David Madore's WebLog: Auto-Moto

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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(mardi)

Quelques nouvelles en vrac

[Le poussinet devant l'étang de Chèvreloup]Je suis surpris de ne jamais encore avoir parlé dans ce blog de l'arboretum de Versailles-Chèvreloup, qui est pourtant un endroit tout à fait remarquable. Un arboretum, ce n'est pas vraiment un parc d'agrément (sauf celui de la Vallée-aux-Loups — juste à côté de la maison de Chateaubriand —, que j'aime aussi beaucoup, mais qui tient plus du jardin d'agrément que de l'arboretum), mais ce n'est pas non plus une forêt : c'est une sorte de juste milieu entre les deux, et j'aime bien m'y balader en faisant semblant de combler mon ignorance profonde sur les espèces végétales. L'arboretum de Chèvreloup est vraiment très grand (200 hectares) : jusqu'à récemment, seul un quart en était ouvert au public, mais maintenant on peut tout visiter.

Mon poussinet et moi avons visité deux fois (le et le , sachant que l'arboretum n'est ouvert que du 1er avril au 15 novembre), les deux fois il faisait un temps pourri, mais nous avions tout le parc pour nous tout seuls. (Je ne sais pas combien c'est fréquenté en temps « normal », mais là, c'était vraiment désert.) Et nous avons vraiment trouvé ça magnifique. Je recommande donc chaudement. Avec le principal bémol que c'est vraiment merdique d'accès en transports en commun !

En revanche, tant que j'y suis à parler d'arboreta, je ne recommande pas celui de Paris (dans le bois de Vincennes) : il n'a aucun intérêt et sert juste d'espace de pique-nique quand il fait beau. Si on est dans le coin et qu'on aime les beaux jardins, en revanche, il faut visiter ceux de l'école du Breuil, juste en face (dont dépend en fait l'arboretum), et qui sont, eux, impressionnants à voir au printemps ou en été.

[Un chevreau au Potager des Princes à Chantilly]

[Le poulailler du Potager des Princes à Chantilly]

[Le paon albinos du Potager des Princes à Chantilly]

[Les poneys du Potager des Princes à Chantilly]

[Des oies au Potager des Princes à Chantilly]

[Des chèvres naines au des Princes à Chantilly]

[Des cochons nains au Potager des Princes à Chantilly]

[Le jardin potager du Potager des Princes à Chantilly]

Samedi nous sommes allés à Chantilly visiter un petit jardin distinct du parc du château, et que nous avions raté lors de notre précédente visite : le Potager des Princes (autrefois parc de la Faisanderie). C'est plus un parc animalier pour enfants (style ferme pédagogique), et évidemment, en cette saison, c'est plus la faune que la flore qui présentait un intérêt, mais en tout cas, c'est mignon tout plein. Là aussi, le mauvais temps faisait que le poussinet et moi avions le jardin pour nous tout seuls.

Tant que j'y suis à parler de fermes pédagogiques, il y en a un certain nombre qui apparaissent dans Paris (il y a par exemple maintenant des chèvres naines et des moutons d'Ouessan au parc Kellermann), mais si on veut voir des animaux qui ne soient pas nains et qui ne soient pas là juste pour amuser les enfants, il y a la ferme de la Bergerie nationale de Rambouillet qui se visite.

Toujours au rayon jardins, ces dernières semaines, le poussinet a eu des soucis de santé qui l'ont amené à fréquenter (pour consultations, examens et un acte chirurgical) une clinique à Livry-Gargan, et à cette occasion, lui et moi (enfin, surtout moi pendant qu'il se faisait opérer) avons fait quelques tours au parc Lefèvre situé non loin de là. Ce parc ne mérite sans doute pas une visite exprès pour, mais si on est dans le coin, il n'est pas mal du tout. C'est joliment aménagé, et il il y a là une belle collection d'anatidés, dont des cygnes noirs (Cygnus atratus). La première fois que nous y sommes passés, nous avons vu toute une brochette de perruches à collier (Psittacula krameri), ces oiseaux farceurs qui prolifèrent en Île-de-France, mais plus tard elles avaient complètement disparu.

Je remarque d'ailleurs que ce parc a ceci d'inhabituel que la carte d'OpenStreetMap y est nettement moins bonne que celle de Google Maps (normalement, et particulièrement dans les parcs, c'est plutôt le contraire). Je devrais sans doute apprendre à contribuer à OSM pour remédier à ce fait.

Quand il fait vraiment trop moche et/ou qu'il fait trop nuit pour visiter des parcs et jardins, ce qui arrive vite en ce moment, le poussinet et moi nous rabattons sur les centres commerciaux.

Certes, ce n'est pas bien passionnant, mais pour quelqu'un qui, comme moi, aime bien prendre un café en regardant les gens passer (j'adore regarder les gens passer), les centres commerciaux sont assez rigolos si j'arrive à saisir le bon moment où il y a assez de monde pour que ce soit intéressant à regarder mais pas assez pour chatouiller mon agoraphobie. Ils peuvent aussi être intéressants du point de vue architectural, d'ailleurs.

Récemment, nous avons fait un tour à Parly 2 (juste en face de l'arboretum de Chèvreloup, c'est comme ça que nous avons atterri là), à Aéroville (situé juste à côté de l'aéroport de Roissy) et à Val d'Europe (près de Disneyland Paris, c'est-à-dire au milieu de nulle part). Parly 2 m'a fait une plutôt bonne impression : la déco, qui m'évoque un hommage contemporain aux années '70, est plutôt réussie, le plan est plutôt labyrinthique mais ce n'est pas désagréable, ça donne l'impression qu'on a quelque chose à explorer et qu'on n'est pas dans un énorme hangar, et les commerces ont un minimum de diversité (i.e., ce n'est pas que des vêtements, cf. ci-dessous) ; c'est presque cosy. Aéroville est impressionnant à voir par sa hauteur de plafond (on se croirait dans une cathédrale moderne dédiée au dieu de la consommation), mais m'a donné l'impression d'être vide et froid. Val d'Europe est gigantesque, et il y a des endroits réussis (comme la place des étoiles dont la voûte est un hommage à celle du Grand Palais) ; mais il y a aussi ce centre commercial annexe, La Vallée Village, dont je n'arrive pas bien à décider si je le trouve rigolo ou sinistre : c'est une sorte de village potemkine, un décor évoquant un quartier résidentiel typique d'Île-de-France, sauf que les maisons sont toutes fausses et sont en fait des boutiques (de fringues, de fringues, de fringues) ; cela me fait penser à une histoire de science-fiction où des extra-terrestres auraient capturé des humains et décidé, pour les mettre à l'aise, de les placer dans un décor familier, sauf que tout est en toc : bref, c'est un peu surréaliste et vaguement dérangeant, comme un croisement entre un tableau de Magritte et The Truman Show.

(Le plus bizarre est qu'à côté de ce village complètement faux de Vallée Village, il y a un centre urbain créé de toutes pièces, Val d'Europe donc, — une vraie ville au sens où il y a des vraies gens qui y habitent, mais qui a l'air à peine moins fausse que la fausse ville. (Un peu comme ces quartiers de Shanghai qui reproduisent des architectures idéalisées de pays européens comme l'Angleterre — j'ai récemment vu un documentaire d'Arte à ce sujet.) Je regrette de ne pas être resté visiter un peu plus, après tout, il y a même un parc.)

Mais ce qui me fascine le plus avec les centres commerciaux, c'est la proportion des boutiques consacrées à l'habillement. Je n'ai qu'une idée vague de comment les Français utilisent leur argent (malgré ce genre de tableaux), encore moins la part dépensée dans un centre commercial, mais j'ai peine à croire que les vêtements en représentent une proportion aussi énorme. Je suppose que les marges sont énormes, ce qui permet à ces boutiques de continuer à exister avec peu de ventes, mais ça me fait un peu penser à ce passage du Hitchhiker's Guide to the Galaxy (ça doit être dans le troisième tome) où il est question d'un monde qui a été entièrement ruiné parce qu'il s'y vendait trop de chaussures. Bref, à chaque fois que je vois une boutique d'autre chose (alimentation, culture, bricolage, électronique, papeterie, pharmacie, services, que sais-je encore…), j'applaudis cette résistance.

Quelques mots pour finir à propos de ma préparation au permis moto : j'ai repris après environ un mois d'interruption à cause de ma tendinite à l'épaule, je n'avais pas tout oublié comme je l'avais craint (mais j'ai quand même beaucoup calé en reprenant la moto après cette pause). Mais je progresse lentement ; j'en suis actuellement à 38 heures de formation (12 séances), et si j'arrive épisodiquement à réussir chacun des différents exercices de l'épreuve hors circulation, c'est encore beaucoup trop aléatoire et irrégulier pour que je puisse envisager de le passer. (Ça va tout de même mieux depuis qu'un des moniteurs m'a donné des consignes très précises pour le parcours lent — qui est globalement parlant le plus difficile. Notamment, tout le monde dit toujours le regard est très important, et c'est vrai, mais on ne dit pas toujours pour autant exactement il faut le placer, ce regard. Il m'a aussi expliqué qu'il ne fallait pas chercher à avoir une allure constante, mais plutôt être prêt à embrayer un peu dès qu'on a l'impression de commencer à perdre l'équilibre. Enfin, que mon principal problème à part ça était de ne pas assez serrer la moto avec mes jambes.)

Même si ça devient répétitif (toujours refaire les mêmes parcours…), ça continue à me plaire nettement plus que les leçons de conduite auto. Mais ce n'est pas du tout clair si cette différence de motivation change quoi que ce soit au rythme de progression (en voiture, vers 38 heures de formation je suis rentré dans une longue phase de stagnation où je ne progressais plus guère).

Je reste assez nerveux à chaque trajet vers, ou surtout depuis, le plateau. Les trajets de retour sont les plus stressants, parce que l'autoroute A6b est surtout bouchée dans le sens vers Paris, et ce, apparemment quelle que soit l'heure. On circule donc en interfile, et quand il s'agit de passer entre deux véhicules larges (comme entre une camionnette et un camion), je trouve ça vraiment assez inquiétant. (Je n'arrive pas vraiment à décider si c'est pire quand l'autoroute est complètement bouchée, donc on fait de l'interfile tout du long, mais c'est à vitesse faible par rapport à des véhicules quasiment à l'arrêt, ou quand l'autoroute est plus fluide, mais il y a toujours un peu d'interfile, et à plus grande vitesse.)

J'ai appris que le centre d'examen de Rungis, situé ici à deux pas du plateau où je m'entraîne, , n'est pourtant pas l'endroit où je suis susceptible de passer ce permis : apparemment ce centre est réservé aux candidats inscrits en Val-de-Marne. Les Parisiens sont envoyés soit à Vélizy-Villacoublay (probablement par , mais l'endroit est flouté sur Google Maps à cause de l'aéroport à proximité), soit à Gennevilliers, précisément (et d'ailleurs, pour ce centre-là, on voit les pistes depuis Google Street View, ici).

Et c'est amusant, parce qu'un parc d'Île-de-France que je suis allé visiter avec mon poussinet est le parc des Chanteraines de Gennevilliers (j'en ai parlé dans cette entrée), notable pour sa petite ferme pédagogique (on y revient) et son petit train (le poussinet est fan de trains). Le parc des Chanteraines est constitué de plusieurs morceaux, de tailles variables, et se fond en partie dans la zone d'activités tout autour : lorsque nous l'avons visité, nous avons cherché à explorer un peu ces différents morceaux, et il se trouve que notre promenade nous a menés (entre les morceaux Les Louvresses et La Garenne du parc ; il y a un plan page 4 de ce PDF) à deux pas de ces pistes d'examen de permis.

Puisque j'en suis revenu à parler de parcs et jardins, je conclus en notant que j'ai ajouté deux nouvelles catégories d'entrées de ce blog : une pour les parcs et jardins et une pour les véhicules légers à moteur (j'ai sans doute raté plein d'entrées qui pourraient se ranger dans l'une ou l'autre de ces catégories).

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(mercredi)

Les mystères du contre-braquage d'un deux-roues

Quand on circule avec un deux-roues (vélo, cyclomoteur, moto) à basse vitesse (disons à vitesse infinitésimale), pour tourner, on tourne le guidon dans la direction où on veut aller. Et pour ça, on applique un couple (deux forces opposées sur les deux poignées du guidon) de même sens que la rotation qu'on veut effectuer, faisant pivoter la roue avant dans ce sens. C'est le braquage qu'on pourrait qualifier de « normal ».

Bon, mais maintenant, quand on applique un couple à une roue en train de tourner autour de son axe, dès lors que le couple n'est pas purement aligné avec la rotation de la roue (i.e., ne tend pas simplement à accélérer ou ralentir cette rotation), il se produit un effet de précession gyroscopique, c'est-à-dire que l'axe de la roue va lui-même subir un mouvement de rotation (précession) ; cette précession se fait à angle droit de ce qu'on imagine intuitivement. Je pourrais essayer de faire des dessins pourris pour le montrer, mais je trouve que cette vidéo est parfaite pour expliquer le phénomène (sans mathématiques), et j'encourage à la regarder. Si vous voulez faire l'expérience vous-mêmes, je conseille le parapluie : faites tourner votre parapluie rapidement autour de son manche (c'est mieux si le pommeau est droit plutôt que courbe, comme ça ce sera un bel axe de rotation), en le tenant au niveau du centre de gravité, et essayez de pousser un peu le pommeau horizontalement : le parapluie s'inclinera vers le haut ou vers le bas.

Sur un deux-roues circulant vers l'avant à vitesse assez élevée, du phénomène de précession gyroscopique résultent deux choses successives :

  • (A) Si j'appuie sur (disons) la partie gauche du guidon (en tirant sur la partie droite ou en laissant l'axe du guidon produire la force opposée du couple), la roue avant va avoir tendance à pencher vers la gauche sous l'effet de ce couple. Si la roue avant était seule, le mouvement continuerait ensuite en précession de l'axe (comme si on fait rouler une pièce de monnaie et qu'une force l'incline un peu) ; mais la roue avant ne peut pas s'incliner seule, donc le deux-roues penche en bloc vers la gauche.
  • (B) Mais une fois que le deux-roues est penché vers la gauche, la gravité et la réaction du sol constituent un nouveau couple, et l'effet gyroscopique va être, cette fois, de pivoter vers la gauche[#]. Comme la roue avant peut pivoter autour de l'axe (vertical) du guidon tandis que la roue arrière ne peut que tourner autour de son propre axe, la roue avant pivote vers la gauche (donc dans le sens contraire à celui vers lequel on a produit le couple initial), la roue arrière suit la roue avant, et le véhicule dans son ensemble tourne vers la gauche.

[#] En fait, il y a un deuxième effet qui fait qu'un deux-roues a tendance à tourner vers la gauche s'il penche vers la gauche, c'est l'effet de la chasse, c'est-à-dire le fait que l'axe autour duquel la roue avant peut pivoter n'est pas verticale mais oblique (plus avancé à la base qu'au sommet). L'effet gyroscopique et l'effet de chasse sont de même signe, mais j'ignore quelle est leur importance relative dans des circonstances typiques.

On appelle l'ensemble de ce phénomène le contre-braquage[#2] : pour tourner vers la gauche, on pousse (vers l'avant) sur la partie gauche du guidon (ou on tire sur la droite), ce qui est exactement inverse de ce qu'on fait à basse vitesse. Au final, pour faire tourner vers la gauche une moto qui va assez vite, on appuie sur la partie gauche du guidon.

[#2] Du moins, c'est ce que j'appelle contre-braquage dans cette entrée. Il faut noter que, dans ce contexte, le guidon, au final, tourne bien dans le sens dans lequel le deux-roues tourne (certains guides de conduite à moto prétendent que le guidon ne peut pas tourner, mais c'est faux, il s'oriente bien dans le sens du virage : simplement, c'est le sens contraire de celui dans lequel on a poussé, et par ailleurs, cette rotation est faible puisqu'on ne prend pas des virages très serrés à grande vitesse). Certains veulent réserver le terme de contre-braquage pour des cas où le guidon est effectivement tourné dans le sens contraire du sens du virage, mais les circonstances sont assez inhabituelles (il doit y avoir dérapage), donc oublions ça.

Pour plus de précisions ou d'autres descriptions du phénomène, voir cette page (assez orientée pratique) et les vidéos qu'elle contient, cette entrée Wikipédia (beaucoup plus théorique), ou encore cet extrait de l'émission de vulgarisation C'est pas sorcier consacré à la moto.

Le point (B) est raisonnablement intuitif (tout le monde « sait bien » que pour tourner à gauche en vélo ou en moto, on se penche vers la gauche) ; le deuxième point contribue, d'ailleurs, à la stabilité d'ensemble du véhicule (s'il n'est pas parfaitement droit, au lieu de tomber, il tourne, ce qui est plus facilement corrigeable ; et plus il va vite, plus il est stable).

Le point (A) est plus problématique, ou en tout cas la combinaison des deux l'est. Pas que j'aie la moindre doute sur l'exactitude d'ensemble de la description physique que je viens d'esquisser : c'est assez simple à comprendre, et j'ai eu l'occasion de tester expérimentalement par moi-même (si j'avais eu le moindre doute sur le sujet). Mais ceci soulève deux-trois questions :

  1. Si à basse vitesse, appliquer un couple sur le guidon fait tourner celui-ci et dirige le deux-roues dans le sens « intuitif », et qu'à haute vitesse il a pour effet de faire pencher le deux-roues et de le diriger dans l'autre sens, que se passe-t-il à des vitesses intermédiaires ? Comment se diriger quand les deux effets se compensent ?
  2. Pourquoi le fait de pousser sur le guidon dans le sens opposé au braquage normal n'est-il pas atrocement contre-intuitif ? Comment se fait-il que le contre-braquage s'apprenne facilement ? (car expérimentalement, c'est le cas).
  3. Pourquoi l'effet gyroscopique ne joue-t-il que deux fois (les points (A)&(B) ci-dessus) ? Autrement dit, pourquoi n'y a-t-il pas ensuite un troisième point (C) en fait, comme le deux-roues commence à tourner à gauche, ça va le faire repencher vers la droite, puis (D) comme il penche vers la droite, il va tourner à droite, et ainsi de suite indéfiniment en mouvement de précession, comme c'est le cas pour une toupie inclinée ?

Un autre point qui m'échappe (mais relié aux deux premiers que je viens de lister) est dans quelle mesure le contre-braquage, et spécifiquement le point (A), est applicable sur un vélo (à des vitesses raisonnablement atteignables par quelqu'un qui n'est pas coureur cycliste) ou une moto légère.

C'est là que je manque cruellement de sens physique. Mettre ce problème en équations serait franchement compliqué (voir cette page Wikipédia qui, bien que très simplifiée, est déjà assez longue et complexe !) ; j'ai un certain nombre de pistes pour répondre aux questions ci-dessus, mais je ne suis pas sûr de savoir comment elles se relient entre elles (certains de ces éléments d'explications sont probablement des reformulations du même, d'autres sont peut-être faux, je ne sais pas bien quoi en penser).

Concernant le premier problème, l'argument un peu idiot pour l'exposer consiste à appliquer le théorème des valeurs intermédiaires : si à vitesse très faible appliquer un couple sur le guidon fait tourner le deux-roues dans un sens et qu'à vitesse élevée cela le fait tourner dans l'autre sens, il doit y avoir un point où le couple ne fait pas tourner le deux-roues, et alors on peut se demander comment on fait pour diriger la moto à cette vitesse intermédiaire. En fait, l'argument tel quel est assez bidon, parce que rien ne dit que le couple doive être appliqué de façon constante (il se met en place une dynamique assez complexe quand on agit sur le guidon, on ne se contente pas d'exercer un couple fixe), et aussi parce qu'il y a d'autres façons de pencher le vélo ou la moto que de contre-braquer (preuve en est qu'il est possible de diriger un vélo sans les mains). D'où les éléments de réponse possibles suivants à l'objection nº1 :

  • Il y a, en fait, plusieurs phases (dans le temps) quand on prend un virage à deux-roues. Dans un premier temps, on exerce un couple sur le guidon qui est toujours dans le sens contraire au sens intuitif (contre-braquage), mais qui peut être presque imperceptible à basse vitesse, puis, une fois que le la configuration désirée est atteinte, on maintient la rotation du guidon avec un couple soutenu, qui peut être dans l'un ou l'autre sens selon le régime de vitesse, mais que le pilote ressent à travers ses bras.
  • Il y a, en fait, plusieurs régimes de couples (et l'effet couple appliqué ↦ braquage obtenu n'est pas monotone, même si le couple est maintenu constant). Un couple faible sur le guidon fait pencher le deux-roues par « effet contre-braquage » (effet qu'on peut accentuer en se penchant soi-même, et c'est sans doute nécessaire pour utiliser réellement cette technique à faible vitesse) jusqu'à un point extrémal où le couple réussit à faire quitter à la roue avant le plan de symétrie du deux-roues, et ensuite celui-ci tourne à cause de ça (« braquage normal »), mais à vitesse raisonnablement élevée, sur une moto, il n'est pas humainement possible d'atteindre ce point extrémal (qui serait, de toute façon, hors du domaine de stabilité).
  • Il y a trois régimes de vitesse dans la pratique : (i) à basse vitesse, on dirige le deux-roues en tournant le guidon de façon intuitive, (ii) à vitesse intermédiaire le deuxième des points évoqués ci-dessus s'applique mais le second est insuffisant, donc on dirige le deux-roues en se penchant, mais on se penche en jouant avec son corps plus que par une action quelconque sur le guidon (cas du vélo qu'on guide sans les mains), et (iii) à vitesse assez élevée on utilise la technique de contre-braquage pour de diriger. (Autrement dit, l'implication pencher⇒tourner se met en place avant l'implication pousser⇒pencher.)
  • Ce qui importe n'est pas tant le geste qu'on fait que le fait qu'on le fasse plus ou moins brusquement : quelle que soit la vitesse, un geste suffisamment brusque produira un effet de contre-braquage, tandis que tourner doucement le guidon fait aller dans la direction intuitive (et la frontière entre brusque et doux dépend, justement, de la vitesse et des autres paramètres du deux-roues).

