David Madore's WebLog: 2003-10

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in October 2003 / Entrées publiées en octobre 2003:

(Friday) · Halloween

Freakish intellectual masturbation

[Traduction française ci-dessous.]

Don't try to solve this one without a computer:

Mr Magic says, I'll secretly choose two integers between 2 and 3000, and I'll tell their sum to Steven and their product to Peter, and, of course, does so. Peter comments, I don't know what the two integers are. Steven remarks, yeah, I knew that. Whereupon Peter says, oh? well now I know what they are. And immediately Steven says, now so do I. Mr Magic then asks Alice (who was also listening to the conversation), do you know what the two numbers are?, and Alice answers, of course not. So Mr Magic tells Alice the smaller of the two integers. And Alice replies, now I know what the other one is.

What are the two numbers?

This is a sick—pervert—problem if I ever heard one. (I'm not sure I should call this mathematics, either, though there is certainly some mathematical ground here, and it requires logical reasoning; but there is no theory behind it, as far as I can see.) Yet it can be solved (by brute force, as it were). In case you'd like to know, the answer (click here to reveal it if it is invisible) is . But the problem itself isn't so much interesting as the pattern. For example, the following problem is much clearer (and you definitely don't need a computer to solve this one):

Mr Magic announces, I'll roll two (ordinary, six-sided) dice in secret, and tell the smaller of the two figures (between one and six) to Minnie and the larger to Max, and he does so. The sum of the two numbers is neither six nor eight, he also says. Max remarks, I don't know what Minnie's number is. Minnie replies, I knew that. Then she adds: now do you know my number?; to which Max replies, yes. And Minnie says, then I know yours.

What are the two numbers?

Just follow the reasoning with pencil and paper: when it is done right, it is child's play. The answer (click here) is . I find much more elegance in this simpler problem than in the original one. But the basic logic is the same. (On the other hand, I did spend a tremendous amount of time coming up with a situation where every reaction would be more or less natural, which wasn't too gory to explain or too trivial to solve, etc. If you think it's easy, just try it for yourself!)

[French translation of the above.]

N'essayez pas de résoudre ce truc sans ordinateur :

M. Magie dit, je vais secrètement choisir deux entiers entre 2 et 3000, et j'en dirai la somme à Stéphane et le produit à Pierre, et, bien sûr, il le fait. Pierre observe, je ne sais pas quels sont les deurs entiers. Stéphane remarque, ouais, je le savais. Sur quoi Pierre dit, ah ? eh bien maintenant je sais ce qu'ils sont. Et immédiatement Stéphane dit, maintenant moi aussi. M. Magie demande alors à Alice (qui écoutait aussi la conversation), savez-vous quels sont les deux nombres ?, et Alice répond bien sûr que non. Alors M. Magie donne à Alice le plus petit des deux entiers. Et Alice répond, maintenant je sais quel est l'autre.

Quels sont les deux nombres ?

Voilà un problème cinglé — pervers — si j'en ai jamais vu. (Je ne suis pas certain que j'appellerais ça des maths, non plus, même s'il y a assurément des bases mathématiques là, et cela exige un raisonnement logique ; mais il n'y a pas de théorie derrière, pour autant que je voie.) Pourtant, il peut être résolu (par force brute, en tout état de cause). Si vous voulez savoir, la réponse (cliquez ici pour la révéler si elle est invisible) est . Mais le problème en lui-même n'est pas aussi intéressant que le motif. Par exemple, le problème suivant est beaucoup plus clair (et vous n'avez assurément pas besoin d'un ordinateur pour résoudre celui-ci) :

M. Magie annonce, je vais jeter deux dés (ordinaires, à six faces) en secret, et dire le plus petit des deux chiffres (entre un et six) à Minnie et le plus grand à Max, et il le fait. La somme des deux nombres n'est ni six ni huit, dit-il encore. Max observe, je ne sais pas quel est le nombre de Minnie. Minnie réplique, je le savais. Puis elle ajoute : maintenant, sais-tu quel est mon nombre ? ; ce à quoi Max répond, oui. Et Minnie dit, alors je sais le tien.

Quels sont les deux nombres ?

Suivez juste le raisonnement avec papier et crayon : quand on le fait correctement, c'est un jeu d'enfant. La réponse (cliquez ici) est . Je trouve beaucoup plus d'élégance dans ce problème plus simple que dans l'original. Mais la logique de base est la même. (D'un autre côté, j'ai effectivement perdu un temps fou pour trouver une situation où chaque réaction serait plus ou moins naturelle, qui ne soit ni trop pénible à décrire ni trop triviale à résoudre, etc. Si vous croyez que c'est facile, essayez par vous-mêmes !)

(jeudi)

Je veux dodo !

Il est 6h du matin (2003-10-31T06:00+0100, mais je date cette entrée du 30 parce que, justement, je n'ai pas dormi, donc c'est plutôt 2003-10-30T30:00+0100) et je voudrais bien dormir. Seulement, si je me couche maintenant, je me lèverai vers 15h : or je dois absolument aller à la fac (à Orsay, je veux dire) le matin, pour remplir un papier qu'une secrétaire a oublié de me faire signer et pour récupérer les copies du partiel de DEUG que je dois corriger pour le début de la semaine prochaine. Je préfère encore ne pas me coucher que faire une « nuit » de deux ou trois heures. L'ennui, c'est que je ne pense qu'à dormir : je n'arrive plus à faire quoi que ce soit, là ; raconter des bêtises (comme ceci) sur mon 'blog, ça va encore, même écrire un truc sur le calendrier (mais c'est pour ça que je suis encore debout à cette heure-ci !) ça va aussi parce que ça ne demande pas vraiment d'effort intellectuel tant que je continue sur ma lancée. Mais les cinquante mille choses que je devrais faire depuis longtemps (genre, traiter mes mails en retard), je suis incapable de les faire, là ; je n'aurais même pas le courage de faire la vaisselle. Pfiou. Je voudrais dormir.

Alors je vais faire un aller-retour Orsay au pas de course, ce qui va me prendre trois heures à peu près, et puis je vais rentrer et me coucher illico, pour me réveiller à je ne sais quelle heure. Quelle connerie !

(Thursday)

All you ever wanted to know about the calendar

Well, I started writing a new Web page about the calendar (which should complete my earlier page about time). It's still far from being finished. But maybe I can finally get those memes out of my way. As usual, I start by thinking I have only a few things to write (I even considered making it an entry in this 'blog), and I discover that I can type on and on for hours and still not get through a quarter of what I wanted to say. But as it's nearly 6AM, I think I'll have to stop for now. (And I intended to go to bed early tonight. ***Sigh***.)

Incidentally, I'm disappointed to find that my pocket calendar (datebook, diary, whatever) does not give the computus of the year (you know, the obscure fine print which is found on every traditional calendar: 2004 – Dominical letter D/C – Roman indiction 12 – Golden number 10 – Epact 8). Sic transit gloria mundi.

(Thursday)

ICQ woes

[Traduction française ci-dessous.] Usually when I start using an Internet protocol, I try to learn something about its modus operandi. So I can more or less grok HTTP, FTP, SMTP, NNTP, IRC and so on, and I've hand-decoded some TCP segments and IP datagrams (and Ethernet frames). This is useful when it comes to debugging errors on the protocol level. But I had decided I'd make an exception for ICQ: I don't wish to learn anything about the gory technical details of how ICQ works, for once, I'd like to just use it. Which means I'm totally clueless beyond the basic interface offered me by my client, Licq: I don't know why I get these “authorization requests” from time to time, nor why some people in my contact list are displayed in yellow (rather than the usual blue when on online, green when not available, and red when offline), nor why some people occasionally appear as their UIN and occasionally as their nickname; and I don't know whether the contact list is stored client-side, server-side or part both; and I really don't care. But it seems I may have to care: I tried switching from Licq to Gaim, and, of course, the client immediately died (segfaulted) when connecting to the server, so I had to look into the problem; these programs are excruciatingly painful to debug, but I managed to track the problem (for which I submitted a bug report) down to the ICQ server sending an invalid string, which the client assumed had to be properly encoded utf-8 (and it was not), when it should have sent the decimal representation of a number (the UIN of one of my contacts): I have no idea why—but if I am to find out more, I'll probably need to learn more about ICQ. Shit.

[French translation of the above.] D'habitude quand je me mets à utiliser un protocole de l'Internet, j'essaie d'apprendre quelque chose de son mode de fonctionnement. Donc je peux plus ou moins parler le HTTP, FTP, SMTP, NNTP, IRC et ainsi de suite, et j'ai déchiffré à la main des segments TCP et des datagrammes IP (et des trames Ethernet). C'est utile quand il s'agit de débugguer des erreurs au niveau protocole. Mais j'avais décidé de faire une exception pour ICQ : je ne veux pas apprendre quoi que ce soit des détails techniques pénibles sur comment ICQ fonctionne, pour une fois, je voudrais juste l'utiliser. C'est-à-dire que je suis totalement incompétent au-delà de l'interface la plus basique que me fournit mon client, Licq : je ne sais pas pourquoi j'ai des « authorization requests » de temps en temps, ni pourquoi certaines personnes dans ma liste de contacts sont affichées en jaune (plutôt que l'habituel bleu quand en ligne, vert quand indisponible et rouge quand hors ligne), ni pourquoi des gens apparaissent à l'occasion sous leur UIN et à l'occasion sous leur nick ; je ne sais pas si la liste des contacts est stockée côté client, côté serveur ou en partie les deux ; et je n'en ai rien à faire. Mais on dirait que je vais devoir en avoir à faire : j'ai essayé de passer de Licq à Gaim, et, bien sûr, le client est mort immédiatement (il a segfaulté) en se connectant au serveur, donc j'ai dû chercher à en savoir plus sur le problème ; ces programmes sont incroyablement pénibles à débugguer, mais j'ai réussi à remonter le problème (pour lequel j'ai soumis un bug report) au fait que le serveur ICQ envoyait une chaîne invalide, que le client supposait devait être de l'utf-8 proprement encodé (ce n'était pas le cas), quand il aurait dû envoyer la représentation décimal d'un nombre (l'UIN d'un de mes contacts) : je n'ai aucune idée de pourquoi — mais si je cherche en apprendre plus, je vais probablement devoir en apprendre plus sur ICQ. Merde.

(jeudi)

Anything Else

Je vais quand même raconter ce que j'ai pensé de ce dernier Woody Allen. Les dialogues sont vraiment excellents, il y a régulièrement des blagues comme seul il sait les faire, et peut-être même meilleures que d'habitude. J'étais tout le temps en train de rire à haute voix (les autres gens dans la salle ont dû me détester, même si certains riaient aussi pas mal). Les deux lignes qui m'ont le plus plié c'est d'une part quand le héros demande à(u personnage interpété par) Woody Allen, Do you know anything about psychoanalysis? (ou quelque chose comme ça, je n'ai pas mémorisé le texte exact) — is the pope a catholic? — et d'autre part le dialogue I think I'll shoot myself! — How middle-class!. J'étais aussi content de l'intrigue, qui est rigolote en elle-même. En revanche, j'ai deux griefs notables. Primo, des situations étaient quand même vraiment excessives et ça tournait à la farce un peu facile, notamment toutes celles qui mettaient en jeu l'agent du héros (et surtout la scène où ce dernier — léger spoiler ahead — lui annonce qu'il ne va pas reconduire son contrat). Secundo, le jeu des acteurs m'a semblé souvent vraiment forcé, on avait l'impression d'entendre du théâtre filmé tellement ils poussaient leur voix. Je sais que Woody Allen, en jouant, a un peu tendance à faire ça, mais ça va bien avec son personnage : le problème c'est qu'ici (et c'est la première fois que je remarque ça dans un de ses films) j'avais le sentiment que tous les acteurs tombaient sur le même défaut. Pénible.

Mais globalement je conseille ce film, même si ce n'est peut-être pas son meilleur.

(mercredi)

Pathétique !

Is this the author of the 'blog that launched a thousand comments?

Nul — c'est ce que j'ai été. Absolument pathétique.

Je ne sais plus qui faisait cette remarque qu'il ne fallait peut-être pas essayer de rencontrer dans la Vraie Vie® les gens qu'on connaît virtuellement (notamment ceux dont on lit le 'blog) parce qu'on ne peut être que déçu : j'avais été assez agacé de cette remarque, parce que, pour moi, rencontrer des gens en vrai est une source d'énergie dont je ne peux pas me passer, mais je la comprends mieux maintenant. Enfin, je ne sais pas ce qu'ont pensé de moi les deux lecteurs qui m'ont rencontré ce soir, je ne sais pas s'ils ont eu pitié de moi ou s'ils n'avaient aucune attente ou quoi ; mais moi, en me voyant, j'étais à la fois effondré et hilare.

Ce n'est pas que je considère qu'il soit une obligation de faire bonne conversation, de prouver ma mondanité, de débiter des mots d'esprit. Je n'aime pas avoir l'impression de me produire en spectacle (car c'est le sentiment que j'ai parfois ; et dans ce registre je pourrais dire, ici, je me suis pris un bide, le trou, le néant complet). Cependant, si j'invite des gens à me tenir compagnie, ce n'est pas pour leur imposer ensuite des moments embarrassants de vide intersidéral, ce n'est pas leur servir une compagnie aussi intéressante que celle d'un moine trappiste qui aurait une extinction de voix. (Quand on connaît bien les gens, on apprend à ne plus être gêné des blancs dans la conversation, même s'ils sont longs. Mais cela demande une certaine habitude.) Je ne peux donc que présenter mes plates excuses pour la pauvreté de ma prestation. Heureusement, M. Allen, lui, était au rendez-vous, et nettement plus disert et witty.

Je pourrais me trouver des excuses, évidemment. Dire que j'étais mal à mon aise à rencontrer des gens que je ne connaissais pas (argument bien faible : c'est moi qui l'ai voulu ; et d'ailleurs je me suis connu moins nul en semblable circonstance, il me semble). Noter qu'il n'est pas évident de parler à des gens dont j'ignore à peu près tout (surtout quand la réciproque est beaucoup moins vraie). Observer que Woody Allen a de tellement bons mots qu'il est vraiment difficile de parler avant ou après lui. Tout cela est vrai, mais peu pertinent. J'aurais peut-être proposé de boire un verre quelque part après le film, pour déglacer l'ambiance, mais le temps qui passe (minuit et demi) et le temps qu'il fait (un petit crachin qui n'incite qu'à rentrer chez soi) m'en ont découragé. Bref, sentiment d'un échec lamentable.

Et je suis d'autant plus désolé d'avoir fait si mauvaise figure que les deux garçons en question m'ont, eux, donné une très favorable impression (de façon certes bien différente). Simplement, quand, dans un trio, un des instruments ne connaît pas sa partie, on ne peut rien faire.

So sorry!

(mercredi)

Codicille à la TOSEE-list pour la semaine

J'irai voir Anything Else ce soir à la séance de 22h05 à UGC Ciné-Cité Bercy. Le rendez-vous est fixé à 21h50 (that's 2003-10-29T21:50+0100) devant le cinéma (niveau inférieur). Toutes les personnes qui veulent m'y rejoindre sont les bienvenues (mais à elles de me reconnaître ! il y en a déjà deux qui se sont dénoncées).

(mardi)

TOSEE-list pour la semaine

Les films que je compte voir parmi les sorties prochaines :

Si des gens veulent me tenir compagnie, ils sont invités à se manifester.

(lundi) · Ramadan 1, 1424

Va-t-on me voir ?

On me signale que l'émission Vis ma vie sur le tournage duquel je m'étais retrouvé comme figurant (il y a cinq mois) va passer demain soir sur TF1 (je cite Télérama : Daivy, un jeune parisien qui partage un appartement avec quatre colocataires, reçoit Christophe, très épris de solitude. Daivy a deux jours pour convertir Christophe à son mode de vie). Bon, il y a fort peu de chances pour que j'apparaisse à l'écran (ou en tout cas plus que quelques secondes). De toute façon, les gens bien ne regardent pas TF1, n'est-ce pas ? ☺ Mais ce n'est pas tant le point : j'étais à cette soirée et je voudrais voir quelle impression déformée elle donnera sur le petit écran (et je serai au passage curieux de savoir si l'émission va juger utile de signaler que quelque chose comme les deux tiers des protagonistes filmés sont homos).

(lundi) · Ramadan 1, 1424

Un rêve de cette nuit

J'étais membre d'une assemblée parlementaire quelconque. Très nombreuse (nous devions être largement plus de mille). Très jeune aussi (et comprenant plein de gens que je connais plus ou moins pour des raisons différentes). L'ambiance était un peu folle : le genre d'ambiance qui caractérise les moments historiques que vivent les pionniers où we will tread bravely where no man has trodden before; peut-être un peu à la façon de 1789. Les ressources étaient faibles, aussi : notre hémicycle ressemblait plus à un amphi de fac qu'à un temple républicain, et nous avions devant nous des tables comme on en trouve dans les salles de classes. Il n'y a pas de partis ni de places réservées — tout le monde s'asseoit où il peut.

