David Madore's WebLog: 2022-04

Vous êtes sur le blog de David Madore, qui, comme le reste de ce site web, parle de tout et de n'importe quoi (surtout de n'importe quoi, en fait), des maths à la moto et ma vie quotidienne, en passant par les langues, la politique, la philo de comptoir, la géographie, et beaucoup de râleries sur le fait que les ordinateurs ne marchent pas, ainsi que d'occasionnels rappels du fait que je préfère les garçons, et des petites fictions volontairement fragmentaires que je publie sous le nom collectif de fragments littéraires gratuits. • Ce blog eut été bilingue à ses débuts (certaines entrées étaient en anglais, d'autres en français, et quelques unes traduites dans les deux langues) ; il est maintenant presque exclusivement en français, mais je ne m'interdis pas d'écrire en anglais à l'occasion. • Pour naviguer, sachez que les entrées sont listées par ordre chronologique inverse (i.e., la plus récente est en haut). Cette page-ci rassemble les entrées publiées en avril 2022 : il y a aussi un tableau par mois à la fin de cette page, et un index de toutes les entrées. Certaines de mes entrées sont rangées dans une ou plusieurs « catégories » (indiqués à la fin de l'entrée elle-même), mais ce système de rangement n'est pas très cohérent. Le permalien de chaque entrée est dans la date, et il est aussi rappelé avant et après le texte de l'entrée elle-même.

You are on David Madore's blog which, like the rest of this web site, is about everything and anything (mostly anything, really), from math to motorcycling and my daily life, but also languages, politics, amateur(ish) philosophy, geography, lots of ranting about the fact that computers don't work, occasional reminders of the fact that I prefer men, and some voluntarily fragmentary fictions that I publish under the collective name of gratuitous literary fragments. • This blog used to be bilingual at its beginning (some entries were in English, others in French, and a few translated in both languages); it is now almost exclusively in French, but I'm not ruling out writing English blog entries in the future. • To navigate, note that the entries are listed in reverse chronological order (i.e., the most recent is on top). This page lists the entries published in April 2022: there is also a table of months at the end of this page, and an index of all entries. Some entries are classified into one or more “categories” (indicated at the end of the entry itself), but this organization isn't very coherent. The permalink of each entry is in its date, and it is also reproduced before and after the text of the entry itself.

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Entries published in April 2022 / Entrées publiées en avril 2022:

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(mercredi)

Introduction à la classification DRECOFGE du vivant

Je voudrais tenter de faire un peu de vulgarisation scientifique sur un sujet dont je ne suis pas du tout spécialiste, en l'occurrence la classification DRECOFGE du vivant, et même si je n'ai pas grand-chose à dire à part qu'elle existe (ce qui ne va pas m'empêcher de mettre environ 6000 mots à dire qu'elle existe), parce que je pense que ça fait partie de la culture scientifique élémentaire que tout le monde devrait avoir (disons, du même ordre qu'avoir entendu parler de la première guerre mondiale a même si on n'a pas fait d'études d'histoire), et parce que c'est quelque chose que mon papa m'a raconté quand j'étais petit (même s'il est avéré que ses connaissances sur le sujet étaient déjà datées à l'époque) entre deux conversations sur les maths ou la physique, alors pourquoi ne pas en reparler à mon tour. (Bien sûr, tout est sur Wikipédia, mais pas forcément expliqué de façon terriblement pédagogique.) Et je veux renier, voire expier, ce que j'ai écrit dans cette vieille entrée. Bon, après, j'ai un but secondaire caché, qui est que je vais certainement écrire des bêtises et que des gens plus compétents viendront me corriger, et comme ça j'apprendrai des choses.

Il s'agit, donc, d'un système de classification des êtres vivants en groupes ou taxa (pluriel de taxon), eux-mêmes organisés en une structure hiérarchique arborescente (c'est-à-dire que deux groupes sont toujours soit disjoints soit proprement inclus l'un dans l'autre, il ne peut rien y avoir à cheval entre deux groupes) dont les rangs (principaux) s'appellent séquentiellement : domaines (les plus gros groupes), règnes, embranchements, classes, ordres, familles, genres et espèces (les plus petits groupes, mais on discerne parfois des taxa encore plus petits au sein de l'espèce). Les mammifères, par exemple, sont une classe — c'est-à-dire un taxon de rang classe —, inclus dans l'embranchement des cordés, et qui contient lui-même divers ordres comme celui des primates.

L'origine du système remonte à la taxonomie créé par Carl von Linné (Linnæus) dans son Système de la nature en 1735–1758, surtout sa classification du règne animal (son organisation des espèces végétales n'a pas survécu dans sa structure, et l'idée de classifier le « règne minéral » selon le même système a été vite abandonnée). C'est pour ça qu'on parle aussi de classification de Linné, même si Linné n'utilisait que cinq des huit degrés classiquement reconnus de nos jours : ce n'est que plus tard (je ne sais pas quand) qu'on a jugé bon d'intercaler le rang de famille entre ordres et genres, et le rang d'embranchement entre règnes et classes, et encore plus tard le rang de domaine qui relève, il est vrai, plus de la théorie phylogénétique que de la classification. On parle aussi de classification de Linné pour le nom scientifique binomial (genre+espèce) ou abusivement nom latin des espèces, qui est quelque chose d'un peu différent de la classification DRECOFGE, mais je vais y revenir.

