David Madore's WebLog: 2020-12

Vous êtes sur le blog de David Madore, qui, comme le reste de ce site web, parle de tout et de n'importe quoi (surtout de n'importe quoi, en fait), des maths à la moto et ma vie quotidienne, en passant par les langues, la politique, la philo de comptoir, la géographie, et beaucoup de râleries sur le fait que les ordinateurs ne marchent pas, ainsi que d'occasionnels rappels du fait que je préfère les garçons, et des petites fictions volontairement fragmentaires que je publie sous le nom collectif de fragments littéraires gratuits. • Ce blog eut été bilingue à ses débuts (certaines entrées étaient en anglais, d'autres en français, et quelques unes traduites dans les deux langues) ; il est maintenant presque exclusivement en français, mais je ne m'interdis pas d'écrire en anglais à l'occasion. • Pour naviguer, sachez que les entrées sont listées par ordre chronologique inverse (i.e., la plus récente est en haut). Cette page-ci rassemble les entrées publiées en décembre 2020 : il y a aussi un tableau par mois à la fin de cette page, et un index de toutes les entrées. Certaines de mes entrées sont rangées dans une ou plusieurs « catégories » (indiqués à la fin de l'entrée elle-même), mais ce système de rangement n'est pas très cohérent. Le permalien de chaque entrée est dans la date, et il est aussi rappelé avant et après le texte de l'entrée elle-même.

You are on David Madore's blog which, like the rest of this web site, is about everything and anything (mostly anything, really), from math to motorcycling and my daily life, but also languages, politics, amateur(ish) philosophy, geography, lots of ranting about the fact that computers don't work, occasional reminders of the fact that I prefer men, and some voluntarily fragmentary fictions that I publish under the collective name of gratuitous literary fragments. • This blog used to be bilingual at its beginning (some entries were in English, others in French, and a few translated in both languages); it is now almost exclusively in French, but I'm not ruling out writing English blog entries in the future. • To navigate, note that the entries are listed in reverse chronological order (i.e., the most recent is on top). This page lists the entries published in December 2020: there is also a table of months at the end of this page, and an index of all entries. Some entries are classified into one or more “categories” (indicated at the end of the entry itself), but this organization isn't very coherent. The permalink of each entry is in its date, and it is also reproduced before and after the text of the entry itself.

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Entries published in December 2020 / Entrées publiées en décembre 2020:

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(samedi)

Quelle a été la genèse de l'idée des confinements ?

Je pense qu'il est un bon exercice, en temps de crise, d'essayer de regarder le présent avec la distance qui sera celle des années futures. Que retiendra-t-on à l'avenir de la pandémie de 2019–2021 ? Premièrement, de la pandémie elle-même : quasiment rien, c'est évident. Nous avons une très mauvaise mémoire des épidémies : on se rappelle vaguement celle de 1918, mais elle était quelque chose comme trente fois pire que celle de covid, et encore, s'il n'y avait pas eu tellement de comparaisons avec elle ces derniers mois je pense que beaucoup de gens ne sauraient pas du tout qu'une grippe a tué de l'ordre de 3% de la population mondiale il y a à peine cent ans ; on a complètement oublié celle de 1889, qui était extrêmement analogue à l'actuelle et d'ailleurs possiblement due à un autre coronavirus (HCoV-OC43), pour ne pas parler des diverses épidémies de choléra ou dysenterie qui ont sévi à la fin du 19e siècle ; on a aussi largement oublié celles de 1957 et 1968, certes un petit peu moins importantes que celle de 2020, mais grosso modo comparables, alors qu'une bonne partie de la population humaine actuelle a vécu ces épidémies ; et, bien sûr, notre regard occidento-centriste oublie complètement que la tuberculose cause chaque année dans le monde à peu près autant de morts (de l'ordre de 1 à 1.5 millions) que la covid en a causé cette année, bref, dès qu'on s'éloigne un peu en temps ou en distance, les épidémies disparaissent de la mémoire de tous les non-spécialistes à une vitesse confondante. Néanmoins, le covid sera probablement différent, parce que nous avons ajouté au drame sanitaire des désastres de notre propre fabrication, dans les domaines social, économique, politique, etc., qui auront sans doute des conséquences à long terme : il faudra forcément se rappeler la covid comme une des causes de la montée de l'autoritarisme et du complotisme, de la crise économique, etc.

Il y a donc un travail pour l'historien du futur d'essayer de comprendre pourquoi cette pandémie aura entraîné une réaction complètement différente de toutes les précédentes. Ce travail me dépasse évidemment, et dépasse tout le monde qui avons encore le nez dedans, mais on peut au moins chercher à poser des questions.

L'une de ces questions, et sans doute la plus importante, concerne l'émergence du concept de confinement. Ou plus exactement, comme le terme confinement fait l'objet d'une ambiguïté extrêmement problématique[#], le confinement obligatoire des particuliers à domicile sous peine de sanctions et avec surveillance policière, que j'appellerai confinement autoritaire pour abréger, comme a eu cours en France à deux reprises (du au et du au ) et est certainement amené à se reproduire maintenant que le gouvernement a pris goût à cette forme particulière d'autoritarisme et s'est donné les pouvoirs de l'invoquer. De façon plus large, il faudrait retracer l'émergence de cette idée de combattre la pandémie par la répression, les confinements autoritaires n'étant que l'acmé de cette tendance.

