David Madore's WebLog: 2008-10

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in October 2008 / Entrées publiées en octobre 2008:

(jeudi)

L'Enfer de Matignon

Je ne sais plus quel humoriste racontait qu'à chaque fois qu'il y a un changement de gouvernement, il écoute la radio avec la terreur d'entendre qu'il serait nommé Premier ministre. Je sympathise : s'il y a une chose que je ne veux jamais devenir, c'est Premier ministre (ce serait la ruine assurée pour le pays, mais de toute façon mes nerfs ne tiendraient pas une journée). Et du coup, je trouve qu'ils ont quelque chose de fascinant, les Premiers ministres. Pas les présidents de la République : les présidents, ils n'ont pas le boulot ingrat du Premier ministre — et ils pourraient ne servir qu'à inaugurer les chrysanthèmes. Le Premier ministre, c'est celui sur qui les merdes tombent : quand un souci arrive dans l'Administration, on fait remonter le souci jusqu'au niveau hiérarchique susceptible de le régler, plus il est gros, plus il monte, quand il monte jusqu'au ministre c'est que c'est une belle merde, et quant au Premier ministre, il récolte les pires ennuis possibles.

Je recommande donc le livre de Raphaëlle Bacqué que je viens de lire (et dont il existe également une version sous forme de documentaire télévisé), L'Enfer de Matignon, recueil des témoignages de douze des treize Premiers ministres français encore vivants en 2007 (l'exception étant Jacques Chirac qui, semble-t-il, maintenant qu'il a été président, ne veut plus parler des deux séjours qu'il a fait à Matignon — c'est dommage, il aurait sans doute beaucoup de choses intéressantes à raconter, le Monsieur qui était Premier ministre quand je suis né). Et les témoignages en question sont tout à fait savoureux, par exemple la façon dont Michel Rocard raconte sa nomination :

La viande se termine, on n'en est pas encore tout à fait au fromage, et tout à coup, le président a cette phrase tout à fait étonnante : Il ne faudrait tout de même pas oublier que dans une heure et quart, et il regarde sa montre, je vais nommer un Premier ministre. Et il cueille le regard de Bérégovoy qu'il ne va plus quitter. Il parle en regardant Bérégovoy qui est pour lui un collaborateur proche, un ami, depuis longtemps. […] Et nous entendons : C'est un exercice purement politique qui est totalement étranger à toute catégorie intellectuelle connue sous le nom d'amitié, de confiance, de fidélité ou de choses de ce genre. En fait, la nomination d'un premier ministre, c'est le résultat de l'analyse d'une situation politique. Je lis sur son visage que Bérégovoy commence à ne pas prendre cela très bien. Moi je regarde obstinément le fond de mon assiette. François Mitterrand continue : Et l'analyse de la situation politique actuelle est claire, il y a une petite prime pour Michel Rocard. Petite prime pour Michel Rocard… Mon pauvre ami Bérégovoy passe du rouge au vert et au violet. Tout le monde a compris. Et un long silence suit. Comment voulez-vous que je me permette de commenter ? Je ne commente donc pas.

Ce n'est pas seulement savoureux, c'est aussi très instructif sur la façon dont ils racontent la difficulté à agir, pris au piège entre les médias ou l'opinion publique qui demandent que les décisions aillent toujours plus vite, et l'inertie de l'Administration ; ou encore l'angoisse des arbitrages à faire dans l'urgence, sans connaître la totalité des enjeux ou des conséquences de chaque choix ; ou enfin la façon dont leur entourage peut leur mentir ou leur cacher des choses. Ils avouent des erreurs avec une honnêteté touchante, et ils expliquent aussi la façon dont ils voyaient les choses quand on ne les comprenait pas. Et tous (sauf peut-être Édouard Balladur) sont d'accord que le travail est terriblement épuisant et stressant.

Bref, c'est à la fois un livre instructif et un livre qui nous les rend plus humains, ces Premiers ministres, que ce soit l'actuel tenant du titre ou les survivants d'une époque plus ancienne (Pierre Messmer et Raymond Barre sont morts, à quelques jours d'intervalle, juste après avoir livré leurs confidences, et s'agissant du premier j'avoue que je croyais qu'il était déjà parti[#] depuis longtemps).