Un rapporteur présente une proposition de loi visant à soumettre à l'impôt sur le revenu un certain type de compte rémunéré qui y échappait jusqu'à présent. Cette proposition me convient et je résous de voter pour. Le président de séance décide une brève interruption des débats avant les explications de vote. J'en profite pour aller parler avec le rapporteur et demander à voir le texte complet. Et là je découvre que la proposition contient également un appel à une manifestation pour protester de façon plus générale contre le fait que certains comptes bancaires ne sont pas imposés. Je suis consterné. J'essaie d'expliquer à mon collègue qu'on ne doit pas mettre dans un texte de loi un appel à manifester, ce n'est tout simplement pas l'endroit pour ça. Il se met en colère, me considère comme un pinailleur formaliste, m'accuse de ne pas voir l'importance de sa manifestation. J'essaie de lui dire que ce n'est pas contre cette manifestation que j'en ai, et qu'au contraire je suis tout à fait d'accord avec lui sur le fond, mais que c'est la forme qui me déplaît. Il me dit qu'il est essentiel que son appel de la plus haute importance soit entendu. Je lui propose de faire voter dans ce cas la création d'une tribune de libre expression des députés au Journal Officiel et de publier là son appel mais de le retirer de la proposition de loi. Il me regarde comme si j'étais un demeuré et ne répond pas. Désemparé, je lui annonce que dans ce cas, à mon immense regret je devrai voter contre sa proposition.

Le rêve se termine là, au moment où la séance reprend : je vais voir le président pour demander à prendre la parole au moment des explications, je me rassois (à une autre place, parce que ma place est occupée, et je fais connaissance avec mes nouveaux voisins, je leur explique brièvement le problème), et je me réveille — à moins que mon rêve ne parte dans une autre direction.

Je n'ai pas besoin de souligner l'aspect surréaliste, le mélange complètement bizarre entre le plausible et l'incongru : tous les rêves sont comme ça. Ce qui me paraît le plus significatif, c'est cette conversation et cette incompréhension entre moi et le rapporteur du texte de loi : j'ai effectivement vécu assez souvent des situations pénibles de la sorte, où j'essaie de faire comprendre à quelqu'un que je suis d'accord avec lui sur le fond mais que les moyens ou les formes qu'il se propose d'employer me semblent inadmissibles ou tout simplement inappropriées, et où mon interlocuteur refuse de comprendre à quel niveau se situe mon objection, refuse de discuter sur les formes, soutient obstinément que sa cause est tellement importante que tous les moyens sont bons pour arriver à son but, et considère que si je ne suis pas avec lui je suis forcément contre lui. Et moi je me demande si je ne suis pas un pinailleur qui pour le simple respect des formes et des principes vais m'opposer à quelque chose d'autrement plus important.

(dimanche) · Passage à l'heure d'hiver

Petite conversation avec ma conscience

— Qu'as-tu fais aujourd'hui, dis-moi, David ?

— Ben, euh… Pas grand-chose…

— Et pourquoi ça ?

— Parce que j'ai glandouillé devant mon ordinateur…

— Ah. Et tu en as profité pour rédiger des choses pour ta thèse, évidemment ? Ou as-tu entamé l'écriture d'une œuvre littéraire riche et personnelle ? Ou peut-être t'es-tu livré à des réflexions profondes qui vont changer la face du monde ? Ou au moins as-tu tapé quelque petit texte utile et productif ?

— Pas vraiment…

— Alors tu as traité tes mails en retard ? Répondu à tous ces gens qui attendent depuis des jours ou des semaines que tu leur écrives ?

— À vrai dire… j'ai flâné sur le Web et puis j'ai bavardé sur IRC.

— Dis, tu n'avais pas pris une grande décision hier ?

— Ben, euh… Mais je n'ai pas passé toute ma journée devant l'ordinateur ! J'ai regardé la télé, aussi. Et puis je suis allé au cinéma (bon, d'accord, c'était un film pas très intéressant). Mais au moins je suis sorti.

— Ah, tu es sorti ! Et tu en as profité, alors, pour écumer les endroits chauds de la capitale, pour afficher ton charme irrésistible, pour draguer, quoi, et pour te trouver un mec ?

— Euh, non. Je me suis promené un peu, j'ai bu…

— Tu as bu ? Tu es entré dans un bar ?

— Oui euh non : j'ai bu un Yop vanille que j'ai acheté chez un Arabe en sortant du ciné.

— Argh !

— Ben quoi ? Au moins tu n'as pas à me reprocher de m'être vautré dans le stupre et la fornication.

— Rassure-toi, ce n'est pas pour empêcher ce risque-là qu'on m'a engagée. Bon, et à part ça ?

— Euh… Ben rien… On était dimanche, on ne peut rien faire, le dimanche : tout est fermé.

— C'est exagéré, mais ce n'est pas faux. Mais chez toi, tu pouvais travailler : finir les calculs d'éclatement qui traînent depuis un moment, ou corriger les copies des devoirs maison de tes étudiants de DEUG.

— Heu… Je n'aime pas travailler le dimanche.

— Tu as quand même posté le courrier au service du personnel de l'Université (pour qu'il parte demain au plus tôt) pour pouvoir enfin être payé ? Tu as envoyé ta taxe d'habitation ? Tu as fait le ménage chez toi ?

— Bah non.

— Bon, soit. Tu n'as rien fait. Tu vas donc te coucher tôt et te lever de bonne heure demain matin.

— Ben c'est qu'il est déjà 4h du matin passé.

— Et pourquoi tu ne vas pas te coucher tout de suite, dans ce cas ? Tu tombes de sommeil !

— Je ne peux pas, il faut que je finisse de rédiger une entrée dans mon 'blog. Une conversation avec ma conscience…


Petite annonce : Suite vacance poste cause suicide, cherche conscience humaine, pour travail à mi-temps. Débutantes acceptées. Rémunération incertaine. Conditions difficiles. S'adresser au 'blog, qui fera suivre.

(dimanche) · Passage à l'heure d'hiver

Sur le changement d'heure

On dit parfois que le changement d'heure est mauvais parce qu'il perturbe les cycles biologiques naturels en forçant les hommes (et les animaux) à décaler leurs activités. C'est parfaitement faux : la preuve, aujourd'hui je me suis levé à 13h (2003-10-26T13:00+0100) comme d'habitude, sans faire le moindre effort particulier pour me réveiller plus tard. C'est dire si cela vient naturellement !

(samedi) · Nouvelle Lune

La grande résolution du jour

Demain, je vais faire autre chose que rester toute la journée devant mon ordinateur.

(vendredi) · Nouvelle Lune

La pensée débile de la seconde

Il est 4h du matin et voilà que la question suivante — dont la profondeur et la gravité ne manquera pas de vous frapper — me taraude les méninges : quel effet est-ce que ça ferait de plonger dans une piscine dont l'eau aurait été remplacée par des moyeux (enfin, la pièce en carton centrale, je ne sais pas comment on doit l'appeler) de rouleaux de papier hygiénique, entassés pêle-mêle jusqu'à remplir le bassin ?

(vendredi)

ΓΝΩΘΙ ΣΕΑΥΤΟΝ

Qui suis-je ? C'est une question qui me revient périodiquement à l'esprit. Dans un sens non métaphysique mais bêtement culturel (et « identitaire »).

Prenons l'exemple de la nationalité ou de l'origine ethnique : beaucoup de gens se servent de cette base pour se construire une identité, soit parce qu'ils sont fiers de « leur » pays, soit parce qu'ils sont fiers de leurs origines dans un pays d'adoption. Et moi, que suis-je ? Je suis Français et je vis en France ; mais je n'ai pas d'attachement particulier à la France en tant que pays : je l'aime simplement parce que c'est là que se trouvent la plupart de mes amis, et c'est à eux que je suis attaché, et non à elle. Je ne vibre pas spécialement en entendant La Marseillaise ou en voyant flotter les couleurs nationales ; et à la limite j'ai encore plus d'attachement pour la République française (qui a tout de même certaines lois dont je ne suis pas trop mécontent) que pour la France-idée-immortelle. La seule langue que je parle (et que j'écris) assez correctement, c'est le français, et je doute que j'arrive dans mon temps de vie à en maîtriser parfaitement une autre (même l'anglais), mais ça ne me donne pas un amour particulier pour le français : toutes les langues ont leur beauté, parfois je sais la reconnaître en lisant, parfois je ne vois que la beauté formelle de l'écriture, mais je ne crois pas à la supériorité de telle ou telle langue dans la mosaïque de Babel (ou d'Unicode…). Mon père, d'ailleurs, parle à peu près également l'anglais, le français et l'allemand, mais aucune de ces langues parfaitement (il vit en France depuis maintenant presque quarante ans, mais continue à commettre des fautes de français, même si sa prononciation, elle, est parfaite ; il voyage régulièrement en Allemagne, et comme il fait beaucoup plus d'efforts pour apprendre l'allemand que pour le français, comme il lit énormément en allemand, il possède à peu près aussi bien la langue de Goethe que celle de Molière ; quant à l'anglais, qui est sa langue maternelle, il en a beaucoup oublié, faute de pratique). J'ai une culture largement française (même s'il s'y greffe des éléments étrangers surtout anglo-saxons) ; mais je considère que c'est plus un hasard que quelque chose qui me définit vraiment.

Et qu'en est-il du Canada ? J'ai la nationalité canadienne car mon père l'a (même s'il est aussi Français, maintenant), mais je n'ai vécu au total qu'un an et quelques mois au Canada. J'y ai appris à parler (relativement) l'anglais, j'y ai regardé Sesame Street quand j'étais petit, ainsi que The Wizard of Oz, j'y ai même fêté Thanksgiving et Halloween; mais est-ce que je peux vraiment me considérer comme Canadien ? je n'en ai pas l'impression. Si je me lève quand on chante God Save the Queen, c'est par plaisanterie.

À l'intérieur de la France, je n'ai pas d'identité régionale claire. Les Bretons revendiquent souvent leur identité de Bretons, les Corses de Corses, etc. Mais je suis né à Paris (dans le 13e arrondissement, où j'habite d'ailleurs, même pas à Montmartre où il peut y avoir une identité de « poulbot »), j'ai grandi à Cassis (près de Marseille) et surtout à Orsay (en banlieue parisienne) ; ma mère est née à Sannois (aussi en banlieue, mais au nord), la famille de son père vient du Centre, celle de sa mère vient de Lorraine. Bref, je suis un pur produit, sans identité, du melting-pot francilien.

À la rigueur je peux me sentir Européen. La construction de l'unité européenne, cela me semble une grande et noble idée ; il est dommage qu'elle se fasse surtout, pour l'instant, par la monnaie (l'euro), mais c'est déjà quelque chose. Cependant, tellement de choses restent à faire ; et si j'arrive assez facilement à me sentir proche des Allemands, des Italiens, des Espagnols, des Hollandais, ce m'est beaucoup plus dur pour les Polonais, ou d'ailleurs les Grecs (je veux dire, les Grecs d'aujourd'hui) : réactions complètement irréfléchies, et que je ne prétends pas justifier, mais qui n'en existent pas moins.

Je n'ai pas non plus d'identité religieuse. Je suis moi-même athée. Personne dans ma famille proche (même par alliance) n'est ni juif ni musulman. Ma mère a été baptisée dans la foi catholique, mais elle n'y a jamais vraiment cru, et ça fait plus de quarante ans qu'elle a clairement quitté l'Église ; même sa mère n'a jamais vraiment pratiqué. Mon père est d'origine protestante (un de ses oncles était pasteur, d'ailleurs), mais lui aussi est athée depuis sa jeunesse, et son père était plutôt agnostique. Mes parents se sont mariés à l'église pour faire joli, mais ils ne m'ont pas fait baptiser (m'épargnant ainsi le souci de faire acte d'apostasie). En même temps, je ne vois pas dans le fait d'être athée un élément d'identité (pas plus que dans le fait de ne pas croire aux éléphants roses, disons) ; je n'ai juste pas besoin de concevoir un Dieu pour donner un sens à ma vie ou pour me fonder une éthique, et il m'importe peu de savoir si les autres gens font ou non cette hypothèse. Une des seules circonstances où je me rappelle spécialement que je suis athée, c'est lorsque j'entends, par exemple un musulman (je ne sais pas pourquoi, j'ai déjà entendu ça un certain nombre de fois avec un musulman, beaucoup plus rarement avec d'autres religions) dit quelque chose comme, vous autres, que vous soyez catholiques, ou protestants, ou juifs, et j'ai envie de lui signaler que tout le monde n'a pas une religion, que ce serait sympa de ne pas reléguer les agnostiques et athées à la poubelle des énumérations. (Bon, pour essayer de marquer le coup, j'évite de dire « mon Dieu » : je dis « par Zeus » à la place. Je dis aussi « avant l'ère commune » au lieu de « avant Jésus-Christ », mais ça c'est plutôt pour une question d'exactitude historique, Jésus étant sans doute né autour de l'an 4 avant l'ère commune.)

Quelqu'un me racontait qu'un clacissite de ses amis, parlant de la bataille de Marathon, tellement imprégné de culture classique, s'était exclamé, mais c'est nous qui l'avons gagnée. Je trouve cette histoire très belle. Malheureusement je parle trop mal le grec, barbare que je suis, et je suis incapable de courir 42195m, je n'aurai donc pas le culot de revendiquer l'identité d'Athénien.

Je n'ai pas vraiment d'identité politique non plus. Je suis plus proche des sociaux-démocrates que d'autre chose, mais en même temps les questions que je trouve politiquement les plus importantes sont rarement celles que les hommes politiques abordent, et vice versa. Les libéraux me considèrent comme un odieux étatiste parce que je crois qu'une sécurité sociale forte est une bonne chose, et les antimondialistes comme un odieux droitiste parce que je ne suis pas spécialement révolté par la mondialisation (ni par la pub).

On me souffle que je suis au moins trois choses : mathématicien, geek, et homosexuel. Moui. Mais être mathématicien me relie aux mathématiques, pas aux autres mathématiciens : si j'ai une certaine affinité pour certains d'entre eux, je reste convaincu que c'est un métier solitaire, et je ne peux pas imaginer mettre mathématicien dans mon identité. Geek, c'est quelque chose que je suis un peu malgré moi ; quelque chose dont on ne sait pas exactement ce que ça veut dire, au juste, d'ailleurs. Et dans « homosexuel » il y a « sexuel », donc ce serait un peu déplacé de ma part de le revendiquer comme identité. 😕

Oh, je suis encore plein d'autres choses comme je le disais il y a un mois : masculin, humain, mammalien… Mais ce ne sont pas exactement des identités culturelles.

Il ne faut pas chercher à tout prix à se coller des étiquettes, me dira-t-on enfin. On m'a même soutenu très sérieusement que j'avais un devoir d'être moi. Ho hum. Je ne sais pas si ça m'emballe, tout ça. Je n'ai pas demandé à être moi, moi ! Et je ne sais pas si c'est spécialement intéressant. D'ailleurs je raconte vraiment des âneries, là, alors je vais arrêter.

(jeudi)

Une expérience de pensée

Imaginez qu'un dieu vous accorde l'étrange faveur suivante : le pouvoir de changer à volonté votre esprit — c'est-à-dire votre tempérament, votre caractère, vos goûts, vos envies, votre façon de réfléchir, votre mémoire, etc. Et ce, autant ou aussi peu que vous le voulez. (Mais pas vos perceptions sensorielles directes.) Vous pouvez vous rendre courageux, résolu, intelligent, généreux, honnête, calme, ce que vous voudrez (et si vous avez peur de faire ça d'un coup, vous pouvez opter pour une transition graduelle sur la durée que vous voudrez) ; vous pouvez vous mettre à aimer les choux de Bruxelles ou les salsifis, ou à ne plus aimer le chocolat ; vous pouvez devenir hétérosexuel, homosexuel, bisexuel ou pas sexuel du tout, vous pouvez choisir de tomber follement amoureux de celui/celle qui vous poursuit depuis des années et que vous avez toujours éconduit ; vous pouvez vous rendre amnésique, ou sélectivement amnésique, ou vous créer des souvenirs factices quelconques ; vous pouvez même décider de devenir débile mental et perpétuellement heureux, ou de vous supprimer absolument toute envie, ou encore de simuler l'effet émotionnel (mais pas d'éventuelles hallucinations) de n'importe quelle drogue connue. Vous pouvez évidemment décider de ne pas vous servir de ce pouvoir. Si vous êtes tenté de l'utiliser et que vous craignez de céder à la tentation, vous pouvez, dans un effet délicieusement « selfref » vous en servir pour supprimer cette tentation à l'avenir. Bref, les possibilités sont vastes. (Mais pas infinies : on ne vous offre pas la possibilité de vous faire croire absolument n'importe quoi, sans quoi ce serait à peu près équivalent à se donner l'omnipotence.)

