David Madore's WebLog: 2015-01

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

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Entries published in January 2015 / Entrées publiées en janvier 2015:

(lundi)

Fragment littéraire gratuit #150 (dans un bureau)

Je m'assieds dans le bureau où David m'a demandé de l'attendre, et pour passer le temps je feuillette quelques uns des livres qui s'y trouvent amoncelés, sans ordre apparent, sur plusieurs tables.

Le premier volume que je ramasse est un épais volume en papier chiffon à la reliure en cuir, imprimé dans une élégante police didone : la première page m'apprend qu'il s'agit d'un mémoire (peut-être une thèse, je ne comprends pas bien) publié en 1877 à l'université de Leeds par un certain J. Moriarty, et dont le titre est On the Determination of Orbital Elements from Observations of an Asteroid. L'intérieur est rempli de formules faisant surtout intervenir toutes sortes de variations sur les lettres L, ϖ, Ω, a, e et ι. Vite découragé, je repose le livre à côté d'une autre thèse (consacrée semble-t-il au groupe de Weyl de E8, mais je ne cherche pas plus loin).

Je me saisis ensuite d'un mince volume daté de 1864, et dont l'auteur se nomme Hugo Vernier : il s'agit d'un récit plus ou moins poétique dans lequel les quelques pages que j'ai parcourues en diagonale racontent la traversée d'un lac forcément brumeux par le héros conduit par un passeur forcément énigmatique. Je trouve ça franchement mauvais, comme une sorte de sous-Verhaeren au style particulièrement ampoulé, et je repose l'ouvrage en me disant que la postérité a bien fait d'oublier cet écrivain. En dessous se trouve l'édition Loeb de la Poétique d'Aristote ; mais le livre a été sali dans sa seconde moitié par une quelconque cochonnerie poisseuse qui empêche qu'on en tourne les pages, et je n'insiste pas.

Je prends ensuite un petit roman intitulé Dans un réseau de lignes entrelacées (c'est du moins le titre de cette traduction française, dont la couverture est illustrée d'un dessin de téléphone) de Silas Flannery. Cette fois, la lecture de quelques pages me donne envie de continuer, mais je décide d'ignorer cette impulsion (je pourrai toujours l'emprunter à la bibliothèque ou bien le commander) et je reprends mon dérangement des autres volumes du voisinage. Je tombe sur un livre dont la couverture annonce Budai Ferenc — Magyar Epepe Nagyszótár ; vu que je ne parle pas un mot de hongrois, je ne vais pas plus loin que conjecturer que les deux premiers mots sont le nom de l'auteur et les trois suivants le titre ; et comme en dessous il y a des caractères, rappelant vaguement des runes, dont je ne n'identifie même pas l'alphabet ni encore moins la langue, je n'essaie même pas d'ouvrir.

Ici se trouve un fameux texte de vulgarisation scientifique, Copper, Silver, Gold, dont les chapitres sont une alternance entre des discussions de fond et des dialogues humoristiques mettant en scène, de façon originale, une Girafe, un Éléphant, et un Babouin. Si je le connais bien, en revanche, le suivant qui se présente à ma main, un volume relié de toile, très lourd et aux pages incroyablement fines, m'est totalement inconnu : la couverture porte seulement les mots Holy Writ et Bombay, sans aucune date ; à l'intérieur, d'autres caractères que je n'identifie pas ; mais le plus surprenant, c'est la numérotation des pages, qui est en chiffre arabes parfois accompagnés de symboles et semble ne procéder d'aucune logique. Je trouve que ce livre a quelque chose d'inexplicablement effrayant, si bien que je le repose et m'intéresse à autre chose.

Au mur est suspendu une reproduction d'un tableau de Vermeer, Jésus et les Docteurs (je crois que l'original est à Amsterdam) : il représente le Christ, vêtu de bleu, montrant un passage des écritures et étonnant les rabbins du Temple — épisode bien connu par l'évangile de Thomas. À côté de cette toile, une chaîne compacte qui trahit que la dernière musique que David a écoutée est le septuor en ré majeur de Maurice Vinteuil.

