David Madore's WebLog: 2005-01

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in January 2005 / Entrées publiées en janvier 2005:

(lundi)

Pourquoi faut-il absolument bouger ?

Le département de mathématiques où je suis avait aujourd'hui son évaluation quadriennale par le CNRS, donc un groupe de grands pontes qui n'avaient pas du tout l'air de benêts est venu regarder comment « on » travaille. Entre visite des locaux et exposés de présentation des équipes et de leurs thèmes de recherches, ils ont pris le temps d'interroger les doctorants (à l'abri des regards de leurs directeurs de thèse), doctorants auxquels j'étais assimilé (bien que mon directeur de thèse ne soit pas en poste là mais à Orsay). Et ils n'étaient pas mauvais pour poser des questions pertinentes. Ceci étant, nous n'avions pas énormément à dire, et surtout, nous n'avons pas à nous plaindre de grand-chose.

Mais il y a une chose qu'ils (les grands pontes en question, mais surtout un super-grand-ponte parmi eux) nous ont clairement dit, c'est qu'ils reprochent à l'ENS (ou en tout cas examinent le possible reproche), en maths du moins, de ne pas suffisamment faire d'efforts pour envoyer ses élèves en thèse en province ou à l'étranger ; ce à quoi on leur a répondu que l'École encourage beaucoup les élèves à voyager mais que tous n'en ont pas l'envie. Alors on nous a vaguement fait la morale, on nous a fait remarquer que le CNRS encourage maintenant fortement ses chercheurs à la mobilité, ne les nomme pas forcément où ils veulent, etc.

J'aimerais savoir comment ce mème est apparu qu'il faudrait obliger les scientifiques à bouger. Je ne veux pas seulement parler de bouger au sens de participer à des congrès ponctuels à divers lieux du globe, mais de mener une carrière où on ne reste pas en poste toujours au même endroit. Et, de façon plus large, j'évoque la pression exercée sur les jeunes docteurs pour aller trouver un post-doc à l'étranger et les politiques de non-recrutement local lorsqu'elles ont d'autres fins que d'éviter le copinage (au CNRS par exemple, puisque le recrutement est de toute manière national donc ce genre de règles ne sert pas à empêcher que les commissions de spécialistes soient partiales). On évoque parfois la communication entre chercheurs, mais l'avocat du diable rétorquerait que la communication est certainement meilleure quand tout le monde est concentré au même endroit, et de toute façon les arguments basés sur la communication ne valent plus trop quand les gens s'échangent des e-mails alors qu'ils sont à trois portes de distance dans le même couloir. Alors pourquoi ? D'où vient cette politique, au juste ? Et quand et comment (et par faute de qui) est-elle apparue ?

Il se trouve que pour des raisons personnelles variées (que je ne détaillerai pas, ce n'est pas le but de cette entrée) je ne supporte pas de voyager, il n'est pas question pour moi de déménager — ni pour un mois ni pour un an ni pour dix ans — à l'étranger, et je n'ai que très médiocrement envie de le faire même dans une autre grande ville de France. Est-ce que ça diminue ma valeur comme chercheur ? Je crois que ceux qui tiennent des discours du genre bougez, découvrez du pays soit sont ceux qui eux-mêmes aiment voyager soit n'ont pas été forcés à le faire contre leur gré quand ils étaient jeunes (avant d'être des grands pontes). D'ailleurs, si c'est si agréable qu'ils le disent, de bouger, ça ne devrait pas être un problème de motiver les gens à le faire.

Mais bon, je suppose que ce n'est pas politiquement correct, de dire ce que je dis là.

Il y a une chose que le super-grand-ponte a dite qui m'a bien fait rire : les deux tiers des gens qui entrent au CNRS n'y font pas toute leur carrière (ils deviennent typiquement professeurs des universités) — seul un tiers, donc, reste au CNRS, et il a ajouté : le meilleur sixième, et le plus mauvais.

(Sunday)

Most absurd item sold on eBay?

There is something deeply reassuring about eBay. Two reassuring things, in fact: the first, no matter what impossible item you're looking for, you're sure you can find it there—and no matter what junk you're trying to get rid of, you're sure someone is stupid enough willing to buy it; number two, no matter how absurd your life may seem, you can find proof on that site that someone is living one which dwarfs yours in ridicule. In a sense, eBay is the insanit-o-meter of the modern world. Anyway.

Is there a record being kept somewhere of the most absurd items ever sold (or, better yet, bought) on eBay? I've never seriously tried to find them, but someone points out to me that a Cray supercomputer is for sale, which isn't bad, though it doesn't match the story of the miraculous sandwich. This offer to advertise on the back of a guy's head for thirty days is also rather weird. I remember reading somewhere about a (non-functional…) vintage WW2 bomber (plane), or something of the kind, being auctioned at around £1000000.

(vendredi)

Je hais les rhumes

Je hais cette maladie stupide qui me fait passer mes journées dans un état à moitié comateux !

(Friday)

Wē gefrūnon hū in geārdagum æþelingas ellen fremedon

Hwæt, wē Gār-Dena in geārdagum,
þēodcyninga þrym gefrūnon,
hū ðā æþelingas ellen fremedon.

No, I guess it's not immediately understandable. Probably just takes some getting used to…

(To tell the truth, I even find Slavonic easier to read.)

(Friday)

It's a dangerous place, the Internet

I usually try to avoid merely linking to other people's blog posts or news stories, but one (thanks to Éric for pointing it out to me) is really incredible so I can't resist: someone in England was arrested for using the Web browser lynx—the uncommon user-agent was interpreted by some asshole operator as an attempt at hacking.

Impressive. I sure hope whoever is responsible gets sacked.

