David Madore's WebLog: 2012-06

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in June 2012 / Entrées publiées en juin 2012:

(samedi)

Ruxor et le poussinet

Photos prises cet après-midi à la Gay Pride Marche des Fiertés par quelqu'un qui a dû nous trouver trop mœugnons :

[Moi tenant mon poussinet dans mes bras][Mon poussinet et moi nous embrassant]

(En fait, il n'était pas prévu que nous y allassions. Mais j'ai attrapé un méga rhume carabiné qui nous a fait renoncer à un petit voyage ce week-end. Donc nous sommes restés à Paris regarder défiler les jolis garçons et les gentilles filles.)

(Sunday)

Gratuitous Literary Fragment #142 (the Colours of Darkness)

A counterpoint to this fragment:

As I was gazing at our galaxy, I heard some music. I thought I must have left the car stereo playing, but the ignition was off. Nor was there another soul around—probably many kilometres around—in this desert. I tried covering my ears and the melody didn't stop: then I realised it was coming from inside my head. My brain was filling the sound of utter silence with something.

And that something, for some reason, was Iz Kamakawiwoʻole's all too famous medley on Over the Rainbow and What a Wonderful World. A message from my subconscious perhaps?

The Milky Way stretched magnificently from eastern to western horizon, culminating in the Southern Cross, which was about as high in the sky as it would ever get. Facing it in the northern side of the heavens, Arcturus, Mars and Saturn formed a huge triangle. Inspired by my mental music, I pictured lines connecting one twinkling star to another. Their colours, it seemed, became more vivid. Even fainter stars appeared wherever I looked, and even more lines.

Curiouser and curiouser! I murmured.

The tune changed, and I was listening to Beethoven's Seventh (second movement, Allegretto in A minor). Whatever the message, it was not any more obvious. The lines in the sky, however, were now visible as a huge geometric pattern of sublime symmetry. I thought I could see them move, perceive the lofty celestial clockwork of the macrocosm, the primum mobile hidden behind the firmament.

I was struck by the sudden understanding that it all made sense—from my own existence to the farthest galaxies and the smallest particles: the why of it all, the how, whence and whither were laid bare before my eyes. I beheld the entire tapestry whose threads made up reality. And I was amazed by its elegance and simplicity. How evident it all was! How could I have missed…?

And then it was gone—as were the music and the lines in the sky. Just like that, I was back in the Australian wilderness. Even as my mind groped for it, the blazing clarity of my epiphany faded like the details in a dream, leaving only a vague feeling of fulfilment and serenity mingled with the aching loss of that brief enlightenment. Whatever I had found for one moment, I would now strive to regain.

I rode away. Smiling.

(samedi)

Fragment littéraire gratuit #141 (l'incongruité de l'ameublement)

Le salon dans lequel on me fait entrer est grand, et bien éclairé par une rangée de portes-fenêtres qui donnent vers le jardin que j'ai pu apercevoir du dehors. Le sol est en carreaux de terre cuite, recouvert en plusieurs endroits par des tapis beiges sans prétention ; les murs, blancs. Un peu maladroitement placée dans le mur extérieur, côté jardin, une large cheminée — qui n'a pas dû servir depuis longtemps —, fait face à une table ronde en pin autour de laquelle il n'y a rien pour s'asseoir. À droite de la cheminée, un grand tableau noir d'école. Contre le mur opposé au jardin, un canapé en cuir trois places couleur caramel, plutôt usé, devant lequel se trouve une petite table basse rectangulaire en verre et, en vis-à-vis, deux fauteuils dans le même style que le canapé ; un troisième fauteuil, noir, accompagné d'un repose-pied, est tourné vers la porte-fenêtre la plus à gauche, comme s'il boudait ses congénères. Un chat gris un peu obèse fait la sieste dessus. Un tabouret à côté de ce fauteuil sert visiblement plus de table ou de desserte que de siège. Dans le coin diamétralement opposé à la cheminée, un piano demi-queue, ouvert. Outre la double porte par laquelle je suis entré, une autre, derrière le fauteuil en cuir noir, mène à la salle à manger, tandis qu'une porte simple plus discrète — actuellement fermée — débouche derrière le piano. Plusieurs halogènes, naturellement éteints à cette heure, ne sont pas les seuls éclairages artificiels : un plafonnier style art déco au milieu de la pièce pend au-dessus des fauteuils, et quelques rangées de LEDs blanches, allumées en permanence ou qu'on a oublié d'éteindre, s'insèrent dans des arêtes des murs. Ce n'est qu'après un moment que je me prends conscience de l'absence de télévision ou de toute forme de matériel hi-fi qu'on a tendance à tenir pour acquis dans un tel endroit ; il n'y a pas non plus ici de bibliothèque.

