This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.
Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.
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What follows are the entries of 2003-11. For latest entries, see here.
Ce qui suit sont les entrées de 2003-11. Pour les dernières entrées, voyez ici.
2003-11-30 (Sunday) · Premier Quartier
[Traduction française ci-dessous.] I'm cheating by dating this entry of 2003-11-30 whereas it's actually well passed 39 hours, but anyway. The November section of this 'blog (this entry included) is shorter (in number of bytes or in number of entries) than those of October, September or August, but longer than those of July, June or May. Maybe I shouldn't have been grouping by Gregorian month (but rather by decade, by couple of ISO weeks, or something like that). Whatever: it's too late to change now. On to December!
[French translation of the above.] Je triche en datant cette entrée du 2003-11-30 alors qu'en fait il est bien passé 39 heures, mais bon. La section de novembre de ce 'blog (cette entrée incluse) est plus courte (en nombre d'octets ou en nombre d'entrées) que celles d'octobre, septembre ou août, mais plus longue que celles de juillet, juin ou mai. Peut-être que je n'aurais pas dû grouper par mois grégorien (mais plutôt par décade, par paire de semaines ISO, ou quelque chose comme ça). Quoi qu'il en soit, il est trop tard pour changer maintenant. En avant vers décembre !
2003-11-30 (dimanche) · Premier Quartier
J'affirme souvent que je suis adepte zen. Mais en même temps, je suis toujours ennuyé de dire ça (sauf peut-être si la personne en face a lu Gödel, Escher, Bach), parce qu'on ne va pas comprendre de quoi il s'agit et probablement s'en faire une fausse idée. Même si le zen est une branche du bouddhisme (au moins historiquement), je ne me considère vraiment pas comme un bouddhiste ; et le mot « zen » a beau signifier « méditation » (passant du sanskrit « dhyāna » au chinois « chán » finalement au japonais), je ne pratique pas la méditation. Le zen tel que je le conçois n'a rien d'une religion ou d'une obédience (et je ne parlerais pas de « spiritualité » non plus) : à peine peut-on dire que c'est une philosophie. Il n'est pas ce qu'on pourrait appeler « orthodoxe », mais il n'y a rien de plus étranger à l'esprit du zen que la question de l'orthodoxie (déjà mettre un nom dessus est en quelque sorte le priver d'une partie de sa nature, prétendre y mettre des lois ou des règles, ou y honorer des maîtres est encore pire). Le zen tel que je le conçois n'a rien de mystique et est complètement étranger au mumbo-jumbo philosophico-religieux « New Age » ou apparenté. On pourrait déjà dire avec plus de justesse que c'est un état d'esprit : l'association commune de « zen » avec « calme » ou « contemplation » n'est pas fausse, mais il ne faudrait pas non plus oublier de l'associer avec « art », avec « fluidité », avec « humour ».
Finalement, je
proposerais la définition suivante du zen : « ouverture
d'esprit ».
C'est vague, évidemment. Le zen est une attitude, et il n'est pas facile de la décrire. C'est un peu comme essayer d'expliquer l'humour à quelqu'un qui ne sait pas ce que c'est : ça va ressembler à quelque chose d'inutile et d'absurde, de mystique ou de fou, et ce n'est pourtant rien de tout ça et nous le savons. Il en va de même du zen : en parler est vain, ce que je fais à présent est aussi absurde que de tenter de ramasser de l'eau avec une passoire — la seule façon raisonnable est de laisser la passoire dans l'eau. (Ça c'était un exemple, pas fabuleux, certes, d'une image zen.) Vous comprenez l'humour lorsque vous riez d'une plaisanterie ; vous comprendrez le zen lorsque vous serez Éclairé (mais contrairement à d'autres penseurs du zen, je ne pense pas que ce soit difficile d'être Éclairé : c'est juste difficile d'en parler).
J'ai écrit une page Web sur le zen,
mais je ne sais pas si elle aidera à comprendre quoi que ce soit.
J'en doute. Il y a cependant une chose dont je suis content dans
cette page, c'est le tout début : l'illustration la plus frappante que
j'aie pu trouver de ce qu'est le zen, à savoir ce merveilleux tableau
de René Magritte, L'Empire des
lumières (ci-contre), accompagné du dialogue suivant :
— Combien de maîtres zen faut-il pour visser une ampoule ?
— Le cyprès dans le jardin.
(Voyez ici si cette réponse vous
semble vraiment obscure et si vous avez besoin d'être, euh,
Éclairé.)
Le zen, c'est l'art de dépasser les barrières de l'esprit que nous créons en nous : avec nos mots (qui distinguent le clair de l'obscur, l'arbre de la fleur, et le ciel de la terre), avec notre logique (qui distingue le vrai et le faux), avec notre certitude d'être nous-mêmes et pas celui d'en face, et ainsi de suite. Le zen n'entend pas détruire les mots et la logique, car le zen ne prétend pas s'opposer à quoi que ce soit, il cherche juste à montrer comment passer au-delà de ces barrières. Mais comment raconter tout cela sans sombrer dans le mysticisme ? Voilà justement pourquoi le zen est si fragile et pourquoi nos barrières sont si fortes. Je termine donc par une parabole zen, un kōan :
Un disciple vint voir Maître Gro-Tsen et demanda,
Maître, qu'est-ce que le Zen ?Gro-Tsen ne répondit rien, mais montra du doigt la Lune dans le ciel qui jouait à travers les nuages. Le disciple insista :Maître, je ne comprends pas : qu'est-ce que le Zen ?Gro-Tsen ne dit toujours rien, mais tendit une fleur au disciple et lui en fit sentir le parfum enivrant. Le disciple ne se tut pas :Maître, vous ne répondez pas : qu'est-ce que le Zen ?Gro-Tsen prit une clochette et en fit écouter au disciple le tintement cristallin.Le disciple s'impatienta :
Pourquoi,demanda-t-il,ignorez-vous mes questions ?Alors Maître Gro-Tsen répondit :Si je te disla Lune dans le ciel qui joue à travers les nuages, te fais-je voir la Lune ? Si je te disla fleur au parfum enivrant, te fais-je sentir la fleur ? Si je te disla clochette au tintement cristallin, te fais-je entendre la clochette ? Comment pourrais-je te faire savoir ce qu'est le Zen ?À ce moment-là, le disciple fut Éclairé.
C'est sans doute tout cela, le zen, et bien d'autres choses : la Lune dans le ciel qui joue à travers les nuages, la fleur au parfum enivrant, la clochette au tintement cristallin. Mais, dirait Magritte, ceci n'est pas une pipe.
2003-11-30 (dimanche) · Premier Quartier
[English translation follows.] J'avais déjà essayé ce petit éditeur, mais c'était il y a longtemps, et j'avais complètement oublié son existence. Un ami vient de me le rappeler à l'esprit. En tant qu'éditeur proprement dit, Yudit est assez minable, mais il a quelque chose qu'à peu près aucun autre n'a : un support considérable pour Unicode, et là je n'en connais pas d'aussi bon, donc je tiens à propager l'information.
[Traduction anglaise de ci-dessus.] I had aleady tried this little editor, but it was a long time ago, and I had completely forgotten its existence. A friend just reminded it to me. As an editor proper, Yudit is rather bad, but it has something that almost no other editor has: extensive Unicode support, and since I know nothing better, I wish to pass on the information.
2003-11-30 (dimanche) · Premier Quartier
J'ai passé mon après-midi au Festival de Films Gays et Lesbiens de Paris, comme je l'avais décidé. Un parfum nommé Saïd (à 14h15) était franchement mauvais : une sorte de souvenir de vacances interminable sur fond d'une aventure du réalisateur qui n'avait rien d'intéressante et qui ne donnait de beau rôle ni à lui ni à son amourette ; à part pour dire « le Maroc c'est beau, allez-y », ça n'avait aucun intérêt. Frisk (à 18h30) était moins mauvais, mais quand même un peu vide (comme beaucoup de films qui croient que faire trash suffit à remplir — néanmoins j'ai vu largement pire). En revanche, ce qui m'a vraiment emballé, c'était les courts métrages (à 16h30). Notamment deux films français : Far West (que j'avais déjà vu, cependant), et surtout Le Cas d'O d'Olivier Ciappa (un petit thriller comique, dont le rapport avec l'homosexualité était un peu distant, mais absolument excellent dans l'ensemble, et puis Orient est incroyablement beau gosse — dommage que l'acteur, qui était présent, ait précisé qu'il était hétéro) ; et deux films nord-américains, Straight in the Face et Target Audience, tous deux absolument hilarants ; j'ai aussi bien aimé Œdipe N+1, et Avant j'étais triste de Jean-Gabriel Périot. Bref, quasiment tout ce qui était là était entre très bon et absolument excellent (seul un tout petit métrage de cinq minutes m'a déplu, une animation de dessins de Tom de Pékin). Vraisemblablement certains de ces courts métrages sortiront dans la collection Courts mais gays (c'était déjà le cas de Far West et il est certain que ce Le Cas d'O viendra, puisque c'est Antiprod qui produisait), et je ne manquerai pas de les acheter.
2003-11-29 (samedi)
J'avais entendu parler de La Ville dont le prince est un enfant, téléfilm tiré de l'œuvre du même nom de Montherlant : comme je suis tombé, l'autre jour, sur le DVD à la Fnac, je l'ai acheté (d'accord, j'avoue avoir un petit faible pour Naël Marandin), et je viens de le regarder. C'est un très beau film : même si la mise en scène laisse un peu à désirer (notamment à la fin, qui m'a semblée un peu… étirée), les acteurs sont convaincants et l'argument est à la fois très pudique et très fort. Bref, j'ai beaucoup aimé.
(« Marandin », c'est le même nom de famille que mon prof de français en cinquième, Jean-Patrice (ou Jean-Patrick ?) de son prénom, que j'admirais passionnément. Je me demande s'il y a un lien de parenté.)
2003-11-28 (vendredi)
Une façon simple de me faire devenir fou consiste à me poser une question de maths qui a l'air suffisamment simple et jolie pour que j'aie absolument envie de la résoudre, et qui soit suffisamment non-triviale pour que j'y passe un temps incroyable.
En l'occurrence, quelqu'un a demandé :
Trouver une surface dans l'espace à quatre dimensions qui ne contienne aucune courbe plane.
(Dans la question de départ, il s'agissait de trouver une surface dans l'espace affine réel de dimension quatre ne contenant aucune courbe plane — réelle. Ça j'y ai répondu assez vite. Mais comme je suis géomètre algébriste, je me suis forcément demandé si je pouvais trouver une surface — algébrique lisse — dans l'espace projectif de dimension quatre sur un corps algébriquement clos ne contenant aucune courbe plane. Et là, pour expliciter un exemple, pfiou…)
2003-11-28 (vendredi)
Je viens de voir Intolerable Cruelty (sur un coup de tête : je ne comptais initialement pas aller au cinéma ce soir). C'est vraiment excellent ! Peut-être par moments un peu excessif dans le délire (notamment la représentation de l'avocat doyen, Herb Myerson, qui semble sorti des plus grotesques imaginations de Fluide Glacial), mais dans l'ensemble tout à fait conforme au génie des frères Coen. Des répliques extrêmement percutantes, ou carrément hilarantes, et notamment une utilisation délicieuse de vers shakespeariens. Une attention très poussée aux petits détails succulents et aux décors très soignés. Évidemment, la vision romantique de l'amour en prend un coup. Et pendant tout le film (comme dans The Big Lebowski), on se demande qui who is nailing whose ass. George Clooney (qui m'insupporte normalement) s'en sort très bien en s'auto-caricaturant un peu ; Catherine Zeta-Jones est absolument remarquable.
