David Madore's WebLog: 2017-11

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in November 2017 / Entrées publiées en novembre 2017:

(samedi)

Des gens croient-ils sérieusement que la terre est plate ?

J'ai déjà raconté que j'avais une certaine fascination pour les crackpots et autres théoriciens du complot. Or il y a quelques mois s'est tenue à Raleigh (Caroline du Nord) la Flat Earth International Conference (c'est peut-être bien la première fois que ça a lieu), et du coup, beaucoup de gens en ont parlé : voyez par exemple ici (tout petit compte-rendu par la BBC) ou (par un certain Georg Rockall-Schmidt, qui s'interroge plus longuement sur le phénomène) ; ajout : voir aussi cette vidéo par Vice News, qui fait parler certains des participants de la conférence. Et je dois dire que j'ai vraiment un problème de classification des flat-earthers.

[Projection azimutale équidistante]La thèse à laquelle ces terreplatistes(?) croient (ou au moins prétendent croire, c'est justement toute la question) est, comme c'est écrit sur la boîte, que la Terre n'est pas ronde mais plate, et que la projection azimutale équidistante[#] centrée sur le pôle nord (celle qu'on trouve sur le drapeau des Nations-Unies) est la vraie forme des continents. Soyons précis : ce qu'ils sont censés croire, donc, est que la vraie forme des continents est celle qu'on représente habituellement en l'appelant projection azimutale équidistante (pour eux, ce n'est pas une projection, donc) et qu'« on » a inventé le mythe de la Terre ronde en plaquant la vraie Terre plate sur une sphère suivant la projection azimutale équidistante (inverse). Je ne sais pas comment ils sont tombés sur la projection azimutale équidistante : peut-être que comme les Nations-Unies font partie du Complot Mondial pour faire croire que la terre est ronde, elles ont décidé de, euh, cacher leur grand secret bien en évidence sur le drapeau(?). Enfin, je ne suis pas sûr que cette subtilité d'histoires de projection traverse vraiment l'esprit des terreplatistes, mais un copain à moi envisageait de monter des chapelles terreplatistes dissidentes qui affirmeraient que la vraie forme des continents est donnée par la projection azimutale équivalente de Lambert ou par la projection stéréographique (cette dernière ayant le bon goût de rendre l'antarctique infini, ce qui évite le problème du Grand Mur de Glace).

[#] À toutes fins utiles, je rappelle cette vidéo et celle-ci que j'ai faites pour expliquer ce que sont les différentes projections azimutales, et notamment l'azimutale équidistante.

Bref, la Terre est censée être plate, le pôle nord est un point, l'Antarctique est un continent en anneau tout au bord de la Terre, et l'extrême bord est le Grand Mur de Glace (à la place du pôle sud, donc) au-delà duquel on ne sait pas ce qu'il y a. Peut-être que le Grand Complot a été monté pour garder l'humanité ignorante du trésor ou de l'horreur qu'il y a derrière le Grand Mur de Glace (les Marcheurs blancs ?), mais en tout cas, la NASA et tous les gouvernements du monde en font partie. La Lune et le Soleil sont des luminaires de taille modeste[#2] qui tournent en cercle au-dessus de la Terre à peu près au niveau de l'équateur (il vaut mieux ne pas trop réfléchir à la manière dont fonctionnent les saisons ou simplement les couchers de Soleil sur l'horizon, parce qu'on va vite avoir mal à la tête à réconcilier l'irréconciliable). La gravité newtonienne est aussi un complot, et je ne sais pas combien de choses encore. Je crois qu'ils ne vont pas jusqu'à croire (ou de nouveau, prétendre croire) que la Terre est soutenue par quatre éléphants sur le dos d'une tortue elle-même sur le dos d'une autre, et ainsi de suite[#3], mais en tout cas c'est fascinant.

