David Madore's WebLog: 2006-01

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in January 2006 / Entrées publiées en janvier 2006:

(dimanche)

Munich

Je suis allé voir le dernier Spielberg hier soir. J'en ressors avec une impression partagée. <Attention, quelques spoilers dans ce qui suit — même si je pense qu'ils ne devraient vraiment pas gâcher le film.> L'histoire, adaptée d'un livre de l'auteur canadien George Jonas, prend pour point de départ l'attentat de 1972-09-05, lors des jeux olympiques de Munich, du groupe Septembre noir contre la délégation olympique israélienne, puis la riposte israélienne décidée par le premier ministre Golda Meir qui ordonne au Mossad d'éliminer de hauts responsables palestiniens identifiés comme plus ou moins impliqués dans l'attentat. Le film, donc, qui est inspiré de faits réels mais non fidèlement historique, suit un groupe d'agents chargés de ces exécutions en Europe (notamment à Rome, à Paris, à Chypre, à Athènes…) et les montre partagés entre le souhait de venger Munich et le doute sur la moralité de ce qu'ils sont en train de faire.

Un sujet pareil ne pouvait pas manquer de provoquer une polémique. À ce que je comprends, on attaque Spielberg essentiellement sur deux plans : d'une part les différences entre sa fiction et la réalité, et d'autre part le point de vue qu'il cherche à donner. Pour ce qui est du premier reproche, qui vient notamment du Mossad lui-même, il y a des choses rendues nécessaires pour l'économie du film (par exemple l'idée d'attribuer toutes les opérations à une seule équipe d'agents) ou encore inventées pour des raisons artistiques (les pittoresques personnages français nommés Louis et Papa), et puis il y a ce qui a trait au point de vue, justement (les doutes des agents). Je trouve du reste que le Mossad a un sacré culot de reprocher les inexactitudes historiques : quand on est un service secret[#], par définition, ce qu'on fait n'est pas bien connu du public, et on ne doit pas s'étonner que les choses soient présentées de façon plus ou moins romancées ; je dirais même qu'ils méritaient de s'en prendre beaucoup plus dans la gueule, là, parce qu'on ne peut pas à la fois vouloir dire je nie tout et revendiquer l'opération comme un coup de pub.

Pour ce qui est du message du film, bien malin celui qui pourra dire ce qu'il est. Spielberg ne s'intéresse pas vraiment aux événements de Munich eux-mêmes (la police allemande qui était totalement incompétente, ou Israël qui a d'emblée refusé toute négociation, mettant ainsi les preneurs d'otage dans une impasse). Certainement il se veut pour la paix et contre la violence (y compris la violence en réponse à la violence), mais sa façon de le montrer se noie à la frontière entre le film engagé et le film d'art, et toujours il semble hésiter entre juger et ne pas juger — si bien qu'au final il mécontente les parties opposées.

Il présente l'opération de riposte comme une initiative personnelle de Golda Meir, contre l'avis général de son cabinet : par exemple, quelqu'un fait remarquer au premier ministre qu'on (Israël) a fait soixante morts en bombardant des camps d'entraînement de terroristes en Syrie et au Liban, ce qui est bien plus que le nombre d'athlètes tués, et elle répond froidement que ces soixante morts, personne n'en entend parler et qu'elle veut lire dans Le Monde que tel responsable palestinien a été tué à Paris (un coup de pub plus qu'une opération de justice, donc ?). Il lui fait aussi prononcer cette phrase terrible au sujet de la raison d'État : Every civilization finds it necessary to negotiate compromises with its own values. (Dans la réalité, Golda Meir a toujours présenté, au moins dans ses discours devant la Knesset, la revanche comme une obligation morale conséquence inévitable des attentats.) Mais il (Spielberg) ne remet jamais vraiment en question le premier ministre, qui reste d'ailleurs un personnage très secondaire (apparaissant seulement quelques minutes au début).

Le metteur en scène semble aller plutôt avec (certains de) ses héros qui se demandent si la violence est une bonne solution, qui ont peur de savoir où la loi du talion entraînera les uns et les autres, et qui ont des doutes sur la culpabilité de ceux qu'ils « exécutent » : ils soulignent que, contrairement à Eichmann, ces gens-là n'ont eu droit à aucun procès et à aucune défense, et d'ailleurs qu'Israël est censé avoir cessé d'utiliser la peine de mort (après l'exécution d'Eichmann, justement). En même temps, plusieurs des Palestiniens présentés sont dépeints comme des personnages sympathiques, amènes (il y a notamment cette scène assez terrible où un des agents israéliens, dans un hôtel à Chypre, tient une conversation tout à fait courtoise avec l'homme qu'il va faire exploser quelques minutes plus tard) : mais on ne leur donne jamais la parole, et le seul qui s'exprime au nom de la cause palestinienne (un jeune membre de l'OLP rencontré par hasard à Athènes) n'apparaît pas sous un jour très favorable — il est visiblement embrigadé et borné tandis que l'israélien en face de lui a des doutes et des remords. Ceux (comme la mère du héros) qui affirment, au contraire, qu'Israël (et son droit à exister) doit être défendu au prix de n'importe quel sacrifice, ressortent bien mieux.

On aurait voulu mécontenter tout le monde, on n'aurait pas mieux réussi que ça… Même pour quelqu'un comme moi, qui regarde le conflit israélo-palestinien avec un détachement lointain (parfois proche du cynisme), le sentiment résultant est trouble : je suis certainement d'accord avec l'idée que la violence en réponse à la violence ne peut que conduire à une escalade terrifiante, mais la présentation est, au mieux, maladroite.

À côté de ça, le soin dans la réalisation est admirable : Spielberg porte une attention vraiment remarquable aux détails. Il avait tourné, vers la mi-septembre, une petite scène (je n'ai même pas réussi à identifier laquelle) en bas de la rue Mouffetard (autour de Saint-Médard), et, rien que pour ça, il a obtenu de faire boucler le quartier pendant une journée, et il a monopolisé la rue Claude Bernard pour le stationnement de ses véhicules des années '70 (je croyais avoir raconté ça quelque part dans mon blog, mais apparemment pas). Mais c'est aussi ce qui incite parfois à se demander où il veut en venir : dans les derniers plans, on nous montre Manhattan vu depuis la côte de Brooklyn, et à la fin la caméra tourne un peu et découvre le World Trade Center (qui, en '73, venait d'être construit) — eh bien certainement il y a un message dans le fait que Spielberg prenne le soin de souligner la présence de ces deux tours (incrustées numériquement sur l'image, évidemment), mais on se demande un peu…

[#] Mais j'admets que cette attitude de ma part est liée à ma répugnance personnelle toute particulière pour tout ce qui est secret, et qui me fait considérer que tout argent envoyé à un service secret sera forcément mal dépensé parce qu'il n'existe aucune façon de leur demander des comptes devant une société démocratique. D'ailleurs, le film fait un petit clin d'œil à cette notion en présentant un fonctionnaire qui demande des reçus aux agents pour couvrir leurs dépenses — alors que les fonds sont envoyés anonymement dans une banque suisse.

(samedi)

De retour de Normandie

Me voilà de retour de Caen (enfin, hier, bien sûr : je n'ai pas passé une nuit sur place — mais en rentrant j'étais trop fatigué pour écrire). Mon exposé (cf. transparents ici, dont je suis plutôt content) s'est bien passé : j'ai eu l'impression d'être peu clair au début mais je crois m'être assez bien rattrapé, et j'ai eu droit à des questions pertinentes, et une discussion intéressante sur la résolution des singularités. Le laboratoire de mathématiques a l'air d'avoir une bonne ambiance, et j'y connais plusieurs personnes même hors de l'équipe de théorie des nombres (comme Patrick Dehornoy, avec qui je partage mon bureau à Paris, ou Roland Vergnioux, qui était dans ma classe en math sup et dans ma promo à l'ENS).

La ville elle-même m'a fait une impression partagée. D'un côté elle est visiblement jeune et vivante (l'université est très importante, donc la population étudiante est nombreuse), quoique peut-être un peu désertée le week-end. D'un autre côté, comme elle a été détruite pendant la guerre et reconstruite en style para-stalinien, ce n'est pas ce qu'il y a de plus beau à voir. Il est vrai que j'ai renoncé à ma décision de visiter un peu avant de rentrer parce que le froid vraiment polaire (même s'il faisait peut-être un peu plus doux qu'à Paris) m'a plutôt incité à chercher refuge dans un café à la gare en attendant mon train. Par les côtés positifs, j'ai trouvé une certaine ressemblance avec Grenoble, en fait, notamment la ville est desservie par un tram, à un bout de la ligne duquel se trouve le campus ; malheureusement, à Caen, la fréquence des trams est visiblement trop faible, et pour mes deux trajets j'ai dû attendre assez longtemps et la rame était plutôt bondée.