Quel usage feriez-vous de ce pouvoir ? C'est une question, bien sûr, à laquelle il n'y a pas de « bonne réponse ». Si je la pose, c'est parce que la question de l'usage à faire de la toute-puissance « extérieure » est souvent posée (d'ailleurs…), mais beaucoup plus rarement on envisage la toute-puissance « intérieure » que j'évoque ici.

J'avais développé une sorte d'ésotérisme de toile de fond pour mes romans de heroic fantasy sur la base de trois principes : le pouvoir, la volonté et la connaissance (symbolisés par les anneaux borroméens). Maintenant, si l'anneau magique du pouvoir (qui est rouge) donne un contrôle complet sur le monde matériel (exceptées, bien sûr, les finesses du cerveau humain, et notamment le sien propre), que l'anneau magique de la connaissance (qui est bleu) donne un savoir illimité (y compris sur les conséquences de toute action qu'on peut faire), que peut bien donner l'anneau magique (vert) de la volonté ? Avoir un pouvoir illimité ou une connaissance parfaite, ça a une signification claire — mais pour la volonté… C'est en me torturant l'esprit pour trouver la réponse que j'ai eu l'idée décrite ci-dessus. Autre question naturelle : si on vous donne le choix entre ces trois anneaux, lequel préférez-vous ?

Je ne réponds pas à mes propres questions, me dites-vous ? Ah oui, tiens, c'est bien observé, ça : je n'y réponds pas. ☺

(Thursday)

On the beauty of the Steiner system of index (5,8,24)

If there were a beauty prize for mathematical objects, I think the Steiner system of index (5,8,24) (I will describe what this means in a moment) would be one of the most serious candidates. It is something extremely easy to define (but not so easy to exhibit or represent!) but of breathtaking intellectual elegance and having absolutely unique and “magical” properties. This is the sort of mathematical objects that holds (for me) all the fascination that numerology can have for some people, except that there is “really something” there (when I get mystical, I think: some deep insight into the fabric of reality).

To define naïvely what a Steiner system of index (5,8,24) means is, as I just said, very easy: it is a set of 24 “points” (objects, elements, whatever) together with 759 “blocks”, each consisting of 8 points, having the property that any 5 of the 24 points lie in one and only one of the 759 blocks. I know this doesn't sound impressive when said like that.

Maybe to give the feel of things I should explicitly describe the Steiner system of index (2,3,7) (the projective plane over F2, to be precise, also called the “Fano plane”). Consider 7 objects (“points”) which will be labeled (1:0:0), (0:1:0), (1:1:0), (0:0:1), (1:0:1), (0:1:1) and (1:1:1) (the labels are unimportant: I could just as well be calling these objects “red”, “green”, “yellow”, “blue”, “magenta”, “cyan” and “white”, or “Valor”, “Compassion”, “Sacrifice”, “Honesty”, “Honor”, “Justice” and “Spirituality” or whatever I wanted); and define the following seven blocks of three objects each: {(0:1:0), (0:0:1), (0:1:1)}, {(1:0:0), (0:0:1), (1:0:1)}, {(1:1:0), (0:0:1), (1:1:1)}, {(1:0:0), (0:1:0), (1:1:0)}, {(0:1:0), (1:0:1), (1:1:1)}, {(1:0:0), (0:1:1), (1:1:1)} and {(1:1:0), (1:0:1), (0:1:1)}. Then any choice of two of the seven points belongs to one, and only one, of the seven blocks. Try it!

The previous example has a classical geometric representation: draw an equilateral triangle, label its vertices (1:0:0), (0:1:0) and (0:0:1); label (1:1:0) the middle of the edge joining (1:0:0) and (0:1:0), label (0:1:1) the middle of the edge joining (0:1:0) and (0:0:1) and label (1:0:1) the middle of the third edge of the triangle; finally, label (1:1:1) the center of the triangle, and draw the inscribed center of the triangle as well as the three medians (which are also at once mediators, heights and bisectors since the triangle is equilateral). This defines seven points in the plane, and seven “lines” between them (the three sides of the triangles, the three medians and the seventh “line” is the inscribed circle), each of them joining exactly three points, and it is easily seen that any two points are joined by exactly one line.

Now the Steiner system of index (5,8,24) does the same with different numbers: there are 24 points and blocks of 8 points (“octads”) are defined such that any set of 5 different points belongs to exactly one of the octads. The first remarkable, and by no means obvious fact, is that there is only one Steiner system of index (5,8,24): if you find two of them, then there is some way of reordering the 24 points so that in fact they agree exactly. So it is justified to speak of the such Steiner system. (There is also a unique Steiner system of index (2,3,7); however not all Steiner systems are unique for their index: for example, there are exactly 2 Steiner systems of index (2,3,13), 18 of index (2,4,25). Also, not all Steiner systems exist even if there is no evident impossibility; for example, there is no Steiner system of index (2,7,43); it is not known whether there exists one of index (2,13,157), although it is conjectured that there is none. But very elementary knowledge of combinatorics suffices to prove that there is no Steiner system of index (6,9,25), say: the number of blocks could not be an integer.)

The Steiner system of index (5,8,24) has a large number of automorphisms, in other words, manners of permuting the 24 points in such a way that if eight points formed a block before the permutation, the new eight points which take their place after permutation still form a block. As a matter of fact, there are 244823040 automorphisms of the system: these constitute what is known as the Mathieu group M24. This group is five times transitive, meaning that if you take any five of the twenty-four points and place them in any five new places, there is a way (in fact, exactly 48 ways) to complete this choice into an automorphism of the system. Now this property is remarkable in the highest extent: indeed, apart from the full group of permutations on n objects (which is n times transitive) and the so-called “alternating group” of even permutations (which is n-2 times transitive), there are only two (permutation) groups which are 5-transitive: the Mathieu groups M24 (automorphisms of a Steiner system of index (5,8,24), as explained) and M12 (automorphisms of a Steiner system of index (5,6,12)), and neither is 6-transitive or more. And also, the Mathieu groups are among the twenty-six sporadic simple groups; but describing what this means (even by removing the word “sporadic”) would take just a bit too long for me to try it now.

Furthermore, I mention that the Steiner system (5,8,24) can be used to construct the (binary) Golay code, the most remarkable (and “powerful”!) error-correcting code ever, in the following way. Consider the 759 blocks (octads) of the Steiner system (5,8,24) as words of 24 bits, by putting a ‘1’ in a given place if the corresponding point is in the octad, and ‘0’ otherwise (so each of these blocks will have exactly 8 bits to ‘1’ and the others to ‘0’). Now combine these words in every possible way using (bitwise) XOR (eXclusive OR). This gives a total of 4096 words (a vector space of dimension 12 over the finite field with 2 elements), the words of the Golay code, none of which (except the entirely zero word) has fewer than 8 bits with value ‘1’; it is then possible to judiciously choose twelve columns out of the twenty-four in such a way that every combination of ‘0’'s and ‘1’'s in these columns matches one and exactly one of the 4096 words of the code. So we can code any word of 12 bits by a word of 24 bits in the Golay list: this code can correct an arbitrary error on 3 bits out of 24, and detect an arbitrary error on 4 bits. Out of the 4096 words of the Golay code, 759 have 8 bits with value ‘1’, 2576 have 12 bits with value ‘1’, 759 have 16 bits with value ‘1’ (and are the complements of the 759 with weight 8) and the last two are the fully zero and fully set words.

So far I have described some properties of the Steiner system (5,8,24) or the Golay code, but I have not described them explicitely. There is a plethora of ways to construct them, more or less intuitively understandable and more or less pleasant; however, there is at least one way I find truly remarkable: the dodecahedron construction of the Golay code, which works as follows. Take a (regular) dodecahedron and two colors of ink (say, black and red). Using the black ink, write ‘0’'s and ‘1’'s arbitrarily on the dodecahedron, one bit per face. Now using the red ink visit each of the dodecahedron's faces in turn, and compute the parity of all the black bits except those on the five faces immediately adjacent to the one on which the red bit is being written; in other words, each red bit on a given face of the dodecahedron indicates the parity of the black bits for the seven faces of the dodecahedron which are not immediately ajacent to the face in question: the red bit is ‘1’ when there are an odd number of black bits at ‘1’ among the seven faces in question, or ‘0’ when there are an even number of them. Thus, starting from twelve arbitrary black bits we get twelve red bits, to a total of twenty-four bits, two on each face of the dodecahedron: well, this is exactly the Golay code: the 4096 twenty-four bits words obtained by trying all possible combinations of black bits give exactly the 4096 words of the Golay code; and to construct the Steiner system of index (5,8,24), just take those 759 words having eight bits at ‘1’.

One of my bizarre dreams would be to find some way to construct a puzzle similar to Ernő Rubik's famous cube—only it would probably be shaped more like a dodecahedron—that has the Mathieu group M24 as group of transformations. [Update: I wrote a couple of such JavaScript games: see here, here and more importantly here; also see this link which was suggested in the comments.]

(Wednesday)

On days of the week in the Gregorian calendar

Amaze your friends! Did you know that…

In the Gregorian (i.e. our present) calendar, the thirteenth of a month falls more frequently on a Friday than on any other day: 688 times on a Friday, 687 times on a Sunday or Wednesday, 685 times on a Monday or Tuesday, and 684 times on a Thursday or Saturday, all during a period of 400 years (the full cycle of the Gregorian calendar); on the other hand, January 1st falls more frequently on a Sunday, Tuesday or Friday (58 times each) than Wednesday or Thursday (57 times each) or Monday or Saturday (56 times each). In the Julian calendar, on the other hand, the cycle is 28 years long (1461 weeks), and the days of the week are evenly distributed over any date (such as the thirteenth of a month, or January 1st).

(Reminder: in the Julian calendar, leap years are those whose common era number is divisible by four; in the Gregorian calendar, an exception is made for years whose number is divisible by one hundred but not by four hundred, and they are not leap; so the Gregorian calendar substracts three days in 400 years from the Julian calendar, and in those 400 Gregorian years there are exactly 20871 weeks.)

(Some day, when I muster the courage to do so, I'll describe the Gregorian lunar calendar—which is another mess of complexity—and how it relates to the date of Easter.)

(Yeah, I know, nobody cares.) (And, no, I'm not that desperate for something to say.)

(mardi)

Sur la nature cyclique du temps

Outre ce 'blog, je tiens un journal personnel. Pas quelque chose de rédigé, pas un vrai journal intime comme d'autres en ont, auquel je confierais mes pensées les plus secrètes. Plutôt un log (informatique, bien sûr) de l'essentiel de ce que je fais matériellement dans une journée, des gens que je vois, des déplacements que j'effectue, etc., le tout dans un style télégraphique. Parfois ça se résume à quelque chose comme : Levé à <telle heure>. Déjeuné. Rien foutu de la journée. Dîné. Couché à <telle heure>.

L'intérêt, c'est notamment de pouvoir retrouver, si je me dis tiens, ça fait longtemps que je n'ai pas vu Untel, combien de temps au juste s'est écoulé (et parfois je suis surpris de ce que je découvre comme ça) ; ou, si je cherche à retrouver où j'étais et ce que je faisais à tel moment précis, d'en avoir une trace certaine (mais au fait où ai-je passé Noël 2001 ? est-ce que je ne confonds pas avec Noël 2002 ?). Bref, un culte à la Mémoire (et une motivation assez semblable à celle derrière ce 'blog). Je me suis astreint à ce petit travail d'écriture (très léger, vu que je ne détaille pas) quotidiennement depuis le 2001-01-01 (une bonne résolution pour le millénaire), et je n'y ai jamais failli, même si un jour (le 2002-05-06, pour être précis), suite à une fausse manœuvre informatique, j'ai perdu deux semaines de log, et j'ai eu l'impression qu'on me volait deux semaines de ma vie (cependant, comme ma mémoire humaine n'est pas complètement défaillante non plus, j'ai pu reconstituer l'essentiel de ce que j'avais fait pendant ces deux semaines — mais pas les heures précises de lever et de coucher, bien sûr).

De temps en temps, je regarde en arrière ce que je faisais 364 jours plus tôt (364 et pas 365 ou 366, parce que c'est 52 semaines, donc ça ressemble souvent bien plus à la journée présente), et j'essaie de me remémorer précisément la journée en question. Mais parfois les similitudes sont troublantes, presque embarrassantes : l'impression que rien n'a changé en un an, que j'ai vieilli d'une année « pour rien ». Continue comme ça, m'a dit un ami, et tu finiras par écrire le Journal du type qui lit son journal. Il n'a pas tort.

J'en profite, dans un relatif non sequitur (mais pas tant que ça non plus) pour conseiller la lecture de la collection de nouvelles qui a été écrite dans le cadre d'un cercle d'écriture collectif que j'avais organisé, et notamment celle de Denis Auroux (ma préférée).

(lundi)

C'est dur, la récurrence

En mathématiques, pour démontrer par récurrence une proposition qui dépend d'une variable n (parcourant les entiers naturels), on commence par démontrer la proposition pour la valeur 0 de n (initialisation de la récurrence), puis on démontre que la proposition est hériditaire, c'est-à-dire que, pour tout n, si la proposition est vraie pour n alors elle est encore vraie pour n+1. Le postulat de récurrence assure alors que la proposition est vraie pour toute valeur de n (ce qui se conçoit fort bien, intuitivement : l'initialisation assure qu'elle est vraie pour 0, puis l'héridité permet de déduire le cas 1 du cas 0, le cas 2 du cas 1, et ainsi de suite).

La subtilité concerne la rédaction, et la logique derrière celle-ci. J'ai écrit, ci-dessus : pour tout n, si la proposition est vraie pour n alors elle est encore vraie pour n+1. Ce n'est pas du tout pareil que si j'avais écrit si pour tout n la proposition et vraie pour n alors [pour tout n?] elle est encore vraie pour n+1. Quand on veut prouver l'héridité de la proposition, on doit supposer que la proposition est vraie au rang n pour un certain entier n, et non pas qu'elle est vraie au rang n pour tout entier n (sans quoi il n'y aurait plus rien à démontrer, puisque c'est exactement la conclusion qu'on cherche à atteindre au final !).

Je suis tellement habitué au raisonnement par récurrence (et, de façon générale, aux principes d'induction de ce genre, car il y en a de beaucoup plus compliqués) que j'ai du mal à comprendre comment cette histoire peut poser un problème. Mais manifestement il y en a un : sur un tas de copies, même si tous n'ont pas choisi de tenter une récurrence pour prouver ce qu'on leur demandait (et on pouvait très bien faire sans), seuls deux étudiants ont réussi à faire une récurrence correcte tout du long, et encore, seule une est vraiment irréprochable. Pourtant, j'ai lourdement insisté sur ces difficultés en TD ; j'ai choisi de changer la lettre désignant la variable pour présenter l'héridité de la récurrence, peut-être était-ce un bon choix (ça évite d'écrire des choses comme maintenant n vaut n+1 qui causent d'immenses confusions), peut-être pas (ils oublient souvent de remplacer la variable partout où elle apparaît, et ils sont alors perdus).

On leur parle de logique et de quantificateurs, mais on pourrait tout aussi bien parler de théosophie pour ce que ça évoque chez eux : les quantificateurs sont quelque chose d'absolument abscons, qu'on met au feeling, et parfois on tombe juste et souvent non. Ils savent faire certaines manipulations formelles (notamment, la grande majorité d'entre eux a compris comment écrire la négation d'une affirmation commençant par des quantificateurs), et ils comprennent le sens des quantificateurs dans certains cas faciles (du style, pour tout x, x²+1 est positif, ça, ils voient ce que ça veut dire), mais dès que le motif devient un peu complexe, les manipulations formelles ne leur suffisent plus, et leur intuition ne leur dit rien du tout. C'est déprimant. Ils ont énormément de mal à apprendre (ne serait-ce que par cœur, sans comprendre) la définition de la limite, parce qu'il y a trois quantificateurs qui se succèdent et qui ne sont pas n'importe quoi. Dans ces conditions, il est hors de question de leur écrire formellement le schéma de récurrence,

((P(0))∧((∀n)((P(n))⇒(P(n+1)))))⇒((∀n)(P(n)))

[Ci-dessus, « ∀ » est le symbole du quantificateur universel, « ∧ » est un et logique, et « ⇒ » est une flèche d'implication.] Et si on l'écrivait, il faudrait expliquer pourquoi quand il s'agit de voir l'héridité (« (∀n)((P(n))⇒(P(n+1))) »), on doit supposer pour un certain n que P(n) est vrai alors que c'est écrit « pour tout n ». Et d'ailleurs il faut aussi expliquer que ce n'est pas pareil de supposer pour un certain n que P(n) est vrai que de supposer que pour un certain n P(n) est vrai ! Parfois j'ai l'impression de jouer à la scholastique byzantine, c'est triste.