[#] Le problème se pose quand les confinementistes défendent l'absurdistan autoritaire français en disant que si, si, voyez, plein de pays européens font ou refont des confinements. Si par confinement on entend une simple fermeture de certains commerces avec incitation à rester chez soi, beaucoup de pays ou régions en ont fait (et c'est plus ou moins ce que je défends), mais cela ne peut absolument pas servir à défendre les mesures appliquées en France ; si on entend confinement obligatoire des particuliers à domicile sous peine de sanctions et avec surveillance policière, i.e., suppression de la liberté de circulation, alors, non, assez peu de pays/régions ont fait ça, et quasiment aucun ne l'a fait deux fois et aussi longtemps que la France, même si je n'arrive pas à avoir de liste précise parce que les sources de données sont épouvantablement mauvaises (et ne distinguent pas, par exemple, un emprisonnement de toute la population dans un rayon ridiculement faible du domicile et des mesures beaucoup plus légères comme ont actuellement cours au Luxembourg, en Allemagne, etc.).

Les confinementistes ont été très forts sur un point, c'est de réussir à faire largement passer leurs idées comme une évidence, comme un consensus scientifique, comme une pratique bien établie. Il est important de rejeter cette présentation avec d'autant plus de force que l'illusion a été extrêmement bien fabriquée. Il faudrait pour cela déconstruire avec soin la manière dont l'idée du confinement autoritaire a émergé : je n'en suis malheureusement pas capable avec toute la précision que je voudrais, mais je peux au moins donner quelques pistes.

J'ai déjà évoqué précédemment la manière dont le confinement (entouré de l'ambiguïté sémantique évoquée ci-dessus) a été présenté comme une évidence avec l'exclamation pas de choix ! et le slogan sauver des vies, pas l'économie !, qui ont permis de court-circuiter tout débat sur leur rapport bénéfice-risque derrière l'injonction de sauver les vies (ou, dans une certaine variante, de sauver les hôpitaux). En ce faisant, et sous le prétexte de l'urgence, les confinementistes ont passé à la trappe un des principes cardinaux de la déontologie médicale, primum non nocere : celui de ne pas appliquer de remède avant d'avoir pris le temps d'examiner soigneusement ses effets indésirables. Ces slogans sont une œuvre de propagande absolument géniale, et il serait important d'essayer de reconstituer précisément leur genèse.

(Dans les slogans apparentés dont il faudrait aussi retracer l'origine, il y a l'argument que j'ai entendu un nombre incalculable de fois la liberté, ce n'est pas la liberté d'aller contaminer son voisin : c'est aussi une magnifique œuvre de propagande, parce que ça paraît franchement convainquant quand on ne regarde pas de près à quel point c'est stupide.)

Ajout () : Je devrais aussi mentionner quelque part (j'ai oublié en écrivant ce texte) que le but du confinement, jamais très clairement articulé par les confinementistes, n'a pas cessé de changer : au début, on ne savait pas bien si le but était d'aplatir la courbe ou d'éradiquer l'épidémie ; en avril, les autorités françaises insistaient essentiellement sur la disponibilité des tests pour lever le confinement (et cherchaient à dissimuler leur propre responsabilité dans le manque de masques), suggérant que c'était une mesure temporaire le temps de rassembler un équipement de lutte contre la pandémie ; mais en novembre, il n'y avait plus rien à promettre comme changement, donc l'insistance a surtout été mise sur la situation dans les hôpitaux (sur la base de chiffres largement faux ou du moins trompeurs), ce qui d'ailleurs au moins la question de pourquoi les régions sans problème de capacité hospitalière ont été confinées avec les autres.

En plus de ça, les confinementistes ont réussi à faire passer, avec un certain succès, les opposants à leurs méthodes pour des tueurs de mémés, des déplorables trumpiens (qui sont, en cela, les alliés objectifs des confinementistes puisque chacun peut montrer l'autre du doigt comme un ennemi à abattre et supprimer ainsi toute possibilité d'expression d'une position raisonnable), ou au minimum des ultra-libéraux, et dans un autre registre, des négationnistes (je renvoie à ce sujet à ce fil Twitter fort bien exprimé [lien Twitter direct], ainsi que cet article auquel il fait référence), bref, à des crackpots. Ils ont réussi à faire complètement oublier l'extrême injustice sociale des confinements autoritaires qui, dans les faits, n'affectent aucunement les élites. Tout ça était extrêmement habile, et il faut avouer que nous nous sommes bien fait avoir. Et chacune de ces manœuvres rhétorique mériterait d'être examinée avec soin. (Il faut admettre qu'ils ont eu un certain degré de chance, notamment quand Sunetra Gupta, qui n'est certainement pas de cette mouvance politique, a commis l'erreur de se laisser instrumentaliser par un think tank associé au libéralisme économique très à droite, ce qui par ricochet a décrédibilisé toutes ses associations auprès de beaucoup de ceux qui ne partagent pas ces opinions en permettant une attaque extrêmement facile de la déclaration de Great Barrington.)