[#] Sinon, en 1994, j'ai croisé Couve de Murville (au cours d'une réception au Sénat), et là aussi j'ai été modérément surpris d'apprendre ainsi qu'il était encore en vie.

(mercredi)

Complément à l'entrée précédente : pourquoi mariage ≠ adoption

Je souhaitais dans l'ce que j'écrivais avant-hier écarter explicitement la question de l'adoption par les couples de même sexe, pas seulement parce que je n'ai pas vraiment d'avis mais surtout parce que c'est une question multiple (il faut considérer séparément l'adoption d'un enfant complètement étranger au couple et l'adoption par un des membres du couple d'un enfant biologique de l'autre, par exemple). Un commentateur me rétorque que mon argumentation est alors dénuée de sens, le mariage ne se concevant pas sans enfants (ou au moins la possibilité d'enfants), et c'est pourquoi, étant opposé à l'idée d'adoption par les couples du même sexe, il est opposé au mariage idem. Il faut donc que j'argumente un peu pour expliquer pourquoi je ne suis pas d'accord, pourquoi, à mon avis, la question du mariage des couples de même sexe est une question bien distincte de celle de l'adoption par eux :

Bref, selon moi, le mariage n'est pas une question d'adoption. Ce n'est pas non plus parce qu'il a une tradition ancienne et forte qu'il est important, et ce n'est pas qu'un simple moyen de baisser ses impôts : ce qui est important, et je le soulignais dans l'entrée précédente, est qu'il a une reconnaissance internationale[#2] que n'aura jamais aucun type de contrat d'union civile — toute personne qui argumente contre le mariage des couples du même sexe et qui prétend dire autre chose que ben tant pis pour vous, vous n'aviez qu'à être hétéros devrait au moins faire semblant de répondre à cette revendication.

[#] J'écris en situation de procréer : parce que ce n'est pas une question de pouvoir. Et, de fait, souvent, quand un couple, disons, de lesbiennes, veut à tout prix avoir un enfant, plutôt que d'essayer d'adopter, elles vont trouver un homme — typiquement gay — dans leurs amis pour servir de père. Ça, on peut difficilement les en empêcher : tout ce que la Loi peut faire (et, en France, fait), c'est ne reconnaître aucun droit sur l'enfant à la femme qui n'en est pas la mère biologique (et savoir si c'est dans l'intérêt de l'enfant est, disons, sujet à débat).

[#2] Pas dans tous les pays, évidemment, mais au moins dans tous ceux qui admettent pour leur part le mariage de couples du même sexe et dans quelques autres (par exemple Israël, suite à une décision de la Cour suprême du pays ; mais on pourrait citer, au moins dans une certaine mesure, la France, qui il y a quelques mois a reconnu le droit pour un couple d'hommes légalement mariés aux Pays-Bas de remplir une déclaration d'impôts commune — alors qu'un couple PACSé en France peut toujours se brosser pour essayer de faire reconnaître son union n'importe où ailleurs).

(lundi)

Quelques réflexions sur le mariage de couples de même sexe

Le 4 novembre, les Américains ne voteront pas seulement pour élire (ceux qui éliront) leur président et plein d'autres gens (le tiers de leurs sénateurs, tous leurs représentants et un certain nombre de gouverneurs) : il y a également des referenda locaux. Dans plusieurs États (au moins la Californie, la Floride et l'Arizona), cette année, une proposition est mise aux voix d'amender la constitution (de l'État en question) pour faire interdire le mariage des couples de même sexe. La proposition en Californie (connue sous le nom de Proposition 8) a sans doute le plus attiré l'attention puisqu'elle vise spécifiquement à rendre caduque une décision de la Cour suprême de l'État datant du 2008-05-15 et interprétant la constitution de l'État comme impliquant le droit de se marier pour les couples de même sexe. Avant de lire plus loin, on peut regarder les arguments des partisans et des adversaires[#] de l'amendement. Actuellement, les sondages semblent donner un très léger avantage au non (c'est-à-dire pour maintenir la constitution comme elle est, i.e., ne pas interdire le mariage de couples du même sexe), mais on ferait mieux de ne pas trop parier dessus.

