David Madore's WebLog: 2005-12

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in December 2005 / Entrées publiées en décembre 2005:

(samedi)

Fragment littéraire gratuit #71 (Nouvel An)

Martine marche sans but dans les rues maintenant quasi désertes, débarrassées des derniers fêtards, éclairées seulement de la lumière blafarde des lampes à mercure. Quelle idée idiote ! Ses bottes projettent au loin des petits restes de neige fondue qui se transforme maintenant en gadoue sur les trottoirs. Mais quelle idée Bernard avait eue de proposer un Action ou Vérité à la Saint-Sylvestre ? Tout le monde était, bien sûr, ivre de champagne et de pailettes. Ils avaient chanté Ce n'est qu'un au revoir à tue-tête, puis Gaudeamus igitur, et quelques airs un peu osés, et Bernard avait eu cette idée. Elle aurait dû savoir que c'était dangereux. À chaque intersection, elle prend au hasard, sans chercher à se repérer dans ce quartier qu'elle connaît mal. Qui avait lancé les confidences sur la pente dangereuse qu'elles avaient prises ? Dominique, probablement. Un automobiliste double Martine, l'éclaboussant au passage en criant : Bonne année ! Elle s'écarte vers des ruelles plus sombres, où pas un chat ne rode. S'arrête brutalement devant un bas-relief surprenant : le dieu Janus Bifrons aux deux visages.

(Friday)

Gratuitous Literary Fragment #70 (the guardian and the general)

The scene is neatly divided in two. On the left, the second legion in marching formation, terrifying but orderly, spreading as far as the eye can see, all in hues of red and gold. On the right, the domed building and wild parklands of the Sanctuary, wild but majestic, resplendent with liveliness, flaring with greens and blues. Between them, the general-in-chief of the legion and the guardian of the Sanctuary stand face to face. Only their hair color tells them apart. Grim determination shows on the general's expression: he is ready to outrage the place if he must. The guardian's contenance, however, registers calm assurance. His last line, you shall not pass, is still on his lips. Both men are smiling.

(jeudi)

Maires des villes du monde

Voici un site remarquable sur lequel je suis tombé par hasard : City Mayors, un site extrêmement complet (mais un petit peu difficile à naviguer) consacré, tout simplement, aux grandes agglomérations du monde et à leurs maires. Actualité, études comparatives, portraits des maires des grandes villes, statistiques, explications sur les modes d'élections… c'est assez étonnant tout ce qu'on peut y trouver. Par exemple, ce classement des villes du monde pour leur qualité de vie (ce qui ne veut certainement pas dire grand-chose, mais c'est amusant quand même) ou, sur un site frère, un vote pour élire le maire mondial 2006 (la gagnante our 2005 étant le maire d'Athènes, avec celle de Mississauga en deuxième position). C'est intéressant, parce que je me dis souvent que plus la civilisation se globalise plus le gouvernement local doit devenir important ; mais je vois mal comment les internautes peuvent juger objectivement de ce qu'ont fait les maires de centaines de villes où ils n'ont jamais mis les pieds (vous aviez entendu parler du maire de Mississauga, Hazel McCallion, avant maintenant ? moi pas… et pourtant, ça va bientôt faire trente ans qu'elle y est sans interruption). Pourtant, je salue l'initiative.

(jeudi)

La Vie, Mode d'emploi

D'ordinaire, je n'aime pas les pavés, parce que je les lis lentement et souvent en diagonale, et je feins souvent de prendre au sérieux le jugement de Borges (dans la préface de Fictions) : Délire laborieux et appauvrissant que de composer de vastes livres, de développer en cinq cents pages une idée que l'on peut très bien exposer oralement en quelques minutes. Mieux vaut feindre que ces livres existent déjà, et en offrir un résumé, un commentaire. Mais ce pavé-là, au titre à la fois mystérieux et provocateur, une des œuvres les plus génialement oulipiennes qu'on ait écrites, n'est pas un roman à l'histoire cohérente, c'est, comme l'indique le sous-titre (romans), un entrelacs d'histoires allant du simple fragment au récit complet.

La Vie, Mode d'emploi, de Georges Perec, est l'histoire d'un immeuble, situé au numéro 11 de l'imaginaire rue Simon Crubellier, dans le 17e arrondissement de Paris, entre 1875 et 1975. Dit comme ça, ça ne paraît pas très intéressant, et c'est pour ça que je me suis abstenu de le lire pendant longtemps (outre le fait que le pavé me faisait peur) ; mais comme j'ai adoré Si par une nuit d'hiver un voyageur (avec lequel la comparaison est inévitable) et que j'ai moi-même conseillé le livre à un ami (qui se plaignait de ne pas avoir reçu un mode d'emploi avec la vie), je me suis lancé, je viens de le finir, et je suis enthousiaste.

C'est l'histoire d'un immeuble, donc. Ou bien c'est l'histoire d'un tableau de cet immeuble que le peintre Serge Valène (qui y habite) envisage de réaliser, un tableau divisé en cases (10×10) et où chaque case représenterait une scène de la vie de l'immeuble, y compris lui-même en train de peindre, et correspond à un chapitre du roman. Ou bien c'est l'histoire d'un pari insensé que le milliardaire Bartlebooth tient avec lui-même, et qui l'emmène autour du monde pour peindre des aquarelles (de ports de mer), qui deviendront ensuite des puzzles, puis de nouveau des aquarelles, puis plus rien du tout. Ou bien, c'est des dizaines de petites histoires qui s'imbriquent et se répondent car, comme dans les Mille et Une Nuits, tout est prétexte pour raconter une histoire : un tableau dans une chambre de l'immeuble, les périples d'un objet, le passé d'un personnage… Et tout cela s'entrecroise de façon parfois très inattendue.

Je découvre donc avec surprise ce qui est peut-être ce que j'aurais ultimement voulu réaliser avec mes fragments (ceux-ci sont, il est vrai, plus éclectiques que le livre de Perec — et aussi, bien sûr, infiniment moins systématiques, moins construits, moins organisés). Mais Perec ne se contente pas d'entrelacer des histoires, il suit un cahier des charges très lourd et très précis. Par exemple, l'immeuble est divisé en cases comme un damier 10×10, et la description se fait dans l'ordre du parcours hamiltonien d'un cavalier sur ce damier (à l'exception d'une case, celle d'en bas à gauche, qu'il ne décrit pas lorsque le parcours la traverse, terminant simplement le chapitre précédent par l'image d'une petite fille mordre dans un coin de son petit-beurre) : je me suis donc amusé à retracer, au fil de ma lecture, ce chemin à travers la grille. Mais nul n'est besoin de faire cet effort, ni même de connaître la technique ou de la comprendre, pour apprécier l'ouvrage.

Il m'arrive de penser que Perec en fait trop : par exemple, je n'ai pas aimé La Disparition car, outre le tour de force qu'il prouve possible, ce roman n'a qu'un intérêt à mes yeux bien faible ; même dans La Vie, Mode d'emploi, il m'arrive de trouver qu'il va trop loin dans la construction systématique et imposée et que cela ôte le naturel de l'écriture (c'est pour ça que je crois, finalement, préférer Si par une nuit d'hiver un voyageur, qui semble obéir à des contraintes plus légères). Parfois les prétextes pour changer de sujet sont un peu tirés par les cheveux. Et puis, le nombre de meurtres, de suicides et de vols qui ont impliqué les habitants de l'immeuble paraît un peu excessif (j'espère que mes voisins ne sont pas comme ça !). Mais une fois oubliées ces critiques légères il est incontestable que La Vie, Mode d'emploi est un chef d'œuvre majeur.

(mercredi)

Urticaire

Le doute n'est plus permis : je fais une belle poussée d'urticaire de type allergique, j'ai des rougeurs partout et un prurit très intense. Le médecin (appelé en urgence) a dit que c'était typique, avec le Clamoxyl, d'avoir une éruption de ce genre au 8e jour après le début du traitement. Après avoir vérifié que je n'avais pas de gêne respiratoire ou d'œdème, il m'a prescrit un antihistaminique par voie orale (Aerius). Maintenant, je n'ai plus qu'à attendre que ça passe… Je crois que je vais passer un moment cloîtré chez moi.

