David Madore's WebLog: 2008-07

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in July 2008 / Entrées publiées en juillet 2008:

(dimanche)

Les précautions ont un coût

Le principe de précaution est une scandaleuse imposture, et je n'ai cesse de me mettre en rage à ce sujet. Le principe de précaution est une façon de dire que quand on est devant une alternative difficile on devait parfois faire un choix objectivement mauvais sous prétexte qu'on sera plus difficilement accusable parce que les conséquences néfastes de ce choix, bien que plus importantes, sont aussi plus indirectes. Par exemple, si on doit mettre sur le marché un nouveau médicament ou un nouveau vaccin, qui permet de lutter contre une maladie grave mais qui comporte aussi des dangers, la chose sensée à faire, la seule chose qui se défend sérieusement, c'est de faire un calcul bénéfice-risque pour savoir où est le plus grand nombre de vies sauvées ; évidemment, ce calcul, qui consiste à maximiser l'espérance (au sens mathématique…) du nombre de vies, doit tenir compte du fait qu'il peut y avoir des risques difficilement mesurables ou mal connus (peut-être que l'étude sur le vaccin a été mal faite et qu'il est beaucoup plus risqué que mesuré), et on doit mettre ça aussi dans l'espérance, ce qui peut ressembler de loin à une aversion au risque ; mais sous le nom de principe de précaution, l'idée qu'on devrait systématiquement refuser le vaccin s'il n'est pas parfaitement sûr (ce qui est, forcément, impossible), est une dangereuse connerie. Connerie car tout autre choix que celui qui sauve le plus de vies, symétriquement, en coûte. Et connerie d'autant plus dangereuse que son inscription dans la Constitution française pourrait donner à des juges l'idée saugrenue de punir des autorités qui auraient fait ce qui était honnêtement et objectivement le mieux pour sauver des gens !

Je suis assez partagé au sujet de la culture des plantes dites OGM (qui ont lancé en France la mode du principe de précaution) — disons que je serais favorable à leur culture si les semenciers fournisseurs des graines en question n'avaient pas des principes éthiques dignes de la pire des mafias, ce qui fait qu'au final le débat n'est plus entre les plantes ceci ou cela mais concerne la terreur pratiquée par de grandes multinationales sur des clients captifs en utilisant des lois iniques sur la propriété intellectuelle (ce qu'une graine ne devrait pas pouvoir être). Le principe de précaution n'a finalement plus grand-chose à voir là-dedans. En revanche, il y a trois domaines où je vois les ravages de ce principe actuellement : (1) dans la mythomanie paranoïaque de la société autour de la pédophilie, (2) dans les mesures liberticides qu'on cherche à nous faire avaler au nom de la lutte contre le terrorisme, et (3) dans l'idée que le développement rapide de l'énergie nucléaire ne serait pas notre meilleure moins mauvaise façon de pallier l'effet de serre.

Je vais essayer de développer ces trois points dans (les ?) trois prochaines entrées, vers lesquelles j'ajouterai des liens ici ensuite : (1) et (3). (Merci aux commentateurs, donc, de s'abstenir de remarques sur (1), (2) ou (3) dans ce post d'introduction.)

(mercredi)

Kung-Fu Panda

J'ai bien aimé le dernier Dreamworks (que je trouve pourtant généralement moins bon que Pixar), sans doute mieux que Shrek. Je m'attendais à ce que soit distrayant et vaguement stupide, en fait c'est vraiment drôle, c'est délicieusement mignon, ce n'est pas con, et c'est même un peu émouvant ; le kung fu est montré d'une façon amusante mais pas moqueuse. Évidemment, le scénario n'est pas d'une infinie subtilité, mais il y a quand même quelques ressorts bien trouvés (et peut-être quelque chose de madorien dans un ou deux rebondissements de l'intrigue 😉) et plein de références à Star Wars ou peut-être The Matrix.

Sinon, j'ai a-do-ré le personnage du père du héros, et aussi celui du vieux maître tortue.

(mardi)

Binge drinking

L'idée d'interdire totalement de vendre de l'alcool aux mineurs, je me suis d'abord dit que c'était une bonne idée. À la réflexion, je n'y crois guère : soit ça ne changera rien, soit ça incitera les jeunes à faire une beuverie monstre le jour de leurs 18 ans (ailleurs, ça se fait le jour des 21 ans).

