David Madore's WebLog: 2004-07

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in July 2004 / Entrées publiées en juillet 2004:

(samedi)

4+4=8

Une remarque de quelqu'un m'ayant conduit à relire certains de mes textes, je me suis rappelé qu'à ajouter à mes quatre histoires d'amour très courtes j'avais ces quatre autres histoires très courtes qu'un ami (désirant rester anonyme : nous l'appellerons Aylleté Fonnome) a écrites (le 2004-04-08) et qu'il m'avait autorisé à publier. Mieux vaut tard que jamais ! J'aime beaucoup ces nouvelles, qui font un très beau pendant aux miennes. Merci à leur auteur, donc.

(vendredi)

Remerciements

J'avais promis de ne plus parler de ma déprime d'ici que j'aille mieux. Je peux donc dire : je vais mieux. Beaucoup mieux, même. Je sais à quel point mon humeur a tendance à être cyclique, donc rien ne promet que ce soit durable, mais j'ai quand même l'impression d'avoir compris certaines des causes qui me plongeaient dans cet état (pour différentes raisons, je ne veux pas en parler plus précisément au-delà de ce que j'ai déjà dit) et de savoir un peu agir dessus. Je continue à entretenir mentalement l'idée de consulter un psy (et pourtant, je viens de revoir Annie Hall ! qui, d'ailleurs, est fabuleux pour le moral), mais il me faudra certainement longtemps pour trouver quelqu'un qui ait une chance de me convenir (quoi ? trouver un psy serait aussi dur que trouver un petit copain ? je suis mal parti). Une autre chose qui m'aide à m'en sortir et que quelques circonstances fortuites me donnent une chance, dans une certaine mesure, d'aider (peut-être pas dans des aspects très importants, mais c'est tout de même quelque chose) une personne ou deux (là non plus je ne veux pas en dire plus, mais j'avais déjà constaté qu'aider quelqu'un peut être une excellente façon de s'aider soi-même).

Enfin, en tout cas, je voudrais remercier les personnes qui m'ont apporté un soutien (ne serait-ce que par un petit mot gentil) au moment où j'en avais besoin, et entre autres (dans un ordre absolument quelconque) : Pierre, Antoine, Laurent, Adrien, Izys, Ska, Erwan, Benny, Fabrice, Jean-Louis, Lionel, Dimitri, mon petit frère Mouton, la maman de celui-ci (qui est donc un peu ma maman aussi), ma maman à moi (celle qui me supporte vaillamment depuis très bientôt 28 ans), et un certain nombre d'anonymes (ou pseudonymes) commentateurs de ce blog, plus ceux que j'oublie. Quelqu'un me demandait récemment, justement, la chose dont j'étais le plus fier dans cette vie, et je crois que j'ai eu raison de répondre : mes amis.

(jeudi)

Rollers à Paris

Bon, après en avoir fait un peu à Toulouse, il faut que je me mette sérieusement aux rollers à Paris. Le but intermédiaire est d'arriver : d'une part, à freiner correctement (c'est-à-dire sans le frein arrière, en mettant les patins en T ; pour l'instant, quand j'essaie ça, je fais un demi-tour et si j'allais trop vite je tombe), et, d'autre part, à avoir le niveau pour faire la grande balade du vendredi soir (celle qui part, justement, de la place d'Italie). Pour l'instant, je peux difficilement me considérer mieux que débutant. Hum, là, j'ai fait, avec un ami, de Bastille à la Villette en environ une heure : pas vraiment glorieux ! Le trajet est plutôt agréable, sauf le passage entre l'émergence du canal Saint-Martin et la rotonde de la Villette.

Est-ce qu'il existe des plans de Paris « spéciaux rollers » sur lesquels les axes seraient coloriés pour indiquer à quel point ils sont plaisants (revêtement lisse, circulation réduite ou trottoirs larges, ce genre de choses) ? Ce serait bien pratique.

D'un autre côté, je suppose que cela fait partie des compétences à acquérir en rollers au même titre que la maîtrise technique proprement dite : savoir quand il vaut mieux monter sur le trottoir ou circuler sur la chaussée, repérer la trajectoire la plus confortable, identifier les difficultés du terrain, tout ça tout ça.

(mercredi)

Fragment littéraire gratuit #17

Une voix me tire de ma rêverie : Docteur Huyghens, je suppose ? Je regarde celui qui vient de m'interpeller. Il ajoute : Je suis ravi que vous ayez accepté mon rendez-vous.

Voici donc à quoi ressemble mon mystérieux correspondant ! J'avoue que je vous imaginais différent… je m'attendais à quelqu'un de plus âgé. En tout cas pas à un si bel homme.

La flatterie ne vous mènera nulle part, mais continuez d'essayer.

Volontiers : j'imagine que c'est votre érudition qui me causait cette impression, celle d'un vieillard empli de sagesse. Et donner rendez-vous dans une bibliothèque !

