This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.
Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.
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What follows are the entries of 2003-10. For latest entries, see here.
Ce qui suit sont les entrées de 2003-10. Pour les dernières entrées, voyez ici.
2003-10-31 (Friday) · Halloween
[Traduction française ci-dessous.]
Don't try to solve this one without a computer:
Mr Magic says,
I'll secretly choose two integers between 2 and 3000, and I'll tell their sum to Steven and their product to Peter, and, of course, does so. Peter comments,I don't know what the two integers are. Steven remarks,yeah, I knew that. Whereupon Peter says,oh? well now I know what they are. And immediately Steven says,now so do I. Mr Magic then asks Alice (who was also listening to the conversation),do you know what the two numbers are?, and Alice answers,of course not. So Mr Magic tells Alice the smaller of the two integers. And Alice replies,now I know what the other one is.What are the two numbers?
This is a sick—pervert—problem if I ever heard one. (I'm not sure I should call this mathematics, either, though there is certainly some mathematical ground here, and it requires logical reasoning; but there is no theory behind it, as far as I can see.) Yet it can be solved (by brute force, as it were). In case you'd like to know, the answer (click here to reveal it if it is invisible) is . But the problem itself isn't so much interesting as the pattern. For example, the following problem is much clearer (and you definitely don't need a computer to solve this one):
Mr Magic announces,
I'll roll two (ordinary, six-sided) dice in secret, and tell the smaller of the two figures (between one and six) to Minnie and the larger to Max, and he does so.The sum of the two numbers is neither six nor eight, he also says. Max remarks,I don't know what Minnie's number is. Minnie replies,I knew that. Then she adds:now do you know my number?; to which Max replies,yes. And Minnie says,then I know yours.What are the two numbers?
Just follow the reasoning with pencil and paper: when it is done right, it is child's play. The answer (click here) is . I find much more elegance in this simpler problem than in the original one. But the basic logic is the same. (On the other hand, I did spend a tremendous amount of time coming up with a situation where every reaction would be more or less natural, which wasn't too gory to explain or too trivial to solve, etc. If you think it's easy, just try it for yourself!)
[French translation of the above.]
N'essayez pas de résoudre ce truc sans ordinateur :
M. Magie dit,
je vais secrètement choisir deux entiers entre 2 et 3000, et j'en dirai la somme à Stéphane et le produit à Pierre, et, bien sûr, il le fait. Pierre observe,je ne sais pas quels sont les deurs entiers. Stéphane remarque,ouais, je le savais. Sur quoi Pierre dit,ah ? eh bien maintenant je sais ce qu'ils sont. Et immédiatement Stéphane dit,maintenant moi aussi. M. Magie demande alors à Alice (qui écoutait aussi la conversation),savez-vous quels sont les deux nombres ?, et Alice répondbien sûr que non. Alors M. Magie donne à Alice le plus petit des deux entiers. Et Alice répond,maintenant je sais quel est l'autre.Quels sont les deux nombres ?
Voilà un problème cinglé — pervers — si j'en ai jamais vu. (Je ne suis pas certain que j'appellerais ça des maths, non plus, même s'il y a assurément des bases mathématiques là, et cela exige un raisonnement logique ; mais il n'y a pas de théorie derrière, pour autant que je voie.) Pourtant, il peut être résolu (par force brute, en tout état de cause). Si vous voulez savoir, la réponse (cliquez ici pour la révéler si elle est invisible) est . Mais le problème en lui-même n'est pas aussi intéressant que le motif. Par exemple, le problème suivant est beaucoup plus clair (et vous n'avez assurément pas besoin d'un ordinateur pour résoudre celui-ci) :
M. Magie annonce,
je vais jeter deux dés (ordinaires, à six faces) en secret, et dire le plus petit des deux chiffres (entre un et six) à Minnie et le plus grand à Max, et il le fait.La somme des deux nombres n'est ni six ni huit, dit-il encore. Max observe,je ne sais pas quel est le nombre de Minnie. Minnie réplique,je le savais. Puis elle ajoute :maintenant, sais-tu quel est mon nombre ?; ce à quoi Max répond,oui. Et Minnie dit,alors je sais le tien.Quels sont les deux nombres ?
Suivez juste le raisonnement avec papier et crayon : quand on le fait correctement, c'est un jeu d'enfant. La réponse (cliquez ici) est . Je trouve beaucoup plus d'élégance dans ce problème plus simple que dans l'original. Mais la logique de base est la même. (D'un autre côté, j'ai effectivement perdu un temps fou pour trouver une situation où chaque réaction serait plus ou moins naturelle, qui ne soit ni trop pénible à décrire ni trop triviale à résoudre, etc. Si vous croyez que c'est facile, essayez par vous-mêmes !)
2003-10-30 (jeudi)
Il est 6h du matin (2003-10-31T06:00+0100, mais je date cette entrée du 30 parce que, justement, je n'ai pas dormi, donc c'est plutôt 2003-10-30T30:00+0100) et je voudrais bien dormir. Seulement, si je me couche maintenant, je me lèverai vers 15h : or je dois absolument aller à la fac (à Orsay, je veux dire) le matin, pour remplir un papier qu'une secrétaire a oublié de me faire signer et pour récupérer les copies du partiel de DEUG que je dois corriger pour le début de la semaine prochaine. Je préfère encore ne pas me coucher que faire une « nuit » de deux ou trois heures. L'ennui, c'est que je ne pense qu'à dormir : je n'arrive plus à faire quoi que ce soit, là ; raconter des bêtises (comme ceci) sur mon 'blog, ça va encore, même écrire un truc sur le calendrier (mais c'est pour ça que je suis encore debout à cette heure-ci !) ça va aussi parce que ça ne demande pas vraiment d'effort intellectuel tant que je continue sur ma lancée. Mais les cinquante mille choses que je devrais faire depuis longtemps (genre, traiter mes mails en retard), je suis incapable de les faire, là ; je n'aurais même pas le courage de faire la vaisselle. Pfiou. Je voudrais dormir.
Alors je vais faire un aller-retour Orsay au pas de course, ce qui va me prendre trois heures à peu près, et puis je vais rentrer et me coucher illico, pour me réveiller à je ne sais quelle heure. Quelle connerie !
2003-10-30 (Thursday)
Well, I started writing a new Web page about the calendar (which should complete my earlier page about time). It's still far from being finished. But maybe I can finally get those memes out of my way. As usual, I start by thinking I have only a few things to write (I even considered making it an entry in this 'blog), and I discover that I can type on and on for hours and still not get through a quarter of what I wanted to say. But as it's nearly 6AM, I think I'll have to stop for now. (And I intended to go to bed early tonight. ***Sigh***.)
Incidentally, I'm disappointed to find that my pocket calendar
(datebook, diary, whatever) does not give the computus of the year
(you know, the obscure fine print which is found on every traditional
calendar: 2004 – Dominical letter D/C – Roman indiction
12 – Golden number 10 – Epact 8
). Sic transit gloria mundi.
2003-10-30 (Thursday)
[Traduction française ci-dessous.] Usually when I start using an Internet protocol, I try to learn something about its modus operandi. So I can more or less grok HTTP, FTP, SMTP, NNTP, IRC and so on, and I've hand-decoded some TCP segments and IP datagrams (and Ethernet frames). This is useful when it comes to debugging errors on the protocol level. But I had decided I'd make an exception for ICQ: I don't wish to learn anything about the gory technical details of how ICQ works, for once, I'd like to just use it. Which means I'm totally clueless beyond the basic interface offered me by my client, Licq: I don't know why I get these “authorization requests” from time to time, nor why some people in my contact list are displayed in yellow (rather than the usual blue when on online, green when not available, and red when offline), nor why some people occasionally appear as their UIN and occasionally as their nickname; and I don't know whether the contact list is stored client-side, server-side or part both; and I really don't care. But it seems I may have to care: I tried switching from Licq to Gaim, and, of course, the client immediately died (segfaulted) when connecting to the server, so I had to look into the problem; these programs are excruciatingly painful to debug, but I managed to track the problem (for which I submitted a bug report) down to the ICQ server sending an invalid string, which the client assumed had to be properly encoded utf-8 (and it was not), when it should have sent the decimal representation of a number (the UIN of one of my contacts): I have no idea why—but if I am to find out more, I'll probably need to learn more about ICQ. Shit.
[French translation of the above.] D'habitude quand je me mets à utiliser un protocole de l'Internet, j'essaie d'apprendre quelque chose de son mode de fonctionnement. Donc je peux plus ou moins parler le HTTP, FTP, SMTP, NNTP, IRC et ainsi de suite, et j'ai déchiffré à la main des segments TCP et des datagrammes IP (et des trames Ethernet). C'est utile quand il s'agit de débugguer des erreurs au niveau protocole. Mais j'avais décidé de faire une exception pour ICQ : je ne veux pas apprendre quoi que ce soit des détails techniques pénibles sur comment ICQ fonctionne, pour une fois, je voudrais juste l'utiliser. C'est-à-dire que je suis totalement incompétent au-delà de l'interface la plus basique que me fournit mon client, Licq : je ne sais pas pourquoi j'ai des « authorization requests » de temps en temps, ni pourquoi certaines personnes dans ma liste de contacts sont affichées en jaune (plutôt que l'habituel bleu quand en ligne, vert quand indisponible et rouge quand hors ligne), ni pourquoi des gens apparaissent à l'occasion sous leur UIN et à l'occasion sous leur nick ; je ne sais pas si la liste des contacts est stockée côté client, côté serveur ou en partie les deux ; et je n'en ai rien à faire. Mais on dirait que je vais devoir en avoir à faire : j'ai essayé de passer de Licq à Gaim, et, bien sûr, le client est mort immédiatement (il a segfaulté) en se connectant au serveur, donc j'ai dû chercher à en savoir plus sur le problème ; ces programmes sont incroyablement pénibles à débugguer, mais j'ai réussi à remonter le problème (pour lequel j'ai soumis un bug report) au fait que le serveur ICQ envoyait une chaîne invalide, que le client supposait devait être de l'utf-8 proprement encodé (ce n'était pas le cas), quand il aurait dû envoyer la représentation décimal d'un nombre (l'UIN d'un de mes contacts) : je n'ai aucune idée de pourquoi — mais si je cherche en apprendre plus, je vais probablement devoir en apprendre plus sur ICQ. Merde.
2003-10-30 (jeudi)
Je vais quand même raconter ce que
j'ai pensé de ce dernier Woody Allen. Les dialogues sont vraiment
excellents, il y a régulièrement des blagues comme seul il sait les
faire, et peut-être même meilleures que d'habitude. J'étais tout le
temps en train de rire à haute voix (les autres gens dans la salle ont
dû me détester, même si certains riaient aussi pas mal). Les deux
lignes qui m'ont le plus plié c'est d'une part quand le héros demande
à(u personnage interpété par) Woody Allen, Do you
know anything about psychoanalysis?
(ou quelque chose comme ça, je
n'ai pas mémorisé le texte exact) — is the pope
a catholic? — et d'autre part le dialogue I
think I'll shoot myself! — How middle-class!
