David Madore's WebLog: Quelques nouvelles en vrac (chronologie et géographie)

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(samedi)

Quelques nouvelles en vrac (chronologie et géographie)

Je peux commencer cette entrée en recopiant presque verbatim quelques passages de celle-ci que j'écrivais il y a à peine plus d'un an :

J'ai déjà dit plusieurs fois sur ce blog que je préférais éviter d'écrire des billets dont le seul contenu est essentiellement de dire je suis toujours vivant (et je n'ai rien d'autre à dire), mais comme cela fait vraiment longtemps que je n'ai rien écrit, je vais quand même faire une exception et signaler que je suis toujours vivant (et je n'ai pas décidé de mettre un terme à ce blog, ni quoi que ce soit de ce genre). Je suis juste encore plus débordé que d'habitude.

Le truc avec le temps c'est qu'il se fragmente mal : on peut facilement se retrouver avec plein de petits bouts de temps libre, mais ces petits bouts sont inutilisables parce que chacun est trop court pour faire quelque chose de productif.

(Et comme quelqu'un me signalait en commentaire de cette entrée-là, il y a des activités qui ne prennent que la moitié de votre temps — à savoir une minute sur deux. J'aime beaucoup la comparaison.)

Le fait que ça arrive à la même période de l'année n'est pas un hasard : je donne des cours à Télécom ParisPloum en première année et en deuxième année, et comme les années sont gérées de façon complètement indépendantes, ces cours ont lieu sur des périodes qui se chevauchent : mes cours en première année touchent à leur fin mais ceux en deuxième année ont déjà commencé. Or à la fin d'un cours il peut y avoir un sujet de contrôle à préparer, et des copies à corriger ; et au début d'un cours il faut réfléchir à la manière de l'organiser[#], chose qu'on aurait dû faire longtemps avant mais pour laquelle on s'y prend évidemment toujours à la dernière minute (je ne prétends pas que ce ne soit pas de ma faute, donc). Et ce n'est pas comme si les autres choses chronophages cessaient pour autant[#2].

[#] Surtout quand, comme c'est le cas de mon cours de géométrie algébrique, enfin, de courbes algébriques, on se demande chaque année comment diable présenter quelque chose de rigoureux mais néanmoins digeste pour des étudiants en école d'ingénieurs qui ne savent pas grand-chose en algèbre (et notamment pas ce qu'est un produit tensoriel) ; par exemple, ni cette approche ni celle-ci n'a été une bonne idée.

[#2] À titre d'exemple, je racontais dans cette entrée que j'avais demandé par erreur ma mutation du régime fonctionnaire au régime général de la Sécurité sociale : j'espérais avoir attrapé l'erreur à temps en envoyant immédiatement une lettre à la CPAM pour les prier d'ignorer cette demande de mutation, mais évidemment, ça n'a pas été le cas, et trois mois plus tard je reçois une lettre de la CPAM me souhaitant la bienvenue chez eux et une lettre de la MGEN m'informant qu'ils se dessaississent de mon cas, donc j'ai de nouveau dû perdre du temps à constituer un dossier à joindre à une nouvelle lettre pour essayer de rétablir la situation.

Écrire une entrée de blog me demande non seulement du temps, mais aussi du temps sous forme contiguë : à chaque fois que je travaille une entrée et que je ne la finis pas, l'agacement de devoir faire des changements de contexte mentaux pour m'y mettre fait que ma motivation à la travailler diminue d'autant — et c'est souvent à cause de ça que des choses que je commence peuvent s'embourber dans les marais de l'inachèvement permanent. J'ai en tête (enfin, en matière de tête, plutôt un fichier memepool.txt) toutes sortes de choses dont je pourrais parler et dont je voudrais parler, mais il est sacrément plus facile d'ajouter des choses à la liste que de les en évacuer : si je commence à écrire une introduction au topos effectif, par exemple (ce qui fait partie des choses dont j'aimerais dire un mot), je sais très bien que mon intention d'écrire un texte court va être un nouvel échec critique… (Ceci dit, je dois avouer que l'entrée précédente sur la logique linéaire a été un chouïa moins interminable que je ne le craignais.)