L'idéal, au moins l'idéal moderne, de la classification serait de refléter une véritable relation de parenté entre les êtres vivants, c'est-à-dire d'être phylogénétique : l'arbre phylogénétique, c'est l'arbre généalogique des espèces vivantes, indiquant la manière dont chacune s'est séparée de son groupe parent (et idéalement, à quel moment de l'évolution). On appelle clade ou groupe monophylétique un groupe d'êtres vivants qui descendent d'un individu unique (enfin, ça c'est une théorie un peu impossible, mais disons, d'un nombre extrêmement réduit d'individus) : l'idéal serait que chaque taxon de la classification fût un clade, et que la hiérarchie taxonomique reflétât exactement l'arbre phylogénétique (par exemple, chaque famille devrait correspondre à la descendance d'un couple — ou en tout cas d'un tout petit nombre — de parents originels, parmi laquelle descendance on aurait les parents originels de chaque genre de la famille, et ainsi de suite à chaque degré). ❧ Il peut cependant y avoir des raisons de mettre un peu d'eau dans le vin de la phylogénie stricte et d'avoir des taxa qui ne sont pas des clades : une entorse vénielle à la cladistique consiste à constituer un groupe de tous les descendants de X sauf ceux de Y, typiquement parce que ces derniers ont divergé plus significativement que les autres et qu'il est donc commode de les ranger à part, on parle alors de groupe paraphylétique pour ceux qui restent (il s'agit donc d'un clade moins un autre, ou moins un petit nombre d'autres) ; une entorse plus sérieuse consiste à regrouper plusieurs clades différents dans un même groupe, simplement à cause d'une ressemblance (évolution convergente), et on parle alors de groupe polyphylétique. ❧ La raison la plus évidente pour laquelle la taxonomie dévierait de la phylogénie est simplement qu'on est ignorant de la phylogénie exacte : reconstituer l'arbre généalogique du vivant est difficile, même en disposant des techniques d'analyse génétique, on en est réduit à faire des conjectures, parfois fausses, ou à ne même pas faire de conjectures et à regrouper les espèces selon des caractères purement descriptifs qui peuvent avoir évolué de façon indépendante. (À la base de l'arbre, une raison encore plus profonde est que l'arbre phylogénétique n'est pas vraiment un arbre, il y a des transferts horizontaux de matériau génétique ou des relations d'endosymbiose qui font qu'on ne peut plus forcément définir une relation de parenté nette entre les êtres vivants unicellulaires.) Mais il peut aussi y avoir des raisons plus pragmatiques de s'écarter de la phylogénie, du genre on sait très bien que ce groupe n'est pas monophylétique, mais on ne sait pas très bien comment le réorganiser, ou le réorganiser impliquerait des changements trop pénibles par rapport à la taxonomie en usage standard. De toute façon, il n'y a pas assez des huit rangs de la classification DRECOFGE, même si on peut toujours ajouter des sous-machin et des super-bidule et inventer quelques autres mots, pour refléter l'arbre phylogénétique vrai qui, par nature, est essentiellement binaire (quand un groupe se sépare, c'est essentiellement en deux, même s'il se sépare plusieurs fois il y a un ordre chronologique de spéciation), ce qui implique d'avoir au minimum 23 degrés si on veut organiser neuf million d'espèces. Pour les bactéries, je crois que toute prétention à la phylogénie est abandonnée, et la taxonomie est purement descriptive (et souvent selon des critères utiles à la médecine).

Par ailleurs, quand bien même on aurait accès à l'arbre phylogénétique exact, ça ne dit toujours pas à quel niveau dessus on doit décider qu'un groupe porterait le nom de règne, d'embranchement, de classe, d'ordre, de famille, de genre et d'espèce : en quoi les bourdons (genre Bombus), par exemple, ont-ils le même degré de parenté entre eux que les agrumes (genre Citrus) pour mériter qu'on considère que les uns et les autres constituent un genre ? pourquoi les agrumes ne seraient-ils pas plutôt une famille ? tout ça est scientifiquement assez arbitraire ; mais pour être arbitraire, ce n'en est pas moins assez pratique pour ranger les choses de façon à s'y retrouver un peu.

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(vendredi)

Sur les réactions à la guerre en Ukraine et à la pandémie

J'avais promis de ne pas parler dans ce blog de la guerre en Ukraine parce que je n'ai pas de lumière particulière en géopolitique, et de ne plus parler de covid, et je vais donc m'entraîner à faire comme les personnes politiques en trahissant mes promesses aussitôt qu'elles sont faites en expliquant avec la plus parfaite mauvaise foi que, non non non, c'est très différent de ce que j'ai promis de ne pas faire : je ne vais pas parler de la guerre en Ukraine ni de la pandémie mais de la manière dont les gens réagissent à l'une et à l'autre, ça n'a rien à voir.

Ce que je veux dire, c'est que la pandémie m'a aidé à reconnaître un certain type de réaction face à une réalité adverse dont je retrouve tous les signes devant la guerre en Ukraine, et même si je ne prétends pas en tirer de conclusion sur le fond, la similitude témoigne des mécanismes plus émotionnels que rationnels par lesquels nous prenons parti pour telle ou telle approche face à une menace.

