David Madore's WebLog: Le chinois comme expérience mnémurgique, et autres divagations sur les langues

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(vendredi)

Le chinois comme expérience mnémurgique, et autres divagations sur les langues

Je ne trouve pas de mot français signifiant relatif à la mémoire (comme capacité psychique), à la capacité et au travail de mémorisation : tous ceux auxquels je pense (mnémonique, mémoriel, anamnestique, etc.) ont un sens extrêmement spécialisé ; alors j'en invente un — en cherchant à créer un hapax chez Google pour éviter tout ce qui aurait déjà été pollué par des crackpots en tous genres. Je vous invite cordialement à réutiliser ce mot dans la conversation de tous les jours et à regarder votre interlocuteur comme un inculte s'il ne sait pas ce que signifie mnémurgique.

J'ai récemment fait l'acquisition et commencé l'étude de l'Assimil de chinois. Pour autant, j'hésite à ranger cette entrée dans la catégorie langues et linguistique de ce blog, parce que mon but n'est vraiment pas d'apprendre le (ni même, un peu de) chinois, et il est quasi certain que mon expérience ne durera que très peu de temps : en fait, le chinois en tant que tel ne m'intéresse que très peu, ce qui m'intéresse, c'est de m'en servir pour comprendre comment fonctionne ma mémoire. Généralement, quand j'entreprends l'étude d'une langue, et même si je ne vais jamais loin faute de patience, ce qui me motive est une combinaison entre la curiosité de connaître les principes généraux de cette langue, l'intérêt pour sa phonétique ou sa grammaire, un certain attrait pour la culture de ceux qui la parlent, ou une volonté de m'ouvrir l'esprit au sens sapirwhorfien. Mais la langue chinoise, pour ce qui me concerne à présent, est essentiellement juste un gigantesque corpus de correspondances syllabe ↔ idée ↔ dessin, complètement dénué de logique, et surtout, dont je ne connaissais rien a priori. J'aurais pu demander à un ordinateur de tirer au hasard de telles correspondances, mais tant qu'à faire, autant m'exercer sur celles que des centaines de millions de personnes ont apprises : d'autant qu'elles ont l'avantage d'être dûment documentées et répertoriées, les dessins d'être largement disponibles sur ordinateur, et les sons d'être disponibles sous forme pré-enregistrée dans ce qui fait l'intérêt de la méthode Assimil.

L'expérience mnémurgique est double. (1) D'abord savoir si j'arrive à retenir les tons, sachant que j'ai une bonne oreille phonétique mais que je n'ai jamais vraiment entrepris d'apprendre une langue tonale. (J'ai fait un petit peu de suédois et de grec ancien, mais je pense qu'il faut distinguer une langue ayant des accents tonaux, comme les deux que je viens de citer, et une langue véritablement tonale, même si comme d'habitude en linguistique les distinctions sont un peu floues ; toujours est-il que l'effort de mémoire ne me semble pas du tout comparable.) (2) Ensuite, savoir si j'arrive à apprendre à reconnaître quelques idéogrammes[#]. Là aussi, je n'ai jamais vraiment entrepris d'apprendre un système d'écriture idéographique : j'ai fait un tout petit peu de japonais, mais je m'en suis tenu aux syllabaires, et j'ai déjà eu assez de mal avec ; et j'ai appris une quantité encore plus infinitésimale d'égyptien hiéroglyphique, dans lequel à peu près tout ce que je sais dire/écrire, c'est 𓏇𓇋𓅱𓃠𓅓𓉐𓏤le chat est dans la maison — et à part le dessin du chat, ce n'est pas terriblement idéographique, c'est même vaguement alphabétique.

Le (2) m'intéresse moins parce que je suis presque sûr que la réponse est non, ou alors au prix d'efforts bien au-delà de ce que je suis prêt à consentir. Le problème est que j'ai une mémoire visuelle incroyablement nulle. En fait, j'ai une capacité d'observation incroyablement nulle. (Quite so, [Holmes] answered, lighting a cigarette, and throwing himself down into an armchair. You see, but you do not observe. The distinction is clear.) Par exemple, il m'est arrivé plus d'une fois qu'on me demande si quelqu'un que je connais très bien et que je vois presque tous les jours porte des lunettes, et je me rends compte avec horreur que je n'en ai aucune idée. Il est probable que ce ne soit pas exactement la même capacité qui soit en jeu, mais c'est certainement mauvais signe. D'ailleurs, l'autre jour, j'ai passé très longtemps à regarder les deux glyphes