Twitter est, à cet égard, à double tranchant : d'un côté, il est très difficile d'arriver à commencer un tweet et de ne pas trouver le moyen de le finir (ça m'est quand même arrivé — si, si). De l'autre, en me fournissant un exutoire pour tout ce qui peut se dire en peu de mots, il nourrit ma tendance malheureuse — et dont je n'arrive pas à me défaire — à considérer que je ne peux/dois/sais écrire dans mon blog que des textes longs[#3].

[#3] Prétérition : supposons que je veuille signaler le fait — dont je ne me suis rendu compte que récemment — qu'on peut étiqueter de façon élégamment symétrique les dix points et les dix droites de la configuration de Desargues (c'est-à-dire les dix points et dix droites qui interviennent dans l'énoncé du théorème de Desargues) par les 10 choix de deux éléments parmi {1,2,3,4,5} (un point étant situé sur une droite lorsque les ensembles de cardinal 2 qui les étiquettent sont disjoints). Si je raconte ça sur Twitter, je vais arriver à être succinct et m'en tirer en quelques tweets. Si je raconte ça sur mon blog, je vais me sentir inexplicablement obligé de faire un brain dump de toutes sortes de choses inutiles sur le théorème de Desargues, par exemple qu'il n'est pas valable dans le plan projectif octonionique, ou qu'il est une conséquence du théorème de Pappus mais que le contraire n'est pas vrai ; puis je vais parler des configurations (n3) puisque Desargues fournit un (10₃) et Pappus un (9₃) je vais commencer à dire qu'il y a un (8₃) essentiellement unique mais pas sur n'importe quel corps et un (7₃) idem, puis je vais digresser sur Cremona-Richmond qui est un magnifique (15₃), et là j'en viendrai à parler des droites sur la surface cubique ; et si j'en viens à évoquer le très joli texte de Cremona de 1877 (Teoremi stereometrici dai quagli si deducono le proprietà dell'esagrammo di Pascal, Reale Accademia dei Lincei) dans lequel il explique comment déduire le théorème de l'hexagone de Pascal, qui est une généralisation de celui de Pappus, de la considération judicieuse d'une surface cubique avec un point double ordinaire de type (A₁), et que les 60 points de Kirkman de l'hexagramme mystique forment 6 configurations de Desargues (une par pentade sur les six points de l'hexagone) et comment il faut les étiqueter, je n'en aurai jamais fini ! Rien qu'en écrivant cette prétérition j'en ai dit plus que ce que je pensais, alors imaginez si j'écrivais vraiment une entrée sur le sujet…

Entre autres activités chronophages, j'en suis toujours à essayer d'apprendre à manier une moto. (Peut-être que si j'avais su que ç'allait être aussi long, je n'aurais pas essayé de passer le permis A2, mais maintenant qu'il commence, à force de progrès logarithmiques, à devenir plausible que je puisse éventuellement à terme pouvoir envisager d'imaginer le présenter, autant aller jusqu'au bout.) L'an dernier, donc, j'étais un peu dans le même cas s'agissant d'apprendre à conduire une voiture : ça va bientôt faire un an que j'aurai passé le permis B — j'ai l'impression que ça fait une éternité.

Je me disais justement l'autre jour que le fait d'avoir passé le permis m'a au moins fait progresser sur une chose, c'est ma connaissance de la géographie de l'Île-de-France. Parce que, avant, en bon Parisien-qui-n'a-même-pas-le-permis, mon savoir en la matière s'arrêtait très distinctement au boulevard périphérique : mon poussinet et moi passions nos week-ends à nous promener dans Paris et n'allions que très exceptionnellement nous aventurer dans les contrées barbares qui s'étendent au-delà du pomerium. Bon, comme j'ai grandi à Orsay, je savais quand même situer les communes de la vallée de Chevreuse, mais c'est à peu près tout. Maintenant que le poussinet s'est acheté une voiture et que nous sommes passés résolument dans le club des vilains pollueurs (enfin, le week-end), nos terrains de balade se sont beaucoup élargis et j'ai une idée nettement plus précise de comment s'agencent les communes et les routes de ma région natale.

