David Madore's WebLog: 2021-09

Vous êtes sur le blog de David Madore, qui, comme le reste de ce site web, parle de tout et de n'importe quoi (surtout de n'importe quoi, en fait), des maths à la moto et ma vie quotidienne, en passant par les langues, la politique, la philo de comptoir, la géographie, et beaucoup de râleries sur le fait que les ordinateurs ne marchent pas, ainsi que d'occasionnels rappels du fait que je préfère les garçons, et des petites fictions volontairement fragmentaires que je publie sous le nom collectif de fragments littéraires gratuits. • Ce blog eut été bilingue à ses débuts (certaines entrées étaient en anglais, d'autres en français, et quelques unes traduites dans les deux langues) ; il est maintenant presque exclusivement en français, mais je ne m'interdis pas d'écrire en anglais à l'occasion. • Pour naviguer, sachez que les entrées sont listées par ordre chronologique inverse (i.e., la plus récente est en haut). Cette page-ci rassemble les entrées publiées en septembre 2021 : il y a aussi un tableau par mois à la fin de cette page, et un index de toutes les entrées. Certaines de mes entrées sont rangées dans une ou plusieurs « catégories » (indiqués à la fin de l'entrée elle-même), mais ce système de rangement n'est pas très cohérent. Le permalien de chaque entrée est dans la date, et il est aussi rappelé avant et après le texte de l'entrée elle-même.

You are on David Madore's blog which, like the rest of this web site, is about everything and anything (mostly anything, really), from math to motorcycling and my daily life, but also languages, politics, amateur(ish) philosophy, geography, lots of ranting about the fact that computers don't work, occasional reminders of the fact that I prefer men, and some voluntarily fragmentary fictions that I publish under the collective name of gratuitous literary fragments. • This blog used to be bilingual at its beginning (some entries were in English, others in French, and a few translated in both languages); it is now almost exclusively in French, but I'm not ruling out writing English blog entries in the future. • To navigate, note that the entries are listed in reverse chronological order (i.e., the most recent is on top). This page lists the entries published in September 2021: there is also a table of months at the end of this page, and an index of all entries. Some entries are classified into one or more “categories” (indicated at the end of the entry itself), but this organization isn't very coherent. The permalink of each entry is in its date, and it is also reproduced before and after the text of the entry itself.

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Entries published in September 2021 / Entrées publiées en septembre 2021:

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(mardi)

Visite de la « boule » de Chinon (première centrale nucléaire en France)

Samedi dernier, pour les 38e journées européennes du patrimoine, le poussinet et moi sommes allés visiter le premier réacteur nucléaire historique français, mis en service en 1963 et (rétroactivement) baptisé A1, ou plus familièrement la boule, de la centrale de nucléaire de Chinon (Indre-et-Loire ; c'est ici, au bord de la Loire, en fait sur la commune d'Avoine[#] et pas de Chinon). Je précise que la centrale de Chinon est encore en activité, mais la partie qui sert à l'heure actuelle, ce sont les quatre réacteurs (peu originalement baptisés B1, B2, B3 et B4) de la partie dite Chinon B, construits dans les années 1980, et pas les trois expérimentaux de Chinon A, construits dans les années 1960, et qui sont à l'arrêt (depuis 1973 pour la boule) et en cours de démantèlement. La « boule » a été transformée en musée (même s'il faut prendre ce mot avec des pincettes comme je vais le dire).

[#] Peut-être parce que ce serait trop facile si la centrale nucléaire de Chinon était à Chinon, ou peut-être parce que la centrale nucléaire à Avoine ça donne l'impression qu'elle tourne aux céréales. Plus sérieusement, la centrale est au bord du fleuve parce qu'elle l'utilise pour son refroidissement, et je suppose que Chinon est plus connu qu'Avoine à cause du vin et/ou du château.

Le poussinet est un grand fan du nucléaire (il est notamment adhérent de l'association Les Voix du Nucléaire). Je suis globalement d'accord avec lui (en ce sens que ceux qui soulèvent des objections contre le nucléaire n'ont pas compris l'urgence et l'importance de la catastrophe climatique ; pour le grand public, j'aime renvoyer à cette vidéo de la toujours excellente chaîne de vulgarisation Kurzgesagt), mais ce n'est pas tellement ce qui m'a convaincu : c'est surtout que j'ai une fascination pour le gros équipement électrique (voir par exemple ici ou ).