. J'étais aussi
content de l'intrigue, qui est rigolote en elle-même. En revanche,
j'ai deux griefs notables. Primo, des situations étaient quand même
vraiment excessives et ça tournait à la farce un peu facile, notamment
toutes celles qui mettaient en jeu l'agent du héros (et surtout la
scène où ce dernier — léger spoiler ahead — lui annonce
qu'il ne va pas reconduire son contrat). Secundo, le jeu des acteurs
m'a semblé souvent vraiment forcé, on avait l'impression d'entendre du
théâtre filmé tellement ils poussaient leur voix. Je sais que Woody
Allen, en jouant, a un peu tendance à faire ça, mais ça va bien avec
son personnage : le problème c'est qu'ici (et c'est la première fois
que je remarque ça dans un de ses films) j'avais le sentiment que tous
les acteurs tombaient sur le même défaut. Pénible.
Mais globalement je conseille ce film, même si ce n'est peut-être pas son meilleur.
2003-10-29 (mercredi)
Is this the author of the 'blog that launched a thousand comments?
Nul — c'est ce que j'ai été. Absolument pathétique.
Je ne sais plus qui faisait cette remarque qu'il ne fallait peut-être pas essayer de rencontrer dans la Vraie Vie® les gens qu'on connaît virtuellement (notamment ceux dont on lit le 'blog) parce qu'on ne peut être que déçu : j'avais été assez agacé de cette remarque, parce que, pour moi, rencontrer des gens en vrai est une source d'énergie dont je ne peux pas me passer, mais je la comprends mieux maintenant. Enfin, je ne sais pas ce qu'ont pensé de moi les deux lecteurs qui m'ont rencontré ce soir, je ne sais pas s'ils ont eu pitié de moi ou s'ils n'avaient aucune attente ou quoi ; mais moi, en me voyant, j'étais à la fois effondré et hilare.
Ce n'est pas que je considère qu'il soit une obligation de faire
bonne conversation, de prouver ma mondanité, de débiter des
mots d'esprit. Je n'aime pas avoir l'impression de me produire en
spectacle (car c'est le sentiment que j'ai parfois ; et dans ce
registre je pourrais dire, ici, je me suis pris un bide
, le
trou, le néant complet). Cependant, si j'invite des gens à me tenir
compagnie, ce n'est pas pour leur imposer ensuite des moments
embarrassants de vide intersidéral, ce n'est pas leur servir une
compagnie aussi intéressante que celle d'un moine trappiste qui aurait
une extinction de voix. (Quand on connaît bien les gens, on apprend à
ne plus être gêné des blancs dans la conversation, même s'ils sont
longs. Mais cela demande une certaine habitude.) Je ne peux donc que
présenter mes plates excuses pour la pauvreté de ma prestation.
Heureusement, M. Allen, lui, était au rendez-vous, et nettement plus disert et
witty.
Je pourrais me trouver des excuses, évidemment. Dire que j'étais mal à mon aise à rencontrer des gens que je ne connaissais pas (argument bien faible : c'est moi qui l'ai voulu ; et d'ailleurs je me suis connu moins nul en semblable circonstance, il me semble). Noter qu'il n'est pas évident de parler à des gens dont j'ignore à peu près tout (surtout quand la réciproque est beaucoup moins vraie). Observer que Woody Allen a de tellement bons mots qu'il est vraiment difficile de parler avant ou après lui. Tout cela est vrai, mais peu pertinent. J'aurais peut-être proposé de boire un verre quelque part après le film, pour déglacer l'ambiance, mais le temps qui passe (minuit et demi) et le temps qu'il fait (un petit crachin qui n'incite qu'à rentrer chez soi) m'en ont découragé. Bref, sentiment d'un échec lamentable.
Et je suis d'autant plus désolé d'avoir fait si mauvaise figure que les deux garçons en question m'ont, eux, donné une très favorable impression (de façon certes bien différente). Simplement, quand, dans un trio, un des instruments ne connaît pas sa partie, on ne peut rien faire.
So sorry!
2003-10-29 (mercredi)
J'irai voir Anything Else ce soir à la séance de 22h05 à UGC Ciné-Cité Bercy. Le rendez-vous est fixé à 21h50 (that's 2003-10-29T21:50+0100) devant le cinéma (niveau inférieur). Toutes les personnes qui veulent m'y rejoindre sont les bienvenues (mais à elles de me reconnaître ! il y en a déjà deux qui se sont dénoncées).
2003-10-28 (mardi)
Les films que je compte voir parmi les sorties prochaines :
Si des gens veulent me tenir compagnie, ils sont invités à se manifester.
2003-10-27 (lundi) · Ramadan 1, 1424
On me signale que l'émission Vis ma vie sur le tournage duquel je m'étais retrouvé
comme figurant (il y a cinq mois) va passer demain soir sur TF1 (je cite Télérama :
Daivy, un jeune parisien qui partage un appartement avec quatre
colocataires, reçoit Christophe, très épris de solitude. Daivy a deux
jours pour convertir Christophe à son mode de vie
). Bon, il y a
fort peu de chances pour que j'apparaisse à l'écran (ou en tout cas
plus que quelques secondes). De toute façon, les gens bien ne
regardent pas TF1, n'est-ce pas ?
Mais
ce n'est pas tant le point : j'étais à cette soirée et je voudrais
voir quelle impression déformée elle donnera sur le petit écran (et je
serai au passage curieux de savoir si l'émission va juger utile de
signaler que quelque chose comme les deux tiers des protagonistes
filmés sont homos).
2003-10-27 (lundi) · Ramadan 1, 1424
J'étais membre d'une assemblée parlementaire quelconque. Très nombreuse (nous devions être largement plus de mille). Très jeune aussi (et comprenant plein de gens que je connais plus ou moins pour des raisons différentes). L'ambiance était un peu folle : le genre d'ambiance qui caractérise les moments historiques que vivent les pionniers où we will tread bravely where no man has trodden before; peut-être un peu à la façon de 1789. Les ressources étaient faibles, aussi : notre hémicycle ressemblait plus à un amphi de fac qu'à un temple républicain, et nous avions devant nous des tables comme on en trouve dans les salles de classes. Il n'y a pas de partis ni de places réservées — tout le monde s'asseoit où il peut.
Un rapporteur présente une proposition de loi visant à soumettre à l'impôt sur le revenu un certain type de compte rémunéré qui y échappait jusqu'à présent. Cette proposition me convient et je résous de voter pour. Le président de séance décide une brève interruption des débats avant les explications de vote. J'en profite pour aller parler avec le rapporteur et demander à voir le texte complet. Et là je découvre que la proposition contient également un appel à une manifestation pour protester de façon plus générale contre le fait que certains comptes bancaires ne sont pas imposés. Je suis consterné. J'essaie d'expliquer à mon collègue qu'on ne doit pas mettre dans un texte de loi un appel à manifester, ce n'est tout simplement pas l'endroit pour ça. Il se met en colère, me considère comme un pinailleur formaliste, m'accuse de ne pas voir l'importance de sa manifestation. J'essaie de lui dire que ce n'est pas contre cette manifestation que j'en ai, et qu'au contraire je suis tout à fait d'accord avec lui sur le fond, mais que c'est la forme qui me déplaît. Il me dit qu'il est essentiel que son appel de la plus haute importance soit entendu. Je lui propose de faire voter dans ce cas la création d'une tribune de libre expression des députés au Journal Officiel et de publier là son appel mais de le retirer de la proposition de loi. Il me regarde comme si j'étais un demeuré et ne répond pas. Désemparé, je lui annonce que dans ce cas, à mon immense regret je devrai voter contre sa proposition.
Le rêve se termine là, au moment où la séance reprend : je vais voir le président pour demander à prendre la parole au moment des explications, je me rassois (à une autre place, parce que ma place est occupée, et je fais connaissance avec mes nouveaux voisins, je leur explique brièvement le problème), et je me réveille — à moins que mon rêve ne parte dans une autre direction.
Je n'ai pas besoin de souligner l'aspect surréaliste, le mélange complètement bizarre entre le plausible et l'incongru : tous les rêves sont comme ça. Ce qui me paraît le plus significatif, c'est cette conversation et cette incompréhension entre moi et le rapporteur du texte de loi : j'ai effectivement vécu assez souvent des situations pénibles de la sorte, où j'essaie de faire comprendre à quelqu'un que je suis d'accord avec lui sur le fond mais que les moyens ou les formes qu'il se propose d'employer me semblent inadmissibles ou tout simplement inappropriées, et où mon interlocuteur refuse de comprendre à quel niveau se situe mon objection, refuse de discuter sur les formes, soutient obstinément que sa cause est tellement importante que tous les moyens sont bons pour arriver à son but, et considère que si je ne suis pas avec lui je suis forcément contre lui. Et moi je me demande si je ne suis pas un pinailleur qui pour le simple respect des formes et des principes vais m'opposer à quelque chose d'autrement plus important.
2003-10-26 (dimanche) · Passage à l'heure d'hiver
— Qu'as-tu fais aujourd'hui, dis-moi, David ?
— Ben, euh… Pas grand-chose…
— Et pourquoi ça ?
— Parce que j'ai glandouillé devant mon ordinateur…
— Ah. Et tu en as profité pour rédiger des choses pour ta thèse, évidemment ? Ou as-tu entamé l'écriture d'une œuvre littéraire riche et personnelle ? Ou peut-être t'es-tu livré à des réflexions profondes qui vont changer la face du monde ? Ou au moins as-tu tapé quelque petit texte utile et productif ?
— Pas vraiment…
— Alors tu as traité tes mails en retard ? Répondu à tous ces gens qui attendent depuis des jours ou des semaines que tu leur écrives ?
— À vrai dire… j'ai flâné sur le Web et puis j'ai bavardé sur IRC.
— Dis, tu n'avais pas pris une grande décision hier ?
— Ben, euh… Mais je n'ai pas passé toute ma journée devant l'ordinateur ! J'ai regardé la télé, aussi. Et puis je suis allé au cinéma (bon, d'accord, c'était un film pas très intéressant). Mais au moins je suis sorti.
— Ah, tu es sorti ! Et tu en as profité, alors, pour écumer les endroits chauds de la capitale, pour afficher ton charme irrésistible, pour draguer, quoi, et pour te trouver un mec ?
— Euh, non. Je me suis promené un peu, j'ai bu…
— Tu as bu ? Tu es entré dans un bar ?
— Oui euh non : j'ai bu un Yop vanille que j'ai acheté chez un Arabe en sortant du ciné.
— Argh !
— Ben quoi ? Au moins tu n'as pas à me reprocher de m'être vautré dans le stupre et la fornication.
— Rassure-toi, ce n'est pas pour empêcher ce risque-là qu'on m'a engagée. Bon, et à part ça ?
— Euh… Ben rien… On était dimanche, on ne peut rien faire, le dimanche : tout est fermé.
— C'est exagéré, mais ce n'est pas faux. Mais chez toi, tu pouvais travailler : finir les calculs d'éclatement qui traînent depuis un moment, ou corriger les copies des devoirs maison de tes étudiants de DEUG.
— Heu… Je n'aime pas travailler le dimanche.
— Tu as quand même posté le courrier au service du personnel de l'Université (pour qu'il parte demain au plus tôt) pour pouvoir enfin être payé ? Tu as envoyé ta taxe d'habitation ? Tu as fait le ménage chez toi ?
