce qui m'est arrivé à l'examen). Dès lors, mon principal souci a été d'arriver à le faire de plus en plus lentement et d'apprendre à garder l'équilibre dans des circonstances de plus en plus précaires (par exemple en calant exprès le moteur et en vérifiant que j'arrivais à le démarrer avant de perdre l'équilibre).
  • Les moniteurs m'ont proposé une date d'examen au bout de 66 heures, et l'ont confirmée au bout de 75h. Les dernières séances servaient surtout à ne pas perdre l'habitude (et les 9h que j'ai faites cette semaine-ci étaient sans doute excessives).

À la fin, je me demandais un peu mais où est donc la difficulté, en fait ? et je m'amusais à faire des marches aléatoires sur le plateau à 3km/h au compteur juste parce que j'y arrivais (mais bon, en finissant toujours par mettre un pied à terre et moins faire le malin).

Bref, c'est surprenant comme je suis passé, par des déclics et des progrès graduels, de je n'y arrive pas du tout à j'y arrive mais seulement à chaud (et je ne progresse plus) à finalement j'y arrive et je trouve ça facile. J'ai été très lent sur cette progression, mais j'imagine que beaucoup de ceux qui ont fait la même formation ont eu des étapes semblables.

J'imagine vaguement le type de mécanismes neurologiques qui pourraient faire qu'en apprenant quelque chose on ait un déclic qui fait que tout d'un coup « ça marche » (j'avais ressenti quelque chose de ce genre en apprenant à faire du snowboard), je suppose qu'il y a une structure neurologique commandant à un automatisme qui se met en place. Mais ce qui est plus inattendu c'est cette histoire de choses qui marchent à chaud et pas à froid, comme si la structure neurologique était en place mais qu'il fallait que la mémoire à court terme intervienne pour l'activer.

Pour les épreuves du parcours rapide, j'ai eu l'impression qu'il ne s'agissait pas tant d'acquérir des automatismes que de trouver, par une recherche plutôt consciente, la technique avec laquelle on y arrive le plus facilement (et notamment pour atteindre et stabiliser la vitesse). La difficulté était donc de nature assez différente.

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(vendredi)

Explications et méditations sur le changement d'heure

Méta : Encore une fois je me suis laissé avoir à commencer à écrire une entrée sur un sujet, en l'occurrence l'heure locale, les zones horaires, les changements d'heure en été et en hiver, et la proposition d'y mettre fin en Europe, — et à sous-estimer complètement la quantité que j'avais à raconter sur ce sujet. finalement je me retrouve avec énormément de temps perdu et avec ce texte en trois parties qui auraient sans doute dû être trois entrées différentes sur trois questions certes apparentées mais pas identiques : Heure locale, temps universel et décalage entre eux (généralités assez évidentes mais étonnamment longues à écrire), Un (tout petit) peu d'informatique (sur la gestion informatique du temps universel et de l'heure locale, et sur la base de données timezone) et enfin Vers la fin du changement d'heure en Europe ? (où j'essaye de défendre le changement d'heure, ou, à défaut, l'idée que la France devrait être en « heure d'été » permanente si on doit absolument choisir).

Heure locale, temps universel et décalage entre eux

Il n'est pas de sujet si simple qu'on ne puisse le rendre incompréhensible par une mauvaise présentation. C'est du moins ce que je me dis en entendant je ne sais combien de discussions et de pseudo « explications » du concept de changement d'heure (passage de l'heure d'hiver à l'heure d'été et vice versa) et la proposition d'y mettre fin. Des phrases absconses comme à deux heures il sera trois heures (à moins que ce ne soit le contraire ?), l'usage de termes comme avancer et retarder ou, pire, gagner une heure et perdre une heure qui semblent inventés pour tout embrouiller : tout pour ne pas parler à Madame Michu du temps universel, selon l'idée préconçue que Madame Michu est forcément trop bête pour entendre parler de temps universel et/ou qu'elle ne veut rien en savoir, et du coup, on ne lui parle que de ce qu'elle voit, et rien ne fait sens. Alors voici une équation dont le niveau mathématique ne fera peur, j'espère, à personne :

heure locale = temps universel + décalage local

Le temps universel continue à avancer tranquillement, mais dans certains endroits comme la France, le décalage local change selon la saison (+1h en hiver, +2h en été) : quand le décalage passe de +1h à +2h fin mars ou revient de +2h à +1h fin octobre, cela donne un « changement d'heure ».

Expliquons plus précisément ce que sont ces trois termes (les notes ne sont là que pour ceux qui aiment les détails supplémentaires) :

  • Le temps universel est une mesure du temps qui est la même pour toute la Terre. Il existe en fait toutes sortes de subtilités sur le temps universel, mais je ne veux pas en parler[#] dans cette entrée qui se veut didactique : disons simplement que le temps dont je parle ici s'appelle en fait temps universel coordonné et s'abrège en UTC (ce qui n'est son abréviation ni en anglais ni en français mais c'est comme ça) ; ce temps universel coordonné est maintenu par un réseau d'horloges atomiques dans le monde entier[#2], dont on peut considérer, à moins de faire de la métrologie de très haute précision, qu'elles donnent toutes exactement la même heure, et dont chacune définit, via l'équation ci-dessus, la base du temps légal dans le pays considéré[#3] (par exemple, celle de l'Observatoire de Paris définit le temps légal en France).

    On disait autrefois heure de Greenwich, ce qui est un mauvais terme pour toutes sortes de raisons[#4], mais si quelqu'un parle d'heure de Greenwich, c'est probablement du temps universel qu'il veut parler, et il s'agit plus ou moins du temps solaire moyen mesuré à l'observatoire de Greenwich.

