David Madore's WebLog: 2010-12

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in December 2010 / Entrées publiées en décembre 2010:

(jeudi)

Qu'est-ce qu'une « faute » d'orthographe ?

C'est un de mes sujets de logorrhée préférés, et je suis surpris de n'avoir apparemment pas encore râlé à ce sujet sur ce blog : c'est-à-dire pour dire du mal des chieurs de l'orthographe et — la pire race de cette déjà bien triste engeance — de la typographie. Qu'est-ce qu'un chieur de l'orthographe ? C'est quelqu'un qui est armé du Dictionnaire de l'Académie dans une main et du Bon Usage de Maurice Grevisse dans l'autre (et s'il fait partie des chieurs de la typographie, du lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale, vraisemblablement entre les dents) — je vous laisse transposer à d'autres langues que le français — et qui tient à faire partager sa passion pour ces textes et pour la sodomie sur les diptères avec le même enthousiasme qu'un missionnaire baptiste à répandre la bonne nouvelle et la frustration sexuelle. On les reconnaît au fait qu'ils savent tout du pluriel des mots composés et qu'ils meurent d'apoplexie à chaque fois qu'on suggère que les majuscules ne portent pas d'accent en français (ou qu'on confond le mot majuscule avec capitale, comme je viens de le faire à dessein). On les reconnaît aussi qu'ils savent lire dans le Grevisse exactement comme le baptiste dans la Bible : précisément ce qu'ils ont envie d'y voir.

Trêve de sarcasme facile, mon but n'est certainement pas de dire, pouah, l'orthographe, ça n'a aucune importance, chacun écrit comme il veut, vive le langage SMS et d'ailleurs tout se vaut. Je pense que le nombre de « fautes » d'orthographe sur ce blog est relativement limité (et, en toute honnêteté, ça me chagrine toujours quand on m'en signale, même si je me console en me disant qu'en tapant au kilomètre comme je le fais et sans jamais me relire, c'est assez inévitable). Je n'ai pas non plus la moindre intention de dire du mal du Bon Usage, qui est un livre formidable et que je recommande vivement.

Si certains ont du mal à cerner quelle est ma position, je pense qu'on ne peut pas mieux la résumer que par ce slogan cher au cœur du bon vieux gourou d'Internet, et qui devrait s'appliquer à toute forme de communication ou d'échange : Be conservative in what you send, and liberal in what you accept. C'est-à-dire qu'il faut creuser un gouffre entre ce qu'on considérera comme une faute chez soi-même et ce qu'on signalera comme faute chez un autre ; qu'on doit garder les préceptes religieux par lesquels on veut vivre pour soi, et ne chercher à imposer aux autres que ce qui est strictement et évidemment nécessaire (tu ne tueras point a l'air d'un bon début, reste à savoir à quoi cela correspond dans le monde de l'orthographe). Il n'est pas interdit de signaler des « fautes » aux autres, mais le ton est important : on doit le faire avec la même diplomatie que si on signale à quelqu'un que l'on soupçonne d'être peut-être un Juif pratiquant que ce qu'il s'apprête à manger est un morceau de bacon.

Pour ce qui est de la typographie, il est le plus simple d'expliquer ce qu'est une typographie correcte : la chose la plus importante est d'être cohérent avec soi-même, de chercher à suivre autant que possible les mêmes règles (et si possible, des règles logiques) à l'intérieur d'un texte donné, voire d'un corpus donné. Il faut évidemment que ces règles ne soient pas totalement étrangères à ce que les gens ont l'habitude de voir, mais ceci n'interdit pas d'innover (par exemple en matière de ponctuation). La pratique la plus courante en français, par exemple, veut que les ponctuations doubles (point-virgule, point d'interrogation, point d'exclamation) soient précédées d'une espace insécable fine que les maniaques appellent quart de quadratin insécable, tandis que les deux points sont précédés d'une espace insécable normale, et quant à la virgule et au point ils sont collés au mot qui précède, toutes ces ponctuations étant par ailleurs suivies d'une espace normale (et sécable) ; personnellement, je suis à peu près ces règles, si ce n'est que j'utilise la même espace insécable avant toutes les ponctuations qui en prennent une (je ne vois pas pourquoi les deux points appelleraient plus de symétrie ou d'espacement entre les deux propositions qu'ils séparent que le point-virgule), et quand je tape dans une police à chasse fixe (par exemple dans un terminal) j'utilise deux espaces après la fin d'une phrase, comme il est relativement courant en anglais mais peu pratiqué en français. Je dis tout ça pour signaler que je suis au courant de beaucoup de règles de typographie et que quand et si je ne les suis pas, c'est par une décision bien consciente, et les textes que je tape ont en principe une certaine cohérence. Je m'impose à moi-même des règles bien précises, et assez compliquées, dans l'usage des guillemets par exemple (ou, quand je tape du HTML, pour décider si je mets une balise <q> ou des guillemets dans le texte ; ou d'ailleurs dans l'usage du HTML plus généralement), et je ne cherche surtout pas à en faire la promotion : je dois à mon lecteur que mon texte soit bien formaté, pas à l'emmerder avec les règles quasi-oulipiennes qui président à ce formatage. J'aimerais que cet état d'esprit fût un peu plus répandu ! Quant à l'Imprimerie nationale, elle a le pouvoir de faire des règles pour elle-même, et de s'y tenir (ce qui n'est pas vraiment le cas, d'ailleurs : j'ai remarqué que les (certaines ?) éditions du Journal Officiel omettent systématiquement les accents sur les capitales) : cela ne donne pas à ces recommandations internes, et d'ailleurs elle ne le prétend pas, la moindre portée en-dehors de l'Imprimerie nationale. Personnellement je suis en désaccord avec un certain nombre de leurs choix, mais je ne vais certainement pas en discuter ici.

S'agissant de l'orthographe, la chose qu'ont le plus de mal à admettre les puristes de l'orthographe, c'est que, quand il y a un doute, c'est qu'il y a plusieurs orthographes correctes pour la même chose. Rien ne dit qu'un mot donné, ou une forme grammaticale donnée, ne doit avoir qu'une seule écriture possible, et, à la limite, tant qu'on ne cause pas d'ambiguïté, plus il y en a mieux c'est. Il est ironique de voir combien souvent on cite le Bon Usage pour justifier une règle : or le Bon Usage, justement, adopte une attitude tout à fait louable face à n'importe quelle difficulté, c'est de recommander mollement un choix possible, de l'illustrer par quelques citations de bons auteurs, mais de montrer ensuite par d'autres citations de non moins bons auteurs que d'autres possibilités ont été préférées par ces derniers. Grevisse n'est pas normatif, il est descriptif : il donne des conseils et non des lois, et il excelle à montrer que la langue n'est pas rigide, que toutes les règles sont souples et que les meilleurs écrivains ont pu décider de les ignorer. Quand un emmerdeur vous renvoie au Bon Usage (§1137(a), 1º) pour vous signaler qu'en bon français après que est suivi de l'indicatif, vous pouvez ouvrir ce livre et constater qu'il vous donne les moyen de lui rétorquer qu'avec Sartre, Montherlant, Camus, Aragon, Butor, Robbe-Grillet et d'autres, il est en bonne compagnie ; personnellement, je préfère utiliser l'indicatif après après que, mais je ne relève pas le subjonctif comme une « faute » — c'est une hésitation de la langue, comme il y en a beaucoup, et chacun est libre de se former son propre style.