Laissant de côté la question de l'adoption (mise à jour : voir l'entrée suivante), qui appartient sans doute à l'avenir (et qui concerne peu de gens, finalement), le combat contre le droit au mariage des couples de même sexe est indiscutablement un combat d'arrière-garde. Je veux dire, dans un sens purement objectif : ce droit finira par être conquis dans tous les pays où les droits de l'homme sont généralement respectés. Notamment, je n'ai aucun doute sur le fait qu'il arrivera en France, qui n'est pas sociologiquement très différent de la Belgique et de l'Espagne et qui peut s'inspirer de leur exemple — ce n'est qu'une question de temps, c'est-à-dire, du hasard du passage des majorités politiques, qui fait qu'en 1999 la France était plutôt en avance et que neuf ans plus tard elle est plutôt en retard. Tout ceci étant dit sans aucun jugement particulier (d'aucuns pourront trouver que l'avance et le retard dont on parle sont sur une voie de décadence et de dépravation des valeurs de la famille — on aura deviné que ce n'est pas mon avis).

Mais les États-Unis ont l'air d'avoir une façon différente de faire des progrès sur les questions sociétales : ce sont les juges et les cours de justice, plus que les hommes politiques, qui les font avancer. En France, le droit à l'avortement est venu avec la loi Veil de 1975 ; aux États-Unis, c'est une décision[#2] de la Cour suprême de l'Union (en 1973), et, de façon générale, cette même Cour suprême, sous les présidences Warren (1953–1969) et Burger (1968–1986), a fait faire au pays un grand nombre d'avances dans le domaine des libertés individuelles. Donc je n'étais pas surpris que ce soient, de nouveau, des juges[#3] qui aient constaté qu'il était discriminatoire de subordonner le droit au mariage au sexe des contractants. C'est sans doute à la fois la différence entre Common law et Jus civile qui joue mais aussi une différence entre Amérique et Europe (en Angleterre, le pays qui a inventé le Common law, c'est la loi qui a rendu l'avortement légal).

L'idée d'aller opérer sur la constitution de l'État pour résoudre une question politique et donner tort aux juges devrait être prise en général avec d'infinies précautions, et ici je la trouve particulièrement répugnante. J'attends encore de voir une seule raison pour laquelle deux femmes n'auraient pas droit de se marier alors qu'un homme et une femme (même s'ils n'ont pas l'intention, ou pas la possibilité, de procréer) l'auraient, qui ne se résume pas à Dieu l'a dit (ou, de façon presque équivalente, nous sommes plus nombreux que vous, argument qu'on peut camoufler sous différentes formes d'appels ad naturam).

Un ami (hétérosexuel) me disait il n'y a pas longtemps ne pas comprendre les gens qui s'opposent au droit au mariage des couples de même sexe, mais ne pas non plus comprendre ceux qui le revendiquent, et notamment ceux qui réclament à tout prix le terme de mariage (par opposition à un contrat civil qui en donnerait tous les droits, comme c'est le cas en Allemagne). En théorie, ce serait effectivement satisfaisant (quoique, en théorie, je voudrais sans doute en fait que la Loi ignore complètement le mot mariage). Mais en pratique les droits ne sont jamais égaux, on découvre qu'il y a toujours des petits caractères quelque part (la possibilité de l'acquisition de la nationalité pour le conjoint serait un exemple typique). Et même si la Loi ne fait pas de distinction de droit entre le mariage et tel type de contrat, des tiers peuvent en faire : que sais-je ? des contrats d'assurance, des offres commerciales, des conventions d'entreprises, ou toutes sortes de règles privées qui n'auraient pas le droit de faire de la discrimination selon l'orientation sexuelle mais qui auraient le droit d'en faire selon le type de contrat conclu — et il est plus simple pour la Loi d'uniformiser le mariage que de légiférer sur l'interdiction de différentier entre mariage et contrat d'union civile. De toute façon, il y a des tiers puissants contre lesquels on ne peut rien : les autres États ; et même si ceux-ci reconnaissent les mariages de couples de même sexe conclus ailleurs, ils ne les reconnaîtront que sous le nom mariage, donc le nom mariage est important, ce n'est pas qu'une question de principe : de nouveau, il est plus simple pour l'État d'uniformiser le mariage que de négocier avec toutes sortes d'autres États la reconnaissance au-delà des frontières de son contrat d'union civile.

