David Madore's WebLog

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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What follows are the entries of 2004-01. For latest entries, see here.

Ce qui suit sont les entrées de 2004-01. Pour les dernières entrées, voyez ici.

2004-01-31 (samedi)

Logorrhée

J'écris trop (ici notamment) pour ne pas dire assez : certaines entrées doivent être saoulantes à lire. Je devrais viser plus de concision. On va voir ça.

2004-01-31 (samedi)

Séance ciné

Ça faisait longtemps que je n'étais pas allé au cinéma. Depuis le retour du roi, en fait. Ce soir j'ai vu L'Esquive, l'histoire d'un groupe de lycéens de banlieue qui répètent la pièce Jeux de l'amour et du hasard de Marivaux. À l'image de leur façon de jouer, ce film est amusant, et très touchant, mais aussi un peu lassant. (Et pour ceux qui s'imaginent que je suis surtout aller mater de la racaille : non, pas trop — ils sont attendrissants, mais pas spécialement kiffants ; d'ailleurs, le héros est plutôt moche et ça se voit sur l'affiche.)

Je pense que la vision des cités qu'on y trouve est très « vraie » et on peut prendre ça quasi comme un documentaire. En tout cas les jeunes parlent exactement comme je les entends parler dans le RER. Notamment, les filles me saoulent complètement parce qu'elles forcent tout le temps leur voix (ce qui a rendu le film un peu pénible à regarder). Une autre chose qui m'épate, que j'avais déjà constaté mais qui m'a été ici vraiment manifeste, c'est que le contenu informationnel de tout discours prononcé en « tchatche de banlieue » est complètement noyé sous des qualificatifs ou des expressions totalement vides de sens (du style, grave, trop, j'te dis, sur la tête de ma mère j'te jure et ainsi de suite, et ne parlons pas de inch'allah) qui servent uniquement à ponctuer la parole. Inversement, dès qu'on veut dire quelque chose, il est nécessaire de le répéter trois ou quatre fois. Si on croit aux thèses de Sapir-Whorf, on va prendre les gens qui parlent comme ça pour des débiles mentaux, bien sûr : ce qui n'est sans doute pas une bonne idée, parce que, quand j'y pense, j'ai tendance à trouver un peu la même chose du grec ancien, par exemple (or en effet car mais cependant par Zeus oui tu dis vrai !).

Sur le plan des rapports humains, le phénomène frappant (dans le film, mais je crois là aussi que cela reflète très bien la réalité) c'est à quel point toute relation est conflictuelle : on semble incapable de prier quelqu'un de faire quelque chose, on ne peut que lui ordonner, et, en réponse à un ordre, entrer soit dans une position d'obéissance (temporaire) soit dans une situation de conflit ; même pour quelque chose d'aussi trivial que peux-tu descendre, j'ai quelque chose à te dire on en arrive à vas-y, descends, j'veux t'parler, c'est-à-dire de la demande à l'injonction. C'est finalement une ambiance fortement liberticide pour les choix individuels, puisque chaque décision se fait avec une forte interaction de l'environnement (ce qu'une des protagonistes du film exprime clairement : vous m'foutez trop la pression).

Sinon, parlant de discours absolument conditionné, il y a une chose que je commence à très mal supporter, ce sont les annonces américaines de films. Vous avez déjà fait attention à la voix off du type qui dit coming soon by Academy Award winning director John Doe-Smith et autres commentaires censés éveiller l'intérêt du spectateur pour les qualités du film ? La voix, le ton de la voix, la formulation des phrases, tout cela est toujours rigoureusement identique. Et ça me tape violemment sur les nerfs.

Bon, enfin, le pire c'est encore la réclame pour la barre chocolatée, toujours la même, et le petit spot UGC (on partage plus que du cinéma) que j'en ai vraiment marre de voir.

2004-01-31 (samedi)

Doué

C'est absolument scandaleux à quel point il est mignon sur cette photo de l'affiche du film Peter Pan. Voir cette image sur tous les murs, c'est une véritable incitation à la pédophilie, c'est insupportable : je suis déjà suffisamment frustré avec les mecs d'à peu près mon âge, ce n'est pas la peine d'en rajouter avec les gamins de quinze ans.

Ah, c'est vrai que Peter Pan n'a pas d'âge, de toute façon.

2004-01-30 (vendredi)

Où l'on reparle de mon (non-)look

J'ai fait aujourd'hui des courses avec un ami — pour acheter des fringues, je veux dire. Forcément on en est venu à parler de mon look. Il faut dire que nous avons une certaine divergence de goûts puisqu'il s'habille plutôt de façon BCBG (dandy serait exagéré mais il y a un peu de ça) et que j'ai positivement horreur du style bourge, et que réciproquement il n'aime pas du tout les sweats à capuche ou les choses de ce genre et que c'est exactement ce que je porte.

Il me fait observer ceci : que ce n'est vraiment pas la peine que j'essaie de me donner un look de racaille (note : ce n'est pas exactement ce que je cherche à faire, c'est un peu plus compliqué que ça, mais ce n'est pas la question, donc admettons-le pour les besoins de l'exposé), je ne peux pas y arriver, je n'ai pas le comportement d'un mec de banlieue et je ne l'aurai jamais ; tout ce que je peux réussir (me dit-il), c'est à me rendre ridicule ou à rendre les gens complètement confused (ce qui est peut-être plus grave, en fait). Ce n'est pas la peine (m'avertit-il encore) d'essayer de paraître ce que je ne suis pas, je ferais mieux de m'occuper d'avoir l'air de ce que je suis (pas forcément tout ce que je suis, il n'est pas nécessaire de faire resortir mon côté geek), et notamment, pédé. Parce qu'en l'état on ne m'identifie pas comme pédé en me regardant (ça c'est bien possible, oui), et il peut être tout à mon avantage qu'on le fasse. Je devrais donc (me conseille-t-il pragmatiquement) essayer de suivre un peu la mode homo.

Bon, normalement j'achète des vêtements dans lesquels je me sens à l'aise. C'est le premier critère, et on m'a souvent dit de m'y tenir. Malheureusement, c'est vaguement incompatible avec le conseil précédent. Mais bon, expérimentalement, les habits dans lesquels je me sens à l'aise n'ont pas trop l'air de plaire aux autres (enfin, je n'en sais rien, en fait : à part cet unique ami qui a le bon sens de me donner des conseils, il est impossible de tirer le moindre jugement de la part des autres gens que je côtoie, ils restent obstinément évasifs).

Admettons donc que j'essaie de suivre le conseil. Je m'adresse donc à toutes les personnes de bon goût qui lisent mon blog (oui, vous, c'est à vous que je parle) pour lancer ce défi :

Relookez le Ruxor !

Vous disposez d'un budget maximum de 1000€ (tout compris, notamment le passage nécessaire chez le coiffeur) avec lequel il faut faire au mieux, c'est-à-dire faire un miracle. Comment feriez-vous (aussi précisément que possible) ? Vous pouvez répondre par mail (david[point]madore[arobase]ens[point]fr) ou par les commentaires de ce blog (vous savez, le petit lien en bas à droite de chaque entrée, si, si). Je précise qu'il n'y a rien à gagner (sinon la gloire quand on me demandera comment il se fait que je sois aussi sexy et que je répondrai que c'est grâce à Untel). Attention, ce n'est pas facile : le Ruxor a une furieuse tendance à avoir l'air violemment pas naturel quand on essaie de changer sa façon de s'habiller.

2004-01-29 (jeudi) · Premier Quartier

Associations d'idées

Je trouve amusante la manière dont les rêves partent de souvenirs existants (et parfois oubliés), en recombinent les mèmes et obtiennent ainsi de nouvelles idées. Ce qui est épatant, c'est qu'ils ne semblent jamais pouvoir rien créer de nouveau, seulement faire du neuf avec du vieux. (Mais peut-être est-ce le cas de tout processus créatif, les mèmes n'évoluant que par lentes mutations ?)

Quoi qu'il en soit, la nuit dernière j'ai rêvé à un jeu de société, ou, en fait, deux jeux mélangés, que j'avais quand j'étais petit. L'un d'eux (qui doit s'appeler Labyrinthe ou quelque chose de ce genre) était une idée assez bien trouvée : des pions évoluent sur un plateau formé de petites plaques carrées mobiles (en fait, une sur quatre était fixe) portant des éléments de couloirs et constituant dans l'ensemble un grand labyrinthe ; le but du jeu était de récupérer un certain nombre de trésors dans ce labyrinthe (indiqués par des cartes tirées dans le paquet), et avant chaque déplacement du pion il fallait faire évoluer le plateau en poussant une colonne ou une ligne, ce qui changeait largement la configuration du dédale. L'autre jeu était une chasse au vampire, aux règles assez compliquées, sur un plateau quadrillé représentant un pays féerique avec des noms un peu inquiétants (du genre monts du loup, arbre au pendu, torrent du diable, et ainsi de suite). En réalité, j'ai assez peu joué aux jeux en question de la manière qui avait été prévue, surtout que j'arrivais rarement à rassembler plus que deux personnes susceptibles de jouer (et quand j'avais plusieurs amis ensemble chez moi, nous trouvions d'autres jeux que des jeux de société). Les plateaux dans ce genre me servaient plutôt à inventer des jeux de rôles sortant complètement du cadre imaginé par les concepteurs du terrain, et les dessins et les noms figurant sur celui-ci alimentaient mon imagination dans la création d'un topos pour l'aventure. Plus tard, c'est vraiment cette opération démiurgique, la création d'un monde, la quintessence de l'imagination, qui m'a motivé dans l'écriture de romans (l'intérêt pour la construction de l'intrigue, puis pour la langue elle-même, ne sont venus que plus tard).

J'en reviens à mon rêve. Je présentais (à des personnes non identifiées) un jeu de société, justement, dont le plateau ressemblait beaucoup aux deux jeux dont j'ai parlé. En fait, il s'agissait d'un labyrinthe mobile autour de cinq lieux cardinaux, mais dans mon esprit la nature du jeu était essentiellement un jeu de rôle (ou au moins d'aventure). Ces lieux cardinaux étaient illustrés, et il faut imaginer un type de graphisme qui ressemble à celui du jeu Vampire dont j'ai parlé mais aussi aux tableaux de la série King's Quest (je pense notamment au IV et au V, auquel j'ai longuement joué quand j'étais au lycée, et peut-être aussi au tout premier, qui a été ma première vraie plongée dans le monde de l'informatique ludique). De plus, les lieux cardinaux en question portaient des noms. Je ne me rappelle malheureusement pas les cinq noms (les souvenirs des rêves s'estompent à une vitesse impressionnante, ce qui tient sans doute à leur nature de connexion temporaire entre des souvenirs « vrais »).

Le lieu central s'appelait tout bêtement chambre centrale. Je pense que c'est le mot chambre qui m'a fait faire l'association d'idées avec cette fameuse « phrase » (si on peut dire) de l'Aiguille creuse d'Arsène Lupin (je veux dire, de Maurice Leblanc, bien sûr) : en aval d'Étretat… la chambre des Demoiselles… sous le fort de Fréfossé… l'Aiguille creuse. Ce sont ces noms à la sonorité un peu solennelle et hautement rythmique que j'ai mélangés avec toutes sortes d'associations d'idées pour former les quatre ou cinq noms de mon rêve. L'un d'eux était, je m'en souviens nettement, l'aiguille noire (imaginez un château de sorcière de conte de fées, orné de quantités d'ogives noires), et c'est ce qui m'a permis rétrospectivement de me comprendre que j'avais fait l'association d'idées avec Arsène Lupin. Un autre lieu s'appelait le fort de Malachut (je ne suis pas sûr du mot fort), et il est amusant d'expliquer comment je suis arrivé à ce mot Malachut : des associations d'idées totalement invraisemblables, des connexions bizarres qui sont faites dans mon cerveau.