David ne réapparaît toujours pas : ma curiosité me pousse à m'intéresser aux papiers sur son plan de travail. Un dossier ouvert en évidence comporte, manuscrits sur autant de feuilles volantes, un certain nombre de courts textes de fiction, dont je n'arrive pas à déterminer s'ils sont des fragments d'œuvres plus larges ou des textes autonomes. Je prends la peine de lire plus attentivement le #150 qui était au sommet de la pile quand je suis arrivé. (Était-il fini ou bien David travaillait-il encore dessus ? La nature même du texte ne permet pas de le déterminer.) Il y est question de quelqu'un (le narrateur) qui découvre et parcourt rapidement une pièce intitulée La Tempête d'un dénommé William Shakespeare. Ce nom me dit vaguement quelque chose : une consultation de Wikipédia m'apprend qu'il s'agit d'un personnage de fiction, dramaturge inventé par Sir Francis Bacon, et dont David s'emploie manifestement à imaginer ce qu'il aurait pu écrire. La mise en abyme me semble un peu gratuite et compliquée, et au final je ne trouve pas le passage très intéressant.

Bon, ce texte autocaricatural est manifestement une sorte de petit jeu, plutôt facile, mais dont j'espère qu'il amusera mes lecteurs : en tout cas, il a été amusant à écrire.

« Solution » () : Dans ce monde imaginaire où existent apparemment quantités d'œuvres qui dans le nôtre sont imaginaires, perdues ou fausses, on pouvait notamment jouer à reconnaître (et les commentaires montrent que mes lecteurs ont effectivement reconnu) :

(vendredi)

Comment la Banque nationale suisse pouvait-elle avoir du mal à stabiliser le franc ?

J'avais écrit un petit texte tendant à expliquer comment fonctionne l'économie monétaire, et je pensais avoir raisonnablement bien compris les choses. Mais apparemment il y a des choses qui m'échappent encore totalement.

Parce qu'hier la Banque nationale suisse (=la banque centrale de la confédération helvétique, celle qui régule le franc suisse) a abandonné une politique qu'elle maintenait depuis septembre 2011, consistant à ne pas tolérer une parité EUR/CHF inférieure à 1.20 (i.e., le franc suisse ne doit pas dépasser les (1/1.20)€ ; je ne sais pas pourquoi tout le monde utilise le rapport EUR/CHF plutôt que CHF/EUR, ce qui me semble un peu à l'envers si on veut parler du cours du franc, notamment on parle de cours plancher pour ce qui est un plafond sur le CHF, mais bon). Le franc a gagné presque 50% de valeur presque instantanément, avant de redescendre un petit peu et de se stabiliser autour de la parité avec l'euro, c'est-à-dire une hausse d'environ 20% dans la journée. (Et les acteurs de l'économie suisse ont protesté que ceci allait tuer l'économie du pays en rendant impossibles les exportations.) Ces conséquences ne me surprennent pas : ce que je ne comprends pas, c'est la raison du changement de politique.

Les journalistes rapportent tous que la situation devenait intenable pour la Banque nationale suisse. Par exemple, on lit sur cet article de la BBC : Keeping the franc at 1.20 to the euro had became increasingly expensive for the SNB as it sold its own currency and bought up euros, sterling, US and Canadian dollars and yen, usually in the form of government bonds. Ici sur Forbes : The alternative would have been that the SNB, and the Swiss people, would have lost a lot of money at the expense of laughing traders around the globe. Or ça, je ne comprends pas du tout.

Un adage classique de la finance est qu'il ne faut pas parier contre une banque centrale. Un épisode bien connu montre que ce n'est pas toujours vrai : mais en l'occurrence, George Soros a été plus fort que la Banque d'Angleterre qui essayait de défendre la livre — je comprends qu'une banque centrale puisse avoir du mal à empêcher sa monnaie de se déprécier, mais je ne comprends pas qu'elle puisse avoir le moindre mal à l'empêcher de s'apprécier. Il y a vraiment quelque chose qui m'échappe.

Une banque centrale est par définition infiniment riche dans sa propre monnaie. Si elle décide que cette monnaie (disons, le zorkmid) peut s'acheter au prix de 1 centime d'euro, elle peut en créer une quantité illimitée pour réaliser cette offre : toute personne qui lui présente 0.01€ reçoit 1¤ (un zorkmid) en échange, la banque centrale inscrit le zorkmid émis dans la colonne de ses dettes et le centime d'euro reçu dans la colonne de ses réserves en devises, et ceci peut se reproduire quel que soit le nombre, fût-il des millions de milliards pétas, de zorkmids qu'on lui demande. Quel est le problème au juste ?

