David Madore's WebLog: 2016-12

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

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Entries published in December 2016 / Entrées publiées en décembre 2016:

(samedi)

Fragment littéraire gratuit #154 (le 31½ décembre 2016)

Où suis-je ? j'ai demandé.

La bonne question est plutôt : quand suis-je ? Vous êtes le 31½ décembre 2016.

Nous sommes les Contrôleurs du Temps, a expliqué une autre voix. Chaque année, après le dernier jour de votre calendrier, nous accordons à l'humanité une faveur spéciale, et cette année c'est vous qui avez été choisi pour l'exercer.

La faveur en question, a repris la première voix, consiste à décider de valider ou de rejouer l'année qui vient de s'écouler. Si vous la validez, cette année sera définitivement enregistrée, telle que vous l'avez vécue, dans les Grands Livres de l'Éternité. Si au contraire vous décidez de la rejouer, tous les événements qui se sont déroulés depuis le 1er janvier 2016 seront rétroactivement annulés, et une nouvelle année 2016 aura lieu à partir du même point de départ mais avec ses nouveaux événements dus au hasard et dont ni vous ni nous ne pouvons dire ce qu'elle donnera. Dans tous les cas, vous ne vous souviendrez de rien, ni de ce choix ni, si vous choisissez de rejouer l'année, de ce qu'avait pu être la version précédente, dont il ne subsistera aucune trace.

Ajoutons encore, précisa le second Contrôleur du Temps, que le choix de rejouer l'année ne peut s'exercer qu'une seule fois pour une année donnée : si vous validez l'année écoulée, ce sera elle qui sera 2016, sinon, ce sera celle qui aura lieu, mais il n'y aura pas de troisième chance. Réfléchissez donc bien ! Vous avez 24 heures pour vous décider.

J'ai pris le temps de me remémorer l'année passée et de consulter les archives précises que les Contrôleurs du Temps ont mis à ma disposition. Rien de bien remarquable, ni en bien ni en mal : je sais que beaucoup de gens se sont plaint que cette année était calamiteuse, mais à part la mort de quelques célébrités, et il y en a forcément, rien ne justifiait de tout effacer. Rien sauf une seule chose, une mort à laquelle je ne pouvais décidément pas me résigner : l'assassinat, à quelques semaines de son investiture, de celle qui aurait été la première femme présidente des États-Unis. Ma décision était prise : il y aurait une nouvelle année 2016, et puisse-t-elle nous éviter ce malheur, même si je dois n'en rien savoir !

(mercredi)

Et maintenant, un peu de rétrofuturisme

J'ai déjà dit un mot de ma fascination pour le rétrofuturisme (appelé aussi paléofuturisme), c'est-à-dire la nostalgie de la vision du futur qu'avaient les époques passées, et j'ai recommandé au passage le blog Paleofuture. Chaque époque passée avait sa vision particulière de l'avenir, dont on tire un courant esthétique associé au « futur antérieur » correspondant : notamment le steampunk pour l'avenir imaginé, par exemple par Jules Verne, l'époque de la seconde révolution industrielle où règnent le fer et le charbon (avec une variante pour la période autour de 1900 et le tout début de l'électricité), le decopunk pour la vision de l'entre-deux-guerres à l'esthétique Art Deco et Bauhaus, et l'atompunk pour les rêves de l'ère atomique et de la conquête spatiale ; on commence même à parler de solarpunk pour évoquer rétrospectivement la vision de l'avenir qu'a notre société actuelle, avec des plantes vertes et des panneaux solaires partout. (Et je sais que je me répète, mais les expositions universelles sont un bon archétype de ces différentes visions du futur : celle de 1900, celle de 1937 et celle, techniquement pas universelle, de 1964, auxquelles on peut peut-être ajouter celle de l'an dernier pour comparaison.) Bien sûr, tout cela se mélange un peu facilement si on veut faire du rétrofuturisme fictionnel (c'est-à-dire une imitation dans la fiction de l'esthétique du futur imaginée par le passée : vous suivez ?), par exemple dans l'œuvre de François Schuiten (j'aime énormément ses dessins, malheureusement pas trop les scénarios qu'il illustre), qui mélange volontiers le steampunk et le decopunk.

Mais ce que j'aime particulièrement, ce sont les petits films didactiques que produisaient les années '60 et '70 sur ce que l'avenir nous (leur ?) réservait : des documentaires presque eschatologiques dans leur vision radieuse d'un avenir meilleur, et touchants par le ton certain sur lequel ils assènent leurs prévisions devenues maintenant largement ridicules. Le futurisme des époques plus ancienne était, il me semble, plus marginal en termes d'audience, et aussi plus enclin à se concentrer sur le présent qu'à extrapoler sur l'avenir, ou encore moins sérieux ou moins sûr de lui quand il se permettait d'extrapoler ; et les périodes plus récentes ont également évité de faire des prévisions trop directes, sachant bien maintenant qu'elles seraient certainement fausses. Bref, c'est pour moi sans doute le milieu des années '60 que je qualifierais d'âge d'or du futurisme (devenu maintenant rétro). Il y a certainement aussi des raisons historiques à ça, lire la guerre froide, qui rendait à la fois psychologiquement nécessaire et politiquement idoine la promesse d'un avenir de paix et de prospérité.

