David Madore's WebLog: 2009-04

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in April 2009 / Entrées publiées en avril 2009:

(mardi)

Calculs de distances entre virus de la grippe

Quand tout le monde parle de la même chose, il devient souvent d'autant plus dur d'extraire des informations vraiment pertinentes d'une masse de blabla sans intérêt. Et en l'occurrence, pour ce qui me concerne, trouver des informations factuelles et un peu geek-compatibles.

On trouve facilement, sur Wikipédia et ailleurs sur les virus de la grippe : en se rappelant qu'il y a probablement un certain nombre d'erreurs, l'essentiel doit quand même être à peu près juste : que les grippes de type A (celles qui causent vraiment du souci) sont classifiés par des numéros affectés aux différentes grandes variantes de deux protéines, l'hémagglutinine (suivant la lettre H, parmi 16 variantes connues) et la neuraminidase (suivant la lettre N, parmi 9 variantes connues). Maintenant, le geek ne se satisfait pas de ça, il veut savoir au juste en quoi les différents H1N1 (exemple choisi complètement au hasard…) diffèrent, justement. Et, s'il est juste que le vaccin contre la grippe fonctionne en sensibilisant le système immunitaire à l'hémagglutinine, on veut savoir en quoi ces différentes sous-variantes de l'hémagglutinine (à l'intérieur de la variante H1) diffèrent, parce que, tout de même, les formules de vaccins contre la grippe saisonnière usuelle incluent une composante ciblant une souche de variante H1N1 (donc on se demande s'il conférerait une immunité au moins partielle contre des autres souches de cette même variante), et aussi parce que le H1N1 est la variante de la plus célèbre de toutes les grippes, celle de 1918.

Heureusement, parmi les merveilles de l'Internet, il y a cette base de données de séquences de nucléotides qui est capable de vous cracher le contenu du génome de plein de choses, entre un humain et un virus du SIDA en passant par l'incontournable Drosophila melanogaster. En particulier, cette base contient les gènes séquencés de toutes sortes de souches de virus de grippe H1N1.

J'ai comparé les séquences des hémagglutinines de quatre exemples de virus de grippe H1N1 : celui de la grippe « espagnole » de 1918, A/Brevig_Mission/1/18(H1N1) tel qu'isolé à Brevig Mission en Alaska, celui de l'épidémie russe de 1977, A/USSR/90/77(H1N1) (peut-être l'épidémie de H1N1 la plus mortelle depuis celle de 1918), celui qui fait parler de lui en ce moment, A/California/04/2009(H1N1) (tel que séquencé en Californie, si tant est que ce soit le même qu'au Mexique), et enfin celui utilisé dans la formule de vaccin préconisée par l'OMS contre la grippe saisonnière pour les saisons 2008–2009 et 2009–2010 dans l'hémisphère nord, A/Brisbane/59/2007(H1N1). Pour les 317 acides aminés formant le peptide HA1[#], les distances sont les suivantes :

Grippe espagnole 1918Épidémie russe 1977Grippe mexicaine 2009Souche vaccin 2008
Grippe espagnole 19180565668
Épidémie russe 19775608846
Grippe mexicaine 20095688093
Souche vaccin 20086846930

En clair, au niveau de la partie HA1 de l'hémagglutinine, la grippe dont on parle actuellement dans les médias est notablement plus proche de celle de 1918 que de celle contre laquelle on vaccine. Après, est-ce significatif, je n'en sais rien (pour commencer, il est évident que les mutations sur chaque emplacement dans la molécule n'ont pas le même poids !, mais je n'ai aucun moyen de tenir compte de ça).

Mais ce qui m'énerve, c'est que ça soit à moi de faire ce genre de mesures, alors que je n'ai aucune compétence pour ça : je n'y connais rien en biologie ou en médecine — pourquoi, alors que tout le monde ne parle que de grippe, n'y a-t-il pas des vrais spécialistes de la grippe qui aient fait des commentaires publics intelligents sur la différence entre les différentes souches de H1N1 ?