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(lundi)

Quand la lumière au bout du tunnel en prend un grand coup

Il y a deux-trois jours, si on m'avait demandé de faire des pronostics quant à la suite de la pandémie de covid en France (et, pour bonne partie, dans le reste de l'Europe), j'aurais dit quelque chose comme ceci (cf. cette entrée récente) :

Il y aura une troisième vague (rapidement si elle n'est pas déjà commencée), mais elle sera généralement d'une ampleur modérée, parce qu'à ce stade une bonne partie du pays a accumulé à peu près le niveau d'immunité de l'Île-de-France à l'issue de la première, qui a suffi à largement protéger cette région pendant la seconde vague. Comme en plus de ça les vaccins commenceront à faire baisser le taux de létalité (même s'ils n'auront aucun effet sur la propagation de l'épidémie avant longtemps), il n'y aura pas de catastrophe hivernale, juste une petite accélération lors des fêtes (même pas si claire : il ne semble pas y avoir eu un effet Thanksgiving très sensible aux États-Unis). Et même ce gouvernement — incapable de sortir de sa logique shadok consistant à appuyer toujours sur les boutons répression et confinement sans chercher à comprendre le mal qu'ils font — arrivera à se retenir d'appuyer trop fort sur leurs boutons préférés.

Bref, on commence vraiment à voir la lumière au bout du tunnel, il est très peu probable qu'on dépasse les 70 000 morts en France, et il est plausible qu'il n'y ait pas de troisième confinement et qu'on aille vers un retour à la normale progressif après une troisième vague d'ampleur modérée.

Seulement voilà, il y a ces nouvelles variantes du virus qui se sont développées au Royaume-Uni (lignée B.1.1.7 ou 20B.501Y.V1, examinée sous le nom de variante VUI-202012/01, puis VOC-202012/01) et en Afrique du Sud (lignée 20C.501.V2). Et là, on peut se demander si la lumière au bout du tunnel n'était pas, en fait, le phare d'un train qui approche en sens contraire.

Que faut-il en penser ? Je ne suis pas du tout compétent en virologie, donc je ne suis pas spécialement fondé à m'exprimer. Mais voici ce que je retiens de différentes lectures (notamment, pour le variant britannique : ce rapport sur l'émergence de la double délétion S:ΔH69&ΔV70, ces minutes d'un rapport NERVTAG sur le variant, ce rapport du consortium CoG-UK caractérisant le lignage émergent, ce rapport de l'ECDC, cette note d'information de Public Health England pour le grand public, cette page de la BBC aussi pour le grand public, ce résumé général dans Science, cette page sur les mutations au site S:N501, ce rapport technique de Public Health England, différents fils Twitter comme celui-ci par Emma Hodcroft, celui-ci par François Balloux et tout récemment celui-ci et celui-ci — et bien sur la page Wikipédia ; pour la variante sud-africaine, les sources d'informations sont beaucoup moins nombreuses et précises, mais il y a cette présentation au NGS-SA et la page Wikipédia est là) :

  • Deux variantes de SARS-CoV-2 sont apparues, à peu près en même temps, mais indépendamment, au cours des derniers mois, au Royaume-Uni et en Afrique du Sud. Les deux variantes comportent un nombre inhabituellement important de mutations, dont plusieurs sont à des endroits a priori biologiquement significatifs. Celle qui semble possiblement la plus significative (S:N501Y, cf. ci-dessous) est commune aux deux variantes. Cependant, cette mutation ainsi que d'autres qui semblent possiblement importantes ont déjà été observées, isolément, à plusieurs reprises par le passé (s'agissant de S:N501Y : dès avril 2020, au Brésil et aux États-Unis).
  • La proportion des échantillons séquencés qui relèvent de la forme variante a augmenté de façon très rapide, au cours des dernières semaines, chacune dans le pays concerné, au point que le variant représente maintenant une proportion très significative, voire dominante dans certaines régions, de tous les échantillons séquencés. (Au Royaume-Uni, la proportion des échantillons séquencés relevant de le variant a grosso modo doublé chaque semaine entre les semaines 42 et 47 au moins.)
  • Les experts du groupe NERVTAG ont conclu avec une certitude modérée que le variante britannique présentait une augmentation substantielle de transmissibilité sur la base de trois indices :
    • une croissance plus rapide du nombre d'échantillons séquencés correspondant à ce variant que pour les autres,
    • une corrélation entre les régions où ce variant est détecté (notamment le Grand Londres) et celles où la croissance épidémique est la plus forte,
    • et une corrélation entre le variant et une augmentation de la charge virale chez les patients le présentant (elle-même connue pour être associée à une plus haute contagiosité).
    Ils concluent à une transmissibilité plus élevée de 70% (chiffre qui a été beaucoup repris par la presse, mais qui résulte d'une modélisation assez hasardeuse sur la base des deux premiers indices ci-dessus).
  • La mutation S:N501Y (ce qui signifie que l'acide aminé 501 de la protéine S ou spike du virus, qui est normalement de l'asparagine (N) est remplacé par de la tyrosine (Y) dans le mutant), commune aux deux variantes, concerne le domaine de liaison de la protéine S du virus avec les récepteurs ACE2 des cellules humaines que le SARS-CoV-2 utilise pour pénétrer dans celles-ci ; la mutation en question semble augmenter la liaison de la protéine au récepteur (ce site montre +0.24 pour cette mutation N→Y à l'emplacement 501, mais je n'ai aucune idée de ce que ce chiffre signifie). Des variantes passées par d'autres espèces ont la même mutation ou une mutation au même endroit (la même S:N501Y pour des variantes passées par des souris ; et une mutation au même endroit, S:N501T, pour des variantes passées par des furets, c'est aussi une thréonine (T) qu'avait SARS-CoV-1 à l'emplacement homologue), mais il ne semble pas que la variante britannique ou sud-africaine soit passée par d'autres animaux.
  • La double délétion S:ΔH69&ΔV70 (c'est-à-dire l'effacement de l'histidine (H) à l'emplacement 69 et de la valine (V) à l'emplacement 70, toujours dans la protéine S) est possiblement associée à une évasion des anticorps humains.
  • Les experts pensent que le variant britannique, et possiblement aussi le sud-africain, ont probablement émergé par passage par une personne immunodéprimée qui aurait été traitée par anticorps (ce qui tend à sélectionner les mutations du virus résistant aux anticorps en question, et peut causer des accumulations de mutations).
  • La variante britannique ne semble pas particulièrement associée à une forme plus grave de la maladie. Il y a des suggestions que la variante sud-africaine le serait chez les jeunes, mais il n'y a pas l'air d'avoir de données claires derrières cette suggestion.
  • Les experts ne semblent pas trop inquiets quant au risque que la variante puisse rendre inopérants les vaccins développés, ni diminuer excessivement l'immunité des personnes immunisées par contact avec d'autres variantes.
  • Certains suggèrent l'hypothèse que la variante mutée aurait une capacité d'infecter les enfants que n'a quasiment pas la variante ancestrale (ce qui ne veut pas dire que l'infection serait grave chez eux, juste qu'elle serait beaucoup moins rare).