Proposé-je que la notion de faute d'orthographe n'existe tout simplement pas ? J'ai, en fait, une philosophie très simple : dès lors que celui qui parle ou écrit est conscient de ce que recommandent généralement les grammairiens (c'est-à-dire qu'il connaît la règle, ou les hésitations au sujet de la règle, et qu'il y pense au moment où il s'exprime), et qu'il choisit en toute connaissance de cause la forme qu'il utilise, alors il ne peut pas y avoir de faute : on a éventuellement affaire à une licence de langage, à une innovation, à un néologisme voulu, à une tentative pour réformer la langue, mais pas à une faute. Dès lors, personne n'a d'autorité pour décider de l'orthographe d'un mot que celui qui l'écrit, s'il est bien informé. L'erreur a lieu quand on est distrait ou oublieux, ou ignorant d'une règle qu'on eût choisi de suivre si on l'eût connue. Quand faut-il signaler une erreur ? Quand on pense que cela rendra service : c'est-à-dire quand la personne à qui on s'adresse voulait probablement suivre une certaine règle et l'a oubliée par maqnue d'attention (par exemple, si j'ai écrit maqnue au lieu de manque, je n'étais probablement pas en train de chercher à réformer l'orthographe, mais je me suis simplement emmêlé les doigts en tapant… autant pour moi) ; c'est déjà plus délicat quand on soupçonne que la personne voudrait suivre une règle si elle la connaissait mais ne l'a jamais apprise (mais en général, si un mot s'écrit de telle façon dans absolument tous les dictionnaires français et que quelqu'un l'orthographie autrement, il y a fort à parier que ce n'était pas volontaire et qu'il ignorait simplement l'orthographe préconisée pour ce mot).

Globalement, en fait, on reconnaît le maniaque à ce que ce sont certaines « fautes » très spécifiques, et extrêmement mineures, qui le font réagir : ils peuvent reprendre quelqu'un dont l'orthographe est presque parfaite sur un de leurs dadas, et ignorer complètement des fautes courantes, grossières et assez peu discutables. Personnellement, je m'estimerais déjà très satisfait de l'orthographe de mes compatriotes s'ils arrivaient au point de distinguer clairement je ferais et je ferai, s'ils écrivaient regarde ! sans y mettre une ‘s’ et il faut qu'on se voie avec un ‘e’ et pas un ‘t’. Lorsque ce niveau sera franchi, on pourra réfléchir à la question de savoir si Clemenceau s'écrit avec un accent aigu, merci pour lui mais il n'est pas vraiment prioritaire.

Je parle d'orthographe, mais je devrais sans doute parler plus généralement d'usage de la langue (comme le propose ce fameux livre de Maurice Grevisse auquel j'ai assez fait référence). Les maniaques sont généralement maniaques bien au-delà de l'orthographe : il y a quantité de choses qui les font sursauter. Parfois ce sont des choses très isolées : comme ceux qui insistent pour vous faire savoir que autant pour moi doit selon eux s'écrire au temps pour moi. Parfois c'est une croisade contre un phénomène général, le plus courant étant celui des anglicismes (ce que ne comprennent pas la plupart des gens qui partent dans cette croisade-là, c'est que la majorité des « anglicismes » qu'ils relèvent en français sont, en fait, des usages qui existent depuis très longtemps et dont la fréquence a soudainement crû à la fin du XXe siècle sous l'influence de l'anglais). Ceci étant, je ne suis pas hostile au fait qu'on me signale des subtilités de l'usage, j'aime beaucoup les subtilités (par exemple, mon poussinet me reprochait de parler de wagon pour un des constituants d'une rame de métro : selon lui, quand on transporte des passagers, on doit parler de voiture ; consultation faite du TLF, celui-ci donne des exemples chez Proust, Romains, Cendrars et d'autres d'usage du mot wagon pour des éléments transportant des passagers ou même spécifiquement pour le métro : mais je ne suis pas mécontent d'apprendre que certains usages officiels font la distinction, et dans certains cas je pourrais chercher à la faire). C'est juste qu'il faut se rappeler qu'on n'est probablement pas en train de signaler une faute, mais de profiter de l'occasion pour suggérer une nuance : il convient donc d'avoir le tact qu'on aurait pour soutenir à un rabbin que tel aliment n'est pas kasher — pas d'être un nazi de la grammaire.

(mercredi)

Pierre-Papier-Ciseaux, thème et variations

Le jeu de Pierre-Papier-Ciseaux est probablement le deuxième jeu le plus simple de l'Univers. Avant d'en parler, je devrais donc commencer par décrire le premier, qui n'a pas de nom à ma connaissance, et je manque d'inspiration pour lui en trouver un. Les règles sont : l'un des deux joueurs (convenu à l'avance, disons Alice) choisit en secret le nom de l'un des deux joueurs, tandis que l'autre joueur (disons Bob) choisit soit le mot perd soit le mot gagne ; si la phrase formée des deux mots choisis est Alice gagne ou Bob perd, alors Alice gagne, tandis que si c'est Alice perd ou Bob gagne, alors Bob gagne. De façon plus abstraite : chacun des deux joueurs choisit un bit en secret, on calcule le XOR de ces bits, et s'il vaut 0 c'est Alice qui gagne tandis que s'il vaut 1 c'est Bob (ou toute autre convention équivalente choisie à l'avance). Ce jeu fait partie des jeux dits à somme nulle, c'est-à-dire que les joueurs sont exactement adversaires, les gains de l'un étant par définition les pertes de l'autre (par opposition à un jeu comme le dilemme du prisonnier, où il est possible pour que les deux joueurs gagnent ou perdent dans différentes proportions, et il y a donc un sens à chercher à coopérer) ; et à information incomplète imparfaite, parce que les deux joueurs choisissent leur option simultanément, donc dans l'ignorance du choix de l'autre (par opposition aux jeux à information parfaite, comme les échecs, qui sont l'objet de la théorie combinatoire des jeux). En pratique, le choix simultané peut se faire en écrivant sur un papier (si on est très formaliste, dans un pli scellé), ou, si on est cryptographe, en utilisant une fonction de hachage pour s'engager sur un choix sans divulguer celui-ci. Ou en montrant simultanément un choix de la main (par exemple, Alice pourrait pointer du doigt l'un des deux adversaires, tandis que Bob fait le signe du pouce vers le haut ou vers le bas).

La stratégie à suivre est tout à fait évidente : si Bob avait connaissance du nom choisi par Alice, il aurait intérêt à choisir perd lorsque Alice choisit Alice et gagne lorsque Alice choisit Bob ; donc Alice ne doit pas divulguer la moindre information sur son choix, et doit choisir aléatoirement et de façon équiprobable, indépendante des choix précédents, le nom qu'elle choisit ; Bob, évidemment, a intérêt à choisir aléatoirement entre gagne et perd. On dit qu'on a affaire là à la stratégie (mixte) optimale[#] du jeu pour l'un et l'autre joueur (qui se caractérise formellement par le fait qu'il s'agit d'une distribution de probabilité sur les options du jeu dont l'espérance de gain contre n'importe quelle option de l'adversaire est au moins aussi bonne que celle de toute autre telle distribution). Les deux stratégies optimales jouées l'une contre l'autre constituent un équilibre de Nash, mais la notion en question est un peu idiote dans le cas d'un jeu à somme nulle à cause d'un théorème de von Neumann qui assure, pour parler de façon très vague, que dans ce cas les stratégies optimales des deux joueurs se répondent bien l'une à l'autre (en maximisant le pire gain possible on maximise précisément le gain contre la stratégie optimale de l'adversaire). Le jeu très simple dont j'ai parlé est à valeur nulle, c'est-à-dire que quand les deux joueurs jouent leur stratégie optimale, aucun n'est privilégié, ce qui est le cas si, mais pas seulement si, il existe une symétrie totale entre les joueurs.

