David Madore's WebLog: 2004-04

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

Note that the first entry comes last! / Notez que la première entrée vient en dernier !

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Entries published in April 2004 / Entrées publiées en avril 2004:

(venerdi)

Le Europa del vinti-cinque

Nunc, le Union Europee contara dece nove membros. Qui haberea pensate in 1984 que, vinti annos plus tarde, le (alora assi nominate) Communitate Economic Europee irea usque a Vilnius — que faceva tunc parte del Union Sovietic ?

Totevia, io non arriva a gauder.

Io era — io ha essite — enthusiastic del progressos de la construction europee. Io haberea voler poter votar, quando le tractato de Maastricht era ratificate, pro apportar mi suffragio a iste formidabile aventura, la creation del Union Europee. Io soniava que, aliquando, nos poterea formar un confederation, le “Statos Unite de Europa”, reimplaciante le ancian frontieras del continente. Nos ha mesmo un moneta : le Euro !

Sed iste vision ha evanescite, io non sape quo.

Alicunos se plange que le Union Europee es troppo liberal (economicamente), o adversemente non satis liberal. O nimis bureaucratic. O troppo isto, o troppo illo. Que es un gigantesc mammut, que on non controla plus. Certo un gigantesc mammut non es conveniente a inspirar sonios e enthusiasmo… Il sembla per exemplo que le “directivas europee” son un maniera pro le governamentos de imponer regulas e leges sin alicun controlo de lor parlamentos (ni le parlamentos national, ni le parlamento europee) : e le numero de milles e milles de tal directivas in le acquis communautaire es inquietante — le mammut es anque un machina pro fabricar leges.

Forsan nos va adoptar un Constitution. Va ben. Un obra capital, solemne e forte, la Constitution del Union Europee, que inspirara le respecto al seculos futur, como le Declaration de Independentia del Statos Unite ? No. Etiam si on cita pomposemente Thucydides in le frontspice, non es iste Constitution le obra fundator imaginate per un manata de homines visionari : es le resultato moleste de laboriose compromissos inter politicas parve e politicos minuscule.

Le effortios de communication facite super le allargamento del Union son essentialmente nulle, al minus hic in Francia. On ha parlate a nos del dece nove pais como de destinationes touristic, nunquam seriosemente, e on nunquam prendeva le pena de explicar le avantages, e pro los e pro nos, de iste allargamento. E nemo pote justificar proque on non decideva de admitter le ille pais solo post le adoption del Constitution, plus tosto que se hastar talmente e assi render etiam plus difficile iste adoption.

Si es organisate un referendum super le Constitution, io me demanda an io non votara no, le morte in le anima. Quo es partite le sonio de Europa de mi infantia ?

(jeudi)

Blablabla

J'ai dîné ce soir avec des amis de l'École (nous étions treize à table) au restaurant de cuisine sichuanaise dont j'ai déjà parlé ici. Et c'est toujours aussi bon. (Bon, on a eu un doute sur un lapin à la sauce aux clémentines que le restaurant prétendait nous avoir servi et que nous n'avions pas vu passer. Mais ils ont fini par nous croire.) Après quoi, comme de droit, nous avons passé un moment à jouer à Arcanoïd ; finalement, ce qui rend ce jeu amusant, je crois, ce n'est pas le fait qu'il faille réfléchir (ce n'est vraiment pas le cas) mais simplement le nombre de situations bizarres et amusantes (parfois très ironiques de la part du hasard), le nombre d'interactions imprévues, qui peuvent se produire, et qui font que souvent les parties ont vraiment une petite histoire à raconter.

Que dire d'autre ? Que je n'aime décidément pas la pluie, par exemple ? Un peu attendu. Ah tiens, j'ai remis mes lentilles de contact (enfin, une paire toute neuve, puisque ce sont des mensuelles) aujourd'hui pour la première fois depuis quelque chose comme six semaines.

Demain il y a des gens qui doivent passer vers midi pour voir mon jardin pour dresser un devis pour le faire nettoyer (il s'agit essentiellement d'en retirer les arbres ou arbustes qui ont commencé à y pousser, dont les racines pourraient endommager des canalisations, dixit mon syndic). Je ne sais pas si j'aurai le courage de me lever, sachant qu'il est déjà 5h du matin.

(mercredi)

Procrastination

Je ne suis assurément pas le seul (surtout dans le genre geek) affligé de procrastination. Ce qui est peut-être plus bizarre, c'est la manière dont elle interagit avec un sentiment de culpabilité : plus je remets quelque chose (que je dois faire) à plus tard, plus je me sens coupable de faire ainsi, et plus je me sens coupable moins j'éprouve l'envie de m'y mettre. C'est particulièrement évident quand il y a quelqu'un qui pourrait plus ou moins me juger au bout : par exemple, quand je reçois un mail auquel je dois (ou en tout cas auquel je compte initialement) répondre, plus je tarde à le faire plus je me dis que je dois faire une réponse vraiment intéressante et sérieuse, ou trouver quelque chose, pour compenser mon retard, et cela me motive d'autant moins pour répondre. Plus j'ai des choses urgentes et importantes à faire dans la journée moins j'ai envie de me lever, parce que ces choses me font peur, parce que j'éprouve une sorte de culpabilité à ne pas les avoir faites déjà, et finalement moins je les fais. En bref, je ne veux pas penser aux choses qui m'inquiètent parce que je ne les fais pas, donc je fais autre chose. Tout cela s'imbrique dans une sorte de spirale de l'inaction qui est, de plus, terriblement anxiogène.

J'ai besoin de vacances pour évacuer ce stress. Mais pas de vacances dans le genre où je ferais moins de choses (car je ne fais déjà presque rien de mes journées), simplement des vacances où j'aurais moins à faire. L'ennui, c'est que ce n'est pas possible, sauf peut-être si j'avais un secrétaire privé pour se charger, par exemple, de répondre à mes mails quelque chose comme David Madore est en vacances et vous em****e si vous avez besoin de lui. Hum…

(mardi) · Premier Quartier

Fragment littéraire gratuit (#11)

Des objets épars. Un tome ouvert au hasard — le livre VI de l'Énéide. Une orchidée fanée. Un papier sur lequel une main incertaine avait griffonné un numéro. Un dragon de jade. Une ampoule brisée. Une carte d'un jeu de tarot — le seizième arcane majeur — illustrée d'une phrase de la Genèse (ויפץ יהוה אתם משם). Un galet bien poli. Un plan de Paris — par ailleurs fort vieux. Un flacon de parfum vide mais dont se dégageait encore une odeur qui évoqua à Anatole une image baignée du soleil de son enfance.

Autant de fragments orphelins d'une existence fugace ; et chacun vibrait d'une histoire racontée de la voix des choses abandonnées qu'aucune oreille n'écoute. Entre ces pièces, le fil d'or que tresse Lachésis devait pourtant décrire les inépuisables arabesques que le Destin invente pour rassembler ces articles disparates. Anatole soupesa le dragon et le porta devant ses yeux.

Peux-tu me dire, toi, si je dois aujourd'hui renier ce serment que j'ai fait il y a vingt ans ? — Mais la figurine demeura muette, car elle ne s'exprimait que dans sa langue, celle qui répète toujours la même histoire, celle qu'aucun homme ne veut entendre car il n'y est question ni de bien ni de mal, ni de serment ni de trahison. Il sembla à Anatole qu'un oiseau dehors annonçait l'aube. Il reposa la statuette et quitta la pièce : les dieux du Hasard et de la Nécessité n'apprécient guère les offrandes.

Il fallait bien se résoudre.

(lundi)

What a Wonderful World

M'étant récemment acheté un graveur de DVD, j'ai poursuivi mes courses en achetant, pour relire les disques que je pourrai graver, deux lecteurs de DVD (dont un qui fait aussi graveur de CD) à mettre dans mes deux ordinateurs à Orsay et à Paris (l'un d'eux n'avait jamais eu qu'un lecteur de CD, l'autre avait un lecteur de DVD vieux de quatre ans et qui avait énormément de mal à lire certains DVD et par ailleurs des problèmes mécaniques dans l'ouverture et la fermeture du tiroir). Ce n'est pas d'eux que je veux parler (ils n'ont rien de spécialement remarquable en eux-mêmes) mais du fait qu'on peut maintenant se procurer un lecteur de DVD pour moins de 60€ (montez à 80€ si vous voulez en plus qu'il fasse graveur de CD), et encore, je suppose qu'en cherchant un peu (ce que je n'ai pas fait — je suis allé à exactement cinq minutes de chez moi à pied, donc à la Fnac Italie 2), on peut descendre encore un peu plus bas. Ce serait un peu éculé de faire remarquer qu'Alexandre le Grand n'aurait pas, pour tout son empire, pu obtenir un seul de ces objets qu'on trouve maintenant avec tant de facilité, mais il y a tout de même, je crois, quelque chose à retenir de cette idée. Même en se gardant bien d'une révérence excessive envers la technologie, nous avons le droit de nous étonner admirativement de certains prodiges auxquels elle a su arriver en matière de création d'objets sophistiqués.