    Ce temps universel ne connaît ni de concept de fuseau horaire ni de concept d'heure d'hiver ou d'heure d'été : il est le même pour toute la Terre et, à des notes en bas de page près, il avance d'une seconde toutes les secondes[#5], c'est aussi simple que ça. (Il ne vous dit pas s'il fait jour ou nuit, parce qu'à tout moment il y a des endroits sur Terre où il fait jour et des endroits sur Terre où il fait nuit.)

    La façon raisonnable de donner une heure pour l'ensemble de la Terre est de la donner en temps universel (par exemple un événement astronomique : le prochain équinoxe — début du printemps boréal — aura lieu le 20 mars 2019 à environ 21:59 temps universel). Chaque lieu convertira alors cette heure en son heure locale en utilisant l'équation ci-dessus (par exemple 22:59 heure de Paris).

  • L'heure locale ou heure légale (ou heure locale légale, enfin, vous voyez, quoi) est l'heure qui a valeur légale, qui est censée être celle qu'affichent les horloges du pays ou de l'endroit considéré. En France, l'horloge parlante (ça existe encore, ce truc ?) est une bonne approximation de l'heure légale, ainsi que les les horloges de la SNCF.

    Enfin bref, l'heure locale, c'est l'heure que Madame Michu veut probablement voir affichée sur son ordinateur, téléphone, micro-ondes, ou que sais-je encore.

    L'heure locale est, évidemment, choisie pour coller au moins à peu près avec l'heure solaire moyenne à l'endroit en question (c'est-à-dire grosso modo l'heure indiquée par les cadrans solaires[#6][#7]) : on n'a pas envie que le soleil soit à son plus haut quand les horloges indiquent minuit mais plutôt quand elles indiquent midi. Mais bon à peu près est à dire très très vite : la Chine a la même heure légale d'est en ouest alors qu'il y a environ quatre heures de différence dans l'heure solaire entre les deux extrémités du pays. Et on peut vouloir volontairement décaler l'heure légale par rapport à l'heure solaire parce que les activités humaines ne sont pas forcément centrées par rapport à midi, je vais y revenir.

  • Le décalage (local) (i.e., décalage de l'heure locale par rapport à UTC) est, fort logiquement, la quantité qu'il faut ajouter ou retrancher au temps universel pour obtenir l'heure locale. Il est généralement un nombre entier d'heures, même s'il y a des endroits qui font les malins en utilisant des demi-heures (voire des quarts d'heures, I'm looking at you, Nepal). On écrit généralement le décalage sous la forme +hh:mm pour indiquer qu'on ajoute hh heures et mm minutes à UTC pour obtenir l'heure locale, ou −hh:mm pour indiquer qu'on les soustrait (et comme je viens de le dire, mm vaut très souvent 00, auquel cas on peut juste écrire ±hh).

    Il y a essentiellement deux sortes d'endroits (même si je n'exclus pas qu'il y ait des cas vraiment bizarres qui ne rentrent dans aucune des deux cases) :

    • Les endroits qui utilisent un même décalage local tout au long de l'année. Par exemple, l'heure locale en Algérie est définie par un décalage de +01:00, c'est-à-dire que l'heure légale y est une heure de plus que le temps universel (coordonné).
    • Les endroits qui utilisent deux décalages locaux différents, un en hiver (heure d'hiver) et un en été (heure d'été). Par exemple, jusqu'à nouvel ordre, un énorme bout de l'Union européenne (de l'Espagne à la Pologne et la Hongrie, en passant par la France, l'Allemagne, l'Italie et l'Autriche) utilise le même décalage, qui vaut une heure (+01:00) en hiver et deux heures (+02:00) en été (c'est la zone heure d'Europe centrale). Évidemment, à l'échelle de la Terre, personne n'a été capable de se mettre d'accord sur ce que hiver et été veulent dire, même pour un seul hémisphère, donc si un endroit donné change au plus deux fois de décalage par an, sur la Terre entière, c'est beaucoup plus compliqué.

    Même s'il y a toutes sortes d'irrégularités, le décalage local a tendance à être positif et d'autant plus grand qu'on se déplace à l'est de Greenwich (et grosso modo d'une heure par 15° de longitude, cf. la note #7) et négatif quand on se déplace à l'ouest de Greenwich. C'est ce qui permet à l'Australie (UTC+11:00 pour Sydney en été) d'être parmi les premiers à fêter la nouvelle année. Comme il n'aura pas échappé à quiconque que la Terre est plutôt ronde, les endroits avec un décalage très positif (du genre +12:00) ne sont finalement pas très loin des endroits avec un décalage très négatif (du genre −12:00) : la limite entre les deux s'appelle la ligne internationale de changement de date (parce qu'on observera qu'entre un endroit à UTC+12:00 et un endroit à UTC−12:00 l'heure dans la journée est la même et c'est la date qui change)[#8].

    (On remarquera que j'évite soigneusement le terme de fuseau horaire, qui est plus source de confusion qu'autre chose. En général on définit le fuseau par le décalage en hiver, qui est le décalage considéré comme normal, mais l'intérêt de cette définition me semble limité[#8b] : convenons, donc, de ne pas du tout parler de fuseaux.)