[#] Pour être précis quant à ce que j'ai calculé, j'ai pris, dans la transcription des gènes en question, la sous-séquence d'acides aminées qui commence par DTXCIGY… (où X est L ou I) et qui finit par …NIPSIQS, qui devient donc HA1 ; dans la variante A/Brisbane/59/2007(H1N1) j'ai inséré un blanc après le 132e acide aminé de cette séquence pour le porter à une longueur de 317 alignée aussi bien que possible avec les autres ; et j'ai calculé le nombre d'emplacements qui diffèrent, entre chaque paire de possibles, sur cette suite d'acides aminés (+blanc). J'aurais pu utiliser la distance d'insertion-suppression-remplacement, mais elle est fastidieuse à calculer, et j'ai constaté heuristiquement (avec le programme Unix diff), sans la calculer exactement, qu'elle devait être très peu différente de la distance de Hamming que j'ai donnée.

(samedi)

Où sont les historiens du Zeitgeist ?

Je ne me rappelle plus où j'avais vu, il y a longtemps, un petite devinette, qui consistait à trouver un anachronisme dans un texte censé être un article de journal écrit vers 1930 : ce n'était pas vraiment difficile, mais le petit piège était que l'erreur n'était pas là où on pourrait la chercher (comme dans une référence à quelque chose qui n'existait pas à l'époque, ou à un événement qu'on n'aurait pas pu connaître), elle était dans le terme utilisé pour désigner la guerre de 1914–1918 : on ne disait évidemment pas, en 1930, la Première Guerre mondiale mais la Grande Guerre. Je le disais au tout début de ce blog : dans une certaine mesure, c'est plus le Zeitgeist que l'histoire des événements eux-mêmes qui importe pour identifier et marquer une époque.

Prenons un autre exemple : une nouvelle ou un film qui se passerait dans les années '60 et où l'écrivain ou cinéaste aurait glissé à un certain moment, comme un clin d'œil, qu'on entendît le canon de Pachelbel. Évidemment, ça n'a rien d'impossible, le canon ayant été écrit à la fin du XVIIe siècle, publié pour la première fois vers 1920 et enregistré dès 1940, on ne voit pas pourquoi ce serait un anachronisme de l'entendre au milieu du XXe. Pourtant, dans une certaine mesure, ç'en est un : car il n'y a pas que l'histoire du morceau de musique lui-même qui importe, il y a l'histoire de sa célébrité, qui date environ de 1980 (suite à un enregistrement par Jean-François Paillard et à son utilisation comme musique du premier film dirigé par Robert Redford, Ordinary People). Je pourrais donner un autre exemple de célébrité musicale, cette fois beaucoup moins longtemps après sa composition, avec la marche nuptiale de la musique de scène par Mendelssohn pour le Songe d'une nuit d'été de Shakespeare, dont Wikipédia nous apprend (à tort ou à raison, mais se non è vero, è bene trovato) que sa popularité comme musique de mariage dans les pays anglo-saxons fait suite à son utilisation en 1858 par la princesse Victoria (la fille de la reine du même prénom) lors de son mariage avec le prince Frédéric Guillaume de Prusse (et futur — quoique bref — empereur allemand sous le nom de Frédéric III).

Bref — mais je ne fais que redire ici ce que j'ai déjà dit, et je le dis mal — il ne suffit pas de savoir les dates des événements historiques, ni même de création des différentes œuvres artistique et de découverte des phénomènes scientifiques, pour arriver à retrouver ce que les gens avaient à l'esprit à tel ou tel moment dans le passé, comment ils nommaient les choses, quels étaient leurs référents culturels, tout ce que j'appelle (de façon peut-être abusive, d'ailleurs) le Zeitgeist. Cet esprit du temps est terriblement difficile à retrouver : y a-t-il des historiens dont ce soit la spécialité ?

(samedi)

Ciel !, j'ai déclaré mes impôts trop tôt !