— Bah non.
— Bon, soit. Tu n'as rien fait. Tu vas donc te coucher tôt et te lever de bonne heure demain matin.
— Ben c'est qu'il est déjà 4h du matin passé.
— Et pourquoi tu ne vas pas te coucher tout de suite, dans ce cas ? Tu tombes de sommeil !
— Je ne peux pas, il faut que je finisse de rédiger une entrée dans mon 'blog. Une conversation avec ma conscience…
Petite annonce : Suite vacance poste cause suicide, cherche conscience humaine, pour travail à mi-temps. Débutantes acceptées. Rémunération incertaine. Conditions difficiles. S'adresser au 'blog, qui fera suivre.
2003-10-26 (dimanche) · Passage à l'heure d'hiver
On dit parfois que le changement d'heure est mauvais parce qu'il perturbe les cycles biologiques naturels en forçant les hommes (et les animaux) à décaler leurs activités. C'est parfaitement faux : la preuve, aujourd'hui je me suis levé à 13h (2003-10-26T13:00+0100) comme d'habitude, sans faire le moindre effort particulier pour me réveiller plus tard. C'est dire si cela vient naturellement !
2003-10-25 (samedi) · Nouvelle Lune
Demain, je vais faire autre chose que rester toute la journée devant mon ordinateur.
2003-10-24 (vendredi) · Nouvelle Lune
Il est 4h du matin et voilà que la question suivante — dont la profondeur et la gravité ne manquera pas de vous frapper — me taraude les méninges : quel effet est-ce que ça ferait de plonger dans une piscine dont l'eau aurait été remplacée par des moyeux (enfin, la pièce en carton centrale, je ne sais pas comment on doit l'appeler) de rouleaux de papier hygiénique, entassés pêle-mêle jusqu'à remplir le bassin ?
2003-10-24 (vendredi)
Qui suis-je ? C'est une question qui me revient périodiquement à l'esprit. Dans un sens non métaphysique mais bêtement culturel (et « identitaire »).
Prenons l'exemple de la nationalité ou de l'origine ethnique : beaucoup de gens se servent de cette base pour se construire une identité, soit parce qu'ils sont fiers de « leur » pays, soit parce qu'ils sont fiers de leurs origines dans un pays d'adoption. Et moi, que suis-je ? Je suis Français et je vis en France ; mais je n'ai pas d'attachement particulier à la France en tant que pays : je l'aime simplement parce que c'est là que se trouvent la plupart de mes amis, et c'est à eux que je suis attaché, et non à elle. Je ne vibre pas spécialement en entendant La Marseillaise ou en voyant flotter les couleurs nationales ; et à la limite j'ai encore plus d'attachement pour la République française (qui a tout de même certaines lois dont je ne suis pas trop mécontent) que pour la France-idée-immortelle. La seule langue que je parle (et que j'écris) assez correctement, c'est le français, et je doute que j'arrive dans mon temps de vie à en maîtriser parfaitement une autre (même l'anglais), mais ça ne me donne pas un amour particulier pour le français : toutes les langues ont leur beauté, parfois je sais la reconnaître en lisant, parfois je ne vois que la beauté formelle de l'écriture, mais je ne crois pas à la supériorité de telle ou telle langue dans la mosaïque de Babel (ou d'Unicode…). Mon père, d'ailleurs, parle à peu près également l'anglais, le français et l'allemand, mais aucune de ces langues parfaitement (il vit en France depuis maintenant presque quarante ans, mais continue à commettre des fautes de français, même si sa prononciation, elle, est parfaite ; il voyage régulièrement en Allemagne, et comme il fait beaucoup plus d'efforts pour apprendre l'allemand que pour le français, comme il lit énormément en allemand, il possède à peu près aussi bien la langue de Goethe que celle de Molière ; quant à l'anglais, qui est sa langue maternelle, il en a beaucoup oublié, faute de pratique). J'ai une culture largement française (même s'il s'y greffe des éléments étrangers surtout anglo-saxons) ; mais je considère que c'est plus un hasard que quelque chose qui me définit vraiment.
Et qu'en est-il du Canada ? J'ai la nationalité canadienne car mon père l'a (même s'il est aussi Français, maintenant), mais je n'ai vécu au total qu'un an et quelques mois au Canada. J'y ai appris à parler (relativement) l'anglais, j'y ai regardé Sesame Street quand j'étais petit, ainsi que The Wizard of Oz, j'y ai même fêté Thanksgiving et Halloween; mais est-ce que je peux vraiment me considérer comme Canadien ? je n'en ai pas l'impression. Si je me lève quand on chante God Save the Queen, c'est par plaisanterie.
À l'intérieur de la France, je n'ai pas d'identité régionale claire. Les Bretons revendiquent souvent leur identité de Bretons, les Corses de Corses, etc. Mais je suis né à Paris (dans le 13e arrondissement, où j'habite d'ailleurs, même pas à Montmartre où il peut y avoir une identité de « poulbot »), j'ai grandi à Cassis (près de Marseille) et surtout à Orsay (en banlieue parisienne) ; ma mère est née à Sannois (aussi en banlieue, mais au nord), la famille de son père vient du Centre, celle de sa mère vient de Lorraine. Bref, je suis un pur produit, sans identité, du melting-pot francilien.
À la rigueur je peux me sentir Européen. La construction de l'unité européenne, cela me semble une grande et noble idée ; il est dommage qu'elle se fasse surtout, pour l'instant, par la monnaie (l'euro), mais c'est déjà quelque chose. Cependant, tellement de choses restent à faire ; et si j'arrive assez facilement à me sentir proche des Allemands, des Italiens, des Espagnols, des Hollandais, ce m'est beaucoup plus dur pour les Polonais, ou d'ailleurs les Grecs (je veux dire, les Grecs d'aujourd'hui) : réactions complètement irréfléchies, et que je ne prétends pas justifier, mais qui n'en existent pas moins.
Je n'ai pas non plus d'identité religieuse. Je suis moi-même
athée. Personne dans ma famille proche (même par alliance) n'est ni
juif ni musulman. Ma mère a été baptisée dans la foi catholique, mais
elle n'y a jamais vraiment cru, et ça fait plus de quarante ans
qu'elle a clairement quitté l'Église ; même sa mère n'a jamais
vraiment pratiqué. Mon père est d'origine protestante (un de ses
oncles était pasteur, d'ailleurs), mais lui aussi est athée depuis sa
jeunesse, et son père était plutôt agnostique. Mes parents se sont
mariés à l'église pour faire joli, mais ils ne m'ont pas fait baptiser
(m'épargnant ainsi le souci de faire acte d'apostasie). En même
temps, je ne vois pas dans le fait d'être athée un élément d'identité
(pas plus que dans le fait de ne pas croire aux éléphants roses,
disons) ; je n'ai juste pas besoin de concevoir un Dieu pour donner un
sens à ma vie ou pour me fonder une éthique, et il m'importe peu de
savoir si les autres gens font ou non cette hypothèse. Une des seules
circonstances où je me rappelle spécialement que je suis athée, c'est
lorsque j'entends, par exemple un musulman (je ne sais pas pourquoi,
j'ai déjà entendu ça un certain nombre de fois avec un musulman,
beaucoup plus rarement avec d'autres religions) dit quelque chose
comme, vous autres, que vous soyez catholiques, ou protestants, ou
juifs
, et j'ai envie de lui signaler que tout le monde n'a pas une
religion, que ce serait sympa de ne pas reléguer les agnostiques et
athées à la poubelle des énumérations. (Bon, pour essayer de marquer
le coup, j'évite de dire « mon Dieu » : je dis « par Zeus » à la
place. Je dis aussi « avant l'ère commune » au lieu de « avant
Jésus-Christ », mais ça c'est plutôt pour une question d'exactitude
historique, Jésus étant sans doute né autour de l'an 4 avant l'ère
commune.)
Quelqu'un me racontait qu'un clacissite de ses amis, parlant de la
bataille de Marathon, tellement imprégné de culture classique, s'était
exclamé, mais c'est nous qui l'avons gagnée
. Je
trouve cette histoire très belle. Malheureusement je parle trop mal
le grec, barbare que je suis, et je suis incapable de courir 42195m,
je n'aurai donc pas le culot de revendiquer l'identité d'Athénien.
Je n'ai pas vraiment d'identité politique non plus. Je suis plus proche des sociaux-démocrates que d'autre chose, mais en même temps les questions que je trouve politiquement les plus importantes sont rarement celles que les hommes politiques abordent, et vice versa. Les libéraux me considèrent comme un odieux étatiste parce que je crois qu'une sécurité sociale forte est une bonne chose, et les antimondialistes comme un odieux droitiste parce que je ne suis pas spécialement révolté par la mondialisation (ni par la pub).
On me souffle que je suis au moins trois choses : mathématicien,
geek, et homosexuel. Moui. Mais être mathématicien me relie aux
mathématiques, pas aux autres mathématiciens : si j'ai une certaine
affinité pour certains d'entre eux, je reste convaincu que c'est un
métier solitaire, et je ne peux pas imaginer mettre
mathématicien dans mon identité. Geek, c'est quelque chose que
je suis un peu malgré moi ; quelque chose dont on ne sait pas
exactement ce que ça veut dire, au juste, d'ailleurs. Et dans
« homosexuel » il y a « sexuel », donc ce serait un peu déplacé de ma
part de le revendiquer comme identité. ![]()
Oh, je suis encore plein d'autres choses comme je le disais il y a un mois : masculin, humain, mammalien… Mais ce ne sont pas exactement des identités culturelles.
Il ne faut pas chercher à tout prix à se coller des
étiquettes
, me dira-t-on enfin. On m'a même soutenu très
sérieusement que j'avais un devoir d'être moi. Ho hum. Je ne sais
pas si ça m'emballe, tout ça. Je n'ai pas demandé à être moi, moi !
Et je ne sais pas si c'est spécialement intéressant. D'ailleurs je
raconte vraiment des âneries, là, alors je vais arrêter.
2003-10-23 (jeudi)
Imaginez qu'un dieu vous accorde l'étrange faveur suivante : le pouvoir de changer à volonté votre esprit — c'est-à-dire votre tempérament, votre caractère, vos goûts, vos envies, votre façon de réfléchir, votre mémoire, etc. Et ce, autant ou aussi peu que vous le voulez. (Mais pas vos perceptions sensorielles directes.) Vous pouvez vous rendre courageux, résolu, intelligent, généreux, honnête, calme, ce que vous voudrez (et si vous avez peur de faire ça d'un coup, vous pouvez opter pour une transition graduelle sur la durée que vous voudrez) ; vous pouvez vous mettre à aimer les choux de Bruxelles ou les salsifis, ou à ne plus aimer le chocolat ; vous pouvez devenir hétérosexuel, homosexuel, bisexuel ou pas sexuel du tout, vous pouvez choisir de tomber follement amoureux de celui/celle qui vous poursuit depuis des années et que vous avez toujours éconduit ; vous pouvez vous rendre amnésique, ou sélectivement amnésique, ou vous créer des souvenirs factices quelconques ; vous pouvez même décider de devenir débile mental et perpétuellement heureux, ou de vous supprimer absolument toute envie, ou encore de simuler l'effet émotionnel (mais pas d'éventuelles hallucinations) de n'importe quelle drogue connue. Vous pouvez évidemment décider de ne pas vous servir de ce pouvoir. Si vous êtes tenté de l'utiliser et que vous craignez de céder à la tentation, vous pouvez, dans un effet délicieusement « selfref » vous en servir pour supprimer cette tentation à l'avenir. Bref, les possibilités sont vastes. (Mais pas infinies : on ne vous offre pas la possibilité de vous faire croire absolument n'importe quoi, sans quoi ce serait à peu près équivalent à se donner l'omnipotence.)