À quoi sert ce système d'heure d'hiver et d'heure d'été ? Si on vit proche de l'équateur : à rien du tout, le soleil se couchant à peu près à la même heure toute l'année (la notion d'hiver et d'été étant, d'ailleurs, douteuse). Si on vit proche des pôles, ça ne sert pas à grand-chose non plus (en hiver il fait nuit tout le temps et en été jour tout le temps, alors…). Mais sous des latitudes moyennes où la durée du jour varie entre quelque chose comme 8h et 16h du solstice d'hiver au solstice d'été, il peut y avoir des raisons de ne pas garder le même décalage (au temps universel, donc à l'heure solaire moyenne) tout au long de l'année : l'idée est que, grosso modo, si on a 8h de soleil, on préfère qu'elles tombent entre environ 08:00 et 16:00 heure légale (le midi solaire tombant donc vers 12:00 légal), tandis que si on en a 8h de plus, on va plutôt vouloir rajouter de l'ensoleillement vers la fin de la journée civile que vers le début (puisque les gens, qui font plutôt des choses après leur journée de travail qu'avant, en profiteront plus), peut-être entre 05:00 et 21:00 (le midi solaire tombant alors vers 13:00 légal) ; mais bien sûr, ce qu'on décale, dans l'histoire, ce n'est pas l'ensoleillement, c'est l'heure légale pour la faire coller avec l'ensoleillement : c'est-à-dire qu'on aura envie que le décalage de l'heure légale soit plus important en été qu'en hiver (pour qu'il soit une heure légale plus tardive quand il est midi solaire, de façon à déplacer le midi solaire vers la fin de la journée civile ; ce graphique est plutôt bien fait). On introduit donc un décalage supplémentaire en été : que je sache, ce décalage est toujours presque toujours d'une heure[#8a] (faire plus en une seule fois serait sans doute trop pénible, et faire en plusieurs fois serait sans doute source de confusions encore plus grandes, donc une heure une fois semble être le point évident).

L'introduction de l'heure d'été s'est faite, dans la plupart des pays qui l'utilisent, les années '70 pour des raisons d'économie d'énergie (suite au choc pétrolier). Ce gain d'énergie est controversé. Mes à mes yeux, la principale vertu du changement d'heure est de fournir des journées utilisables plus longues en été plutôt que de gâcher du soleil à un moment où on dort (évidemment, rien ne m'interdit de me lever une heure plus tôt pour profiter de ce soleil, mais le fait est que les activités sociales sont concentrées en fin de journée — essayez de donner rendez-vous à des amis à 6h du matin dans un bar pour prendre un verre avant le travail, si vous voyez ce que je veux dire). Je peine à comprendre pourquoi cet argument évident n'est pas plus mis en avant !

Toujours est-il que le changement d'heure, qui en France correspond au passage du décalage +01:00 (heure d'hiver) à +02:00 (heure d'été) le dernier dimanche de mars, et de +02:00 (heure d'été) à +01:00 (heure d'hiver) le dernier dimanche d'octobre, est un changement d'heure locale venant d'une modification du décalage local à UTC (comme je viens de le dire) et qui n'affecte en rien UTC : le temps universel, lui, n'a rien à faire de cette histoire et continue d'avancer d'une minute par minute comme il le doit.

Personnellement, je retiens le sens du changement d'heure en retenant que la France est à UTC+01:00 en hiver et à UTC+02:00 en été (ce qui est, de toute façon, utile à savoir séparément), mais si j'ai un doute je sais que c'est parce qu'on veut décaler le midi solaire vers la fin de la journée civile en été.

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(dimanche)

Méditations sur les placebos (et les « quasiplacebos ») et le bootstrap

J'ai encore chopé un rhume. Du coup, je suis crevé et au lieu d'aller me promener et profiter du beau temps, je vais rester devant mon ordinateur à me plaindre que je suis malheureux et que tout est de la faute de mon poussinet qui m'a filé ce rhume…

Plus sérieusement, je voudrais dire un mot sur les placebos, parce qu'il n'y a pas vraiment mieux à prendre quand on a un rhume : mais comment bien choisir son placebo ?

Quand je prends des médicaments contre le rhume, je ne cherche certainement pas à guérir le rhume (que mon système immunitaire guérira tout seul dans un temps qui pourra, au mieux, être réduit d'une semaine à sept jours par les médicaments si on en croit la blague classique à ce sujet) ; je cherche éventuellement à en soulager les symptômes, mais en fait, je cherche finalement surtout à me donner l'impression de faire quelque chose pour lutter contre ce rhume, parce que ce qui est terriblement frustrant, ce n'est pas le rhume lui-même, c'est la sensation de ne rien pouvoir y faire. Et ce qu'apporte le médicament, ce n'est pas la guérison, ce n'est même pas tellement l'atténuation des symptômes, c'est le réconfort psychologique de se dire qu'on agit. On est donc exactement dans le territoire de l'effet placebo.

Le principe d'un placebo, c'est que c'est un médicament sans principe actif (du coup, c'est un non-médicament, si on veut). Ce qui ne signifie pas qu'il ne fait pas d'effet : il fait de l'effet parce que le simple acte de prendre un médicament fait de l'effet. Cet « effet placebo » est discuté dans son périmètre et ses détails, complexe et mal compris : il est forcément psychologique (et donc lié aux attentes de celui qui prend le médicament), mais dans quelle mesure et pourquoi y a-t-il rétroaction du psychologique sur le physiologique ? ce n'est pas clair. Mais ce qui est certain, c'est que l'effet est bien réel (fût-il entièrement psychologique) ; et pour obtenir de bons résultats, il vaut mieux s'attendre à obtenir de bons résultats (si on croit que le non-médicament va faire du mal, il peut faire du mal, et c'est l'effet nocebo). Ce qui ne veut pas dire que le patient doive forcément être trompé : il semble qu'on puisse obtenir un effet placebo sur quelqu'un qu'il sait qu'il prend un placebo, mais je suppose qu'il doit au moins être à un certain niveau convaincu que ça peut marcher. De toute façon, s'agissant d'automédication, il ne m'est pas évident de me tromper moi-même.