Je viens d'envoyer ma déclaration d'impôts électronique, et je m'aperçois, en lisant la notice qui accompagne la version papier : des délais supplémentaires : dès le lundi 27 avril 2009, commencez à télédéclarer. Ciel !, y a-t-il des pénalités pour les gens qui rendent leur déclaration trop tôt comme il y en a pour ceux qui la rendent trop tard ?

Blague à part, ça fait cinq ans que je télédéclare (depuis la première année où c'était possible, donc), et c'est la première fois que ça se passe — logiciellement parlant, je veux dire — de façon vraiment parfaite (l'an dernier, j'avais eu un problème avec d'obscures bibliothèques partagées qui n'étaient pas à l'endroit où Java les cherchait : j'ignore si la résolution de ce problème est à mettre sur le compte des informaticiens de l'administration fiscale ou de ceux de Debian). Et comme tous les chiffres préremplis étaient bons et que je n'avais rien à ajouter, je n'ai eu que quelques clics à faire pour être en règle — il y a des pays où ce n'est pas si simple.

Seul petit reproche : il n'y a apparemment pas de moyen de copier automatiquement les données de la déclaration qu'on a remplie dans le simulateur (on a bien une estimation du montant de l'impôt juste après signature de la déclaration, mais elle n'est pas aussi détaillée que ce que donne le calculateur).

(lundi)

Pourquoi Israël polarise-t-il autant la géopolitique ?

Je voudrais poser cette question de façon vraiment — sincèrement — ingénue. Il y a trente–quarante ans, la géopolitique s'organisait autour de la guerre froide et de l'axe qui opposait les alliés des Soviétiques à ceux des Américains : les conflits israélo-arabes devaient se lire dans cette optique. La sphère géopolitique doit aimer s'organiser selon un axe dipolaire, parce que j'ai l'impression qu'après la fin de la guerre froide, l'alignement selon l'axe pro-ou-contra-israélien a quasiment remplacé l'alignement slon l'axe pro-ou-contra-américain : mais j'ai du mal à comprendre comment il arrive à acquérir une telle importance.

Certes, j'ai un avis — rapide et fort peu éclairé, car je n'y connais rien[#] — sur la situation des Palestiniens comme j'en ai un sur celle des Tamouls au Sri Lanka ou sur l'inimitié Indo-Pakistanaise, ou sur l'Ossétie et l'Abkhazie, ou sur les Turcs et les Kurdes, ou sur plein d'autres choses. Mais dans tous ces cas mon intérêt est, en toute honnêteté, un peu lointain et purement académique, donc j'essaie de ne pas crier mon avis trop fort parce qu'il ne repose essentiellement que sur mon ignorance et sur des préjugés très vite formés. Or beaucoup plus de gens ont l'air d'avoir des avis très arrêtés sur Israël vs. ses voisins arabes que sur à peu près n'importe laquelle des autres querelles qui peuvent exister entre deux peuples[#2] sur cette planète (peut-être même entre deux idées si on se restreint aux conflits d'idées qui se traduisent de façon assez claire en géopolitique). Les autres conflits ne réussissent pas à s'inviter de façon aussi envahissante dans le cadre d'une conférence des Nations-Unies sur le racisme. Et il n'y a aucun autre conflit sur lequel n'importe qui connaisse la position d'à peu près n'importe quel intellectuel / donneur de leçons un peu en vue (ou, d'ailleurs, sur lequel il en ait forcément une).

Ceci est sans commune mesure avec le nombre de personnes impliquées (il y a certes plus de Palestiniens à Gaza ou en Cisjordanie qu'il y a de Catholiques en Irlande du Nord — ou qu'il y en avait il y a vingt ans —, mais enfin il y en a quatre ou cinq fois plus, pas trente fois plus) ; il est même sans commune mesure avec l'importance économique ou démographique d'Israël. Et si on peut tenter de l'expliquer par la puissance de l'électorat juif américain, mais j'ai quand même l'impression que c'est lui faire beaucoup d'honneur que de prétendre qu'il aurait autant d'influence sur la géopolitique mondiale. Même au sein des pays arabes, j'ose espérer qu'il y a des préoccupations plus variées ! (Et puis, s'agissant des Musulmans en général, je ne vois pas spécialement pourquoi la situation en Cisjordanie les intéresserait plus que celle au Kashmir.) Bref, je ne sais pas trop quoi penser. Est-ce que d'autres grandes puissances (la Chine, la Russie, l'Inde ?) ne sont que trop heureuses qu'on parle abondamment des questions qui les concernent le moins possible, et sont ravies de laisser les États-Unis et les pays arabes regarder et pointer du doigt vers le Moyen-Orient ?