Mon irritation dans les transports a surtout été due, cependant, au métro parisien : où on se rend compte que le réseau est tellement mal foutu que même pour aller d'une grande station comme la mienne (Place d'Italie) à une autre comme la gare où je devais prendre le train (Saint-Lazare), c'est extrêmement peu pratique. (Solution finalement adoptée : partir avec la 6 dans une direction totalement bizarre — vers l'est alors que je veux aller au nord-nord-ouest — pour changer à Bercy et prendre la 14. Je ne sais pas si c'était le mieux. Mais on admire l'effort particulier que fait la ligne 7 pour éviter la station Saint-Lazare.) Et je ne parle pas du retour où il m'a fallu une heure, à partir du moment où mon train est arrivé à Saint-Lazare (19h30), pour parvenir jusqu'à l'ENS. (D'accord, un colis piégé détecté à Châtelet-les-Halles, sur le quai de la ligne B, n'a pas arrangé les choses.)

(mercredi)

Exposé à Caen

Comme je l'ai déjà mentionné, après-demain (vendredi) je vais à Caen donner un exposé au séminaire de théorie des nombres sur l'équivalence rationnelle sur une hypersurface cubique de mauvaise réduction (essentiellement, il s'agit de présenter la deuxième partie de cet article, qui était déjà contenu dans ma thèse, et que j'ai soumis à Compositio mathematica). Comme il y a une grosse quantité de calculs, je présente ça avec des transparents[#] (chose que les matheux, normalement n'aiment pas : ils préfèrent les exposés traditionnels, à la craie sur tableau noir). Ça ne va pas être évident : déjà les motivations de mon travail sont un peu longues à énoncer (l'ensemble est, en gros, la construction d'un contre-exemple : ce n'est pas vraiment un théorème qui se comprend de façon autonome, il faut mettre le résultat en perspective). Et évidemment je m'y suis pris à la dernière minute…

Ça fait partie de la démarche standard, quand on cherche un poste de maître de conf', d'aller faire sa pub dans différents labos où on compte postuler, donc de se montrer au séminaire des diverses équipes. Il faut d'ailleurs que je m'occupe d'invoquer quelques contacts à d'autres endroits parce que, même si Caen est un endroit intéressant, je vais bien sûr aussi candidater ailleurs.

[#] Hi, hi, je vais pouvoir faire joujou avec mon pointeur laser !

(lundi)

Mes petites contrariétés

Décidément, je n'ai pas de chance avec les cinémas : avant-hier je voulais voir Brokeback Mountain (à 16h15 au Mk2 Odéon) et j'ai été découragé par la longueur de la file d'attente, hier soir j'ai voulu aller à la séance de 18h45 à l'UGC Ciné-Cités des Halles de Good Night, and Good Luck mais il ne restait plus qu'une place, alors j'ai voulu revenir pour la séance de 20h40 mais je suis parti de chez moi trop tard, et comme (à la manière de Woody Allen dans Annie Hall) je ne supporte pas de rater les premières minutes d'un film au cinéma, finalement je n'ai rien vu.

Ça ne m'a pas empêché de me coucher tard, parce que mon ordinateur m'a fait des difficultés. (J'avais acheté un nouveau disque dur pour remplacer un vieux devenu trop bruyant, et j'ai eu toutes sortes de soucis avec le RAID1 logiciel, ce qui m'a bouzillé un système de fichiers XFS, si vous voulez savoir.) Bon, ce n'est pas forcément mal que je me sois couché tard.

Sauf que j'avais oublié un rendez-vous chez le dentiste, ce matin. Heureusement, me réveillant au milieu de la nuit (enfin, milieu… vers 6h30), je me suis souvenu de ce rendez-vous. Du coup j'ai mis mon réveil, et, du coup, stressé par l'idée de ne pas plus dormir, je n'ai effectivement pas plus dormi (soit un peu moins de quatre heures au total) : ce qui fait que je suis mort de fatigue, là.

Toujours pour la même dent, bien sûr : c'était la troisième (et dernière) séance pour sa dévitalisation, là. Je ne sais pas pourquoi c'est aussi long et compliqué ; et j'évite de poser des questions, parce que mon dentiste n'est pas trop prompte à donner des explications ; je sais juste que cette fois-ci elle a obturé. Ce qui m'inquiète un peu, c'est qu'elle me fait mal, maintenant, cette dent, qui est censée être dévitalisée — bon, de toute façon je revois mon dendiste dans pas longtemps (pour une petite carie dans une autre dent). Cette dévitalisation n'est, bien entendu, que le début de mes soucis sur cette dent (qui durent depuis six mois, quand même) : ensuite, il va y avoir la pose d'une couronne, ça me fait un peu peur. Pas que les opérations soient douloureuses, mais ça peut quand même être extrêmement désagréable (de maintenir la mâchoire ouverte et la langue en arrière pendant très longtemps, ou d'éviter d'avaler des produits dégueulasses, notamment de l'eau de Javel, qu'on me met dans la bouche, ou encore de sentir qu'on m'enfonce des choses dans la mâchoire et qu'on me la charcute dans tous les sens). Tiens, je n'ai pas demandé à quoi sert le machin en forme de spirale et qui fait un bruit genre glou-glou, qui est la première chose qu'on me met dans la bouche.

Sur le trajet entre le dentiste et l'ENS, j'ai été au moins réconforté de voir le beau temps[#] : décidément, c'est la météo que je préfère, quand il fait beau et froid. Pourtant, je suis frileux : mais le soleil d'hiver a un caractère vraiment agréable que n'a pas le soleil d'été.

Le soleil devrait bien se voir de mon bureau, sauf qu'en ce moment je le fuis à cause du bruit des travaux dans le couloir. On remet toute l'École aux normes de sécurité. Personnellement je juge ce genre d'opération perfaitement grotesque (qu'on construise de nouveaux bâtiments aux normes, oui, mais là, je suis persuadé que le nombre de vies statistiquement sauvées avec la somme d'argent mise dans ces travaux est au moins dix fois plus faible que si la même somme d'argent avait été donnée à un quelconque hôpital ou à une association charitative ; et je ne parle pas des règles idiotes qui interdisent maintenant de mettre des affiches dans les escaliers sous prétexte que ça peut brûler — tiens, bientôt il faudra sans doute supprimer les bibliothèques si ça continue). On a passé de bons mois sans faux plafonds, par exemple ; c'est d'ailleurs étonnant à quel point toute l'ambiance du couloir est transformée par la réapparition de ces faux plafonds. Toujours est-il que ces travaux font un bruit incroyable et que je ne peux pas travailler avec un marteau-piqueur à côté de moi, donc je vais ailleurs. Par exemple dans une salle informatique au sous-sol (dommage pour le soleil !).

Bon, finalement, je n'irai pas aux États-Unis ce printemps : en effet, les États-Unis ont des exigences sur les passeports que je ne peux pas remplir (actuellement je n'ai pas de passeport, et si je m'en fais faire un, malgré le décret à ce sujet, il ne sera pas électronique/biométrique) : du coup, il me faudrait un visa et, outre que je n'ai pas l'intention de faire des heures de queue à l'ambassade américaine, ils sont de toute façon complètement débordés et je ne pourrais pas avoir le visa à temps (surtout qu'on ne peut même pas prendre rendez-vous pour obtenir le visa avant d'avoir un passeport valable). Il resterait la possibilité de chercher à me faire faire un passeport canadien, mais je crois que c'est encore plus désespéré, là (les formalités étaient, il y a quinze ans au moins, plus délirantes que tout ce que vous pouvez imaginer, donc je doute qu'en me pointant comme une fleur à l'ambassade du Canada avec presque rien pour prouver ma nationalité canadienne, je puisse avoir le truc en six semaines). Bref, je ne vais pas me tuer à essayer de voyager quand les obstacles sont tellement énormes : tant pis pour la science américaine…

En revanche, je vais bien à Caen, vendredi : là, au moins, il ne faut pas de passeport. D'ailleurs, je dois préparer mon exposé.

