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Ce qui suit sont les entrées de 2009-07. Pour les dernières entrées, voyez ici.
2009-07-26 (dimanche)
Je ne débranche pas mon téléphone quand je
dors[#], notamment parce que je me
dis toujours qu'il est possible qu'on cherche à me joindre au milieu
de la nuit pour quelque chose d'extrêmement important (ou l'inverse,
d'ailleurs : s'il y a une urgence, je ne veux pas perdre de temps à
rebrancher l'appareil pour appeler les pompiers). C'est la porte
ouverte à des abus : canulars de fort mauvais
goût, erreurs de manip ou bugs
incompréhensibles ou encore, quand je fais la grasse matinée,
offres commerciales non sollicitées. À l'inverse, il peut m'arriver
de vouloir appeler quelqu'un en étant sûr de ne pas déranger :
malheureusement, il n'y a aucune façon de faire ça, et se dire s'il
ne veut pas être dérangé, il aura éteint son téléphone
n'est pas
juste, comme je viens de l'expliquer.
Ces réflexions me conduisent à penser que j'aimerais que les appels
téléphonique aient une notion de priorité ou d'importance (par exemple
sur une échelle à cinq degrés : priorité très faible, faible, normale,
importante ou très importante). Ce serait l'appelant qui réglerait la
priorité, et l'appelé pourrait configurer son téléphone pour ne pas
recevoir les appels de priorité plus faible qu'une priorité minimale
facilement changeable (je ne fais rien d'important, j'accepte tous les
appels ; mais si je suis en train de manger avec quelqu'un j'augmente
la priorité minimale pour ne pas être dérangé pour rien). Ce serait
alors une question de politesse que de bien régler la priorité des
appels qu'on passe (si on veut juste bavarder, on est prié de ne pas
faire passer ça comme important
), mais, évidemment, on pourrait
aussi régler le téléphone pour imposer une priorité maximale aux
appels venant de numéros affichés-mais-inconnus-au-répertoire ou bien
masqués[#2], ou encore une
priorité maximale contact par contact (ou groupe de contacts par
groupe de contacts).
Mais évidemment, on va dire que c'est trop compliqué pour 99% des
utilisateurs de téléphones. (Ou alors que si le mode par défaut
est priorité normale sur les appels sortants, et réception de tous
les appels entrants
, l'immense majorité des gens resteraient en
permanence dans ce mode et le système ne servirait à rien.)
L'incapacité de la majeure partie de la population à apprendre un peu
à se servir de la technologie a quelque chose de terrifiant.
[#] Ni mon mobile ni mon
fixe. Je devrais peut-être couper mon mobile, en fait, puisqu'on
capte de toute façon mal chez moi (ça donne des conversations
entrecoupées de blancs), mais quelle que soit la façon dont on dit aux
gens essayez d'appeler mon fixe avant d'essayer mon mobile
, ils
ne le font pas.
[#2] Déjà, je suis
assez agacé que mon téléphone fixe ne me permette pas d'ignorer
simplement les appels venant de numéros masqués (ou de les rediriger
vers un enregistrement qui expliquerait si vous voulez me cacher
votre numéro, je ne suis pas intéressé par ce que vous avez à me
dire
), car ce sont essentiellement toujours des pubs. Bon, ce
n'est pas vrai : il arrive que les numéros institutionnels (venant de
derrière le central d'une administration ou d'une entreprise)
apparaissent masqués, je ne sais pas bien pourquoi.
2009-07-25 (samedi)
J'avais promis quelques explications sur ce texte : je vais tâcher de m'exécuter car, même si je ne trouve pas que la poésie puisse vraiment s'expliquer, tenter de le faire peut néanmoins inciter à découvrir ou redécouvrir des textes. Et, en fait, je tiens à me rappeler moi-même certaines des choses que j'avais à l'esprit ou certaines des associations d'idées que j'ai pu faire. Bref, l'exercice qui suit n'est pas très différent de ce que je fais quand je tente de déchiffrer mes propres rêves.
Ici, bien sûr, le point de départ est un poème de Gérard de Nerval, El Desdichado, qui ouvre un ensemble de douze sonnets (ou sept sonnets plus un quintuple), Les Chimères, placé à la fin de son ultime recueil, Les Filles du feu. Mais il n'en est que le point de départ : mon intention n'est certainement pas de proposer une explication à ce poème, composé à un moment où l'auteur n'avait plus toute sa santé mentale (indépendamment de savoir s'il a vraiment promené un homard au bout d'une laisse au Palais-Royal) ; il s'agit éventuellement d'imaginer quelles visions auraient pu faire naître certaines des images de ce poème ou d'autres, ou, en tout cas, quelles visions elles peuvent suggérer. Me suggérer, je veux dire (donc sans avoir peur de contresens, ni même l'anachronisme consistant à « expliquer » Nerval même par des auteurs postérieurs !).
Pour plus de commodité, je recopie ici le poème :
Je suis le Ténébreux, — le Veuf, — l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, — et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la Sirène…Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.
Mais en fait c'est plutôt d'autres textes et même d'autres auteurs
qu'il est question. Pour commencer, il y a Faust, tel qu'imaginé par
Goethe dont le jeune Nerval avait traduit la première partie de la
tragédie, ce qui lui avait valu les éloges du Maître (d'autant plus
surprenants que, semble-t-il, Nerval connaissait mal l'allemand).
Rappelons-en un passage. L'Alchimiste est rentré dans son étude après
une promenade où il a été suivi par un caniche (et non un homard) qui
s'avérera être Méphisto, et il entreprend de traduire l'évangile selon
Jean. Or dès la première phrase, un mot pose problème, le mot le plus
difficile de
tous : Λόγος
(ou en latin, Verbum
, le Verbe
: or le
Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu
). Ce mot grec
signifie, justement, mot
(au sens assez général : affirmation,
propos ; voire : pensée, raison). Pour savoir ce que c'est que ce
Verbum, une illustration intéressante est fournie par
une gravure
d'Escher de ce nom (qui a justement une forme hexagonale comme
le sceau
de Salomon). Faust, qui ne peut pas estimer à ce point
un mot, commence par traduire : au commencement était
l'esprit
(c'est du moins ainsi que Nerval rend
l'allemand der Sinn
; pour ma part j'aurais
plutôt écrit, le sens
) ; puis, pensant à ce qui crée et meut
tout, au commencement était la force
; et enfin, frappé
d'inspiration : au commencement était l'action
. À ce
moment-là, le caniche s'agite et commence à se métamorphoser dans un
nuage de fumée, Faust tente de le contenir avec le sceau de Salomon,
et il (le caniche) se révèle comme Méphisto (une partie de cette
force qui perpétuellement veut le mal et perpétuellement accomplit le
bien — l'esprit qui toujours nie
).
Le sceau de Salomon, également connu sous le nom d'étoile de David, avant d'être un symbole alchimique, est un thème récurrent des Mille et Une Nuits, où il a le pouvoir de contenir les djinns, notamment dans le célèbre Conte du pêcheur et du démon (autour de la 4e nuit). Nerval avait fait un voyage en orient vers 1842–1843, au cours duquel il a été initié à la religion druze ; les Druzes sont musulmans (enfin, plus ou moins musulmans) gnostiques (un petit bonjour au passage à Madame Blavatsky) qui croient à la réincarnation de l'âme (qui est certainement un thème important de El Desdichado) : les couleurs verte, rouge, jaune, bleue et blanche que je mentionne sont les couleurs de l'étoile sacrée des Druzes. Quant au caliphe Hakem (c'est-à-dire al-Hākim bi'Amr Allāh, sixième caliphe fāṭimide), c'est une des figures centrales de la religion druze (selon laquelle il n'est pas mort mais a été enlevé par Dieu). Nerval rapporte (et romance) l'histoire de Hakem en appendice de son Voyage en Orient : le caliphe (suivant l'exemple du fameux Hārūn al-Rashīd des Mille et Une Nuits) aimait à se déguiser pour se mêler à ses sujets, et au cours d'une de ces promenades, on l'a initié au haschisch.
Le haschisch a révélé à Hakem qu'il était Dieu (et c'est peut-être sous son influence que le caliphe a ordonné l'exécution de tous les chats et chiens, caniches compris — mais pas les homards ; de façon plus sérieuse, c'est aussi Hakem qui a fait détruire le Saint-Sépulcre de Jérusalem en 1009, ce qui a peut-être contribué à faire naître en Occident l'idée des croisades ; en tout cas, on peut penser qu'il est devenu assez fou). Le haschisch était également connu et utilisé des alchimistes européens (par l'intermédiaire des soufistes, d'Avicenne, etc.), il en est même question chez Rabelais. Et (avec d'autres drogues, notamment l'opium) des écrivains romantiques : on pense par exemple aux Paradis artificiels de Baudelaire, lequel fréquenta le Club des Hachichins fondé en 1844 par Jacques-Joseph Moreau, où il rencontra Théophile Gautier ; d'autres gens aussi s'y croisèrent (Alexandre Dumas père, et plus ponctuellement Balzac, Flaubert ou Hugo), dont Gérard de Nerval. J'ai pris Thomas de Quincey comme figure représentant l'écrivain consommateur de drogues (même si c'est d'opium qu'il s'agit), parce que c'est celui qui a lancé l'idée pour beaucoup d'autres.