Il y a sans doute une part de vrai dans chacune de ces pistes de réponse, mais je ne comprends pas bien comment elles se relient entre elles.

Le caractère intuitif du contre-braquage est encore plus mystérieux a priori.

Quand j'en ai entendu parler, je me suis dit mais ça a l'air impossiblement contre-intuitif ! pousser à gauche quand on veut tourner à gauche, c'est tellement contre-nature que je n'y arriverai jamais, et on m'a répondu si, si, en fait, tout le monde y arrive, et j'ai pu constater par moi-même que c'est vrai, on fait deux-trois essais sur le plateau à des vitesses variées et hop, on prend le pli immédiatement. Apprendre à doser le freinage, par exemple, ou à se déplacer de façon stable à faible allure, sont des choses beaucoup plus difficiles qu'apprendre le contre-braquage. Témoignage concordant de cette entrée de blog d'un apprenti motard de la même auto-école que moi qui écrit j'ai appris sur le tas le contre-braquage au cours de sa première heure de circulation (donc, sur l'autoroute : le phénomène est tellement intuitif qu'on peut lancer sur l'autoroute quelqu'un qui n'avait jamais conduit un deux-roues et il y arrive).

Comment est-ce possible ?

Il ne suffit pas de se dire on retient que les commandes sont en quelque sorte inversées, et tout va bien : ça ça ne marcherait pas du tout. Preuve en est l'expérience de la bicyclette inversée (vidéo très drôle à regarder si vous ne l'avez pas déjà fait) : quelqu'un a construit un vélo dont le guidon est relié à la roue avant par un engrenage supplémentaire, ce qui fait qu'il est purement et simplement inversé. Eh bien conduire cette bicyclette, sans un effort énorme d'apprentissage, est humainement impossible : personne n'a réussi à lui faire faire une distance de ne serait-ce que quelques mètres sans poser le pied à terre. Le propriétaire de la bicyclette a persisté à essayer cinq minutes par jour et au bout de huit mois, quelque chose a fait clic dans son cerveau et il a fini par y arriver (mais en ce faisant, il a oublié comment conduire une bicyclette normale ! il aurait dû essayer de passer cinq minutes sur chaque type de bicyclette, dans un ordre aléatoire, et voir combien de temps ça lui prenait). Je trouve cette expérience fascinante pour ce qu'elle nous apprend sur le fonctionnement du cerveau et le temps d'apprentissage (cf. aussi ce que je racontais dans cette entrée).

Le contre-braquage n'est donc clairement pas de cette nature. Il est étonnamment intuitif. Mais comment cela se fait-il ? Là aussi, j'ai quelques éléments d'explication, mais je ne sais pas vraiment les relier les uns aux autres :

  • En fait, le contre-braquage se fait déjà à vélo (à toute petite vitesse, il est imperceptible, mais à vitesse moyenne, il y a bien un petit coup dans la direction opposée du virage) ; ce qui change à moto est le temps pendant lequel on soutient le couple contre-braquant, mais le cerveau doit forcément s'être habitué au fait que ce temps (et la valeur du couple soutenu) doivent dépendre de toutes sortes de paramètres. Globalement, le contre-braquage n'est pas vraiment un braquage inversé : c'est juste la première phase du braquage, qui dure plus ou moins longtemps selon les circonstances.
  • Une moto qui roule assez vite est remarquablement stable. (Petite anecdote ici à ce sujet.) Le cerveau a donc tout le temps de réagir calmement à l'effet que produit telle ou telle action sur le guidon, il n'est pas en train de contrôler des oscillations autour d'un point d'équilibre instable (ou métastable).
  • On décompose intuitivement en deux parties : (B) pencher⇒tourner est extrêmement naturel, et pour ce qui est de (A) pousser⇒pencher, le fait que le guidon ne quitte quasiment pas le plan de symétrie de la moto aide à ce qu'on ne confonde pas mentalement avec le braquage normal.
  • On me suggère aussi la piste suivante pour expliquer pourquoi le sens du mécanisme (A) pousser⇒pencher est intuitif : si on tourne vers la droite le guidon (i.e., si on pousse sur la poignée gauche) pendant que le deux-roues est à l'arrêt, alors ce dernier tend à tomber vers la gauche : ce serait peut-être cette intuition qu'on aurait en tête (pour pencher la moto vers la gauche, je pousse sur la poignée gauche et elle tombera plutôt dans ce sens).

Bref, c'est très intuitif, mais je ne sais pas bien pourquoi.

Un autre aspect un peu mystérieux, c'est qu'il y a un certain nombre de vidéos comme celle-ci (par ailleurs intéressante si on aime l'accent australien…) qui prétendent expliquer la technique du contre-braquage, mais en fait je pense qu'il est tout simplement impossible de prendre un virage à vitesse élevée en moto autrement que par cette technique (à moyenne vitesse on peut sans doute déplacer le poids de son corps suffisamment, comme ce qu'on fait quand on dirige un vélo sans les mains, mais ça doit devenir essentiellement impossible à partir d'un certain point) : quelqu'un qui sait tourner à moto sait forcément contre-braquer. (Et c'est peut-être même déjà le cas à vélo.) Ce point est d'ailleurs souligné par plusieurs commentaires de la vidéo que je viens de lier. Mais alors, pourquoi est-il nécessaire d'expliquer comment faire ? J'imagine que c'est parce que les gens ne se rendent pas compte de ce qu'ils font, ou font quelque chose de différent mais qui marche presque fortuitement (dans cette vidéo, par exemple, le narrateur explique qu'il pensait qu'il fallait pousser vers le bas sur le guidon pour pencher cette partie vers le bas, alors qu'il faut pousser vers l'avant, mais ça devait marcher un peu parce qu'en poussant vers le bas on pousse sans doute un peu vers l'avant incidemment). Ceci étant, la première vidéo du paragraphe semble décrire une technique un peu plus poussée que le contre-braquage « de base », mais je ne comprends pas exactement quoi.

Tout ça est tout de même assez confus.

Pour ce qui est du troisième problème que j'évoque ci-dessus, un élément de réponse est simplement que le deux-roues a deux roues et qu'il ne peut donc pas précesser librement, mais le fait est qu'il y a bien des régimes d'oscillations plus ou moins amorties ou amplifiées comme le montrent ces courbes sur Wikipédia. (À vrai dire, je ne suis pas sûr de bien comprendre le problème que je soulève moi-même, donc a fortiori je ne sais pas vraiment quoi y répondre.)

Toujours est-il que je comprends globalement ce qui se passe, mais il y a plein de petites subtilités qui m'échappent, et j'espère avoir réussi à bien partager ma confusion. 😁

Sinon, une expérience que j'aimerais bien voir menée (apparemment quelque chose de la sorte l'a été, mais je voudrais plus de détails) consiste à fabriquer un vélo, ou une moto, dont chaque roue est doublée d'un volant d'inertie, de même moment d'inertie que la roue en question, et qui tourne en permanence en sens inverse à la même vitesse, de manière à annuler aussi précisément que possible l'effet gyroscopique de la roue en question. Quel effet cela fait-il de conduire un tel engin ? À quelles vitesses est-il raisonnablement stable et pilotable ? L'expérience a été menée pour vérifier que l'effet gyroscopique n'était pas nécessaire pour assurer la stabilité d'un vélo en ligne droite à basse ou moyenne vitesse, mais on s'interroge, logiquement, sur l'effet que cela ferait de tourner dans ces circonstances, ou d'aller vraiment vite. S'il y a des gens assez fous pour tenter l'expérience de fabriquer une moto « agyroscopique » comme ça…

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(vendredi)

Ruxor passe le permis, lancement de la saison 2 : le permis moto

Vous avez été nombreux à aimer la série Ruxor passe le permis de conduire diffusée en deux parties sur ce blog : (A) L'épreuve théorique générale (entre août 2016 et juillet 2017, incluant des rebondissements comme difficultés administratives imprévues et le mystère de l'origine des questions) et (B) Les leçons de conduite qui durent, qui durent, qui durent (entre août 2017 et février 2018 ; comme cette deuxième partie comptait trop d'épisodes, elle a été coupée au montage). Il y a même eu un spinoff, Le poussinet s'achète une tuture (qui se fait prestement emboutir), mais celui-ci n'a pas eu le succès de la série d'origine.

Les producteurs ont donc décidé de revenir aux fondamentaux avec une deuxième saison de la série Ruxor passe le permis de conduire, intitulée Le permis A2 (ou permis moto).

Bref, je me suis inscrit pour passer le permis moto — et au moment où j'écris j'ai fait 3 séances de 3h de formation.

Hein, quoi ? Mais pourquoi ?

Comme plusieurs personnes ont réagi comme ça, je suppose que c'est une réaction naturelle, mais je suis tenté de demander pourquoi pourquoi ? ? en retour. Je veux dire, je comprends qu'on puisse s'étonner de (l'intérêt de) l'existence même des motos (qui sont vraiment beaucoup plus dangereuses que les voitures, et plus inconfortables de surcroît, pour une consommation à peine plus basse au kilomètre, et dont le seul intérêt semble être de passer les embouteillages), et je ne compte pas essayer de répondre à ça, mais la question semblait plutôt porter sur moi spécifiquement. Par exemple parce que j'ai beaucoup d'aversion au risque, ou bien parce que j'ai galéré pour obtenir le permis voiture et que la conduite d'une moto est certainement plus difficile que celle d'une voiture : je vais revenir sur ces points. Mais je soupçonne aussi que l'expression d'étonnement traduit surtout juste une préconception à mon sujet, à quoi je ne vois pas quoi répondre à part désolé si je ne me colle pas aux préjugés que vous avez sur moi. ☺

Ceci étant, la question n'est pas infondée, et je peux essayer d'y répondre, même si la réponse ne sera pas forcément meilleure que pas vraiment de raison à part que j'en ai envie.

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(samedi)

Nouvelles balades à Chantilly et Provins, et histoires de voitures

Après Vaux-le-Vicomte, Champs-sur-Marne et Villarceaux, les aventures horticopalatines(?) de Ruxor et du poussinet à la recherche des « jardins remarquables » nous ont menés le week-end dernier à Chantilly (en consentant exceptionnellement à quitter notre pays d'Île-de-France). Le château est joli à voir de l'extérieur, très peu notable de l'intérieur, mais le parc est effectivement remarquable : il y a des parterres organisés par Le Nôtre pour un jardin à la française, certes moins magnifique que celui de Versailles et moins bien conservé que celui de Vaux, et dont les jeux d'eau restants sont peu impressionnants, mais qui demeure néanmoins un beau morceau ; mais ce qui fait surtout l'intérêt de ce parc de Chantilly est une certaine diversité, puisque ce jardin à la française du XVIIe se fond, côté ouest, [L'Île d'Amour du parc de Chantilly]en un jardin à l'anglaise du XIXe, et côté est, en un « petit parc » boisé très agréable et un « jardin anglo-chinois » (sic, mais le caractère chinois n'est vraiment pas évident) du XVIIIe avec un hameau potemkine qui a apparemment inspiré celui de Marie-Antoinette à Versailles. Le petit parc contient aussi, un peu caché, un jeu de l'oie grandeur nature, que nous n'avons malheureusement pas eu le temps d'explorer complètement parce que si on veut suivre la spirale complètement, même sans jouer suivant les règles, c'est vraiment long.

Ma visite des jardins a malheureusement été en partie gâchée par l'intervention d'un prédateur aérien des humains, sans doute de l'espèce Culex pipiens, en tout cas d'une famille de bestioles qui m'aiment notoirement beaucoup.

Mon poussinet nous avait pris une chambre pour la nuit à l'Auberge du Jeu de paume, labelisé Relais & Châteaux, ce qui n'était sans doute pas une bonne idée parce qu'il est dangereux de prendre goût au luxe.

Mais ce que je regrette surtout à Chantilly est que nous avons réussi à rater le Potager des Princes, un jardin juste à côté du parc du château, lui aussi étiqueté « jardin remarquable », mais auquel nous n'avions pas fait attention parce qu'il est séparé du domaine lui-même même s'il en faisait historiquement partie : les gens qui ont fait le plan du parc affiché partout sont quand même assez salauds de ne pas du tout le faire figurer, même pas avec une légende « autre endroit remarquable » ou quelque chose de ce goût.

Hier soir nous avons passé la nuit à Provins[#] (à la Demeure des Vieux Bains, beaucoup plus familiale que l'Auberge du Jeu de paume à Chantilly, mais également très confortable). La ville historique ressemble beaucoup à un parc d'animations thème médiéval, ce qui ne me branche pas plus que ça ; elle a comme thème secondaire la rose, ce qui ne me branche pas non plus tant que ça, mais du coup, il y a [Roses Velasquez dans la roseraie de Provins]une roseraie qui, même si on n'est pas passionné par les roses, est un jardin (étiqueté « remarquable », donc) incroyablement manucuré et qui justifie à lui seul qu'on aille visiter Provins, surtout qu'il y a aussi là un salon de thé merveilleusement relaxant. Enfin, tout ça aurait été merveilleusement relaxant s'il n'y avait pas une fois de plus un salaud de culcidé qui voulait profiter du sang de Ruxor comme le Ruxor voulait profiter de son thé à la rose.

Sinon, même si les vieilles pierres moyenâgeuses ne me branchent pas tant que ça, elles ont un intérêt, c'est que les gens à cette époque aimaient bien construire des villes à des endroits d'où on voit loin, et la vue depuis la tour César[#1b] sur la c(h)ampagne alentours n'est pas mal du tout, ainsi que depuis les remparts, d'où nous avons observé un magnifique coucher de soleil hier soir. Dans la foulée, nous nous sommes dits que nous allions aussi regarder les planètes. En fait, l'idée était surtout de voir Mercure, parce que je n'ai jamais réussi à voir Mercure. Grâce aux excellentes applications Sky Map et PlanetDroid, nous savions en principe où était chaque planète (alignement par rapport aux autres astres, élévation en degrés au-dessus de l'horizon, azimut par rapport aux points cardinaux ou par rapport au point de coucher du soleil, magnitude apparente, bref, tout ce qu'on pouvait vouloir savoir), mais malgré ça, nous n'avons réussi à localiser que Vénus (qui se couchait plus tard que le Soleil) et Jupiter (culminant au moment où le Soleil se couchait), et même ça n'a pas été facile ; Mercure, qui était à peu près pile mi-chemin entre Vénus et le Soleil, ainsi que Saturne, en train de se lever, ont résisté à nos tentatives pour les trouver, sans que nous parvinssions à savoir si c'était parce qu'elles se cachaient derrière les nuages ou parce qu'il ne faisait pas encore assez noir pour que la magnitude 0 devienne discernable, surtout avec mes yeux de myope — ou simplement parce que nous étions nuls.

[#] Provins qui, administrativement, est en Île-de-France, même si historiquement elle faisait partie de la Champagne, jusqu'à ce que cette dernière intègre (en partie ?) le domaine royal par la dot apportée par Jeanne de Navarre (et de Champagne) lors de son mariage en 1284 au futur Philippe IV le Bel. Mais j'entends des histoires contradictoires sur le fait que l'actuelle limite entre l'Île-de-France et la Champagne ait un rapport avec cette histoire ancienne ou soit simplement le fruit de hasards administratifs bien plus tardifs. (Y a-t-il eu une différence entre le sort de Provins et celui de Troyes lors de ce mariage ?)

[#1b] (Ajout) Soit dit en passant, la tour en question a un escalier à vis orienté selon la main droite, ce qui met en doute l'idée que les escaliers des ouvrages défensifs étaient toujours orientés selon la main gauche.

Sinon, ces différentes excursions me donnent l'occasion de continuer d'apprendre à conduire[#2], et d'apprendre toutes sortes de choses que je n'ai pas apprises à l'auto-école soit parce que ce n'était pas le lieu soit parce qu'il n'y avait pas vraiment le temps. Par exemple, comment sortir la tuture du poussinet du garage de notre immeuble, ce qui est assez technique (parce que la tuture est large et que la montée est biscornue). [Courbe bouchons en Île-de-France observé par Sytadin.fr]Ou comment profiter d'un match de la coupe du monde de foot où la France joue, parce que les routes deviennent soudainement beaucoup plus vides, ce qui nous a permis de revenir de Provins dans de bonnes conditions (cf. la forme complètement hallucinante à partir de de la courbe noire ci-contre, piquée au site Web Sytadin, comparée aux niveaux « habituels » en couleur : il s'agit du nombre de kilomètres de bouchons en Île-de-France).

[#2] Et d'éprouver la patience du poussinet, qui craint pour sa tuture et se retrouve parfois à me disputer comme le faisait mon moniteur (qui devait craindre aussi pour sa voiture…). Le poussinet, pourtant, me disait que je n'aurais pas dû accepter de me faire tellement disputer à l'auto-école, et que j'aurais dû changer de moniteur.

[Image enregistrée par la dashcam arrière 2018-06-29T15:41:48+02:00]

[Image enregistrée par la dashcam arrière 2018-06-29T15:55:04+02:00]

[Image enregistrée par la dashcam avant 2018-06-29T15:55:12+02:00]

Plus sérieusement, je n'avais essentiellement pas eu l'occasion en leçon de conduite de pratiquer les routes départementales deux voies qui sont limitées à 90km/h jusqu'à ce soir et 80km/h à partir de demain — mais de toute façon 80km/h pour moi en tant que conducteur novice. Comme je respecte les limitations de vitesse, j'y fais du (80±ε)km/h (au tachymètre, donc plutôt −ε en réalité), ce qui, évidemment, énerve les autres usagers. Comme ce sagouin de conducteur de poids-lourd slovaque immatriculé SA·142DC et SA·338YF (vu la manière dont il s'est comporté, je ne vais pas me priver d'aider Google à indicer sa plaque d'immatriculation) qui m'a collé au cul sur un bout de la D231 parce qu'il trouvait qu'à (80−ε)km/h j'allais vraiment trop lentement, fulminait de ne pas trouver d'occasion de me dépasser, et n'a pas manqué de me le faire bien sentir. Comme il se trouve que le poussinet a une dashcam et que je suis maniaque de la précision, je me fais un plaisir de mettre en ligne ses photos (horodatées et géolocalisées par la dashcam) : en train de me faire un appel de phare alors que je roule à 79km/h, puis réussissant enfin à me doubler, en klaxonnant rageusement (ça ça ne se voit pas sur les images, évidemment), 13′20″ plus tard et 16.4km plus loin (je roule plus lentement sur la dernière photo, mais c'est exprès pour l'aider à me doubler ; et oui, 16.4km en 13′20″ ça fait seulement 73.8km/h de moyenne, mais il y avait des sections limitées à 70 et à 50 et des sens giratoires). En admettant qu'il aurait conduit à 90km/h tout du long, je lui ai fait perdre la durée absolument affolante de 2′24″. Bon, mais sérieusement, est-ce que j'aurais dû trouver moyen de lui permettre le dépassement ? (J'avais envisagé de faire quelques tours inutiles d'un giratoire pour m'en débarrasser, mon poussinet m'a conseillé de continuer en ignorant le camion.)

Peut-être que le Slovaque en question ignorait que la plaque A à l'arrière de ma voiture signifiait que je ne devais pas dépasser 80. Ou peut-être qu'il le savait mais s'en foutait (de toute façon, quand on conduit dans un pays étranger, on doit bien se dire qu'il est possible qu'il y ait des règles qui nous échappent). Ou peut-être qu'il aurait été tout aussi furieux si j'avais fait du 90, en fait.