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(jeudi)

Trois remarques complémentaires sur le covid

Je rassemble ici trois remarques, sans grand rapport entre elles, répondant à, ou rebondissant sur, des commentaires sur ma dernière entrée au sujet du covid.

Différentes sortes de tests

Je remarque que je ne suis pas le seul à confondre tests d'anticorps (tests sérologiques, qui testent la présence dans le sérum d'anticorps synthétisés par l'organisme de la personne testée en réaction à une infection passée) et tests antigéniques (rapides, qui testent la présence d'antigènes du virus dans un prélèvement rhino-pharyngé). Pour mémoire, nous avons maintenant affaire à trois types de tests : ① les PCR, arrivés en premier, qui testent l'infection actuelle par la présence d'ARN viral (je renvoie à cette vidéo de mon ami Hervé Seitz pour plus d'explications à leur sujet), ② les tests sérologiques qui testent les anticorps à une infection passée, et ③ les tests antigéniques rapides, plus proches des PCR, mais qui présentent les différences d'être moins fiables (moins sensibles), beaucoup plus rapides, et plus en lien avec l'infectiosité de la personne testée (on teste, en quelque sorte, exactement ce qui va provoquer une infection chez autrui).

Les tests PCR sont ceux qui servent (en tout cas jusqu'à maintenant) à donner le nombre de positifs sur les différentes statistiques épidémiques : leur but est avant tout diagnostic, mais, faute de mieux, on les a utilisés comme dépistage. Les tests sérologiques devraient permettre de mesurer le taux d'attaque total de l'épidémie (nombre de personnes qui ont été infectées jusqu'à présent), mais dans les faits leurs résultats semblent varier de façon spectaculaire et j'ai l'impression qu'on ne peut pas en tirer grand-chose.

Les tests antigéniques sont ceux dans lesquels je place le plus d'espoir qu'on ait un bénéfice épidémiologique. Le fait qu'ils donnent un résultat vraiment rapide (en 30 minutes en gros) et qu'ils soient pratiqués simplement en pharmacie, donne l'espoir d'avoir un dépistage qui serve vraiment à quelque chose, parce que, pour l'instant, il faut bien admettre qu'on a pratiqué des quantités énormes de tests (PCR) qui n'ont servi absolument à rien (sans doute à cause du mythe que tel ou tel pays, peut-être la Corée du Sud, avait contenu l'épidémie parce qu'elle testait massivement). Autant l'idée de tester un pays entier d'un coup (comme l'a fait la Slovaquie) ne me semble pas terriblement féconde, autant tester régulièrement des gens, même apparemment sains, qui vont être dans des situations possiblement contaminantes (personnel soignant en EHPAD, population carcérale, population étudiante) me semble moins idiote. C'est au moins un élément de réponse crédible au désastre possible des fêtes de fin d'année.

Mais évidemment, pour que ça marche vraiment, il faut plein de conditions, l'une étant que la personne testée ne subisse pas d'effets négatifs si le résultat du test est positif. Je crains qu'une tentation vienne rapidement (à un gouvernement qui n'a toujours pas compris que la santé publique par la répression ne marche pas) d'imposer des obligations d'isolement après un test positif qui décourageraient les gens de se faire tester. Ceci est particulièrement vrai dans un pays qui a épuisé la population (et la bonne volonté de celle-ci) à travers des confinements répétés et insensés.