et

(ils font partie des 200 caractères chinois les plus fréquents ; je vais supposer que tout le monde a des polices installées permettant de les voir), en cherchant quelle pouvait bien être la différence. J'ai même recopié les dessins à la main, et je n'arrivais toujours pas à voir la différence dans ce que j'avais moi-même dessiné ! Pourtant, l'ordinateur me disait qu'il y en avait une, ne serait-ce que dans les numéros Unicode U+548C et U+77E5. Ce n'est même pas un problème de ne pas comprendre : il m'est arrivé aussi de regarder pendant longtemps deux phrases en français, deux énoncés mathématiques, ou deux lignes de code légèrement différents et de chercher en vain la différence. (Combien souvent il m'est arrivé de lire un livre de maths qui explique on a le théorème <…> ; en revanche, on se gardera bien de croire que <…>, qui est faux comme on s'en convainc facilement et de passer un temps fou à chercher la différence entre les deux affirmations.) Je pourrais dire, encore un effet de la lecture en diagonale, mais j'étais complètement nul au jeu des sept erreurs déjà quand j'étais petit. En revanche, je ne suis pas dyslexique, et je ne sais pas comment cela se fait quand je mets ça en regard de cette difficulté que je décris à observer les choses. Bien sûr, une fois que je remarque la différence, par exemple entre les deux idéogrammes ci-dessus, elle me semble tellement énorme que je ne comprends pas comment j'ai pu la rater (et comment j'ai réussi à reproduire les deux sans remarquer que je ne dessinais pas la même chose).

Outre ma capacité d'observation nullissime, ma patience est aussi assez limitée pour apprendre des arrangements essentiellement aléatoires de lignes : je n'ai aucune envie d'apprendre à les tracer moi-même, ce qui est peut-être indispensable à leur mémorisation, et j'ai consulté des sites d'étymologie graphique du chinois (genre celui-ci) en espérant que ça aide à retenir les zigouigouis, mais c'est complètement décevant, j'ai beau avoir toutes les informations que je veux sur le nombre de traits, la « clé », la décomposition graphique, l'origine, etc., ça reste des zigouigouis informes pour mon cerveau. J'aurais peut-être plus de facilité à retenir les numéros Unicode, en fait. Mais bon, je vais essayer de persévérer un petit peu plus longtemps avant d'abandonner complètement le (2).

[#] Je profite du passage qui précède pour rappeler que je refuse d'utiliser le mot ridicule de sinogramme pour désigner les caractères chinois — que certains préfèrent à idéogramme parce que ces gens ont une idée extrêmement limitée de ce qu'est, justement, une idée. ☺ J'accepterai de parler de sinogrammes quand le terme d'égyptogrammes sera devenu le terme le plus courant pour parler des hiéroglyphes égyptiens (et qu'on dira aux enfants en CP qu'on va leur apprendre les romaikogrammes roméogrammes).

Bon, mais le (1), c'est-à-dire la question de la mémorisation des tons, m'intéresse plus. J'ai remarqué que quand on est confronté à un phénomène phonétique, il y a trois étapes de difficultés croissante : (a) arriver à (re)produire le phénomène, (b) arriver à l'entendre, et (c) arriver à lui créer une case mnémurgique dans le cerveau.

(a) Prononcer des sons précis n'est, à mon avis, pas très difficile : il y a bien longtemps, j'ai pris le manuel de l'alphabet phonétique international, j'ai regardé tous les signes qui y figurent, et je me suis convaincu qu'il n'y avait pas de difficulté fondamentale à prononcer la grande majorité d'entre eux (je ne dis pas que je sache tout faire : je n'ai jamais compris comment opposer une pharyngale et une épiglottale, par exemple, et j'avoue que quand je regarde la phonologie de la langue xhosa[#2], j'ai très peur ; mais globalement, si on me dit de prononcer une affriquée alvéolo-palatale sourde aspirée et labialisée, par exemple, je sais faire). Il peut y avoir difficulté à articuler successivement plusieurs sons qu'on sait réaliser isolément, mais dans l'ensemble, ce n'est pas la prononciation qui est problématique.

[#2] Le xhosa n'est peut-être pas le pire. Ici il est question d'un clic palatal selon une nasale pulmoniquement ingressive sourde à aspiration retardée ou d'un clic dental selon une plosive uvulaire prénasalisée suivie de frottement vélaire, ce qui ressemble plus à un phonétigasme de linguiste qu'à quelque chose de véritablement prononçable par l'anatomie humaine, donc je pense que ces gens doivent être surhumains. J'aime aussi beaucoup la phrase : Taa may have as few as 83 click sounds, if the more complex clicks are analyzed as clusters. (Remarquez qu'à côté de ça, ils n'ont pas le son [b]. Trop compliqué, sans doute.) La langue oubykh n'est pas mal non plus, même si pour le coup c'est plutôt le fait qu'on arrive à distinguer tant de consonnes, donc le (b) ci-dessous, que leur réalisation elle-même, qui m'impressionne.