Nous sommes allés à Chinon vendredi soir (avec la voiture électrique du poussinet, bien sûr). Notre plan était probablement de visiter un peu plus que juste la centrale, mais nous avons été pris par le temps (nous sommes partis plus tard que prévu, et avons dû repartir plus tôt), nous n'avons essentiellement rien vu, ni de Chinon, sauf trois pas dans la vieille ville, ni des châteaux de la Loire. Néanmoins, la vue depuis la corniche dominant la ville est assez impressionnante ; et notre maison d'hôte (le relais Saint-Maurice, dans la vieille ville) était décorée avec goût. (Cf. ce tweet.)

Comme par ailleurs ni le poussinet ni moi ne buvons d'alcool, je ne peux pas non plus faire de commentaires sur les vins de la région, et même si nous aimons bien la bonne bouffe il était trop tard pour chercher un restaurant gastronomique, mais nous avons dîné fort correctement. Ce qui est surtout amusant, c'est qu'alors que nous finissions de manger, dans cette ville où je n'avais jamais mis les pieds avant, nous avons vu complètement par hasard passer un ami, lui aussi parisien et que nous n'avions pas vu depuis avant la pandémie de covid, qui se trouvait avoir pris une chambre dans le même hôtel que nous ! (mais pas pour la même raison que nous : il était dans la région pour le mariage d'un ami).

J'ai extrêmement mal (en fait, quasiment pas) dormi la nuit suivante. Je ne sais pas à quoi c'est dû : le lit n'était pourtant pas inconfortable, ni la chambre particulièrement bruyante ; j'ai de gros problèmes de sommeil en ce moment, mais leur raison principale (le ravalement de façade de mon appartement) est spécifique à chez moi et ne s'applique donc certainement pas dans ce cas ; peut-être la manque d'habitude des lits doubles (à la maison, le poussinet et moi dormons dans deux lits jumeaux, je trouve ça bien mieux) a-t-il joué. Toujours est-il que le matin, j'ai failli dire à mon poussinet de visiter la centrale tout seul pendant que je rentrerais à Paris en train pour me coucher ; mais il m'a convaincu d'y aller quand même.

La première chose qui frappe quand on s'approche de cet endroit, c'est à quel point c'est immense. La « boule » est grande (elle culmine à 47m de haut), et pourtant elle est noyée dans le reste des bâtiments de la centrale, dont la superficie totale est de 155ha et dont les unités des réacteurs modernes sont nettement plus hautes. Déjà, de loin, vendredi soir, en arrivant à Chinon, nous avons vu le panache de fumée blanche s'élever des tours de refroidissement et former un immense nuage, c'était assez impressionnant. (La centrale de Chinon n'a pas les tours de refroidissement classiques en forme d'hyperboloïde à une nappe qu'on associe mentalement aux centrales nucléaires et qui n'ont en fait rien à voir avec le nucléaire : à Chinon, on a préféré des tours beaucoup plus basses mais plus larges, avec d'énormes ventilateurs au sommet, pour ne pas altérer la vue depuis ou vers je ne sais quel château (Ussé ?). Mais évidemment, le panache de gouttelettes d'eau, lui, il s'élève bien haut indépendamment de la forme de la tour.)