(mercredi)

Journée des carrières

Chaque année mon ancien lycée (je parle de là où j'étais en prépa, pas celui où j'ai fait mon secondaire) organise une journée des carrières où des intervenants (élèves ou enseignants) de différentes grandes écoles viennent présenter leur établissement aux lycéens et préparationnaires. Je suis donc allé faire la pub de mon École. ☺ Mais ce qui est toujours amusant, c'est de voir les parents d'élèves, terriblement concernés par l'avenir de leur petite tête blonde, planifier toute sa carrière future — à tel point qu'il y en avait une, là, qui pensait déjà quasiment aux post-docs de son fils en seconde. Laissez-les un peu vivre, quoi !

(mardi)

Lévinas face au beau

Les parents de David Gritz, mon ami d'enfance qui est mort dans un attentat à l'Université hébraïque de Jérusalem le 31 août 2002 ont fait éditer (aux éditions de L'éclat) le mémoire de maîtrise de leur fils, Lévinas face au beau. C'était pour présenter ce livre — et évoquer ainsi le parcours et la pensée de David — que se déroulait ce soir une petite conférence à l'ENS. Je n'en dirai pas plus, parce que je ne m'estime pas assez compétent en philo pour résumer ce qui a été dit de ce travail qui aborde des questions telles que le rapport entre l'homme et l'œuvre d'art dans le judaïsme et dans le christianisme, mais à titre personnel j'ai trouvé très touchante la lecture de pages du mémoire de du journal de cet ami que je connaissais depuis si longtemps mais dont je connaissais finalement très peu la pensée. L'occasion aussi de revoir ses parents que je n'avais pas vus depuis la tragédie…

(mardi)

Des plans, des plans, des plans

Nouvelle expédition dans le chantier ce soir : je commence à connaître l'endroit tellement bien que je pourrais m'y promener les yeux fermés, et je le fais visiter à plein de gens ; mais cette fois, il y avait un but précis : j'avais repéré depuis mon bureau l'endroit (le petit cabanon) où les ouvriers gardent un tas de plans de chantier, et nous sommes donc allés en prendre un certain nombre pour les photocopier. Nous n'avons pas eu tout ce que nous aurions voulu (certains étages nous demeurent assez mystérieux), mais nous avons eu plusieurs niveaux intéressants, et, surtout, des coupes, lesquelles sont très éclairantes (par exemple, on apprend que les thurnes dans ce nouveau bâtiment seront très très basses de plafond).

Mais lire des plans d'architecte, manifestement, c'est un métier, et nous n'avons pas toutes les connaissances requises. Il y a un nombre faramineux de types de plans différents, la signification de certains desquelles nous paraissant d'ailleurs totalement opaque ; certains plans indiquent la fonction des salles, d'autres non, certains donnent tous les murs, d'autres omettent les cloisons qui ne sont pas en dur, et nous avons aussi trouvé un plan qui semble figurer plusieurs niveaux à la fois ou quelque chose de bizarre de ce genre. Ah, et, sinon, les ascenseurs et les escaliers sont un considérable mystère (pourquoi certains s'arrêtent à tel étage et pas à tel autre, ce genre de choses…).

(mardi)

Et merde !

Il est quatre heures et demie du matin, et je me réveille pour me rendre compte que je suis malade. J'ai dû prendre froid (mais je ne vois pas qui aurait pu me passer son rhume ou sa grippe).

(lundi)

Sièges à l'envers

Question débile du jour : pourquoi ne fait-on pas des voitures dont les sièges des passagers sont à l'envers (je veux dire, tournés vers l'arrière de la voiture) ? Ça aurait l'avantage d'être beaucoup plus sûr en cas de décélération brutale (on est juste écrasé contre son siège, c'est beaucoup moins grave que d'être projeté en avant), donc, pas besoin de ceinture de sécurité.

Si j'ai d'autres idées géniales comme ça, je vous préviens.

(dimanche)

Fragment littéraire gratuit #33 (Quiksilver et Homère)

On va encore m'accuser de faire commerce de mes fantasmes, parce que je parle de skaters… Ben oui. ☺

Un groupe de skaters, dont j'étais plus ou moins devenu le protecteur, avait élu point de rassemblement dans la cour de la résidence, où ils avaient une rampe pour s'exercer. La seule autre personne qui utilisait cet endroit autrement que pour aller d'un point A à un point B était un vieux monsieur d'autour je pense de quatre-vingts ans, un dénommé Lucien, qui venait chaque jour là sur un banc pour lire. Il était agrégé de lettres classiques, et les vicissitudes du sort l'avaient réduit à habiter un studio à peine salubre aux Peupliers.

Ils auraient pu se côtoyer sans se voir pendant une éternité. Mais un jour, Kévin, le plus jeune des skaters, s'est assis à côté de lui, et lui a adressé un sourire. Lucien a fait au garçon un compliment timide sur la figure qu'il venait de réaliser, Kévin lui a demandé ce que l'autre lisait, et la conversation s'est nouée. C'était un accident, une erreur du sort, cela n'aurait pas dû durer, chaque côté aurait dû trouver en l'autre le sommet de l'ennui, et pourtant, le miracle a eu lieu, et rapidement Lucien a été adopté par la bande.

Ils l'ont intéressé à leurs planches, à leurs codes et à leur langage, il leur a présenté Homère, dont il leur traduisait chaque jour un court extrait, et une langue qu'ils ont élue presque comme un code de reconnaissance. Vision incongrue que cette jeune faune urbaine qui mêlait çà et là un mot de grec ancien à sa façon de parler !

Quand Lucien est tombé malade, lui qui n'avait ni famille ni autre ami, ils ont été à ses côtés à l'hôpital, ils l'ont soutenu jusqu'au bout, et le vieil homme n'est pas mort dans la solitude qui lui semblait promise.