Essayez de garder votre ironie à un niveau tel que je pourrais feindre de ne pas l'entendre. Mais les bibliothèques me fascinent, justement, parce qu'elles me font voir l'étendue de mon ignorance. Tout ça — il montre tout ça d'un geste théâtral, englobant de son geste des étagères chargées de livres, — tout ce savoir à une minuscule partie duquel seulement une vie entière peut suffire à donner accès ! Ces connaissances (quelque vingt millions de titres, je crois) enregistrées dans toutes les langues du monde — voilà quel est le poids de mes lacunes. Puis, sur le ton de la confidence : Érudition ? Vous vous moquez. Même parmi les classiques, ces livres qu'un plaisant définissait comme des œuvres que tout le monde veut avoir lues mais que personne ne veut lire, mon ignorance est encyclopédique, et ceux-là que j'ai lus c'était souvent, justement, pour les avoir lus et non pour eux-mêmes. Mais les bibliothèques ne m'émerveillent que d'autant plus : car tous ces livres non seulement ont été lus, mais même ont été écrits, et il a donc fallu que chacun, même le plus rébarbatif, trouvât quelqu'un qui se dévouât à l'écrire. (Je trouve l'idée saugrenue mais amusante des livres qui attendent, dans les limbes, qu'on daigne les écrire.)

Il prend une chaise et s'assoit tout près de moi, continue : J'ai eu la prétention, parfois, de vouloir écrire un roman. Je m'en sais maintenant incapable, peu importe. Mais je sais comment il aurait commencé. Dans une bibliothèque. Une jeune femme est en train de lire Borges. Ou Calvino, peut-être — ou Eco. Un livre qui parle de livres, et de bibliothèques, en tout cas. Dans une bibliothèque. Un livre qu'elle ne connaissait pas en entrant qu'elle a trouvé au hasard, comme attirée par lui. Elle n'a rien d'une érudite, pour reprendre votre expression, c'est juste ce livre-là qui lui a plu. Elle n'est même pas le principal personnage du roman, et le roman ne parle pas de livres — je n'oserais pas, je laisse ça à d'autres. Mais il commence dans une bibliothèque. Ça, oui, il le faut. Comme un hommage.

Je souris. Ce n'est pas un mauvais début.

Vous vous moquez encore. N'importe ! Vous avez sans doute vu ce film de Wim Wenders, Les Ailes du désir : comme j'ai aimé ces scènes dans la bibliothèque, où les anges écoutent les hommes qui lisent. Il y a dans cette communion avec le savoir — qui sait ce que cette dame, là-bas, est en train de regarder dans cet énorme volume qu'elle consulte ? — quelque chose de profondément spirituel en même temps qu'immanent.

Je souris encore. Je trouve très touchante votre façon de voir les choses. Je souris, mais c'est affectueusement. Cependant, je pense qu'il y avait une raison à notre rencontre…

(mercredi)

I, Robot

J'ai été plutôt agréablement surpris : je m'attendais à un film d'action complètement crétin, et c'est bien un film d'action, mais il n'est pas sans intérêt. Je m'attendais à ce qu'Asimov serve uniquement de prête-nom, et ce n'est pas le cas : bon, il est vrai que le scénario, qui n'est pas directement tiré d'une oeuvre de l'écrivain, est très hollywoodien et n'a pas la complexité et la subtilité des intrigues nouées par le Bon Docteur, mais il reste quand même une certaine influence du maître — en tout cas, je trouve que ce n'est pas une trahison. Je ne spoilerai pas, mais on peut même trouver des justifications dans l'oeuvre d'Asimov pour le principal ressort de l'intrigue au final. Le personnage de Susan Calvin est assez modifié mais pas complètement trahi non plus. Will Smith ne joue pas mal du tout, je trouve, son personnage est relativement plausible, et il y a des passages très rigolos au début (la grand-mère, notamment, est absolument excellente).

À la limite, ce qui m'a le plus agacé, c'est un petit bout de morale glissé discrètement au passage : si vous avez le choix entre sauver un homme (avec une probabilité de 48%, mais à la limite peu importe) et sauver une petite fille (avec une probabilité de 11%) il « faudrait » (au sens où : d'après le film, n'importe quel humain ferait ça) sauver la petite fille. Je ne sais pas pour vous, mais moi ça fait sonner mon pipotron éthique : je ne vois pas pourquoi c'est mieux de sauver la vie d'une petite fille que celle d'un homme plus âgé. Enfin bon, peu importe, ce n'est pas le point central du film, c'est juste un petit détail.

Bref, si vous vous ennuyez en ce moment (genre, vous êtes coincé à Toulouse par un stage d'info ?), n'hésitez pas à aller voir ce film.

PS : Dans les sorties prochaines de l'été, je vois Riddick et Hellboy, qui, dans le genre nanar gratiné, ont l'air tous les deux vraiment très forts. Forcément, il faudra que je voie les deux.

(mardi)

Légume

Voilà que je replonge dans une spirale que je ne connais que trop bien : celle qui me transforme en légume. Je me suis levé tout à l'heure à 16h après douze heures de sommeil : je dors énormément. Je mange n'importe comment, et n'importe quand (et n'importe quoi — en fait, surtout de la poudre de protéine dans du lait, ce qui est vraiment le degré zéro de la nourriture). Je n'ouvre pas mes volets, je ne sors pas de chez moi, je vis dans le noir (il faut dire que deux ampoules se sont cassées presque simultanément — ensuite, je n'ai pas eu le courage de les changer). Je ne fais rien de mes journées à part me planter devant un écran d'ordinateur, ou un écran de télé (enfin, je serais assez incapable de dire ce qui passe : je ne regarde pas). Je n'arrive pas à faire quoi que ce soit (même pas répondre à mes mails, d'ailleurs). Quand je me lève, il est déjà trop tard pour faire quoi que ce soit de la journée, donc je me dis, tant pis, j'attendrai demain, mais le lendemain c'est la même chose. Il faut que j'en sorte, mais je ne sais pas comment.