[#2] Là il faut admettre qu'il y a un point intéressant à souligner : dans l'expérience d'Ératosthène (cf. aussi ici), quand on mesure la taille de la Terre, on fait l'hypothèse que le Soleil est essentiellement infiniment loin et que la différence d'inclinaison est due à la différence de position sur la Terre sphérique ; on arrive à un rayon de la Terre de ∼6000km. Mais si on va à l'extrême inverse, en supposant la Terre plate, on arrive effectivement à la conclusion amusante que le Soleil se trouve à ∼6000km de hauteur et qu'il fait ∼30km de rayon (et autant pour la Lune) ; ça doit être la conclusion adoptée par les terreplatistes. Il est facile pour un non-crackpot (même à l'époque hellénistique) de se convaincre que ce n'est pas le cas, mais il est épistémologiquement important de se rendre compte qu'il y a quelque chose à dire (et les cas intermédiaires, où le Soleil est loin-sans-être-à-l'infini, ne sont pas forcément évidents à écarter).

[#3] Si vous n'avez jamais rencontré ce mème, ça vaut la peine de lire la page Wikipédia en question (et celles sur l'éléphant et la tortue en question), parce que l'histoire de ces idées est un mélange fascinant de croyances bizarres et de croyances inventées (au sens où personne n'a jamais cru quelque chose comme ça mais quelqu'un a cru que quelqu'un l'a cru — or something). Tout ça va très bien avec les histoires de la Terre plate (chose que beaucoup de gens sont persuadés qu'« on » croyait au Moyen-Âge alors que c'est tout à fait faux). On a l'impression que Jorge Luis Borges, Umberto Eco et Terry Pratchett se sont réunis en secret dans une cave pour inventer tout ça, et qu'ils ont dû bien rigoler.

Le degré de déni de la réalité qu'il faut (faudrait) atteindre pour arriver à croire que la Terre est plate est encore bien plus colossal que pour croire qu'elle est vieille de ∼6000 ans. Surtout à l'ère du voyage aérien. Quand on voit des gens emporter un niveau à bulle dans un avion pour vérifier si le pilote ne pique pas du nez pour compenser la courbure de la Terre (woaaaaah), je préfère ne pas me demander comment ils expliquent qu'on puisse aller en avion de Sydney à Santiago (villes distantes de 11350km dans la réalité, mais de 25700km si on suppose que la Terre est plate et que la projection azimutale équidistante est la bonne) en environ 12h, ce qui dépasserait la vitesse du son ; et encore, ça c'est en prenant le chemin « direct » qui passe au-dessus de l'Amérique du Nord : si on passe près de l'Antarctique pour alimenter l'illusion, ça doit faire dans les 30000km, il faut croire qu'on garde en secret des avions ultra-rapides juste pour protéger le Complot. Je vous rassure, je raconte ça juste parce que c'est rigolo de faire le calcul, je n'ai pas l'intention d'aller vraiment débattre avec des terreplatistes.

Les gens qui croient que la Terre est vieille de ∼6000 ans le font pour des raisons religieuses. Ceux qui disent croient que la Terre est plate le font, apparemment, parce qu'ils croient à un complot mondial (il y a peut-être eu par le passé des gens qui le faisaient pour des raisons religieuses, mais ça n'a plus l'air en vogue). Ce qui est encore plus rigolo, comme Georg Rockall-Schmidt le souligne dans la vidéo liée ci-dessus, c'est qu'on n'a pas le moindre début d'idée de pourquoi quelqu'un aurait monté un complot pour cacher la vraie forme de la Terre, sans même parler du comment. Ça me fait penser à ces sketchs que je trouve absolument hilarants des humoristes anglais Mitchell & Webb sur les théories du complot, que je m'étonne de ne pas encore avoir trouvé un prétexte pour lier sur ce blog : sur les aliens, sur l'atterrissage sur la Lune et sur la mort de Diana.

Mais c'est justement le fait que ça soit rigolo (et tout ce qu'il y a autour de la loi de Poe) qui me fait tiquer : est-ce qu'il y a vraiment des gens qui croient ça ?

The lady doth protest too much, methinks.