✱ Le premier niveau auquel je vois ce parallèle, c'est dans la réaction des régimes autoritaires. La dictature chinoise est confrontée au fait que sa politique « zéro covid » fonctionne manifestement beaucoup moins bien qu'elle l'avait prévu ; et la dictature russe est confrontée au fait que la guerre d'agression qu'elle mène contre l'Ukraine se déroule beaucoup moins bien qu'elle l'avait prévu. Dans les deux cas, la réaction qu'elles montrent au monde est celle de l'entêtement (voire du déni des difficultés) et pas de la remise en question, encore moins du changement de politique. Je soupçonne deux principaux effets qui contribuent à cet entêtement :

  • Le sophisme des coûts irrécupérables : quand on a commencé à suivre une voie qui est une erreur complète, il faut admettre son erreur et changer de voie. Mais c'est d'autant plus difficile qu'on s'est engagé dans la première voie, et qu'on a fait des efforts qui deviendront donc — au moins en partie — inutiles (coût irrécupérable). Tout le monde se tire mal de ce sophisme, les individus aussi et les démocraties aussi, mais les démocraties, au moins s'en tirent un peu moins mal parce qu'elles peuvent plus facilement changer de dirigeants que les dictatures, et c'est souvent en changeant de dirigeant qu'on change de voie.
  • La communication des échecs et des responsabilités : les dirigeants intermédiaires des dictatures tiennent particulièrement fort à leur poste, parce qu'il s'agit souvent de quelque chose d'essentiel à leur mode de vie (acquis chèrement en cirant les bottes des gens d'au-dessus, et/ou en marchant sur les têtes des gens d'en-dessous, et qui permet de profiter d'une rente de situation). Ils sont donc à la fois particulièrement peu enclins à admettre leurs erreurs (point précédent), mais aussi n'importe quelle difficulté : par peur de se retrouver virés, ils vont plutôt essayer de mentir sur la gravité de la situation, ou accuser les échelons du dessous. Comme toute la structure du pouvoir est faire pour que l'information et les responsabilités ne transitent que par la voie hiérarchique, quand la voie hiérarchique devient un blame game, c'est encore plus la merde que dans une démocratie qui a au moins d'autres modes de communication et de rétroaction.

C'est intéressant, parce qu'il existe énormément de fictions dans lesquelles le Grand Méchant est entouré de conseillers qui ont tellement peur de lui qu'ils sont incapables de faire autre chose que de s'incliner bien bas et lui répéter votre plan diabolique est parfait, ô Seigneur !, ce qui les rend complètement inutiles comme conseillers, et c'est souvent cet hubris et cette certitude d'être infaillible qui conduit le Grand Méchant à sa perte. J'ai souvent dit que si jamais je devenais un Grand Méchant, je m'arrangerais pour être entouré de conseillers qui se sentent assez à l'aise pour me dire franchement ton plan diabolique est complètement con et ne marchera jamais, David !, parce que c'est leur boulot de m'éviter ce genre d'échecs. Maintenant, c'est peut-être justement parce que je sais écouter ce genre de conseils que je deviens pas un Grand Méchant de fiction : mes conseillers, qui ne sont pas des imbéciles, et que j'écoute soigneusement, me disent clairement que je serai beaucoup moins heureux si je deviens maître du monde, donc je n'ai aucune intention d'essayer. (Parce qu'il n'y a aucun doute que j'arriverais sans problème si j'essayais. <Insérer ici un emoji approprié.>)

Bref, il est intéressant de remarquer que ce genre de problèmes advient aussi, au moins sur une certaine forme, aux dictateurs dans la vraie vie : les dirigeants des régimes autoritaires s'entourent de personnes sélectionnées pour leur loyauté (voire servilité) plus que pour leur compétence, pour leur alignement idéologique avec le grand chef plus que pour leur qualification à analyser la réalité même déplaisante, et pour leur capacité à accaparer le pouvoir plus que pour en faire quoi que ce soit d'utile, et cette oligarchie finit par faire obstacle à la capacité du régime à réagir notamment devant l'adversité. Au final, même si le grand chef est personnellement compétent (ce qui est souvent le cas du premier, rarement de ses successeurs[#]), il est entouré d'une nuée de flagorneurs qui empêchent sa compétence de s'exercer correctement alors même qu'ils ne lui évitent pas les erreurs. (Et même si un ministre est compétent, le même problème se reproduit un niveau plus bas.) Il va de soi que les démocraties ne sont pas immunes à ce type d'effets, notamment les régimes présidentiels (suivez mon regard), mais une alternance régulière du pouvoir, ou l'existence d'une opposition audible, a au moins tendance à les atténuer par rapport aux dictatures[#2].

Je suis une quiche en histoire mais je crois comprendre, de quelques lectures sur l'histoire de France sous le règne des Louis Bourbon numérotés XIV à XVI, que c'est un des phénomènes essentiels qui ont conduit à la chute de ce régime : Louis XIV voulait concentrer tout le pouvoir en sa personne, et il a ainsi réussi à créer un système où la servilité et l'obséquiosité étaient récompensées plus que la compétence et l'autonomie, et la multiplication des charges prestigieuses mais fantoches ont fini par scléroser l'État, surtout quand des successeurs moins doués pour l'exercice personnel du pouvoir ont hérité de ce bagage de traditions paralysantes où il était impossible de trouver une personne compétente, encore moins de lui donner un champ libre, pour mener les réformes profondes devenues indispensables.