Tant que j'y suis à parler de voiture et de vitesses : la boîte de vitesse de la Renault Captur sur laquelle j'ai pris mes leçons de conduite était échelonnée de manière qu'on utilise la 1re vitesse typiquement de 0 à 20km/h, la 2e de 20 à 40, la 3e de 40 à 60, la 4e de 60 à 80, et la 5e à partir de 80. D'une part c'est assez commode à retenir, d'autre part cela va bien avec les limitations de vitesse françaises qui sont très souvent congrues à 10 modulo 20 (en km/h), c'est-à-dire surtout 30, 50, 70, 90 (et 110 et 130, mais ça c'est hors grille). Mon moniteur m'avait expliqué que c'était fait exprès, et que l'idée était donc de simplifier la réflexion : quand c'est limité à 30 on roule en 2e, à 50 en 3e, et à 70 en 4e. Mais le joujou polluant du poussinet, il a une boîte de vitesses échelonnée très différemment : Tuture a 6 vitesses, mais ce n'est pas une simple extension du même schéma, les vitesses pallier sont plus basses, on peut sans problème rouler à 50 en 4e, par exemple, sans être en sous-régime, et la première a un rapport extrêmement faible. Mais du coup ça complique des choses pour moi : on m'a appris à faire une reprise [en] première dans toutes sortes de circonstances, par exemple à chaque fois qu'on arrive par la branche non prolongée à une intersection en T — or sur la tuture du poussinet, une reprise première est très difficile à faire ; mon poussinet propose plutôt de rester en deuxième, quitte à débrayer un peu, mais il y a un risque plus fort de caler si on ralentit trop. De même, pour les sens giratoires, on m'a appris à les passer toujours en deuxième, mais sur la tuture du poussinet, on est facilement en surrégime de la sorte. Je ne sais pas si c'est parce que Tuture est vieille et que les rapports ont été restandardisés(?) plus tard, ou si c'est juste des différences aléatoires entre modèles.

Ah, et tant que j'y suis, je signale une astuce complètement idiote qu'on ne m'a pas donnée à l'auto-école et j'ai vraiment honte du temps incroyable qu'il m'a fallu pour y penser alors qu'elle est complètement évidente :

Un des problèmes que je rencontrais souvent était celui du bon centrage de la voiture. Mon moniteur m'avertissait souvent de surveiller mon placement, me disait que j'étais trop à gauche ou trop à droite. Il m'avait bien donné une demi-astuce : repérer mon placement à la zone sombre laissée sur la chaussée entre les roues des nombreuses voitures et qui finit par définir une zone médiane correcte. Mais comme le conducteur est à gauche du milieu de la voiture, ce n'est pas évident de savoir si on est bien centré sur la zone sombre en question. (Il me disait régulièrement : n'oublie pas que tu dois centrer ta voiture sur la zone sombre : pas toi mais la voiture ; certes, mais comment est-ce que je repère que la voiture est bien centrée ?) Parce qu'il manquait la deuxième moitié de cette astuce, complètement évidente, donc, mais à laquelle je n'ai pensé qu'après avoir passé le permis. Il s'agit une fois pour toutes, à l'arrêt, de s'installer au poste de conduite comme on le fait normalement, et de regarder une ligne tracée sur la chaussée (au niveau du sol), le long de l'axe médian de la voiture (on peut tracer cette ligne à la craie, ou demander à quelqu'un de la figurer avec son bras) : de là où on est assis, on repère le point où cette ligne intersecte la base du pare-brise et/ou l'avant du capot (dans la tuture du poussinet, pour la manière dont je m'assieds, ça tombe sur un angle des essuie-glace, donc c'est facile à repérer, mais bien sûr il n'est pas nécessaire d'être ultra-précis) ; cela définit la ligne de visée vers l'axe médian de la voiture, et quand on veut centrer la voiture, on s'arrange pour faire coller ce point sur l'axe où on veut la centrer (par exemple, le milieu de la zone sombre de la chaussée). Certes, il faut penser à faire cette visée quand on change de véhicule, et chaque conducteur doit la faire pour sa façon de s'asseoir, et c'est un peu moins pratique quand les essuie-glace sont en marche, mais globalement, je n'ai plus de problème de centrage depuis que j'ai repéré et visualisé ce « point de centrage » au lieu de l'estimer pifométriquement en me disant je suis un peu à gauche, donc ça doit être par là.

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(lundi)

La voiture et la poisse

Il y a un mois, mon poussinet a fait l'acquisition d'un joujou bruyant pour polluer l'air, également connu sous le nom de voiture : puisque j'ai récemment obtenu le droit de jouer avec ces choses-là, il a voulu que nous en ayons une, histoire qu'il puisse me forcer à conduire régulièrement. Et comme l'idée est notamment que je ne perde pas l'habitude de cet exercice un petit peu absurde (mais qui impressionne parfois les Américains) consistant à jouer du pied gauche et de la boîte de vitesse, il s'agit d'une voiture à boîte manuelle (ce qui exclut toute forme d'électrique ou d'hybride). Une Volkswagen Golf IV — diesel parce qu'il faut bien assumer la pollution maximale — 1.9L TDI 130ch — c'est à peu près aussi cryptique que la numérotation des processeurs Intel — tout juste assez récente pour avoir le droit de rouler dans Paris. Avec quelque chose comme 200000km au compteur (tiens, j'ai vraiment du mal à écrire 200Mm). Et d'ailleurs immatriculée, je n'ai pas bien compris pourquoi, à la Réunion.

L'idée de mon poussinet était d'acheter à peu près la voiture la moins chère possible (qui ait le droit de circuler à Paris) pour que ce ne soit pas trop grave si je la bousille. Vous voyez qu'il a confiance en ma capacité à conduire, le poussinet. Mais comme nous vivions très bien sans voiture, c'est vraiment à peu près la seule raison d'en acheter une. La copine d'un de ses collègues vendait justement ça, alors il s'est précipité sur la bonne affaire ; et comme les bonnes affaires sont rares, et que ce qui est rare est cher, il a accepté de monter le prix jusqu'à environ 3k€. Je plaisante, mais c'est un peu l'idée : il a vu la voiture, décidé qu'elle était vraiment bien et que c'était mieux d'acheter à quelqu'un qu'on connaît, et qu'à 2.5k€ c'était très raisonnable, mais quelqu'un d'autre était sur le coup, et c'est ainsi que le prix a augmenté.

La voiture était en bon état, mais pas parfait pour autant. La batterie était faiblarde, donc mon poussinet l'a fait changer ; et il en a profité pour faire changer les plaquettes de frein et les soufflets de joints de Cardan. Ce qui a encore un peu gonflé la facture. Le poussinet a fait quelques éraflures à la carosserie en rentrant et sortant la voiture du parking situé sous notre immeuble et dont la descente est très étroite et compliquée, et il envisageait de l'apporter chez le carrossier. Et moi j'ai commencé à me moquer du concept de voiture achetée pour que je puisse la bousiller mais qui passe son temps au garage et se fait bichonner.

La voiture étant, après le gosse, la pire pompe à fric qui soit, ç'aurait peut-être été mieux de notre part de rester sans l'un ni l'autre. Bref.

[La voiture intacte]Samedi (avant-hier), enfin, Tuture était (presque !) comme neuve, et nous sortons avec, presque pour la première fois, aller nous balader du côté de Marly et de la forêt de Louveciennes. Je me suis garé sur l'accotement de la route de Marly (derrière une file de voitures qui avaient fait de même et, je précise, à une distance tout à fait raisonnable de celle qui était devant). J'ai même fait une photo du poussinet tout fier de son joujou polluant. Nous nous sommes promenés quelques heures, avons profité du beau temps de cette première vraie journée de printemps, avons répondu au passage à un sondage de militantes LREM sur lesquelles nous sommes tombés à la gare de Bougival et avons pris un goûter au salon de thé Au Vieux Marly. Et quand nous sommes revenus à l'endroit où nous avions laissé Tuture, qui nous attendait maintenant toute seule, nous avons remarqué un reflet bizarre sur le capot et constaté, en nous approchant, que celui-ci était enfoncé. [La voiture enfoncée]

Et ce n'est pas tout : une fois rentrés nous avons constaté que le liquide de refroidissement fuyait (certes très peu), et que le radiateur était plié : comme le capot et le pare-chocs, il faudra le changer. Il semble qu'il faille changer, en outre, la façade de l'optique gauche et un échangeur d'eau, ou quelque chose comme ça. (Mise à jour : l'optique gauche n'est pas à changer, finalement, mais la clim, elle, fuit, ce qui fait encore plus de réparations.) En fait, le coût de faire réparer Tuture dépasse le prix qu'elle vaut.

Et bien sûr, Tuture n'était assurée qu'aux tiers. (Dans l'absolu, c'est une décision plutôt rationnelle : si on a les moyens de s'assurer soi-même, et vu le prix de la voiture mon poussinet a sans problème les moyens, il vaut mieux le faire, parce que l'assurance, elle, ajoute ses frais de fonctionnement par rapport à toute estimation de l'espérance des coûts. On l'a quand même dans les dents.) Et bien sûr, le sagouin qui l'a amochée ainsi n'a pas pris la peine de laisser sa carte de visite. (Je me rends compte à cette occasion que les gens que je fréquente sont des gens bien parce que j'ai plusieurs amis qui, ayant provoqué des dommages dans des circonstances analogues, ont laissé un mot sous l'essuie-glace de la voiture endommagée pour faire régler les dommages par leur assurance.) Et à Marly-le-Roi, ce n'était probablement pas quelqu'un qui risquait d'être ruiné par la hausse de sa prime d'assurance. Mon poussinet a porté plainte pour délit de fuite, mais évidemment les chances de retrouver le sagouin sont nulles ; je n'avais pas eu, notamment, la bonne idée de photographier aussi la voiture devant nous, et nous n'avons pas de dashcam.

Peut-être que le plus raisonnable aurait été d'envoyer Tuture à la casse. Mais j'ai fait remarquer à mon poussinet que s'il avait été prêt une fois à payer ∼3.5k€ (prix d'achat plus premières réparations) pour avoir son joujou en bon état, les circonstances n'ayant, finalement, pas changé, cela avait un sens de dépenser de nouveau cette somme pour avoir le joujou en bon état. (Voir, à ce sujet, cette entrée passée, et notamment sa note #2, où je raconte un raisonnement du même genre que j'avais tenu autrefois au sujet d'un livre que j'ai acheté et perdu le jour même où je l'avais acheté. Certes, un livre est moins cher qu'une voiture, mais fondamentalement, ça ne change rien : on aurait pu voler ∼3.5k€ à mon poussinet, ça ne changeait rien au fait qu'il décide ou non d'être prêt à dépenser cette somme pour avoir une voiture de ce type.)

En fait, ce n'est vraiment pas une question d'argent ni de rationalité. Ç'aurait été tout simplement trop rageant d'envoyer Tuture à la casse après quasiment sa première journée d'utilisation, et je ne dis pas ça juste parce que je me suis mis à l'appeler Tuture comme si le joujou polluant était mignon ni parce que le poussinet trouve qu'elle est agréable à conduire. Je veux dire « rageant » à la manière de ces histoires de gens qui recueillent un petit oiseau blessé, le soignent patiemment, et le relâchent dans la nature juste pour le voir se faire dévorer immédiatement par un oiseau de proie. (J'ai vu passer des vidéos de ce genre, probablement fausses, enfin je n'en sais rien, mais ça n'a aucune importance, ce qui importe est que ce genre de situation fait vraiment rager.) Mon poussinet était vraiment très contrarié par l'idée que Tuture ne soit pas réparable, ou que les réparations coûtent si cher qu'il soit impensable de faire autre chose que la mettre à la casse.

Bon, reste que moi, de mon côté, je me demande si je vais vraiment oser la conduire à nouveau, parce que si je l'envoie à la casse, mon poussinet risque de craquer complètement. Et en tout cas j'ai sans doute bien fait de prendre un abonnement Autolib pour les jours où Tuture est au garage (sauf qu'en fait, le lendemain même — c'est-à-dire hier — Autolib était en rade).

Mise à jour () : Le poussinet a reçu une lettre d'un assureur l'informant que son véhicule était impliqué dans un accident le jour en question, et lui demandant sa vision des faits. Du coup, il a déclaré le sinistre à notre propre assureur et va faire expertiser Tuture (qui, entre temps, a déjà été réparée…). Il y a donc peut-être moyen de récupérer un dédommagement, au prix d'une certaine quantité de paperasse et de temps perdu en coups de fil. En espérant, quand même, que ce n'est pas un coup tordu pour essayer de nous faire porter une part de responsabilité dans l'histoire !

Mise à jour () : Au final, nous avons été remboursés (et échappé au classement véhicule économiquement irréparable, générateur de toutes sortes de soucis).

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(samedi)

J'obtiens le permis (et je me demande si je sais conduire)

Le titre dit tout, mais je vais raconter l'histoire de mon permis en long, en large, et en menus détails (en fait ça n'intéresse personne, mais j'écris surtout tout ça pour moi-même pour m'en souvenir plus tard).

(Edit  : ajout et remaniement de quelques passages, surtout dans la première partie, que je ne crois pas utile de signaler spécifiquement.)

Fin de la formation

J'étais inscrit à l'auto-école CER Bobillot (ils méritent bien que je leur fasse un peu de pub) : je les ai choisis parce qu'ils sont à même pas cinq minutes à pied de chez moi, mais je peux les recommander indépendamment de ça, administrativement ils ont toujours été corrects et efficaces, ils lisent et répondent rapidement à leur mail, ils ont géré correctement tout l'aspect administratif (le problème que j'avais eu de ce côté-là n'était absolument pas de leur faute, et ils m'ont correctement renseigné). Au niveau équipement, ils ont un simulateur moderne (que je n'ai que très peu utilisé, mais ça m'a quand même aidé à me rassurer au début), et les voitures sont dans un état impeccable. De ce que j'ai vu, la disponibilité des moniteurs est bonne, leur ponctualité est irréprochable. Au niveau de leur compétence, je n'ai rien à redire : on sent qu'ils connaissent bien les endroits où aller pour pratiquer, et les difficultés de tel ou tel centre d'examen, par exemple. Les explications théoriques et pratiques qu'on m'a données étaient toujours claires. Mon principal reproche pédagogique concerne le manque de patience face à mes erreurs (très) répétées, comme je vais le décrire ci-dessous.

Je reprends maintenant l'histoire où je l'avais laissée (j'en étais à 20h de conduite quand j'ai écrit cette entrée-là). J'ai continué à prendre des leçons de conduite, et ça a duré longtemps… longtemps. Au total j'ai fait 73 heures (ce qui, à 58€ l'heure, commence à revenir un peu cher, d'ailleurs, mais c'est surtout le temps consommé qui me posait problème), entre le et le , toujours par paquets de deux heures, presque toujours avec le même moniteur. (C'est dire si je connais bien, maintenant, ces lieux enchantés que sont Cachan, Chevilly-Larue, Orly, mais aussi Vélizy et Maisons-Alfort.) Et cette expérience de l'apprentissage de la conduite n'était pas franchement plaisante quand je devais lutter contre mes propres blocages.

Je disais dans l'entrée précédente que mes trois gros problèmes étaient l'inobservation (généralement due à une concentration focalisée sur le mauvais problème), l'indécision, et la panique inopportune. Les choses se sont un peu améliorées avec le temps : l'indécision s'est largement résorbée (mais parfois je suis tombé dans l'excès inverse), la panique a pris des formes moins aiguës, mais l'inobservation continue vraiment à me poser problème. Jusqu'à la fin, et je veux vraiment dire la fin, c'est-à-dire à la leçon qui consistait à emmener la voiture de l'auto-école au lieu de passage du permis, mon moniteur m'a engueulé parce que mes trajectoires étaient mauvaises parce que je ne faisais pas attention aux bonnes choses (je déviais ou je risquais de rouler dans un trou…). Et à chaque fois que je bugguais, et à plus forte raison si je me faisais engueuler, je tombais dans le cycle vicieux des erreurs. (Je restais régulièrement bloqué sur mais pourquoi j'ai fait ça ? ; or en conduisant, il faut penser au présent et à l'avenir, pas au passé.)

Bref, même s'il y avait pas mal de moments où tout allait très bien, j'ai eu des leçons ou des bouts de leçons qui se passaient vraiment très mal, et ce jusqu'à la fin. J'ai l'impression que mon moniteur était vraiment désemparé face à mon irrégularité. (J'ai déjà raconté que la formation était divisée en quatre grands chapitres, en gros 1 la mécanique, 2 la circulation urbaine normale, 3 la circulation plus compliquée et les autoroutes, et 4 du pipo, voyez l'entrée liée ci-dessus pour les intitulés réels ; mon moniteur a validé la partie 1 le au bout de 26 heures de conduite, et la partie 2, à confirmer, le après 60 heures… et il n'a jamais validé les parties 3 et 4. Bon, je ne sais pas ce que cette validation signifie pour eux au juste, mais toujours est-il qu'il n'avait pas l'air super convaincu de mon niveau.) Plus d'une fois il a tenu des propos du style si tu n'arrives pas à comprendre ça, je ne peux vraiment rien pour toi.

Il a quand même décidé, après une leçon qui s'était très bien déroulée malgré des conditions difficiles (nuit, circulation dense), de me présenter à l'examen sous réserve que je prenne encore une dizaine d'heures supplémentaires avant (finalement je n'en ai pas eu autant parce que la neige a forcé l'auto-école a annuler une leçon, le ). Mais même pas une demi-heure avant l'examen, pendant la dernière leçon d'une heure qui est plutôt destinée à « chauffer » le candidat et à le mettre en confiance en circulant dans le coin où aura lieu l'épreuve, il m'a deux fois pilé la voiture et passé un savon parce que je ne prenais pas suffisamment de marge pour m'écarter d'une voiture mal garée à droite. (Et ce genre de savon de dernière minute, limite humiliant, avec pour témoins les deux autres candidats à l'examen le même jour que je transportais comme passagers, ce n'est vraiment pas un truc pour mettre en confiance. L'une de ces deux candidats m'a d'ailleurs dit qu'elle avait été un peu choquée par l'attitude du moniteur à ce moment.)

Il y a des choses qui ne sont évidentes qu'a posteriori. J'aurais sans doute dû demander à changer de moniteur, pour avoir quelqu'un qui m'engueule moins. (Et en fait, lui-même aurait sans doute dû me le conseiller, plutôt que rester sur des formules comme je ne peux vraiment rien pour toi, et surtout, se rendre compte que m'engueuler était contre-productif.) D'un autre côté, il avait aussi des qualités que j'appréciais : non seulement je me sentais vraiment en sécurité et en confiance dans sa maîtrise du véhicule (j'ai eu plusieurs fois l'occasion de constater sa capacité à rattraper des erreurs graves de ma part), mais par ailleurs il me faisait partager ses observations, toujours très pertinente, sur les autres usagers de la route (tu as remarqué combien celui-là était agressif ?, celui-là il est pressé mais pas méchant, celle-là elle est complètement dans sa bulle) ; et j'espère, même si je n'en suis pas complètement persuadé, que ça m'a un peu aidé à combattre mon super-pouvoir d'inobservation. Mais une je me rends compte surtout maintenant que c'est fini à quel point cette formation m'a pesé, usé et stressé (les engueulades n'y sont pas pour rien, mais ça aussi c'est quelque chose que je ne perçois clairement qu'après coup).

Ceci étant, je ne veux surtout pas jeter la pierre à mon moniteur. D'abord parce que je comprends que ça soit difficile de gérer quelqu'un qui fait des erreurs répétées et parfois vraiment dangereuses. (Et en tant qu'enseignant je sympathise avec la difficulté de faire passer un message à un élève qui « ne veut pas » comprendre.) Mais aussi parce que, à un certain niveau, c'est le résultat qui compte, et il vaut indubitablement mieux se faire engueuler en leçon que d'avoir un accident après. Simplement, dans mon cas, je pense que c'était quand même contre-productif.

Le fait d'avoir fait un grand nombre d'heures, en tout cas, n'est pas en soi une mauvaise chose. (Je l'avais clairement dit au début : j'assume que ça puisse durer longtemps.) S'il m'a fallu beaucoup de temps pour surmonter très partiellement mes super-pouvoirs d'inobservation, d'indécision et de panique, en revanche, pendant ce temps, j'ai pu beaucoup améliorer ma pratique de la mécanique, et c'est au moins vrai que passer les vitesses, revenir au patinage, ou autres éléments de ce genre, ne me posent plus aucun problème.

Le stress

C'est quelque chose de vraiment bizarre. Fondamentalement je m'en foutais pas mal de passer le permis : je l'ai fait un peu sur la pression de mon entourage (mon poussinet, ma maman…), un peu parce que me sentant vieillir je me disais que si j'attendais plus longtemps je n'y arriverais vraiment jamais, un peu parce que mon école va déménager à Saclay dans 1½ ans, mais bon, aucune raison impérative, et je ne peux pas dire que ma motivation crevait le plafond. J'ai procrastiné assez longtemps pour présenter le code ; et quand j'ai finalement passé cet examen théorique, je n'étais absolument pas stressé, ni pour l'examen lui-même ni pour les résultats (alors que ce n'était pas du tout évident que je l'aurais vu le caractère très mystérieux des questions et mes résultats aléatoires sur les sites de préparation).