Je suis notamment tombé récemment sur ce petit bijou qu'est Year 1999 AD, un film de 1967 qui imagine la vie quotidienne en 1999, et qui ressemble à un concentré très puissant de tout ce qu'on pouvait rêver à l'époque : une sorte de résumé de tous le la première saisons des Jetsons mais qui se veut sérieux. On aura beau jeu de se moquer de toutes les prévisions ratées, ou, ce qui est encore plus frappant, manquées, à commencer par l'idée que la femme en 1999 ne serait plus forcément la femme au foyer qui prépare les repas et s'occupe de la maison pendant que Monsieur s'occupe de choses plus sérieuses et fait entrer l'argent. Il est facile de se moquer de l'interface des différents gadgets électroniques : plein d'écrans qui semblent chacun remplir une unique fonction et entre lesquels il est apparemment nécessaire de se déplacer physiquement quand on veut changer d'activité, et plein de boutons dont il est douloureusement évident que les acteurs appuyent aléatoirement sur l'un ou l'autre (et le plus ridicule est une des consoles sur lesquelles le petit garçon passe des tests de ses leçons, qui a douze paires de boutons tous étiquetés X et Y, d'ailleurs dans un ordre inexplicablement inversé).

Mais je trouve qu'il est aussi intéressant de se demander si, en fait, certaines des idées ou des possibilités évoquées dans ce petit film ne sont pas finalement plus rationnelles et logiques que les solutions que notre monde réel a adoptées.

Si on se moque du fait que le 1999 évoqué en 1967 a plein de gadgets dans la maison qui remplissent chacun une seule fonction et entre lesquels il est nécessaire de se déplacer, eh bien il faut reconnaître que dans le 2017 réel, j'ai toujours un écran de télé séparé de mon écran d'ordinateur et ils ne sont pas complètement interchangeables, je ne peux toujours pas facilement passer un coup de téléphone depuis mon ordinateur par le simple fait que j'y aurais branché mon mobile (ou même sans le faire), je dois encore me lever pour actionner l'interrupteur des lumières chez moi, le contenu de mon frigo n'est pas informatisé bien que tous les produits que j'achète portent des identifiants sous forme de codes barres, mon autotensiomètre n'exporte pas les mesures qu'il fait, etc. Pour toutes ces choses, il existe des solutions bien réelles, mais souvent elles sont merdiques ou bourrées de trous de sécurité et de problèmes voisins (voir ce que je racontais ici, et voir aussi la déprimante discussion dans les commentaires de cette entrée). En un certain sens, donc, on pourrait dire que ce film de 1967 avait bien raison d'imaginer les gens faire des choses comme se déplacer de manière apparemment absurde d'un appareil à un autre : même s'ils ne s'en rendaient pas compte et ne l'ont certainement pas fait consciemment, c'est presque d'autant plus visionnaire d'imaginer des absurdités de la sorte, parce que tout progrès technologique viendra forcément avec ses dysfonctionnements, ses standards stupidement non interopérables, ses problèmes de compatibilité, ses interfaces mal conçues, etc.

Voici un autre film dans le même genre, un peu plus ancien (1961), produit par AT&T, plus orienté business, et moins spéculatif, mais néanmoins intéressant (on peut sauter les 6 ou 7 premières minutes qui ne font que poser les problèmes et n'apportent pas grand-chose). Et enfin, je me dois de mentionner le court métrage Libra de 1978 (ici sur IMDB) : c'est un peu tard pour ce que j'ai appelé l'âge d'or du futurisme, mais celui-ci est vraiment gratiné, parce qu'il s'agit à la fois de futurisme et de propagande libertarienne ; c'est l'histoire, racontée avec des effets spéciaux style épisode original de Star Wars d'une station spatiale qui réalise le paradis anarcho-capitaliste — la monnaie de la station s'appelle le hayek, les grands méchants terriens étatistes s'appellent la International Planning Commission, je n'invente rien, tout ça semble sorti d'un wet dream d'Ayn Rand, c'est absolument grandiose.

(mardi)

De l'intérêt de tout photographier

Je voudrais me donner à moi-même un conseil tout con, un conseil que je n'arrive pas à me forcer à le suivre autant que je devrais, et tant qu'à faire autant le rendre public (même si ce conseil me vise avant tout moi-même) : celui de tout photographier.