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(dimanche)

Le journal dans lequel je documente ma vie

J'y ai déjà fait allusion un certain nombre de fois dans ce blog (ici par exemple), mais sans en parler spécifiquement : depuis le 2001-01-01 (autrement dit depuis le début de ce millénaire, c'était une résolution du nouveau millénaire), je tiens un journal de ma vie, qui approche donc maintenant ses vingt ans. L'occasion d'en dire un peu plus.

La motivation pour commencer l'écriture de ce journal venait d'une certaine frustration, que j'ai ressentie notamment en rédigeant cette autobiographie (finissant grosso modo en 1996, donc il s'agit des vingt premières années de ma vie, et écrite pas très longtemps après) : celle de constater qu'il y avait énormément de choses que je n'arrivais plus à reconstituer (en quelle année avais-je fait ceci ou cela ?), celle de constater que mon propre passé était un mystère pour moi-même, que je devais me livrer à un travail d'historien, rassemblant des indices pas toujours très clairs (soit des souvenirs confus voire faux, soit de rares indices écrits ou matériels) pour retrouver quand et comment j'avais fait telle ou telle chose, et parfois sans succès. C'est particulièrement frustrant quand je sais que je m'embrouille facilement sur l'ordre chronologique.

Ce journal, donc, me sert essentiellement à répondre aux questions que je n'arrête pas de me poser : quand est la dernière fois que je suis allé à X ?, quand est la dernière fois que j'ai vu Y ?, est-ce que A s'est produit avant ou après B ?, qu'ai-je fait le reste de la journée où T s'est produit ?, ce genre de choses. Mais aussi qu'est-ce que je faisais il y a précisément un an (ou plutôt, 52 semaines) ? deux ? trois ? (cela me donne une certaine inspiration soit pour décider quoi faire aujourd'hui, soit pour comparer la manière dont ma vie a évolué), à quoi ressemblait ma journée typique il y a cinq ans ? dix ? quinze ? (et peut-être l'angoisse sous-jacente suis-je encore la même personne ?). Souvent le but est juste de répondre à ma curiosité ou de contenter mon désir de m'y retrouver dans mon propre passé, ou encore d'exercer ma mémoire (je peux prendre un jour aléatoire et essayer de le revisualiser aussi précisément que possible). Mais parfois aussi, ce journal me sert dans un but tout à fait pratique (retrouver quand j'ai acheté telle ou telle chose, quand j'ai accompli telle ou telle formalité, cela peut servir pour toutes sortes de raisons) ; avoir noté que telle ou telle chose était possible me sert à décider si ce sera refaisable (c'est notamment utile pour l'heure d'ouverture de tel ou tel commerce, qui n'est pas toujours trouvable autrement qu'en se cassant les dents dessus). Du coup, il s'agit aussi d'une sorte de bloc-notes général : je ne note pas seulement les choses que je fais, mais aussi toutes sortes d'informations générales sur les choses ou situations que je croise (par exemple, si j'achète un objet un peu inhabituel ou cher, je vais le noter, et peut-être noter son prix, ou son numéro de série, ou toute autre information de ce genre que je pourrais vouloir retrouver ultérieurement). Pour l'argent, je tiens aussi des comptes précis (avec GnuCash), mais mon journal sert pour les informations plus générales, et il m'est éventuellement utile de croiser les deux. Quand j'achète un livre, quand je commence ou finis de le lire, je le note, ou quand je vois un film.

Bien sûr, il est impossible de tout noter. Au bout d'un moment, ça commence à ressembler à une blague, ou quelque chose qui pourrait apparaître dans une nouvelle de Borges (ou, dans un autre registre, le personnage d'Astinus de la série Dragonlance, qui est certainement mon préféré dans cette saga) : si je pousse trop loin, je vais finir par écrire j'écris la phrase suivante, suivie par elle-même entourée de guillemets : j'écris la phrase suivante, suivie par elle-même entourée de guillemets. Il faut que je mette la bride sur mon obsession de tout documenter, et que je me retienne de trop entrer dans les détails. J'essaie de trouver un compromis raisonnable entre le temps que je passe à noter les choses et la satisfaction que m'apporte la relecture de ce journal : mais grosso modo, j'ai tendance à aller vers de plus en plus de détails avec le temps. À ce stade, je vais peut-être trop loin, j'en suis conscient, mais ma tendance naturelle est de penser qu'il vaut mieux perdre un peu de temps à noter des choses (et franchement, ce n'est pas énorme) que de regretter plus tard que l'information soit perdue à tout jamais.