S'il y a des mathématiciens qui rigolent in petto dans le fond de la salle, je leur conseille de se demander quel est le sens profond de l'affirmation suivante :

Si x est un ensemble et y une partie de x, et si on suppose que tout élément z de x vérifiant la propriété que « tout élément de x qui appartient à z est dans y » est dans y, alors y est x tout entier.

Soit, avec des symboles : (∀x)(∀y)((yx)⇒(((∀z)((zx)⇒(((∀t)((tx)⇒((tz)⇒(ty))))⇒(zy))))⇒(y=x)))

— ce n'est, après tout, qu'une version améliorée du principe de récurrence, si on veut.

(lundi)

Fallait-il dire quelque chose ?

Hier, alors que je transitais dans les couloirs de la station Pasteur (pour prendre la ligne 12 afin d'aller à la porte de Versailles), j'entends une mère expliquer en réponse à une question de son fils (il devait avoir quelque chose comme sept ans) que Pasteur est un savant qui a inventé le vaccin contre la tuberculose.

Aurais-je dû réagir ? Dire non, Madame, Pasteur c'est la rage ? Signaler que le vaccin contre la tuberculose, c'est Calmette & Guérin (d'ailleurs il est bien connu sous le nom de BCG) ? Ou aurait-ce été, comme je l'ai estimé, me mêler de ce qui ne me regarde pas (la manière dont cette dame éduque son fils) ? Le fils, après tout, a plein d'années devant lui pour apprendre qui était Pasteur, et même s'il croit qu'il a inventé le vaccin contre la tuberculose (à supposer qu'il le retienne, ce qui est douteux), ce n'est pas si grave : finalement, c'est peut-être plus dommageable pour lui que sa mère se fasse reprendre en public pour avoir dit une bêtise. Donc à part étaler ma culture générale (ce n'est pas grave : je peux l'étaler sur mon 'blog à la place), ç'aurait été une remarque inutile.

Reste qu'il m'arrive assez souvent (typiquement dans le RER) d'entendre une conversation dans laquelle je pourrais intervenir pour soulever un doute, ou dissiper une erreur, que ce soit dans un de mes domaines d'expertise (notamment, on entend assez souvent des élèves de prépa ou des étudiants en maths discuter de maths, et dire des bêtises qui font frémir ; et l'informatique est elle aussi génératrice de quantité d'âneries prononcées) ou simplement des questions de culture générale auxquelles par hasard je sais répondre. Pratiquement toujours, je m'abstiens : ce serait déplacé de m'immiscer dans une conversation que je ne suis pas censé écouter (et si on commence comme ça, où ira-t-on : donnerai-je aussi mon avis sur un film dont deux personnes discutent à côté de moi ?) ; je ne le fais que dans des cas très précis, par exemple hier encore deux jeunes sont montés dans le métro où j'étais et ont commencé à se demander s'ils étaient dans la bonne direction pour aller à Charles-de-Gaulle Étoile : je leur ai dit que oui.

Mais j'admets que d'un autre côté les rares fois où quelqu'un s'est mêlé d'une conversation que je tenais, j'ai trouvé cette intervention plutôt bienvenue (je me rappelle notamment d'une discussion que je tenais avec Péter dans le RER sur le fonctionnement de la RAM, et quelqu'un s'est approché, nous a dit qu'il travaillait précisément dans la fabrication de puces de mémoire, et nous a apporté quelques précisions intéressantes).

(dimanche)

Janis et John

Je suis allé voir Janis et John (voir aussi sa fiche Allociné) à l'UGC Ciné-Cité les Halles, et j'ai bien aimé. Le jeu des acteurs est excellent, notamment Marie Trintignant (et je dis ça tout à fait indépendamment du fait divers qui a beaucoup fait parler d'elle ces derniers temps : personnelement, je ne suis pas fan de la rubrique nécrologique des journaux de toute façon) ; il n'y a que Christophe Lambert qui n'a, à mon avis, pas vraiment réussi à rendre son personnage plausible, mais il faut dire que ce n'était pas facile. Le scénario est assez bon : on y voit d'excellentes trouvailles, et on rit beaucoup — parfois en même temps qu'on est ému. Mais justement, je regrette en même temps que ce scénario ne soit pas meilleur : la fin m'a semblé assez bâclée, alors qu'il y avait moyen de faire un dénouement vraiment excellent (imaginer une réussite spectaculaire autant qu'inattendue des deux chanteurs, par exemple), et surtout, le John Lennon a été complètement sous-exploité, ce qui est vraiment dommage.

(dimanche)

Sur le rejet de la société de consommation

Vendredi soir, un certain nombre de stations du métro ont vu toutes leurs affiches tagguées en noir par des inscriptions autour du thème « marre de la pub ». J'ai vu les guignols qui faisaient ça à l'œuvre, mais je n'y repense que maintenant, parce que les affiches n'ont pas été remplacées depuis (ça me surprend, mais peut-être que les afficheurs ne travaillent pas du tout le week-end).

Comme beaucoup de gens sans doute, je suis irrité par l'omniprésence de la publicité : les paroles des « prophètes » sont écrits sur les murs du métro, elles sont encore dans nos boîtes aux lettres, dans nos télévisions, sur le Web, dans nos boîtes à mails, etc. Marre de la pub, donc ? Oui, sans doute. Mais si je traite de « guignols » les activistes qui agissent ainsi, c'est que leur contre-publicité est aussi pénible que ce qu'elle prétend dénoncer (d'ailleurs, visuellement, je préfère largement les affiches bien réfléchies des designers que leurs immondes tags, mais ce n'est pas le point). Faire de la pub contre la pub, c'est encore faire de la pub, et ce n'est pas parce qu'elle est sauvage est « spontanée » qu'elle a ma sympathie. J'aime que, lorsqu'on essaie de me dire quoi penser, on me fournisse quelques arguments pour me convaincre ; et les gribouillis de ces guignols ne me convainquent même pas de ce dont je suis déjà convaincu. J'apprécie aussi assez peu, je dois dire, que toutes les affiches soient également graffitées : celles qui appellent au respect des personnes handicapées ou à l'action contre la faim dans le monde autant que celles qui vantent telle ou telle chaîne de grands magasins ou tel ou tel grand spectacle ; il aurait été très fort de respecter certaines causes, cela aurait montré que le mouvement était réfléchi et n'était pas un gribouillage aveugle de tout ce qui passait sous la main. Mais apparemment c'est trop en demander.

De façon générale, je m'agace des gens qui crachent dans la soupe en décriant la « société de consommation ». La « société de consommation » est devenue le label sous lequel on focalise n'importe quelle opposition à n'importe quoi ; mais la pensée sous ces oppositions est souvent très pauvre. Or la « société de consommation » c'est un fort commode holisme : ceux qui consomment, ce sont bien les individus qui la composent, pas la société elle-même. Et consommer, ce n'est pas un mal en soi, faut-il le rappeler. Ce qu'on décrie en vérité, c'est un manque de solidarité (par exemple) ; mais ce n'est pas la société qui a un tel défaut, ce sont ceux qui la composent, et ce n'est pas la société qui est la cause de leurs faiblesses (ou de leurs qualités), elle est leur conséquence. Il ne faut pas mettre sur le dos de la société ce qui est un défaut de la nature humaine (et qu'on peut seulement contourner, pas corriger) : s'il y a de la pub, c'est aussi parce que les gens sont sensibles à la pub. Alors je ne prétends évidemment pas que notre société soit parfaite, mais je trouve assez mal venu de la critiquer de la part de gens qui (i) profitent bien largement du confort que cette société leur apporte et (ii) sont infoutus de faire des propositions concrètes et réalistes (genre, au lieu de perdre leur temps dans le métro à tagguer les affiches, s'ils mobilisaient leur énergie pour faire quelque chose d'utile ?). Si voir quelques affiches de pub dans les transports en commun est le prix à payer pour avoir un supermarché à 100m de chez moi et une connexion Internet bon marché, je suis prêt à payer ce prix.

Quelque part, je crois que le vrai problème, c'est que les gens sont infoutus de se trouver eux-mêmes un sens à leur vie, ils attendent que le contexte (et notamment la société) dans lequel ils vivent leur en fournissent un. Si tout ce qu'ils lisent, c'est « consommez », je suis bien navré pour eux. Mais, justement, le sens de la vie, il ne se vend pas dans les supermarchés.

(dimanche)

Rainbow Attitude

Pas terrible, ce salon. En tout cas ça ne valait pas les 10€ que j'ai payés pour y rentrer. Le plus pénible, c'était sans doute la fumée : le hall est censé être non fumeur (c'est affiché au-dessus de chaque sortie de secours) mais les organisateurs en avaient apparemment décidé autrement (trop de fumeurs parmi les homos ?) et il y avait des cendriers partout, et, de fait, plein de gens avaient une cigarette à la main ; le plafond a beau être très haut, l'air empestait le tabac. Le bruit ambiant était aussi assez désagréable : je suppose que c'est assez inévitable dans ces grands halls de Paris Expo où le son se réverbère à l'infini, mais tout de même ils auraient pu éviter la musique aussi forte. À part ça, les stands étaient évidemment d'intérêt variable. Il y en avait beaucoup dont je me demandais ce qu'ils faisaient là (comme un nombre incroyable d'expositions des œuvres picturales ou sculpturales de divers artistes, œuvres même pas vaguement homoérotiques ou sur un thème justifiant un quelconque rapprochement avec la « rainbow attitude » ; plein d'agences de voyages, aussi, des décorateurs d'intérieur, et même des marques de champagne !) : bref, ce n'est pas que le côté commercial me pose un problème en lui-même, c'est juste que je ne saisis pas la logique, parfois (à part « tous les prétextes sont bons pour faire de la pub »).

Bon, j'en suis revenu avec un nombre incalculable de tracts, prospectus et flyers en tous genres, dont la plupart vont finir rapidement à la poubelle. Mais j'aurai au moins appris l'existence du magazine Gus, ou de la soirée Glam As You, entre autres, que j'ignorais complètement. Ah, et j'ai assisté à un débat sur le thème « tolérances, intolérances », en fait surtout sur les rapports entre homosexualité et religions, où il s'est dit un certain nombre de choses intéressantes (notamment un pasteur de l'église réformée de France a tenus des propos extrêmement intelligents).

(Saturday) · Last Quarter

My mathematical diary

[300th entry in this 'blog! Hurray, hurray, hurray!]

At the end of 2001, I had started a mathematical diary, which I kept active through most of 2002. The idea is not to write down ideas that are important for my current mathematical research activity (writing my thesis, that is), but, on the contrary, to evacuate by committing them on paper various side ideas that I have from time to time. It's the same sort of force that drives me to write this 'blog: once I become infected with a meme, say a mathematical problem, it will keep haunting me until I either solve the problem or save it on paper (electronic paper will do as well, of course) for later. So this is how this diary should be regarded: as a meme pool of weird ideas. There is nothing that could be called “mainstream mathematics” in it, I guess. Some of these memes are “abstract nonsense” as mathematicians call it, embryos of theories that are trivial to work through the basic definitions, which produce pages and pages of easy writing. Some are (presumably hard) questions.

In a way, this diary could be shown as evidence of my mathematical angst: probably nothing it contains would be deemed of any interest by any other mathematician, and I guess the questions which obsess me are very much alien to mainstream mathematical culture. This is one of the reasons why I have solid doubts as to whether I should pursue the academic career in mathematics.

Anyway, whatever it's good for, I've decided to start writing in this diary again. Probably not nearly as actively as this 'blog, but it'd be nice to hold a one-entry-a-week minimum average. There are lots of goofy thoughts that I won't be rid of until I've written them down.

(vendredi)

Et une photo ratée de plus, une !

[Photo avec cheveux coupés]Voilà voilà, je me suis fait couper les cheveux, dans un style complètement insignifiant, transparent et passe-partout (à mon image, quoi) : bien court sur les côtés et derrière, et moyennement court sur le dessus et devant ; sans gel fixant ou quoi que ce soit, vu que de toute façon rien n'arrive à tenir mes cheveux en place, qui sont beaucoup trop souples. Je ne suis pas persuadé que ça soit terrible, comme coupe ; je suis même assez persuadé du contraire, mais bon, c'est toujours mieux que ce que c'était juste avant (trop longs de partout, et complètement informes). Je rajoute une photo à ma collection, mais encore une fois c'est une prise ratée (au déclencheur automatique, devant la porte de ma salle de bains, éclairé au néon donc avec une colorimétrie complètement cassée et très mal rectifiée avec Gimp). De toute façon, je n'ai pas le temps de faire mieux (et j'espère, comme je notais dans une précédente entrée, que je pourrai faire des photos d'identité convenables chez un photographe professionnel et en obtenir une copie numérique du même coup), il faut que je me couche (le séminaire Variétés rationnelles de demain commence à 9h30 du matin ! un samedi ! c'est absolument inhumain).

(vendredi)

Ajout au TODO précédent : lentilles

Il faut aussi que je me fasse refaire des lentilles de contact, parce que je n'en ai plus : je porte des lunettes en ce moment. Les avis divergent quant à ce qui me va le mieux (ou le moins mal). Pour ce qui est du confort visuel, ni l'un ni l'autre n'est satisfaisant : les lentilles finissent toujours par capter une poussière ou une impureté ou par accumuler de la graisse dans le coin de l'œil et je vois alors flou, et les lunettes se salissent, tombent sur mon nez, et réduisent mon champ visuel.

Mon ordonnance :

Œil droit :
Marque :
Baush&Lomb
Modèle :
Soflens 66 Toric
Diamètre :
14.50
Rayon :
8.50
Puissance :
(150°-0.75)-7.50
Œil gauche :
Marque :
Baush&Lomb
Modèle :
Soflens 66 Toric
Diamètre :
14.50
Rayon :
8.50
Puissance :
(10°-1.25)-3.50

Ouille ! 8.25 dioptries sur un axe à l'œil droit, ça fait mal, quand même !

(jeudi)

Quelques TODO insignifiants

Les batteries de mon mobile sont vraiment foutues maintenant. J'avais déjà parlé ici d'en racheter un, mais évidemment je n'ai rien fait. Maintenant je ne peux pas parler trois secondes sans que le mobile me coupe pour s'éteindre parce que les batteries sont, pense-t-il, vides. Bon. Je vais certainement encore prendre trois mois pour me décider, et puis je vais en acheter un autre. Je crois que je ne ferai pas d'effort particulier pour conserver mon numéro, en fait : j'enregistrerai juste un message sur le répondeur de l'ancien (qui restera en fonctions quelque chose comme six mois) pour indiquer le nouveau numéro. En attendant, vous ne pouvez pas me joindre utilement au 0699730449, mais vous pouvez encore m'y laisser un message vocal ou un SMS.

Il faut que je me fasse couper les cheveux. Peut-être même aujourd'hui, si j'arrive à me motiver à sortir à temps. Le problème est toujours le même : mes cheveux sont incroyablement fins et souples, donc on ne peut rien en faire d'utile : longs, ils partent comme ils veulent (aucun gel, aucun spray, aucune cire, ne réussissent à les fixer convenablement), et, courts, ils donnent l'impression d'être très rares parce qu'ils sont si presque transparents. La coupe précédente n'avait vraiment pas donné de bons résultats au-delà du premier jour, en fait. Je pense que je vais opter pour quelque chose d'assez conservateur (racourcir un peu devant, et pas mal sur les côtés et derrière).

Il me faut des photos d'identité (inscriptions, tout ça tout ça). Si possible après l'étape « coiffeur » (encore que faire avant + après, ça pourrait être rigolo). J'aimerais en profiter pour en avoir une copie numérique (scanner une photo d'identité, bof, ça donne des résultats désastreux pour ce qui est de la balance des couleurs ; et les photos prises par moi-même par mon appareil, c'est pas terrible). Est-ce que si je me pointe chez un photographe avec une clé USB et que je demande à avoir des photos d'identité tirées plus une copie numérique sur la clé, je vais passer pour un extra-terrestre ? Comme tout est fait en numérique de nos jours, et comme ils ont des lecteurs de clés pour pouvoir développer les photos des gens qui ont des appareils numériques, en principe ça ne devrait poser aucun problème ; mais comme on le sait bien avec la technologie, entre le « principe » et la « pratique » il n'y a aucune différence… en principe !

Programme des jours à venir : demain vendredi, et samedi matin, il y a le séminaire Variétés rationnelles à l'ENS, où il m'arrive même parfois de comprendre quelque chose à ce qui se dit (voire d'y parler moi-même : c'est dire s'il est bien, ce séminaire). Samedi soir je dîne dans un restaurant indien avec tout un tas de copains de l'ENS. Samedi et/ou dimanche j'irai peut-être faire un tour au salon Rainbow attitude pour voir de quoi que ça parle. D'ici mardi je dois avoir corrigé un tas de copies d'interros écrites (ça ça va très vite) et un autre tas de devoirs maison (ça c'est plus pénible, mais tous ne le rendent pas) de mes DEUGs, dont le partiel a lieu la semaine suivante (et ça me fera un nouveau tas de copies à corriger). Mercredi soir j'ai peut-être un autre dîner, à confirmer (avec des geeks que je ne connais, pour l'essentiel, pas, mais ça peut être l'occasion de faire de nouvelles connaissances).