Comme les émotions sont souvent plus aptes à convaincre que les arguments rationnels, voici une vidéo que je trouve assez émouvante (le maire républicain de San Diego témoigne de son changement d'avis sur la question des couples de même sexe).

[#] Toute similarité de cette dernière pub avec des pubs bien connues d'Apple n'est sans doute pas accidentelle : Apple fait partie de ceux qui soutiennent la campagne du non.

[#2] Indubitablement la plus célèbre et la plus controversée de l'histoire de cette Cour, et aussi la seule que sache citer certaine candidate à la vice-présidence des États-Unis.

[#3] Je suis modérément surpris, tout de même, que des juges de l'État de Californie aient osé ça. Car contrairement aux juges de la Cour suprême de l'Union, qui sont nommés à vie, et peuvent donc n'écouter que leur conscience (pour le meilleur ou pour le pire…), ceux de la Cour suprême de l'État de Californie peuvent être révoqués par les électeurs de l'État. (Le fait que les juges soient responsables devant les citoyens est, d'ailleurs, à mon avis, un grave problème, que je crois me rappeler que Tocqueville soulignait déjà : la Loi doit peut-être être l'expression de la volonté de la majorité, mais la Justice ne doit sûrement pas.)

(dimanche)

L'art contemporain cause-t-il de l'inflation ?

En ce moment se tient à Paris un truc appelé la Foire internationale d'art contemporain : je pourrais encore faire mon pépé grincheux en expliquant que je trouve qu'il y a quelque chose d'obscène à vendre des montages aléatoires d'objets triviaux ou des répartitions quelconques de taches de peinture sur une toile comme des œuvres d'art, mais chacun a droit à son propre jugement ; je me pose plutôt une question économique, parce que je ne comprends décidément rien à l'économie. Car, surtout en période de crise, l'art sert de « valeur refuge » un peu comme les métaux précieux : j'aimerais comprendre comment ça fonctionne au juste.

Imaginons que le célèbre artiste Duschnock ait réalisé une œuvre intitulée Armes de destruction massive, qui est constituée de bouts de journaux enroulés pour évoquer la forme de missiles, et que le collectionneur Lepigeon achète pour, disons, 45000€[#]. Le collectionneur n'a pas vraiment besoin d'aimer ça, il peut aussi simplement spéculer sur la valeur que l'œuvre prendra lorsque Duschnock gagnera encore en réputation : peut-être la revendra-t-il 50000€ à quelqu'un qui la revendra lui-même, etc. : après tout, les financiers qui échangent des actions en bourse ne sont pas forcément plus intéressés par la possession en soi d'un bout de l'entreprise ACME que M. Lepigeon par les armes de destruction massive de M. Duschnock. Ceci étant, si c'est une valeur refuge, on espère plutôt simplement que l'œuvre continuera à valoir 45000€. Il se peut que cela même soit faux, qu'à un moment donné le sens de l'art change, que les gens voient enfin clairement qu'il s'agit juste de petits bouts de journaux enroulés, et qu'ils ne valent pas plus 45000€ que l'urinoir de M. Duchamp[#2] : dans ce cas, le pigeon est celui qui détenait les bouts de journaux à la fin et le bénéficiaire est l'artiste. Ce n'est pas grave[#3]. Mais imaginons maintenant que l'œuvre de M. Duschnock continue à valoir, pour tous les temps avenirs imaginables, 45000€.

Si le faussaire M. Duvol crée 45000€ de faux billets, et que ces faux ne sont jamais détectés, il appauvrit un peu toute la zone euro de la somme correspondante, en augmentant légèrement l'inflation puisqu'il a agrandi la masse monétaire : ainsi, il vole un peu tout le monde, y compris ceux qui n'ont jamais eu les faux billets entre les mains. Donc même si je suis extraordinairement doué pour reconnaître les faux billets, et que je n'accepterais jamais les billets de M. Duvol, je suis quand même appauvri par le fait qu'il les ait créés, parce qu'en fait je ne vais jamais les rencontrer, les faux billets en question, donc mon super pouvoir de reconnaissance ne m'est d'aucun secours.