Pendant longtemps, je n'ai pas vraiment compris l'intérêt d'avoir un appareil photo dans un téléphone. C'est sans doute parce que je restais sur l'idée d'un tel appareil comme quelque chose qui sert à immortaliser des souvenirs ou à réaliser des images artistiques, choses pour lesquels il est douteux que l'appareil d'un téléphone soit très adapté. Pour prendre des belles photos on va vite se rendre compte que l'optique est complètement pourrie (nonobstant le nombre de « mégapixels » — un mot à la con que je déteste particulièrement — dont l'appareil dispose). Prendre des photos de ses vacances, pourquoi pas, mais si on le fait pour quelque chose comme la tour Eiffel, Big Ben ou la grande Pyramide, on va vite se rendre compte que des millions de gens l'ont fait avant, et en mieux. Et prendre des photos pour les mettre sur les réseaux sociaux et guetter les like sur VisageLivre, pourquoi pas, mais ce n'est pas trop mon truc.

Non, ce dont je parle, c'est plutôt de photographier les choses les plus quotidiennes et les plus banales. Il y a plein de raisons à ça, mais pour les synthétiser en une seule phrase : ça ne coûte essentiellement rien, et on ne sait pas ce qui pourra resservir. Il faut imaginer qu'on a un bloc-note ou une mémoire eidétique dont on peut disposer comme on veut, et il est bon de s'en servir.

J'ai commencé à comprendre l'intérêt de la chose en montant et démontant des ordinateurs (voir par exemple ici). Quel que soit le soin avec lequel on s'y prend, quelle que soit l'habitude qu'on ait de la chose, il y aura toujours un moment où on ne sera plus très sûr de la manière dont tel ou tel câble ou composant était branché, ce qui était relié à quoi, ce qui passait où… avoir des images auxquelles se référer est très précieux. Maintenant, dès que je dois faire quoi que ce soit dans un ordinateur, je prends plein de photos avant de débrancher quoi que ce soit, avant d'ouvrir, avant de retirer quoi que ce soit de l'intérieur, une fois que j'ai retiré ce que je voulais retiré, et ainsi de suite à chaque étape de la manipulation.

Mais ce n'est qu'un exemple parmi d'autres, et je continue à me rendre compte régulièrement que je me simplifierais la vie si je photographiais tout ou n'importe quoi avant de faire n'importe quelle action dessus, et après l'avoir fait. Une discussion de maths au tableau ? Photographier le tableau après, même si on croit se souvenir de tout ce qui a été dit. Je reçois un objet dans un colis ? Photographier avant d'ouvrir, et avant de retirer chaque morceau d'emballage, on ne sait jamais ce qui pourrait casser ou ce que je ne saurais pas ranger, ou je pourrais avoir un doute sur le fait que quelque chose était inclus dans le colis ou aurait dû y être. Du ménage ou du rangement à la maison ? Tout photographier avant et après permettra parfois d'éclaircir le mystère d'un objet disparu ou de quelque chose qu'on ne sait plus comment remettre en place. Se photographier avant et après un passage chez le coiffeur ne sert pas qu'à mettre le selfie sur les réseaux sociaux, ça peut aussi servir à demander plus tard je veux cette coupe-là. Et pour les hypocondriaques comme moi, se photographier sous toutes les coutures a un intérêt évident (est-ce que j'avais déjà un grain de beauté à cet endroit-là ? est-ce qu'il était aussi gros ?).

De même qu'il est certainement utile de prendre l'habitude de scanner tous les courriers qu'on reçoit (en tout cas tous ceux qui sont un peu officiels) et tous ceux qu'on envoie, pour à peu près tout ce qui n'est pas document papier, il faut penser à l'appareil photo. L'espace disque coûte très peu, surtout si on n'utilise pas une résolution délirante, il faut en profiter.

Et je ne parle pas que d'un aspect pratique. Tiens, il me semble que quelque chose à changé depuis la dernière fois que je suis passé ici, mais quoi donc ? — voilà le genre de questions qui me rend fou. Google Street View permet parfois d'y répondre (notamment à quel est ce commerce qui vient de fermer ?), mais avoir ses propres photos est aussi intéressant. Depuis le 1er janvier 2001, je tiens (sur ordinateur) un journal précis de ce que je fais quotidiennement, qui me permet de répondre à plein de questions comme quand est la dernière fois que j'ai vu Untel, ou que j'ai fait ceci-cela (et remédier aux limitations de ma mémoire) : prendre des photos est naturellement complémentaire de cette démarche autodocumentaire.

Et pour ce qui est de la vie en général, ce ne sont pas forcément, ou en tout cas pas seulement, les moments les plus mémorables qu'il faut enregistrer dans l'appareil : les moments mémorables, par définition, on va plus facilement les mémoriser — mais ce qu'on risque de regretter de ne pas avoir plus tard, c'est un souvenir de moments banals du quotidien. Quand il fallait payer pour le développement des pellicules, je comprends qu'on ne prenne en photo que ce qui était vraiment important : mais ce n'est plus le cas.