Grosso modo, j'essaie de noter les noms des personnes avec qui j'ai une interaction significative au cours d'une journée (par exemple si je mange avec quelqu'un, ce sera noté, ou si je croise quelqu'un que je n'ai pas vu depuis longtemps, ou si j'ai une longue conversation ; mais si je dis bonjour en passant à un voisin je ne vais pas l'écrire, sauf s'il y a quelque chose d'inhabituel), les films que je vois, les livres que je lis (ou plus exactement, quand je commence et quand je finis), les lieux que je fréquente, les balades que je fais, les cours que je donne, les problèmes de maths sur lesquels je réfléchis (le sujet général plus que l'énoncé précis). Quand je prenais des leçons de conduite, je notais grosso modo par où nous étions passés et comment la leçon s'était déroulée. Si je fais une grosse insomnie, que je dors très mal, quelque chose de ce genre, je vais le noter, ou bien sûr si je suis malade. Je note aussi l'heure de beaucoup de choses (ça me sert à retrouver combien de temps il me faut pour faire ceci ou cela, ce qui est très utile pour planifier). Mais je ne note pas, par exemple, le détail de tout ce que je mange (sauf si le repas a quelque chose d'inhabituel). Ni le contenu de mes rêves que je me rappelle (j'avais un autre fichier pour ça, mais je n'y écris qu'extrêmement rarement). Ni les vidéos YouTube que je regarde (c'est une des limites arbitraires de l'exercice : le poussinet et moi avons tendance à regarder des films ou des documentaires pendant que nous dînons, je note leur nom dans mon journal, mais je ne vais pas noter si je regarde un documentaire du même genre pendant la journée, parce que si je commençais à noter toutes les vidéos que je regarde je n'aurais jamais fini). À l'époque bénie où il y existait des salles de sport, je notais les séries de muscles que je travaillais à chaque entraînement, mais pas le détail des exercices. Bref, on voit l'idée.

Il n'y a jamais rien de vraiment secret dans ce journal (j'ai d'autres mécanismes pour stocker ce qui est secret), même si, évidemment, la limite entre ce qui est secret, et ce que je veux seulement garder discret n'est pas toujours claire. Mais disons que je ne le montre à personne, même pas à mon poussinet (en revanche, je lui en lis souvent des bouts). En principe, je ne note que les choses qui me concernent moi, mais évidemment si quelque chose qui arrive à un ami ont un impact sur ma vie je vais le noter aussi.

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(samedi)

Leçons de la deuxième vague covid, et perspectives pour la troisième

Maintenant que le seconde vague épidémique de covid est en train de passer dans la plupart des pays européens, il est temps d'en tirer un premier bilan. Voici quelques leçons que j'en tire.

Premièrement, on ne comprend vraiment pas la dynamique de l'épidémie : on ne sait décidément pas expliquer les variations dans la vitesse de reproduction du virus. (En fait, on ne sait même pas bien les mesurer : la plupart des fluctuations apparentes sont sans doute de simples artefacts observationnels. Mais il y a de vraies fluctuations sous-jacentes, par exemple beaucoup de pays européens ont vu un mini-pic vers la mi-septembre, suivi d'une décrue début octobre, suivi de la vraie seconde vague, et. personne n'a d'explication qui tienne vraiment la route pour ce mini-pic et cette décrue.) Il est probable qu'elles résultent d'un certain nombre de causes, notamment environnementales (météorologiques ? médicales ?) et sociologiques, mais je pense que ce sont ces dernières qui dominent. (Les causes météorologiques me convainquent assez peu vu qu'on voit des phénomènes assez parallèles dans plein de pays européens au climat si différent, et vu que le nombre de reproduction n'a pas énormément bougé entre l'été et maintenant.) J'ai déjà expliqué qu'il était problématique que les épidémiologistes ne modélisaient pas du tout les comportements et structures humains (pas tellement du fait que ça limite leurs prédictions, mais surtout qu'ils ne sont pas clairs sur ce fait).

Le plus emblématique, donc, c'est qu'on ne sait finalement pas pourquoi le virus fait des pics épidémiques, puis reflue, puis revient (je rappelle que le modèle SIR ne prédit rien de ce genre ; d'ailleurs, les gens qui faisaient du SIR semblent avoir fondu comme neige au soleil). En mai, l'explication semblait évidente : on a fait un confinement, il a fait reculer l'épidémie, puis elle revient une fois le confinement levé (mais déjà il y avait quelque chose de bizarre : pourquoi est-ce qu'elle a attendu si longtemps pour revenir ? on se raccroche à des hypothèses comme mais toutes sortes de mesures n'étaient pas vraiment complètement levées en juin, mais du coup elles suggèrent qu'on peut contenir l'épidémie avec des mesures très faibles, alors on ne comprend pas pourquoi ça ne marche plus en octobre). Comme quasiment tout le monde a fait des confinements, ce n'était pas vraiment possible de tester s'ils y étaient vraiment pour quelque chose.

Or maintenant, il est de moins en moins clair que les confinements ou autres mesures très strictes décrétés d'en haut aient un impact très important.

Le problème pour conclure qu'ils en ont, c'est qu'on est toujours sur le schéma suivant : l'épidémie prend de plus en plus d'ampleur, tout le monde s'en inquiète, les gouvernements notamment s'en inquiètent, ils ordonnent différentes mesures, la vague épidémique passe… mais comment savoir si la vague épidémique passe parce qu'ils ont pris ces mesures, ou parce que tout le monde s'en inquiète ? comme les attitudes des gouvernements reflètent au moins en partie celle de la population, au moment où ils prennent des mesures, et notamment celle de confiner la population, la population avait probablement déjà changé ses comportements, donc le fait que la vague passe ne prouve en rien que les mesures étaient efficaces (et encore moins qu'elles étaient efficaces directement et pas efficaces indirectement, c'est-à-dire par leur impact psychologique, dont la menace est d'ailleurs peut-être plus forte que la réalisation). Peut-être même que les pics épidémiques passent pour des raisons qui ne sont ni sociologiques ni liées aux mesures décrétées, juste au bout d'un certain temps, toujours à peu près le même (je n'y crois pas trop, mais il faut au moins envisager cette hypothèse) : le fait que les mesures prises soient toujours à peu près au même moment rend de nouveau difficile à trancher à ce sujet.