(mardi)

Insecte ou antibiotiques ?

Dans la nuit d'hier à aujourd'hui (enfin, ce matin), j'ai été pris d'une bonne vingtaine de ce qui ressemble au moins superficiellement à des piqûres d'insecte et qui, ce soir, ont pour certaines disparu our d'autres gonflé jusqu'à former de grosse plaques rouges (dont, de nouveau, certaines mais pas toutes me démangent beaucoup). Deux hypothèses, donc : soit ce sont effectivement des piqûres d'un insecte ou arachnide quelconque, soit c'est une réaction d'allergie aux antibiotiques. Je n'arrive pas à trancher entre ces deux hypothèses, qui ont chacune des arguments assez forts :

Côté pile, l'antibiotique en question provoque « souvent » ce genre de réaction allergique (il s'agit de l'association, classique, entre l'amoxicilline — un antibiotique de la famille des β-lactamines — et, je crois, l'acide clavulanique — comme complément contre certaines bactéries ayant développé une résistance —, association vendue commercialement sous le nom de Clamoxyl®, enfin, là c'était un générique mais peu importe). Comme en plus on m'en a prescrit deux fois (chaque fois 1g/j pendant six jours) en peu de temps (la première fois du 14 au 20 novembre, cette fois du 20 au 25 décembre), il est possible que je me sois sensibilisé. D'autre part, je ne vois pas bien quel animal m'aurait ainsi piqué à tant d'endroits sans que je le voie jamais et sans laisser aucune trace (les puces, par exemple, sont censées laisser de minuscules taches de sang dans les draps, et je n'en ai pas trouvé).

Côté face, la réaction est apparue plus de 24h après que j'ai cessé de prendre les antibiotiques (j'ai pris les derniers comprimés dans la nuit du 25 décembre au 26 décembre, enfin, vers 4h ou 5h du matin, avant de me coucher, et j'ai remarqué les démangeaisons vers 13h le 27, d'autres étant apparues encore plus tard) : c'est un peu long, tout de même (et je n'ai jamais entendu parler de phénomènes de manque face aux antibiotiques !, donc ça ne peut pas être l'arrêt tu traitement qui a causé quelque chose). D'autre part, les démangeaisons sont réparties d'une façon qui suggère plus des piqûres qu'une réaction allergique (il y en a de petits groupes raprochés, et les moustiques me font toujours ça — évidemment ce n'est pas un moustique en décembre — alors qu'une allergie serait, je pense, plus également répartie, ou alors concentrée aux articulations ou sur un type particulier de points, et symétrique). Et puis, ce ne serait pas la première fois que je ferais une réaction assez violente à des piqûres alors que je ne me connaissais pas d'allergie aux antibiotiques (notamment, cet antibiotique précis, j'en ai déjà pris sans problème).

Comment savoir ? Je suppose que je pourrais faire des tests cutanés dans un service d'allergologie si ça en vaut la peine (c'est peut-être effectivement important de savoir si je peux ou non prendre tel ou tel antibiotique), mais en attendant je suis perplexe. Et du coup, je ne sais pas si je dois considérer ça comme une conséquence indirecte de ce rhume qui m'a tant ennuyé pour lequel on m'a prescrit les antibiotiques en premier lieu. Mais je crois que j'ai de nouveau une nuit pénible en perspective.

Mise à jour (quelques heures plus tard) : Après enquête sur le Web, il semble que ce ne soit pas exceptionnel que la réaction à l'amoxicilline prenne une semaine à apparaître. Donc je suppose que c'est bien de l'urticaire de type allergique que j'ai (et je rajoute un nouveau point pour ce rhume de tous les ennuis). Les questions suivantes sont, combien de temps ça va durer maintenant, et que dois-je faire ? Combien de temps pour que l'antibiotique soit complètement métabolisé, pour que mon système immunitaire se calme, et pour que ma peau dégonfle. Et faut-il que je fasse appel à un médecin pour qu'il me prescrive un antihistaminique, ou juste attendre que tout rentre spontanément dans l'ordre…

(lundi)

Narnia, les livres, le film, et moi

Mon grand-père (le père de mon père, celui qui était Canadien, donc) m'avait offert les sept volumes des Chronicles of Narnia quand j'étais petit, dans l'édition Collier (Macmillan) en coffret[#]. (Ceux qui ne connaissent pas du tout peuvent jeter un coup d'œil à l'article Wikipédia sur le sujet, qui n'est pas mal.)

J'ai donc dû lire le premier volume (The Lion, the Witch, and the Wardrobe, celui qui est adapté dans le film dont je parle plus loin) vers neuf ou dix ans. J'en étais assez fan (rien que les mots deep magic me fascinaient complètement). Ensuite j'ai lu le deuxième, mais comme à la fin de celui-ci deux héros apprennent qu'ils ne reviendront plus à Narnia et comme je m'étais attaché à eux, je me suis arrêté là pendant des années (peut-être après avoir vérifié que le troisième tome ne me plaisait pas). Longtemps après (je pense que ça devait être vers seize ans), je suis retombé sur ces livres que j'avais à peu près oubliés (entre temps, on avait déménagé et ils étaient rangés au sous-sol), j'ai ouvert le quatrième un peu au milieu, je suis tombé sur un passage qui me plaisait (celui où apparaît l'objet éponyme : The Silver Chair) et j'ai lu à partir de là jusqu'à la fin ; puis j'ai sauté le cinquième volume, qui m'inspirait peu, et j'ai dévoré The Magician's Nephew d'une traite (il faut dire que ça raconte des histoires de voyage entre mondes et la création de Narnia, et j'étais très dans ce trip[#2]-là à cet âge), et enfin The Last Battle quelques mois plus tard (j'ai bien aimé mais sans plus). Comme je ne relis (presque) jamais un livre du début à la fin, je n'ai ensuite jamais tenté de boucher systématiquement les passages qui me manquaient : j'ai picoré des extraits dans ces différents livres (je viens de refaire une petite sélection ce soir, d'ailleurs), ce qui fait que je ne sais plus très bien, au final, ce que j'ai lu ou pas, il y a des pages que je n'ai jamais regardées, ou seulement il y a vingt ans, et d'autres qui sont beaucoup plus fraîches dans mon esprit.

Quoi qu'il en soit, c'est avec une certaine curiosité que je suis, donc, allé voir le film qui a été tiré du premier volume des chroniques (et dont une suite est apparemment bien prévue). Eh bien j'ai été bien déçu. Il y a des jolies images, d'accord, mais la magie juste ne marche pas. Je ne saurais pas dire exactement en quoi. <Attention, spoilers !> Peut-être parce que des trucs passent sans trop se remarquer dans un livre mais deviennent trop évidents dans un film : notamment, le fait que les héros ne font rien — mais vraiment rien — d'héroïque : ils fuient quand ils sont pourchassés, c'est leur seule présence qui déclenche la fin de l'hiver, ils reçoivent des cadeaux Qui Torschent du Père Noël en personne, ils trouvent une armée préparée pour eux, même avec ça ils ne font pas grand-chose, Aslan apparaît sans qu'on ait besoin de l'invoquer spécialement, il meurt et ressuscite et termine la guerre pour eux, bref, ils ne servent à rien. Ah, si, Peter tue un loup qui est assez con pour s'empaler sur son épée, et Aslan le nomme wolfsbane à cause de ça. Enfin, globalement, je ne suis pas du genre à rechigner pour croire au merveilleux et pour accepter l'héroïsme en carton-pâte — mais, non, ça ne passe pas. Pas plus qu'Edmund qui fait le sale morveux caricatural jusqu'à sa soudaine et magique rédemption (OK, les trois autres ne sont pas trop mal, notamment, Peter devient presque crédible sur la fin).

Ce qui est plutôt bien réussi, c'est quelques touches d'humour, les castors notamment (c'est de l'humour Disney, tout gentil, mais qui marche quand même assez bien). Le graphisme est plutôt bien (mais pas du tout à la hauteur du LotR, avec lequel la comparaison est inévitable). Une séquence de quelques dizaines de secondes à peine, à la fin, quand les quatre héros ont grandi, m'a aussi fait une bonne impression.