Certains semblent dire que la banque centrale qui fait ça perd de l'argent, que ça lui coûte trop cher : je ne comprends pas du tout. La comptabilité d'une banque centrale est une pure convention comptable, ses gains et pertes sont des nombres qui ne signifient rien du tout. (Preuve étant que la banque centrale peut gagner une somme arbitrairement élevée de façon idiote : elle affaiblit sa propre monnaie selon le mécanisme expliqué au paragraphe précédent, ce faisant ses réserves de change, comptabilisées dans cette monnaie, s'apprécient d'autant, et sur le bilan comptable ceci compte comme des gains — puisque le bilan comptable de la banque centrale du Zorkmidstan est établi en zorkmids. Donc en fait, il me semble même qu'en affaiblissant sa monnaie, formellement, la banque centrale gagne de l'argent, ce qui est d'ailleurs vaguement logique puisqu'elle diminue la valeur des dettes qu'elle a émises relativement aux avoirs de contrepartie. Et de toute façon, même si le capital de la banque central diminuait, voire devenait négatif, voire très négatif, je ne vois pas quelle conséquence problématique ça aurait en vrai : c'est juste un nombre qui ne signifie rien.) Bref, je ne crois pas que le bilan comptable de la banque centrale soit l'explication de la supposée difficulté à défendre la monnaie. Le fait d'accumuler des réserves de quantités considérables d'euros, de dollars et de yens n'est pas spécialement un problème, ou alors j'ai du mal à comprendre pourquoi ç'en serait un.

Une explication moins stupide est que la banque centrale est tenue à un objectif d'inflation et que celui-ci serait contraire à des opérations sur le marché des changes. (Noter cependant que, contrairement à la BCE, la BNS n'a pas d'objectif chiffré en matière d'inflation, la loi se contente de lui donner pour mission d'assurer la stabilité des prix.) Le risque serait donc qu'à vendre des zorkmids en quantité illimités pour maintenir un cours plafond de la monnaie (contre les autres monnaies) on se retrouve à affaiblir la valeur de celle-ci (en biens) et donc à créer de l'inflation.

La réponse classique à ce problème (comment intervenir sur la valeur d'une monnaie sur le marché des changes sans pour autant créer d'inflation ou de déflation) est de stériliser les opérations de change. Concrètement, ça signifie que la banque centrale du Zorkmidstan, en même temps qu'elle vend des zorkmids contre d'autres monnaies (pour maintenir un cours plafond du zorkmid, disons), elle émet sur le marché des emprunts étiquetés en zorkmids (par exemple en vendant des obligations d'État du Zorkmidstan) : l'idée est que ces emprunts vont bloquer les zorkmids émis et ainsi éviter, ou du moins limiter, l'augmentation de la masse monétaire disponible en zorkmids — concrètement, ceci signifie que la banque centrale dit aux marchés ah, vous voulez tellement fort des zorkmids ? vous en aurez, mais il faudra qu'ils soient bloqués sur N années, par exemple vous pouvez recevoir de la dette souveraine étiquetée en zorkmids. Il se peut que ce soient ces obligations de stérilisation qui se soient avérées trop difficiles pour la Banque nationale suisse, et qui l'auraient obligé à abandonner son cours plancher (c'est-à-dire, plafond sur le franc suisse, vous suivez ?).

Maintenant, je suis sceptique quant à cette explication aussi, ou du moins si c'est la bonne je ne la comprends pas vraiment mieux. Premièrement, parce que ça n'a pas l'air si difficile de stériliser les opérations contre l'appréciation de la monnaie (et même si la BNS devait y perdre de l'argent, je répète que c'est un simple jeu comptable qui ne signifie rien — ou alors il faut m'expliquer ce que ça a comme conséquence tangible). Deuxièmement, parce que même si le cours d'une monnaie sur le marché des changes (sur laquelle on cherche à jouer) et sa valeur en termes de biens (qui détermine l'inflation ou la déflation, qu'on cherche à contrôler) ne sont pas exactement la même chose, ils ne sont pas non plus totalement sans rapport : il semble difficilement concevable que le franc suisse s'envole face à toutes les autres monnaies sans qu'il y ait simultanément au moins un risque de déflation en Suisse (qui signifierait qu'il n'y a pas spécialement besoin de stériliser les opérations contre un risque d'inflation). Surtout quand la zone euro n'est elle-même pas du tout menacée par l'inflation. Troisièmement parce que, concrètement, quand je consulte le dernier bulletin trimestriel de la Banque nationale suisse (4e trimestre 2014), il fait état d'une inflation tournant autour de 0%, donc soit la banque centrale stérilise très bien ses opérations de change et n'a pas de mal à le faire, soit elle n'a pas besoin de le faire. Au contraire, le rapport en question mentionne clairement et à plusieurs reprises que le cours plancher sur le rapport EUR/CHF sert entre autres à empêcher une situation déflationniste : manifestement le problème n'est pas de stériliser les opérations de change pour éviter de créer de l'inflation.