Il y a un sentiment que j'aime beaucoup (et qui mériterait peut-être à figurer dans le le Dictionary of Obscure Sorrows), c'est le petit déclic mental qui se produit quand je réussis enfin à correctement situer géographiquement un endroit que je connais, par exemple un endroit où je suis souvent allé quand j'étais petit, ou encore quand je me rends compte que tel endroit que je connaissais est à côté de tel autre et que je ne m'en étais pas rendu compte (voir aussi la note #6 ci-dessous). C'est un déclic de clarté un peu semblable à celui que j'aime tellement quand j'ai la réponse à une énigme ou à un problème de maths qui me plaît. Or il y a quantité d'endroits en Île-de-France où je suis passé quand j'étais petit, des trajets que j'ai faits en voiture[#4] avec mes parents, peut-être même à de nombreuses reprises, et que je ne pouvais absolument pas situer, et c'est une grande satisfaction pour moi de pouvoir enfin les situer correctement sur une carte, ou d'aller mettre les pieds à un endroit que je n'avais vu qu'en passant en voiture[#5].

[#4] Quand on va d'Orsay à Paris en voiture, outre qu'il y a principalement deux trajets possibles (via la N118 pour atteindre le pont de Sèvres et l'ouest de Paris ou via la A10+A6 pour rejoindre le sud), il y a aussi toutes sortes d'endroits où il faut faire des choix, c'est-à-dire se placer sur la bonne voie, même si certains de ces choix sont sans importance (par exemple, il y a deux branches de la A6, la A6a et la A6b, mais il y a en fait toutes sortes de moyens de passer de l'une à l'autre). J'avais plus ou moins inconsciemment mémorisé ces choix, mais je comprends enfin maintenant où mènent les différentes branches possibles à chaque endroit, et aussi à quoi ressemblent les endroits que la voie rapide traverse. • TODO : écrire quelque chose sur l'interconnexion entre la A86 et la A6, qui n'est que partielle, et ce qu'il faut faire pour chaque combinaison possible entre une direction d'où on vient et une direction où on veut aller.

[#5] À titre d'exemple, je suis passé plein de fois à cet endroit en voiture avec mes parents (quand nous allions depuis Orsay rendre visite à des amis qui habitaient Sèvres) : à gauche, Bièvres et la vallée du même nom, à droite, la forêt de Verrières. Il y a trois semaines, le poussinet et moi sommes allés nous promener dans la forêt de Verrières, et j'ai pu regarder ce même endroit depuis un autre point de vue — c'était presque une épiphanie géographique.

À cet égard, je regrette, quand j'ai préparé le permis lui-même, de ne pas avoir fait plus attention aux endroits par où je passais pendant les leçons (j'aurais pu, par exemple, mettre mon téléphone en mode enregistrement GPS pour garder trace des trajets). Au début, nous allions le plus souvent au cimetière de Chevilly-Larue, j'ai pu reconstituer de mémoire les trajets aller et retour typiques[#6], et encore, avec quelques hésitations ; j'ai pu retrouver quelques autres endroits qui m'avaient marqué, par exemple ici où il faut penser à clignoter à gauche puisqu'on ne peut pas continuer tout droit (en fait, j'ai beaucoup circulé à l'Haÿ-les-Roses), mais il y a aussi plein d'autres endroits où je suis passé pendant mes leçons de conduite, dont j'ai gardé une mémoire visuelle mais que je ne sais plus replacer sur la carte.