Je n'ai pas résisté, ensuite, à un petit clin
d'œil à
une image
(trop ?) célèbre du romantisme (notamment allemand). Et pour
faire bon poids, l'aventurier que j'ai imaginé au sommet de cette
montagne, c'est l'incontournable figure du voyageur Lord Byron (ce qui
fait aussi un petit clin d'œil à un
fragment précédent). Je ne pense pas que le Biron
dont
parle Nerval dans son poème fasse référence à Byron (plus probablement
à Biron dans le
Périgord, ou plutôt à la famille noble éponyme, à laquelle Nerval
était vaguement apparenté), mais dans un rêve rien de plus commun que
de passer d'un nom à un nom homonyme. Byron admirait énormément le
poème épique de Milton, et notamment le personnage de
Satan[#] (assez semblable au
Lucifer du Caïn de Byron, d'ailleurs) : je le présente
donc lisant ce qui pourrait servir de définition à Satan, ce qui le
rend sympathique aussi : Ici, au moins, nous serons libres.
[…] Il vaut mieux régner en Enfer que servir au Paradis.
(vers 258–263). Une sorte de pendant à la définition que
Méphisto se donne dans le Faust.
Il serait trop fastidieux de citer toutes les associations d'idées
qu'on peut faire avec les sept poètes épiques que j'ai cités comme
prédécesseurs de Milton : Homère, Virgile, Ossian, Wolfram von
Eschenbach, Dante, le Tasse et Edmund Spenser. Virgile est au moins
aussi incontournable que Lord Byron, évidemment : il est assez
directement appelé par le poème de Nerval puisque le Posilipo est le
quartier de Naples où Virgile avait une villa et où se trouve (ou du
moins pas loin) son tombeau supposé. C'est aussi Virgile, bien sûr,
qui sert de guide à Dante pour traverser l'Achéron. Le Tasse renvoie
à la première croisade dont les actions de Hakem étaient peut-être une
cause et où la famille Lusignan se distingua — mais on associe
aussi le nom de Lusignan à la troisième croisade à cause
de Guy de
Lusignan ; c'est aussi à la troisième croisade qu'on pense si le
titre du poème, El Desdichado
, fait référence à
la façon dont Richard Cœur-de-Lion, de retour en Angleterre de
façon anonyme, s'identifie dans l'Ivanhoé de Walter
Scott. La mention d'Ossian mérite sans doute une explication : car
cet auteur plus ou moins mythique doit avoir les traits de quelqu'un
d'un peu plus réel (pour les yeux du Nerval rêveur), ce sont
évidemment ceux de Walter Scott (l'auteur de Waverley) ;
mais c'est aussi une façon d'évoquer les Souffrances du jeune
Werther pour revenir à
Goethe[#2] et car Nerval a
quelque chose de Werther, et il a — comme toute une génération
— beaucoup été marqué par ce roman. Les chariots de feu sont
évidemment une référence à l'enlèvement du prophète Élie (et une façon
pour moi de demander à William Blake pardon de ne pas l'avoir
mentionné
).
Le soleil noir de la Mélancolie
, dans mon esprit, évoque
immanquablement
la gravure de
Dürer qui porte ce nom et qui est certainement l'une des
œuvres d'arts graphiques qui ont été le plus analysées et
commentées au monde tant le symbolisme y est abondant et savant.
Expliquer les rapports entre cette gravure hermétiquement symbolique
et ce poème qui l'est aussi, voilà qui serait sans doute trop
ambitieux pour que je le tente. Est-ce un caniche ou un homard qui
est allongé entre la sphère et le polyèdre ? ![]()
La Mignon qui chante das Land wo die Zitronen
blühen (c'est-à-dire l'Italie, dont elle vient) est un personnage
des Années d'apprentissage de Wilhelm Meister de Goethe.
Je trouve que cette chanson (qui est certainement une des poésies les
plus connues de la langue allemande) éclaire assez bien l'esprit de
certains passages du poème de Nerval. Comme cette réponse que Mignon
fait à Wilhelm qui se préoccupe de son instruction : Je suis
suffisamment instruite pour aimer et pour être en deuil.
(Ich bin gebildet genug, um zu lieben und zu
trauern.
) Mais Wilhelm Meister nous renvoie au théâtre, et
spécifiquement à Shakespeare, donc pour clore le spectacle des visions
du rêve il est normal que ce soit le Prospero de
la Tempête qui vienne saluer par son discours d'adieu à
la magie :
Now my charms are all o'erthrown,
And what strength I have's mine own;
Which is most faint; now 'tis true,
I must be here confin'd by you,
Or sent to Naples. Let me not,
Since I have my dukedom got,
And pardon'd the deceiver, dwell
In this bare island by your spell:
But release me from my bands
With the help of your good hands.
Gentle breath of yours my sails
Must fill, or else my project fails,
Which was to please. Now I want
Spirits to enforce, art to enchant;
And my ending is despair,
Unless I be reliev'd by prayer,
Which pierces so that it assaults
Mercy itself, and frees all faults.
As you from crimes would pardon'd be,
Let your indulgence set me free.
[#] À peu près tout le monde préfère Satan dans Paradise Lost. C'est comme Dante qui, dans sa Divine comédie, essayait de nous persuader que de la bonté du paradis (et qui voulait sans doute que ce soit la partie la plus réussie de son œuvre), mais qui n'a pas réussi à éviter que l'enfer soit vraiment plus intéressant de tout point de vue.
[#2] Qui lui-même profitait de son roman pour traduire la traduction par Macpherson des poèmes censément d'Ossian.
2009-07-24 (vendredi)
Quand je cherche des renseignements sur un moteur de recherche, je suis régulièrement agacé de tomber sur des pages qui essaient de me vendre quelque chose. À l'inverse, quand je cherche à acheter des choses en ligne, je suis souvent étonné de voir à quel point, malgré toute ma bonne volonté pour faire marcher le e-commerce, ça peut s'avérer difficile. Je ne parle pas des livres, qui sont remarquablement faciles à acheter en ligne (quand ils ne sont pas épuisés, au moins), ni des produits électroniques pour lesquels c'est simplement impossible quand on a le malheur d'habiter en France. Mais mettons un article de textile : ça ne devrait pas être trop difficile, ça, tout de même, et ce ne sont pas les vendeurs qui manquent dans les rues.
Pourtant, quand je cherche le nom d'un type d'article de textile
sur Google (et particulièrement quand je le cherche en français
— car je sais que si je cherche en anglais je vais tomber sur
des vendeurs qui ne savent pas ce que c'est que la poste
internationale), je tombe sur des sites du genre comparateurs de prix,
agrégateurs d'offres commerciales, chasseurs de « bonnes affaires »,
guides des prix pour acheter moins cher, etc. (enfin, ça c'est la
façon dont ces sites se qualifient eux-mêmes). Par
exemple cette
page-ci sur leguide.com. Je tombe très rarement
depuis Google directement sur les sites marchands eux-mêmes (la
Redoute, les Trois Suisses, que sais-je) : je soupçonne que c'est
parce que les sites marchands abusent du contenu dynamique et
des URL avec sessions qui
expirent[#], si bien que les
moteurs de recherche normaux n'arrivent pas à les référencer
correctement. C'est vraiment con, parce que ce serait leur intérêt !,
surtout que les moteurs de recherche internes de ces sites
marchands sont nullissimes. Les comparateurs de prix dont je parle,
eux, ils sont malins, ils ont l'air de créer à la volée des pages
statiques pour les résultats des recherches les plus communes qu'ils
voient passer (c'est ainsi qu'on voit des pages qui commencent
par comparer toutes les offres de foobar bleuté
et, bien sûr,
il n'y a pas un seul foobar bleuté dans ce qui suit) ; et je ne sais
pas comment ils arrivent à se dépatouiller des contenus dynamiques des
sites marchands mais le fait est que ça ne marche pas : les trois
quarts des liens que proposent ces agrégateurs d'offres commerciales
sont, tout simplement, cassés (et renvoient à la page d'accueil du
marchand au lieu de dire ce produit n'est plus disponible
ou je
ne sais quoi — c'est horripilant).