Ce n'est pas qu'un lecteur de DVD est quelque chose de miraculeux en soi : je crois avoir une bonne idée des principes physiques qui régissent son fonctionnement. Mais le fait qu'on arrive effectivement à les implémenter, et que ça marche, me fascine positivement. À la fois sur le plan « ontologique » et sur le plan « ergologique », si j'ose dire : d'une part, c'est une chose de savoir qu'on peut focaliser un laser pour observer l'état d'une impulsion microscopique, et qu'il existe des molécules susceptibles de changer de réflectivité ou de transparence quand on les soumet à une forte lumière, mais c'est tout à fait autre chose d'arriver effectivement à caser dans un parallélipipède de quelque chose comme 15cm×4cm×18cm tout le mécanisme et toute l'électronique capables de tirer parti de ces principes physiques ; d'autre part, c'est une chose d'avoir les plans détaillés d'un lecteur de DVD qui marche, mais réussir à en produire vraiment un (ou des milliers à la chaîne — ce n'est pas cette différence qui m'impressionne) est tout autre chose.

En bref, je suis tout à fait admiratif devant le métier d'ingénieur, parce que je serais complètement incapable de l'exercer : en fait, je n'arrive même pas à concevoir ce que les ingénieurs font — pour moi, c'est de la magie noire. La science, je sais comment ça marche, mais le génie, c'est, justement, du génie.

Et ce ne sont pas les objets les plus complexes qui sont forcément fascinants dans leur création : il y a un célèbre petit texte de Leonard Read appelé I, Pencil qui souligne tout ce qu'il y a d'admirable dans la création de l'objet le plus banal de ceux qui nous entourent — un crayon à papier. (L'auteur en fait un manifeste pour le libéralisme économique, ce avec quoi je ne suis pas forcément d'accord, mais quoi qu'on en pense, ce texte est tout à fait digne d'intérêt.)

Par certains aspects, c'est tout de même vraiment un monde merveilleux…

(dimanche)

Demain c'est la rentrée

Ce n'est pas comme si les vacances scolaires avaient une signification très importante pour moi — en ce moment j'enseigne deux heures par semaine en tout et pour tout, ce n'est pas une surcharge de travail — mais j'ai le sentiment (à tort ou à raison) qu'il y a une quantité invraisemblable de choses (comme remplir mon dossier de demande de deuxième année d'ATER…) que j'ai remises « à plus tard » pendant ces deux dernières semaines ou avant et qui vont me retomber dessus avec toute la grâce d'un hippopotame s'écrasant sur un œuf. Je suis très tendu (le genre de tension caractéristique de l'état mental « je n'ai pas fait ce que j'aurais dû, et je vais en subir les conséquences »).

Quelque part je retrouve l'état d'esprit de mon enfance, quand je faisais une maladie de chaque rentrée.

(Saturday)

DVD±R[W]—and Linux

Acting upon a sudden uncontrolled impulse, because I had some time and some money to waste this afternoon and since I was walking through the 12th arrondissement of Paris (where all the Chinese computer hardware retailers are located), I bought myself a DVD±R[W] drive (burner, I mean). A Plextor PX-708A, to be precise (whose maximal burning speeds are: 8× for DVD+R, 4× for DVD+RW, 4× for DVD−R, 2× for DVD−RW, 40× for CD-R and 12× for CD-RW; reading speeds are 12× for DVD-ROM and 40× for CD-ROM); I've always bought Plextor burners previously and I've been quite satisfied, so I think I can recommend them.

The difference between ‘+’ and ‘−’ was completely unintelligible to me, and still isn't perfectly clear, but here is a (partial) explanation. (Unfortunately, Google isn't of much help here, since it doesn't distinguish "dvd+r" from "dvd-r", say.) Basically, ‘+’ is less compatible with existing DVD-ROM drives, but in counterpart can be written incrementally and without risk of buffer underrun or such annoyances, whereas ‘−’ is much closer to CD-R[W]. Incidentally, ‘−’ is supported by the people who came up with the DVD (same DVD logo), whereas ‘+’ is sponsored by a different group (and the logo on disks is different). Apart from that, the disks have the same size and—except for an explicit marking—are not recognizable (both have the same purplish hue, for example, for Verbatim disks with AZO-based dyes; strangely enough, their DVD−R are made in Taiwan whereas their DVD+R are made in India). Their capacity is the same (around 4.4 gigabytes—meaning around 4.7 billion bytes—for single-sided single-layer disks) and the price also seems to be precisely the same.

To burn DVDs under Linux, I've tried DVD+RW-tools, and they seem to work (although I've had some strange symptoms here or there); despite the name, they will also work with DVD−R[W], not just ‘+’. And the name (growisofs) is also ridiculously unintuitive, but the program in question is also able to, say, record a cramfs image on the medium, not just grow an ISO9660 filesystem. Plain old cdrecord won't work; and although there is a special different version (cdrecord-prodvd) which will, I don't recommend using it, were it only for the fact that it has a highly obnoxious (and non-free) license—you need a “key” of some sort to do the writing, and you don't get access to the source code, and you might not even be able to use it commercially. There is also a free fork of cdrtools (the kit which includes cdrecord) called dvdrtools which might be useful, but I haven't tried it yet.

Anyhow, it seems to work. Well, the DVDs I've recorded (whether ‘+’ or ‘−’) weren't readable by my DVD-ROM drive, but it's very old and mostly broken anyway, so I'm not really surprised. The burner itself is able to read the disks it wrote (I checked them thoroughly), which is what I mostly care about because I intend to use DVDs for backups.

(samedi)

Enfin ! Arcanoïd en français !

Un des meilleurs joueurs mondiaux d'Arcanoïd (dont nous tairons le nom pour protéger les coupables 😝 — mais ceux qui le connaissent le reconnaîtront 😉) m'a rendu ce service que de traduire en français les règles du jeu (au moins pour la variante principale, dite de Mayence). On continue à travailler à harmoniser les deux versions, s'assurer que toutes les subtilités ont été traitées et ainsi de suite, mais cette traduction devrait déjà permettre — on l'espère — à ceux qui ne connaissent pas l'anglais de jouer à un jeu si raffiné.

(vendredi)

De l'art intimidant de faire des compliments

Je suis frappé de voir à quel point j'ai du mal à faire des compliments à quelqu'un que j'ai en face de moi (par mail, par exemple, c'est déjà beaucoup plus facile). Et d'autant plus si je veux dire à quelqu'un qu'il est beau garçon, par exemple (même si c'est « sans arrière-pensée »). Comment cela se fait-il ?

(vendredi)

Éblouissement

La luminosité extérieure ces jours-ci est vraiment très élevée. Je remarque que je suis facilement ébloui, mais pas de la manière qu'on pourrait attendre : c'est en fait quand je passe d'un endroit brillamment éclairé à un endroit sombre que je me trouve ébloui — je vois des sortes de tâches jaunes dans les yeux, une image rémanente qui, au lieu de décroître progressivement, commence par gagner d'abord en intensité avant de diminuer. Tout à l'heure, en rentrant dans la station Châtelet depuis la rue de Rivoli, au bout de quelques minutes (mais pas immédiatement) je me suis trouvé pratiquement aveugle, c'était plutôt inquiétant.

(jeudi)

La RAM des PC

J'aimerais bien savoir s'il existe des statistiques fiables sur le nombre de barrettes de RAM défectueuses parmi celles qui sont vendues dans le commerce (genre, chez le Chinois typique du 12e arrondissement…). Mon pipotron (alimenté, quand même, par quelques observations de divers PC autour de moi) me souffle que la proportion de barrettes ayant au moins un bit défectueux (ou qui le deviendra en quelques années) avoisine les 50%, et c'est assez énorme. Les tests mémoire (du style Memtest86 ou MemMXtest) sont à peu près nuls quand il s'agit de repérer les erreurs : en gros, on sait qu'on a une RAM défectueuse quand on observe des plantages inexplicables ou des fichiers corrompus sur un seul bit. La seule solution à ce problème, c'est la mémoire ECC (les barrettes font 36 bits au lieu de 32, ce qui permet de corriger une erreur sur le mot, et d'en détecter deux) : l'ennui, c'est que c'est difficile à trouver et cher, et, surtout, que trouver la carte mère qui va savoir gérer la chose, ce n'est pas évident (la dernière fois que j'avais regardé, ça n'existait que pour Pentium IV). Je me suis promis de ne plus acheter de PC qui n'ait de mémoire ECC, mais je ne sais pas si j'arriverai à tenir cet engagement…

(mercredi)

La parabole de la loterie

Le Maître dit : On offre à un pauvre hère un billet de lotterie. Celui-ci rapportera peut-être un lot fabuleux, un bien immense, et il n'y a rien à perdre, donc aucun mal ne peut venir au hère par ce don. Et pourtant : les jours qui précèdent le tirage, le voici qui perd le sommeil, dans l'angoisse de savoir si son billet sera gagnant. Cela n'est-il pas bien étrange ? Ne devrait-il pas se réjouir simplement de la possibilité qui lui est offerte, ou du moins ne pas s'inquiéter quand il n'y a pas de sujet d'inquiétude ?

PS : Un mot de plus dans ma liste des différences inexplicables d'orthographe entre le français et l'anglais, loterie qui devient lottery en anglais.

(mardi)

Plus sur LambdaMOO

Ska me dit qu'installer un serveur LambdaMOO à l'ENS bien en vue sous le nez d'un groupe de joyeux geeks, c'était un peu l'équivalent moral d'offrir un échantillon de dégustation d'une nouvelle drogue à une bande de junkies. Mea maxima culpa, donc.

