David Madore's WebLog: 2009-12

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in December 2009 / Entrées publiées en décembre 2009:

(mercredi)

Lave-linge kaputt

Ce matin[#], mon poussinet veut faire une lessive : le lave-linge ne répond pas (aucune lumière ne s'allume, rien du tout). Panique à bord ! Le poussinet commence à vérifier la prise et les fusibles, mais je me rends compte qu'en fait c'était juste le couvercle qui était mal fermé. Ouf.

Sauf que deux lessives plus tard, en début de cycle d'essorage, on entend un grand POUF, et on sent une odeur de caoutchouc brûlé dans toute la cuisine. Cette fois, le lave-linge est réellement mort (et un fusible de 20A avec lui), après environ dix ans de plus ou moins bons et raisonnablement loyaux services. Je suis estomaqué de la coïncidence — le matin on pense ce serait horrible que la machine à laver tombe en panne et le soir c'est une réalité —, mais je ne vois vraiment pas quel lien de cause à effet il pourrait y avoir.

Le problème n'est pas tant qu'un lave-linge-combiné-séchant coûte cher (ça a plutôt baissé en prix depuis dix ans). C'est plutôt qu'un 30 décembre on ne va pas obtenir une livraison avant une semaine et qu'on a besoin de faire des lessives avant (et que le lavomatic, c'est vraiment une perte de temps vu qu'il faut rester tout le temps surveiller qu'on ne se fait pas voler). Mais c'est surtout que, vue la façon dont les meubles de notre cuisine sont encastrés, bouger quoi que ce soit ressemble à un jeu de sōkoban (il faut commencer par retirer le frigo, puis tirer la machine à laver, puis déplacer le meuble adjacent au frigo, pour pouvoir enfin bouger latéralement la machine à laver…) : ce n'est pas seulement compliqué, c'est fatigant et on risque sans arrêt de casser plein de choses. On a même cru un instant qu'il faudrait démonter des placards posés au mur depuis l'installation de la machine.

Mon poussinet, qui aime bien jouer au MacGyver, démonte tout en me jurant mais si, c'est certainement un truc évident qui a grillé, et ça doit se remplacer facilement (tu parles, il ne retrouve même pas quelles vis vont en face de quels trous quand il s'agit de remonter ce qu'il a défait), puis on peut quand même faire appel à un réparateur (sauf que là c'est pas une semaine sans lave-linge qu'il faudra tenir, c'est un mois). Je finis par le convaincre que, non, le plus raisonnable est vraiment de mettre l'appareil cassé aux encombrants (en espérant qu'ils contactent Emmaüs pour voir si ça peut être sauvé) et d'en racheter un neuf. Miraculeusement, la mairie de Paris peut enlever l'ancienne machine un 31 décembre, et Darty me propose une livraison pour dimanche. Et aussi, heureusement que nous habitons au rez-de-chaussée.

Par contre, entre temps, on abîme le pas de la porte en jouant à déplacer le frigo, on découvre une fuite dans une gaine de l'immeuble qui passe dans le coin de notre cuisine, le poussinet finit sa lessive dans la baignoire et attrape des ampoules aux mains et son linge déteint, etc. Les contrariétés ne viennent jamais seules ! (Le POUF s'est produit à 21h, il est maintenant 1h30 du matin, et on n'a toujours pas fini de s'occuper des conséquences indirectes de cette panne.)

[#] Plus exactement, vers 14h du matin.

(dimanche)

Fragment littéraire gratuit #126 (une rencontre)

Moi c'était il y a quelques années, au cours d'une réception où je m'étais retrouvé un peu par hasard, chez des amis d'amis d'amis. En fait, une connaissance d'un de mes copains d'enfance avait reçu le prix d'économie de la banque de Suède (qu'on classe avec les Nobel), ces gens organisaient une fête en son honneur, et je m'étais retrouvé là sans vraiment être invité. Sans être complètement un intrus non plus, d'ailleurs l'entrée était filtrée. Mais je ne me sentais pas à ma place : je me sentais miteux, il y avait même des gens qui avaient leurs gardes du corps avec eux, et je crois que j'étais moins bien habillé que les gardes du corps.