L'autre chose frappante, c'est le niveau de procédures pour entrer et circuler dans la centrale. Pour la visite (nous étions 8 au créneau horaire de 10h30), nous avions dû envoyer un scan de nos cartes d'identité à l'avance. Au jour J, nous avons d'abord passé une première sécurité (détecteurs de métaux, scan aux rayons X comme dans les aéroports), puis ils ont contrôlé nos cartes d'identité, y compris la photo (c'est-à-dire qu'ils nous ont demandé de baisser le masque pour voir le visage, ce qui, honnêtement, ne se fait pas souvent !). Bien sûr il y a des consignes spécifiques covid : lavage des mains au gel hydro-alcoolique en entrant dans chaque bâtiment, vérification des pass sanitaires, masque neuf donné à l'arrivée à la centrale même si nous en avions déjà un, et respect (certes très approximatif) de la distanciation sociale. Puis on nous a fait laisser nos portables en consigne parce qu'il y a interdiction de prendre des photos[#2]. On nous a prêté des casques de chantier (avec une charlotte pour les cheveux, pour raisons d'hygiène) et des gilets haute visibilité ; d'ailleurs, du coup, pendant la visite, c'était impossible de nous reconnaître entre nous, parce qu'entre le masque, le casque et le gilet, nous nous ressemblions complètement. Pendant que notre guide (qui n'avait pas le droit de nous lâcher) nous faisait une présentation générale préalable de la centrale, on nous a fait des badges d'accès temporaires, valables juste pour la matinée, pour pouvoir franchir les tourniquets de sécurité de Chinon A (où je rappelle, cf. ci-dessus, qu'il n'y a plus aucun réacteur nucléaire en fonctionnement, mais qui est quand même entourée d'une enceinte spécifique, avec des barbelés, des clôtures électriques, etc.) ; le badge s'accompagne d'ailleurs d'un code de sécurité à deux chiffres : pour passer le tourniquet de sécurité, on doit d'abord saisir le code sur un pavé numérique puis bipper le badge avant de s'insérer dans le tourniquet (je comprends ça pour un usage normal, mais pour un badge visiteur qui va servir une seule fois, c'est un peu surréaliste — sauf s'il s'agit justement de montrer aux visiteurs par l'exemple comment font les gens qui travaillent vraiment dans la centrale).

[#2] L'interdiction de photographier me semble franchement particulièrement idiote. Outre que si des gens mal intentionnés le voudraient ils n'auraient pas du mal à dissimuler un appareil quelque part, je trouve que si la sécurité de quelque chose dépend du fait qu'on ne prenne pas de photos (et du coup, que le cerveau humain soit mauvais pour la mémoire photographique), cette sécurité est vraiment mal foutue. Mais là, en plus, je ne vois pas ce que cette interdiction visait à protéger : à l'extérieur nous ne pouvions pas voir grand-chose de plus que depuis en-dehors du périmètre de la centrale (et, soit dit en passant, l'emplacement précis des bâtiments figure sur OpenStreetMap), et à l'intérieur, c'est censé être un musée, alors bon.

Tout ça pour entrer dans un musée ! Je n'ai pas bien compris, en fait : les visites pour le grand public, d'après ce que nous a dit notre guide, sont exceptionnelles (si c'est juste les journées du patrimoine, peut-être 10 créneaux de visite sur le week-end fois 8 personnes par groupe, ça fait 80 personnes par an). Elle a laissé entendre que d'autres personnes visitaient ce musée, mais qui ? Scolaires ? Opérations presse ? Formations d'ingénieurs ? Formations internes à EDF ? Je ne sais pas.

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(mardi)

Réflexions sans intérêt sur les files d'attente

Pour la troisième fois en quatre ans, j'ai déposé une demande de permis de conduire auprès de l'ANTS, cette fois pour le permis A, et pour la troisième fois je me demande combien de temps ça va prendre. Je commence cette entrée par quelques réflexions sans intérêt concernant le permis spécifiquement, et je continue par quelques réflexions tout autant sans intérêt et sans grand rapport avec les précédentes concernant les files d'attente : si les premières ne vous intéressent pas, vous pouvez sauter directement aux secondes pour vérifier qu'elles sont tout aussi peu intéressantes.

Parce que, oui, le permis A a beau s'obtenir sans examen, on fait juste une petite formation à l'auto-école et on dépose la demande de permis ≥2 ans après avoir obtenu le A2, il faut quand même refaire le bout de plastique pour ajouter la mention A au verso.