Ce jeu (si on peut parler de jeu) est à l'extrême opposée de tout ce qu'on peut faire de moderne, dans le genre Ultima Online, There et autres mondes virtuels bien graphiques : l'interface est entièrement en texte (take stone, throw stone at david et ainsi de suite) ; pourtant, l'idée est la même : fournir un monde virtuel à explorer dans lequel les personnages peuvent évoluer et interagir entre eux. En gros, LambdaMOO, c'est le croisement de Zork et d'IRC ; mais ce qui fait son intérêt particulier pour ceux qui aiment ça, c'est qu'on est à la fois joueur et créateur : on fait évoluer le monde dans lequel on évolue, on construit de nouveaux lieux, de nouveaux objets, et on leur donne une réelle richesse en programmant des réactions aux actions que les autres joueurs pourraient effectuer dessus.

En l'occurrence, il a suffi de quelques jours pour que fleurissent un dédale de pièces reflétant l'ENS, un système de trains qui marchent vraiment, un robot qui explore le monde et qu'on peut contrôler grâce à une boule de cristal, un tigre auquel il faut donner à manger, des jouets mécaniques à la pelle, un singe programmeur, un trou noir, une salle où tout ce qu'on dit s'entend très fort, et encore quantité d'autres objets hétéroclites complètement absurdes. Manifestement, il y a des gens qui ne manquent pas d'imagination, et, surtout, de volonté de se prendre pour des démiurges.

Bon, à côté de ça, il faut dire que le système a ses défauts techniques : il n'est pas aussi flexible qu'on voudrait, le mécanisme de permissions est épouvantablement mauvais, le langage de programmation est une pure horreur, et la documentation est inexistante ; sans parler du fait que l'interface est calamiteuse et qu'il n'y a aucune i18n (notamment, on ne peut pas utiliser de caractères accentués, et nous nous sommes retrouvés avec un mélange bizarre d'anglais et de français — pardon, de francais donc) ; la gestion du langage et la gestion du monde sont inextricablement imbriquées, et j'en passe. Il n'en fallait pas moins à un théoricien fou comme moi pour commencer à lancer les idées d'une réécriture complète sur des bases plus saines et plus modernes. Enfin bon, (heureusement ?) ce sera sans doute un de plus de mes projets jamais achevés.

Ceux qui veulent essayer un LambdaMOO en vrai peuvent se connecter sur le LambdaMOO d'origine, il suffit d'une simple connexion Telnet pour cela.

Sinon, pour ceux que ce genre d'idées intéressent, je tiens à signaler au passage le très intéressant langage Inform, un compilateur pour la Z-machine d'Infocom, qui a donné une nouvelle vie à celle-ci en permettant de créer facilement des jeux d'aventure (des fictions interactives) à la Zork — malheureusement à un seul joueur, comme la Z-machine ne permet pas mieux.

(Monday) · New Moon

Gratuitous Literary Fragment (#10)

This one is really pour le plaisir. I'd be curious to know what could be imagined to fill in the blank before and after the fragment!

Left alone, Xiong was able to contemplate at his leisure the extent of his humiliation. Failure was a thought he had been able to cope with, death was a risk he had been willing to take—but this! Such a magnitude of dishonor was unheard-of: the heights of glory to which he had dreamt of soaring mocked him cruelly, now for all time beyond his reach—as was even his own modest former status. The lowliest pariah would not be his equal in indignity. And suicide being out of question as he was beholden for his life, Xiong would have to live the misery fully through.

As he plunged thus through the bowels of despair, Xiong was drawn back to reality by the sound of the door opening. He expected to see his former master storm in, or perhaps his father-in-law, or at any rate someone to whom he would have to apologize profusely, but the person who walked through the door, followed by a train of courtiers which betokened his importance, was unknown to Xiong, and somehow managed to rouse curiosity in the latter's dejected mind.

The man was elderly and corpulent, his face was red, but his visage spoke at once of aristocracy and benevolence. He came up to Xiong and said, point-blank:

Good morning. My name is Lar Simon, you may have heard of me as I am a Senator of this province (please—do remain seated). In fact, this is precisely the reason which brings me here. I know the following will sound improbable, and that is why I came to tell you in person, and I will have some explaining to do, but let me start with the good news. The Permanent Council met yesterday…

Lar had to repeat the next sentence five times before Xiong understood. Much as a person could be surprised in receiving an award for his paintings when he has never come near a canvas, this were nothing compared to Xiong's astonishment.

(dimanche)

Les invasions extra-terrestres

Independence Day ce soir à la télé : le film à côté duquel Star Wars a le réalisme d'un documentaire scientifique. Je ne sais pas si je supporterai une telle avalanche de niaiserie jusqu'au bout (même au second degré c'est assez pénible), mais d'un certain point de vue c'est intéressant de comparer avec la vision radicalement différente des extra-terrestres qu'on pouvait avoir à l'époque de Le Jour où la Terre s'arrêta — ou, plus exactement, c'est la vision des humains qui a changé : maintenant nous nous prenons pour des pacifiques agressés, apparemment.

Le happy end est une resucée[#] de celui de la Guerre des Mondes (i.e. le petit virus[#2] qui sauve l'humanité), débarrassé de son génie, et agrémenté d'une bonne dose d'axiomes hollywoodiens (dans le genre tout système informatique est piratable par quelqu'un de suffisamment malin, et bien sûr le système informatique des extra-terrestres est évidemment compatible avec le nôtre), avec le sirop de bonne conscience qui va avec. Sans parler du fait qu'il est douteux que l'humanité puisse se relever des dommages qu'elle est censée se voir infliger, il fallait quand même une certaine audace pour prétendre à une fin heureuse après tellement de destruction — passons.

Plutôt que de tirer sur les ambulances, je vous propose un film de science-fiction qui a vraiment une intrigue intéressante et profonde : La Planète interdite. Ou bien, si vous préférez l'équivalent de Independence Day au second degré, le fabuleux Galaxy Quest.

[#] Que les auteurs n'ont même pas eu le cran de reconnaître ouvertement. Ç'aurait été la moindre des choses, par exemple, que de laisser le petit génie avoir son idée en tombant sur un exemplaire du livre de Wells.

[#2] Au demeurant, les virus ont, historiquement, plutôt eu tendance à être du côté de l'envahisseur. Quand l'Amérique a été « découverte », les maladies ont bien aidé les Européens à exterminer les Indiens en masse.

(Saturday)

On a theorem by Max Noether

Today I feel like explaining a little bit of algebraic geometry, namely a theorem by Max Noether and Castelnuovo on the so-called Cremona group of the plane. (My intention is to explain what the theorem states, not to prove it, which would take far more space than an entry here would allow. I hope I can make what follows clear to people with a relatively modest knowledge of mathematics—perhaps an undergraduate level.) Incidentally, let me mention that Max Noether is the father of Emmy Noether, who was certainly the most remarkable woman mathematician ever (and far more important to mathematics than Max Noether).

We concern ourselves with birational transformations of the plane, so let us first explain what this means. A rational map of the plane to itself is given, by definition, by two expressions, (x′,y′), giving the coordinates of an image point in function of those, (x, y), of the original point, in which we impose that x′ and y′ be rational functions of x and y, in other words quotients of two polynomials in these two variables (which we can assume, after elimination, to have no common factor), say, with real coefficients, the denominator being—of course—not identically zero. For example, letting x′=0 and y′=0 maps the entire point to the origin (0,0); letting x′=−x and y′=y defines the symmetry with respect to the vertical axis; letting x′=x and y′=x² gives a rational map that projects the entire plane onto the parabola with equation y=x², and so on. Note that a rational map is not always defined everywhere, since we have allowed polynomials in the denominator: for example letting x′=1/x and y′=1/y gives a rational map that is defined only so long as x and y are both nonzero (i.e. away from the coordinate axes), but we still call this a rational map of the plane to itself; since the denominator cannot be identically zero, there are always some points in the plane (many points, in fact: in a topological sense they are “dense”) for which the mapping is defined. Now we can generally compose two rational maps of the plane to itself, merely by replacing the x and y variables in the “outer” map by the x′ and y′ given by the “inner” map; for example, composing the former map (x′=1/x and y′=1/y) with itself gives the identity map (x′=x and y′=y), simply because 1/(1/t)=t. (Note that we cannot always compose two rational maps, because the composition might make sense nowhere, in other words it might end up giving an identically zero denominator, something we have excluded.)

When a rational map of the plane to itself is such that there exists another map which, when composed with it, (makes sense and) gives the identity map (viz. x′=x and y′=y), we say that the map (either of the two maps, actually) are birational transformations of the plane. For example, our previous example (x′=1/x and y′=1/y) is a birational transformation of the plane, since, as we have explained, when composed with itself, it gives the identity map. On the other hand, the constant rational map (x′=0 and y′=0) is not a birational transformation of the plane, since composing it with anything (in any order) gives a constant map if it makes sense at all. In perhaps more intuitive terms, a birational transformation of the plane is a rational map of the plane to itself which can be inverted by another rational map. (It is not exactly a bijection in the function sense, because it might not be defined everywhere. However, it is “mostly” a bijection.) The misfortune of composition not always being defined does not happen for birational transformations: the composition of two birational transformations of the plane always exists (makes sense) and is always itself a birational transformation; and, of course, by definition, any birational tarnsformation has an inverse which is also a birational transformation. (For those who know what that means, birational transformation of the plane form a group, the Cremona group of the plane. Note that it does not suffice for a rational map to be bijective in order for it to be a birational transformation: for example, x′=x³ and y′=y³ defines a rational map which is bijective because cube roots always exist and are unique, but which is not a birational transformation because cube roots are not rational functions.)

