David Madore's WebLog: 2010-02

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in February 2010 / Entrées publiées en février 2010:

(dimanche)

Pourquoi je ne sais pas écrire des entrées courtes ?

Je ne comprends pas comment les gens arrivent à twitter. Enfin, peut-être que je comprends comment on peut faire des posts de taille SMS : ce sont plutôt les blogueurs qui arrivent régulièrement à écrire des entrées d'environ 200 mots qui m'impressionnent. Moi, à chaque fois que je me lance sur un sujet, j'en écris des tartines[#]. Même quand je commence en me disant, bon, vraiment, sur ce sujet-là, je n'ai pas énormément de choses à dire. Surtout quand je commence mon entrée par je vais essayer de dire un mot rapide sur <telle ou telle chose>, sorte d'incantation propitiatoire que je finis en règle général par retirer quand je me rends compte qu'elle est devenue totalement ridicule. Et pourtant, je n'ai pas l'impression de délayer. Et pourtant, je n'étais pas mauvais à l'épreuve de résumé en français au lycée (d'ailleurs, je me faisais un point d'honneur de toujours produire le nombre exact de mots demandé, sans jamais taper dans la marge ni dans un sens ni dans l'autre : si on peut faire N mots à 10% près, ce n'est pas beaucoup plus dur de faire N mots exactement).

Du coup, évidemment, je poste peu : quand je commence à écrire quelque chose, je sais que presque toujours il me faudra des heures pour finir. Du coup, aussi, j'ai un backlog énorme d'idées que je me dis qu'il faut que je développe un jour, voire d'entrées commencées et jamais finies.

Il y a au moins une raison que je comprends : j'ai du mal à entrer en matière ou à passer d'une partie à une autre. Je suis beaucoup plus efficace quand il s'agit de répondre à ce que quelqu'un à dit que quand il s'agit de dire quelque chose moi-même (où je me sens obligé de situer le problème, de rappeler plein de choses à son sujet, etc, de ménager des transitions…).

[#] Sauf pour mes fragments littéraires gratuits, qui ont effectivement tendance à être courts, mais qui n'en sont pas moins longs à écrire (je peux passer facilement une nuit entière sur deux paragraphes).

(mercredi)

The colors of the rainbow, so pretty in the sky

Ruxor et le poussinet ont le plaisir de vous faire part de leur PACS, enregistré en grande solennité dans l'ambiance chaleureuse et conviviale du greffe du tribunal d'instance du 13e arrondissement de Paris.

Sérieusement, je n'ai pas souvent vu des endroits aussi glauques et sinistres que le hall d'entrée de ce tribunal d'instance : imaginez une porte d'entrée comme dans une église, qui débouche sur un immense escalier éclairé par deux néons blafards en fin de vie, d'où on peut accéder à un couloir très étroit et haut, lui aussi éclairé de par des néons blafards (quoiqu'en meilleur état), flanqué de banquettes, et dont la seule ouverture transparente est un hygiaphone (je pensais que ça n'existait plus depuis vingt ans) pour parler à un guichetier. Quant à la solennité : on donne tout un tas de papiers au guichetier (celui qui parle par hygiaphone), il vous donne un rendez-vous environ une semaine plus tard, et une semaine plus tard on rencontre la greffière (qui, au moins, est aimable et a un bureau moins sinistre que le couloir qui y mène) qui appose un tampon et une signature sur la convention qu'on avait déposée. Voilà, on est PACSés.

(samedi)

J'ai senti de nombreux parfums

Comme je le suggérais dans l'avant-avant-dernière entrée, j'ai commandé toutes sortes de parfums de la Demeter Fragrance Library, pour toutes sortes de raisons allant entre c'est une odeur que j'adore et je suis vraiment curieux de savoir comment ils ont rendu ça. J'ai d'ailleurs été un peu fou[#] en achetant des petits flacons de 17 parfums différents (et ils m'en ont offert un 18e). Globalement je suis satisfait : quand ils affirment que ça sent X, je trouve effectivement que ça sent X ou, en tout cas, que ça évoque X à mon cerveau (ou au moins qu'il accepte l'idée que ça sent X). Une nuance, toutefois : j'ai certes fait l'essai en sentant moi-même les parfums à l'aveugle, mais je savais ce que j'avais commandé. Quand j'ai fait l'essai avec mon poussinet (qui, lui, ne connaissait pas du tout la liste des parfums censés figurer), les résultats ont été beaucoup moins bons (il faut dire qu'il était un peu enrhumé, ça a pu jouer). Un autre phénomène, agaçant, est que l'intensité d'un parfum, et aussi la proportion dans laquelle on sent le solvant (de l'alcool) varie de façon incompréhensible : je peux ouvrir le même flacon à quelques heures d'intervalle et trouver une fois que oui, ça sent tout à fait ça, et plus tard que non, ce n'est pas du tout la bonne odeur. Bref :