Ce jeu a beau être très simple, et sa stratégie optimale évidente, quand on y joue dans la vraie vie, tirer des valeurs au hasard n'est ni très facile ni très satisfaisant, et on se retrouve à jouer sur la psychologie de l'adversaire (comme dans la célèbre Battle of Wits de Princess Bride), surtout quand on joue plusieurs coups de suite : chacun essaie de se prévoir quel sera le choix de l'autre (en tenant compte du fait que l'autre essaie de prévoir, etc.), et de choisir le coup gagnant en fonction de cela. Je me souviens avoir joué à une variante de ce jeu contre un ami quand j'étais petit (sous la forme : mon adversaire choisit une carte dans un jeu et je dois deviner si elle est rouge ou noire), et avoir gagné une vingtaine de fois d'affilée, si bien que mon ami commençait à se dire que je lisais dans ses pensées. Mais bon, ce petit jeu n'a de sens que parce qu'on joue contre un humain qui joue aussi au même petit jeu : si l'un des deux joueurs tire son choix aléatoirement, l'autre n'a rien d'intelligent à faire, dans tous les cas son espérance de gain sera nulle. Autant jouer à pile ou face, et, bien sûr, c'est essentiellement ce qu'on est en train de faire.

(mardi)

Fatigue hivernale, suite

Je croyais que mon rhume qui dure depuis un mois était enfin fini, malgré la fatigue rémanente, mais voilà que soit j'ai fait une rechute soit j'ai chopé un nouveau rhume. Me voilà de nouveau dans un état fébrile, crevé et avec mal à la tête et aux sinus.

J'en ai marre de ce temps pourri.

(Monday)

The Unix leap second mess

[Note (2011-01-01): This entry has been copied into its own standalone page, which I might update in the future.]

Since this is a very geeky topic, I'll be writing in English for a change.

Let me start with some background. I recently discussed the reason why the day is ever so slightly longer than 86400 SI seconds. One of the consequences of this is that there are several different time scales involved in accurate timekeeping (which I discuss in more detail here). One is TAI, which is a pure linear time scale, maintained by several atomic clocks across the globe and counting SI seconds on the geoid; it has been maintained since 1958 (though it can conceptually be extended back in the past as a variant of Terrestrial Time), it was initially synchronized with universal time and has now drifted away from it by approximately 34.136 seconds today. Another is Universal time UT1 (there are other variants of universal time such as UT2, but they will not concern us here): though there are subtleties, this is essentially the real mean solar time on Greenwich meridian, and it is the parameter of the real orientation of Earth in space. So as measured in UT1, one solar day is always 86400 seconds: conversely, this means that UT1 does not measure actual SI seconds, but rather some kind of angle parameter. This time scale makes sense very far back in the past.

(mercredi)

Wikipédia et le problème des chieurs en démocratie

Le problème n'est pas nouveau dans toute organisation du Pouvoir, que ce soit au niveau de l'État ou au niveau d'une toute petite organisation sans importance : les gens qui ont le plus envie d'avoir ou d'exercer le Pouvoir sont ceux qu'on ferait mieux d'écarter le plus loin possible du Pouvoir. (Ce genre de banalités doit déjà figurer dans la République de Platon, et devait déjà être des banalités à son époque.)

Sur Wikipédia ((je prends Wikipédia comme exemple, mais ce que je vais dire est assez général pour être transposé à un grand nombre de situations)), beaucoup de décisions sont prises sur la base d'un accord commun (qui ne prend pas tant la forme d'un vote que d'un consensus) entre les éditeurs, c'est-à-dire, entre n'importe qui voudra bien participer et contribuer à Wikipédia. Je trouve que c'est une mauvaise façon de faire.

Pourquoi ? Le problème avec ça, c'est qu'on confond l'intention souhaitable (viz., tout le monde participe aux décisions, qui reflèteraient donc une volonté générale des Wikipédiens) avec ce qui en résulte effectivement (viz., ce sont ceux qui participent au processus de décision qui ont le pouvoir). En clair, cela veut dire que ceux qui vont élaborer les règles sont ceux qui ont envie de s'investir dans les débats autour de l'élaboration de ces règles, autour de la gouvernance, et, globalement, qui ont le temps de suivre les appels aux nouvelles discussions, aux nouveaux votes. Et, pour dire les choses crûment : les gens qui ont plus de temps à perdre avec les discussions pour élaborer les règles de niveau méta autour de Wikipédia qu'avec le contenu des articles de Wikipédia eux-mêmes, et qui sont donc, généralement, des chieurs.

Évidemment, la qualification en bloc est injuste, mais le biais est certain : les éditeurs qui ont une approche pragmatique (je connais bien un domaine, j'améliore les articles concernant ce domaine, en me renseignant un petit peu au préalable sur les bonnes pratiques de l'édition mais sans passer des heures sur la forme au détriment du fond) ont moins le temps et l'envie de participer à l'élaboration des règles, et sont donc forcément sous-représentés par rapport à ceux qui ont un tempérament maniaque psychorigide et qui veulent imposer coûte que coûte leur façon de voir les choses aux autres. Les chieurs sont surreprésentés dans toute prise de décision, parce que le processus de prise de décision attire les chieurs.

Je pense que c'est comme ça, sur Wikipédia, qu'on se retrouve avec des règles (je ne parle pas des politiques générales, qui sont très raisonnables, mais des règles plus obscures — plus elles sont obscures, plus elles ont des chances d'être le résultat du dada d'un maniaque) interdisant les sections trivia, et des zélotes pour les appliquer à la scie ; avec des règles byzantines sur la notoriété des sujets traités, et plus d'énergie dépensée dans les discussions pour supprimer un article raisonnable mais sur un sujet insuffisamment notable que cet article n'en méritait ; avec des pratiques éditoriales qui changent selon la phase de la lune, par exemple pour décider s'il faut faire des liens vers les années dans les dates ; avec une frénésie d'Unicodisme qui fait que, par exemple, le pacte de Briand-Kellogg est renommé en pacte de Briand–Kellogg (notez la longueur du tiret) et autres maniaqueries typographiques qui ressemblent parfois à de l'enculage de mouches transformé en un art.

On pourrait dire : c'est une juste chose que les gens aient de l'influence dans les décisions à la mesure de ce qu'ils sont prêts à consacrer comme énergie à prendre ces décisions. Je ne sais pas pour la justice de la chose, mais je pense que c'est certainement indésirable : les gens ont une énergie ou un temps limités à consacrer à un projet donné, il est sans doute bon de ne pas les inciter à canaliser cette énergie ou ce temps là où ils sont moins utiles. Il faut certainement que des décisions éditoriales globales soient prises, mais on peut imaginer d'autres systèmes de gouvernance qui limitent les effets pervers. Le plus simple serait une démocratie plus indirecte : donner tous les pouvoirs de décision à un conseil élu à intervalles raisonnables, de sorte que tout le monde pourrait prendre le temps de s'intéresser à la gouvernance le temps d'élire ce conseil, et l'oublier le reste du temps. Sur un système comme Wikipédia, on pourrait imaginer d'autres systèmes plus amusants : par exemple, quand une décision éditoriale générale doit être prise, demander l'avis à quinze Wikipédiens choisis au hasard selon une distribution de probabilité proportionnelle à la taille de leurs contributions, et leur demander de faire l'effort de s'intéresser au problème concerné, et tirer le consensus de l'avis de ces personnes-là et pas de ceux qui auront été alléchés par la discussion. Bref, on peut trouver des systèmes alternatifs.

