David Madore's WebLog: Discours de Patrick Bloche contre la loi Création et Internet

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(jeudi)

Discours de Patrick Bloche contre la loi Création et Internet

Pour ceux qui n'ont pas trop suivi, la loi Création et Internet (dite vulgairement HADOPI) prévoit de mettre en place une sanction administrative de suspension de la connexion Internet, à la troisième sommation, pour les internautes dont la connexion aurait servi à des téléchargements illicites. (Enfin, là je résume très sommairement une usine à gaz : voyez ce qu'en dit Maître Eolas pour une description plus précise du projet tel qu'il est sorti du Sénat.) Mais c'est surtout du discours de Patrick Bloche (qui a proposé une motion d'irrecevabilité — évidemment rejetée — contre cette loi) que je veux parler ici : un discours d'une très grande clarté, extrêmement bien construit, et qui décrit minutieusement ce qui pose problème avec cette loi. Ceux qui se sentent concernés, mais surtout ceux qui croient ne pas l'être (du moins si vous avez Internet, mais a priori si vous lisez ces mots c'est le cas), écoutez-le ou lisez-le ! Je crois que je suis d'accord avec absolument tout ce qu'il dit. (Et ce n'est pas une question de politique gauche-droite, puisque le PS comme l'UMP ont l'air divisés sur la question : le groupe socialiste au Sénat a voté pour la loi alors que le groupe socialiste de l'assemblée s'y oppose, et à l'inverse des députés UMP pronent des amendements qui modifient radicalement ce texte par rapport à ce que le gouvernement veut en faire.)

Bref, le discours en question peut être lu ici en compte-rendu intégral, ou, si vous préférez ne pas avoir les interjections des autres députés, la vidéo est visible ici et téléchargeable ici.

Ce qui me fait surtout rager, c'est le mépris complet de la ministre de la culture à l'égard des objections qui sont soulevées : à tous les arguments soigneusement étayés que Patrick Bloche fait valoir, elle répond une seule chose : mais pensez un peu aux artistes ! C'est là le seul et unique non-argument des défenseurs du texte, pensez un peu aux artistes (jamais aucune explication de pourquoi ce texte serait bon pour les artistes, jamais de justification de pourquoi on légiférerait uniquement pour l'intérêt des artistes au mépris de toute autre catégorie de gens, jamais aucune réponse aux très graves problèmes juridiques que pose le texte). Cela me fait penser aux non-arguments du débat-paranoïa sur la pédophilie : quoi qu'on puisse dire sur l'excès de folie auquel on est arrivé, la réponse, inepte, sera toujours la même, mais pensez un peu aux enfants ! Ce serait presque moins insultant si la ministre se levait pour dire seulement : Monsieur, nous avons la majorité dans cette assemblée, donc cette loi passera.

Un jour il faudra que les gens comprennent qu'essayer de bloquer les progrès techniques pour la majorité afin de satisfaire une petite corporation, c'est une stratégie qui n'est décidément ni éthiquement supportable ni concrètement réalisable. Ou, pour citer Heinlein (Life-Line) qui le dit mieux que je ne saurais le faire :

There has grown up in the minds of certain groups in this country the notion that because a man or corporation has made a profit out of the public for a number of years, the government and the courts are charged with the duty of guaranteeing such profit in the future, even in the face of changing circumstances and contrary to public interest. This strange doctrine is not supported by statute or common law. Neither individuals nor corporations have any right to come into court and ask that the clock of history be stopped, or turned back.

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