Rose (bulgare)
Ça c'est l'odeur la plus immanquable : la fleur par excellence, tellement doucement parfumée ; j'adore, et je la reconnais les yeux fermés sans hésiter. (En cuisine, je raffole les desserts parfumés à la rose.) Mon poussinet l'a pris pour de la violette, ce qui est quand même le signe qu'il n'est pas très fort en reconnaissance olfactive.
Néroli (ou fleur de bigaradier)
Je suis un peu perplexe : je n'arrive pas à décider clairement si oui ou non ceci est la même chose que l'odeur dont j'ai l'habitude sous le nom d'eau de fleur d'oranger, dont je raffole en cuisine (comme pour la rose) et qui est aussi, si je ne m'abuse, un abus de langage pour la fleur de Citrus aurantium var. bigaradia. Ou plutôt, je vérifie en comparant à une bouteille d'arôme de fleur d'oranger de cuisine que c'est bien la même odeur, mais elle ne m'affecte pas de la même façon… (et mon poussinet, lui, ne l'identifie pas du tout) c'est peut-être du fait d'être dissoute dans de l'alcool plutôt que dans de l'eau. Ça n'empêche que j'aime ça.
Fleur de cerisier
(C'est le parfum qu'on m'a offert sans que je l'aie choisi.) Je connaissais cette odeur sucrée (peut-être un peu trop douceâtre, en fait), mais je ne savais pas ce que c'était. Maintenant je saurai !
Infusion de coriandre
J'adore le goût de la coriandre (je l'ai déjà dit), mais il s'agit alors de la feuille : je n'ai pas d'idée claire sur l'odeur, et en l'occurrence je crois que l'infusion est plutôt faite à partir de la graine que de la feuille. En tout cas, ce parfum ne m'était pas familier, même s'il m'a paru plutôt plaisant. Mon poussinet l'a décrit comme l'odeur d'un bonbon trop sucré pour les enfants.
Gin tonic
(J'ai eu celle-là parce que j'ai commandé un lot de quatre dont elle faisait partie.) Je ne connaissais pas vraiment cette odeur, dont la composante essentielle doit être celle des baies du genévrier. Mon poussinet l'a décrite comme une odeur fraîche, rappelant un peu le savon, et je suis plutôt d'accord.
Chewing gum
Avec la rose, c'est l'odeur la plus facile à identifier : oui, il n'y a pas l'ombre d'un doute, et pas non plus de meilleure description, c'est du chewing gum. À la fraise, je dirais.
Vanille (de Hawaï)
Comme pour la fleur d'oranger, c'est peut-être à cause du fait qu'elle est en solution dans de l'alcool que je ne l'identifie pas aussi bien que je devrais (alors qu'en comparant avec de la vanille de cuisine, je dois bien reconnaître que c'est la meme odeur). Mon poussinet l'a identifiée comme la barbapapa, ce qui est probablement assez juste en fait (ça doit être surtout la vanilline qui donne l'odeur et le goût de la barbapapa, parce que sinon c'est juste du sucre).
Vagues de Hawaï
Celle-ci est extraordinaire : peut-être ai-je été guidé par le fait que je savais que j'avais acheté ce parfum (encore que je ne pensais pas vraiment au fait que surf désigne le déferlement des vagues), mais quand je l'ai senti j'ai immédiatement identifié la plage (pas juste n'importe quelle odeur marine, mais spécifiquement la plage). La description qu'en fait Demeter est certes romancée mais pas imméritée. Mon poussinet, lui, n'a pas été convaincu : il a reconnu une odeur fraîche, sans plus.
Lavomatic
Intéressant. Je ne sais pas si je saurais dire que ça sent très précisément la blanchisserie ou la lessive, mais il est sûr que ça sent le frais et le savon (ça a été aussi la réaction à l'aveugle de mon poussinet).
Pur savon
Assez proche du précédent, peut-être un peu plus léger et plus sucré.
Pluie
Une de celles qui m'ont le plus étonné : je pensais qu'il était impossible de reproduire l'odeur de la pluie (enfin, l'odeur que la pluie nous évoque, ou l'odeur qu'elle fait ressortir, parce qu'elle ne doit pas en avoir des masses en soi). Pourtant, quand je l'ai senti le flacon, j'ai instantanément su que c'était ça : quand je la sens, j'ai vraiment cette idée de la fin d'une pluie d'été à la campagne, quand il fait frais et qu'on a une impression de propreté qui se dégage de ce parfum dans l'air. J'aimerais bien savoir ce qu'ils ont mis dedans pour arriver à recréer ça ! Mon poussinet a peut-être un indice, parce que, pour lui, ça n'évoque pas du tout la pluie : ça lui fait penser à la pastèque (‽).
Neige
Ce n'est peut-être pas aussi réussi que la pluie, mais j'aime beaucoup aussi. C'est aussi une odeur qui évoque le frais et le propre, je ne sais pas vraiment si j'associe à la neige, mais mon poussinet a dit que ça lui faisait penser à la montagne.
Cuir
La première fois que j'ai senti ce flacon, je n'étais pas trop convaincu, mais c'est peut-être parce qu'il était trop froid (je venais d'être livré, et il faisait froid dehors : cela doit diminuer la volatilité des essences), parce que maintenant je trouve que c'est absolument parfait. Le cuir de vachette, je dirais même : encore une odeur que j'aime bien.
Poivre noir
Ce n'était peut-être pas la peine de payer pour une odeur que je peux trouver facilement dans ma cuisine, mais voilà, la recréation est parfaite.
Sciure
Une odeur peut-être un peu trop subtile. On y croit, mais on ne la sent vraiment pas assez fort pour identifier plus loin que le bois.
Cheminée
Un peu la même mais en plus fort : elle évoque plus du vieux bois qui sent bon (c'est la description que mon poussinet a faite) que précisément un feu. Moi j'avais pris ça pour la sciure, justement.
Foin frais
Décevante. Je peux réussir à me convaincre que c'est ça, mais ça demande un certain effort. Mon poussinet, lui, n'y croit pas du tout : il dit même que c'est l'odeur du polystyrène dissous dans de l'acétone (sic !).
Pâte à modeler
Je n'aime pas : même si, objectivement, je dois bien reconnaître que c'est la bonne odeur, elle « ne sent pas comme elle devrait ». Ça fait surtout penser à un solvant chimique.

