David Madore's WebLog: Le français que je parle

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(mardi)

Le français que je parle

Sans aller jusqu'à dire que j'ai un dialecte vraiment original du français, la langue que je parle accumule un certain nombre d'idiomatismes, de néologismes (l'emploi du mot idiomatisme en étant lui-même un), de glissements de sens, d'orthographes singulières, de marques d'activisme typographique, bref, de petits traits personnels dont j'ai parfois — mais pas toujours — conscience. Je ne parle pas du « français++ » qui est une blague récurrente avec des amis que j'utilise pour désigner toutes sortes de modifications que je serais tenté de faire à la langue française pour la rendre plus logique ou plus agréable à mes yeux, ou simplement pour m'amuser, comme le fait que j'y ajouteraie [sic !] un subjonctif futur. Je parle de la langue que j'emploie vraiment, ou du moins, de certaines des formes de langue que j'emploie, parce que je ne m'exprime pas de la même manière dans un mail à un ami, dans une entrée de ce blog, à l'oral, etc. Je ne prétends pas être singulier (je veux dire, je ne prétends pas que mon français soit singulièrement plus original que celui d'un autre), mais j'aime me livrer à une petite introspection linguistique.

Certains de ces traits sont à peu près involontaires : je fais évidemment des fautes d'orthographe (sur l'emploi de ce mot, voir ici : une faute est précisément une bizarrerie dont je n'ai pas conscience et que je corrigerais si je m'en rendais compte). Ou j'abuse de certains mots et certaines expressions (parfois on me les signale, et parfois je décide de faire un effort pour moins les employer) : mon poussinet s'énerve, par exemple, de la fréquence avec laquelle je lui dis éventuellement à des questions qui voudraient qu'on répondît oui ou non (le éventuellement ayant pour sens quelque chose comme pourquoi pas, je n'y suis pas foncièrement opposé si tu veux faire ça, mais je ne suis pas enthousiaste non plus, généralement accompagné de j'aimerais bien ne pas prendre cette décision immédiatement). Je pense que j'utilise le mot certes plus fréquemment que la moyenne, et je signale cet exemple parce que je sais précisément d'où ça me vient, c'était mon professeur d'histoire-géographique en classe de 3e qui l'affectionnait.

Il y a des mots que j'emploie à dessein et qui sont jugés douteux, incertains, ou d'orthographe incorrecte (ou juste vieillotte) par les dictionnaires : soit parce que je trouve le terme plus précis, plus heureux, plus correct étymologiquement, plus compréhensible, plus juste, ou pour n'importe quelle raison plus agréable. Ou parfois sans raison, mais en étant conscient qu'il s'agit d'une petite bizarrerie personnelle. J'écris québecois et pas québécois, referendum et non référendum, événement et jamais évènement, chausse-trape plutôt que chausse-trappe, parfois mais pas toujours réglement pour règlement ; je régularise le verbe arguer en arguër et je n'aurais aucun scrupule à écrire que nous arguöns ou même que nous avons arguë́ (j'avoue que là ça s'approche un peu du français++). J'écris autant pour moi juste pour énerver les gens qui insistent obstinément sur le au temps pour moi. Parmi les néologismes ou quasi-néologismes, j'ai déjà cité idiomatisme, décevamment (et toutes sortes d'autres adverbes du même modèle dont je refuse d'admettre qu'ils n'existent pas), confuser (j'assume complètement les anglicismes qui corrigent une lacune du français). Dans les bizarreries grammaticales, j'écris par exemple vus les résultats déjà obtenus en accordant ce participe passé que la plupart des grammairiens recommandent de garder invariable. Syntaxiquement, je n'ai aucun problème à faire une phrase comme il est plus vraisemblable qu'il ait été surpris que qu'il soit véritablement choqué en préservant le double que que la logique demande mais que des grammairiens, me semble-t-il, recommandent de simplifier en un seul. Ah, et tant que j'y suis, je prononce [bɔnsaj] et pas [bɔ̃zaj] pour les arbres miniatures de tradition chinoise et japonaise : ce n'est pas la prononciation du ‘n’ que je souligne mais la surdité du ‘s’, parce que, que je sache, le mot bonsoir ne se prononce pas comme s'il s'écrivait bonzoir et il n'y a aucune raison de faire une entorse à la fois à la langue française et à la langue japonaise en inventant un ‘z’ dans bonsaï ; idem dans Israël, d'ailleurs, qui n'est pas Izraël.

Mais le plus grand ensemble de bizarreries de ma façon de parler vient incontestablement du fait que j'importe beaucoup de vocabulaire soit matheux soit geek (i.e., hacker Unix) dans le langage courant. Souvent sans y penser : j'ai tellement l'habitude de m'adresser à des gens dont je suis sûr qu'ils comprendront que je ne prête plus attention au fait qu'il ne s'agit pas de français « standard ». Je peux dire de deux idées qu'elles sont isomorphes pour signifier qu'elles sont équivalentes dans leur structure ; je peux parler de pinguer (pinger ?) quelqu'un au sens de demander un signe de vie.

Parfois je ne sais vraiment pas si c'est compréhensible. Par exemple, il est tout à fait courant, pour moi, d'utiliser le mot modulo comme une préposition : son sens est quelque chose comme en ignorant, à ceci près (par exemple : modulo les incertitudes sur la météo) ou parfois, plus abusivement, sauf (comme dans modulo erreur de ma part). Je n'ai aucune idée, en vérité, de l'effet que produit l'audition de ce mot sur un Français n'ayant pas eu de contact particulier avec des matheux.

Et je passe sur des mots comme pipoter, crackpot, ou, en fait, geek (celui-là semble devenu mainstream en français, mais plutôt avec le sens de gamer, ce qui, du coup, est problématique).

Bref, si vous ne comprenez rien à ce que je dis, c'est certainement ma faute ! ☺

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