Jugeant les fauteuils et le canapé d'apparence trop dangereusement moelleuse, je préfère rester debout et continuer d'examiner ce salon avec ce que j'aimerais être l'attention d'un détective. Quelques photos sont posées sur le manteau de la cheminée : celle d'un garçon d'environ huit ans (mais la photo semble assez vieille), une autre d'une dame âgée prise dans le jardin de cette maison, et une troisième qui représente l'alignement de Stonehenge. Également sur le rebord de la cheminée, un pistolet jouet jaune vif de la marque Nerf, posé au-dessus d'une édition en livre de poche de l'Oncle Vania de Tchékhov (en traduction française). Sur le tableau noir, dont la rigole est abondamment fournie en craies de différentes couleurs, quelqu'un a seulement écrit la phrase suivante : Das Gelegentlich-Pferdliche stoßt uns hinab! (c'est-à-dire quelque chose comme l'occasionnellement-chevalin nous repousse vers le bas, mais je ne comprends pas du tout). Sur la table ronde, il n'y a que deux choses : un bouquet de tulipes qui n'a rien d'étonnant, mais surtout un objet dont je ne pensais même pas qu'il en existât dans la réalité (et un instant je l'ai même pris pour une théière), à savoir une lampe à huile exactement telle qu'on imagine toujours la lampe d'Aladin ; comme, je suppose, tous les visiteurs qui passent par là, je ne résiste pas à la tentation de la frotter pour voir si un génie n'en sortirait pas.

Au-dessus du canapé est accroché au mur une reproduction de l'Empire des lumières de Magritte (il doit faire deux mètres de haut et touche le plafond) ; on a ajouté au cadre la légende suivante : C'est ici le combat du jour et de la nuit. Sur la table basse sont posés quelques livres, magazines, et une enveloppe. L'enveloppe est vide ; elle porte l'en-tête Messrs Black, Schwarz, Nigro & Fekete Solicitors (je me demande ce que c'est que cette blague) et un timbre du Royaume-Uni. Les livres : le roman Tales of the City d'Armistead Maupin, le recueil de nouvelles Il Colombre de Dino Buzzati, et l'essai Le Hasard et la Nécessité de Jacques Monod. Les revues : les derniers numéros de Têtu, Marianne, The Guardian Weekly et Paris-Berlin.

Je continue mon parcours en caressant le chat, qui semble royalement indifférent à ma présence ou à mes tentatives pour l'amadouer. Sur le tabouret adjacent, trois sphères exactement de la même taille sont posées sur un support fait exprès : l'une est en cristal de plomb, la deuxième en métal poli parfaitement réfléchissant (probablement du silicium), la troisième en bois de hêtre. Puis je me dirige vers le piano (un Yamaha). Sur le pupitre, la partition des Variations Goldberg (Aria mit verschiedenen Veränderungen für Cembalo mit 2 Manualen, BWV 988), ouverte à la toute première page ; je ne vois pas de rangement pour d'autres partitions. Posé sur un bord du clavier, une petite sculpture en jade représentant un dragon ; de l'autre, un tome de l'édition Budé (Les Belles Lettres) de l'Énéide, livres V à VIII. Sur le mur qui sépare le salon de la salle à manger, des copies de qualité remarquable de l'Astronome et du Géographe de Vermeer.

Ayant examiné de la sorte tout ce qu'il y avait à voir dans la pièce, je consens à m'asseoir et entreprends de me construire une image mentale de l'occupant des lieux. Dis-moi ce que tu lis et je te dirai qui tu es pensé-je en feuilletant les livres devant moi.

Aussi, quand j'ai vu entrer celui à qui il ne manquait rien dans la panoplie du metalleux, du pentagramme sur le tee-shirt aux rangers aux pieds en passant par les bracelets à pointes, et portant sous le bras un fac simile de l'édition de 1499 de l'Hypnerotomachia Poliphili, j'ai prestement congédié mes préjugés à son sujet, et j'ai décidé que ce garçon me plaisait.