Voilà, je ne sais pas si j'essaierai de porter un de ces parfums comme eau de toilette, mais comme source d'inspiration, je trouve ça vraiment intéressant.

[#] Un peu fou, mais il fallait bien acheter en nombre sinon les frais de port (indépendants de la quantité) sont exorbitants en proportion. Les frais de port et, bien sûr, les scandaleuses charges additionnelles qu'UPS ajoute aux droits de douane et qui ne sont expliquées nulle part. (Autant payer 20€ de taxes sur 100€ d'achats ne me semble pas abusif, autant que le transporteur ajoute encore 13€ hors taxes, indépendamment du prix des objets transportés, pour les deux minutes de main d'œuvre que doit représenter le fait de présenter le colis aux douanes, à moins que l'employé d'UPS qui passe ces deux minutes soit payé 15k€ par mois, je trouve que c'est vraiment du vol.)

(samedi)

J'ai goûté au fruit miracle

Comme je le disais dans l'avant-dernière entrée, j'ai achetédes bonbons au Synsepalum dulcificum, également connu sous le nom de fruit miracle, ce fruit (ou plutôt une glycoprotéine qu'il contient, la miraculine) qui a la propriété extraordinaire de modifier pendant environ une heure la réaction des papilles gustatives de sorte que tout ce qui est acide (ou peut-être aussi amer) devient sucré.