Il faut encore que je règle plein de tracarasseries administratives du côté de la fac. Ne serait-ce que pour être payé un jour, ça peut être utile. Pour me réinscrire en thèse, aussi (et avoir une carte d'étudiant). Pour pouvoir manger au restaurant du personnel. Pour obtenir une carte d'identité professionnelle. Et il faut aussi que je prenne possession d'un bout de bureau qu'on m'a, semble-t-il, attribué quelque part dans le bâtiment de maths. Ah oui, et je dois me faire réouvrir un compte informatique sur les machines de la fac (j'en ai un, mais il a été désactivé pour cause d'inutilisation, pfff…). Un secrétariat auquel j'ai affaire est ouvert du mardi au vendredi de 8h30 à 11h30, un autre est ouvert du lundi au jeudi de 14h à 16h : c'est vraiment génial, surtout quand on doit passer toutes sortes de papiers de l'un à l'autre. L'administration, c'est un ramassis de secrétariat qui ne communiquent jamais les uns avec les autres et c'est aux usagers de faire tout le boulot de courrier entre eux (et je ne parle pas des mystérieuses personnes qui servent à signer des dossiers et apparemment uniquement à ça).

Quoi d'autre ? Ah oui : me lever avant 9h. J'ai une bonne raison pour ça : mes voisins adorés (toujours les mêmes) font des travaux chez eux (en gros ils abattent un mur ; je n'ai toujours pas compris comment ils ont réussi à persuader l'assemblée des copropriétaires de leur vendre une partie commune pour un euro symbolique !), et ça fait boum-boum-brzxxx-plink-bam-bam à partir de 9h du matin.

Et entre tout ça je dois trouver aussi le temps de me racheter un nouveau clavier (trouver un qwerty-US correct en France, ce n'est pas facile !) qui n'ait pas une touche enter-lock comme le mien a décidé d'avoir.

(Thursday)

Technical note: comments system failure

[Traduction française ci-dessous.] My computer rebooted for an unexplained reason (presumably a power outage) at 2003-10-16T12:21Z (that's 14:21 Paris time, and I was, uh, still sleeping). For another reason, just as unexplained (except to say that Red Hat sucks), the PostgreSQL server that drives this 'blog's comment system database did not restart properly (apparently the init scripts had “forgotten” to remove a lock file!). So until I restarted it by hand at 2003-10-16T13:31Z, comments where unavailable on this 'blog. I apologize for the inconvenience.

[French translation of the above.] Mon ordinateur a rebooté pour une raison inexpliquée (probablement une coupure de courant) à 2003-10-16T12:21Z (ça fait 14h21 heure de Paris, et j'étais, euh, toujours en train de dormir). Pour une autre raison, tout aussi inexpliquée (à part dire que Red Hat est nulle), le serveur PostgreSQL qui gère la base de données du système de commentaires de ce 'blog n'a pas redémarré correctement (apparemment les scripts d'init avaient « oublié » de retirer un fichier de lock !). Donc jusqu'à ce que je le redémarre à la main à 2003-10-16T13:31Z, les commentaires étaient inaccessibles sur ce 'blog. Je vous présente mes excuses pour la gêne occasionnée.

(mercredi)

Ma thèse avance (à petits pas)

Aujourd'hui j'ai calculé deux éclatements. Si j'arrive maintenant à prouver que le rang d'une certaine matrice 33×16 vaut au moins 9, j'aurai effectué une désingularisation explicite par ces éclatements.

Hum… J'ai voulu une thèse de géométrie algébrique (presque) sans cohomologie, c'est ce que j'aurai eu. Mais évidemment, en contrepartie, il faut se battre avec des polynômes tout à fait explicites.

Tiens, il faudra que je raconte dans ce 'blog comment on peut calculer la dérivée de 2 par rapport à 5 (ou autres bizarreries de ce style). C'est le genre de choses qui constitue un des éléments de mes calculs actuels (la 16e colonne de la matrice, pour être précis, ce sont les « dérivées partielles » de certains polynômes par rapport à un nombre premier fixé…).

À part ça, j'ai resoumis un article pour le Journal of Algebra (qui avait été accepté sous réserve de modifications, j'ai traîné de longs mois pour faire ces modifications). Et je vais donner un séminaire sur l'approximation faible aux places de bonne réduction pour les surfaces cubiques sur les corps de fonctions de courbes : dans un mois au séminaire Variétés rationnelles de l'ENS, et en décembre sur invitation à Rennes.

[Grrr… La touche « entrée » de mon clavier se bloque ! C'est insupportable !]

(mardi)

Au fond, je suis très timide

Je n'ai pas d'angoisse au moment de faire mes TD, je suis même tout à fait à l'aise. Mais, curieusement, en-dehors de ces heures, je suis très timide face à mes étudiants si par hasard je les rencontre, j'ose à peine leur adresser la parole. Je ne me l'explique pas vraiment. Peut-être que j'ai peur de ne pas être à ma place ? Peut-être que je crains qu'on croie que je les drague, traumatisé que je suis par tous les gens qui m'ont averti là-dessus ? Pas clair. Ce midi, je déjeunais au resto U de la fac (parce que je devais rester pour voir mon directeur de thèse), et je suis passé par hasard au self juste après deux garçons de mon groupe. J'ai hésité à m'asseoir avec eux, et finalement je n'ai pas osé, je me suis mis seul à une autre table. Bon, j'aurais pu demander poliment si je pouvais me joindre à eux, mais ils n'auraient sans doute pas dit non même si ça les saoulait. Je ne supporte pas l'idée de m'imposer, ou d'embarrasser.

(mardi)

Mon père me fait la gueule

Mon père semble croire que tout problème informatique est forcément de ma faute : même si je n'en suis pas directement responsable (comme je lui ai signalé en soulignant que le trafic qui passe entre ses deux PC sur un éthernet switché n'est même pas vu par le routeur que j'administre), j'aurais dû « répondre à ses questions » (qu'il n'a pas cru bon de me poser, donc j'imagine que j'aurais aussi dû les deviner !).

Rancunier et obstiné comme il est, je suppose que maintenant il ne va pas me parler pendant six mois.

(lundi) · Columbus Day · Thanksgiving (Canada)

Rebond sur « J'en ai marre d'être un frustré »

Je veux répondre à quelques commentaires qui ont été faits sur une entrée précédente de ce 'blog, et je vais le faire dans une nouvelle entrée plutôt que dans le système de commentaires, parce que je crois que ça a de l'importance (plus générale que l'entrée initiale).

Un anonyme a écrit :

Dans la vie, il y a quand même des choses plus intéressantes et variées que le sexe: les maths par exemple.
Si tu n'arrives pas à trouver un partenaire pour une nuit, c'est probablement parce que ça ne te correspond pas, et ça ne sert à rien d'essayer d'imiter les autres.
Mon conseil: ne pense plus au sexe, profite de la vie, implique-toi dans des activité ayant un sens, et tu finiras bien par rencontrer quelqu'un qui te ressemble.

C'est bizarre, comme réflexion, de se dire que les maths sont plus intéressantes que le sexe. (J'imagine que plus de 99% de la population française serait d'un avis différent, mais ce n'est pas mon point.) Est-ce que Bach est plus intéressant que le chocolat ? Est-ce que la chapelle Sixtine est plus intéressante que le volley ? Est-ce que la galaxie d'Andromède est plus intéressante que l'eau fraîche ? Hum… Ça veut dire quoi, au fait, « intéressant » ? (À la limite, avec « important » je comprendrais mieux ; et en fait non, même pas.)

Je souligne donc (et je fais un clin d'œil à Ska au passage) : ce n'est pas un choix. J'ose espérer que personne ne sera jamais placé devant ce choix complètement absurde : les maths ou le sexe — décidez-vous ! On pourrait en imaginer d'autres, d'ailleurs : qu'est-ce qui est le plus important, manger ou pisser ? ; à ceci près que manger et pisser sont des activités de survie, alors qu'on peut très bien survivre sans maths et sans sexe : mais dire à quelqu'un qui a faim, tiens, tu peux pisser si tu veux, ce n'est pas forcément très utile.

C'est probablement parce que ça ne me correspond pas ? Hum, je n'ai pas le souvenir d'avoir fait vœu de chasteté, moi (ni vœu de mathématicité, d'ailleurs).

Je ne veux pas faire au commentateur ci-dessus (fût-il anonyme) un procès d'opinion, mais il semble y avoir encore des gens qui croient que l'activité sexuelle est dans une certaine mesure un dérèglement qui doit être contenu, une survivance de bestialité à contrôler pour accéder à un Zustand supérieur. Bullshit! (Soit dit en passant, le Dalaï-Lama, qui semble faire un carton en termes de popularité, j'ai lu des citations de lui où il racontait ce genre de bêtises.) Toute activité humaine n'est nuisible que dans la mesure où elle nuit à l'équilibre physique, mental ou émotionnel (et désolé pour la porte ouverte que je viens de démolir) : il y a assurément des gens pour qui c'est le cas du sexe, pratiqué avec excès, comme il y a des gens pour qui c'est le cas de manger, dormir, ou, d'ailleurs, de faire des maths, tous pratiqués avec excès. Aucune activité n'a de « sens » que ce que nous voulons bien lui en donner.

Mais je suis plongé dans un doute affreux : est-ce que je donnerais par hasard l'impression d'être un être fait de maths et d'eau fraîche, un pur esprit ou quelque chose comme ça ? Ça me semble totalement absurde de le penser, mais on dirait que certains ont un peu cette idée, et pourtant, les lecteurs de ce 'blog doivent savoir que j'y parle plus rarement de maths que de sexe ! (D'accord, c'est aussi parce que c'est plus difficile de parler de maths et de se faire comprendre de tout le monde.)

Alors oui, je crois que je serais assurément capable de vivre sans activité sexuelle. Mais ce n'est pas une raison pour le faire : si on est diabétique, ou si on est au régime, on se prive de gâteaux au chocolat, et on en vit très bien. Mais ce n'est pas parce qu'il y a des diabétiques et des gens au régime que les gens qui n'ont pas les moyens de s'acheter un gâteau au chocolat doivent s'entendre dire « on peut vivre sans gâteaux au chocolat : pensez aux diabétiques ! » ni que c'est normal pour eux de faire sans.

cossaw, lui, tient un discours plus subtil :

C'est pas parce qu'on est intello qu'on a forcément besoin de sexe.
Quand j'ai perdu tous mes amis, les uns après les autres, j'ai pas eu de rapports sexuels pendant trois ans. Ce n'était pas le sexe (ou le cul) qui me manquait, mes les rapports personnel intimes. Ruxor "avoue" lui même ne pas en avoir un besoin énorme.
Certes, j'ai un léger sentiment de projection de mon propre cas sur celui de Ruxor (similitude des parcours oblige), et je ne veux pas me mettre à sa place, mais bon, il me parraît clair que Ruxor a d'abord besoin d'un cercle d'amis plus que d'un cerle d'amants potentiels.
Ruxor : me trompè-je ?

Je ne peux pas me plaindre du manque d'amis. Je crois même pouvoir dire que j'en ai beaucoup (je ne dirai pas « assez », parce qu'on n'a jamais « assez » d'amis, et je cherche toujours et sans cesse à rencontrer de nouvelles personnes, mais relativement à des gens que je connais, oui, j'en ai beaucoup), et d'assez variés, y compris des gens qui me sont très chers et très proches, des gens vraiment exceptionnels par leurs qualités humaines et intellectuelles (et dont je suis très fier de pouvoir me dire leur ami). Maintenant, je trouve en effet que mes amitiés manquent parfois un peu de tendresse et d'intimité : c'est sans doute en partie ma faute (parce que donne peut-être l'impression d'être froid et distant), et c'est un problème beaucoup plus complexe et plus profond que celui de la frustration sexuelle dont je parlais. Mais ce sont des problèmes bien différents qui ne vont ni dans le même sens ni en sens contraire. Ce qui ne veut pas dire non plus qu'on ne peut pas aller dans les deux sens à la fois : quelqu'un qui peut être et un partenaire sexuel et un ami et un partenaire de câlins, c'est encore mieux. (Rhâ, ma hache +5 a eu raison d'une porte ouverte de plus !)

Maintenant, je veux aussi rassurer ceux qui s'inquiéteraient : non, je ne crois pas que je sois sur le point de craquer, émotionnellement, même si j'ai (comme tout le monde) des hauts et des bas. Finalement, ce qui m'énerve, c'est plus le total ridicule de ma situation et mon incapacité à comprendre ce qui cloche, que la situation en elle-même. Or le ridicule et l'ignorance ne tuent pas, sinon je serais enterré depuis longtemps.

(lundi) · Columbus Day · Thanksgiving (Canada)

Jorge Luis Borges et Umberto Eco

Comment ai-je pu être assez aveugle, en lisant Le Nom de la rose, pour ne pas percuter sur le fait qu'on y trouve un dénommé « Jorge de Burgos » à la tête d'une bibliothèque en forme de labyrinthe ? Il est vrai que je n'étais pas, quand j'ai lu ce roman, le fan de Borges que je suis maintenant (mais je ne pouvais pas ne pas avoir entendu parler de La Bibliothèque de Babel), et en tout cas la mémoire aurait dû me revenir quand j'ai plus tard lu la nouvelle.

J'ai une admiration sans bornes pour Umberto Eco, pour son érudition extraordinaire, pour son intelligence vivace, pour son humour percutant. Peut-être plus pour l'Umberto Eco critique littéraire et professeur de sémiotique que pour l'Umberto Eco écrivain, d'ailleurs ; pourtant, en général, je suis très dubitatif devant la critique littéraire et, plus encore, la sémiotique : j'ai tendance à trouver qu'il s'agit de l'art de faire des rapprochements douteux entre tout et n'importe quoi, des analogies d'idées complètement délirantes, et de prétendre s'en servir pour déceler des intentions cachées, mais quand c'est Eco qui trouve les analogies et les correspondances, je m'incline, parce qu'il est tellement merveilleusement évident qu'il a raison de les faire, que leur vérité s'impose à l'esprit. C'est quelque chose de si agréable, et que je n'ai que trop rarement connu, qu'on me fasse remarquer dans un texte une référence, un clin d'œil, une inspiration, une astuce, à côté desquels j'étais passés sans rien voir, et qui, à la réflexion, sont absolument évidents. Ainsi, quand, dans Si par une nuit d'hiver un voyageur (dont j'ai déjà parlé ici), j'ai relu la liste des « titres » des sujets, j'ai eu cette surprise amusante qui est dévoilée à la fin du livre. (Bien sûr, c'est encore plus amusant de reconnaître soi-même le clin d'œil.)

Bref. Quand j'ai vu ce livre d'Umberto Eco intitulé De la littérature (titre original Sulla letteratura ; traduction française aux éditions Grasset), je me suis jeté dessus, et j'ai été très heureusement surpris d'y découvrir un petit texte écrit par Eco (qui pourtant évite de mélanger ses activités d'écrivain et de critique) sur sa propre influence par Borges (en fait, il s'agit du compte-rendu remanié d'une intervention dans le cadre d'un congrès, comme tous les autres textes de cet ouvrage). Par exemple, je crois que je n'aurais jamais fait, seul, le parallèle entre Le Pendule de Foucault et Tlön, Uqbar, Orbis Tertius, qui, pourtant, est si clair.

Mais, comme il le dit lui-même non sans humour, tout le monde ne peut pas être aussi intelligent que lui : heureusement, sans quoi tout le monde enseignerait la sémiotique à l'Université de Bologne !

(dimanche)

J'en ai marre d'être un frustré

Je n'ai pas spécialement plus de raison d'être sexuellement frustré aujourd'hui qu'avant-hier, il y a trois semaines, ou il y a trois mois (après tout, la dernière fois que j'ai consommé remonte à — euh, je préfère ne pas essayer de retrouver la date, ce serait vraiment trop déprimant), mais, je ne sais pas pourquoi, aujourd'hui spécialement j'en suis particulièrement conscient.

