David Madore's WebLog: Je suis épuisé

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(samedi)

Je suis épuisé

J'ai déjà dit plusieurs fois sur ce blog que je préférais éviter d'écrire des billets dont le seul contenu est essentiellement de dire je suis toujours vivant (et je n'ai rien d'autre à dire), mais comme cela fait vraiment longtemps que je n'ai rien écrit, je vais quand même faire une exception et signaler que je suis toujours vivant (et je n'ai pas décidé de mettre un terme à ce blog, ni quoi que ce soit de ce genre). J'ai juste été encore plus débordé que d'habitude et, en plus d'être débordé, particulièrement fatigué. C'est la raison principale pour laquelle je n'ai rien écrit ici, ni même répondu aux commentaires (dont certains sont pourtant très intéressants sur l'entrée précédente).

D'abord, il y a les ordinateurs, qui sont notoirement des monstres dévoreurs de temps : j'ai passé beaucoup de temps à faire des mises à jour et, plus après les mises à jour, à me battre contre les conséquences néfastes de celles-ci. Cela faisait un certain temps que j'accumulais de la dette technique dans l'administration de mes (trop nombreux) PC, dont certains étaient encore sous Debian GNU/Linux Jessie (aka actuellement oldstable), version carrément paléolithique, par manque de temps et de courage pour les mettre à jour vers la version Stretch (aka stable) qui est seulement mésolithique. Le problème avec cette dette technique est qu'elle a vite tendance à s'accumuler : la version 57 de Firefox était devenue essentiellement impossible à compiler sur cette version paléolithique de Debian, et c'est ce qui m'a décidé à finalement trouver le temps de migrer au moins mon PC principal à Debian 9 Stretch. La mise à jour elle-même a été longue et douloureuse, mais ce qui a surtout été long et douloureux, c'est de prendre conscience de tout ce qui a cassé d'une version à l'autre, trouver comment contourner les problèmes qui sont apparus, ou m'habituer à ce que je ne peux pas contourner. Mais je suis loin d'avoir repayé ma dette : je n'ai toujours pas trouvé le temps de m'occuper de mon Firefox, qui continue d'être coincé à la version 56 : je pourrais raconter pendant des pages (j'avais d'ailleurs commencé à le faire) à quel point je suis malheureux que Firefox ait décidé de complètement tout casser (en particulier, toutes les extensions) avec la version 57, et de se transformer en une sorte d'équivalent de Google Chrome, toujours est-il que je n'ai toujours pas trouvé le temps de m'occuper de ça, et ça m'embête parce que c'est maintenant une passoire au niveau sécurité. Et à côté de ça, il y a encore d'autres machines sur lesquelles je dois faire une mise à jour du même type, en fait une réinstallation complète, et je cherche toujours un moyen de préparer les choses un maximum à distance (il y a une machine à laquelle je n'ai pas commodément accès). Bref, je continue à crouler sous cette dette technique. Et je commence à en avoir franchement marre de la quantité de temps perdu avec toutes ces merdes.