Quel usage feriez-vous de ce pouvoir ? C'est une question, bien sûr, à laquelle il n'y a pas de « bonne réponse ». Si je la pose, c'est parce que la question de l'usage à faire de la toute-puissance « extérieure » est souvent posée (d'ailleurs…), mais beaucoup plus rarement on envisage la toute-puissance « intérieure » que j'évoque ici.
J'avais développé une sorte d'ésotérisme de toile de fond pour mes romans de heroic fantasy sur la base de trois principes : le pouvoir, la volonté et la connaissance (symbolisés par les anneaux borroméens). Maintenant, si l'anneau magique du pouvoir (qui est rouge) donne un contrôle complet sur le monde matériel (exceptées, bien sûr, les finesses du cerveau humain, et notamment le sien propre), que l'anneau magique de la connaissance (qui est bleu) donne un savoir illimité (y compris sur les conséquences de toute action qu'on peut faire), que peut bien donner l'anneau magique (vert) de la volonté ? Avoir un pouvoir illimité ou une connaissance parfaite, ça a une signification claire — mais pour la volonté… C'est en me torturant l'esprit pour trouver la réponse que j'ai eu l'idée décrite ci-dessus. Autre question naturelle : si on vous donne le choix entre ces trois anneaux, lequel préférez-vous ?
Je ne réponds pas à mes propres questions, me dites-vous ? Ah oui,
tiens, c'est bien observé, ça : je n'y réponds pas. ![]()
2003-10-23 (Thursday)
If there were a beauty prize for mathematical objects, I think the Steiner system of index (5,8,24) (I will describe what this means in a moment) would be one of the most serious candidates. It is something extremely easy to define (but not so easy to exhibit or represent!) but of breathtaking intellectual elegance and having absolutely unique and “magical” properties. This is the sort of mathematical objects that holds (for me) all the fascination that numerology can have for some people, except that there is “really something” there (when I get mystical, I think: some deep insight into the fabric of reality).
To define naïvely what a Steiner system of index (5,8,24) means is, as I just said, very easy: it is a set of 24 “points” (objects, elements, whatever) together with 759 “blocks”, each consisting of 8 points, having the property that any 5 of the 24 points lie in one and only one of the 759 blocks. I know this doesn't sound impressive when said like that.
Maybe to give the feel of things I should explicitly describe the Steiner system of index (2,3,7) (the projective plane over F2, to be precise, also called the “Fano plane”). Consider 7 objects (“points”) which will be labeled (1:0:0), (0:1:0), (1:1:0), (0:0:1), (1:0:1), (0:1:1) and (1:1:1) (the labels are unimportant: I could just as well be calling these objects “red”, “green”, “yellow”, “blue”, “magenta”, “cyan” and “white”, or “Valor”, “Compassion”, “Sacrifice”, “Honesty”, “Honor”, “Justice” and “Spirituality” or whatever I wanted); and define the following seven blocks of three objects each: {(0:1:0), (0:0:1), (0:1:1)}, {(1:0:0), (0:0:1), (1:0:1)}, {(1:1:0), (0:0:1), (1:1:1)}, {(1:0:0), (0:1:0), (1:1:0)}, {(0:1:0), (1:0:1), (1:1:1)}, {(1:0:0), (0:1:1), (1:1:1)} and {(1:1:0), (1:0:1), (0:1:1)}. Then any choice of two of the seven points belongs to one, and only one, of the seven blocks. Try it!
The previous example has a classical geometric representation: draw an equilateral triangle, label its vertices (1:0:0), (0:1:0) and (0:0:1); label (1:1:0) the middle of the edge joining (1:0:0) and (0:1:0), label (0:1:1) the middle of the edge joining (0:1:0) and (0:0:1) and label (1:0:1) the middle of the third edge of the triangle; finally, label (1:1:1) the center of the triangle, and draw the inscribed center of the triangle as well as the three medians (which are also at once mediators, heights and bisectors since the triangle is equilateral). This defines seven points in the plane, and seven “lines” between them (the three sides of the triangles, the three medians and the seventh “line” is the inscribed circle), each of them joining exactly three points, and it is easily seen that any two points are joined by exactly one line.
Now the Steiner system of index (5,8,24) does the same with different numbers: there are 24 points and blocks of 8 points (“octads”) are defined such that any set of 5 different points belongs to exactly one of the octads. The first remarkable, and by no means obvious fact, is that there is only one Steiner system of index (5,8,24): if you find two of them, then there is some way of reordering the 24 points so that in fact they agree exactly. So it is justified to speak of the such Steiner system. (There is also a unique Steiner system of index (2,3,7); however not all Steiner systems are unique for their index: for example, there are exactly 2 Steiner systems of index (2,3,13), 18 of index (2,4,25). Also, not all Steiner systems exist even if there is no evident impossibility; for example, there is no Steiner system of index (2,7,43); it is not known whether there exists one of index (2,13,157), although it is conjectured that there is none. But very elementary knowledge of combinatorics suffices to prove that there is no Steiner system of index (6,9,25), say: the number of blocks could not be an integer.)
The Steiner system of index (5,8,24) has a large number of automorphisms, in other words, manners of permuting the 24 points in such a way that if eight points formed a block before the permutation, the new eight points which take their place after permutation still form a block. As a matter of fact, there are 244823040 automorphisms of the system: these constitute what is known as the Mathieu group M24. This group is five times transitive, meaning that if you take any five of the twenty-four points and place them in any five new places, there is a way (in fact, exactly 48 ways) to complete this choice into an automorphism of the system. Now this property is remarkable in the highest extent: indeed, apart from the full group of permutations on n objects (which is n times transitive) and the so-called “alternating group” of even permutations (which is n-2 times transitive), there are only two (permutation) groups which are 5-transitive: the Mathieu groups M24 (automorphisms of a Steiner system of index (5,8,24), as explained) and M12 (automorphisms of a Steiner system of index (5,6,12)), and neither is 6-transitive or more. And also, the Mathieu groups are among the twenty-six sporadic simple groups; but describing what this means (even by removing the word “sporadic”) would take just a bit too long for me to try it now.
Furthermore, I mention that the Steiner system (5,8,24) can be used to construct the (binary) Golay code, the most remarkable (and “powerful”!) error-correcting code ever, in the following way. Consider the 759 blocks (octads) of the Steiner system (5,8,24) as words of 24 bits, by putting a ‘1’ in a given place if the corresponding point is in the octad, and ‘0’ otherwise (so each of these blocks will have exactly 8 bits to ‘1’ and the others to ‘0’). Now combine these words in every possible way using (bitwise) XOR (eXclusive OR). This gives a total of 4096 words (a vector space of dimension 12 over the finite field with 2 elements), the words of the Golay code, none of which (except the entirely zero word) has fewer than 8 bits with value ‘1’; it is then possible to judiciously choose twelve columns out of the twenty-four in such a way that every combination of ‘0’'s and ‘1’'s in these columns matches one and exactly one of the 4096 words of the code. So we can code any word of 12 bits by a word of 24 bits in the Golay list: this code can correct an arbitrary error on 3 bits out of 24, and detect an arbitrary error on 4 bits. Out of the 4096 words of the Golay code, 759 have 8 bits with value ‘1’, 2576 have 12 bits with value ‘1’, 759 have 16 bits with value ‘1’ (and are the complements of the 759 with weight 8) and the last two are the fully zero and fully set words.
So far I have described some properties of the Steiner system (5,8,24) or the Golay code, but I have not described them explicitely. There is a plethora of ways to construct them, more or less intuitively understandable and more or less pleasant; however, there is at least one way I find truly remarkable: the dodecahedron construction of the Golay code, which works as follows. Take a (regular) dodecahedron and two colors of ink (say, black and red). Using the black ink, write ‘0’'s and ‘1’'s arbitrarily on the dodecahedron, one bit per face. Now using the red ink visit each of the dodecahedron's faces in turn, and compute the parity of all the black bits except those on the five faces immediately adjacent to the one on which the red bit is being written; in other words, each red bit on a given face of the dodecahedron indicates the parity of the black bits for the seven faces of the dodecahedron which are not immediately ajacent to the face in question: the red bit is ‘1’ when there are an odd number of black bits at ‘1’ among the seven faces in question, or ‘0’ when there are an even number of them. Thus, starting from twelve arbitrary black bits we get twelve red bits, to a total of twenty-four bits, two on each face of the dodecahedron: well, this is exactly the Golay code: the 4096 twenty-four bits words obtained by trying all possible combinations of black bits give exactly the 4096 words of the Golay code; and to construct the Steiner system of index (5,8,24), just take those 759 words having eight bits at ‘1’.
One of my bizarre dreams would be to find some way to construct a puzzle similar to Ernő Rubik's famous cube—only it would probably be shaped more like a dodecahedron—that has the Mathieu group M24 as group of transformations.
2003-10-22 (Wednesday)
Amaze your friends! Did you know that…
In the Gregorian (i.e. our present) calendar, the thirteenth of a month falls more frequently on a Friday than on any other day: 688 times on a Friday, 687 times on a Sunday or Wednesday, 685 times on a Monday or Tuesday, and 684 times on a Thursday or Saturday, all during a period of 400 years (the full cycle of the Gregorian calendar); on the other hand, January 1st falls more frequently on a Sunday, Tuesday or Friday (58 times each) than Wednesday or Thursday (57 times each) or Monday or Saturday (56 times each). In the Julian calendar, on the other hand, the cycle is 28 years long (1461 weeks), and the days of the week are evenly distributed over any date (such as the thirteenth of a month, or January 1st).
(Reminder: in the Julian calendar, leap years are those whose common era number is divisible by four; in the Gregorian calendar, an exception is made for years whose number is divisible by one hundred but not by four hundred, and they are not leap; so the Gregorian calendar substracts three days in 400 years from the Julian calendar, and in those 400 Gregorian years there are exactly 20871 weeks.)
(Some day, when I muster the courage to do so, I'll describe the Gregorian lunar calendar—which is another mess of complexity—and how it relates to the date of Easter.)
(Yeah, I know, nobody cares.) (And, no, I'm not that desperate for something to say.)
2003-10-21 (mardi)
Outre ce 'blog, je tiens un journal personnel. Pas quelque chose
de rédigé, pas un vrai journal intime comme d'autres en ont, auquel je
confierais mes pensées les plus secrètes. Plutôt un log
(informatique, bien sûr) de l'essentiel de ce que je fais
matériellement dans une journée, des gens que je vois, des
déplacements que j'effectue, etc., le tout dans un style
télégraphique. Parfois ça se résume à quelque chose comme :
Levé à <telle heure>. Déjeuné. Rien foutu de la journée.