Bref, si je me penche uniquement sur l'effet psychologique, c'est un peu le dual de the only thing we have to fear is fear itself : ici, la principale chose dont j'ai besoin pour que ça marche est de croire que ça va marcher. Mais comment me persuader que ça va marcher ? C'est un problème qui relève de ce que les informaticiens appellent le bootstrap (bootstrap fait référence à un épisode où le baron de Münchhausen se sort de l'eau en tirant sur les languettes de ses bottes ses cheveux). S'il n'y avait pas du tout besoin de bootstrap, il n'y aurait pas besoin de prendre un médicament du tout : si je me dis que les choses iront mieux en me persuadant que le fait de me dire que les choses iront mieux fera que les choses iront mieux, alors, pouf, les choses vont mieux : pour moi, ça ne marche tout simplement pas. Il faut un médicament pour bootstrapper le processus.

Il y a des placebos qui se vendent en pharmacie. On appelle ça l'homéopathie. Mais j'ai un vrai problème avec ces placebos-là : pas avec leur contenu en tant que tel (qui n'est que du sucre ou de l'eau garanti sans aucun principe actif) mais avec la méthode et avec le business de l'homéopathie : je n'aime pas l'idée de recourir à de la pseudo-science (en tout cas pas comme ça), je n'aime pas l'influence sociale de l'homéopathie, je n'aime pas les laboratoires qui vendent du sucre à un prix exorbitant et qui font du lobbying pour que les pouvoirs publics / la sécu les subventionnent. Et tout ça me déplaît même tant que ça pourrait entraîner un bootstrap négatif, c'est-à-dire, vers l'effet nocebo. Alors quoi, à défaut d'homéopathie ?

Ma stratégie est de me tourner vers ce que je suis tenté d'appeler les « quasiplacebos ». Un quasiplacebo, c'est un médicament qui contient réellement une substance possiblement active, mais dont les données scientifiques concernant son efficacité sont peu concluantes (par contre, celles concernant son innocuité doivent être assez claires !, histoire d'éviter un effet nocebo), voire carrément contredites par des expériences ultérieures, ou essentiellement inexistantes. Tout le principe du concept est qu'il s'agit de la région grise entre il y a un effet actif, démontré de façon indiscutablement spectaculaire et on est absolument certain qu'il n'y a aucun effet au-delà de l'effet placebo : et, je souligne, je ne cherche pas (surtout pas !) à savoir exactement où le médicament se place sur ce spectre de gris.

Des exemples de quasiplacebos pourraient être : les suppléments vitaminés quelconques, et spécifiquement la vitamine C (pour traiter ou prévenir les rhumes et/ou pour aider à bien dormir[#]) ou le magnésium (pour à peu près tout ou n'importe quoi), l'Euphytose® (un médicament à base de plantes proposé contre le stress), l'acétylcystéine (contre la toux grasse ou le nez encombré), le RhinoBronc® (aussi contre les rhumes), la mélatonine (pour dormir) et encore quantité d'autres choses. À un certain niveau, peut-être que tous les médicaments proposés en vente libre sont des quasiplacebos : on ne peut pas prendre le risque de mettre entre les mains de non-médecins des substances qui font vraiment quelque chose. Mais n'oublions pas d'autres choses, comme le chocolat (auquel on prête parfois toutes sortes de vertus curatives).

[#] Il y a des gens qui prennent la vitamine C, au contraire, pour se réveiller : c'est tout le propre d'un (quasi)placebo qu'il puisse servir à des choses contradictoires selon l'attente qu'on en a. Voir aussi la note #3 ci-dessous.

Je répète : je ne cherche pas vraiment à savoir où ces différents (non-)médicaments se placent sur l'échelle du sérieux scientifique s'agissant de leur effet autre-que-placebo. Mon but n'est pas de les prendre avec la certitude qu'ils auront un tel effet : mon but est de procéder au bootstrap évoqué ci-dessus : c'est-à-dire de croire que le médicament a peut-être un effet, croyance suffisante pour provoquer un effet placebo, si bien qu'ensuite je peux le prendre pour l'effet placebo, ce qui ajoute un niveau de confiance dans l'efficacité du médicament, etc. (Je pourrais comparer cette forme de bootstrap au problème des yeux bleus ou de la reine des amazones — cf. aussi ici — où quelque chose de ridiculement faible, qui semble ne devoir avoir aucun effet, provoque un bootstrap inattendu, en l'occurrence la simple possibilité que le médicament ait l'effet escompté.)

En quelque sorte, la charge de la preuve est inversée par rapport à une étude pharmacologique normale : pour un usage comme médicament, on demandera des études sérieuses qui montrent que le principe actif a un effet, mais pour un usage comme quasiplacebo, on demandera simplement des indices même ténus, parfois presque évanescents, et une absence d'études concordantes prouvant le contraire (au bout d'un moment, quand les preuves s'accumulent que le machin ne fait vraiment rien, le bootstrap cesse d'être possible : comme je le disais plus haut, je n'arrive pas à prendre de l'air en me disant que ça va me guéreir). Même en face d'études incapables de faire la différence avec un placebo, on peut toujours se dire : peut-être que le produit fait un effet sur une petite proportion des gens et que je fais partie de cette proportion[#2].

[#2] Là je dis ça en plaisantant, mais je me demande sérieusement comment on peut faire pour correctement détecter les situations où une substance a un effet sur une proportion faible des cas (pas forcément évidente à deviner a priori), mais que cet effet est significatif sur eux (alors que, moyenné sur tout le groupe, il deviendra insuffisant).