Et là-dessus sont venus s'ajouter les deux petits cadeaux surprise du monde de l'informatique pour 2018 à savoir Meltdown et Spectre. Je ne vais pas parler du fond du problème : pour ça, je renvoie par exemple aux excellents articles d'Ars Technica, notamment ici (publié un peu avant la levée de l'embargo, donc sur informations incomplètes) et ici sur Meltdown et Spectre eux-mêmes, ici sur la réaction des différentes compagnies, ici sur l'impact des correctifs en termes de performances et ici sur d'autres problèmes liés à ces correctifs. Les pertes de performances ne sont pas franchement problématiques pour moi, mais j'ai effectivement croisé des bugs bizarres (BUG: unable to handle kernel paging request at 00007fe67e522000IP: [<ffffffff812ba451>] __rb_erase_color+0x21/0x270) depuis que j'ai un noyau censé corriger Meltdown. • Par ailleurs, je m'inquiète un peu pour la morale à plus long terme de l'histoire : c'est quelque chose de déjà bien connu en cryptographie à quel point il est difficile de faire des calculs sans fuiter de l'information par des canaux auxiliaires, mais les impératifs d'efficacité des ordinateurs semblent de plus en plus incompatibles avec la nécessité de ne pas avoir de telles fuites (l'exécution spéculative, le hyperthreading et les caches mémoire sont des concepts sur lesquels les mots fuite d'information semblent écrits en néon clignotant : on découvrira certainement plein d'autres vulnérabilités du même genre) ; je me demande même s'il ne faut pas passer à des modèles d'ordinateurs où on étiquetterait les régions de mémoire qui contiennent une information secrète (ou dépendant d'une quelconque manière d'une donnée secrète), ce qui invaliderait tout ce qui est cache ou exécution spéculative, et il faudrait apprendre à manipuler le plus possible des données complètement publiques ; je me demande aussi si le concept de machine virtuelle ne doit pas être complètement abandonné, parce qu'on n'arrivera jamais à se débarrasser de ce genre de fuites. • Mais bon, à part ça, à mon niveau personnel, ce qui me fait rager c'est aussi une bête question de timing : juste avant la levée de l'embargo sur ces trous, au moment où les rumeurs circulaient qu'il y avait un problème grave dans les processeurs Intel pour lequel Windows et Linux avaient fait passer des patchs correctifs aussi discrètement que possible, et même que ces patchs avaient été backportés à des versions stables de Linux, je me suis dit, du coup, je vais immédiatement mettre à jour mes noyaux, comme ça je gagnerai un peu de temps — que nenni, je ne sais pas où ces patchs avaient atterri, mais en tout cas pas dans les versions que j'ai compilées et installées alors que les rumeurs à leur sujet circulaient déjà partout sur Internet. Bref, encore du temps perdu dont je n'avais pas besoin.

Zut, j'ai de nouveau ranté sur les ordinateurs, ce qui est sans doute encore plus inintéressant que si j'avais juste écrit je suis toujours vivant. Mais ils ne sont pas ma seule cause de fatigue ou de manque de temps. Je continue à prendre des leçons de conduite, avec une impression pénible de tourner en rond, même s'il y a eu des progrès (très lents : j'en suis maintenant à 62 heures de conduite) et qu'il commence à devenir envisageable que je passe le permis dans pas trop longtemps. J'ai aussi un peu l'impression de me noyer sous le poids de mes enseignements et d'un emploi du temps passablement merdique. (En tout cas, je consomme des recharges pour feutres à une vitesse hallucinante, et je me suis fait une petite tendinite au bras droit en écrivant au tableau blanc.) Et je passe beaucoup de temps au lit parce que je ne dors pas très bien.

Le truc avec le temps c'est qu'il se fragmente mal : on peut facilement se retrouver avec plein de petits bouts de temps libre, mais ces petits bouts sont inutilisables parce que chacun est trop court pour faire quelque chose de productif (si je veux réfléchis sereinement à un problème de maths, il me faut une journée calme, même si je ne vais pas passer toute la journée concentré : je déteste commencer à penser à une chose et devoir m'interrompre pour passer à une autre ; pour rédiger quelque chose, et même pour répondre à un mail non complètement évident, il me faut aussi une plage assez longue). Bref, je me retrouve à la fois à être débordé et à m'ennuyer, comme je me retrouve à la fois à faire de l'insomnie et à dormir trop, et tout ça est pénible.

Il est aussi probable que la météo inlassablement pourrie, qui fait se succéder jour après jour de pluie ponctuée par les tempêtes Carmen, Eleanor et David (dans cet ordre, si j'ai bien suivi — ça a l'air embrouillé) n'aide pas franchement à me donner de l'énergie. Peut-être que je manque de vitamine D.

Toujours est-il que je promets d'œuvrer à un retour à la normale de ce blog quand j'aurai moins l'impression d'être fatigué. En attendant, je profite du fait que j'écris ceci pour faire un lien vers cette sorte de blog, A piece of a larger me, tenu de façon originale sur GitHub, qu'une connaissance (qui souhaite rester anonyme), a lancé, et qui contient le genre de réflexions un peu longues qui pourraient intéresser les gens qui me lisent. (C'est en français, malgré le titre.)

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