Je ne vais pas expliquer — ni même lister — toutes les références, j'ai déjà joué à ce petit jeu, et on va trouver que j'abuse (mais je n'y peux rien, mes rêves et mes associations d'idées viennent comme ils peuvent, et là ça faisait trop longtemps que je leur avais résisté), mais il faut au moins que je signale une nouvelle de Poe, assez peu connue, qui explique le titre que j'ai donné à ce fragment.

(mercredi)

Je suis cité dans la presse

Je me plains souvent que les journalistes français écrivent n'importe quoi, surtout pour tout ce qui est un tout petit peu technique, et déforment totalement les propos des personnes qu'ils citent : ce n'est cependant pas une vérité universelle, et il y a des gens qui font bien leur travail. J'ai été approché il y a quelques semaines par un journaliste de 01 Business & Technologies qui préparait un article sur les monnaies électroniques et qui souhaitait me poser des questions (il m'avait trouvé via mon article sur BitCoin). J'étais un petit peu méfiant, mais j'ai été agréablement surpris par le fait qu'il a vraiment cherché à comprendre ce dont il s'agissait et pas juste me faire dire deux-trois phrases facilement citables. Son article est paru dans le numéro de la semaine dernière (nº2132 du 31 mai 2012, page 7, sous le titre De nouvelles pistes pour la monnaie électronique), et je n'ai essentiellement rien à y redire, et les deux brèves phrases qu'il rapporte de notre échange ne sont pas du tout déformées et correspondent effectivement à ce qu'il y avait de plus important à dire. Je suis notamment content qu'il ait reproduit ceci : Or, en cryptographie, on ne fait confiance qu'à des systèmes dont on connaît les détails — parce que s'il y a une idée qu'il faut retenir de la cryptographie, à mon avis, c'est bien celle-là.

(samedi)

Amplificateurs de probabilités

Dans la série David fait joujou avec les probas et les maths élémentaires, je me suis fait les réflexions à 15 microzorkmids suivantes :

Voilà un scénario typique : on considère un jeu sportif entre deux joueurs qui se joue, disons, par manches indépendantes les unes des autres (chacune étant gagnée par un des deux joueurs), et on souhaite définir une manière de combiner les manches en un match, c'est-à-dire définir une règle qui détermine en fonction des manches déjà jouées si on en joue une nouvelle ou si on déclare un gagnant et dans ce cas lequel. Des exemples de telles règles pourraient être : le gagnant est le premier joueur qui a emporté deux manches (« deux sets gagnants »), ou trois manches (« trois sets gagnants »), ou encore, le gagnant est celui qui a emporté deux manches de plus que son adversaire (le risque étant alors que la partie dure longtemps). On peut aussi imaginer empiler deux niveaux de telles règles, par exemple avoir un jeu qui se joue sous forme de jeux indépendants, une première règle définissant quel joueur emporte une manche en fonction des jeux qu'il a gagnés, et une seconde définissant quel joueur emporte le match en fonction des manches. Voire trois niveaux (points, jeux, manches, match) ou plus.

Faisons l'hypothèse suivante : le joueur 1 remporte une manche quelconque avec probabilité p, le joueur 2 l'emportant donc avec probabilité 1−p, et chaque manche est indépendante des autres. La probabilité que le joueur 1 emporte le match est une fonction f(p) qui dépend de la règle appliquée. La moindre des choses qu'on souhaite, c'est que la règle soit équitable a priori, favorise le meilleur joueur a posteriori, et d'autant plus qu'il est bon, i.e., f(1−p)=1−f(p) et f strictement croissante (ce qui implique notamment f(p)>½ si p>½), mais même f(p)>p pour ½<p<1. C'est ça que je vais appeler un amplificateur de probabilités.

La règle « deux sets gagnants » est sans doute la plus simple (à part celle qui consiste à dire qu'on ne fait qu'une seule manche) : il revient évidemment au même de faire toujours exactement trois manches et de prendre pour gagnant celui qui en a gagné le plus (c'est-à-dire, au moins deux), étant entendu qu'il n'a pas d'incidence mathématique qu'on décide de ne pas jouer la troisième manche lorsqu'elle ne peut pas influencer l'issue du match. La probabilité que le joueur 1 emporte le match est égale à la somme de la probabilité qu'il emporte les trois manches, soit p³, et de la probabilité qu'il emporte deux des manches et perde la troisième, qui peut être n'importe laquelle des trois, soit 3·p²·(1−p) ; ce qui fait, au total, f(p) = 3·p² − 2·p³.

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