(b) Entendre, i.e., distinguer, des phénomènes phonétiques dont on n'a pas l'habitude, est déjà plus délicat. Par exemple, il y a quelques années, j'ai décidé de commencer à distinguer les sons /ɛ̃/ (la voyelle de brin) et /œ̃/ (la voyelle de brun) en français, alors que mon accent « maternel » les confond. Prononcer la différence ne me posait aucune difficulté (prononcer les mots père et peur, mémoriser la différence de position des lèvres, et reproduire celle-ci après nasalisation) : mais je n'entendais aucune différence dans ce que je prononçais. Mais à force de m'obliger à faire systématiquement la distinction, j'ai fini par l'entendre, ce qui était le but de l'exercice. Depuis, je me suis efforcé d'entendre toutes sortes d'autres différences phonétiques (et non nécessairement phonémiques), par exemple la position précise des voyelles des gens qui parlent anglais : l'exercice présente des risques, à la manière dont Knuth racontait que depuis qu'il s'était mis à composer des polices de caractères il ne pouvait plus commander dans un restaurant parce qu'il était trop occupé à regarder les polices du menu : je me retrouve parfois à ne pas écouter ce que les gens disent parce que je fais trop attention à comment ils le disent ; mais tout ça pour dire que ce n'est pas très difficile avec de l'entraînement.

Et notamment, il est faux qu'on ne peut entendre correctement que des différences qui existent dans sa langue maternelle : je n'ai jamais eu de mal à distinguer une sourde d'une sourde aspirée, par exemple, alors qu'avant le chinois je n'avais jamais appris un seul mot d'une langue qui les contraste (l'anglais n'a pas la même consonne ‘p’ dans pin et dans spin, la première est légèrement aspirée et la seconde ne l'est pas, mais cette distinction n'est pas contrastive, elle est mécaniquement due à la présence du ‘s’). Mais dans l'autre sens, j'ai la plus grande difficulté à entendre la différence entre une occlusive vélaire et une occlusive uvulaire (le ‘k’ et le ‘q’ de l'arabe standard), même si je sais les prononcer : si je m'amuse à parler en français en remplaçant toutes les occlusives vélaires par des uvulaires, j'entends bien que ça donne un accent bizarre, mais sur un son isolé, j'entends à peine la différence.

Il est certain aussi qu'on peut apprendre à reproduire des phénomènes phonétiques sans en avoir conscience. J'ai appris l'allemand à l'école, par exemple, et je n'ai pas eu tant que ça l'occasion d'écouter des locuteurs natifs parler. Pourtant, quand on m'a fait remarquer que la terminaison -er (par exemple dans un mot comme Berliner) est une voyelle en allemand (un schwa ouvert [ɐ] ; en fait, le ‘r’ allemand standard se vocalise dans plus ou moins les mêmes conditions que le ‘r’ des accents anglais non rhotiques, mais sur un schwa plus ouvert), j'ai été surpris de découvrir que c'était effectivement comme ça que je le prononçais alors que personne ne m'avait jamais dit qu'il fallait faire comme ça. Pour autant, je suppose qu'il est plus efficace, quand on s'adresse à quelqu'un qui connaît la terminologie générale de la phonétique, de lui donner les règles, au moins les plus importantes, au lieu de le laisser patauger à les découvrir lui-même : mais c'est une question non évidente dans l'apprentissage des langues (entre donner des règles potentiellement complexes ou laisser le cerveau les découvrir « naturellement », il faut trouver un équilibre).

Bon, mais même si on arrive à réaliser et à entendre une différence, il reste un troisième point non évident : (c) la mémoriser. Le fait est que la mémoire filtre tout ce qui semble sans importance dans un énoncé : si quelqu'un me dit quelque chose aujourd'hui, je retiendrai le sens général plus facilement et plus longtemps que les mots précis, et je retiendrai les mots précis plus facilement et plus longtemps que les détails phonétiques même si je suis capable de les entendre. (De même, si je lis un texte écrit, je vais retenir les idées plus facilement que les mots précis, et les mots précis plus facilement que les détails de la police de caractères ou de la position de chaque mot sur la ligne de texte, même si je suis capable d'observer ces détails au moment de la lecture.) Or pour apprendre une langue, il faut convaincre les circuits mnémurgiques du cerveau de conserver les informations pertinentes pour cette langue, et ça, ce n'est pas du tout facile, et je cherche encore les techniques pour y arriver efficacement.