Eh bien je pense que cet épisode m'a redonné foi en la nature humaine. Si l'amitié arrive à nouer des liens au-delà de différences si importantes d'âge, de milieu et de culture, c'est que tout n'est pas vain, c'est qu'il restera toujours de l'espoir…

(dimanche)

L'intelligence est une invention collective

J'avais déjà cité un passage sur le bonheur, en voici un sur l'intelligence que je trouve amusant :

Dominique
Mais pourquoi est-ce qu'on a été si cons ?
Claude
Doit-on subodorer une impéritie congénitale ?
Pierre
Pas du tout. Contrairement à ce que les gens croient, l'intelligence n'est pas une qualité individuelle. C'est un phénomène collectif, national, intermittent.
Louise
Tiens, une nouvelle théorie !
Pierre
Absolument. Athènes 413, la première d'Électre d'Euripide. Dans les gradins ses deux rivaux, Sophocle et Aristophane, et ses deux amis, Socrate et Platon. L'intelligence était là.
Alessandro
J'ai mieux. Firenze, 1504, Palazzo vecchio. Deux murs opposés, deux peintres : à ma droite, Leonardo da Vinci, à gauche, Michelangelo. Un apprenti, Raffaello, un manager, Niccolò Machiavelli. Forza Italia !
Pierre
Philadelphie, USA, 1776, 1787 : Déclaration d'indépendance et Constitution des États-Unis…
Rémy
When, in the course of human events…
Pierre
Adams, Franklin, Jefferson, Washington, Hamilton, Madison. Y'a pas un autre pays qui ait eu cette chance-là.
Rémy
Moi je suis né à Chicoutimi au Canada, en 1950.
Louise
C'est un miracle que tu sois pas plus con que tu l'es déjà.
Rémy
En 1950 tout le monde était con, à Athènes comme à Chicoutimi.
Alessandro
Si t'avais été chez nous, tu aurais soutenu les brigades rouges. Ç'aurait été brillant.
Claude
Et maintenant il aurait Berlusconi.
Dominique
Et à Philadelphie il aurait voté pour George Bush.
Diane
Ben tu vois, finalement, t'es pas si con que ça.
Pierre
L'intelligence a disparu. Enfin je veux pas être pessimiste, mais il y a des fois où elle s'absente longtemps.

(Les Invasions barbares)

Moi je suis né à Paris en 1976. Je dois en conclure quoi ? ☺

(Saturday)

Gödel was here

I've just learned of this mathematical result which I guess I could nominate as the most elegant theorem of all times (though probably the most useless ever). Actually, I had already read the statement in Douglas Hofstadter's Gödel, Escher, Bach a long time ago, but I hadn't paid much attention to it then; and now (in the course of thinking carefully about Gödel's incompleteness theorem, Löb's theorem, iterated Gödelization and self-consistency statements) I figured out how to prove it, and the proof is simply wonderful. I can't remember at the time whose name is associated to it (it is not Gödel), but here goes the theorem:

Theorem: This statement is a theorem.

That's all. Statement T merely states that T is a theorem (say, of first-order Peano arithmetic); and T is, in fact, true (and is a theorem: for once, we don't have to distinguish T being true and T being a theorem, because the two are exactly identical, by definition of T!). This sound provokingly much like the famous riddle:

Q: What is the ultimate question in the Universe, and what is its answer?

A: The ultimate question is that which you have just asked and its answer is that which I have just given.

So maybe we can try proving statement T by saying something like this is the proof of statement T — but any mathematician will see that this is a fraud (error 42: attempting to apply a fixed point operator on proofs!). Yet the proof that works is not entirely different either, but it is more intricate, a cleverly crafted jewel.

I won't give that proof here, though. I believe any mathematician who correctly understands Gödel's theorem (not just in the handwaving way it is sometimes — and to much damage — explained to laymen) should be able to have the pleasure of figuring the proof by himself, and anyone who does not understand Gödel's theorem sufficiently well would miss the point entirely. But maybe I'll write a little survey on the incompleteness theorem(s) sometime soon, which would try to go through all the subtleties and intricacies of how it works (e.g., do we need the set of axioms to be Σ1, or does arithmetically definable suffice? why?) and what happens when we try to push it to its limits (iterating Gödelization and reflexions to transfinite heights as Solomon Feferman has done in the most brilliant way); in which case I would also, as a matter of course, give a proof of the above-mentioned theorem. Just so people can't accuse me of lacking the appropriate rigor, here is the (“Quine-unfolding”) mathematically precise way of stating T:

Fix a usual Gödel numbering scheme (of the language of first-order arithmetic). Let P(n) be the predicate such that, for any predicate Q(n) with Gödel number ⌜Q⌝, P(⌜Q⌝) asserts the existence of a proof, in the first-order theory of Peano's axioms, of “Q(⌜Q⌝)” (that is, of the statement obtained by substituting Q's Gödel number, ⌜Q⌝, in place of the free variable). Then we have P(⌜P⌝) [and the proof works in first-order Peano arithmetic].

As an extra bonus, we can do everything in intuitionist logic (that the proof of the above statement can be given in intuitionist logic is trivial, since in the end we exhibit a proof; but actually we can replace the statement by the stronger statement that this statement is provable in intuitionist logic and the statement is again true — and indeed provable in intuitionist logic).

(vendredi)

Et ils vécurent heureux…

Têtu nº97 : A-t-on encore le droit d'être gay et célibataire en 2005 ? On considère généralement les célibataires gay comme de pauvres filles qui cherchent désespérément un mari — et sont trop moches pour espérer en trouver un — ou comme des obsédés du cul qui vont de bordels en coups d'un soir.

Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaargh ! <couic>

(Wednesday)

Gratuitous Literary Fragment #32 (behind the scenes)

—Well, naturally, when a physicist is doing an experiment we have to be extra careful to work things correctly. But most of the time the laws need to be applied only approximately. Up to the 1900's we didn't even implement relativity and quantum mechanics, you know. In fact, they weren't even invented: to tell the truth, quantum mechanics was just a dirty hack we worked when they started probing too deep into matter. We hoped they'd give up when they didn't understand anything, you know, but they went on digging. Now we thought of a better way to keep things beyond their reach: just push the problems away at energies they can't reach. That was a stroke of genius! But really, most of the time, we don't need careful computations, you know: just make the apples fall and so on.

—Nice.

—We live on low credits, you know, so we have to deal with it. We don't get nearly as much as the Mathematickers, down the hall. Now they have to be extra careful: if they make a single mistake, the whole edifice might fall apart, you know.