Il serait peut-être temps de mettre en place des extensions
de web
sémantique pour permettre aux sites marchands d'indiquer aux
moteurs de recherche cette page Web, dont l'URL
statique permanente est <…>, décrit un produit de
<telle catégorie>, <telle sous-catégorie>, dont la
description brève préférée est <telle ou telle> (et <telle ou
telle> dans telle autre langue), la marque <telle>, et le
prix <tant>, livrable dans <tels pays>
. Histoire
qu'on puisse un peu commencer à chercher des produits de façon commode
avec Google et avec des filtres convenables (type de produits, gamme
de prix, pays de livraison, etc.). Ça n'a vraiment pas l'air
compliqué à mettre en place avec un peu de
magie RDF, et tout
le monde (vendeurs, consommateurs, et moteurs de recherche —
enfin sauf peut-être ces foutus agrégateurs de prix mal ficelés)
aurait tout à y gagner. Et c'est tellement évident : pourquoi est-ce
que ça n'existe pas déjà ?
(Vous allez me dire : pourquoi est-ce que je ne brevette pas cette idée pour gagner des milliards avec quand j'aurai révolutionné le e-commerce ? Parce que je ne cherche pas spécialement à gagner des milliards, je cherchais juste à acheter un sweat à capuche sans manches, scrogneugneu.)
[#] En fait, non, ça n'a même pas tellement l'air d'être le cas.
2009-07-23 (jeudi)
Quand des informaticiens[#]
conçoivent un logiciel dont l'usage est si complexe que seuls quelques
experts peuvent s'en servir, on ne s'attend normalement pas à ce que
tout le monde le maîtrise. Les juristes ne semblent pas avoir de tels
scrupules : faire signer à tour de bras des licences, des contrats,
des conditions générales
(de vente, d'utilisation…
— dont on atteste avoir pris connaissance
) écrits en
caractères microscopiques et dans un langage cryptique qu'il est
impossible que le commun des mortels comprenne, cela ne semble pas
gêner outre mesure. Je trouve personnellement que considérer que la
signature d'un tel document, par quelqu'un qui non seulement n'a eu
aucune part à son élaboration mais en fait ne peut généralement pas le
comprendre ni même décemment prendre le temps de le lire en entier
sans passer pour un goujat face aux clients qui attendent derrière, et
à peu près autant une preuve de consentement
éclairé que quand
des gens sont venus voir le chefs des tribus d'indiens pour leur
dire voilà, vous dessinez un petit truc là et toute cette terre est
à nous
[#2]. Le droit de
pouvoir aller voir la concurrence, si la concurrence propose également
un contrat du même genre, il ne vaut pas grand-chose…
Premier problème : un contrat librement consenti est censé être
négocié entre les deux parties. Négocié, ça ne veut pas dire —
ça ne devrait pas vouloir dire — qu'une partie puisse se pointer
avec le contrat déjà tout écrit (et dont le contenu peut donc, en
pratique, se résumer à la phrase nous nous réservons tous les
droits que la loi nous permet de nous réserver
— voilà, vous
datez et vous signez en bas à droite). Je trouve qu'un tel contrat
devrait être nul d'un côté (je veux dire, ne devrait pas produire
d'obligation pour la partie qui se le voit présenter en bloc et qui
n'a donc véritablement consenti à rien). Le problème c'est, comment
le prouver et surtout, comment arriver à quelque chose de gérable en
pratique (l'idée que chaque client puisse ou doive négocier
individuellement son contrat n'est pas forcément très applicable). Je
n'ai pas de solution à ça (le fait de ne pas avoir de solution ne
signifie pas qu'il n'y a pas de
problème[#3] et qu'on n'ait pas
le droit d'y réfléchir), mais j'ai quand même des bouts d'idée. On
peut imaginer de prévoir la possibilité, quand un consommateur se voit
présenter un contrat commercial à signer, pour lui de le modifier et
de renvoyer cette version modifiée au service qui l'a rédigé pour
obtenir son accord, avec obligation de réponse dans un temps
raisonnable[#4][#5] ;
et que si on peut prouver que le service en question refuse toute
altération du contrat et ne fait aucun effort honnête pour converger
vers une version commune (ou pour proposer un prix raisonnable à un
service que le client ferait ajouter au contrat et qu'il lui serait
techniquement possible de fournir), alors tous ceux qui ont signé un
contrat type apparemment non négociable sont délivrés de leurs
obligations (enfin, pas celle de payer, quand même). L'autre bout
d'idée, si on veut quand même préserver des contrats-types, c'est de
les faire estampiller par des associations de consommateurs agréées :
ce sont elles qui, pour les contrats un peu importants, auraient
conduit la négociation, en amont, avec le fournisseur ou commercial,
et elles auront été à armes un peu plus égales face à lui qu'un
individu à qui on dit signez là
. (Évidemment, les associations
de consommateurs peuvent faire un peu pression sur les contrats dans
l'état actuel des choses, mais elles ne sont pas associées à leur
rédaction dès l'origine.)
Second problème : même si on avale l'idée qu'il est normal que le contrat ne soit pas négocié par celui qui le signe, le texte-type n'est même pas compréhensible par lui. Il faudrait par exemple un résumé, fait de bonne foi et en langage clair, des termes importants ou inhabituels du contrat. Là, le problème se pose de qui pourrait rédiger un tel résumé ? Si le contrat-type est véritablement négocié, on peut imaginer que le résumé le soit aussi ; on peut aussi imaginer que la justice puisse frapper des parties du contrat si le résumé est trompeur à leur égard, ou quelque chose de la sorte. À l'inverse, le résumé n'aurait pas à reprendre les choses particulièrement normales et évidentes pour un contrat du type considéré.
Le même genre de question se pose pour les notes en bas de page et
autres astérisques traîtres dans les publicités : offre limitée à
gnagnagna
, hors frais de machin et de truc
, ou le plus
scandaleux, voir conditions sur
(où vous trouverez douze pages entières de mentions légales, dont on
ne va certainement pas vous faire un résumé sur cette affiche). Je
trouve que si la clause modifie significativement l'offre promise par
les gros caractères, elle devrait figurer en caractères tout aussi
gros ; tandis que si elle est juste là pour se protéger contre les
attaques des gens procéduriers ou pénibles, il est normal qu'elle soit
en petits caractères. Mais comment trancher ? Je pense notamment aux
mentions www.notresite.tldphotographie non contractuelle
: une fois sur deux je
pense que c'est complètement inutile de le mettre (il faudrait être
vraiment débile pour s'imaginer que <ceci> fait partie
du produit !), et une fois sur deux je pense qu'il faudrait le mettre
en gros et en rouge et en clignotant (cette photo est
carrément mensongère) — mais dans les deux cas on a
juste cette mention légale idiote. Sans doute, il faudrait un accord
informel préalable (qui pourrait intervenir dans le cadre d'une
institution comme le bureau de vérification de la
publicité[#6] si celui-ci avait
une position un peu plus impartiale entre annonceurs et consommateurs)
pour orienter un éventuel règlement en justice en cas de
litige[#7].
Mais dans tous les cas, la fiction qui consiste à avoir des mentions légales en petits caractères que personne ne lit, cela a quelque chose d'un peu obscène. Soit ces choses sont importantes, et elles devraient être en gros et en gras, soit elles ne le sont pas, et alors on se demande pourquoi on les écrit.
[#] D'accord, mon entrée en matière est complètement pourrie.
[#2] Comparaison pourrie aussi, et je n'ai pas vérifié comment ça s'était passé. Mais vous voyez l'idée.
[#3] Sauf chez les shadoks.
[#4] Et peut-être
modulo paiement d'un frais de dossier raisonnable, pour que les
modifications soient un peu motivées et excluent les demandes
loufoques. Quand je dis raisonnable
, ça ne couvre pas les
honoraires d'un avocat pour l'examiner en profondeur ; mais ça, c'est
normal : je ne peux pas, moi, me permettre de faire examiner en
profondeur par un avocat chaque texte qu'on me fait signer, donc il
n'y a pas de raison que la partie en face ait à en faire autant.
[#5] Exemple concret :
mon poussinet aurait envie d'ajouter dans un contrat qui le lie avec
l'opérateur de téléphonie SFR une clause du
genre l'accès au port TCP 22 est considéré, pour les
termes du présent contrat, comme faisant intégralement partie d'un
accès au Web ; la limitation de l'accès à ce port par l'opérateur
délie le client de sa période d'engagement
. Essayez de faire
signer ça ! Pourtant l'opérateur devrait être tenu d'examiner la
demande (soit pour l'accepter, soit pour l'accepter modulo une
augmentation du prix de l'abonnement, soit pour la refuser). Mais
non, on ne peut même pas demander une addition au
contrat.
[#6] Rappelons d'ailleurs qu'il s'agit d'une association purement privée, pas du tout d'un organe public comme on le croit parfois.