S'agit-il d'une escroquerie intellectuelle ? Oui, en quelque sorte, mais le but est de m'escroquer moi-même pour faire marcher l'effet placebo, et je ne vois pas de meilleure moyen d'y arriver (comme je le dis plus haut, se tromper soi-même est quelque chose de toujours assez compliqué).

Bon, mais il y a deux catégories de gens qui sont excessivement pénibles, pour ne pas dire des connards, quand on leur explique ce que je viens d'expliquer sur ma démarche :

  1. les gens qui insistent pour vous expliquer que, non, vraiment, tel médicament ou telle substance ne fait aucun effet,
  2. les gens qui insistent pour vous expliquer que, si, vraiment, tel médicament ou telle substance fait vraiment de l'effet.

Première catégorie de pénibles, ceux qui veulent absolument vous expliquer que votre médicament ne fait rien. Par exemple, si je dis que je prends de la vitamine C contre les rhumes, il y a toujours un petit malin pour m'expliquer que la vitamine C ne fait rien contre les rhumes (il y a même un article Wikipédia sur le sujet — oui, je l'ai déjà lu). Je prends ça comme placebo, connard. (Ce qui est ironique, c'est que ce sont souvent les mêmes personnes qui sont capables de parler en long et en large de l'effet placebo pour dire que c'est ce qui explique que l'homéopathie semble marcher. C'est quand même ironique de m'expliquer que l'effet placebo marche et de m'expliquer que ça ne sert à rien de prendre de la vitamine C contre les rhumes parce que ça ne marche pas mieux qu'un placebo.) Tu voudrais que je fasse quoi ? Prendre de l'homéopathie ? Aller en pharmacie demander explicitement un placebo ? Ça ne se vend pas, je crois. Mais quand bien même ça se vendrait, ça passe complètement à côté du problème du bootstrap : qui va « décider » ce que fait mon placebo ?[#3] Parce que quand bien même la pharmacie vendrait des placebos, comment je sais si ce sont des placebos contre le rhume ou contre le stress ou contre les petits maux d'estomac ?

[#3] C'est un problème fascinant, et qui montre qu'il doit y avoir un bootstrap, cette histoire de savoir comment est déterminé l'effet d'un placebo… La vitamine C agit-elle pour aider à dormir ou pour aider à se réveiller ? dans mon cas, elle aide à dormir sans doute parce que j'ai lu des choses dans ce sens (et je me suis bien gardé d'en savoir plus), mais la tradition est plutôt qu'elle aide à se réveiller.

Bien sûr, intellectuellement ou scientifiquement, ces gens ont raison (à un certain niveau, je suis déjà complètement convaincu que la vitamine C ne fait aucun effet — mais j'essaie de ne pas y penser). Mais je ne prends pas de la vitamine C pour faire une étude scientifique sur les effets de la vitamine C (auquel cas on aurait raison de m'accuser d'escroquerie intellectuelle), je prends de la vitamine C comme réconfort parce que j'éprouve le besoin psychologique de prendre quelque chose quand je suis enrhumé, et parce que cette démarche produit un effet placebo que je recherche. Le bootstrap est fragile, c'est comme quand un caractère d'un dessin animé court dans l'air parce qu'il n'a pas remarqué qu'il devrait tomber : ce n'est pas très sympa d'attirer son attention dessus. Ou pour prendre une comparaison plus sérieuse, c'est comme expliquer à un enfant qu'il va forcément mourir et que ce ne sera probablement pas une expérience agréable : c'est intellectuellement irréprochable (quoique ?), mais ce n'est pas forcément humainement approprié (disons qu'il faut faire preuve de jugement, réfléchir au cas par cas, et pas juste avoir raison). Et le pire, c'est qu'il m'est déjà arrivé qu'on m'explique que la vitamine C n'avait pas d'effet même après que j'avais expliqué la démarche. Mais même si ce n'était pas le cas, pro-tip : la prochaine fois, dites plutôt quelque chose comme ah oui, c'est un très bon choix de placebo si vous voulez absolument montrer que vous savez que ça n'a pas d'effet sans pour autant casser l'effet que ça a quand même.

C'est quand même fou que des gens soient aussi combatifs dans leur volonté d'avoir raison intellectuellement qu'ils refusent de vous accorder l'aumône de ce petit réconfort.

Bref, je défends complètement l'usage de la vitamine C comme quasiplacebo. Ou du magnésium : le magnésium, je pense que c'est sans doute un très bon choix de quasiplacebo pour tout un tas de choses (la vraie carence en magnésium est très rare, mais « on » a été convaincu qu'elle pouvait expliquer plein de problèmes, c'est idéal).

Deuxième catégorie de pénibles : ceux qui veulent absolument vous expliquer que, si, si, ça marche « vraiment ». Et de fait, parmi les médicaments que je prends comme quasiplacebos, il y en a certainement dans le tas qui ont un effet réel : c'est tout le principe (que je ne sache pas exactement lesquels — il y a certainement une comparaison à faire, ici, avec l'anneau de Nathan le Sage et l'importance de la foi, mais j'ai la flemme de la faire). Le problème de cette deuxième catégorie de pénibles n'est pas qu'ils vont casser l'effet placebo, c'est plutôt une façon déraisonnable de donner des conseils : non seulement tu devrais prendre ce médicament (je le fais), mais tu devrais en plus croire qu'il marche vraiment pour de vrai et pas par effet placebo. Comme si l'effet placebo ne suffisait pas, voire, qu'il n'existait pas : comme si le fait de suggérer à ces gens que le médicament fait effet sur eux parce qu'ils y croient était insultant — pas du tout, l'effet placebo est quelque chose de connu, de documenté, et qui n'est en aucun cas une tare pour celui qui en bénéficie, au contraire, il a bien de la chance. Je n'ai évidemment pas envie de les réfuter, de peur de devenir moi-même de la première catégorie de pénibles, mais la manière dont certains refusent le modus vivendi rhétorique admettons que le médicament marche pour nous, et ne cherchons pas trop pourquoi — sauf à être chercheurs en médecine, ça n'a aucun intérêt est pour le moins agaçante.