Maintenant, si M. Duschnock crée une œuvre d'art à laquelle un certain marché de l'art attribue une valeur de 45000€, mais que moi, avec mon super pouvoir de reconnaître des morceaux de journal, je considère qu'elle ne vaut rien[#4], y a-t-il une différence ? D'un côté, je ne comprends pas où pourrait être la différence : certes, on ne peut pas acheter son pain avec l'œuvre de M. Duschnock, qui n'est pas directement convertible, tandis que l'euro, lui, l'est, mais en fait, comme j'ai fait l'hypothèse que le marché de l'art continuait à estimer cette œuvre aussi cher, on peut. D'un autre côté, peut-être que c'est justement cette hypothèse qui est déraisonnable : le marché de l'art devrait s'affaisser très légèrement si on y introduit une nouvelle œuvre, donc ce seraient uniquement les détenteurs d'objets d'arts de toutes sortes qui seraient volés (mais cela même n'est pas très satisfaisant car, pourquoi le marché de l'art en général et pas celui des sculptures formées de papier de journal ou au contraire toutes sortes d'objets matériels ?). Il y a quelque chose de mystérieux au fait de considérer que l'achat que M. Lepigeon ferait à M. Duschnock me léserait, moi qui n'attribue aucune valeur à l'œuvre de M. Duschnock, mais j'ai souligné que la même chose était vraie avec les faux billets de M. Duvol, même si j'étais doué du super pouvoir de reconnaître les faux billets ; et, après tout, M. Lepigeon, il paie M. Duschnock avec des (vrais) billets auxquels j'attribue, moi, une vraie valeur, donc cet argent, qui aurait peut-être dormi sur un compte, est mis en circulation… je suis perdu.

Une solution possible au paradoxe est peut-être que la banque centrale européenne, pour diriger la politique monétaire de l'euro (qui me concerne au plus haut point, puisque je suis payé dans cette devise) tente de contrôler l'inflation, et pour ça va chercher une adéquation entre — vu d'assez loin — la croissance de la masse monétaire et celle des biens disponibles ou du PNB des pays de la zone euro ou quelque chose du genre. Or autant la masse monétaire se quantifie théoriquement bien, autant du côté des biens on est obligé de les évaluer selon le marché existant, donc en particulier, pour les œuvres d'art, le marché de l'art, et c'est là que l'œuvre de M. Duschnock joue une part (minuscule) : d'une certaine manière, à cause de lui, un tout petit peu plus d'euros seront émis, et moi qui considère que son œuvre ne vaut rien, donc qu'il n'y a pas un tout petit peu plus de biens, je suis floué (mes euros me permettraient d'acheter une toute petite part de toutes les choses qui circulent dans la zone euro, donc une toute petite part des créations de M. Duschnock, qui pour moi sont de la marchandise avariée).

Mais je ne suis pas satisfait de cette explication non plus. Bref, voici la question qui me tarabuste : le fait que beaucoup de gens attribuent une valeur à des choses qui, pour moi, n'en ont pas du tout, cela cause-t-il une inflation de mon point de vue ? Dois-je me sentir appauvri par les créations de M. Duschnock ? Mes euros valent-ils moins à cause de lui ?

J'aimerais comprendre quelque chose à l'économie.

[#] Le cas, malheureusement, n'est pas complètement imaginaire, et représente typiquement ce que je peux exécrer dans ce genre de marché.

[#2] Ai-je dit que j'avais été scandalisé qu'on condamne celui qui l'avait cassé à rembourser très nettement plus que le prix de n'importe quel urinoir ?

[#3] Du moins tant qu'on ne découvre pas que des banques auraient spéculé sur la montée perpétuelle du marché de l'art, jusqu'à fournir des prêts spéciaux, subprime, à ceux qui voudraient en acheter sans en avoir les moyens… Mais ça ne risque pas d'arriver, n'est-ce pas ? Les banquiers sont des gens sérieux, ils ne feraient jamais ce genre d'erreur.