Et là, pour l'épreuve pratique, j'ai passé toute la semaine à angoisser comme un fou (et j'ai de nouveau stressé pour les résultats). Merci au passage à l'hydroxyzine pour m'avoir permis de dormir quand même, et au propranolol pour m'avoir évité les crises de tachycardie. Mais pourquoi ? Je sais que je suis d'un naturel hyper anxieux, mais c'est un peu mystérieux, quand même, que ça me mette dans un état de panique de passer un truc dont, fondamentalement, j'ai l'impression de me foutre pas mal. J'ai plusieurs hypothèses mais aucune n'est vraiment satisfaisante : notamment, le trac à l'idée que quelqu'un que je ne connais pas voie mes erreurs (et que je sois possiblement humilié), mais ça m'explique pas l'angoisse au moment des résultats ; ou la peur des coûts irrécupérables (sous la forme : maintenant que j'ai souffert pour passer ce permis, je n'ai pas envie que ça soit en vain).

C'est d'autant plus idiot que c'est un examen particulièrement facile à repasser (pour un examen universitaire il faut généralement attendre l'année suivante, là c'est possible sous un délai assez court, quelques mois dans le pire cas), les frais sont négligeables, et il n'y a pas de limite sur le nombre de passages (au bout de cinq échecs on doit repasser le code, mais cette partie-là est tellement facile à repasser, et pour le coup il n'y a aucune limite, que c'est presque insignifiant). Mais j'étais peut-être victime du méta-stress (i.e. : je stresse tellement cette fois-ci, je n'ai pas envie d'échouer et de devoir recommencer, ce qui me ferait stresser à nouveau) ; ou peut-être que le fait que je passe à un endroit notoirement « facile » (cf. ci-dessous) me rendait d'autant plus anxieux de ne pas gâcher cette chance.

Généralités sur l'examen

Pour ceux qui n'ont pas passé le permis, en France, et encore, récemment, voici une description détaillé du déroulement de l'épreuve pratique (pour le permis B) :

L'auto-école du candidat fournit la voiture à doubles commandes (donc celle sur laquelle on a appris à conduire, heureusement) ; l'inspecteur (officiellement appelé expert) prend place siège passager avant (avec les doubles commandes), le moniteur accompagnateur s'asseoit à l'arrière et prendra lui-même des notes (mais ne doit, évidemment, pas dire un mot). L'inspecteur commence par vérifier l'identité du candidat et contrôler le dossier administratif (notamment l'attestation de réussite au code, qu'il a déjà), puis il rappelle les consignes générales de l'épreuve. Il est censé procéder à un test de vue en demandant de lire une plaque d'immatriculation à une vingtaine(?) de mètres, mais souvent il omet cette formalité et je n'y ai pas eu droit. L'épreuve dure officiellement 32 minutes, dont 7 minutes de vérifications et questions, et 25 minutes de conduite effective : en fait, cette durée est très approximative, mais elle explique les heures bizarres comme 14h02.

L'inspecteur donne des instructions comme à gauche, à droite, tout droit, ou bien suivez Trouducul-du-Monde ; s'il ne dit rien, c'est soit que c'est tout droit, soit que la réglementation ne laisse qu'une seule possibilité (et ça fait partie de l'épreuve de le détecter assez tôt et de clignoter si nécessaire) ; il peut aussi dire quelque chose comme tournez à droite dès que possible (ce qui suggère que la première à droite sera peut-être interdite, mais pas forcément) ; en revanche, il ne donnera pas d'instruction contredisant explicitement la réglementation. L'épreuve doit autant que possible faire intervenir différents types de conditions (circulation urbaine d'une part, routes hors agglomération ou autoroutes de l'autre). Au moins une partie de l'épreuve est une « conduite autonome », c'est-à-dire que l'inspecteur aura donné des instructions comme suivez Machin, puis Truc, et il faut lire les panneaux de direction (mais il n'est évidemment pas demandé de faire plus que ça : on n'est pas censé connaître le coin, ni lire une carte, ni manipuler un GPS).

À un moment de son choix, l'inspecteur demande une manœuvre faisant intervenir une marche arrière : simple marche arrière en ligne droite, marche arrière en courbe, demi-tour, ou le plus souvent rangement en bataille ou en créneau. (Réussir cette manœuvre n'est pas obligatoire, mais ce qui est surtout vérifié est la sécurité : bien contrôler qu'on ne gêne personne, et ne pas heurter violemment le trottoir, notamment.) À un moment de son choix, mais généralement juste après la manœuvre consistant à se garer, l'inspecteur pose trois questions : celles-ci sont déterminées, selon une table connue à l'avance, par les deux derniers chiffres du totaliseur kilométrique à ce moment-là (cela joue le rôle de générateur aléatoire) ; la première question est une « vérification » intérieure (du genre : allumez le(s) feu(x) de brouillard arrière et montrez le voyant correspondant — c'est ce que j'ai eu) ou extérieure (du genre : contrôlez l'état, la propreté et le fonctionnement des feux de route), la deuxième est une question en rapport avec ce qui vient d'être contrôlé (du genre : peut-on utiliser les feux de brouillard arrière par forte pluie ?), et la troisième est une question de premiers secours (comme quels sont les signes d'un arrêt cardiaque ?). C'est un petit changement fait en 2018 (et dont je suis donc un des tout premiers à bénéficier) : auparavant, il y avait une vérification intérieure et une vérification extérieure, et la liste était nettement plus longue.

À la fin de l'épreuve (il faudra de nouveau se garer, mais l'inspecteur demandera alors généralement un stationnement en marche avant, censément plus facile), l'inspecteur rend sa pièce d'identité au candidat et passe au candidat suivant. Dans mon cas, nous étions trois candidats de la même auto-école à passer successivement avec cet inspecteur (je suis passé en premier), les candidats qui ne passaient pas attendaient donc sur le parking que celui qui passe revienne (heureusement qu'il ne pleuvait que très peu !), et tout le monde partait du même point : je ne sais pas si c'est universel ou si certains font des parcours en boucle où un candidat fait la première moitié de la boucle et un autre fait la deuxième moitié.

Les résultats sont communiqués deux jours plus tard. Jusqu'à récemment c'était par courrier, mais maintenant (que les inspecteurs ont une tablette avec eux pour évaluer les candidats) c'est un PDF qu'on obtient en ligne. Je n'y croyais pas, mais le site Web est correct : quand on passe le jeudi, on obtient bien le résultat le samedi matin (à cinq heures du matin il n'y était pas, à dix heures et demi il y était). S'il est favorable, ce PDF (imprimé !) de certificat d'examen tient lieu de permis de conduire provisoire, et donne le droit de conduire, jusqu'à réception du titre définitif (dans les quatre mois).

Le résultat est une note sur 31 (pourquoi 31 ? mystère), réparties en différentes rubriques ; mais certaines rubriques ont aussi une note spéciale E pour éliminatoire : pour être reçu, il faut obtenir au moins 20/31 et aucun E (pour les matheux, on considérera que le E vaut −∞). Les 31 points possibles sont répartis de la manière suivante (quand j'écris 3 points ou E, cela signifie que pour cette rubrique on peut obtenir cinq notes possibles, E, 0, 1, 2 ou 3) :

  • Connaître et maîtriser son véhicule : 8 points, divisés en :
    • Savoir s'installer et assurer la sécurité à bord : 2 points
    • Effectuer des vérifications du véhicule : 3 points [en fait, 1 point par question posée selon le totaliseur kilométrique]
    • Connaître et utiliser les commandes : 3 points ou E
  • Appréhender la route : 9 points, divisés en :
    • Prendre l'information : 3 points ou E
    • Adapter son allure aux circonstances : 3 points ou E
    • Appliquer la réglementation : 3 points ou E
  • Partager la route avec les autres usagers : 9 points, divisés en :
    • Communiquer avec les autres usagers : 3 points ou E
    • Partager la chaussée : 3 points ou E
    • Maintenir les espaces de sécurité : 3 points ou E
  • Autonomie et conscience du risque : 3 points, divisés en :
    • Analyse des situations : 1 point (½ possible)
    • Adaptation aux situations : 1 point (½ possible)
    • Conduite autonome : 1 point (½ possible)
  • Conduite économique et respectueuse de l'environnement : 1 point
  • Courtoisie : 1 point

Je ne sais pas exactement comment les notes dans chaque rubrique et sous-rubrique sont déterminées. Je n'ai pas cherché s'il y avait des circulaires expliquant tout ça. L'inspecteur doit avoir une certaine liberté, mais il y a quand même une liste clairement déterminée de choses qui, dans différentes situations, sont admises (erreurs qui restent conforme à l'usage des règles de circulation en vigueur), tolérées (fautes pouvant être graves mais ne mettant pas directement en cause la sécurité des usagers) ou éliminatoires (mettant directement en jeu la sécurité des usagers). Voir par exemple ici pour une liste précise, et pour les fautes éliminatoires reprises plus en détail. Je pense que le principe est que les fautes admises ne sont pas sanctionnées, les fautes tolérées sont sanctionnées par la perte d'un point dans la rubrique correspondante si elles se produisent une seule fois, de plusieurs points si elles se répètent, voire d'un E éliminatoire si elles sont insistantes, et les fautes éliminatoires conduisent systématiquement à un E.

Il est aussi éliminatoire par principe que l'inspecteur ait une action quelconque sur les pédales ou le volant (encore que j'ai entendu des rumeurs d'exceptions exceptionnellement exceptionnelles à ce principe : par exemple si un candidat échoue sa manœuvre tout en respectant les principes de sécurité — ce qui est censé ne pas être éliminatoire —, il est possible que l'inspecteur ait le droit, sans l'ajourner, de lui dire laissez-moi les commandes pour la finir afin d'être bien garé pour les questions ; il est aussi possible qu'une action de l'inspecteur suite à une faute d'un autre usager de la route puisse dans certains cas ne pas être éliminatoire).

Je ne sais pas si une faute éliminatoire conduit à un ajournement immédiat ou à la fin de l'épreuve. J'imagine que l'inspecteur fait comme il le souhaite. Un candidat qui grille un stop ou un feu rouge, ce n'est sans doute pas la peine de le faire continuer ; mais parfois, j'imagine que l'inspecteur ne veut pas informer personnellement le candidat qu'il est éliminé, de peur d'une réaction de colère, menace, supplication ou je ne sais quoi (et on peut vouloir éviter ça sur l'autoroute…). C'est sans doute pour ça que les résultats ne sont maintenant plus connus dès la fin de l'épreuve comme ça eut été le cas autrefois.

En tout cas, ce qui est clair est que les inspecteurs cherchent avant tout à jauger la sécurité. Il y a bien des éléments de notation portant sur d'autres choses (savoir suivre un itinéraire, arriver à se garer), mais la sécurité est l'élément absolument central de l'évaluation.

Mon passage

Bref. J'ai passé l'épreuve pratique jeudi dernier (le , officiellement même parce que l'Administration a le culot de vous convoquer à une heure comme quatorze heures zéro deux, ce n'est pas une blague) à Noisy-le-Grand. Point départ sur le parking du gymnase de la Butte Verte, boulevard de Champy-Richardets.

Au départ, je ne savais vraiment pas quoi penser de mes chances de succès. Mon auto-école a un bon taux de réussite, mais je pense que ces chiffres ne veulent rien dire sur un candidat individuel. Mon moniteur avait jugé qu'il pouvait me présenter, mais m'avait plusieurs fois ensuite fait des remarques que je comprenais comme si tu continues comme ça, tu n'as aucune chance. Et je savais que je pouvais être très aléatoire, donner le meilleur comme le pire selon la phase de la Lune. D'un côté j'avais étonnamment bien dormi (je sais que le manque de sommeil était responsable des leçons qui s'étaient le plus mal passées), de l'autre, le trajet jusqu'à Noisy-le-Grand s'était mal passé et je savais que j'avais tendance à accumuler les erreurs une fois que je commençais à en faire.

Au moins je passais dans de bonnes conditions. Noisy-le-Grand, c'est une des communes de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée. Ça signifie que toute la signalisation routière y est récente, et globalement impeccable. Tout est clairement marqué, il n'y a pas de surprise. D'un autre côté, je pouvais me dire, c'est beaucoup de stops et de sens giratoires, et j'ai du mal avec les sens giratoires (j'ai plus l'habitude des feux rouges parisiens) ; et il y a aussi beaucoup de passages piétons prioritaires (c'est-à-dire non régis par un feu), chose que je n'ai pas tellement pratiqué (et ne pas s'arrêter pour un piéton qui commence à s'engager, c'est un grand classique de l'échec au permis). En fait, il s'avère que ce jour-là à cette heure-là et dans ce coin-là il n'y avait vraiment personne sur les routes, et pas plus sur les trottoirs : j'ai passé le permis dans une ville quasi déserte.

J'avais aussi révisé à fond toute la liste des vérifications et questions possibles, notamment grâce à cette excellente vidéo (j'avais aussi potassé la notice d'utilisation de la voiture — une Renault Captur Diesel — pour tout savoir sur tout). Au moins sur cet aspect-là, je me savais parfaitement préparé, c'est toujours un élément rassurant.

L'inspecteur (un grand Noir d'environ cinquante ans ; sur le certificat c'est écrit André, je ne sais pas si c'est son nom ou son prénom) était parfait. Ce que je veux dire par parfait, c'est d'abord qu'il rayonnait le calme : je ne sais pas s'il est naturellement comme ça ou s'il s'efforce de l'être pour apaiser les candidats stressés ou si ça vient à force d'habitude, mais son attitude totalement sereine et posée m'a immédiatement apaisé, dès les premières minutes. (Mon moniteur, qui je le rappelle venait de m'engueuler comme du poisson pourri, m'a donné comme ultime conseil d'essayer de conduire de façon apaisée, ce n'était pas évident a priori ; mais il a suffi que j'aie à côté de moi cet inspecteur super zen pour que je me rende compte de la différence avec mon moniteur et que mon stresse tombe tout d'un coup.) En plus, cet inspecteur donnait ses instructions de façon très claire, bien à l'avance, et ne faisait aucune remarque désobligeante. (Apparemment il y a des inspecteurs qui en font, et sur ce centre d'examen précis il y en avait un qui avait une réputation terrible de déstabiliser les candidats.) Il a fait une ou deux petites remarques critiques, mais rien de méchant (ça ressemblait plus à des conseils, en fait).

Il m'a fait circuler un peu dans Noisy, puis prendre la A199/D199 (ça ressemble à encore une de ces voies schizophrènes entre plusieurs noms) vers l'est, rejoindre la A4 en direction de l'ouest et revenir ainsi à mon point de départ. Comme manœuvre, il comptait initialement me faire me stationner en bataille, puis il a changé d'avis parce que le parking était trop plein et m'a demandé de faire un demi-tour. Pour les questions, le totaliseur kilométrique était à 43, donc j'ai eu allumez le(s) feu(x) de brouillard arrière et montrez le voyant correspondantpouvez-vous les utiliser par forte pluie ?quels sont les signes d’un arrêt cardiaque ?

En fait, je peux être très précis sur le parcours que j'ai suivi : j'ai découvert, en re-regardant sur Google Street View le soir même, que mon super-pouvoir d'inobservation n'était pas si super que ça, et que j'avais quand même assez bien mémorisé le parcours que j'avais fait pour être capable de le reconstituer complètement. Grâce à la magie du Web 3.1 (ou quelque chose comme ça), je peux donc vous montrer sur Google Maps la boucle (d'environ 13km) que j'ai suivie.

Le parcours en question n'est pas spécialement complexe, mais fait apparaître quelques difficultés variées. À à peu près cet endroit-là, l'inspecteur m'a dit de tourner à droite quand je pourrais : la difficulté, qui n'apparaît pas sur Google Street View, est qu'il y avait des travaux et qu'un panneau sens interdit avait été placé sur la prochaine rue à droite (la rue du Souvenir) mais avec un panonceau (M4g — je vous rassure, je ne connais pas ça par cœur) limitant l'effet du panneau aux véhicules transportant des marchandises, donc il fallait comprendre que ce n'était pas interdit pour moi. (Par ailleurs, le panonceau était un peu caché par une voiture mal garée, donc j'ai dû rouler au pas pour bien le voir. En plus de ça, juste à ce moment-là, un camion lié aux travaux est passé dans le sens opposé et j'ai dû lui céder le passage parce que l'obstacle était de mon côté.) Il y a deux points (ici et ) où l'inspecteur ne m'a pas donné d'instruction parce qu'il n'y avait qu'une seule direction autorisée (il fallait donc penser à clignoter) ; une intersection un peu bizarre ici. J'ai fait la manœuvre dans ce parking. Les passages sur autoroute n'étaient pas problématiques, à part pour un point que je vais évoquer ci-dessous.

Il y a aussi un coup qu'a fait l'inspecteur et dont je ne comprends pas du tout l'objectif : je suis entré dans une zone 30 ici, dont la fin est juste un petit peu plus loin  ; sauf que moi, l'inspecteur m'a fait passer par le petit parking sur la droite qui contourne précisément ce panneau de fin de zone 30 et le rend invisible (et ce n'était pas pour me faire manœuvrer : il m'a dit explicitement on ne fait que traverser et la manœuvre a eu lieu ailleurs ; sur le coup j'ai pensé que c'était pour vérifier que je m'arrêtais bien au stop en sortie de parking, mais maintenant que j'ai revu ça sur Google Street View, je pense que c'était exprès pour me faire rater le panneau de fin de zone 30). Était-ce pour voir comment je m'adapte à une signalisation déficiente ? Vérifier que, plus tard, en tombant sur un panneau de limitation à 30 je conclus que j'ai dû quitter la zone 30 ? Savoir si, en sortant du parking, je vois le panneau de zone 30 dans la direction opposée pour conclure que j'ai dû en sortir ? Je n'en sais rien. Je ne sais pas non plus très bien à quelle vitesse j'ai roulé (dans une zone pavillonnaire aux rues étroites je préfère rester en seconde de toute façon).

À la fin de l'épreuve je ne savais toujours pas bien quoi penser de mes chances, mais j'étais content d'en avoir fini. Je savais au moins que je n'avais pas grillé de stop ou de feu rouge, ou refusé une priorité, que je n'avais pas franchi de ligne continue, et que l'inspecteur n'était pas intervenu sur les commandes : déjà, c'était un soulagement. Je savais aussi que j'avais évité quelques petits pièges (évoqués ci-dessus) et pensé à des points que j'ai facilement tendance à oublier (comme de clignoter à droite quand nous étions arrêtés dans le parking pour les questions) ; j'avais aussi très bien géré l'unique giratoire du parcours (alors que j'ai vraiment du mal avec les giratoires, et d'autant plus que celui-là est à trois voies) ; mais je savais aussi que j'avais commis quelques fautes dont je ne mesurais pas bien la gravité.

Je suis resté discuter un peu avec l'élève qui passait en troisième (pendant que celui qui passait en deuxième faisait son tour), je l'ai rassurée sur le fait que l'inspecteur était, de mon avis, vraiment bien et tout le contraire de stressant. Puis, comme je ne voulais pas vraiment avoir le débriefing par mon moniteur et que j'avais besoin de marcher un peu, j'ai fui en transports en commun.