C'est idiot, parce que je n'ai pas un besoin physique de sexe à ce point : si j'avais une bonne raison de croire que je devais m'en passer (si quelqu'un me disait clairement, tu n'y arriveras jamais parce que <telle raison précise>) je suis assez certain que j'arriverais très bien à contrôler le manque. Mais le besoin est créé par l'impression absolument obsédante de facilité : coucher (pour une nuit, je veux dire), dans le milieu homo, est censé être aussi facile que trouver des chouettes à Athènes (zut, j'ai déjà utilisé cette image). Du moins tant qu'on n'est pas « vieux » (avec une notion outrageusement jeuniste du mot « vieux », certes, mais malgré mon âge canonique je ne tombe pas encore dedans) ou « moche » (ça simplifierait mon enquête si on me disait que c'était mon cas, mais il paraît que non, ce serait de la mauvaise foi de ma part de mettre mes difficultés sur ce compte-là). On entend des gens se plaindre qu'ils n'ont pas réussi à trouver un « plan cul » tel ou tel jour, comme si c'était vraiment l'exception à peine croyable (bien sûr, ils ne se donneraient pas la peine de dire comment ils font les jours où ça marche, parce que c'est tellement évident que ça ne le mérite pas), alors ce n'est pas vraiment plausible que je n'arrive pas à en trouver un en <…> mois sans être Quasimodo. J'ai même entendu quelqu'un se plaindre en longueur que c'était vraiment trop facile à tel point que ça en ôtait tout plaisir, ou tout intérêt, je ne sais pas, je n'ai pas trop écouté pour pouvoir retenir mon calme. (Je ne parle pas de la difficulté de se trouver un copain vaguement stable, voire le prince charmant de sa vie — là tout le monde s'accorde sur le fait que c'est difficile.) Alors je ne sais pas si je suis un cas unique au monde, ou s'il y en a d'autres comme moi qui sont désespérément silencieux. Je crois au moins avoir réussi un exploit absolument unique et sans précédent en ayant passé presque deux ans au MAG (et j'y allais très régulièrement — quasiment chaque semaine) et en étant encore puceau à l'arrivée : c'est un peu comme réussir à parcourir la rue de Rivoli d'un bout à l'autre un samedi soir sans rencontrer une seule voiture. OK, je n'ai pas encore essayé DialH (ni le dépot, for that matter) : on verra quand j'en aurai marre de traîner dans des bars en espérant que quelqu'un me retourne un regard, mais je me sens encore capable de réaliser des exploits inouïs devant lesquels la rue de Rivoli serait un jeu d'enfant (le périph' à pied sans voir l'ombre d'un véhicule, peut-être ?).

Ce n'est pas mon propos : ce que je voulais dire, c'est qu'être frustré comme ça ce n'est pas bon déjà parce que ça emmerde les lecteurs de mon 'blog à qui je raconte toutes sortes de conneries sans intérêt, et aussi parce que ça a une influence néfaste sur mon caractère, ça me rend impatient, aigre, cassant, voire carrément haineux et jaloux (disons que je sens ça remuer quelque part au tréfonds de mes entrailles et ce n'est pas plaisant). Et, bien entendu, ça menace mon sentiment de bonheur. Je ne sais pas à quel point je suis mentalement robuste ou fragile : j'imagine que si ma résistance cède, ce sera assez soudain (au jeu du corps à corps, l'esprit est bien plus fort).

Le piège, c'est que c'est précisément dans les endroits et dans les circonstances où j'ai des chances de trouver de quoi résoudre cette frustration (en la satisfaisant) que je trouve aussi de quoi l'alimenter. C'est le piège de l'espoir du fond de la boîte de Pandore : conservez l'espoir et il vous fait souffrir, abandonnez-le et vous ne pouvez plus agir.

(dimanche)

Les Mormons dans le Marais

L'Église de Jésus-Christ des saints du dernier jour a installé un lieu de prosélytisme rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. (Ce n'est peut-être pas nouveau : ça fait longtemps que je me demande ce que c'est que cette « exposition » ouverte ; mais là c'est clair : c'est écrit en toutes lettres.) Ils espèrent que les homos seront particulièrement réceptifs à leur message ?

(dimanche)

Oh, un rat !

J'ai vu quelqu'un dans le métro [fantasme de David #299792458 : le look punk] avec un rat dans le cou. Mignon comme tout (je parle du rat, là, même si je pourrais aussi bien parler de son propriétaire). Normalement je préfère les chats (tiens, mes voisins ont un chaton, visiblement, qui est venu ce soir miauler à ma porte-fenêtre). Mais là, ce rat était vraiment attendrissant. Pas vraiment au goût de tous les passagers du métro, cependant.

(samedi)

Comment rencontrer des gens ? (bis)

J'avais déjà écrit une entrée à ce sujet il y a quatre mois (comme le temps passe vite !), mais c'est un problème qui se pose toujours à moi (et vraisemblablement n'est pas près de cesser) : comment rencontrer des gens ? Ce n'est pas que les personnes que je connais me lassent, ou qu'elles ne m'intéressent pas, ou quoi que ce soit du genre. Simplement, je prends en général un grand plaisir à rencontrer de nouvelles têtes. Évidemment, parfois une brève rencontre me suffira, parfois je voudrai lier des rapports plus proches avec la personne (et malheureusement ce n'est pas toujours facile, même quand on a fait connaissance, mais c'est un autre problème, ça, concentrons-nous sur celui de rencontrer). Ça peut être pour plein de raisons, aussi, parce qu'il existe toutes sortes d'affinités différentes qu'on peut se trouver avec quelqu'un (intellectuelles ou affectives, notamment). Bref.

Au début, je ne concevais pas le 'blog comme un moyen possible de faire des rencontres (j'ai déjà analysé les raisons qui me poussent à l'écrire). Peut-être que cela peut en être un : parmi les 'blogs que je lis (voir mes bookmarks à ce sujet), il y en a qui ont signalé cette possibilité. Mais peut-être pas : j'imagine que pas mal de lecteurs me lisent parce que c'est distrayant, ça fait passer le temps, sans avoir la moindre envie de rencontrer la personne qui se cache derrière ces lignes — et c'est quelque chose que je comprends tout à fait (pour plein de raisons différentes, même, notamment celle de ne pas vouloir mélanger le réel et le « cyber »). Je me suis aussi déjà pris plusieurs râteaux (si j'ose utiliser ce terme) après avoir écrit à d'autres 'bloggeurs pour leur demander à les voir. Il y a bêtement la timidité qui joue, aussi. Donc, peut-être que 'blogguer est une façon de rencontrer des gens, je ne sais pas : ce n'est pas pour ça que je le fais, et ça n'a rien donné pour moi, mais ce serait agréable si c'était le cas.

Quoi qu'il en soit, je peux proposer une autre idée : un système pyramidal, organisé de façon systématique, si possible. Un système pyramidal, lorsqu'il s'agit d'argent, c'est une escroquerie, mais comme l'amitié est quelque chose qui peut se créer (contrairement à l'argent), il est possible que ça marche mieux. Ce serait la chose suivante :

L'initiateur du système (disons, moi, ou toute personne qui veut l'essayer) invite un jour six amis autour d'une table au restaurant (chacun paie pour lui-même, sauf arrangement contraire, vu que le but n'est pas de faire un schéma pyramidal sur la nourriture ; en revanche, c'est bien si celui qui invite peut recevoir chez lui pour proposer l'apéritif). Ces six amis sont à choisir de sorte qu'ils se connaissent aussi peu que possible entre eux avant la rencontre (éviter à tout prix les groupes de gens qui se connaissent déjà bien), et le but, justement, est pour eux de faire connaissance autour du dîner. Du coup, puiser dans autant de sources d'amis diverses que possible : boulot, loisirs, études, amis d'enfance, etc. Il faut naturellement tenter d'avoir une certaine compatibilité d'humeur — ceci dit, on peut aussi oser des combinaisons hasardeuses, car les gens nous surprennent parfois par leur capacité à s'entendre contre toute attente. Il ne faut pas hésiter à aller chercher du côté des gens qu'on ne connaît pas le mieux, ou qu'on ne voit que rarement, pour tenter l'expérience : ce sera justement l'occasion de se revoir, et ça peut donner de meilleurs mélanges.

Une fois le repas terminé, celui qui invitait expose le principe aux six autres, et leur demande la chose suivante : de trouver à leur tour (d'ici deux mois, disons) chacun six amis, dont lui-même (celui qui les a invités, je veux dire), et de les rassembler pour faire de même — un nouveau repas, après lequel il sera demandé, etc. C'est en cela que c'est un schéma pyramidal : tant que le système se propage, chacun invite une fois et est invité six fois (rencontrant donc, en principe, trente nouvelles personnes). Évidemment, ça ne marchera pas comme ça, parce que c'est uniquement un idéal à atteindre : beaucoup de gens ne voudront pas jouer le jeu, ou n'arriveront pas à trouver six amis qui ne se connaissent pas, ou à les rassembler le même soir, que sais-je encore. Il n'y a pas d'engagement, pas de menace (du style « si vous interrompez la chaîne, de terribles malheurs s'abattront sur vous ! »). Peut-être plein de gens ne comprendront-ils ni l'intérêt ni le fonctionnement de la chose, mais peut-être cela peut-il quand même donner des rencontres intéressantes.

Comment cela semble-t-il ? Il faudrait vraiment essayer de lancer la machine. J'ai déjà organisé, comme ça (il y a un an), un repas avec cinq amis qui se connaissaient pas ou peu entre eux, la « mayonnaise » a bien pris, et ce fut une des plus agréables soirées que j'aie eues : c'est pour ça que j'aurais envie de recommencer.

En quelque sorte, faire un Friendster dans la vie réelle.

(samedi)

英雄

Je viens de voir 英雄 (Hero / Héros). Je serai bref : si les images sont souvent d'une beauté et d'une poésie époustouflantes (j'ai surtout apprécié la bataille de Neige et Lune, entre les arbres, mais aussi la scène sur l'eau), en revanche le scénario n'est — euh — pas terrible. Et la morale, comme beaucoup l'ont fait remarquer, est hautement douteuse. Quant aux combats, fabuleusement bien chorégraphiés, que ce soit dans Matrix ou ici, je commence à en avoir un peu assez, en fait. La comparaison avec 臥虎藏龍 (Crouching Tiger, Hidden Dragon / Tigre et Dragon) est assez inévitable : je crois que j'ai préféré ce dernier, peut-être parce qu'il se prenait moins au sérieux, peut-être parce qu'il était plus compatible avec ma mentalité d'occidental, peut-être parce qu'il ne forçait pas trop sur l'onirisme au point d'en devenir un peu lourd…

Sinon, Héros donne envie d'apprendre le chinois. On y apprend que « épée » se dit « 劔 », sauf qu'on voit une écriture un peu archaïque de ce caractère. Enfin bon, je doute que j'aie jamais le courage de me mettre vraiment au chinois : je me contente de barboter avec Unicode.

(samedi)

Un tic

Depuis avant-hier, j'ai un muscle dans la main gauche (celui qui commande le mouvement latéral de l'index vers la droite) qui se contracte de temps en temps de façon incontrôlée. Mauvaise alimentation ? Manque — ou excès — de sommeil ? Utilisation excessive du clavier ? Tumeur au cerveau ? Prémisses de la maladie de Parkinson ? Activité sexuelle insuffisante ? Vie trop trépidante ? Pulsions refoulées ? C'est grave, docteur ?

J'ai déjà eu des spasmes semblables (notamment au coin de l'oeil droit), c'était assez pénible, mais ça part en général en quelques semaines. Nous verrons.

(samedi)

Le Déclin de l'empire américain

J'ai regardé Le Déclin de l'empire américain, que j'avais enregistré jeudi soir sur Arte, et dont j'étais allé voir la suite à sa sortie il y a deux semaines. C'est assez dans le même genre, que je pourrais qualifier de simultanément « nihiliste et humaniste » (ou n'importe quoi en -iste, comme les « protagonistes » le font remarquer dans Les Invasions barbares), mais encore plus fort (années '80 oblige). Énormément de « bons mots », de conversations brillantes, qui rappellent un peu les aphorismes d'Oscar Wilde : peu importe que ce soit vrai, du moment que c'est bien dit. J'imagine que ça peut être horriblement irritant pour certains, mais, pour ma part, j'aime beaucoup (sans excès, cependant : dans la vraie vie, quand je rencontre des gens dont la conversation est entièrement de ce type, ça me lasse assez vite).

(vendredi) · Pleine Lune

Soirée Superficial

Finalement je ne suis pas resté à la soirée Superficial dont je me demandais si j'irais. Beaucoup trop de monde dans un espace trop exigu et enfumé. Tant pis.

(vendredi) · Pleine Lune

Assemblée générale de >Dégel!

Il y a essentiellement deux sortes d'assemblées générales d'associations loi de 1901 : celles où tous les votes se font à l'unanimité et on s'y emmerde parce qu'il ne se passe rigoureusement rien sinon une approbation massive du bilan des sortants et des projets des impétrants, et celles où on voit des querelles ou des rivalités ou même des haines entre personnes émerger au grand jour et on s'y emmerde parce que ces disputes ne mènent à rien. Bref, c'est rarement intéressant : ce qui sauve cependant ces réunions, c'est plutôt qu'on y retrouve des gens qu'on ne voit pas souvent. OK, je suis assez cynique, et désabusé de la démocratie interne (que je n'ai jamais vue s'exercer de façon digne, de façon qui donne foi en elle, et pourtant j'ai été membre d'un nombre invraisemblable d'associations, et j'ai assisté à une pléthore d'assemblées générales). L'assemblée générale de >Dégel! a commencé de la première façon et a terminé de la seconde, à partir du moment où les candidats se sont présentés et que la présidente sortante s'est livrée à une sorte de cross-examination sévère de l'un d'eux.

C'est étonnant cette capacité qu'on les gens à se disputer entre eux pour des raisons finalement assez futiles. À l'ENS je fais partie d'un groupe de bénévoles, désignés par cooptation, qui secondent l'administrateur système de l'École dans l'installation de logiciels pour les machines destinées aux élèves : nous nous connaissons, et nous estimons, tous très bien, et pourtant nous ne cessons de nous engueuler à tout propos sur des questions techniques absolument dénuées d'importance. Il doit y avoir une nature intrinsèquement belliqueuse à l'esprit humain.

Et, finalement, l'honneur et le courage, parfois, cela consiste non à camper obstinément sur ses positions, mais à transiger avec quelqu'un avec qui on n'est pas d'accord, à accepter de travailler quand même avec lui, à supporter ces inévitables bagarres sur des questions idiotes, et à ne pas claquer la porte. Du coup, je trouve vraiment dommage que, quand le candidat « mis en examen » n'a pas été élu au Conseil d'administration, deux administrateurs qui lui étaient sympathiques ont immédiatement présenté leur démission, dix minutes après avoir été élus. (Mais je comprends aussi leur position, parce que ce n'est pas facile de tenir tête.)

Enfin, une leçon que je tire de mon expérience de la vie associative, c'est que les associations, finalement, survivent à beaucoup plus que ce à quoi on s'attendrait. Je ne me fais donc pas trop de soucis pour celle-là. (Et certains lecteurs de ce 'blog de me faire remarquer que, de toute manière, je devrais arrêter de la fréquenter.)

(jeudi)

La dure vie du fêtard

Je reviens d'une soirée organisée (à l'École) par Homonormalité. Très réussie, je dois l'admettre : plein de beaux garçons (et aussi de jolies filles, sans doute, mais ça me frappe moins que les beaux garçons, curieusement), beaucoup de monde de façon générale (curieusement, les soirées d'Homonormalité rassemblent vraiment beaucoup plus de monde que n'importe quel autre genre de soirée à l'ENS — et ensuite on s'étonne que les clichés genre « les homos savent faire la fête » aient la vie dure 😉), et une musique qui, cette fois, ne perforait pas les tympans à cent mètres à la ronde. Thème : « rouge et noir » (je n'ai toujours pas compris ce qu'il faut comprendre derrière ça, ni pourquoi Homonormalité fait si régulièrement des soirées appelées comme ça, mais peu importe) — et plein de gens s'étaient habillés de manière appropriée (pour ma part, je suis toujours en noir de toute façon).

Mais je me demande bien si c'est une bonne idée pour moi d'aller à ce genre de soirées : ça a surtout tendance à souligner mes frustrations. D'abord, je ne connais plus grand-monde, dans cette École (j'y suis rentré en '96, je rentre donc en « huitième année » d'une scolarité qui en compte quatre), je m'y sens de moins en moins à ma place. Et voir tous ces jeunes beaux gars se tortiller en rythme, ça m'apporte quoi ? Le sentiment d'être vieux et moche (en tout cas, comme d'habitude, personne ne me gratifie d'un regard), inhibé (incapable de trouver un prétexte pour ne serait-ce que faire connaissance) et surtout infiniment frustré. Bref, une incitation à être malheureux, dont je n'ai aucun besoin. ☹ À ce titre-là, j'aurais mieux fait de rester chez moi (sans compter que ça me fait me coucher tard, donc c'est raté pour me lever de bonne heure, et hop ! me voilà remis sur la mauvaise pente du sommeil incontrôlé). Seulement, ce n'est pas en restant chez moi que je vais faire des rencontres.

Demain, il y a une autre soirée (beaucoup plus spécifiquement homo, celle-ci) inscrite sur l'agenda. Je fais quoi : j'y vais ou je jette l'éponge ?