Bref, je picorais des petits fours à l'écart de la foule en cherchant parmi les invités quelqu'un que je pourrais connaître, et je vois ce bonhomme. L'air un peu seul, dont la tête me disait quelque chose mais je n'arrivais pas à me rappeler pourquoi. Je lui fais part de mes préférences parmi les canapés, et nous engageons la conversation. En français, même si la plupart des gens autour de nous parlaient anglais, mais il s'avère que le type maîtrisait impeccablement le français, avec un délicieux accent allemand. Nous échangeons des banalités, puis pour essayer de retrouver pourquoi je crois le connaître, plutôt que de risquer un impair en demandant son nom, je lui demande ce qu'il fait, il me répond qu'il s'occupe de paperasse, beaucoup de paperasse, et qu'il est comment dit-on en français ? une sorte de notaire. Nous parlons de Berlin, où il est obligé d'habiter en ce moment, de Strasbourg qu'il semble très bien connaître, et fil en aiguille, de toutes sortes de choses, d'urbanisme, d'art, et aussi un peu d'informatique, jusqu'à des anecdotes de fac. Il m'a paru très cultivé, son jugement très fin, et j'ai apprécié son côté espiègle.

Puis voilà qu'un brouhaha se rapproche de nous. Mon bonhomme reconnaît quelqu'un et me dit : Ah, je vois que mes geôliers ont retrouvé ma trace. Je vais devoir céder : contre la stupidité, les dieux eux-mêmes combattent en vain. Ich muß untergehn: mit der Dummheit kämpfen Götter selbst vergebens. Pardonnez-moi pour le cliché. Et il rejoint le groupe qui allait à sa rencontre, part dans une discussion assez vive en allemand à laquelle je ne comprends pas grand-chose ; mais visiblement on lui montre du respect. Ce n'est qu'en les voyant s'éloigner que j'ai enfin identifié ce visage déjà souvent vu à la télé : et mon copain, plié de rire, m'a confirmé que ce n'était pas un sosie, et que celui à qui j'ai raconté mes souvenirs de jeunesse était le chancelier fédéral d'Allemagne.

(samedi)

Fragment littéraire gratuit #125 (une photo de vacances)

L'année du bac. Flashback sur un âge ruisselant d'insouciance, d'exubérance et de testostérone. La photo me montre en short de bain, exhibant fièrement mes abdos bronzés et mes boucles blondes dégoulinant d'eau iodée. À côté de moi, Mathieu, en combinaison de surf, tient sa planche d'une main plantée dans le sable et passe l'autre bras autour de mon cou dans une accolade virile. Est-ce que nous avons conscience, à ce moment-là, de l'intensité érotique de notre pose, presque caricaturale ? Moi sûrement pas, j'étais puceau, j'essayais encore de me faire croire que je matais les filles. Mathieu… J'ai appris après qu'il avait déjà l'expérience qui me manquait. Mais il sortait avec la beauté canon du lycée, personne n'aurait pensé un seul instant qu'il était bi. Putain d'innocence ! Au dos du cliché, j'ai écrit : Fhloston Paradise (Lacanau, été 1997) ; je ne sais plus ce que ça veut dire.

(mardi)

De l'art de ne pas faire des cadeaux

Si à la suite de l'entrée précédente vous manquez d'idées de cadeau pour votre beau-frère Mathurin, je vais vous simplifier un peu l'ebarras du choix en vous proposant quelques idées de cadeaux qui ne sont probablement pas une bonne idée pour Mathurin (pour toute valeur de Mathurin) :

Pour un cadeau absolument parfait en toutes circonstances, choisissez plutôt les œuvres complètes de David Madore en édition poche.

(lundi)