Je n'ai pas vraiment progressé dans la résolution des mystères que j'évoquais il y a trois-quatre ans (et que je ne fais que réévoquer sommairement pour ne pas trop me répéter) : pourquoi l'Administration a-t-elle besoin d'autant de temps entre le moment où on dépose une demande et le moment où le permis est effectivement fabriqué ? Je sais qu'il y a deux étapes, une étape d'instruction du dossier et une étape, beaucoup plus courte, de fabrication (pour le permis B, ces deux étapes avaient demandé 52+5=57 jours, et pour le permis A2 c'était 57+8=65 jours) : je conçois qu'il faille une grosse semaine pour fabriquer le bout de plastique et l'expédier, mon interrogation porte surtout sur l'étape d'« instruction », qui ne dépend apparemment pas de l'ANTS, et dont je me demande bien en quoi elle consiste et à quoi elle sert (et comment elle peut prendre des semaines). Pour les permis B et A2, il y a un vrai examen devant un inspecteur, et deux jours après (si on est reçu) on reçoit une feuille de résultat servant de permis provisoire (et permettant de conduire en France), du coup l'instruction ne sert sans doute pas à vérifier qu'il n'y a pas eu de fraude lors de l'examen ; mais elle ne doit pas non plus servir, ce qui serait l'autre hypothèse évidente, à vérifier l'identité de la personne dont on délivre le titre, parce que dans ce cas elle serait longue pour le premier permis obtenu mais nettement plus rapide ensuite puisque la personne ne change pas, on ne fait qu'ajouter une mention au verso, or comme je viens de le dire ça a été tout aussi long pour moi d'« instruire » mon permis A2 que le B.

Le moniteur qui m'a fait passer la passerelle A2→A m'a dit que le permis A mettait typiquement moins de temps que le B ou A2 à faire (il a évoqué trois semaines au lieu de six), mais je ne sais pas si ça éclaircit le mystère ou si au contraire ça l'épaissit (en principe, pour « instruire » correctement, il faut vérifier que la personne demandeuse a bien fait le stage dans une auto-école agréée, ce qui a l'air plus compliqué que si la personne s'est présentée à un examen supervisé par un fonctionnaire inspecteur du permis de conduire). De toute façon, je ne sais pas si c'est vrai : en cherchant en ligne on trouve des témoignages fort contradictoires indiquant entre deux semaines et plus de six mois (même si, évidemment, ça ne veut pas dire grand-chose parce que les gens pour qui ça prend un temps délirant ont beaucoup plus de chances de venir raconter leur histoire en ligne que ceux pour qui c'est plié en deux semaines).

Il est vrai que c'est un chouïa paradoxal et irritant : puisque les permis B et A2 s'obtiennent par un vrai examen, l'Administration délivre une feuille de résultat servant de permis provisoire le temps qu'elle « instruise », mais puisque le A est une formalité, il n'y a pas de permis provisoire. donc il faut vraiment attendre le bout de plastique.

Du coup, il y a pas mal de motards qui, ayant une moto bridée aux 35kW de limite du permis A2, la font débrider sans attendre d'avoir leur plastique qui indique la mention A. (Je ne risque pas de faire ça, parce que ma moto n'est pas bridée, elle est nativement de 35kW : je vais sans doute en acheter une autre, mais pas avant d'avoir fait des essais, et personne ne me laissera essayer ou louer quoi que ce soit sans présenter un permis en bonne et due forme ; donc il faut bien que j'attende.) Ne serait-ce que comme question de droit théorique, on peut se demander ce que risquent ceux qui font ainsi preuve d'impatience. Je soupçonne que c'est pas grand-chose, en fait : dans l'étape de « fabrication » du permis, certainement rien (ils ont indubitablement le permis, c'est juste qu'ils ne l'ont pas reçu, mais si des policiers devaient consulter le fichier à partir de leur nom, le fichier répondrait que la personne a bien le permis) ; dans l'étape d'« instruction », on peut certainement les poursuivre pour conduite sans permis, mais comme le permis sera finalement émis, si je comprends bien, avec une mention rétroactive à la date de la demande, je vois mal comment les poursuites pourraient ne pas être rendues caduques si le permis arrive avant une condamnation définitive. (Idem en cas d'accident : si l'assureur a accepté d'assurer le véhicule et qu'au moment où il demande éventuellement à vérifier le permis, ce qui prendra bien des semaines, celui-ci s'avère être valide à la date du sinistre, je ne vois pas comment ça pourrait poser problème.) Bon, je ne recommande pas d'essayer (surtout si la demande est rejetée pour une raison quelconque !), mais c'est une question intéressante du point de vue du droit.

Mise à jour () : ma demande a été acceptée 22 jours après avoir été déposée, et il aura fallu encore 7 jours (soit 29 au total) pour que je reçoive effectivement le plastique.

And now for something completely different.