[#] Occasion comme une autre pour faire un lien vers www.meteo-paris.com, que je recommanderais très vivement si ce n'était que la quantité de pub sous forme de popups et autres (il y a vraiment de tout !) est extraordinairement abusive. Faut que je trouve un moyen de désactiver complètement JavaScript quand mon navigateur va sur ce site, parce que c'est vraiment insupportable. Parlant de navigateur, d'ailleurs, faut que je décide, un de ces jours, si je laisse tomber mon très vieux Mozilla, et, si oui, pour passer à quoi (Firefox m'insupporte profondément à cause de cette connerie monumentale de barre Google séparée de la barre d'URL ; et la reprise en main de Mozilla SeaMonkey par une autre équipe ne me plaît décidément pas).

(samedi)

L'effet Zahir, les tapis d'orients, et quelques bouquins

Je suis sûr que quelqu'un a déjà donné un nom à cet « effet » à savoir que, quand quelqu'un vous parle de quelque chose d'un peu rare (ou vous communique un mème que vous n'aviez pas avant), souvent vous en entendez de nouveau parler peu de temps après. Bon, les probabilistes nous enseignent qu'il n'y a aucun mystère là-dessous à part notre capacité à retenir particulièrement les choses dont on entend parler deux fois en peu de temps ; d'un autre côté, les probabilistes sont des gens ennuyeux qui sont presque sûrs de tout ce qu'ils disent. Bref, revenons à mon effet : comme je ne connais pas le nom qu'on a pu lui donner déjà, je vais l'appeler l'effet Zahir, d'après une nouvelle de Borges qui n'a pas grand-chose à voir avec le schmilblick (à part que c'est quelque chose qu'on voit partout), mais ça fait savant. De là il résulte que je vais avoir un certain nombre de commentaires pour me dire que justement ils ont entendu parler ou lu cette nouvelle tout récemment, ou bien qu'ils ont entendu parler de cet effet (sous un autre nom) tout récemment ; et si ce n'est pas le cas pour vous, c'est que ça va venir.

Ajout beaucoup plus tard () : Le nom donné plus couramment pour ce phénomène, au moins en anglais, est phénomène Baader-Meinhof, mais il a encore moins de rapport avec la faction armée rouge qu'avec la nouvelle de Borges, donc franchement, je préfère le nom que j'ai inventé (et vaguement réussi à populariser, en dix ans). Plus sérieusement, on peut dire illusion/biais de fréquence, mais c'est moins poétique et ça pourrait désigner plein de choses apparentées.

Les tapis d'orient, dans le titre de cette entrée, n'ont à peu près aucun rapport avec le Zahir, si ce n'est que, justement, j'ai croisé plusieurs fois dans la journée le mème « tapis d'orient ». D'accord : dans une ville comme Paris c'est à peu près aussi rare que de croiser un pigeon. Je n'ai jamais compris la manière dont pouvait se perpétuer ce commerce bizarre : qui, au juste, achète dans les grandes ventes de tapis d'orient ? parce que je n'ai jamais entendu parler de quelqu'un qui avait un tel article, et je me demande, d'ailleurs, si celui qui se fait avoir est l'acheteur ou le dernier revendeur (qui se retrouverait avec une grande quantité de camelote et personne pour l'acheter). Passons.

Le Zahir, dans l'histoire, ça se passe plutôt chez Gibert, où j'ai encore cédé à mon livrolisme habituel. Voici donc les prochains titres qui orneront ma bibliothèque et que je ne lirai jamais (mais qui impressionneront les visiteurs) :

Tout ceci étant acheté, je voulais aller voir le film avec des vrais morceaux de cowboys pédés dedans[#], mais la file d'attente devant le Mk2 Odéon m'a découragé. Tant pis, j'irai un autre jour (je veux aussi voir le dernier George Clooney tant qu'il passe encore, et le dernier Spielberg bientôt).

Ah, et, sinon, aucun rapport avec le schmilblick, mais je suis allé chez le coiffeur (mercredi). Voilà voilà.

[#] Tiens, j'apprends seulement maintenant en regardant IMDb qu'il est d'Ang Lee (faisons mon Unicode-snob : 李安) — le même qui nous a donné le très beau Garçon d'honneur et le surprenant Tigre et Dragon.

(vendredi)

Trop tôt !

J'ai tendance à me plaindre que j'ai des horaires de vie décalés, genre, couché à 3h pour me lever à midi (quand ce n'est pas pire). Eh bien ces jours-ci je me réveille spontanément à 8h du matin, et c'est… insupportable. Parce que du coup je suis mort de fatigue dès 21h30, donc mes soirées sont inexistantes. Et j'ai beau avoir des heures en plus le matin, elles sont improductives au possible. À éviter, donc.

(jeudi)

Fragment littéraire gratuit #73 (deux hommes)

Le cadre de science-fiction, apparemment, ne sert qu'à écarter les particularités de tel ou tel pays ou de telle ou telle époque : mais c'est véritablement de politique, et non de science-fiction, qu'il est question dans cette histoire de la lutte entre deux hommes.

L'un est le président en exercice de la Fédération. L'autre, son rival, un puissant sénateur qui semble avoir la majorité de ses pairs derrière lui. Entre les deux, des personnages secondaires : le « troisième homme », notamment, qui est maire de la capitale, ou encore l'ancien président, retiré de la politique et qui cherche à apparaître comme un sage, un arbitre. La lutte atteint son acmé lors des débats publics qui précèdent l'élection présidentielle finale : débats au cours desquels les coups de théâtre se succèdent, jusqu'au dénouement encore plus inattendu.

La vision présentée des affaires publiques n'est pas tendre : la corruption et le népotisme sont endémiques, la démagogie est poussée jusqu'aux calculs les plus cyniques et le populisme n'est jamais loin ; on voit les lois fondamentales soumises au jet de dé d'un marchandage mesquin, on voit les carrières les plus brillantes et les amitiées les plus fortes sacrifiées pour un bénéfice ridicule. Parmi les deux personnages principaux, c'est le sénateur qui apparaît comme le moins mauvais, car il défend au moins quelques idéaux qui nous semblent justes : mais on ne saura pas — jusqu'à l'extrême fin — s'il y croit lui-même ou s'il les adopte pour porter ses ambitions. Et les méthodes auxquelles il a recours ne sont pas globalement meilleures que celles du président. Quant aux organes de presse et aux divers groupes d'intérêt qui gravitent autour du pouvoir, aucun ne participe à un assainissement du terrain de la république.

Malgré ce tableau dans l'ensemble très noir, quelques notes heureuses émergent, inattendues. Ainsi lorsqu'un des politiciens, que tout pousse à prendre une décision facile et populaire, choisit d'ignorer cette facilité pour suivre ce qui lui semble bon, alors même que ce choix menace de lui coûter l'élection, peut-être de briser sa carrière. Ou lorsque l'autre renonce à une occasion rêvée, que le hasard lui présente, de détruire son adversaire. Et les deux ensemble, en plusieurs occasions, se montrent capables de s'entendre (quitte à faire des compromis) pour ce qu'ils estiment être le bien commun. Le plus étrange, cependant, ce n'est pas tant cette émergence d'une vertu, c'est qu'elle apparaît de façon imprévisible pour disparaître tout aussi inexplicablement.

Ajoutons à cela des morceaux d'une intelligence remarquable : la méthode employée par le sénateur pour faire cesser une rumeur mensongère qui le vise, par exemple, relève du pur génie.

(mercredi)

Vie privée, vie publique / don't ask, don't tell

L'affaire Garfield(d?), dont je parlais hier, fait le tour des blogs[#] comme une traînée de poudre (est-ce que cela débordera le ministre comme le suggère Maître Eolas ? malheureusement j'y crois assez peu).