Une fois rentré, j'ai fait le point sur les fautes que je pensais avoir commises. La plupart sont extrêmement mineures, mais il y en a une ou deux qui ne l'étaient pas forcément (en gros dans l'ordre chronologique) :

  • Au niveau de ce stop (vu ici de dos ; c'est le stop de sortie du parking qui m'a fait rater le panneau de fin de zone 30), je suis sans doute resté arrêté vraiment trop longtemps (j'ai laissé passer des voitures qui n'auraient pas du tout été gênées par mon passage).
  • Au niveau de ce feu, qui comporte un panonceau avancez jusqu'au feu, je me suis trop avancé (il était plutôt au niveau de mon pare-brise qu'au niveau de mon capot). L'inspecteur m'a fait observer que je m'étais très avancé, j'ai expliqué que le panonceau m'avait fait douter.
  • À la question de sécurité routière quels sont les signes d’un arrêt cardiaque ?, j'ai répondu la personne est inconsciente et ne respire pas alors que la réponse attendue d'après le manuel est la victime ne répond pas, ne réagit pas et ne respire pas ou présente une respiration anormale. (Je vous rassure, ça ne m'a pas été compté comme une erreur ; mais je liste tout ce que j'avais pu identifier de critiquable dans ma prestation.)
  • Quelque part, j'ai roulé sur un creu dans la chaussée et la voiture a pas mal secoué. (Ceci étant, j'en avais aussi évité plusieurs parce que mon moniteur m'avait engueulé à leur propos juste avant l'épreuve.)
  • L'inspecteur m'a demandé plusieurs fois de couper mes essuie-glace en me faisant remarquer qu'il ne pleuvait plus. (Plusieurs fois, parce qu'à chaque fois la pluie reprenait et je les remettait. Par ailleurs, je n'ai pas remis mes feux de croisement quand la pluie reprenait, mais je ne pense pas qu'ils étaient nécessaires vu que ce n'étaient vraiment que quelques gouttes.)
  • J'ai mal compris une instruction (ici, l'inspecteur m'a demandé de me mettre sur la voie la plus à gauche, je me suis mis sur celle du milieu, il a dû me répéter la consigne).
  • À plusieurs reprises, j'ai douté de la vitesse maximale et j'ai appliqué une vitesse à laquelle j'étais sûr d'avoir le droit (notamment, je n'ai pas dû voir ces panneaux de limitation à 110km/h, donc je suis resté à 90km/h jusqu'à voir les rappels ; mais c'était aussi le cas dans la zone résidentielle plus tôt).
  • Je ne sais plus bien ce que j'ai fait ici (passer à droite ? rester à gauche ?), et d'ailleurs je ne sais pas ce qu'on est censé faire (à quoi sert la voie de droite ? aux véhicules lents ? bon, on voit en tout cas que la Google Car a décidé de passer à gauche).
  • J'ai fait une insertion non clignotée sur l'autoroute. Je vais revenir sur ce sujet en-dessous.
  • À l'inverse, j'ai mis un clignotant beaucoup trop tôt pour signaler ma sortie de l'autoroute (la sortie était en fait à 1000m). L'inspecteur me l'a fait remarquer, j'ai dit oui, je m'en suis rendu compte juste après et j'ai choisi de laisser le clignotant (plutôt que le couper et le remettre).
  • Vers la fin, je n'ai pas eu le temps de lire un panneau de direction que j'étais censé suivre, et j'ai dû demander à l'inspecteur où était la direction en question.
  • À l'extrême fin, quand l'inspecteur m'a demandé de me garer en marche avant, je n'ai pas correctement clignoté, je n'ai peut-être même pas bien contrôlé, et par ailleurs je me suis garé vraiment à côté de la place. (Ceci étant, c'était en roulant au pas, et dans un parking à peu près vide.)
  • À l'extrême fin de l'extrême fin, j'avais oublié de redresser les roues, il m'a rappelé de le faire. Puis j'ai coupé le moteur avant de couper les accessoires (les essuie-glace en l'occurrence), il m'a rappelé qu'il fallait toujours commencer par couper les accessoires.

Tout ça sans préjuger de choses que je pouvais ne pas avoir repérées (mon moniteur n'arrêtait pas de me reprocher mes placements, je pouvais très bien m'être fortement déporté à gauche ou à droite sans m'en apercevoir, même si je pensais bien que non).

Le cas de l'insertion non clignotée sur l'autoroute est sans doute le plus grave (ou en tout cas, me semblait le plus grave) : c'est sur l'autoroute A4 en direction de l'ouest, je m'étais inséré par ici en clignotant correctement ; mais la subtilité, c'est que juste un peu après on tombe sur ceci, on croyait s'être inséré mais en fait on est toujours sur une voie d'insertion, qui disparaît ici (d'ailleurs sans l'ombre d'un panneau cédez le passage, c'est un défaut de signalisation). Tout ça m'a perturbé, et je n'ai pas clignoté à la fin de cette deuxième voie d'insertion (je ne suis même pas absolument certain d'avoir contrôlé correctement : ce qui est sûr c'est que j'ai manqué d'observation et je me suis dit argh, ma voie disparaît, qu'est-ce qui se passe ? pourquoi tant de haine ?).

En repensant à tout ça, hier, je me suis remis à stresser (preuve que les résultats ne m'étaient pas indifférents), notamment à cause du point évoqué au paragraphe précédent (une insertion non clignotée, c'est grave ; non clignotée et non contrôlée, c'est à coup sûr éliminatoire).

Résultat

[Certificat d'examen du permis de conduire]Le résultat est tombé ce (samedi) matin : non seulement j'ai le permis, mais j'ai eu presque le maximum des points : 30/31. J'ai même obtenu les points conduite économique et respectueuse de l'environnement et courtoisie, je me demande franchement comment. La seule rubrique sur laquelle j'ai perdu un point, c'est, et là je ne m'y attendais pas du tout : savoir s'installer et assurer la sécurité à bord (j'ai 1/2). Je pense que le problème est que je n'ai pas vérifié que l'inspecteur et mon moniteur avaient mis leur ceinture.

J'étais tellement surpris par ce résultat que je me suis demandé s'il y avait une erreur. J'ai vu le nom André en haut, je me suis dit ah oui, voilà, ce foutu serveur Web mal configuré m'a montré le résultat de quelqu'un d'autre. Et non, en fait, c'était le nom de l'inspecteur.

Je sais que j'ai tendance à avoir le syndrome de l'imposteur (et je sais que le syndrome de l'imposteur a tendance à faire des phrases comme je sais que j'ai tendance à avoir le syndrome de l'imposteur […], mais là, quand même […]), j'ai toujours tendance à m'imaginer, par exemple que j'ai trouvé un doctorat en maths dans une pochette surprise, mais là, quand même, j'avais des raisons de douter (à moins que j'aie purement et simplement halluciné cette histoire d'insertion sans clignoter, ça aurait vraiment dû être compté comme une faute).

Un autre point qui m'échappe est que mon avis favorable est annoté par la précision sous réserve de l'aptitude à la conduite fixée par l'avis médical. Je ne sais pas si c'est juste parce que je porte des lunettes, ni si je dois passer une visite spécifique, ni si j'ai le droit de conduire avec ce papier. (Je demanderai lundi à l'auto-école.)

Et maintenant ?

D'abord, youpi, je suis débarrassé de ces leçons de conduite.

Et si j'en crois la hiérarchie que mon moniteur semblait avoir à l'esprit, j'ai le droit de dire que j'ai réussi presque parfaitement, et du premier coup, le permis le plus dur qui soit, celui qui se passe à Paris. (Honnêtement, moi, je n'ai pas trouvé que les lieux ou le comportement des autres faisaient tellement la difficulté : c'était plutôt mes propres super-pouvoirs qui la faisaient.)

Mais maintenant, je ne sais pas dans quelle mesure je vais oser conduire. Parce que je me suis tellement fait reprocher de choses par mon moniteur (et parce que lui-même n'avait pas l'air d'y croire), j'ai tendance à penser que j'ai eu beaucoup de chance sur ce coup. Et de fait, si mon irrégularité est telle que je conduis généralement bien sauf qu'avec une certaine probabilité (de l'ordre de 1/heure) je me mets à faire n'importe quoi, il n'est pas très remarquable que j'arrive à bien tenir une trentaine de minutes, mais ça ne permet pas de conclure que ce soit une bonne idée que je tienne vraiment un volant sans qu'il y ait quelqu'un à côté pour rattraper mes erreurs. Déjà que je ne me sens pas super rassuré en vélo…

Par exemple, à chaque fois que je faisais une insertion sur voie rapide, je demandais une confirmation à mon moniteur que c'était bien le bon moment. Lors du passage de l'examen lui-même, l'autoroute était à chaque fois tellement prodigieusement vide que je ne me sentais pas spécialement inquiet. Mais dans la vraie vie ? Prendre le périph ? Je le sens assez moyennement.

Bon, de toute façon, je n'ai pas de voiture, donc la question ne se pose pas trop (mais mon poussinet menace d'en acheter une). Ceci dit, il paraît que j'ai le droit de m'inscrire à Autolib dès maintenant, même avec juste un certificat tenant lieu de permis provisoire. (La chose ridicule, en revanche, c'est qu'il est obligatoire de poser un disque A sur le véhicule quand on est jeune conducteur, et qu'avec Autolib ce n'est apparemment pas possible.)

Une autre chose est que j'ai appris à conduire une voiture, une Renault Captur Diesel (et encore, pas juste ce modèle, mais une voiture bien précise de cette série : une fois j'en ai eu une autre, et j'ai déjà été perturbé par le fait que l'embrayage ne réagissait pas exactement de la manière dont j'avais l'habitude). Est-ce que je saurais conduire une essence sans caler tout le temps ? Est-ce que je saurais conduire une automatique sans paniquer parce qu'il n'y a pas d'embrayage ?

Pour finir, je vais juste donner ce conseil à ceux qui, comme moi, attendent pour passer le permis alors qu'ils sont « vieux » : à moins d'être sûr de n'en avoir jamais besoin (ce qui est quand même un pari risqué), n'attendez pas trop longtemps, parce qu'il n'y a aucun doute que la difficulté augmente avec l'âge, et que le mal que j'ai eu vient surtout d'avoir attendu 40 ans, au lieu de m'y être pris 20 ans plus tôt.

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(mercredi)

Je continue à apprendre à conduire (et me découvre des super-pouvoirs)

Je continue à prendre des leçons de conduite, et, franchement, ça ne se passe pas bien.

Par rapport à mon précédent post (et 10 heures de conduite plus tard, c'est-à-dire 20h au total, le minimum légalement exigible mais ça ne signifie rien), la difficulté a un peu changé, mais je ne suis pas pour autant persuadé qu'elle soit franchement moindre. Je me sens moins débordé par l'aspect purement mécanique, c'est-à-dire quand il s'agit de démarrer (y compris en côte), passer les vitesses (dans les deux sens) et m'arrêter ; ce qui ne veut pas dire que je ne fasse pas parfois très mal les choses (comme trop freiner ou pas assez), mais enfin, quelque chose est assurément rentré. Cependant, le fait que ces difficultés se lèvent révèle, par contraste, que d'autres sont plus profondes. (Et suggère aussi que la stratégie consistant à dire finalement, tant pis pour cet art foncièrement idiot d'apprendre à passer les vitesses : je vais passer le permis sur une automatique n'est peut-être pas opportune, même si je garde cette possibilité dans un coin de l'esprit.) Par exemple, mon moniteur observe toujours régulièrement que je me place mal ou que je me dévie, notamment parce que j'ai le regard trop court, parce que je fixe des choses que je veux éviter au lieu de fixer l'endroit où je veux aller. Mais bon, ça c'est sans doute corrigeable, et s'agissant du placement, vu le nombre d'autres usagers mal placés qu'il me signale (et qui ont, il faut croire, réussi à obtenir leur permis…), je ne suis pas le seul à avoir du mal : il faut dire que le marquage est particulièrement merdique autour de Paris, avec un nombre de voies parfois tout à fait incertain ou qui n'arrête pas de changer.

En revanche, d'autres difficultés sont probablement plus particulières à moi, et semblent consterner mon moniteur. (Il me sert des remarques du genre un gamin de huit ans sur son vélo arrive à faire ça : si tu ne t'en sors pas, je ne peux vraiment rien pour toi — et même si je comprends l'idée d'engueuler lors des erreurs pour qu'elles « rentrent » bien, je ne suis pas complètement convaincu de la pertinence pédagogique de ce genre de formulation.) À cette occasion, je me découvre trois super-pouvoirs fort nuisibles quand il s'agit de conduire :

  1. L'inobservation : j'avais déjà mentionné mon talent pour ne pas voir les choses qui sont juste sous mon nez (ou plutôt, comme le souligne la citation de Sherlock Holmes que je ne reproduis pas, pour ne pas observer les choses que je vois). De façon générale, je comprends très bien le mécanisme : je me concentre sur une aspect de ce que je vois (sur une difficulté présente, à venir, ou même passée), et je ne perçois plus le reste. C'est l'astuce la plus utilisée par les magiciens de spectacle, c'est le sujet d'une célèbre expérience de psychologie ; c'est aussi une des raisons pour lesquelles je suis épouvantablement nul aux échecs (du genre : je me concentre tellement fort sur la pièce adverse qui menace ma dame que je ne vois pas le pion qui menace mon cavalier). Mais quand j'arrive à ne plus voir un feu rouge alors qu'il n'y a rien d'autre à voir dans le coin, on peut vraiment se poser des questions. En tout état de cause, je me demande comment on peut s'affranchir d'un super-pouvoir aussi puissant en un petit nombre de dizaine d'heures de leçons.
  2. L'indécision : c'est une surréaction à l'auto-analyse du point précédent : je sais que je suis capable de rater les choses les plus « évidentes », donc j'ai toujours peur de ne pas avoir vu quelque chose. D'où une tendance à rouler trop lentement, que mon moniteur décrit comme carrément dangereuse parce qu'elle donne des signaux contradictoires (il veut se garer ?) ou parce qu'il faut vraiment y aller (pour dépasser un obstacle bloquant une voie d'une rue à deux voies, par exemple, il ne s'agit pas de ralentir).
  3. La panique inopportune : conséquence des deux points précédents, et déclenchée par la moindre petite erreur (par exemple, de manipulation mécanique), avec pour conséquence que je perds tous mes moyens et que je ne sais plus du tout ce que je fais.

Mon moniteur se plaint surtout de mon incohérence, qui est une conséquence de ce qui précède : rouler lentement quand il n'y a pas de raison à cause du point (2), ou trop vite parce que je n'ai pas remarqué quelque chose à cause du point (1), ou faire n'importe quoi à cause du (3).

(Je peux sans doute ajouter la suranalyse dans mes super-pouvoirs.)

Je ne sais pas non plus où j'en suis dans la formation. Mon livret d'apprentissage, édité par les Éditions Nationales du Permis de Conduire, est divisé en quatre grands chapitres (1 Maîtriser le maniement du véhicule dans un trafic faible ou nul, 2 Appréhender la route et circuler dans des conditions normales, 3 Circuler dans des conditions difficiles et partager la route avec les autres usagers, et 4 Pratiquer une conduite autonome, sûre et économique), eux-mêmes divisés en 9+7+9+7 compétences respectivement (1A à 1I, 2A à 2G, 3A à 3I et 4A à 4G ; par exemple : 1E = je sais doser l'accélération et le freinage à diverses allures et 2F = je sais franchir les carrefours à sens giratoire et les ronds-points et 3E = je sais m'insérer sur une voie rapide, y circuler et en sortir). Certaines compétences sont à leur tour divisées en sous-compétences : il y a 14+10+10+7 items au total, présentés sous forme de cases à cocher. Mon moniteur fait un trait dans une case quand la (sous-)compétence a été abordée, une croix quand elle a été enseignée, mais il a aussi parlé de noircir la case si la notion a été assimilée (ou quelque chose comme ça), et alors il n'a pas l'air de considérer que j'aie assimilé quoi que ce soit : pour l'instant, il a fait des croix dans 12 des 14 cases du chapitre 1 (et des traits dans les deux autres), rien de plus. Selon la manière dont on extrapole, ça laisse prévoir un nombre d'heures de formation élevé ou carrément délirant. Mais bon, tous les items ne se valent pas : le chapitre 4 a l'air complètement pipo ou vraiment facile (lire une carte routière, je pense que ça ne me pose pas trop de problème), mon moniteur semble suggérer que les chapitres 2 et 3 seront difficiles, mais je ne sais pas vraiment comment il compte les enseigner (2D = je sais tourner à droite et à gauche en agglomération, par exemple : on devinera aisément que j'ai déjà tourné à doite et à gauche !). Et évidemment, l'auto-école a intérêt à vendre le plus d'heures de formation possible (à la fois pour empocher l'argent et pour pouvoir déclarer un bon taux de réussite en première présentation).

Personnellement, ce qui me pose problème, ce n'est pas tant le prix des leçons que la difficulté à les placer dans la semaine (pour l'instant ça va, je n'ai pas de cours à donner, mais à partir de novembre ça deviendra beaucoup plus compliqué), et le stress engendré (que ce soit à me demander comment je peux avoir fait telle ou telle connerie, ou à me faire engueuler, ce n'est pas franchement plaisant, sans même parler du risque d'accident).

Ajout : pour la conclusion de mes aventures de permis de conduire, c'est .

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(vendredi)

Ruxor apprend (péniblement) à conduire

Ayant obtenu le code le mois dernier, je profite du fait que je n'ai pas de cours à donner pour quelque temps pour prendre des cours de conduite. Je ne peux pas dire, après 10 heures de leçons (plus 3 heures sur simulateur) que je sois franchement enthousiasmé par l'expérience. Ni le moniteur par mes progrès : La formation sera longue…

Il trouve notamment que je suis trop crispé sur le volant, ce qu'il interprète comme une forme de peur. Je ne dis pas qu'il ait tout à fait tort (la voiture individuelle est certainement un moyen de transport passablement dangereux, mais enfin, je suis déjà monté dans les voitures de gens conduisant plutôt dangereusement, je n'étais pas recroquevillé de terreur, il n'y a pas de raison que je n'arrive pas, à terme, à être plus prudent qu'eux, et en tout cas, pour l'instant, je suis avec quelqu'un qui est bon pour rattraper les erreurs[#]) ; mais ce que je ressens surtout, c'est l'impression d'être débordé par les choses qui demandent mon attention en même temps, ne serait-ce que le nombre d'étapes pour faire des choses aussi débiles que démarrer ou s'arrêter (sans caler[#2]…) sur une voiture à conduite manuelle.

Ce n'est pas que ce soit difficile, mais j'ai un peu l'impression de jouer à un jeu comme Jacques a dit : du genre avant de prononcer une phrase qui commence par une consonne, vous devez lever le bras droit, à chaque fois que vous utilisez le mot le vous devez claquer des doigts, et tous les sept mots exactement vous devez taper du pied : ceci étant, racontez-moi vos vacances (mais pourquoi allez-vous si lentement ?) — oui, merci, je crois que j'ai compris et retenu les règles (celles auxquelles j'ai eu droit pour l'instant, du moins), mais avant d'en faire un automatisme, avant de me les approprier[#3], comme dit mon moniteur, il me faudra effectivement du temps. Je comprends pourquoi ce n'est pas une bonne idée d'attendre 40+ ans pour ça. Et je comprends aussi pourquoi les Américains n'aiment pas les boîtes de vitesse manuelles et les embrayages. Sans même parler des règles de la circulation à respecter en même temps, et de tous les gens à surveiller autour : je suis très mauvais pour le multitâche, et si je perds le fil, j'ai tendance à ne plus du tout savoir où j'en suis et à faire vraiment n'importe quoi, ce qui est une très mauvaise idée en voiture.

Le simulateur devrait permettre d'acquérir ces automatismes par la répétition d'exercices faciles. Mais le simulateur ne sanctionne pas certaines mauvaises pratiques (il ne vérifie pas qu'on tient le volant correctement, qu'on garde le pied sur le frein à l'arrêt, ce genre de choses), et mon moniteur n'a pas l'air convaincu par son utilité.

Bon, après, mon moniteur a aussi l'air de penser que le seul vrai permis de conduire est celui qu'on obtient à Paris (où la route n'arrête pas de changer de direction et de largeur, où les gens arrivent dans tous les sens, où il y a tellement d'inspecteurs à l'examen qu'on ne peut pas bachoter selon les habitudes de chacun, etc.) ; en tout cas, il n'a pas l'air de penser grand bien de celui qu'on obtient en des plus petites villes en France ni dans certains autres pays.

(Je n'attends pas non plus avec impatience la voiture qui se conduit toute seule : vu le niveau désastreux de la sécurité informatique en général, elle sera certainement moins dangereuse qu'une voiture conduite par un humain… jusqu'au jour où un pirate russe prendra le contrôle de 100000 voitures simultanément dans le monde et les enverra toutes foncer n'importe où, et en comparaison les guignols de terroristes qui font peur à faire ça un par un ils paraîtront bien anodins. L'avenir ne m'enthousiasme donc pas trop.)

En attendant, ce qui est sûr, c'est que je connais maintenant très bien le parking du cimetière de Chevilly-Larue pour en avoir fait plein de fois le tour (et il a l'air très populaire auprès des auto-écoles, vu que nous n'étions pas les seuls).

Ajout : pour la suite de mes aventures de permis de conduire, c'est ici et .

[#] Ce qui m'amène d'ailleurs à me demander comment on forme les moniteurs d'auto-école : est-ce qu'ils ont des leçons pratiques où un méta-moniteur s'asseoit à la place de l'élève (i.e., du conducteur) et fait volontairement des erreurs de débutant pour vérifier que le moniteur arrive à les rattraper à temps ? Et du coup, comment forme-t-on les méta-moniteurs (et ainsi de suite, comme le fameux problème de la construction des grues de chantier) ? Que de questions sans réponse !

[#2] Mon problème à ce stade, ce n'est pas tellement que je cale, c'est plutôt que je suis tellement précautionneux lorsque je relâche l'embrayage pour ne pas caler en démarrant que le chauffeur derrière moi s'énerve et me double dangereusement.

[#3] Déjà, juste la façon dont on me dit que je dois manier le volant dans les tournants importants (genre, à angle droit) ne me semble pas du tout naturelle : à part qu'il ne faut pas que je sois crispé, on m'apprend qu'il faut chevaucher les mains, moi je trouverais beaucoup naturel de les faire glisser — rien que ça, ça me mobilise de l'espace mental pour rien.