—Really?

—Really. They had some trouble with a chap a while back, you know. “Gödel” I believe the name was. Troublesome fellow. Had to work out a very special trap for him. Nearly caused us to have to Go Back And Correct—and that's against the Rules, you know. But it worked out fine in the end. But the Mathematickers can't fool around nearly so much as us Physickers.

—No, I guess not…

—Except when restaurant checks are involved, of course. Or computers. Computers are great fun for all of us. Everyone agrees that the Rules don't apply to them. I should tell you a story that happened with the number 458, by the way…

(mardi)

Avec quoi je perds mon temps…

Quand je ne regarde pas les immeubles se construire, j'ai d'autres façons de perdre mon temps. J'ai encore fait joujou avec Unicode en rassemblant un certain nombre de grandes traductions classiques des versets 7 et 8 du chapitre 11 de la Genèse[#] — d'aucuns s'amuseront sans doute à relever la fascination, bizarre pour un athée, que j'ai pour la Bible.

Dans un tout autre registre, j'ai programmé un jeu de Testris. Si vous ne connaissez pas Testris, il s'agit d'une variante de Tétris où l'ordinateur, plutôt que de tirer aléatoirement la pièce qui va tomber, essaie d'emmerder exprès le joueur en lui fournissant la pièce (ou une des pièces) qui l'arrange le moins. Comme ça, le sentiment paranoïaque qu'on a tous en jouant à Tétris (mais quand est-ce qu'il va me donner une barre ?) est enfin justifié. J'ai aussi écrit un jeu de Pentris, c'est-à-dire comme Tétris mais avec des pièces qui font cinq petits carrés au lieu de quatre, et c'est encore pire que Testris, en fait : toutes les pièces ont une forme À La Con® qui est gênante dans à peu près toutes les circonstances possibles. Enfin voilà, ceux qui ont un système Unix avec Gtk+2 installé peuvent essayer ces petits joujoux, les explications sont dans le source lui-même, et, comme c'est dit, c'est dans le Domaine Public si vous voulez en faire quelque chose.

Pendant tout ce temps, évidemment, je ne fais pas les choses que je devrais faire. J'ai plein de petites questions de maths sur lesquelles il faut que je réfléchisse, je vais bientôt avoir un sujet d'agreg blanc à corriger, j'ai des courses et du ménage à faire… Vive la procrastination ! Tiens, un de mes rapporteurs de thèse s'est réveillé, il m'a envoyé quelques pages de commentaires, mais ce ne sont pratiquement que des fautes d'orthographe ou de style à corriger : j'ose espérer que ça veut dire qu'il n'a pas trouvé d'erreur plus profonde que ça ! Si on en est à me dire que j'aurais dû écrire non-trivialité et pas non trivialité, c'est sans doute que le fond est parfait. ☺

[#] J'ai d'ailleurs commis un péché (véniel) : l'utilisation (pour écrire le passage dans l'ancien alphabet hébreu, c'est-à-dire essentiellement l'alphabet phénicien) de caractères Unicode qui ont été approuvés par le Working Group mais qui ne sont pas encore officiellement partie du Standard. Il faudra donc encore un petit moment avant qu'on puisse espérer commencer à pouvoir lire (sur un browser quelconque) le premier passage de la page en question. Ça me donne envie, d'ailleurs, d'écrire un texte qui s'appellerait State of the Unicode Address où je dresserais le bilan de là où en est pour un certain nombre de problèmes ou de décisions politiques, ainsi que l'état des scripts que tout le monde attend (qui a dit hiéroglyphes ?). Récemment, par exemple, quelqu'un m'a demandé si les caractères elfiques (de Tolkien) étaient dans Unicode : la réponse est, comme trop souvent hélas : non, pas pour l'instant.

(dimanche)

La construction d'un immeuble

[Photo des travaux]J'ai déjà mentionné plusieurs fois cette extension de l'ENS en cours de construction, bordant la rue Rataud, et sur les travaux de laquelle mon bureau donne directement (la photo ci-dessus est essentiellement la vue que j'ai).

J'avais visité le chantier (il n'y a vraiment aucune difficulté à y entrer ni besoin d'effraction) au nouvel an, j'y suis retourné deux ou trois fois depuis ; ce soir, nous avons découvert, accroché à un des murs du sous-sol, un plan d'architecte du bâtiment (malheureusement pas du bâtiment complet, seulement du sous-sol lui-même, mais c'est déjà très instructif), que nous nous sommes empressés d'emporter pour le photocopier (avant de le remettre en place, bien sûr). C'est un petit jeu de reverse engineering assez rigolo que d'essayer, avec les éléments dont nous disposons, de deviner quelle salles vont servir à quoi, d'imaginer le bâtiment final, etc. On va peut-être tenter de dresser un plan vectoriel (hautement simplifié, bien entendu !) du bâtiment complet par nos explorations, c'est un défi intéressant. C'est aussi l'occasion d'observer des choses qu'on voit rarement, comme une batterie d'aération + climatisation (+ chauffage ?) pour un gros immeuble (c'est très impressionnant), ou un puits d'appel d'air pour le système d'aération en question, profond de quatre étages (le plan d'architecte appelle ça une cour anglaise, je ne connaissais pas le terme). Ou bien le lest en bas de la grue de chantier (là aussi, l'empilement des blocs de béton pour la faire tenir, c'est vraiment quelque chose d'impressionnant).

Mais le plus fascinant, c'est encore de regarder les ouvriers faire leur boulot : comme un de mes collègues en convenait avec moi, ces travaux empêchent les matheux de bosser, non tant parce qu'ils font du bruit que parce qu'observer les opérations de construction est tellement captivant qu'on peut passer des heures à la fenêtre. La manière dont ils coulent des murs, des planchers, ou des escaliers, dans du béton, je ne me lasse pas de voir ça.