Tout ça pour dire que je suis perplexe : les explications ne manquent pas, mais soit elles sont mauvaises, soit je ne les comprend pas.

Pour donner un exemple d'une autre mauvaise explication : certains avancent que la BNS voulait se prémunir contre une chute possible de l'euro consécutive à des opérations de soutien à l'économie devant être menées par la BCE. Mais pour ça, la BNS pouvait simplement modifier le cours plancher qu'elle imposait en publiant un plafond au franc suisse soit contre l'euro soit contre le dollar soit contre le yen, avec des chiffres choisis pour que le plafond contre l'euro soit le moins contraignant actuellement (ce qui donnerait donc le même cours effectif) mais que l'un des autres plafonds le remplacerait si l'euro devait plonger.

(lundi)

Nouveaux problèmes de chauffe-eau

Un adage relatif à la plomberie avertit que quand on veut réparer une fuite, on remplace le joint où a lieu la fuite, on fait un raccord aux deux bouts, et on se retrouve ainsi avec deux fuites au lieu d'une. La plomberie est le domaine par excellence où chaque fois qu'on s'attaque à un problème on court un risque sérieux de le multiplier.

Ces derniers jours, nous avons constaté deux ou peut-être même trois problèmes différents avec notre chauffe-eau (problèmes apparemment indépendants : il est très étonnant que nous les constations en même temps, mais je ne vois vraiment aucun lien causal possible pour expliquer cette proximité, surtout qu'un des problèmes est manifestement assez ancien). Bref, ça commence bien.

Le premier problème est que le groupe de sécurité fuit. Heureusement, la fuite est vers les eaux usées, pas vers le sol de notre appartement, et il s'agit d'eau froide, donc ça ne représente qu'une perte d'eau potable, mais c'est tout de même embêtant parce que ça fait du bruit (un ploc-ploc dont nous avons mis du temps à comprendre l'origine), et que ça représente un gâchis d'eau pas forcément négligeable. D'ailleurs, vu le dépôt de calcaire qui s'est formé, la fuite existe depuis un moment. Mon poussinet a l'air convaincu qu'il faut qu'il change le groupe lui-même et sans faire appel à un plombier (forcément escroc), mais je suis un peu moins enthousiaste quant aux chances de réussir à faire la manip sans créer deux ou trois nouvelles fuites, ce qui m'amène à parler du second problème.

Dans la nuit de vendredi à samedi, la sécurité de la résistance s'était enclenchée (je m'en suis rendu compte parce que j'ai dû prendre une douche quasi froide), c'est-à-dire qu'elle avait surchauffé. Pourtant, l'eau du ballon était quasi froide. Mon poussinet a décidé que c'était sans doute parce que la résistance s'était trop entartrée, et qu'il était grand temps de la nettoyer (sans quoi elle risquait de casser carrément). Il a donc purgé le ballon, et retiré quelques kilos de calcaire du fond et nettoyé la résistance de la gangue qui la couvrait. L'ennui c'est que d'une part la vidange a apparemment aggravé la fuite du groupe de sécurité, et d'autre part il a constaté que maintenant nous avions aussi une fuite au niveau du joint de la résistance, ou peut-être de la résistance elle-même. (Je ne parle pas du joint de bride, qui rend hermétique la plaque (bonde ? trappe ?) à laquelle la résistance est ancrée, et qui a de toute façont été remplacé, mais du joint qui isole la base de la résistance.) Du coup, maintenant il faut changer en urgence toute la résistance, de peur que celle-ci rouille et/ou fasse un court-circuit.

Et ce matin, nous avons constaté que l'eau était beaucoup trop chaude (environ 80°C au lieu de 55°C) : d'une part c'est dangereux, d'autre part c'est le signe que le thermostat est sans doute lui aussi défaillant. (Il est tentant de trouver un rapport entre ça et le problème précédent, mais je ne vois pas quel serait le mécanisme l'expliquant.)