L'aiguille noire, donc. Il n'y a pas si longtemps je réfléchissais à différents noms de couleurs et de produits chimiques colorés ou colorants. Notamment le bleu de méthylène et le rouge Soudan (le rouge Soudan III — je ne sais pas pourquoi ce III — est le réactif des lipides, comme je l'avais appris en cours de biologie au collège). Il m'est alors venu à l'esprit, avec une netteté incomparable, l'alexandrin suivant :

Le bleu de méthylène et le vert du Bengale.

Je ne sais pas comment je l'ai fumé (je soupçonne en fait une série hallucinante de connexions à partir de l'alexandrin de De Nerval, Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie), mais il n'est assurément pas classique, ne serait-ce que parce que le terme bleu de méthylène date de la fin du XIXe siècle et surtout parce que le vert du Bengale, si j'en crois Google, ça n'a pas l'air d'être un terme qui existe. Le vert qui existe, en revanche, c'est le vert de Malachite. Ça m'a rappelé un roman d'Agatha Christie (After the Funeral) que j'avais lu assez récemment où une petite table en malachite jouait un rôle important. J'ai posé la question dans le forum des élèves de l'ENS de savoir s'il fallait préférer la prononciation [malakit] ou [malaʃit], et apparemment la première est meilleure. Mais tout près de Malachite, dans mon réseau d'idées, il y a aussi Malachie, le nom d'un des moines dans Le Nom de la rose d'Umberto Eco. Umberto Eco qui, dans Le Pendule de Foucault cite la « phrase » de l'Aiguille creuse (lors du décodage du prétendu texte des templiers). Umberto Eco dont Gérard de Nerval est un des auteurs préférés (et qui en parle longuement dans Six promenades dans les bois du roman et d'ailleurs que j'ai lu il n'y a pas longtemps). Et Umberto Eco qui structure aussi tout son roman (je parle toujours du Pendule de Foucault) selon l'arbre des séfirots de la kabbale ; or un des séfirots s'appelle Malchut, et Malchut, comme je l'ai récemment signalé, ce n'est pas un cocktail. Mettez tout cela ensemble et vous avez une idée de l'état de la bouillie qui me sert de cerveau, et dont est sorti ce mot bizarre, Malachut (prononcez [malakut]).

Étonnante reconstitution, n'est-ce pas ?

2004-01-29 (jeudi) · Premier Quartier

Nettoyage à sec

Je viens de voir Nettoyage à sec (dans le cadre d'une projection organisée par Homonormalité, l'association homo de l'ENS). Je pourrais dire beaucoup de bien sur le film, qui est vraiment magnifique (ça fait un moment que je me disais que je devais le voir), mais je dirai surtout ceci : putain de bordel de merde, qu'est-ce qu'il est beau gosse, Stanislas Merhar !

2004-01-29 (jeudi) · Premier Quartier

C'est un canular ?

Date: Thu, 29 Jan 2004 16:17:23 +0100 (CET)
Subject: recherche de l'âme soeur

Dans le cadre d’une nouvelle émission de télévision
sur les célibataires, je me permets de vous contacter.
Si vous êtes intéressé et que vous désirez en savoir
plus, écrivez-moi à : …

Comment dire…?

2004-01-28 (mercredi)

Tu écoutes quoi, comme musique ?

Quand on rencontre quelqu'un dont on ne sait absolument rien et qu'on cherche à engager la conversation, il y a diverses répliques toutes faites de small talk qui peuvent s'utiliser. Une des plus populaires (à part les évidences comme tu t'appelles comment ? et tu fais quoi dans la vie ?) est sans doute tu écoutes quoi, comme musique ?

En vérité, ce n'est pas ça la question. La question est plutôt, à quelle tribu appartiens-tu ? : car outre l'apparence vestimentaire, l'affirmation du ralliement à tel ou tel style de musique est une des manières dont on se colle une étiquette pour dire je suis de la tribu foo. Il est certain qu'on imaginera des choses assez différentes sur celui qui répond selon qu'il déclare préférer, au hasard, Eminem, Mylène Farmer, Céline Dion, Marilyn Manson, les Beatles, Louis Armstrong, Marlene Dietrich, Jean-Sébastien Bach, Frédéric Chopin ou Karlheinz Stockhausen (j'ai dû oublier quelques pôles importants, sans doute ; ce serait d'ailleurs amusant de faire un sondage grandeur nature pour demander qui les gens préfèrent entre ces différents artistes et faire des statistiques là-dessus). À tel point qu'on se demande dans quel point on n'en est pas arrivé à écouter une musique pour revendiquer son identité (tribale, disais-je). Autrefois on pouvait prétendre dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es ou dis-moi ce que tu lis et je te dirai qui tu es, maintenant c'est vraiment la musique qui marque les frontières de la démosphère.

Comme d'habitude, je n'ai pas d'étiquette tribale définie, pas plus en ce qui concerne la musique que j'écoute qu'en ce qui concerne mon style vestimentaire. Jusqu'à il y a quelques années, mes goûts musicaux étaient exclusivement dans le « classique » (nom donné par convention à cette période qui ne s'étend que de Monteverdi à Debussy ou quelque chose comme ça), et mes connaissances musicales s'arrêtaient à la mort de Verdi (date emblématique : Verdi est mort en janvier 1901, quelques jours après la formidable reine Victoria, en quelque sorte le symbole de la fin du XIXe siècle), et c'est tout juste si je ne considérais pas que la musique était née le jour où un certain Ludwig van B. avait posé la plume sur ce qui allait devenir la partition de sa symphonie Héroïque. Quoi qu'il en soit, je suis revenu de ces errements de jeunesse et j'ai appris à reconnaître aussi le génie de la Star Academy. :-D Sérieusement, je veux dire que j'ai tâché d'abandonner le snobisme à la con dans lequel je m'étais enfermé. Mais ni avant ni après je n'avais de tribu musicale : ni avant, car j'avais beau écouter « du classique », je n'étais pas capable de disserter sur les auto-plagiats de Bach, de critiquer l'interprétation de Rameau par William Christie et les Arts florissants ou d'expliquer la mesure de l'influence de Honegger dans l'œuvre de Ligeti, ce qui fait évidemment partie des rituels d'admission dans la tribu (de toute façon, je n'ai pas l'oreille absolue, donc c'est perdu d'avance), et, pire encore, je ne trouve Wagner ni divinement génial ni nul à brûler (or il faut, semble-t-il, qu'une porte soit ouverte ou fermée) ; ni après, car je ne sais décidément pas quoi répondre à la question tu écoutes quoi, comme musique ? (comme c'est dur d'être épigone de Potamon d'Alexandrie !). Bon, j'avoue : à l'instant, j'écoutais le générique de l'Île aux enfants, et ça ne se fait pas d'admettre ce genre de perversions en bonne société.

Je pourrais essayer de prendre un ton docte et répondre, ben tu vois, j'écoute de tout, j'essaie de ne pas me cataloguer, j'aime pas les étiquettes. Ce serait simplement parfaitement faux : j'aime énormément les étiquettes, et je cherche à les collectionner, et s'il y a une tribu qui m'agace, c'est celle des gens qui refusent les étiquettes (parce qu'ils se croient « plus uniques » que les autres ?).

2004-01-27 (mardi)

Mettons un point sur le “i” de « relation »

Je ne suis pas à la recherche de l'âme sœur (enfin, frère), ou d'un mec avec qui partager ma vie.

Si je prends la peine de le dire, c'est que pour une raison qui m'échappe, beaucoup de gens qui me connaissent semblent en être convaincus.

Quand j'essaie de rencontrer des gens, c'est soit pour être amis, soit pour coucher ensemble (ou les deux à la fois, éventuellement : je ne vois aucune raison pour laquelle ça devrait être incompatible), ou en tout cas pour faire connaissance parce que c'est toujours intéressant de lier connaissance — et j'essaie de ne pas avoir trop d'a priori sur ce que je veux avoir comme relation. Mais en tout cas l'idée de chercher à avoir une relation stable monogame fidèle exclusive tout ça tout ça n'est pas ce qui me motive (je ne dis pas non plus que j'en exclus complètement la possibilité). Il est vrai que par le passé j'ai pu tenir un discours différent.

Je ne sais pas pourquoi, beaucoup de ceux qui me connaissent semblent pourtant persuadés que c'est ça que je veux : me trouver un copain. Peut-être est-ce une projection de ce qu'ils souhaitent eux-mêmes (l'idée que l'épanouissement affectif et sexuel ne peut être pleinement satisfaisant que dans le cadre d'un couple stable est un mème très répandu). Peut-être pensent-ils que je suis un garçon sérieux (mwahahahahaha), et qu'un garçon sérieux ne peut chercher qu'une relation sérieuse. Peut-être leur est-il absolument inimaginable qu'un homo ni trop vieux ni trop moche ne puisse trouver personne avec qui baiser — c'est vrai que je suis Très Fort. (Et peut-être que je ne trouve personne avec qui baiser parce que tout le monde s'imagine que ce n'est pas ça que je cherche ?)

Globalement, ma vie n'est pas quelque chose que je cherche à partager. D'ailleurs, je ne conçois pas bien comment ça peut se partager, une vie — c'est un peu étroit pour ça, si j'ose dire. Mais enfin. De toute manière, je pense que je suis assez invivable sur le long terme, et je suis certain que je suis trop jaloux de ma liberté pour laisser quelqu'un foutre son nez dans mes affaires. Ce n'est pas tellement le point. Par ailleurs, j'ai un assez grand nombre d'amis — ou en tout cas de connaissances — qui ont tous leurs qualités propres, toutes différentes et toutes précieuses, et je ne vois absolument pas comment une seule personne pourrait se substituer à la moitié du quart du commencement de tous ces rapports humains. Ceci étant, ça n'a pas beaucoup de sens de justifier pourquoi je cherche ceci ou cela : ce n'est pas exactement une envie raisonnée.

Je ne dis pas que je cracherais sur le mec idéal si je le trouvais, évidemment. Mais le mec idéal ne se trouve pas, il se construit : deux personnes peuvent s'apprivoiser l'une l'autre, se changer chacune sous l'influence de l'autre, et se rendre compte au bout d'un temps qu'elles sont devenues quelque chose de très fort l'une pour l'autre. Je ne renie absolument pas ça. Je trouve juste que se dire au départ d'une relation qu'on veut qu'elle devienne ceci ou cela, c'est un peu inutilement orgueilleux. Notamment — mais je me suis déjà exprimé à ce sujet — je trouve que la fidélité en couple est quelque chose qui doit venir naturellement et qu'on ne doit sans doute pas chercher à s'imposer.

Alors pourquoi diable, me demanderont certains, si je cherche juste à baiser (parce que pour les amis, je suis très satisfait de ceux que j'ai, même si bien sûr je m'estime toujours prêt à m'en faire de nouveaux), ne vais-je pas dans une des nombreuses boîtes à sexe que compte la capitale française ? Tout bêtement parce que ce n'est pas du sexe furtif et anonyme que je cherche. Une comparaison rendra peut-être ma position plus claire :

Ruxor en a assez de manger tout seul, mais il ne trouve décidément personne avec qui partager ses repas. Le problème n'est pas tant qu'il fait partie des 5% de la population préférant le salé (alors que 90% préfèrent le sucré, et peut-être 5% aiment autant les deux) : il a après tout un certain nombre d'amis qui ont des goûts sans doute compatibles avec les siens. Mais il est considéré comme terriblement malpoli de demander à quelqu'un de partager sa table, et la réponse sera forcément non si des manœuvres d'approche savantes n'ont pas été employées. Déjà, il y a tous ceux qui se sont trouvé quelqu'un avec qui manger en tête-à-tête, et il serait alors inacceptable pour eux de le faire avec quelqu'un d'autre (et parfois même mal vu de dîner seul). De faire un repas en groupe entre amis, il n'est évidemment pas question : l'idée même est presque choquante. Évidemment, on peut toujours aller au restaurant, et là, il y en a pour tous les goûts, et pour tous les styles. Certainement la nourriture peut y être meilleure que ce qu'on se prépare soi-même en vitesse. Seulement, est-on vraiment moins seul quand on mange au restaurant, à la même table qu'un inconnu (ou plusieurs), que quand on le fait seul ?