Je n'ai presque aucune photo de moi-même entre l'âge de neuf ans (environ) et le moment où les appareils photos numériques ont commencé à apparaître. C'est quelque chose que je regrette énormément, de ne presque pas avoir d'image de moi ado. Mes parents, comme beaucoup de gens, m'ont énormément photographié quand j'étais bébé ou petit enfant, et ensuite presque plus rien : tout ce qui me reste, ce sont des photos de classe où je suis une tête dans un groupe. (Certes, j'étais très moche quand j'étais ado, mais ce n'est pas une raison : je m'intéresse quand même plus à mon moi d'alors qu'à mon moi de quand j'avais deux ans avec lequel il m'est difficile de m'identifier.) Pas non plus beaucoup de photos, d'ailleurs, de mes parents eux-mêmes, de leur maison, de leur chat, etc., pendant cette période : des photos de vacances, oui, mais très peu de photos du quotidien. Pourtant, c'est le quotidien qui m'intéresse plus : les vacances, je les ai vécues une fois, le quotidien, je l'ai vécu cent fois, il m'importe plus. All those moments have been lost in time… like tears in rain… Si je dois donner un conseil aux jeunes parents, ce sera ceci : photographiez moins vos enfants quand ils sont tout petits, et plus quand ils grandissent, ils vous en sauront gré plus tard. Et photographiez aussi leur chambre, la maison, photographiez-vous vous-mêmes… ces images auront un intérêt plus tard même si vous ne le voyez pas maintenant parce que ce sont des choses que vous voyez tout le temps.

Même maintenant, je n'arrive pas à me forcer à tout photographier systématiquement : j'écris tout ce qui précède comme un plaidoyer envers moi-même, dans l'espoir d'arriver à me convaincre d'en faire plus.

(Après, il reste le problème d'arriver à classer toutes ces photos, par exemple retrouver les photos qu'on a pu faire de X si on ne se souvient plus de la date ni du lieu ; et aussi, comment faire une telle classification sans vendre son âme à Google/Apple/quidlibet. Je ne rentre pas là-dedans.)

(mercredi)

L'élection présidentielle française devrait-elle se faire en trois tours ?

L'élection présidentielle française se déroule en deux tours : au premier tour peuvent se présenter tous les candidats ayant recueilli un certain nombre de « parrainages » (d'élus), et chaque électeur vote pour un et un seul de ces candidats ; ne sont qualifiés pour le second tour que les deux candidats ayant obtenu le plus grand nombre de voix (sauf si l'un obtient déjà la majorité absolue au premier tour, auquel cas il est élu immédiatement) ; les électeurs ont donc, au second tour, qui a lieu deux semaines après le premier, le choix entre deux et seulement deux candidats, parmi lesquels ils doivent en choisir un, et l'élection se fait de façon évidente (à la majorité, forcément absolue puisqu'il n'y a plus que deux candidats).

Je ne sais pas quelle est l'histoire de ce mode de scrutin « uninominal à deux tours », et Google comme Wikipédia me renseignent fort peu. L'élection présidentielle au scrutin universel direct a été introduite en France en 1962 (auparavant, le président était élu par un collège électoral), mais il est probable que le mode de scrutin en question ait été utilisé antérieurement, pour d'autres élections, ici ou ailleurs dans le monde, et je serais curieux d'avoir des informations sur les débats qui ont présidé à ce choix précis. J'entends dire qu'il est apparu dans l'empire allemand de 1870, mais les détails sont confus (je ne sais ni pour quelles élections au juste, ni quelles auraient été les conditions d'accès au second tour). Actuellement, beaucoup de scrutins en France se font en deux tours, mais les conditions d'accès au second tour changent de façon incompréhensible d'élection en élection. (Il n'y a que la présidentielle pour laquelle le critère est d'arriver dans les deux premiers au premier tour : d'autres élections fixent un minimum de voix en pourcentage des suffrages exprimés ou des inscrits, selon une insupportable absence de cohérence ; par voie de conséquence, ces élections rendent possibles des « triangulaires », voire théoriquement des « quadrangulaires », au second tour.) Beaucoup d'autres pays utilisent une variante ou une autre de ce mode de scrutin.

Ce scrutin uninominal à deux tours est un net progrès par rapport au scrutin uninominal à un seul tour (utilisé, par exemple, pour la plupart des élections aux États-Unis, pour les députés à la Chambre des Communes au Royaume-Uni, pour les députés au Canada même si l'actuel Premier ministre a promis de changer ce mode d'élection, et dans toutes sortes d'autres pays). Le scrutin uninominal à un seul tour est le plus simple qu'on puisse imaginer (ou demande à chaque électeur de choisir un et un seul nom, et celui ayant le plus de voix est élu), et il est catastrophiquement mauvais : ne serait-ce que parce qu'un candidat presque unanimement détesté peut se retrouver élu parce que ses adversaires sont divisés (voir le cas de l'élection de Rodrigo Duterte comme président des Philippines en 2016). Dans la pratique, le scrutin uninominal à un seul tour tend à conduire au bipartisme, parce que s'il y a plus que deux partis politiques, les résultats des élections sont assez aléatoires et profondément injustes. En contrepartie du bipartisme, on peut espérer que les deux partis mettent en place des systèmes de « primaires » pour choisir leurs candidats et compenser ainsi (un peu) l'injustice du système : c'est ce qui s'est passé aux États-Unis, assez récemment à l'échelle de l'histoire du pays ; mais le fait d'avoir des primaires pose de nouvelles questions, à commencer par les règles de ces élections-là et de comment elles sont décidées.