2003-11-27 (jeudi) · Thanksgiving (États-Unis)
“But he [Leto II] says that the male army was a survival of
the screening function delegated to the nonbreeding males in the
prehistoric pack. He says it was a curiously consistent fact that it
was always the older males who sent the younger males into
battle.”
“What does that mean, screening function?”
“The ones who were always out on the dangerous perimeter
protecting the core of breeding males, females and the young. The
ones who first encountered the predator.”
[…]
“I don't find this a curious theory.”
“You have not heard all of it.”
“There's more?”
“Oh, yes. He says that the all-male army has a strong
tendency toward homosexual activities.”
Idaho glared across the table at Moneo. “I
never…”
“Of course not. He is speaking about sublimation, about
deflected energies and all the rest of it.”
“The rest of what?” Idaho was prickly with anger at
what he saw as an attack on his male self-image.
“Adolescent attitudes, just boys together, jokes designed
purely to cause pain, loyalty only to your pack-mates… things
of that nature.” […] Moneo nodded. “The
homosexual, latent or otherwise, who maintains that condition for
reasons which could be called purely psychological, tends to indulge
in pain-causing behavior—seeking it for himself and inflicting
it upon others. Lord Leto says this goes back to the testing behavior
in the prehistoric pack.”
(Frank Herbert, God Emperor of Dune)
C'est une théorie remarquable et relativement provocatrice : en
clair, l'homosexualité masculine se maintiendrait parce qu'elle aurait
une fonction dans la structure sociale de la cellule préhistorique
humaine voire pré-humaine (je ne sais pas comment traduire pack
: meute ? tribu ? groupe ?), fonction qui
devient ensuite l'institution de l'armée, à savoir protéger le centre
(« civil ») de la meute, où se trouvent les mâles reproducteurs et les
femelles, et défléchir les impulsions sexuelles des (jeunes) mâles
non-reproducteurs/gardiens les uns sur les autres.
Théorie évidemment trop simpliste pour être vraie, et en même temps trop jolie (en tout cas c'est mon avis) pour être fausse. Et qui est surtout pleine d'ironie puisqu'on a d'un côté un certain nombre d'armées dans le monde qui continuent à refuser les homosexuel(le)s dans leurs rangs (pourquoi ? je crois que personne n'en a la moindre idée) et d'un autre côté un fantasme homo clairement identifié au sujet de l'armée. Maintenant, je me demande où Herbert est allé chercher tout ça : s'il l'a inventé lui-même, c'est quand même assez impressionnant ; s'il l'a trouvé ailleurs, je voudrais bien savoir où (j'ai le vague souvenir d'avoir croisé la même théorie ailleurs, mais je suis incapable de me rappeler quand ou comment).
Bon, et comme je suis en verve, je vous offre même deux théories fumeuses pour le prix d'une. Voici la seconde (pas incompatible avec la première), que je paraphrase parce que ce sont des mèmes orphelins : je ne sais plus du tout d'où je sors ça ; elle dit ce qui suit. Tous les hommes (la théorie ne parle pas du tout des femmes) sont homosexuels latents : cela fait partie du fonctionnement général et normal de l'émotivité humaine ; seulement, un mécanisme (neurochimique ou psychique) intervient, à un niveau différent, pour défléchir le désir homosexuel en désir hétérosexuel, de façon à faire écran à ce dernier ; ce mécanisme de reconversion soit n'est pas activé (pour une raison non précisée) chez certains individus (qui sont alors homosexuels) soit ne fait pas écran au désir homosexuel chez d'autres (qui sont alors bisexuels) soit s'efface de façon temporaire (homosexualité de circonstance, par exemple lorsque les femmes sont trop peu nombreuses dans le milieu) soit enfin n'apparaît qu'un peu tardivement (périodes d'interrogation pendant l'adolescence, et homosexualité transitoire). Reste à justifier pourquoi on proposerait cette explication bizarre de « reconversion » d'un désir homosexuel en désir hétérosexuel. Premièrement, il est fort douteux que le désir homosexuel et hétérosexuel procèdent de deux phénomènes différents (ne serait-ce que parce qu'ils présentent des similitudes symptomatiques incontestables ; et aussi pour de simples raisons numériques, car si les phénomènes étaient indépendants, le rapport de la proportion de bis sur celle d'homos serait sensiblement égale à celle d'hétéros sur le nombre de personnes n'éprouvant aucun désir sexuel, et apparemment ce n'est pas du tout le cas, puisque la première proportion est de l'ordre de grandeur de 1 tandis que la seconde est très élevée). Deuxièmement, une fois qu'on admet que les deux désirs sont apparentés, il est difficile d'expliquer pourquoi le désir homosexuel apparaîtrait autrement qu'en supposant que c'est le cas de base (car il est plus facile d'expliquer qu'un phénomène — en l'occurrence la reconversion — est normal et est parfois absent, que d'expliquer un phénomène rare sans raison apparente).
On ne peut que finir sur cette fameuse phrase (probablement apocryphe) de Niels Bohr :
Your theory is crazy, but it's not crazy enough to be true.
2003-11-27 (jeudi) · Thanksgiving (États-Unis)
2003-11-26 (mercredi) · Fin du Ramadan
Fréquemment je me pense à quelque chose et je me dis tiens,
c'est une idée qui pourrait faire une bonne entrée dans mon 'blog,
ça
. Et évidemment, le temps que j'arrive devant mon ordinateur et
que je décide d'écrire vraiment une entrée, j'ai oublié toutes ces
bonnes idées qui m'étaient venues. (Ça vaut aussi, d'ailleurs, pour
mon journal mathématique.) Vous
direz, j'ai trouvé de quoi écrire au moins une chose par jour depuis
le 2003-05-01 — et en fait plus
que ça puisque cette entrée est la 366e en nettement moins d'un an.
Néanmoins, j'ai souvent l'impression de faire du remplissage (là, par
exemple
) faute d'être capable de remettre la main sur
un mème qui m'était passé par la tête quelques heures ou jours plus
tôt.
Peut-être me faudrait-il un PDA (genre Palm) en plus d'un secrétaire ? Pour pouvoir noter une idée fugace, c'est peut-être pratique. Qu'y a-t-il comme trucs de ce genre pas trop chers et qu'on peut synchroniser commodément avec un PC sous Linux ? (Bon, de toute façon c'est un peu rhétorique, comme question : déjà je n'arrive pas à me bouger le c** pour me racheter un téléphone mobile, pour le PDA ce n'est pas bien parti.)
2003-11-25 (mardi)
J'ai dormi à peu près deux heures la nuit dernière. Je commence à trouver lassant ce rythme haché où je fais des nuits de douze heures et plus et d'autres de quatre heures et moins. C'est vraiment n'importe quoi.
Cette fois-ci je n'ai pas été trop mauvais en TD (malgré le manque de sommeil). Je leur ai fait démontrer, avec plein de questions intermédiaires, le théorème de Darboux (les fonctions dérivées possèdent la propriété des valeurs intermédiaires), qui leur est malheureusement passé quelques années-lumière au-dessus la tête (enfin, au moins ç'aura été l'occasion de rappeler qu'une fonction dérivable est toujours continue mais pas forcément une fonction dérivée). Mais en pratique ça leur fait appliquer la définition de la dérivée, le théorème des valeurs intermédiaires et le théorème des accroissements finis — pile leur programme du moment — donc ce n'est pas trop mal. Hélas, appliquer deux théorèmes de suite, c'est le signal pour eux de décrocher. Enfin bon, on fait ce qu'on peut.
J'ai aussi corrigé leurs devoirs maison d'il y a longtemps (que j'aurais déjà dû rendre depuis un moment). Ce n'est pas trop mauvais, cette fois, mais il y a beaucoup trop de gens qui pour encadrer x²−x connaissant un encadrement de x, encadrent x² puis soustraient tout simplement les bornes de l'encadrement de x sans prendre soin de les échanger. Hélas !
Quant à mes propres calculs, ils ne marchent pas fort. En fait, je ne sais plus vraiment où je vais. J'aligne les équations ayant depuis longtemps perdu l'intuition géométrique de la situation et sans être trop sûr de ne pas oublier des morceaux en route.
Mais bon, là, je vais oublier tout ça et me coucher.
2003-11-24 (lundi)
Je trouve qu'il faudrait monter un site Web sur le Paris insolite. Je veux dire un site Web qui recenserait assez systématiquement, par quartier et par type, toutes sortes de petites curiosités de Paris, des choses amusantes qu'on peut remarquer en flânant et qui méritent d'être signalées. Entre autres choses, il serait amusant de faire le recensement des fontaines Wallace, des Space Invaders (et des pochoirs de Miss Tic), des points de visibilité de la petite ceinture, des traces du cours de la Bièvre, des œuvres d'art urbain, etc. On trouve toutes ces informations de façon éparpillée, notamment dans certains livres ou sites Web (Paris Pas Pris a l'air amusant), mais rien de très complet ou même modérément systématique, à ce que je sache. Évidemment, aucune personne seule ne pourrait arriver à compiler quoi que ce soit de vraiment important, mais si on monte un site Web en Wiki (de sorte que la contribution soit ouverte) cela pourrait marcher.
2003-11-24 (lundi)
Parfois je me dis qu'il faudrait vraiment que j'engage un secrétaire. Pour cette semaine :
Administratif : faire mon inscription en fac (écrire un rapport d'avancement des travaux, le faire signer par mon directeur de thèse, le directeur du département, le directeur de l'école doctorale et le délégué aux thèses du laboratoire, puis compléter le dossier administratif) ; date limite 2003-12-10. Prendre possession de mon coin de bureau à la fac d'Orsay. Préparer mon voyage à Rennes (ordre de mission, tout ça).
Mathématique : continuer d'éclater mon modèle cubique dans tous les sens… Poser ultimes questions à J.-L. C.-T. avant son départ. Moins important : regarder dans le Kechris concernant les sommes de boréliens.
Enseignement : corriger les devoirs nº2 !!! Préparer la prochaine interro. Essayer de traiter le théorème de Darboux en exercice prolongé ?
Emails : actuellement 70 mails en attente de réponse (parfois urgente) — faire le tri, supprimer ou répondre.
Relationnel : trouver un moment prochainement pour dîner avec A.M. ; avec S.L. ; avec M.L. Fixer rendez-vous avec É.B.
Divers : commander des lentilles de contact. Me procurer un nouveau téléphone mobile (faire une étude de marché avant…).
Loisirs : acheter les billets pour différentes séances au festival de films gays et lesbiens ; trouver éventuellement des gens pour m'y accompagner.
En général : faire une n-ième tentative pour m'habituer à me lever plus tôt.
Sur l'agenda : organiser la mi-décembre, qui va être très chargée.
Aïe, aïe, aïe. J'ai un peu le sentiment de me noyer, là.