Le problème n'est pas tant un problème de santé publique qu'un problème de culture. On passe progressivement[#] d'une approche « sophistiquée » de l'alcool — où les jeunes ados apprennent tôt à boire un peu de vin avec leurs parents et à en apprécier la consommation modérée, une approche où il est socialement bien vu de faire preuve de certaines connaissances en œnologie — vers une mentalité où ce qui compte est de consommer la plus grande quantité d'éthanol le plus vite possible, le respect n'étant pas mérité par celui qui sait reconnaître telle ou telle qualité gustative de la boisson mais par celui qui en avale le plus. La prohibition en-dessous d'un certain âge risque plutôt d'accentuer cette évolution (en interdisant l'approche raisonnable et en donnant à l'alcool encore plus du cachet je suis un petit con rebelle qui fais des choses interdites et cooooool). Ce n'est pas tout à fait comme la cigarette, pour laquelle ne pas fumer n'est pas socialement rédhibitoire (enfin, pas aussi rédhibitoire) même chez les jeunes. Ne pas boire de l'alcool, quand on est jeune, sauf peut-être si c'est pour des raisons religieuses[#2], c'est passer pour un extraterrestre, un plouc complet, une grenouille et/ou un nerd pathétique, j'en ai su quelque chose.

La vraie difficulté est de savoir si — et comment — on peut faire changer l'opinion à ce sujet. Ça ne sert à rien de dire aux lycéens : en buvant jusqu'au coma éthylique vous vous détruisez la santé, en buvant avant de prendre le volant vous mettez votre vie en danger, etc. — ils n'ont rien à foutre de se détruire la santé ou de mettre leur vie en danger, ils veulent être cooooool. Donc le message à faire passer (mais c'est autrement plus dur) c'est : ce n'est pas irrémédiablement pascooooool de ne pas boire d'alcool. À mon avis, une seule déclaration un peu médiatisée de la part d'une star quelconque qui ferait son coming-out de non-alcoolique aurait plus d'effet que tout ce que le ministère de la santé pourrait entreprendre.

[#] Avec pour témoin le fait que le terme anglais dont je me sers comme titre pour cette entrée n'admettait pas d'équivalent français jusqu'à ce qu'on invente défonce alcoolique.

[#2] Que je sache, une des principales religions pratiquées en France interdit la consommation d'alcool. Je serais curieux de savoir si cette interdiction est aussi respectée que l'interdiction — ni plus ni moins importante aux yeux de la religion en question — de consommer de la viande de porc. Parce que quelque chose me dit que (1) le respect des interdits religieux doit être d'autant plus suivi que ces interdits peuvent servir de témoin d'appartenance à la religion en question et (2) personne ne trouve que ne pas manger de porc est irrémédiablement pascooooool sauf des gens qui viseraient explicitement les religions qui l'interdisent.

(dimanche)

Je reprends l'arabe

Je me remets à ma tentative d'apprendre un peu d'arabe, interrompue par deux semaines de concours (ce qui n'est pas peu vu que ça ne fait que deux mois que j'ai commencé à étudier cette langue…). J'en suis à la leçon 36 sur les 77 que compte la méthode : cela ressemble à presque la moitié, mais en fait cette impression est trompeuse parce que j'ai l'impression que la difficulté des leçons croît très vite, du coup j'ai vaguement le sentiment de me faire arnaquer. Plein de points de grammaire sont renvoyés à une hypothétique explication ultérieure avec des encouragements conciliants (ne vous en préoccupez pas pour l'instant — soit, mais du coup c'est plus lourd à apprendre si on ne connaît pas la règle). Et surtout, j'ai l'impression qu'une difficulté majeure de la langue — celle des pluriels, qui ne suivent aucune logique — est complètement glissée sous le tapis avec la recommandation apprenez bien chaque mot avec son pluriel : moui, moi je veux bien, mais encore faut-il que je puisse le savoir, le pluriel en question, or le lexique en fin de volume a l'air de ne pas les donner systématiquement, ni de renvoyer chaque pluriel à son singulier, pas plus que le petit dictionnaire (pas terriblement bien fait) que je me suis acheté. Par exemple, je ne sais toujours pas quel est le (masculin) pluriel d'un adjectif aussi commun que جَمِيلٌ (qui signifie beau et qui est un des rares adjectifs que je connaisse), donc c'est mal parti pour apprendre chaque mot avec son pluriel.