[#7] En clair, que si
quelqu'un a signalé un peu officiellement à l'annonceur votre
formulation est vraiment trop trompeuse
, j'espère que sa position
est plus précaire, ensuite, en justice, que si on lui a dit que
c'était tout bon…
2009-07-22 (mercredi)
J'ai commandé une carte SIM (sur abonnement prépayé, nu) par Internet. Taille de l'objet : environ 2.5cm × 1.5cm × 0.1cm. Taille du paquet déposé dans ma boîte aux lettres : environ 36cm × 30cm × 8cm. Volume perdu : 99.996%.
2009-07-19 (dimanche)
J'essaie d'apprendre un peu à programmer pour Android ; j'ai un certain nombre d'idées d'applications qu'il pourrait m'amuser d'écrire[#] : par exemple, un programme d'éphémérides astronomiques[#2] ou une calculatrice scientifique à notation polonaise inversée ; mais plus pragmatiquement, je suis intéressé à apprendre un peu plus sur Java — que je ne connais que d'assez loin[#3]. Je trouve que parcourir la référence de la bibliothèque standard donne un peu envie de coder pour ce gadget. À l'inverse, la complexité du cadre général fait un peu peur (et explique en partie pourquoi, même du point de vue de l'utilisateur, on soit un peu perdu : savoir quand une application continue à tourner en tâche de fond, quand elle est arrêtée, à quel point on va revenir en appuyant sur la touche de retour arrière, etc., tout cela est assez explicitement mal défini).
Ce qui est souvent irritant, en programmation, ce sont les
quantités d'incantations propitiatoires qu'on doit prononcer
avant de pouvoir enfin arriver à un état qui fait vraiment quelque
chose d'utile : j'ai l'impression que, plus l'informatique progresse
et plus ce phénomène se répand — les langages ou environnements
modernes ont peut-être une efficacité marginale plus élevée
que les anciens, mais les environnements graphiques ont tendance à
demander un code extrêmement lourd pour juste ne rien faire du tout,
c'est-à-dire, pour pacifier les puissances tutélaires qui veillent sur
votre code. En C standard, pour
écrire Hello, world!
, il suffit de faire
#include <stdio.h>
int
main (void)
{
printf ("Hello, world!\n");
return 0;
}
alors que si vous voulez faire la chose analogue (dans une fenêtre), disons, en Gtk, ça ressemble plutôt à ceci :
#include <stdio.h>
#include <stdlib.h>
#include <glib.h>
#include <gtk/gtk.h>
#include <gdk/gdkkeysyms.h>
static gboolean
key_callback (GtkWidget *window, GdkEventKey *event,
gpointer data)
{
if ( event->keyval == GDK_Escape
|| event->keyval == GDK_q || event->keyval == GDK_Q )
gtk_main_quit ();
return TRUE;
}
int
main (int argc, char *argv[])
{
GtkWidget *main_window;
GtkWidget *event_box;
GtkWidget *text_label;
gtk_init (&argc, &argv);
main_window = gtk_window_new (GTK_WINDOW_TOPLEVEL);
gtk_container_set_border_width (GTK_CONTAINER (main_window), 10);
event_box = gtk_event_box_new ();
text_label = gtk_label_new ("Hello, world!");
gtk_container_add (GTK_CONTAINER (main_window), event_box);
gtk_container_add (GTK_CONTAINER (event_box), text_label);
g_signal_connect (G_OBJECT (main_window), "delete-event",
G_CALLBACK (gtk_main_quit), NULL);
g_signal_connect (G_OBJECT (event_box), "button-press-event",
G_CALLBACK (gtk_main_quit), NULL);
g_signal_connect (G_OBJECT (main_window), "key-press-event",
G_CALLBACK (key_callback), NULL);
gtk_widget_show (GTK_WIDGET (text_label));
gtk_widget_show (GTK_WIDGET (event_box));
gtk_widget_show (GTK_WIDGET (main_window));
gtk_main ();
return 0;
}
Beaucoup de ces lignes sont vraiment ce que j'ai envie d'appeler
des incantations rituelles. Et je doute que ce soit beaucoup mieux
dans un des concurrents quelconques de Gtk
(comme Qt ou, sous d'autres OS, les
environnements graphiques de Windows ou Mac OS) : d'une
manière ou d'une autre, il faudra bien décider comment on quitte le
programme, et aussi définir tous
les widgets et
comment ils s'imbriquent, même si j'aurais envie que le code pour ça
ressemble plutôt à quelque chose comme new Window([new
Label("Hello, world!")]) — enfin bon. Parfois des gens
se sont dit, oh, pour concevoir les interfaces utilisateur, au lieu
d'avoir du code qui fabrique les widgets un par un, mettons-les dans
un arbre XML : ça part d'une bonne intention, mais
le XML est à peine moins lourd, en fait, et je ne parle
pas des cérémonies qu'il faut effectuer pour pouvoir utiliser
ce XML depuis le code proprement dit (sous Android, quand
on veut utiliser des chaînes de caractères placées dans un
fichier XML pour aider l'i18n, il y a un truc magique qui
génère une classe R qui contient uniquement des
constantes qui permettent de désigner des ressources accessibles
via ctx.getResources().getText(R.string.leNom) : était-il
vraiment impossible de faire plus concis ?
pourquoi R.string.leNom ne serait-il pas directement la
chaîne voulue ?).
Tant qu'à faire des incantations propitiatoires, autant l'assumer
et imaginer un langage de programmation dans lequel on doive
régulièrement appeler perform_ritual_sacrifice(&apollo,
cattle_head, 100), un peu comme le PLEASE
d'Intercal.
[#] Soit parce qu'elles n'existent pas du tout, soit qu'elles existent mais pas sous une licence libre, soit simplement que je trouve que ça a l'air amusant de réinventer la roue.
[#2] Oui, je sais qu'il existe Google Sky Map.
[#3] Ce qui devient un
peu irritant, cependant, avec les langages de programmation, c'est
qu'on dépense l'essentiel de l'effort cognitif associé à leur
apprentissage sur les détails complètement insignifiants
du sucre
syntaxique. Se rappeler pour quels langages il faut
écrire else if, pour lesquels
c'est elsif, elif ou
encore elseif, c'est vraiment assez peu intéressant. (Et
pour Java, je n'ai pas forcément envie non plus de retenir les choses
marginalement syntaxiques comme la signification
de final public static private
blah.) Bizarrement, je n'arrive pas à trouver facilement en ligne de
générateur de cheat sheet qui permette
commodément de générer et d'imprimer des listes récapitulatives ou
comparées des constructions syntaxiques les plus communes dans les
langages qu'on choisirait. Je note ça pour plus tard !
2009-07-15 (mercredi)
J'ai
regardé le spectacle
depuis les
toits du département de biologie de l'ENS (donc
environ 10 étages au-dessus du niveau de la rue) : je ne parle pas
seulement du feu d'artifice — qui était ce que nous étions venus
voir, et qui était certes tout à fait réussi — mais aussi
d'un nuage
noctulescent, que tous les franciliens ont dû pu voir dans la nuit
du 14 au 15 (entre le coucher du soleil, où il a commencé à devenir
évident qu'il restait brillant, et environ 1h du matin), s'ils ne
regardaient pas uniquement vers la tour Eiffel. Il s'agit de nuages
qui se forment dans
la mésosphère,
c'est-à-dire très très haut au-dessus des nuages « ordinaires », et
qui restent donc éclairés par le soleil bien longtemps après que
celui-ci a cessé d'être visible au niveau du sol. Au début je l'ai
pris pour un front de cirrus, surtout qu'on était en fin d'un temps un
peu agité — mais comme il restait visible alors que le ciel
était bien noir, mon poussinet et moi avons commencé à soupçonner un
nuage noctulescent. En comparant avec des photos trouvées sur le Web,
il n'y a guère de doute. C'est la première fois que j'en voyais un
(ou en tout cas, que je le remarquais). La photo
ci-dessus[#], prise par le
poussinet sur son téléphone, est évidemment mauvaise et ne rend
absolument pas justice à la texture éthérée du nuage. Le même nuage
était visible
d'Amiens en même temps (ce qui donne une idée de sa hauteur !).
Sinon, il semble qu'un nuage
noctulescent ait
été visible en Normandie il y a dix jours : encore le même,
j'imagine, mais je n'ai aucune idée de comment ils se déplacent ni de
combien ils durent.
Cette page a des photos d'un certain nombre de phénomènes néphélologiques (?) amusants.
[#] La rue dont on voit les lumières en bas est la rue Gay-Lussac, vers le nord-nord-est.