Je me pose la question avec sans doute beaucoup de naïveté (j'avoue que j'en rajoute un peu faussement en écrivant cette entrée), mais il peut être intéressant de se poser parfois, en même temps qu'une question, la méta-question de l'importance de cette question et de l'histoire de cette importance.

[#] Rien est exagéré, parce que même si on le voulait très fort on aurait du mal à rester ignorant sur le sujet. Reste que sur ce sujet-là, on a la désagréable impression de ne jamais rien savoir parce que dès qu'on apprend quelque chose il y a ceux qui vous diront que l'information est présentée de façon partiale, ou que celui qui vous l'a expliquée est un affreux anti/pro-Sioniste/Islamiste (rayez les mentions inutiles). C'est pénible.

[#2] Il faudrait peut-être écrire une petite note sur le Tibet, cependant, qui a l'air de beaucoup motiver les donneurs d'avis. Mais en Occident (wherever that may be), cet avis a autour de lui l'unanimité béate de ceux qui se sont fait un avis facile en voyant le gourou religieux exilé sympa d'un côté et les méchants envahisseurs de l'autre : je subodore, dans mon ignorance tout aussi crasse sur le Tibet qu'elle l'est sur la Palestine, que la réalité est un chouïa plus compliquée que ça.

(dimanche)

Le scandale des manches de Nadal

Rafael Nadal fait partie des célébrités que je trouve scandaleusement sexy (mon poussinet n'est pas vraiment d'accord, mais la maman de mon poussinet, elle, est de mon avis), et ce n'est pas seulement pour sa belle gueule et ses triceps, c'est aussi pour son look bandana-pantacourts-tee-shirts-sans-manches (j'ai un copain qui s'habille à peu près tout le temps comme ça, et je trouve ça décidément craquant). Ceci étant, le tennis m'ennuie trop pour que je regarde un match même pour le voir (puis d'ailleurs ils ne font pas assez de gros plans à la télé), donc je n'étais même pas au courant, et je l'ai appris seulement au hasard d'une finale de tournoi aujourd'hui, qu'il porte maintenant des manches (note : l'ensemble de la page vers laquelle pointe ce lien vaut la peine d'être regardée… ça donne une idée de pourquoi je le trouve sexy). C'est scandaleux, de détruire mes icônes, comme ça !

Mais c'est une occasion de souligner ce mot très spécifique de l'anglais : sleeveless. Pour aller plus loin dans le dévêtu, on peut noter que shirtless s'applique aux hommes, tandis que pour les femmes on dit topless — alors qu'en toute logique c'est un peu surprenant, vu que si on est torse nu on ne porte ni shirt ni top. (N'hésitez pas à signaler si vous connaissez des équivalents dans d'autres langues… c'est juste pour ma culture linguistique bien sûr !)

(vendredi)

Martine écrit en UTF-8

Vu sur le blog de David Monniaux :

Captcha anti-spam : quel est le septième caractère du mot "réaction" ?

Je n'arrive pas à deviner si c'est le résultat d'un programme mal configuré, si c'est une blague ou si c'est un test particulièrement subtil et raffiné, et s'il s'agit de reconnaître les robots au sens propre ou les logiciens… Apparemment, la réponse i a été considérée comme correcte.