L'avantage, évidemment, c'est que les légumes ne souffrent pas. Enfin, c'est la théorie.

(Monday)

On the game of Set

[Twelve Set cards]Strange: I thought I had mentioned this game on this blog somewhere before, but I can't find trace of it. So let me say something of it. It is played with a deck of 81 cards, all unique, each card displaying one, two or three identical symbols (of three possible kinds) in one of tree possible colors and one of three possible shadings (unshaded, shaded or solid filled). So all the 3×3×3×3=81 combinations of symbol count, shape, color and shading (each of the four parameters having three possible values) are represented exactly once on the deck. Now we say that three cards from the deck form a set when each of the four parameters (count, shape, color and shading) is either identical over the three cards or different on all three (for example, for three cards to form a set, it is necessary for them to all display the same count of symbols, which can be either one, two, or three, or else for one card to display one symbol, another one two, and the third card three; and similarly—and independently—for shape, color and shading). For the benefit of mathematicians, we can say things more concisely: the deck is the four-dimensional affine space over the finite field with three elements, and a “set” is simply an affine line in this space; and mathematicians will quickly compute that there are 1080 possible sets among the 81 cards (with each card belonging to exactly 40 different sets).

However, this is not so much a game of mathematics as one of observation: essentially, the goal is to quickly spot a set in a given array of randomly dealt cards. So, for example, the image on the left shows twelve cards (perhaps not quite identical to the ones found in the commercial card game, because I have created my own images, but this hardly matters; here, the three shapes are rectangles, ovals and butterflies—or whatever you wish to call them—and the three colors are red, green and blue), among which there is one—and only one—set: can you see it? It can be quite tricky (I'm not sure how difficult this particular one is: now that I know where it is, it simply leaps to my eye so obviously that I can't imagine how anyone could miss it, but I have spent entire minutes vainly looking for a set in a given array of cards, so I know how frustrating it gets): while mathematically all kinds of sets are equivalent, they appear very different to the brain, and some are much easier to spot than others (I guess the greater the number of parameters which are equal over the set, the easier the set is to locate—except possibly symbol count which had better be different because “one two three” is easier to find than “two two two”). As a teaser for the visual cortex (mine is notably defective), this game is really mind-boggling.

One possible way to play this game among friends is to shuffle the deck, deal out twelve cards in a rectangular array, and wait until someone cries set, at which point he must promptly remove the three cards he found and replace them with new ones from the deck; if someone calls a set in error, he is forbidden to speak again until someone else calls one correctly. If all players agree that no set is to be found (which is rare, but not impossible: around 97% of all collections of twelve cards have at least one set in them), replace three arbitrary cards with new ones, or perhaps add three new ones. At the end of the deck, the winner is the player who spotted the greatest number of sets.

Incidentally, one can (well, a mathematician might, at least) ask for the largest possible number of cards that does not contain a set. It is fairly easy to find sixteen cards not containing a set (how?), and the best estimate I could find (with a fairly easy reasoning) in the other direction was that thirty-seven cards always contain a set; actually, it turns out that one can find twenty cards without a set (although doing so takes some cleverness), and that any collection of twenty-one cards always contains a set: the proof of these assertion can be found in a paper by Benjamin Lent Davis and Diane Maclagan.

I have written a little program (using GTK+) with which one can play Set (en solitaire, however: one simply has an indefinite amount of time to find the set and click on all three cards, at which point they are replaced with new ones and so on until the virtual deck runs out): the shapes in the image shown here are taken from this program (they were designed in PostScript and rasterized using GNU Ghostscript). I'm not sure whether I should distribute this game, however: for one thing, I'm afraid that Set® Entreprises might throw some intellectual property bullshit at me (we live in a world where people fear not the ridicule of patenting something like the four-dimensional affine space over the field with three elements—and most of the time get away with it); for another, the programming style is god-awful, because I did this in two hours whereas I had never used GTK+ before. But if someone insists (especially if that someone is willing to clean the thing up and package it), I might declare my code Public Domain and forget it on an FTP site somewhere.

(dimanche)

Polémique sur l'utilité des ENS

Une entrée précédente ayant soulevé une vague de commentaires sur un débat annexe, je tente de faire une réponse un peu plus construite ici. Précisément, je veux répondre à un commentateur (anonyme — quel dommage que les gens n'aient pas le courage d'assumer leurs opinions sous leur nom — plus précisément le #1187) qui affirme en substance (j'espère ne pas trop dénaturer ses propos en les résumant très succinctement ainsi) :

(Et je passe sur un argument ad hominem discrètement versé.)

Voilà ce que je souhaite répondre à cela :

Après, ça ne m'empêche pas de trouver beaucoup à redire sur le système des prépas, et de penser qu'il faudrait créer plus de moyens pour rentrer à l'ENS en venant de la fac. Mais c'est un débat qui me dépasse (et, concernant les prépas, toutes les propositions de réformes que j'ai vues me paraissent pires que le mal).

(Disclaimer inévitable : comme tout ce qui est exprimé ici, les opinions ci-dessus ne sont que les miennes, à titre personnel, et je ne prétends pas parler, par exemple, en tant qu'enseignant à l'ENS.)