Ce qui est sûr, c'est que quand le bâtiment sera construit, nous (= moi et quelques autres qui nous y intéressons de près) le connaîtrons déjà parfaitement.

Par ailleurs, nous avons l'idée en tête de nommer une salle du bâtiment d'après un de nos camarades (je ne dirai pas qui, car il ne faut pas qu'il le sache), quitte à faire nous-mêmes graver la plaque et à la poser au bon endroit au moment opportun. Avec un peu de chance, le canular prendra et la salle sera vraiment nommée ainsi.

(vendredi)

Linux install party

On a fait une Linux[#] install party à l'ENS ce soir (moi-même je n'étais que très marginalement impliqué, mais je suis venu jeter un œil et donner un coup de main[#2]). Je ne pensais pas que ça aurait autant de succès (en terme de nombre de participants), en fait — et je ne pensais pas non plus que tant de gens avait un portable (il est vrai que le concept favorise nettement les portables, parce qu'apporter son fixe, forcément, c'est moins facile ; il y en avait toutefois quelques-uns).

En terme de réussite des installations, je ne suis pas sûr que ça soit un tel succès, en revanche. Pas tellement la faute de Linux, certes : il y a tellement de matériel PC complètement exotique, non standardisé, ou (cas qui me semble malheureusement de plus en plus fréquent) dont les spécifications sont gardées secrètes… Le pire, je pense, ce sont les cartes graphiques — quoique, les cartes réseau ont aussi tendance à être embêtantes, maintenant. La faute est aux fabricants de matériel, mais je ne crois pas que ça fasse bonne presse pour Linux / les Unixoïdes / les logiciels libres / <insérez ici votre catégorie préférée>.

À vrai dire, moi, je ne suis plus du tout prosélyte (je l'ai été), ni pour Linux, ni pour le logiciel libre, ni pour quoi que ce soit d'autre que j'utilise (à la rigueur Mozilla). Je ne recommande à personne de passer sous un Unix : je préfère que les gens restent sous Windows pour pouvoir leur dire non, je ne connais rien à ce truc, je ne peux pas répondre à ta question et ne pas avoir à expliquer comment éditer un /etc/fstab à la main (simplement parce que je ne connais pas les outils inventés pour le faire de façon user-friendly) pour voir mon interlocuteur hausser les yeux au ciel façon qu'est-ce que c'est que ce truc de geeks, vraiment.

[#] Oui, Sam : une GNU/Linux install party.

[#2] Métaphore croisée, j'ai bien peur. Je vous rassure, je n'ai pas balancé mes globes oculaires et donné des baffes. ☺

(Thursday)

Gratuitous Literary Fragment #31 (of cities and men)

Every city has a pulse. I do not refer to the mere flicker of the traffic lights which sends streams of engines flowing on asphaltic arteries, no: I mean something deeper, something subtler, both unseen and unheard. A basal ticking, below the ebb and flow of human affairs, one that might emanate from the very foundations of stone. I have wandered through cities in ruin, drenched in moonlight, deserted since eons and abandoned by all living things, yet I could feel the throb unending. Still maybe the heart of Troy and Carthage beats: the ashes are never so cold that they cannot be kindled.

People do not build cities: cities build themselves. Only our certainty that man is the measure of all things makes us blind to the fact: for the giant is larger than the measure of man, and we fail to see it—or to recognize it. We see but the pageant that is meant for our eyes. Perhaps it is better so.

(mercredi)

La magie de Miyazaki

Je viens de voir ハウルの動く城 (Le Château ambulant) et j'en ressors tout à fait emballé. Tout à fait dans le genre de 千と千尋の神隠し (Le Voyage de Chihiro) que j'avais déjà beaucoup aimé, mais encore plus réussi à mon avis (le graphisme est encore plus beau — à la seule exception du château éponyme, que je trouve un peu décevant — et l'histoire est encore plus belle et plus émouvante à mes yeux). Je ne veux pas gâcher les surprises, donc je ne dirai pas grand-chose sur l'intrigue.

Ce que je trouve vraiment merveilleux avec Miyazaki (pour autant que je puisse juger, du moins, d'après les trois films de lui que j'ai vus), c'est avec quelle force la féérie de ses histoires s'impose au spectateur. Car il faut bien admettre qu'elles partent dans ce qu'on pourrait qualifier de délire complet et totalement dénué de construction : et c'est le genre de choses qui, normalement, m'insupporte rapidement — j'aime que les personnages d'une histoire aient des motivations assez précises et qu'ils agissent selon ces motivations, j'aime avoir l'impression que le scénariste sait où son histoire va aboutir et qu'il la construise en fonction de ça, j'aime qu'on noue des intrigues pour les dénouer proprement, j'aime quand on ne change pas d'idée toutes les trois scènes, j'aime quand le Grand Méchant ne cesse pas sans raison d'être Grand Méchant (sauf après un coup de théâtre bien mené ou après une évolution psychologique plausible), et ainsi de suite — bref, Miyazaki fait tout ce qui devrait m'être horripilant, et pourtant, la puissance poétique de son style est telle que je lui pardonne, mieux, je n'aime que d'autant mieux. Bien que sa conception de la magie n'ait pas la solennité de ma façon de l'imaginer, il remplit assez bien mon manque à ce sujet. J'aime aussi la beauté de ses paysages, les moments d'une très grande sérénité qu'il sait nous ménager. Et j'aime ses personnages, à la fois drôles et attachants.

Bref, allez voir ce film !

PS : Je me rends compte seulement maintenant que le personnage appelé ハウル (Hauru), le propriétaire du château dont il est question, est censé être nommé… après le mot anglais Howl (c'est sûr que transcrire un mot en japonais a tendance à le déformer beaucoup !). Fait qui a apparemment échappé à ceux qui ont écrit les sous-titres français.

(mardi)

Ouf !