Bref, jusqu'à il n'y a pas si longtemps, j'étais convaincu que si Vladimir Poutine était, en tant que dictateur et assassin, quelqu'un de profondément détestable et moralement condamnable, comme au moins il est intelligent et compétent, il n'allait rien faire de profondément stupide ; je révise mon jugement. Non pas que Poutine ne soit pas quelqu'un de très intelligent, je le crois toujours, au moins dans certains domaines, mais c'est une erreur de faire l'hypothèse que même les gens très intelligents sont parfaitement bien informés ou ne font pas d'erreurs. Et surtout, c'est oublier que s'ils ne sont pas entourés de conseillers capables de leur donner des informations correctes et de leur signaler leurs erreurs, il n'y aura pas de correction de ces erreurs, et ils peuvent tomber dans une obstination d'autant plus grande que leur compétence (avérée) les amène à se croire infaillibles.

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(dimanche)

Ceci sera-t-il la dernière entrée parlant de covid ?

J'ai sans doute attrapé la covid il y a une quinzaine de jours, sous forme d'un petit rhume (merci la vaccination !). On ne saura probablement jamais avec certitude si c'était ça ou non, parce que la manière dont ça s'est déroulé, c'est que :

  • j'ai attrapé un rhume, i.e., j'ai eu les symptômes qui, chez moi, sont complètement caractéristiques d'un rhume comme j'en ai eu des tonnes pendant ma vie (cf. ici) : d'abord une douleur au niveau de l'arrière du palais pendant un jour ou deux, puis le nez bouché pendant trois ou quatre jours, puis une toux d'abord productive et de plus en plus sèche ;
  • je me suis demandé si ça pouvait être le covid, j'ai fait un autotest, il était négatif, donc j'ai conclu que non (je sais bien que les autotests ont pas mal de faux négatifs, mais ces faux négatifs sont, de ce que je comprends, essentiellement dus à la difficulté à prélever assez de mucus, et ici ce n'est vraiment pas ce qui manquait) ;
  • le poussinet est parti à Londres et en est revenu, et il a eu mal à la gorge, il a dit j'ai dû attraper ton rhume, il a quand même fait un autotest covid parce qu'il avait de la fièvre, et ce test était spectaculairement et indiscutablement positif ;
  • je me suis dit qu'il avait peut-être attrapé la covid à Londres indépendamment de mon rhume et que j'allais l'avoir à mon tour, mais nous n'avons pris aucune précaution entre nous (parce que, franchement, je m'en fous, à la limite j'ai plutôt envie de l'avoir pour avoir des anticorps contre le variant ο en plus des anticorps contre la forme ancestrale dus au vaccin), et depuis le temps que j'attends et que je n'ai rien attrapé de plus que ce rhume initial (et les symptômes du poussinet sont tout à fait passés depuis un moment, donc il est clair que je ne vais pas attraper quoi que ce soit maintenant) ;

— j'en conclus que le plus probable, quoique non certain, est que ce rhume était quand même le covid, malgré l'autotest négatif, et que c'est moi qui l'ai refilé au poussinet et non le contraire. (L'autre explication étant un peu tarabiscotée : j'aurais eu un rhume, le poussinet aurait attrapé le covid indépendamment en allant à Londres, et il ne me l'aurait pas transmis malgré les nuits et les repas passés ensemble et les nombreux bisous que nous nous sommes faits.)

Bref, pour moi, si c'est bien le covid que j'ai eu, ça a donné une rhinopharyngite tout à fait classique, aucune fièvre, même pas un rhume particulièrement gros. Le poussinet, lui, a eu de la fièvre (jusqu'à 38.9°C) pendant un jour ou deux, le nez bouché à peu près le même temps, un gros mal de tête pendant une soirée, et très mal à la gorge pendant quelques jours ; le principal inconvénient est surtout que ça l'a obligé à annuler un week-end qu'il avait prévu à Milan avec ses parents et son frère. Son frère a aussi eu la covid (de façon indépendante de nous, parce que ça fait des semaines que nous l'avons pas vu) : ça a été un peu plus sérieux pour lui, mais rien de grave non plus (juste au niveau où on commence à penser consulter un médecin). En fait, c'est intéressant de remarquer que je connais vraiment énormément de gens qui ont attrapé le covid (toujours sous une forme très ou assez bénigne) ces dernières semaines, beaucoup plus que lors de la vague de janvier qui était pourtant sensée être plus importante : peut-être que des groupes sociaux différents ont été touchés pendant ces deux vagues ; ou peut-être que les gens, comme moi, ne se font simplement pas ou plus tester, et les cas graves doivent devenir de plus en plus rares parce que les irréductibles antivax ont fini par être largement infectés, donc les gens immunologiquement naïfs il ne doit vraiment plus en rester beaucoup.