2003-11-23 (dimanche) · Nouvelle Lune
Je suis allé au festival de films gays
et lesbiens avec Nicolas et sa copine
Muriel (ben oui, il y a même des hétéros qui vont faire un tour à ce
festival, la preuve). Nous avons vu The
Politics of Fur, un film à très très petit budget mais qui
m'a tout de même bien plu. Plus exactement : je l'ai beaucoup aimé en
tant que comédie (avec une ironie parfois féroce contre certains types
sociaux) ; en revance, il semble que la réalisatrice (qui était
présente pour répondre à quelques questions) a voulu faire aussi du
mélodrame, et là je trouvais que ça tombait complètement à plat (mais
sans gâcher l'ensemble, parce que le mélodrame se lisait très bien
lui-même au second degré) : bref, elle n'a pas vraiment compris le
film
. C'est bien aussi parce que c'est un film à la
fois lesbien (surtout) et gay (aussi, quand même). Les acteurs ne
sont pas trop mauvais pour un aussi petit budget, et même si
l'ensemble est un peu théâtral (presque tout dans le même lieu,
notamment), je trouve que ça donne un résultat plutôt bon. Si cette
description vous donne envie de le voir, il repasse samedi — le
29 — à 22h30 (en salle 300 du forum des images).
J'irai peut-être voir Frisk (soit jeudi soir soit dimanche soir) et peut-être Tandil Forever aussi, et en tout cas certainement Un parfum nommé Saïd et les courts-métrages gays, dimanche après-midi.
2003-11-22 (samedi)
Ah, une grande promenade dans Paris en très agréable compagnie, quoi de plus plaisant ?
2003-11-22 (samedi)
Mon exposé ne s'est pas trop mal passé : Gabber n'a pas fait d'objection (mais en fait je crois que c'est parce qu'il ne s'est pas du tout intéressé à ce que je racontais) ; Swinnerton-Dyer a dormi (ou quasiment) pendant une bonne partie du séminaire, mais il a fait ça aux autres exposés avant moi, donc je ne me sens pas particulièrement vexé. Je me suis un peu noyé dans les notations, et j'ai dû suivre mes notes de très près, ce qui n'est jamais bon (j'avais été nettement meilleur à Besançon), je ne sais pas à quel point ce que je racontais était compréhensible, du coup.
En revanche, ce dont je suis content, c'est d'avoir très bien tenu
le temps : j'ai commencé à 11h pile, j'avais une heure, et j'ai
terminé à 12h00 ; et ça c'est bien, parce que je n'arrête pas de
m'énerver des conférenciers qui sont incapables de s'adapter au
passage du temps (notamment, je trouve très pénibles les gens qui,
voyant qu'il est l'heure à laquelle ils auraient dû finir, déclarent
il ne me reste que cinq minutes
, et, cinq minutes plus tard,
répètent la même chose, et encore cinq minutes plus tard demandent à
l'organisateur s'ils peuvent prendre encore cinq-dix minutes). Je
suis régulièrement en retard à mes rendez-vous, mais au moins quand je
parle (que ce soit pour un TD en DEUG
ou pour un séminaire), j'arrive à tenir le temps qui m'est demandé (un
peu de la même façon que, quand j'étais au lycée et que je faisais
l'exercice de résumer un texte en n mots
, je mettais
toujours le nombre exact de mots demandé, jamais un de plus ou de
moins, même si une marge de 5% ou 10% était permise : il est absurde
de penser qu'il soit plus facile de résumer en 220 mots qu'en 200,
alors, si on en demande 200, autant en mettre 200).
Le texte de mon exposé est disponible, et je refais exactement le même le 11 décembre à Rennes.
2003-11-21 (vendredi)
Approximation faible aux places de bonne réduction sur les
surfaces cubiques sur les corps de fonctions
, c'est le titre de
l'exposé que je donne demain. J'avais déjà mentionné ce travail dans ce 'blog,
au moment où j'avais fini la démonstration (il m'avait encore fallu un
mois ou deux pour la mettre complètement en forme, cependant, parce
que les détails sont fastidieux). Il n'a rien de remarquable, il faut
bien le dire : c'est un cas nettement plus simple qu'un résultat
analogue de Sir Peter Swinnerton-Dyer, mais sur les corps de nombres
(qui sont beaucoup plus difficiles à traiter que les corps de
fonctions), et je n'ai fait, en gros, qu'adapter ses méthodes en les
simplifiant pour le cas que je traitais.
Mais bon, il faut encore que je révise un peu tout ça, pour ne pas dire d'ânerie en l'exposant (d'autant plus que Swinnerton-Dyer sera dans l'assistance…). Ce qui m'inquiète notamment c'est qu'en ayant trop voulu simplifier j'aie fait une erreur de logique quelque part (certes, mon directeur de thèse a relu l'article, mais les erreurs sont parfois insidieuses) ; pour cela, cet exposé au séminaire Variétés rationnelles sera un bon test, parce qu'il y aura aussi Ofer Gabber, qui est absolument redoutable quand il s'agit de trouver des erreurs dans les exposés (déjà deux résultats ont été « démolis » lors de séances passées de ce séminaire, par les soins de Gabber).
2003-11-20 (jeudi)
Il y a quelques jours, j'évoquais
la mémoire auditive (musicale, plus spécifiquement), qui est parfois
si insaisissable quand il s'agit de remettre un nom sur un air. Mais
encore plus insaisissable est la mémoire olfactive. Avez-vous déjà
joué à reconnaître des odeurs (censément familières) à partir de
petits pots blancs portant pour toute étiquette un numéro ? C'est à
en devenir fou : je me rappelle avoir fait ce test plusieurs fois
(dans des musées de sciences ou des choses de ce genre) et à chaque
fois m'être cogné la tête contre les murs en lisant les réponses
(la vanille ? comment ai-je pu ne pas reconnaître ça !
).
Il y a pour commencer un manque de description. La musique, au moins, a une notation précise : personnellement, elle me parle très peu (j'arrive à suivre une partition en écoutant la musique, mais si je lis simplement la partition sans rien entendre, c'est du chinois pour moi et je serais incapable d'y reconnaître un air triste ou un air joyeux, et c'est à peine si je discernerais un temps de valse), mais je sais qu'il y en a pour qui elle est parfaitement limpide. Les odeurs, elles, n'ont rien de tel. J'ai lu quelque part (je ne sais pas quelle confiance il faut accorder à cette affirmation) qu'il y a sept « odeurs primaires » comme il y a trois « couleurs primaires » (c'est-à-dire trois types de récepteurs de couleurs, voir ma page à ce sujet pour plus de précisions) : camphre, musc, fleur, menthol, éther, odeurs piquantes et odeurs putrides (bien sûr, si c'est comme pour les couleurs, il ne faut pas attribuer à ces récepteurs élémentaires une odeur bien précise, de même qu'il est faux de dire qu'il y a des cônes rouges, des cônes verts et des cônes bleus : chaque odeur doit stimuler un peu des septs types de récepteurs, et évidemment il n'y a pas d'odeur « fleur » unique, chaque fleur se distinguant des autres par les stimulations de tous les récepteurs), les cinq premiers étant sensibles à la forme stérique de la molécule et les deux derniers à ses propriétés électriques (en gros, son moment dipolaire et son électronégativité ou quelque chose de ce genre). Si ce modèle est juste, il faudrait définir un espace à sept dimension des odeurs de même qu'on en définit un à trois dimensions pour les couleurs ; et encore, peut-être ce modèle est-il très simplifié et la réalité est-elle bien plus complexe. On a des moyens d'analyser scientifiquement et objectivement un son (dessiner sa courbe, faire son analyse de Fourier), une couleur (filtrer son spectre avec les courbes de sensibilité des trois récepteurs rétiniens), mais pas vraiment une odeur (on peut faire une analyse chimique, mais cela ne dira pas forcément ce que « ça sent » : par exemple, qui pourrait expliquer pourquoi l'éthanoate de pentyle a une odeur de poire et l'éthanal une odeur de pomme ? peut-être simplement parce que ces fruits contiennent ces produits — mais probablement plutôt pour des raisons bien plus subtiles). Bref, rien de plus élusif qu'une odeur.
Pourtant, le multimédia ne sera vraiment multimédia que lorsqu'on pourra faire des pages Web en odorama. C'est une blague classique, mais je suis à moitié sérieux en disant ça.
Que dire des parfums ? (Je veux dire, ceux qu'on met sur soi, pas
les odeurs en général.) Souvent, dans un lieu public, je croise une
odeur familière : impossible de me rappeler qui portait ce parfum,
encore moins quel en est le nom (généralement je ne l'ai jamais su),
mais il subsiste en moi une impression, agréable ou pas, en partie
liée à l'odeur elle-même et en partie à me souvenirs subconscients qui
y sont liés. Je n'ose pas demander aux gens le nom de leur eau de
toilette. Personnellement, je porte soit du Team
Force d'Adidas soit du
Crave de Calvin Klein (d'accord, ça ç'a été choisi en
bonne partie à cause du modèle, Travis
Fimmel
, mais j'aime bien l'odeur), selon mon
humeur. Reste que je serais complètement incapable de décrire ces
odeurs (de façon complètement arbitraire et pipo j'ai envie de
qualifier la première de plutôt salée
et la seconde de
plutôt sucrée
, mais c'est vraiment n'importe quoi). Les pubs
pour les parfums, évidemment, ne peuvent pas montrer l'odeur, et
doivent rester dans le non-informatif complet, avec des vagues
associations d'idée dans une atmosphère onirique : reste que les
associations d'idées que nous faisons sur une odeur de parfum sont
sans doute plus liées aux personnes que nous avons connues portant ce
parfum qu'aux « concepts » que le nez qui l'a créé a pu vouloir mettre
dedans — du moins je pense.
L'odeur du pouss'mousse (de Palmolive) au lait
d'amande (qui n'est pas exactement l'odeur du lait d'amande lui-même,
c'est pourquoi je précise que je parle bien du savon liquide ;
d'ailleurs, de façon générale, je n'aime pas trop l'odeur d'amande) me
rappelle irrésistiblement le garçon (Laurent T.) dont j'ai été
éperdument amoureux en 2001. Je n'ai aucune idée de pourquoi : je ne
pense pas qu'il se parfumait au Palmolive pouss'mousse au lait
d'amande, et je ne pense de toute façon pas que je n'avais jamais
rencontré cette odeur avant. Quoi qu'il en soit, elle reste associée
à lui dans mon souvenir (et ce n'est pas forcément désagréable).
L'odeur de fleur d'oranger est associée à quelque chose de très vague
mais de très fort en moi, je n'arrive pas bien à savoir quoi. Dans
mon roman La Larme du
Destin (au chapitre 20) j'ai écrit
cette phrase à laquelle, rétrospectivement, je trouve un côté
« impressionniste » intéressant :
Et le Magicien Blanc disparut soudainement, ne laissant derrière
lui qu'une vague odeur de fleur d'oranger fanée et un souvenir de
cheveux blancs.