Bon, en principe tout ça ne présente aucune difficulté particulière à changer, et ça devrait être fait ce soir demain soir, mais je sens venir les complications possibles : une nouvelle purge du chauffe-eau risque d'empirer encore l'état du groupe, changer celui-ci risque de créer des fuites au niveau des trois tuyaux auxquels il est relié (eau froide, ballon, et eaux usées), etc. J'ai un collègue qui a récemment fait changer son chauffe-eau et qui a dû faire venir trois ou quatre fois le plombier pour une fuite créée la fois précédente, fuite de plus en plus petite en volume mais aussi située à un endroit de plus en plus inaccessible sur le tuyau.

(dimanche)

Comment manifester quand on est agoraphobe ?

J'ai une tendance sérieuse à l'agoraphobie. Celle-ci se manifeste en gros dès que je suis dans un groupe de gens suffisamment dense pour que les contacts soient pratiquement inévitables, et que je n'ai pas le moyen de m'éloigner rapidement de ce groupe (je supporte sans problème d'être dans une file d'attente assez dense puisque je sais que je peux simplement abandonner ma place ; je supporte aussi d'être dans le métro aux heures de pointe si l'accès aux stations n'est pas lui-même encombré et que je peux donc toujours descendre à la prochaine station) ; et la manifestation de cette agoraphobie est un besoin plus ou moins urgent de fuir, ou au moins de me ménager un moyen de fuir rapidement.

C'est évidemment un peu problématique pour manifester dès que la manifestation est un peu suivie, donc compacte. Par exemple, quand il y a un et demi million de personnes dans les rues de Paris, entre République et Nation, ça me donne vraiment envie de me promener du côté du parc André Citroën.

Mais en fait, les points vraiment agoraphobogènes d'une manifestation en sont le départ et l'arrivée : entre les deux, le parcours est beaucoup moins dense, et surtout, il y a généralement assez de rues latérales pour ménager la possibilité (fût-elle conceptuelle) de fuir que mon agoraphobie requiert. Le secret, donc, pour arriver à suivre le cortège, c'est de prendre le parcours un peu après le départ, en arrivant par une rue oblique, et de le quitter un peu avant l'arrivée. (Bien sûr, je ne sais pas si ça compte, mais je crois qu'on peut tous être d'accord que ça n'a pas beaucoup d'importance.)

La difficulté avec cette technique est que ça oblige parfois à faire d'incroyables détours pour aller de chez moi au point où je rejoins la manifestation sans passer par le départ officiel de celle-ci et en s'interdisant tout moyen de transport en commun qui risquerait d'être trop saturé, puis la même chose à la fin. Aujourd'hui, mon poussinet et moi avons fait, à pied : Châtelet → Gare de l'Est → Goncourt → Parmentier → Alexandre Dumas → Porte de Montreuil (puis nous sommes repartis en tramway et métro). Si on regarde ça sur un plan, c'est un peu compliqué.

(vendredi)

Séminaire Codes sources

Une de mes connaissances (travaillant pour les archives Henri Poincaré) lance avec quelques autres (du CNRS et LIP6) un séminaire que je trouve très original et intéressant, et qui pourra intéresser certains de mes lecteurs : Codes sources. Il s'agit de présenter des exemples de codes sources (de programmes quelconques et en tous langages) pour les commenter et les analyser comme des textes en eux-mêmes, sous tous leurs aspects, un peu à la manière dont on peut étudier une œuvre littéraire. Le séminaire aura lieu mensuellement à Jussieu (au LIP6, salle 24–25/405), la séance inaugurale étant programmée le 22 janvier avec Gérard Huet qui parlera de literate programming. J'y interviendrai moi-même le 30 avril (pour discuter de mon jeu de labyrinthe hyperbolique).

(jeudi)

Nous sommes tous Charlie — et maintenant on fait quoi ?

Ma position générale sur le terrorisme est qu'il est le plus souvent préférable de l'ignorer. Non tant parce que le nombre de morts provoqués par le terrorisme est très petit face à d'autres formes de mortalité, même liées au crime ou à la bêtise, mais surtout parce que le but du terroriste est d'attirer l'attention sur lui et sur la cause pour laquelle il croit combattre, et que la façon la plus évidente de ne pas le laisser gagner son combat idéologique est de le faire tomber dans l'oubli. À celui qui veut susciter la haine ou la terreur, la réponse la plus pertinente est sans doute l'indifférence et le mépris. Et surtout, c'est la réponse la moins susceptible d'encourager d'autres à passer à l'acte.