Quand on a un processus de file d'attente, où des gens cherchent à faire quelque chose (du genre passer un permis, obtenir un document administratif, consulter un médecin, etc.), dans l'analyse la plus simpliste, on s'attend à ce qu'il se passe l'une ou l'autre des phénomènes suivants :

  • soit le flux d'arrivants est plus faible que le débit de traitement (p.ex., s'agissant du permis : s'il y a, en moyenne, moins de demandes de permis que l'Administration n'en traite) et alors la file d'attente se vide souvent complètement,
  • soit le flux d'arrivants est plus élevé que le débit de traitement (p.ex., s'agissant du permis : s'il y a, en moyenne, plus de demandes de permis que l'Administration n'en traite) et alors la file d'attente devient de plus en plus longue, indéfiniment (parce que plus de gens n'arrivent que n'en partent, donc il y a de plus en plus de gens dans la file).

En plus bref : soit ça ne sature pas et il ne devrait souvent pas y avoir de file d'attente du tout, soit ça sature et la file d'attente devrait grandir à tout jamais.

Si vous voulez une analyse mathématique de cette dichotomie (mais ce n'est pas mon propos ici), je renvoie à théorie des files d'attente, par exemple la queue M/M/1 ou la M/D/1 pour les modèles les plus simples : si λ est le flux d'arrivants et μ le débit de traitement, si λ<μ alors la file est vide une proportion 1−λ/μ du temps (cf. aussi ici pour une distribution du temps d'attente dans un modèle de type M/D/1).

Dans la vraie vie, le premier arrive parfois, mais le second n'arrive pas : à la place, il y a beaucoup de choses qui ont des files d'attente longues, parfois très longues, mais qui ne grandissent pas indéfiniment. Qu'est-ce qui peut expliquer ça ?

Je vois principalement deux types de mécanismes qui peuvent conduire à ce qu'un processus, dans la vie réelle, ait une file d'attente longue mais qui ne grandit pas indéfiniment.

Le premier est un phénomène de fluctuations : si le flux d'arrivants est plus faible que le débit de traitement en moyenne mais que l'un ou l'autre sont assortis de fluctuations, cela peut expliquer une longue file d'attente en certaines périodes, mais qui ne grandit pas parce qu'elle finit par se résorber à un certain moment. (Du coup, on peut dire qu'on est dans le premier cas ci-dessus, mais on ne le remarque pas vraiment parce que le vidage de la file a lieu en un moment très particulier.) Il peut s'agir de fluctuations périodiques régulières (typiquement : annuelles ; peut-être qu'il y a peu gens qui entrent dans la file d'attente en été, mais que le rythme de sortie reste vaguement constant pendant l'année, auquel cas la file se viderait pendant l'été pour être vide à la fin et s'allongerait pendant tout le reste de l'année ; ou peut-être au contraire qu'il y a un flux entrant à peu près constant pendant l'année et moins de sortants en été, auquel cas ce serait le contraire — je n'en sais rien mais je peux imaginer ce genre de choses). Ou il peut s'agir de fluctuations accidentelles (par exemple, j'imagine que la pandémie a causé d'énormes accroissements dans la longueur des files d'attente pour toutes sortes de choses, qu'il s'agisse de démarches administratives, de consultations de médecins, de réservations au restaurant, etc. ; choses qui finiront par se résorber, mais plus personne n'y fera attention).

Le second mécanisme est une rétroaction négative entre la longueur de la file et le flux entrant (ou plus rarement, rétroaction positive sur le flux sortant). C'est l'explication évidente à apporter dans le cas d'un restaurant où il faudrait constamment attendre, disons, un mois pour réserver : comment cela peut-il rester long sans pour autant diverger ? Simplement parce que des gens appellent pour réserver, on leur donne la première date disponible, et si c'est trop loin ils préfèrent abandonner l'idée de manger dans ce restaurant : donc plus la file d'attente est longue, plus le flux de gens qui entrent effectivement dans la file (font une réservation) est faible, et cette rétroaction négative conduit à un équilibre.

(La rétroaction peut aussi avoir lieu sur le flux sortant. Par exemple dans un supermarché, si la file d'attente aux caisses devient trop longue, la direction va ouvrir de nouvelles caisses. Ceci étant, le cas des supermarchés relève surtout de la fluctuation temporelle à l'échelle d'une journée : il y a beaucoup de moments où il n'y a aucune queue.)