Question subsidiaire : qui a été le premier à parler des cinq
sens
? On pourrait dire que c'est une évidence, il suffit de
compter, mais en fait ce n'est pas évident de délimiter ces cinq sens
exactement : par exemple, on peut regrouper l'odorat et le goût en un
seul sens, vu à quel point ils sont liés ; on peut distinguer le
toucher de la sensation de chaleur, par exemple ; on peut rajouter le
sens de l'équilibre, la proprioception (sensation de la position
relative des membres, notamment), ou encore les sens internes. Bref,
la liste « canonique », vue, ouïe, toucher, odorat, goût, est assez
arbitraire quand on y pense. Quelqu'un a bien dû être le premier à
l'établir : qui donc ?
2003-11-20 (jeudi)
— Et si je me levais ?
— Mais il n'est que 13h !
— Raison de plus.
2003-11-19 (mercredi)
— Et si je me couchais ?
— Mais il n'est que 21h30 !
— Raison de plus.
2003-11-18 (mardi)
J'ai été très mauvais en TD aujourd'hui. D'abord
j'avais oublié mon poly chez moi en partant (heureusement j'ai pu en
récupérer un au secrétariat avant la séance, ça m'a évité de devoir en
emprunter un à un étudiant), ensuite je n'avais pas oublié que le
poly, mais aussi les sujets des devoirs maison que je devais leur
distribuer et les copies des devoirs précédents que je comptais
corriger dans l'après-midi (et je n'allais pas faire un aller-retour
Paris supplémentaire pour les rechercher, vu que je couche à Orsay ce
soir pour pouvoir être sur place à 8h30 demain). En corrigeant un
exercice au tableau j'ai oublié la question finale (peut-être la plus
importante), et, évidemment, personne ne me l'a signalé. J'ai aussi
oublié de faire un certain nombre de remarques que je devais faire en
début de séance sur les entretiens
individuels de jeudi. Bref, je ne suis pas spécialement fier de
moi. Ceci dit, je crois que ne doit pas non plus être fier de lui
l'étudiant qui a eu besoin de presque une demi-heure de maïeutique
pour réussir à m'écrire correctement la condition exprimant le fait
que la tangente en (x, f(x)) au
graphe de f passe par le point (z, 0)
.
Bon, espérons que demain ça ira mieux : j'ai deux TD, maths et projet professionel.
Et pendant ce temps-là j'écris des idioties sans intérêt dans mon journal mathématique mais ma thèse n'avance pas pas plus que la préparation de mon exposé de samedi au séminaire Variétés rationnelles.
2003-11-17 (lundi) · Dernier Quartier
Strangers in the night, exchanging glances…
Je suis incontestablement mateur : quand je croise quelqu'un dans la rue que je trouve beau garçon, je ne me prive pas de le regarder longuement ; et quand il est vraiment très mignon, je m'arrête pour l'observer passer et je me retourne pour le voir s'éloigner. Je ne sais pas à quel point c'est commun : j'ai l'impression que plein de gens m'ont dit faire de même, mais je n'ai quasiment jamais, en public, vu quelqu'un se retourner sur le passage d'un autre, ou le dévisager avec une insistance excessive — peut-être que c'est plus discret qu'il ne semble quand on le fait soi-même.
Je ne sais pas si on doit considérer que c'est incorrect de faire ça. Je comprends qu'il doit être pénible, pour quelqu'un de très beau, d'être harcelé du regard (surtout une jolie fille, parce qu'il y a quand même plus de garçons hétéros mateurs lourds, je pense ; mais je me rappelle une fois à >Dégel! les commentaires in petto ou la façon de regarder un nouveau un peu plus mignon que d'habitude m'ont semblé assez pénibles — OK, j'étais surtout jaloux, sûrement). Bon, j'essaie que mon regard ne soit pas du tout agressif. (Une fois une espèce de racaille-wannabe m'a plus ou moins pris à parti parce que je l'avais regardé avec peut-être un peu trop de fixité. Mais je crois qu'il était vraiment parano.)
Forcément, une fois sur cent (ou quelque chose de cet ordre-là), je
trouve qu'on me rend mon regard. Comme ce soir même
(2003-11-17T19:50+0100), rue Vandrezanne (au niveau de l'angle que
fait cette rue, pour être précis) : je réfléchissais à un problème de
maths, donc j'étais un peu distrait et c'est presque inconsciemment
que j'ai suivi du regard un beau blond (un tout petit peu grunge sur les bords), et je devais sourire en même
temps (chose que je fais très mal consciemment : ce n'est que quand je
suis distrait que j'arrive à faire des beaux sourires). Et là je me
rends compte qu'il me regarde aussi fixement. Alors j'élargis mon
sourire, je passe, et je me retourne trois mètres plus loin pour
savoir si j'ai rêvé ou s'il m'a bien regardé, et, de fait, il s'était
arrêté et me souriait à son tour. Bon, la question à cent zorkmids :
c'est quoi l'étape suivante ? Je suis censé faire quoi, revenir sur
mes pas et lui adresser la parole ? (Beau temps, n'est-ce
pas ?
— ou peut-être Salut, moi c'est David, j'aime bien
regarder passer les beaux garçons, et toi ?
) Enfin bref, je ne
l'ai pas fait, comme d'habitude ; autrefois je me serais lamenté d'avoir laissé
passer une occasion (il n'est pas impossible que ce soit le même mec
qu'il y a vingt-huit mois, d'ailleurs), mais maintenant je suis plutôt
philosophe, et globalement je trouve que c'est un bon signe si des
garçons, fût-ce exceptionnellement, se retournent sur mon passage (si
ça s'est déjà produit, ça se reproduira bien un jour…).
2003-11-17 (lundi) · Dernier Quartier
Je crois que je peux considérer que je ne suis plus malade, mais j'ai attrapé le virus du farniente (enfin, il ne m'a jamais quitté, mais il s'est réactivé). J'ai dormi entre 10 et 12 heures par nuit pendant chacun des quelques derniers jours, et je n'ai pas fait beaucoup plus pendant la journée. Évidemment, j'ai plein de choses ultra-ultra-urgentes à faire, ou d'autres, sans qu'elles soient spécialement urgentes, qui traînent depuis une éternité, et qu'il faut bien que je me décide un jour à liquider (genre, des copies de devoirs qu'il faut bien que je rende un jour ou un autre). Et samedi (le 22), je fais un exposé (dans le cadre du séminaire Variétés rationnelles) qu'il faut bien que je me décide à préparer. En tout cas, aujourd'hui, je me suis levé à 14h (soit un peu plus de 12h après m'être couché), et je n'ai pour l'instant rien fait du tout — mais vraiment rien du tout.
Comment est-ce que je peux raconter ma vie dans ce 'blog s'il n'y a
rien à raconter ? ![]()
2003-11-16 (dimanche)
Le Festival de Films Gays et Lesbiens de Paris revient pour la 9e fois, du samedi 22 novembre au dimanche 30 novembre 2003. Pour moi ce sera la cinquième saison que j'irai (si ma mémoire est bonne…), et je suis très attaché à ce festival. Notamment j'aime beaucoup leurs séances de courts métrages (même si, évidemment, il y a du bon et du moins bon).
2003-11-16 (dimanche)
Lorsque j'ai un air de musique qui me trotte dans la tête, il m'est absolument insupportable de ne pas arriver à en retrouver l'origine. J'ai failli devenir fou, par le passé, parce que j'avais un air qui me revenait obstinément à l'esprit, que je savais que je le connaissais, et que je n'arrivais pas à mettre un nom dessus. Par exemple, pendant plusieurs mois j'ai eu le thème principal — très caractéristique — du 2e mouvement (Allegro moderato) de Finlandia de Sibelius qui me passait régulièrement dans les oreilles. Finalement, quand j'ai réussi à remettre un nom dessus, complètement par chance, ç'a été une révélation ; ce n'est pas que je sois spécialement fan de Sibelius, ou de Finlandia, ou de cet air en particulier, mais à force de le chanter pour essayer de me remémorer son origine, il était devenu obsédant ; je ne sais pas comment il m'était revenu à l'esprit, vu que je n'avais pas écouté Finlandia depuis une éternité, mais c'est justement ce qui rendait l'identification très difficile.
Ça m'arrive aussi pour des citations littéraires, par exemple, ou pour un nom que je n'arrive plus à relier à quoi que ce soit (j'ai le souvenir aussi d'avoir longtemps cherché qui pouvait bien être Morris Fuller Benton avant d'arriver à me rappeler que c'était le créateur de la police Century). Mais pour tout ça j'ai un outil génial : Google. Malheureusement, si Google est parfait pour retrouver la source d'une citation ou la signification d'un nom, on n'a rien de semblable pour un air de musique.
L'autre soir ma mère m'a parlé d'un cas semblable où elle avait entendu à la radio un air célèbre qui lui trottait depuis longtemps dans la tête et qu'elle trouvait très beau, un air qui était (ou avait été) le générique d'une émission de télé. L'ennui c'est qu'elle n'arrivait déjà plus à se rappeler ni quel était cet air, ni de quel morceau il était tiré, ni quel était le compositeur, ni quelle était l'émission. Et là, chercher à retrouver un air inconnu d'un compositeur inconnu, extrait d'un morceau inconnu, ayant servi de générique à une émission inconnue, c'était mal parti. Cependant, quand je lui ai parlé de mon cas avec Finlandia, il lui a semblé que son morceau était justement de Sibelius, et par ailleurs, c'était un air joué au violon. D'autre part, en y réfléchissant, elle s'est souvenu que l'émission était Océaniques (sur Arte). Je me suis donc acheté le CD du concerto pour violon (en ré mineur opus 47) de Sibelius, et je viens seulement de l'écouter. Et dès les premières notes du premier mouvement j'ai immédiatement su que c'était bien à ça que ma mère avait pensé, parce que (même si je ne sais même plus de quoi Océaniques pouvait bien parler) mon neurone a imméditement fait la connexion avec l'émission. C'est d'ailleurs un très beau morceau que ce concerto pour violon de Sibelius ; je suis sûr de l'avoir déjà entendu (outre le générique dont j'ai parlé), probablement plusieurs fois, mais je ne sais plus quand et comment : je suis content de pouvoir mettre clairement un nom dessus.
Dans le genre recherche désespérée, je crois que le pire a été le
jour où je cherchais à me rappeler le nom et l'auteur d'un livre dont
je ne savais rien du sujet parce que je ne l'avais pas lu. Les seules
choses que j'arrivais à me rappeler étaient d'une part que le livre
contenait en un endroit une citation particulièrement célèbre (mais je
ne savais plus quoi ni à quel sujet) et d'autre part qu'il avait un
très vague rapport avec une Licorne. Ça n'a vraiment pas été facile
de secouer les mèmes jusqu'à
tout retrouver, et pourtant : le livre en question, c'est The Silver Stallion de James Branch Cabell (le
rapport avec la licorne étant que celle-ci sert d'illustration sur la
couverture) et la citation c'est : The optimist
proclaims that we live in the best of all possible worlds; and the
pessimist fears this is true.
2003-11-15 (samedi)
[Executive summary in English of what follows: because of planned demolition works, there was a power outage at the ENS that lasted all day, so this Web site was down, and so was my email; I shouldn't lose any emails, but they may take a while to reach me—if necessary, resend.]