Now let us consider some particular birational transformatins. First of all, we have those of the following form: x′ = (a1·x+b1·y+c1) / (a0·x+b0·y+c0) and y′ = (a2·x+b2·y+c2) / (a0·x+b0·y+c0), in which the ai, bi and ci are real numbers: in other words, x′ and y′ can be expressed as quotients of first degree (aka affine) polynomials, with equal denominator; I'm not claiming that any such form defines a birational transformation, but it turns out that almost all do (all one needs to impose is the nonvanishing of the determinant of the 3×3 matrix of coefficients, and then the inverse transformation is given in the same form by the inverse matrix); those that are of this form are called projective transformations of the plane. For example, all plane symetries, rotations, translations, and much else, are all projective transformations. The composition of two projective transformations of the plane is a projective transformation, and the inverse of a projective transformation is a projective transformation (in technical terms, this means that projective transformations form a subgroup of the Cremona group). Basically, the projective transformations are the “uninteresting” birational transformations: they take lines into lines, so they are geometrically boring. (Another fact worthy of note is that given four distinct points in the plane, no three of which are aligned, and given another quadruplet of points satisfying the same condition, there is a unique projective transformation taking one set in the other in the prescribed order.)

Now let us consider two very simple examples of birational transformations which are not projective transformations: the first one, which has x′=1/x and y′=1/y, we have already mentioned; the second one is x′ = x/(x²+y²) and y′ = y/(x²+y²). Both give the identity when composed with themselves, as is easily checked, so both are, indeed, birational transformations of the plane. The first one corresponds to inverting the two (cartesian) coordinates independently, and the second corresponds to inverting the radial coordinate of polar coordinates (in other words, the distance to the origin) while keeping the angular coordinate fixed. Call these two transformations the basic Cremona transformations of the plane.

Well, the remarkable fact, which is the statement of Max Noether's transformation theorem, is that these two basic Cremona transformations are essentially the “only” ones we can form, or, rather, they are the building blocks for all other birational transformations; the precise statement is: any birational transformation of the plane can be written as the composition of projective transformations and the two basic Cremona transformations which we have given (of course it may be necessary to use either of them multiple times in the composition). So any birational plane transformation, no matter how complex, can be reduced to these basic transformations. (In reality, the theorem is somewhat simpler if we work over the complex numbers instead of the reals as we have done: then we need only one basic Cremona transformation, and either one will do. Over the reals we need two. But I did not want to make this entry more complicated by considering the plane with complex coordinates.)

To give an idea of why this is remarkable, we can consider the situation in other dimensions: is is straightforward to define birational transformations of the line, of three-dimensional space, and in fact, of n-dimensional space for any n, and among these are the obviously defined projective transformations. Now it turns out that in dimension one, the only birational transformations are the projective transformations (also called homographies): there are simply no others (and there is no Cremona transformation). In dimension three or more, it is not possible to find a finite number of particular birational transformations which, when composed with the projective transformations, will span all other birational transformations: the Cremona group is simply too complicated, and it is hardly possible to say anything useful about it.

Well, I don't know whether this is all very enlightening; at least, it is a little but elegant bit of algebraic geometry.

(vendredi)

Rien d'intéressant

Ma journée d'aujourd'hui n'était pas spécialement marquante, mais néanmoins riche en petits faits globalement plutôt agréables. J'ai eu peu après mon réveil un coup de téléphone d'un lecteur ce blog (que je ne dénoncerai pas, et je n'en dirai pas plus, mais il peut le faire s'il le veut). J'ai reçu d'Amazon le DVD de Sebastiane, sans doute le seul peplum homoérotique entièrement en latin (si, si) : je suis curieux de voir ce que ça donne. J'ai réussi la cuisson la plus parfaite des œufs à la coque que j'aie jamais réussi (et j'ai mangé un pamplemousse en entrée, qui était aussi particulièrement bon). Il n'y avait pas grand monde ce soir à >Dégel! (vacances de Pâques obligent), mais c'était néanmoins bien sympathique. J'ai perdu plein de temps à créer un donjon LambdaMOO de base — plus pour comprendre le fonctionnement du système que pour vraiment en tirer quelque chose — et c'était assez rigolo (même si je suis un peu déçu par le manque de flexibilité du langage et la lourdeur de l'architecture). Enfin, j'ai reçu quatre mails (tous de la même personne, hé, hé) qui m'ont fait vraiment plaisir.

Bon, mais là il est cinq heures (classique, avec David spécialement), alors je vais me coucher.

(jeudi)

Me faut-il un nouveau timewaster ?

Mon petit doigt me dit que si je commence à regarder de près ce que c'est que LambdaMOO, je risque d'y passer un temps infini. Aïe.

(jeudi)

Suivre les blogs

C'est marrant, les blogs (j'en lis un certain nombre : cf. la section afférente dans mes bookmarks), c'est facile à suivre quand on le fait régulièrement, mais dès qu'on décroche pour quelques jours (parce qu'on est trop occupé, par exemple) c'est très difficile de reprendre le fil. Et j'ai du mal à me dire ce n'est pas grave, je ne lis pas les messages que j'ai ratés, je reprends au moment présent. Surtout que beaucoup de gens font référence à des posts antérieurs sans donner des liens vers ces posts, donc on se sent tout de suite perdu.

(mercredi)

Plans de métros, luminothérapie, etc.

Un plan du métro de Paris de 1937 avait récemment fait le tour de la blogosphère francophone (je l'avais vu via Padawan), et les remarques d'un ami à ce sujet (notamment sur le fait que la correspondance à la Motte-Picquet, entre ligne 8 et ligne 10, y figure déjà comme elle l'est actuellement) m'ont donné envie d'en savoir plus. J'ai demandé à ma maman, qui est formidable, et qui surtout en l'occurrence gère la section cartes et plans de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, de me trouver des plans à d'autres époques, notamment dans les années '20, vers 1935, et vers 1950. Ce qu'elle a fait, et elle m'a donné les photocopies. Je trouve assez fascinant de voir comment le réseau évolue, comment les stations se créent et parfois disparaissent, et comment des tronçons appartiennent tantôt à une ligne et tantôt à une autre (ainsi, celui qui va des Invalides à Duroc a appartenu successivement à la ligne 10 — Invalides ↔ Jussieu — et à la 14 — Invalides ↔ Porte de Vanves —, avant d'être enfin partie de la ligne 13, laquelle est formée de bouts hétéroclites de toutes sortes de lignes anciennes). Les photocopies sont difficiles à déchiffrer (faute de couleurs), donc j'irai peut-être prendre des photos des plans originaux (et dans ce cas je tâcherai de les mettre en ligne). J'aimerais aussi entrer toute l'information dans un format tel qu'un ordinateur soit capable de tirer, ensuite, toujours au même format, le plan de métro à n'importe quelle date qu'on lui demanderait : l'évolution doit être assez amusante à suivre.

Ma mère, qui est toujours formidable, m'a ensuite offert une lampe à luminothérapie, comme elle me l'avait promis. J'ai été vaguement inquiet du fait que le type qui nous l'a vendue avait un peu l'air d'un gourou, ce qui ne me donne pas une confiance absolue dans le sérieux scientifique de la chose (et aussi, quand on me parle d'action sur la glande pinéale, j'ai tendance à avoir mon neurone à pipo qui fait bip-bip), mais bon, comme ma mère a dit, dans le pire des cas, ça me fait une lampe d'ambiance en plus.

Ensuite, ma mère et moi avons expérimenté le restaurant/bar espagnol qui est juste au bout de ma rue (faute d'avoir trouvé place à l'Avant Goût, rue Bobillot, qui est fameux mais — donc — toujours plein si on ne réserve pas deux semaines à l'avance). Je peux donc dire qu'il n'est pas mauvais, et qu'il y a au moins deux serveurs (ou barmen, comme on voudra dire) qui sont à voir si on aime les garçons au corps beau comme un taureau aux hormones, si vous voyez le genre.

(mercredi)

Rebond sur Jésus

J'ai eu beau préciser clairement que ma présentation de Jésus n'avait aucune finalité à être un travail d'historien ou de détective, on m'a néanmoins sommé (en privé) d'avancer quelques arguments sur l'idée qu'il protestait contre l'occupation romaine et sur la théorie que Jésus et Barabbas n'étaient qu'une seule et même personne. (Je précise que ces deux thèses ne sont absolument pas de moi. Je ne fais que trouver la première très plausible et la seconde assez séduisante.) Comme la réponse que j'ai faite peut présenter un certain intérêt, je la reproduis ici (mais je précise bien d'avance que je n'ai pas l'intention de rentrer dans un débat historique, donc je m'en tiendrai là).