D'accord, cette analogie est sans doute exagérée. (À la base, la raison principale pour laquelle je ne veux pas baiser avec un inconnu, c'est que je suis trop timide pour ça.) Je ne peux pas honnêtement dire qu'un acte sexuel soit exactement aussi anodin que celui de se nourrir. Dans les deux cas il s'agit d'accomplir socialement un acte biologique fondamental, mais il y a quand même des raisons assez naturelles pour que le sexe se fasse à deux — maintenant, il y a aussi des raisons assez naturelles pour qu'il se fasse entre un homme et une femme, alors… Ceci étant, dormir c'est aussi accomplir un acte biologique fondamental, et ce n'est vraiment pas quelque chose que j'aime faire en compagnie.

Tiens, dormir, ça c'est une idée. Je crois que je vais faire ça (et seul) au lieu de débiter des conneries plus grosses que moi.

2004-01-27 (Tuesday)

Email viruses

I guess there is no need for me to introduce the latest member of the (no longer very select) club of email viruses, since you probably received, like I did, a good dozen copies of it, in complete self-standing executable form, in your mailbox today. (Incidentally, I wonder how long it will take before someone writes a virus and starts suing everybody for illegally redistributing copyrighted material. Or maybe just attach a digital music file to the virus and let the Robbers' Ignoble Association of America take care of the second part.) Maybe I should send an email back for every copy of the virus I receive saying, thank you very much for your little program, but I have no machine on which I could run this Windows binary. The difficulty, though, would be to discover who the actual sender of the virus were, since sender addresses are forged. Meaning that after the pleasure of receiving N copies of the virus, I will get the delightful backslash effect of getting just about as many emails telling me they were sorry the virus I sent could not be delivered. Ha.

But the simply stupendous thing about email viruses is that the cure is so completely simple: just don't use an email reading program that allows execution of attachments without asking you half a dozen times for confirmation. Honestly, when did you ever receive a valid email, not a virus, with an executable attachment? I'm sure I never did (if someone wishes to send me a program, I will demand the source code anyway). Basically, it just amounts to: don't use any email program made by that company in Redmond; even if you need to run the Windows operating system (and I suppose there are valid reasons for that, even though I never discovered any myself), I'm sure there are dozens of very acceptable email reading programs in existence (Mozilla is one) which don't have the strange “feature” of enabling email viruses.

But no: not even are people so blatantly stupid that they refuse to change programs even when virus after virus proves that the one they use is fundamentally flawed, they actually seem to think that email viruses are something perfectly normal and understandable. I remember having a discussion with someone who was convinced that there was some sort of deep reason why they must exist, and the only way to fight them was to write “anti-virus” software; the idea that all it would take to eradicate them is to remove one simple and useless feature in his email reading program was astounding to him.

2004-01-26 (lundi)

Un peu d'autopsychologie à ¤0.02

J'observe, ou en tout cas je crois constater, que les gens que j'admire le plus sont ceux qui ont les qualités (humaines, notamment) que j'ai le moins, ou qui n'ont pas les défauts que j'ai. À l'inverse, mes propres qualités (disclaimer d'usage : à supposer que j'en aie) ne m'intéressent pas chez les autres, et les défauts qui m'irritent le plus sont ceux que je possède. C'est peut-être bêtement une recherche de complémentarité.

Sur le plan physique, les choses sont différentes. Je ne peux certes pas dire que je recherche spécifiquement les gens qui me ressemblent, à part dans la généralité de dire que ce sont des garçons (et que normalement je n'aime pas ceux qui sont trop efféminés, par exemple) ; on plaisante souvent du fait que je suis censé avoir un faible pour les blonds aux yeux bleus, mais je crois qu'il y a dans tous les types ethniques à peu près autant de gens qui me plaisent (c'est ennuyeux pour les sites de PA, je ne peux pas dire que je cherche un blond / un brun / un beur / un black, et pourtant je suis quand même difficile — passons).

En fait, le rapport est contraposé : j'ai tendance à vouloir ressembler aux gens qui m'attirent ou sur qui je fantasme. (Bon, sur le plan strictement physique, c'est évidemment mal parti. Mais le mimétisme peut se faire sur d'autres provinces de l'apparence.) On m'a déjà fait observer que ce n'est pas forcément une attitude rationnelle, d'ailleurs (en plus clair : ce n'est pas forcément en cherchant à ressembler à foo que je vais intéresser foo) ; mais à la limite c'est une envie autonome et qui ne peut pas du tout être amenée à la raison.

Finalement, je suis assez incapable de penser d'un homme qu'il est séduisant, donc d'éprouver du désir pour lui, sans éprouver en même temps de la jalousie du fait de vouloir lui ressembler. J'exagère sans doute, mais il y a de cela. (Du coup, je conçois très mal ce que peut être l'hétérosexualité, sans doute beaucoup plus mal que les hétérosexuels conçoivent l'homosexualité, et ce n'est d'ailleurs certainement pas la seule raison pour ça.)

2004-01-25 (dimanche)

Fin du projet professionel

Les travaux dirigés de mon enseignement de projet professionel sont terminés, j'en suis à lire les dossiers de synthèse des étudiants (j'en ai douze à noter). Des dossiers, donc, où ils résument un semestre de travail de recherche de documentation sur un métier de leur choix, et tentent de le présenter de manière synthétique et, si possible, intéressante.

La diversité est étonnante. Certains ont manifestement décidé qu'ils s'en foutaient, et ils ont pondu trois-quatre pages pleines de vide où ils ne disent rien du tout (le métier de frobnicateur est un métier d'avenir… nous avons obtenus des documents sur le métier de frobnicateur en nous adressant à… nous avons également interviewé M. Foobar, chef du département de frobnication de la société ACME, qui nous a beaucoup appris sur le métier de frobnicateur… en conclusion, ce travail m'a beaucoup aidé à me faire une idée sur le métier de frobnicateur, mais finalement je ne sais pas si c'est ce que je veux faire), assortis d'annexes où ils ont bêtement photocopié tout ce qui leur passait sous la main contenant le nom du métier et un compte-rendu d'interview où il ne s'est strictement rien dit. D'autres se sont donné un mal fou. J'en ai un qui a fait un dossier sur le métier de dessinateur de BD dont la présentation est absolument remarquable, c'est un vrai plaisir à regarder (bon, ensuite, le contenu n'est pas exceptionnel, c'est vrai ; ceci dit, il y en a de nettement plus creux dans le tas).

Mais ce qui est le plus amusant, finalement, c'est la manière dont ils écrivent (je ne parle pas de l'orthographe, qui est assurément très mauvaise, mais de l'expression en général). C'est d'une maladresse enfantine, presque candide, que je trouve tout à fait touchante. Ils pontifient gentiment (en déclarant, du haut de la sagesse de leurs dix-huit ans, tel ou tel secteur en crise, ou florissant d'emplois, parce qu'ils ont vu ça quelque part ou qu'il leur a semblé le déduire des propos sans doute plus circonstanciés de leur interlocuteur) ; ou au contraire ils se perdent en considérations personnelles complètement anecdotiques ; ils essaient de prendre un ton formel mais se trahissent toutes les lignes par un mot familier ou parfaitement incongru (remarquez, je fais sans doute pareil ici !) ; bref, tout cela est vraiment mignon.

Demain (matin, grrr…) j'assiste à des soutenances d'exposés oraux, par équipes, toujours pour ce projet professionnel. Globalement ce sera la fin de ma charge d'enseignement pour ce premier semestre. Je n'ai pourtant aucune nouvelle de ce que je dois faire au second semestre (je ne figure nulle part sur le planning de répartition du département, alors qu'il me manque une vingtaine d'heures pour compléter mon service de 96h de demi-ATER).

2004-01-24 (Saturday)

Gratuitous Literary Fragment (#7)

Basically, the point I'm trying to make is, is that…

I know what you're getting at, Zephira dear. All I'm saying is, angels have no sex, so there are no female angels. Period. I don't care what Betty Friedan says.

And I—replied Zephira, angered, don't care what pseudo-Dionysius…

Come now! Zaniel interrupted. We all know that none of us here has read any of the pseudo-Areopagite's works. Least of all Zebulon. Donning his most sarcastic smile, he added: Remind us, Zebulon: was it Ingrid Bergman who directed The Seventh Seal?

Zebulon flushed. Are you going to tease me forever just because of one tiny slip?

Would you rather have me mention the day you thought Tifereth and Malchut were cocktails? Zaniel and Zephira burst out laughing.

Oh, look who's here! Zita gestured toward the club's entrance.

Zohar was clothed in radiance. He was accompanied by three archangels; twelve platinum dragons were flying above his head; the Phoenix was perched on one of his shoulders and the Roc on the other; and the Midgard serpent, Jormungand, was buried in his hair. He was carrying the Leviathan under one arm and the beast of the Apocalypse under the other; Cerberus was sitting obediently at his foot, a major demon was tucked in his pocket, and he held Death on a leash.

Hi, Zohar! Zion waved genially to Zohar, who acknowledged their presence by a nod to the little group. Show-off! Zion muttered under his breath.

Exactly, agreed Zaniel. Show-off. I mean, is he really that desperate? Why, he'll just pick up yet another minor deity to sleep with, and then dump him—or her—the day after. I guess he always does.

What an asshole! Zebulon said. Oh, they say he even has group sex with incubi, sometimes.

In any case, Zephira added, they should have made him leave his… er… pets at the door. It's way too crowded in here.

Not to mention the stink of that dog, Cerberus. I can smell it from here. Zita sounded revolted.

Amen! Zeus joined the chorus. The Elysium isn't the place it used to be.

2004-01-24 (samedi)

Longtemps, je me suis levé de bonne heure…

Mes journées suivent en ce moment presque toutes le même schéma : je me lève vers 16h, je n'arrive à décoller de l'ordinateur que vers 20h, le temps de courir faire des courses au Champion local, je dîne vers 22h, et si j'essaie de sortir faire quelque chose, je me rends compte qu'il n'est pas loin de 23h et qu'il n'y a pas grand-chose que je puisse faire si je veux rentrer avant le dernier métro qui est à 1h. Ensuite je n'ai plus qu'à glandouiller jusqu'à ce que le sommeil me prenne, vers 4h du matin. Je caricature, mais c'est l'idée. En tout cas, je n'arrive décidément pas à être opérationnel à une heure où les commerces sont encore ouverts, par exemple : ainsi, j'ai des draps à aller chercher au pressing depuis dix jours, mais je n'ai toujours pas réussi à y être avant sa fermeture à 19h30.

Les perturbations à ce rythme ne sont que locales : si je dois me lever tôt pour une raison impérative, je ne dors pas de la nuit qui précède, du coup je suis complètement crevé de la journée, je me couche tôt mais me réveille quand même dans l'après-midi. Si je me force à me coucher plus tôt, je ne dors vraiment pas. Même si j'arrive à m'extraire de ce cycle infernal pendant quelques jours, j'y replonge bien vite. Je m'en sens prisonnier, et c'est oppressant.

Décidément, je n'arrive pas à échapper à la recherche du temps perdu !

2004-01-23 (vendredi)

Hier

Petit résumé de ma journée d'hier.