De l'art de faire des cadeaux

J'ai toujours tenue l'idée de chercher à ne pas faire comme tout le monde comme à peu près aussi stupide que celle de vouloir à tout prix faire comme tout le monde. Et je trouve assez ridicules les gens qui m'expliquent ne pas fêter Noël parce que c'est une fête chrétienne — comme si c'était plus spécialement le Noël chrétien qu'annonce le gros bonhomme rouge à barbe blanche plutôt que n'importe quelle fête du solstice d'hiver(-de-l'hémisphère-nord), des Saturnales à Hanoukkah et de Dies natalis solis invicti à Saint-Nicolas — ; le problème est bien sûr dans le parce que. Mais à l'inverse, s'efforcer à trouver des cadeaux pour tout le monde, de la tante Gertrude à l'oncle Hippolyte en passant par le cousin Ignace, cela a tout de même quelque chose d'absurde. Et la meilleure preuve de l'absurdité de cette convention, ce sont les chèques-cadeau, qui capitalisent sur le fait qu'on a socialement horreur d'offrir de l'argent et proposent à la place d'offrir du sous-argent qui s'achète aussi cher que l'argent qu'il est censé représenter mais en retour a plein de limitations (sur le domaine où on peut l'utiliser, sur la durée de validité, et sur le fait qu'on ne peut pas le rééchanger). Les chèques-cadeau essaient de vous faire marcher dans leur combine avec ce slogan : offrez au cousin Ignace un cadeau qui lui fera forcément plaisir, laissez-le choisir lui-même ce qu'il veut[#].

Alors il serait temps, en cette période de courses effrénée aux cadeaux, que je rappelle ce qui devrait être une évidence : l'intérêt de faire un cadeau à quelqu'un, (sauf si on est soi-même très riche ou que la personne à qui on le fait ne l'est vraiment pas,) ce n'est certainement pas de lui offrir quelque chose qu'il ne pourrait pas s'offrir lui-même — c'est de lui offrir quelque chose qu'il n'aurait pas idée d'acheter[#2], ou éventuellement qu'il n'aurait pas le temps (ou le courage, la motivation, le moyen matériel, que sais-je). J'ai la chance d'avoir les moyens financiers pour me faire moi-même de temps en temps des cadeaux qui me plaisent : si on veut me faire plaisir, il ne faut pas chercher à me donner ce que je pourrais m'acheter moi-même (et ce pour quoi j'ai largement assez d'argent), mais ce à quoi je ne penserais pas. Quelque chose à faire découvrir. Et dans cette optique, les chèques-cadeaux defeatent complètement le purpose (comme on dit en bon franglais). Comme, dans une moindre mesure, le fait de demander à quelqu'un ce qu'il veut qu'on lui offre. (À la limite, au contraire, ça pourrait être un bon cadeau que d'offrir juste l'idée d'un cadeau sans faire l'achat lui-même. Bon, entre personnes sophistiquées, tout de même. ☺)

Et c'est là que je trouve la frénésie saturnale assez absurde : pour un anniversaire, on ne fait des cadeaux qu'à une seule personne, on peut vraiment penser à elle et à ce qui lui ferait plaisir, ce qu'on voudrait lui faire découvrir, ou quelque chose de ce genre. Pour Noël, il est impossible de penser à la fois à grand-père Aristide, à la tante Gertrude, à l'oncle Hippolyte, au cousin Ignace, à la cousine Philomène, et au petit Enzo-Killian (le petit dernier) : on se retrouve à acheter n objets interchangeables et à mettre des étiquettes dessus comme on peut. Alors autant pratiquer quelque chose de plus ludique : chacun apporte un cadeau (d'une valeur approximative fixée à l'avance par l'hôte de la soirée), et on les répartit aléatoirement de façon cyclique[#3] ; c'est beaucoup plus rigolo.

Enfin, plutôt que faire les cadeaux à Noël, il vaut mieux, dans la mesure du possible, attendre une semaine ou deux pour éviter les foules… et guetter les bonnes affaires sur eBay des gens qui ont revendu en douce le cadeau que grand-mère Palmyre leur a offert.

[#] Ce qui, du reste, est terriblement faux : pour me remercier d'avoir prêté mon appartement, une amie de mes parents m'avait un jour laissé des chèques-cadeau d'une valeur de quelque chose comme 50€, en tout cas pas une somme complètement ridicule, au Printemps. J'avais essayé de les dépenser à la librairie de ce grand magasin et on m'avait expliqué que pour une raison obscure liée aux lois sur le prix du livre ce n'était pas possible. J'avais ensuite regardé dans le reste du magasin et je m'étais rendu compte que pour 50€ je pouvais avoir essentiellement une paire de chaussettes. (Au final, j'ai revendu le chèque-cadeau à ma mère, à sa valeur nominale.)