Mais bon, dans l'ensemble, ce n'est pas terrible. N'allez pas le voir sauf si vous avez un petit frère / une petite sœur à distraire.

En revanche, le symbolisme chrétien n'est pas du tout excessif, comme certains l'ont affirmé (certes, Aslan est une métaphore du Christ, et il donne quelques leçons de morale, mézenfin ce n'est pas du tout lourd — et pas plus gênant que la morale bien-pesante du film hollywoodien lambda).

[#] Qui place les tomes dans l'ordre d'édition originale, c'est-à-dire commençant par The Lion, the Witch, and the Wardrobe.

[#2] Je ne veux pas dire que je croyais aux mondes parallèles ! Mais j'avais une fascination pour le concept, par exemple j'aimais beaucoup regarder le manuel des Plans de Donjons & Dragons, dont le côté à la fois inventif et systématique me captivait.

(dimanche)

Joyeux Noël !

Comment découvrir que l'on radote : je m'apprêtais à écrire cette entrée, je rassemblais dans ma tête deux ou trois idées pour cela (endin, deux ou trois mèmes), et avait de les taper je me suis dit, voyons voir ce que j'ai dit l'an dernier pour Noël — ce qui m'a causé l'embarras de constater que l'entrée que j'allais écrire coïncidait presque exactement avec celle-là (jusqu'au lien vers Dickens et vers le Doodle de Google). Pas brillant. Surtout que déjà l'entrée précédente signalait que je me répétais. Ou peut-être très brillant, au contraire ? Peut-être que mes idées tellement géniales sur un sujet donné — Noël, ici — n'ont pas besoin de la moindre variation ? Peut-être que je peux lancer mon blog en mode cyclique, ressortir exactement les mêmes entrées un ou deux ans après puisque peu de lecteurs sont aussi vieux ou ont la mémoire aussi précise ? Appeler ça le blog de l'éternel retour… Et bientôt je vais répéter que je me répète.

Mon rhume va mieux (oui, ça aussi, ça se répète, mais pas avec la même période !) : en tout cas, mon vœu a été exaucé, je peux respirer à peu près librement. Là où c'est moins joyeux, en revanche, c'est que je l'ai, semble-t-il, communiqué à ma mère — ce qui m'attriste beaucoup parce que ce n'est pas un cadeau de Noël sympa à lui faire quand je vois l'effet que ce virus a eu sur moi.

Réveillon avec mes parents (uniquement) hier soir, parce que le reste de la famille (oncles et tantes), chez qui je fête habituellement Noël, avaient d'autres projets. Mais ce n'est pas plus mal, parce que je ne suis pas trop fan des repas de fêtes compliqués (je n'aime pas le foie gras, je n'aime pas les huîtres, je n'aime pas la farce qu'on met dans les dindes quand elle est faite avec des abats, je ne raffole pas du gibier, etc.) et ma mère, au moins, connaît mes goûts. Et ce soir, dîner avec des amis de famille (on a compté justement que Lucette et mon père sont amis depuis quarante-deux ans !) que j'apprécie toujours beaucoup de voir. Quant au réveillon de la Saint-Sylvestre, je le passe avec des amis (de l'ENS) qui, pour une fois, ne sont pas beaucoup plus jeunes que moi ; et je pense que j'éviterai cette année de faire une promenade du côté du Trocadéro.

Je n'ai pas fait grand-chose ces derniers jours (trop fatigué, trop malade), mais j'ai quand même profité de ces vacances pour lire (j'en dirai plus à ce sujet dans une entrée ultérieure, quand j'aurai fini ce livre) et pour écrire un tout petit peu. Mon projet de roman a un tout petit peu avancé (en tout cas, j'y vois plus clair dans ce que je veux écrire). J'ai aussi fait quelque chose que je voulais faire depuis un moment : j'ai rassemblé et mis en page tous mes fragments littéraires gratuits ainsi que deux nouvelles pour en faire un document PDF facilement visualisable et imprimable. (Il faudra que je dise quelques mots des difficultés techniques que ça a posées, parce que j'ai eu le malheur de faire quelques citations en japonais, en hébreu, en grec et en tengwar.) On m'a suggéré que ça pouvait valoir la peine d'envoyer ça, pratiquement tel quel, à un éditeur. J'y crois assez peu, parce que déjà l'éclectisme de l'ensemble doit être assez rebutant, mais ça ne coûte pas grand-chose d'essayer, donc pourquoi pas. Enfin, il faut choisir l'éditeur, bien sûr.

(vendredi)

À bout de souffle

Je n'en peux plus. Mon rhume (j'ai peine à croire que ce soit la même maladie que ces petits coup de froid dont j'ai l'habitude, tellement sa virulence me surprend !) ne me laisse aucun répit : voilà dix jours qu'il a commencé et je ne suis même pas sûr d'être en voie d'amélioration.

Dimanche je me plaignais que mon nez coulait comme un robinet ; il m'a laissé les sinus très douloureux et je suis allé voir un médecin (mardi) qui m'a mis sous antibiotiques. Or à présent, mon nez ne coule plus, mais il reste obstinément bouché — pas complètement, non, mais insidieusement, gênant chaque respiration, comme si j'avais une masse obstruant les sinus, qui bouge un peu mais refuse de s'écouler. C'est oppressant. À tel point que la simple idée de respirer de nouveau librement et sans gêne devient un rêve qui me hante : j'ai du mal à penser à autre chose, et je ne peux décidément pas dormir cette nuit.

(Par ailleurs, j'ai la gorge et le palais très irrités à force de tousser, cracher et renifler. Et je reprend un état général fébrile : je suis obligé de prendre paracétamol sur paracétamol. Mais en comparaison avec la gêne à la respiration, ce n'est pas grand-chose.)

Je suis venu loger quelques jours chez mes parents à Orsay, et y passer Noël, mais ce réveillon me laissera décidément un souvenir peu agréable !

(mercredi)

Coup de théâtre à l'Assemblée : et hop, on légalise le peer-to-peer

Débat sur le DADVSI aujourd'hui à l'Assemblée. À ma grande surprise, le débat n'est pas aussi nul qu'on pouvait le craindre : un certain nombre de députés (de tous partis), manifestement, ont été bien briefés et disent des choses plutôt sensées. Le ministre (Renaud Donnedieu de Vabres), en revanche, est épouvantablement nul, prétend contre toute évidence que le projet est un bon compromis (alors même qu'il va beaucoup plus loin que la directive européenne, dont des rumeurs veulent qu'elle doive déjà être assouplie parce qu'elle pose des problèmes) ou qu'il ne nuit pas aux logiciels libres (pur mensonge), ou encore que le monde entier nous regarde, que l'Europe nous envie la solution de « réponse graduée » (pourtant ficelée à la hâte en dernière minute quand le gouvernement a craint d'être accusé de faire du tout-répressif).

Contre toute attente, un petit nombre de députés UMP ont voté contre le gouvernement ici ou là. Notamment, Mme Christine Boutin (ce qui a permis à Patrick Bloche à lui faire un petit clin d'œil[#]) : mais elle me deviendrait presque sympathique, Mme Boutin, là !

Le coup de théâtre, donc, c'est, par 30 voix contre 28 (!) et 1 abstention, le vote d'un amendement (le 153–154) qui légalise (dans une certaine mesure) les échanges peer-to-peer en contrepartie d'une licence globale (optionnelle, de quelque chose comme 7€). Je recopie quelques extraits du débat, parce que les arguments avancés sont intéressants. (Naturellement, le rapporteur s'oppose à cette solution ; tous les autres que je cite argumentent en sa faveur.)

Mme Christine Boutin — … La quasi-totalité des tribunaux qui ont eu à se prononcer sur les actes de téléchargement sur les réseaux peer-to-peer ces deux dernières années ont décidé qu'ils relevaient effectivement de l'exception pour copie privée. Alors, je vous en supplie, ne parlons plus de « piratage » !

Enfin, force est de constater que nous ne parvenons pas à empêcher les particuliers de s'échanger des œuvres entre eux. Certains lobbies proposent d'accroître la répression. Il est vrai que la philosophie sécuritaire est à la mode, ce que personnellement je dénonce. La réponse dite « graduée » n'empêcherait pas d'aller plus loin dans la traque des internautes. Certaines personnes proposent des mesures de filtrage et multiplient les systèmes de protection des œuvres et de contrôle des usages à distance. Mais la réponse est-elle vraiment proportionnée à l'attaque ? Je ne le crois pas, au vu des effets pervers.

