This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.
Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.
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What follows are the entries of 2008-07. For latest entries, see here.
Ce qui suit sont les entrées de 2008-07. Pour les dernières entrées, voyez ici.
2008-07-20 (dimanche)
Le principe de précaution
est une scandaleuse imposture, et
je n'ai cesse de me mettre en rage à ce sujet. Le principe de
précaution est une façon de dire que quand on est devant une
alternative difficile on devait parfois faire un choix objectivement
mauvais sous prétexte qu'on sera plus difficilement accusable parce
que les conséquences néfastes de ce choix, bien que plus importantes,
sont aussi plus indirectes. Par exemple, si on doit mettre
sur le marché un nouveau médicament ou un nouveau vaccin, qui permet
de lutter contre une maladie grave mais qui comporte aussi des
dangers, la chose sensée à faire, la seule chose qui se défend
sérieusement, c'est de faire un calcul bénéfice-risque pour savoir où
est le plus grand nombre de vies sauvées ; évidemment, ce calcul, qui
consiste à maximiser l'espérance (au sens mathématique…) du
nombre de vies, doit tenir compte du fait qu'il peut y avoir des
risques difficilement mesurables ou mal connus (peut-être que l'étude
sur le vaccin a été mal faite et qu'il est beaucoup plus risqué que
mesuré), et on doit mettre ça aussi dans l'espérance, ce qui peut
ressembler de loin à une aversion au risque ; mais sous le nom
de principe de précaution
, l'idée qu'on devrait
systématiquement refuser le vaccin s'il n'est pas parfaitement sûr (ce
qui est, forcément, impossible), est une dangereuse connerie.
Connerie car tout autre choix que celui qui sauve le plus de vies,
symétriquement, en coûte. Et connerie d'autant plus dangereuse que
son inscription dans la Constitution française pourrait donner à des
juges l'idée saugrenue de punir des autorités qui auraient fait ce qui
était honnêtement et objectivement le mieux pour sauver des gens !
Je suis assez partagé au sujet de la culture des plantes
dites OGM (qui
ont lancé en France la mode du principe de précaution
) —
disons que je serais favorable à leur culture si les semenciers
fournisseurs des graines en question n'avaient pas des principes
éthiques dignes de la pire des mafias, ce qui fait qu'au final le
débat n'est plus entre les plantes ceci ou cela mais concerne la
terreur pratiquée par de grandes multinationales sur des clients
captifs en utilisant des lois iniques sur la propriété
intellectuelle
(ce qu'une graine ne devrait pas pouvoir être). Le
principe de précaution n'a finalement plus grand-chose à voir
là-dedans. En revanche, il y a trois domaines où je vois les ravages
de ce principe actuellement : (1) dans la mythomanie paranoïaque de la
société autour de la pédophilie, (2) dans les mesures liberticides
qu'on cherche à nous faire avaler au nom de la lutte contre le
terrorisme, et (3) dans l'idée que le développement rapide de
l'énergie nucléaire ne serait pas
notre meilleure moins mauvaise façon de pallier
l'effet de serre.
Je vais essayer de développer ces trois points dans (les ?) trois prochaines entrées, vers lesquelles j'ajouterai des liens ici ensuite : (1). (Merci aux commentateurs, donc, de s'abstenir de remarques sur (1), (2) ou (3) dans ce post d'introduction.)
2008-07-16 (mercredi)
J'ai bien aimé le
dernier Dreamworks (que je trouve pourtant
généralement moins bon que Pixar), sans doute mieux
que Shrek.
Je m'attendais à ce que soit distrayant et vaguement stupide, en fait
c'est vraiment drôle, c'est délicieusement mignon, ce n'est pas con,
et c'est même un peu émouvant ; le kung fu est montré d'une façon
amusante mais pas moqueuse. Évidemment, le scénario n'est pas d'une
infinie subtilité, mais il y a quand même quelques ressorts bien
trouvés (et peut-être quelque chose de madorien dans un ou deux
rebondissements de l'intrigue
) et plein de références
à Star Wars ou
peut-être The Matrix.
Sinon, j'ai a-do-ré le personnage du père du héros, et aussi celui du vieux maître tortue.
2008-07-15 (mardi)
L'idée d'interdire totalement de vendre de l'alcool aux mineurs, je me suis d'abord dit que c'était une bonne idée. À la réflexion, je n'y crois guère : soit ça ne changera rien, soit ça incitera les jeunes à faire une beuverie monstre le jour de leurs 18 ans (ailleurs, ça se fait le jour des 21 ans).