Dîné. Couché à <telle heure>.
L'intérêt, c'est notamment de pouvoir retrouver, si je me dis
tiens, ça fait longtemps que je n'ai pas vu Untel
, combien de
temps au juste s'est écoulé (et parfois je suis surpris de ce que je
découvre comme ça) ; ou, si je cherche à retrouver où j'étais et ce
que je faisais à tel moment précis, d'en avoir une trace certaine
(mais au fait où ai-je passé Noël 2001 ? est-ce que je ne confonds
pas avec Noël 2002 ?
). Bref, un culte à la Mémoire (et une
motivation assez semblable à celle
derrière ce 'blog). Je me suis astreint à ce petit travail
d'écriture (très léger, vu que je ne détaille pas) quotidiennement
depuis le 2001-01-01 (une bonne résolution pour le millénaire), et je
n'y ai jamais failli, même si un jour (le 2002-05-06, pour être
précis), suite à une fausse manœuvre informatique, j'ai perdu
deux semaines de log, et j'ai eu l'impression qu'on me volait deux
semaines de ma vie (cependant, comme ma mémoire humaine n'est pas
complètement défaillante non plus, j'ai pu reconstituer l'essentiel de
ce que j'avais fait pendant ces deux semaines — mais pas les
heures précises de lever et de coucher, bien sûr).
De temps en temps, je regarde en arrière ce que je faisais 364
jours plus tôt (364 et pas 365 ou 366, parce que c'est 52 semaines,
donc ça ressemble souvent bien plus à la journée présente), et
j'essaie de me remémorer précisément la journée en question. Mais
parfois les similitudes sont troublantes, presque embarrassantes :
l'impression que rien n'a changé en un an, que j'ai vieilli d'une
année « pour rien ». Continue comme ça,
m'a dit un ami, et
tu finiras par écrire le Journal du type qui lit son
journal.
Il n'a pas tort.
J'en profite, dans un relatif non sequitur (mais pas tant que ça non plus) pour conseiller la lecture de la collection de nouvelles qui a été écrite dans le cadre d'un cercle d'écriture collectif que j'avais organisé, et notamment celle de Denis Auroux (ma préférée).
2003-10-20 (lundi)
En mathématiques, pour démontrer par récurrence une proposition qui dépend d'une variable n (parcourant les entiers naturels), on commence par démontrer la proposition pour la valeur 0 de n (initialisation de la récurrence), puis on démontre que la proposition est hériditaire, c'est-à-dire que, pour tout n, si la proposition est vraie pour n alors elle est encore vraie pour n+1. Le postulat de récurrence assure alors que la proposition est vraie pour toute valeur de n (ce qui se conçoit fort bien, intuitivement : l'initialisation assure qu'elle est vraie pour 0, puis l'héridité permet de déduire le cas 1 du cas 0, le cas 2 du cas 1, et ainsi de suite).
La subtilité concerne la rédaction, et la logique derrière
celle-ci. J'ai écrit, ci-dessus : pour tout n,
si la proposition est vraie pour n alors
elle est encore vraie pour n+1
. Ce n'est pas du
tout pareil que si j'avais écrit si pour tout
n la proposition et vraie pour n alors
[pour tout n?] elle est encore vraie pour
n+1
. Quand on veut prouver l'héridité de la
proposition, on doit supposer que la proposition est vraie au rang
n pour un certain entier n, et non pas
qu'elle est vraie au rang n pour tout entier
n (sans quoi il n'y aurait plus rien à démontrer, puisque
c'est exactement la conclusion qu'on cherche à atteindre au
final !).
Je suis tellement habitué au raisonnement par récurrence (et, de
façon générale, aux principes d'induction de ce genre, car il y en a
de beaucoup plus compliqués) que j'ai du mal à comprendre comment
cette histoire peut poser un problème. Mais manifestement il y en a
un : sur un tas de copies, même si tous n'ont pas choisi de tenter une
récurrence pour prouver ce qu'on leur demandait (et on pouvait très
bien faire sans), seuls deux étudiants ont réussi à faire une
récurrence correcte tout du long, et encore, seule une est
vraiment irréprochable. Pourtant, j'ai lourdement insisté
sur ces difficultés en TD ; j'ai choisi de changer la
lettre désignant la variable pour présenter l'héridité de la
récurrence, peut-être était-ce un bon choix (ça évite d'écrire des
choses comme maintenant n vaut n+1
qui
causent d'immenses confusions), peut-être pas (ils oublient souvent de
remplacer la variable partout où elle apparaît, et ils sont alors
perdus).
On leur parle de logique et de quantificateurs, mais on pourrait
tout aussi bien parler de théosophie pour ce que ça évoque chez eux :
les quantificateurs sont quelque chose d'absolument abscons, qu'on met
au feeling, et parfois on tombe juste et souvent non. Ils
savent faire certaines manipulations formelles (notamment, la
grande majorité d'entre eux a compris comment écrire la négation d'une
affirmation commençant par des quantificateurs), et ils comprennent le
sens des quantificateurs dans certains cas faciles (du style,
pour tout x, x²+1 est positif
, ça, ils
voient ce que ça veut dire), mais dès que le motif devient un peu
complexe, les manipulations formelles ne leur suffisent plus, et leur
intuition ne leur dit rien du tout. C'est déprimant. Ils ont
énormément de mal à apprendre (ne serait-ce que par cœur, sans
comprendre) la définition de la limite, parce qu'il y a trois
quantificateurs qui se succèdent et qui ne sont pas n'importe quoi.
Dans ces conditions, il est hors de question de leur écrire
formellement le schéma de récurrence,
((P(0))∧((∀n)((P(n))⇒(P(n+1)))))⇒((∀n)(P(n)))
[Ci-dessus, « ∀ » est le symbole du quantificateur universel, « ∧ » est un et logique, et « ⇒ » est une flèche d'implication.] Et si on l'écrivait, il faudrait expliquer pourquoi quand il s'agit de voir l'héridité (« (∀n)((P(n))⇒(P(n+1))) »), on doit supposer pour un certain n que P(n) est vrai alors que c'est écrit « pour tout n ». Et d'ailleurs il faut aussi expliquer que ce n'est pas pareil de supposer pour un certain n que P(n) est vrai que de supposer que pour un certain n P(n) est vrai ! Parfois j'ai l'impression de jouer à la scholastique byzantine, c'est triste.
S'il y a des mathématiciens qui rigolent in petto dans le fond de la salle, je leur conseille de se demander quel est le sens profond de l'affirmation suivante :
Si x est un ensemble et y une partie de x, et si on suppose que tout élément z de x vérifiant la propriété que « tout élément de x qui appartient à z est dans y » est dans y, alors y est x tout entier.
Soit, avec des symboles : (∀x)(∀y)((y⊆x)⇒(((∀z)((z∈x)⇒(((∀t)((t∈x)⇒((t∈z)⇒(t∈y))))⇒(z∈y))))⇒(y=x)))
— ce n'est, après tout, qu'une version améliorée du principe de récurrence, si on veut.
2003-10-20 (lundi)
Hier, alors que je transitais dans les couloirs de la station Pasteur (pour prendre la ligne 12 afin d'aller à la porte de Versailles), j'entends une mère expliquer en réponse à une question de son fils (il devait avoir quelque chose comme sept ans) que Pasteur est un savant qui a inventé le vaccin contre la tuberculose.
Aurais-je dû réagir ? Dire non, Madame, Pasteur c'est la
rage
? Signaler que le vaccin contre la tuberculose, c'est
Calmette & Guérin (d'ailleurs il est bien connu sous le nom de
BCG) ? Ou aurait-ce été, comme je l'ai estimé, me mêler
de ce qui ne me regarde pas (la manière dont cette dame éduque son
fils) ? Le fils, après tout, a plein d'années devant lui pour
apprendre qui était Pasteur, et même s'il croit qu'il a inventé le
vaccin contre la tuberculose (à supposer qu'il le retienne, ce qui est
douteux), ce n'est pas si grave : finalement, c'est peut-être plus
dommageable pour lui que sa mère se fasse reprendre en public pour
avoir dit une bêtise. Donc à part étaler ma culture générale (ce
n'est pas grave : je peux l'étaler sur mon 'blog à la place), ç'aurait
été une remarque inutile.
Reste qu'il m'arrive assez souvent (typiquement dans le RER) d'entendre une conversation dans laquelle je pourrais intervenir pour soulever un doute, ou dissiper une erreur, que ce soit dans un de mes domaines d'expertise (notamment, on entend assez souvent des élèves de prépa ou des étudiants en maths discuter de maths, et dire des bêtises qui font frémir ; et l'informatique est elle aussi génératrice de quantité d'âneries prononcées) ou simplement des questions de culture générale auxquelles par hasard je sais répondre. Pratiquement toujours, je m'abstiens : ce serait déplacé de m'immiscer dans une conversation que je ne suis pas censé écouter (et si on commence comme ça, où ira-t-on : donnerai-je aussi mon avis sur un film dont deux personnes discutent à côté de moi ?) ; je ne le fais que dans des cas très précis, par exemple hier encore deux jeunes sont montés dans le métro où j'étais et ont commencé à se demander s'ils étaient dans la bonne direction pour aller à Charles-de-Gaulle Étoile : je leur ai dit que oui.
Mais j'admets que d'un autre côté les rares fois où quelqu'un s'est mêlé d'une conversation que je tenais, j'ai trouvé cette intervention plutôt bienvenue (je me rappelle notamment d'une discussion que je tenais avec Péter dans le RER sur le fonctionnement de la RAM, et quelqu'un s'est approché, nous a dit qu'il travaillait précisément dans la fabrication de puces de mémoire, et nous a apporté quelques précisions intéressantes).
2003-10-19 (dimanche)
Je suis allé voir Janis et John (voir aussi sa fiche Allociné) à l'UGC Ciné-Cité les Halles, et j'ai bien aimé. Le jeu des acteurs est excellent, notamment Marie Trintignant (et je dis ça tout à fait indépendamment du fait divers qui a beaucoup fait parler d'elle ces derniers temps : personnelement, je ne suis pas fan de la rubrique nécrologique des journaux de toute façon) ; il n'y a que Christophe Lambert qui n'a, à mon avis, pas vraiment réussi à rendre son personnage plausible, mais il faut dire que ce n'était pas facile. Le scénario est assez bon : on y voit d'excellentes trouvailles, et on rit beaucoup — parfois en même temps qu'on est ému. Mais justement, je regrette en même temps que ce scénario ne soit pas meilleur : la fin m'a semblé assez bâclée, alors qu'il y avait moyen de faire un dénouement vraiment excellent (imaginer une réussite spectaculaire autant qu'inattendue des deux chanteurs, par exemple), et surtout, le John Lennon a été complètement sous-exploité, ce qui est vraiment dommage.
2003-10-19 (dimanche)
Vendredi soir, un certain nombre de stations du métro ont vu toutes leurs affiches tagguées en noir par des inscriptions autour du thème « marre de la pub ». J'ai vu les guignols qui faisaient ça à l'œuvre, mais je n'y repense que maintenant, parce que les affiches n'ont pas été remplacées depuis (ça me surprend, mais peut-être que les afficheurs ne travaillent pas du tout le week-end).