Le matin, trois heures passées à mater des étudiants de DEUG (j'ai beaucoup aimé le 644, le petit au regard espiègle avec un sweat Slipknot, par exemple). C'est-à-dire, surveillance d'examen. J'en ai profité pour faire quelques calculs (faire avancer ma thèse, si, si).

L'après-midi, soutenance de thèse de Péter Horvai : le contenu était extrêmement brillant, à l'image de l'impétrant, mais la désorganisation était catastrophique. Personne ne savait si c'était 15h, 15h30 ou 16h, aucune affiche ne prévenait du lieu, il est arrivé en retard (pour 16h), alors que nous nous employions à assurer les membres du jury que, si, si, Péter existait bien nous l'avions vu… Les exemplaires imprimés de la thèse (finis de composés la veille au soir et reproduits le matin même) sont arrivés encore plus en retard, et un des transparents était imprimé recto-verso (!). Le rétroprojecteur était de qualité douteuse, et le tableau noir n'était pas éclairé. Et le pot de thèse, pour ce que j'en ai vu avant, était minimaliste, mais je n'ai de toute façon pas eu le temps de rester, je suis parti juste quand le jury s'est retiré pour délibérer. Ceci étant, le travail sur la thèse elle-même (concernant, précisément, l'advection par des champs de vitesse stochastiques) est très impressionnant et certains résultats sont tout à fait remarquables. Mais je connais Péter depuis bientôt dix ans, et tout cela ne m'étonne pas de lui.

Le soir, j'ai fait la connaissance de Ghalys (dont j'étais bien curieux de savoir à quoi il pouvait ressembler). C'est un garçon tout à fait charmant, et qui a l'air vraiment très au courant de tout ce qui se passe dans le Marais. :-) J'espère que je n'ai pas trop moi-même fait une impression d'extra-terrestre, mais enfin, puisqu'il lit mon blog (salut Ghalys !) il devait savoir à quoi s'attendre.

Ceci étant, malgré tout ça, hier était quand même une journée de merde parce que j'étais mort de fatigue et je me sentais, selon les moments, entre un peu malade et carrément in articulo mortis et qu'il pleuvait vraiment sans arrêt. J'ai vraiment eu un mal fou à ne pas m'endormir pendant l'exposé de Péter (et pourtant, ce n'est pas que ce qu'il disait était ennuyeux). Je me suis couché vers 22h30 et je me suis endormi aussitôt (pour être réveillé par le bruit d'une tronçonneuse vers 9h30, ce qui m'a assez fâché).

2004-01-23 (Friday)

Small World experiment

The thesis was made popular by John Guare's play Six Degrees of Separation: the idea (very loosely stated) that two people in the world are connected by a “chain of relations” of length at most six. In other words, one has an acquaintance who has an acquaintance who has an acquaintance who has an acquaintance who has an acquaintance in common with the other. Where exactly the number six was found is uncertain, and of course it depends exactly what is meant by acquaintance, and also on whether we require for all pairs of people to be connected this way, or merely most pairs. But the order of magnitude is probably correct.

The naïve explanation is this: one has roughly speaking of the order of one hundred (direct) acquaintances, so at the second level (acquaintances of acquaintances) there should be ten thousand or so, and a million at the third level, a hundred million at the fourth, ten billion at the fifth and a trillion at the sixth; only this is wrong because each acquaintance's circle of acquaintances is not entirely disjoint, quite the contrary, there are many in common, and of course in the end there aren't a trillion people on Earth, but, still, the basic idea is there, that the number of acquaintances at level n should grow exponentially with n until it saturates when mostly everyone has been reached. Even if this is true, some further questions can be asked, for example: whether the linking chain can easily be found in practice (how would I proceed to find a connection between me and someone living in Central Asia whose name I have never heard of?), and whether if follows more or less geographical routes. Also, whether there exist “hubs”, or people who are acquainted to a very large number of people at small degrees, and who serve to shorten the way between two random individuals.

Dunan J. Watts, Peter Sheridan Dodds and Roby Muhamad from Columbia University have attempted to conduct a large-scale experiment on this: their findings have been published in Science's August 2003 issue (An Experimental Study of Search in Global Social Networks). I mention this mainly because I was part of the experiment (and I served to connect Pierre Senellart and my mother in order to get to a certain Monique Laroze-Travers).

Certain Web sites such as friendster.com or tribe.net have attempted to reproduce on a smaller scale the “six degrees of separation” phenomenon. Also nearby in the nootope are mathematical considerations on random graphs; for example: take N points, and for each of the N·(N−1)/2 possible (unordered) pairs of points, connect them with probability p, so as to form a “random graph” with N vertices, and then ask what is the probability (as a function of N and p) that this graph has diameter less than d (meaning that any two points can be connected by a chain of at most d edges); of course, many apparently similar questions could be asked.

2004-01-22 (jeudi)

Les arbres de la rue

‘They've cut it down!’ cried Sam. ‘They've cut down the Party Tree!’ He pointed to where the tree had stood under which Bilbo had made his Farewell Speech. It was lying lopped and dead in the field. As if this was the last straw Sam burst into tears.

Quand mes parents et moi nous sommes installés avenue du Grand Mesnil à Orsay, à l'été 1986, c'était une rue très boisée : beaucoup de terrains ne portaient qu'une petite maison entourée d'un grand nombre d'arbres, essentiellement des chênes, parfois centenaires. Une parcelle, notamment, avait un aspect particulièrement pittoresque parce que c'était une véritable petite forêt avec une clairière au milieu, où stationnait en permanence une roulotte qui y était la seule forme de maison. Hélas, cette époque est finie et bien révolue : les terrains boisés ont été vendus et ont fait place à d'énormes pavillons qui se touchent presque les uns les autres, construits dans le mode américano-pharaonique (avec force colonnes imitées du temple de Louxor). Jusque récemment, il restait encore une grande propriété, une demeure dans un style vaguement victorien entourée d'un parc important, où les arbres subsitaient. Cette propriété était celle d'un couple de personnes âgées, mais le mari est décédé l'été dernier et sa femme est partie en maison de retraite, le terrain a été revendu, et ces jours-ci ces arbres ont été abattus.

Heureusement, l'extrémité de la rue (qui est une impasse) s'arrête sur le Bois Marie, la propriété de l'IHÉS, qui ne risque pas trop de disparaître du jour au lendemain.

2004-01-22 (jeudi)

Je veux dormir

Il n'est pas six heures du matin et je suis déjà debout, alors que ces derniers jours c'était plus près de l'heure à laquelle je me couchais… Je pourrais rester au lit encore une petite heure, mais j'en ai assez de me tourner et me retourner sans trouver le sommeil — alors même que je crève d'envie de rejoindre Morphée, mais la pensée d'être réveillé sitôt après m'empêche de me détendre et donc de m'assoupir. (Toujours je revérifie ce fait terrible qu'il suffit que j'aie un réveil en marche à côté de moi, quelle que soit l'heure à laquelle il est réglé pour sonner, pour être dans l'incapacité de m'endormir.)

Je dois surveiller un examen en DEUG ce matin (d'où le réveil matinal), à partir de 8h (ce qui veut dire que les surveillants doivent être là à 7h50). Heureusement, ça ne demande pas trop de présence d'esprit ; de toute façon, même s'il y en avait qui essayaient de tricher, on les laisserait faire : ceux qui sont assez mauvais pour tricher le sont suffisamment pour échouer même en trichant (observation mainte fois confortée par l'expérience).

Ensuite j'assiste à la soutenance de thèse d'un de mes meilleurs amis, à l'École polytechnique (autour de 15h en amphi Becquerel). J'espère que j'arriverai à rester éveillé pendant la soutenance, ça risque d'être technique. Il sera question de turbulence. J'observe d'ailleurs que je suis à peu près le dernier de ma promotion à ne pas avoir soit soutenu soit abandonné la thèse : c'est inquiétant.

2004-01-21 (mercredi) · Nouvelle Lune

Kafkaïen !

Jusqu'à il y a deux-trois semaines, le réseau marchait parfaitement chez mes parents, via un abonnement Wanadoo ADSL tout ce qu'il y a de plus standard, avec un routeur sous Linux (géré par moi) qui masquerade et distribue le réseau sur notre ethernet local. Et puis voilà que le 2004-01-06 (c'est-à-dire mardi d'il y a deux semaines), mon père, sur un coup de tête (il agit souvent sur un coup de tête, mon père) est allé demander une adresse IP fixe. Enfin, c'est ce qu'il dit avoir demandé, il n'est pas très sûr, peut-être qu'il a demandé un accès 1024kbit/s au lieu de 512kbit/s, ou peut-être que les deux vont ensemble (sous une offre professionnelle ou quelque chose comme ça).

Deux jours plus tard, plus de réseau. Quand je dis plus de réseau, c'est vraiment plus rien : France Telecom avait supprimé (le terme savant est déconstruit, semble-t-il) la ligne ADSL, le voyant (de synchronisation ADSL) du modem ADSL avait viré au rouge. Aucune explication de pourquoi ils ont fait ça, évidemment : on a demandé une extension de service à Wanadoo, pas une déconstruction de la ligne à France Telecom. Longues discussion avec le service technique, on a promis le retour de l'ADSL à mes parents pour le lundi suivant, puis pour le jeudi, et finalement ce n'est que lundi dernier (avant-hier, le 2004-01-19) que la ligne revient, le voyant de synchronisation repassant au vert.

Au bout de nos peines ? Non ! La connexion ne se fait toujours pas. Je passe ce soir voir pourquoi. D'abord il me faut défaire toutes les conneries de branchement que mon père a faites, qui croit apparemment qu'il suffit de brancher au petit bonheur la chance les machines sur le switch Ethernet ainsi que le routeur ADSL et que ça va marcher automatiquement. Mais bon, ça ce n'était pas trop difficile à réparer.

Cependant, les paramètres de connexion de Wanadoo sont refusés. Maintenant la ligne marche (si je rentre netissimo@netissimo comme identifiant et netissimo comme mot de passe, j'arrive à avoir accès à la page de test Netissimo), mais le serveur Wanadoo rejette les paramètres qui marchaient jusqu'à présent. Pourtant, mon père a reçu une lettre de Wanadoo donnant les paramètres censément nouveaux, et ils sont exactement identiques aux anciens. Enfin, l'identifiant était fti/rh29ec9@fti et maintenant il est donné comme fti/rh29ec9, mais j'ai essayé toutes les combinaisons, avec ou sans ce @fti, avec ou sans le fti/ initial et ainsi de suite, rien ne marche.