Toujours est-il que la transition vers une maladie endémique me semble maintenant achevée (cf. ce que j'écrivais précédemment). On va sans doute avoir des pics de covid chaque année à des moments assez prévisibles (peut-être deux par an, un au milieu de l'automne et un au début du printemps ?), avec un nombre de cas très important (dépendant de la durée typique de l'immunité stérilisante) mais une gravité faible ; des variants sans cesse nouveaux, mais qui n'ont pas plus de raison de nous préoccuper que ceux des autres virus respiratoires (dont quatre coronavirus) circulant depuis des décennies ou des siècles. (Bien sûr, on peut toujours craindre l'apparition d'un mutant apocalyptique, mais on peut craindre ça pour n'importe quel virus, pas spécialement plus pour SARS-CoV-2, et j'ai personnellement plutôt peur de la grippe.) La principale inconnue est la pertinence de revacciner les personnes âgées, à partir de quel âge et avec quelle fréquence : c'est quelque chose qu'on découvrira avec le temps.

La Chine est en train de démontrer au monde l'absurdité de la politique « zéro covid » appliquée avec obstination, et je me demande bien comment elle va se tirer du trou qu'elle s'est creusé : un moment ou un autre, il faudra bien se décider à rouvrir Shanghaï ! J'ai vraiment du mal à comprendre que certains puissent encore s'accrocher à cette idée. La politique « zéro covid » avait peut-être un espoir, on pouvait encore rêver éradiquer complètement le virus début janvier 2020, quand tous les cas étaient dans la même région de Chine, ou en tout cas tous en Chine. Dès lors qu'il y a eu plus qu'une poignée de cas en Corée, en Iran et en Italie, il fallait être d'une naïveté insoutenable pour s'imaginer qu'il y avait encore la moindre chance de faire disparaître SARS-CoV-2 de la Terre ; il aurait fallu une action coordonnée absolument parfaite de tous les pays du monde, et même si tous avaient bien voulu, tous n'auraient pas eu les moyens. (Et maintenant qu'il y a des réservoirs animaux, même si tous les pays du monde se mettaient d'accord pour faire un méga-confinement façon Shanghaï, ça ne marcherait quand même pas.) Essayer de suspendre l'épidémie le temps de vacciner tout le monde (comme l'a fait la Nouvelle-Zélande) peut peut-être aussi se défendre, mais la Chine semble avoir été coincée par son refus de développer ou d'importer des vaccins à ARNm et/ou son incapacité à vacciner suffisamment de personnes âgées, — et c'est sans doute en bonne partie à cause de l'illusion de succès que donnait sa politique de suppression. Et je crois surtout que les dirigeants chinois sont maintenant coincés par le sophisme des coûts irrécupérables : changer de politique impliquerait qu'ils ont fait tous ces efforts pour rien, .

Ailleurs dans le monde, où on a accepté la réalité que la covid ne va pas disparaître, la question se pose surtout de savoir si, jusqu'à quand et dans quelles conditions on doit continuer à imposer le port du masque dans les lieux intérieurs. Je doute franchement que la situation puisse s'améliorer nettement par rapport à ce qu'elle est maintenant en France ou en Europe : donc si on pense que ce n'était toujours pas le bon moment, ce ne sera jamais le bon moment, i.e., c'est qu'on réclame le port du masque in perpetuum. Pourquoi pas, après tout ? Ma principale objection à ça, c'est que même si le masque est raisonnablement efficace pour limiter la transmission, ce n'est pas ce qui conditionne le comportement à long terme de l'épidémie : ce qui importe pour ça, c'est la durée de notre immunité (et surtout de notre immunité stérilisante) : en gros, si elle dure N mois, chacun de nous attrapera la covid en moyenne une fois tous les N mois (peut-être souvent sans le remarquer, mais en le retransmettant), masques ou pas masques. (Plus d'explications sur mon raisonnement ici (43 tweets ; ici sur ThreadReaderApp.) Le masque serait intéressant s'il permettait de réduire le nombre de reproduction en-dessous de 1 dans une population naïve, mais ce n'est visiblement pas le cas parce que si c'était le cas le zéro covid aurait été facilement atteint : en fait, il y aura quasiment autant de cas de covid en moyenne par an si nous portons tous un masque que si nous n'en portons pas, en en disant ça je ne conteste pas l'efficacité du masque pour réduire la transmission — c'est juste qu'il n'a pas d'effet sur la durée d'immunité et que c'est ça le paramètre critique dans la phase endémique. Le masque est intéressant si un pic épidémique massif fait craindre de submerger le système hospitalier, parce que ça permettrait d'« aplatir la courbe », d'étaler ce pic sans pour autant diminuer son ampleur totale ; mais je pense que si c'est encore le cas maintenant que tout le monde est vacciné ou immunisé par infection, c'est surtout le signe que le système hospitalier a bien d'autres problèmes que le covid (ce qui est d'ailleurs le cas !).

Ceci étant, le masque peut représenter une forme de politesse, comme le fait de tousser dans son coude : la règle que je me suis faite jusqu'à nouvel ordre, c'est d'en porter un si j'ai des symptômes de type rhume (et donc notamment il y a deux semaines quand j'ai eu ce truc qui finalement était probablement, mais peut-être pas, la covid), ou bien si je m'adresse à une personne qui en porte elle-même déjà un (l'idée étant que si c'est moi qui initie la conversation, il est normal que je me plie aux règles préférées par la personne d'en face).