Le scrutin uninominal à deux tours, donc, est un progrès par rapport à celui à un seul tour. Il permet au moins dans une certaine mesure l'expression d'une pluralité d'opinions que ne permet pas le scrutin à un seul tour : s'il y a grosso modo deux blocs dans l'opinion, typiquement, la droite et la gauche, on peut espérer, et il arrive souvent (mais pas toujours !) dans la pratique, que ces deux blocs soient représentés au second tour, ce qui permet un ralliement de chaque bloc au candidat arrivé en tête du bloc et qui le représente au second tour. Le premier tour tient donc un rôle vaguement semblable à celui que tiennent les primaires dans un scrutin uninominal à un seul tour. Très vaguement.

Dans l'idée du général De Gaulle (qui a introduit l'élection présidentielle au scrutin universel direct en France), l'idée était probablement surtout d'assurer que le second tour « rassemble » les électeurs : comme le mode de scrutin garantit que le gagnant de l'élection a obtenu une majorité des suffrages exprimés au second tour, il peut se targuer de l'adhésion de la majorité — majorité assez factice en vérité, surtout si le candidat en face de lui au second tour ne représente pas grand-chose, mais l'idée n'est pas complètement stupide.

En fait, le système n'a pas si mal marché en France entre 1962 et 1995 (même si 1969 est discutable), ainsi qu'en 2007 et 2012.

Mais l'élection de 2002 a montré ses limites : les voix de la gauche s'étant dispersées au premier tour entre un trop grand nombre de candidats, ce camp n'a pas été représenté au second tour qui s'est déroulé entre la droite et l'extrême-droite ; Jacques Chirac a été élu contre Jean-Marie Le Pen avec une majorité écrasante après des manifestations de protestation contre les résultats de ce premier tour. En 2002, c'était une surprise (au moins pour ceux qui ne savaient pas lire les sondages et leurs marges d'erreurs, i.e., essentiellement tout le monde). En 2017, on s'attend généralement à ce que le même phénomène se reproduise, et ce ne sera, cette fois-ci, une surprise pour personne si le second tour voit s'affonter François Fillon et Marine Le Pen.

Il est difficile de nier qu'il s'agit d'un problème réel. Ce n'est pas tellement que la droite et la gauche doivent, par principe, être représentées au second tour. Des signes objectifs que les candidats représentés au second tour ne sont pas « les bons » sont plutôt à chercher dans le score écrasant que l'un d'entre eux obtient (s'il n'a pas déjà eu une forte majorité au premier tour) et/ou dans un taux de participation très bas : ce sont autant de signes que les électeurs sont insatisfaits du choix qu'il leur reste, et soit qu'ils refusent de faire ce choix, soit qu'ils s'estiment contraints. Ou bien par le fait que les deux candidats qui passent au second tour ne totalisent qu'une proportion modeste (disons, <50%) des suffrages exprimés au premier. L'élection de 1969, où la gauche n'était pas non plus représentée au second tour, n'était pas forcément problématique selon ces critères ; celle de 2002 l'était indubitablement. Et le scénario risque de se reproduire fréquemment à l'avenir : même s'il n'a pas lieu en 2017, le fait que l'extrême-droite soit devenue une force politique très importante suggère que le mode d'élection n'est plus adapté. En fait, même si le second tour voit s'affronter la gauche et la droite, ou la gauche et l'extrême-droite, il y aura de toute façon un problème de représentativité.

Ce n'est sans doute pas un hasard si les partis politiques français ont commencé, en 2011 pour la gauche et en cette année pour la droite, à jouer le jeu des primaires (ouvertes à tous les électeurs). Les primaires devraient permettre de pallier les insuffisances du scrutin uninominal à deux tours comme elles le permettent (dans une certaine mesure !) pour le scrutin uninominal à un seul tour. L'idée serait d'éviter l'éparpillement des voix au premier tour (devenu beaucoup plus critique qu'il l'était avant) en désignant un candidat unique en amont. Mais les primaires posent leur propre problème : outre qu'il leur faut elles-mêmes un mode de scrutin (reconnaissons que, cette fois, le scrutin uninominal à deux tours est adapté, et d'ailleurs peut-être même qu'un seul tour suffirait), il y a l'inquiétude, souvent exprimée mais sans doute exagérée, que des électeurs de « l'autre camp » participent à une primaire qui ne les concerne pas, inquiétude d'autant plus importante si tout le monde est convaincu de ce que sera le camp vainqueur. Et enfin — et surtout — comme les primaires ne lient personne, il est de toute façon possible à un candidat de se présenter hors des primaires, renvoyant celles-ci à l'affaire interne d'un parti plutôt que d'un camp au sens large, si bien que la dispersion se produira quand même.

On peut donc se poser la question d'un autre mode de scrutin.