[#] S'il faut en citer un : à ce qu'on me dit, les parents des trois frères Lafforgue (l'aîné est le dernier médaillé Fields français pour ses résultats sur le programme de Langlands, et le benjamin est l'auteur de travaux vraiment remarquables notamment sur la conjecture de Baum-Connes) sont d'origine tout à fait modeste et ne viennent en aucune manière du milieu de l'enseignement ou de la recherche, mais ils avaient une admiration très grande pour ce milieu et l'ont communiquée à leurs enfants — et ça a eu un résultat brillant.

(samedi)

Quelques pubs au cinéma

Je reviens du cinéma où je suis allé voir Le Rôle de sa vie. Je ne dirai pas grand-chose du film : autant les personnages étaient assez intéressants et réalistes, autant l'histoire m'a semblé d'un intérêt assez nul, et je suis plutôt déçu (mais bon, vu l'ennui absolument souverain qui me possède ce week-end, et n'ayant le courage de ne rigoureusement rien faire de la montagne de choses qui m'attendent, le cinéma est encore une façon de s'échapper). Donc à la place je vais juste mentionner deux pubs que j'ai vues en début de séance.

D'abord, il y a ce clip (je ne sais pas comment l'appeler autrement) produit par la mairie de Paris sur la chanson Paris de Marc Lavoine (Je marche dans tes rues / Qui me marchent sur les pieds / Je bois dans tes cafés…), où on voit chanter des stars filmées en noir et blanc dans Paris et sur un montage très mobile. Eh bien je la trouve absolument magnifique, cette pub (j'aime beaucoup la chanson, que je ne connaissais pas du tout, mais c'est surtout la manière dont c'est filmé qui est admirable). Je l'avais déjà vue l'an dernier à la même saison, mais je n'y avais pas trop prêté attention : là, je félicite ceux qui ont fait ça. (Pour ceux qui n'ont pas vu et qui se posent la question, c'est une pub pour l'opération 3 jours, 3 euros les 22, 23 et 24 août dans tous les cinémas parisiens.)

Ensuite, une pub pour EDF, que je saurais pas vraiment qualifier autrement que la pub actuelle pour EDF au cinéma. Les deux premières fois que je l'ai vue, je n'avais pas du tout compris avant la fin sur quoi elle portait (je pensais plutôt à une agence d'assurance, ou une banque, ou quelque chose comme ça, parce que ce sont plutôt elles qui ont tendance à faire des pubs dans le genre, vaguement lyriques et sans objet évident). En tout cas je n'y avais pas fait beaucoup attention. Ensuite, on m'a fait remarquer que la pub faisait très “années 70” (sic, enfin je crois), et j'y ai fait un peu plus attention cette fois-ci. En réalité, elle est très construite, ce n'est pas du tout des petites séquences au hasard comme on en a l'impression en la voyant les premières fois : il y a toutes sortes de petits indices qui évoquent différentes époques, et si au début ce sont en effet les années 70 (cela se voit surtout aux appareils électriques, évidemment, ce qui est normal dans une pub pour EDF), ensuite on avance jusqu'à nos jours ; et en fait, l'ensemble évoque, par un nombre de très courts plans-séquences, la vie de quelqu'un (qui doit être à peu près de ma génération) entre sa naissance et la naissance de son enfant, les deux naissances étant représentées par des échographies. Je trouve ça artistiquement très réussi.

(jeudi)

Les normaliens nouveaux sont arrivés

[700e entrée dans ce 'blog ! Hourra, hourra, hourra ! Hourra, hourra, hourra ! Hourra !]

C'était aujourd'hui que tombaient les résultats du concours maths-physique-info des ENS. Pour être précis, pour Ulm, les résultats ont été affichés à 14h08 très précises (en fait, ils étaient prêts depuis un bout de temps, mais il fallait attendre que M. le directeur de l'École, Gabriel Ruget, daignât finir de déjeuner pour qu'il signât la feuille) ; Lyon était arrivé un peu avant, et Cachan est paru en fin d'après-midi. Bon, comme les résultats sont maintenant disponibles sur le Web, l'affichage papier sur place n'a pas la solennité qu'il avait jadis, mais enfin.

On avait organisé un pot pour célébrer l'occasion. En fait, deux pots (un pot officiel du concours et un pot préparé par l'association des élèves), par manque de coordination, ce qui est un peu stupide. Passons. Ça m'a permis de bavarder aussi bien avec les membres du jury (j'en connais quelques-uns) qu'avec les admis (je n'en connais pas directement, mais j'en connais un certain nombre qui en connaissent). Et d'apprendre un certain nombre de choses, d'ailleurs, sur le déroulement du concours en général (non, je ne parlerai que sous la torture ☺) ou sur cette session en particulier. Il semble que le peloton de tête (les six ou sept premiers) était particulièrement brillant cette année ; le major, François Charles, avec qui j'ai échangé quelques mots, a été apprécié notamment pour son TIPE sur les applications de la théorie des modèles à la théorie des corps (hum, il a bon goût, ce garçon, ça doit être quelqu'un de bien). Et je sais maintenant aussi qui est le petit malin qui a pondu le sujet d'Ulm-Lyon de six heures où il s'est agi de démontrer le théorème 90 de Hilbert.

Un joli commentaire d'un candidat sur le concours des ENS : par rapport à d'autres Écoles, au moins, ici, on a l'impression que les examinateurs n'ont pas pour consigne d'être désagréables.