Une bonne partie de l'ENS, et notamment celle qui contient tous les ordinateurs dignes de ce nom (routeurs, serveurs Web, etc.), a été privée de courant pendant toute la journée à cause de travaux : un des bâtiments de l'École (celui qu'on appelle le « pavillon ») devait être détruit (ou plutôt, cela fait dix ans qu'on parle de le détruire, mais cette fois les choses se précisent un peu), et comme beaucoup de câbles essentiels de l'alimentation électrique passent par lui, il a fallu rediriger les choses. La coupure avait été prévue pour durer de 8h à 15h, et en réalité le courant a été rétabli vers 22h.
Notamment, pendant ce temps, ma page Web (comme toutes celles de l'École) a été inaccessible (dont ce 'blog, évidemment), et mon e-mail était en rade. Les messages qui m'ont été envoyés devraient m'arriver à terme, mais ils peuvent prendre plusieurs jours pour cela (s'il y a quelque chose d'urgent à me dire, le mieux est de renvoyer le message). Je ne suis pas entièrement persuadé que le rétablissement du courant soit entièrement durable (ça m'avait l'air assez artisanal, la tête des câbles électriques haute tension qu'ils ont mis en place) et que de nouvelles coupures ne se reproduiront pas, d'ailleurs ; on verra.
Toujours est-il que j'ai peu touché à un ordinateur aujourd'hui. On a fait une grande bouffe entre copains juste en plein milieu de l'entrée monumentale de l'ENS (là où il y avait encore du courant, donc de la lumière), c'était très sympa. Puis (après rétablissement du courant) nous avons déménagé dans une autre salle, et joué au pseudo-tarot (qui n'a toujours pas de nom).
Reste que je suis toujours vaguement malade et que je n'aurais pas dû rester tard à cette soirée parce que je tombe complètement de sommeil.
2003-11-14 (Friday)
कालोऽस्मि
लोकक्षयकृत्प्रवृद्धो
[Traduction française ci-dessous.]
The above quote in Sanskrit (which your browser most probably
cannot display correctly and which reads kālo
'smi lokakṣayakṛt pravṛddho
) is taken from
the Mahābhārata: it is probably the most
famous line of the Bhagavad Gītā ever since
Julius Robert Oppenheimer uttered it watching the first
A-bomb explode. It means I am [become] Death,
destroyer of worlds
. I thought it could serve as a nice epigraph
to Gus van Sant's Elephant,
which I saw today at the UGC
Gobelins (not the movie theater I usually go to, and altogether a
bad choice because the screen was very tiny and the sound was
horrible; but I had decided to go out at the last minute and this was
the only place I could reach before the film started).
Winner of the prestigious Gold Palm at the 2003 Cannes Festival, Elephant is a very beautiful movie recounting a tragic incident based on a true story that took place on 1999-04-20 at Columbine High School in Littleton, Oregon, when two boys entered the school heavily armed and started shooting everyone in sight. However, Elephant is strangely undramatic in tone; nor does it take any political stance whatsoever; and it is not morbid or voyeur in any way either. Quite simply, it is a work of great poetry and fascinating beauty: the teens are beautiful (both in the physical—and sometimes intensely homoerotic—sense, and in an almost metaphysical way too), and Death itself becomes aesthetic in the most amazing manner.
The movie's construction craft is extremely skillful. A same scene is sometimes shown many times, from the point of view of different characters, whose paths cross over and over again; so the spectator is lost in a labyrinth of time which deftly suggests the repetitive character of life in high school, and simultaneously induces a feeling of familiarity. Insignificant details acquire great artistic value, and the cinematography is at once clever and natural. One thing which did annoy me, however, was the over-intensive use of focal blur together with sometimes excessively lengthy scenes just showing someone walk the high school's hallways. But the acting was amazingly good, especially given that all the actors are amateurs: in particular, I noticed one instant's smile on one of the killer's face, which conjured emotions I could hardly put in words. Stupefying!
[French translation of the above.]
La citation en sanskrit ci-dessus (que votre navigateur ne peut
très probablement pas afficher correctement et qui se lit kālo 'smi lokakṣayakṛt
pravṛddho
) est extraite du
Mahābhārata : il s'agit de ce qui est sans
doute le plus célèbre vers de la Bhagavad
Gītā depuis que Julius Robert Oppenheimer l'a
prononcée en regardant exploser la première bombe A. Il
signifie je suis [devenu] la Mort, destructeur des mondes
. Je
pensais qu'elle pourrait servir d'épigraphe décente à Elephant de
Gus van Sant, que j'ai vu aujourd'hui à l'UGC
Gobelins (pas le cinéma où je vais d'habitude, et dans l'ensemble
un mauvais choix parce que l'écran était petit et le son horrible ;
mais j'avais décidé de sortir à la dernière minute et c'était le seul
endroit où je pouvais arriver à temps avant que le film commence).
Palme d'Or à Cannes 2003, Elephant est un très beau film racontant un incident tragique inspiré d'une histoire vraie qui s'est passée le 1999-04-20 au lycée Columbine de Littleton, Oregon, quand deux garçons sont entrés lourdement armés dans l'établissement et ont commencé à tirer sur tout le monde en vue. Cependant, Elephant a un ton étrangement peu dramatique ; il n'envoie aucun message politique ; et il n'est pas non plus en aucune façon morbide ou voyeur. Tout simplement, c'est une œuvre de grande poésie et de beauté fascinante : les ados sont beaux (à la fois dans un sens physique — et parfois intensément homoérotique —, et dans un sens presque métaphysique aussi), et la Mort elle-même devient presque esthétique de la façon la plus stupéfiante.
L'art de la construction du film est extrêmement habile. Une même scène est parfois montrée de nombreuses fois, du point de vue de personnages différents, dont les chemins se croisent encore et encore ; ainsi le spectateur est perdu dans un labyrinthe de temps qui suggère habilement le caractère répétitif de la vie au lycée, et en même temps provoque un sentiment de familiarité. Des détails insignifiants acquièrent une grande valeur artistique, et la mise en scène est à la fois intelligente et naturelle. Une chose qui m'a agacée, cependant, était l'usage trop intensif de la diminution de la profondeur de champ avec des scènes parfois excessivement longues montrant juste quelqu'un qui marche dans les couloirs du lycée. Mais le jeu des acteurs est excellent, surtout que ce sont tous des amateurs : notamment, j'ai remarqué un sourire d'un instant sur le visage d'un des tueurs, qui a suscité en moi des émotions que j'arrive à peine à formuler. Stupéfiant !
2003-11-13 (Thursday)
[Traduction française ci-dessous.] A completely gratuitous question: what is the best example, in history or literature, of a happy compromise? And a rhetorical question (or merely food for thought): is it better to be adamant about one's principles or willing to compromise? Either can require courage.
[French translation of the above.] Une question complètement gratuite : quel est le plus bel exemple, dans l'Histoire ou la littérature, d'un compromis heureux ? Et une question rhétorique (ou simplement matière à penser) : est-il préférable d'être inflexible sur ses principes ou prêt à compromettre ? L'un et l'autre peuvent exiger du courage.
2003-11-13 (jeudi)
Je ne sais pas qui a eu l'idée de ce nom, mais le « constat amiable », c'est le nom que nous donnons à la réception individuelle à mi-semestre des étudiants du DEUG MIAS, et ce que je viens de faire ce matin, avec mon collègue chargé de TD en chimie (et également responsable du projet professionel) — les chargés de TD d'informatique et de physique n'étaient, eux, pas venus, ce qui est dommage (ceci dit, en quatre ans, je n'ai jamais réussi à réunir les enseignants des quatre matières du groupe de TD).
C'est intéressant, parce que c'est l'occasion d'entendre parler (à propos d'eux-mêmes, de leurs résultats, de leur travail, du déroulement des cours, TD et TP, et de leurs projets d'avenir) des étudiants dont on connaît à peine le son de la voix tant ils sont muets d'habitude. Pour l'essentiel ils arrivent avec un air de chien battus et nous expliquent que leurs mauvaises notes au partiel sont dues à un manque de travail de leur part. Comme c'est mignon (et je dis ça sincèrement, je ne me moque pas du tout) ! Il n'y a pas de magie : certains vont se mettre à bosser sérieusement (au moins pour le partiel suivant), et ils auront leur DEUG, d'autres vont se décourager, et ils partiront vers d'autres horizons après avoir peut-être redoublé une (voire plusieurs) fois ; il y en a cependant quelques-uns, et là on est plus désemparé quant à savoir quoi leur dire, qui travaillent vraiment, et qui ne s'en sortent quand même pas.
Il y en a un dans le groupe dont je soupçonne très fortement qu'il est homo. Je serais curieux de savoir si c'est le cas (ce n'est pas vraiment une curiosité intéressée, je précise, même s'il n'est pas mal — en fait, ils sont quasiment tous « pas mal » dans ce groupe, c'est insupportable ; mais je ne vous parle pas de celui qui nous fait des sourires… à en fondre).
2003-11-13 (jeudi)
Je ne pense pas que ce soit la grippe ; d'ailleurs, d'après les GROG, l'activité de la grippe est encore sporadique (au moins pour la semaine dernière, 2003-W45). J'ai essentiellement un gros rhume, qui par moments se fait oublier et par moments me laisse complètement sonné.
Au moins j'ai bien dormi la nuit dernière (de 22h30 à 7h30 environ, même si je me suis levé plusieurs fois pour boire, parce que ma bouche était complètement desséchée à force de respirer par là).
2003-11-13 (Thursday)
/usr/sbin/traceroute clipper.ens.fr traceroute to clipper.ens.fr (129.199.129.1), 30 hops max, 38 byte packets 1 loopback1-lns101-tip-aboukir.nerim.net (62.4.16.244) 52.549 ms 56.265 ms 61.800 ms 2 geth0-1-holger.nerim.net (62.4.16.5) 51.448 ms 56.559 ms 56.268 ms 3 renater.sfinx.tm.fr (194.68.129.102) 56.921 ms 54.869 ms 56.801 ms 4 jussieu-a1-1-580.cssi.renater.fr (193.51.179.154) 53.455 ms 55.355 ms 52.796 ms 5 * * * 6 * * * 7 * * *
It's been like that for hours. Are they out for lunch?
Of course, you can't read this until it's irrelevant. ![]()
2003-11-12 (mercredi)
Je suis complètement KO, et je me sens mal. Le thermomètre indique 38.1°C — pas concluant pour savoir si c'est un rhume passager ou la grippe qui s'annonce. Je ne sais pas si c'est la fatigue qui me rend malade ou la maladie qui me rend fatigué, mais en tout cas ce n'est vraiment pas la forme.
Et pourtant demain matin je dois me lever vers 7h30 (sauf si je suis vraiment in articulo mortis), parce qu'on reçoit individuellement les étudiants de la section du DEUG MIAS pour faire le point à mi-semestre et confronter les points de vue des différents enseignants. Et ça n'a vraiment pas été facile de faire la communication entre le secrétariat (pour trouver la salle), les étudiants et les quatre chargés de TD (maths, info, physique, chimie) : ce serait vraiment embêtant si je ne venais pas.
À supposer que j'aie la grippe, je me demande si ça vaut la peine de voir un médecin, puisque de toute façon il me prescrira un traitement symptomatique assez inefficace : je peux aussi bien rester chez moi au chaud, me doper au paracétamol (plus un chouïa d'aspirine) et vitamine C, me rincer les sinus au sérum physiologique, et calmer les nausées avec du sirop nausicalm, j'ai tout ça dans mes placards. Et boire beaucoup, bien sûr.