Mathématiquement, il existe toutes sortes de modes de scrutin, qui prennent en entrée des préférences des électeurs exprimées sous une forme ou une autre (un seul nom, un ordre de préférence, un sous-ensemble des candidats « assentis », ou toutes sortes d'autres variantes), et qui produisent, parfois en faisant intervenir le hasard, un gagnant. Un théorème célèbre dû à Kenneth Arrow (peut-être trop célèbre, comme celui de Gödel, du coup tout le monde aime bien l'interpréter à tort et à travers) affirme qu'aucun mode de scrutin ne peut être parfait, où « parfait » signifie en fait qu'il vérifie un petit nombre de critères qui intuitivement paraissent pourtant vraiment faibles, et certainement désirables. Un problème apparenté à l'impossibilité énoncée par ce théorème est le suivant : si environ 1/3 des électeurs préfèrent X>Y>Z (lire : préfèrent X à Y et Y à Z), environ 1/3 des électeurs préfèrent Y>Z>X et environ 1/3 des électeurs préfèrent Z>X>Y, alors finalement 2/3 (donc une majorité) des électeurs préfèrent X à Y et 2/3 des électeurs préfèrent Y à Z et 2/3 des électeurs préfèrent Z à X, donc qui qu'on choisisse entre X, Y et Z, il y aura 2/3 des électeurs qui en préféreront un autre. (Cette situation porte le nom de pardoxe de Condorcet : la relation de préférence majoritaire n'est pas forcément transitive.)

Néanmoins, il n'est pas vraiment acquis que le théorème d'Arrow pose un problème réel dans la pratique : les situations de paradoxe de Condorcet, notamment, sont sans doute rares, les électeurs votent rarement stratégiquement, et il y a différents théorèmes de possibilité qui montrent que sous certaines hypothèses pas franchement farfelues sur les préférences des électeurs et/ou sur leur honnêteté, on peut quand même former des modes de scrutin raisonnablement satisfaisants. Mais ensuite, la question devient de savoir ce qu'on veut exactement, et les mathématiques n'ont pas de réponse à ça.

On peut par exemple évoquer le critère de Condorcet : on dit qu'un mode de scrutin vérifie le critère de Condorcet lorsque s'il y a un candidat X tel que pour tout candidat Y une majorité d'électeurs préfère X à Y, alors X est élu. Autrement dit : le critère de Condorcet demande qu'un candidat qui est majoritairement préféré à tout autre candidat soit forcément élu (un tel candidat, X dans la phrase précédente, est appelé vainqueur de Condorcet ; il n'y a pas forcément un vainqueur de Codorcet, et s'il n'y en a pas, c'est-à-dire essentiellement les situations visées par le paradoxe de Condorcet évoqué plus haut, alors le critère de Condorcet n'exige rien du tout ; mais s'il y en a un, le critère de Condorcet demande que ce candidat soit élu). Ni le scrutin uninominal à un seul tour ni celui à deux tours ne vérifient le critère de Condorcet. La situation typique est celle où il y a trois candidats, X (centriste), Y₁ (de droite, disons) et Y₂ (de gauche, disons), où il y a un peu moins que la moitié des électeurs (les électeurs de droite) qui préfèrent Y₁>X>Y₂, un peu moins que la moitié des électeurs (les électeurs de gauche) qui préfèrent Y₂>X>Y₁, et le petit restant des électeurs (les électeurs centristes) qui préfèrent X>Y₁>Y₂ ; dans ces conditions, si on applique un scrutin uninominal à deux tours, le second tour aura lieu entre Y₁ et Y₂, et Y₁ gagnera, alors qu'en fait X était vainqueur de Condorcet.

On peut trouver des modes de scrutin qui vérifient le critère de Condorcet. (J'aime beaucoup celui-ci, que j'avais « redécouvert » indépendant et mentionné plusieurs fois sur ce blog sous le nom de scrutin de « Condorcet-Nash » ; voir notamment cette entrée et les notes au point (5). Il est « optimal » en un certain sens : en contrepartie, il a l'inconvénient de faire intervenir le hasard et d'être incompréhensible pour les non-mathématiciens.) Malheureusement, aucun de ces modes de scrutin, à ma connaissance, n'est compréhensible par l'électeur moyen, i.e., l'électeur non-mathématicien. Et même si j'aimerais bien vivre dans un monde où tout le monde comprendrait raisonnablement bien les mathématiques (au moins des choses relativement basiques comme ça), ce n'est pas le cas, et il est certainement important qu'une large majorité d'électeurs ait une idée globalement correcte des principes du mode de scrutin pour que la démocratie fonctionne. (Bon, cette affirmation est peut-être à nuancer : le mode d'élection des élections régionales en France est franchement assez byzantin, et ça ne pose pas de problème particulier ; mais au moins on comprend que c'est grosso modo une proportionnelle.) De toute façon, pour espérer pouvoir convaincre des hommes politiques de changer le mode de scrutin, il faudrait commencer par le leur faire comprendre (et leur faire comprendre comment ça peut les avantager ou avantager leur parti…).