Pour les non-informaticiens : l'UTF-8 est le mécanisme le plus courant pour encoder (c'est-à-dire stocker sous forme de suite d'octets) le jeu de caractères universel Unicode. Parfois il arrive que des programmes (mal configurés) ne soient pas d'accord entre eux sur un encodage et, par exemple, l'un émet des caractères encodés en UTF-8 tandis qu'un autre les comprend comme étant du Latin-1 (c'est-à-dire l'encodage le plus simple possible, à base de 1 caractère = 1 octet de même valeur, des 256 premières cases d'Unicode, qui constituent également le standard plus ancien Latin-1) : cela donne des résultats caractéristiques que tout le monde a sans doute vus au moins une fois.

(mercredi)

Google images et l'apprentissage des langues

Ce qui est génial avec Google et, plus que Google Web, Google images, c'est qu'il donne une vision — absolument pas scientifique, et souvent biaisée par plein de facteurs pipo, mais une vision quand même — de l'image qu'« on » associe à un mot, ou à un fragment de phrase. Ça peut parfois presque servir de dictionnaire (par exemple, si vous voulez savoir ce que smör signifie en suédois, je crois que vous comprendrez vite[#]), donc déjà on pourrait dire que c'est utile pour l'apprentissage d'une langue, mais ce n'est pas tellement ça que je veux dire (quand même, on a trouvé mieux comme dictionnaire) : je le conçois plutôt comme une façon de vérifier qu'on a bien trouvé une façon correcte et même idiomatique de dire quelque chose (Google Web marchera aussi, mais Google images est, euh, ben plus visuel), et même comme une sorte de récompense qu'on peut s'octroyer quand on arrive à faire un bout de phrase correct — ça a quelque chose de merveilleux et de magique de voir que, visiblement, on a réussi à composer quelque chose qui a « marché ». Par exemple, quand j'apprends une langue, je ne me prive pas de chercher des mots signifiant garçons dans cette langue (ou des phrases pour joli garçon, mais en fait l'adjectif n'améliore pas forcément les images qu'on obtient), et voir ce qui apparaît : en arabe ça ne donne pas exactement le même genre d'images qu'en suédois. À part pour le plaisir des yeux, c'est intéressant pour se faire une idée de la tranche d'âge impliquée par des mots comme boys en anglais[#2], garçons en français, Jungen en allemand, ragazzi en italien, мальчики en russe, 少年 en japonais, etc. (On peut aussi rapidement comprendre si le mot est ou non celui qui sert à désigner une équipe sportive masculine !)

[#] Attention à bien régler le paramètre de langue (celui qui apparaît après hl= dans les URL de Google), pour privilégier la langue qu'on recherche : on peut ainsi se rendre compte que, bien que ce soient tous les deux des liquides parfois jaunes et parfois plus sombres, ce que les Suédois appellent öl n'est pas du tout ce que les allemands appellent Öl — réponses ici et ici. (En revanche, les Magyars, pour qui ça veut dire encore tout autre chose, ne doivent pas mettre beaucoup d'images sur le web, ou alors Google ne sait pas bien détecter les pages en hongrois, parce que la même recherche avec hl=hu ne donne pas grand-chose d'intéressant.)

[#2] J'utilise des pluriels — et des indéfinis, et des nominatifs — pour les langues où ça a un sens, parce que c'est ce qui semble coller au plus grand nombre de descriptions d'images (signalant des garçons). Mais évidemment, ça fait partie du jeu que de chercher à explorer les combinaisons grammaticales (exploration dont les pouvoirs magiques de Google limitent cependant l'effet).

(mercredi)

Vote important sur la licence de Wikipédia

Je n'aime pas les votes sur Wikipédia. En fait, je trouve que la démocratie directe dans un projet collaboratif, au sens très large, est généralement une grave erreur, parce qu'elle a pour conséquence que ce sont les procéduriers et les psychorigides pénibles qui y participent régulièrement, alors que les gens qui s'investissent vraiment dans le projet n'ont souvent pas envie de s'investir, en plus, dans tout ce qui est méta, procédure, paperasse et autres enculages de mouche : donc je préfère largement un système de démocratie participative où quelques personnes particulièrement impliquées se dévouent pour tout ça et les autres choisissent juste de temps en temps entre quelques grandes lignes directrices (idéalement, le choix étant entre différents candidats plus ou moins procéduriers, plus ou moins psychorigides ou plus ou moins pragmatiques, et on espère qu'un pragmatique sera élu) ; éventuellement, on peut tempérer ça en permettant à un quorum assez important de personnes impliquées de forcer un vote (par exemple pour destituer les représentants) si le assez important assure qu'il y aura suffisamment peu de votes pour qu'on puisse s'intéresser au projet, sans trop perdre son temps avec le méta-projet, et pour autant ne pas être privé de pouvoir. Bref.