J'ai fini de remplir mon dossier CNRS. C'est assez pénible par le nombre de choses qu'ils demandent (un CV et une liste de publications et un rapport sur les travaux de recherche et un projet de recherche — ce dernier me semble vraiment pipo en maths, parce qu'on peut assez difficilement prévoir à l'avance sur quoi on va travailler). En revanche, la manière dont on peut candidater en ligne est vraiment bien faite, j'ai été très heureusement surpris : on envoie tous les documents sous forme PDF, et (du coup ?) il n'y a pas cinquantes pièces administratives à fournir (du style copie du dernier diplôme machinchose) ; même l'interface Web du système est très bien faite, et à la fin elle vous donne un joli PDF à imprimer qui sert d'accusé de réception — un vrai bonheur. Il ne me reste plus qu'à envoyer par courrier postal les tirés à part de trois publications, et je serai débarrassé de ça. Ouf !

Sinon, dans les nouvelles du jour, j'ai eu un des pires maux de tête de ma vie, aujourd'hui, le genre où dès que je me lève ou m'assois, ne parlons pas de monter des escaliers, j'ai l'impression qu'on me démolit le cerveau à coups de marteau. Heureusement, il est passé après le dîner. Je ne sais pas si c'est lié au fait que j'ai réussi à me lever un peu plus tard aujourd'hui que les quelques jours précédents.

(lundi)

C'est pénible, de se lever tôt

Suite à une nuit blanche que j'ai faite il y a quelques jours, je me retrouve calé sur un rythme où je me réveille le matin bien avant 7h — après ça je n'arrive pas à me rendormir, donc je me lève. L'ennui, c'est que pour tenir durablement sur cet horaire, je devrais me coucher vers 21h ou 22h au plus tard. Et ça, décidément, je n'y arrive pas (j'ai rarement fini tout ce que dois faire à temps pour rentrer chez moi vers 20h30 ; même avoir fini de dîner n'est pas complètement évident). Du coup, je suis crevé toute la journée, je repousse au lendemain tout ce que je dois faire, et ça s'accumule.

(vendredi)

CNRS

Je comptais ne pas candidater au CNRS cette année (comme je ne soutiendrai ma thèse qu'en mars-avril, et surtout comme je n'ai aucune chance d'être admis). Finalement, je vais le faire (mon directeur de thèse ne semblait pas avoir beaucoup d'avis sur la question, mais il m'a promis une lettre de recommandation, et d'autres gens m'ont dit que c'était toujours une bonne chose, vu que ça ne coûte rien). Encore un dossier pénible à remplir, avec des tonnes de paperasse à fournir, chouette !

(mercredi)

Qu'est-ce que la culture générale ?

Il est assez délicat de savoir où placer la limite entre la « culture générale » et la connaissance spécialisée : tout le monde a, je crois, tendance à considérer que la culture générale est formée de choses qu'il connaît effectivement, ou, en tout cas, que s'il en sait beaucoup plus sur un domaine que sur un autre (ou s'il s'y intéresse plus, ce qui va souvent de pair) ce qui doit s'appeler « culture générale » dans ce domaine va nettement plus loin.

Sommairement, je serais tenté de dire qu'il y a trois niveaux : les connaissances de base, la culture générale, et l'érudition. Les connaissances de base, ce sont surtout des choses que tout le monde (au-delà d'un certain âge) est censé savoir sous peine de subir un handicap sérieux dans la vie quotidienne, et que, de fait, pratiquement tout le monde a : ainsi, savoir énumérer l'alphabet (latin, dans le monde qui l'utilise et même probablement ailleurs) fait partie des connaissances de base ; de même, connaître les noms des jours de la semaine ou des mois de l'année. Il y a aussi des connaissances un peu plus locales et plus transitoires, comme savoir qui est le président ou premier ministre en exercice du pays où l'on réside.

En revanche, connaître l'alphabet grec (sauf pour les Grecs, évidemment), c'est de la culture générale mais plus une connaissance de base. Il s'agit surtout d'un nombre considérable de listes et de tables d'association : l'homme « cultivé » (mais pas nécessairement « érudit » pour autant) est censé savoir lister (outre les vingt-quatre lettres de l'alphabet grec, donc) les sept merveilles du monde, les sept péchés capitaux, les sept collines de Rome, les douze signes du zodiaque, les empereurs romains d'Auguste à Septime Sévère, les noms des figures d'un jeu de carte, les quatre Beatles, les quatre parties de la Tétralogie, les trois premières lignes de la table périodique, les (192 ou alentours) pays du monde et leur capitale, les prénom, dates approximatives (ou, pour certains, exactes), nationalité et « qualité » d'un nombre hallucinant de personnes célèbres, j'en passe et des meilleures. En vérité, personne n'a une connaissance parfaite même de cette « culture générale » : il y a seulement des gens qui font plus ou moins bien illusion — même sur les quelques exemples que je donne, je pense que la proprition des gens qui seraient capable de tout énumérer correctement est très réduite — le tout n'est pas tant d'avoir une bonne culture que de bien savoir la maîtriser. (J'avoue que j'avais été un peu surpris, par exemple, par la faiblesse des scores des gens qui avaient tenté le test de culture général que j'avais mis sur mon site il y a longtemps.)

Au-delà de la culture générale, il y a le savoir spécialisé, dont l'érudition fait partie, et, cette fois, il n'y a pas de limite et il va de soi que personne ne peut avoir une proportion plus qu'infinitésimale de la connaissance du monde — mais il est vrai que là aussi certains arrivent assez remarquablement bien à faire croire qu'ils savent vraiment tout (disons qu'il m'est arrivé de rencontrer des gens que je n'ai jamais réussi à mettre en défaut dans quelque domaine que ce soit, et c'est très impressionnant).

Chose curieuse, à l'intérieur d'une discipline précise — en l'occurrence, je pense aux mathématiques, mais je suppose que c'est la même chose pour d'autres domaines — le même schéma se reproduit : il y a des connaissances de base, une culture générale, et de l'érudition au-delà. On demande au candidat qui passe l'agreg de maths d'avoir une bonne « culture générale mathématique », donc connaissance de tout un tas de choses aussi arbitraires et éclectiques que la culture « générale générique ». D'un certain point de vue, c'est assez absurde.