Malgré tout, en l'état actuel, il y a surtout une chose qui sauve généralement (mais seulement généralement) Wikipédia de l'excès de règles ineptes : c'est l'idée que c'est celui qui fait qui a raison (généralement). Le phénomène dont je parle est reconnu et, globalement, il est maintenu sous contrôle, au moins sur la Wikipédia en langue anglaise. La plupart des règles s'appliquent avant tout aux chieurs qui veulent les appliquer (par exemple, les règles de typographie : on peut sagement les ignorer, car c'est à celui qui veut jouer au maniaque de modifier les articles dans le sens de sa maniaquerie, et au final elles ne gênent globalement pas trop ; ce sont les règles interdisant certains contenus qui sont potentiellement plus problématiques, parce qu'il va vraiment y avoir des effacements d'articles ou de sections). Quant à la pratique du consensus au lieu de votes formels, je ne sais pas exactement quoi en penser. Il y a le risque que le fonctionnement par consensus privilégie les gens qui ont énormément d'énergie à consacrer à la décision par rapport à un simple vote, mais je pense quand même qu'il améliore plutôt les choses en poussant sur le caractère informel.

Mais l'équilibre est précaire. J'ai une dent contre la Wikipédia en français, même si je ne sais pas expliquer exactement pourquoi, mais outre le ton didactique-pontifiant inimitable[#] de ses articles (qui ressemblent volontiers à — et qui sont peut-être — le rejeton monstrueux d'un manuel d'instruction publique de la IIIe République et du devoir de classe d'un collégien) il y a le fait que j'ai l'impression que la bureaucratie y est beaucoup plus tatillonne que sur la Wikipédia en anglais. C'est par exemple cette décision-ci (pour moi l'exemple archétypique de la décision totalement inepte en pratique, et basée qui plus est sur un raisonnement juridique foireux[#2]) et la suppression conséquente de toutes les captures d'écran de jeux vidéos qui avaient été la goutte d'eau me décidant à cesser complètement de contribuer à Wikipédia en français. Je soupçonne qu'un phénomène en jeu est que les gens plus pragmatique ont tendance à aller simplement sur la Wikipédia en anglais, parce qu'elle est simplement meilleure et plus peuplée, tandis que le fait d'être un maniaque est probablement corrélé avec le fait de vouloir tenir obstinément le terrain. Mais il y a peut-être aussi un phénomène culturel : j'ai souvent eu l'impression diffuse que le ton des discussions sur des webforums et autres lieux de discussions Internet en français était plus agressif, plus condescendant, que sur des webforums en anglais. Je ne sais pas exactement comment traduire ça… disons que les gens « s'y croient ».

[#] Un exemple d'article au hasard : paralysie du sommeil. Le mélange des styles est assez comique (et j'ai rarement une telle impression sur la Wikipédia en langue anglaise) : on passe d'un ton neutre et relativement médical (La paralysie normale du sommeil est due à des mécanismes dans le tronc cérébral, en particulier les neurones réticulaires, vestibulaires, et oculomoteurs) à celui d'une explication un peu enfantine (Cela empêche que l'on vive physiquement les rêves, avec des mouvements induits qui pourraient s'avérer dangereux pour soi ou les autres), en passant par des listes non reliées au reste (hallucinations très courantes / courantes / assez courantes), des conseils du niveau d'une brochure de santé pratique (la section Apprendre à contrôler ses paralysies du sommeil), un cours de lycée (Les descriptions les plus claires d'états de paralysie du sommeil se trouvent dans les nouvelles Le Horla (1887) de Maupassant et Le bras flétri (1896) de Thomas Hardy.), un magazine de vulgarisation scientifique du niveau Science & Vie (Le point de vue scientifique actuel est que la paralysie du sommeil jouerait un rôle non négligeable dans la génération des témoignages d'enlèvements par les extraterrestres ainsi que d'autres événements en apparence paranormaux (visions de fantômes ou de démons par exemple)), et enfin le ton didactique-pontifiant qui m'horripile peut-être le plus (dans la section Ne pas confondre).

[#2] Cela m'énerve au plus haut point quand les gens disent que le fair use est un truc spécifique au droit anglo-saxon. Au pied de la lettre, c'est vrai, mais c'est un peu comme dire que le copyright n'existe pas en France, parce qu'il porte le nom de droit d'auteur. L'essentiel des exceptions importantes du fair use sont recouvertes en droit français par l'exception de courte citation et son interprétation par la jurisprudence. Et je passe sur la marotte pourquoi diable le droit français devrait-il s'appliquer à la Wikipédia en langue française, qui est hébergée, comme toutes les autres, en Floride ?

(dimanche)

Les centres (points remarquables) d'un triangle

[Un triangle et dix points remarquables]Quand j'étais petit, j'ai appris la chose suivante : si A, B et C sont trois points (ce qui s'appelle un triangle), alors les trois droites (appelées médianes) qui relient chacun de ces trois points au milieu des deux autres, ces trois droites concourent en un point (appelé centre de gravité du triangle, noté G dans la figure[#] ci-contre), qui a la propriété d'être le centre de gravité de la surface du triangle (ou aussi de ses trois sommets avec une masse égale en chacun) ; les trois droites (les bissectrices) qui bissectent les trois angles du triangle sont également concourantes en un point (appelé centre du cercle inscrit, noté I dans la figure ci-contre), qui a la propriété d'être le centre du cercle intérieurement tangent aux trois côtés du triangle ; les trois droites (les médiatrices) perpendiculaires aux côtés et passant par leurs milieux sont également concourantes en un point (appelé centre du cercle circonscrit, noté O dans la figure ci-contre), qui a la propriété d'être le centre du cercle passant par les trois sommets du triangle ; et les trois droites (les hauteurs) perpendiculaires aux côtés et passant par le sommet opposé respectif sont également concourantes en un point (appelé orthocentre, noté H dans la figure ci-contre) ; et qu'en plus, le centre de gravité, le centre du cercle circonscrit et l'orthocentre sont eux-mêmes alignés sur une droite (appelée droite d'Euler). J'étais fasciné d'apprendre qu'à n'importe quel triangle on pouvait associer des points aussi naturels et possédant des propriétés aussi élégantes, et même si j'étais un peu déçu pour la symétrie des choses que le centre du cercle inscrit ne fût pas aligné avec les autres, c'était pour moi une découverte profonde.

Je pense que ces faits sont un test intéressant pour savoir si quelqu'un aimera les maths : ils sont assez faciles à présenter (et ne font intervenir aucun calcul, même si on veut en présenter une démonstration ou du moins une ébauche d'explication), et même si on peut tout à fait les trouver sans grand intérêt et avoir quand même goût pour les maths, je pense que si on est fasciné c'est le signe d'un certain esprit géométrique et qu'il faudrait chercher à en savoir plus. La tendance qu'ont trois droites naturellement définies dans un triangle à vouloir toujours concourir a quelque chose d'assez magique, il faut le reconnaître.

Maintenant, la folie des points remarquables dans les triangles a atteint un niveau un peu extrême, il faut le reconnaître : la célèbre encyclopédie de Kimberling des centres des triangles recense (actuellement ?) 3597 points remarquables ; il est assez facile de se convaincre qu'on peut en produire une infinité si on décide que (1) la droite reliant deux points remarquables dans un triangle est une droite remarquable, et (2) l'intersection de deux droites remarquables dans un triangle est un point remarquable.