[#4] Ou bien que la vraie œuvre de M. Duschnock a été remplacée par l'œuvre du faussaire M. Duvol, qui est également constituée de morceaux de papier journal enroulés sous forme de missiles, mais qui, comme M. Duvol est un faussaire et pas un artiste, ne vaut absolument rien.

(samedi)

Ce serait bien d'inventer un marché commun européen

Pour remplacer mon ultraportable Eee PC de première génération, dont je trouve l'écran petit et l'autonomie faible, j'aimerais acheter un modèle 901 du même gadget, qui combine les avantages d'un écran plus grand, d'un processeur plus puissant et pourtant moins gourmand en énergie (c'est un Atom), d'un disque SSD plus gros, d'un support Bluetooth et d'un meilleur chipset Wifi. Mais il y a une subtilité : le modèle 901 existe en version Linux ou en version (Windows) XP : elles sont au même prix, mais la version Linux a un disque plus gros (en revanche, il a peut-être une batterie plus petite — la logique m'échappe complètement). Et malheureusement, cette version 901 Linux est introuvable en France (elle a été annoncée il y a quelques semaines, mais, depuis, toujours rien, je soupçonne fortement que c'était une erreur). Là non plus, je ne comprends pas la logique : le modèle 900A Linux est disponible en France, le modèle 901 XP aussi, mais pour le 901 Linux, il faut chercher à l'étranger. Comme par hasard, c'est précisément ce modèle[#] que je veux.

Qu'à cela ne tienne, il y a des pays pas loin où il est disponible. Le Royaume-Uni, par exemple : en plus, les modèles vendus là-bas ont l'avantage d'avoir un clavier un peu moins merdique que l'affreux AZERTY[#2] vendu en France. J'ai même entendu des rumeurs d'un truc appelé l'Union européenne qui ferait qu'on n'aurait pas de droits de douanes à payer entre les deux.

Donc, je vais sur Amazon.co.uk, je sélectionne le produit qui m'intéresse, je le mets dans mon panier, j'entre mon adresse en France (enfin, Amazon la connaît déjà), et on me répond :

*** We're sorry. This item can't be shipped to your selected destination. You may either change the shipping address or delete the item from your order by changing its quantity to 0 and clicking the update button below. (See geographical restrictions.) ***

Delivery Restrictions: Certain items bought from Amazon.co.uk and from third-party sellers can be delivered only to certain countries. […] Electronics & Photo, Health & Beauty and Home & Garden items: Amazon.co.uk: United Kingdom (England, Northern Ireland, Scotland and Wales).

Connards ! Me voilà obligé de trouver quelqu'un habitant en Angleterre pour réexpédier le colis, tout ça juste parce que ces messieurs d'Amazon sont trop crétins pour avoir compris le concept de la mondialisation, qu'on n'a pas envie d'acheter les choses chez Amazon.com, Amazon.co.uk, Amazon.de, Amazon.fr ou Amazon.co.jp mais juste chez Amazon (site qui serait disponible dans un grand nombre de langues), et qu'on s'attend à trouver exactement le même catalogue partout, expédiable dans le monde entier. Cette segmentation géographique, de nos jours, est complètement anachronique.

Et pour la construction européenne, avant de chercher à faire des traités, on devrait commencer par essayer de la réaliser au niveau économique : ne trouverait-on pas aberrant d'avoir un marchand en ligne qui accepte d'expédier ses produits en Rhône-Alpes mais pas en Île-de-France ? C'est du même niveau.

[#] Sinon, il y a un produit intéressant chez un concurrent, MSI, mais il a le défaut rédhibitoire à mes yeux d'avoir un vrai disque dur plutôt qu'un SSD (et vu combien je secoue mes sacs, le disque dur ne tiendra pas un an, donc je tiens absolument à un SSD).

[#2] Je tape toujours en QWERTY-us, quelle que soit la disposition marquée sur le clavier. Avoir un marquage AZERTY ne me gêne pas démesurément puisque je tape à l'aveugle, mais c'est tout de même un peu perturbant (surtout si je dois prêter le portable deux minutes à quelqu'un) d'avoir un marquage différent de l'effet réel des touches.

(vendredi)

Le jus de raisin peut-il être du vin ?