M. le Rapporteur — Ces amendements étendent la notion de copie privée aux téléchargements sur internet réalisés — et je le souligne — sans autorisation, notamment des auteurs, en contrepartie d'une rémunération forfaitaire. C'est donc la question de la licence légale, qui légalise les pratiques du piratage — et je souligne aussi ce terme —, en prévoyant une contrepartie financière qui sera nécessairement d'un montant très faible, sans rapport avec le préjudice subi, notamment par les auteurs. Une telle évolution irait dans le sens d'une gestion collective — et je souligne encore ce terme — des droits, alors que la technique va permettre de revenir à une gestion personnaliste — et je souligne le terme ! — des droits d'auteur et des droits voisins. La technologie d'aujourd'hui permet d'en revenir à la conception française traditionnelle du droit d'auteur, humaniste et personnaliste, où l'auteur est reconnu en tant que tel. Je déplore que certains ici ne se soucient que des utilisateurs. Tout le texte et l'ensemble de mon rapport consistent à établir un équilibre entre les uns et les autres. Si l'on ne pense qu'aux utilisateurs, pensez-vous qu'il y aura encore des auteurs demain ? Bien sûr que non ! Et c'est la raison pour laquelle il faut revenir à une conception équitable de la rémunération des auteurs. Aujourd'hui, la technologie le permet. Il faut donc accepter la technique et non pas la diaboliser comme s'emploient à le faire certains.

… Il faut être un peu sérieux : ces amendements sont parfaitement irresponsables.

… Au plan juridique, une telle mesure serait difficilement compatible avec la directive en vigueur comme avec les traités signés au sein de l'OMPI en 1996. Cela nous amènerait à renégocier ces traités, car la mise à disposition du public sans autorisation — je souligne — constitue un délit de contrefaçon, au sens des accords internationaux dont la France est partie. Il faudrait quand même que certains se rappellent que le village gaulois, en général, ça ne marche pas !

Permettez-moi pour conclure de faire une citation de M. Ambroise Soreau, tirée du Livre blanc sur le peer to peer : « la gestion collective a été un mal nécessaire dans l'environnement analogique ; il nous appartient de faire en sorte qu'elle ne devienne pas un mal inutile dans l'environnement numérique ». Réfléchissez à cela ! Beaucoup ici, sur ma gauche, font profession d'archaïsme, sans doute parce que leurs idéologies les poussent vers le passé. J'espère qu'à droite, on saura choisir le chemin de l'avenir ! En tout cas, la commission a émis un avis défavorable.

Mme Christine Boutin — J'ai cosigné l'amendement d'Alain Suguenot et vous n'en serez pas surpris ! Je voudrais répondre plus particulièrement à M. le Rapporteur. D'abord, vous avez invoqué la nécessité de se conformer à la directive européenne : cher Monsieur, je vous resservirai l'argument lors d'un prochain débat, en lien avec les travaux de la mission sur la famille ! La France ne se conforme pas toujours strictement aux directives, et, selon que cela arrange ou non, on manie l'argument dans un sens ou dans l'autre. L'argument ne vaut donc pas. En outre, la directive date de 2001 : depuis son élaboration, figurez-vous que la technique a bien avancé !

Ensuite, je ne vous traiterai pas d'irresponsable, et je n'accepterai pas d'être ainsi qualifié. La licence globale optionnelle prévoit le financement par autorisation des ayants droit. Arrêtons donc cette discussion ! Et en ce qui concerne le cinéma, que vous nous avez envoyé à la figure, vous devez savoir qu'il a été retiré de nos amendements suivants. S'il n'y a que cela qui vous empêche de voter le présent amendement, je veux bien le rectifier tout de suite !

Enfin, nous n'allons pas nous lancer dans une course à l'échalote pour savoir qui est le plus réactionnaire ! Franchement ! Nous discutons de libertés fondamentales, et la seule chose qui vous intéresse est de savoir qui est de gauche et qui est de droite ? Si vous voulez un début de réponse, je vous signale que les jeunes, c'est-à-dire la France de demain, soutiennent cette proposition ! (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et du groupe des députés communistes et républicains.)

M. Frédéric Dutoit — Nous entrons là dans le vif du sujet. Le Gouvernement n'a aucune volonté d'adapter le droit aux évolutions technologiques extraordinaires que nous connaissons, afin que les auteurs puissent être rémunérés dans de bonnes conditions. En fait, tout ce qu'il souhaite, c'est faire de nos enfants des délinquants ! (Protestations sur les bancs du groupe UMP.) … Nos enfants téléchargent de la musique régulièrement, nous le savons ! Vous justifiez vos mesures en disant que les échanges de fichiers sur internet sont nuisibles à l'économie culturelle…

M. le Ministre — Je n'ai jamais dit ça !

M. Frédéric Dutoit — …mais vous n'avez jamais apporté la preuve d'un quelconque impact ! Vous auriez eu du mal, d'ailleurs, puisque aucune des études de ces dernières années ne l'a fait. En France, 16 millions de fichiers musicaux circulent tous les jours, et vous pensez qu'ils représentent un manque à gagner pour les auteurs et éditeurs. Mais croyez-vous vraiment que si vous interdisez à quelqu'un de télécharger ses cent disques par mois, il va les acheter ? Bien sûr que non ! Le manque à gagner n'existe donc pas. Et comment expliquez-vous que les vente de disques aient progressé de 16% au premier trimestre et que les plateformes de téléchargement légal se développent à un rythme effréné ? Le peer to peer ne leur fait donc pas obstacle ! La vérité est que le téléchargement ne porte aucunement préjudice aux créateurs. Raisonner en termes de manque à gagner est donc une erreur. De la même façon que pour le prêt d'ouvrages en bibliothèque, nous avons affaire à un moteur de la création culturelle et non à un obstacle. L'Assemblée doit réfléchir à cette licence globale.

M. Patrick Bloche — Ces deux amendements ne sont par ailleurs contraires ni au traité OMPI de 1996 ni à la directive européenne du 22 mai 2001. Ils ne font d'ailleurs qu'en transposer exactement l'article 5-2-B. Enfin, contrairement à ce que prétend le ministre, ils répondent au test en trois étapes. En effet, l'exception est limitée au cas des copies réalisées pour un usage privé à des fins non commerciales, disons dans le cadre familial — cette famille du XXIe siècle qui, Monsieur le ministre, m'amène sans doute à être plus proche de vous que de Mme Boutin… (Sourires sur les bancs du groupe socialiste.) Ensuite, cette copie ne cause pas de préjudice dès lors qu'est bien prévue une rémunération des créateurs. Enfin, elle ne porte pas atteinte à l'exploitation normale de l'œuvre dans la mesure où il n'existe pas d'alternative pour couvrir les reproductions effectuées massivement sans autorisation des ayants droit depuis plusieurs années.

M. Marc Le Fur — J'ai aujourd'hui des enfants de quatorze et seize ans dont internet constitue la culture et l'espace de liberté. (Interruptions sur certains bancs du groupe UMP.) C'est ainsi, mes chers collègues ! Sans doute téléchargent-ils des fichiers, et je suis incapable de les contrôler, ne maîtrisant pas comme eux ces techniques. (Exclamations sur certains bancs du groupe UMP.) Dans la situation actuelle, ils pourraient être considérés comme des délinquants. (Mêmes mouvements.) Seule la licence globale permet d'éviter ce risque en leur permettant, pour quelques euros par mois, de retrouver la liberté de télécharger sans porter atteinte au droit d'auteur puisque les sommes prélevées seront mutualisées et redistribuées aux auteurs, à l'instar de ce que pratique la SACEM.

Au moment d'encadrer les libertés du XXIe siècle, inspirons-nous de Tocqueville pour qui la société civile devait toujours prévaloir. Dans la société civile d'aujourd'hui, notamment pour les jeunes, internet est un espace de liberté. Ne le restreignons pas à l'excès.