Néanmoins, les six points suivants dans l'encyclopédie de Kimberling sont encore assez remarquables, à savoir le centre du cercle de Feuerbach (des « neuf points ») (noté X5 sur ma figure), le point de Lemoine (intersection des symmédianes, c'est-à-dire des symétriques des médianes par rapport aux bissectrices, noté X6 sur ma figure), le point de Gergonne (intersection des droites reliant chaque sommet au point de tangence du cercle inscrit avec le côté opposé, noté X7 sur ma figure), le point de Nagel (idem mais avec les points de tangence des cercles exinscrits, noté X8 sur ma figure), le Mittenpunkt (point de Lemoine du triangle des centres des cercles exinscrits, ou bien intersection des droites (GX7) et (HX10), noté X9 sur ma figure) et le centre de Spieker (centre du cercle inscrit du triangle formé par les milieux des côtés, noté X10 sur ma figure). Concernant le point de Spieker, je trouve assez remarquable le fait que c'est le centre de gravité du périmètre du triangle : c'est assez frappant que le centre de gravité de la surface du triangle coïncide avec celui de ses trois sommets, mais que pour le périmètre on trouve un point différent. Les quelques points de Kimberling suivants sont encore assez remarquable, mais ma patience ne va pas jusque là.

Mais voilà, je suis géomètre algébriste, alors je me suis demandé : ne peut-on pas présenter ce petit zoo des centres d'un triangle d'une façon un peu plus systématique, quitte à être plus sophistiqué (et moins géométrie-élémentaire-à-la-façon-des-Grecs) ? Voici ce à quoi je suis arrivé (attention, ce qui suit demande pour être compris quelques connaissances d'algèbre et de géométrie projective) :

(jeudi)

Inversion du sujet à la première personne du singulier

Je suis toujours excessivement agacé quand les grammaires donnent des informations incomplètes, et particulièrement quand il s'agit de morphologie. Quand il s'agit de syntaxe, évidemment, on ne peut pas imaginer couvrir tous les cas possibles imaginables, mais dans la morphologie, a priori, on peut, ils sont explicitement énumérables, et je suis d'avis qu'une grammaire devrait donner des règles complètement algorithmiques, ou des tableaux complets, permettant avec certitude de déterminer n'importe quelle forme de la conjugaison ou de la déclinaison. Je me souviens, quand j'essayais d'apprendre le grec par moi-même quand j'étais au collège (et que apprendre le grec voulait dire, pour moi, me farcir la totalité de tous les tableaux de conjugaison possibles imaginables sans jamais me soucier de, disons, traduire un vrai texte d'un vrai auteur grec), j'avais été excédé de constater que mes grammaires ne donnaient pas de règle précise pour la formation du plus-que-parfait de certains verbes (pour un verbe régulier typique, le parfait se forme avec un redoublement de la première consonne, par exemple λύωλέλυκα, et le plus-que-parfait prend un augment ἐ, donc ἐλελύκειν ; mais il y a plein de phénomènes modifiant ce redoublement, même quand le parfait reste plus ou moins régulier, et en particulier le parfait peut commencer par une voyelle, genre ἀγείρωἀγήγερκα ou γνωρίζωἐγνώρικα… mais alors que faut-il faire pour le plus-que-parfait ? faut-il omettre l'augment, le contracter avec la voyelle ou rallonger celle-ci ? mes grammaires ne l'expliquaient pas, mon dictionnaire ne donnait pas la forme du plus-que-parfait, et j'étais furieux de ce manque de complétude). Bon, j'ai vite compris que la conjugaison grecque, en fait, consistait surtout à ne pas chercher de règles (il y a une apparence de règles dans la morphologie grecque, mais quand on regarde dans le détail, parfois ε+ε se contractent en ει et parfois en η, parfois un α long devient un η et parfois non, et les grammaires glosent vaguement sur les raisons de ces choses-là mais ne donnent pas des règles suffisamment précises pour être prédictives) et à apprendre des milliers de formes verbales par cœur…, et j'ai abandonné : le latin est plus une langue de mathématiciens que le grec classique, et il est surprenant que les Grecs anciens aient produit plus de mathématiciens que les Romains.

Maintenant prenons le français : c'est aussi une langue à la conjugaison assez redoutable, même s'il y a assurément moins de formes au total qu'en grec ancien ou qu'en arabe. Il y a un petit livre formidable qui les donne censément toutes, le Bescherelle (et qui a un succès tel qu'il est devenu quasiment synonyme de conjugaison ; il a tenté de capitaliser sur ce succès en éditant également un Bescherelle de l'orthographe et un Bescherelle de la grammaire, j'en ai des exemplaires qui doivent être assez collector, mais ça n'a eu guère de succès, et il faut dire qu'ils sont peu utiles ; le Bescherelle s'est recentré sur la conjugaison — en revanche, ils ont fait d'autres langues que le français, et j'ai par exemple ceux de l'italien et de l'arabe — et la grammaire a été mise sous forme d'un petit appendice sur l'emploi du verbe). A priori, si on a le Bescherelle, on peut produire toutes les formes de tous les verbes français sans avoir à réfléchir.

Mais je me suis rendu compte qu'il y avait une forme (au moins !) que le Bescherelle avait oubliée dans ses tableaux : la première personne du singulier à sujet inversé. En général, l'inversion du sujet ne crée pas de forme de conjugaison nouvelle (tu viensviens-tu), tout au plus insère-t-elle un ‘t’ de liaison (il vava-t-il), ce qui est moins déplaisant que les petits gags d'orthographe que d'autres liaisons du même genre fournissent (va dehors mais vas-y). Mais la première personne du singulier pose, au présent de l'indicatif et du subjonctif et dans une certaine mesure à l'imparfait du subjonctif, des difficultés particulières.

On n'écrit pas aime-je mais aimé-je, ou aimè-je depuis une réforme de l'orthographe de 1990. Ce ‘é” ou ‘è’ (prononcé [ɛ] dans tous les cas) a pour but de rendre prononçable la succession consonne+“je” — du moins c'est ce qu'on prétend parfois, mais c'est de la pure mauvaise foi puisque aime-je n'a aucune raison d'être moins prononçable que aimes-tu ou aime-t-il (visiblement aime-t-on la succession m+consonne puisqu'on en rajoute une exprès !) et comme je vais le dire on invente parfois ce [ɛ] à des endroits où il y n'y avait de toute façon aucune consonne gênante. Très bien, mais quelle est la règle, exactement ? Faut-il remplacer sans réfléchir tout ‘e’ final par un ‘é’ ou ‘è’ ? Non, par exemple on inversera je pèse en pesé-je (ou pesè-je) et certainement pas pèsé-je ; de même, je jette devient jeté-je et pas jetté-je ; et il semble que j'envoie devient envoyé-je (et là on se rend bien compte de l'hypocrisie de cette histoire de rendre la forme prononçable, puisque envoie-je aurait été aussi prononçable que le mot voyage). Le principe du Bescherelle étant qu'on puisse trouver toute forme sans avoir à réfléchir, cette forme inversée aurait dû être donnée.