Alors à défaut de l'espoir d'atteindre le zéro covid, l'explication que certains mettent en avant pour défendre le maintien de certaines restrictions liées au covid (à commencer par réclamer la continuation du port du masque obligatoire), c'est de protéger les personnes immunodéprimées. Je trouve cet argument assez fabuleux d'hypocrisie : les personnes immunodéprimées ont toujours été particulièrement vulnérables à toutes sortes de maladies endémiques, mais parce qu'on a fait tout un foin avec cette maladie-là et que ça arrange ceux qui veulent sortir cet argument-là, on découvre le phénomène et on les met en avant. (De même que dans un registre un peu différent, comme je l'ai déjà signalé, on découvre que ce coronavirus peut infecter le cerveau et être associé à des déclins cognitifs : mais c'était déjà connu pour d'autres coronavirus endémiques « de rhume » et tout le monde s'en foutait.) Il existe, bien sûr, une grande variété de formes et de degrés d'immunodéficience, et l'accroissement du risque peut être modéré ou extrêmement sévère : typiquement, il semble que l'accroissement du risque soit d'ordre de grandeur comparable à cinq ou dix ans d'âge en plus (mais bien entendu, il y a des cas plus sérieux, et bien entendu, cela se cumule, et surtout, la réaction au vaccin risque d'être insuffisante ou carrément inexistante). Malheureusement, il n'y a pas grand-chose qu'on puisse proposer aux cas les plus sérieux : on peut toujours se réfugier dans l'idée qu'on a gâché une occasion d'éradiquer SARS-CoV-2 ou qu'obliger tout le monde à porter des masques partout les protégerait, il y a tout simplement fort peu de raison de croire que c'est vrai.

(Une digression épidémiologique : en fait, paradoxalement, je pense même qu'il vaut mieux pour les personnes immunodéprimées que la population générale ne porte pas le masque. En effet, comme je l'ai rappelé ci-dessus, dans la mesure où l'infection est endémique, récurrente et assez hautement contagieuse, le nombre d'infections covid par unité de temps et par nombre d'habitants sera, en moyenne à long terme, essentiellement contrôlé par la durée moyenne d'immunité, et pas par l'infectiosité, donc pas par les précautions prises comme le port du masque. Mais ceci est une moyenne générale sur toute la population : si on veut diminuer ses risques personnels, il s'agit essentiellement de se protéger soi-même plus que la moyenne, par exemple quelqu'un qui porterait normalement un masque FFP2 diminue sensiblement ses risques d'infections par unité de temps ; et cette protection individuelle dépend du rapport à la moyenne, donc elle est d'autant plus importante qu'on se protège soi-même bien et que la moyenne ne le fait pas. C'est, si on veut, une forme d'immunité collective dynamique : l'immunité collective est maintenue sous la forme d'une certaine proportion de la population étant immunisée contre le pathogène, cette proportion reste constante dans le temps même si des gens ne cessent de perdre leur immunité et d'autres de la gagner par infection, ce rythme d'entrée et de sortie dépend de la durée moyenne d'immunité, mais on peut se protéger individuellement en s'arrangeant pour que ce soient d'autres gens qui soient infectés. Bref, on protégera mieux les personnes immunodéprimées en n'imposant pas le port du masque en général — même s'il vaut mieux le porter autour de ces personnes ! et qu'il vaut certainement mieux qu'elles-mêmes en portent un. Mais bon, les gens qui mettent en avant les personnes immunodéprimées parce que ça arrange leurs théories sur le covid n'aiment pas non plus qu'on parle d'immunité collective, donc elles vont certainement rejeter tout le raisonnement que je viens d'esquisser.)

Pour conclure, j'espère bien que ceci sera la dernière entrée de ce blog où je parlerai de covid (même si je ne m'interdis évidemment pas de l'évoquer à l'avenir, d'ailleurs je compte revenir sur la comparaison avec le sophisme des coûts irrécupérables, disons que je voudrais bien ne plus en faire le sujet central d'un billet) : il y avait une certaine cohérence dramatique à ce que je finisse ce cycle sur le récit de ma propre infection covid comme j'ai raconté tant d'autres de mes rhumes. (Et aussi que ça tombe pendant le deuxième confinementversaire.) Je pourrais peut-être faire la liste des erreurs d'analyse que j'ai commises pendant cette pandémie, mais je me contenterai de mentionner celle-ci : j'étais persuadé que l'obligation du port du masque serait maintenue pendant de très longues années (et ne serait jamais vraiment levée, juste finirait par être ignorée par tout le monde), je dois reconnaître que j'ai eu tort ; j'étais aussi persuadé que la fin de la pandémie ne serait pas claire, et en fait elle a été extrêmement précise : la pandémie de covid a pris fin très précisément le 24 février 2022 à 3 heures temps universel, parce que l'attention du monde s'est tout d'un coup portée sur autre chose.

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(lundi)

Surtout, ne parlons pas de l'élection présidentielle ! (Ils en ont parlé.)