Comme explication hybride entre ces deux mécanismes (fluctuations temporelles et rétroaction négative), on peut par exemple avoir le phénomène de fluctuations géographiques (je pense qu'il joue, par exemple, pour expliquer la durée d'attente pour certains rendez-vous médicaux) : les gens s'inscrivent au plus près de chez eux, parce que c'est plus commode, même s'il y a d'autres endroits où on peut s'inscrire qui ne sont pas débordés, mais quand la durée d'attente est vraiment trop longue, alors ils préfèrent quand même voir ailleurs (faire un voyage pour une consultation médicale).

Mais il y a beaucoup de cas où ce n'est pas clair que ces mécanismes jouent, notamment pour des démarches administratives qu'on n'a souvent pas de choix que d'accomplir (ce qui exclut une rétroaction négative sur le flux entrant) et qui ont une file d'attente très longue à n'importe quel moment de l'année (ce qui exclut des fluctuations temporelles qui videraient quand même la file à une certaine période). Donc je ne sais pas vraiment expliquer comment il se peut qu'elles restent dans une situation d'attente très longue mais qui ne grandit pas indéfiniment.

Je pense notamment au passage du permis de conduire : il y a beaucoup d'attente, mais ça semble être toujours de l'ordre de quelques mois, ça ne tombe jamais à zéro, mais depuis le temps que c'est quelques mois, ça n'a pas non plus augmenté à quelques années d'attente comme on pourrait le prédire si le flux de candidats était vraiment plus élevé que le rythme d'examens, donc je ne sais pas bien expliquer cette situation. Une rétroaction sur le flux entrant est assez peu explicable (le nombre de gens qui ont besoin de passer le permis est ce qu'il est, on n'abandonne pas cette idée parce que l'attente est longue). Il y a sans doute quand même une rétroaction sur le nombre d'heures de préparation (plus l'attente pour l'épreuve est longue, plus les auto-écoles imposent un nombre d'heures de conduite élevé) qui joue sur la probabilité de succès à l'examen et du coup agit un peu comme une rétroaction sur le flux entrant. Il doit y avoir une petite rétroaction sur le rythme de passage (quand il y a trop d'attente, les auto-écoles insistent pour qu'on ouvre plus de créneaux, les inspecteurs doivent être incités à raccourcir les épreuves pour en faire tenir plus dans la journée). Mais tout ça semble être assez faible par rapport à l'ampleur du phénomène. Peut-être aussi que les personnes qui ont déjà échoué à l'épreuve servent de variable d'ajustement dans une certaine mesure (leur délai d'attente explose encore plus en cas de saturation). Mais je reste un peu perplexe quant au fait que le délai de passage du permis soit toujours élevé sans pour autant exploser complètement.

En tout état de cause, c'est une question que je m'efforce de me poser à chaque fois que je suis confronté à une forme de file d'attente qui semble être toujours longue : qu'est-ce qui peut bien l'expliquer ?

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(jeudi)

Où je me retrouve avec cinq paires de lunettes et aucune bonne

Il y a trois semaines, une branche de mes lunettes s'est cassée. Comme je vais faire référence à cinq paires de lunettes différences dans cette entrée, je vais appeler Ⓐ la paire en question. C'était une paire achetée en septembre 2018 par le site web (maintenant défunt) Optical4Less d'opticiens hong-kongais, d'après une ordonnance faite quelques mois plus tôt (OD −9.00 (−1.00 @ 125°) / OS −6.25 (−0.75 @ 40°)). J'ai rafistolé la branche avec un peu de super glu, mais manifestement ce n'est pas très solide, et c'est de traviole, donc je n'ai plus envie de porter cette paire-là.

Heureusement (parce que sans lunettes je suis essentiellement aveugle), j'avais une paire de rechange, que je vais appeler Ⓑ, avec exactement la même correction. achetée en même temps. La principale différence entre Ⓐ (la paire cassée) et Ⓑ est que Ⓑ a des verres minéraux (i.e., en verre) alors que Ⓐ a des verres organiques (i.e., en polycarbonate) : j'avais fait faire les deux en pensant alterner selon les activités que je faisais, mais finalement j'avais trouvé Ⓐ plus confortable, et comme je voulais éviter de porter des verres en verre pour faire de la moto, j'avais relégué Ⓑ dans un tiroir.