Comme beaucoup de gens sans doute, je suis irrité par l'omniprésence de la publicité : les paroles des « prophètes » sont écrits sur les murs du métro, elles sont encore dans nos boîtes aux lettres, dans nos télévisions, sur le Web, dans nos boîtes à mails, etc. Marre de la pub, donc ? Oui, sans doute. Mais si je traite de « guignols » les activistes qui agissent ainsi, c'est que leur contre-publicité est aussi pénible que ce qu'elle prétend dénoncer (d'ailleurs, visuellement, je préfère largement les affiches bien réfléchies des designers que leurs immondes tags, mais ce n'est pas le point). Faire de la pub contre la pub, c'est encore faire de la pub, et ce n'est pas parce qu'elle est sauvage est « spontanée » qu'elle a ma sympathie. J'aime que, lorsqu'on essaie de me dire quoi penser, on me fournisse quelques arguments pour me convaincre ; et les gribouillis de ces guignols ne me convainquent même pas de ce dont je suis déjà convaincu. J'apprécie aussi assez peu, je dois dire, que toutes les affiches soient également graffitées : celles qui appellent au respect des personnes handicapées ou à l'action contre la faim dans le monde autant que celles qui vantent telle ou telle chaîne de grands magasins ou tel ou tel grand spectacle ; il aurait été très fort de respecter certaines causes, cela aurait montré que le mouvement était réfléchi et n'était pas un gribouillage aveugle de tout ce qui passait sous la main. Mais apparemment c'est trop en demander.
De façon générale, je m'agace des gens qui crachent dans la soupe en décriant la « société de consommation ». La « société de consommation » est devenue le label sous lequel on focalise n'importe quelle opposition à n'importe quoi ; mais la pensée sous ces oppositions est souvent très pauvre. Or la « société de consommation » c'est un fort commode holisme : ceux qui consomment, ce sont bien les individus qui la composent, pas la société elle-même. Et consommer, ce n'est pas un mal en soi, faut-il le rappeler. Ce qu'on décrie en vérité, c'est un manque de solidarité (par exemple) ; mais ce n'est pas la société qui a un tel défaut, ce sont ceux qui la composent, et ce n'est pas la société qui est la cause de leurs faiblesses (ou de leurs qualités), elle est leur conséquence. Il ne faut pas mettre sur le dos de la société ce qui est un défaut de la nature humaine (et qu'on peut seulement contourner, pas corriger) : s'il y a de la pub, c'est aussi parce que les gens sont sensibles à la pub. Alors je ne prétends évidemment pas que notre société soit parfaite, mais je trouve assez mal venu de la critiquer de la part de gens qui (i) profitent bien largement du confort que cette société leur apporte et (ii) sont infoutus de faire des propositions concrètes et réalistes (genre, au lieu de perdre leur temps dans le métro à tagguer les affiches, s'ils mobilisaient leur énergie pour faire quelque chose d'utile ?). Si voir quelques affiches de pub dans les transports en commun est le prix à payer pour avoir un supermarché à 100m de chez moi et une connexion Internet bon marché, je suis prêt à payer ce prix.
Quelque part, je crois que le vrai problème, c'est que les gens sont infoutus de se trouver eux-mêmes un sens à leur vie, ils attendent que le contexte (et notamment la société) dans lequel ils vivent leur en fournissent un. Si tout ce qu'ils lisent, c'est « consommez », je suis bien navré pour eux. Mais, justement, le sens de la vie, il ne se vend pas dans les supermarchés.
2003-10-19 (dimanche)
Pas terrible, ce salon. En tout cas ça ne valait pas les 10€ que j'ai payés pour y rentrer. Le plus pénible, c'était sans doute la fumée : le hall est censé être non fumeur (c'est affiché au-dessus de chaque sortie de secours) mais les organisateurs en avaient apparemment décidé autrement (trop de fumeurs parmi les homos ?) et il y avait des cendriers partout, et, de fait, plein de gens avaient une cigarette à la main ; le plafond a beau être très haut, l'air empestait le tabac. Le bruit ambiant était aussi assez désagréable : je suppose que c'est assez inévitable dans ces grands halls de Paris Expo où le son se réverbère à l'infini, mais tout de même ils auraient pu éviter la musique aussi forte. À part ça, les stands étaient évidemment d'intérêt variable. Il y en avait beaucoup dont je me demandais ce qu'ils faisaient là (comme un nombre incroyable d'expositions des œuvres picturales ou sculpturales de divers artistes, œuvres même pas vaguement homoérotiques ou sur un thème justifiant un quelconque rapprochement avec la « rainbow attitude » ; plein d'agences de voyages, aussi, des décorateurs d'intérieur, et même des marques de champagne !) : bref, ce n'est pas que le côté commercial me pose un problème en lui-même, c'est juste que je ne saisis pas la logique, parfois (à part « tous les prétextes sont bons pour faire de la pub »).
Bon, j'en suis revenu avec un nombre incalculable de tracts, prospectus et flyers en tous genres, dont la plupart vont finir rapidement à la poubelle. Mais j'aurai au moins appris l'existence du magazine Gus, ou de la soirée Glam As You, entre autres, que j'ignorais complètement. Ah, et j'ai assisté à un débat sur le thème « tolérances, intolérances », en fait surtout sur les rapports entre homosexualité et religions, où il s'est dit un certain nombre de choses intéressantes (notamment un pasteur de l'église réformée de France a tenus des propos extrêmement intelligents).
2003-10-18 (Saturday) · Last Quarter
[300th entry in this 'blog! Hurray, hurray, hurray!]
At the end of 2001, I had started a mathematical diary, which I kept active through most of 2002. The idea is not to write down ideas that are important for my current mathematical research activity (writing my thesis, that is), but, on the contrary, to evacuate by committing them on paper various side ideas that I have from time to time. It's the same sort of force that drives me to write this 'blog: once I become infected with a meme, say a mathematical problem, it will keep haunting me until I either solve the problem or save it on paper (electronic paper will do as well, of course) for later. So this is how this diary should be regarded: as a meme pool of weird ideas. There is nothing that could be called “mainstream mathematics” in it, I guess. Some of these memes are “abstract nonsense” as mathematicians call it, embryos of theories that are trivial to work through the basic definitions, which produce pages and pages of easy writing. Some are (presumably hard) questions.
In a way, this diary could be shown as evidence of my mathematical angst: probably nothing it contains would be deemed of any interest by any other mathematician, and I guess the questions which obsess me are very much alien to mainstream mathematical culture. This is one of the reasons why I have solid doubts as to whether I should pursue the academic career in mathematics.
Anyway, whatever it's good for, I've decided to start writing in this diary again. Probably not nearly as actively as this 'blog, but it'd be nice to hold a one-entry-a-week minimum average. There are lots of goofy thoughts that I won't be rid of until I've written them down.
2003-10-17 (vendredi)
Voilà voilà,
je me suis fait couper les cheveux, dans un style complètement
insignifiant, transparent et passe-partout (à mon image, quoi) : bien
court sur les côtés et derrière, et moyennement court sur le dessus et
devant ; sans gel fixant ou quoi que ce soit, vu que de toute façon
rien n'arrive à tenir mes cheveux en place, qui sont beaucoup trop
souples. Je ne suis pas persuadé que ça soit terrible, comme coupe ;
je suis même assez persuadé du contraire, mais bon, c'est toujours
mieux que ce que c'était juste avant (trop longs de partout, et
complètement informes). Je rajoute une photo à ma collection, mais encore une fois
c'est une prise ratée (au déclencheur automatique, devant la porte de
ma salle de bains, éclairé au néon donc avec une colorimétrie
complètement cassée et très mal rectifiée avec Gimp). De toute façon, je n'ai pas le
temps de faire mieux (et j'espère, comme je notais dans une précédente entrée, que je pourrai faire
des photos d'identité convenables chez un photographe professionnel et
en obtenir une copie numérique du même coup), il faut que je me couche
(le séminaire Variétés rationnelles de demain commence à
9h30 du matin ! un samedi ! c'est absolument inhumain).
2003-10-17 (vendredi)
Il faut aussi que je me fasse refaire des lentilles de contact, parce que je n'en ai plus : je porte des lunettes en ce moment. Les avis divergent quant à ce qui me va le mieux (ou le moins mal). Pour ce qui est du confort visuel, ni l'un ni l'autre n'est satisfaisant : les lentilles finissent toujours par capter une poussière ou une impureté ou par accumuler de la graisse dans le coin de l'œil et je vois alors flou, et les lunettes se salissent, tombent sur mon nez, et réduisent mon champ visuel.
Mon ordonnance :
- Œil droit :
- Marque :
- Baush&Lomb
- Modèle :
- Soflens 66 Toric
- Diamètre :
- 14.50
- Rayon :
- 8.50
- Puissance :
- (150°-0.75)-7.50
- Œil gauche :
- Marque :
- Baush&Lomb
- Modèle :
- Soflens 66 Toric
- Diamètre :
- 14.50
- Rayon :
- 8.50
- Puissance :
- (10°-1.25)-3.50
Ouille ! 8.25 dioptries sur un axe à l'œil droit, ça fait mal, quand même !
2003-10-16 (jeudi)
Les batteries de mon mobile sont vraiment foutues maintenant. J'avais déjà parlé ici d'en racheter un, mais évidemment je n'ai rien fait. Maintenant je ne peux pas parler trois secondes sans que le mobile me coupe pour s'éteindre parce que les batteries sont, pense-t-il, vides. Bon. Je vais certainement encore prendre trois mois pour me décider, et puis je vais en acheter un autre. Je crois que je ne ferai pas d'effort particulier pour conserver mon numéro, en fait : j'enregistrerai juste un message sur le répondeur de l'ancien (qui restera en fonctions quelque chose comme six mois) pour indiquer le nouveau numéro. En attendant, vous ne pouvez pas me joindre utilement au 0699730449, mais vous pouvez encore m'y laisser un message vocal ou un SMS.
Il faut que je me fasse couper les cheveux. Peut-être même aujourd'hui, si j'arrive à me motiver à sortir à temps. Le problème est toujours le même : mes cheveux sont incroyablement fins et souples, donc on ne peut rien en faire d'utile : longs, ils partent comme ils veulent (aucun gel, aucun spray, aucune cire, ne réussissent à les fixer convenablement), et, courts, ils donnent l'impression d'être très rares parce qu'ils sont si presque transparents. La coupe précédente n'avait vraiment pas donné de bons résultats au-delà du premier jour, en fait. Je pense que je vais opter pour quelque chose d'assez conservateur (racourcir un peu devant, et pas mal sur les côtés et derrière).
Il me faut des photos d'identité (inscriptions, tout ça tout ça). Si possible après l'étape « coiffeur » (encore que faire avant + après, ça pourrait être rigolo). J'aimerais en profiter pour en avoir une copie numérique (scanner une photo d'identité, bof, ça donne des résultats désastreux pour ce qui est de la balance des couleurs ; et les photos prises par moi-même par mon appareil, c'est pas terrible). Est-ce que si je me pointe chez un photographe avec une clé USB et que je demande à avoir des photos d'identité tirées plus une copie numérique sur la clé, je vais passer pour un extra-terrestre ? Comme tout est fait en numérique de nos jours, et comme ils ont des lecteurs de clés pour pouvoir développer les photos des gens qui ont des appareils numériques, en principe ça ne devrait poser aucun problème ; mais comme on le sait bien avec la technologie, entre le « principe » et la « pratique » il n'y a aucune différence… en principe !