L'ennui est que cette stratégie a ses limites : preuve en est que tout le monde connaît le nom d'Érostrate (ou, si on ne le connaît pas, on peut lire son exploit sur Wikipédia), et que ses épigones n'ont manifestement pas fini de se multiplier. Parfois, ignorer et passer à autre chose s'avère soit pratiquement impossible soit symboliquement odieux. Comment, donc, faut-il réagir face aux Érostrates de ce siècle ?

Je n'ai pas de réponse ; et je n'ai pas l'impression que qui que ce soit en ait (ou alors, il ne parle pas assez fort).

On peut bien sûr écarter certaines mauvaises réponses. Se laisser terroriser, bien sûr, est une mauvaise réponse ; abandonner la liberté que les terroristes voulaient attaquer, ou plus subtilement abandonner des libertés essentielle en échange d'une sécurité temporaire, en sont aussi. Pas plus qu'on ne devrait s'interdire d'en rire, ou s'interdire d'en pleurer.

Je pense qu'il ne faut pas se moquer du fait qu'on découvre — fût-ce timidement et a minima — le sens du mot fraternité. Les occasions qui unissent un pays sont bizarres dans leur diversité (un exploit sportif, l'arrivée d'un candidat répugnant au second tour d'une élection importante, un acte criminel), mais que ce soit dans la joie ou dans la colère, cette unité découverte est sans doute bénéfique, à plus forte raison si elle dépasse les frontières du pays.

Mais je crois que nous devons aussi tous garder une pensée à l'esprit. Autant il est tenant de se figurer que nous faisons partie de la team civilization contre la team barbarity, nous devons bien nous rappeler que la matrice dont surgit la bête immonde, ce n'est pas l'« Autre », c'est Nous, nous l'Humanité, qui sommes capable du pire comme du meilleur, et chaque acte condamnable auquel nous assistons, de la petite vexation au crime le plus abominable, doit nous le remettre en mémoire. Car il est tentant de mettre la faute de l'Autre sur le compte de son idéologie (que nous ne partageons pas nous qui faisons partie de la team civilization), et c'est certainement vrai dans une certaine mesure. Je ne pense vraiment pas que je sois du genre à aller tirer à l'arme automatique sur des humoristes qui m'auraient moqué ou auraient insulté les figures que je révère. Mais ce serait aussi bien présomptueux que de croire que les vertus que je veux ériger en antithèse de la barbarie sont forcément chez moi cultivées à une perfection telle qu'il n'y a aucune leçon à retirer pour moi-même dans les actions de l'Autre.

La tolérance, notamment, est une vertu dont il est facile de s'imaginer paré en s'inventant des hommes de cire. [Je cherche ici une métaphore comme brûler des hommes de paille évoque les faux arguments ridicules qu'on invente pour démolir la position adverse dans un argument — les hommes de cire, sans autre raison à la comparaison qu'une vague image de musée Grévin mental, feraient référence à des ennemis un peu fictifs qu'on exhibe ou même invente pour montrer qu'on est capable de tolérer la différence et l'opposition d'opinions.] Voici un indice : si on s'imagine être tolérant parce qu'on arrive facilement à tolérer X, ce n'est probablement pas X qu'on devrait utiliser comme jauge de notre tolérance — presque par définition, ce qu'on a le plus de mérite à tolérer est ce qu'on a le plus de mal à tolérer, et ce qu'on a le plus de mal à tolérer est ce qu'on a le moins envie de donner en exemple ou même de mentionner. (Pour ceux qui trouvent mon propos obscur, voici une page qui développe une idée relativement proche, même si les exemples utilisés me paraissent peut-être un chouïa simplistes ou anecdotiques.)

Et voici le paradoxe : la réponse idoine au terroriste est sans doute d'être meilleur que lui ; mais se dire qu'on est forcément (ou qu'on va être) meilleur que lui n'est peut-être pas le bon premier pas pour arriver à l'être.

(mardi)

La (nouvelle) banane Android du jour

[Gorille tenant une banane]Peu de temps avant de partir pour New York[#], j'ai mis à jour mon téléphone Android en passant de la version 4.3.quelquechose à la version 4.4.4 (en fait, je n'utilise pas l'Android brut fourni par Google mais la version dérivée CyanogenMod, et j'ai mis à jour celui-ci de la version 10.2.1 à la version 11.20141115, mais il ne semble pas que cette subtilité soit pertinente pour ce que je vais dire). J'ai été étonné du peu de problèmes rencontré lors de cette mise à jour (le GPS n'a pas été cassé, le Wifi fonctionnait toujours, l'appareil photo marchait, etc.) : il a seulement effacé tous mes contacts, ce qui, en matière de transition d'une version d'Android à une autre, est globalement en-dessous de la ration usuelle d'emmerdes. Mais juste l'avant-veille de mon départ, je me suis rendu compte qu'il y avait un autre problème que je n'avais pas remarqué : le téléphone ne marchait plus. Plus exactement, lors d'un appel téléphonique, je n'entendais rien, et mon interlocuteur n'entendait rien non plus : tout se passait exactement comme si le micro et le haut-parleur étaient cassés (mais uniquement pour ce qui est de passer un appel).