Je veux juste revenir dessus pour dégager trois choses :

La première, c'est mon étonnement et ma tristesse de voir des gens — qui, a priori, ne sont pas des idiots ou des imbéciles — défendre la sanction disciplinaire (ou au moins la décrire comme sévère mais nécessaire ou quelque chose comme ça). Bien sûr, il doit y avoir au moins les gens eux-mêmes qui ont pris la décision, la commission je-ne-sais-quoi : mais ceux-là savent sans doute à peine ce que c'est qu'un blog, ne connaissent pas le ton qu'on peut y prendre, etc. ; et puis, je ne sais pas qui ils sont ni d'où ils sortent, donc en un sens ils ne comptent pas — sans doute qu'ils n'ont pas mesuré l'absurdité de ce qu'ils faisaient, sans doute qu'ils se sont laissés emportés par l'ivresse du pouvoir de sanctionner. Mais qu'on puisse défendre, à froid, avec un peu de recul, que la carrière d'un homme soit brisée (et, d'une certaine façon, sa vie : si j'étais à sa place je ne m'en relèverais certainement pas), alors qu'on ne peut rien reprocher à son travail, parce qu'il a montré ses fesses sur le Web, cela me paraît inconcevable. Je lis des arguments du genre crédibilité du proviseur, sérénité dans le lycée, autorité de l'État déjà bien mise à mal, État de droit, pas forcément juste, intérêt général et intérêt particulier, regrettable confusion des genres, frapper fort pour éviter toute dérive ultérieure, autorité disciplinaire sur des mineurs, doit-on imposer sa vue à la société ?, etc., qui me font me demander sur quelle planète je suis tombé. Ou dans quel siècle[#2]. (Oui, oui, je prends ces bribes totalement hors contexte. Peu importe : je ne compte pas argumenter point par point.) Il n'y a rien à rajouter (pour l'argumentation, voyez sur mille autre blogs, bien meilleurs que celui-ci, ce qu'on peut dire, ou déjà dans les commentaires de ma précédente entrée), juste que cela me peine énormément.

Le deuxième point concerne la notion de vie privée, ou, mieux, de vie personnelle : parce que, justement, le respect à la vie personnelle, à mon avis, ça inclut le droit de rendre publique (ou semi-publique) cette vie — droit qui fait pendant à celui de ne pas révéler, au contraire, ce qu'on ne veut pas révéler, et de le garder privé. Autrement dit, je ne considère pas qu'une liberté ait de sens tant qu'on n'a pas le droit de ne pas se cacher pour l'exercer. Cela ne vaut pas de dire aux homosexuels : vous avez le droit d'être homosexuels, mais à condition que vous le cachiez — comme on l'a fait sous Thatcher en Angleterre ou comme on le fait maintenant dans l'armée américaine (don't ask, don't tell). D'ailleurs, à la limite, il n'y a pas de différentre entre interdire quelque chose et interdire de le faire savoir (puisque, par définition, ce qui reste secret est autorisé vu que personne n'en a connaissance pour l'interdire).

J'ai cependant l'impression qu'il y a une plus forte mobilisation pour le droit à garder privé[#3] que pour le droit à rendre public la vie personnelle. Souvent, même, ceux qui comme moi tiennent à beaucoup rendre public sont traités d'exhibitionnistes (en mauvaise part). Pourtant, je pense qu'un droit n'a pas de sens sans l'autre. Pour moi, écrire un blog sans donner son nom (son vrai nom, je veux dire), c'est quelque chose que j'ai beaucoup de mal à comprendre (par respect pour les lecteurs) : qu'on ait le droit de rester anonyme me semble évidemment nécessaire — mais qu'on ait l'obligation[#4] de le faire, cela me semble profondément odieux.

La troisième chose concerne la liberté d'expression. On semble avoir fait de gros progrès dans ce domaine dans nos démocraties occidentales depuis, disons, un siècle. Mais, finalement, cela concerne la liberté de la presse : effectivement, la presse a le droit (savoir si elle en a réellement le pouvoir est une autre qustion) de critiquer les gouvernements, et même parfois de les faire tomber. Mais la liberté d'expression individuelle a-t-elle vraiment progressé ? Ce n'est pas si évident que ça, et on se rend compte que ça ne va pas automatiquement de pair avec la liberté de la presse. L'opportunité de l'expression individuelle a certainement grandi de façon démesuré, mais la liberté, pour aller avec, ce n'est pas évident. Le problème est que les menaces qui pèsent sur un individu pour l'empêcher de s'exprimer librement ne sont pas du tout du même ordre que celles qui pèsent sur un journal ou un autre organe de presse : qu'on ait — dans une certaine mesure — vaincu ces dernières n'implique pas qu'on ait vaincu ces premières.

[#] Bien sûr, je ne suis pas listé : encore un signe de mon isolement blogosphérique. Snif. ☹ [Mise à jour : Maintenant je suis listé.]

[#2] J'imagine qu'en 1906 ou par là, la réputation de Monsieur le proviseur, c'était quelque chose d'assez sacré (je pense par exemple à la très fugace description du proviseur dans Le Temps des secrets de Marcel Pagnol : on l'imagine mal tenir un blog, celui-là). Bizarrement, je pensais qu'en 2006 les choses étaient différentes.

[#3] La langue française ne semble pas avoir de mot satisfaisant pour traduire privacy. (Intimité ? Confidentialité ? Vie privée ? Certes, mais aucun de ces termes ne marche dans un contexte comme : les enjeux de la privacy sur le Web.)

[#4] Avez-vous remarqué que beaucoup de faux raisonnements en politique ou en éthique viennent de confusions dans les modalités ? Beaucoup de gens semblent penser que parce que il n'est pas souhaitable que machin alors automatiquement il est souhaitable que machin soit interdit : abominable erreur de logique. Merci de relire la fameuse citation-qui-n'est-pas-de-Voltaire et de méditer là-dessus.

(mardi)

Vite dit

Aujourd'hui on a eu la visite du ministre (enfin, on… moi je ne suis pas venu voir ça : je n'aime pas quand l'entrée de l'École est fliquée). Je suppose que notre directrice voulait attirer son attention sur les grosses difficultés de budget de l'établissement. Il est passé au département de maths, alors on a rameuté un certain nombre de médailles Fields françaises, les autres étant présentes sous forme de photos sur les murs (transportées de la salle où elles sont normalement vers la salle où le ministre est passé), et un des profs a même pris le soin de garnir les tableaux noirs de jolis dessins mathématiques. Sinon, c'est amusant, on remarque qu'il va passer quelqu'un d'important, à l'ENS, quand toutes les affiches dans le hall d'entrée disparaissent du jour au lendemain. Bizarre coutume.


L'info, absolument révoltante, a déjà beaucoup circulé (y compris dans la presse), mais à tout hasard je la relaie ici : un proviseur de lycée a été révoqué (c'est-à-dire, renvoyé de la fonction publique) pour avoir tenu un blog sur lequel il faisait état de son homosexualité et où figuraient quelques photos de lui partiellement nu (mais en aucun cas pornographiques ou obscènes, m'assure un ami qui lisait ce journal — excellent semble-t-il — avant que le scandale n'arrive).

J'espère qu'une mobilisation forte se fera pour le soutenir et lui permettre de retrouver son travail. Mais au-delà de ce cas particulier (avec ses circonstances particulièrement répugnantes — outre qu'elles me menacent assez directement), c'est la question du devoir de réserve des fonctionnaires qui se pose plus généralement : un principe qui n'a aucune justification et aucune raison d'être, un principe d'un autre temps qui m'a toujours semblé odieux mais dont, bizarrement, on ne voit pas trop d'appel à la suppression. (Indépendamment de ce que vaut sur le principe ce devoir de réserve, il fait partie des règles appliquées aléatoirement, donc injustement, qui peuvent tomber complètement au hasard : rien que pour ça il faut le supprimer.)

(Évidemment, il est normal qu'on interdise à un fonctionnaire de tenir dans le cadre de ses fonctions des propos qui engageraient l'État au-delà de son mandat. Le devoir de réserve devrait être ça et uniquement ça.)

La liberté d'expression, ce n'est pas seulement celle de la presse : c'est aussi celle du simple citoyen. Fût-il serviteur de l'État.


Régulièrement, je me mets à plancher sur des questions mathématiques qui ne sont pas (voire, pas du tout) de mon domaine de recherche. Aujourd'hui j'ai fait de l'analyse, par exemple (à l'origine à cause de la remarque innocente de quelqu'un sur les fonctions et les distributions). Et en ce faisant, j'ai redécouvert tout un tas de choses connues par ailleurs, dont, essentiellement, l'intégrale de Denjoy-Khintchine. Ça c'est quelque chose qui m'arrive souvent, de redécouvrir des choses qui, en fait, sont connues depuis longtemps. D'un côté on est content de voir qu'on était sur une bonne voie, de l'autre, on se rend compte qu'elle a déjà été parcourue depuis belle lurette, ce qui est décevant. Il y a quelques années, par exemple, je croyais avoir trouvé quelque chose de vraiment beau, et en fait, sous le nom d'anneau de Mal'cev-Neumann, c'était connu depuis longtemps (comme mon directeur de thèse sut me le dire presque immédiatement). L'impression d'arriver trop tard, dans un monde déjà vieux…

(Sunday)

Gratuitous Literary Fragment #72 (Rising Path of Changes)

Partly rewritten (2006-02-07T22:30+0100)

The Rising Path of Changes is an eight-volume epic which tells not one story, but five, with each succession of five chapters pursuing the different plot lines invariably in the same order. The relation between them is not obvious: though they appear to be all set in the same fantasy world, we are given too few material details to ascertain how separated they are in space and time (and only the absence of familiar names betokens fantasy). The overall tone of the five narratives is varied: whereas one of them is very dark, others are of a much lighter stance, and at least one is meant to be funny. But whereas the stories may be physically and dramatically unconnected, there is a clear resonance between them, and it is apparent that the author is more concerned with this “inner harmony” than with anything else.