Mais là, le vote me semble particulièrement important, parce que la psychorigidité des geeks autour des questions de licences (le même genre de choses qui rend la distribution Linux Debian ridicule à un point qui hésite entre le pathétique et le grotesque) fait que c'est une chance unique, qui ne pourra pas être renouvelée si elle échoue cette fois-ci : il s'agit (en profitant de ce qu'on pourrait appeler une magouille juridique, mais qui est quand même techniquement permis et moralement honnête) de rendre un peu plus libre la licence des textes de Wikipédia, ou, plus exactement, de permettre de l'utiliser sous des termes plus simples et plus adaptés (une licence Creative Commons).

Toutes les explications nécessaires sont ici (et ici pour la traduction française).

Bref, j'encourage vivement les gens qui ont un compte créé sur Wikipédia (et qui ont un nombre pas ridicule d'éditions comptabilisées, je pense que ça doit être 25) à voter (partez d'ici pour la Wikipédia anglophone, et de pour la francophone). Et je ne cacherai pas que j'encourage à voter pour la proposition (i.e., l'ajout des licences CC).

(samedi)

De la liberté de s'habiller comme on veut

Ma mère me dit que je m'habille comme un ado attardé et que ça ne fait vraiment pas sérieux. Elle a complètement raison — et c'est sans doute parce que je suis un ado attardé[#] — mais je ne vois pas le problème avec ça. Au contraire : j'aime l'idée de perturber ceux qui jugent les gens à leurs habits. Accusation dont je plaide moi-même complètement coupable : le jour où je vois dans le métro un type que son look qualifie subliminalement de racaille de banlieue sortir et se mettre à lire une édition (bilingue…) de la Guerre civile de Lucain[#2] ou un goth avec des piercings partout un exemplaire de Linux Magazine, je tomberai un peu des nues — et en même temps je jubilerai de savoir qu'on ne vit pas encore dans un monde où les gens rentrent sagement dans les petits cases où ils ont l'air de devoir rentrer.

Pour le prouver, et pour revendiquer ma liberté, j'ai essayé toutes sortes de looks que j'avais simplement envie d'essayer pour voir comment on me regarde ou comment je me vois moi-même : jean baggy DC shoes tee-shirt Quiksilver ; pantalon noir à lanières tee-shirt tribal poignets de force ; survêtement Umbro baskets casquette tout en blanc ; crâne rasé treillis bombers ; ou encore, kilt et ghillie shirt (d'ailleurs, j'aime bien le kilt, c'est juste dommage qu'il n'y ait pas de poches et que le sporran censé les remplacer soit vraiment trop petit) ; ou enfin, toge romaine (là les gens vous regardent vraiment bizarrement) ; ou toutes sortes de mélanges éclectiques de tout ça. Si on me demande pourquoi je porte ça, je dénonce l'inanité de la question : parce que c'est interdit par la loi d'être nu en public.