Comme je le disais récemment sur Twitter, les résultats électoraux font toujours l'effet d'un choc même quand on sait qu'il est logiquement impossible qu'il en sorte quelque chose de bon. Il y a un effet psychologique à la révélation soit qu'on a attrapé la peste soit qu'on a attrapé le choléra, de même qu'il y a une violence psychologique inouïe à devoir choisir entre les deux (ou à choisir de ne pas choisir, mais en sachant on aura quand même l'un des deux), qu'on devrait logiquement ressentir dès que cette fatalité devient évidente, mais qui ne se concrétise que quand on est face à la révélation même. J'ai eu beau me dire je me fous de ces résultats, ils seront forcément un désastre, ça n'a pas marché.

Je ne suis pas du genre à crier tous pourris (et de toute façon la faute que je vois n'en est pas tant aux candidats qu'à une combinaison entre le mode de scrutin et surtout le modèle présidentiel, cf. ci-dessous), c'est bien la première fois que je ressens une aversion pareille pour tous les candidats, pourtant fort nombreux, qui se présentaient à cette élection : peste, choléra, fièvre typhoïde, cancer du pancréas… (est-ce que parmi tous les fils humoristiques du type candidats à la présidentielles as <truc> — où <truc> = projections cartographiques, trains, races de vaches, systèmes électriques, équations de la physique, éditeurs texte, etc. — personne n'en a fait un avec les maladies graves ? bon, y'a ça).

Alors certes, je ne m'attendais pas à trouver une personne candidate qui se prononce simultanément pour toutes sortes de choses que j'approuverais, comme : ⁃ une restauration de services publics forts, ⁃ la mise en place d'un revenu universel permettant de ne pas centrer la vie des individus autour du travail rémunéré, ⁃ un pacte écologique scientifique avec une place prépondérante donnée à l'énergie nucléaire (avec construction d'un maximum de nouvelles centrales) pour réduire les émissions de CO₂ et des taxes pigouviennes sur les pollueurs, ⁃ la relance d'une intégration européenne accrue, ⁃ le rejet explicite de tout nationalisme ou isolationnisme, ⁃ une stabilisation de la dette publique financée par une fiscalité progressive et redistributive, ⁃ des réformes constitutionnelles et organiques pour limiter les pouvoirs du président de la République, redonner le rôle de premier plan au parlement et la présidence du conseil des ministres au Premier ministre, mettre en place un scrutin plus représentatif à l'Assemblée nationale, (je n'ose même pas parler de réforme du Sénat,) et transformer le Conseil constitutionnel en cour de justice complètement séparée du pouvoir politique, ⁃ une protection claire du droit à manifester sans se heurter à la brutalité policière, ⁃ des moyens accrus donnés au Défenseur des Droits, ⁃ une politique judiciaire qui cherche vraiment à privilégier la réinsertion sur la punition, ⁃ une politique de santé publique qui condamne catégoriquement les errements répressifs lors de la pandémie de covid, ⁃ une réforme en profondeur du droit d'auteur pour mettre fin à ses excès, ⁃ la dépénalisation de l'usage de toutes les drogues récréatives et celle de la vente du cannabis, ⁃ des simplifications de procédures administratives (par exemple la suppression de cette idiotie qu'est le justificatif de domicile), ⁃ la suppression de toute mention du sexe des individus de l'état-civil, des papiers d'identité et de tout fichier de l'Administration, ⁃ le rejet clair de toute forme de service national obligatoire comme constituant une forme de servitude anachronique, ⁃ une revalorisation des métiers de l'enseignement et de la recherche, la fin de la recherche « compétitive », « darwinienne », et la possibilités de financements autrement que par seuls projets, ⁃ un grand plan de transparence de l'accès aux documents administratifs sous forme informatisée et en données ouvertes ⁃ et je veux bien cent balles et un mars aussi. Je me doute bien que plein de gens ne seront pas d'accord avec ça, et il est normal qu'aucun candidat ne le propose. (J'oublie sans doute plein de choses dans ma liste de toute façon. Par ailleurs, ce n'est pas la peine de me dire que ce que je liste est vague, irréalisable voire auto-contradictoire : si vous n'avez pas remarqué que les projets des candidats sont toujours vagues, irréalisables et auto-contradictoires, c'est que vous n'avez jamais lu un programme politique. Je précise cependant à toutes fins utiles que ceci n'est pas un programme et que je n'ai aucune intention de me présenter à quelque élection que ce soit.)

Bref, je n'en demandais pas tant, je sais bien que quand on vote il faut accepter d'avaler des grosses couleuvres, mais disons que ç'aurait été agréable qu'il y eût au moins une personne, parmi ces candidats, que je trouve susceptible de faire moins de mal que de bien, ou disons, moins de mal qu'une théière, — la théière étant quelque chose à qui on ne craint pas trop d'accorder les pouvoirs démesurément dangereux du président de la République française. J'ai quand même voté pour quelqu'un (peut-être du niveau « tuberculose » dans les maladies graves ?) parce que voter blanc ne permet pas d'avoir une théière présidente, mais c'est tout de même affligeant, et je crois que je ne suis pas loin d'être le seul affligé, que la moins pire option pour le second tour soit le mec qui il y a deux ans a fait fermer les forêts et fait signer des papiers débiles à 70M de personnes pour mettre le nez dehors, pour une infection respiratoire(!).