Mon poussinet aime le jus de raisin, moi aussi, et, bizarrement, le jus de raisin est un des jus les plus difficiles à trouver : je pensais que c'était un fruit assez commun, mais il nous est arrivé plus d'une fois qu'un café ou restaurant nous propose du jus d'orange, pomme, poire, abricot, banane, ananas, fraise, fruit de la passion, cerise, lychee, framboise, goyave, groseille, mûre, grenade, airelle, coing, carambole, physalis, açaï, acérola (d'accord, j'exagère un peu[#]) et pas raisin. Alors ne parlons pas du jus de raisin blanc, que mon poussinet et moi préférons. Aujourd'hui on nous a appris que Pago avait arrêté de faire du jus de raisin tout court, c'est dommage, c'était justement une façon commode de trouver du jus de raisin blanc.

Le problème est sans doute que les gens aiment que leur jus de raisin ait passé sa date de péremption, et ils appellent ça du vin. Donc, le jus de raisin doit souffrir d'un problème de marketing. Et du coup, je me suis demandé s'il ne pourrait pas essayer de se vendre comme vin infiniment jeune ou non fermenté. Est-ce que les réglementations sur l'appellation du vin imposent un minimum sur le temps de fermentation ou sur le degré d'alcoolémie pour pouvoir s'appeler vin ?

Un peu plus sérieusement, d'ailleurs, si je ne me trompe pas, le vin blanc est fait à partir de raisin noir (sauf les blancs de blanc), dont on ne conserve pas les peaux, alors que le jus de raisin blanc est vraiment fait avec du raisin blanc : pourquoi cette différence ? pourquoi ne trouve-t-on pas de jus de raisin noir-sans-les-peaux, qui serait du jus de raisin blanc-au-sens-des-vins ? Ah, oui, et si on fait du vin avec du raisin blanc mais en conservant les peaux, est-ce que ça s'appelle du vin rouge de blanc ?

Que de questions existentielles…

[#] Ceci dit, j'ai vraiment goûté du jus d'acérola, récemment : c'est à peu près imbuvable. Par contre, mélangé à du jus de raisin, justement, ça se défend.

(dimanche)

Accident mortel

Quatrième accident mortel de Vélib' à Paris : je le signale surtout parce que je le connaissais un peu, vu que c'était un de mes anciens étudiants du temps où j'enseignais à l'ENS (où il était élève depuis deux ans). Je l'avais vu pour la dernière fois il y a un peu moins de deux semaines, lors d'une soirée. T. K. était un de ces matheux éclectiques qui, plutôt que se spécialiser rapidement, s'intéressent à beaucoup de choses : l'algèbre, la topologie générale, la théorie des ensembles, la logique, l'informatique — et aussi le Rubik's cube dont il était vraiment fan des nombreuses variantes (y compris en quatre dimensions). C'est vraiment moche de le voir partir si jeune.

Le Vélib est un moyen de transport excellent mais il faut toujours se rappeler que les bus et cars sont très dangereux.

(samedi)

Barack Obama m'impressionne

Barack Obama m'impressionne. En fait, il me fait penser plus à un héros de conte de fées ou de film qu'à un homme politique réel : il est jeune, beau (même s'il n'est pas exactement mon genre) et extrêmement intelligent, il se contrôle parfaitement en toute circonstance, sans pour autant paraître glacial, il est élégant avec sobriété, il sait parler et expliquer clairement les choses[#], sans pour autant pontifier… c'est presque trop pour un seul homme. Ah oui, et sa femme est elle aussi jeune, belle et intelligente, et même son colistier a quelque chose de trop pour être vrai (dans le genre : comparez le duo Obama+Biden à celui joué par Christian Bale et Morgan Freeman dans un film récent — si, si, il y a quelque chose). Si l'élection présidentielle américaine est regardée dans le monde entier comme un spectacle bien huilé, avec le gentil (forcément démocrate) et le méchant (l'autre, quoi), il faut dire que cette année le casting est très bon, au moins du côté des gentils (mais du côté des méchants, avec l'inénarrable hockey mom, c'est intéressant aussi, mais plutôt dans le registre de la comédie burlesque[#2]). J'observe avec fascination.