Or s'habiller comme on veut est une liberté difficile à prendre. J'ai tendance à considérer que la cravate est le symbole le plus crétin d'oppression vestimentaire qui puisse exister (si on on excepte ceux qui apprécient sincèrement de la porter — car évidemment ils existent — c'est tout de même l'accessoire vestimentaire le plus ridicule de l'univers, qui ne sert absolument à rien, ne recouvre rien, ne protège rien, et pourtant il y a des gens qui y sont astreints et qui risqueraient de sérieux ennuis professionnels à l'enlever). Heureusement, j'ai un métier dans lequel on n'a pas à porter de cravate, et si le dress-code du chercheur ressemble à jean délavé et pull informe, on peut néanmoins se permettre d'en dévier significativement (témoin un éminent professeur de l'ENS de Lyon qui, la dernière fois que je l'ai vu, portait une lavallière). Je me permets le style ado attardé, mais je ne me permettrais pas tout ce que je me suis permis dans la rue. Et plus on prend de l'âge et un soupçon de respectabilité plus il est difficile de se permettre de s'habiller comme on veut : bienheureux les adolescents s'ils connaissaient leur bonheur !

En tout cas, je trouve un peu affligeante l'uniformité vestimentaire qu'on peut voir, par exemple, dans le Marais : il y a dix-douze ans c'était cheveux ras doc martens, jean et bombers, maintenant c'est le look vintage branchouille chic vendu au BHV Homme qui domine tout, toujours est-il que c'est triste.

[#] Par ailleurs, comme les ados sont fauchés, c'est très économique de s'habiller comme eux. ☺

[#2] Je dois avouer que je n'ai pas encore vu exactement ça. Mais c'est tout de même « inspiré de faits réels » (disons je me souviens d'avoir dans le métro vu ce livre lu par quelqu'un dont je ne me rappelle plus exactement à quoi il ressemblait mais je sais que c'était vraiment tout le contraire de l'image qu'on peut se former d'un agrégatif de lettres classiques ; maintenant, c'est difficile de savoir si c'est sur les habits des gens dans le métro ou sur la poésie de Lucain qu'on a des préjugés, finalement).

(jeudi)

Lettre télécommienne

Je pense que les enseignants à Télécom qui n'y avons ni été élèves ni ingénieurs du corps ni thésards sommes une minorité. En fait, avant de venir ici, j'avais une idée somme toute vague de ce à quoi une école d'ingénieurs pouvait ressembler (si j'ai fait une prépa, je n'ai présenté que les concours des ENS et j'étais décidé à continuer mes études à la fac si je n'y entrais pas — donc je n'ai pas trop cherché à en savoir plus sur les écoles d'ingénieurs) : du coup, j'en découvre beaucoup.

Cette semaine, c'était la campagne électorale du bureau des élèves, le BeD[#] (l'élection elle-même étant, je crois, demain, puisque ensuite ce sont les vacances). À l'ENS, les élections du bureau sont assez tranquilles, pour ne pas dire un peu mornes : à part quelques affiches bourrées de private jokes, un observateur extérieur aurait pu ne rien en remarquer. Ici, tout n'est que débauche de moyens : les deux équipes en concurrence (j'ai nommé les Bed in Black et les Let It Bed[#2]) ont littéralement tapissé l'école avec leurs affiches électorales et ont rivalisé d'attractions impressionnantes (jeux vidéos personnalisés, promenades en segway, buffet pantagruélique, etc.). L'an dernier, il y avait aussi de la musique très fort, mais cette année l'administration de l'école semble avoir signifié qu'il ne fallait pas non plus rendre tout travail impossible. Le projet électoral d'une des équipes se résume essentiellement à : faire plus de soirées avec des écoles de filles ; j'aime beaucoup le concept des écoles de filles, qui en dit long sur la mentalité de celui qui a écrit cette phrase.

Loin de moi l'idée de me montrer réprobateur : je regarde avec curiosité et, je dois l'avouer, un certain amusement.

[#] Soit dit en passant, on remarque, à la vacuité absolue de ce site web, que la motivation des candidats pour faire de la comm' n'a pas l'air de durer très longtemps après les élections, même dans une école de télécommunications. Je ne leur jette pas la pierre, cependant : je sais à quel point c'est inimaginablement prenant de maintenir un site web vaguement à jour.

[#2] L'an dernier, l'équipe élue s'appelait les How I Bed : apparemment, il est de bon ton d'avoir des noms en anglais et des sites web qui flashouillent de partout. Si nous étions de bons enseignants, ils feraient des jeux de mots sur bed un peu moins évidents que par l'anglais, et des sites Web en SVG animé par un JavaScript aussi beau qu'astucieux. Nostra culpa.