Et même sur le fond, il n'est pas certain que le critère de Condorcet soit forcément souhaitable : c'est un critère qui, finalement, « favorise » les centristes ; mais si on reprend l'exemple précédent et qu'on se dit que pas loin de la moitié des électeurs (les électeurs de droite) préfèrent Y₁≫X>Y₂, pas loin de la moitié des électeurs (les électeurs de gauche) préfèrent Y₂≫X>Y₁, et le restant des électeurs (les électeurs centristes) préfèrent XY₁>Y₂, alors peut-être qu'il est politiquement légitime que ce soit Y₁ qui soit élu et pas X, ce dernier fût-il vainqueur de Condorcet, parce qu'élire Y₁ (et sans doute Y₂ la fois suivante) c'est admettre que gouverner c'est choisir et pas forcément faire des compromis. De nouveau, c'est une question politique à trancher, les mathématiques ne peuvent que faire des suggestions.

Un certain nombre de pays pratiquent pour certaines élections un mode de scrutin appelé instant runoff voting, également connu sous d'autres noms comme alternative vote ou transferable vote (attention cependant, le single transferable vote est une extension plus complexe de ce système qui s'applique au cas où on élit plusieurs personnes et pas une seule). L'idée est simple et compréhensible par tout le monde : au lieu de faire 2 tours comme en France, on en fait N−1 où N est le nombre de candidats, chaque tour éliminant exactement un candidat (celui le moins bien placé) : autrement dit, on fait un premier tour entre tous les candidats, on élimine celui qui a eu le moins de voix, et on recommence jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'un seul candidat, qui est alors le gagnant de l'élection. Seulement, faire revenir les électeurs aux urnes pour un si grand nombre de tours serait malcommode : à la place, on demande donc aux électeurs d'indiquer une fois pour toutes leur ordre de préférences entre tous les candidats, et on reporte automatiquement leur voix sur le candidat le plus haut dans leur ordre de préférence et qui soit encore en course. (Autrement dit, initialement, le vote de chaque électeur porte initialement sur le premier candidat sur son ordre de préférence, on élimine le candidat le moins bien classé ainsi, puis on recommence en reportant les voix obtenue par le candidat éliminé sur le second candidat de l'ordre de préférence de ses électeurs, et ainsi de suite.) Ce mode de scrutin ne vérifie pas le critère de Condorcet (le contre-exemple est le même que j'ai déjà donné !), mais il a l'avantage d'être compréhensible par tous, et il remédie globalement au problème de la dispersion des votes présenté par les modes de scrutin uninominaux à un seul et même à deux tours, puisque les candidats sont éliminés successivement en commençant par le moins populaire.

Il a cependant de gros inconvénients. Le principal est qu'il est très difficile à dépouiller : comme chaque électeur doit indiquer un ordre complet de préférences, il faut enregistrer tous ces ordres, ce qui est bien plus complexe que d'enregistrer un seul nom ; et contrairement à d'autres modes de scrutin qui demandent aussi aux électeurs de choisir un ordre de préférence, dans celui-ci, on ne peut pas se contenter de compter, pour chaque paire X,Y de candidats le nombre d'électeurs qui ont préféré le candidat X au candidat Y, ni le nombre de fois que le candidat X arrive en k-ième place : il faut vraiment stocker tous les ordres de tout le monde. Bref, cela se fait surtout bien avec des machines à voter, qui posent leurs propres problèmes de transparence et de sécurité contre la fraude. (Un autre problème possible, mais qui est sans doute peu important dans la pratique, est qu'il ouvre la voie à un canal de communication subliminal : s'il y a assez de candidats, un électeur identifier son bulletin en choisissant subtilement l'ordre dans lequel il classe les candidats « sans importance ». Un peu à la manière dont les enchères du bridge font passer des informations en plus du pari qu'elles annoncent ouvertement.)

Par ailleurs, comme l'instant runoff voting se fait en un seul tour de scrutin (même si ce tour « simule » N−1 tours), il ne permet pas, par exemple, d'avoir des débats de second tour où les candidats repositionneraient leur discours pour tenir compte des résultats du premier tour et chercher à convertir des nouveaux électeurs ; et symétriquement, il ne permet pas aux électeurs de changer d'avis entre les tours. On peut donc se demander si la « queue » des ordres de préférence est aussi bien réfléchie que la « tête ».

Bref, si je devais, moi, changer le mode de scrutin de la présidentielle française, en tenant compte du fait que les électeurs ne sont pas mathématiciens (et d'autres réalités pratiques de ce genre), sans bouleverser la pratique existante ni le fonctionnement des institutions, je ferais le choix suivant, qui me semble représenter un bon compromis et un changement assez minimal par rapport à la pratique actuelle : il s'agit simplement d'insérer un tour intermédiaire lorsque les deux candidats arrivés en tête du premier tour ne totalisent pas 50% des suffrages exprimés ; ou plus exactement :

  1. au premier tour peuvent se présenter tous les candidats ayant recueilli un certain nombre de « parrainages »,
  2. le tour intermédiaire a lieu entre les candidats les mieux classés à l'issue du premier tour jusqu'à totaliser (strictement plus que) la moitié des suffrages exprimés,
  3. le tour final a lieu entre les deux candidats les mieux classés à l'issue du tour intermédiaire.