Je sais bien qu'il y a des gens qui croient des choses extrêmement bizarres. Mais normalement, ce sont soit des choses qu'ils ont eux-mêmes inventées (la grande majorité des crackpots les plus cinglés croient à des théories profondément personnelles auxquelles ils sont arrivés par une démarche complètement unique de recherche de la, euh, vérité), ou bien des théories religieuses. Au minimum, quand ce ne sont pas des théories à eux, il faut qu'il y ait un gourou charismatique qui porte la théorie. Ici, on a l'air de n'être ni dans un cas ni dans l'autre, et qui plus est, la théorie développée est à la fois trop drôle et trop parfaitement calibrée pour plaire à Internet (voire, pour servir de métaphore parfaite de la déliquescence de toute connexion à la réalité à l'époque de Trump).

C'est pour ça que j'ai tendance à être flat earther denier ou en tout cas flat earther skeptic : c'est-à-dire que je soupçonne que non seulement une proportion importante mais même la majorité écrasante des terreplatistes sont, en fait, des sortes de trolls, qui prétendent croire aux théories de la Terre plate parce que c'est rigolo et pour se moquer de ceux qui essaieront désespérment d'argumenter avec eux et/ou de ceux qui y croient vraiment (sans forcément se rendre compte qu'en fait tout le monde est un troll dans l'histoire). Je n'exclus pas qu'il y ait des trolls un peu inconscients, qui sont rentrés dans le rôle du terreplatiste comme une sorte de rébellion contre ceux qui veulent leur dicter ce qui est vrai ou pas, autrement dit par affirmation de leur droit inaliénable de croire à n'importe quoi, mais qui ne se sont pas vraiment posé la question. Mais ceux qui y croient vraiment sérieusement, il y en a peut-être, parce que toute règle psychologique ou sociologique a toujours ses exceptions (y compris celle-ci), mais une minuscule poignée : même parmi les gens qui vont participer à la Flat Earth International Conference je suis persuadé qu'ils sont une toute petite minorité.

De même que l'idée qu'« on » croyait au Moyen-Âge que la Terre était plate, voire, dans certaines variantes, que Christophe Colomb est parti pour démontrer le contraire, est une idée farfelue dont l'historiographie est d'ailleurs intéressante (cf. cet article Wikipédia entièrement consacré à la question, et cette vidéo Adam Ruins Everything au sujet de la vision de Christophe Colomb par les États-Unis), ou de même que l'histoire d'éléphants et de tortues mentionnée brièvement ci-dessus, je pense que l'idée que des gens croient que la Terre est plate est globalement une farce.

Après, on peut toujours aller plus loin (chercher à avoir toujours un « méta » d'avance) et monter une théorie du complot selon laquelle les terreplatistes font justement semblant de croire que la Terre est plate pour, je ne sais pas, faire perdre leur temps à ceux qui essaieront de les réfuter et qui, du coup, ne s'occuperont pas de choses plus productives — ou quelque chose de ce goût-là. Ou, pour piquer l'idée de Georg Rockall-Schmidt dans la vidéo mentionnée au début en la modifiant un peu, qu'à la manière de Tlön de Borges, la théorie de la Terre plate est un signe, ou une tentative active, de transformation insidieuse de notre Univers en celui de Pratchett. (Ou alors ce serait un coup de publicité pour faire vendre ses livres ?)

Ajout () : Ars Technica a écrit un article sur la sociologie des terreplatistes (et leur rapport à l'autorité et aux institutions) à l'occasion de la récente Flat Earth Convention UK de Birmingham.

(vendredi)

Petite pub pour l'émission Mystères d'archives d'Arte

Mon poussinet et moi aimons regarder des vidéos pendant le dîner. Comme les films ont tendance à être trop longs pour un repas, et que nous ne sommes pas trop fans de séries, nous avons plutôt tendance à chercher des documentaires ; ce qui passe à la télé au moment même n'est souvent pas terrible, mais la magie du replay sur Internet offre déjà plus de possibilités (plus YouTube et tous les torrents de rayons cosmiques qui pourraient faire apparaître des fichiers vidéo en changeant aléatoirement des bits sur mon disque dur). Même comme ça, il n'est pas toujours évident de trouver des documentaires qui m'intéressent beaucoup.