La règle, apparemment, est que pour les verbes du premier groupe, on prend la deuxième personne du pluriel et qu'on remplace le “-ez” final par “-é[-je]” ou “-è[-je]”. Il doit être équivalent de prendre le participe passé (du moins ne vois-je aucun exemple où ces règles se contrediraient). Pour tous les autres verbes, on garde la forme normale de la première personne du singulier, si ce n'est que pour beaucoup de verbes l'inversion provoque une aversion telle qu'on trouve une autre formulation : on dira bien ai-je, suis-je, dois-je, fais-je, dis-je, vois-je et éventuellement veux-je, entends-je, sens-je, connais-je et quelques autres ; pour pouvoir, il y a une forme spéciale (que je puis également utiliser sans inversion), puis-je, et on évitera peux-je ; il est vrai que des phrases comme vis-je encore ?, ne dors-je pas ?, peut-être cours-je plus vite que toi, ne résous-je ton problème ?, ainsi sors-je dignement, etc., ne sont pas très heureuses. (D'un autre côté, je suis d'avis de ne pas tolérer que la langue ait des verbes défectifs, et que toute forme manquante doit être fabriquée et imposée de force. Et à ce titre, je préfère encore faire violence à l'euphonie en suggérant mets-je, veux-je, cous-je, écris-je, plutôt qu'à la logique en adoptant metté-je, voulé-je, cousé-je et écrivé-je, comme Grevisse en relève quelques exemples quand il discute du sujet dont je parle, cf. Le Bon Usage, §794.)

Mais ceci n'est que pour l'indicatif. L'inversion se fait aussi au subjonctif, avec une valeur optative, jussive ou conditionnelle : pour le subjonctif imparfait, eussé-je, fussé-je, dussé-je sont d'un emploi assez courant (tous ces accents aigus pouvant être graves depuis 1990), et par l'intermédiaire des deux premiers tout verbe au subjonctif plus-que-parfait ; comme le subjonctif imparfait est toujours régulier (à partir de la forme du passé simple), on peut en déduire que l'inversion se fera toujours sur ce modèle. Pour le subjonctif présent, puissé-je est aussi courant, mais c'est un peu court pour en déduire une règle. Une chanson de Mylène Farmer (admirez la référence) propose ainsi sois-je (mais elle prononce [ɛ̃.si.swa.ʒə] et pas [ɛ̃.si.swaʒ]. Mais pour les autres verbes ? Faut-il comme au présent de l'indicatif et à l'imparfait du subjonctif changer un “-e” muet en “-é[-je]” ou “-è[-je]” ? Faut-il par exemple imaginer écrire vienné-je assez vite à ton secours quand tu m'appelleras ! ? Et pour le verbe voir (dont la forme non inversée est que je voie), cela deviendra-t-il voyé-je ?

Ah, naquissé-je seulement plus doué, que ne résolvé-je de mystères de la langue française !

(mardi)

L'homme grâce auquel le jour fait 86400.002s

J'ai appris aujourd'hui, en consultant l'omniscience distribuée sur Internet que le personnage du professeur Moriarty, l'Adversaire [comment on dit arch-nemesis en français ?] de Sherlock Holmes, est en partie inspiré du personnage réel de l'astronome Simon Newcomb, l'homme à qui nous devons que la seconde soit trop courte. Ceci mérite quelques explications.

La vision naïve de la seconde, c'est 1/(24×60×60), soit 1/86400 d'un jour, le jour étant entendu comme la période moyenne de rotation de la Terre relativement au Soleil (ou période synodique), entendu que relativement aux étoiles lointaines (jour sidéral), il y a une différence de 1 jour par an. L'ennui c'est que la rotation de la Terre n'est pas uniforme, elle possède toutes sortes d'irrégularités complexes, à la fois localement et à long terme (un ralentissement séculaire). Pour fixer la seconde dans le Système International d'unités (comme la durée de 9192631770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre les niveaux hyperfins de l'état fondamental de l'atome de césium 133, définition de 1967), il a bien fallu faire un choix : si la durée du jour augmente progressivement (d'environ 1.64 millisecondes par jour par siècle) et, dépassant actuellement les 86400 secondes par jour (d'environ 2 millisecondes) nous oblige à insérer de temps en temps une seconde intercalaire dans l'année, à quel moment le jour a-t-il été de 86400 secondes ? A-t-on choisi un jour précis pour dire ceci sera le jour qui définira la seconde ? Non.

La réponse vient de l'astronomie, car c'est l'astronomie qui sert à définir le jour. En 1895, Newcomb a publié des tables de la position des planètes intérieures et notamment de la Terre (ses Tables of the Sun) : ces tables sont basées sur une synthèse d'observations réalisées sur une longue période (environ de 1750 à 1850), utilisées pour corriger des théories et de tables planétaires antérieures, notamment les Tables du Soleil de Le Verrier. (La correction que Newcomb apporte à la théorie du Soleil de Le Verrier est de l'ordre de la seconde d'arc pour l'année 1900.) Les tables de Newcomb utilisent, pour leur calcul, entre nombreux autres éléments orbitaux, la formule L = 279°41′48″.04 + 129602768″.13·T + 1″.089·T² pour la longitude géométrique moyenne du Soleil mesurée par rapport à l'écliptique et l'équinoxe de la date (les astronomes parlent un peu chinois, et ce n'est pas facile d'expliquer au juste ce qu'est la longitude géométrique moyenne, mais c'est le paramètre principal à partir duquel on calculera la position apparente du Soleil) : ici, T est censé être le temps, mesuré en siècles juliens (c'est-à-dire de 36525 jours exactement) écoulé depuis le 0 janvier 1900 à 12h heure solaire moyenne de Greenwich (autre langage codé, le 0 janvier 1900 est bien sûr le 31 décembre 1899, mais peu importe ; cet instant porte le nom de J1900). L'heure solaire moyenne étant, ultimement, la seule façon de mesurer le temps jusqu'alors, ceci relie la rotation de la Terre à la révolution de la Terre, en faisant l'hypothèse qu'il y a 86400 secondes dans un jour. Comme les observations utilisées couvrent principalement la première moitié du XIXe siècle (et la fin du XVIIIe), il s'agit en fait du jour moyen sur cette période.

En 1952, l'Union astronomique internationale a défini le temps des éphémérides comme celui pour lequel la formule utilisée par Newcomb (ci-dessus) est exacte : on a donc en quelque sorte inversé la relation, cette fois, T est défini comme le temps tel que la longitude moyenne du Soleil L soit donnée par la formule ci-dessus. En 1960, la (11e) Conférence générale des Poids et Mesures utilise ce temps pour définir la seconde, comme la fraction 1/31556925.9747 de l'année tropique pour le 0 janvier 1900 à 12h du Temps des éphémérides. La seconde est donc, dès lors, reliée à la révolution de la Terre en utilisant la formule de Newcomb (la valeur 31556925.9747 secondes de temps par révolution est l'inverse du facteur 129602768.13 secondes d'arc par siècle julien utilisé ci-dessus). Cette définition de la seconde est difficile à comprendre et à réaliser : en 1967, la (13e) Conférence générale des Poids et Mesures la remplace par la définition actuelle utilisant les transitions hyperfines de l'atome de césium, en choisissant un nombre qui approche le mieux que possible la seconde antérieure (ce choix avait été fait autour de 1958 lors du lancement du temps atomique international).

Pour résumer : Newcomb a utilisé une formule basée sur les observations sur la période 1750–1850, mesurées évidemment en temps solaire moyen sur cette période, cette formule a été utilisée pour définir le temps des éphémérides et la seconde qui va avec, et cette seconde a été utilisée pour définir l'actuelle seconde SI qui est la base du temps atomique. Donc le jour moyen qui a servi a définir la seconde est grosso modo celui de la période de ces observations.