Il est bien entendu que si le tour intermédiaire devait ne se dérouler qu'entre deux candidats, il est sauté (c'est le tour final qui en tient lieu) ; et encore plus évidemment, que si un candidat obtient la majorité absolue, il est élu d'emblée. Le tour final a lieu deux semaines après le premier tour, le tour intermédiaire s'intercalant sur la semaine intermédiaire s'il y a lieu.

La règle que j'indique pour le tour intermédiaire, à savoir prendre les candidats les mieux classés jusqu'à dépasser 50% des voix au total, est une sorte de compromis basé sur différentes idées. En pratique, cela devrait conduire à sélectionner généralement trois candidats pour le tour intermédiaire si les deux premiers à l'issue du premier tour sont insuffisamment représentatifs : il faut donc imaginer ce tour intermédiaire comme une possibilité de rattrapage en cas de trop grande dispersion des votes au premier tour (si on constate que les deux premiers ne totalisent pas assez de voix, on ressaye en en mettant trois ; il faudrait une dispersion vraiment incroyable pour qu'il y ait quatre ou plus candidats au tour intermédiaire). Cette règle assure qu'au moins la moitié de l'électorat du premier tour voit son choix préféré représenté au tour intermédiaire ; et il est presque certain dans la pratique (même si ce n'est pas logiquement nécessaire) qu'au moins la moitié de l'électorat du tour intermédiaire voit son choix représenté au tour final ; et évidemment, au moins la moitié de l'électorat du tour final voit son candidat élu, puisqu'il n'y en a plus que deux. Bref, j'ai pris un critère simple qui ne repose pas sur un chiffre trop arbitraire : 50% est la valeur maximale qui assure que si on répète ce processus de sélection (à savoir : prendre les candidats les mieux placés jusqu'à dépasser 50% des suffrages exprimés), il termine forcément en temps fini.

Si je regarde ce que cette règle donnerait sur les élections présidentielles passées depuis 1965, il n'y a qu'en 2002 et 1995 qu'elle aurait conduit à un tour intermédiaire (avec respectivement Lionel Jospin et Édouard Balladur comme « troisièmes hommes »), aucune des autres élections n'aurait été modifiée ; c'est-à-dire qu'il n'y a qu'en 2002 et 1995 que les deux candidats du second tour ont représenté à eux deux moins de la moitié de l'électorat — le cas que je qualifie de problématique. Il n'est même pas du tout acquis que la réforme décrite ci-dessus, quand bien même elle devrait être adoptée, permette à un candidat de gauche de dépasser le premier tour en 2017, mais ça deviendrait assurément plus plausible.

Bref, le changement que j'évoque devrait être assez consensuel : il s'agit d'une modification qui ne bouleverserait rien et surtout pas la dynamique des institutions, et qui s'inscrirait de façon assez cohérente dans la logique de la campagne présidentielle et de l'élection telle qu'elles sont déjà pratiquées en France (même le calendrier s'y prête très bien). Les différents partis pourraient avoir des raisons tactiques de l'approuver ou non, mais il n'est pas du tout clair qui elle favoriserait globalement (on peut trouver toutes sortes d'arguments contradictoires, mais le fait est que, globalement, tout le monde est susceptible d'être un jour le « troisième homme »).

Je rassure tout le monde : je ne me fais pas l'illusion qu'une telle mesure aurait la moindre chance d'être adoptée. À la limite, s'il s'agissait simplement de modifier la loi électorale, je pourrais rêver que la probabilité dépasse celle que François Fillon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Manuel Valls, François Bayrou et quelques autres décident en même temps d'abandonner la politique et d'aller tous ensemble s'exiler sur une île paradisiaque pour y pratiquer l'amour libre et y fumer du chanvre entre deux baignades, ce qui ferait le plus grand bien au paysage politique français. Mais là, ce n'est pas juste une loi qu'il faut changer : le mode de scrutin de la présidentielle est inscrit dans la constitution, ce qui est, disons-le franchement, d'une connerie assez incroyable (surtout qu'elle impose même le calendrier, avec une marge de manœuvre quasi nulle pour le gouvernement). Du coup, je vais plutôt compter sur les chances côté île paradisiaque.

Cependant, je suis un peu étonné de n'avoir entendu personne ne serait-ce qu'évoquer une réforme comme je discute ci-dessus. Il y a bien une pétition ici, dont l'auteur n'a manifestement pas fait la même analyse que moi (il veut trois tours systématiquement, et sort de son chapeau un chiffre de quatre candidats admis à passer au deuxième), mais qui va au moins dans le même sens. Cette pétition a recueilli… 14 signatures. Ça doit être une bonne métrique de l'opportunité que j'ai à me lancer en politique.

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