On se demande bien ce qui va se passer maintenant. Le gouvernement aura sans doute l'occasion de faire retirer cet amendement, soit au Sénat soit en faisant un peu plus pression sur ses troupes, donc je ne me réjouirais pas si vite, je ne pense pas qu'on ait gagné une victoire importante, là. Néanmoins, si la presse relaie massivement la nouvelle, il sera plus difficile de revenir dessus, et en tout cas le ministre est mis en position délicate (ce qui n'est que très juste vue la manière dont il a vendu son âme aux lobbies de l'édition).

Pour le reste, apparemment, les logiciels libres ont bonne image, tout le monde prétend leur souhaiter le plus grand bien, c'est déjà quelque chose (même si ce sont des mensonges quand on veut faire passer une loi qui interdirait de regarder un DVD avec des logiciels libres).

Suite des opérations demain matin (enfin, tout à l'heure !).

[#] Lors des débats sur le PACS, Mme Boutin était à la tête de l'opposition au projet dont Bloche était le rapporteur, et par ailleurs Donnedieu de Vabres avait été pointé du doigt pour défiler dans des manifs portant des slogans comme les pédés au bûcher alors qu'il serait lui-même homo.

(mardi)

Premier chapitre ?

Voilà, j'ai écrit ce qui pourrait devenir le très court premier chapitre (ou demi-chapitre, ou prologue, ou quelque chose comme ça) — d'un roman qui n'a pas encore de titre[#]. Décidément, ça aura été dur de m'y mettre ! Et encore faut-il que je me donne un moment pour décider si ça me plaît bien ou non. (Et peut-être que je le posterai sur mon blog, même si je ne compte certainement pas faire un roman-feuilleton.) Différence importante avec les fragments : quand un fragment ne me plaît pas, ce n'est pas grave, la suite n'en dépend pas ; ici, si je m'aperçois que le début ne me plaît pas, c'est mal barré… Non, la vérité, c'est que je crois que je n'en suis pas très content, mais il n'est pas clair que je sache faire mieux même si je réécris.

Bref, on verra.

[#] Il faut bien un titre de travail, cependant : c'est Tristan.

(lundi)

Fragment littéraire gratuit #69 (clichés dans le métro)

Partiellement réécrit (2005-12-28T02:30+0100)

Un mec assis de façon à monopoliser ostensiblement deux strapontins écoute la musique qui sort de son baladeur MP3 en tentant de prendre un air féroce ; tout son look, la capuche doublée de (fausse) fourure comme les chaînes qui pendent à son cou, se résume en un seul mot : wigger (comment dit-on ça en français ? je ne sais pas si le jargon urbain a forgé un terme). En face de lui, un archétype stupéfiant de la ménagère de moins de cinquante ans, capricieuse égérie de la société de consommation, lit un magazine dont la couverture est justement reprise par une publicité aux couleurs criardes qui pend du plafond : on y apprend que tout est fini entre deux stars du showbiz dont le même magazine nous révélait, deux mois plus tôt, qu'ils pensaient se marier. Trois touristes japonaises étudient le plan du réseau affiché à côté de la porte ; l'une d'elles tient dans son dos un guide dont la couverture porte l'inscription パリ en katakanas rouge vif au-dessus d'un dessin stylisé de la tour Eiffel (si c'est ça qu'elles veulent voir, elles sont parties dans la mauvaise direction). Derrière elles, un SDF endormi s'est allongé transversalement sur deux sièges : son odeur est telle que personne n'a voulu s'asseoir sur les deux places en vis-à-vis ni sur les strapontins dans son dos. À côté, l'autre groupe de quatre sièges est occupé par une famille française typique, le papa, la maman, le grand frère tout occupé par sa console de jeux, et la petite sœur qui s'exerce à lire le nom des stations et à les repérer sur le plan de la ligne : Corvisart (elle prononce le ‘t’ final), déclare-t-elle, plus que cinq gares et on descend. Sur un strapontin derrière la petite fille, une jeune femme téléphone à celui qui est peut-être son fiancé, et il y a de la dispute dans l'air. En face d'elle, un homme assez âgé semble perdu dans ses pensées : absent, il regarde dehors. À côté de lui, un couple plutôt jeune, également sur des strapontins, s'est assis de travers pour pouvoir se faire face, de part et d'autre de l'allée centrale, et ils se tiennent les deux mains. Sur la banquette derrière, un homme d'entre vingt et trente ans est perdu dans la consultation de l'Officiel des spectacles ; il a posé son sac sur la place voisine. À l'opposé du sac, une vieille femme terriblement ridée caresse le petit caniche qu'elle tient sur ses genoux. De l'autre côté, une femme petite et potelée, au visage souriant, tient un crayon au-dessus d'une page de mots croisés partiellement remplie, mais elle regarde, dehors, le quai qui s'éloigne. Une autre femme tient une grille de nombres sur laquelle elle semble, au contraire, terriblement concentrée : il s'agit de ces grilles qu'on doit remplir avec les chiffres de 1 à 9 selon diverses contraintes. Vers le milieu du wagon, un musicien aux traits vaguement amérindiens cherche à récolter de l'argent en chantant dans son ampli cabossé un vieux tube de Simon & Garfunkel. Il n'attire certainement pas l'attention des trois ados (un black, un blanc, un beur), genre skaters, qui rigolent très fort juste devant lui en évoquant je ne sais quelle connerie d'un de leurs profs. Sur le groupe de sièges adjacent, deux cinquantenaires en costard se font face, chacun un téléphone collé à l'oreille : un instant, l'espacement des répliques dans leur conversation est telle qu'ils semblent se parler l'un à l'autre, et le dialogue en est surréaliste. Un homme petit et maigre, aux cheveux grisonnants, lit un numéro de Science & Vie dont la couverture annonce des explications sur la structure de l'espace-temps. Un numéro de L'Équipe, tombé par terre dans l'allée centrale, titre sur une défaite à domicile du PSG. Côté quai, une jeune femme blonde à l'air sérieux est absorbée par la lecture de La Tempête de Shakespeare. Face à elle, un dandy arabe d'une trentaine d'années joue avec ses mains, manifestement tendu. Un homme à la peau noire et aux traits sévères — presque le sosie du Roi des Rois Hailé Sélassié Ier — contemple un livre d'art dont la couverture reproduit un des célèbres tableaux de Böcklin sur le thème de l'Île des morts. Au bout du wagon, un homme surveille ses valises et regarde sa montre d'un air inquiet. Un quadragénaire sur un strapontin tient un gros livre qui promet une prise en main facile du logiciel Firefox ; mais ses yeux sont tournés vers sa voisine, une jeune femme noire d'une beauté époustouflante dont les énormes boucles d'oreille balancent dès qu'elle bouge la tête.

(dimanche)

Rhume atroce

Quelle que soit l'évolution ultérieure (mais je pense que le pire est passé), ceci aura été le pire rhume que j'aie jamais eu. Je viens de passer 24 heures à dormir la plupart du temps, en me réveillant toutes les quelques heures avec l'impression de me noyer tant mon nez est congestionné. Pour me donner l'impression de faire quelque chose, je me mouche, je nettoie mes fosses nasales au sérum physiologique, je vérifie si j'ai de la fièvre (non) et je contrôle l'état de mes ganglions (bien enflés), j'alterne paracétamol et aspirine (pas terrible, l'aspirine, parce qu'ensuite j'ai tendance à saigner du nez) et un occasionnel anti-histaminique (quand ça devient vraiment trop pénible), je prends de la vitamine C et du magnésium (bonjour effet placébo), je fais éventuellement une inhalation à l'huile essentielle d'eucalyptus et au benjoin du Laos (ça c'est plutôt agréable), je bois beaucoup (et je mange un peu, aussi, parce que, mine de rien, 24h à dormir, ça creuse l'appétit), et je retourne me coucher. Je pourrais aussi bien agiter des grigris, pour tout ce que ça fait.

J'en suis au stade où je commence à tousser ce qui, suivant le tableau clinique[#] habituel de mes rhumes, veut dire que c'est à peu près fini (avec la nuance que à peu près autorise tout de même que je tousse pendant des mois), mais j'ai un peu peur de m'orienter maintenant vers une sinusite.