2009-07-12 (dimanche)
Ce qui me frappait le plus dans sa conversation était sa manie de mettre en avant avec un aplomb inébranlable les analogies les plus incongrues. Il était capable de dresser des parallèles — il préférait parler de correspondances — entre les choses les plus étonnantes, et de les défendre avec un sérieux, que je savais complètement feint, d'autant plus obstiné que son exemple s'y prêtait mal. Un des termes de la comparaison était souvent religieux ou ésotérique, ce qui était cocasse quand on savait Damien viscéralement athée et matérialiste : il m'avait ainsi expliqué sans un sourire que la sécurité informatique suivait des règles formellement équivalentes à celles de la cacherout alimentaire juive (je n'arrive malheureusement plus à retrouver quel était son argument). Après que j'avais soutenu ma thèse, il m'avait félicité pour mon
ordination: et quand j'ai demandé ingénument si le choix de ce terme était réfléchi, il m'avait longuement détaillé pourquoi il voyait dans la collation des grades universitaires un reflet des sacrements catholiques, et dans la généalogie doctorale et académique — c'est-à-dire la recherche des lignées d'élève à professeur qu'on tente de faire remonter à des ancêtres illustres — une démarche de justification par filiation complètement identique à celle de l'Église qui fait valoir sa succession apostolique. Encore une autre fois, il m'avait expliqué pourquoi la hiérarchie positiviste des sciences (Damien avait les œuvres complètes de Comte en bonne place dans sa bibliothèque) était en fait, ironiquement, une traduction de la disposition kabbalistique des séphirots sur l'arbre de vie — les mathématiques jouant le rôle de Kheter, l'astronomie celui de Hokhmah et ainsi de suite jusqu'à la sociologie qui prenait la place de Malkhut. Si jamais j'osais me plaindre que son talent pour trouver les correspondances les plus invraisemblables s'aventurait un peu trop loin, il me rétorquait que Poncelet n'aurait jamais inventé la géométrie projective s'il avait refusé que les points et les droites pussent jouer des rôles analogues, ni de Broglie la dualité onde-corpuscule s'il avait eu des réticences semblables. Et il ne rechignait pour sa part pas à faire des comparaisons entre comparaisons afin d'avoir toujours, comme il aimait le revendiquer, un méta d'avance.
2009-07-10 (vendredi)
Revenant chaque année avec la régularité des migrations des manchots sur l'Antarctique[#], c'est la fin des concours. Aujourd'hui, mon beauf (c'est-à-dire, le petit frère de mon poussinet) a été reçu à l'ENS (par le concours lettres), donc vous avez le droit de crier gnagnagna sérail gnagnagna capital culturel gnagnagna déterminisme social gnagnagna Bourdieu gnagnagna[#2].
Pour ma part j'ai (essentiellement) fini mon travail
d'interrogateur. J'aurai appris un certain nombre de résultats
mathématiques intéressants — pas tellement dans les dossiers que
j'ai eu à évaluer mais plutôt dans les lectures que j'ai faites pour
me renseigner sur les sujets pour pouvoir poser des questions un peu
intelligentes. Je ne sais pas si les candidats se rendent compte que
l'épreuve est aussi angoissante pour les examinateurs : la peur,
notamment, de poser une question fausse ou beaucoup plus longue ou
difficile que prévue (ou qu'on ne sache pas nous-mêmes résoudre parce
que l'idée qu'on avait en tête ne marche pas, ou pour une autre
raison), ou, évidemment, de passer pour des
guignols. ![]()
Les résultats des concours maths et info seront communiqués jeudi. Leur communication sera suivie d'un pot, et peut-être — sait-on jamais — d'une matérialisation de Madame la Directrice depuis le plan astral.
[#] Cette comparaison
gratuite et non sequitur vous était offerte avec
les compliments du département David est complètement crevé et a
les idées assez peu cohérentes
.
[#2] Le remplissage
des gnagnagna
est laissé en exercice au lecteur, moi je suis
trop fatigué pour ça. (Prochainement sur ce blog, l'entrée à remplir
vous-mêmes.)
2009-07-06 (lundi)
Je n'aime pas écrire des entrées qui ne sont qu'un lien vers ailleurs, mais j'ai beaucoup aimé ces courts-métrages[#] qu'on vient de me signaler. J'aime particulièrement le dernier, En colo.
(Mon poussinet me dit que je vais sûrement faire remarquer qu'il y a plein de garçons mignons, en plus. Meuhnon, je ne vais… Hein, comment ça, la prétérition m'a tuer ?)
[#] Je fais un lien vers gayclic.com plutôt que vers le site de Canal+ directement, parce que je ne vois pas comment autrement faire un lien vers la collection des cinq.
2009-07-05 (dimanche)
Je disais récemment que je m'étais acheté un Android Developer Phone, c'est-à-dire essentiellement un HTC Dream (pour remplacer un HTC Touch donné par mon père, lui-même en remplacement d'un vieux Sagem my C-4 dont la touche flèche haut ne marchait plus). J'ai promis de dire ce que j'en pensais : voici quelques réflexions, donc, du point de vue de l'utilisateur lambda et aussi du geek.
Quelques mots sur le concept,
d'abord. Android,
c'est une plate-forme logicielle de téléphonie mobile écrite par un
consortium industriel qui
s'appelle Open
Handset Alliance
et qui en fait est surtout piloté par Google.
Il existe à l'heure actuelle essentiellement deux téléphones sous
cette plate-forme :
le HTC Dream,
également connu sous le nom de G1 (surtout tel que vendu
par
l'opérateur T-Mobile)
et dont le Android Developer Phone est une variante, et
le HTC Magic
(quasiment identique, mais sans clavier, avec une autonomie meilleure
et quelques petites différences sans importance). En France,
le HTC Dream est principalement vendu lié à des
abonnements de l'opérateur Orange, et le HTC Magic à des
abonnements SFR.
La plate-forme Android se défend d'être concurrente de
l'iPhone d'Apple,
elle prétend que son but est différent ; mais ne peut pas éviter la
comparaison (et de fait, celle-ci a été
menée ad
nauseam), d'autant plus que beaucoup de fonctionnalités des
téléphones ou de l'OS invitent à cette comparaison : 3G,
écran tactile, GPS, accéléromètre et appareil photo
intégrés, importance donnée aux applications
et leur achat par
un marché aux applications
ou application
store
, etc. Le principe qu'Android revendique, en revanche, c'est
d'être ouverte (ouverte au sens des logiciels libres et des
standards ouverts), et même si je vais expliquer ce qu'il faut mettre
comme bémols à ça, en gros, le système lui-même
est open source et ses interfaces sont
publiques. Ce qui est sûr, c'est que contrairement à l'iPhone, sur
lequel on ne peut en principe installer que des applications
autorisées par Apple[#], Android
permet à son utilisateur d'installer des applications qui ne viennent
pas du Android Market (il faut juste cocher
une case qui dit qu'on est conscient que c'est une Mauvaise Idée et
qu'on ne se plaindra pas si des démons se mettent à voler à travers
notre nez). Si l'iPhone tourne sur ce qui est essentiellement une
version minimaliste
de Mac OS X
et se programme
en Objective C,
Android utilise le
noyau Linux
(ce qui ne signifie pas qu'il ait grand-chose d'autre en commun avec
les Linux de bureau auxquels on est peut-être plus habitué) et les
applications sont écrites dans un sous-ensemble
de Java.
Que la plate-forme Android soit ouverte ne signifie pas que les
téléphones le soient tous (c'est là ce que je vois comme une sorte de
première arnaque sur le mot ouvert
) : si vous achetez
un HTC Magic chez SFR (essentiellement ce
que mon poussinet a fait), vous avez un téléphone sous Linux mais vous
n'êtes
pas root
dessus — autrement dit, vous n'avez pas un contrôle complet
dessus. C'est sans doute normal dans l'idée de verrouiller le
téléphone à une carte SIM ou à un opérateur (ce qui
se fait à peu près toujours quand on l'achète avec un abonnement),
mais je soupçonne très fortement que, passés les six mois
réglementaires, l'opérateur vous donnera un code pour
déSIMlocker le téléphone et pas pour
passer root. Il doit aussi y avoir une volonté des
opérateurs d'empêcher les gens d'utiliser leurs téléphones comme un
modem 3G/EDGE/GPRS (pour pouvoir leur
vendre des clés 3G séparément), ce qui implique évidemment de garder
un certain contrôle sur le téléphone aux dépens de son
propriétaire.
C'est pour ça que j'ai acheté un Android Developer Phone : c'est, justement, un téléphone sous Android et qui n'est pas du tout verrouillé — par exemple, on peut installer une nouvelle version d'Android sans qu'elle ait été signée (ou, du coup, quelque chose qui serait complètement différent d'Android, si on veut), chose qu'on ne peut pas faire sur un téléphone verrouillé. Même si je n'ai pas spécialement l'intention de modifier l'OS lui-même, comme je n'aime pas tellement l'idée que quelqu'un d'autre que moi contrôle mieux que moi ce qui se passe sur mon téléphone (ou ordinateur, ou n'importe quoi de ce genre), j'ai trouvé que ça valait la peine d'acheter un tel developer phone. (Il y a aussi, bien sûr, que je n'ai aucune sorte de point de fidélité chez un opérateur me permettant d'avoir un téléphone moins cher.) Je l'ai dit dans l'entrée précédente, le cours du dollar est assez bas par rapport à l'euro pour que, de toute façon, ce soit rentable[#2] ; et en plus, comme ça, j'ai un clavier qwerty, ce qui me plaît bien.