(jeudi)

Un petit peu de temps de gagné

Avec 21 voix contre 15 (et 541 abstentions, donc…), l'Assemblée nationale a fait un peu reculer dans le temps l'adoption d'une loi honteuse. Malheureusement, ça ne sauve rien, parce que — sauf improbables manifestations monstrueuses pour sauver l'Internet français, mais apparemment les Français n'en ont pas grand-chose à faire — le gouvernement persistera, et gagnera forcément. Mais quand on sait qu'au final on ne peut pas gagner (sauf peut-être devant le Conseil constitutionnel, ou une cour européenne), un peu de temps de gagné, et une petite giffle à un gouvernement qui veut vendre les libertés individuelles à l'industrie du disque, ça fait toujours un certain plaisir.

(mercredi)

Joyeux anniversaire, ma thèse

Ma soutenance de thèse, c'était il y a quatre ans déjà. D'accord, c'est un peu moins important que l'invention d'Internet, mais c'est plus récent aussi.

(mardi)

Joyeux anniversaire, Internet

Il y a quarante ans tout rond paraissait ce document (RFC 1), qui n'a guère d'intérêt en lui-même, mais qui est un bon candidat s'il s'agit de définir une date de naissance (symbolique) à l'Internet.

Donc, joyeux anniversaire !

(mercredi)

Bouge la France sur Public Sénat

La meilleure chaîne du PAF, pour moi, ça ne fait aucun doute, c'est la Chaîne parlementaire (même si techniquement ce sont deux chaînes complètement différentes, je ne fais pas de différence entre Public Sénat et LCP Assemblée Nationale). Je regardais à l'instant Bouge la France : d'abord il y a eu une séquence sur le G20, et c'est la première fois que je vois ou entends un journaliste en parler et en dire quelque chose de réellement instructif — à savoir une explication claire de comment un sommet pareil se projette et surtout de ce que les Européens, les Américains, et les Chinois cherchent à en obtenir et ce qu'ils en tiereront probablement.

Ensuite, l'interview de deux spécialistes de sécurité informatique au sujet du ver Conficker : c'est le genre de choses dont j'attends le pire — questions ineptes des journalistes, réponses vaseuses, voire idées reçues ou complètement périmées sur ce qu'est un virus informatique — et généralement, c'est effectivement le pire qu'on me sert ; mais là, surprise !, le journaliste, quoique visiblement complètement ignare, a laissé parler ses experts et n'a pas posé de questions trop débiles, et surtout, l'un des deux interviewés a parlé de la sécurité dans des termes que même ma maman aurait compris, et pourtant sans approximation douteuse, il a réussi à faire passer en peu de phrases et sans se hâter un certain nombre d'idées importantes et à réfuter des préjugés communs. Bref, c'était lumieux. En gros, il a expliqué que :

Rien de bien remarquable, donc, et certainement rien qui puisse m'apprendre quelque chose, mais ce qui était vraiment bien c'était la clarté avec laquelle c'était dit. Après coup, j'ai recherché le nom de celui qui s'était ainsi exprimé : il s'agit de Benjamin Bayart (le même qui a fait récemment pas mal parler de lui en dénonçant la dérive de l'Internet vers un Minitel 2.0), et quand on voit ce qu'il fait, on n'est pas trop surpris qu'il soit quelqu'un de bien.

Ce qui est regrettable, c'est que cette émission sera vue par quelque chose comme cinq cents foyers, vu que l'audience de la chaîne parlementaire ne doit pas beaucoup dépasser l'effectif du parlement. ☹

[#] Contrairement au passé ! Autrefois les concepteurs de virus et vers informatiques étaient des programmeurs dévoyés, qui voulaient prouver leur expertise technique en nuisant de façon flagrante. Maintenant, ce sont des sous-traitants d'escrocs en tous genres qui font ça uniquement pour l'argent.

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