Un problème avec Ⓑ, donc, c'est les verres en verre. Mais le principal problème, c'est surtout que Ⓑ me fait mal au nez quand je les porte trop longtemps. Comme en plus ma vue a baissé (ma myopie a augmenté) depuis l'ordonnance établie pour la correction commune à Ⓐ et Ⓑ, je suis allé chez l'ophtalmo pour une nouvelle ordonnance, et comme je deviens aussi de plus en plus presbyte j'ai demandé des progressifs, j'ai raconté ça ici (ordonnance : OD −9.75 (−1.25 @ 125°) add 0.75 / OS −6.75 (−1.00 @ 20°) add 0.75).

J'ai donc fait faire une paire, que je vais appeler Ⓒ, selon cette ordonnance, en passant par le centre opticien de ma mutuelle (j'ai aussi raconté ça dans le billet de blog que je viens de lier). Cette paire Ⓒ est donc la paire fabriquée selon les règles du système de santé français (je suis passé chez l'ophtalmo et l'opticien comme je suis « censé » faire, et j'ai suivi leurs recommandations). Avec des verres Essilor, il paraît que c'est censé être bien. Mais je n'en suis pas content non plus pour plusieurs raisons.

Premier problème avec cette paire Ⓒ : les progressifs, en fait, autant ils me satisfont pour voir de loin et pour lire un livre ou regarder mon smartphone (tant que ce n'est pas écrit trop petit parce que, quand même, la correction de près de la paire de progressifs Ⓒ est en gros la même que celle que j'avais sur les paires Ⓐ/Ⓑ, donc si j'avais du mal avant, j'ai toujours du mal même en regardant en bas des verres, mais bon, c'est acceptable), en revanche, pour lire un écran d'ordinateur à ~1m, je ne les trouve pas du tout confortables. Peut-être est-ce en partie parce que mon écran est trop haut (du coup je le regarde avec la partie des verres censée servir à voir de loin). Mais surtout, il me semble que le champ de vision utile, i.e., l'angle horizonal sous lequel je vois net, est plus restreint qu'avec des non-progressifs. Du coup c'est difficile de lire ne serait-ce qu'une ligne de texte complète à l'écran sans bouger la tête, et évidemment on ne peut pas lire correctement en bougeant la tête à chaque ligne.

Bref, si j'ai besoin de progressifs, il me semble qu'il me faut aussi une paire séparée, non-progressifs, pour voir à la distance d'un écran d'ordinateur. Devenir presbyte c'est vraiment la merde.

Deuxième problème avec la paire Ⓒ, qui n'a rien à voir avec le fait qu'il s'agisse de progressifs : le traitement anti lumière bleue. J'ai accepté de le prendre parce que l'ophtalmo avait insisté et que l'opticien l'a conseillé aussi, comme de toute façon ça ne coûtait rien de plus, en me disant bah c'est sans doute un gadget, mais ça aidera peut-être un peu si je passe longtemps devant l'ordinateur, et ça ne fera pas de mal. Eh bien si, ça fait du mal : c'est un traitement sur le verre qui reflète une partie de la lumière bleue et, du coup, ça fait des reflets bleus. Qu'on ne devrait pas voir, mais qu'on voit quand même si on a de la lumière par derrière. Par exemple quand je marche dehors avec le soleil derrière moi : j'ai de vilains reflets bleus sur les côtés de mon champ de vision.

Pour défendre quand même cette paire Ⓒ, il y a une circonstance où elles sont excellentes, c'est pour rouler à moto : la, les progressifs me vont parfaitement, j'ai l'impression de voir parfaitement net, aussi bien la route devant moi que le compteur de ma moto, et en plus, je n'ai pas les vilains reflets bleus parce que le casque fait qu'il n'y a pas de lumière par derrière. Donc ça c'est bien. Mais pour marcher j'ai le problème un peu déplaisant des reflets, et pour lire sur l'écran d'ordinateur j'ai le problème du champ de vision.