2003-11-11 (Tuesday) · Veteran's Day
This should have taken a mere five minutes (since I had it all written out somewhere), but it really took me all day: writing a little something on the Mayan calendar.
2003-11-10 (Monday)
I was doing some Google
searches. Let's just say the kind of searches which would give
significantly different results if I had turned on
adult content filtering
protection, or whatever it's called.
(I love these euphemisms: it would be so undignified to just say I was
searching for porn sites — oops!) And then I saw for real what
I had only heard rumors of: Web engine spoofing. The site appeared
promising and content-savvy from what Google showed, so I clicked on
the link, but the actual content I got (in essence,you'll have to
pay $$$€€€¥¥¥¤¤¤ if you wish to get any real
content
), after a redirection, was very different from what the
Google excerpt seemed to hint. So I decided to investigate. And,
sure enough, I found proof positive of a deliberate attempt to spoof
Google: using the simple Unix command-line utility curl, I downloaded the same address
twice, once with a User-Agent field set to
Googlebot (masquerading as Google, that is), and once
with a standard User-Agent (like Mozilla),
and the two were indeed different, the first one showing a basic
HTML page loaded with keywords and links to other pages
of the exact same kind (which themselves were obscured by the same
technique), whereas the second result was an HTTP
redirection to some other site that wanted my credit card number and
so on.
Hence my dilemma: I could either (a) laugh at the site employing
such cheap (but effective) tricks (and at my own naïveté in clicking on the link), be happy with
myself for having noticed the foolery, and do nothing beyond that; or
(b) denounce the offending site to the Google quality team (since
there FAQ states that setting up pages/links with the
sole purpose of fooling search engines may result in permanent removal
from our index
), which is morally justified on the ground that I
despise this kind of trickery which adversely affects the search
quality by the engine I use; or, of course, (c) fall to the dark side
of the force, blackmail the webmaster of the offending site by
threatening to denounce it to Google and demand a free unlimited
access to all their content. Well, I disapprove of blackmail, but I
also disapprove of the site's techniques and philosophy, so I pondered
about option (c) for some time (I'd like to think that it would have
worked). But in the end I chose (b), not really in the manner of
electing virtue over vice, but rather out of curiosity to see if
Google would respond at all (previous experience tempts me to think
that they will read my mail and act accordingly — we'll
see): maybe this is even less virtuous when I think of it.
Of course, the net result of all this is that I spent a great amount of time carefully wording my email to Google and some more time writing this very entry, but I still have no porn, uh, anatomical site to show for (except a few Web-search-engine-hash-fodder pages which weren't meant for a human to see: they're interesting in their own way, they were probably generated by a dissociated press algorithm, but they lack the, ah, uh, pictures). Oh well. That's what I get for being a geek, I guess.
2003-11-10 (lundi)
Comme je voulais me sortir un peu de chez moi, je suis allé faire
un tour à la Fnac à côté de chez moi, en me disant,
je vais m'acheter un livre
(bon, pas forcément un livre, mais
comme je ne suis toujours pas payé [note : si quelqu'un du Trésor
public lit mon 'blog, je tiens juste à me rappeler à son bon
souvenir], il vaut mieux éviter les DVD pour le moment).
Ce n'est pas, bien sûr, comme si je n'avais pas cinquante livres déjà
achetés et qui n'attendent que que je m'y plonge (ou d'ailleurs
cinquante DVD que je n'ai pas encore regardés), mais
bon.
Et évidemment je n'ai pas su quoi acheter. Je trouve le choix à la
fois beaucoup trop large (ça ressemble vraiment au début d'une blague
débile, ça : c'est un David Madore qui rentre chez un libraire et il
voudrait acheter un livre
) et complètement nul. D'un côté il y
a des milliers et des milliers de titres qui me crient,
achète-moi !
(ou, si on a une un peu plus haute estime de
l'objet-livre, lis-moi !
) et je ne sais pas comment choisir ;
de l'autre, la Fnac Italie 2 n'est pas très riche dans sa sélection,
et n'a, par exemple, pas un seul titre en langue étrangère.
Évidemment je pourrais demander conseil aux libraires, ils sont là pour ça, mais comment voulez-vous que je fasse si je ne sais pas du tout ce que je cherche. Si je cherchais un livre dont la couverture est rose avec des pois bleus, peut-être que ça serait possible. Mais ce que je veux, c'est un livre qui me plairait.
Oh, ce n'est pas comme si il n'y avait pas des aides pour trouver
ça. Meilleures ventes
, lit-on ici (mais ai-je le même goût que
les meilleurs acheteurs des meilleurs ventes ?) ; notre
sélection
ou coup de cœur
lit-on là (mais de qui ?) ;
prix Goncourt
(souvenirs nébuleux d'une polémique à ce sujet,
qui m'intéresse fort peu) ; prix Médicis
, prix Renaudot
,
prix Tartempion
: bon, au lieu de choisir un livre, je peux
choisir un prix, si je veux ; meilleur prix
: non je
plaisante ; Amélie Nothomb
: ça c'est un peu comme prix machin
ou prix truc, ça fait vendre aussi, on dirait ; Nadine Trintignant,
ma fille
, avec un petit feuillet jeté — charmante intention
— qui précise que toute personne accusée est présumée innocente
jusqu'à ce que sa culpabilité ait été prouvée par un tribunal ;
tout ce que vous n'avez jamais voulu savoir sur la sexualité de vos
enfants et que vous allez devoir apprendre à vos dépens
(ou
quelque chose de ce genre) : c'est un peu trop tard pour moi, là.
Pfiou. Tout ça, et un raton-laveur.
Je ne dis pas qu'il n'y a pas de très bons critiques littéraires.
Que ce soit parmi les professionnels ou parmi mes amis ou
connaissances, il y a des gens qui émettent des avis très valables et
très pertinents, je n'en doute pas, et qui pourraient m'aider. Bon,
bien sûr, je ne pense jamais à faire mon choix à l'avance, je n'ai pas
apporté en venant à la Fnac mes petites notes gribouillées sur les
titres que je pourrais envisager d'acheter (et je suis incapable de me
rappeler un seul des titres dont je m'étais dit, tiens, c'est
intéressant, il faudra que je voie ça
). Mais ce n'est pas le seul
problème : les critiques littéraires, aussi bons soient-ils,
critiquent eu égard à leurs propres goûts, qui ne sont pas forcément
les miens. Amazon.com, lui, me
dirait welcome, David Madore, we have some
suggestions for you
, en se basant sur mes achats précédents (et je
découvrirais qu'il s'agit du traité définitif sur la masturbation et
du standard ISO 299792458 sur le filetage des
enclumes, et je me lamenterais de la perspicacité redoutable
d'Amazon.com pour ce qui est de l'évaluation de mon caractère) ; mais
heureusement, nous ne sommes pas en 2038, et quand je rentre à la Fnac
il n'y a pas encore une hôtesse souriante pour me dire ouèlcomeuh,
David Madore, oui av seume suggestieunes feur you
.
Là-dessus, mon esprit profondément dérangé conçoit la solution
ultime du problème du choix des livres : une immense base de données
de critiques littéraires où chacun décrit son avis sur tous les livres
qu'il a lus, et répond à diverses questions comme quel est votre
nom ?
, quelle est votre couleur préférée ?
et quelle
distance une hirondelle peut-elle parcourir en portant une noix de
coco ?
, et le système effectue toutes les corrélations entre ces
différents paramètres (mes goûts connus et ceux des autres critiques),
fait appel aux indicateurs dernier cri de la statistique, et mouline
le tout pour me dire, définitivement et positivement, quel est le
livre qui me convient ici et maintenant. Peut-être
même qu'il l'écrit pour moi, d'ailleurs, ou au moins le fait écrire
par un nègre ad hoc.
Mais bon, ce système n'existant pas encore, j'en suis réduit à
utiliser des méthodes plus traditionnelles. J'ai flâné dans les
rayons et j'ai fini par trouver le dernier Le Chat, et
j'ai acheté ça. Exeunt le prix Goncourt et le
marquis de Sade : là au moins j'aurai (eu) fini en dix minutes et j'en
aurai (eu) pour mon argent. (Enfin, presque : en fait, je suis un peu
déçu, Geluck a fait mieux, notamment parce que dans les précédents
albums il y avait à peu près 50% de jeux de mots et 50% d'autres
blagues, tandis que cette fois c'est plutôt 80% contre 20% ; mais bon,
j'ai quand même relevé cet excellent : quand l'homme a découvert
que la vache donnait du lait, que cherchait-il exactement à faire ce
jour-là ?
…)
Allez, maintenant que je sais comment trouver un livre, je n'ai plus qu'à me trouver un mari. C'est presque aussi facile.
2003-11-10 (lundi)
Depuis une semaine, je suis complètement lessivé. J'ai eu presque chaque jour une raison pour me lever avant 9h, et même si je me suis couché régulièrement tôt, j'ai fait des crises d'insomnie quasiment chaque nuit (encore cette nuit entre 2h et 5h du matin environ). Je me sens complètement déphasé, ou pire. Aujourd'hui, j'avais une réunion entre enseignants du DEUG MIAS, pour laquelle je me suis levé à 7h, et même si j'allais assez bien pendant la réunion, en sortant j'avais vraiment la tête qui tournait et le sentiment de défaillir. J'ai eu une faim terrible vers 11h : j'ai mangé quelques madeleines au chocolat prises dans un distributeur, pour tenir le coup, mais ça m'a complètement coupé l'appétit au déjeuner.
Ce qui est plus inquiétant, c'est que j'ai régulièrement des maux de tête (diffus, mais certains) et des saignements de nez. Or la seule chose qui marche bien contre mes maux de tête (en tout cas de ce genre-là), c'est l'aspirine, qui n'est pas exactement préconisée quand on saigne du nez. J'essaie d'en prendre la dose minimale qui soit efficace (soit autour de 250mg/j, pris au moment où j'ai le plus mal), mais je ne sais pas si ça suffit à pallier considérablement ses effets anticoagulants. À l'instant, j'en ai pris un comprimé et, cinq minutes plus tard, pouf, je me suis mis à saigner (chose bizarre, d'ailleurs, le saignement a disparu aussi sec). Le problème n'est pas tant que j'ai du mal à arrêter le saignement sur le coup — j'y arrive plutôt bien, en fait, en serrant mon nez assez fort pendant une ou deux minutes —, l'ennui est plutôt que le lendemain ou le surlendemain, ça peut recommencer à n'importe quel moment, et la série peut durer des jours et des jours (j'ai déjà vécu ça).
Je ne crois pas être malade, c'est juste la fatigue. Du coup, il faut vraiment que je rattrape du sommeil. Or demain c'est le 11 novembre. Mais, que faire : si je me couche trop tôt (avant 22h, disons), je ne vais pas m'endormir, et dans tous les cas je risque de faire de l'insomnie vers 3h du matin. Si je mets mon réveil pour 10h ou avant, je risque de ne pas rattraper assez d'heures de retard (d'autant plus que mercredi matin c'est lever à 7h). Si je le mets pour plus tard que ça (ou pas du tout), je ne m'habitue pas à me lever plus tôt.