Appel au service technique de Wanadoo (qui m'ont fait patienter un bon quart d'heure sur de la musique d'ambiance, évidemment), ce soir vers 23h. Le type me certifie absolument que mes paramètres sont bons (et que le @fti ne peut pas poser de problèmes), il m'a fait répéter cinq ou six fois l'identifiant et le mot de passe et a même vérifié que la barre oblique était bien un slash et pas un backslash, et il me confirme que ma ligne ADSL est bonne. Mais comme je ne suis pas sous Windows, il ne peut pas m'en dire plus. Évidemment, je n'avais pas vraiment de message d'erreur à lui donner ; enfin, j'avais mieux qu'un message d'erreur, j'avais une sortie de tcpdump sous les yeux, du genre

00:42:37.190714 PPPoE PADI [Service-Name] [Host-Uniq UTF8]
00:42:37.368032 PPPoE PADO [AC-Name "BSSGW112"] [Host-Uniq UTF8] [Service-Name] [AC-Cookie UTF8]
00:42:37.368287 PPPoE PADR [Service-Name] [Host-Uniq UTF8] [AC-Cookie UTF8]
00:42:37.711846 PPPoE PADS [ses 0x583] [Service-Name] [Host-Uniq UTF8] [AC-Name "BSSGW112"] [AC-Cookie UTF8]
00:42:37.713870 PPPoE  [ses 0x583] LCP 21: Conf-Req(68), MRU=1492, Auth-Prot CHAP/MD5, Magic-Num=7cf34163
00:42:37.715206 PPPoE  [ses 0x583] LCP 16: Conf-Req(1), MRU=1492, Magic-Num=30eff5f4
00:42:37.715254 PPPoE  [ses 0x583] LCP 10: Conf-Nak(68), Auth-Prot PAP
00:42:37.752951 PPPoE  [ses 0x583] LCP 16: Conf-Ack(1), MRU=1492, Magic-Num=30eff5f4
00:42:37.757020 PPPoE  [ses 0x583] LCP 20: Conf-Req(69), MRU=1492, Auth-Prot PAP, Magic-Num=7cf34163
00:42:37.758210 PPPoE  [ses 0x583] LCP 20: Conf-Ack(69), MRU=1492, Auth-Prot PAP, Magic-Num=7cf34163
00:42:37.758256 PPPoE  [ses 0x583] LCP 10: Echo-Req(0), Magic-Num=30eff5f4
00:42:37.758334 PPPoE  [ses 0x583] PAP 30: Auth-Req(1), Peer=fti/rh29ec9@fti, Name=PASSWORD
00:42:37.798821 PPPoE  [ses 0x583] LCP 10: Echo-Rep(0), Magic-Num=7cf34163
00:42:37.971054 PPPoE  [ses 0x583] PAP 7: Auth-Nak(1), Msg=
00:42:37.971744 PPPoE  [ses 0x583] LCP 6: Term-Req(70)
00:42:37.972328 PPPoE  [ses 0x583] LCP 46: Term-Req(2)
00:42:37.972835 PPPoE  [ses 0x583] LCP 6: Term-Ack(70)
00:42:38.010823 PPPoE  [ses 0x583] LCP 6: Term-Ack(2)
00:42:38.013368 PPPoE PADT [ses 0x583] [Host-Uniq UTF8] [Generic-Error "RP-PPPoE: System call error"] [AC-Cookie UTF8]
00:42:38.017957 PPPoE PADT [ses 0x583]

— ce qui pour moi est clair et sans appel : ma machine a bien envoyé une demande PAP Auth-Req avec le bon identifiant (fti/rh29ec9@fti) et le bon mot de passe (que je n'ai pas écrit ici) et la machine en face, répondant au doux nom de BSSGW112, a refusé (Auth-Nak) ces paramètres.

L'ennui, c'est que si moi je sais lire la sortie du tcpdump d'une connexion ADSL qui échoue, et si j'ai lu la RFC 2516, le type en face il ne sait même pas de quoi je parle, et je doute qu'il ait lu la RFC 2516, je doute même qu'il ait la moindre idée de ce que c'est. Je n'ai pas de message d'erreur Windows à lui fournir, donc il ne peut pas m'aider, me dit-il.

Alors je suis censé faire quoi, moi ? Ou mes parents sont censés faire quoi ? Wanadoo assure que ces paramètres sont bons, moi je vois sous mes yeux leur serveur me les refuser.

J'ai conseillé à mon père de faire résilier immédiatement son abonnement Wanadoo (normalement il a dépassé le terme de l'engagement contractuel) et de contacter un autre fournisseur d'accès. L'ennui, c'est que puisque la ligne ADSL est maintenant incluse avec le service d'accès (dans le cadre d'un pack ADSL), ça va demander de déconstruire de nouveau la ligne et de la reconstruire !

C'est véritablement kafkaïen.

Dans ces conditions, on comprend que je reste sagement à Paris à l'abonnement que j'ai actuellement (même s'il ne se fait plus et que Nerim m'a écrit pour me dire que je ferais des économies à le remplacer par un de ces fameux packs, et même si je pourrais avoir le double ou le quadruple du débit en passant à Free dégroupé) : si je devais me retrouver une semaine sans ADSL, ce serait une catastrophe absolue, je ne veux absolument pas prendre ce risque.

En plus, j'avais d'autres choses à faire aujourd'hui que de passer mon temps à essayer de faire marcher ce foutu ADSL et ensuite à attendre des transferts de fichiers abominablement lents sur modem RTC !

Mise à jour (2004-01-25T03:00+0100) : Finalement, tout est rentré dans l'ordre. La faute était bien du côté de Wanadoo. En insistant suffisamment et en produisant les messages erreurs annoncés par une machine Windows, mon père a pu obtenir qu'ils fassent quelque chose.

2004-01-20 (mardi)

Snif

Je crois que j'ai attrapé un rhume, ou quelque chose de ce genre. En tout cas je tousse et je me sens bien fatigué.

Du coup, et comme j'ai beaucoup écrit hier, je m'en tiens au minimum aujourd'hui.

2004-01-19 (lundi)

En bref, en vrac, et sans images

Quelqu'un joue la Lettre à Élise à la station Châtelet (du côté des quais de la ligne 7). Enfin, quand je dis, joue la Lettre à Élise, je veux dire dix mesures de ce morceau répétés ad lib, et ça, c'est vraiment pénible, vraiment de quoi s'en dégoûter (si par hasard ce n'était déjà fait).


Je trouve pénible l'utilisation intransitive de plus en plus fréquente du verbe consommer. On consomme quelque chose, bordel, on ne peut pas juste consommer, ça ne veut rien dire. Le seul usage de consommer intransitif qui figure dans mon dictionnaire, c'est pour dire consommer une boisson dans un café ou un bar, genre prière de ne pas consommer sur la terrasse. Mais quelqu'un, et j'aimerais bien savoir quand, et surtout qui, a manifestement pris le mot consommateur pour former l'expression société de consommation (qui ne veut pas dire grand-chose) puis consommer utilisé absolument. D'où la nouvelle pub parfaitement creuse de Carrefour, mieux consommer, c'est urgent, sur laquelle des militants anti-pub ou anti-quelque-chose-je-ne-sais-pas-quoi-au-juste graffitent arrêtez de consommer ou autres slogans eux aussi dénués de sens et de grammaire. Le pire, c'est que je n'ai toujours pas compris ce qu'on voulait dire par là, ça a l'air vaguement synonyme de acheter puis jeter mais ce n'est pas complètement clair, peut-être que c'est tout simplement synonyme de être un acteur de l'économie d'une société plus ou moins capitaliste sauf que dans ce cas je ne vois pas comment on peut mieux ou moins consommer. Passons.


Les restaurants japonais fleurissent à Paris comme des champignons. Je me rappelle d'un temps où c'était encore une rareté, maintenant ils sont partout. Et surtout dans le Marais, qui n'est plus tant le quartier pédé de Paris que le quartier des restaurants japonais (mais nettement moins authentiques que ceux de la rue Saint-Honoré). Remarquez, j'aime bien la cuisine japonaise (sauf qu'en matière de poisson cru je n'aime que le saumon, pas du tout le thon rouge, et parfois c'est un problème). Je crois surtout que les gens sont pressés pressés pressés et que le restaurant japonais répond bien à cette volonté de vitesse (tout en restant de meilleure qualité que le fast food).


Parlant de cuisine asiatique, nos enquêteurs s'interrogent encore sur la façon correcte d'écrire le mot biryani, qui désigne ce plat indien formé de riz aromatisé mélangé à de la viande, du poisson ou des légumes. Un locuteur de hindi interrogé sur le sujet a écrit बिरयानी, ce qui se transcrit birayānī. Je trouve le premier a très bizarre et je me demande s'il ne voulait pas plutôt mettre बिर्यानी, ce qui se lirait biryānī (en conformité avec la transcription que donne le American Heritage Dictionary of the English Language), mais on voit mal comment il a pu confondre vu qu'en alphabet nagari ça donne une écriture vraiment différente (ce que vous devriez constater si vous avez des polices indiennes correctes installées sur votre ordinateur et un bon navigateur — ça fait beaucoup de si, tout ça). Un serveur dans un restaurant indien a écrit le mot pour nous, mais c'est en tamoul, et ça donne புரியாணி, ce qui se transcrirait puriyāṇi (notez le point sous la n). Pas très ressemblant (la transformation du b en p est logique vu que le tamoul n'a pas de [b], mais je suis perplexe quant à la nature du n vu que toutes les langues indiennes sont censées distinguer nettement le n dental du n rétroflexe — et les langues dravidiennes comme le tamoul ont même une troisième sorte de n). Normalement, quand on a un doute sur une orthographe, on regarde dans Google, mais aucun de ces mots ne renvoie le moindre résultat ni même une suggestion de correction : je trouverais quand même vraiment stupéfiant que personne n'ait jamais écrit une page en hindi, ourdou ou tamoul contenant le mot biryani ! Apparemment le mot est d'origine persane, en fait, mais ça ne m'aide pas trop.

Quand je saurai pour le biryani, je chercherai à apprendre comment on écrit correctement tikka masala.


Il y a place Jussieu (devant le campus), chaque vendredi soir (enfin, peut-être d'autres soirs aussi, c'est juste que c'est le vendredi soir que j'y passe pour aller à >Dégel!), un rassemblement de gens à l'allure pas très fréquentable (disons Punk&Oi, en gros), un peu semblable à ce qu'on devait pouvoir trouver autour de Leicester Square au summum des années '80. (Hum, je vous ai parlé de mon fantasme #299792458, au-dessus des racailles mais en-dessous des skateurs ? Ah oui, c'est vrai, je radote.) Je trouve ça amusant. Ils ont un look qui peut faire peur et ils se gueulent dessus, mais en fait je suis assez sûr qu'ils ne sont pas méchants du tout (sauf qu'ils sont vite bourrés, et là ça doit dégénérer assez facilement).


Tagalog, Hanunoo, Buhid, Tagbanwa : non, ce n'est pas une formule magique, ce sont les noms de quatre alphabets qui se suivent dans Unicode.

2004-01-19 (lundi)

Élisabeth Badinter

Je dois avouer mon ignorance des écrits — ou même, au-delà d'une certaine généralité, des idées — d'Élisabeth Badinter. Je sais qu'après avoir publié un livre intitulé Fausse route (Réflexions sur 30 années de féminisme), elle a été désavouée par une partie du mouvement féministe (comme les chiennes de garde). J'ai tendance à me considérer (ou à vouloir me considérer ?) moi-même comme féministe modéré (si tant est qu'un homme en a le droit) ; mais j'étais assez opposé, par exemple, à la manière dont la parité dans la vie politique française a été imposée par une révision constitutionnelle (j'ai à la fois une grande méfiance vis-à-vis de la discrimination positive et contre les modifications hasardeuses de la Constitution), et j'avais trouvé, dans une tribune publiée je crois par Le Monde, une formulation extrêmement claire et forte des opinions que je partageais à ce sujet, sous la plume d'Élisabeth Badinter. [Houlà, ma phrase est vraiment alambiquée. Mais je crois qu'elle se comprend quand même.]

Ce n'est pas mon point ici. Je suis tombé par hasard en allumant ma télé tout à l'heure, sur l'émission 100 minutes pour convaincre (note : leur site Web n'est pas très à jour !) consacrée à la question de la laïcité à travers le problème du port du foulard islamique. Je n'allais pas regarder parce que c'est un débat (celui du voile) qui m'intéresse fort peu (c'est-à-dire surtout que je trouve qu'on en parle trop), mais Élisabeth Badinter, qui était sur le plateau, a pris la parole. Alors je suis resté à l'écouter, et j'en aurais presque pleuré. Elle a parlé avec des mots simples, mais avec une conviction, avec une force, et avec un courage aussi, qui m'ont fascinés.