Ensuite, il faut voir que même si le téléphone est libre et n'est pas vraiment lié à Google de la même façon qu'un iPhone pourrait être lié à Apple, tout est quand même fait en sorte qu'il soit très (très) très fortement recommandé à l'utilisateur d'avoir un compte Google. Essentiellement la première chose qu'il fait quand on l'allume, en fait, après avoir demandé votre code PIN pour déverrouiller la carte SIM, c'est de vous prier de créer un compte Google ou vous logguer dessus, et il ne vous laisse pas aller plus loin sinon. (Et si on ne peut pas ou ne veut pas utiliser son abonnement téléphonique à ce stade-là, comme il refuse d'utiliser le Wifi pour ce premier enregistrement, on se sent un peu idiot.) En fait, on peut contourner la chose de différentes manières, y compris en mettant à jour Android[#3], mais c'est tout de même un début caractéristique. De même, le téléphone va avoir très fortement envie de synchroniser vos données de contacts avec votre compte Google : on peut le lui interdire, mais il faut y penser. (Évidemment, certains verront ça comme une feature intéressante, d'avoir un calendrier synchronisé avec les Google apps : personnellement je trouve l'idée plutôt irritante.) Et l'attitude désagréablement control freak de Google continue avec le marché aux applications : même s'ils sont loin d'être aussi possessifs d'Apple sur la plate-forme elle-même (comme je l'ai expliqué, on peut très bien installer ce qu'on veut sur son Android sans passer par ce marché), on constate quand même que le site Web du marché ne permet pas de télécharger quoi que ce soit, il faut passer par une application sur le téléphone (qui, pour sa part, n'est pas du tout open source !) ; du coup, comme les fonctions de recherche de ce truc sont nullissimes (et indignes de Google !), il est difficile d'avoir une vision claire des applications qui existent sous Android ; impossible, aussi, de savoir lesquelles sont elles-mêmes open source (on peut rechercher les applications gratuites, mais pas celles dont le code source est disponible).
Concernant le source du système lui-même, il est publiquement disponible (sous licence Apache), mais je n'ai pas encore bien réussi à comprendre ce qu'il recouvre exactement. (Par exemple, j'ai cherché la liste des mots du dictionnaire des complétions parce que j'envisageais de me compiler un dictionnaire mélangeant français et anglais, et je ne l'ai pas trouvée : je ne sais pas si c'est que j'ai mal cherché ou que le dictionnaire est ailleurs, ou qu'il n'est pas fourni dans les sources.) Disons qu'il y a assurément pas mal de choses, mais probablement pas tout, et certainement pas des choses comme le firmware radio (ne rêvons pas !).
Pour autant, si on exclut des trucs ésotériques ou vaporwaresques comme Openmoko, Android — sur un developer phone en tout cas — est indiscutablement ce qu'on peut avoir de plus ouvert et libre comme modèle de téléphone sur le marché actuellement. Je m'en contente donc.
Parlons un peu du téléphone lui-même.
D'abord, il y a l'écran tactile. Si je comprends bien, il existe essentiellement deux technologies d'écrans tactiles : les résistifs, qui réagissent à la pression, et les capacitifs, qui réagissent à la conductivité du doigt. Les résistifs sont moins précis quand on les utilise avec le doigt, mais on peut se servir d'un stylet : le HTC Touch que j'ai utilisé brièvement était de cette sorte, et je dois dire que j'aimais bien le stylet (qui se logeait commodément dans un coin du mobile). Le nouveau HTC Dream dont je parle, comme l'iPhone, a pour sa part un écran tactile capacitif : je n'aime pas trop ça, parce qu'on ne peut pas utiliser de stylet (ou alors il faudrait un stylet conducteur, et par ailleurs ils n'ont pas prévu d'endroit où en ranger un), et avec les doigts on laisse de vilaines traces de graisse partout. Surtout qu'on utilise tout le temps des défilements sur toute la largeur de l'écran : du coup, il faut régulièrement passer un chiffon, je trouve ça assez idiot. Je ne comprends pas ce choix : les écrans résistifs me paraissaient bien mieux (et c'est une des très rares choses que je préférais sur le HTC Touch) — mais j'imagine que beaucoup de gens préfèrent les capacitifs sinon Apple n'aurait pas choisi ça pour l'iPhone. À part le problème des dépôts de graisse, d'ailleurs, je peux me plaindre que je ne trouve pas les écrans tactiles terriblement agréables à utiliser (parfois on les touche sans le vouloir, parfois au contraire on les lâche sans le vouloir).
On peut aussi utiliser le téléphone avec une sorte de petite trackball située en bas de l'écran, mais d'une part c'est malpratique et d'autre part elle n'a pas l'air de permettre de tout faire (dans l'application calculatrice, par exemple, je ne sais pas activer les touches avec la trackball seule). Sinon, il y a cinq touches en bas du téléphone pour accéder à des fonctions essentielles (décrocher, raccrocher/éteindre, revenir à l'écran de base, revenir à l'écran précédent, et appeler un menu contextuel) ; le HTC Magic a aussi une touche de recherche (pas très utile, je pense), mais le Dream a, de toute façon, un clavier 48 touches caché derrière l'écran qui contient notamment cette touche : on peut évidemment toujours se dispenser d'utiliser ce clavier et utiliser l'écran tactile à la place (en revanche, les cinq boutons de fonctions essentielles n'ont pas d'équivalent sur l'écran tactile).
L'appareil dans son ensemble est très encombrant. Autant le HTC Magic (je peux juger parce que mon poussinet en a un) est d'une taille tout à fait acceptable, autant la présence du clavier escamotable du Dream le rend beaucoup plus épais, ce qui est gênant. D'un autre côté, l'existence d'un vrai clavier n'est pas sans intérêt pour, par exemple, taper des SMS.
Je ne peux pas trop juger de la qualité des antennes GSM/UMTS, Wifi ou GPS : je constate juste, empiriquement, que je capte le réseau GSM à des endroits (du genre, sous-sols) où je ne captais pas avec mon vieux téléphone, que pour le Wifi je n'ai eu aucun problème particulier, et que pour le GPS il semble obtenir plus facilement les éphémérides des satellites qu'avec mon GPS Garmin : mais ces impressions n'ont aucune valeur scientifique. Je n'ai pas non plus grand-chose à dire sur les écouteurs fournis (je n'écoute jamais de musique hors de chez moi, donc la fonction baladeur numérique du téléphone m'intéresse extrêmement peu ; sinon, comme oreillette pour téléphoner, bah, ça fonctionne). Il paraît qu'on peut connecter une oreillette par Bluetooth, je n'ai pas essayé.
L'appareil photo intégré est assez mauvais : pour l'instant, toutes les photos que j'ai prises sont floues (d'un autre côté, quand on voit la facilité avec laquelle on met ses doigts plein de graisse sur l'objectif, ça ne m'étonne pas tant que ça). Il y a un autofocus, mais pas de zoom optique, et évidemment pas de flash. Mais bon, à vrai dire, l'utilité d'avoir un appareil photo dans un téléphone ne m'a jamais semblé fulgurante.
Au niveau stockage externe, il y a un compartiment pour une puce
micro-SD : le developer phone vient avec une de 1Go, ce
qui me semble amplement suffisant. En revanche, il faut dire que
beaucoup de choses, notamment justement le compartiment à
micro-SD et le cache qui protège le
port USB, et peut-être de façon plus gênante la connexion
entre le clavier escamotable et l'écran, sont des petits bouts de
plastique qui ont l'air de crier très fort coucou, j'ai l'intention
de me casser dans les cinq prochains jours
. On verra bien. Je
n'ai pas encore acheté de housse protectrice adaptée
au HTC Dream (en attendant, je continue à utiliser celle
du HTC Touch, qui est trop petite).
Enfin, la batterie du developer phone est complètement nulle. Je ne sais pas si c'est aussi le cas de celles vendues avec les HTC Dream et Magic dans le commerce. Ça ne me gêne pas outre mesure de recharger mon téléphone une nuit sur deux (surtout que de toute façon je le branche très souvent par USB pour faire joujou avec depuis l'ordinateur), mais, comme je le disais, le petit cache en plastique qui protège le port USB, je crois qu'il ne tiendra pas longtemps.
Je devrais aussi signaler que, ce matin, le téléphone refusait de fonctionner ou de s'allumer : je me suis dit que la batterie s'était déchargée, mais brancher un câble pour la recharger ne produisait aucun effet. Par contre, enlever la batterie et la replacer a fonctionné : et elle prétendait être toujours chargée à peu près complètement, donc ce n'était pas qu'elle était déchargée, plutôt un faux contact ou un plantage de très bas niveau. Dans les deux cas ça inspire assez peu confiance.