Simplement, ce qui a changé par rapport à la première vague, c'est que tous les pays n'ont pas pris des mesures aussi drastiques (certains ont refusé de lancer un deuxième confinement, se contentant de mesures plus locales ou de fermetures de commerces, voire de simples recommandations), et on ne peut pas vraiment dire qu'il y ait eu de différence spectaculaire entre l'allure de leurs vagues épidémiques et celles de pays qui ont pris des mesures fortes. La même chose vaut entre états des États-Unis, où il n'est pas du tout clair que les mesures fortes aient vraiment eu un impact énorme. Comme il est difficile de procéder à des comparaisons entre pays ou régions, on ne peut pas vraiment conclure grand-chose. Beaucoup de pays ont pris des mesures bien moins draconiennes pour la seconde vague que pour la première et ne s'en sont pas plus mal tirés : on pourra dire que c'est parce que cette seconde vague était moins grave pour commencer. Mais il est au moins clair que certains pays (ou certaines régions) ont passé un pic épidémique sans avoir connu de confinement, ou avant que ce confinement soit mis en vigueur.

Il est aussi clair que la covid n'a été vraiment catastrophique dans aucun pays, quelle que soit sa réaction (mesures drastiques ou non) : le pire semble avoir été en Belgique, avec 0.15% de sa population, ce qui représente environ deux mois de mortalité toutes causes, ou quelque chose comme une semaine d'espérance de vie perdue moyennée par habitant, c'est beaucoup, mais ça ne ressemble absolument pas aux scénarios apocalyptiques que certains annonçaient. (Évidemment, ça n'empêche pas certains de jouer au no-true-Scotsman : ah oui mais les pays qui n'ont pas fait grand-chose sont justement ceux qui ont des circonstances X ou Y ou Z qui les sauvent par ailleurs. Ce genre d'argument est par construction essentiellement impossible à réfuter.)

(Si aucun pays ne se sort vraiment très mal de la pandémie, il y en a en revanche qui se sortent très bien. On peut se demander à quoi c'est dû. Là je suis tout à fait prêt à croire que leurs méthodes imposées par en haut y sont pour énormément (même si on peut avancer des hypothèses alternatives, comme une immunité qui serait conférée par un autre coronavirus qui aurait circulé de façon préalable dans les régions du monde en question, je trouve que ça ne passe pas vraiment le rasoir d'Ockham). La question se pose éventuellement de savoir si le bénéfice de ces méthodes justifie leur coût sociétal ou humain — par exemple fermer les frontières ou imposer des quarantaines très strictes aux malades. Mais surtout, ces méthodes ne sont visiblement pas facilement transposables, vu que beaucoup de pays ont essayé sans succès de les transposer, peut-être parce qu'elles dépendent parfois de conditions comme être une île ou être un état totalitaire. Peut-être aussi qu'elles dépendent simplement de la chance, comme le fait que certains pays européens ou régions françaises n'ont pas eu de première vague, ce qui ne les a pas empêchés d'être touchés par la seconde, visiblement ce n'était pas parce que leur technique était parfaite. Et l'analyse de leur succès est souvent douteuse : pendant la première vague, on avait beaucoup dit de la Corée du Sud, par exemple, que leur succès venait du fait qu'ils testaient massivement, mais maintenant l'Europe teste beaucoup plus, on se rend compte que la Corée du Sud a un taux de létalité observé quasiment double de celui de l'Europe, ce qui est le signe qu'ils ratent plein de cas, donc l'analyse devait être complètement fausse.)

Pour être bien clair, je ne dis pas que le second confinement en France n'a eu aucun effet : mais cet effet était certainement plus d'accélérer une décroissance post-pic, qui a effectivement été spectaculairement rapide, que de provoquer le pic lui-même, i.e., d'amorce cette décroissance. (Et il est possible que ça ait tellement fait régresser l'épidémie qu'on ait un contrecoup parce que les gens ne la prendraient plus au sérieux. je vais y revenir. La décroissance au forceps n'est pas forcément une stratégie rentable.)

Pour être bien clair, aussi, je pense que les mesures « au long cours », comme le port des masques dans les lieux clos, l'insistance sur la nécessité d'isoler les malades, les tests pratiqués avec discernement, toutes les mesures qui prennent les gens pour des adultes avec qui il faut dialoguer et pas des enfants qu'il faut menacer, sont, quant à elles, tout à fait efficaces. (Je vais parler plus loin des vaccins.) Je ne critique ces mesures que quand elles partent dans la surenchère absurde (comme quand on se met à imposer le port du masque même dans les parcs naturels ou au volant d'une moto).

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(mardi)

Quelques mots sur mes adresses mail

Je vais faire une nouvelle tentative pour parler d'autre chose que de covid en abordant la question de mes adresses mail, qui sont assurément une source de confusion pour les gens qui veulent m'écrire, et éventuellement une légère source d'embarras quand on me demande quelle est mon adresse mail.