Programme des jours à venir : demain vendredi, et samedi matin, il y a le séminaire Variétés rationnelles à l'ENS, où il m'arrive même parfois de comprendre quelque chose à ce qui se dit (voire d'y parler moi-même : c'est dire s'il est bien, ce séminaire). Samedi soir je dîne dans un restaurant indien avec tout un tas de copains de l'ENS. Samedi et/ou dimanche j'irai peut-être faire un tour au salon Rainbow attitude pour voir de quoi que ça parle. D'ici mardi je dois avoir corrigé un tas de copies d'interros écrites (ça ça va très vite) et un autre tas de devoirs maison (ça c'est plus pénible, mais tous ne le rendent pas) de mes DEUGs, dont le partiel a lieu la semaine suivante (et ça me fera un nouveau tas de copies à corriger). Mercredi soir j'ai peut-être un autre dîner, à confirmer (avec des geeks que je ne connais, pour l'essentiel, pas, mais ça peut être l'occasion de faire de nouvelles connaissances).
Il faut encore que je règle plein de tracarasseries administratives du côté de la fac. Ne serait-ce que pour être payé un jour, ça peut être utile. Pour me réinscrire en thèse, aussi (et avoir une carte d'étudiant). Pour pouvoir manger au restaurant du personnel. Pour obtenir une carte d'identité professionnelle. Et il faut aussi que je prenne possession d'un bout de bureau qu'on m'a, semble-t-il, attribué quelque part dans le bâtiment de maths. Ah oui, et je dois me faire réouvrir un compte informatique sur les machines de la fac (j'en ai un, mais il a été désactivé pour cause d'inutilisation, pfff…). Un secrétariat auquel j'ai affaire est ouvert du mardi au vendredi de 8h30 à 11h30, un autre est ouvert du lundi au jeudi de 14h à 16h : c'est vraiment génial, surtout quand on doit passer toutes sortes de papiers de l'un à l'autre. L'administration, c'est un ramassis de secrétariat qui ne communiquent jamais les uns avec les autres et c'est aux usagers de faire tout le boulot de courrier entre eux (et je ne parle pas des mystérieuses personnes qui servent à signer des dossiers et apparemment uniquement à ça).
Quoi d'autre ? Ah oui : me lever avant 9h. J'ai une bonne raison pour ça : mes voisins adorés (toujours les mêmes) font des travaux chez eux (en gros ils abattent un mur ; je n'ai toujours pas compris comment ils ont réussi à persuader l'assemblée des copropriétaires de leur vendre une partie commune pour un euro symbolique !), et ça fait boum-boum-brzxxx-plink-bam-bam à partir de 9h du matin.
Et entre tout ça je dois trouver aussi le temps de me racheter un nouveau clavier (trouver un qwerty-US correct en France, ce n'est pas facile !) qui n'ait pas une touche enter-lock comme le mien a décidé d'avoir.
2003-10-16 (Thursday)
[Traduction française ci-dessous.] My computer rebooted for an unexplained reason (presumably a power outage) at 2003-10-16T12:21Z (that's 14:21 Paris time, and I was, uh, still sleeping). For another reason, just as unexplained (except to say that Red Hat sucks), the PostgreSQL server that drives this 'blog's comment system database did not restart properly (apparently the init scripts had “forgotten” to remove a lock file!). So until I restarted it by hand at 2003-10-16T13:31Z, comments where unavailable on this 'blog. I apologize for the inconvenience.
[French translation of the above.] Mon ordinateur a rebooté pour une raison inexpliquée (probablement une coupure de courant) à 2003-10-16T12:21Z (ça fait 14h21 heure de Paris, et j'étais, euh, toujours en train de dormir). Pour une autre raison, tout aussi inexpliquée (à part dire que Red Hat est nulle), le serveur PostgreSQL qui gère la base de données du système de commentaires de ce 'blog n'a pas redémarré correctement (apparemment les scripts d'init avaient « oublié » de retirer un fichier de lock !). Donc jusqu'à ce que je le redémarre à la main à 2003-10-16T13:31Z, les commentaires étaient inaccessibles sur ce 'blog. Je vous présente mes excuses pour la gêne occasionnée.
2003-10-15 (mercredi)
Aujourd'hui j'ai calculé deux éclatements. Si j'arrive maintenant à prouver que le rang d'une certaine matrice 33×16 vaut au moins 9, j'aurai effectué une désingularisation explicite par ces éclatements.
Hum… J'ai voulu une thèse de géométrie algébrique (presque) sans cohomologie, c'est ce que j'aurai eu. Mais évidemment, en contrepartie, il faut se battre avec des polynômes tout à fait explicites.
Tiens, il faudra que je raconte dans ce 'blog comment on peut calculer la dérivée de 2 par rapport à 5 (ou autres bizarreries de ce style). C'est le genre de choses qui constitue un des éléments de mes calculs actuels (la 16e colonne de la matrice, pour être précis, ce sont les « dérivées partielles » de certains polynômes par rapport à un nombre premier fixé…).
À part ça, j'ai resoumis un article pour le Journal of Algebra (qui avait été accepté sous réserve de modifications, j'ai traîné de longs mois pour faire ces modifications). Et je vais donner un séminaire sur l'approximation faible aux places de bonne réduction pour les surfaces cubiques sur les corps de fonctions de courbes : dans un mois au séminaire Variétés rationnelles de l'ENS, et en décembre sur invitation à Rennes.
[Grrr… La touche « entrée » de mon clavier se bloque ! C'est insupportable !]
2003-10-14 (mardi)
Je n'ai pas d'angoisse au moment de faire mes TD, je suis même tout à fait à l'aise. Mais, curieusement, en-dehors de ces heures, je suis très timide face à mes étudiants si par hasard je les rencontre, j'ose à peine leur adresser la parole. Je ne me l'explique pas vraiment. Peut-être que j'ai peur de ne pas être à ma place ? Peut-être que je crains qu'on croie que je les drague, traumatisé que je suis par tous les gens qui m'ont averti là-dessus ? Pas clair. Ce midi, je déjeunais au resto U de la fac (parce que je devais rester pour voir mon directeur de thèse), et je suis passé par hasard au self juste après deux garçons de mon groupe. J'ai hésité à m'asseoir avec eux, et finalement je n'ai pas osé, je me suis mis seul à une autre table. Bon, j'aurais pu demander poliment si je pouvais me joindre à eux, mais ils n'auraient sans doute pas dit non même si ça les saoulait. Je ne supporte pas l'idée de m'imposer, ou d'embarrasser.
2003-10-14 (mardi)
Mon père semble croire que tout problème informatique est forcément de ma faute : même si je n'en suis pas directement responsable (comme je lui ai signalé en soulignant que le trafic qui passe entre ses deux PC sur un éthernet switché n'est même pas vu par le routeur que j'administre), j'aurais dû « répondre à ses questions » (qu'il n'a pas cru bon de me poser, donc j'imagine que j'aurais aussi dû les deviner !).
Rancunier et obstiné comme il est, je suppose que maintenant il ne va pas me parler pendant six mois.
2003-10-13 (lundi) · Columbus Day · Thanksgiving (Canada)
Je veux répondre à quelques commentaires qui ont été faits sur une entrée précédente de ce 'blog, et je vais le faire dans une nouvelle entrée plutôt que dans le système de commentaires, parce que je crois que ça a de l'importance (plus générale que l'entrée initiale).
Un anonyme a écrit :
Dans la vie, il y a quand même des choses plus intéressantes et variées que le sexe: les maths par exemple.
Si tu n'arrives pas à trouver un partenaire pour une nuit, c'est probablement parce que ça ne te correspond pas, et ça ne sert à rien d'essayer d'imiter les autres.
Mon conseil: ne pense plus au sexe, profite de la vie, implique-toi dans des activité ayant un sens, et tu finiras bien par rencontrer quelqu'un qui te ressemble.
C'est bizarre, comme réflexion, de se dire que les maths sont plus intéressantes que le sexe. (J'imagine que plus de 99% de la population française serait d'un avis différent, mais ce n'est pas mon point.) Est-ce que Bach est plus intéressant que le chocolat ? Est-ce que la chapelle Sixtine est plus intéressante que le volley ? Est-ce que la galaxie d'Andromède est plus intéressante que l'eau fraîche ? Hum… Ça veut dire quoi, au fait, « intéressant » ? (À la limite, avec « important » je comprendrais mieux ; et en fait non, même pas.)
Je souligne donc (et je fais un clin d'œil à Ska au passage) : ce n'est
pas un choix. J'ose espérer que personne ne sera jamais
placé devant ce choix complètement absurde : les maths ou le
sexe — décidez-vous !
On pourrait en imaginer d'autres,
d'ailleurs : qu'est-ce qui est le plus important, manger ou
pisser ?
; à ceci près que manger et pisser sont des activités de
survie, alors qu'on peut très bien survivre sans maths et sans sexe :
mais dire à quelqu'un qui a faim, tiens, tu peux pisser si tu
veux
, ce n'est pas forcément très utile.
C'est probablement parce que ça ne me correspond pas ? Hum, je n'ai pas le souvenir d'avoir fait vœu de chasteté, moi (ni vœu de mathématicité, d'ailleurs).
Je ne veux pas faire au commentateur ci-dessus (fût-il anonyme) un procès d'opinion, mais il semble y avoir encore des gens qui croient que l'activité sexuelle est dans une certaine mesure un dérèglement qui doit être contenu, une survivance de bestialité à contrôler pour accéder à un Zustand supérieur. Bullshit! (Soit dit en passant, le Dalaï-Lama, qui semble faire un carton en termes de popularité, j'ai lu des citations de lui où il racontait ce genre de bêtises.) Toute activité humaine n'est nuisible que dans la mesure où elle nuit à l'équilibre physique, mental ou émotionnel (et désolé pour la porte ouverte que je viens de démolir) : il y a assurément des gens pour qui c'est le cas du sexe, pratiqué avec excès, comme il y a des gens pour qui c'est le cas de manger, dormir, ou, d'ailleurs, de faire des maths, tous pratiqués avec excès. Aucune activité n'a de « sens » que ce que nous voulons bien lui en donner.
Mais je suis plongé dans un doute affreux : est-ce que je donnerais par hasard l'impression d'être un être fait de maths et d'eau fraîche, un pur esprit ou quelque chose comme ça ? Ça me semble totalement absurde de le penser, mais on dirait que certains ont un peu cette idée, et pourtant, les lecteurs de ce 'blog doivent savoir que j'y parle plus rarement de maths que de sexe ! (D'accord, c'est aussi parce que c'est plus difficile de parler de maths et de se faire comprendre de tout le monde.)