Il serait bien sûr bon que les électeurs français se rappellent qu'ils peuvent limiter le pouvoir de nuisance de la personne élue à la présidentielle en lui donnant une assemblée politiquement opposée, ce qui rapprocherait un peu l'Élysée du niveau théière, et donnerait aux Français la satisfaction d'avoir rembarré non pas onze mais douze des douze candidats à la présidentielle. Ce n'est pas idéal, ça reste plus dangereux qu'une théière (par exemple parce que le général De Gaulle a par inadvertance égaré une arme atomique à l'article 16 de la Constitution, qui dit le président de la République peut, à tout moment et sans rendre de compte à personne, sur une décision qui ne revient qu'à lui et qui n'est susceptible d'aucun recours, transformer la France en dictature : sympa ; au moins, un parlement hostile pourrait tenter une procédure de destitution), mais ce serait déjà quelque chose. Malheureusement, je ne crois pas que les Français aient bien compris qu'ils ont le droit de voter différemment aux législatives qu'à la présidentielle, donc ça reste sans doute un espoir naïf de ma part.

Le problème des dangers du pouvoir n'est pas neuf, bien sûr. Ce n'est pas difficile à comprendre : être président, c'est un boulot horrible, où on n'a pas une minute pour soi, où on doit sans arrêt gérer les merdes, où tout le monde vous demande de tout faire au sujet de tout, et où tout le monde finit par vous détester, où on est obligé de rencontrer plein de gens chiants ou cons ou meurtriers et de faire semblant de les trouver intéressants, intelligents et gentils, et où on passe des années sans dormir une seule nuit correcte. Pour vouloir un tel boulot, il faut être un dangereux psychopathe tellement obsédé par le pouvoir et la grandeur de soi qu'on juge que le hochet suprême de la présidence compense tous ces inconvénients. De là résulte le fait qu'aucune personne qui a envie de devenir président ne devrait être autorisée à approcher à moins de 100km du bouton nucléaire ou d'aucun des autres pouvoirs qui vont avec le hochet :

To summarize: it is a well known fact, that those people who most want to rule people are, ipso facto, those least suited to do it. To summarize the summary: anyone who is capable of getting themselves made President should on no account be allowed to do the job. To summarize the summary of the summary: people are a problem.

― Douglas Adams, The Restaurant at the End of the Universe (chap. 28)

Ça doit déjà être dans la République de Platon, sauf que Platon n'écrit sans doute pas dangereux psychopathe, il écrit plutôt en effet Socrates tu as raison il a certainement toutes les qualités d'un chien ou quelque chose de chiant comme ça. Et surtout, Platon est super méga hypocrite parce qu'après avoir expliqué qu'il ne faut pas donner le pouvoir aux gens qui veulent le pouvoir, il explique qu'il faut le donner aux philosophes, comme lui qui vient de nous exposer plein d'idées hyper dangereuses sur ce que les philosophes feraient avec le pouvoir ou sur l'éducation des gosses, alors bon, paille poutre tout ça.

Et de fait, quand on regarde l'ensemble des anciens présidents français ou même des gens qui ont été des candidats crédibles, il n'y en a pas des masses dont je n'ai pas l'impression qu'ils soient humainement infects et dangereusement obsédés par le pouvoir. (Indépendamment du fond de leurs idées et de leurs autres défauts pas difficiles à trouver, François Hollande et Alain Juppé sont peut-être de ceux-là.)

Presque n'importe quelle mesure qui conduirait à dépersonnaliser le pouvoir politique serait bienvenue dans la situation absolument pourrie où nous a laissé De Gaulle avec son obsession du pouvoir personnel : qu'il s'agisse d'un régime parlementaire, d'une présidence collégiale ou tournante… n'importe quoi qui limiterait les pouvoirs de nuisance accordés aux dangereux psychopathes qui se font élire, ou l'attrait du poste pour les dangereux psychopathe, mais aussi son caractère pénible pour les non psychopathes (si le pouvoir est réparti entre plus de gens, il est à la fois moins attirant pour les avides de pouvoir mais aussi plus attirant pour les personnes qui veulent simplement servir leur pays et pour qui le stress de trop de responsabilités, ou l'impossibilité de dormir correctement pendant cinq ans, est un repoussoir).

À titre d'exemple, un changement minimal sur la constitution française, qui serait déjà un immense progrès, consisterait à élire tous les cinq ans non pas une personne, mais un collège de cinq personnes (en bloc, selon la même procédure qu'on élit une personne actuellement — pas que j'aime cette procédure, mais je veux évoquer un changement minimal), qui ensuite exercerait le pouvoir chacune pour un an, dans un ordre tiré au sort après l'élection (et qui pourraient aussi servir de suppléants en cas de décès ou d'incapacité temporaire de la personne titulaire) : cela rendrait la charge moins attirante pour les non psychopathes, plus supportable pour les non psychopathes, et cela éviterait que les campagnes se concentrent autour du charisme personnel de la personne à leur centre.

Mais comme le pouvoir de faire un tel changement repose essentiellement dans les mains des dangereux psychopathes contre lesquels il servirait à nous protéger, autant dire que ça n'arrivera pas.

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