Déjà, soulignons que ceux qui veulent tester à
quoi ressemble l'interface utilisateur d'Android peuvent le faire en
utilisant un émulateur qui est fourni avec
le SDK :
sur un Intel sous un Linux, par exemple, il vous suffit de décompacter
le fichier android-sdk-linux_x86-1.5_r2.zip fourni,
ajouter .../android-sdk-linux_x86-1.5_r2/tools dans
votre $PATH, puis lancer android create avd -t 3 -n
Test (une seule fois, pour créer un téléphone virtuel
appelé Test
) et ensuite emulator -avd Test (pour
démarrer ce téléphone virtuel). C'est très lent (beaucoup plus qu'un
vrai téléphone même sur une machine raisonnablement puissante : il
faut croire que l'émulation ARM sur Intel n'est pas
terrible), et l'environnement logiciel n'est pas exactement
identique à ce qu'on trouvera sur un vrai
téléphone[#4], mais ça permet de
se faire une idée. Évidemment, ce truc est prévu pour permettre de
tester les applications qu'on développerait pour Android, pas vraiment
pour jouer avec le téléphone, et évidemment on ne pourra pas passer de
coups de fil ou quoi que ce soit (si on le fait, il prétend que
l'interlocuteur décroche mais reste silencieux), donc l'expérience est
limitée. Mais par exemple on peut regarder comment fonctionne le
navigateur Web (qui, lui, fonctionnera si la machine hôte a une
connexion réseau : c'est la magie
de Qemu).
Globalement, je trouve l'interface assez agréable et ergonomique : c'est visuellement joli, on comprend assez bien ce que font les choses proposées, et une fois qu'on a commencé à s'en servir on arrive à faire rapidement ce qu'on veut. Il est vrai que je n'ai guère d'expérience avec des téléphones modernes pour pouvoir comparer, mais j'ai l'impression que le tout est assez bien pensé.
L'écran de base (home), auquel on accède en appuyant sur la touche dont l'icône est une maison, est un triptyque : normalement on en voit la partie centrale, mais il y a un bout à gauche et un bout à droite où on peut aller en faisant défiler avec le doigt dans un sens ou dans l'autre. C'est la partie la plus facilement personnalisable : en changeant l'image de fond, bien sûr, mais aussi en garnissant cette page de racourcis vers les applications ou les contacts dont on a le plus souvent besoin, ou encore avec quelques widgets disponibles pour l'agrémenter (comme une horloge analogique qui a quelque chose de sympathiquement surréaliste). Cet écran de base contribue beaucoup à l'ergonomie de l'interface. En-dessous, on a un onglet qui permet d'accéder aux applications, et sinon la touche menu permet d'effectuer des réglages et paramétrages.
Une autre chose très agréable, c'est le système de notifications : quand une application veut signaler quelque chose à l'utilisateur (par exemple un SMS reçu, un appel manqué, que sais-je), elle inscrit une notification dans la liste des messages qu'on peut dérouler de façon très commode depuis le haut de l'écran (la barre d'état, où l'application fera aussi afficher une petite icône). Et quand on touche la notification, on accède immédiatement à l'application qui l'a envoyée. C'est vraiment commode et intuitif.
Ce que je reprocherai principalement à l'interface, c'est un certain manque de cohérence ; par exemple, parfois la touche entrée sur le clavier confirme une sélection et parfois elle passe juste le curseur à la ligne ; la touche retour annule généralement ce qu'on faisait, mais quand on modifie un contact elle enregistre les modifications (il faut cliquer sur le bouton cancel en bas de l'écran pour annuler) ; parfois un clavier apparaît sur l'écran dès qu'on est dans un champ où on peut entrer du texte, mais pas systématiquement (parfois on peut en faire apparaître un en gardant longtemps la touche menu appuyée, mais parfois il faut sélectionner quelque chose avec la trackball ou encore autre chose). Parfois cliquer longuement sur quelque chose fait apparaître une sorte de menu conceptuel — mais parfois pas, alors qu'on l'attendrait.
De même, le concept d'application qui tourne en tâche de fond (=arrière-plan), qui est pourtant souvent signalé comme un avantage d'Android sur l'iPhone, est un peu perturbant : on ne sait pas exactement ce qui tourne comme ça, ni ce que les applications ont le droit de faire quand elles y sont, ni dans quelle mesure relancer l'application va faire revenir ce qui était en arrière-plan ou quoi. Par exemple, si je lance le navigateur sur une page qui demande à être rafraîchie périodiquement, et que je reviens à l'écran de base, le navigateur est-il fermé ? la page continue-t-elle à être rafraîchie régulièrement ? je n'en sais rien et ce n'est pas clair (et c'est une question passablement importante quand on n'a pas un forfait Internet illimité !). Comme je remarque que mettre en arrière-plan une application GPS fait disparaître l'icône indiquant l'activité du GPS, j'imagine qu'elle n'a plus le droit de s'en servir quand elle est en tâche de fond, mais j'aimerais en savoir plus.
Pour donner un exemple plus précis sur ce que je pense de l'interface, je peux évoquer l'application qui fait la gestion des contacts (c'est une de celles qui viennent avec le système, évidemment). Globalement je la trouve très agréable : la liste des derniers appels passés est clairement et lisiblement présentée, on accède rapidement à la liste de tous les contacts triés par ordre alphabétique (où faire une recherche est très simple), ou bien aux numéros les plus souvent appelés et/ou marqués comme contacts importants. On peut éditer les contacts pour mettre, par exemple, une petite photo de la personne ou une sonnerie particulière, ou ajouter une note ou enregistrer une adresse postale, ce genre de choses. (Je me doute bien qu'à peu près tous les téléphones permettent maintenant ça.) Et si on n'interdit pas au téléphone de le faire, toutes ces informations seront synchronisés avec son compte Google associé. Mais il y a quelques désagréments : pas de vrais groupes de contacts (ou alors il faut passer par le compte Google, justement), donc pas de façon commode, par exemple, de changer la sonnerie affectée à tous ses amis (et d'ailleurs, pour commencer, pas de façon d'affecter une sonnerie à tous les contacts connus). Pas non plus de façon de copier une photo d'un contact à un autre (il faut reprendre la photo dont on est parti, et refaire une sélection dessus — pour les maniaques comme moi qui voudraient exactement la même photo sur deux contacts, c'est irritant).
Quand on passe un coup de fil, faire apparaître le pavé permettant de taper des chiffres (ce qui est utile quand on parle à un serveur vocal) n'est pas aussi facile qu'on pourrait le vouloir (d'un autre côté, c'est un peu une fatalité avec les téléphones à écran tactile : si on met l'écran tactile contre sa joue, on risque effectivement de taper dessus involontairement). Quand on envoie des SMS, il ne semble pas y avoir moyen de faire en sorte qu'il demande confirmation avant d'envoyer (j'aime bien être forcé de me relire avant l'envoi) ; en revanche, la présentation de l'historique des SMS échangés avec une personne, comme un fil de discussion, est plutôt agréable.
Au final, je pense que l'utilisation du téléphone est suffisamment naturelle et intuitive pour qu'on puisse recommander Android aux gens pas du tout geeks ou tech-savvy — ma maman, par exemple. (En revanche, ils auront peut-être besoin de quelques explications sur les principes de tarification de leur opérateur pour les connexions de données, et sur la différence entre les réseaux 3G, EDGE et GPRS — ceci, évidemment, n'a rien à voir avec Android spécifiquement.)
Le téléphone vient avec quelques applications basiques : outre, évidemment, celle qui permet de téléphoner, la gestion des contacts et celle des messages (genre SMS) et les préférences système, il y a de quoi prendre des photos et des vidéos, un baladeur musical, un tout petit truc de gestion des photos, un navigateur web, un logiciel de mail, une calculatrice, un réveil, un calendrier (synchronisable avec celui du compte Google). Et bien sûr, comme Google est Google, une application pour consulter Google maps (en se positionnant au GPS), une autre pour regarder YouTube, une pour utiliser Gmail, une pour Google Talk, et évidemment l'application de marché aux applications. Je dois encore oublier une ou deux applications pour composer un numéro de téléphone ou faire une recherche Google avec la voix (le genre de gadgets qui fait vraiment — euh, gadget, justement). Par contre, il n'y a pas d'éditeur de texte ni de gestionnaire de fichiers, ce qui est tout de même dommage (on en trouve plein sur le marché, mais je soupçonne très fortement qu'ils sont mal intégrés à la plate-forme dans son ensemble).