Ce qui pousse à croire que Jésus avait effectivement un message temporel, c'est notamment qu'il s'inscrit apparemment dans le courant essénien, qui prônait le retour à la suprématie religieuse souveraine sur le royaume Israël. C'est aussi qu'il a été crucifié par les Romains, qui n'avaient aucune raison de mettre à mort quelqu'un juste pour faire plaisir aux Juifs (ça c'est ce que les évangiles essaient de nous faire croire, mais cela tient assez peu debout quand on sait le mépris complet que Pilate avait pour les Juifs), mais qui avaient beaucoup plus de chances de le faire si l'homme s'était révolté contre la domination romaine. Les révoltes contre Rome, si on lit Flavius Josèphe on s'en rend vite compte, étaient monnaie courante à l'époque. Le fait que les évangiles prennent le soin de dissocier Jésus de cela (au point de lui faire dire rendez à César ce qui est à César…, donc je ne proteste pas contre les impôts prélevés par les Romains, mon message n'est pas de ce monde), alors qu'ils cherchent à convertir les Romains, est en soi assez louche. Et puis, il y a la question de savoir si Jésus et Barabbas sont une même personne (de Barabbas il est dit expressément que c'était un insurgé).

En effet, la théorie existe — et n'est pas de moi — que Barabbas et Jésus seraient la même personne. Comme arguments dans ce sens, signalons le fait que les plus anciens (et les plus authentiques) manuscrits qu'on possède contenant ce verset de l'évangile de Matthieu (27:17) mettent dans la bouche de Pilate la phrase suivante : Jésus Barabbas, ou Jésus qu'on appelle le Christ (Ἰησοῦν τὸν Βαραββᾶν ἢ Ἰησοῦν τὸν λεγόμενον Χριστόν). Les manuscrits ultérieurs retirent le premier Jésus. (Le fait a été remarqué par Origène.) Évidemment, il est possible que Barabbas, un personnage différent du Jésus que les chrétiens suivent, ait existé, et se soit également appelé Jésus, par coïncidence (pas forcément une coïncidence extraordinaire, le nom n'étant pas extrêmement rare), et qu'on ait retiré le nom par déférence et pour éviter la confusion, mais cela surprend tout de même. Surtout que Barabbas n'est pas un nom : c'est un surnom qui signifie fils du père — cela commence à devenir troublant. Comme certains font remarquer, la phrase Jésus Barabbas, ou Jésus qu'on appelle le Christ peut très bien avoir été retenue verbatim mais avoir été comprise différemment alors qu'à l'origine elle pouvait signifier Jésus Barabbas, ou (si vous voulez) [autrement dit] Jésus qu'on appelle le Christ. Il y a pu avoir confusion dans les esprits, ou, si on est un tantinet plus machiavélique, volonté délibérée de réécrire les faits (du genre dites, Messieurs les Chrétiens, j'ai vaguement souvenir d'un Jésus qui doit être celui dont vous parlez, mais c'était un brigand et un insurgé contre l'autorité de Romemais non ! vous confondez avec (Jésus) Barabbas, qui était effectivement un brigand, mais, voyez, la foule des Juifs a préféré libérer celui-ci plutôt que notre maître à nous contre lequel Pilate ne voyait pas de mal…). En tout état de cause, l'idée que le préfet de Judée aurait accepté de libérer Barabbas s'il était insurgé (Marc 15:7) est peu plausible, donc il est permis de penser qu'il y a un problème avec ce passage.

(mardi)

Fin du calvaire ?

[600e entrée dans ce 'blog ! Hourra, hourra, hourra ! Hourra, hourra, hourra !]

Cette fois-ci, normalement, c'est bon, les désagréments sont temporairement écartés : tous mes PC ont été mis à jour (c'est-à-dire, celui que j'ai à Paris, celui que j'ai à Orsay chez mes parents, et celui qui sert de routeur chez mes parents). J'espère que je vais enfin pouvoir faire autre chose de mes journées.

Quant au plantage mystérieux (qui signifiait entre autres qu'on ne pouvait plus poster de commentaires ici), je ne sais pas à quoi il était dû. Sans doute les noyaux Linux 2.6 ne sont-ils pas aussi stables qu'on le prétend.

(lundi) · Dernier Quartier

J'en ai marre des ordinateurs

Je viens de passer la journée à installer Debian sur mon PC qui est chez mes parents (c'est déjà fait pour celui qui est chez moi à Paris). Évidemment, profitant du fait que je suis à Orsay, l'ordinateur de Paris (sur lequel, accessoirement, les commentaires de ce blog sont hébergés) en profite pour avoir des vapeurs (je ne sais pas quoi au juste, mais en tout cas il ne répond plus au réseau).

(dimanche) · Pâques

Comment j'imagine Jésus

Aujourd'hui, pour les Chrétiens, c'est Pâques, la fête où ils célèbrent la résurrection du fondateur de leur religion, Jésus. Un film est sorti récemment mettant en scène la vision traditionaliste (c'est-à-dire la plus conforme aux écritures religieuses) de la passion et de la mort de ce personnage. Juste pour marquer le coup, je vais donner ma propre vision (qui est celle d'un athée) ; je précise que je ne suis pas historien, et que je n'ai donc pas de lumières particulières sur le sujet (je commets même probablement des erreurs historiques notables), mon avis vaut celui de n'importe qui (et les idées ne me sont pas originales non plus). Voici donc la manière dont j'imagine Jésus : tout ce qui suit n'est que pure conjecture (même si j'ai omis d'écrire peut-être ou vraisemblablement ou autre précaution stylistique de ce genre) — parfois même pur exercice d'imagination — de ma part ; il me semble néanmoins que le résultat n'est pas invraisemblable. Il est en revanche très peu conforme à la vision qu'ont les Chrétiens : mon intention n'est bien sûr en aucune façon de choquer qui que ce soit.

De sa jeunesse, de ses origines, on ne sait quasiment rien. Il est possible que son père se soit appelé Joseph et sa mère Marie, et qu'il ait eu entre autres un frère du nom de Jacques. Il est originaire de Galilée, et il est probablement né en l'an 4 avant l'ère commune.

Très tôt, il subit l'influence des esséniens, peut-être passe-t-il un temps dans un monastère de cette mouvance. Il apprend l'hébreu (sa langue maternelle étant l'araméen) et reçoit un enseignement de la loi juive, devenant un rabbin (docteur de la loi). Mais une rencontre déterminante de sa vie sera celle de Jean, surnommé le Baptiste (du nom de la cérémonie qu'il pratique), un prophète de quelque importance, fondateur et guide d'une secte juive qui attend, notamment, l'arrivée d'un libérateur d'Israël, le messie.

Jésus développe plus tard son propre message, dans la continuité de celui de Jean-Baptiste, mais ayant une portée plus politique : entre autres, il proteste spécifiquement contre l'occupation romaine de la Palestine. Des disciples commencent à se rallier à lui. On le surnomme Bar Abbas, c'est-à-dire le fils du père (de la même manière que, plus tard, sous le règne d'Hadrien, le chef de la dernière grande révolte juive contre Rome, Simon, sera surnommé Bar Kokheba, le fils de l'étoile).

L'agitation provoquée par Jésus ne prend jamais beaucoup d'ampleur. Il ne déplace pas les foules, il ne mène pas de révolte particulièrement violente. Il attire cependant l'attention de Ponce Pilate, le préfet de Judée, peut-être par la trahison d'un de ses propres disciples (qui aurait par exemple été mécontent de la modération de Jésus), peut-être parce que les sadducéens du sanhédrim le trouvent gênant et en profitent pour améliorer leurs relations avec Pilate. Toujours est-il que Pilate le fait mettre à mort, de la façon déshonorante, c'est-à-dire, sur la croix. Il n'est pas homme à prendre des gants avec les Juifs, Pilate, et il s'agit de montrer à Tibère qu'il fait quelque chose.

Privés de leur chef, les disciples de Jésus auraient pu disparaître comme ils étaient apparus, et comme sans doute beaucoup d'autres disciples de semblables petits prophètes sont disparus et ont été totalement oubliés de nos jours (n'est pas Jean-Baptiste ou Bar Kokheba qui veut). Mais les disciples de Jésus persistent. Ce n'est probablement pas consciemment qu'ils changent le message du maître : l'aspect politique n'est plus très porteur (et le sera encore moins après la destruction du Temple par les armées de Titus, et encore moins quand Hadrien fera expulser les Juifs de Palestine), ils se concentrent sur l'aspect religieux, en même temps que, apôtres, ils cherchent à convertir non plus seulement (ou même plus principalement) des Juifs mais n'importe quels habitants de l'empire romain ; c'est sans doute Paul (qui était lui-même citoyen romain) qui montre la voie dans cette direction, et c'est très largement à lui qu'on doit le succès ultérieur du christianisme. Progressivement, les écrits principaux de la secte, qui au départ étaient en araméen, sont soit traduits soit nouvellement rédigés, en grec, la lingua franca de l'époque (même si leur façon de parler cette langue peut faire rire les Athéniens). Les évangiles, dont on ne retiendra que quatre (mais la situation a été moins nette), écrits par des gens dont il n'est même pas certain qu'ils aient connu Jésus, cherchent à éviter aux romains la responsabilité de la crucifixion : ce sont donc essentiellement les Juifs qui sont désignés comme coupables.

Bref, ce n'est probablement pas volontairement, ou en tout cas pas consciemment, que le message de Jésus est transformé. On ne parle plus de libérer la Palestine des Romains et de restaurer le royaume d'Israël. Mais alors quel message attribuer alors à Jésus ? Il parlait de l'arrivée d'un messie, il est naturel de comprendre que c'est lui ce messie ; or messie (mot qui signifie oint en hébreu, désignant à l'origine le roi d'Israël ou un autre élu de Dieu) se traduit christ en grec : Jésus devient donc Jésus-Christ pour ses apôtres, et comme on l'avait surnommé fils du père, on le dit fils de Dieu (Jésus lui-même, qui était pieux, n'aurait jamais commis semblable sacrilège). Évidemment, le fait qu'il soit mort crucifié, fin honteuse pour l'époque s'il en est, n'aide pas à répandre son message (si on avait dû inventer le personnage de toute pièce, on n'aurait jamais imaginé quelque chose de semblable) ; il faut donc qu'il soit ressuscité (l'idée a très bien pu naître d'un malentendu, et la rumeur se serait amplifiée que quelqu'un l'aurait vu vivant).