Finit : Je mets un terme à cette entrée parce que je suis trop crevé pour continuer à écrire, je n'ai plus envie d'y penser, donc je la publie telle quelle et advienne qui pourra. (Je dis ça parce que j'ai pu paraître inutilement acrimonieux, et si tel est le cas je présente mes excuses : on me fera la bienveillance de mettre ça sur le compte de la fatigue.) J'avais l'intention d'empiler un peu plus de mal sur la seconde variété de pénibles, mais tant pis, ils se passeront de mon fiel.

Ajout () : ici une excellente vidéo (très longue ! mais aussi très drôle) sur l'effet placebo et comment l'utiliser à bon escient, qui recoupe largement ce que je raconte dans ce billet.

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(samedi)

Quelques nouvelles en vrac (chronologie et géographie)

Je peux commencer cette entrée en recopiant presque verbatim quelques passages de celle-ci que j'écrivais il y a à peine plus d'un an :

J'ai déjà dit plusieurs fois sur ce blog que je préférais éviter d'écrire des billets dont le seul contenu est essentiellement de dire je suis toujours vivant (et je n'ai rien d'autre à dire), mais comme cela fait vraiment longtemps que je n'ai rien écrit, je vais quand même faire une exception et signaler que je suis toujours vivant (et je n'ai pas décidé de mettre un terme à ce blog, ni quoi que ce soit de ce genre). Je suis juste encore plus débordé que d'habitude.

Le truc avec le temps c'est qu'il se fragmente mal : on peut facilement se retrouver avec plein de petits bouts de temps libre, mais ces petits bouts sont inutilisables parce que chacun est trop court pour faire quelque chose de productif.

(Et comme quelqu'un me signalait en commentaire de cette entrée-là, il y a des activités qui ne prennent que la moitié de votre temps — à savoir une minute sur deux. J'aime beaucoup la comparaison.)

Le fait que ça arrive à la même période de l'année n'est pas un hasard : je donne des cours à Télécom ParisPloum en première année et en deuxième année, et comme les années sont gérées de façon complètement indépendantes, ces cours ont lieu sur des périodes qui se chevauchent : mes cours en première année touchent à leur fin mais ceux en deuxième année ont déjà commencé. Or à la fin d'un cours il peut y avoir un sujet de contrôle à préparer, et des copies à corriger ; et au début d'un cours il faut réfléchir à la manière de l'organiser[#], chose qu'on aurait dû faire longtemps avant mais pour laquelle on s'y prend évidemment toujours à la dernière minute (je ne prétends pas que ce ne soit pas de ma faute, donc). Et ce n'est pas comme si les autres choses chronophages cessaient pour autant[#2].

[#] Surtout quand, comme c'est le cas de mon cours de géométrie algébrique, enfin, de courbes algébriques, on se demande chaque année comment diable présenter quelque chose de rigoureux mais néanmoins digeste pour des étudiants en école d'ingénieurs qui ne savent pas grand-chose en algèbre (et notamment pas ce qu'est un produit tensoriel) ; par exemple, ni cette approche ni celle-ci n'a été une bonne idée.

[#2] À titre d'exemple, je racontais dans cette entrée que j'avais demandé par erreur ma mutation du régime fonctionnaire au régime général de la Sécurité sociale : j'espérais avoir attrapé l'erreur à temps en envoyant immédiatement une lettre à la CPAM pour les prier d'ignorer cette demande de mutation, mais évidemment, ça n'a pas été le cas, et trois mois plus tard je reçois une lettre de la CPAM me souhaitant la bienvenue chez eux et une lettre de la MGEN m'informant qu'ils se dessaississent de mon cas, donc j'ai de nouveau dû perdre du temps à constituer un dossier à joindre à une nouvelle lettre pour essayer de rétablir la situation.

Écrire une entrée de blog me demande non seulement du temps, mais aussi du temps sous forme contiguë : à chaque fois que je travaille une entrée et que je ne la finis pas, l'agacement de devoir faire des changements de contexte mentaux pour m'y mettre fait que ma motivation à la travailler diminue d'autant — et c'est souvent à cause de ça que des choses que je commence peuvent s'embourber dans les marais de l'inachèvement permanent. J'ai en tête (enfin, en matière de tête, plutôt un fichier memepool.txt) toutes sortes de choses dont je pourrais parler et dont je voudrais parler, mais il est sacrément plus facile d'ajouter des choses à la liste que de les en évacuer : si je commence à écrire une introduction au topos effectif, par exemple (ce qui fait partie des choses dont j'aimerais dire un mot), je sais très bien que mon intention d'écrire un texte court va être un nouvel échec critique… (Ceci dit, je dois avouer que l'entrée précédente sur la logique linéaire a été un chouïa moins interminable que je ne le craignais.)

Twitter est, à cet égard, à double tranchant : d'un côté, il est très difficile d'arriver à commencer un tweet et de ne pas trouver le moyen de le finir (ça m'est quand même arrivé — si, si). De l'autre, en me fournissant un exutoire pour tout ce qui peut se dire en peu de mots, il nourrit ma tendance malheureuse — et dont je n'arrive pas à me défaire — à considérer que je ne peux/dois/sais écrire dans mon blog que des textes longs[#3].