The formal structure of the work is heavily based on Chinese esoteric philosophy, and particularly the Yi Jing (I Ching or Book of Changes) and its later commentary the Tai Xuan Jing (variously translated as The Elemental Changes or Alternative I Ching). Thus each of the 145 chapters in the Rising Path of Changes bears, with some appropriateness, the name of one of the 64 hexagrams of the Yi Jing or one of the 81 tetragrams of the Tai Xuan Jing: response, the receptive earth, going to meet, return, law or model, the army, stove, approach, greatness, encounters, modesty, and so on—arranged in a (rather unconventional) order which suggests a path from Yin to Yang. The books are themselves named after the eight classical trigrams: Earth, Thunder, Water, Lake, Mountain, Fire, Wind and Heaven. And the five intertwined stories are probably related to the Chinese five elements. The actual contents, however, have little to do with the Yi Jing—which does not provide much, that is, beyond the titles.

So in effect the Rising Path of Changes is not an esoteric work: it is more accurately described as an exercise in storytelling—namely, how to make the constrained titles into a coherent set of stories. How to turn the Book of Changes from an oracle into a novel. A well met challenge.

Another description of an imaginary book… this time there is a real table of contents for it. I got my inspiration, of course, by reading the tables in Unicode and noticing that the English translations they use for the Yi Jing and Tai Xuan Jing elements make great titles.

(jeudi)

Ils sont fous, ces Égyptiens

Je continue à suivre le cours de hiéroglyphes que j'ai commencé en novembre. Pour ceux qui veulent avoir une idée de ce qu'on fait, Rémy a pris des notes en HieroTeX. Le prof (Dominique Farout) est vraiment très bien, et ses cours sont fascinants notamment parce qu'il ne se prend pas trop au sérieux, il part souvent dans des anecdotes intéressantes…

Mais la langue elle-même, il faut le dire, est vraiment une langue de fous. Notamment, les Égyptiens semblent avoir une idée très bizarre de ce qu'il faut répéter et ce qu'il faut omettre : par exemple, ils ont des signes (dits bilitères ou trilitères) qui représentent plusieurs sons (enfin, plusieurs consonnes, parce que comme pour l'arabe on ne note essentiellement que les consonnes), et ils prennent quand même souvent le soin de répéter le dernier son, voire chacun d'entre eux, par un signe simple (unilitère), pour bien qu'on comprenne ; ils écrivent aussi souvent un nom en mettant d'abord sa prononciation, puis un signe déterminatif (ou carrément figuratif) qui précise le sens. À l'inverse, beaucoup de choses qui nous paraissent assez évidemment nécessaire (une marque peut-être pas de la fin des mots mais au moins de la fin des phrases, ou encore toutes sortes de relations entre mots) sont complètement inexistantes, ou aléatoirement omises (pour dire le machin de truc, le plus souvent, ils juxtaposent simplement machin et truc — dans cet ordre). L'ordre des mots, d'ailleurs, est le plus bizarre de toutes les langues dont j'ai des notions, et j'ai l'impression que la moitié de nos cours consiste simplement à nous expliquer l'ordre des mots (et je ne parle pas de certains hiéroglyphes, par exemple ceux qui représentent un dieu ou un roi, qui sont réordonnés à l'intérieur d'un mot pour montrer qu'ils sont importants).

Dernièrement, nous avons parlé des noms du pharaon. Car le pharaon (au moins sur une certaine période, disons, au Nouvel Empire) a cinq noms (dont plusieurs peuvent être identiques) : le nom Horus, le nom celui des Deux Maîtresses (= les divinités de la haute et de la basse Égypte), le nom Horus d'or, le nom Roi de Haute et de Basse Égypte (papyrus et abeille, ou nom de couronnement) et le nom fils de Ré (les deux derniers noms sont normalement écrits dans un cartouche). Dans un texte, on précède tout ça de quelque chose comme sa Majesté, et on finit par un truc comme vivant en bonne santé éternellement à jamais (ou plus). Avec quelques ornements optionnels en plus, ça fait un sacré paquet à chaque fois qu'on veut parler du roi : quelque chose comme

L'Horus la Descendance vit, Celui des Deux Maîtresses la Descendance vit, Horus d'or la Descendance vit, Roi de Haute et de Basse Égypte le kâ de Ré s'est manifesté [Khéperkaré], doté de vie, de stabilité et de pouvoir, de sorte que son cœur soit en santé éternellement comme Ré, aimé de Montou maître de Thèbes, fils de Ré Sénousret [Sésostris Ier], doté de vie, de stabilité et de pouvoir, de sorte que son cœur soit en santé éternellement comme Ré, aîmé d'Amon maître de Coptos, dieu bienfaisant maître des deux terres le kâ de Ré s'est manifesté, doté de vie, de stabilité et de pouvoir, de sorte que son cœur soit en santé éternellement comme Ré, aimé de Min Gebtywy maître des senout.

modulo ce que j'ai mal noté, mais bon, l'idée y est : c'est… verbeux. D'ailleurs, je m'étais souvent demandé ce qui était écrit sur l'obélisque de la Concorde : la réponse est simplement, en bref, Ramsès II.

Ah oui, on nous a aussi raconté qu'un certain grand-prêtre de Ptah, dont j'oublie le nom mais qui était fils, frère, oncle et grand-oncle de quatre pharaons consécutifs, a noté dans ses mémoires que le jour le plus important de sa vie est celui où son petit-neveu (le quatrième des pharaons en question) l'a autorisé, eu égard à son grand âge, quand il (le grand-prêtre) se prosternait devant lui (le pharaon), à embrasser non pas le sol mais ses pieds (ceux du pharaon). Ils sont fous, ces Égyptiens.

Ajout (2006-01-13T08:30+0100) : Une autre chose que j'ai apprise, hier, dans ce cours, c'est que le fameux symbole (☥) de l'ankh ou croix ansée, qui est utilisé pour désigner la vie (c'est lui qui donne le vivant dans vivant en bonne santé éternellement à jamais), n'était peut-être à l'origine que la représentation d'un nœud de sandale (parce que le mot pour dire sandale est le même que pour dire vie, ou en tout cas il a les mêmes consonnes : ʿnḫ, ankh donc).

(mercredi)

(TOOMUCH-)TODO

Pfiou…

…mine de rien, chacune de ces choses prend énormément de temps. Occupations professionnelles, certes, mais qui (à part peut-être la préparation de l'exposé à Caen) n'est pas de la recherche mathématique proprement dite ! Et justement, avec ce genre de choses je n'ai pas encore eu le temps de lire tranquillement le résultat de Kollár qui m'intéresse tellement ! Pourtant, il est très court.

Sans compter plein de choses personnelles en plus, pas forcément très urgentes (changer mes radiateurs, des rendez-vous chez le dentiste à la pelle, me faire couper les cheveux, faire un bilan sanguin, prendre rendez-vous chez un ophtalmo, des choses à acheter, à lire, à voir, des gens à contacter, et quinze milliards de mails auxquels je n'ai pas encore répondu).

Blah, ça suffit pour aujourd'hui. Je sors, et m***e à tous ceux qui comptaient sur moi pour ceci ou cela.

(mardi)

L'avenir la propriété intellectuelle

Nous approchons du point où notre société devra faire le choix définitif. Soit d'un avenir où les doctrines actuelles de la propriété intellectuelle sont sacralisées dans leur forme (mais pas dans leurs intentions primitives), poussées à l'extrême et utilisées à la fois comme arme industrielle (les brevets) pour verrouiller l'innovation et comme barrière d'octroi à l'accès à la culture, et gelant finalement une part énorme de notre potentiel technologique ; soit au contraire d'un avenir où les formes sont entièrement revues et où, selon l'expression fort heureuse que me suggère Roberto Di Cosmo, je paie ce que je peux et j'obtiens ce que je veux, où la rémunération des artistes et créateurs se ferait par d'autres systèmes qu'un monopole artificiel sur ses productions. La première voie semble malheureusement la plus probable, malgré quelques très timides signes encourageants. Pourtant, il est étonnant de constater que sur cette question la pensée libertaire (qui condamne le monopole imposé d'en haut, et généralement toute restriction non contractuelle au libre échange des biens et des idées) et la pensée socialiste (qui ne devrait pas admettre de propriété forte sur ce qui est d'utilité générale) se rejoignent pour refuser l'extension sans limite qu'on observe des régimes de propriété intellectuelle : il faut croire que personne ne croit vraiment ni au libéralisme ni au socialisme.