Il y a cependant une émission dont mon poussinet et moi sommes particulièrement fans et dont je voudrais faire une petite pub, c'est la série Mystères d'archives d'Arte (article Wikipédia ici).

Il s'agit d'une série de documentaires de 26 minutes (pourquoi précisément 26 minutes ? mystère !), chacun consacré au commentaire et à l'analyse de films historiques, typiquement des image d'actualité, autour d'un événement ou d'un fait historique (ou plus rarement, d'un thème ou d'un lieu). Les épisodes sont intitulés par une année et un nom qui évoque l'événement. Par exemple 1963 · Funérailles de John F. Kennedy, 1969 · En direct de la Lune, 1975 · La chute de Saïgon, 1939 · Dernières images du bagne de Guyane, ou encore 1997 · Hong-Kong revient à la Chine (la liste complète est sur l'article Wikipédia listé ci-dessus ; ceux que je viens de lister sont parmi ceux que j'ai trouvés particulièrement intéressants).

Ce qui est impressionnant, à chaque fois, est le niveau de précision et de détails apporté par le commentaire. Je ne sais pas combien de temps ils passent pour faire leurs recherches, mais plus très souvent j'ai été estomaqué qu'ils aient pu réussir à savoir telle ou telle chose (comme l'identité de telle ou telle personne qu'on voit sur une vidéo, ou bien des détails incroyablement précis sur l'événement commenté ou sur la manière dont les images ont été prises). La présentation est parfois un peu agaçante (j'avoue que la manière dont le présentateur dit régulièrement un instant, revenons en arrière finit par me taper sur les nerfs), mais globalement je suis vraiment admiratif de la qualité de cette émission à la fois instructive et fascinante.

Cette pub étant faite, je peux aussi signaler que, au moment où j'écris, certains épisodes sont visibles sur le site Web d'Arte (ce site Web est incroyablement confus et mal organisé, je dois lier vers des résultats de recherche parce qu'il n'y a pas de catégorie pour l'émission, peut-être que cette URL ne marchera pas longtemps ; qui plus est, tout ce qui est listé n'est pas forcément visible : certains épisodes ne le sont plus et sont quand même listés, certains ne le sont pas encore et sont remplacés en attendant par un court extrait de deux-trois minutes, mais il y a quand même des choses à voir). Je rappelle à toutes fins utiles que l'excellent programme youtube-dl[#] permet de télécharger des émissions disponibles en replay sur le site d'Arte (comme sur beaucoup d'autres sites de vidéos), si on veut en faire une copie à usage privé (il faut penser à utiliser l'option -f pour choisir le format, par exemple -f HTTPS_EQ_1 pour la version française en 720×406 ; l'option -F permet de lister tous les formats connus). Je ne sais pas si tout ceci est accessible en-dehors de la France et de l'Allemagne (je pense que oui, mais je ne suis pas sûr). Sinon, pour les vieux épisodes, les saisons 1 à 4 sont disponibles en DVD sur la boutique d'Arte (nous venons de les commander parce que nous étions loins d'avoir tout vu).

[#] Il faut le mettre à jour chaque jour, parce que les sites Web qu'il gère n'arrêtent pas de changer et il doit tout le temps courir après.

(samedi)

How to read Towns & Cities par Jonathan Glancey

Le livre dont je vais parler fait partie de ce que j'aurais tendance à appeler un coffee table book, mais peut-être que le sens que je donne à ce terme est inhabituel, parce que Wikipédia précise qu'il doit être de grand format, et renvoie dans sa version française sur l'article beau-livre, ce qui est, à mon sens, subtilement différent. Disons que, selon moi, il s'agit d'un livre, de préférence joliment illustré, qui est plus fait pour être feuilleté (comme source d'informations ou de distraction) que lu de la première à la dernière page. Dans le cas présent, l'auteur ne serait peut-être pas d'accord avec mon jugement, mais je pense que son livre, qui n'est décidément pas un grand format, s'y prête très bien. Je l'ai, pour ma part, lu dans l'ordre du début à la fin (mais bon, j'ai fait ça dans des cas encore plus bizarres), sans doute par peur de rater des bouts.