Je me demande s'il existe des bons manuels de culture générale (le fait qu'il en existe est une évidence, l'accent est mis sur le bon), dans lesquels tout serait bon à apprendre et bien présenté. Ou bien est-ce qu'il y a une raison quasi-mystique de penser que la transmission de cette forme de savoir ne peut se faire qu'oralement ?

Je ne sais plus bien pourquoi je raconte tout ça, moi, d'ailleurs.

(mardi)

Typage en informatique

C'est assez typique de moi : je suis parti ce matin avec l'intention de m'acheter une bible en slavon, et finalement (après avoir fait chou blanc à la librairie du Globe et être passé chez Eyrolles sur le chemin du retour) j'ai fait l'acquisition d'un livre sur la théorie du typage (le genre de choses qui provoque chez moi des cauchemars) : Types and Programming Languages de Benjamin Pierce. J'ai passé une bonne partie de l'après-midi à le lire (pas dans les moindres détails, évidemment, car il est assez épais, mais suffisamment pour m'en faire une bonne idée et pour apprendre des choses), et je le recommande : il est tout à fait intelligemment structuré et très clair, présentant successivement tout un tas d'enrichissement du système de types d'un langage et expliquant les répercussions que cela a.

C'est quelque chose qui me perturbe dans mon idéalisme, d'ailleurs, le système de type : j'essaie de concevoir un langage de programmation idéal à mon goût (pas de l'implémenter, certainement, mais au moins de me le représenter mentalement de façon précise) et, si j'ai une idée assez nette des autres aspects du langage (en gros, ce serait un langage fonctionnel, hâtif par défaut mais optionnellement localement paresseux, avec séquencement explicite des effets de bord, possibilité de contrôler finement l'allocation de mémoire et de placer des limites sur les ressources à l'exécution, et virtualisation et réflexivité aisées, et utilisant une syntaxe à la Lisp), le typage me pose problème. Évidemment, les types doivent avoir citoyenneté de première classe (globalement, tout ce qui concerne le langage de près ou de loin doit avoir citoyenneté de première classe, sinon on perd de l'expressivité et de la réflexivité), donc le truc ressemblerait à quelque chose comme le calcul des constructions inductives avec sous-typage, en encore plus général, et sur de la logique linéaire (pour pouvoir contrôler la duplication des données, et donc l'allocation mémoire, si besoin est) ; tout ce qui ne peut pas facilement se vérifier statiquement se vérifie dynamiquement (pour moi, le typage statique ne doit être qu'une optimisation sur le typage dynamique, un peu comme le fait de remplacer 2+2 par sa valeur dans le source) et tout ce que le typeur ne peut pas inférer peut être explicitement donné par des annotations : mais les détails sont encore très flous. En fait, le typage n'est qu'un cas particulier des preuves qui peuvent être faites sur un programme, et on voudrait que le langage permette de poser et de faire vérifier (soit statiquement si c'est possible, soit dynamiquement) absolument n'importe quelle preuve de propriété que le programmeur voudra bien apporter : il faudrait que cela s'insère de façon élégante comme un mécanisme de typage, mais je ne vois pas bien comment faire.

Je ferais mieux de faire des maths, moi, c'est plus facile que l'info.

(lundi)

Vieux slavon, alphabet cyrillique, et Unicode

Un de mes amis (que je ne dénoncerai pas — appelons-le mystérieusement R… — mais que tous ceux qui le connaissent auront reconnu), qui est au moins autant que moi passionné par Unicode et par les langages bizarres ou confidentiels, s'est pointé avant-hier soir (lors de la petite soirée où nous célébrions le nouvel an) avec une grammaire du slavon liturgique. Le slavon est la langue d'où le russe moderne dérive ; il a été fixé par écrit (ainsi que les alphabets cyrillique et glagolitique à cet effet — on ne sait pas quel est le rapport précis entre eux) dans la traduction de la bible des fameux moines (frères) Cyrille et Méthode qui ont évangélisé la Russie à la fin du IXe siècle. Du « vieux » slavon est dérivé à la fois le slavon liturgique de l'église orthodoxe et le russe moderne ainsi que, essentiellement, les autres langues slaves.

Le russe moderne est déjà une langue fort difficile (pour les non-Russes) à cause de la complexité de son système morphologique (par exemple, des huit cas de l'indo-européen primitif, six sont en usage vivant : nominatif, accusatif, génitif, datif, instrumental et locatif — seuls l'ablatif et le vocatif ont été perdus). Le slavon, il est à craindre, est encore plus compliqué (mais pas démesurément non plus : à titre d'exemple, il n'y a qu'un cas de plus qu'en russe moderne, le vocatif, qui n'est pas terriblement dur à former ; la conjugaison des verbes, cependant, est plus délicate car il existe de vrais temps du passé alors que le russe moderne n'a gardé qu'une sorte de participe utilisé comme passé ; et l'existence en slavon d'un duel à côté du singulier et du pluriel complique aussi la morphologie). Cependant, il n'est pas complètement incompréhensible par quelqu'un qui connaît le russe (à titre d'exemple, de même qu'avec mes vagues rudiments d'italien et ce que je sais de latin j'arrive à déchiffrer quelques mots de Dante, de même, en ayant fait un peu de russe et en ayant des notions de grec ancien — notamment de quoi lire l'original du nouveau testament — je repère bien des formes claires dans le texte slavon de la bible). Et on peut espérer qu'en retrouvant l'origine étymologique de certaines bizarreries du russe le langage apparaîtra comme plus clair et pas moins. Quoi qu'il en soit, si j'ai le temps, je regarderai d'un peu plus près à quoi tout cela ressemble. Il existe un cours de vieux slavon en ligne.