Par ailleurs, je dois participer à la sélection des dossiers des magistériens du MMFAI (les magistériens ne sont pas normaliens, mais ils suivent les mêmes cours, sans être payés). Je n'aime pas trop prendre ce genre de responsabilité, mais j'étais le seul à être là pendant l'été donc je m'y suis collé : ça me fait vraiment mal au cœur de devoir rejeter des dossiers de gens qui sont manifestement très motivés pour venir et qui, tout bêtement, n'ont évidemment pas le niveau (bon, il faut se dire que si on les prenait ils seraient bien vite largués). A priori on cible les gens qui ont été admissibles (ou au moins sous-admissibles) à une ENS, venant d'une taupe, ou qui, venant d'un DEUG MIAS, ont au moins la mention très bien (en pratique il semble qu'il n'y ait que le DEUG de Paris VI qui envoie des magistériens à l'ENS en maths) ; mais il y a quelques dossiers vraiment exotiques dont il faudra que je discute avec le directeur des études du magistère.

(Hum, je m'excuse de cette entrée qui doit être vraiment emmerdante pour toute personne qui ne baigne pas dans le petit monde de la prépa française ou de les ENS. M'enfin bon.)

(mercredi)

Spiderman 2

Allez, parlons un peu d'autre chose : je viens de voir le navet de l'été, et je l'ai trouvé tout à fait digérable (j'avais eu des échos positifs et négatifs). Je précise que je n'avais pas vu le 1. Ce n'est pas très profond, c'est sûr, mais le film me fait un peu l'effet du héros lui-même : brouillon, incertain, mais finalement attendrissant. (Soit dit en passant, physiquement, je ne dirais pas qu'il est très beau, le Peter Parker — ou en tout cas, je n'arrête pas de changer d'avis d'une scène sur l'autre —, mais c'est tellement mignon quand il a une tête de chien battu — enfin, d'araignée battue —, qu'il en devient craquant.)

Sinon, vous avez remarqué : on voit souvent des histoires avec un méchant savant fou qui peut être un physicien (qui met au point toutes sortes d'engins dangereux), un chimiste (qui peut produire des substances horriblement toxiques ou corrosives), un biologiste (qui va créer des organismes mutants totalement invraisembables) ou parfois un informaticien (qui va prendre le contrôle de tous les ordinateurs), mais on voit rarement un mathématicien. Ha, ha, only serious! Imaginez un peu une histoire avec un méchant mathématicien fou qui va prendre le contrôle du monde grâce à un théorème faramineux, et un super-héros qui va l'en empêcher — ça ce serait excellent.

(mercredi)

Quelques mécanismes de la déprime

Premier cercle vicieux : plus on déprime, plus on fatigue les gens autour de soi (à force de répéter qu'on va mal, qu'on va mal, qu'on va mal). Même si ce n'est pas vrai, on s'en persuade soi-même. D'ailleurs, on a tendance à envoyer promener les gens qui essaient vraiment d'aider. Du coup, on se retrouve d'autant plus seul. Et plus on se sent seul, plus on déprime.

Deuxième cercle vicieux : plus on est susceptible de déprimer à cause d'une mauvaise image de soi, plus cette image s'aggrave, et plus on déprime. Troisième cercle vicieux : plus on déprime, moins on est motivé pour agir (y compris pour faire des choses permettant de sortir, sinon de la dépression, au moins de l'ennui), et donc moins on a de chances de s'en sortir.

Bon, tout cela n'est pas très encourageant. J'ai fait une petite plongée introspective dans les profondeurs de ma personnalité, j'y ai trouvé des choses vraiment pas jolies à voir. Ceci dit, peut-être qu'il y a le début d'un fil qui va me conduire quelque part… À suivre, donc.

Et à part ça, je vais arrêter de parler du fait que je vais mal, jusqu'à ce que quelque chose ait changé, parce que ça n'a plus aucun intérêt.

(lundi)

Fragment littéraire gratuit #16

L'artiste, nous dit-on, est celui qui fait commerce de ses névroses. Allons-y !

Alexandre reste longtemps à la fenêtre : les ciels enflammés du couchant laissent place à la clarté incertaine de la brune. L'éclairage urbain est encore éteint, tout est glauque dans les rues. Alexandre se détourne de la vue. La mélancolie monte de nouveau en lui. Il le sent. Il ne va pas l'arrêter, il ne fait rien pour : il s'abandonne à elle. Il se laisse envahir par cette impression de vide, d'inutilité, de futilité.

Nouveau regard sur la pièce. Ce n'est pas celle-ci qui a changé, c'est l'œil qui la scrute. Une ennemie : voilà ce qu'elle est. Partout de lâches offrandes à un bonheur qui en cet instant lui semble odieux. Il n'est pas heureux ! Il ne veut pas être heureux ! Il n'a pas le droit d'être heureux ! Il n'a aucune raison de l'être. L'œil balaie tous les objets dont il a décoré avec tendresse son foyer chéri. Haine. Rien de cela n'a de sens. Des bibelots formant une décoration sobre mais raffinée. À quoi bon ?

Son regard finit par se poser sur le chat. Quinze années de son existence sont là, sur la table basse, dans cette œuvre si parfaite. Il s'en approche. Non, ne fais pas ça ! hurle une voix en lui : il l'ignore. Il ne peut pas se satisfaire de cette chose. Il doit en faire le sacrifice pour justifier son malheur, pour faire taire cette partie de lui qui continue à sourire. Rage. Folie destructrice. Le chat vole en morceaux. Quinze ans rayés d'un trait.