How to read Towns & Cities par Jonathan Glancey est un fascicule sur lequel je suis tombé par hasard en parcourant les allées de Foyles à Londres. Comme je suis un urbain dans l'âme (même si j'aime me promener à la campagne, je ne supporterais pas de vivre ailleurs qu'en ville) et que l'architecture et l'urbanisme intéressent ma curiosité ou en tout cas mon sens de l'esthétique (je n'y connais rien, mais j'aime regarder des images de bâtiments et de villes, et y rêver), il m'a tout de suite attiré. D'autant qu'il n'était pas encombrant (c'est le plus cher à payer quand j'achète un livre : pas le prix du livre lui-même, mais le volume pour le stocker dans un petit appartement d'une ville densément peuplée).

Ce livret se prétend a crash course in urban architecture. En tant que tel, je ne suis pas sûr que ce soit un grand succès. En revanche, en tant que petit catalogue d'exemples d'éléments architecturaux intéressants ou remarquables qu'on peut trouver dans des villes, je l'ai trouvé tout à fait bien. Il y a certes un plan qui tente de mettre un peu de système dans tout ça : la première partie est consacrée à la grammaire de l'architecture urbaine, la seconde aux types et styles de villes ; autrement dit, d'abord il passe en revue différentes sortes d'éléments dans les villes (places, murailles, rues, bâtiments de pouvoir, marchés, parcs…), puis différentes sortes de villes (médiévales, industrielles, nouvelles, bidonvilles, futuristes, imaginaires…). L'intention de mettre de l'ordre est louable, mais finalement, l'inventaire déborde la volonté de le canaliser.

Chaque double page est organisée de la même manière : un paragraphe d'ensemble sur l'idée présentée, et quatre ou cinq exemples chacun accompagné d'un paragraphe de description, l'exemple sur la page de gauche étant représenté en photo (sous le paragraphe d'ensemble), ceux de la page de droite étant des dessins en noir et blanc (réalisés, je suppose, par l'auteur, puisqu'il n'y a pas de nom d'illustrateur). Les généralités ne sont souvent pas très passionnantes, mais le choix d'exemples, lui, l'est, et bien souvent je me suis jeté sur Wikipédia pour en savoir plus ou sur Google Images pour avoir d'autres images (du coup, d'ailleurs, j'ai mis énormément de temps à finir ce livre). Et j'ai appris l'existence de toutes sortes d'endroits dont je ne soupçonnais rien, comme Palmanova en Italie, Sun City en Arizona, le district Songjiang de Shanghai (et sa très bizarre fausse ville anglaise), ou Masdar City à Abou Dabi, pour ne citer que quelques uns. Ou encore le Teatro Olimpico, même si le rapport avec les villes n'est pas immédiat.

Globalement, j'ai bien aimé, et je recommande pour ceux qui aiment les villes.

Dans la série, j'ai commencé à lire The Language of Cities de Deyan Sudjic. J'en reparlerai peut-être une autre fois.

(vendredi)

Notes de cours de théorie des langages formels

Un des cours (de première année) dont je suis responsable à l'ENST Télécom ParisTech ParisSaclay NewUni l'école où j'enseigne concerne la théorie des langages [formels], c'est-à-dire les langages rationnels, expressions rationnelles et automates finis, les langages algébriques et grammaires hors-contexte, et pour finir une toute petite introduction à la calculabilité (sujet dont je me suis déjà plaint, et plus d'une fois, de la difficulté à l'enseigner proprement). J'ai tout juste fini d'en réécrire le poly, complètement en retard puisque le cours a déjà commencé et qu'il va falloir du temps pour l'impression.

Comme je suis partisan de l'ouverture et de la disponibilité des documents d'enseignement, voici les notes en question. Si certains de mes lecteurs sont intéressés par ce sujet, ou veulent m'aider à traquer les erreurs qui demeurent certainement nombreuses, n'hésitez pas à me faire parvenir vos commentaires (mais comme je mets à jour ce lien régulièrement, pensez à recopier la ligne Git de la première page pour que je sache à quelle version vous faites référence).