Je ne crois pas qu'un livre ait jamais été fait qui expose, de façon panoramique et pour le grand public, un point de vue peut-être pas systématiquement hostile à toute forme de propriété intellectuelle mais certainement effrayé de leur durcissement excessif, et les problèmes posés. Je pense qu'il serait temps de l'écrire.

Le grand public peut comprendre, par exemple, que Google Books représente pour l'accès à la culture une chance extraordinaire, même sous la forme déjà sévèrement diminuée qu'il doit prendre à cause des lois sur la propriété intellectuelle (idéalement ils ne seraient pas obligés de brider complètement l'accès aux livres soumis à copyright mais épuisés en librairie), et qu'il est terrifiant de constater que même sous cette forme (où on ne peut sortir que quelques phrases d'un livre autour du mot recherché) l'entreprise est traînée en justice par des auteurs et éditeurs qui veulent à tout prix leur part du gâteau. Sur ce sujet, Boingboing signale aujourd'hui ce remarquable exposé (30′) de Larry Lessig [note : le lien qui précède est un torrent, utilisez BitTorrent pour récupérer le contenu proprement dit] où il explique très clairement et très justement quels sont les enjeux autour de Google Books et pourquoi ce serait peut-être illégal et pourquoi ce serait quand même, selon lui, légal.

D'autres exemples compréhensibles par tout le monde peuvent être frappants : le fait, par exemple, que des DVD vous assènent cinq minutes de publicité au début en vous empêchant d'accélérer (le bouton accélérer du lecteur ne marche pas), combiné à des lois qui rendent illégal de contourner ce genre de mesures techniques.

Et ce raisonnement économique très simple suivant sur la consommation des ménages : la part de leur revenu consacrée à des dépenses de type culture et loisirs est plus élevée qu'elle ne l'a jamais été ; une fois que cette part de dépense saturera, la question deviendra : quand les gens dépensent, disons, $800 dollars par an pour les contenus numériques, et qu'ils ne sont en aucun cas prêts à mettre plus d'argent, est-ce qu'ils auront le droit, pour cette somme, à juste 15 CD et 10 DVD, ou est-ce que, à ce moment-là, on peut leur donner accès numérique illimité à tout ce qu'ils veulent, sachant que cela ne constitue pas de manque à gagner pour qui que ce soit vu que les clients ne mettront de toute façon en aucun cas plus d'argent dedans et que le coût marginal est nul ? (La licence globale n'est donc pas du tout absurde, comme l'explique très bien Roberto Di Cosmo.)

Bref, je pense que le temps est venu où les enjeux, qui n'ont jamais cessé d'être importants, sont devenus assez proches (car c'est, malheureusement, qu'il est bien tard !) et assez visibles pour que le grand public puisse les comprendre et se sentir concerné. C'est donc qu'il serait temps d'écrire ce livre. Resterait à trouver une équipe (quelque chose comme un juriste, un sociologue, un informaticien et un journaliste, ce serait l'idéal) pour l'écrire, un éditeur pour le faire paraître, et quelqu'un d'illustre pour le préfacer.

(dimanche)

Mitterrand et Mylène

[Affiche « Génération Mitterrand »]Tout le monde a déjà dit et écrit tant de choses sur Mitterrand, en notamment à l'occasion du dixième anniversaire de sa mort, que je me garderai bien d'en rajouter sur l'homme politique, et ce d'autant plus facilement que je n'ai pas grand-chose à dire : ses réformes politiques qui me paraissent admirables, comme l'abolition de la peine de mort, elles ont été menées dans les toutes premières années de son « règne », et j'étais bien trop jeune pour m'intéresser à la politique en 1981. (D'ailleurs, la première fois que j'ai voté c'était pour la présidentielle de '95, donc précisément à la fin de son deuxième mandat.)

Ce qu'il semble le plus évident à dire, et assez incontestable, c'est qu'il était d'une très grande intelligence et qu'il a marqué son temps. Car ceux qui sont nés, ou ont passé l'essentiel de leur enfance, pendant ces quatorze années de 1981 à 1995, portons volens nolens le nom collectif de Génération Mitterrand : aucun autre président français ne laisse son nom à une classe d'âge. Du coup, le 8 janvier 1996 (je me rappelle très bien le moment où j'ai appris sa mort : nous étions en cours de physique quand un ami me l'a dit), je n'ai pas éprouvé une grande tristesse mais j'ai eu le sentiment qu'un symbole de ma jeunesse venait de passer. (D'accord, il y a un peu d'une interprétation a posteriori dans ce que j'écris là, mais c'est tout de même assez vrai.) Déjà en '95 on devait s'habituer à ce qu'un autre que lui puisse être président, c'était assez étrange.

Mais c'est surtout le mystère de ses contradiction, probablement, qui fascine. Certainement chaque homme a ses contradictions, et certainement la vie politique les met en lumière de façon aiguë, mais Mitterrand semble avoir cultivé leur mystère a un point très particulier (en tout cas à partir de 1981) : il n'est pas un compliment qu'on puisse lui faire qui ne doive aussitôt être suivi par une nuance d'ombre, et pas un reproche qui ne soit à nuancer d'une part de lumière. Tous les ingrédients sont rassemblés pour qu'il puisse avoir des fans inconditionnels (comment s'appelle, au fait, ce film qui dépeint justement une jeune fille totalement folle de Mitterrand ? ah, on me répond dans les commentaires : Tontaine et Tonton).

Une autre qui cultive le mystère (mais d'une tout autre manière !) et dont on parle en ce moment, c'est Mylène Farmer. J'ai du mal à voir ce qui, globalement, explique l'engouement qu'elle provoque, à part le mystère à la fois autour de sa personne et dans ses chansons. Isolement de la chanteuse : tour d'ivoire — la métaphore de Sainte-Beuve ne s'est jamais aussi parfaitement appliquée — dont je soupçonne fortement qu'elle n'est pas tant due à un besoin personnel d'intimité (les vedettes qui ont ce besoin réagissent de façon assez différente à la célébrité) mais plutôt à une volonté de paraître énigmatique. Caractère mystérieux des paroles : c'est très poétique, cela suggère plein de choses, mais, globalement, ça ne veut vraiment rien dire, donc chacun peut comprendre ce qu'il veut. Je précise que j'aime bien l'essentiel de ce qu'elle fait (mais j'aime bien, c'est tout).

En revanche, je ne saisis absolument pas pourquoi elle s'est imposée aussi évidemment comme une égérie gay : rien dans le contenu de ce qu'elle écrit, pour autant que je sache, ne le laissait particulièrement présager. Dans mon propre esprit, l'association mentale existe parce que j'ai (inévitablement !) découvert sa musique au moment où j'ai commencé à découvrir le milieu homo. Et c'est inquiétant parce que, comme le disait cyniquement un ami à moi : Le jour où, comme Dalida, elle va se suicider, on aura une énorme vague de mortalité chez les pédés français. Mais bizarrement, je l'imagine assez bien, elle, mourir sur scène, devant les projecteurs, d'une mort bien orchestrée. Et emportant son secret avec elle, pour que les exégètes puissent s'étriper encore longtemps après sur ce qu'elle était vraiment.

(dimanche)

Reconnaître la Terre vue d'en haut…

Voici un petit jeu rigolo : les liens suivants pointent vers des images satellites Google maps (malheureusement pas toujours avec la plus haute résolution…) centrées sur des lieux particulièrement célèbres. Le jeu consiste à reconnaître aussi précisément que possible de quoi il s'agit, en utilisant le moins qu'on pourra le zoom arrière.