Par exemple, j'ai parlé du ʿayn dans une entrée passée : quand j'ai appris un peu d'arabe, je n'avais aucune difficulté à prononcer ce son, ou à l'entendre dans un mot donné, mais si j'essayais de mémoriser un mot contenant un ʿayn, une fois sur deux, ma mémoire me le ressortait plus tard avec un ʿayn remplacé par un ‘r’. Pourtant, ces sons ne se ressemblent pas, pas même vaguement : mais ce qui se passe est que le ʿayn arabe ressemble vaguement au ‘r’ français, le ‘r’ arabe est transcrit par la même lettre que le ‘r’ français, et donc mon cerveau avait tendance à classifier le ʿayn comme une variante du ‘r’ et à confondre les deux.

Je reviens au chinois. Si on met les tons de côté, la phonologie du chinois standard est plutôt simple, au moins du point de vue de celui qui cherche à apprendre la langue, parce que le nombre de phonèmes est plutôt réduit, ils sont assez faciles à articuler et assez différents à l'oreille (à part des cas comme ri contre re — dans la transcription pīnyīn —, c'est-à-dire quelque chose comme /ɻ̩/ ou /ɻɨ/ contre /ɻɤ/ en alphabet phonétique, ou peut-être ji /t͡ɕi/ contre qi /t͡ɕʰi/ parce que la palatalisation rend l'aspiration moins audible). Même l'ensemble des combinaisons possibles pour former une syllabe est réduit, quelque part entre 404 et 412 selon ce qu'on compte exactement. (Du point de vue du linguiste, il y a des questions potentiellement délicates — peut-être intéressantes, mais peut-être aussi simplement oiseuses — sur la façon la plus économique ou pertinente d'analyser la combinatoire des syllabes chinoises : par exemple, se demander si les syllabes transcrites si et xi en pīnyīn finissent par le même phonème, ou de même combien parmi celles transcrites le, lie, luo et lüe. Mais celui qui apprend la langue se moque bien de savoir si deux sons qui lui paraissent de toute façon différents sont différents parce que ce sont des allophones d'un même phonème ou parce que ce sont des phonèmes différents ; et je ne suis pas persuadé que la question ait un sens plus profond qu'une simple convention sur la description la plus agréable.)

Les tons sont, il me semble, faciles à produire, et pas trop difficiles à entendre. (Au moins si on nous donne cette information cruciale que le 3e ton est prononcé comme le 2e ton lorsqu'il est suivi d'un autre 3e ton, et grave lorsqu'il est suivi d'un ton différent : ce que l'Assimil ne disait pas, et franchement, s'attendre que les gens l'infèrent par eux-mêmes en écoutant les enregistrements, je trouve ça un peu coton[#3]. Après, je vois que des thèses entières ont été consacrées à la question de comment expliquer le 3e ton aux étrangers qui apprennent le chinois.)

[#3] D'ailleurs, je me demande bien comment le cerveau des petits enfants qui apprennent une langue fait pour découvrir les motifs de ce genre, ou plus compliqués, parfois complètement cinglés, que les langues vivantes semblent avoir le don pour s'inventer : je disais plus haut que j'avais appris sans m'en rendre compte la manière dont le ‘r’ allemand se vocalise, mais ça a l'air plutôt simple même par rapport aux règles, sur, disons, la fermeture de la première composante des diphtongues /aɪ/ et /aʊ/, que je n'ai pas acquise (ou alors, si je l'avais acquise, que j'ai perdue avant d'apprendre à la remarquer).

Un signe qu'on peut être tout à fait sensible à l'intonation même dans une langue non tonale m'a frappé dans le RER B à la station Orsay-Ville : la voix automatique qui lit les noms des stations prononce Orsay. Ville. : le son est parfait (je suppose que c'est un enregistrement, pas une voix de synthèse), mais l'intonation, descendante sur chaque partie, est complètement bizarre, comme si elle prononçait deux phrases d'un seul mot, au lieu de lire le nom composé Orsay-Ville. (Bon, il y a peut-être aussi une pause excessive entre les deux mots qui renforce cette impression, mais ce n'est certainement pas tout.)

Mais même si j'arrive à entendre correctement les tons du chinois (ce qui semble être à peu près le cas), la difficulté, et l'intérêt de l'expérience, est la partie (c) : savoir si je vais convaincre mon cerveau de les mémoriser, et de les mémoriser avec la syllabe, comme partie intégrante de l'unité lexicale, et pas comme une donnée auxiliaire à la manière de l'intonation.

