David Madore's WebLog: Fragment littéraire gratuit #126 (une rencontre)

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(dimanche)

Fragment littéraire gratuit #126 (une rencontre)

Moi c'était il y a quelques années, au cours d'une réception où je m'étais retrouvé un peu par hasard, chez des amis d'amis d'amis. En fait, une connaissance d'un de mes copains d'enfance avait reçu le prix d'économie de la banque de Suède (qu'on classe avec les Nobel), ces gens organisaient une fête en son honneur, et je m'étais retrouvé là sans vraiment être invité. Sans être complètement un intrus non plus, d'ailleurs l'entrée était filtrée. Mais je ne me sentais pas à ma place : je me sentais miteux, il y avait même des gens qui avaient leurs gardes du corps avec eux, et je crois que j'étais moins bien habillé que les gardes du corps.

Bref, je picorais des petits fours à l'écart de la foule en cherchant parmi les invités quelqu'un que je pourrais connaître, et je vois ce bonhomme. L'air un peu seul, dont la tête me disait quelque chose mais je n'arrivais pas à me rappeler pourquoi. Je lui fais part de mes préférences parmi les canapés, et nous engageons la conversation. En français, même si la plupart des gens autour de nous parlaient anglais, mais il s'avère que le type maîtrisait impeccablement le français, avec un délicieux accent allemand. Nous échangeons des banalités, puis pour essayer de retrouver pourquoi je crois le connaître, plutôt que de risquer un impair en demandant son nom, je lui demande ce qu'il fait, il me répond qu'il s'occupe de paperasse, beaucoup de paperasse, et qu'il est comment dit-on en français ? une sorte de notaire. Nous parlons de Berlin, où il est obligé d'habiter en ce moment, de Strasbourg qu'il semble très bien connaître, et fil en aiguille, de toutes sortes de choses, d'urbanisme, d'art, et aussi un peu d'informatique, jusqu'à des anecdotes de fac. Il m'a paru très cultivé, son jugement très fin, et j'ai apprécié son côté espiègle.

Puis voilà qu'un brouhaha se rapproche de nous. Mon bonhomme reconnaît quelqu'un et me dit : Ah, je vois que mes geôliers ont retrouvé ma trace. Je vais devoir céder : contre la stupidité, les dieux eux-mêmes combattent en vain. Ich muß untergehn: mit der Dummheit kämpfen Götter selbst vergebens. Pardonnez-moi pour le cliché. Et il rejoint le groupe qui allait à sa rencontre, part dans une discussion assez vive en allemand à laquelle je ne comprends pas grand-chose ; mais visiblement on lui montre du respect. Ce n'est qu'en les voyant s'éloigner que j'ai enfin identifié ce visage déjà souvent vu à la télé : et mon copain, plié de rire, m'a confirmé que ce n'était pas un sosie, et que celui à qui j'ai raconté mes souvenirs de jeunesse était le chancelier fédéral d'Allemagne.

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