Nº1 : 21.42191°N, 38.82707°E ; Nº2 : 41.90202°N, 12.45734°E ; Nº3 : 39.91573°N, 116.39144°E ; Nº4 : 38.89758°N, 77.03648°W ; Nº5 : 22.95247°S, 43.21155°W ; Nº6 : 28.0199°N, 86.9417°E ; Nº7 : 27.17456°N, 78.04327°E ; Nº8 : 55.75401°N, 37.62069°E ; Nº9 : 29.97919°N, 31.13429°E ; Nº10 : 31.77721°N, 35.23693°E ; Nº11 : 52.51623°N, 13.37756°E ; Nº12 : 48.84192°N, 2.34479°E

Réponses (cliquez ici) :

(samedi)

Un théorème de János Kollár

Ceci n'est pas censé être un blog mathématique, mais je veux quand même prendre la peine de signaler ce résultat récent (annoncé il y a un mois) de János Kollár : tout corps pseudo-algébriquement clos de caractéristique zéro est C1 (et même C′1).

On dit qu'un corps K est pseudo-algébriquement clos lorsque, pour tout polynôme f à deux varibles sur K qui est irréductible sur la clôture algébrique de K, il existe une infinité de (x,y)∈K² pour lesquels f(x,y)=0. (En termes plus sophistiqués : toute variété algébrique géométriquement intègre sur K a un K-point ; et il suffit, comme je viens de le faire, de le postuler pour une courbe.)

Par ailleurs, un corps K est dit C1 lorsque tout polynôme f homogène de degré n en >n variables possède un zéro non trivial (non trivial signifiant autre que (0,…,0)). (Quant à la condition C′1, elle énonce le même fait pour une famille de polynômes homogènes dont la somme des degrés est n. On conjecture que c'est équivalent, mais on ne sait pas le prouver.)

Ce résultat était conjecturé depuis longtemps (moralement, si j'ose dire, la propriété C1 est beaucoup plus faible que celle d'être pseudo-algébriquement clos). Néanmoins, arriver le démontrer, surtout de façon aussi courte, est un tour de force de Kollár, qui fait beaucoup avancer notre compréhension de ces propriétés importantes, à la définition simple, mais sur lesquelles on sait encore, somme toute, très peu (et le fait qu'on ne sache toujours pas prouver C1⇔C′1 est assez symptomatique).

Le principe est extrêmement joli : Kollár démontre que sur un corps K de caractéristique zéro si X dans Pn est une hypersurface de degré ≤n, ou plus généralement une intersection (schématique) d'hypersurfaces de somme des degrés ≤n, alors X contient une sous-variété Y définie sur K et qui est géométriquement irréductible. Cela se fait en écrivant (trivialement) X comme fibre d'un morphisme dont la fibre générale est une variété de Fano lisse et en étudiant (c'est là tout le travail) la dégénérescence des variétés de Fano. Je n'ai pas encore regardé les détails de la démonstration, mais c'est assez court et ça a l'air plutôt simple (et bien rédigé).

(vendredi)

Robin des bois, et souvenirs de miroirs

Ce soir j'ai vu, avec des amis, trois films inspirés de la légende de Robin des bois : le très classique avec Errol Flynn en flamboyant technicolor, le plus récent avec Kevin Costner et la version déjantée par Mel Brooks qui parodie les deux précédents. De cette dernière, que je ne connaissais pas, il n'y a pas grand-chose à dire à part que c'est de l'humour à la Mel Brooks : donc il y a dedans le meilleur et le pire (parfois les deux à la fois) ; mais j'ai bien apprécié certains jeux de langage (ou sur les accents), des trouvailles scénaristiques (avoir fait de Frère Tuck un rabbin, ce n'était pas mal, par exemple), ou même les passages musicaux (les morceaux de rap sont vraiment excellents) et quantité de clins d'œil. L'humour évoque assez celui de Princess Bride (sans conteste un de mes films préférés : en tout cas, à voir absolument) ; d'ailleurs, parlant de Princess Bride, on me souffle que le roman est encore meilleur que le film qui en est tiré, donc il faudrait que je le lise.

Pour revenir à Robin des bois, j'ai vu les deux autres films quand j'étais petit. Celui de 1938 quand j'avais peut-être dix ans : si je suis maintenant complètement incapable de le regarder au premier degré, à l'époque j'avais été très impressionné par le coup de théâtre de Richard qui se dévoile devant Robin (et tout le monde s'agenouille ; j'avais, du coup, tenu à reprendre une scène de ce genre dans l'histoire que j'écrivais alors).

Le film de Kevin Reynold (qui est bizarre parce qu'il y a des passages qu'on doit clairement prendre au premier degré alors que la fin est à la limite aussi burlesque que Mel Brooks, et puis il y a des scènes où on ne sait vraiment pas à quel degré les voir), je l'avais vu peu de temps après sa sortie (1991) : il m'avait énormément marqué. Rien que la musique, j'en étais complètement fan (et d'ailleurs je trouve toujours qu'elle est bien, et pas seulement Everything I Do (I Do It for You)). Il y a plusieurs scènes, là aussi, qui m'avaient marqué (et inspiré, je vous laisse deviner quoi). Et puis je craquais pour les beaux yeux de Daniel Newman (cherchez pas, c'est un petit rôle) et surtout de Christian Slater.

Bizarre mythe que celui de Robin des bois dont si j'en crois Wikipédia on ne sait même pas bien quand il est apparu (et en tout cas, si le personnage a existé ce n'était pas sous le règne de Richard Ier Plantagenêt mais plus tard) et qui n'était apparemment pas au départ un personnage sympathique. Certainement Sir Walter Scott, dans Ivanhoé (encore une œuvre qui m'a marqué quand j'étais petit…) a beaucoup contribué à former l'image que nous en avons maintenant. Dans la réalité, d'ailleurs, Richard Cœur-de-Lion ne semble pas avoir été particulièrement chagriné du fait que son petit frère ait comploté contre lui en son absence ; et il ne semble pas non plus avoir été un roi exceptionnellement bon.

Un autre film classique de Robin des Bois, c'est la version de Disney, qui est vraiment bien, mais ça fait assez longtemps que je ne l'ai pas vue. Je mentionne ça surtout parce que, parlant de ce dessin animé à un ami, d'autres souvenirs me sont revenus.

Notamment, on m'a mentionné le film Bedknobs and Broomsticks (en français, L'Apprentie Sorcière), également de Disney : ça ne me disait rien jusqu'à ce qu'on me parle de la partie bedknobs du titre, des boules d'ornement sur un lit, qui, quand on les tourne, font un effet magique — et ça, tout d'un coup, ça a évoqué très fortement quelque chose en moi. Bizarre, je ne me rappelle rien de ce film (qui est, d'ailleurs, un mélange de film avec des vrais acteurs et de dessin animé) sauf ce mème-là… Est-ce que je l'ai vu, ou est-ce que je n'en ai vu qu'un extrait ? Il faudrait que je me le procure pour en avoir le cœur net.

Ce souvenir revenu inopinément en rappelle d'autres : des films ou dessins animés que j'ai vus quand j'étais petit et qui m'ont laissé des souvenirs ou des images qui remontent sans raison à la surface.

Par exemple, je me souviens avoir vu autrefois un dessin animé au graphisme assez raffiné mais très sombre dans lequel un personnage méchant (un sorcier ou une sorcière) avait un grand miroir magique ovale de hauteur d'homme (je ne parle pas de Blanche Neige, bien sûr, mais d'un film qui serait probablement sorti dans les années '80). Je ne me rappelle rien d'autre : ni le nom ou la nature du héros ni quoi que ce soit de l'histoire, juste cette image d'un grand miroir ovale au contour vaguement violet. (Peut-être que le héros était un petit animal, mais peut-être aussi que je confonds avec un autre dessin animé.) Hélas, on ne peut pas utiliser Google ou IMDB pour rechercher tous les films d'animation sortis dans les années '80 dans le genre fantastique et où apparaîtrait quelque part sur la fiche le mot miroir (et même si on pouvait, ce n'est pas sûr que ça donne des résultats intéressants, par exemple si le dessin animé était français et peu connu et qu'IMDB n'a rien dessus). Je trouve ça assez désagréable d'avoir des souvenirs orphelins, comme ça, que je ne sais pas rattacher à quoi que ce soit.

Toujours en parlant de miroirs, d'ailleurs, en voici un autre : un film ou un téléfilm (pas un dessin animé, cette fois) où il était question de magiciens dont je ne me rappelle pas grand-chose sauf un seul point — la façon de priver un magicien de ses pouvoirs était de casser un miroir pendant qu'il se regardait dedans (et peut-être même qu'un liquide vert s'écoulait alors du miroir brisé, mais peut-être que c'est moi qui extrapole sur un souvenir très flou, là). Je n'ai pas non plus le moindre souvenir de ce que ça pouvait être.