Pfiou, j'ai des relents de sang dans la gorge, maintenant. J'ai horreur de ce goût. Je ferais un très mauvais vampire.
2003-11-09 (dimanche) · Pleine Lune
[English translation follows.]
Je voulais prendre la résolution de me coucher tôt, mais j'ai tout de même voulu rester voir l'éclipse, hier soir. Je ne l'ai pas regretté, parce qu'elle était très belle et très visible : la Lune était très haute dans le ciel puisqu'elle se produisait vers 1h du matin heure solaire (soit 2h heure légale d'hiver à Paris) et puisqu'on n'est plus si loin du solstice (de sorte que l'écliptique est haut dans le ciel la nuit), et par ailleurs la météo était très favorable (vers 2h du matin il n'y avait pas un nuage à proximité de la Lune).
Au début j'étais un peu déçu : un observateur inattentif aurait pu croire à un croissant de Lune (la partie cachée ne se voyait pas du tout, sans doute masquée par la partie non encore éclipsée et par la luminosité résiduelle du ciel à Paris). Sauf qu'évidemment d'une part un croissant de Lune aussi haut dans le ciel au milieu de la nuit ce n'est pas très plausible (ben oui, un croissant, ce n'est jamais loin du Soleil) et d'autre part le bord du croissant n'a pas du tout la même forme : finalement ça donnait un peu le vertige de voir cette petite écharde de Lune si haut dans le ciel. Alors que l'éclipse approchait la totalité, la Lune a joué avec de petits altocumulus et j'ai cru qu'elle allait disparaître complètement, mais ce sont les nuages qui sont partis. Finalement, la totalité a clairement montré un disque pâle d'éclairage indirect. Cela doit être très beau vu de là-haut, et l'éclairage si particulier ! N'ont-ils pas laissé une caméra sur l'astre pour pouvoir filmer une éclipse ?
Un certain nombre de gens dans les rues levaient la tête de temps
en temps, soit qu'ils étaient déjà au courant de cette éclipse soit
qu'ils la remarquaient au moment même (il est vrai qu'on regarde assez
peu la Lune, mais la pleine Lune, tout de même, se voit bien, et à
plus forte raison si elle est éclipsée). Quelqu'un m'a demandé, sur
un ton presque agressif, qu'est-ce qu'ils ont, tout le monde, à
regarder en l'air ?
: je lui ai signalé l'éclipse, et il a
répondu, ah, une éclipse ? solaire ? lunaire ?
; je me suis
retenu de lui rétorquer que l'éclipse solaire avait lieu depuis un
certain moment et que ça s'appelait la nuit, mais je lui ai montré la
Lune en lui disant qu'elle était pleine et qu'on voyait bien qu'elle
était éclipsée : ça ne l'a pas impressionné, et il est reparti en
secouant la tête. Manifestement quelqu'un qui n'a pas le temps de
regarder le ciel.
La dernière éclipse que je me rappelle nettement est celle, lunaire, du 2001-01-09 (9 janvier / 14 terminus 2001), parce que c'était le premier jour que j'allais à l'association HBO et nous avons regardé la Lune ensemble. Avant cela, il y avait eu une très rare éclipse totale de soleil visible en France, au nord de Paris, le 1999-08-11 (11 août / 29 claud 1999), que beaucoup de gens s'étaient déplacés pour voir ; j'étais pour ma part allé avec mes parents la voir du côté de Compiègne. Et puis j'ai un souvenir bizarre d'avoir vu une éclipse de Lune (probablement totale, sinon ça ne vaut pas la peine d'être vu) pendant mes vacances en Toscane à l'été '92 (fin juillet et/ou début août), mais je dois soit me tromper dans ce souvenir soit me tromper dans la date, parce que je ne trouve pas d'éclipse qui puisse correspondre. Il y a aussi une éclipse de Lune au commencement d'un chapitre important de mon roman La Larme du Destin.
On entend parfois des légendes selon lesquelles telle ou telle civilisation ancienne (les Égyptiens, les Mayas, que sais-je encore ?) arrivait à « prédire les éclipses ». Je n'en crois pas un mot. Ou en tout cas cela dépend ce qu'on entend par « prédire » les éclipses : il est certain qu'on a pu remarquer une certaine périodicité des phénomènes (notamment le « saros », dont je vais dire un mot), mais c'est autre chose d'arriver à prédire les choses exactement, et ne parlons pas de localiser une éclipse de soleil. La théorie sous-jacente nécessaire pour faire une prédiction n'existait pas avant Newton, ni les méthodes analytiques avant Laplace, et la première théorie sérieuse de la Lune est celle que Charles Delaunay publie à partir de 1860.
Sur le principe, les choses ne sont pas spécialement compliquées (encore faut-il les comprendre) : la Terre tourne autour du Soleil, et la Lune tourne autour de la Terre ; les phases de la Lune sont déterminées par l'angle, vu depuis la Terre, entre le Soleil et la Lune : dans cet ordre, nouvelle Lune quand la Lune a la même longitude écliptique (i.e. longitude mesurée sur le plan de l'orbite terrestre) que le Soleil, premier quartier quand la Lune est de 90° à l'ouest du Soleil, pleine Lune quand la Lune est à la longitude opposée de celle du Soleil, et dernier quartier quand la Lune est de 90° à l'est du Soleil. Les éclipses, elles, se produisent quand la Lune se glisse entre le Soleil et la Terre, l'assombrissant de son ombre (éclipse de Soleil, donc) ou quand la Terre se glisse entre le Soleil et la Lune, assombrissant cette dernière (éclipse de Lune, donc). D'une part cela veut dire que les éclipses de Soleil se produisent toujours à la nouvelle Lune et les éclipses de Lune à la pleine Lune (c'est une évidence, oui, mais je suis sûr qu'il y a plein de monde pour qui ce n'est pas clair ; en l'occurrence, on pourra noter que nous sommes pile à la moitié du Ramadan, et que sur le calendrier lunaire grégorien que j'ai ressuscité nous sommes le 15 du mois de novil), et d'autre part il faut expliquer pourquoi il n'y a pas une éclipse à chaque nouvelle et pleine Lune.
Pour aller (un peu) plus loin, il faut comprendre que le plan de l'orbite lunaire n'est pas le plan (appelé écliptique parce que c'est justement là que se produisent les éclipses) de l'orbite terrestre (ou, si on veut, de l'orbite apparente du Soleil vu depuis la Terre). Ces deux plans font un angle de 5°9′24″ l'un avec l'autre (l'inclinaison de l'orbite), et se rencontrent selon une droite appelée la ligne des nœuds lunaire(s). Si l'inclinaison était nulle, il y aurait deux éclipses par mois, une solaire à chaque nouvelle Lune et une lunaire à chaque pleine Lune. Mais en fait, à la nouvelle Lune, la Lune risque de se trouver jusqu'à 5° au-dessus ou en-dessous du Soleil (même si elle a la même longitude) : pour qu'il y ait éclipse, il faut que le Soleil et la Lune se trouvent non seulement à proximité l'un de l'autre en longitude mais en outre à proximité de la ligne des nœuds (de sorte que la Lune sera dans le même plan que le Soleil).
On appelle mois synodique la durée moyenne entre deux phases égales de la Lune, et il vaut environ 29.53059 jours solaires. (Ce n'est pas la période de révolution de la Lune autour de la Terre mesurée par rapport aux étoiles fixes, car en même temps que la Lune se déplace par rapport aux étoiles fixes, le Soleil se déplace aussi, dans la même direction, effectuant un tour en une année sidérale. Donc le temps mis par la Lune pour revenir à la même position par rapport aux étoiles, ou mois sidéral, est plus court que le temps mis pour revenir à la même position par rapport au soleil : le mois sidéral vaut, lui, 27.32166 jours ; et il y a précisément un mois sidéral par année sidérale de plus qu'il n'y a de mois synodiques, car si la Lune a fait douze tours et quelques par rapport au Soleil, elle en a fait treize et quelques par rapport aux étoiles vu que le Soleil lui-même a fait un tour.) Le parcours de la Lune n'est pas uniforme sur son orbite : la distance entre Terre et Lune n'est pas constante, et la Lune avance plus vite à proximité du point, appelé périgée, où elle est la plus proche de la Terre (c'est la troisième loi de Kepler, ou loi des aires) ; cela explique que les phases égales de la Lune ne soient pas systématiquement séparées de 29.53059 jours (en réalité il y a bien d'autres perturbations du mouvement de la Lune, mais l'ellipticité de l'orbite est de loin la plus importante).
Maintenant, la ligne des nœuds lunaire n'est fixe ni par rapport aux étoiles (« fixes ») ni par rapport à l'orbite lunaire, ni par rapport aux directions des saisons (les équinoxes, qui ne sont pas non plus fixes par rapport aux étoiles : c'est la précession des équinoxes correspondant à un mouvement de gyroscope de l'axe de rotation de la Terre) ; et le périgée lunaire n'est pas non plus fixe. Bref, tout bouge, et si on est comme moi incapable de « voir dans l'espace », on a du mal à se représenter les choses. Les phénomènes les plus importants sont : l'avance du périgée lunaire et la régression des nœuds. L'avance du périgée signifie que lorsque la Lune, partant du périgée, accomplit un tour par rapport aux étoiles fixes, elle ne revient pas tout à fait au périgée, mais elle doit encore tourner un petit peu avant d'y arriver : on appelle mois anomalistique (car l'anomalie d'une planète est sa position mesurée par rapport au périastre) le temps moyen séparant deux passages de la Lune au périgée, et l'avance du périgée se traduit par le fait qu'il est légèrement plus long que le mois sidéral : 27.55455 jours solaires. Encore plus important pour le calcul des éclipses est l'intervalle de temps séparant deux passages de la Lune sur la ligne des nœuds (dans la même direction), ou mois draconitique (le nom vient du fait que le nœud ascendant était appelé « tête du dragon » par les astrologues, car c'est un dragon qui dévore le soleil pendant les éclipses) : la régression du nœud signifie que le mois draconitique est, lui, plus court que le mois sidéral : il vaut 27.21222 jours solaires.
Au lieu de considérer le retour de la Lune sur une direction de la ligne des nœuds, on peut considérer celui du Soleil. Cela se produit après une année draconitique : un petit calcul montre qu'elle vaut donc 346.6201 jours solaires. Toutes les demi-années draconitiques, donc tous les 173.3100 jours (à des irrégularités près dans le mouvement de révolution de la Terre et dans celui du nœud lunaire), le Soleil se retrouve donc sur la ligne des nœuds lunaires, c'est-à-dire dans le plan de l'orbite de celle-ci. Cela détermine une « saison à éclipses », qui dure grossièrement un mois centré sur le passage du Soleil au nœud. Une nouvelle ou pleine Lune (collectivement on parle de syzygie) située à proximité de ce moment va donc normalement déterminer une éclipse : de façon générale, il y a au moins quatre éclipses par année draconitique, chaque passage du Soleil au nœud lunaire provoquant une éclipse à la syzygie précédant et à la syzygie suivant immédiatement ce passage, et parfois un peu plus (par exemple, si le passage du Soleil au nœud coïncide d'assez près avec une pleine lune, on peut penser que tant la nouvelle lune suivante que la précédente détermineront une éclipse de Soleil).