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(vendredi)

Épreuve théorique de code de la route : suite et fin

J'avais raconté il y a presque un an que j'avais entrepris de passer le permis de conduire — à commencer par l'épreuve théorique générale (a.k.a., « code »). J'ai passée cette épreuve seulement mardi (spoiler : avec succès) : j'avais choisi pour m'inscrire une période où j'avais le temps de m'en occuper, mais mon dossier a été administrativement bloqué pendant si longtemps que cette période faste s'était finie quand les problèmes ont été résolus, et ce n'est donc tout récemment que j'ai pu m'y remettre, d'où énormément de temps perdu. (Ce n'était pas que passer l'épreuve de code elle-même soit long ou compliqué, mais c'est inutile et sans doute une mauvaise idée de le faire avant d'avoir le temps de pouvoir commencer à prendre des leçons de conduite.)

Entre temps, j'ai pu apprendre un certain nombre de bizarreries du code de la route français (j'en ai signalé ici au passage et ici). J'ai aussi pu expérimenter avec plusieurs jeux de question d'entraînement.

Pour le contexte, je rappelle les modalités de l'épreuve : 40 questions à choix multiples, accompagnées d'images fixes ou, pour 4 questions parmi les 40, d'une courte vidéo ; la réponse est un sous-ensemble de {A,B,C,D} qui n'est ni l'ensemble vide ni l'ensemble de tous les choix listés ; on dispose pour répondre de 20 secondes par question, et il faut obtenir au moins 35/40 pour valider.

Mon auto-école proposait des tests d'entraînement sur place avec des questions Codes Rousseau, j'ai aussi acheté un des livres de cet éditeur qui me donnaît accès à un site Web de test (très mal fait, en Flash, et pas mis à jour des dernières réformes), mais l'auto-école me fournissait par ailleurs un accès à un site appelé Prép@code qui avait déjà il y a un an une vieille version (appelons-la v0 dans la suite) et une nouvelle (disons v1), et depuis qui en a créé une troisième (v2). La moralité, c'est que tous ces systèmes d'entraînement sont assez mauvais. Je ne veux pas juste dire que les questions sont mauvaises — j'avais donné quelques exemples tirés du Prép@code v1 l'an dernier — mais aussi qu'ils ne sont pas non plus très représentatifs des questions du vrai examen. Pour preuve, ils sont assez mal corrélés les uns avec les autres : j'ai commencé à me préparer sur Prép@code v1, il ne m'a pas fallu longtemps pour dépasser régulièrement 35/40, puis quand j'ai été confronté aux questions des Codes Rousseau, je les ai trouvées beaucoup plus dures ; puis la version v2 de Prép@code est sortie, mon score a chuté de façon vertigineuse, parce qu'ils avaient remplacé plein de questions auxquelles je commençais à être habitué (Prép@code v1, par exemple, était bourré de questions sur les catégories de sièges pour petits enfants) par d'autres questions encore plus mal rédigées, byzantines et parfois contradictoires. (Il y avait d'ailleurs des questions tellement bizarres que ça ne peut être qu'une erreur technique : par exemple quand le petit texte censé expliquer la réponse dit exactement le contraire de ce que le système accepte comme réponse correcte, ou quand ils échangent une image censée illustrer la question avec celle censée illustrer la réponse. Je pense qu'ils ont voulu sortir leur site v2 tellement à la hâte qu'ils l'ont bâclé. Ceci dit, pour ce qui est de la forme, l'interface des versions v1 et v2 était plutôt bien faite.)

Ce n'est pas tellement la faute des éditeurs de questions d'entraînement. Le problème vient de l'opacité de l'examen, que j'ai dénoncée et que je continue à dénoncer : au lieu d'avoir une banque de questions vraiment importantes (disons de l'ordre de 30 000 questions), et qui pourrait donc être complètement publique, sur laquelle tout le monde pourrait s'entraîner (et qui pourraient faire l'objet de retours publics), il n'y a qu'un nombre relativement restreint de questions possibles à l'examen officiel (1000, peut-être même moins si certaines ont été écartées), donc elles doivent être secrètes, et je suppose que les éditeurs de sites de préparation travaillent sur la base de fuites ou de leur propre intuition. (Ceci pose aussi la question de l'avantage qu'obtient l'éditeur qui a remporté le marché — je vais dire plus bas qui c'est — car même s'il n'a pas le droit d'utiliser telles quelles les questions officielles dans ses préparations, et même s'il n'a pas le droit de faire de publicité autour de ce fait, il dispose d'un savoir-faire qui le met en position préférentielle.)

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(lundi)

Aires piétonnes et zones de rencontre

Les règles routières françaises (je dis règles pour être un peu plus large que Code de la route) connaissent trois types de zones de circulation « apaisée » : l'aire piétonne, la zone de rencontre et la zone 30.

[Panneau B54 (aire piétonne)]L'aire piétonne (signalée par le panneau B54, reproduit ci-contre à gauche) est interdite aux véhicules à moteur, mais il peut y avoir des exceptions (riverains, transports en commun, taxis pour desserte locale, livraisons, etc.) ; elle peut être interdite même aux vélos, mais ce n'est normalement pas le cas. Les piétons sont prioritaires sur tous les véhicules (tramways exceptés), et tous les véhicules doivent circuler au pas, même les vélos. Les piétons ne sont évidemment pas tenus de circuler sur les trottoirs (qui, d'ailleurs, n'existent généralement pas).

[Panneau B52 (zone de rencontre)]La zone de rencontre (signalée par le panneau B52 ci-contre et généralement renforcée par un marquage semblable au panneau sur la chaussée) est une apparition plus récente (juillet 2008) : contrairement à l'aire piétonne, les véhicules ont le droit d'y pénétrer normalement ; mais les piétons sont tout de même prioritaires sur tous (tramways exceptés) et la vitesse est limitée à 20km/h, même pour les vélos. Comme dans l'aire piétonne, les piétons ne sont pas tenus de circuler sur les trottoirs, ils peuvent emprunter la chaussée, que ce soit pour la traverser (y compris hors des passages prévus à cet effet) ou pour y circuler. (En revanche, les piétons, comme les voitures, ne doivent pas stationner sur la chaussée, c'est-à-dire rester immobiles au milieu de la route, ce qui se comprend bien par la nécessité de ne pas bloquer la circulation.) Par ailleurs, il y a normalement des doubles-sens cyclables.

[Panneau B30 (zone 30)]La zone 30 est simplement une zone dans laquelle la vitesse est limitée à 30km/h (comme c'est une limitation par zone, elle s'applique jusqu'à un panneau de fin de zone plutôt que jusqu'à la prochaine intersection). Il y a normalement des doubles-sens cyclables.

Les détails sur ces différentes zones, ainsi que leurs intentions, sont précisés dans ce document de la Sécurité routière (Certu Zones de circulation apaisée fiche nº2, août 2009 ; pas mal fait, à part que les images sont pixellisées à une résolution ridiculement basse). On y apprend par exemple les principales raisons pouvant amener à définir une zone de rencontre : rues résidentielles de desserte locale à rendre plus conviviales, quartiers historiques à protéger sans les piétonniser complètement, espaces publics et lieux de correspondances où doivent cohabiter piétons et véhicules, interruption d'une zone piétonne pour laisser passer les véhicules, rues commerçantes où on cherche à concilier fréquentation piétonne et circulation possible, rues trop étroites pour disposer d'un trottoir, zones conflictuelles au sein d'une zone 30 où on souhaite donner la priorité aux piétons.

Je me plains souvent de toutes sortes de choses, mais là, globalement, je trouve que ces trois catégories sont plutôt bien pensées, et que la zone de rencontre est un compromis plutôt raisonnable sur le principe : laisser les voitures circuler, mais à vitesse très réduite, et surtout, en rendant aux piétons l'accès à l'ensemble de la chaussée. (Je dis rendre, parce que les voitures ont conquis cet espace au détriment des piétons : à ce sujet, cet article ou celui-ci, qui racontent l'histoire de la chose aux États-Unis et du concept de jaywalking, sont assez intéressants.)

Le concept de zone de rencontre est apparu, si je comprends bien, aux Pays-Bas comme zone résidentielle (actuellement signalée par ce panneau), puis véritablement en Suisse en 2002 (où les zones de rencontre sont figurées par ce panneau), et en Belgique l'année suivante. D'autres pays ont adopté le concept depuis (l'Autriche semble avoir des Begegnungszonen à 20km/h et d'autres à 30km/h ; voici un article sur des essais dans ce sens aux États-Unis).

Sinon, en France, à côté des aires piétonnes et zones de rencontre, il existe aussi un machin appelé les voies vertes (signalées par le panneau C115), datant aussi de 2008. Les voies vertes sont réservées aux piétons et véhicules non motorisés. La différence avec l'aire piétonne est un peu byzantine, mais un point de différence est que les cyclistes ne sont pas tenus de rouler au pas sur une voie verte, alors que dans une aire piétonne, en principe, si (enfin, si les cyclistes respectaient quoi que ce soit du Code de la route…) ; je pense qu'il y a aussi une différence dans la logique d'affectation en ce que la voie verte est une voie de circulation, tandis que l'aire piétonne est une zone, m'enfin, tout ça est un peu confus. Je ne sais pas si c'était vraiment indispensable d'inventer un nouveau truc pour ça.

Mon propre quartier (la Butte-aux-Cailles) est classé zone de rencontre en temps normal, et le dimanche dans la journée il est maintenant même transformé en aire piétonne (il y a des barrages). La logique est une combinaison de certaines raisons évoquées plus haut pour définir une zone de rencontre : c'est un quartier historiquement intéressant (et d'ailleurs touristiquement intéressant : il y a de plus en plus de gens qui y viennent pour photographier les œuvres de street art qu'on y trouve, il y a maintenant même des visites guidées des rues) formé de rues pavées avec un caractère de petit village à la fois résidentiel et commerçant, il y a beaucoup de flâneurs dans les rues, surtout aux heures d'ouverture des nombreux restaurants et bars, il y a aussi des enfants qui peuvent déboucher à n'importe quel endroit, et certaines rues sont trop étroites pour avoir un vrai trottoir. La classification en zone de rencontre est donc éminemment logique.

Sauf que vous vous devinez bien de ce qui se passe : comme le feu orange, tout ça n'est absolument pas respecté.

La limitation de vitesse à 20km/h est une vaste blague : déjà, si les gens consentent à descendre à 30km/h, c'est un peu miraculeux, mais 20km/h, on ne voit jamais. (Il y a beaucoup d'automobilistes qui traversent pour éviter des encombrements sur des axes voisins, généralement ils sont de mauvaise humeur, ça s'entend très bien à leur manière de rentrer dans le quartier en accélérant, tout contents de quitter la rue du Moulin des Prés embouteillée.)

Quant au fait que les piétons ont le droit de circuler sur la chaussée, vous imaginez bien ce qui se passe si quelqu'un commence à faire ça (ce qui n'est pas forcément pour emmerder les voitures : il y a des trottoirs qui n'en sont vraiment pas) : on se fait klaxonner dessus, crier de se pousser, par des gens sûrs d'être dans leur droit. (Les trottoirs c'est pas pour les chiens !) Les surveillants des écoles primaires ou maternelles du quartier, que je croise parfois accompagnant des groupes d'enfants allant d'un endroit à un autre, ne s'y trompent d'ailleurs pas : ils font marcher les écoliers bien sur le trottoir et traverser aux passages piétons — alors qu'en principe une zone de rencontre n'a besoin ni de l'un ni de l'autre.

Pour défendre un peu les automobilistes, il faut reconnaître deux choses :

D'abord, l'indication de zone de rencontre est facile à rater. Les panneaux à l'entrée ne sont pas très visibles, certains sont mal orientés (j'ai essayé de les remettre à la main, mais c'est trop difficile). Il n'y a aucun panneau de rappel. (Moi j'en mettrais à chaque intersection, mais je me demande s'il n'y a pas une règle de droit interne complètement stupide qui dit qu'on ne peut pas rappeler un panneau de zone : en tout cas, je n'ai jamais vu ça.) Le marquage au sol est rare, lui aussi peu visible, souvent effacé. Et la zone n'a pas vraiment les caractéristiques qu'on pourrait attendre d'une zone de rencontre, comme justement l'absence de trottoirs bien délimités et de passages piétons. À ce sujet, je tire de cet autre document de la Sécurité routière (Certu, fiche technique La zone de rencontre, novembre 2008) la remarque suivante : La signalisation ne suffit souvent pas pour la lisibilité et à la crédibilité d'une zone réglementée. C'est pourquoi il est prévu que des aménagements complètent la signalisation, cette notion est incluse dans la notion d'aménagement cohérent.

Ensuite, personne ne sait ce que c'est qu'une zone de rencontre. Ceux qui ont passé le permis il y a plus de 10 ans n'ont jamais été interrogés sur ces nouveautés, et la Sécurité routière n'a pas fait de publicité sur les médias quand les panneaux ont été introduits (je sais que nul n'est censé ignorer la loi, mézenfin, on a le droit de les aider…). Certes, le panneau est assez clair et bien pensé, on peut deviner ce qu'il veut dire, en tout cas il est évident que la vitesse est limitée à 20km/h, mais je pense que ça ne suffit pas.

Il y a aussi le fait que le terme zone de rencontre n'est pas terrible. Une aire piétonne, on comprend tout de suite. Une zone 30, ça se comprend aussi. Mais une zone de rencontre, kézako ? On pense que c'est un synonyme de point de rendez-vous ou quelque chose de ce genre. Peut-être que zone semi-piétonne ou zone piétonne mixte aurait été moins obscur.

J'ai commencé une fois à vouloir expliquer le concept à un livreur qui m'avait engueulé parce que je marchais sur la route (je voulais éviter des échafaudages d'où tombent régulièrement des choses pas très propres) : je lui ai parlé de zone de rencontre, il n'avait visiblement jamais entendu le terme, je lui ai dit que la vitesse était limitée à 20km/h, il m'a prétendu que je ne pouvais pas savoir s'il faisait plus (comme j'ai l'esprit de l'escalier, je n'ai pas pensé à lui expliquer que s'il avait fait toute la longueur de la rue dans le temps où moi, marchant normalement, j'en avais parcouru le quart, il ne pouvait certainement pas avoir circulé à moins que 20km/h), je lui ai dit que les piétons avaient priorité et pouvaient circuler partout, il m'a demandé comment il était censé passer, je lui aurais répondu qu'il pouvait demander gentiment ou bien patienter quelques mètres que je tourne et que par rapport à 20km/h de toute façon je ne le ralentissais pas tant que ça, mais globalement il était évident qu'il me prenait pour un affabulateur complet qui avait sorti de mon chapeau des règles inexistantes (ce qui est faux) ou du moins inappliquées (ce qui, malheureusement, est juste). Que faire ? Je n'allais pas passer la journée à le retenir par plaisir pervers de lui faire la leçon et au risque de me faire écraser, il est passé en me maudissant.

J'ai peur, aussi, que la piétonnisation du quartier le dimanche n'augmente encore la confusion : que les automobilistes se disent, puisqu'on n'est pas dimanche, aucune règle particulière ne s'applique — et pensent que les panneaux « zone de rencontre » concernent cette piétonnisation.

Bref, je trouve tout ça très bien en théorie, mais en pratique, je ne sais pas ce qu'on peut faire. Peut-être qu'une première étape serait d'informer les riverains, leur rappeler ce qu'est une zone de rencontre et quelles sont les règles (et signaler clairement la différence avec la piétonnisation du dimanche), à la fois pour ceux qui circulent en voiture, et aussi pour les piétons (si plus de gens ont conscience qu'ils peuvent marcher sur la chaussée et y sont prioritaires, cela changera certainement la dynamique).

(À une certaine époque au moins, un adjoint d'un maire d'arrondissement de Paris lisait ce blog. Je ne sais pas si c'est toujours le cas, mais je peux lancer des gros hint, hint à tout hasard.)

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(mardi)

Une râlerie sur la signalisation routière (l'A86 et la N186)

Voici ce que je crois avoir compris :

  • L'A86 est une autoroute qui fait grosso modo le tour de Paris. Son trajet reprend au moins en partie celui d'une (non-auto-)route préexistante, la N186.
  • Sur certains tronçons, l'A86 et la N186 et ne suivent pas exactement le même parcours ; sur certains tronçons, seule existe soit l'une soit l'autre. Voilà où les choses deviennent problématique.
  • Il existe des segments relativement courts où, sans doute pour des raisons de place ou je ne sais quelle autre contrainte, on n'avait probablement pas les moyens de faire remplir à la route les exigences techniques nécessaires pour lui donner les caractéristiques d'une autoroute. (Là, c'est moi qui devine. Je suppose qu'il y a des règles très précises pour pouvoir être une autoroute.)
  • Personne n'a le pouvoir de faire une dérogation à ces règles (c'est-à-dire arrêter quelque chose comme bien que la route ne réponde pas à toutes les exigences normalement demandées d'une autoroute, elle sera néanmoins classée comme telle afin d'éviter de changer inutilement de catégorie sur un segment très court). Ou si quelqu'un avait ce pouvoir, il était en vacances ce jour-là ou n'a pas reçu le mail. Du coup, sur ces segments, il s'agit bien d'une route nationale et pas d'une autoroute.
  • Il existe aussi des règles crétines qui imposent qu'une autoroute ait un numéro en Axyz et une nationale en Nxyz et on ne peut pas décider de donner à une route nationale un numéro en Axyz quand bien même ce serait bien pratique pour éviter de changer inutilement de numéro sur un segment très court. (Autrement dit, la catégorie de la route pour les besoins des règles de conduite et/ou d'administration doit coïncider avec sa catégorie pour les besoins de la terminologie, même si le contraire serait bien pratique.) Ou alors, de nouveau, la personne qui a le pouvoir d'autoriser une dérogation n'a pas pu intervenir parce qu'elle était à la piscine.
  • Du coup, on se retrouve avec des bouts de route où tout le monde imaginerait être toujours sur l'autoroute mais non, pouf, l'A86 cesse d'exister pour devenir N186 et réapparaît juste un peu plus loin.
  • L'emplacement exact de ces différents bouts n'a même pas l'air clair : apparemment, Google Maps n'a pas reçu l'information « pour des raisons de psychorigidité incontournable, ce tout petit bout n'est plus l'A86 mais la N186 » (elle est étiquetée A86 partout), et OpenStreetMap n'a pas l'air super au courant non plus ; pire, s'il y a des indications sur la route elle-même, elles sont très discrètes. Je pense notamment à la transition qui a lieu quelque part par ici : à l'est, vers Choisy-le-Roi, c'est clairement l'A86, au niveau de Rungis c'est clairement la N186, mais j'ai eu beau passer plein de temps sur Google Street View à faire le parcours dans les deux sens en cherchant une indication de où la transition a lieu, sans succès.
  • Bref, apparemment, il est indispensable que chaque petit bout s'appelle A86 ou N186 selon la catégorie exacte applicable au petit bout, mais personne ne pense prévenir les automobilistes « attention, pour des raisons de psychorigidité incontournable, la route sur laquelle vous êtes va présentement changer de nom ».
  • Personne non plus n'a eu l'idée brillante de se dire que peut-être on pourrait mettre une indication accessoire sur les panneaux de direction, genre =A86 ou même simplement vers A86, ou quoi que ce soit qui informe les gens pas au courant que les indications A86 et N186 peuvent être plus ou moins synonymes.

Bilan de tout ça : le poussinet et moi, ignorant toutes ces subtilités, étions dans une Autolib (en train d'essayer d'aller à Châtenay-Malabry), croyant suivre l'A86 parce que c'est ce que Google Maps/Navigation nous indiquait, et voilà que nous arrivons devant ce panneau pour lequel l'indication suivre l'A86 n'aidait pas vraiment à choisir entre la N186 vers Antony, Versailles et Fresnes, l'A6 (A10) vers Bordeaux, Nantes, Lyon, Évry et Palaiseau, ou l'A6 vers Paris. Stupidement, nous nous sommes retrouvés sur l'A6a retournant vers Paris, et celle-ci n'a aucune sortie avant le périphérique (il faut admettre qu'on aurait dû choisir la nationale même sans savoir si c'était la bonne, parce qu'a priori ça offre beaucoup plus de possibilités de changer de direction — mais le temps disponible pour faire le choix était très court et rien n'était indiqué à l'avance). Remarquez au passage que ce panneau montre qu'il est possible d'écrire A6 (A10), donc on ne comprend pas pourquoi il ne serait pas possible d'écrire N186 (A86). Et si on avait suivi le bon chemin, on serait bien tombé sur l'A86 (comme le témoigne ce panneau juste un peu après) sans que rien ne permette de savoir comment elle est apparue.