[#6] Même sur ce tout petit trajet, j'ai eu l'occasion, en le reconstituant sur Google Maps, de faire une petite découverte géographique : l'endroit où le trajet aller et le trajet retour se croisent n'est pas, en fait, un vrai croisement, il y a un pont à Arcueil où nous passions au-dessus à l'aller et en-dessous au retour, et je n'avais pas du tout fait le lien entre ces « deux » endroits.

Quand je préparerai l'épreuve de circulation du permis moto (enfin, espérons que ça finisse par arriver !), j'essaierai de penser à enregistrer les trajets par GPS.

Pour revenir à la géographie francilienne, mon poussinet et moi avons entrepris de faire le tour des forêts, histoire de changer un peu des parcs et jardins plus aménagés :

Forêt de Fontainebleau (du côté de la Croix du Calvaire)
Forêt de Meudon
Forêt de Montmorency
Forêt de Compiègne (du côté du belvédère des Beaux Monts) (d'accord, techniquement, ce n'est pas en Île-de-France)
Forêt de Sénart
Domaine et forêt de Marly
Forêt de Saint-Germain-en-Laye
Forêt de Montmorency
Forêt de Rambouillet (du côté des étangs de Hollande)
Forêt des Fausses Reposes
Forêt de Verrières
Forêt de Meudon
Haute Vallée de Chevreuse (du côté de Port-Royal-des-Champs)
Forêt de Fontainebleau (du côté du Mont d'Ussy)
Haute Vallée de Chevreuse (abbaye des Vaux-de-Cernay)
Forêt de la Malmaison

Suite : Voir cette entrée ultérieure pour les visites de forêts ultérieures.

Comme je le disais dans cette entrée passée après avoir visité les forêts de Marly et Louveciennes, j'ai tendance à penser une forêt c'est une forêt, et en Île-de-France elles doivent toutes se ressembler (ou sinon, être aussi variées d'un point à l'autre de la même forêt qu'entre deux forêts de la région), mais en fait non, il y a vraiment des différences, même si je n'arrive pas bien à mettre le doigt dessus, dans les essences représentées (je suis complètement nul en botanique donc je ne saurai pas être plus précis), dans la densité d'arbres, dans le relief, dans le type de sol, etc. — j'aurais pu ajouter : dans le fait que la forêt soit exploitée ou non et dans les coupes qui y ont été faites (et qui jouent sur l'âge des arbres). La forêt de Fontainebleau ne ressemble vraiment pas aux autres dans ma liste ; à l'inverse, il faut admettre que les forêts de Meudon, des Fausses Reposes, de Verrières et de la Malmaison se ressemblent beaucoup, c'est normal, elles sont très proches géographiquement, mais même là il y a des différences ; ceci étant, je les confonds déjà un peu dans ma tête donc je ne pourrais pas faire un petit guide (ça doit aussi dépendre des endroits que nous avons visités, et, de façon cruciale, de la saison où nous sommes passés puisque évidemment on n'a pas la même impression d'une forêt en mai, en octobre ou en février).

Quant à l'abbaye des Vaux-de-Cernay, je mentionne qu'on peut y prendre le brunch dans la salle capitulaire : c'est cher, mais pour un bon repas dans le cadre exceptionnel, je trouve que ça vaut le coup. (Quelques photos ici sur Twitter.)

Sinon, dans un genre nettement moins bucolique que Cernay, la semaine dernière, le poussinet et moi sommes allés jeter un coup d'œil (de l'extérieur !) au poste de transformation électrique de Villejust, sans doute un des plus gros de France (voire d'Europe ?) : il s'agit d'un des postes de transformation de la boucle ceinturant Paris à 400kV (et soutenant une seconde ceinture à 225kV plus proche de la capitale) : si on a comme moi une certaine fascination pour l'électricité de puissance, c'est assez impressionnant à voir — que ce soient les rangées d'isolateurs dans le poste lui-même ou les alignements de câbles qui y conduisent. (Quelques photos ici sur Twitter.) C'est d'ailleurs facile de localiser ce poste sur une carte ou dans la réalité : chercher où convergent un nombre faramineux de lignes à haute tension !

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