[#2] Ou de faire soi-même, bien entendu ! Les cadeaux faits maisons peuvent être les plus touchants, mais, attention, seulement peuvent, parce que, à part quand c'est offert par des petits enfants à leurs parents pour qui ce sont forcément les plus beaux cadeaux du monde, le bougeoir qu'on a fait soi-même avec ses petits mains potelées n'est pas forcément aussi beau qu'on le pense, et n'illuminera pas forcément avec le meilleur goût l'appartement art-déco de la cousine Philomène.

[#3] Voici un protocole assez simple qu'une amie avait trouvé pour éviter que qui que ce soit se retrouve avec son propre cadeau : chacun choisit un nombre (réel), celui qui a choisi le nombre le plus petit offre son cadeau à celui qui a choisi le deuxième plus petit, lequel offre le sien au troisième, et ainsi de suite jusqu'à la personne qui a choisi le plus grand nombre qui offre son cadeau à celui qui a choisi le plus petit. Les étudiants en crypto pourront réfléchir aux éventuelles failles de ce système ou aux façons de le rendre plus sûr. Les étudiants en maths pourront réfléchir aux façons de procéder si on veut que chacun fasse deux cadeaux (et reparte avec deux cadeaux), etc.

(jeudi)

Quelques réflexions en vrac sur l'énergie

Cette note est très mal écrite et je le sais : ça part dans tous les sens, je ne finis pas mes idées, il n'y a pas de fil directeur… Je la publie quand même telle quelle parce que je n'ai pas le temps (et plus l'envie) de la remanier et qu'elle est peut-être intéressante malgré tout, notamment par le peu de thermo que j'y raconte.

Je me plains régulièrement de la façon dont les gens manquent complètement du sens des ordres de grandeur. Par exemple en faisant des économies de bouts de chandelle tout en consentant à des dépenses pharaoniques à côté (et/ou en ne se rendant pas compte que le temps qu'ils perdent à faire ces économies de bouts de chandelle est beaucoup plus précieux que les économies réalisées). Ou, dans un ordre d'idées semblable, en affichant un comportement « écolo-responsable » (ou, bien pire, en faisant la morale à d'autres à ce sujet) sur des actions qui sont l'équivalent écologique de réparer un robinet fuyant goutte à goutte quand il y a une canalisation pétée à côté. Non, je ne suis pas du tout persuadé que d'éteindre un téléviseur plutôt que de laisser en veille soit un comportement préférable (il est possible que le téléviseur dure un peu moins longtemps, et que cette différence fasse plus qu'annuler le bénéfice ; mais, de toute façon, le problème est plutôt que ces mêmes personnes se voulant responsables vont changer de téléviseur inutilement). Et, tant que j'y suis, si je suis d'accord avec l'idée générale de remplacer des ampoules incandescentes par des ampoules fluocompactes, LED, ou au moins halogène, le fait de les interdire dans toutes circonstances me semble d'une crétinerie sans nom (parce qu'il y a des cas où les incandescentes sont effectivement plus écologiques).

Mais dans le domaine de l'énergétique à portée écologique, ce qui m'énerve le plus, ce sont les gens qui n'arrivent pas à comprendre que : en hiver, si on chauffe chez soi avec des radiateurs électriques thermostatés, alors il est à peu près impossible de gaspiller de l'énergie. Je comprends que le concept d'énergie soit un peu compliqué pour le non-scientifique moyen, mais enfin, quand même, ceci ne devrait pas être si difficile à avaler : quasiment toute l'énergie électrique consommée (par une ampoule allumée, un ordinateur qui tourne en permanence, une plaque de cuisson qu'on aurait oubliée, que sais-je encore…) se retrouve forcément sous forme de chaleur dans la pièce et, tant qu'on n'en arrive pas à chauffer la pièce largement au-dessus du réglage du thermostat, ce sera exactement autant de moins que les radiateurs auront à fournir.