Est-ce que c'est moi qui suis un râleur invétéré ou est-ce qu'on se fout carrément de la gueule du monde, là ? Tout le monde se moque des spécifications techniques détaillée d'une autoroute : s'il y a une règle qui impose que la route sur laquelle on circule change brutalement de nom parce qu'il lui manque je ne sais quoi du cahier des charges, c'est cette règle stupide qu'il faut changer, pas le nom de la route !

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(samedi)

Râlerie sur le feu orange à Paris

Avertissement : Le seul but de cette entrée est pour moi de faire mon râleur.

Parmi les choses que je déteste particulièrement chez les Parisiens (enfin, je crois que c'est particulièrement parisien ; je n'ai pas fait tellement attention à la manière dont on conduit dans le reste de la France), il y a la manie de griller les feux oranges[#][#2].

Le contraste entre la théorie et la réalité est impressionnant. À l'examen de code, on vous montre des photos avec un feu vert et on vous demande quoi faire, et il faut répondre je ralentis, parce que le feu pourrait passer à l'orange. Dans la réalité, les parisiens sont convaincus que le feu orange a la signification : attention, ce feu va bientôt passer au rouge : accélérez maintenant, pour le traverser quand il est encore temps. Mais quelle bande de connards !

Je l'avais remarqué depuis longtemps, mais il y a quelques jours je me suis dit que j'allais regarder plus systématiquement, à chaque fois que je vois un feu passer à l'orange, quelles voitures s'arrêtent et lesquelles non. Et pour l'instant, je n'ai pas vu un seul cas de quelqu'un qui se soit arrêté à l'orange et qui n'y ait pas été contraint par une nécessité évidente (par exemple, une intersection bouchée ou un piéton qui s'engage dangereusement). Je ne me rendais pas compte à quel point le phénomène était répandu !

Bien sûr, si les gens accélèrent pour passer à l'orange, on comprend bien que le début du rouge est tout aussi régulièrement grillé. Les gens essayent quand même vaguement de s'arrêter au rouge, i.e., ils traitent celui-ci à peu près comme ils devraient traiter l'orange. Mais il y en a quand même beaucoup qui grillent carrément le rouge. Et même parfois, qui démarrent au rouge : le cas le plus fréquent que je constate, ce sont les gens qui n'ont pas pu « bénéficier » du vert, par exemple parce que l'intersection était bouchée ou parce que la voiture de devant a tardé à démarrer ou quelque chose comme ça ; apparemment, ces gens estiment que comme ils sont restés assez longtemps arrêtés au feu, et notamment arrêtés au vert, ça « paie d'avance » (je suppose que c'est quelque chose comme ça qui leur traverse l'esprit) le fait de griller le rouge.

Le Parisien, il vaut mieux l'avoir en journal.

Je ne sais pas pourquoi on n'installe pas plus systématiquement des caméras sur les feux afin de verbaliser les gens qui passent à l'orange (plus plein de caméras factices) : même si l'amende n'est qu'entre 22€ et 150€ pour l'orange (contre 90€ à 750€ pour le rouge), le tiroir-caisse devrait se remplir assez vite. [Précision : Je parle évidemment de ceux qui passent à l'orange de façon abusive, c'est-à-dire la grande majorité des gens, pas des véhicules dont, selon l'expression de l'article R412-31 du Code de la route, le conducteur ne peut plus arrêter son véhicule dans des conditions de sécurité suffisantes.] D'un autre côté, la première réforme à faire serait aussi de changer complètement la programmation de tous les feux de circulation à Paris, par exemple pour qu'un piéton puisse aller d'un point A à un point B en les respectant et sans perdre plus de la moitié de son temps à poireauter inutilement. Je parlerai de tout ça une autre fois où je me sentirai l'envie de râler[#3].

[#] J'ai commencé par écrire les feux orange, et puis merde, il est grand temps d'envoyer paître cette règle complètement crétine et illogique du français selon laquelle les adjectifs de couleurs sont invariables lorsque gnagnagna et gnagnagna ou gnagnagna et gnagnagna (sauf gnagnagna et gnagnagna). Donc : des feux rouges, oranges et verts.

[#2] L'autorité administrative les qualifie de jaunes : elle ne doit pas avoir la même perception des couleurs que moi et que la plupart des gens. Je me demande, d'ailleurs, pourquoi on n'utilise pas le jaune comme couleur du milieu.

[#3] Je pense par exemple aux feux antisynchronisés de façon absurde, ce qui fait qu'on est obligé de perdre son temps au milieu quel que soit le moment où on arrive (alors qu'il aurait suffi de laisser un petit recouvrement entre les deux périodes de vert piéton). Ou bien aux boutons appuyez pour traverser : pourquoi ces boutons ne font pas instantanément passer le feu à l'orange pour les voitures s'il est resté suffisamment longtemps au vert et/ou si le radar détecte qu'il n'y a pas de voiture à proximité ? À la place, ces boutons sont un placébo ou imposent une attente minimale absurde.

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(mardi)

Vieux dossiers : ce n'était pas une blague

Je voudrais vraiment bien parler d'autre chose que de permis de conduire, mais il semble que je vienne d'en prendre pour trois mois de plus. Résumé des épisodes précédents : pour s'inscrire au permis de conduire, si on a déjà été inscrit par le passé, il faut obligatoirement fournir à l'Administration une copie du dossier antérieur (pourquoi ? mystère, c'est sans doute une règle gratuitement vexatoire). Or j'ai bien été inscrit dans une auto-école (à Orsay) il y a 15–20 ans. L'auto-école (à Paris) où j'ai voulu m'inscrire mi-juillet me dit : ça va poser problème, il faut essayer de remettre la main sur ce dossier. J'envoie ma maman essayer de récupérer mon ancien dossier à l'auto-école d'Orsay. Celle-ci lui répond que non, si longtemps après, ce n'est pas possible, tout a disparu, mais de toute façon mon dossier n'est jamais arrivé à la préfecture donc ils n'en ont aucune connaissance et il n'y a pas de problème. Du coup, rassuré, j'ai fait mon inscription (début août), en affirmant ne pas avoir de dossier antérieur, à l'auto-école à Paris. Laquelle transmet le dossier à la préfecture. Et voilà que ce matin ils m'appellent pour me dire que le dossier leur est revenu avec la mention : fournir le vieux dossier de 1997. Comme quoi apparemment il en existe bien une trace (et ce n'est pas une erreur, parce que l'année colle, donc ça doit effectivement être moi).

La procédure dans ce cas est de faire une demande de duplicatum. L'absurdité de la chose est vraiment confondante : on doit demander à l'Administration un dossier qu'ils ont pour le leur transmettre. Et apparemment il leur fois trois mois pour retrouver le dossier. Là aussi, l'absurdité est impressionnante : ils sont capables de voir immédiatement, pour bloquer l'inscription, qu'un ancien dossier existe, mais il leur faut trois mois pour retrouver effectivement ce dossier (et vous le renvoyer pour que vous le leur re-renvoyiez). Kafka apprécierait.

Et encore, ça c'est si les choses se passent bien. Parce que j'imagine parfaitement le scénario suivant (pour l'instant fictif, mais je ne parierais pas sur le fait qu'il le reste) : je demande le duplicatum et on m'affirme que le dossier n'existe pas — rien n'oblige l'Administration a être cohérente avec elle-même — et je me retrouverais alors avec une partie de l'Administration qui affirme que le dossier existe et qui me le demande, et une autre qui affirme qu'il n'existe pas ou plus, et aucun moyen de m'inscrire. Peut-être qu'il existe encore des solutions dans ce cas (faire un recours gracieux, saisir le défenseur des droits, saisir les tribunaux administratifs), mais ils sont compliqués et lents : ce n'est plus en mois mais en années qu'on compterait alors le délai.

Après tout, il doit y avoir très peu de cas comme moi de gens qui se sont inscrits au permis il et qui se réveillent vingt ans après pour refaire une inscription : il se peut très bien que les anciens dossiers (avant informatisation) aient été entièrement perdus sauf les numéros montrant qu'ils existent, ou quelque chose comme ça. Donc si cela conduit à des situations absurdes, presque personne ne s'en sera rendu compte. Il ne faut jamais être dans des cas bizarres.

Bref, je ne sais pas si je finirai par l'avoir, ce permis. Certes, j'ai maintenant pleeeein de temps pour apprendre par cœur toutes les questions stupides et aussi pour enquêter sur leur provenance ; mais dans trois mois je serai trop occupé par mon travail pour pouvoir penser au permis de conduire, donc il faudra sans doute que ça attende l'été prochain, et encore, s'il n'y a pas un nouveau contretemps d'ici là !

Ajout : pour la suite de mes aventures de permis de conduire, c'est ici, et à partir de pour la partie pratique.

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(samedi)

Le mystère de la provenance des questions de code de la route reste intact

Promis, je ne parlerai pas de permis de conduire jusqu'à la fin des temps. Mais la densité des questions stupides, et mon énervement qui va avec (que je voudrais bien savoir contre qui diriger !) m'amène à me poser de plus en plus la méta-question suivante : par qui au juste, et comment sont choisies les questions de l'épreuve théorique générale (a.k.a. « code ») de l'examen du permis de conduire ? Et combien y en a-t-il ?

Je n'ai pas la réponse. Et c'est vraiment bizarre : une proportion très importante de la population française passe le permis, mais personne n'a l'air de se demander, ou encore moins de savoir, comment cette épreuve est organisée au juste. (Alors que si on cherche à savoir un peu précisément comment sont élaborés, disons, les sujets du bac, on trouve facilement plein d'informations. Mais pour le permis, toute recherche sur le Web fait juste tomber sur des sites et applis proposant de le réviser.) Je crois ne pas être trop incompétent pour mener des enquêtes en ligne, mais là, je n'ai trouvé aucune piste. Personne n'en parle, personne ne sait. Et du coup, c'est un mystère que j'aimerais éclaircir, ne serait-ce que par principe.

Entre autres choses que je voudrais savoir :

  • Combien existe-t-il de questions en tout et pour tout — i.e., quelle est la taille totale de la banque de questions parmi laquelle sont choisies les 40 qui tombent à une séance donnée ?
  • Est-ce que cette banque est publiquement connue ? Officiellement accessible quelque part ?
  • Existe-t-il au moins un programme officiel ? Une liste de choses qui doivent être connues ?
  • Qui, concrètement, rédige les questions ? Qui invente les chiffres complètement pipo qu'on doit connaître pour passer cette épreuve (du genre : le champ visuel du conducteur dans un véhicule circulant à 130km/h est d'environ 30° — chiffre manifestement surgi d'un grand pipotron et je me demande bien de qui) ? Qui prend les photos ?
  • Quel est le rapport exact entre les questions posées à l'examen et celles des différentes séries d'entraînement proposées par des éditeurs privés (Codes Rousseau, Prép@code, Éditions nationales du Permis de conduire, etc. — je ne comprends d'ailleurs pas bien combien il y en a, ou comment ils sont reliés les uns aux autres) ?

J'ai essayé de tracer les références sur Legifrance en partant du Code de la route, je ne suis tombé sur rien (voici un exemple de texte qui ne dit rien : il est extrêmement précis sur les modalités d'organisation de l'épreuve mais ne dit rien sur les questions ou leur nature). Un communiqué comme celui que j'ai déjà cité ne donne aucun détail, juste un petit échantillon minable de questions.

J'ai envisagé plusieurs hypothèses :

  • Hypothèse 1 : Il existe une banque officielle de ~104 questions, pondue par l'Administration, et communiquée aux éditeurs des séries d'entraînement (et peut-être à tout le monde qui le demande, mais connaissant l'Administration française, probablement sous un format merdique au possible). Les éditeurs en question rédigent juste des exégèses des réponses et mettent en place un système interactif, mais ce n'est pas eux qui inventent les questions (ou alors juste un petit nombre pour varier un peu et peut-être rendre la chose plus dur afin d'avoir une marge sur ce qui se passera à l'examen).
  • Hypothèse 2 : La banque officielle est secrète (à l'exception d'un tout petit échantillon). Les éditeurs de séries d'entraînement essaient de la parodier comme ils le peuvent à partir des fuites qu'ils ont (ce que les candidats leurs font remonter), peut-être en les rendant volontairement un poil plus dures.
  • Hypothèse 3 : En fait, ce sont les éditeurs privés qui rédigent les questions. Chacun fabrique ses séries d'entraînement, et met de côté un sous-ensemble des questions (ou un ensemble disjoint dans le même genre ?) versées à la banque officielle. (Mais ceci laisse encore plein de questions en suspens : comment le choix est fait, quel est le nombre total de questions et le nombre fourni par chaque éditeur, et sur la base de quel programme officiel les questions sont rédigées.)

J'ai accès à un site Web Prép@code via mon auto-école, mais sur place celle-ci propose des séries d'entraînement éditées par Codes Rousseau (qui a l'air d'être une très vénérable institution !). Ces séries me semblent un peu différentes, et en tout cas disjointes l'une de l'autre : ceci invaliderait l'hypothèse 1.

J'ai posé la question (enfin, un sous-ensemble des questions ci-dessus) au formateur de mon auto-école : soit il n'a pas bien compris ma question (je crois que beaucoup de gens ont du mal à concevoir qu'on puisse vouloir savoir ce genre de choses par curiosité intellectuelle), soit je n'ai pas bien compris sa réponse, mais j'ai l'impression qu'il suggérait plutôt l'hypothèse 3 (en fait, je n'avais même pas pensé initialement à l'hypothèse 3, d'ailleurs je me sens un peu con ; mais ça reste une hypothèse, parce que je ne suis pas sûr qu'il n'y ait pas eu un malentendu entre lui et moi). Et même si c'est l'hypothèse 3 qui est la bonne, comme je disais, ça laisse un tas de choses ouvertes : est-ce que les éditeurs écrivent ce qu'ils veulent dans les questions ? sur la base de quel cahier de charges ? est-ce qu'ils se relisent les uns les autres ? comment est-ce que l'Administration contrôle tout ce procédé ? Et où est-il écrit officiellement qu'il y a quarante questions, que les réponses se choisissent parmi les sous-ensembles de {A,B,C,D} et qu'il doit toujours y avoir au moins une réponse juste et une réponse fausse ?

Je pourrais essayer de trouver un interlocuteur au ministère de l'Intérieur (au moins j'ai l'adresse : délégation à la sécurité et à la circulation routières, sous-direction de l'éducation routière et du permis de conduire, bureau du permis de conduire ; j'aaaaime ce genre d'organigramme). Mais j'ai peur, outre qu'il soit peu probable d'obtenir une réponse en août, que la question soit encore impossible à poser de manière à être compris par un non-geek.

Mise à jour () : Mon poussinet me fait remarquer que la production des questions a fait l'objet d'un marché public dont l'offre est parue au BOAMP ici (avis 15-23943 du 18 février 2015, Production de 1000 questions pour l'épreuve théorique générale de l'examen du permis de conduire — je ne sais pas pourquoi c'est localisé à la Défense). Ceci conforte donc l'hypothèse 3 ci-dessus (les questions seraient produites par des éditeurs privés en réponse à cette offre). Mais pour en savoir plus, il faut mettre la main sur le cahier des charges de l'offre en question. Or le site www.marches-publics.gouv.fr ne semble donner les détails que des offres en cours (ou alors je n'ai pas compris comment le faire fonctionner).

Mise à jour : L'hypothèse 2 est la plus proche de la réalité : la banque de questions comporte 1000 questions, et est tenue secrète ; elle a été réalisée par EDISER suite à un marché public passé par l'Administration (cf. le paragraphe ci-dessus), et facturée 42k€ ; les éditeurs de séries d'entraînement se renseignent comme ils peuvent sur le contenu des vraies questions officielles (et je les soupçonne de prévoir exprès légèrement plus dur). Cf. cette entrée ultérieure pour quelques autres précisions.

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(mardi)

Quelques questions débiles ou mal foutues au code de la route

(Complément à l'entrée de vendredi. Je compléterai certainement cette liste au fur et à mesure. Il ne s'agit pas uniquement de questions où j'ai mal répondu lors de mes tests — parfois j'ai deviné correctement mais je trouve quand même la question merdique, parfois j'ai répondu au pif et j'ai eu raison — mais des questions que je trouve particulièrement idiotes, mal posées, ou vicieuses.)

Questions merdiques sur le fond

  • La photo montre un passage à niveau. Le panneau lumineux fermé est allumé. Il n'y a personne sur la route. La question demande si le panneau annonce l'arrivée d'un train (évidemment oui), et demande aussi si des véhicules peuvent être arrêtés sur la chaussée. On voit très bien sur la photo qu'il n'y en a pas, et qu'il n'y a aucun moyen qu'ils se matérialisent. Pourtant, d'après le site sur lequel je m'entraîne, il faut quand même répondre oui (=des véhicules peuvent être arrêtés sur la chaussée) : pas d'explication particulière n'est fournie à ce sujet.
  • La photo montre un panneau annonçant une aire piétonne. En-dessous, un autre panneau, rectangulaire (et peut-être pas très règlementaire) sur lequel est symbolisé le panneau circulation interdite (B0) avec l'indication textuelle interdit sauf livraisons de 7h à 19h véhicules autorisés limités à 7.5t (l'endroit exact est ici, et la photo de Google street view montre les deux panneaux dont je parle). La question demande si dans cette rue il est possible de circuler à pied, en vélo, en rollers, en voiture. Il n'y a pas de doute que les piétons et les rollers ont le droit de passer, et les voitures non (enfin, sauf livraison, mais on n'est pas censé faire ce genre d'hypothèse). Le doute porte sur les vélos : dans une zone piétonne en général, la réponse est oui, mais le panneau d'en bas portant la symbolisation du panneau B0 qui exclut aussi les vélos, j'ai conclu que non ; pourtant, le corrigé du site sur lequel je m'entraîne prétend que oui (ils ignorent purement et simplement ce deuxième panneau).
  • La photo montre une route en pente montante (dans le sens où on regarde) avec un obstacle à droite qui empêche de passer à deux simultanément. Exactement le cas où on ne sait pas quelle règle s'applique entre priorité à la voiture montante et celui qui est du côté de l'obstacle doit céder le passage. Et la question demande, justement, si on est prioritaire. Apparemment il faut deviner que la pente n'est pas assez forte (ou est-ce parce qu'on est en agglomération ? l'article R414-3 du Code de la route commence par lorsque sur les routes de montagne et sur les routes à forte déclivité le croisement se révèle difficile — je ne sais pas si une rue en agglomération constitue une route au sens du langage administratif).
  • La photo montre qu'on est sur la voie du milieu d'une autoroute 2×3 voies. Devant se trouve un autocar (toujours sur la voie centrale), dont le cligotant gauche est allumé. Sur la voie de droite, des poids lourds. La voie de gauche est libre. La question demande quelque chose comme : je peux dépasser par la voie de gauche. La prudence demande de répondre non (l'autocar a le clignotant gauche allumé, peut-être va-t-il s'insérer sur la voie de gauche). Réponse attendue : oui, selon la logique que l'autocar n'a pas le droit de circuler sur la voie de gauche, il est donc en train de finir de se mettre sur la voie centrale, pas de commencer à passer sur la voie de gauche, donc il n'y a pas d'objection à le doubler par la gauche. C'est vraiment stupide, parce que (A) ça fait l'hypothèse que tout le monde obéit au Code de la route, chose manifestement fausse non seulement dans la réalité mais aussi dans plusieurs autres questions du même examen, et (B) dans la vraie vie, contrairement à une photo fixe, on aurait bien vu ce que faisait l'autocar juste avant (est-il en train de finir de passer sur la voie centrale ou veut-il se mettre plus à gauche), et enfin (C) quand bien même il vient de la voie de droite, ça ne coûte pas cher d'attendre quelques secondes qu'il ait éteint son clignotant gauche pour être sûr.
  • Dans une première question, la photo montre quelqu'un en train de manger un sandwich et de boire de l'eau au volant ; la question demande si ce comportement entraîne : une mauvaise prise en compte d'indice (réponse A), une augmentation du temps de réaction (réponse B), une difficulté d'accès aux commandes (réponse C), une mauvaise maîtrise de la trajectoire (réponse D) — il fallait répondre A, C et D (mauvaise prise en compte d'indice parce qu'on est occupé à regarder ce qu'on mange, mauvais accès aux commandes parce qu'on a les mains occupées, et mauvaise maîtrise de la trajectoire parce qu'on tient mal le volant ; moi j'aurais répondu tout à la fois, mais il y a toujours au moins une réponse fausse, donc j'ai écarté B et c'était correct). Seulement, une question dans une série ultérieure montre quelqu'un en train d'allumer une cigarette au volant et demande, entre autres choses, si cela augmente le temps de réaction — cette fois, la réponse attendue était oui. Pourquoi diable est-ce qu'allumer une cigarette aurait plus d'effet sur le temps de réaction que manger un sandwich ?
  • Je suis fatigué, mais j'ai un rendez-vous important : je circule plus lentement (réponse A), je fais une pause (réponse B), je circule plus vite (réponse C) : la réponse attendue était évidemment (B) je fais une pause, et il est évident que la (C) est fausse. Mais fallait-il aussi choisir la (A) ? Apparemment pas — mais c'est vraiment une question de boule de cristal à ce niveau-là.