Une chose qui frappe en premier abord, en tout cas, est la multiplicité des signes. L'alphabet cyrillique moderne a trente-trois lettres (si on distingue le ‘Ё’ du ‘Е’, comme je tiens à le faire, même si quasiment tous les textes russes imprimés ou manuscrits de nos jours omettent les deux points sur la lettre quand elle est prononcée ‘o’[#]) ; avant la réforme d'orthographe de 1917, il en avait quelques-unes de plus, notamment ‘І’ (remplacé partout par ‘И’ — causant notamment la fusion[#2] des mots міръ, le monde, et миръ, la paix, ceci dit ces mots sont de toute façon de même origine) et ‘Ѣ’ (remplacé partout par ‘Е’ — causant notamment la fusion des mots ѣсть, manger, et есть, il y a), et il y avait nettement plus de ‘Ъ’ (signes durs) que maintenant. Cet alphabet russe provenait lui-même d'une réforme (ou, en fait, plusieurs réformes successives) effectuée(s) par Pierre le Grand pour transformer l'alphabet du slavon liturgique en un véritable alphabet à usage civil. Car le slavon a un nombre assez considérable de lettres : R et moi n'avons pas réussi à en savoir le nombre précis car les grammaires se contredisent assez quant à la question de savoir ce qui est ou n'est pas la même lettre, et d'ailleurs la langue elle-même est parfois un peu floue (même si l'orthographe en slavon liturgique est rigoureusement fixée, il n'est pas toujours clair ce qui est une lettre différente et ce qui est une simple variante de position, et il n'est pas non plus clair ce qui est une ligature entre deux lettres et ce qui est une lettre à part entière), et il y a eu des changements au passage entre le vieux slavon (écrit en glagolitique ou dans la forme la plus ancienne de l'alphabet cyrillique) et le slavon liturgique figé (disons, vers le XVIIe siècle). Toute cette histoire est racontée de façon très claire (au moins autant que possible vue la complexité de l'affaire) et très intéressante dans ce texte sur l'encodage de l'ancien alphabet cyrillique en TeX et en Unicode. Les relations entre les lettres (surtout les voyelles) sont très compliquées. Par exemple, le ‘Я’ du russe moderne dérive, à l'époque de Pierre, à la fois du petit yus (‘Ѧ’, qui lui a à peu près donné sa forme) et du a yodifié (environ ‘ІА’) ligaturé (malheureusement non codé séparément dans Unicode) — et même du petit yus yodifié (‘Ѩ’) ligaturé — ces signes étant distincts mais très fortement liés dans l'écriture du slavon. De même, le nombre de lettres du slavon prononcées approximativement ‘(i)é’, entre le ‘Є’ (à ne pas confondre avec le ‘Э’ récent, qui est une invention de l'époque de Pierre), le ‘Е’ (en slavon liturgique — peut-être une simple variante d'écriture de la lettre précédente, mais peut-être pas), le ‘Ѥ’ (version yodifiée-ligaturée de ‘Є’), le ‘Ѣ’ (qui a survécu jusqu'en 1917) et même le ‘Ь’ (qui est maintenant un signe mou, mais qui à l'époque du vieux slavon était une véritable voyelle), cela fait beaucoup. J'aimerais bien arriver à me faire une idée un peu plus précise de toutes ces évolutions (notamment concernant les yus petit et grand, les yer dur et doux, et le yat, qui sont vraiment les signes distinctifs du cyrillique).

Je me demande si, dans le catalogue des objets inutiles et bizarres que je possède, je ne vais pas rajouter une édition de la bible en slavon. En attendant, pour ceux qui veulent voir à quoi ça ressemble, voici un échantillon (la première ligne, par exemple, accents omis, donne : И вѣ всѧ зємлѧ ѹстнѣ єдинѣ, и гласъ єдинъ всѣмъ.).

[#] Cela donne des choses assez cocasses. Par exemple, le dirigeant de l'URSS de 1953 à 1964, (Никита Сергеевич) Хрущёв, est appelé Khrouchtchev en français (Khrushchev en anglais) et la manière dont on lit ce nom n'a à peu près aucun rapport avec la prononciation russe d'origine, à commencer par le fait que la voyelle finale, transcrite en ‘e’, est un ‘o’ (et il porte l'accent tonique alors que les Anglais le mettent sur la première syllabe).

[#2] Autre chose cocasse : il paraît que le titre d'un célèbre roman de Tolstoï s'écrit Война и Міръ, c'est-à-dire La Guerre et le Monde et pas Guerre et Paix comme ce serait si ça s'écrivait avec un ‘И’, même si, évidemment, le jeu de mot est volontaire. Rectification (2005-05-20) : c'est probablement faux.

(samedi)

Ma bonne résolution pour 2005

(D'accord, j'abuse à dater cette entrée du premier janvier, ou alors c'est qu'il est trente-deux heures passées, mais je fais une nuit blanche, là, donc pour moi il est encore le premier janvier, et le 2 n'existera normalement pas. Ça tombe bien, je n'aime pas les dimanches.)

Étant donné que je n'avais pas réussi à tenir fût-ce la moitié de mes bonnes résolutions pour 2004, je vais faire plus simple en 2005. Je prends acte du fait que j'ai échoué dans les choses qui me semblaient les plus importantes dans ma vie, et que je n'arrive pas à lui redonner un sens, et, surtout, que je n'ai pas grand-chose vers quoi je pourrais aspirer (look forward to) à l'avenir. Et je prends donc la résolution suivante : celle d'arrêter de m'en préoccuper et de m'amuser : parce que la vie n'a peut-être pas (plus ?) de sens, elle est peut-être un échec, mais qu'est-ce qu'on rigole.

Alors, pour commencer, ce soir, j'ai fait un deuxième petit dîner entre amis (assez disjoints de ceux d'hier soir, d'ailleurs). Et puis, avec deux d'entre eux, je suis allé visiter les chantiers de la construction du nouveau bâtiment, annexe de l'ENS, qui prend la place de l'ancien « pavillon » : nous avons passé plus de deux heures à explorer ces salles pour l'instant réduites à des murs de béton nu et de câbles et tuyaux — et je vous assure, c'est vraiment rigolo.

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