Troisième problème, avec la paire Ⓒ enfin : elles sont très moches. Les paires Ⓐ et Ⓑ étaient plutôt allongées (nettement plus larges que hautes) avec des montures métalliques fines ; la paire Ⓒ est beaucoup plus carrée avec des montures épaisses, ça me donne un air de comptable triste. Vous allez me dire, j'aurais dû m'en rendre compte au moment de les acheter, mais le problème quand on est aussi myope que moi, c'est qu'on ne voit rien au moment d'essayer une monture. (J'aurais dû venir avec un ami.)

En attendant mieux, j'ai utilisé la paire Ⓑ pour lire sur écran d'ordinateur (elle n'est pas idéale et me fait mal au nez, mais comme elle n'est pas progressive et correspond à peu près à la vision de près de la paire Ⓒ, ça va), et la paire Ⓒ dehors (en maudissant ces foutus reflets bleus).

Je me suis dit que j'allais essayer d'apprendre par ces erreurs en commandant de nouvelles paires : une nouvelle paire de progressifs, appelons-la Ⓓ (à utiliser à la place de Ⓒ), avec la même correction que Ⓒ mais sans le traitement anti lumière bleue et avec une monture différente ; et une paire de lunettes non progressives, appelons-la Ⓔ (à utiliser à la place de Ⓑ pour lire un écran d'ordinateur), avec la même correction que Ⓒ/Ⓓ en vision de près (OD −9.00 (−1.25 @ 125°) / OS −6.00 (−1.00 @ 20°)), avec le traitement anti lumière bleue parce que là il peut peut-être servir. J'ai commandé ces lunettes il y a deux semaines chez Polette (au prix de difficultés parce qu'ils imposent PayPal pour le paiement) et je viens de les recevoir. Pour les deux paires, j'ai choisi des montures métalliques fines (titane) et des verres plutôt ronds, parce que j'aimais bien la forme arrondie de la paire Ⓐ. Mais comme j'ai choisi la taille surtout pour la largeur totale, je n'ai pas fait assez attention à la hauteur des verres, et… c'était une erreur. Elles sont énormes. (Je savais de toute façon que pour des progressifs il fallait des verres plus hauts que ce que j'avais avant ; les paires Ⓐ et Ⓑ font 27mm de hauteur de verre ; la paire Ⓒ fait 34mm ; et les paires Ⓓ et Ⓔ font 45mm et 47mm : je ne me rendais pas compte, mais c'est gigantesque.)

Donc non seulement je suis ridicule avec, mais en plus la vision sur les bords est très sérieusement déformée. Autant l'aspect progressif ne m'a pas du tout gêné avec la paire Ⓒ, autant avec la paire Ⓓ j'ai l'impression de marcher dans un monde élastique, et je pense que la différence de ressenti vient surtout de la différence de taille des verres. Bon, la paire Ⓔ (non-progressive) s'en sort mieux, et le fait que ce soit moche n'est pas trop gênant si ce sont des lunettes pour lire sur écran, mais même avec celles-ci, la vision sur le côté est bizarre.

Alors je peux considérer que Ⓓ et Ⓔ sont des paires de rechange (ou au moins que Ⓓ l'est par rapport à Ⓒ, et je peux utiliser Ⓔ), mais soit je reste dans cette situation qui n'est toujours pas satisfaisante, soit je commande encore une ou deux paires, et ça commence à faire vraiment un prix exorbitant pour un problème posé à la base par une bête branche cassée.

Comme la personne qui me lit est certainement perdue entre les cinq paires que j'ai évoquées, je récapitule :

  1. La paire que j'utilisais jusqu'à mi-août ; problèmes : plus vraiment à ma vue (de loin), une branche cassée.
  2. Correction identique à Ⓐ ; problèmes : plus vraiment à ma vue (de loin), verres minéraux, me font mal au nez.
  3. Progressifs réalisées sur ordonnance par l'opticien mutualiste ; problèmes : progressifs gênants pour lire sur ordinateur, reflets bleus gênants pour marcher, montures moches.
  4. Progressifs de correction identique à Ⓒ (sans traitement anti lumière bleue) ; problèmes : verres immenses, d'où une impression de vivre dans un espace courbe.
  5. Correction identique à Ⓒ pour la vue de près ; problèmes : verres immenses.

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