La première adresse que j'ai eue pour moi personnellement (il m'était arrivé auparavant de me faire adresser des courriers à mon papa) est quand je suis entré à l'ENS en septembre 1996 : c'était donc logiquement david[point]madore[arobase]ens[point]fr. Je m'en suis servi pour tout mon courrier, personnel ou académique. J'ai commis l'imprudence (j'étais jeune, naïf et innocent, à l'époque) de poster sur Usenet avec, et de la mettre en clair dans des pages web. J'ai donc commencé à recevoir des quantités impressionnantes de spam dessus.

Cette adresse m'a duré assez longtemps : j'ai été élève de l'ENS de 1996 à 2000, puis j'ai demandé que mon adresse soit prolongée un certain temps (à l'époque ça ne faisait guère de difficulté), et j'y ai été enseignant de 2004 à 2007 (et j'en ai profité pour demander que mon compte sur les machines élèves soit prolongé, parce que c'est ce que j'avais l'habitude d'utiliser). Mais il est devenu clair que je devais chercher un système plus pérenne : je n'allais pas pouvoir demander des prolongations indéfinies, et de toute façon l'utilisation de cette adresse était problématique à cause de la quantité de spam qu'elle recevait. En avril 2005, j'ai acheté le domaine madore.org et j'ai commencé à basculer mon mail et mon site web dessus. Mon adresse mail à l'ENS (c'est-à-dire, la redirection vers ma nouvelle adresse) a cessé de fonctionner vers 2014 (c'était d'ailleurs assez cavalier : le mot de passe de mon compte ne fonctionnait plus depuis un moment, mes demandes à le faire changer étaient ignorées, et un jour il a été supprimé de façon automatique). Je considère maintenant que quiconque se préoccupe un peu de la pérennité des liens et adresses ne devrait jamais publier un email institutionnel mais uniquement dans un domaine qu'il détient (ce qui n'interdit pas, évidemment, de rediriger vers un mail chez gmail.com ou univ-paris-42.fr ou quelque chose comme ça).

L'avantage de gérer moi-même mon serveur mail est que je peux le configurer comme je veux, par exemple ajouter toutes sortes de filtres, y compris rejeter des mails dès la conversation SMTP (ne même pas accepter de les traiter) ou ce genre de choses. L'avantage aussi, c'est que je peux me fabriquer autant d'adresses que je veux. Il y a éventuellement le problème que je dois me préoccuper de la réputation de mon serveur (s'il est considéré comme source de spam, je pourrais être blacklisté par tel ou tel fournisseur) : je ne crois pas avoir eu trop de problème de ce côté-là, même si certains de mes mails ont parfois semblé disparaître mystérieusement, j'ai toujours trouvé une explication ailleurs.

J'ai évidemment reçu une adresse mail quand je suis rentré à Télécom Paris, qui s'appelait encore l'ENST quand je suis arrivé, en 2007 : c'était donc david[point]madore[arobase]enst[point]fr (mon papa m'avait fait remarquer que c'était commode, il suffisait d'ajouter une lettre à mon adresse précédente). Mais j'ai vite compris que ce serait une très mauvaise idée de m'en servir pour mon courrier personnel, ou même de la mélanger avec : comme mon adresse à l'ENS, elle ne serait pas pérenne (même si j'avais, cette fois, un poste permanent), mais aussi, elle recevait, et continue de recevoir, des quantités hallucinantes de « quasi-spam », c'est-à-dire de la pub académique, notamment pour un nombre fou de conférences qui ne m'intéressent jamais, pour des offres d'emploi internes, etc. Je m'en sers uniquement pour ce qui est strictement en rapport avec mon travail à Télécom Paris (l'organisation des cours, ce genre de choses), et je déconseille fortement de m'y écrire pour quoi que ce soit d'autre. Accessoirement, comme Télécom Paris change de nom tous les quelques années (ça a été l'ENST, comme je disais, puis Télécom ParisTech, ça a failli être Télécom ParisSaclay, et maintenant c'est Télécom Paris… depuis que ce n'est plus du tout à Paris), j'ai collectionné les domaines où on peut m'écrire, mais tous ceux-là arrivent au même endroit.

Bon, mais du coup, dès lors que j'avais ce domaine madore.org et la possibilité de créer autant d'adresses que je voulais, quelle adresse créer effectivement dessus ?

Le plus évident aurait été david[arobase]madore[point]org, tout simplement. Je n'ai pas créé cette adresse, et de fait, elle ne fonctionne pas. C'est voulu et assumé : si je créais et publiais cette adresse « naturelle », je me coinçais avec elle, tout le monde aurait naturellement envie de m'y écrire, et ce serait beaucoup moins évident de revenir dessus si, par exemple, elle se mettait à recevoir du spam, que si elle envoie de façon persistante un message d'erreur (raisonnablement explicatif sur comment m'écrire).

À la place, j'ai adopté le principe suivant, qui me semble toujours raisonnable même si les détails de comment je l'ai appliqué sont regrettables : à chaque usage différent du mail, à chaque raison de m'écrire, voire à chaque expéditeur, doit correspondre une adresse mail différente, même si ces adresses aboutissent in fine, au même endroit (mais peuvent être traitées différemment). Je m'explique.

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