Oui, en hiver (si vous vous chauffez à l'électrique avec thermostat, je répète), vous pouvez allumer les lumières autant que vous voulez, vous ne consommerez pas d'électricité en plus — sauf dans la mesure où vous éclairez l'extérieur, mais de toute façon si vous êtes prêt à laisser les volets ouverts il est probable que la perte de chaleur de chauffage par ce côté-là noie complètement ce que pourrait représenter une perte de lumière. Et sauf dans la mesure où laisser une ampoule allumée l'use (mais je pense que c'est plutôt le fait de l'allumer ou de l'éteindre qui fait ça, donc il vaut mieux la laissée allumée en permanence). En fait, il suffirait qu'il y ait un effet subtil du genre « les éclairages tamisés donnent une impression psychologique de froid et incitent à augmenter un petit peu le chauffage » (je n'en sais rien, ce n'est qu'un exemple) pour qu'il devienne énergétiquement plus rentable d'éclairer vivement. Et de même, en hiver, il est probablement préférable, dans les locaux chauffés, de laisser les ordinateurs en fonctionnement permanent, parce qu'on ne dépense pas d'énergie en plus à les faire participer au chauffage, en revanche on évite l'usure des disques dus aux arrêts et redémarrages trop fréquents (or, recycler un disque dur, ce n'est pas complètement anodin).

(lundi)

Sauvons l'histoire-géo… mais pas la physique ?

Les médias ont assez largement relayé un appel signé par des intellectuels[#] demandant que l'histoire-géographie ne soit pas reléguée au rôle de matière optionnelle en terminale scientifique (comme il est prévu de le faire dans une quarante-douzième réforme du lycée).

L'ironie de cet appel, bien sûr, c'est que la physique et la biologie sont depuis bien longtemps complètement absentes (même sous forme optionnelle, je crois) dans les terminales littéraires : les intellectuels dont on parle ne semblent pas s'en être beaucoup émus. Pas plus qu'ils ne semblent s'émouvoir de la disparition, parallèle, de l'enseignement obligatoire des mathématiques dans ces mêmes terminales littéraires.

Chacun prêche pour son clocher ? C'est surtout très caractéristique, je trouve, du mépris puant qu'ont pour les matières scientifiques cette catégorie d'intellectuels qui considèrent que les matières littéraires sont les matières nobles, celles qui forment le bon citoyen, alors que les matières scientifiques, malgré ou plutôt à cause de l'importance qui leur est donnée pour sélectionner les élites[#2], sont juste des techniques bonnes à servir les ingénieurs.

Qu'on juge un peu par les citations qu'on peut relever dans cet article : Quels citoyens voulons-nous pour demain ? (s'interrogent-ils) ; selon Madame Carrère d'Encausse, l'absence d'enseignement d'histoire-géographie dans aux terminales scientifiques les priverait de la culture générale la plus élémentaire qui forme l'entendement des citoyens ; le président de l'association des professeurs d'histoire-géographie déplore : Trop d'élèves seront privés d'un enseignement indispensable à leur culture générale. […] Dans une vision utilitariste de la société, tout enseignement qui ne débouche pas sur un métier concret est mal vu. Je souscrirais volontiers à la lamentation de cette dernière phrase, si le contexte ne rendait pas évident le dédain affiché, par contraste, pour les matières scientifiques : qui seraient utilitaristes, qui feraient moins partie de la culture générale la plus élémentaire[#3], qui ne formeraient pas autant l'entendement des citoyens.

Moi aussi je peux jouer à ce genre de phrases méprisantes pour montrer que ma matière elle est Vachement Importante :

Anyone who cannot cope with mathematics is not fully human. At best he is a tolerable subhuman who has learned to wear shoes, bathe, and not make messes in the house. — Robert A. Heinlein (Time Enough for Love)

Plus sérieusement, je suis d'accord que c'est bien dommage qu'on supprime l'enseignement obligatoire de l'histoire-géo en terminale scientifique. Néanmoins, s'il y a une chose que je reconnais, c'est mon ignorance en matière de pédagogie à ce niveau : je n'ai aucune idée sur la bonne façon de concevoir un système éducatif et un ensemble de programmes au niveau du lycée, et le problème de transformer des djeunz écervelés en citoyens responsables ressemble à la quadrature du cercle, alors je m'abstiendrai de donner des leçons et, en tout cas, je conçois très bien qu'il faille faire des compromis douloureux. Celui de ne pas avoir d'histoire-géo obligatoire en terminale scientifique est certainement douloureux, mais pas moins que celui de ne pas avoir depuis longtemps ni physique, ni biologie, dans les terminales littéraires : on semble avoir bien digéré ce dernier, donc on devrait peut-être avaler l'autre pilule avec la même tristesse résignée.