Alors oui, je crois que je serais assurément capable de vivre sans activité sexuelle. Mais ce n'est pas une raison pour le faire : si on est diabétique, ou si on est au régime, on se prive de gâteaux au chocolat, et on en vit très bien. Mais ce n'est pas parce qu'il y a des diabétiques et des gens au régime que les gens qui n'ont pas les moyens de s'acheter un gâteau au chocolat doivent s'entendre dire « on peut vivre sans gâteaux au chocolat : pensez aux diabétiques ! » ni que c'est normal pour eux de faire sans.
cossaw, lui, tient un discours plus subtil :
C'est pas parce qu'on est intello qu'on a forcément besoin de sexe.
Quand j'ai perdu tous mes amis, les uns après les autres, j'ai pas eu de rapports sexuels pendant trois ans. Ce n'était pas le sexe (ou le cul) qui me manquait, mes les rapports personnel intimes. Ruxor "avoue" lui même ne pas en avoir un besoin énorme.
Certes, j'ai un léger sentiment de projection de mon propre cas sur celui de Ruxor (similitude des parcours oblige), et je ne veux pas me mettre à sa place, mais bon, il me parraît clair que Ruxor a d'abord besoin d'un cercle d'amis plus que d'un cerle d'amants potentiels.
Ruxor : me trompè-je ?
Je ne peux pas me plaindre du manque d'amis. Je crois même pouvoir dire que j'en ai beaucoup (je ne dirai pas « assez », parce qu'on n'a jamais « assez » d'amis, et je cherche toujours et sans cesse à rencontrer de nouvelles personnes, mais relativement à des gens que je connais, oui, j'en ai beaucoup), et d'assez variés, y compris des gens qui me sont très chers et très proches, des gens vraiment exceptionnels par leurs qualités humaines et intellectuelles (et dont je suis très fier de pouvoir me dire leur ami). Maintenant, je trouve en effet que mes amitiés manquent parfois un peu de tendresse et d'intimité : c'est sans doute en partie ma faute (parce que donne peut-être l'impression d'être froid et distant), et c'est un problème beaucoup plus complexe et plus profond que celui de la frustration sexuelle dont je parlais. Mais ce sont des problèmes bien différents qui ne vont ni dans le même sens ni en sens contraire. Ce qui ne veut pas dire non plus qu'on ne peut pas aller dans les deux sens à la fois : quelqu'un qui peut être et un partenaire sexuel et un ami et un partenaire de câlins, c'est encore mieux. (Rhâ, ma hache +5 a eu raison d'une porte ouverte de plus !)
Maintenant, je veux aussi rassurer ceux qui s'inquiéteraient : non, je ne crois pas que je sois sur le point de craquer, émotionnellement, même si j'ai (comme tout le monde) des hauts et des bas. Finalement, ce qui m'énerve, c'est plus le total ridicule de ma situation et mon incapacité à comprendre ce qui cloche, que la situation en elle-même. Or le ridicule et l'ignorance ne tuent pas, sinon je serais enterré depuis longtemps.
2003-10-13 (lundi) · Columbus Day · Thanksgiving (Canada)
Comment ai-je pu être assez aveugle, en lisant Le Nom de la rose, pour ne pas percuter sur le fait qu'on y trouve un dénommé « Jorge de Burgos » à la tête d'une bibliothèque en forme de labyrinthe ? Il est vrai que je n'étais pas, quand j'ai lu ce roman, le fan de Borges que je suis maintenant (mais je ne pouvais pas ne pas avoir entendu parler de La Bibliothèque de Babel), et en tout cas la mémoire aurait dû me revenir quand j'ai plus tard lu la nouvelle.
J'ai une admiration sans bornes pour Umberto Eco, pour son érudition extraordinaire, pour son intelligence vivace, pour son humour percutant. Peut-être plus pour l'Umberto Eco critique littéraire et professeur de sémiotique que pour l'Umberto Eco écrivain, d'ailleurs ; pourtant, en général, je suis très dubitatif devant la critique littéraire et, plus encore, la sémiotique : j'ai tendance à trouver qu'il s'agit de l'art de faire des rapprochements douteux entre tout et n'importe quoi, des analogies d'idées complètement délirantes, et de prétendre s'en servir pour déceler des intentions cachées, mais quand c'est Eco qui trouve les analogies et les correspondances, je m'incline, parce qu'il est tellement merveilleusement évident qu'il a raison de les faire, que leur vérité s'impose à l'esprit. C'est quelque chose de si agréable, et que je n'ai que trop rarement connu, qu'on me fasse remarquer dans un texte une référence, un clin d'œil, une inspiration, une astuce, à côté desquels j'étais passés sans rien voir, et qui, à la réflexion, sont absolument évidents. Ainsi, quand, dans Si par une nuit d'hiver un voyageur (dont j'ai déjà parlé ici), j'ai relu la liste des « titres » des sujets, j'ai eu cette surprise amusante qui est dévoilée à la fin du livre. (Bien sûr, c'est encore plus amusant de reconnaître soi-même le clin d'œil.)
Bref. Quand j'ai vu ce livre d'Umberto Eco intitulé De la littérature (titre original Sulla letteratura ; traduction française aux éditions Grasset), je me suis jeté dessus, et j'ai été très heureusement surpris d'y découvrir un petit texte écrit par Eco (qui pourtant évite de mélanger ses activités d'écrivain et de critique) sur sa propre influence par Borges (en fait, il s'agit du compte-rendu remanié d'une intervention dans le cadre d'un congrès, comme tous les autres textes de cet ouvrage). Par exemple, je crois que je n'aurais jamais fait, seul, le parallèle entre Le Pendule de Foucault et Tlön, Uqbar, Orbis Tertius, qui, pourtant, est si clair.
Mais, comme il le dit lui-même non sans humour, tout le monde ne peut pas être aussi intelligent que lui : heureusement, sans quoi tout le monde enseignerait la sémiotique à l'Université de Bologne !
2003-10-12 (dimanche)
Je n'ai pas spécialement plus de raison d'être sexuellement frustré aujourd'hui qu'avant-hier, il y a trois semaines, ou il y a trois mois (après tout, la dernière fois que j'ai consommé remonte à — euh, je préfère ne pas essayer de retrouver la date, ce serait vraiment trop déprimant), mais, je ne sais pas pourquoi, aujourd'hui spécialement j'en suis particulièrement conscient.
C'est idiot, parce que je n'ai pas un besoin physique de
sexe à ce point : si j'avais une bonne raison de croire que je devais
m'en passer (si quelqu'un me disait clairement, tu n'y arriveras
jamais parce que <telle raison précise>
) je suis assez
certain que j'arriverais très bien à contrôler le manque. Mais le
besoin est créé par l'impression absolument obsédante de facilité :
coucher (pour une nuit, je veux dire), dans le milieu homo, est
censé être aussi facile que trouver des chouettes à Athènes
(zut, j'ai déjà utilisé cette image).
Du moins tant qu'on n'est pas « vieux » (avec une notion
outrageusement jeuniste du mot « vieux », certes, mais malgré mon âge
canonique je ne tombe pas encore dedans) ou « moche » (ça
simplifierait mon enquête si on me disait que c'était mon cas, mais il
paraît que non, ce serait de la mauvaise foi de ma part de mettre mes
difficultés sur ce compte-là). On entend des gens se plaindre qu'ils
n'ont pas réussi à trouver un « plan cul » tel ou tel jour, comme si
c'était vraiment l'exception à peine croyable (bien sûr, ils ne se
donneraient pas la peine de dire comment ils font les jours où ça
marche, parce que c'est tellement évident que ça ne le mérite pas),
alors ce n'est pas vraiment plausible que je n'arrive pas à
en trouver un en <…> mois sans être Quasimodo. J'ai même
entendu quelqu'un se plaindre en longueur que c'était
vraiment trop facile à tel point que ça en ôtait tout
plaisir, ou tout intérêt, je ne sais pas, je n'ai pas trop écouté pour
pouvoir retenir mon calme. (Je ne parle pas de la difficulté de se
trouver un copain vaguement stable, voire le prince charmant de sa vie
— là tout le monde s'accorde sur le fait que c'est difficile.)
Alors je ne sais pas si je suis un cas unique au monde, ou s'il y en a
d'autres comme moi qui sont désespérément silencieux. Je crois au
moins avoir réussi un exploit absolument unique et sans précédent en
ayant passé presque deux ans au MAG (et j'y allais
très régulièrement — quasiment chaque semaine) et en étant
encore puceau à l'arrivée : c'est un peu comme réussir à parcourir la
rue de Rivoli d'un bout à l'autre un samedi soir sans rencontrer une
seule voiture. OK, je n'ai pas encore essayé DialH (ni le dépot, for
that matter) : on verra quand j'en aurai marre de traîner dans
des bars en espérant que quelqu'un me retourne un regard, mais je me
sens encore capable de réaliser des exploits inouïs devant lesquels la
rue de Rivoli serait un jeu d'enfant (le périph' à pied sans voir
l'ombre d'un véhicule, peut-être ?).
Ce n'est pas mon propos : ce que je voulais dire, c'est qu'être frustré comme ça ce n'est pas bon déjà parce que ça emmerde les lecteurs de mon 'blog à qui je raconte toutes sortes de conneries sans intérêt, et aussi parce que ça a une influence néfaste sur mon caractère, ça me rend impatient, aigre, cassant, voire carrément haineux et jaloux (disons que je sens ça remuer quelque part au tréfonds de mes entrailles et ce n'est pas plaisant). Et, bien entendu, ça menace mon sentiment de bonheur. Je ne sais pas à quel point je suis mentalement robuste ou fragile : j'imagine que si ma résistance cède, ce sera assez soudain (au jeu du corps à corps, l'esprit est bien plus fort).
Le piège, c'est que c'est précisément dans les endroits et dans les circonstances où j'ai des chances de trouver de quoi résoudre cette frustration (en la satisfaisant) que je trouve aussi de quoi l'alimenter. C'est le piège de l'espoir du fond de la boîte de Pandore : conservez l'espoir et il vous fait souffrir, abandonnez-le et vous ne pouvez plus agir.
2003-10-12 (dimanche)
L'Église de Jésus-Christ des saints du dernier jour a installé un lieu de prosélytisme rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. (Ce n'est peut-être pas nouveau : ça fait longtemps que je me demande ce que c'est que cette « exposition » ouverte ; mais là c'est clair : c'est écrit en toutes lettres.) Ils espèrent que les homos seront particulièrement réceptifs à leur message ?
2003-10-12 (dimanche)
J'ai vu quelqu'un dans le métro [fantasme de David #299792458 : le look punk] avec un rat dans le cou. Mignon comme tout (je parle du rat, là, même si je pourrais aussi bien parler de son propriétaire). Normalement je préfère les chats (tiens, mes voisins ont un chaton, visiblement, qui est venu ce soir miauler à ma porte-fenêtre). Mais là, ce rat était vraiment attendrissant. Pas vraiment au goût de tous les passagers du métro, cependant.
2003-10-11 (samedi)
J'avais déjà écrit une entrée à ce sujet il y a quatre mois (comme le temps passe vite !), mais c'est un problème qui se pose toujours à moi (et vraisemblablement n'est pas près de cesser) : comment rencontrer des gens ? Ce n'est pas que les personnes que je connais me lassent, ou qu'elles ne m'intéressent pas, ou quoi que ce soit du genre. Simplement, je prends en général un grand plaisir à rencontrer de nouvelles têtes. Évidemment, parfois une brève rencontre me s