L'empire romain, au tournant de l'ère commune, était en mal de croyance. Des dieux étaient importés de divers pays conquis, sans réussir à apporter une unité satisfaisante au panthéon hétéroclite. Le dieu des Juifs n'avait pas vraiment sa place dans ce cadre : il est, justement, le dieu des Juifs (et pas nécessairement à l'exclusion de l'existence de tout autre dieu, comme le montre par exemple le psaume 81/82 parlant de l'assemblée des dieux) qui sont liés à lui, et réciproquement, par une alliance. Le génie du christianisme, c'est d'exporter malgré cela le dieu des Juifs au monde romain, sous une forme plus acceptable et aussi plus séduisante (notamment par la promesse de la vie éternelle, qui est une nouveauté) et, dans une certaine mesure, d'inventer le monothéisme.

Comme on dit dans ce cas, the rest is history.

(samedi)

Le parc André Citroën

Aujourd'hui, j'ai découvert, en la compagnie de Kitt ainsi que d'un gentil mouton (dois-je le dénoncer ?), le parc André Citroën de Paris (dans le 15e, du côté de Balard), que je n'avais encore jamais vu. C'est absolument magnifique. Je connaissais déjà — et j'aime vraiment beaucoup — les jardins de Bercy (le jardin Yitzhak Rabin, précisément), notamment pour la réussite des « mini-paysages » qu'on y trouve ; mais le parc André Citroën est, je pense, encore bien plus beau, au moins si on aime les jardins dans le style « ultramoderne ». Je serais assez tenté d'évoquer Le Domaine d'Arnheim d'Edgar Poe : l'aménagement du jardin-paysage peut être une forme d'art, et ce parc en est un exemple. Pour commencer, j'aime beaucoup les grandes perspectives majestueuses, et l'alignement qu'on a depuis l'extrémité du parc en regardant vers la Seine au bout opposé, à travers le défilé de gazon entouré d'eau, est vraiment impressionnant. Les deux immenses serres tropicales (malheureusement l'une était fermée au public), de part et d'autre du réseau de fontaines, sont aussi très réussies (et l'air dans celle que nous avons pu visiter est vraiment plaisant à pénétrer). Mais j'ai sans doute encore plus apprécié que la partie principale du parc celle qui est située tout au sud et qu'il ne faut surtout pas manquer : un petit parc carré (le jardin noir) ceint d'une sorte de vallée en gradins (c'est difficile à expliquer) laquelle est agrémentée un peu dans le même esprit que la « promenade plantée » de Paris. (Nous ne sommes pas allés voir la partie est, jardin blanc, celle située de l'autre côté de la rue Balard, et où se trouve le cimetière de Grenelle ; je ne sais donc pas s'il s'inscrit dans la continuité du parc ou si c'est un square bien différent.)
Je regrette principalement que le temps n'ait pas été plus beau (cela doit être splendide sous un soleil radieux), et que je n'aie pas eu mon appareil photo. En tout cas, je voudrais bien pouvoir féliciter les paysagistes à qui nous devons de pareilles réussites.

(vendredi)

Le message du jour : mangez des pamplemousses !

À part ça, je tenais juste à dire que les pamplemousses, c'est vraiment bon — mangez-en.

(vendredi)

Perte de temps

Je me demande bien comment je fais pour perdre mon temps comme ça. C'est hallucinant.

(jeudi)

Que faut-il penser de la psychanalyse ?

Il se tient actuellement (jusqu'au 10 avril) au centre commercial Créteil Soleil un salon de la voyance et de l'astrologie, donc, ne manquant pas d'à-propos dans mes trolls, je vais dire un mot de ce que je pense de la psychanalyse.

Globalement, je mettrais la psychanalyse un peu au-dessus de l'acuponcture dans le registre des choses qui doivent effectivement marcher un peu — à condition d'y croire. Il est probable qu'il y « ait quelque chose », si on est suffisamment conciliant dans ce qu'on entend par là, mais le plus parfait empirisme est dissimulé derrière des théories farfelues.

Il n'est pas forcément problématique de travailler de façon empirique. Après tout, comment développe-t-on des médicaments (je veux dire, les vrais, ceux qui marchent) ? Est-ce grâce à des théories de la biologie moléculaire et du fonctionnement du corps humain ? Non. On essaie des milliers de molécules « au hasard », jusqu'à en trouver qui semblent avoir des effets intéressants, on leur fait passer une batterie de tests d'efficacité et de non-toxicité, et on les commercialise. Si les tests sont menés avec sérieux (notamment, en double aveugle et avec un échantillon témoin), cet empirisme n'est pas problématique. Il n'est pas essentiel d'avoir une théorie de « pourquoi ça marche » pour que ça marche effectivement. L'ennui, c'est quand des théories pipo tentent de justifier des choses et de se substituer à la vérification expérimentale. Or l'esprit humain est quelque chose de bien compliqué, et s'il n'est pas exclu de pouvoir y comprendre quelque chose (il y a des découvertes positives dans les neurosciences et les sciences cognitives qui sont incontestablement des progrès de la compréhension), au moins comprendre certains phénomènes, prétendre pouvoir soigner scientifiquement l'esprit alors qu'on ne sait pas vraiment le faire pour le corps est hautement douteux, en l'absence de confirmation expérimentale.

Pourrait-on mener une expérience de vérification en double aveugle du bien-fondé de la psychanalyse ? Ce serait intéressant à imaginer : on monterait un vaste complot pour faire croire à une centaine d'étudiants qu'on leur enseigne la psychanalyse alors qu'en fait on leur enseignerait quelque chose qui y ressemble superficiellement et qui n'est qu'un tissu d'âneries, puis on ferait exercer ces étudiants ainsi qu'une centaine de vrais étudiants en psychanalyse sur des patients névrosés tirés au hasard (et qui ne choisiraient pas leur analyste) et on comparerait les résultats sur l'évolution des névroses ; il s'agirait de voir si les analystes qui ont suivi une vraie formation en psychanalyse produisent une amélioration statistiquement significative de l'état de leurs patients par rapport à ceux à qui on a enseigné des âneries. D'accord, ce n'est pas facile à réaliser.

C'est peut-être bien ça le problème qui se pose à moi en tant que scientifique : si je veux croire au sérieux épistémologique de la psychanalyse, je veux qu'elle soit réfutable ; or je ne vois pas du tout quelle réfutation on pourrait en faire, conceptuellement, à part des expériences aussi tordues et irréalisables que celle imaginée ci-dessus. Comment croire à la véracité de quelque chose qui n'a même pas la possibilité d'être prouvé faux (c'est là, en substance, une idée due à Popper) ? Je n'ai pas l'impression que les gens qui suivent une analyse « vont mieux » que ceux qui n'en suivent pas, mais évidemment, même si cette impression était fondée, ça ne dirait pas grand-chose ni dans un sens ni dans l'autre (les gens dans un hôpital sont plus malades que les autres, ce n'est pas pour ça qu'il faut éviter les hôpitaux ! il est vrai que la comparaison n'est pas tout à fait bonne, puisque beaucoup d'analystes prétendent que tout le monde devrait suivre une analyse, pas seulement ceux qui sont visiblement névrosés).

Maintenant, peut-être, sans doute même, que la simple démarche d'aller trouver quelqu'un à qui parler de ses problèmes (ce qui suppose, au préalable, de les reconnaître), la volonté de changer, toutes ces choses sont bénéfiques au patient (un effet placebo, en quelque sorte). Et le fait de croire que l'analyse va aider est également certainement bénéfique : la question est, y a-t-il plus dans l'efficacité de la psychanalyse que ces effets-là et qu'un peu de perspicacité psychologique (intuitive et empirique) et quelques observations élémentaires et immédiates sur le fonctionnement de l'esprit humain ? Je suis loin d'en être convaincu (en tout état de cause, je ne vois pas comment il pourrait y avoir plus dans le cas où l'analyste se contente d'écouter son patient, sans rien dire et sans rien faire : à moins de sombrer dans le mysticisme ou de croire à la télépathie, je ne vois pas pourquoi il faudrait que l'analyste ait quelque qualification). Et surtout, je ne suis pas du tout convaincu des théories avancées (c'est-à-dire que ce qui me gêne n'est pas le fait que la psychanalyse ne soigne peut-être pas au-delà de l'« effet placebo », c'est qu'elle prétende le faire, et avoir des théories à ce sujet).