Le problème n'est pas tant un problème de santé publique qu'un
problème de culture. On passe
progressivement[#] d'une approche
« sophistiquée » de l'alcool — où les jeunes ados apprennent tôt
à boire un peu de vin avec leurs parents et à en apprécier la
consommation modérée, une approche où il est socialement bien vu de
faire preuve de certaines connaissances en œnologie — vers
une mentalité où ce qui compte est de consommer la plus grande
quantité d'éthanol le plus vite possible, le respect n'étant pas
mérité par celui qui sait reconnaître telle ou telle qualité gustative
de la boisson mais par celui qui en avale le plus. La prohibition
en-dessous d'un certain âge risque plutôt d'accentuer cette évolution
(en interdisant l'approche raisonnable et en donnant à l'alcool encore
plus du cachet je suis un petit con rebelle qui fais des choses
interdites et cooooool
). Ce n'est pas tout à fait comme la
cigarette, pour laquelle ne pas fumer n'est pas socialement
rédhibitoire (enfin, pas aussi rédhibitoire) même chez les
jeunes. Ne pas boire de l'alcool, quand on est jeune, sauf peut-être
si c'est pour des raisons
religieuses[#2], c'est passer
pour un extraterrestre, un plouc complet, une grenouille et/ou
un nerd pathétique, j'en ai su quelque
chose.
La vraie difficulté est de savoir si — et comment — on peut faire changer l'opinion à ce sujet. Ça ne sert à rien de dire aux lycéens : en buvant jusqu'au coma éthylique vous vous détruisez la santé, en buvant avant de prendre le volant vous mettez votre vie en danger, etc. — ils n'ont rien à foutre de se détruire la santé ou de mettre leur vie en danger, ils veulent être cooooool. Donc le message à faire passer (mais c'est autrement plus dur) c'est : ce n'est pas irrémédiablement pascooooool de ne pas boire d'alcool. À mon avis, une seule déclaration un peu médiatisée de la part d'une star quelconque qui ferait son coming-out de non-alcoolique aurait plus d'effet que tout ce que le ministère de la santé pourrait entreprendre.
[#] Avec pour témoin le
fait que le terme anglais dont je me sers comme titre pour cette
entrée n'admettait pas d'équivalent français jusqu'à ce qu'on
invente défonce alcoolique
.
[#2] Que je sache, une des principales religions pratiquées en France interdit la consommation d'alcool. Je serais curieux de savoir si cette interdiction est aussi respectée que l'interdiction — ni plus ni moins importante aux yeux de la religion en question — de consommer de la viande de porc. Parce que quelque chose me dit que (1) le respect des interdits religieux doit être d'autant plus suivi que ces interdits peuvent servir de témoin d'appartenance à la religion en question et (2) personne ne trouve que ne pas manger de porc est irrémédiablement pascooooool sauf des gens qui viseraient explicitement les religions qui l'interdisent.
2008-07-13 (dimanche)
Je me remets à ma tentative
d'apprendre un peu d'arabe,
interrompue par deux semaines de
concours (ce qui n'est pas peu vu que ça ne fait que deux mois que
j'ai commencé à étudier cette langue…). J'en suis à la leçon
36 sur les 77 que compte la méthode : cela ressemble à presque la
moitié, mais en fait cette impression est trompeuse parce que j'ai
l'impression que la difficulté des leçons croît très vite, du coup
j'ai vaguement le sentiment de me faire arnaquer. Plein de points de
grammaire sont renvoyés à une hypothétique explication ultérieure avec
des encouragements conciliants (ne vous en préoccupez pas pour
l'instant
— soit, mais du coup c'est plus lourd à apprendre
si on ne connaît pas la règle). Et surtout, j'ai l'impression qu'une
difficulté majeure de la langue — celle des pluriels, qui ne
suivent aucune logique — est complètement glissée sous le tapis
avec la recommandation apprenez bien chaque mot avec son
pluriel
: moui, moi je veux bien, mais encore faut-il que je
puisse le savoir, le pluriel en question, or le lexique en fin de
volume a l'air de ne pas les donner systématiquement, ni de renvoyer
chaque pluriel à son singulier, pas plus que le petit dictionnaire
(pas terriblement bien fait) que je me suis acheté. Par
exemple, je
ne sais toujours pas quel est le (masculin) pluriel d'un adjectif
aussi commun
que جَمِيلٌ
(qui signifie beau
et qui est un des rares adjectifs que je
connaisse), donc c'est mal parti pour apprendre chaque mot avec son
pluriel.