[#3] Prétérition : supposons que je veuille signaler le fait — dont je ne me suis rendu compte que récemment — qu'on peut étiqueter de façon élégamment symétrique les dix points et les dix droites de la configuration de Desargues (c'est-à-dire les dix points et dix droites qui interviennent dans l'énoncé du théorème de Desargues) par les 10 choix de deux éléments parmi {1,2,3,4,5} (un point étant situé sur une droite lorsque les ensembles de cardinal 2 qui les étiquettent sont disjoints). Si je raconte ça sur Twitter, je vais arriver à être succinct et m'en tirer en quelques tweets. Si je raconte ça sur mon blog, je vais me sentir inexplicablement obligé de faire un brain dump de toutes sortes de choses inutiles sur le théorème de Desargues, par exemple qu'il n'est pas valable dans le plan projectif octonionique, ou qu'il est une conséquence du théorème de Pappus mais que le contraire n'est pas vrai ; puis je vais parler des configurations (n3) puisque Desargues fournit un (10₃) et Pappus un (9₃) je vais commencer à dire qu'il y a un (8₃) essentiellement unique mais pas sur n'importe quel corps et un (7₃) idem, puis je vais digresser sur Cremona-Richmond qui est un magnifique (15₃), et là j'en viendrai à parler des droites sur la surface cubique ; et si j'en viens à évoquer le très joli texte de Cremona de 1877 (Teoremi stereometrici dai quagli si deducono le proprietà dell'esagrammo di Pascal, Reale Accademia dei Lincei) dans lequel il explique comment déduire le théorème de l'hexagone de Pascal, qui est une généralisation de celui de Pappus, de la considération judicieuse d'une surface cubique avec un point double ordinaire de type (A₁), et que les 60 points de Kirkman de l'hexagramme mystique forment 6 configurations de Desargues (une par pentade sur les six points de l'hexagone) et comment il faut les étiqueter, je n'en aurai jamais fini ! Rien qu'en écrivant cette prétérition j'en ai dit plus que ce que je pensais, alors imaginez si j'écrivais vraiment une entrée sur le sujet…

Entre autres activités chronophages, j'en suis toujours à essayer d'apprendre à manier une moto. (Peut-être que si j'avais su que ç'allait être aussi long, je n'aurais pas essayé de passer le permis A2, mais maintenant qu'il commence, à force de progrès logarithmiques, à devenir plausible que je puisse éventuellement à terme pouvoir envisager d'imaginer le présenter, autant aller jusqu'au bout.) L'an dernier, donc, j'étais un peu dans le même cas s'agissant d'apprendre à conduire une voiture : ça va bientôt faire un an que j'aurai passé le permis B — j'ai l'impression que ça fait une éternité.

Je me disais justement l'autre jour que le fait d'avoir passé le permis m'a au moins fait progresser sur une chose, c'est ma connaissance de la géographie de l'Île-de-France. Parce que, avant, en bon Parisien-qui-n'a-même-pas-le-permis, mon savoir en la matière s'arrêtait très distinctement au boulevard périphérique : mon poussinet et moi passions nos week-ends à nous promener dans Paris et n'allions que très exceptionnellement nous aventurer dans les contrées barbares qui s'étendent au-delà du pomerium. Bon, comme j'ai grandi à Orsay, je savais quand même situer les communes de la vallée de Chevreuse, mais c'est à peu près tout. Maintenant que le poussinet s'est acheté une voiture et que nous sommes passés résolument dans le club des vilains pollueurs (enfin, le week-end), nos terrains de balade se sont beaucoup élargis et j'ai une idée nettement plus précise de comment s'agencent les communes et les routes de ma région natale.

Il y a un sentiment que j'aime beaucoup (et qui mériterait peut-être à figurer dans le le Dictionary of Obscure Sorrows), c'est le petit déclic mental qui se produit quand je réussis enfin à correctement situer géographiquement un endroit que je connais, par exemple un endroit où je suis souvent allé quand j'étais petit, ou encore quand je me rends compte que tel endroit que je connaissais est à côté de tel autre et que je ne m'en étais pas rendu compte (voir aussi la note #6 ci-dessous). C'est un déclic de clarté un peu semblable à celui que j'aime tellement quand j'ai la réponse à une énigme ou à un problème de maths qui me plaît. Or il y a quantité d'endroits en Île-de-France où je suis passé quand j'étais petit, des trajets que j'ai faits en voiture[#4] avec mes parents, peut-être même à de nombreuses reprises, et que je ne pouvais absolument pas situer, et c'est une grande satisfaction pour moi de pouvoir enfin les situer correctement sur une carte, ou d'aller mettre les pieds à un endroit que je n'avais vu qu'en passant en voiture[#5].

[#4] Quand on va d'Orsay à Paris en voiture, outre qu'il y a principalement deux trajets possibles (via la N118 pour atteindre le pont de Sèvres et l'ouest de Paris ou via la A10+A6 pour rejoindre le sud), il y a aussi toutes sortes d'endroits où il faut faire des choix, c'est-à-dire se placer sur la bonne voie, même si certains de ces choix sont sans importance (par exemple, il y a deux branches de la A6, la A6a et la A6b, mais il y a en fait toutes sortes de moyens de passer de l'une à l'autre). J'avais plus ou moins inconsciemment mémorisé ces choix, mais je comprends enfin maintenant où mènent les différentes branches possibles à chaque endroit, et aussi à quoi ressemblent les endroits que la voie rapide traverse. • TODO : écrire quelque chose sur l'interconnexion entre la A86 et la A6, qui n'est que partielle, et ce qu'il faut faire pour chaque combinaison possible entre une direction d'où on vient et une direction où on veut aller.