Bref, ce n'est pas tant qu'Obama me plaise en tant qu'homme politique (la politique américaine ne me concerne que si elle affecte le reste du monde — bon, d'accord, c'est souvent le cas, quand ils décident d'envahir un pays aléatoire ou de ne plus payer leurs maisons — mais de toute façon les Européens préfèrent à peu près systématiquement les démocrates, et l'enthousiasme vient plutôt de la répugnance devant le camp d'en face). Mais là, c'est surtout en tant qu'homme qu'il m'étonne. Pourquoi n'a-t-on pas d'hommes politiques charismatiques, en France ?

J'en viendrais presque à espérer qu'il ne soit pas élu, pour qu'on évite la déception inévitable.

[#] L'épisode récent avec le plus-ou-moins-faux-plombier du nom de Joe (voyez ici) m'a vraiment bluffé de ce point de vue-là : non seulement Obama prend le temps de lui faire une réponse détaillée et compréhensible, mais en plus il connaît parfaitement ses chiffres.

[#2] Apparemment, Matt Damon ne trouve pas ça aussi drôle : it's like a really bad Disney movie.

(samedi)

Rattrapage d'un mois enrhumé

J'ai l'habitude d'avoir des rhumes, et ils me finissent généralement par une période de toux assez prolongée, mais aucun n'avait encore jamais duré aussi longtemps. Pas qu'il ait été très intense, mais mes étudiants ont dû me prendre pour un tuberculeux et, surtout, mon poussinet et moi dorm(i)ons très mal (plusieurs fois il est allé se réfugier dans le salon pour ne plus m'entendre m'époumoner). Las, j'ai fini par me décider à aller voir un médecin, qui a dû décider que c'était bactériel puisqu'il m'a mis sous azithromycine pour traiter l'infection (et acétylcystéine pour évacuer les bronches) ; ça a l'air vaguement efficace, même si je continue à tousser encore un peu (du coup je me méfie : ça fait au moins dix jours que j'ai tout le temps l'impression que c'est fini, mais ça s'éternise quand même). En tout cas, je commence à en avoir par-dessus la tête, et à m'inquiéter sérieusement de la longueur grandissante de la liste des choses que j'ai remises à quand ce foutu rhume sera fini pendant un mois. Tout de même, ce serait frustrant que ma toux soit plus solide et durable que l'économie mondiale !

Bref, je n'ai pas énormément à raconter. Mon poussinet et moi avons joué les geeks : j'ai augmenté à 8Go la RAM de mon ordinateur, mon poussinet s'en est acheté un assez semblable (lui aussi un quad-core avec 8Go de RAM) et j'en ai fait commander un, également assez semblable, par le labo (parce que mon chef m'a gentiment taquiné du fait que j'apportais mon portable personnel au bureau). Ça va faire beaucoup de gigahertz et de gigaoctets, tout ça. Par contre, la touche ‘d’ de mon clavier continue à déconner (onc si vous lisez ici ou là es phrases e ce genre, ne vous en étonnez pas) et je n'ai toujours pas trouvé pour le remplacer de modèle qui me satisfasse (un qwerty avec un touché de portable).

Sinon, je donne en ce moment un cours de rappels mathématiques pour la cryptographie (qui devrait d'ailleurs plutôt s'appeler algèbre pour la cryptographie). Comme on m'a demandé un peu en dernière minute de le faire, ça me prend pas mal de temps, surtout que prochainement je compte faire des TP, pour lesquels j'avais initialement envisagé d'utiliser le programme Axiom, mais malheureusement ce dernier n'a pas l'air de tourner sur la variante d'Unix (OpenSolaris) utilisée dans la salle de TP, et j'ai perdu un temps fou à essayer de trouver une façon de contourner le problème (jusqu'à chercher à utiliser un système de virtualisation à la Qemu, VirtualBox ou autre pour faire tourner un Linux sur le Solaris en question, mais faute d'être root et par manque de quantités d'outils et de bibliothèques, j'ai échoué) ; je vais sans doute me rabattre sur Maxima (qui a malheureusement une implémentation des corps finis beaucoup moins plaisante qu'Axiom).

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