Freud était très probablement quelqu'un de sérieux, qui voulait honnêtement aider ses patients, et qui a fait des efforts sincères dans ce sens. Ses théories, cependant, me semblent d'une incomparable banalité. L'existence de l'inconscient ? Comme si c'était une découverte ! A-t-on pu jamais en douter ? (La lecture de certains textes littéraires antérieurs à Freud montre que leurs auteurs ont une parfaite compréhension de tout un tas de mécanismes inconscients de leurs personnages.) De toute façon, parler d'une dichotomie entre conscience et inconscient serait d'une terrible naïveté (je n'en accuse pas Freud, je précise) : il existe toutes sortes de degrés de conscience. Mais l'inconscient est essentiellement quelque chose de banal et de bénin : si je regarde un nombre à vingt chiffres, quelques minutes plus tard je ne me le rappellerai pas ; or on a pu prouver que le souvenir en existait encore, sous une certaine forme, dans le cerveau, c'est donc qu'il est devenu inconscient, mais je ne vois pas ce que cela donne d'intéressant ou de pertinent à l'inconscient. Prétendre que l'inconscient est plus important que le conscient, cela ressemble beaucoup à une pétition de principe douteuse, ou à une affirmation dénuée de sens. La découverte du refoulement est sans doute quelque chose de plus important, un authentique progrès dû à la psychanalyse. Y en a-t-il d'autres ? Je ne suis pas convaincu. La division freudienne de l'esprit en trois parties (Ich/Über-ich/Es) est intellectuellement séduisante, mais mène-t-elle vraiment à quelque chose ? Quelque chose de plus que moi, par exemple, qui le divise en Pouvoir, Volonté et Connaissance ? Bof.

Tout cela a quand même de forts relents de mysticisme. Freud avait abandonné l'hypnose pratiquée par Charcot parce qu'elle était trop magique, mais a-t-il fait mieux ? On divise l'esprit en trois, c'est joli, les grecs voyaient je ne sais combien d'humeurs dans le corps humain, je ne sais pas ce qui est scientifique dans tout ça.

En fait, c'est même pire : la psychanalyse a des allures de théorie du complot (conspiracy theory). On veut nous faire croire que notre esprit nous cache tout un tas de choses : c'est sans doute vrai, mais c'est très banal, et c'est dit de façon à faire peur. Tout acte manqué est occasion pour le psychanalyse de déceler l'action de l'inconscient exactement de la même manière que toute anomalie est l'occasion pour le théoricien du complot de déceler l'action des obscures forces censées régir la terre en secret. Il serait intéressant de mener une psychanalyse de la psychanalyse exactement comme on pourrait mener celle de diverses théories du complot. Dans un cas, le sexe est partout, dans l'autre, les comploteurs sont partout. Mouais.

Enfin, pour terminer avec l'accusation de sectarisme, il y a le culte de la personnalité, notamment de Freud et de Lacan. Or si ce dont on parle est une véritable discipline scientifique, il n'est pas besoin d'encenser ses fondateurs, ou de parler de leur « école » : seuls les résultats comptent. Claude Bernard était en bonne partie le fondateur de la médecine moderne (et de la démarche expérimentale), un sans doute un très grand homme : dit-on de la physiologie qu'elle est Bernardienne ? Va-t-on apprendre la médecine dans les textes de Claude Bernard ? Va-t-on apprendre la physique dans les Principia Mathematica de Newton ? Assurément pas (et heureusement !) : la médecine ou la physique a fait des progrès depuis, elle a assimilé les connaissances antérieures, elle les a complétées et présentées de façon plus claires, et il est inutile, sauf pour un historien, de revenir aux sources. Maintenant, parlez à un lacanien des théories de Lacan et dites-lui que vous n'avez jamais rien lu de Lacan : il va vous rire au nez. La parole du Maître est, semble-t-il, inépuisable, inégalable et incontournable. Or s'il y avait vraiment des idées claires dedans, il devrait être possible de les réexposer sans rien perdre de la substance d'origine, comme on le fait dans toutes les sciences, et même de les compléter au fur et à mesure qu'on découvre des erreurs ou des phénomènes nouveaux. C'est à mon sens le critère le plus simple et le plus fiable pour distinguer une science d'une religion de regarder la manière dont on traite les anciens maîtres : dans le cas de la science, on les estime, mais on ne les lit pas autrement que pour l'intérêt historique, tandis que dans le cas de la religion il est évidemment indispensable de revenir aux sources de l'Écriture. (Évidemment, on peut aussi vouloir trouver un intérêt littéraire ou artisitique chez Lacan : ce n'est pas interdit — ce que j'ai lu de sa prose ne me rend pas la chose évidente — mais ce n'est pas le propos.)

Surtout, je me demande si certains écrivent pour être compris ou si c'est pour donner l'impression qu'ils pensent des choses profondes. Je ne développerai pas plus cette idée, qui a été assez rabâchée (notamment grâce à l'affaire Sokal si bienvenue), et qui vise peut-être une partie significative des sciences humaines, mais personne n'a encore pu me convaincre que tout ce que Lacan écrivait n'était pas un tissu d'inepties. Fort heureusement, toute la psychanalyse n'est pas basée sur ce tissu-là, et il est permis d'avoir de l'espoir pour le reste. (Et on peut également tenir la théorie audacieuse suivante : que c'est effectivement un tissu d'inepties, mais que ce n'est pas grave parce que n'importe quel tissu d'ineptie marcherait, la seule chose qui compte étant de donner aux étudiants en psychanalyse de quoi exercer certaines dispositions particulières de leur esprit. Par exemple, peut-être que la lecture des écrits de Lacan, même dénués de sens, prédispose favorablement à l'écoute des patients. J'avais trouvé cette idée assez amusante et séduisante.)

Bon, assez parlé. Un jour peut-être j'écrirai un bouquin, mais comme ça c'est déjà trop long pour une entrée dans ce blog (et j'ai tellement d'autres sujets desquels je pourrais écrire un bouquin…).

(mercredi)

Et une journée de plus…

Hier soir j'ai dormi chez mes parents à Orsay, ça faisait un bon moment (une des raisons est que depuis que j'ai réinstallé mon PC à Paris, comme je ne l'ai pas encore fait pour celui qui est à Orsay, la configuration de ce dernier n'est plus appropriée et il m'est malaisé de l'utiliser).

Au passage, j'apprends que notre chat, Hilbert, dont je savais déjà qu'il était malade, va de plus en plus mal : il refuse de prendre ses médicaments (impossible de faire avaler un comprimé à cette stupide bête), et ses reins fonctionnent vraiment très mal. Il va falloir se résigner à l'inévitable.

La raison pour laquelle j'étais allé coucher chez mes parents est que je surveillais un examen (en licence de maths) à la fac d'Orsay ce matin. La toute première question était : trouver l'ordre maximal d'un élément dans le groupe symétrique sur 10 éléments ; pour les non mathématiciens, cela veut dire : si on prend dix objets et qu'on applique une certaine procédure qui échange leurs places (les permute) d'une certaine manière, quel est le nombre maximal de fois qu'on peut avoir à répéter cette procédure pour retomber sur la configuration initiale ? La réponse est 30 (grouper les 10 objets en 2+3+5, et la permutation consiste à échanger la place des 2 premiers, permuter cycliquement les 3 suivants, et cycliquement aussi les 5 suivants). Comme je m'ennuyais (surveiller un examen, ce n'est pas bien passionnant, et à part distribuer des copies on ne fait pas grand-chose) j'ai calculé les ordres maximaux des permutations sur n objets pour n allant de 1 à 16 (la réponse est contenue, je l'ai appris en rentrant, dans la suite A000793 du Sloane, et mes calculs étaient corrects).

J'ai aussi entamé (toujours en surveillant l'examen) la lecture d'Othello de Shakespeare que, je ne sais comment, j'avais réussi à ne jamais lire jusqu'à présent. J'avance très lentement, parce que je me sens obligé de lire toutes les notes, même quand j'ai l'impression d'avoir saisi le sens sans elles (histoire de vérifier, justement, que je n'ai pas fait un contresens). Surtout quand il faut lever la tête toutes les trente secondes pour voir que personne ne triche ou n'a besoin de feuilles de brouillon. Résultat, je n'ai pas lu deux scènes.

Pour le reste de la journée, il n'y a pas grand-chose à ajouter. J'observe que je suis beaucoup plus fatigué en ce moment où je me lève « tôt » (avant 7h, en fait) que quand j'ai mes horaires « habituels ».

(mardi)

La Clé de Champion

De temps en temps, quand je vais faire mes courses à mon supermarché Champion local, alors que je fais la queue à la caisse, j'observe le rituel suivant : la caissière suspend son activité (je crois que c'est au moment où un client doit payer, mais ce n'est jamais arrivé quand c'était mon tour), elle prend un téléphone situé à côté d'elle, et demande la clé. Une dame (qui a l'air plus âgée que la caissière typique, et probablement plus haut placée dans la hiérarchie du supermarché) vient alors (de la caisse centrale, je suppose) avec la clé en question, elle l'insère dans une serrure située sur la caisse, la caissière tape un code, la dame reprend la clé et s'en va. Pendant ce temps-là, le client attend.

Je me demande bien à quoi ça rime. J'imagine qu'il y a des opérations spéciales que la caissière n'a pas le droit de faire (elle n'est pas root sur la caisse, si j'ose dire) et qu'il faut un contrôle, matérialisé par la clé. Par exemple, j'imagine que s'il y a une erreur dans un prix, pour entrer une nouvelle valeur il faut un certain contrôle ; mais ça n'a pas l'air d'être ça, puisque ça a l'air d'être plutôt au moment où le client s'apprête à payer. De toute façon, quelle que soit la raison du contrôle, il n'a pas l'air trop effectif vu que la dame qui tient la clé ne vérifie rien du tout avant de valider l'opération de la caissière.