Il se regarde dans le miroir. La transpiration perle à son front. Il hait ce visage. Il voudrait tant qu'une figure consolatrice parût pour lui dire quelques mots de réconfort — et pouvoir la gifler ensuite. Mais aucune figure ne viendra : il est seul chez lui, il n'a jamais été autrement que seul. Il hait ce visage, qui est sa seule compagnie.

Il voudrait se crever les yeux ; le courage lui manque. Toute sa rage ne parvient pas à vaincre la résistance qui défend son intégrité corporelle. Il cogne son poing contre les murs, se fait mal, s'arrête. Maudit sa lâcheté : même en cet instant, il tient trop à la vie. Vie vaine. Vie sans but.

Enfin, les sanglots percent. L'abcès est crevé. Alexandre hoquette, puis il hurle. Un fragment du visage du chat, tombé à terre, le regarde d'un seul œil. Comme un animal blessé à mort. Il pousse des cris inarticulés, balance la tête. Finit par s'effondrer sur le sol, terrassé par la douleur et la fatigue. Il s'endort dans un sommeil sans rêves. Fasse le ciel qu'il ne se réveille jamais.

(Sunday)

If…

Just for the fun of testing the Speex codec as well as my new (cheap) PC microphone, here is a recording of myself reciting a famous poem by Rudyard Kipling.

(samedi)

Il manque quelque chose à notre culture

Je crois que c'est un manque qui ne sera jamais comblé et qui, à sa manière, me pèsera toujours : l'amour homosexuel n'a pas la représentation culturelle qu'a l'amour hétérosexuel. Ce que je veux dire, c'est qu'il existe quantité de formes artistiques (ou, plus généralement, culturelles), de la poésie à la peinture en passant par le théâtre, le cinéma, la chanson ou la sculpture, qui de toutes sortes de façons ont célébré l'amour, et qui sont les bases d'une certaine représentation mentale inévitable sur laquelle nous construisons, ensuite, notre conception de l'amour ; or, si on excepte, en gros, des choses qui ont été produites dans la seconde moitié du XXe siècle ou bien des œuvres qu'il faut lire à travers des filtres sophistiqués, il ne s'agit jamais que de l'amour hétérosexuel. En se promenant dans un jardin à la française orné de statues, on ne voit pas une représentation de deux garçons en train de s'embrasser ; quand on écoute des chansons populaires, on n'en entend jamais célébrant l'amour entre deux femmes ; quand Shakespeare écrit Roméo et Juliette, il s'agit d'un homme et d'une femme ; et ainsi de suite. Il n'y a pas une tragédie de Racine, pas une comédie de Molière, pas une pièce de Marivaux, pas un drame de Hugo, qui raconte l'amour entre deux femmes ou entre deux hommes ; pas non plus un poème de Ronsard ou une chanson de Brassens qui s'entende de cette façon. Cela est l'évidence même, mais ce silence est vraiment assourdissant. (Inutile, soit dit en passant, de me sortir des contre-exemples d'un chapeau de magicien, de me dire qu'à la troisième allée à gauche du château de Kleinschwarzsteintalseebaden on peut voir une sculpture représentant deux personnages de sexe masculin en train de s'embrasser : je n'ai aucun doute que les lecteurs de mon blog sont capables de dénicher ce genre d'exceptions, mais mon observation demeure. Et, oui, j'ai lu la seconde églogue de Virgile, que j'aime énormément, mais qui ne change pas grand-chose non plus à ce que je dis.)

Bien entendu, les choses ont changé : il n'est plus tabou de représenter l'homosexualité dans l'art, et on ne s'en prive pas. Seulement, l'art a évolué, lui aussi. L'art produit à la fin du XXe siècle, ou au XXIe, n'est pas celui qu'on faisait au XIXe ou au XVIIIe ou avant. Et pour cette raison, la lacune dont je parle ne sera jamais comblée. Il n'y aura pas un nouveau Shakespeare pour écrire Romain et Jules, parce qu'on n'écrit plus comme Shakespeare (ou alors ce serait une parodie, et ce n'est pas pareil ; mais il n'y a pas de Pierre Ménard capable de nos jours de refaire du Cervantès) ; pas plus qu'on n'écrit d'œuvres romantiques comme à la période romantique. Bref, quand bien même les mouvements de revendication homosexuels obtiendraient la plus grande satisfaction, quand bien même la société atteindrait une tolérance parfaite, rien ne pourra jamais refaire ce qui n'a jamais été fait.

Le point n'est pas anodin : je ne le monte pas en épingle pour le plaisir de me plaindre. Peut-être est-il vrai que je le prends trop à cœur (et presque de façon personnelle : je pourrais dire, en ne plaisantant qu'à moitié, idée saugrenue mais qui me plaît, que j'aimerais faire mon coming out auprès de Victor Hugo, qu'un esprit aussi profondément bon, progressiste et visionnaire, ne pourrait que bien le prendre ; malheureusement, il est mort presque un siècle avant ma naissance, et il est donc un peu tard pour lui parler : il faut que je me console en lisant Bug-Jargal avec une interprétation peu orthodoxe). Le fait est que cela m'a toujours peiné, et qu'à chaque fois que je vois une belle représentation de l'amour dans une œuvre d'art classique (au sens très large) je songe avec chagrin que je ne trouverai pas de semblable image de la forme d'amour qui est capable de me toucher.