Alors certes, j'utilise assez peu mon téléphone mobile pour téléphoner : je m'en sers surtout pour consulter le Web (principalement Wikipédia, d'ailleurs) et les cartes (Google Maps et/ou OSMand), et un peu comme appareil photo, et pour communiquer essentiellement par Google Talk (rebaptisé Hangouts, mais en fait j'utilise un client différent — et par ailleurs merdique — appelé Xabber) et par SMS. Néanmoins, un téléphone qui ne permet pas de téléphoner, fût-ce occasionnellement, c'est un peu navrant.

Il s'avère que le problème (touchant le Nexus 4 et peut-être aussi le Nexus 6, sous Android 4.4.4 et apparemment certaines versions ultérieures) est connu : voir ici, ici, ici et ici (d'après les commentaires, il semble bien que les gens soient affectés aussi sur la version d'Android officielle de Google et pas seulement sous CyanogenMod). La faute en est à Google, non pas Google architecte d'Android mais Google auteur d'un machin énorme, monolithique et propriétaire qui vient s'ajouter par-dessus Android, qui s'appelle le Google Services Framework et qui contient essentiellement tout ce que Google n'a pas voulu rendre libre dans Android, donc, beaucoup de choses (en principe on peut fonctionner sans, mais ça implique de se passer d'énormément de choses, dont toutes les applications Google et en fait la majorité des applications non-libres d'Android, donc en fait la majorité des applications tout court d'Android). Apparemment, une mise à jour du Google Services Framework a eu pour effet de casser le son pendant les appels téléphoniques sur le Nexus 4 et le Nexus 6. Ce dernier étant le téléphone phare de Google, c'est amusant de constater à quel point ils s'en foutent complètement (ou alors ils ne sont pas au courant : il est bien connu que l'outil public pour rapporter des bugs dans Android est un pur placébo, personne de chez Google ne va jamais y mettre les pieds, et ils ne veulent pas de feedback de la part de l'extérieur).

Il y a deux solutions partielles au problème (qu'on découvre en suivant les liens ci-dessus et en ignorant 99.99% des commentaires venus d'utilisateurs totalement neuneus qui racontent n'importe quoi). L'une consiste à désactiver un tout petit bout du Google Services Framework (par exemple au moyen de la commande suivante tapée en tant que root dans une ligne de commande sur le téléphone : pm disable com.google.android.gms/com.google.android.gms.checkin.CheckinService). L'autre consiste à désactiver un bout un peu plus gros (au moyen de la commande pm disable com.google.android.gms). Aucune n'est vraiment satisfaisante : la première, celle qui désactive uniquement com.google.android.gms.checkin.CheckinService, a certes très peu d'effets sur le fonctionnement logiciel normal du téléphone, mais elle a pour conséquence que la batterie se vide trois ou quatre fois plus vite, manifestement parce que quelque chose d'autre dans le Google Services Framework essaie de rentrer en communication avec le Checkin Service, n'y arrive pas, et pose un « wake lock », qui empêche le téléphone d'entrer en hibernation, tant qu'il n'y arrive pas. La seconde solution, celle qui désactive tout com.google.android.gms, n'a pas ce problème, mais elle fait que la plupart des applications Google dysfonctionnent, dont le Play Store (heureusement, pas Google Maps, ou en tout cas pas complètement).

Pour résumer, j'ai le choix entre un téléphone qui ne peut plus passer d'appels, un téléphone dont la batterie ne tient que quelques heures, ou un téléphone dont la plupart des applications ne marchent plus. La merdicité de ces trois options a été soigneusement calculée par Murphy pour que je ne sache pas exactement quel mal est le pire, même si j'ai provisoirement choisi le dernier (en désactivant com.google.android.gms). Mais je me demande bien combien de temps cette petite blague va durer.