Sur ce, je retourne me coucher. (Je ne sais plus très bien quel jour on est, là, mais j'avais une réunion prévue lundi soir, ce qui est dommage parce que du coup je vais probablement la rater.)

[#] Il m'échappe un mot, là, je crois : quel est le terme habituel qui désigne la succession (et l'évolution) des syndromes qui constituent une maladie donnée ?

(samedi)

Pourquoi je fréquente des gens plus jeunes que moi

C'est vrai, ça : pourquoi je fréquente beaucoup de gens plus jeunes que moi — me demandé-je, par exemple, au cours de cette soirée où j'avais à peu près trois ans de plus que le (enfin, la) 2e plus âgée (et neuf de plus que le plus jeune).

Une réponse possible (sur le mode défensif), c'est : qu'à partir de 20 ans (environ) l'âge n'a plus guère d'influence sur la maturité intellectuelle et émotionnelle (sauf peut-être dans ce qui est de l'accumulation d'expériences mais celle-ci est aléatoire). Et que les raisons pour lesquelles les gens se rassemblent par tranches d'âge sont plus des questions de génération (et donc de références partagés) que de tranche d'âge à proprement parler : or dans le cas qui me concerne les gens présents ne sont pas vraiment liés par leur génération (mais par des liens plus forts) donc ce facteur disparaît.

Mais en fait je me rends surtout compte que la question n'est pas tant de savoir pourquoi j'ai noué des contacts avec des gens plus jeunes que pourquoi je n'en ai pas autant avec ceux de ma génération — à part quelques amis, bien entendu. Est-ce que c'est parce que la génération, naturellement et globalement, distend ses liens quand elle cesse d'être étudiante, que les gens essaiment, fondent des familles (voire ont des enfants), etc. Ou est-ce que c'est parce que moi je n'ai pas bien su socialiser (il y a dix ou cinq ans) avec ma tranche d'âge et que je me rattrape sur le tard ?

La question n'a peut-être pas beaucoup d'importance, certes, mais il y a une chose que j'essaie de juger autant que je peux (ce n'est pas facile…) c'est si ma présence dans le groupe est jugée déplacée (ou encombrante) ou pas. Et pour pouvoir répondre à ça on est obligé de se demander : pour commencer, pourquoi suis-je là ?

(vendredi)

Fragment littéraire gratuit #68 (un magicien)

Il m'a reçu en personne, dans le Jardin des secrets, sur un banc de bois. Il me revient maintenant de lui cette image, comme un vieux magicien bénin à barbe blanche, surgi d'un conte de fées de mon enfance, une tasse de thé vert à la main, sous les bougainvilliers qui recouvraient la treille. La tiédeur bienfaisante du printemps, le parfum apaisant des orangers en fleur, les jeux d'ombres et de lumières projetés par le soleil sous les arcades, l'arôme délicat de la boisson qu'il m'offrit, le murmure lointain d'une cascade : était-ce un rêve ? Je n'ai aucun souvenir des propos que nous aurions échangés. Ai-je simplement imaginé le Jardin des secrets, le banc de bois et la tasse de thé vert que me tendait, à l'ombre des bougainvilliers, le vieillard à barbe blanche apparemment surgi d'un conte de fées ?

Le lendemain, je pris ma décision, l'esprit serein.

(Thursday)

Gratuitous Literary Fragment #67 (improbable friends)

They were the strangest pair, Frank and Frank. I could never guess whether the two were mere friends or lovers—or perhaps something altogether different. Either way, their being together had always seemed supremely unlikely. I first met the elder during a short stay in Paris: by some odd coincidence we found ourselves sitting on the same bench in the jardin du Luxembourg and reading the same book, The Master and Margarita (in English, I must admit), so that got us talking. I learned that he was fresh out of Juilliard and touring Europe: he had just given a concert in the salle Pleyel after some time in Italy, and would be shortly on his way to the Concertgebouw in Amsterdam and then the Royal Albert Hall (no less). So quite naturally we arranged to meet again in London, and he met Frank in the meantime. That other Frank was a youngish street punk living with an old aunt somewhat north of Hackney (I suppose he was an orphan), and quite an adorable fellow once you got past the bright green mohawk and the unwashed smell. The two had exactly nothing in common. As much as Saint-Saëns and the Sex Pistols: I think that says it all.

(mercredi)

Ça recommence

Devinez quoi ? J'ai attrapé un rhume…

(mardi)

La saison des thèses

Le mois de décembre, en France, c'est la « saison des thèses », c'est-à-dire que le nombre de soutenances doit y être à peu près aussi élevé que dans tout le reste de l'année réuni (au moins en maths). Pourquoi ? Parce qu'un débouché qui intéresse particulièrement les jeunes docteurs, c'est celui d'enseignant-chercheur, i.e., maître de conférence à l'Université. Et pour candidater comme maître de conférence, il faut au préalable être autorisé à concourir, c'est-à-dire qualifié. (Ceci a probablement pour but d'éviter des abus dans les petits facs : le concours de recrutement est local, mais la qualification est faite au niveau national, par le CNU, donc on évite que même une commission de spécialistes véreuse puisse recruter un candidat complètement nul ou spécialiste d'un domaine complètement différent de celui pour lequel le poste est prévu.) Ce n'est pas censé être difficile (toute personne un peu sérieuse et qui a eu son doctorat doit pouvoir être qualifié sans trop de mal), mais une condition sine qua non est d'avoir soutenu sa thèse avant une certaine date limite, qui, cette année, est le 15 décembre (après-demain, quoi) — d'année en année ça a tendance à avancer. Une raison secondaire, c'est que certaines facs ne font pas payer les frais d'inscription pour le bout d'année entamé si on soutient sa thèse avant le 31 décembre.

Bref, chaque jour de cette semaine (sauf vendredi, parce que la date limite sera passée) il y a ou il y a eu deux personnes que je connais qui soutiennent leur thèse en maths ! Et beaucoup la semaine dernière aussi. C'est vraiment impressionnant. Du coup, bien sûr, impossible d'aller à tout ça (même si c'est des gens que je connais bien, et même si les pots sont alléchants, je ne peux pas passer deux semaines à ne faire qu'assister à des soutenances de thèses).

Il faudrait trouver une façon d'éviter cette dérive assez ridicule. Ou au moins de la placer à un moment plus convenable de l'année (juste avant les vacances de Noël ce n'est pas l'idéal). Pour ma part je suis bien content d'avoir soutenu très loin du rush de fin d'année.

(lundi)

Trop froid ou trop chaud ?

Les radiateurs (électriques) de mon appartement sont (à peu près tous) cassés. Ou plus exactement, leur thermostat est cassé. C'est-à-dire qu'on a le choix approximativement entre un radiateur qui ne s'allume pas et un radiateur qui reste allumé en permanence, mais le thermostat qui est censé contrôler le passage automatique de l'état allumé à l'état éteint ne fait jamais son travail. Au moment où, après des tentatives pitoyables pour faire marcher quand même les bêtes, la température dans (certains points de) mon séjour est passé en-dessous de 18°C (lisez : glacial), j'en ai eu marre, j'ai tout mis en position allumée, et on frôle maintenant les 24°C (lisez : étouffant). C'est vraiment pénible — surtout que je ne vois pas comment quelque chose d'aussi bête qu'un thermostat peut cesser de fonctionner.

Racheter des radiateurs ne me dérange pas, mais les poser me fait un peu peur[#], et faire appel à un électricien m'embête (ne serait-ce qu'il faut prendre rendez-vous, et je n'ai aucun créneau disponible en journée en semaine jusqu'à l'été — j'exagère à peine). Ça existe, les radiateurs plug'n'play dont la pose serait à la portée d'un enfant de trois ans ? Si non, c'est un concept à développer.

[#] Brancher le fil d'alimentation électrique sur un domino, ça ne doit pas être trop dur (c'est juste que je ne sais pas si j'ai de quoi dénuder). En revanche, je ne suis pas sûr que le système de fixation au mur soit complètement standardisé, et percer des trous, mettre des chevilles et autres opérations pénibles dans ce genre me fait prodigieusement chier.

(dimanche)

Fragment littéraire gratuit #66 (et si…?)