(vendredi)

Quo vadis ?

Bon, mon extrême mélancolie d'avant-hier soir et d'hier m'est largement passée (mais je ne sais toujours pas à quoi l'attribuer, et je n'ai aucune idée de si elle reviendra). Je suis conscient que le caractère très volatil de mon humeur est inquiétant, comme un commentateur de l'entrée précédente le signale, mais je ne pense pas qu'il y ait grand-chose à y faire. Une chose qui m'inquiète aussi beaucoup, c'est qu'à force de faire des cycles rapides de tristesse↔joie, je vais finir par lasser vraiment tout mon entourage (chose que j'ai déjà observée : on a beau ressentir a priori énormément de sympathie pour quelqu'un, lorsqu'elle tourne toujours obstinément autour des mêmes malheurs, toute compassion finit par s'user), c'est l'effet du garçon qui criait au loup (il y avait vraiment un loup à chaque fois, mais le loup s'en allait bien vite).

L'effet principal de se sentir déprimé, c'est que tout vous paraît futile et sans saveur : à chaque chose qui devrait normalement vous réjouir une petite voix dans votre tête résonne et dit et alors ? — et à chaque action que vous entreprenez elle vous dit à quoi bon ? — otant ainsi toute motivation. Et objectivement il n'y a rien à répondre à cette petite voix : la vie est dénuée de sens et de motivation, ce n'est que par la force de la volonté qu'on peut lui en donner (manque de chance pour moi, ma conception du bonheur a l'air de dépendre quand même assez largement de certaines relations affectives que je n'arrive pas à avoir — et en ce moment et à ce sujet je ne vois plus aucune des potentialités qui semblaient exister il n'y a que quelques semaines).

Mais dans l'immédiat, il vaut sans doute mieux que je me concentre sur, justement, l'immédiat. Comme rédiger ma thèse (mon directeur a trouvé satisfaisante une référence que je lui ai proposée pour justifier un argument de théorie de l'intersection, cela me rassure assez), rencontrer des gens (le plus de gens possibles, pour ne pas me laisser passer des soirées seul à ruminer), faire du rollers (il faut que j'arrive à apprendre à freiner sans utiliser le frein arrière ! j'y arriverai, scrogneugneu) et claquer tout mon argent (aujourd'hui j'ai dépensé 100€ dans une bande dessinée — l'intégrale des Méta-Barons, une suggestion du frangin). Si je m'occupe assez, je ne trouverai plus le temps de déprimer. Allez, je ne résiste pas de terminer par une de ces merveilleuses petites phrases de Sempé (je cite de mémoire… et je ne peux pas, bien sûr, reproduire le dessin qui va avec) :

Je suis déprimé pour des raisons graves, profondes, existentielles. Bien sûr, il m'arrive d'être heureux ; mais les raisons pour lesquelles je suis heureux sont tellement légères, tellement futiles, que ça me déprime.

(mercredi)

Bonjour, déprime

C'est une sorte de chape de plomb qui vient de s'abattre sur ma tête. Ce n'est pas une surprise, car je l'ai vue venir : non que mon moral se soit progressivement détérioré — j'étais tout à fait heureux ces derniers jours sauf pendant de brefs moments où justement je ressentais (sans aucune raison compréhensible à leur venue) comme un aperçu de ce que j'éprouve maintenant. Il n'y a pas non plus de raison identifiable à ce que je me sente maintenant aussi mal, mais c'est un fait ; et c'est mon bonheur, pourtant si proche dans le temps, qui me paraît maintenant incompréhensible. Je n'ai envie de rien, juste de dormir et qu'on me laisse en paix. J'en ai assez d'embêter les gens (en particulier, justement, en me plaignant que je déprime), j'en ai assez de faire mon David Madore. Je me sens terriblement las.

J'en profite pour présenter d'avance mes excuses à ceux qui tenteront de me contacter, je risque de ne pas répondre beaucoup à mes mails.

(mardi)

Bons baisers de Toulouse

Un petit bonjour de Toulouse, où je suis en train de squatter une des machines du LAAS (merci, frangin) pour lire mon mail et écrire ces quelques mots.

La ville elle-même m'a très peu convaincu. Pour parler franchement, je trouve Toulouse assez moche : les bâtiments sont plutôt affreux, et souvent bien délabrés ou, en tout cas, très sales ; les architectures les plus disparates se côtoient sans harmonie, l'ensemble n'a aucun caractère et m'évoque une ville du Tiers-Monde (et puis, accessoirement, il n'y a aucune poubelle nulle part, et toute la ville est en chantiers, ce qui est pénible). La circulation est infernale, les rues soit sont trop étroites soit ressemblent à de véritables autoroutes. Bref, pas une réussite, de ce point de vue-là. Mais ce n'est pas grave, j'étais surtout venu ici pour voir des gens, et pour faire du rollers, et je n'ai pas été déçu par tout ça — je m'amuse bien.