Questions merdiques sur la forme ou la logique

  • La sécurité enfant empêche les passagers arrière de sortir du véhicule (oui/non) : il faut avoir une boule de cristal bien réglée pour deviner si on doit répondre oui (elle bloque l'ouverture de la portière par l'intérieur) ou non (l'ouverture reste possible par l'extérieur). Apparemment la réponse attendue était oui.
  • La photo montre une voie de stockage permettant de faire un virage à gauche « à l'indonésienne ». On est dans une position où il est clair qu'on doit avancer un peu, céder le passage à un camion qui vient en face, puis tourner. Mais la question est formulée ainsi : je tourne à gauche immédiatement (oui réponse A, non réponse B), je m'arrête sur la seconde flèche pour céder le passage (oui réponse C, non réponse D). La seconde flèche en question, si on devine bien qu'elles sont numérotées dans le sens dans lequel on avance, est celle qui pointe dans la direction inverse (concerne les véhicules venant d'en face). Il faut donc répondre B (non je ne tourne pas immédiatement, j'avance un peu) et D (non je ne m'arrête pas pour la seconde flèche, c'est trop loin), ce qui fait qu'au final on n'a même pas explicité le fait qu'on cédait le passage !
  • Les questions du genre : je passe avant la voiture fuchsia (oui réponse A, non réponse B), après la voiture aigue-marine (oui réponse C, non réponse D) (les noms des couleurs sont de moi !), où il faut tourner trois fois son cerveau dans son crâne pour bien noter que la première partie de la question utilise la préposition avant mais que la seconde partie utilise la préposition après et est donc inversée.
  • Je passe avant le camion (oui/non), avant le véhicule blanc (oui/non) : très bien, sauf qu'il y a deux véhicules blancs sur la photo ! Certes, l'un est en train de s'éloigner et n'est probablement pas visé par la question, mais ça reste vraiment confusant.
  • La photo montre qu'on est stationné, et une voiture arrivant dans la voie où on veut s'engager empêche qu'on quitte le stationnement immédiatement. La question est formulée ainsi (de mémoire) : J'actionne le clignotant avant de quitter le stationnement (oui/non) — il faut répondre non, parce qu'on ne peut pas quitter le stationnement maintenant (et on ne doit pas mettre le clignotant pour signaler une intention, seulement une action). C'est vraiment pervers, parce que j'actionnerai le clignotant avant de quitter le stationnement, juste pas maintenant. (Je n'étais pas le seul à trouver cette question outrageusement stupide et illogique : il y a eu un concert de protestations chez les autres préparationnaires de mon auto-école.)
  • Dans la question je commets un délit si je roule avec une quantité d'alcool dans le sang au moins égale à (0.3g/L réponse A ; 0.5g/L réponse B ; 0.8g/L réponse C ; 1.2g/L réponse D), il faut répondre C et seulement C. Alors que dans la question titulaire d'un permis probatoire, je dois effectuer un stage de sensibilisation à la sécurité routière si je perds (1 points réponse A ; 2 points réponse B ; 3 points réponse C ; 6 points réponse D), là il faut répondre C et D. Franchement, quelle logique pourrie !
  • Je passe après le piéton nº2 : il faut répondre non s'il y a un piéton nº3 qui vient après. Autrement dit, il faut implicitement comprendre après comme juste après et pas plus tard que. De qui se moque-t-on ?

Questions merdiques par la connaissance demandée

  • Les signes annonciateurs de fatigue sont — suivi de quatre symptômes tous également plausibles. Non mais franchement, tous ces symptômes méritaient raisonnablement qu'on s'arrête pour faire une pause, quelle connerie que de demander lesquels sont annonciateurs de fatigue au sens où je-ne-sais-pas-qui l'a décidé !
  • Il est nécessaire de connaître les catégories de sièges pour enfants et les poids entre lesquels on peut les utiliser. Franchement, dans le genre de connaissance complètement inutile, celle-ci emporte le pompon : toute personne raisonnable confronté à la question de l'adéquation d'un siège à un enfant va simplement consulter Internet au moment utile ; faire apprendre ces chiffres à tous ceux qui passent le permis est d'une idiotie indescriptible.
  • Il est nécessaire de savoir que le contrôle technique doit être effectué au plus 6 mois avant la vente d'un véhicule : apparemment on ne peut pas se contenter de savoir que c'est un certain nombre de mois — ils sont assez pervers pour poser la question de savoir si c'est 8 mois (et il s'agit donc de répondre non dans ce cas). Quel intérêt de faire mémoriser des détails idiots pareils ?
  • Il est nécessaire de savoir qu'un gilet haute visibilité permet d'être vu la nuit à environ 160m (chiffre certainement complètement pipo et sorti du chapeau de quelqu'un).
  • Il est nécessaire de savoir que l'AFU (Aide au Freinage d'Urgence) accentue le freinage tandis que l'ABS est un système d'antiblocage — et ne pas les traiter comme synonymes même si, dans la pratique, et peut-être même par obligation, ces deux systèmes sont toujours couplés !

Divers

  • Apparemment les carrefours à sens giratoire (tels qu'annoncés par le panneau AB25) ont toujours un cedez le passage à l'entrée (matérialisé hors agglomération par un panneau AB3a), jamais un stop [instruction interministérielle sur la signalisation routière, 3e partie, notamment article 42-10]. Je ne sais pas, moi, ça ne me semblait pas spécialement idiot a priori qu'on puisse avoir un stop en entrée de carrefour à sens giratoire dans des circonstances un peu spéciales. Était-ce vraiment utile de faire apprendre un truc pareil ? Pourtant, je suis tombé sur une question qui me demande, après le panneau annonçant un sens giratoire, quel panneau je vais rencontrer ensuite, et qui proposait entre autres choses le panneau cédez le passage et le panneau stop.

Ajout : pour la suite de mes aventures de permis de conduire, c'est ici, , et à partir de pour la partie pratique.

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(vendredi)

Gro-Tsen prépare le permis de conduire : (1) l'épreuve théorique

Pour toutes sortes de raisons, je me suis enfin inscrit pour passer le permis, à la veille de mon 40e anniversaire. (Raisons telles que : déménagement prévu dans quelques années de mon école à Saclay où les transports en commun sont merdiques ; pression insidieuse de mon poussinet et de ma maman et deals bizarres passés avec eux ; et une vague inquiétude que ça risque d'être long et compliqué et que si je ne fais pas maintenant je ne le ferai jamais.) Le fait d'avoir une auto-école à 150m de chez moi aide sans doute un peu à surmonter ma flemme, d'ailleurs. Comme je l'ai raconté récemment, j'ai eu un petit contretemps initial, qui n'en était en fait pas un (finalement je n'ai jamais eu de dossier, donc j'ai juste perdu deux semaines pour rien à confirmer ce fait), mais j'ai réussi à passer l'épreuve 0, celle de l'inscription. (On ne rigole pas, à l'agreg de maths, c'est l'épreuve où le plus de normaliens échouent.) En fait non, suite ici.

L'examen du permis de conduire proprement dit, en France, se compose de deux parties : (1) l'épreuve théorique générale (que tout le monde appelle le code, mais une partie de la théorie consiste justement à connaître le jargon de l'Administration que personne n'utilise à part elle), et (2) l'épreuve pratique de conduite. Pour préparer l'épreuve théorique, on s'entraîne comme on peut (livres, sites Internet, cours à l'auto-école, examens blancs), je vais y revenir.

Pour s'entraîner à l'épreuve pratique, il faut suivre un certain nombre d'heures de formation, au minimum 20, dont le nombre prévisionnel est déterminé par une évaluation psychomotrice préalable qui, dans mon cas, a pris la forme d'une succession de petits jeux sur ordinateur (dont certains ressemblaient un peu aux idées surgies de mon cerveau diabolique) pour mesurer des choses comme la mémoire à court terme, le temps de réaction, le champ de vision, la capacité d'évaluation des temps, distances et vitesses, la concentration, la capacité à multitâcher, etc. Dans mon cas, l'Ordinateur a décidé, dans son immense sagesse, que j'avais besoin de 25–30 heures de formation. Ou peut-être que ça c'est après que j'ai insisté sur le fait qu'à 40 ans on n'acquiert peut-être pas des habitudes aussi vite qu'à 20, je ne sais pas. On verra, de toute façon, pour l'instant, il s'agit pour moi de passer le « code ».

L'épreuve théorique générale, donc, prend la forme (je raconte ça pour mes lecteurs qui n'ont pas passé le permis en France, ou l'ont passé il y a très longtemps) d'un questionnaire à choix multiple de 40 questions où il faut répondre juste à au moins 35 d'entre elles. Chacune de ces questions se présente comme une photo ou plus rarement une courte vidéo, typiquement prise depuis l'habitacle d'une voiture, et sur laquelle on demande des choses comme la signalisation m'autorise à dépasser : oui réponse A, non réponse B ; je dépasse : oui réponse C, non réponse D et on doit choisir un sous-ensemble de {A,B,C,D} (qui, méta-information très utile, ne peut jamais être ni l'ensemble vide ni l'ensemble plein, ce qui laisse 14 possibilités au maximum) ; parfois, seul un sous-ensemble des lettres est utilisé (ces questions-là sont donc combinatoirement plus faciles). Matériellement, on entre la réponse sur un boîtier spécialisé.

Les questions peuvent porter sur le Code de la route, bien sûr (i.e., la réglementation sur la signalisation, règles de priorité, etc.), mais aussi sur la sécurité, quelques aspects de mécanique et de règlementation générale (assurances, infractions), le bon sens, et même maintenant la protection de l'environnement (comme l'« écoconduite »). Enfin, ça c'est le principe. Parce qu'en réalité, les questions portent surtout sur la logique tordue et le langage merdique utilisés par les auteurs de la question.

Je pourrais donner quantité d'exemples de la formulation absolument épouvantable utilisée dans ces questions, mais ça deviendrait vite lassant [ajout : voir cependant cette entrée ultérieure]. Il y a des choses qui se défendent : après tout, conduire une voiture est un exercice d'attention, donc le fait de poser parfois les questions de façon affirmative (la signalisation me permet de dépasser (oui/non)) et parfois de façon négative (la signalisation m'interdit de dépasser (oui/non)), cela peut se justifier. Le fait d'utiliser un vocabulaire administratif se justifie peut-être aussi (dans le français de la vie réelle, tout le monde dit doubler, mais il est sans doute normal d'obliger à connaître le terme administratif effectuer un dépassement).

Mais parfois les questions jouent au logicien (par exemple : je peux circuler à : 50km/h réponse A, 90km/h réponse B, 110km/h réponse C, 130km/h réponse D — il faut choisir la vitesse maximale et aussi les vitesses en-dessous parce qu'on a le droit de rouler plus lentement que la vitesse maximale, même si ce n'est évidemment pas comme ça que le non-logicien comprendrait la question à quelle vitesse ai-je le droit de rouler ?) ; et parfois les questions ne jouent pas au logicien (par exemple : titulaire d'un permis probatoire, je suis en infraction à partir de 0.5g d'alcool par litre de sang réponse A, 0.2g d'alcool par litre de sang réponse B — là il ne faut pas répondre à la fois A et B, même si le fait d'être en infraction à partir de 0.2g/L implique logiquement de l'être aussi à partir de 0.5g/L). De même, à une question demandant si on cède la priorité aux véhicules venant par la droite, il faut apparemment répondre non s'il ne peut pas y avoir de véhicule venant par la droite. Comment savoir quelles questions jouent au logicien et quelles questions ne le font pas ? Eh bien il faut l'apprendre à travers des tonnes d'exemples, ce qui, on l'admettra, est d'une utilité fort douteuse pour la conduite d'un véhicule à moteur.

À part les questions de logiciens, il y a aussi un usage fort douteux des modalités. Sur le principe, je suis content qu'ils distinguent je dois et je peux (il y a des questions où la réponse correcte est bien de dire non à je dois et oui à je peux, ce qui est très bien), mais c'est souvent incohérent. Les notions d'obligation légale (réglementaire) et d'impératif de sécurité sont parfois distinguées, parfois non. Quand la question est je dépasse (oui/non), il faut appremment comprendre je peux dépasser (selon le règlement et la sécurité). Une distinction byzantine est faite entre un panneau indiquant un X et un panneau indiquant un risque de X (par exemple, ce panneau, apparemment, signale un bouchon et pas un risque de bouchon : non mais franchement, à quoi rime cette différence ? ; et cet autre panneau signale une zone de danger lié au vent, et on a faux si on répond qu'il signale un vent fort — là ils ont décidé de jouer aux logiciens ou en tout cas, aux jésuites).

Parfois, aussi, ce ne sont pas les gens qui rédigent les questions qui sont des jésuites, ce sont les règles de circulation elles-mêmes qui sont franchement bizarres. Il existe, par exemple, une obligation de circuler sur la voie de droite même sur une autoroute ou route à chaussées séparées où, en tout cas, plusieurs voies sont affectées au même sens de circulation. Autrement dit, les voies situées plus à gauche doivent servir uniquement au dépassement (la question de savoir à quelle fréquence il faut se rabattre sur la voie de droite pour pouvoir prétendre qu'on fait bien des dépassements et pas une circulation sur la voie de gauche étant laissée en exercice au lecteur), ou en cas de circulation dense. Ceci vient apparemment d'une lecture complètement bouledecristalesque (vitrorbiculaire ? hyalosphérique ?) d'un alinéa de l'article R412-9 du Code de la route : Sous réserve des dispositions des quatrième et cinquième alinéas du présent article [qui concernent les cycles], le fait, pour tout conducteur, de ne pas maintenir, en marche normale, son véhicule près du bord droit de la chaussée est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la deuxième classe [soit 35€]. Franchement, cette phrase ne veut absolument rien dire (et semble contredire l'exsitence de bandes d'arrêt d'urgence, de voies pour véhicules lents, etc.). Il est aussi clair que cette règle est encore bien moins respectée que l'obligation de s'arrêter aux feux orange à Paris, et j'aimerais savoir combien d'amendes ont été infligées à ce titre sur les denières 10 années dans toute la France, c'est dommage que le ministère de l'Intérieur ne fournisse pas ce genre de statistiques en OpenData. Toujours est-il que pour passer le code, il faut non seulement connaître cette règle, mais même penser à l'appliquer dans des cas vicieux où ils essaient de distraire votre attention en ajoutant des raisons objectivement raisonnables pour rester sur une voie de gauche. Admettons que c'est pour le moins vicieux !

Bref, la seule possibilité est de ne pas chercher à comprendre la logique ou la cohérence, de considérer l'épreuve comme un exercice complètement déconnecté de toute réalité et d'apprendre bêtement et par cœur toutes les situations possibles. C'est dommage, parce que ce n'était certainement pas le but recherché. C'est d'autant plus dommage que les questions qui pourraient être intelligentes sont généralement d'une simplicité déconcertante. (Et souvent résolubles en prenant simplement la réponse qui maximise la prudence : par exemple, une question qui demande si on regarde à gauche (oui/non) et à droite (oui/non) peut être résolue sans même regarder l'image — ce qui est passablement ironique — en répondant oui et oui, parce qu'ils ne vont quand même pas poser une question pour vérifier que vous avez compris que vous n'avez pas besoin de regarder dans un certain sens ; de toute façon, même sur un sens unique, il peut y avoir des vélos à contresens ou des gens qui reculent.)

Comme j'ai une certaine capacité à mémoriser les conneries inutiles (déjà quand j'étais tout petit, une collègue de mon père m'avait qualifié de source inépuisable de renseignements complètement inutiles), je pense que je vais finir par atteindre une probabilité de répondre juste qui dépasse les 90% par question permettant — si je calcule bien ma loi de Bernoulli — de passer le test avec probabilité de près de 80%. Je me demande quand même si je suis vraiment obligé de mémoriser, par exemple, le fait que les pneus à crampon sont autorisés uniquement entre le samedi précédant le 11 novembre et le dernier dimanche de mars (ce n'est pas une blague !). Déjà que la quantité de choses relatives à l'alcool, alors que je ne bois pas, me gonfle prodigieusement. (Ceci dit, c'est amusant, le dernier livre que j'ai lu aux toilettes avant d'y mettre mon précis de code de la route était un livre de biochimie humaine, et j'en avais justement retenu que le catabolisme de l'alcool par le foie a une cinétique d'ordre 0 — c'est-à-dire un rythme d'élimination constant, d'environ 0.15g/L/h — parce que ce qui limite est la quantité de NAD⁺ disponible pour oxyder l'éthanol.)

J'avais bien sûr déjà appris une certaine quantité de conneries inutiles lors de ma tentative avortée pour passer le code il y a 15–20 ans. Mais ils en ont ajouté plein dans l'intervalle. Il y a bien dû en avoir qui ont disparu, aussi, mais je n'ai trouvé qu'un seul exemple. Autrefois, il y avait un panneau (A21) avertissant d'un débouché possible de cyclistes et une variante de ce panneau (A21b, symétrique gauche-droit du précédent) avertissant d'un débouché possible de cyclistes venant spécifiquement de la gauche — donc, parmi les conneries inutiles à retenir, il y avait le fait que si on voyait le premier panneau il fallait répondre que les cyclistes pouvaient venir de droite ou de gauche alors que si on voyait le second les cyclistes pouvaient venir uniquement de gauche. Apparemment, ce panneau complètement saugrenu (et qui n'existait que pour les cyclistes, pas pour les piétons, cavaliers, animaux et autres trucs bizarres dont les panneaux peuvent vous avertir du risque de présence) n'existe plus, maintenant le cycliste est toujours représenté venant de la droite. (Je serais curieux de savoir l'histoire de cette micro-réforme et qui au ministère des transports a pris une décision aussi importante. Dans le même genre, si j'en crois ce site routes.wikia.com qui a l'air délicieusement geek, on a supprimé en 1992 la version temporaire — de fond orange : AK1(a–d) et AK3(a–b) — des panneaux de danger A1(ad) et A3(ab) annonçant des virages ou un rétrecissement de la chaussée spécifiquement par la gauche ou par la droite.) Bref, ça fait toujours ça de moins à retenir : quel dommage que je l'aie déjà retenu !

Sinon, j'aimerais bien savoir plus précisément comment est défini l'ensemble des questions possibles à l'examen. Est-ce qu'il y a une liste complète de toutes les questions possibles ? Publiquement connue ? Connue des auto-écoles ? Les questions utilisées pour la préparation du test font-elles partie de cette liste complète ou sont-elles simplement inspirées d'elle ? C'est un peu confus.

J'arrive peut-être au mauvais moment : il y a quelques mois, plein de nouvelles questions ont été ajoutées à l'épreuve de code. Ça a été un désastre, et le taux de réussite est passé du jour au lendemain (le 3 mai) de 70% à 17% (on doit pouvoir en déduire quelque chose sur le nombre total de question, d'ailleurs, si le fait d'en ajouter 1000 nouvelles suffit à provoquer cette baisse : quelque chose comme 12000 questions au total ?). Une semaine plus tard, les plus difficiles parmi ces nouvelles questions ont été retirées « provisoirement », et le taux de réussite est remonté. Mais la situation est, du coup, assez confuse, et je ne sais pas ce que provisoirement veut dire, ni si les questions difficiles retirées font parties des questions présentées par le site en ligne sur lequel je m'entraîne.

En effet, mon inscription à l'auto-école me donne accès à un site Web (Prép@code, je ne donne pas le lien parce que de toute façon il n'y a rien d'intéressant sans codes d'accès) pour pouvoir faire des tests depuis chez moi, ce qui est quand même nettement mieux qu'il y a 15–20 ans où je devais prendre mes petits petons pour aller à l'auto-école (et elle n'était pas à 150m). En fait, il y a deux sites différents, quasiment indépendants, sous le même nom (c'est très confus : la page d'accueil les appelle séries sur la réglementation et séries de préparation à l'EXAMEN), l'un en Flash et visiblement assez vieux, et l'autre en HTML5 et globalement mieux foutu ; le site « nouveau » (préparation à l'EXAMEN) est divisé en rubriques thématiques (dispositions légales en matière de circulation routière, le conducteur, la route, les autres usagers, réglementation générale, secours, précautions, mécanique, sécurité, et environnement) qui semblent justement avoir été introduites dans le cadre de cette réforme en mai dernier. Du coup, je ne sais pas bien.

Tiens, je découvre qu'on peut acheter en ligne des panneaux de signalisation. Ils ont même le panneau B9e (accès interdit aux charrettes à bras — je veux voir la question de code portant dessus) qui est tellement rare que ni routes.wikia.com ni code-route.org n'a réussi à en trouver un dans la vie réelle à photographier.

Ajout : pour la suite de mes aventures de permis de conduire, c'est ici, , , et à partir de pour la partie pratique.

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