Maintenant, on peut revenir sur la durée du jour : voici par exemple à quoi ressemble la courbe de la longueur du jour (exprimée en millisecondes de différence par rapport à 86400s, le jour en question étant, techniquement, celui du temps universel UT1), et voici à quoi ressemble la différence entre le temps universel UT1 (basé sur le vrai temps solaire) et le temps universel coordonné (basé sur le temps atomique international, la correction prenant depuis 1972 la forme de secondes intercalaires, qui se voient comme des discontinuités sur ce graphe). Le jour moyen actuel est plus long que 86400s d'une à deux millisecondes, et si Newcomb n'y est pour rien dans le fait que le jour n'est pas constant, c'est lui qui sans le savoir en a fixé la durée exacte (enfin, celle de la seconde). On peut même revenir sur les valeurs historiques de la durée du jour, dont voici une table approximative pour la période 1623–2008. À cause de toutes les fluctuations périodiques, il est très difficile de dire quelle vraiment le moment où le jour valait vraiment 86400 secondes, ni même de désigner la tendance séculaire à long terme : la valeur du ralentissement de 1.64 millisecondes par jour par siècle est plus conventionnelle qu'autre chose.

Par ailleurs, s'agissant du temps des éphémérides par rapport au temps atomique international, comme ce dernier a été synchronisé non au premier, mais au temps universel UT2, en 1958, on s'est retrouvé avec un stupide terme constant de 32.184 secondes entre les deux. Le temps des éphémérides est maintenant replacé par le temps terrestre, qui est réalisé par le temps international et défini comme TAI+32.184s.

Un jour je vous raconterai les emmerdes que causent les secondes intercalaires dans le monde de l'informatique.

(lundi)

Mon poussinet s'est fait voler son téléphone

Mon poussinet s'est fait voler son téléphone (et environ cinq euros en espèces qui étaient dans son portefeuille) alors qu'il dormait dans le train. Il pensait depuis un moment s'en acheter un nouveau, donc ce n'est pas bien grave, mais tout de même, d'ici là, je ne pourrai plus communiquer avec lui par Google Talk. ☹ Et c'est un peu trop tôt pour acheter un truc avec la toute nouvelle version d'Android.

Quelques ajouts (2010-12-14T19:15+0100) :

(lundi)

La touche à droite du N de on clavier est cassée

Elle arche un peu aléatoireent, donc si dans les quelques prochaines entrées vous e voyez utiliser des ots un peu ystérieux, vous saurez que c'est ça. (Déjà que le Z arche très al… ais c'est vrai que le Z est substantielleent oins utile que la preière lettre de on no de faille.)

(Il s'agit bien de la touche à droite du N : j'utilise un clavier QWERTY ; si j'étais sur un AZERTY, cette touche ferait une virgule, et la lettre qui e anque se trouverait à droite du L.)

J'ai coandé un nouveau clavier sur le site de Logitech. Contraireent à la dernière fois, il seble que j'aie pu deander un QWERTY, justeent.

Mise à jour (2010-12-16T14:10+0100) : J'ai reçu mon nouveau clavier. Le confort des touches n'est pas mal, et il est relativement silencieux (peut-être un peu moins que le précédent, mais moins aigu aussi). Il a le gros avantage d'être un vrai QWERTY-US (mieux : international, ce qui fait que j'ai quand même une touche entre le Z et le shift de gauche). Un inconvénient sur la disposition des touches, cependant : il n'a que deux touches entre la barre d'espace et le control de droite, et notamment la touche que j'utilise comme touche compose n'est pas exactement à l'endroit auquel je suis habitué — mais je pense que je m'y ferai sans trop de mal.

(dimanche)

Fourier, Fourier, et Victor Hugo

Il y a dans le chapitre En l'année 1817 du troisième livre des Misérables, la phrase suivante :

Il y avait à l'académie des sciences un Fourier célèbre que la postérité a oublié et dans je ne sais quel grenier un Fourier obscur dont l'avenir se souviendra.

Le Fourier célèbre dont Victor Hugo promet l'oubli est le mathématicien Joseph Fourier (connu essentiellement pour les séries de Fourier), tandis que le Fourier obscur que le romancier promet à une plus grande gloire est le socialiste utopiste Charles Fourier (connu pour avoir imaginé les phalanstères). Objectivement, on peut dire que Victor Hugo s'est trompé sur la première moitié de la phrase : Joseph Fourier est tout sauf oublié — outre qu'il y a une université nommée après lui, la moindre recherche Google sur le nom ne laisse pas de doute sur le fait qu'on se rappelle très bien Joseph Fourier, et que la transformée qui porte son nom est un outil scientifique extrêmement important. Il n'a pas tort sur la seconde moitié : on sait qui est Charles Fourier, et sa renommée est à peu près comparable à celle de Joseph, même si on peut quand même la qualifier d'inférieure.

Mais cette remarque est néanmoins intéressante. On pourrait facilement accuser Victor Hugo d'être ignorant ou méprisant de l'importance des sciences et spécifiquement des contributions de J. Fourier ; je pense plutôt que l'importance des travaux de ce dernier (et, à vrai dire, la manie de nommer après lui plein de choses qui ne sont que très vaguement liées à ce qu'il a fait sur la propagation de la chaleur) n'a éclaté que plus tard, et qu'en 1862 on n'en n'avait pas forcément une conscience tout à fait claire. Pour les non-mathématiciens, il faut sans doute que j'explique au moins sommairement que l'analyse de Fourier est tout ce qui part de l'idée de décomposer un signal (qu'il s'agisse d'un son, d'une image, d'une mesure physique quelconque, ou des choses beaucoup plus abstraites) périodique, voire non-périodique, en fréquences, et que cela a tellement d'applications dans des domaines tellement nombreux à la fois en mathématiques pures et dans toutes ses applications jusqu'au génie et l'informatique, qu'il serait futile d'essayer de toutes les recenser. Il s'agit d'un concept tellement fondamental qu'on pourrait le comparer à l'invention de l'écriture décimale. Soit dit en passant, si la transformée de Fourier est d'une importance extraordinaire, je pense que Fourier n'en serait pas mécontent, si j'en crois ce très célèbre passage d'une lettre de Jacobi à Legendre (Carl Gustav Jacob Jacobi, Gesammelte Werke, tome 1, Reiner, Berlin 1881, Correspondance mathématique avec Legenre, 454–455) :

Il est vrai que M. Fourier avait l'opinion que le but principal des mathématiques était l'utilité publique et l'explication des phénomènes naturels ; mais un philosophe comme lui aurait dû savoir que le but unique de la science, c'est l'honneur de l'esprit humain, et que sous ce titre, une question de nombres vaut autant qu'une question du système du monde.

M. Fourier a gagné sur les deux tableaux, puisque ce qu'il a fait a indiscutablement une utilité publique immense et sert à expliquer ou mesurer quantité de phénomènes naturels, mais qu'elle a également servi à résoudre quantité de « questions de nombres » pour le plus pur honneur de l'esprit humain.

Tout ceci n'est pas pour minimiser l'importance de l'autre Fourier, dont l'influence politique et culturelle (sur le socialisme et l'utopisme, mais aussi sur les arts, de la Commune de Paris à André Breton en passant par Dostoïevski) a été tout à fait importante, et je ne vais certainement pas chercher à trancher sur lequel des deux a été le plus méritant ou utile au genre humain (pour reprendre une formulation joliment poussiéreuse), ni même affirmer que cette question aurait un sens. Surtout que l'importance de Joseph Fourier lui-même n'égale pas forcément, je l'ai signalé, l'importance de tout ce qui a été nommé d'après lui, et on peut sans doute dire la même chose de Charles Fourier. En revanche, je m'agace beaucoup de l'attitude, que j'ai rencontrée plusieurs fois (et dont j'aime trop Victor Hugo pour l'en accuser dans le petit passage cité plus haut), de considérer que le savant, comme tout savant, n'était qu'une sorte de technicien, et que le vrai penseur, le vrai génie, c'est Charles Fourier. C'est le genre d'attitude que je dénonçais déjà ailleurs d'un petit nombre de gens qui considèrent que la science ne fait pas partie de la culture, et qu'un scientifique ne mérite de figurer parmi les grands hommes auxquels la patrie doit proverbialement reconnaissance que s'il a aussi eu une activité politique ou culturelle (à la façon de Condorcet ou Painlevé, quasiment les seuls mathématiciens enterrés au Panthéon, quand certainement Poincaré aurait dû y être ; au demeurant, aucun des deux Fourier n'y repose).