Ah, les petits mystères profonds de la vie…

(lundi) · Pleine Lune

Farniente (bis)

Je suis en train de sombrer dans l'apathie, c'est assez pénible : en ce moment, je n'ai aucune motivation pour faire quoi que ce soit. Voyons, qu'ai-je donc fait aujourd'hui ? J'ai mangé deux fois au restaurant, j'ai passé une heure à errer dans le 5e pour trouver de quoi retirer de l'argent et ensuite faire de la monnaie sur 20€, j'ai donné à un PC une adresse IPv6, et j'ai fait une manche d'Arcanoïd. Brillant. Avec ça je fais progresser l'humanité (et, à plus court terme, ma thèse)…

(dimanche)

Brunch

J'étais levé ce matin un peu avant 7h (je m'étais couché samedi vers 16h si vous avez suivi). Ce n'est pas le genre de choses qui m'arrive souvent (d'habitude, quand je suis levé si tôt, c'est que j'ai une obligation quelque part). Première constatation : c'est vraiment emmerdant, le dimanche matin ; ce n'est pas que je n'ai pas des millions de choses à faire, évidemment (comme, répondre à plus d'une centaine de mails qui m'attendent urgemment, ou écrire des tonnes et des tonnes de choses), mais un dimanche matin ce n'est pas ce qu'on a envie de faire. L'ennui, c'est qu'il n'y a vraiment rien d'intéressant nulle part (par exemple : ni à la télé, ni sur le blog de qui que ce soit, ni sur les forums locaux de l'ENS ; quant à Chomsky, au bout d'une trentaine de pages j'en ai eu ma dose pour la journée). Je suis sorti me promener (heureusement qu'il ne faisait pas trop moche, sinon je me demande bien comment j'aurais pu tuer le temps).

J'ai alors eu l'idée de prendre un brunch quelque part (entre temps il se faisait dans les 10h).

D'abord j'ai voulu essayer Le Pain Quotidien (il y en a un rue des Archives). Eh bien je déconseille très vivement : si la carte semblait appétissante, le service était plus que lamentable, il était inexistant. J'ai fait signe à l'intérieur que je m'asseyais en terrasse, on m'a dit d'accord, et vingt minutes plus tard personne n'était passé prendre ma commande ou m'apporter la carte. Un couple de touristes américains est arrivé et s'est installé, et a eu la carte dans les minutes qui suivaient, alors je me suis levé et je suis parti (je n'aime pas faire des esclandres). Qu'on ait pu m'oublier un moment, cela est compréhensible, mais vu le nombre de tables sur la terrasse (guère une douzaine) ce n'était pas, je pense, trop exiger du personnel de jeter un coup d'œil de temps en temps pour s'apercevoir que quelqu'un était seul à table et attendait manifestement quelque chose.

(D'ailleurs, ça m'est arrivé au moins une fois auparavant, de m'asseoir dans un restaurant et d'être complètement ignoré alors même que les serveurs n'étaient pas surchargés de travail. J'en viens dans ces cas à me demander : est-ce que je suis transparent ? ai-je fait quelque chose que je n'aurais pas dû ? cherche-t-on à se débarrasser de moi pour une raison qui m'échappe ? C'est une situation assez étrange, presque surréaliste.)

Finalement j'ai quand même eu mon brunch, mais ailleurs, au Loup Blanc (où le service était tout à fait acceptable, même si vers la fin ils commençaient à être un peu débordés), et c'était très bon (et légèrement moins cher que là où je comptais initialement aller ; en contrepartie, il n'y a pas de terrasse).

C'est amusant, d'ailleurs, autant je n'avais aucune envie de faire des maths quand j'étais chez moi, autant une fois installé devant une table au restaurant j'ai tout naturellement tiré du papier et commencé à gribouiller des calculs.

(dimanche)

Printemps des associations

Allez, encore un peu de pub gratuite pour les copains : aujourd'hui (dimanche 4) se tient à Paris, de 13h à 19h, à l'espace des Blancs Manteaux (48 rue Vieille du Temple, Paris 5e, Mº Saint-Paul), le 5e printemps des associations gaies et lesbiennes d'Île-de-France, une sorte de salon des associations LGBT. C'est assez sympa, et on peut y découvrir des associations intéressantes. L'entrée est à 5€.

(samedi)

De la fatigue

Il est clair que la fatigue n'est pas qu'une question de quantité de sommeil mais aussi de cycles. Au moment où j'écris, par exemple, il est 11h du matin (le 3 avril) et j'ai dormi la dernière fois entre 8h du matin (le 2) et 18h (le 2), donc ça ne fait que 17 heures que je suis debout (après une durée raisonnable de sommeil, et la veille j'avais encore dormi tout à mon aise), et pourtant je suis absolument assommé de fatigue. Inversement, il y a quelques jours, j'ai tenu 24 heures éveillé après une nuit de seulement 2 heures, et je n'étais pas fatigué du tout. (Ceci dit, c'est beau de savoir qu'il y a des cycles et des phases, en pratique je n'arrive pas du tout à transformer cette observation banale en quelque chose d'un peu prédictif pour savoir, par exemple, à quel moment je serai fatigué et à quel moment j'arriverai bien à m'endormir, et ainsi de suite. Passons.)

J'ai observé des choses bizarres avec la fatigue. Déjà, cela n'a pas l'air d'affecter énormément les capacités mentales. J'ai résolu des problèmes de maths pas spécialement faciles (et faisant appel à des notions bien abstraites et difficiles à conceptualiser) à des périodes d'extrême fatigue, apparemment ni mieux ni moins bien que quand je suis bien repos. En revanche, j'observe que la mémoire marche beaucoup moins bien (j'ai du mal à me rappeler les choses les plus simples, je perds fréquemment le fil de mes pensées) tandis que, peut-être, l'esprit combinatoire marche mieux (par exemple, c'est stupide mais j'arrive mieux à faire des vers quand je suis très fatigué). J'ai l'impression que la « conscience », dont le sens est difficile à définir, est plus ténue quand on est fatigué : parfois je me sens carrément à distance de mon corps, je me vois presque « de l'extérieur ». Mais l'effet le plus marquant de la fatigue, c'est sur l'irritabilité : je suis extrêmement irascible quand je manque de sommeil, je me mets en colère pour un oui ou pour un non, et je perds absolument toute patience, la moindre attente m'est absolument insupportable (rien qu'une minute d'attente pour qu'un feu passe au rouge est pour moi une torture dans cet état-là). J'aimerais bien savoir si on peut élaborer une explication neurochimique de ces phénomènes (quelles sont les subtances présentes dans le liquide céphalo-rachidien, par exemple, en cas d'extrême fatigue, et quelles régions du cerveau sont plus touchées et ainsi de suite).

Concrètement, en ce moment, il faut que je tienne, si je peux, jusqu'à 16h ou alentours, sinon je ne pourrai pas du tout profiter de mon dimanche (mon samedi, lui, est déjà foutu, là) et j'ai des choses à y faire. Ça va être dur de tenir encore 5 heures.

(vendredi)

Nous sommes demain

Je me suis levé à 18h tout à l'heure. Je décide donc que nous ne sommes pas vendredi 2 avril mais samedi 3 avril et qu'il n'est (donc) pas 19h mais -5h, et je vais faire une longue journée. Par conséquent, le 2 avril n'existe pas et n'a jamais existé, et vous ne pouvez pas être en train de lire cette entrée.

(jeudi)

J'arrête !

Ceci est la dernière entrée dans ce blog. Ma rencontre récente avec P., et le coup de foudre réciproque que nous avons éprouvé, vont sans doute changer ma vie : enfin je sais ce que c'est qu'un amour partagé, et je compte le vivre pleinement — or pour cela, je tire un trait sur tout un tas de « geekeries » qui se mettent en travers du chemin dont, justement, ce blog. D'ailleurs, ce journal a été essentiellement le réceptacle de mes jérémiades sur mes problèmes de cœur, donc il est d'autant plus opportun d'y mettre un terme. Pour cette raison aussi, je ne parle pas plus de P., je tairai jusqu'à son nom : ce n'est pas un secret, mais ce n'est pas ici que j'en dirai plus. Plus généralement, j'ai sacrifié trop de ma vie sur l'autel du dieu Ordinateur, et il est temps de la reprendre pour moi — et pour P.

Je vais aussi arrêter les maths. Ma thèse est un échec complet, il n'y a rien dedans, et je n'ai jamais été doué pour en faire, de toute façon j'ai depuis longtemps perdu toute motivation, il faut que cela cesse. Je vais complètement changer de domaine ; en fait, je pense essayer de vivre comme écrivain — ça ne sera sans doute pas facile, mais dans le fond l'écriture est vraiment ma passion. Un jour, dans la vie, il faut faire le choix entre la carrière trop facilement dessinée et les vrais rêves qu'on a : suivre la voie évidente est plus rapide, plus facile, plus séduisant, mais plus tard les rêves reviendront nous dire, pourquoi m'as tu abandonné ? Je ne veux pas me retrouver dans cette situation.

Et enfin, j'en ai assez de Paris. Je pars en voyage — avec P. — pour découvrir d'autres horizons et faire de nouvelles expériences. Ça commencera par un voyage en Chine cet été, je veux visiter les monastères zen (et peut-être y rester, qui sait ?) et voir comment on élève le saumon dans le Sichuan.

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