Le marché aux applications est un joyeux bordel, presque pas trié,
et les possibilités de recherche sont nulles. (Imaginez une sorte de
YouTube avec douze applications lampe de poche
— ce qui
doit juste vouloir dire que l'écran devient blanc — et cinquante
calculatrices, et tout ça avec juste une fonction de recherche
basique, par mots.) J'ai déjà signalé qu'on ne pouvait
essentiellement pas y accéder depuis un navigateur web normal
(autrement que depuis un téléphone, quoi), même pas pour faire des
recherches, ce qui est tout de même indiciblement crétin. J'ai aussi
déjà signalé qu'il n'y avait pas moyen de rechercher les
applications open source — or c'est
un des critères qui me paraissent les plus importants parce que je
veux avoir autant que possible l'option de corriger les choses qui
m'agaceront dans les applications que j'utiliserai (je ne veux pas
risquer de commencer à utiliser un truc que je trouverai bien et me
rendre compte ensuite qu'il a un défaut qui m'agace et être dans
l'impossibilité de le réparer). Finalement, pour chercher des
applications open source, il vaut
mieux chercher
autrement.
Pour l'instant, je n'ai quasiment rien installé : juste un client SSH (ConnectBot), deux-trois application de démonstration qui venaient avec le SDK (une pour prendre des notes très simples, et un jeu de snake minimaliste) et une seule application téléchargée avec le marché, un truc qui sert à afficher l'état du GPS et la position des satellites. Il y a quelques choses que j'aurais éventuellement envie de coder moi-même, comme une gestion des contacts un peu moins primitive, ou une calculatrice polonaise inversée (quelqu'un avait déjà tenté ça, mais ça n'a plus l'air de compiler).
Le SDK Android contient un programme
appelé adb (pour Android Debug
Bridge
) qui est une sorte de couteau suisse permettant de faire un
nombre incroyable de choses avec le téléphone (via un
câble USB, a priori ; mais le même pogramme permet de
faire des choses avec des téléphones virtuels tournant dans
l'émulateur). À commencer par obtenir
un shell. Sur
un téléphone non developer, ce shell ne permettra pas de faire
grand-chose, parce qu'il n'y a à peu près rien d'installer et qu'on ne
peut pas passer root. Sur mon developer phone, je peux accéder, par
exemple, aux bases de
données SQLite
utilisées par les différentes applications. Je m'en suis notamment
servi pour faire quelques modifications dans mes contacts qui étaient
plus commodes en SQL qu'en passant par l'application
normale (comme changer la sonnerie de tous ceux qui avaient une
certaine sonnerie, ou donner à deux contacts exactement la même
photo) ; bien sûr, j'aurais aussi pu écrire une application pour ça
(ça m'aurait évité d'angoisser sur la façon dont SQLite
gérerait les accès concurrents ou comment ça interagirait avec la
synchronisation Google). Il semble qu'il y ait aussi moyen
d'utiliser adb pour fournir un accès réseau au téléphone
depuis un ordinateur, ou bien le contraire ; mais je n'ai pas
vérifié.
Je n'ai pas encore essayé de coder quoi que ce soit (à part trivialement compiler des choses déjà écrites et les mettre sur le téléphone pour voir si elles tournaient), mais il semble que ce soit plutôt agréable (et les gens d'Ubuntu travaillent à rendre la chose encore plus agréable pour les Linuxiens). Pour en savoir plus sur la plate-forme en général, du point de vue du développeur et des choix techniques (comme la raison d'utiliser Dalvik plutôt qu'une JVM plus standard, ou le système de message-passing), cet article n'est pas mal.
Dans le genre petit détail bizarre, je peux remarquer que bien que l'appareil incorpore un GPS, il n'a pas l'air capable de se mettre à l'heure par GPS : c'est assez absurde, parce que c'est la source de temps la plus précise imaginable à moins d'avoir une horloge atomique (c'est un peu encombrant donc je ne crois pas qu'on aura ça dans des téléphones trop rapidement). Il est capable de prendre l'heure par le réseau 3G, en revanche, mais d'une part ce n'est pas très précis (j'ai observé quelques secondes de retard sur le réseau Bouygues, ce qui est certes assez acceptable pour quelqu'un qui n'est pas comme moi un maniaque de l'heure exacte) et d'autre part, surtout, ce n'est pas toujours dispoanible (mon poussinet chez SFR n'a pas encore accès à la 3G pour des raisons un peu compliquées, et son téléphone ne se met pas à l'heure). De même, quand on a accès à un Wifi, le téléphone ne va pas interroger NTP — mais là c'est plus raisonnable que de ne pas interroger le GPS.
Ce qui suit n'a rien à voir avec Android spécifiquement, mais comme
je trouve que c'est globalement mal expliqué partout, je vais en dire
un mot (tout se trouve sur Wikipédia, évidemment, mais sur Wikipédia
il y a comme souvent trop d'information, de sorte qu'on ne
sait plus très bien ce qui est pertinent et ce qui ne l'est pas). Le
réseau de base de téléphonie mobile déployé actuellement s'appelle
le GSM, ou
réseau 2G au sens strict : il sert à véhiculer des communications
vocales (et des SMS, en utilisant un mécanisme
initialement prévu pour des messages d'infrastructure). Pour faire
passer des données sur du GSM (donc, typiquement, pour
avoir un accès Internet), il faut utiliser une connexion de
type CSD
qui, en gros, fonctionne en passant un vrai appel vers un numéro
spécial ; on n'obtient ainsi qu'un débit de 9.6kbit/s, ce qui est
franchement mauvais (pour comparaison, les modems RTC sur
lignes fixes fonctionnent normalement en 56kbit/s), et de surcroît la
communication sera souvent facturée au temps plutôt qu'aux données
transférées (donc on ne veut pas resté connecté en permanence !). En
général, les connexions de données qu'on se retrouve à utiliser quand
on accède à Internet depuis un téléphone sont plutôt sur les
protocoles GPRS
(=2.5G), EDGE
(=2.75G) et, si on a un téléphone et une carte SIM
compatibles
3G, UMTS
(=3G)
voire HSDPA
(=3.5G), HSUPA
(=3.75G) et compagnie. Ces réseaux sont en ordre de débit croissant
(à partir de 56kbit/s pour GPRS et jusqu'à dans les
21Mbit/s pour UMTS) mais, du coup, aussi, de portée et de
disponibilité décroissantes. Les connexions GPRS
et EDGE sont des extensions du GSM en
ce sens qu'elles utilisent les mêmes fréquence, alors que les réseaux
3G utilisent des fréquences différentes. Du point de vue de
l'utilisateur, tout est assez transparent : il faut simplement donner
au téléphone un identifiant — l'APN —
permettant de se connecter au bon réseau de données (par exemple, pour
Bouygues en France c'est ebouygtel.com), et le téléphone
sélectionnera le meilleur protocole disponible. Quelques gags sont
possibles, cependant : par exemple, il faut bien vérifier que
l'opérateur ne facture les connexions de
données GPRS/EDGE/3G qu'aux données
transférées et pas à la connexion, sinon il va y avoir un gros souci
avec un téléphone qui se connecte et se déconnecte sans arrêt (je
pense que tous les opérateurs facturent bien au volume de données dans
les formules standard, mais mon poussinet a conservé une formule très
ancienne chez SFR qui facture à la connexion, donc en
attendant d'en changer il doit interdire à son téléphone l'accès aux
connexions de données). Une autre chose que mon poussinet a remarquée
est que SFR n'a pas déployé le
protocole EDGE dans les zones de couverture 3G :
donc faute d'abonnement ou de carte SIM compatible
3G, il n'obtient que le débit GPRS dans ces zones, ce qui
est assez absurde.
[#] C'est évidemment contournable, mais pas forcément facilement, et ça peut poser des problèmes (voire, être interdit depuis que les lois délirantes sur la propriété intellectuelle ont fait qu'on n'est plus propriétaire de ce qu'on achète). Sinon, le choix fait par Apple des applications autorisées ou non est assez incohérent parce qu'ils sont complètement submergés par les candidatures (normal, ils ont quelque chose comme 35000 applications acceptées, et sans doute largement plus ont été refusées) : par exemple, ils avaient refusé une application permettant de lire les livres du projet Gutenberg sous prétexte que ce projet contenait une copie du Kāma-Sūtra ; cette application a fini par être acceptée, mais la façon dont son développeur en raconte la saga est intéressante.
[#2] Comptez quand même, par rapport au tarif annoncé de $399, quelque chose comme $45 pour la livraison et $95 pour les frais de douane. Plus les $25 (je crois) préalables pour avoir le droit de se dire développeur Android.
[#3] Le developer phone vient avec un Android 1.0 préinstallé : une des premières choses à faire, donc, est de passer à la 1.5.
[#4] Peut-être, justement, que l'émulateur n'a que ce qui est strictement open source (en tout cas, il n'a pas l'application du marché aux applications, et je remarque qu'il a une seule sonnerie, qu'il n'a pas de dictionnaire de mots…).
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