2004-01-18 (dimanche)

Air complètement niais

[Photo avec un bonnet sur la tête]

2004-01-18 (dimanche)

Petit jeu

J'avais mentionné un jeu consistant à chercher, à partir d'un mot (très commun) tiré au hasard à trouver une parole de chanson ou un vers de poème qui contienne ce mot, et j'avais évoqué la difficulté (pour moi en tout cas) à m'en sortir vu qu'on ne pense pas à une chanson en fonction des mots qu'elle contient (en termes un peu geek, il manque le bon index vers la base de données).

Voici un défi du même genre : essayer d'écrire un texte, peu importe le sujet mais qui tienne debout (au moins syntaxiquement et à peu près sémantiquement), qui semble naturel, et qui soit entièrement un patchwork de paroles de chansons, de vers de poèmes, de phrases célèbres, de titres, de proverbes, de slogans publicitaires, et ainsi de suite. C'est-à-dire qu'autant que possible, chaque mot doit apparaître dans le cadre d'une référence, d'un clin d'œil, d'une citation.

J'aime assez glisser sans prévenir, dans un texte anodin, ou dans une conversation, une citation célèbre, sans attirer l'attention dessus, comme une sorte d'« œuf de Pâques » caché qu'on pourra reconnaître si on est perspicace. Ce n'est pas difficile. Mais produire un texte qui soit entièrement de la sorte, c'est autrement plus technique. En tout cas je n'ai rien réussi à pondre qui ne soit pas franchement mauvais.

2004-01-17 (samedi)

Le rayon vert

J'ai dîné ce soir chez des amis et voisins (les mêmes chez lesquels j'avais fini mon réveillon du Nouvel An) : ils habitent au 16e étage d'une tour qui surplombe le centre commercial Italie 2 (rue Vandrezanne). Comme leur séjour donne sur le nord-ouest, ils ont une jolie vue sur la tour Montparnasse (enfin, dans la mesure où une vue sur la tour Montparnasse peut être jolie), la tour Eiffel, les Invalides, le Val-de-Grâce… En regardant le paysage nous avons été intrigués par une intense lumière verte, juste à droite de la tour Eiffel, venant apparemment des hauteurs du Trocadéro (ce n'était pas bien clair d'où nous étions). Une petite recherche Web n'a pas permis de trouver d'événement ou de manifestation culturelle qui justifierait un tel éclairage. Un spécialiste en lasers qui se trouvait parmi nous a prétendu reconnaître la longueur d'onde 514nm d'un laser à argon (mise à jour 2004-01-18T16:00+0100 : en fait, il me dit qu'il a parlé de la 532nm d'un Nd:YAG doublé — admettons). Après le dîner (puisque les autres s'apprêtaient à regarder le DVD du film La Planète des singes que j'ai déjà vu), j'ai donc décidé, mû par ma maladive curiosité de cinglé, d'aller voir sur place ce qu'il en était, et d'en profiter pour me promener un peu.

J'ai été surpris de constater que, même sur la ligne 6 à l'esprit pourtant si Rive Gauche™, l'ambiance du samedi soir est assez avinée — qu'on me pardonne l'expression. Je suis tombé sur un groupe d'étudiants d'une école de commerce quelconque qui s'étaient déjà bien saoulés et qui allaient terminer la nuit dans une boîte près de l'Étoile. En fait, au moment où j'arrivais à Corvisart pour prendre le métro, l'un d'eux à commencer à s'engueuler avec la chef de station : pendant ce temps, le reste de la bande a pris la rame qui arrivait, mais lui et moi l'avons ratée de justesse. Sur le quai, en attendant le métro suivant, il a commencé à me faire la causette, et comme il était très beau garçon (dans le genre châtain bouclé aux yeux bleus un peu elfiques) je lui ai tenu le crachoir jusqu'à ce qu'il retrouve ses copains à la station suivante : il m'a raconté son malheur d'être le seul provincial dans une école de Paris où les autres — dixit — même quand ils sont bourrés ils continuent à lever le petit doigt (jolie image ; de fait, c'était le seul à ne pas avoir un look affreusement bourge). En tout cas, la bande a grandi en nombre à Denfert et à Montparnasse, et, petit doigt levé ou pas, ils étaient bien pénibles, nettement plus que les cailleras moyens, en fait.

Quoi qu'il en soit, je suis arrivé (vers 0h15 sans doute) au Trocadéro. Là je me suis senti très con, parce que la lumière verte qui m'avait attiré là n'était ni un laser à argon ni un éclairage festif mais tout bêtement l'illumination d'une grue de chantier située à l'extrémité nord-est du palais de Chaillot, et dont le faisceau se trouve par hasard braqué en direction de Montparnasse et de la place d'Italie.

Puisque j'étais là, cependant, et puisque j'avais eu la bonne idée d'emporter le GPS, j'ai décidé de faire quelques mesures : j'ai trouvé que l'appareil a la possibilité de marquer un point en faisant une moyenne dans le temps pour augmenter la précision, et comme par ailleurs l'endroit est assez dégagé de bâtiments (de sorte que beaucoup de satellites pouvaient être captés simultanément) j'ai pu obtenir une précision assez convenable (une imprécision de moins de 5m, peut-être même 2m, pour certains relevés). J'ai relevé la position de la terrasse centrale de Chaillot, du centre de la tour Eiffel (autant que je pouvais y accéder, car il y a un stupide bâtiment préfabriqué qui y a été posé), et de la statue de Joffre devant l'École militaire.

Ensuite, j'ai voulu reprendre le métro à la Motte-Picquet, et je l'ai raté de quelque chose comme cinq minutes. Je ne peux pas reprocher à la RATP de ne pas avoir pris en compte, au moment où elle a fixé les horaires des derniers trains, le fait que dans la nuit du 17 au 18 janvier 2004 j'arriverais à la Motte-Picquet vers 0h55, mais je peux assurément lui reprocher de ne pas faire une annonce claire (au moins dans cette station) quand le trafic est terminé, ce qui fait que nous étions un certain nombre à poireauter comme des cons sur le quai en se demandant si nous aurions un métro, jusqu'à ce que vers 1h10 on vienne nous dire que non. Je suis donc reparti à pied (et comme un idiot je me suis d'abord dirigé dans la mauvaise direction et ne me suis rendu compte de mon erreur qu'une fois à Dupleix — comme quoi j'aurais dû laisser mon GPS allumé ou me rappeler que les métros à Paris circulent à droite et pas à gauche). Au moins ça m'aura permis, sur le chemin du retour, de mesurer les coordonnées de la place de Catalogne et du Lion de Belfort place Denfert-Rochereau. En revanche, je n'ai plus eu qu'à rentrer directement chez moi.

Pour ne pas laisser de si précieuses (et si chèrement acquises !) informations tomber dans l'oubli, voici les points relevés (voir mon entrée précédente pour les commentaires généraux ; tout ce qui suit est rapporté à l'ellipsoïde WGS 84, et j'ai laissé tomber UTM pour ne relever que la latitude et la longitude, puisque de toute manière il existe d'excellents convertisseurs entre les deux systèmes) :

Palais de Chaillot (dalle centrale entre les deux bâtiments)
(48.86207°N,2.28858°E)
Tour Eiffel (point central)
(48.85834°N,2.29488°E)
Devant la statue de Joffre devant l'École militaire
(48.85294°N,2.30280°E)
Place de Catalogne (plein centre, mesure directe)
(48.83714°N,2.31842°E)
Devant le Lion de Belfort, place Denfert-Rochereau
(48.83426°N,2.33244°E)
Devant l'entrée de mon immeuble
(48.82868°N,2.35180°E)

Il faudrait que je mesure de nouveau, plus précisément, les coordonnées de l'origine que j'ai choisie, pour pouvoir rapporter toutes ces coordonnées au « repère parisien ». Déjà, je suis surpris d'apprendre qu'il y a plus de 400m de l'entrée de mon immeuble à la place d'Italie (j'aurais cru moitié moins). On remarque aussi que les mesures ne sont pas si bonnes que ça puisque les trois premiers points ci-dessus devraient être parfaitement alignés or ils ne le sont pas.

Bon, et la morale de toute cette histoire est : il ne faut pas suivre aveuglément les lumières vertes dans la nuit.

2004-01-17 (Saturday)

Minor technical note

[Traduction française ci-dessous.]I made a few very minor changes to my comments system. The most important modification is that, now, when an account is created, it is automatically logged in. Previously, because of a rather stupid design flaw in the interface, the user was expected to enter one more time the password he had just chosen in order to log in to the system. But many people failed to do so, because the logging in form was below the form used to post a comment: instead, people used the same nick that they had created (as an account) to post anonymously with. So I also changed the order in which the fields appear below the comment lists.

[French translation of the above.]J'ai fait quelques modifications très mineures à mon système de commentaires. Le changement le plus important est que, maintenant, quand un compte est créé, il est automatiquement utilisé. Auparavant, à cause d'une erreur de conception assez stupide dans l'interface, l'utilisateur devait entrer une fois de plus le mot de passe qu'il venait de choisir de façon à s'authentifier auprès du système. Mais beaucoup de gens oubliaient de le faire, parce que le formulaire pour s'authentifier était en-dessous de celui servant à poster un commentaire : au lieu de ça, les gens utilisaient le même nick qu'ils venaient de créer (comme compte), mais pour poster anonymement. J'ai donc aussi changé l'ordre dans lequel les champs apparaissent sous la liste de commentaires.

2004-01-17 (samedi)

Le calendrier des pédéblogueurs français 2004

Un grand bravo à Garoo pour avoir tenu le pari et avoir pris une photo aussi réussie de M@nu qui nous fait un très joli mois de janvier. On espère que le courage du principal auteur se maintiendra et qu'il aura les moyens de réaliser les douze mois de l'année. En tout cas j'ai proposé ma candidature pour un mois ultérieur (à déterminer).

2004-01-16 (vendredi) · Dernier Quartier

Petites citations

Un pédé, ça n'a pas de psychologie : un pédé, c'est juste une paire de couilles sur pattes.

— petite phrase qui prend toute sa saveur quand on sait que celui qui l'a prononcée est psy et pédé.

Le même, un peu plus tard :

De toute façon, un mec blond aux yeux bleus, c'est pas possible qu'il soit actif…

— ravi de le savoir ! Vu comme je l'ai foudroyé du regard, il a rajouté, …avec moi. Ceci dit, juste après, il a comparé les blonds aux yeux bleus, toujours, à des sardines à l'huile.

2004-01-15 (jeudi)

La normalité et l'apparence de normalité

(Puisque certains amis se moquent de moi en disant que les deux tiers des entrées de ce blog sont consacrées à mes problèmes affectifs, il faut bien que je remplisse mon quota.)

Il y a des gens qu'on appelle normaux. Enfin, je ne sais pas s'ils existent vraiment ou si c'est seulement un idéal, mais on voit assez bien ce que c'est. Les gens normaux n'ont rien d'exceptionnel. Et puis il y a des gens qui s'éloignent plus ou moins de cet idéal. Moi, par exemple, je dois être vraiment anormal, parce que les gens normaux ne s'intéressent pas aux subtilités du calendrier (ils savent qu'il y a une année bissextile tous les 4 ans — 2004 par exemple — et ça leur suffit), ils ne s'amusent pas, s'ils programment, à écrire des quines, ils ne jouent pas à des jeux de cartes cinglés, ils ne trippent pas sur la réflexivité de la philosophie Zen, et, de façon générale, ils ne pratiquent pas la masturbation intellectuelle ; d'ailleurs, ils n'écrivent pas non plus des blogs et ne racontent pas leur vie sur le Web.