[#] Pour ceux qui s'étonneraient que j'aie l'idée de mettre à jour mon téléphone juste avant de partir en vacances, ce qui est une façon insolente de provoquer la loi de Murphy, il y a quand même une justification : je partais avec deux téléphones (l'un devant servir à loger ma carte SIM française pour rester joignable à mon numéro français, l'autre à héberger la carte SIM américaine nécessaire pour avoir un accès Internet nomade) ; or l'un de ces téléphones est une merde aux specs mal documentées (un Geeksphone Revolution), et du coup je n'ai essentiellement pas de choix de ce que je mets dessus — or je voulais que les deux soient sur des versions aussi semblables que possible d'Android, pour ne pas avoir à m'arracher les cheveux en passant de l'un à l'autre.

(samedi)

Fragment littéraire gratuit #149 (trois moments)

La première scène se situe la veille de Noël 1557 au monastère de Yuste en Estrémadure, où Titien est en secret venu rendre visite à l'empereur abdiqué. Charles Quint, mi-assis mi-allongé, fiévreux et presque défiguré par la douleur, a les yeux fixés sur une immense horloge. Les notes d'un orgue résonnent confusément entre les murs. Sur la table, une carte du monde sur laquelle une bible a été posée de façon que la tranche du livre soit exactement alignée sur le méridien défini par le traité de Tordesillas. Le peintre contemple intensément cette image, gravant dans sa mémoire une toile qu'il ne peindra jamais.

La seconde scène a lieu le 28 juin 1915 à Göttingen, dans le bureau du grand Felix Klein. Les événements turbulents du monde extérieur ne paraissent avoir aucune prise dans cet espace feutré où le temps semble s'être arrêté. Le professeur émérite pose un regard interrogateur sur ce brillant jeune homme tout juste arrivé de Berlin pour donner une série de cours ; Klein a un air de vieux chat, il est impossible de savoir ce qu'il pense. Albert Einstein — le jeune professeur de Berlin — montre à David Hilbert, qui l'a invité ici, une lettre qu'il a reçue de Padoue quelques mois plus tôt.

La troisième scène se déroule le 25 juin 2004 à Paris, dans un petit appartement du sixième arrondissement. Umberto Eco vient d'y rentrer et pose sur l'étagère le livre qu'il a lu en chemin depuis Bologne, d'où il arrive : un roman sur lequel on ne cesse de lui demander son avis sous prétexte qu'il s'agirait d'un mauvais pastiche du Pendule de Foucault. Eco jette un regard sur l'église Saint-Sulpice par la fenêtre et place le Da Vinci Code à côté d'un exemplaire de Là-bas de Huysmans. Puis il murmure : Et si ce Dan Brown était lui-même un personnage de fiction ?

Bon, je dois admettre que mes textes en viennent parfois à ressembler à des caricatures d'eux-mêmes, et que le grand Felix Klein c'est un peu facile comme blague. Néanmoins, mon lecteur s'amusera peut-être à essayer de retrouver ce qui est vrai et ce qui est inventé là-dedans, parce que je n'en ai moi-même pas une idée totalement claire (c'est bien ça qui est intéressant, non ?).

(jeudi)

Joyeux jour du domaine public

Si je ne me trompe pas (qu'on me corrige le cas échéant[#]), aujourd'hui rejoignent enfin vraiment le patrimoine de l'humanité les œuvres, entre autres, de : Jean Giraudoux, Romain Rolland, Vasilij Kandinskij, Edvard Munch, Piet Mondrian et Aristide Maillol. Ailleurs qu'en France, Saint-Exupéry entre aussi dans le Domaine Public (s'il n'y est pas déjà, bien sûr) : en France, la catégorie complètement absurde Mort pour la France empêchera qu'on profite librement de ses œuvres pour encore trente ans.

Comme La Guerre de Troie n'aura pas lieu fait partie de mes pièces préférées, je suis heureux de pouvoir enfin la goûter pleinement.

[#] Je n'ai pas réussi à avoir de confirmation totalement claire de si les 70 ans après la mort de l'auteur étaient comptées à partir du jour de sa mort ou à partir de la fin de l'année civile où celle-ci a lieu (je trouve des affirmations contradictoires) : je prends la seconde hypothèse, qui est la plus pessimiste. (L'absence de renseignements clairs sur le droit d'auteur fait partie du caractère généralement scandaleusement abusif du droit de la propriété intellectuelle.) Il est par ailleurs possible que certains de ces artistes soient déjà (au moins partiellement) dans le Domaine Public si le pays où a eu lieu la publication protégeait moins longtemps que 70 ans après la mort de l'auteur.

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