Ajout (2009-12-07T18:30+0100) : L'argument suivant me semble sensé : il est dommage que la filière S se spécialise trop vers les sciences, car actuellement la filière L est trop spécialisée vers les lettres et exclut complètement des débouchés scientifiques, donc ceux qui veulent se garder des portes ouvertes au niveau du bac peuvent encore faire S. Je n'ai pas vraiment d'avis sur le fond : il est peut-être dommage que la filière L soit trop spécialisée, ou peut-être au contraire que la S ne le soit pas assez, ou que les gens accordent trop de crédit aux matières scientifiques pour les débouchés ultérieurs — pour ma part, je n'en sais rien, mais l'argument est au moins recevable, je ne me prononce pas plus à son sujet. Je dis juste que la façon dont certains ont défendu l'enseignement de l'histoire-géographie en terminale S dans une pétition bien précise sont assez puants de mépris.

[#] Vous avez remarqué que, pour les journalistes français, un intellectuel, c'est un écrivain, un philosophe, un historien, un humaniste — mais certainement pas un chercheur en informatique !

[#2] Il va de soi que je trouve ça tout aussi stupide.

[#3] Je serais curieux, comme ça, de savoir si Mme Carrère d'Encausse a des idées, disons, sur le fonctionnement d'Internet, sur la taille de l'Univers, sur la composition d'une cellule eukaryote ou sur le principe du moteur à explosion, qui soient moins naïve que celles d'un élève moyen entrant en terminale scientifique sur la seconde guerre mondiale. Malheureusement, on n'apprend jamais la réponse à ce genre de questions.

(dimanche)

À quoi sert la démocratie ?

No one pretends that democracy is perfect or all-wise. Indeed, it has been said that democracy is the worst form of government except all those other forms that have been tried from time to time. — Winston Churchill (discours à la Chambre des communes, 1947-11-11)

À part dans la citation ci-dessus, qui exprime très bien quelle est ma position sur la démocratie, quand les gens (par exemple, mais pas uniquement, des hommes politiques) s'expriment sur la question, il domine une sorte de mystique sur le rôle ou le but de la démocratie : une mystique selon laquelle la majorité, parce qu'elle est majorité, aurait forcément raison ou ne pourrait pas être tyrannique ; mystique dans laquelle je ne me reconnais pas.

Cette idée que je qualifie de mystique est celle selon laquelle la démocratie serait une fin en soi, une chose bonne pour elle-même, un idéal à atteindre, quelque chose de ce genre ; et, par conséquent, que le peuple, ou la majorité des citoyens, non seulement a un avis bien défini et mesurable sans ambiguïté par des élections, mais que cet avis est, de plus, infaillible. L'idée à laquelle je veux l'opposer (et que je revendique), une idée que j'appellerai plus pragmatique de la démocratie, est que cette dernière est simplement un moyen, un moyen imparfait et incomplet mais qui est pourtant le meilleur connu, pour construire un régime juste, repectueux des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Un moyen qui consiste essentiellement à espérer que de tenir des élections régulières empêchera des gouvernements trop pourris ou corrompus d'être portés au pouvoir ou de concentrer trop de pouvoir entre leurs mains, et finira par chasser ceux qui le sont ou le font[#].

Ce que sont exactement les droits fondamentaux qu'il faut respecter est, évidemment, un problème épineux, parce qu'ils ne sont pas très exactement définis : ils ne sont qu'esquissés de façon générale par des textes fondamentaux (dont la portée juridique est soit directement applicable soit essentiellement symbolique) — la Déclaration universelle de 1958, aux États-Unis les dix premier amendements de la Constitution, en France la Déclaration de 1789 et le préambule de la Constitution de 1946, dans l'Union européenne la charte des droits fondamentaux de l'UE, en Europe de façon plus générale la Convention européenne des droits de l'Homme. Mais ce sont les cours de justice chargées d'appliquer ces textes ou la loi en général qui dégagent progressivement ce qui, dans l'acquis du droit, constitue un droit fondamental. Il est normal[#2] que la liste des droits de l'Homme ne puisse pas être définie complètement et exhaustivement, car le problème est complexe, comme il est normal qu'on ne puisse pas définir exhaustivement ce qu'est la notion philosophique du Bien ou de la morale. Ceci soulève au moins deux observations : on fait défendre et délimiter les droits fondamentaux par des juges, et ces juges ne sont pas élus (au contraire, ils ont souvent un très grand degré d'indépendance).

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