L'effet n'est pas aussi puissant que certains le prétendent (ou peut-être que je n'ai pas assez laissé fondre le bonbon sur ma bouche), mais il est tout de même assez fort pour ne laisser aucun doute. Le bonbon lui-même (je ne sais pas pour le fruit) n'a pas beaucoup de goût, le peu de goût que je sentais rappelait vaguement le pain, peut-être était-ce juste une base de support de la pastille. Ensuite, j'ai goûté un pamplemousse un peu acide, un citron, et une petite cuiller de vinaigre. Le goût acide lui-même ne disparaît pas : il est juste masqué par une sensation agréable de sucré, mais on le sent encore. Une fois que le bonbon a eu agi, le pamplemousse m'a semblé idéalement sucré, et j'ai mangé le citron comme on mange une orange, il m'a semblé délicieux, juste acidulé mais vraiment plaisant au goût. (Il faut que je précise que même sans fruit miracle, j'ai une assez bonne résistance à l'acide, et même si je n'irais pas jusqu'à manger un citron entier à pleines dents, j'en mange volontiers une rondelle et je n'ai rien contre un pamplemousse un peu acide.) C'est sur le vinaigre que l'effet était le plus fort : cela l'a transformé en une sorte de sirop au vinaigre, que je ne qualifierais pas de bon, mais assurément intéressant. (Là je dois préciser d'une part que j'aime assez bien le vinaigre dans les vinaigrettes, ou le vinaigre balsamique, et d'autre part qu'il s'agissait dans mon expérience d'un vinaigre d'alcool dont la fonction est plus de détartrer les bouilloires que de servir en cuisine.)

J'ai aussi goûté quelques choses épicées, qui m'ont semblé un peu sucrées, mais pas suffisamment pour que je sache s'il y avait vraiment un effet, ou si c'était psychologique, ou si c'était le reste du vinaigre ou je ne sais quoi encore. A priori, le « goût épicé » n'est, justement, pas vraiment un goût. Je ne sais pas si le fruit miracle devrait opérer dessus. Je n'ai pas non plus eu d'explication claire sur le fait qu'il opérait ou pas sur l'amer : il faudra que j'essaie avec un café. (Si c'est le cas, je trouverai ça plus frapppant, parce que j'aime beaucoup moins l'amer que l'acide : notamment, je sucre toujours beaucoup mon café.)

J'ajouterai peut-être à cette entrée une description d'autres expériences de comment le goût des aliments est transformé par la miraculine.

Ajout (2010-02-15T14:00+0100) : J'ai essayé avec du café (non sucré), ça ne change absolument pas le goût du café. J'en conclus que ça ne doit pas agir sur la perception d'amertume (mais peut-être que beaucoup de substances amères sont aussi acides).

(Friday)

Gratuitous Literary Fragment #129 (three roses)

Three roses were marked on the Sigil. Three roses I was to seek.

The first grew on the lonely grave of Hölderlin overlooking the Neckar. Its scent has the sweetness of Erato's kiss mingled with the sorrow of unrequited love. Water and Earth are its elements. Many a soldier died while defending its purity; many a young girl saw its hue in a dream; and many a thumb was pricked on its thorn. This is the rose of happy days and forlorn hopes at once; it is the rose that lives beyond the night. Cherish it, the Oracle told me, for this rose is your ally.

The second was a present from the emperor of China to a foreign ambassador. Its colour is the dazzling brightness of the sun seen by the eyes of Leonardo. Air and Fire are its elements. It has but a single thorn, and that thorn is poisonous as a serpent's tooth. This is the rose of wisdom and folly; it is the rose that dies in flames. Respect it, the Oracle told me, for this rose is your master.

The third was lit by seven stars and surrounded by seven stones on a clear spring night. It has no thorns, for it needs no thorn. It is watered by tears and blood, and Evil cannot touch it: only a butterfly has drunk from it. No man has ever seen it, yet all know of it, for it is the rose of Time. Fear it, the Oracle told me, for this rose is your doom.