Il y a une tendance qui voudrait faire de la normalité un défaut, ou au moins un sommet de l'ennui, et de toute idiosyncrasie qui s'éloigne de la normalité une qualité. Cette tendance est aussi absurde que celle, exactement contraire, qui voudrait condamner toute forme d'originalité. En vérité, évidemment, il n'y a rien en soi de bien ou de mal à être normal ou anormal ; certaines anomalies sont manifestement « mal » (comme le fait de se transformer à chaque pleine lune en loup-garou et d'aller égorger les passants dans la rue), d'autres sont « bien », et la grande majorité ne sont ni bien ni mal. Le culte de l'originalité pour l'originalité, quant à lui, est une parfaite idiotie.

Le fait, aussi, est qu'on a une certaine tolérance pour l'anomalie, et cette tolérance n'est pas infinie. Les particularités des gens sont parfois amusantes ou pittoresques, mais elles fatiguent aussi la tolérance qu'on peut avoir à leur égard, et, tout tolérant qu'on est, on finit par atteindre des limites et par trouver pénibles les gens dont la bizarrerie va au-delà de ces limites. À petite dose, la déviation de la normalité donne une identité aux gens, leur évite l'ennui d'être tous semblables, mais quand cette déviation devient énorme, on ne peut plus interagir convenablement (pensez aux gens qui font un jeu de mot par phrase, à ceux qui ressortent sans arrêt leur dada, à ceux qui se sentent obligés de dire la consommation par voie respiratoire de substances nicotiniques peut entraîner à terme une cessation générale des fonctions vitales là où n'importe qui dirait fumer tue, et ainsi de suite).

Bref, moi, par exemple, je dois passer pour un cinglé auprès de pas mal de gens. (Il y en a auprès de qui je passe pour un génie, aussi, ce qui est encore plus faux. À tout le moins, je dois très souvent être considéré comme un personnage pittoresque.) Sur le plan intellectuel et même, peut-être, me signale-t-on, sur le plan moral ou caractériel. Sans doute beaucoup de gens sont rebutés par mes excentricités : ça ne veut pas forcément dire qu'ils vont me fuir, mais ils vont toujours me cataloguer comme un weirdo. Ou alors c'est souvent qu'eux-mêmes sont largement déviants.

Eh bien j'en ai parfois marre d'être considéré comme une créature étrange, parce que, pour bizarre que je suis, j'ai une véritable soif de normalité. J'ai de très bons amis, qui me sont très chers, qui ont toutes sortes d'excentricités dans tous les domaines, ce n'est pas le problème. J'ai suffisamment de difficultés dans le domaine affectif pour ne pas devoir y ajouter l'éloignement causé par une anormalité excessivement visible. Parce que les extra-terrestres, on peut les trouver drôles ou pénibles, parfois on les admire, parfois on les déteste, mais on les aime rarement (à moins d'en être soi-même — or pour ma part je cherche à être aimé par des humains, pas par des extra-terrestres, surtout que ma tolérance pour la bizarrerie est nettement en-deçà de ma propre bizarrerie).

Le mot visible est important. Car au fond ce n'est pas écrit sur mon front que le standard Unicode est mon livre de chevet, je peux le cacher. Il est permis d'être aussi anormal qu'on veut, tant qu'on n'impose pas cette anormalité aux autres — tant qu'on ne leur prend pas la tête, notamment. Déjà, je suis nettement moins bizarre dans la vraie vie que je ne l'apparais sur le Web. Et je suis nettement plus normal, aussi, quand je suis entouré de gens eux-mêmes plutôt normaux. Mais apparemment pas encore assez, puisque je continue à être marginalisé — plus ou moins inconsciemment de la part du groupe — par des milieux où je cherche à m'intégrer.

Je voudrais corriger cette apparence, mais ce que j'ignore largement c'est : qu'est-ce qui trahit le plus fortement que je suis un cinglé ? Est-ce la manière dont je m'habille (ceci dit, ça change tout le temps), la manière dont je me déplace, la manière dont je parle, ce que je dis quand j'ouvre la bouche, le fait que je ne boive pas, mes goûts musicaux (ou absence thereof)… ?

[Zut, je me suis vraiment embrouillé, et je n'ai pas du tout réussi au final à dire ce que je voulais dire. Il est tard, je réessaierai une autre fois.]

2004-01-15 (Thursday)

Goodbye stupid apostrophe

[Traduction française ci-dessous.] From now on I'll stop writing 'blog, a spelling which I was the only one to use anyway, and write blog instead like everyone does.

[French translation of the above.] Désormais je cesse d'écrire 'blog, une orthographe que j'étais le seul à utiliser de toute façon, et j'écrirai blog à la place, comme tout le monde.

2004-01-15 (jeudi)

Membres endormis

À 11h ce matin je me suis réveillé en sursaut parce que je m'étais encore endormi sur mon bras (le droit, cette fois), qui était du coup paralysé (et insensibilisé) par manque de sang. Il a fallu un bon moment avant de pouvoir le ranimer, et ça faisait mal, bien sûr, quand le sang recommençait d'affluer (c'est vraiment mal foutu, ce système, ça fait souffrir quand le sang revient, pas quand il cesse de couler). Du coup, j'étais épuisé par l'émotion, je me suis recouché et j'ai dormi jusqu'à 17h (et là, c'est vraiment raté pour toutes les choses que je comptais faire aujourd'hui, zut !).

Je trouve que ça m'arrive vraiment souvent (du genre, peut-être une fois par mois), c'est inquiétant. Certes, je n'ai jamais encore perdu de bras (ou de jambe, parce qu'il m'arrive, plus rarement, de bloquer ma circulation dans une jambe) comme ça, mais ce n'est sans doute pas une bonne chose pour autant. Je peux imaginer plein de conséquences affreuses : le membre qui se gangrène si on ne se réveille pas à temps, ou bien l'impossibilité de se dégager si on se retrouve avec les deux bras et les deux jambes paralysées (ne rigolez pas, j'ai fait ça une fois, je ne comprends toujours pas comment, et ça n'a pas été facile de me réanimer), ou encore le sang qui coagule, forme un caillot baladeur et cause une embolie ailleurs (il y a bien des gens qui décèdent d'embolie cérébrale simplement parce qu'ils sont restés assis trop longtemps sans bouger dans un siège d'avion). Bon, je sais que je suis hypocondriaque, mais quand même, c'est pénible.

Peut-être devrais-je dormir avec des bracelets cloutés ou quelque chose comme ça ? Histoire que ce soit absolument inconfortable de me coucher sur mes bras. Ou changer d'oreiller ? Y a-t-il des gens qui ont le même problème ?

2004-01-14 (mercredi)

Davide

Davide Bruno [je me suis demandé si je devais garder son anonymat ou si je pouvais révéler son identité : mais comme d'une part je ne vais rien dévoiler de compromettant à son sujet, que de toute manière il existe certainement des milliers de gens s'appelant ainsi, et qu'enfin ça me crée une chance, aussi faible fût-elle, de pouvoir retrouver contact avec lui, j'écris son nom] : je ne sais pas pourquoi son souvenir me revient aussi fortement maintenant. S'il y a une chance dans cette vie, une personne vraiment merveilleuse, que je regrette d'avoir laissée passer, c'est bien lui.

Davide était étudiant en médecine à Bologne (ou peut-être à Gênes : je ne me rappelle plus s'il était allé de Gênes à Bologne pour y étudier ou le contraire), du même âge que moi, qui était venu passer l'année universitaire 2000–2001 à Paris dans le cadre d'un échange Erasmus. Il parlait un français quasiment parfait, avec juste un petit accent délicieux. Physiquement, il était très joli : de petite taille, très brun mais presque imberbe, le regard espiègle, un sourire radieux toujours aux lèvres ; et pour ce qui est de son caractère, j'en ai rarement vu d'aussi agréable, amène, ouvert et vif. Je ne crois vraiment pas exagérer ici ses qualités.

Il logeait à la Cité Universitaire internationale de Paris (au pavillon Honnorat), et s'était constitué un certain nombre d'amis là-bas (notamment deux Portugais) lorsque j'ai fait sa connaissance, leur connaissance, dans le cadre d'une association de jeunesse LGBT que je fréquentais alors assidûment ; nous nous sommes amusés du fait que nous nous appelions Davide et David, nous avons échangé nos numéros de téléphone, et nous nous sommes rapidement revus. (En fait, ce n'était pas la première fois que je constatais que j'« accrochais » particulièrement bien avec les étrangers de passage en France : peut-être parce que les Français sont plus fermés, mais il y a d'autres explications possibles, par exemple il est imaginable que j'aie en moi une certaine forme d'hospitalité — si j'ose dire — qui me rend plus accueillant et plus ouvert dans ces circonstances.)

Si vous voulez des ragots, il n'y en a pas là matière : Davide et moi n'avons rien fait dont la pudeur pourrait s'émouvoir. Ce n'est pourtant pas cela que je regrette aujourd'hui, même si cela se serait pu, je le crois maintenant (j'étais trop inhibé pour le saisir alors, même lorsqu'il a réagi avec beaucoup d'adresse à la confidence que je lui ai faite de ma virginité). Non, ce que je regrette, c'est de ne pas avoir compris à temps à quel point il m'était cher : j'étais trop aveuglé par l'amour (à sens unique, évidemment) que je portais à un autre garçon (si on dit qu'il est impossible d'aimer deux êtres à la fois, c'est évidemment faux ; en revanche, il est possible de laisser un sentiment en éclipser un autre), et en même temps par l'amitié (et l'admiration, peut-être) que j'éprouvais pour Davide, pour me rendre compte de l'immense tendresse — que ma timidité m'empêchait d'exprimer plus clairement — qui me liait à lui, si ce n'est de l'amour franc. Et je regrette aussi de ne pas avoir vu, indépendamment de mes sentiments pour lui, à quel point Davide était un garçon merveilleux. Plus tard, il s'est trouvé un copain aussi de la Cité U (Ian, l'espagnol qui faisait un DEA de physique — c'était d'ailleurs amusant de les entendre communiquer dans un mélange d'italien, d'espagnol et de français), mais je n'ai ressenti aucune sorte de jalousie : ils formaient un couple tellement parfait qu'ils semblaient faits l'un pour l'autre.

Un des souvenirs les plus heureux qui me restent est celui du 2001-06-20 où, après une soirée étudiante à la Cité U, Davide et moi (rejoints ensuite par Ian) nous sommes allongés sur l'herbe, parmi d'autres petits groupes éparpillés, devant la fondation Deutsch de la Meurthe, pour regarder les étoiles. Pour une certaine forme de bonheur, de sérénité, je crois que je n'ai jamais égalé ni dépassé ce soir-là. Trois jours plus tard, c'était la Gay Pride : je l'ai suivie avec Davide (qui devait rentrer peu de temps après en Italie), Ian (qui n'arrêtait pas de prendre des photos — mais je ne les ai jamais vues), et quelques autres de la Cité U. Ça a commencé par une formidable baignade dans la fontaine de la place Félix Éboué. Seulement, un peu plus tard, vers 16h, nous nous sommes perdus de vue dans la foule (largement par ma faute), et je n'ai plus jamais revu Davide : je n'ai pas ses coordonnées en Italie (bon, peut-être qu'en engageant un détective privé je pourrais retrouver sa trace, mais je n'en suis pas là), et je ne sais absolument pas ce qu'il est devenu depuis ce 23 juin 2001. Mon plus grand regret, donc, c'est de ne lui avoir fait aucune sorte d'adieu. Quelle connerie de ma part !

2004-01-14 (mercredi)

Tendre banlieue

C'est marrant, quand j'y pense, c'est à peu près depuis que M. Sarkozy est ministre de l'Intérieur (et de la Sécurité intérieure et tout et tout) que j'ai commencé à tripper sur le look racaille. (Bon, ce n'est qu'un de mes très nombreux fantasmes, et pas le plus important. Et je tiens aussi à préciser que je ne trouve pas Joey Starr spécialement séduisant.) Y aurait-il une corrélation ?