Quant à la ville de Paris, elle a choisi de n'honorer d'une voie, juste à côté de chez moi d'ailleurs, que l'utopiste (avoir deux rues Fourier serait sans doute trop perturbant). Je n'ai plus sous la main les fichiers de statistiques brutes pour pouvoir dire, dans l'ensemble de la France, lequel de Joseph et de Charles est le plus souvent référencé.

(dimanche)

Dans l'actualité

Sept enseignants de Seine-Saint-Denis ont été condamnés pour des actes qui, en plus d'être pénalement passibles de peines de prison lourdes, sont gravement contraires à la déontologie du métier. Le Parquet avait requis des peines avec sursis, mais le Tribunal de Grande Instance a prononcé de la prison ferme. La réaction du Ministère de l'Éducation nationale a été immédiate : estimant que le jugement pouvait légitimement apparaître comme disproportionné, sans défendre la gravité d'actes que personne ne conteste, il a rendu hommage au courage des enseignants face à la difficulté de leur métier et a souligné l'importance de leur tâche : Notre société ne doit pas se tromper de cible : c'est l'ignorance qu'il faut combattre, et l'école est le meilleur rempart contre la prison.

Ah non, excusez-moi, je mélange un peu. En fait, ce ne sont pas des enseignants, ce sont des policiers, et c'est le ministère de l'Intérieur qui a réagi. Mais comment se fait-il que la réaction du ministère apparaisse comme moins surprenante dans ce nouveau contexte ? Je ne comprends pas du tout.

(samedi)

Encore plus de thèmes oniriques

Je continue mon recensement de quelques uns des thèmes qui apparaissent de façon récurrente dans mes rêves. Avec cette fois-ci des rêves que j'aime beaucoup, et en tout cas nettement moins cataclysmiques ou inquiétants que ceux de la dernière fois.

(vendredi)

Liu Xiaobo et l'effet Streisand

La Chine n'a pas l'air contente qu'on ait décerné un prix Nobel à un de ses citoyens, et elle tient à le faire savoir, très très fort. En ce faisant, elle attire très fortement l'attention sur un fait qui aurait pu rester, sinon discret, du moins beaucoup moins mis en valeur. Parmi toutes les réactions qu'elle aurait pu choisir (comme celle de hausser les épaules en disant moui, c'est un poète mineur, voilà un choix curieux, ou bien d'ignorer complètement l'événement et de se refuser à tout commentaire, ou encore de libérer le gus et de refuser de le laisser revenir, que sais-je encore), j'ai l'impression qu'elle a choisi celle qui souligne le plus visiblement ce qui la gêne.

C'est un peu étrange combien les gens s'obstinent à faire cette erreur de débutant : quand on voudrait que quelque chose ne fasse pas trop de bruit et que quelqu'un vous embête à faire du bruit à ce sujet, le mieux est généralement de l'ignorer et surtout pas de lui faire la guerre, ce qui va tourner tous les projecteurs vers cette guerre et donc sur ce qu'on essaie de garder discret. Par exemple, si vous voulez faire disparaître un texte du Web, la pire chose possible est de menacer de représailles judiciaires ceux qui diffusent ce texte. (Évidemment, cela dépend de votre propre célébrité : mais quand on est le gouvernement de la Chine, la question ne se pose pas trop.)

Cet effet s'appelle l'effet Streisand, du nom de la chanteuse Barbra Streisand, qui en 2003 a cherché à faire disparaître du Web une photo de sa villa et a réussi, au lieu de ça, à ce qu'elle soit recopiée en un nombre incalculable d'exemplaires et vue par des centaines de milliers d'internautes. L'article Wikipédia liste un bon nombre d'autres exemples du phénomène.

On pourrait croire que depuis le temps les gens auraient compris la leçon. Je suis étonné.

(vendredi)

Fatigue hivernale

Mon rhume interminable s'en va très très très doucement, je ne tousse presque plus, mais j'ai quand même de temps en temps à râcler ma gorge et, surtout, je continue d'être très fatigué. Il faut dire que le temps n'aide vraiment pas, et je commence à trouver sérieusement déprimant le manque de soleil et cette espèce de chape de plomb glaciale, mi-nuageuse mi-brumeuse, qui nous sert de ciel en ce moment.

(vendredi)

Dr. Seuss surgit de ma mémoire

Je butinais au hasard sur le Web quand je tombe sur une page parlant du Dr. Seuss. Le nom me dit vaguement quelque chose, qui était-il, déjà ? Un auteur de livres pour enfants, ou quelque chose comme ça ? (Un pédiatre ? Non, je confonds avec le Dr. Spock, là. Qu'il ne faut lui-même pas confondre avec Mr. Spock.) Wikipédia me confirme que Dr. Seuss est le nom de plume de Theodor Geisel, écrivain mais aussi dessinateur de livres pour enfants ; mais quand je regarde le genre de dessins qu'il fait, ça réveille des neurones dans les couches bien profondes de ma mémoire. Oui, oui, j'ai déjà vu ce personnage qui ressemble à un chat allongé… Il me revient à l'esprit une histoire de ville où on n'a presque pas de soucis, sauf que la clé pour y rentrer a été perdue… Après plein de recherches Google, je finis par déduire que j'ai dû lire I Had Trouble in Getting to Solla Sollew (le nom de la ville ne me dit rien, mais le résumé ne laisse aucun doute). Où et comment ai-je pu lire ça ? Cette fois Google ne m'aidera pas, il n'indexe pas (encore ?) mes propres neurones, mais à force de me creuser les méninges, je crois que j'ai retrouvé : c'était chez des amis, qui avaient (ont ?) une grande maison de vacances aux alentours de Bandol et qui la prêtaient parfois à mes parents pour les vacances, et je dormais dans la chambre d'un de leurs fils et je pense que c'est là que j'ai trouvé ce livre. Au demeurant, les dessins sont assez mignons.

C'est assez amusant comme ce genre de souvenirs très flous peut tout d'un coup remonter à la surface avec une netteté surprenante, à la faveur d'une invocation complètement inattendue.

(mercredi)

La suite du rhume de la mort qui tue

Dix jours que ça dure, et je commence à trouver que c'est vraiment long ! Certes, je vais mieux, j'ai les bronches beaucoup moins chargées, je ne crache plus des glaires ou en tout cas plus de vertes et grasses (donc les antibiotiques ont peut-être été efficaces — mais on m'en a prescrit pour cinq jours et c'est fini), et j'ai le nez beaucoup moins chargé, je respire librement quand je dors, c'est un vrai soulagement ; mais je continue à tousser beaucoup pendant la nuit et à renifler un peu tout le temps, et j'ai les oreilles qui se bouchent tout le temps ; et surtout, je suis vraiment fatigué. Accessoirement, les antibiotiques ont pas mal perturbé ma digestion.

Est-ce que je devrais retourner voir un médecin, ou bien considérer que comme ça semble en train de passer je devrais juste attendre ?

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