À titre d'exemple (à supposer que je ne me sois pas trompé dans mes calculs ni en recopiant les valeurs numériques pour les éléments des orbites planétaires, ce qui est fort douteux), le Soleil passe par la ligne des nœuds lunaires vers 2003-11-13T07:35Z (le 13 novembre / 19 novil 2003 à 7h35 temps universel), ce qui explique que la pleine Lune précédente et la nouvelle Lune suivante soient respectivement une éclipse de Lune (celle de cette nuit) et de Soleil (une éclipse totale le 23/24 novembre / 29/30 novil, visible essentiellement en Antarctique). Le prochain passage du Soleil par la ligne des nœuds se situe, une demi-année draconitique plus tard, vers 2004-05-01T04:13Z (le 1er mai / 11 pouque 2004) et provoque une éclipse partielle de Soleil à la nouvelle lune précédente (le 19 avril / 28 ambre 2004) et une éclipse totale de Lune à la pleine lune suivante (le 4 mai / 14 pouque 2004). Et ainsi de suite. Plus la syzygie est proche du passage du soleil au nœud et plus l'éclipse sera complète.
Pour en savoir plus, et notamment si les différentes éclipses seront partielles ou totales, il faut évidemment mener les calculs détaillés — ce qui nécessite une théorie précise de la révolution de la Terre et de la Lune, et c'est en cela que j'affirme que les civilisations antiques, tout intéressées qu'elles étaient par ce problème, ne pouvaient pas arriver à un calcul précis. Même avec la bonne théorie, évidemment, les calculs étaient invraisemblablement complexes avant l'arrivée des ordinateurs (et encore maintenant ils sont hautement pénibles à programmer). Surtout si on souhaite obtenir une bonne estimation de l'emplacement sur la Terre de la trajectoire des éclipses de Soleil, car ce calcul-là demande en outre une théorie précise de la rotation de la Terre, ce qui est encore plus complexe que la révolution de la Lune.
Quelqu'un a été assez fou pour faire les calculs avant l'arrivée des ordinateurs : en 1887, Theodor Ritter von Oppolzer publie (de façon posthume) auprès de l'Académie impériale de Vienne le Kanon der Finsternisse (Canon des éclipses), un catalogue de plus de 13000 éclipses (8000 de Soleil et 5000 de Lune, mais il ne compte pas les éclipses lunaires uniquement par la pénombre) entre l'an 1207 avant l'ère commune et l'an 2161 de l'ère commune. L'éclipse de la nuit dernière porte ainsi le numéro 4963 (parmi les éclipses lunaires) dans le canon d'Oppolzer.
Cependant, même sans théorie fondamentale on peut observer certains phénomènes dans le déroulement des éclipses. Certes il n'est pas vrai qu'il y ait une périodicité complète : néanmoins il existe une coïncidence remarquable appelée le saros, qui était certainement connue dès la plus haute antiquité.
Un saros, c'est 223 mois lunaires synodiques, soit 6585.321 jours solaires. L'intérêt de cette période est qu'elle coïncide de très près d'une part avec 19 années draconitiques (6585.782 jours) ou avec 242 mois draconitiques (ce n'est là que deux aspects de la même coïncidence, bien sûr : si le Soleil revient près du nœud après 223 lunaisons, la Lune ne peut qu'en faire autant), et d'autre part avec 239 mois anomalistiques (6585.537 jours), et ce n'est pas loin non plus de 18 années anomalistiques (soit 18 passages de la Terre au périhélie). Toutes ces coïncidences font que, un saros plus tard, ou 18 années juliennes, 10 ou 11 jours (selon la configuration des années bissextiles pendant ces 18 années) et un tiers, on retrouve le Soleil, la Lune et la Terre dans la même configuration céleste sur les orbites (notamment, le nœud lunaire a effectué à peu près un tour complet par rapport à l'équinoxe, et le périhélie en a effectué deux dans le sens opposé) : les éclipses doivent donc se retrouver sensiblement identiques. On avance le chiffre de 71 éclipses (43 solaires et 28 lunaires sans compter les pénombrales) dans un saros. En réalité, le saros n'est évidemment pas parfait, et quand on les accumule, les conditions des éclipses changent progressivement, et de façon peu prévisible. Néanmoins, quand on voit une éclipse on peut généralement prédire que 18 années, 10 ou 11 jours et un tiers plus tard, ou plus tôt, il y en a une autre qui lui ressemble beaucoup. Par exemple, à l'éclipse de la nuit dernière, qui atteignait son maximum à 2003-11-09T01:19Z on peut trouver une grande sœur le 1985-10-28T17:42Z et une petite sœur le 2021-11-19T09:03Z, à la différence près que cette dernière n'est pas totale. Pour les éclipses de Soleil, comme le saros dépasse d'un tiers le nombre entier 6585 de jours solaires, on peut prédire que deux éclipses séparées par un saros auront lieu à des longitudes séparées d'environ 120° sur la surface de la Terre (ainsi, celle de 1999-08-11T11:03Z, éclipse totale visible en Europe, donne, un saros plus tard, 2017-08-21T18:25Z, une autre éclipse totale mais cette fois sur les États-Unis). Notons que (bien qu'ils vaillent l'un et l'autre quelque chose comme 19 ans) il ne faut pas confondre le saros et la durée du cycle de Méton (235 mois lunaires synodiques ou 19 années tropiques) : une éclipse après un saros n'a donc pas de raison de se retrouver le même jour sur le calendrier lunaire (parfois elle est décalée d'un mois).
[Traduction anglaise de ci-dessus.]
I had resolved to go to bed early, but I still wanted to stay up to see the eclipse, yesterday night. I didn't regret it, because it was very pretty and very visible: the moon was high up in the sky since it was happening around 1AM solar time (that's 2AM Paris legal time) and since we aren't far from the solstice (so that the ecliptic is high in the sky at night), and besides the weather was very favorable (around 2AM there wasn't a cloud around the moon).
At first I was a bit disappointed: a careless observer might have mistaken for a moon crescent (the hidden part was entirely invisible, probably obscured by the still uneclipsed part and the residual luminosity of the sky in Paris). Except that, of course, first, a crescent that high in the sky in the middle of the night isn't very plausible (yeah, a crescent is never far from the sun) and, second, the edge of the crescent doesn't have the same shape at all: actually, it brought a kind of feeling of vertigo to see this tiny sliver of moon so high in the sky. As the eclipse was nearing totality, the moon dove in some small altocumuli and I thought it was going to disappera completely, but it was the clouds who left. Finally, the totality clearly showed a pale disk of indirect lighting. It must be very pretty seen from up there, and the lighting so peculiar! Didn't they leave a camera on the moon to film an eclipse?
A certain number of people in the streets were lifting their head
from time to time, either because they were aware of this eclipse or
because they noticed it at that very moment (it is true that one
seldom watches the moon, but the full moon, still, is clearly
noticeable, and even more so when it is eclipsed). Someone asked me,
in an almost aggressive tone, what is everyone doing staring in the
sky?
: I pointed out the eclipse to him, and he answered, uh, an
eclipse? solar? lunar?
; I refrained from retorting that the solar
eclipse was taking place since a while ago and was called the night,
but I showed him the moon, telling him that it was full and that one
could clearly see it was eclipsed: it didn't impress him, and he
walked away while shaking his head. Obviously someone who doesn't
have much time to watch the sky.
The last eclipse I distinctly remember is that, lunar, of 2001-01-09 (January 9 / Terminus 14, 2001), because it was the first day I was going to the campus gay&lesbian alliance and we watched the moon together. Before that, we had a very rare total solar eclipse visible in France, north of Paris, on 1999-08-11 (August 11 / Claudy 29, 1999), that many people traveled to see; for my part I went to see it with my parents around Compiègne. And I have a bizarre memory of having seen a lunar eclipse (probably total, because the other ones are hardly worth noting) during my vacation in Tuscany in the summer of '92 (end of July and/or beginning of August), but I must be mistaken in this memory or mistaken in the date, because I can't find any matching eclipse. There is also a lunar eclipse at the beginning of an important chapter of my novel La Larme du Destin.
We sometimes hear legends tell us that this or that ancient civilization (the Egyptians, the Mayas, or I don't know what) could “predict eclipses”. I don't believe a word of it. Or at any rate it depends what is meant by “predicting” eclipses: it is certain that a certain periodicity in the phenomena could have been noticed (such as the “saros” of which I'll say a word), but it is something completely different to be able to predict things exactly, not to mention localizing a solar eclipse. The underlying theory necessary to make a prediction did not exist before Newton, nor the analytical methods before Laplace, and the first serious theory of the moon is that which Charles Delaunay published from 1860 on.
On the principle, things aren't specially complicated (still they must be understood): the earth revolves around the sun, and the moon revolves around the earth; the phases of the moon are determined by the angle, as seen from the earth, between the sun and the moon: in this order, a new moon when the moon has the same ecliptic longitude (i.e. longitude measured in the plane of the earth's orbit) as the sun, first quarter when the moon is 90° west of the sun, full moon when the moon is at the opposite longitude as the sun, and last quarter when the moon is 90° east of the sun. Eclipses, for their part, happen when the moon steps between the sean and the earth, causing it to darken in the shadow (solar eclipse) or when the earth steps between the sun and the moon, causing the latter to darken (lunar eclipse). This means that the solar eclipses always occur at the new moon and the lunar eclipses at the full moon (it's obvious, I know, but I'm sure there are plenty of people for whom it is not so clear; in our case we might note that we are halfway through the Ramadan, and that on the Gregorian lunar calendar which I resurrected we are the 15th of the month of Novil) and on the other hand it must be explained why there isn't an eclipse at every new and full moon.
To go (a bit) further, we have to understand that the plane of the lunar orbit is not identical to the plane (called the ecliptic because it is precisely there that eclipses happen) of the earth's orbit (or, if we want, of the apparent orbit of the sun seen from the earth). These two planes form an angle of 5°9′24″ between one another (the inclination of the orbit) and interset along a line called the lunar line of nodes. If the inclination were zero, there would be two eclipses per month, a solar at each new moon and a lunar at each full moon. But in fact, at the new moon, the moon might happen to be up to 5° above or below the sun (even if it has the same longitude): for an eclipse to occur, the sun and the moon must not only be near one another in longitude but also near the line of nodes (so that the moon is in the same plane as the sun).
The synodic month is the mean duration between two equal phases of the moon, and it is approximately 29.53059 solar days. (This is not the period of revolution of the moon around the earth measured with respect to fixed distant stars, because just as the moon moves relative to the fixed stars, the sun also moves, in the same direction, revolving once around in a sidereal year. So the time taken by the moon to return to the same position with respect to the stars, or sidereal month, is shorter than the time taken to return to the same position with respect to the sun: the sidereal month, for its part, is 27.32166 days; and there is precisely one more sidereal months in a sidereal year than there are synodic months, because if the moon went twelve and something times around the earth with respect to the sun, it also went thirteen and something times with respect to the stars, since the sun itself went around once.) The course of the moon isn't uniform on its orbit: the distance between earth and moon isn't constant, and the moon moves faster around the point, called the perigee, where it is closest to the earth (this is Kepler's third law, or the law of areas); this explains that equal phases of the moon aren't systematically separated by 29.5309 days (in fact there are plenty of other perturbations of the moon's movement, b