(Wednesday)

Schwarzie becomes governor

Arnold Schwarzenegger becomes governor of California. I'm speechless.

What next? Will a former lousy western actor become president of the United States? Oh, wait…

(Déjà vu?)

(mardi)

Des difficultés — et du plaisir — d'enseigner

Soit un problème de logique de base. Comment expliquer à des étudiants de première année de DEUG le fait suivant (en gros) : un réel positif est nul si et seulement si il est inférieur à toute quantité strictement positive (cela étant écrit avec des quantificateurs) ? Ils arrivent bien à comprendre que si a est nul alors, pour tout h strictement positif, a est inférieur à h ; mais la réciproque pose nettement plus de problèmes, parce qu'ils veulent systématiquement, dans leur tête, déplacer le quantificateur universel : au lieu de comprendre que si a (positif) est inférieur à toute quantité h strictement positive, alors a est nul (ce qui est vrai), ils lisent que pour tout h strictement positif, si a (positif) est inférieur à h, alors a est nul (ce qui est manifestement faux) — et ils sont combatifs ! ils sortent des contre-exemples (mais si a vaut 2 et h vaut 3 ?). Moi je vois bien la différence, la subtilité logique, l'erreur dans laquelle ils tombent, mais arrivé-je à l'expliquer ? Je peux prendre la contraposée, ça les convainc intellectuellement, mais pas intuitivement ; je peux souligner la place du quantificateur et le parenthésage, ça ne leur parle pas ; je peux réécrire l'implication par des transformations logiques, ça les perd ; et ainsi de suite.

Mais je crois que j'ai fini par y arriver. Peut-être pas avec tous les étudiants, malheureusement, mais au moins avec certains. L'un d'eux (S.) me propose un « contre-exemple » à l'implication demandée : je l'écris au tableau en regard de l'affirmation, et je lui fais voir que son contre-exemple ne vérifie pas la prémisse de l'implication, parce qu'on n'a pas a inférieur à h pour tout h (on a certes a inférieur à 10, inférieur à 5, mais pas inférieur à un dixième, un centième, un millième et un millionième : et s'il doit être inférieur à tout ça à la fois, c'est bien qu'il est nul). Et là j'ai vu un sourire éclairer son visage (et c'est à peine une métaphore : c'était vraiment radieux). Je ne suis pas sûr qu'il ait parfaitement compris, mais je suis sûr que ce sourire était beau à voir — et faire sourire un DEUG en lui parlant de maths, croyez-moi, ce n'est pas facile. Et rien que pour ce sourire, ça valait la peine d'enseigner. Je suis content de moi.

(mardi)

Encore une mauvaise nuit

Pourtant, cette fois je m'étais couché raisonnablement tôt, à 23h45, le réveil étant mis à 8h20 (pas inhumain, tout de même !), histoire de ne pas être stressé en me couchant par le fait d'avoir peu de temps devant moi. J'avais aussi évité de dîner juste avant d'aller au lit, pour ne pas être gêné par la digestion. Et je me suis endormi comme un bébé vers minuit, pour me réveiller… à peine deux heures plus tard. Et de 2h du matin à 6h du matin je n'ai fait que me tourner et me retourner dans mon lit. Au début ça allait : je me disais, même si je ne me rendors pas avant une heure ou deux, j'aurai quand même six ou sept heures de sommeil, je ne serai pas mort de fatigue. Mais après trois puis quatre heures d'insomnie j'étais au bord de la crise de nerfs. (Si j'avais eu des somnifères sous la main, je me demande si je n'aurais pas liquidé toute une boîte, pour en finir. Heureusement, je n'en avais pas.) Finalement, entre la rage et l'épuisement, c'est l'épuisement qui a triomphé — à l'aube.

Décidément, il n'y a pas de doute : le simple fait de savoir que je serai réveillé à telle ou telle heure, que je n'ai pas le droit de me dérober à mes obligations (c'est bien ça qui me stresse, pas les obligations en elles-mêmes, parce que j'aime bien donner des TD), que le réveil strident va m'interrompre dans mon sacré repos, cela m'empêche de dormir. Et maintenant que je sais que je suis capable de faire 50% d'insomnie, il faudrait que je prévoie seize heures au lit pour pouvoir avoir l'esprit tranquille (et seize heures au lit pour se lever à 8h du matin, ça fait se coucher… euh, un peu tôt, d'ailleurs j'ai déjà dépassé la limite, là).

Bon, je vais vraiment suivre le conseil qu'on me donne : mettre systématiquement mon réveil à 8h du matin, pour tenter de m'y habituer. Mais arriverai-je à tenir le coup, après deux ou trois nuits gris pâle ?

(lundi) · Yom Kippour (5764)

Hazy Shade of Winter

Quand je suis sorti de chez moi tout à l'heure (vers 19h30, soit juste après le coucher du soleil), ça m'a frappé comme une révélation — presque physiquement.

L'hiver est là.

C'est arrivé avec une soudaineté qui me stupéfie. Astronomiquement, nous sommes encore au début de l'automne, mais en réalité, ici, je n'ai aucun doute, c'est l'hiver. Je reconnais son haleine, son souffle impossible à confondre : je ne sais pas ce que c'est, la couleur du ciel nuageux au crépuscule peu après l'équinoxe, la température du vent, une odeur indéfinissable dans l'air, le pas des gens qui s'est pressé sur le trottoir humide ou leurs vêtements qui se sont épaissis — mais je le sens, l'hiver. Il a le parfum des marrons chauds, la couleur des lumières de la ville, et le son des cantiques de Noël. Je le connais bien.

Peut-être laissera-t-il encore quelques jours de répit à l'été, ce vieil Indien qui se meurt, mais maintenant je le sais : il est arrivé pour cette année, il est prêt à régner.

Mais bien plus frappante que la venue de l'hiver en elle-même a été pour moi cette constatation : je crois bien que j'en suis content.

Est-il venu le moment de rentrer dans nos igloos ?

(dimanche)

Et si j'essayais l'igloo ?

Est-ce que cette association est vivante et intéressante ? Devrais-je essayer d'y mettre les pieds ?

(Sunday)

I'll be using Debian

Some time ago, I asked whether I should be ugrading my Red Hat distributions or move to Debian. It seems that the problem has cured itself since Red Hat Linux has ceased to exist.

So I'll be switching to Debian. Very reluctantly, but it seems that I don't have much of a choice.

(dimanche)

Petite visite au Louvre

Après un tour au cinéma, hier soir, je suis allé au Louvre, où je suis resté quelque chose comme une heure et demie jusqu'à la fermeture (minuit moins le quart). Cela faisait une éternité que je n'y avais pas mis les pieds (dommage, surtout qu'en tant qu'enseignant je dois y avoir entrée gratuite et pas seulement les jours où ils font un nocturne spécial comme cette fois-ci).

Ce qui me frappe le plus, au premier abord, c'est à quel point c'est gigantesque et labyrinthique. D'accord, c'est le plus grand musée du monde (enfin, paraît-il), toutes catégories confondues. Mais j'ai beau le savoir, et avoir vu parcouru l'extérieur quantité de fois, je reste stupéfait devant cette succession de salles et de couloirs, d'escaliers et de portes. Même avec un plan, j'avais du mal à me repérer et à garder en tête mon orientation (j'ai fini par adopter l'idée de toujours tenir mon plan en main dans le même sens que le bâtiment, quelle que fût la direction où je regardais, et je m'en suis sorti). Je suppose que c'est qu'habituellement j'y allais plutôt pour voir une section bien précise, qui n'est jamais très grande, alors que cette fois j'ai parcouru les deux ailes ; aussi, de nouvelles salles ont été ouvertes.

Mais bien sûr, le plus stupéfiant, c'est encore la richesse des collections. (D'accord, c'est un commentaire assez débile : ben oui, c'est un musée, c'est bien le but.) Le Louvre a rassemblé au même endroit un nombre incroyable d'œuvres qui, ailleurs, seraient restées dispersées : rendons-en grâce à la manie centralisatrice française ; et des collections qui, à Londres, se répartissent entre le British Museum et la National Gallery sont ici au même endroit.

Bref, quand on doit, par manque de temps, faire le musée au pas de course (et encore, j'ai décidé de m'en tenir à la peinture, parce que les antiquités, je crois que j'en ai un peu trop vu dans ma vie), on va forcément à l'« essentiel », c'est-à-dire aux œuvres les plus connues. Et évidemment, il est du coup d'autant plus frappant de voir, à quelques mètres de distance, successivement, Le Serment des Horaces, Les Sabines, Le Sacre de Napoléon, le portrait de Madame Récamier, Œdipe, puis Les Noces de Cana, et ensuite La Liberté guidant le peuple, La Morte de Sardanapale, Le Radeau de la Méduse et Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa, pour ne citer que les plus archi-célèbres. Surtout quand on a un certain faible pour la peinture romantique française (c'est mon cas) et pour les grands formats (les Noces de Cana sont là uniquement pour cette raison) — mais peu importe à la limite. Il serait intéressant de savoir, « objectivement », si ces œuvres sont célèbres parce qu'elles sont belles, ou si on les trouve admirables parce qu'elles sont célèbres.

Il ne faut pas se moquer des touristes qui viennent en foule voir la Joconde. D'abord, c'est vraiment un tableau admirable. Ensuite, même si ce n'était que sa célébrité qui lui donnait ce caractère, ce serait encore assez compréhensible, autant qu'aller à un endroit célèbre pour pouvoir dire J'y ai été — ça n'a rien de ridicule. Mais je n'ai pas fait un tour par la Joconde ; en revanche, j'ai longuement admiré La Vierge à l'Enfant avec sainte Anne, un tableau que j'aime beaucoup, et surtout le Saint Jean-Baptiste de De Vinci, au sourire si énigmatique.

Les peintures allemandes et flamandes des XVIe au XIXe siècles sont situées au 2e étage de l'aile Richelieu. Elles sont moins bien mises en valeur à mon avis, je trouve que c'est un peu dommage. (Accessoirement, elles ne sont pas mises en ligne sur le site Web du Louvre, donc je ne pourrai pas faire de lien.) Par exemple, l'autoportrait de Dürer (un tableau que j'aime beaucoup ; et il était beau garçon, Dürer, d'ailleurs, si je l'en crois) se trouve dans un coin obscur (vraiment mal éclairé, je veux dire, en plus d'être difficile à trouver) d'une salle écartée. Les deux Vermeer que le musée possède (ce n'est pas si mal, quand il n'en existe que trente), La Dentelière et L'Astronome, sont aussi un peu cachés dans un fouilli d'autres œuvres plus mineures. Il faut dire que Vermeer n'aide pas trop : La Dentelière est absolument minuscule. Ça c'est quelque chose qu'on oublie trop facilement quand on regarde les œuvres surtout sur des reproductions, qui sont cadrées à une page de livre, et qu'on ne fait pas trop attention aux dimensions indiquées : il n'y a vraiment rien de commun entre les Noces de Cana et La Dentelière au niveau taille (enfin, un rapport de plus de 1300 en superficie)… J'ai aussi « trouvé », dans une salle reculée ou personne ne se promenait, L'Arbre aux corbeaux de Caspar David Friedrich, encore un tableau cher à mon cœur, mais dont je ne savais même pas qu'il était en France.

(dimanche)

The League of Extraordinary Gentlemen

Je suis allé voir hier The League of Extraordinary Gentlemen (La Ligue des gentlemen extraordinaires) (voir aussi sa fiche Allociné) à l'UGC Ciné-Cité les Halles. Je ne peux pas dire que j'ai été spécialement déçu dans mes espérances, parce que je n'avais pas vraiment d'espérances. La seule chose qui donnait un peu d'intérêt au film, c'étaient de petits clins d'œil de temps en temps : par exemple, j'ai ri aux éclats (mais apparemment j'étais le seul dans la salle…) quand le second de Nemo se présente en disant Call me Ishmael. Ou encore quand on découvre, vers la fin, le nom du grand méchant. Ou bien quand Quatermain explique, à Paris, qu'une bête terrorise la rue Morgue. Et puis j'aime bien, dans le tout premier plan, ce qui est fait du logo « 20th Century Fox » en même temps qu'une voix nous explique qu'on est au tournant du siècle. Ces petits clins d'œil, comme l'idée, au départ, de mélanger un groupe de personnages d'origines complètement hétéroclites, c'est amusant, ça a même, je dirais, du panache.

Malheureusement, au fond, ça ne donne pas grand-chose. Les personnages ne sont pas du tout fidèles à leurs originaux : le Nemo du film n'a pas le mystère et la fierté qui caractérise le personnage de Jules Verne, et il est beaucoup trop évidemment Indien (alors qu'on ne l'apprend pas dans Vingt mille lieues sous les mers — où le capitaine pourrait être de n'importe quelle origine : ce n'est révélé que plus tard) ; Dorian Gray n'a pas le caractère sulfureux de débauche qu'il a dans le roman d'Oscar Wilde (il se contente de minauder autour de Mina Harker), et les scénaristes n'ont même pas été capables de lui faire prononcer quelques bons mots, quelques aphorismes provocateurs, comme Wilde aimait en afficher ; l'homme invisible n'est qu'un bouffon ; et Tom Sawyer n'est là que pour faire plaisir aux Américains (il est vrai que Quatermain se moque un peu de lui, c'est plutôt amusant, comme d'ailleurs l'idée d'un Tom Sawyer dans les services secrets), et d'ailleurs il n'a pas l'âge qu'il serait censé avoir en 1899. Tiens, au fait, quel rapport entre de Vinci et Venise ? Il y a une quelconque justification historique ou c'est juste pour le plaisir de balancer un nom célèbre de plus ? Ah, et tant que j'y suis à pinailler, il me semble avoir vu un journal daté du « vendredi 13 mai 1899 » s'afficher à l'écran, alors que le 13 mai 1899 était un samedi (mais bon, il faut être un time freak comme moi pour s'apercevoir de ce genre de choses).

Enfin voilà. Globalement, je ne recommande pas. Sauf si on aime les scènes de bagarre. C'est curieux, il n'y a pas si longtemps, les films montraient beaucoup de combats à l'arme automatique : maintenant, la bagarre à mains nues semble avoir acquis un certain prestige. Hum…

(samedi)

Scattered Crowd de William Forsythe

Manifestation de la Nuit blanche que j'ai vue ce soir, à l'espace des Blancs Manteaux. Le volume (assez vaste) du bâtiment avait été peuplé par des milliers de ballons blancs, tous regroupés en paires, l'un (opaque) rempli à l'hélium et l'autre (translucide) à l'air, reliés par une ficelle de longueur variant entre une dizaine de centimètres et la hauteur de la salle (quelque chose comme six ou huit mètres), de sorte que certains dipôles de ballons montaient jusqu'au plafond (lorsque le ballon rempli d'hélium l'emportait), d'autres tombaient au sol, mais tout en douceur, et les visiteurs attrapaient des ballons et les aidaient à monter ou descendre. Le tout sur un fond sonore électroacoustique très calme, un peu comme un bruit de mer (en plus mélodieux, tout de même), et avec un éclairage qui changeait toutes les quelques minutes mais toujours assez doux.

L'impression d'ensemble, tous ces ballons en train de flotter paisiblement dans l'air, la musique relaxante, et l'éclairage peu agressif, cela faisait quelque chose de très zen, très soothing. Et, de fait, les gens étaient beaucoup plus calmes une fois à l'intérieur (par exemple, on n'a pas entendu un seul ballon éclater alors qu'il y en avait là des milliers, c'est remarquable) ; certains faisaient la sieste (on comprend donc la file d'attente pour rentrer…), ou bavardaient tout en douceur. Plein de photographes exerçaient leur talent, et des visiteurs prenaient la pose pour eux. (Il y a des chances pour qu'on voie des photos sur le fotolog d'Izys prochainement.) Rigolo. Izys, Ludovic, Jean et moi avons joué au volley, sauf que c'est un jeu de volley où on a une bonne demi-minute entre le moment où on envoie la balle en l'air et le moment où elle retombe quelques mètres plus loin.

L'installation devrait être retenue comme moyen de lutte contre le stress : rien de tel que des milliers de ballons blancs pour retrouver son calme. Mais il y a une personne sur qui ça ne marchait manifestement pas : l'artiste, William Forsythe (il paraît qu'il est célèbre), qui avait l'air d'être au bord de la crise de nerfs, il surveillait les visiteurs d'un air soupçonneux et les grondait quand ceux-ci faisaient mine d'emmêler les ficelles des ballons.

Nice… But is it art?

(samedi)

La Nuit blanche : a posteriori

Après avoir décrit mes impressions a priori, je résume brièvement ma soirée, et je développerai sans doute certaines parties dans les entrées suivantes, mais demain, parce que maintenant je veux me coucher (non, je ne ferai pas une nuit blanche).