Peut-être que je m'y prends mal, mais cette langue est quand même terriblement décourageante.

(dimanche)

Admissions à l'ENS (en lettres)

J'ai assisté avant-hier à la proclamation des résultats du concours lettres (A/L) de l'ENS. Le spectacle était décevant.

Contrairement aux scientifiques qui se contentent pour publier la liste d'admission d'un bête papier collé aux portes du bâtiment annexe (au 46 rue d'Ulm), que d'ailleurs presque plus personne ne vient lire vu que le résulat paraît en même temps sur Internet[#], les littéraires, eux, ont d'autres mœurs. Ils proclament les résultats, dans la cour d'honneur de l'École, devant les candidats terrorisés. Puis on procède à d'autres rituels que nous autres scientifiques ne pouvons pas comprendre : les candidats admis sont métaphoriquement élevés vers leur nouvelle condition en étant reçus dans la salle des actes au premier étage pendant que les recalés s'amassent au secrétariat du concours au rez-de-chaussée pour recevoir leurs notes. Après quoi, ils (= les recalés) ont le droit de voir les membres du jury en confession, c'est-à-dire qu'ils viennent leur demander pourquoi m'avez-vous mis 02/20 à mon oral de Français ?, pour s'entendre répondre vous n'avez pas traité la topique de la reverdie : on ne pouvait pas donner plus, Monsieur[#2]. Les agrégations de lettres (ou au moins, certaines d'entre elles) proclament aussi leurs résultats, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, ce qui ne viendrait pas non plus à l'idée des agrégations de sciences.

Je m'attendais donc à un cérémonial pompeux où un vieux Monsieur en tenue début de IIIe république (qu'on garderait dans un placard pour cette unique occasion — je parle du Monsieur pas de la tenue) s'avancerait pour annoncer d'une voie éraillé et à peine audible : Je vais donner lecture des résultats du concours d'admission à l'École normale supérieure — on ne dit pas en lettres parce que c'est la seule chose qui existe — suivi d'une succession de noms par ordre de mérite et au milieu de force pâmoison de jeunes filles entendant leur nom ou au contraire ne l'entendant pas à la fin de la liste. Eh bien non.

Les choses avaient pourtant bien commencé. Un journaliste (de France Inter je crois) était présent sur les lieux. À 12h15, Madame la Directrice (qui se fait appeler différemment quand elle prend le rôle de l'évanescente figure qu'elle joue sur le plateau de la chaîne télévisée du Sénat pour l'émission Bibliothèque Médicis, mais dont les normaliens savent bien que son identité réelle, cachée sous une perruque rousse, est celle de Mylène Farmer[#3]) a tenté une fugace et fantomatique apparition dans la cour — mais elle a échoué dans sa tentative de matérialisation et est restée bloquée dans le plan astral. Bref, les résultats ont été lus par le président du jury (et directeur adjoint de l'École chargé des lettres), lequel n'a ni la beauté diaphane et vaguement insubstantielle de la directrice ni le charme poussiéreux de l'hypothétique vieux Monsieur en jaquette et chapeau haut-de-forme. Et là, comble de la déception, il a lu les résultats par ordre alphabétique, d'une voix monocorde, dans un micro, et personne n'est tombé dans les pommes. Le journaliste s'ennuyait ferme.

Moi je dis, les traditions se perdent : si le but est de faire souffrir les candidats en les soumettant à une épreuve de nerfs, il faut l'assumer jusqu'au bout, lire les résultats par ordre décroissant (ou croissant, d'ailleurs, ce qui est différemment cruel).

[#] Du coup, même si on organise un petit goûter pour accueillir les admis et recalés et répondre à leurs questions, il est assez déserté.

[#2] Je précise que l'échange est authentique. Le commentaire portait sur le sonnet CLX du premier Livre des Amours de Ronsard. Le candidat s'était entendu demander quel mot français désigne une union entre dieux (la réponse, évidente quand on y pense, étant hiérogamie) : l'aveu de son ignorance lui avait valu un souverain mépris de la part de l'examinateur n'incitant certainement pas à la bienveillance devant cette absence de traitement de l'ô combien indispensable topique de la reverdie.

[#3] Si la ressemblance physique ne vous frappe pas, je sors mon argument massue : quelqu'un a-t-il jamais vu Monique Canto-Sperber et Mylène Farmer en même temps au même endroit ? Non ! Voilà, ça prouve bien quelque chose.

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