(vendredi)

Librairie d'odeurs, et autres choses merveilleuses

Une des choses que j'aime, sur le Web, c'est découvrir qu'on peut y acheter pour pas trop cher les choses les plus délicieusement incongrues. J'étais devenu tout fou, par exemple, quand j'avais appris qu'on pouvait acheter des rubis et saphirs de synthèse à un prix complètement ridicule. (J'ai aussi été amusé d'apprendre qu'on pouvait trouver des (faux) billets d'un million de dollars : je n'en ai pas commandé, mais dans ce genre d'idées j'ai acheté de l'argent céleste dans le supermarché Tang frères pas loin de chez moi). Les pointeurs laser, même verts, ne sont pas une nouveauté, mais de façon générale on peut trouver quantité de choses invraisemblables et rigolotes pour les geeks chez ThinkGeek : j'ai tout récemment commandé, par exemple, des bonbons au fruit miracle (si vous ne savez pas ce que c'est, lisez Wikipédia, parce que c'est vraiment surprenant ; j'en reparlerai quand j'aurai reçu ça). Je passe sur les bouteilles de Klein, les démotivateurs et autres trucs vraiment absurdes, parce que je m'écarte du sujet, là.

Mais là je viens d'apprendre l'existence d'un site marchand qui me rend aussi fou que celui des pierres précieuses : cette librairie d'odeurs, qui recrée en petites bouteilles un nombre incroyable de parfums dont beaucoup de classiques mais aussi des très étonnants : barbapapa, cuir, serre, poussière, bûcher feu de joie, sciure, concombre, lavomatic (si, si), peinture, crayon de couleur, pâte à modeler, homard (ça me fait vraiment penser à ce sketch, là) ou encore ver de terre (?! j'imagine des gens achetant un parfum à l'odeur de ver de terre en se disant ce n'est pas possible, je me demande si ça a vraiment l'odeur du ver de terre, et se sentant ensuite un peu con de découvrir que si, ça a vraiment l'odeur du ver de terre… bon, en fait, ils prétendent que c'est plutôt l'humus qu'ils ont voulu reproduire). Et à mes yeux peut-être les plus intrigants : pluie et neige !

Si ces parfums sont assez bien rendu, tout ça est absolument génial. J'ai toujours été fasciné par la façon dont les parfums nous évoquent si fortement des choses même quand nous n'arrivons pas à remettre le nom dessus, ou peuvent faire ressurgir des souvenirs oubliés[#]. Je me demande quel effet on produit en portant une eau de toilette à l'odeur de betterave ou de poudre à bébé. Enfin, je cite là les parfums incongrus, mais je me retiens surtout très fort de faire une razzia sur les odeurs simples mais que j'aime beaucoup (comme la fleur d'oranger, la coriandre, le foin fraîchement coupé et le bambou — bizarrement ils n'ont pas la citronnelle).

[#] Je pense par exemple à la fois où on m'a fait sentir l'odeur de l'amaretto, cette odeur d'amande sucrée et concentrée alliée à celle de l'alcool : je savais que ça m'évoquait très nettement quelque chose, mais je n'ai pas réussi à retrouver quoi jusqu'à ce que quelqu'un dise, mais oui, c'est la colle Cléopâtre de quand nous étions à l'école primaire ! Le nom ne m'aurait rien dit comme ça, mais avec l'odeur de l'amaretto, j'ai tout de suite repensé à ces petits pots de colle blanche un peu pâteuse qu'on tartinait avec une spatule fixée au couvercle du pot, et qui sentait tellement les amandes qu'on avait presque envie d'en manger.

(jeudi)

Brioches chinoises

Dans un restaurant chinois pas loin de chez moi et où j'aime bien aller (le Village Tao Tao, pour les connaisseurs), il y a parmi les desserts un truc, que j'aime énormément, appelé :

brioche au lait et aux œufs (kayé)

(je ne sais pas si kayé est une transcription d'un mot chinois ou une tentative d'écrire le mot français caillé, s'agissant peut-être du lait — vu que la carte du restaurant est plutôt moins du petit nègre que le restaurant chinois typique, je ne crois pas trop à cette deuxième hypothèse, mais bon, je n'en sais rien), et en chinois

椰汁奶皇包

(je ne connais rien du chinois, donc j'ai eu du mal à les trouver, mais je suis quasiment sûr que ce sont bien ceux-là).

Je crois vaguement que les deux premiers idéogrammes (椰汁) désignent le jus de coco. C'est bizarre, parce que je suis quasiment certain que ce qu'on m'a apporté ne contenait pas la moindre trace de noix de coco. La description française, par contre, colle très bien avec le goût de la chose, et quant à son apparence, elle ressemble tout à fait à ce qu'on trouve en cherchant les trois derniers idéogrammes (奶皇包) dans Google images (mais moins si on met les cinq).

