David Madore's WebLog: Miranda and Caliban de Jacqueline Carey

Index of all entries / Index de toutes les entréesXML (RSS 1.0) • Recent comments / Commentaires récents

Entry #2463 [older|newer] / Entrée #2463 [précédente|suivante]:

(vendredi)

Miranda and Caliban de Jacqueline Carey

Comme le titre le laisse comprendre, Miranda and Caliban imagine l'histoire des deux personnages ainsi nommés dans La Tempête de Shakespeare. Le roman de Jacqueline Carey imagine les événements se déroulant à partir d'environ neuf ans avant la pièce et jusqu'à la fin de cette dernière : mais ce qui intéresse l'auteure, ce sont les relations entre les quatre personnages qui se trouvent sur l'île : Miranda et Caliban, bien sûr, mais aussi Prospero et Ariel. (Pour ceux qui n'ont pas lu ou vu la pièce — ce n'est pas nécessaire pour lire le roman — mais pour que ce je raconte soit compréhensible : Prospero est un puissant magicien échoué sur une île déserte avec sa fille Miranda ; Caliban est le fils d'une sorcière précédemment exilée au même endroit et maintenant morte, nommée Sycorax, que Prospero recueille et dont il fait son servant ; et Ariel est un esprit que Prospero libère d'un sortilège de Sycorax, et qui devient aussi son serviteur.)

Il s'agit donc du récit de la manière dont Miranda et Caliban grandissent et se construisent l'un par rapport à l'autre dans ces conditions assez particulières, sous l'égide d'un magicien autoritaire et obsédé par son plan de vengeance, et en compagnie d'un esprit volatil et facétieux. J'ai trouvé l'idée très intéressante, et le résultat est réussi, du moins en ce qui concerne les deux personnages éponymes. Précisons que des changements ont été faits par rapport à l'œuvre de Shakespeare (ou, lorsqu'elle n'est pas claire, elle a été interprétée, parfois de la façon qui n'est pas la plus évidente) : notamment, Caliban est tout à fait humain, au sens propre comme au sens figuré, ce qui n'est pas le cas, ou en tout cas pas clairement le cas, dans la pièce. Il n'est ni grossier ni brutal ni stupide. Mais le personnage de Caliban a toute une histoire d'interprétations et de réinterprétations (classiquement comme un esclave révolté, et jusqu'à un monstre invisible et destructeur dans le classique de la SF hollywoodienne, La Planète interdite, que je recommande de nouveau au passage) : la vision de Jacqueline Carey m'en a en tout cas semblé à la fois fructueuse et attachante. Miranda comme Caliban sont à la fois intelligents et imparfaits, et on les voit évoluer avec l'âge : tout ça est très bien mené.

Ce que j'ai trouvé beaucoup moins réussi, c'est le personnage de Prospero. Autant Miranda et Caliban gagnent en profondeur par rapport à ce qu'on voit dans la pièce (du moins dans le souvenir que j'en ai, qui est plutôt lointain), autant Prospero en perd. Même si ce n'est pas le personnage le plus important du roman, je le regrette parce que, chez Shakespeare, il a une grande complexité. Jacqueline Carey lui donne une morale étroite qui m'évoque plutôt celle d'un lord anglais de l'ère victorienne que d'un magicien italien de la Renaissance. En plus de ça, elle diminue la portée de ses choix finaux que sont le pardon (il ne pardonne pas à Caliban, alors que dans la pièce je comprends que si) et son renoncement aux arts occultes (il en croit la promesse nécessaire à l'acte de magie lui-même, donc ce n'est pas un acte pleinement volontaire) : comme ces choix donnent vraiment sa dimension au personnage chez Shakespeare, il s'en trouve d'autant amoindri dans le roman. Je trouve ça vraiment dommage. D'autant plus que ce n'était pas vraiment nécessaire : Prospero aurait pu jouer essentiellement le même rôle avec des motivations un peu différentes (Carey a très bien compris combien le malentendu ou le manque de communication peuvent se transformer en adversaires).

Pour ce qui est d'Ariel, on sent bien qu'il est assez complexe et changeant (après, le mot mercurial est répété jusqu'à l'user, ce qui est un chouïa maladroit, mais bon, ce n'est pas grave), et qu'il ne se comprend pas toujours lui-même, ce qui est en effet subtil. On peut juste regretter un peu qu'on ne nous en parle pas plus, mais c'est un choix qui se défend.

Dans l'ensemble, je recommande tout à fait, avec pour seuls bémols le traitement de Prospero comme je l'ai expliqué ci-dessus, et le déroulement de la fin qui m'a semblé un peu bâclée.

↑Entry #2463 [older|newer] / ↑Entrée #2463 [précédente|suivante]

Recent entries / Entrées récentesIndex of all entries / Index de toutes les entrées