2004-01-14 (mercredi)

Crevé

Je me suis levé à 6h30 ce matin, pour pouvoir donner mon TD à 8h30 — c'était d'ailleurs la dernière fois que je voyais ce groupe. Normalement je passais la nuit du mardi au mercredi à Orsay, chez mes parents, de façon à être sur place, mais cette fois, pour différentes raisons, j'avais décidé de rentrer à Paris.

Du coup, je suis mort de fatigue. J'ai des millions de choses à faire, mais je n'arrive pas à mieux que comater devant mon PC, et à m'ennuyer.

2004-01-14 (mercredi)

Contre la Loi Fontaine sur l'Économie numérique

Encore un projet de loi complètement cinglé et liberticide est en cours d'adoption, en France, essentiellement sous la pression des éditeurs de disques, et qui tente d'imposer au 'net des contraintes non seulement invraisemblablement dangereuses mais de surcroît techniquement délirantes. À la clé, notamment : tentative de mise en place d'un filtrage global au niveau du pays (comme le font la Chine ou l'Iran, soulignent les détracteurs de la loi, et comme aucune autre démocratie ne prétendait avoir l'audace de faire), obligation pour les fournisseurs d'accès de jouer un rôle de juges de contenu (sous peine de risquer d'être attaqués à leur tour), et détachement de l'e-mail de la notion de correspondance privée.

Vous en saurez plus sur www.odebi.org. Une chose m'embête, cependant, ils proposent un formulaire trivial pour envoyer une lettre à son député : or ça, c'est du spam, et je n'aime pas l'idée de combattre le mal avec le mal. Mais comment faire du lobbying autrement qu'en spammant son député, et comment contrer la pression des majors du disque autrement qu'en faisant du contre-lobbying ?

2004-01-13 (mardi)

Le Royaume ou les Ténèbres

Pour changer des conneries sans intérêt que je raconte d'habitude, je vais parler un peu d'eschatologie, aujourd'hui. (J'ai bien dit eschatologie, avec un “e”, bande d'obsédés !)

Je ne sais pas quelle proportion de la population française — disons — croient en une vie après la mort, mais je pense que prima facie elle n'est pas très importante : la plupart des gens sont plutôt agnostiques en pratique, je suppose, ou en tout cas pas prêts à miser sur une continuation dans l'au-delà. J'écris prima facie, cependant, parce qu'il y a une croyance qui semble très répandue, c'est celle de la survivance des mèmes à travers la continuation de l'humanité.

Les gens sont en effet très dérangés par l'idée que l'humanité peut venir à s'éteindre. La pensée de leur propre extinction, de leur mort personnelle est assurément difficile à supporter, mais nous avons derrière nous des millénaires d'une culture qui a tenté, par toutes sortes de moyens, d'affronter cette idée, de la pacifier, de l'intégrer, etc. Mais cela passe justement, notamment, par l'idée d'une continuation au-delà de la mort : l'idée qu'il y en aura derrière nous d'autres, enfants de notre corps (continuation de nos gènes) ou enfants de notre esprit (continuation de nos mèmes), pour continuer ce que nous avons entrepris, pour réussir là où nous avons échoué. Incontestablement j'adhère moi-même à cette croyance et à cette volonté de continuation en propageant mes mèmes. Et cette volonté de continuation suppose un réceptacle : les générations futures.

On entend parfois des vulgarisateurs scientifiques se demander comment l'humanité arrivera à survivre à la mort du Soleil, et proposer la conquête spatiale comme réponse à ce problème. Quel invraisemblable orgueil ! L'Homme n'existe (sous une forme pouvant raisonnablement mériter ce nom) que depuis trois millions d'années environ ; la mort du Soleil est prévue dans un temps qui se compte en milliards d'années, considérablement supérieur à l'intervalle qui nous sépare du premier dinosaure : il y a même plus loin de nous à la mort du Soleil que de la révolution cambrienne à nous ! Et pourtant, des gens font — plus ou moins subconsciemment — l'hypothèse nil novi sub Sole forte : penser que dans un milliard d'années non seulement l'Homme existera encore mais même que sa civilisation sera peu ou prou semblable à celle que nous connaissons actuellement. Ce n'est plus seulement de l'orgueil, c'est de la déraison invraisemblable : rappelez-vous la vision de l'an 2000 qu'on avait en 1950, observez à quel point elle est comique et éloignée de la réalité, et vous aurez une idée du ridicule qu'il y a à faire des prévisions sur l'an un milliard.

Maintenant, considérez la proposition suivante : il reste moins d'humains à vivre qu'il n'en a vécu depuis l'apparition de l'Homme (soit à l'heure actuelle quelque chose de l'ordre de 80 milliards). À moins que l'humanité soit réellement infinie (supposition qui franchit allègrement les barrières de la déraison pour tomber dans le règne de la mythologie), on est forcé de se rendre à la conclusion évidente suivante : au moins la moitié des hommes (à savoir ceux de la « deuxième moitié de l'humanité ») auraient raison d'affirmer la proposition ci-dessus. De là à dire que si un homme quelconque la tient il a environ une chance sur deux d'avoir raison, il n'y a qu'un pas, que je me garderai bien de franchir (je ne suis pas suffisamment bayesien pour cela, et de toute manière le sens en serait douteux) : néanmoins, on est tenté de se dire qu'elle n'est peut-être pas absurde. Au rythme des naissances actuels (mais, admettons-le, il serait assez surprenant qu'il se maintînt durablement, soit quelque chose comme 150 millions de naissances par an), si la proposition est vraie, cela laisse quelques siècles à l'humanité. En tout état de cause, cela rend hautement douteux la suggestion que l'humanité puisse survivre un milliard d'années : par quelle incroyable coïndicence nous serions-nous retrouvés tellement près du commencement ? (Pour raisonner plus loin, il faudrait parler du principe anthropique. Je m'abstiendrai.)

Le fait est que les gens n'ont aucune idée de l'immensité d'un milliard d'années. Ils n'ont, en fait, aucune idée de l'immensité d'un millier d'années, ne parlons pas d'un million. Mais alors l'éternité ! Quelle incroyable bêtise que la promesse d'une vie éternelle : que feriez-vous, si on vous l'offrait, après que vous auriez prononcé un milliard de fois toutes les paroles qui peuvent se prononcer dans une langue quelconque en moins d'un milliard d'années ? Je pense bien qu'un certain sentiment d'ennui et de répétition vous saisirait, alors même que ce temps gigantesque n'est pas plus proche de l'éternité que le commencement ; à supposer, du moins, que les souvenir de tant d'années puissent rester simultanément dans l'esprit : mais si ce n'est pas le cas, on retrouve un temps cyclique (si le cerveau n'a qu'un nombre fini d'états, aussi grand soit-il, il finira toujours, en assez de temps, par retrouver un état déjà atteint), à moins qu'on finisse par se figer dans un état fixe, mais cet état est exactement ce que l'on peut appeler la mort. Jorge Luis Borges, dans ses nouvelles L'Immortel et La Bibliothèque de Babel, s'est approché d'une description de l'éternité et de l'infinité, mais il reste impuissant à illustrer leur taille. Les théologiens hindous, s'amusant avec la notation décimale qu'ils avaient introduite, ont défini des longueurs de temps passablement grandes (comme le kalpa), mais ils sont restés très loin du compte (sans parler de la Longue Droite, qui est qualitativement plus longue que l'éternité).

Finalement, l'éternité est un artifice qui a été inventé pour détourner l'attention du présent : la promesse d'une éternité bienheureuse est un moyen de compenser un présent merdique, et le raisonnement du pari de Pascal est censé faire préférer cette éternité, même hypothétique, à toute félicité immanente. De même, la continuation de notre vie dans celle de nos descendants est un artifice pour oublier nos limitations. La croyance en la conquête spatiale ou la vie extra-terrestre est censée détourner l'attention de l'ici, la Terre.

Il est assurément difficile d'admettre que nous sommes là par hasard, que l'Univers est absolument indifférent à notre présence, que nous disparaîtrons entièrement, nous et toutes nos œuvres, sans qu'une Conscience supérieure remarque notre passage, sans que tout cela ait eu de sens : pire, sans même que la question de savoir le sens de tout cela ait, elle-même, un sens. Mais le sens est une invention humaine, qui ne prééxiste pas dans l'Univers, comme le Bien et le Mal ou le Juste et l'Injuste : chercher le sens de la vie est aussi absurde que scruter une feuille blanche pour y trouver l'endroit où j'ai pu écrire le mot abracadabra, car le sens de la vie ne peut venir que de nous-mêmes, il n'existera que si nous daignons nous en donner un, et il sera exactement ce que nous voudrons qu'il soit. N'est-ce pas là une pensée rassurante ? Et pour cette raison, justement, je ne traite d'aucun mépris ceux qui ont foi en la vie éternelle ou en l'existence d'un Dieu : s'ils veulent voir là-dedans le sens de leur vie ou quelque chose qui les y amène, grand bien leur en fasse, et leur Dieu existe bien puisqu'ils l'ont créé en cela même qu'ils croient à son existence.

Il n'y a après tout aucun sens scientifique à donner à la vie après la mort : notre moi n'existe que par un gentleman's agreement par lequel nous convenons que ceci constitue notre corps et cela notre esprit ; quand nous mourons, cet accord tombe, et il est aussi dénué de sens de se demander ce que nous devenons (fût-ce pour affirmer que notre conscience disparaît) qu'il l'est de se demander si Hamlet a les cheveux blonds. Donc, si vous voulez vous attribuer une éternité paradisiaque après la mort, il suffit d'y croire, et vous pourrez en attribuer une à Hamlet par la même occasion, cela sera aussi vrai, ou aussi dénué de sens, selon ce qu'on voudra bien dire. Ce qui compte est la manière dont nous vivons, et si la croyance en une vie après la mort aide à donner courage aux mourants (ce dont je ne suis, au demeurant, pas pleinement convaincu), et les aide à surmonter leur souffrance, et aide encore leurs proches, c'est probablement une bonne chose. Il n'y aura de toute façon pas de réfutation. Pour ma part, je préfère ne pas m'infliger une vie éternelle : comme je l'ai souligné, l'éternité, c'est long — surtout vers la fin.

[Zut alors : non seulement je crains ne pas avoir été clair dans ce que j'ai dit, mais je crois même avoir donné l'impression de me contredire plusieurs fois. Pourtant, en vérité, il n'y a là nulle contradiction.]

2004-01-12 (lundi)

Blousons

Quand on commence à observer quelque chose, il arrive souvent qu'on se mette à le voir partout : difficile, dès lors, de savoir si c'est une nouveauté ou si on ne l'avait simplement jamais remarqué avant.

En l'occurrence, ce sont deux modèles de blousons que j'ai remarqués, et soudainement j'ai l'impression que tout le monde en porte (tout le monde signifie quelque chose comme une personne croisée tous les quarts d'heure dans une période d'affluence modérée dans la rue). L'un, c'est le type de blouson que j'ai moi-même acheté il y a environ un mois : blouson à capuche (avec une fermeture éclair ventrale), noir (même s'il existe d'autres coloris, le noir semble le plus répandu — ou en tout cas c'est le seul que je remarque), dont la caractéristique la plus notable est la surface extérieure, qui rappelle exactement (m'a fait remarquer ma mère) la texture des combinaisons de plongée (tandis que la surface intérieure, elle, est un duvet de coton bien ordinaire). L'autre type, que je n'ai pas acheté (je ne l'ai même pas vu en vente où que ce soit) est un blouson de cuir, noir aussi, un peu dans le genre motard, avec un col droit, une ouverture qui selon les modèles peut être un peu asymétrique (je trouve ça un