Voilà pour les données du problème. Les questions que je me pose (si par hasard j'ai des lecteurs connaissant le chinois et la gastronomie chinoise, ce qui est plausible vu que mes lecteurs sont infiniment intelligents et cultivés[#] sur tous les domaines possibles) :

[#] Flattery will get you nowhere, but don't stop trying… Enfin, mes lecteurs sont à l'image du blog qu'ils lisent. ☺

(mercredi)

Je ne sais pas comment enseigner

Je ne sais pas comment enseigner, pourtant c'est mon métier : quand je dis ça, je ne veux pas dire que je suis mauvais enseignant (c'est un peu difficile d'avoir du retour à ce sujet, d'ailleurs, donc je n'en sais rien). Ce que je veux dire, c'est que je n'ai pas de grande théorie sur la façon dont il faut enseigner.

Je dis ça parce que c'est incroyable combien d'enseignants, ou même de gens qui n'ont jamais enseigné, ont des idées, voire des théories (des grandes théories), sur l'enseignement, à tel ou tel niveau : sur ce qui ne va pas, sur les raisons de ce qui ne va pas, et parfois sur ce qu'il faudrait faire pour que ça aille (mieux). Pourquoi le niveau baisse, comment il faudrait motiver les étudiants, discipliner les lycéens, ou apprendre à lire aux enfants en primaire : pour chacune de ces questions et pour bien d'autres, il y a des gens qui proposent des solutions miracles.

Miracles, parce qu'on en est un peu comme à l'époque de la médecine pré-scientifique : sans doute y a-t-il des bonnes idées dans tout ça, et certainement il y a beaucoup de constatations très justes — mon intention n'est pas de me moquer des gens qui proposent leur remède, surtout s'ils le font avec une certaine humilité — juste de remarquer que tout est terriblement empirique. Mais je ne sais même pas comment on pourrait dépasser ce niveau empirique pour faire de la pédagogie une vraie science.

((Il serait d'ailleurs intéressant de mener des expériences au moins à une échelle limitée : trouver des volontaires, de niveaux normalisés, qui seraient payés — comme un job d'été, si j'ose dire — pour recevoir un cours dans un certain domaine, mais dispensé selon des méthodes pédagogiques différentes, leur niveau étant ensuite évalué en aveugle. Mais comme l'ampleur de l'expérience serait forcément limitée, comme il n'est pas évident d'isoler les méthodes pédagogiques à contraster, et comme la façon d'évaluer est elle-même sujette à débat, ces expériences seraient nécessairement très imparfaites. Ce qui ne veut pas dire dénuées de valeur. Peut-être ont-elles déjà été tentées, en fait, je n'en sais rien.))

Ce que je constate notamment, c'est la tentation pour chaque enseignant, et j'y succombe certainement moi-même, à penser que la meilleure façon d'enseigner — qu'il s'agisse des méthodes ou du contenu même de son cours — est justement celle qui lui donnerait le plus de plaisir à pratiquer, ou celle par laquelle il a pris le plus de plaisir à apprendre. Ce n'est pas nécessairement faux, d'ailleurs (on peut s'imaginer que quand l'enseignant est plus heureux d'enseigner, il est aussi plus efficace) : mais ce n'est pas automatiquement vrai pour autant. Une autre tentation est de croire que la discipline (ou le sujet, ou le cours) qu'on enseigne est plus important (ou plus spécial, ou plus indispensable) que les autres. Ou celle de croire que si les étudiants ne sont pas intéressés c'est forcément leur faute, ce qui est aussi faux que de penser que c'est forcément la faute du prof (généralement on pense ça des autres disciplines que la sienne ☺).