(mercredi)

De choses et d'autres

J'ai lu en même pas deux jours (ce qui, vu ma vitesse habituelle, est proche d'un exploit) le deuxième volume de Tales of the City (intitulé, très logiquement, More Tales of the City) et qui en est vraiment la suite (notamment, on apprend clairement — peut-être trop clairement — quel est le secret de Mme Madrigal, donc il était normal que je ne l'ai pas compris à la fin du premier volume). Je trouve ça encore excellent, même si certains éléments d'intrigue sont vraiment tirés par les cheveux. Préventivement j'ai acheté la série complète (six volumes), même si je pense que je vais lire autre chose (j'ai beaucoup de livres sur ma liste) plutôt que d'attaquer tout de suite le troisième.


Madame la directrice de l'ENS (Monique Canto-Sperber, nommée assez récemment) vient nous rendre visite demain matin (nous = le département de maths). Nous sommes donc priés d'être à nos postes dès 9h30, histoire de faire bonne impression. ☺ Faudra-t-il couvrir les tableaux noirs de formules incompréhensibles pour avoir l'air encore plus sérieux ?


Il m'a vaguement traversé l'esprit que je pourrais assister à un groupe de travail d'une semaine organisé (notamment par mon directeur de thèse) à Berkeley fin mars sur les approches cohomologiques à la recherche des points rationnels. Cependant, quand je vois simplement le formulaire à remplir pour demander un financement, je me dis que ces gens se moquent vraiment du monde : le plus délirant, c'est qu'ils veulent impérativement un numéro ITIN (IRS Individual Taxpayer Identification Number, ce qui tient lieu d'identifiant fiscal aux États-Unis pour les gens qui ne peuvent pas obtenir un numéro de sécurité sociale américain). Or ce numéro s'obtient en remplissant un autre formulaire délirant de demande qui doit être joint à un original ou une photocopie notariée par un notaire américain du passeport de celui qui fait la démarche. Très drôle : je vais envoyer mon passeport (d'ailleurs, pour l'instant je n'en ai pas — mais bon, ça peut se corriger assez vite, ça) aux États-Unis ou y aller en personne pour en faire certifier conforme une photocopie. En plus, aucun des motifs pour demander un numéro ITIN ne colle au cas considéré. Dans ces conditions, j'abandonne.


Je cherchais à m'acheter le DVD du mythique Péril jeune (je ne l'ai jamais vu), mais il est introuvable aussi bien à la Fnac des Halles qu'au Virgin Rivoli ou chez Gibert. Je me résous à l'acheter par correspondance, mais je n'ai cesse de m'étonner de la manière dont ils constituent leurs stocks.


Il faut que je dépose mon dossier de candidature au CNRS pour cette année. Encore une opération qui va prendre un temps délirant. Il n'y a rien de plus fatigant que la paperasse. Au moins celle-ci est complètement électronique.

(mardi)

Ça ne finira jamais ?

J'ai peut-être eu tort d'enterrer trop tôt mon rhume : parce que maintenant j'ai mal à la gorge !

(mardi)

Des (vrais) chiffres sur la vente des CD

On nous laisse souvent comprendre que l'industrie du disque périclite, que la situation est catastrophique, que les ventes de CD sont en chute libre, et, sous-entend-on, que tout ça est dû au piratage (sic) sur Internet. Outre que le lien de cause à effet est très contestable (comme l'explique par exemple cette étude), est-ce que l'effet lui-même est exact ? D'un côté, la SACEM prétend dans son rapport d'activités 2004 que les résultats des perceptions dans le domaine phonographique […] sont en chute de près de 24% ; de l'autre, d'après la BBC, au Royaume-Uni en 2004, 237 millions de disques ont été vendus, une augmentation de 3% par rapport à 2003 et un record pour l'instant. Du coup, je suis un peu perplexe.

Mais comme on trouve tout sur Internet si on cherche assez longtemps, j'ai fini par obtenir sur le site de la RIAA les chiffres de vente des CD pour les États-Unis sur les 15 dernières années. (Oui, j'ai uniquement pour les États-Unis, je n'ai pas pour la France. Je fais ce que je peux.) J'ai mis ça sous forme de graphe (en laissant gnuplot me faire une jolie courbe lisse par interpolation) et ça ressemble à ça :

Vente des CD aux États-Unis :
[Graphique de la vente des CD]
(en abscisse, l'année, en ordonnée, le nombre de ventes en millions par an)

Hum, c'est le graphe d'une chute libre, ça ? J'ai dû mal apprendre mes cours de physique quand j'étais petit. Bon, d'accord, il y a une baisse assez sensible entre 2000 et 2003 (remarquez quand même qu'on reste clairement au-dessus du niveau de 1994 : il ne me semble pourtant pas qu'en 1994 on se plaignait que l'industrie du CD survivait à peine). Vous voulez une explication ? Moi je vous propose celle-ci : en 1996–1997 le prix moyen d'un CD vendu (toujours d'après les chiffres de la RIAA, je n'invente rien) est autour de $13, en 2003 il est supérieur à $15. Voilà un effet surprenant et inattendu : plus on vend quelque chose cher[#], moins les gens en achètent. Mais bien sûr, c'est certainement la faute des vilains pirates sur Internet. (Heureusement, que ces vilains pirates n'empêchent pas, entre 2003 et 2004, Universal Music de tripler ses revenus issus de la musique en ligne.)

Ajout : On me signale cette étude économique très complète et très intéressante de la musique numérique du point de vue économique.

[#] OK, ma façon de le présenter est trompeuse : entre 1996 et 2003, l'augmentation de prix corrigée pour tenir compte de l'inflation (pour laquelle je trouve les données sur inflationdata.com) n'est que de 1%.

(lundi)

Narcolepsie ?

Encore une conséquence à retardement de mon rhume (lequel est maintenant presque — mais pas complètement — terminé) est que je suis rentré dans un rythme où je dors entre 12 et 14 heures par journée (je me couche typiquement entre 2h et 4h du matin et je me réveille vers 17h avec quelques moments d'insomnie entre temps). Ce n'est pas forcément désagréable en soi, de dormir beaucoup, mais ça n'aide pas vraiment à être productif en quoi que ce soit !

Correction : Comme on me le fait remarquer, je ne devrais pas parler de narcolepsie — qui est quelque chose de complètement différent — mais d'hypersomnie. Mea culpa.

(dimanche)

Comment fêter dignement une seconde intercalaire

Tous les geeks le savaient déjà depuis longtemps, et l'information a même réussi à faire l'objet d'une brève au journal de 20h (c'est dire…) mais cette journée du 1er janvier 2006 aura compté (en France, parce que dans d'autres fuseaux horaires c'est celle du 31 décembre 2005) 86401 secondes au lieu des habituelles 86400 : entre le 00:59:59 et 01:00:00 (heure de Paris) on a intercalé toute une seconde supplémentaire, baptisée fort logiquement 00:59:60. Cela faisait sept ans qu'on n'avait pas inséré de telle seconde intercalaire. (Les raisons détaillées de ces secondes sont expliquées dans ma page sur le temps : en résumé, la seconde atomique a été basée sur des éphémérides astronomiques datant du XIXe siècle, et la rotation de la Terre a un peu ralenti depuis, donc le jour solaire moyen est légèrement plus long que 86400 secondes, ce qui oblige à retarder de temps en temps d'une seconde le temps universel dit coordonné par rapport au temps atomique.)

Évidemment, j'ai passé plus de temps à me demander ce que je pourrais faire de cette seconde supplémentaire qu'à la vivre (parce qu'elle est passée, assez bêtement, en une seconde), mais j'ai au moins pu en prendre clairement conscience par le fait que ma montre, qui était à l'heure pour minuit, avait pris une seconde d'avance quelques heures après. (En revanche, je ne saurai pas comment mon horloge radio-commandée ou l'affichage de l'heure par mon ordinateur auront réagi — je doute que l'un ou l'autre ait correctement affiché 00:59:60 à aucun moment —, je sais seulement que vers trois heures du matin les deux étaient bien passés à la bonne heure.)

Cela peut sembler très anecdotique, mais pour certaines questions de précision cela représente un enjeu pas du tout négligeable. Il a même été suggéré assez sérieusement d'en finir avec le mécanisme, et de laisser le temps universel coordonné dériver par rapport au soleil (après tout il faudra un certain nombre de siècles avant que ce décalage atteigne une heure, et on pourrait toujours alors changer les fuseaux horaires pour compenser), pour éviter d'avoir à tenir compte de ces petites irrégularités dans le décompte du temps.

Ce site est même dédié aux secondes intercalaire.

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