L'œuvre se présente comme une sorte d'encyclopédie condensée, ou un livre d'Histoire synoptique ; mais sa particularité est de décrire une Histoire alternative, qui diverge de la nôtre à partir d'un certain point, en l'espèce trois quarts de millénaires après la fondation de Rome, et de la poursuivre sur une durée deux mille ans. L'auteur ne livre jamais la moindre explication : ni sur le principe même de son travail (que le lecteur doit deviner — ce qui n'est certes pas difficile en voyant que la liste des empereurs romains diffère après Tibère de la liste historique familière), ni sur les raisons de ses choix ou de ses conjectures, ni sur les thèses qu'il veut prouver (s'il y en a). Il se contente d'offrir un point de vue censément objectif sur le monde qu'il présente sans le moindre commentaire. C'est sans doute cela qui rend la lecture extrêmement troublante : reconnaître des éléments familiers (l'Histoire antique) mêlés à un contexte qui nous est profondément étranger, parfois à la limite de l'incompréhensible. Bien sûr, des éléments se retrouvent en commun entre l'Histoire vraie et l'Histoire inventée : grandes découvertes, guerres et révolutions ; mais l'auteur ne les souligne pas, puisqu'il ne parle jamais que de son monde fictif. La minutie avec laquelle on nous décrit, par exemple, une statue colossale dans un port du Nouveau-Monde, frappe l'imagination, tandis que la description des mœurs (à nos yeux !) à la fois rigoureuses (même archaïques) et paradoxalement dissolues de la société du bout de la chronologie nous laisse un indéfinissable sentiment de malaise.

Pour critiquer néanmoins cette brillante construction, il me paraît que l'Histoire présentée dans le livre reste trop proche de l'Histoire antique (et se développe trop lentement) ; qu'elle fait une part trop belle à la religion ; et qu'elle exagère les pages les plus sombres (des massacres peu concevables viennent gâcher le récit des derniers siècles). On sent que l'auteur n'est pas un historien, et qu'il se laisse emporter par sa propre fiction, jusqu'à des invraisemblances gênantes. Une des différences historiques les plus importantes, d'ailleurs, est une idée tout à fait saugrenue : celle qu'une secte née en Palestine très peu de temps après le point de divergence se serait développée au point de devenir une religion dominant l'Europe (et une bonne partie du monde). Or quand on voit que la philosophie stoïcienne elle-même n'a pas duré plus de mille ans, la proposition qu'une religion (née d'un gourou qui serait mort crucifié !) puisse résister aux changements de l'Histoire moderne est trop peu crédible.

(samedi)

Lois inappliquées, insécurité juridique, DADVSI, et Brésil

Les mèmes qui suivent sont apparemment assez répandus puisque j'avais ces idées depuis un moment et je les ai entendues exprimées (assez bien, d'ailleurs) par plusieurs personnes indépendamment ces derniers temps, dont ce soir ; comme je pense qu'ils méritent d'être diffusés, je les reproduis ici.

C'est quelque chose de terriblement dangereux, je crois, d'avoir des lois (totalement ou partiellement) inappliquées. Je parle de mauvaises lois, évidemment (une bonne loi, il est évident que c'est regrettable si elle est inappliquée) : on pourrait se dire naïvement que c'est une bonne chose si une mauvaise loi n'est pas appliquée, mais, en fait, c'est parfois pire que si elle l'est. Le problème, c'est qu'on ne peut pas mobiliser contre le problème de cette loi (puisqu'elle ne vaut que rarement, peut-être même jamais), mais qu'elle représente tout de même une cause d'insécurité juridique grave, elle risque de s'appliquer à tout moment, et sans doute de façon profondément injuste (parfois même activement discriminatoire).

Le pire, c'est quand la loi prétend interdire quelque chose que beaucoup de gens pratiquent couramment et qui est socialement admis et dont on ne peut vraiment pas considérer que ce soit immoral ou répréhensible d'un point de vue éthique. Par exemple, fumer du haschisch est punissable en France, en principe, de peines extrêmement lourdes (dix ans de prison et 7500000€ d'amende — c'est vraiment grotesque) : indépendamment du fait que je suis peut-être favorable à une dépénalisation complète des drogues douces (je ne sais pas bien, je n'ai pas d'avis tranché sur la question), l'idée qu'on puisse garder dans le code pénal des règles aussi invraisemblables, même (et surtout) pour ne pas les appliquer, alors que quelque chose comme la moitié de la population française a dû fumer un joint au moins une fois dans sa vie (non, pas moi, l'odeur me donne trop la nausée, je n'ai jamais voulu essayer, mais j'ai un certain nombre d'amis qui le font souvent), c'est proprement scandaleux. Ça donne aux policiers ou aux procureurs un pouvoir vraiment inquiétant sur des gens qui, fondamentalement, n'ont rien à se reprocher, y compris le pouvoir de faire de la discrimination honteuse en décidant qui ils embêtent et qui non.

Une autre chose qui est couramment très pratiquée, c'est le téléchargement et l'échange de contenus numériques soumis au droit d'auteur (en bref, downloader des MP3 sur Internet). Actuellement (actuellement voulant dire cette semaine encore) la France reconnaît le droit à la copie privée. Il est sans doute inutile que j'explique le désir fanatique des lobbys de l'édition du disque et du film de maintenir envers et contre tout un système archaïque de distribution qui est leur vache à lait : un ami à moi a trouvé cette jolie comparaison selon laquelle leur combat contre le téléchargement ressemble au combat des marchants de chandelle contre l'invention de l'ampoule et qui seraient prêts à faire interdire l'électricité au passage.

[Paragraphe rajouté 2005-12-12T03:30+0100.] Il faut être clair : la grande majorité des gens qui téléchargent des musiques sur Internet ne sont pas des voleurs (ou des pirates comme un bourrage de crâne assez répandu essaie de faire croire), et ils veulent que les artistes soient rémunérés pour leur travail. Mais si on s'obstine à préserver des moyens d'édition qui font d'eux des pigeons et qui permettent à certains de se mettre des milliards dans la poche au passage, il est évident que les choses ne se passeront pas sans protestation. Le mensonge honteux, c'est de dire on veut protéger les artistes quand ce qu'on protège (au détriment de tous) c'est quelques profiteurs dont une minuscule poignée d'aristes. En vérité, il n'y a rien de juste à vouloir à tout prix maintenir les profits de ceux-ci : ce n'est pas parce qu'ils ont su par le passé tirer un bénéfice monstrueux de leur commerce qu'il est normal qu'on préserve pour eux cette possibilité.

Comme le ministère de la culture est, semble-t-il, complètement à la botte de ces lobbys, le parlement français va voter dans quelques jours un projet de loi DADVSI (en application d'une directive européenne, mais en en rajoutant beaucoup au passage qui n'était pas demandé par la directive) qui, s'il était appliqué, serait la mort du logiciel libre et une catastrophe pour les bibliothèques (pour plus d'information sur cette loi et pour savoir comment agir, voyez sur le site eucd.info), et qui prétend en tout cas donner toute latitude à ceux qui le veulent pour faire cesser les téléchargements en question. Je n'ai à peu près aucun espoir qu'on puisse éviter que cette loi passe (surtout que l'excuse c'est une directive européenne est bien commode pour mettre les pires horreurs dans la loi, et surtout que le gouvernement a déclaré l'urgence sur le projet, ce qui interdit à peu près tout débat parlementaire ; mais bon, signez quand même la pétition qui demande seulement — poliment — qu'on ait un vrai débat et pas une loi passée en force comme cadeau de Noël). Probablement elle ne sera que très aléatoirement appliquée (en principe, si on la lit comme les spécialistes semblent l'avoir fait, un serveur Web comme Apache devient illégal en France puisqu'il n'inclut pas de DRM ; évidemment, ce ne sera pas appliqué, vu que la majorité des organismes publics eux-mêmes utilisent Apache comme serveur Web… y compris le Monsieur qui veut faire passer cette loi), mais pour les raisons que j'ai expliquées, je ne sais pas s'il faut s'en réjouir (si vraiment les pouvoirs publics essayaient de démanteler Internet, on peut penser que les gens réagiraient très vivement, et se révolteraient ! mais en votant une loi qui leur donne le pouvoir de fermer n'importe quel site Web n'importe comment et en l'appliquant habilement, ça ne provoquera pas forcément de grands remous). On gagne un facteur gigantesque d'insécurité juridique.