Une des questions qui se pose notamment dans l'enseignement, et sur laquelle chacun va de sa petite théorie, est celle de savoir s'il faut enseigner par cours magistraux, ou par projets, ou toute solution hybride. J'ai certainement un certain scepticisme vis-à-vis de l'enseignement par projets (c'est-à-dire qu'on donne aux étudiants une tâche à accomplir, ou un sujet à étudier, et qu'on se tient à leur disposition pour les aiguiller, mais sans leur dispenser de connaissance de façon pré-formatée). Peut-être à cause de la ressemblance avec la recherche par projet (qui est une catastrophe absolue, mais c'est un autre débat). On m'a cependant convaincu que dans certains domaines au moins, et notamment pour ce qui est d'apprendre à programmer, peut-être parce que la programmation est justement plus un savoir-faire qu'un savoir, cette façon d'enseigner a des vertus.

Nous sommes en ce moment à Télécom en train de réfléchir (ou en tout cas, des gens réfléchissent) sur une réforme de la première année de la scolarité, qui dans le jargon local s'appelle BCI pour Base des Connaissances Indispensables (on aime beaucoup les sigles, dans cette maison). La part de l'enseignement par projet est une des questions étudiées. Par ailleurs, il se pourrait aussi que cette réforme apporte plus d'heures d'enseignement des mathématiques (ce qui est souhaitable puisque c'est une discipline évidemment plus importante, plus spéciale, et plus indispensable que les autres 😉). Reste qu'il faut savoir comment les répartir entre cours, comment en faire bon usage, comment concevoir un enseignement modulaire : toutes sortes de questions difficiles sur lesquelles on se rend compte que prendre une décision n'est pas aisé.

Justement alors que je me faisais ces réflexions, on m'a signalé des textes intéressants[#] du mathématicien Pierre Colmez, un grand nom des maths p-adiques (et accessoirement un des anciens champions de France de go), professeur à l'École polytechnique, qui n'a pas beaucoup apprécié cette expérience d'enseignement[#2] : il fait publiquement connaître ses griefs sur le programme des classes prépa (qu'il dénonce comme beaucoup trop faible et surtout trop incohérent) et sur l'enseignement des maths à Polytechnique. Son point de vue est, disons, incisif. J'ignore s'il a raison. J'aimerais qu'en réformant le programme des classes prépa comme il le propose on en améliore le niveau : mais je ne sais pas si j'y crois. Je ne sais pas, pour ma part, pourquoi le programme de ces classes est généralement jugé comme difficile, ou pourquoi des élèves sont en réelle difficulté (je m'en rends compte même en faisant passer un concours notoirement « élitiste » qu'est celui des ENS), même quand ce programme ne cesse d'être allégé (et même s'il est plus léger que ce qui se fait dans d'autres pays), et je ne sais pas si la solution serait de l'alléger encore plus, ou d'inverser le mouvement.

Une des vraies difficultés de l'enseignement, et je pense tout particulièrement de celui des maths où il y a plus d'effort d'abstraction que de mémoire, est de comprendre qu'on puisse ne pas comprendre. Il semble d'ailleurs que la familiarité avec un concept mathématique fasse aussitôt qu'on oublie comment on a pu soi-même ne pas le comprendre, et comment il a pu sembler dur : tout le monde connaît certainement la blague du matheux qui réfléchit pendant des jours entiers sur un problème pour finalement conclure ah oui, c'est évident ! — et on a beau s'efforcer de ne pas tomber dans cette erreur, on la commet tout le temps, car on ne comprend plus comment on peut ne pas comprendre ce qui semble après coup évident. De là il résulte qu'il est impossible d'enseigner correctement les maths : soit on est soi-même ignorant, soit on ne comprend pas que l'élève puisse l'être. Peut-être que l'intuition mathématique est vraiment incommunicable[#3].

[#] Quoique beaucoup trop chargés de notes en bas de page. Et je m'y connais. 😉

[#2] Il en résultera au moins un livre très bien écrit. Mais je souligne que très bien écrit ne signifie pas automatiquement pédagogiquement très bon.

[#3] Même si c'est vrai, j'exagère bien sûr en disant que cela rend les mathématiques impossibles à enseigner. Il n'y a pas que la compréhension des concepts et l'intuition à acquérir. Un talent pédagogique plus facile à définir, et certainement plus atteignable, est celui de mettre de l'ordre dans un sujet qui paraît brouillon, désordonné. Plus d'une fois ai-je pensé d'un domaine : quel labyrinthe de théorèmes tous semblables !, ou encore, que ces définitions semblent ad hoc et impossibles à mémoriser ! — il manque un bon pédagogue pour y mettre un peu de clarté.

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