D'abord je suis allé, en fin d'après-midi, voir la petite exposition de ses œuvres que l'artiste Mireille Bailly-Coulange (qui habite dans ma rue) avait arrangée dans son atelier, dans le cadre de l'opération 13 en vue (portes ouvertes d'ateliers d'artistes). Comme quoi je ne suis pas entièrement réfractaire à l'art contemporain : j'aime beaucoup ce que fait Bailly-Coulange. Il s'agit surtout de sculptures dans du plexiglas, dans un style qui évoque à la fois l'art traditionnel chinois (elle a notamment fait beaucoup de dragons ou de créatures semblables), l'art amérindien (pour ses aigles, par exemples) et les dessins de William Blake ; et le plexiglas est illuminé de l'intérieur, ce qui fait quelque chose d'extrêmement agréable à voir. Si vous voulez en voir des exemples, promenez-vous rue Bobillot : au croisement avec le passage du Moulin des Prés se trouve un bas-relief de Bailly-Coulange, puis, tournez à droite rue Simonet, et observez la tête d'oiseau en plexiglas.

Je suis ensuite allé en centre ville. Après avoir pris un verre de thé et un cookie au Columbus café rue Vieille du Temple, je suis allé à l'UGC Ciné-Cité les Halles pour voir la League of Extraordinary Gentlemen (Ligue des gentlemen extraordinaires) (à la séance de 20h10). J'en reparlerai dans une autre entrée, donc je me contente de dire pour l'instant que je ne recommande pas spécialement (sauf si on aime vraiment les films du genre Independence Day), mais que Shane West mérite le titre de « beau gosse du jour » de mon 'blog.

En sortant de la séance, vers 22h30, je suis allé au Louvre, qui faisait un nocturne gratuit jusqu'à 23h45. Là aussi, j'en redirai quelques mots. Cela faisait bien trop longtemps que je n'étais pas allé au Louvre, j'ai honte. (Et évidemment, en même pas deux heures je n'ai pas pu voir grand-chose.)

Après le Louvre, comme je n'avais toujours pas mangé, j'ai pris un panini quelque part (rue du Louvre, pour être précis) puis un dessert au Paradis du Fruit des Halles (j'aime bien ce qu'ils font, mais le service est décidément trop lent parce que les serveurs sont débordés). Manifestement il y avait beaucoup de monde dans les rues et dans les bars, parce que la Nuit blanche avait du succès.

Je me suis ensuite dirigé vers l'Hôtel de Ville. Je dois dire que l'éclairage artistique qui a été fait de sa façade est plutôt une réussite. Mais j'aurais préféré si l'artiste avait choisi une combinaison de couleurs et s'y était tenu, plutôt que de changer sans arrêt. De celles que j'ai vu, ma préférée était quand la façade était noire et blanche, l'horloge jaune, et les intérieurs des tourelles rouge vif : cela donnait à l'ensemble une allure de manoir gothique où un Dracula pourrait habiter, c'était assez bien.

J'ai un peu déambulé dans le Marais, mais comme je trouvais qu'il y avait un peu trop foule à mon goût je m'apprêtais à rentrer (il devait être à peu près 1h du matin). Tiens, à ce moment-là j'ai croisé Jack Lang, rue Vieille du Temple : à ma grande surprise, il n'était ni entouré d'une meute de gens (journalistes par exemple) à qui il serait en train de raconter toutes sortes d'idées formidaaaaables ni tenant un verre de champagne à la main. Mais surtout, plus loin, j'ai rencontré Izys, Ludovic et Jean, rue du pont Louis-Philippe, et j'ai donc décidé d'aller avec eux pour voir quelques attractions de la Nuit blanche.

Nous nous sommes d'abord dirigés vers la direction des affaires culturelles de la Ville de Paris (rue des Francs-Bourgeois), où nous avons regardé un film sur écran monochrome très basse résolution : en fait, un écran formé d'ampoules. C'est très rigolo à voir, mais je ne suis pas sûr de saisir en quoi c'est de l'art. Là nous avons rencontré encore des gens connus : Péter et Ludmilla.

Ensemble nous sommes allés voir une autre feature : au crédit municipal de Paris, des projecteurs circulaires étaient installés pour éclairer des endroits de passage. Là je ne vois vraiment pas en quoi c'est de l'art, mais bon, au moins, ça m'a permis de voir à quoi ressemble l'intérieur des bâtiments du crédit municipal de Paris (c'est plutôt joli). Il y avait décidément beaucoup de monde pour voir ces manifestations artistiques pourtant un peu hermétiques. Péter et Ludmilla m'ont répondu : oui, c'est ça, Paris, les Parisiens sont tous des intellectuels, on a beau leur proposer des représentations d'art contemporain complètement incompréhensibles, ils viennent quand même en masse, ils sont même prêts à faire la queue, et ils aiment ça, ce n'est même pas du snobisme ; même au café, les gens bavardent sur Kant et sur Derrida : les Parisiens sont insupportables, ils savent toujours tout sur tout, du coup on n'ose même pas leur parler.

De fait, au prochain endroit où nous avons voulu aller, il y avait une très longue file d'attente pour entrer. C'était l'espace des Blancs Manteaux (rue Vieille du Temple), et nous avons donc attendu (avec un groupe d'Italiens complètement bourrés derrière nous), alors que la pluie commençait à tomber, pour voir les ballons. Mais ça en valait la peine.

Je suis reparti en direction de chez moi (à pied) vers 3h du matin.

(samedi)

La Nuit blanche : a priori

De façon générale, je trouve les initiatives de l'actuelle Mairie de Paris tout à fait excellentes, et la Nuit blanche me semble être une excellente idée (je veux dire, le principe de proposer diverses manifestations festives et culturelles tout au long de la nuit). Mais sur la programmation effective, je trouve un peu à redire.

OK, peut-être suis-je un affreux ringard qui ne comprend rien à l'art moderne (pardon, l'art postmoderne, l'art contemporain ; l'art « post-contemporain », suis-je même tenté de dire). J'avoue même sans honte le pire : je préfère Michel-Ange aux impressionnistes, les impressionnistes à Van Gogh, Van Gogh à Picasso, et Picasso à Arp (bon, ce n'est pas systématiquement pire avec le temps non plus : j'aime mieux Magritte que Van Gogh, par exemple, mais je suppose que je passe encore plus pour un ignare en disant ça…). Ce n'est qu'un exemple, bien sûr : je veux dire que j'ai du mal à apprécier certaines formes de création artistique qui sont des siècles en avance sur là où mon pauvre cerveau en est resté ; je pense notamment à une artiste que j'avais vu je ne sais plus où et qui présentait fièrement une œuvre constituée de ce qui, pour moi, ressemblait sacrément à un alignement de pots de yaourt (en verre) vides ; l'artiste commentait : Oui, j'ai beaucoup travaillé sur le thème du corps humain, le corps déchiré, mutilé, la souffrance… — et moi je cherchais à comprendre le rapport entre les pots de yaourt et le corps torturé, enfin, bon, ça doit me dépasser, mais apparemment celui qui écoutait d'un air intéressé, lui, il comprenait.

Eh bien la Nuit blanche me fait un peu cet effet. Quand je lis le programme, la quasi-totalité des happenings proposés suscite en moi un « uh? » d'incompréhension.

C'est très bien de vouloir inciter les Parisiens à découvrir l'art, et en particulier l'art postcontemporain. Mais il faut comprendre que certains ne sont pas encore prêts à tout digérer et il y a peut-être un risque de les dégoûter, au contraire. Est-ce qu'il n'était pas possible de prévoir des choses un peu plus soft?

…Je crois que je vais aller au cinéma, ce soir.

(Friday) · German Unification Anniversary

Another gratuitous literary fragment

For no reason at all, I felt like writing this:

Hebert stood erect and looked at the horizon all around him. This was the place. He felt a surge of pride. This was the place, he thought. This unremarkable patch of ground in the middle of nowhere was the place. He had spent half of his life looking for it, and the nearly mystical sense of fulfillment now all but overwhelmed him. Empires could crumble to dust, dynasties could be forgotten after eons, but this place was the seat of all power and for all time—a magic all the more potent for the fact that it was no magic.

But whither next?

A little old man was coming up the hill, walking at a leisurely pace. And Hebert knew that all his hopes and all his fears were at once coming true.

(Freitag) · Tag der deutschen Einheit

Was ist am 3. Oktober 1990 geschehen?

Komisch, daß, als ich heute morgen aufgestanden bin, die erste Melodie, die mir durch den Kopf gelaufen ist, war die deutsche Nationalhymne. Ich hatte darauf überall nicht geachtet; aber ein paar Stunden später wurde ich—durch einen unwesentlichen Umstand—daran erinnert, daß heute der Tag der deutschen Einheit war. Sonst hätte ich es zweifellos auf das Datum nicht aufgepaßt (das für mich nichts Vieles bedeutet). Zufall, oder unterbewußter Prozeß? Zwar habe ich vor kurzem Good bye, Lenin! gesehen: das kann mein Gedächtnis belebt haben.

Frohen Feiertag!

(Friday) · German Unification Anniversary

The Blogger Code

We had the Geek code before: here comes the Blogger Code now. Interesting.

Except that they should be using XML (RDF, that is) instead of weird ASCII conventions to carry the data. 😉

(Friday) · German Unification Anniversary

XHTML or no XHTML?

Ian Hickson has written an interesting note on why not to use XHTML for the moment. He raises some very interesting issues. One of them is that the overwhelming majority of Web authors are hopelessly clueless and will just copy their HTML code from some other site or some poorly written book. Now when they start copying thinks like <?xml version="1.0" encoding="utf-8"?> and <!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> without understanding what it means, then we have problems. Also when they start writing <br /> when they should have written <br> or vice versa, because they haven't heard of XHTML or don't know the difference with SGML-based HTML. Hell will not break loose now, because existing Web browsers have been built to be very fault-tolerant, but it may break loose in the future.

So, my important advice to Web authors: if you don't want to write markup that validates (or if this all sounds Chinese to you), fine, but then make sure of one thing: don't include in your HTML code anything which contains the characters <? or the word DOCTYPE. Just don't. Unless you know exactly what they mean, that is, and are prepared to face the consequences. If you don't, what you're writing is known as a tag soup, and the correct way to start an HTML tag soup is with <html> (or perhaps <html lang="en"> or some such thing). If you start the document with <?xml version="1.0" encoding="utf-8"?> then you are promising well-formed XML, so you had better know what this means. If you include a line such as <!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> then you are promising markup that validates against a specific DOCTYPE, so you had better check that it does validate. If you aren't prepared to go through all that, then start with <html> and write tag soup, which just works.

Now why do I write XHTML when Ian Hickson quite rightly points out that it will bring me no advantage whatsoever (since it is served as text/html and not application/xhtml+xml)? Well, for one thing, my XHTML is valid: but the point of being valid is not that it makes the page any better per se, it simply helps me check for some basic mistakes that even using two-and-fourty different Web browsers wouldn't catch. But also, quite trivially, I find XHTML simpler to write than HTML4: writing <br> without ever closing the tag, for example, just seems wrong. And when the pages are computer-generated it's even more obvious: it is such a pain to write a program that will have to remember that the <br> tag may not be closed, for example, whereas in XHTML we simply close every tag, no questions asked.

(Thursday) · First Quarter

The beauty of fonts

I've mentioned my difficulties with Web fonts on this 'blog already. But fonts aren't only a cause of computer problems, they are also, in my opinion, an unjustly disregarded form of art. Well, perhaps not so unjustly: after all, the most successful font is maybe that which goes the most unnoticed. “Unobtrusive”, that's it: the font's role is to stay in the background, to appear unremarkable and banal (whereas it is, in fact, the work of years of craft in design). But once you start paying attention to them, since they are everywhere, fonts will jump to the eye and the whole printed world will seem different.

My favorite ones, I've already said this several times, are Optima and Univers; if you look at their samples, they will probably seem utterly uninteresting, sans serif fonts like any other ones. But Optima is actually the masterpiece, the result of years of patient work, by one of the great masters of the craft, Hermann Zapf (also the designer of Palatino and [Zapf] Chancery); and Univers made his author, Adrian Frutiger (whose Swiss birth is quite apparent in the font itself, some will point out), justly famous. I also have a certain fondness for Gill Sans and Perpetua, which both are by Eric Gill and reveal the same (rather pronounced, and ever so slightly “amateurish”) style, one without and one with serifs. But certainly the most successful fonts ever are Stanley Morison's Times and (another Swiss font!) Max Miedinger's Helvetica: assuredly the most inconspicuous of typefaces. (If you've heard the name “Arial” and wonder why I don't mention it, please read this article on Arial versus Helvetica to learn more about this fraud.)

It is unfortunate to see the way some people misuse fonts. The most annoying thing, in my eye, is when some misguided designer chooses a highly “stylish” face, thinking it can do only good, and falls miserably short; now if the most inconspicuous fonts are the most successful, choosing one which has flare is dangerous. One font that is very often abused is Arnold Böcklin (named after the painter), an art nouveau face that one frequently sees on store fronts or signs that attempt to look “old-fashioned” in some ill-defined sense; well, for one thing, this font is often used in all-caps, which is not at all the way it was meant. A shame.

If you find the topic interesting and would like to know more but don't know where to start, I can recommend a very good book: Typographic Specimens: The Great Typefaces by Philip Meggs and Rob Carter (available from Amazon.com). The book chooses 38 fonts among the most significant and successful ones in typography (namely: Akzidenz-Grotesk, American Typewriter, Baskerville, Bembo, Bodoni, Bookman, Caledonia, Caslon, Centaur, Century Schoolbook, Cheltenham, Clarendon, Didot, Folio, Franklin Gothic, Frutiger, Futura, Galliard, Gill Sans, Garamond, Goudy Old Style, Helvetica, Janson, Kabel, News Gothic, Optima, Palatino, Perpetua, Plantin, Sabon, Serifa, Stone Sans, Stone Serif, Stymie, Times New Roman, Trump Mediaeval, Univers and Zapf Book), and, for each one, provides a concise description and a comprehensive sample. This is a very nice place to start learning about fonts in general and how to recognize them: you'll soon notice that nearly every printed document (book, magazine, whatever) uses fonts from the list selected by Meggs and Carter, and it's a great fun to learn to spot the small differences that tell the typefaces apart and recognize the exact font that was used here or there.

My own interest in character faces started some fifteen years ago: a children's magazine (Okapi) that I used to read had an article on the history of the movable type, and included some samples of four remarkable typefaces, namely Didot, Times, Futura and Univers. I was fascinated. The same text was printed four times, but the differences leapt to the eye. And I learned to recognize the obvious and the not-so-obvious features of each of these fonts. (Given the choice they had made, it was a child's play, indeed, to tell them apart.) The magazine was mostly set in Futura, which I rather liked, but I decided I liked Univers even better. Even the names fascinated me: “Futura”, “Univers”—how evocative (especially for an SF fan)! Many years later, as I passed by the metro station Saint-Jacques, in Paris, I had a flash of recognition: that name is set in the Univers font, I thought—and indeed, it is. (Not such a remarkable feat, really: the capital ‘Q’ of Univers is extremely characteristic.)

(jeudi) · Premier Quartier

Contrôle d'identité

Je retransmets cette URL qu'on m'a communiquée et que je trouve assez instructive : sur les contrôles d'identité (en France). (De manière générale, vosdroits.service-public.fr est très utile.)

J'ai la peau bien claire : ça m'attire certes des coups de soleil, mais ça m'évite en général les contrôles d'identité. Enfin, je n'en sais rien, en fait, je ne sais pas avec quelle fréquence un type qui n'a pas le profil « bon petit français de souche » se fait demander sa carte d'identité en moyenne, mais moi ça ne m'est arrivé qu'une fois dans ma vie (à la gare d'Orsay : ils contrôlaient manifestement tout le monde ; j'aurais d'ailleurs dû protester parce que légalement il faut une raison, mais je n'avais pas envie de faire le malin et je n'avais aucune raison de ne pas montrer ma carte). Hum, peut-être pas « bon petit français de souche », en fait : il m'est arrivé déjà trois fois de me faire demander par des inconnus dans la rue de quelle origine j'étais, il faut croire que je suis trop blond pour passer pour un hexagonal. Pourquoi je raconte toutes ces conneries sans intérêt, moi, d'ailleurs ?

(mercredi)

Mais pourquoi suis-je aussi tendu ?

Depuis hier soir, ça n'arrête pas d'empirer, et je ne sais pas pourquoi. Je ne comprends pas pourquoi je ressens une immense anxiété, alors que je n'ai pas de raison particulière d'être anxieux (enfin, pas spécialement plus aujourd'hui qu'il y a trois jours, une semaine ou un mois). Je viens de prendre ma tension : 135\80mmHg (pouls à 70/min) — et encore, ça c'est après m'être détendu autant que je pouvais — même si c'est loin d'être affolant, je trouve que c'est trop (en tout cas c'est significativement au-dessus de ce que je mesure d'habitude, plutôt dans les 115\70mmHg).

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