Je rajoute à ceci un mème qu'un ami vient de me communiquer ce soir (et auquel je n'avais jamais pensé mais il me plaît bien) : Le seul espoir du monde libre, c'est le Brésil. Ce que ça veut dire, c'est que le seul pays un peu puissant économiquement, qui n'est pas sous l'influence directe des lobbys pour lesquels préserver les milliards de dollars qu'ils tirent de Mickey Mouse et Britney Spears justifie de transformer Internet en ceci, et qui n'est pas non plus une jungle comme la Chine (où, certes, les droits de propriété intellectuelle ne sont pas trop appliqués, mais sans qu'on puisse vraiment compter sur quoi que ce soit), c'est le Brésil. Donc si le Brésil échoue, Internet est foutu. Viva o Brasil!

(Thursday)

Maybe the Moon

Since I had very much enjoyed Armistead Maupin's Tales of the City, I read another—more recent—novel of his: Maybe the Moon, the story of a dwarf—uh, little person—living in the San Fernando valley (about LA) and dreaming to become a Hollywood star. It is not nearly as—uh—“flamboyant” as Tales of the City: the writing is much more conventional (more like a novel than a sitcom, one might say…), and I didn't like it quite as much, but it is still a very good—and quite poignant—book, which raises some interesting issues (about celebrity, talent, and self-esteem).

(mercredi)

Chick logic ?

Imaginez un groupe de gens (la K-fêt de l'ENS, mais peu importe). Toutes les filles présentes forment un cercle autour d'un mec. Ce mec[#] est homo. Pourquoi ? (La réponse la plus évidente serait qu'elles sont filles à pédé, mais je crois que ce n'est pas trop le cas.)

Je suis sûr qu'il y a quelque chose d'un peu profond à apprendre et à comprendre sur le comportement des gens et sur leurs contradictions et leurs absurdités, à partir de cette petite observation et de cette question triviale. Mais quoi ?

[#] Juste pour éviter les malentendus : ce n'est évidemment pas moi.

(mardi)

Que vaut une dent ?

Suite de mes aventures dentaires

Je pensais naïvement qu'après le rendez-vous d'aujourd'hui j'en aurais enfin fini de devoir sans arrêt retourner voir le dentiste. Hélas ! Trois fois hélas ! Elle se contente de me refaire un pansement (le précédent était tombé) et m'annonce (avec quelques explications assez obscures et des dessins) que les caries étaient profondes et mal situées et que pour sauver la dent il faut la dévitaliser[#], ce qui prendra déjà au moins trois séances (elle m'a fait déjà prendre trois rendez-vous en janvier), puis poser un truc dont j'ai oublié le nom, puis une couronne encore dessus, ce qui prendra encore un temps invraisemblable et coûtera beaucoup (beaucoup !) de zorkmids.

C'est tellement décourageant, et le processus a l'air tellement long, tellement incroyablement compliqué et tellement pénible (et tellement coûteux, mais ça c'est secondaire), tout ça pour « sauver » (façon de parler) une seule dent, que je commence à me dire que ça ne vaut pas la peine. Est-ce que je ne devrais pas, simplement, me la faire arracher ? Après tout, j'ai déjà perdu une dent de l'autre côté (je ne la fais pas bridger ou quoi que ce soit), et ça n'est pas trop gênant (dans les deux cas ça ne se voit pas).

[#] Ah, this is obviously some strange use of the word sauver that I wasn't previously aware of.

(dimanche)

Projet d'écriture

Je commence à secouer sérieusement les idées de roman que j'avais évoquées (il y a deux mois déjà !) pour voir ce que je peux en faire. Mais je n'ai toujours pas vraiment débuté l'écriture. Pourtant, plus j'y pense, plus le concept me tente. Ce qui est ennuyeux, c'est que j'ai peur d'avoir perdu, à force de produire des fragments, l'endurance pour pondre quelque chose de long. Ce n'est pas seulement une question de souffle épique : c'est aussi que, dans tout roman, il y a des passages qu'on n'a pas vraiment envie d'écrire, des pages pas vraiment intéressantes pour l'auteur, mais nécessaires pour structurer le livre, pour faire avancer l'action, quelque chose comme ça — si je ne fais que des fragments, j'écris exactement ce qui me plaît, et du coup je perds l'habitude de l'aspect pas complètement agréable dans le travail d'écrivain.

En fait, je me rends compte que ce pour quoi je suis sans doute le moins doué, en la matière, c'est justement la narration, je veux dire, l'art de rapporter l'enchaînement des événements. Une conversation est facile à produire, je me sors aussi convenablement des descriptions, mais les actions, et surtout leur succession, c'est beaucoup plus difficile (d'ailleurs, il n'y a pratiquement jamais de ça dans mes fragments, comme on peut s'en rendre compte), sauf à produire des phrases d'une banalité à pleurer. Parfois j'essaie de m'en sortir en passant brutalement d'une situation à une autre et en laissant le lecteur deviner la transition, mais ça ne peut évidemment pas marcher trop souvent (à moins de faire un roman-photo…).

Par ailleurs, je risque de manquer de temps : je suis toujours assez débordé en ce moment : une pile de copies d'agreg blanche qui me regardent d'un œil plein de reproches sur mon bureau, plein de choses à organiser dans le cadre de la prépa agreg en question, mon dossier de qualification maître de conf' à constituer, et des questions mathématiques qui s'entassent. Plus, un certain nombre de choses à acheter, des formalités diverses à remplir, des gens à voir, etc. J'ai à peine le temps de lire, ce sera vraiment dur d'écrire. Certainement je mettrai un peu ce blog de côté quand je me lancerai vraiment dans le roman. (Je pensais peut-être publier en feuilleton, puisque j'ai tendance à écrire linéairement, mais en fait c'est une mauvaise idée parce que ça rend délicate la correction de passages antérieurs.) D'ailleurs, il faut avouer que parfois je me force un peu pour écrire ici, ce n'est pas une bonne chose.

(jeudi)

Fragment littéraire gratuit #65 (la gentillesse)

Avant de rencontrer J***, je n'avais jamais imaginé que le qualificatif gentil pouvait être un compliment. On dit de quelqu'un qu'il est gentil quand il est légèrement demeuré, ou ennuyeux à mourir, ou cul-bénit, ou, en fait, qu'il a cette propriété exaspérante que de ne pas avoir de défaut facilement identifiable si bien qu'on en est réduit à le ridiculiser par une de ses qualités. On peut éventuellement dire en bonne part qu'untel est agréable ou aimable, certainement qu'il est jovial ou drôle, mais gentil me semblait définitivement relégué au registre du mépris condescendant (sauf peut-être pour parler d'un enfant sage). Et j'ai rencontré J*** et j'ai compris que la gentillesse pouvait véritablement être une qualité brillante, aussi formidable qu'elle est rare. Nous sommes tellement habitués à considérer le trait d'ironie — et jusqu'au sarcasme acerbe — comme synonymes de l'intelligence qu'il y a quelque chose de profondément désarmant à voir une personne dont la finesse d'esprit ne fait aucun doute mais qui ne la manifeste jamais en se moquant ni en se faisant valoir aux dépens d'autrui, au contraire, qui la met au service de la conciliation et d'une recherche de bonne entente entre tous. J'ai pris conscience alors que l'art de tenir des propos gentils qui soient intéressants ou drôles est autrement plus difficile que celui de dire des méchancetés, et que ceux qui ne savent que blesser le font par facilité, par paresse ou par frustration.

Je pense à une ou deux personnes réelles en écrivant ce fragment (qui fait pendant à un précédent ?). En fait, surtout à une personne en particulier, qui m'a vraiment fait prendre conscience du fait que gentil pouvait être un compliment. Mais comme c'est assez embarrassant tout de même, je préfère taire son nom (si on commence à répéter que j'ai dit d'un éminent prof de maths qu'il était gentil, on ne va pas comprendre ça correctement, et d'ailleurs il a d'autres qualités si bien que ce serait dommage de le réduire à ça, tout gentil qu'il est).

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