Peut-être que je m'y prends mal, mais cette langue est quand même terriblement décourageante.
2008-07-13 (dimanche)
J'ai assisté avant-hier à la proclamation des résultats du concours lettres (A/L) de l'ENS. Le spectacle était décevant.
Contrairement aux scientifiques qui se contentent pour publier la
liste d'admission d'un bête papier collé aux portes du bâtiment annexe
(au 46 rue d'Ulm), que d'ailleurs presque plus personne ne vient lire
vu que le résulat paraît en même
temps sur
Internet[#], les littéraires,
eux, ont d'autres mœurs. Ils proclamant les résultats, dans la
cour d'honneur de l'École, devant les candidats terrorisés. Puis on
procède à d'autres rituels que nous autres scientifiques ne pouvons
pas comprendre : les candidats admis sont métaphoriquement élevés vers
leur nouvelle condition en étant reçus dans la salle des actes au
premier étage pendant que les recalés s'amassent au secrétariat du
concours au rez-de-chaussée pour recevoir leurs notes. Après quoi,
ils (= les recalés) ont le droit de voir les membres du jury
en confession, c'est-à-dire qu'ils viennent leur
demander pourquoi m'avez-vous mis 02/20 à mon oral de
Français ?
, pour s'entendre répondre vous n'avez pas traité la
topique de la reverdie : on ne pouvait pas donner plus,
Monsieur
[#2]. Les
agrégations de lettres (ou au moins, certaines d'entre
elles) proclament aussi leurs résultats, dans le grand
amphithéâtre de la Sorbonne, ce qui ne viendrait pas non plus à l'idée
des agrégations de sciences.
Je m'attendais donc à un cérémonial pompeux où un vieux Monsieur en
tenue début de IIIe république (qu'on garderait dans un placard pour
cette unique occasion — je parle du Monsieur pas de la tenue)
s'avancerait pour annoncer d'une voie éraillé et à peine
audible : Je vais donner lecture des résultats du concours
d'admission à l'École normale supérieure
— on ne dit
pas en lettres
parce que c'est la seule chose qui existe
— suivi d'une succession de noms par ordre de mérite et au
milieu de force pâmoison de jeunes filles entendant leur nom ou au
contraire ne l'entendant pas à la fin de la liste. Eh bien non.
Les choses avaient pourtant bien commencé. Un journaliste (de France Inter je crois) était présent sur les lieux. À 12h15, Madame la Directrice (qui se fait appeler différemment quand elle prend le rôle de l'évanescente figure qu'elle joue sur le plateau de la chaîne télévisée du Sénat pour l'émission Bibliothèque Médicis, mais dont les normaliens savent bien que son identité réelle, cachée sous une perruque rousse, est celle de Mylène Farmer[#3]) a tenté une fugace et fantomatique apparition dans la cour — mais elle a échoué dans sa tentative de matérialisation et est restée bloquée dans le plan astral. Bref, les résultats ont été lus par le président du jury (et directeur adjoint de l'École chargé des lettres), lequel n'a ni la beauté diaphane et vaguement insubstantielle de la directrice ni le charme poussiéreux de l'hypothétique vieux Monsieur en jaquette et chapeau haut-de-forme. Et là, comble de la déception, il a lu les résultats par ordre alphabétique, d'une voix monocorde, dans un micro, et personne n'est tombé dans les pommes. Le journaliste s'ennuyait ferme.
Moi je dis, les traditions se perdent : si le but est de faire souffrir les candidats en les soumettant à une épreuve de nerfs, il faut l'assumer jusqu'au bout, lire les résultats par ordre décroissant (ou croissant, d'ailleurs, ce qui est différemment cruel).
[#] Du coup, même si on organise un petit goûter pour accueillir les admis et recalés et répondre à leurs questions, il est assez déserté.
[#2] Je précise que
l'échange est authentique. Le commentaire portait sur le sonnet CLX
du premier Livre des Amours de Ronsard. Le candidat
s'était entendu demander quel mot français désigne une union entre
dieux (la réponse, évidente quand on y pense,
étant hiérogamie
) : l'aveu de son ignorance lui avait valu un
souverain mépris de la part de l'examinateur n'incitant certainement
pas à la bienveillance devant cette absence de traitement de l'ô
combien indispensable topique de la reverdie.
[#3] Si la ressemblance physique ne vous frappe pas, je sors mon argument massue : quelqu'un a-t-il jamais vu Monique Canto-Sperber et Mylène Farmer en même temps au même endroit ? Non ! Voilà, ça prouve bien quelque chose.
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