[#5] À titre d'exemple, je suis passé plein de fois à cet endroit en voiture avec mes parents (quand nous allions depuis Orsay rendre visite à des amis qui habitaient Sèvres) : à gauche, Bièvres et la vallée du même nom, à droite, la forêt de Verrières. Il y a trois semaines, le poussinet et moi sommes allés nous promener dans la forêt de Verrières, et j'ai pu regarder ce même endroit depuis un autre point de vue — c'était presque une épiphanie géographique.

À cet égard, je regrette, quand j'ai préparé le permis lui-même, de ne pas avoir fait plus attention aux endroits par où je passais pendant les leçons (j'aurais pu, par exemple, mettre mon téléphone en mode enregistrement GPS pour garder trace des trajets). Au début, nous allions le plus souvent au cimetière de Chevilly-Larue, j'ai pu reconstituer de mémoire les trajets aller et retour typiques[#6], et encore, avec quelques hésitations ; j'ai pu retrouver quelques autres endroits qui m'avaient marqué, par exemple ici où il faut penser à clignoter à gauche puisqu'on ne peut pas continuer tout droit (en fait, j'ai beaucoup circulé à l'Haÿ-les-Roses), mais il y a aussi plein d'autres endroits où je suis passé pendant mes leçons de conduite, dont j'ai gardé une mémoire visuelle mais que je ne sais plus replacer sur la carte.

[#6] Même sur ce tout petit trajet, j'ai eu l'occasion, en le reconstituant sur Google Maps, de faire une petite découverte géographique : l'endroit où le trajet aller et le trajet retour se croisent n'est pas, en fait, un vrai croisement, il y a un pont à Arcueil où nous passions au-dessus à l'aller et en-dessous au retour, et je n'avais pas du tout fait le lien entre ces « deux » endroits.

Quand je préparerai l'épreuve de circulation du permis moto (enfin, espérons que ça finisse par arriver !), j'essaierai de penser à enregistrer les trajets par GPS.

Pour revenir à la géographie francilienne, mon poussinet et moi avons entrepris de faire le tour des forêts, histoire de changer un peu des parcs et jardins plus aménagés :

Forêt de Fontainebleau (du côté de la Croix du Calvaire)
Forêt de Meudon
Forêt de Montmorency
Forêt de Compiègne (du côté du belvédère des Beaux Monts) (d'accord, techniquement, ce n'est pas en Île-de-France)
Forêt de Sénart
Domaine et forêt de Marly
Forêt de Saint-Germain-en-Laye
Forêt de Montmorency
Forêt de Rambouillet (du côté des étangs de Hollande)
Forêt des Fausses Reposes
Forêt de Verrières
Forêt de Meudon
Haute Vallée de Chevreuse (du côté de Port-Royal-des-Champs)
Forêt de Fontainebleau (du côté du Mont d'Ussy)
Haute Vallée de Chevreuse (abbaye des Vaux-de-Cernay)
Forêt de la Malmaison

Suite : Voir cette entrée ultérieure pour les visites de forêts ultérieures.

Comme je le disais dans cette entrée passée après avoir visité les forêts de Marly et Louveciennes, j'ai tendance à penser une forêt c'est une forêt, et en Île-de-France elles doivent toutes se ressembler (ou sinon, être aussi variées d'un point à l'autre de la même forêt qu'entre deux forêts de la région), mais en fait non, il y a vraiment des différences, même si je n'arrive pas bien à mettre le doigt dessus, dans les essences représentées (je suis complètement nul en botanique donc je ne saurai pas être plus précis), dans la densité d'arbres, dans le relief, dans le type de sol, etc. — j'aurais pu ajouter : dans le fait que la forêt soit exploitée ou non et dans les coupes qui y ont été faites (et qui jouent sur l'âge des arbres). La forêt de Fontainebleau ne ressemble vraiment pas aux autres dans ma liste ; à l'inverse, il faut admettre que les forêts de Meudon, des Fausses Reposes, de Verrières et de la Malmaison se ressemblent beaucoup, c'est normal, elles sont très proches géographiquement, mais même là il y a des différences ; ceci étant, je les confonds déjà un peu dans ma tête donc je ne pourrais pas faire un petit guide (ça doit aussi dépendre des endroits que nous avons visités, et, de façon cruciale, de la saison où nous sommes passés puisque évidemment on n'a pas la même impression d'une forêt en mai, en octobre ou en février).

Quant à l'abbaye des Vaux-de-Cernay, je mentionne qu'on peut y prendre le brunch dans la salle capitulaire : c'est cher, mais pour un bon repas dans le cadre exceptionnel, je trouve que ça vaut le coup. (Quelques photos ici sur Twitter.)

Sinon, dans un genre nettement moins bucolique que Cernay, la semaine dernière, le poussinet et moi sommes allés jeter un coup d'œil (de l'extérieur !) au poste de transformation électrique de Villejust, sans doute un des plus gros de France (voire d'Europe ?) : il s'agit d'un des postes de transformation de la boucle ceinturant Paris à 400kV (et soutenant une seconde ceinture à 225kV plus proche de la capitale) : si on a comme moi une certaine fascination pour l'électricité de puissance, c'est assez impressionnant à voir — que ce soient les rangées d'isolateurs dans le poste lui-même ou les alignements de câbles qui y conduisent. (Quelques photos ici sur Twitter.) C'est d'ailleurs facile de localiser ce poste sur une carte ou dans la réalité : chercher où convergent un nombre faramineux de lignes à haute tension !

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