Cela n'aide pas que le système de transcription choisi (le pīnyīn) utilise des diacritiques pour représenter les tons : du coup, ceux-ci sont considérés comme plus ou moins optionnels par ceux qui recopient ces transcriptions. Quand on n'utilise pas le nom francisé Pékin (qui est irréprochable parce que c'est un mot français, du coup, à la manière de Londres, Munich, Florence ou Moscou), la capitale chinoise est appelée Beijing parce que les gens ont la flemme d'écrire Běijīng — c'est catastrophique pour les gens qui veulent apprendre le chinois, parce que soit cela les encourage à ne pas mémoriser les tons comme quelque chose d'absolument indispensable, soit cela les oblige à faire semblant de ne pas avoir la moindre idée de comment s'appelle en chinois la capitale chinoise. Mais bon, j'ai déjà râlé sur le fait qu'une bonne translitération doit avec des propriétés d'inversibilité, et je pourrais pester des heures sur les gens qui transcrivent l'arabe en enlevant les ʿayn et ʾalif et les diacritiques qui indiquent les consonnes « emphatiques » (pharyngalisées), ou encore les gens qui transcrivent le russe n'importe comment (il faut dire que le seul mécanisme correct de transcription du russe, ISO 9, n'est quasiment pas utilisé). Il aurait été tellement préférable qu'on eût choisi de transcrire les tons du chinois par des vraies lettres, si bien que personne n'aurait eu l'idée saugrenue de les ignorer : par exemple, si je devais reconcevoir le système, je noterais zy, cy et sy ce qui est noté j, q et x respectivement en pīnyīn, ce qui serait plus logique et libérerait du même coup les trois lettres en question pour coder les tons sans avoir à faire appel à des diacritiques (et peut-être que la capitalie chinoise aurait un nom plus difficilement lisible, comme Beixzyingj, mais ce ne serait pas pire que l'irlandais en matière de lettres bizarres).

En tout cas, pour l'instant, ma conclusion sur (1) les tons est à peu près aussi négative que sur (2) les idéogrammes : je retiens à peu près les tons des mots que j'apprends mais je ne les retiens pas dans la même unité mnémurgique que les sons eux-mêmes (i.e., si je cherche à retrouver un mot, j'ai d'abord une prononciation-sans-tons qui me vient à l'esprit, puis, en faisant plus d'efforts, donc en cherchant apparemment dans une région différente de mon cerveau, des tons qui viennent s'y ajouter), c'est donc un échec pour l'instant, mais je suis curieux de savoir si cela va évoluer avant que ma patience à passer une heure par jour à faire du chinois ne s'épuise (i.e., vite). Car bien sûr, tout ça est une question d'efforts consentis : je suppose qu'on finit par y arriver, la vraie question est de savoir ce que ça coûte (le mythe selon lequel les adultes apprennent moins bien les langues que les petits enfants parce que leur cerveau est moins flexible a été pas mal démonté : le problème est surtout que les adultes ont moins de temps à consacrer et n'ont personne pour les corriger quand ils parlent mal).

Mais je suis étonné que peu de gens abordent la question. Il y a toutes sortes de pages en ligne qui discutent de moyens mnémotechniques pour le chinois, et notamment pour les tons (voir par exemple cette discussion), mais d'une part beaucoup s'adressent à des gens qui ont plutôt une mémoire visuelle (par exemple, colorier les idéogrammes selon leur ton), et d'autre part, comme je l'explique ci-dessus, je trouve que c'est une question différente de (i) simplement mémoriser les tons que de (ii) forcer le cerveau à les mémoriser exactement au même emplacement que la syllabe elle-même : si mon but était d'apprendre le chinois, ce qui n'est pas le cas, les moyens mnémotechniques pour mémoriser les tons séparément de la syllabe pourraient m'intéresser, mais je ne cherche pas à apprendre le chinois, je cherche à savoir si (ii) est atteignable et comment (et à la limite, si je me rends compte qu'il est atteignable, ou si je me rends compte qu'il ne l'est pas, je peux arrêter le chinois, parce que c'était simplement ça le but recherché). Maintenant, il est aussi possible que (ii) vienne naturellement si on réalise (i) ; toujours est-il que la réponse ne semble pas se trouver en ligne. (Bizarrement, plus de gens sont intéressés à apprendre le chinois pour apprendre le chinois que pour comprendre le fonctionnement du cerveau humain. Comme c'est étrange.)

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