(Il va de soi que le contenu lui-même, qui est le résultat de divers compromis, que ce soit sur le temps imparti ou sur l'équilibre entre mathématiques et informatique pratique, est souvent boiteux. Ce n'est pas la peine de me faire des remarques à ce sujet ; enfin, ce n'est pas qu'elles soient mal venues, c'est juste qu'elles ne seront pas suivies d'effets.)

(lundi)

Les trous blancs ne sont pas répulsifs (et d'autres choses sur les trous noirs)

Les quelques dernières entrées de ce blog étaient essentiellement écrits il y a longtemps (laissées en plan et finies en vitesse), parce que je suis un peu débordé par les choses que je dois faire en ce moment. Je comptais me calmer, mais là je ne peux pas. C'est important : quelqu'un a tort sur Internet.

Je parle de cette vidéo de SciShow Space. Vous pouvez la regarder, ce n'est pas indispensable pour lire la suite, mais ce n'est pas mal. Globalement, je recommande la chaîne YouTube SciShow et ses filles, c'est de la vulgarisation scientifique grand public plutôt bien expliquée, ce n'est pas très profond mais on y apprend des choses et c'est généralement plutôt sérieusement documenté (pour autant que je puisse en juger), bref, si on a quelques minutes à perdre, ça se laisse regarder. Mais là, ils font une erreur qui, sans être grave, se trouve être une de mes préférées : ça concerne la notion de trou blanc, un objet gravitationnel hypothétique (et probablement purement théorique) qui est une sorte d'opposé du trou noir. Justement, ce n'est pas l'opposé de la manière qu'on peut facilement se l'imaginer, et c'est là qu'est l'erreur, parce que contrairement à ce qu'on pensera spontanément (qui est plus ou moins dit dans la vidéo de SciShow Space), les trous blancs sont gravitationnellement tout aussi attractifs que les trous noirs. D'un certain point de vue, c'est même exactement la même chose. Et c'est intéressant, parce que c'est un concept délicat à vulgariser.

J'ai commencé à parler ici de trous blancs et d'expliquer pourquoi ils sont attractifs et non répulsifs, et de fil en aiguille, en complétant mes explications et en reprenant des bouts de textes écrites autrefois, je me suis mis à raconter plein d'autres choses. Du coup, je me suis retrouvé à en dire beaucoup plus que ce que j'avais prévu : cette entrée-ci recoupe beaucoup cette page (en anglais) où je présente les vidéos de chute dans un trou noir que j'avais calculées il y a longtemps ; mais ce n'est peut-être pas mal que je redise les choses différemment, et en français.

J'ai déjà parlé des trous noirs par exemple ici (je n'ai jamais fini d'écrire ce truc : on peut dire que cette entrée-ci en est une sorte de suite, même si elle peut se lire indépendamment). Tout le monde a une certaine idée de ce que c'est, et cette idée n'est souvent pas trop fausse. C'est un objet tellement compact (au sens : petit eu égard à sa masse) que même la lumière ne peut pas s'en échapper — et, du coup, rien ne peut. Ce n'est pas qu'ils ont un pouvoir d'attraction magique : un trou noir d'une masse solaire provoque, quand on en est assez loin, la même attraction gravitationnelle que n'importe quel objet — sphérique — d'une masse solaire, par exemple le Soleil, à la même distance, et la vitesse nécessaire pour s'en échapper obéit à la même loi ; mais c'est que le trou noir est assez petit pour qu'on puisse s'en approcher très près, si près que cette vitesse d'échappement finit par dépasser la vitesse de la lumière, et, du coup, qu'il n'y a plus moyen de revenir en arrière ni même de rester sur place. La limite à partir de laquelle c'est le cas s'appelle l'horizon des événements du trou noir : une fois qu'on a franchi cet horizon, il n'est pas possible de ne pas continuer à s'en approcher. (C'est aussi impossible que, sur Terre, de ne pas arriver jusqu'à demain : la distance au trou noir cesse d'être une coordonnée d'espace quand on franchit l'horizon, et devient une coordonnée de temps.)

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