Je suis très mauvais en rollers. J'en avais fait un tout petit peu il y a deux ans, quand je m'étais acheté mes patins, et je n'avais pas persévéré. Là c'était l'occasion parfaite : pour aller du centre-ville au campus de Rangueil (de l'Université Paul Sabatier) — où se trouve le LAAS où Mouton fait son stage, et où il loge —, il y a une promenade tout à fait plaisante le long du canal du midi, notamment sans route à traverser (le principal risque serait de tomber à l'eau). Bonne raison pour m'y remettre, donc. Mais je manque furieusement de technique, je sais que je ne fais pas ce qu'il faut (dans ma façon de pousser sur les jambes, surtout — notamment, je sais que j'utilise mes pieds de façon asymétrique et ce n'est pas bon parce que je me fais mal au gauche) mais je n'arrive pas à comprendre en quoi, ni à m'améliorer. Par ailleurs, je suis vraiment déchiré entre d'un côté l'envie de faire du rollers et d'apprendre à bien le faire parce que c'est vraiment excellent comme moyen de transport, et grisant comme sensation (quand ça avance et que je contrôle la situation, je me sens vraiment bien sur mes patins), — et d'autre part la peur parce que j'ai toujours des alarmes dans la tête qui me disent c'est dangereux — y'a des voitures — tu risques de tomber — tu es en équilibre précaire — tu vas te faire mal — le terrain est mauvais — etc : c'est assez stressant, tout ça.

Enfin voilà pour le moment, je ne vais pas m'éterniser à raconter ça. Je crains qu'à mon retour je retombe dans une certaine déprime, mais j'ai encore le temps de voir — pour l'instant je suis souvent très heureux. À plus tard ! (Et bonnes fêtes du 14 juillet pour ceux qui apprécient ça.)

(vendredi)

Je pars à Toulouse

Dans la série « j'essaie de me débarrasser de ma phobie des voyages », je vais passer cinq jours (de vacances) à Toulouse, pour retrouver mon frangin qui y fait son stage tout l'été et aussi quelques autres amis (deux matheux qui vont assister à ce congrès, et aussi un biologiste qui habite Toulouse). Comme le train met décidément un temps invraisemblable à arriver à Toulouse, je voyage en avion (aller par vol EZY4111 départ 2004-07-10T07:10+0200 ORY arrivée 2004-07-10T08:30+0200 TLS ; retour par vol EZY4122 départ 2004-07-14T21:00+0200 TLS arrivée 2004-07014T22:20+0200 ORY) : il faut bien dire qu'easyJet n'est pas cher mais passer par eux donne un peu l'impression qu'on aurait en donnant son numéro de carte bleue à un vendeur à la sauvette au Bengladesh. S'il y a besoin de me joindre pendant ce temps, j'aurai mon mobile avec moi, et sinon je loge à l'hôtel Kyriad Toulouse Centre, 5 boulevard de la Gare, 31500 Toulouse (tél. 05 61 34 11 71).

(jeudi)

Le bonheur ne fait pas écrire

J'étais parti pour ne pas écrire d'entrée aujourd'hui (j'ai déjà dit que je ne voulais plus m'imposer d'écrire forcément au moins une fois par jour), mais cela a été une prophétie auto-annulatrice. Or en me rendant compte que je n'avais pas vraiment envie d'écrire, je me suis aperçu que c'était essentiellement parce que je n'avais pas de malheur à déballer. Je ne dis pas que je n'ai écrit dans ce blog (jusqu'à présent) que pour faire part de mon insatisfaction et mon mécontentement, mais, quelque part, il y a quand même un peu de ça : si je suis malheureux, j'ai besoin de l'écrire pour dépasser ce sentiment, alors que le bonheur, lui, n'a pas besoin d'être (d)écrit (et quand il l'est, il n'est pas très intéressant) — il a besoin d'être vécu. C'est peut-être aussi pour cette raison que beaucoup de grands artistes sont des esprits tourmentés. (J'ai moi-même eu des moments d'inspiration en des périodes de profonde tristesse.) Mais si c'est vrai, c'est un peu dommage.

(Tiens, dans cet ordre d'idées : existe-t-il une histoire d'amour intéressante qui soit parfaitement heureuse ? Je veux dire, à lire, pas à vivre…)

(mercredi)

Fragment littéraire gratuit #15 (d'une description d'un roman imaginaire)

L'œuvre est « oulipienne » dans sa construction, en ce sens qu'elle obéit à des règles formelles extrêmement précises et contraignantes. Mais le génie de l'auteur fait qu'il n'apparaît rien de cette structure rigide à une lecture naïve : la rédaction semble couler de source, l'aisance du romancier avec les règles qu'il s'est imposées les fait oublier, comme si la liberté la plus grande présidait à l'écriture.

La contrainte la plus particulière concerne l'organisation des personnages. Le roman en fait apparaître exactement douze, quatre femmes et huit hommes, — pour lesquels on a pu voir des correspondances avec les figures d'un jeu de cartes. Mais le livre est également divisé en cent trente-deux « passages » (de longueur variable, entre un paragraphe et douze pages), et chacun de ces passages met en scène (parfois de façon indirecte) précisément six personnes parmi les douze, toujours de manière différente. La contrainte est que pour n'importe quel ensemble de cinq personnages il y a un — et un seul — passage du livre qui fait intervenir ces cinq-là (ainsi qu'un sixième, comme on vient de le dire). Les mathématiciens nous apprennent que cette structure remarquable porte un nom : il s'agit des 132 hexades d'un système de Steiner d'indices (5,6,12).

Cette combinatoire ne concerne pas uniquement la présence des personnages, mais également le modèle de la narration. Lorsqu'on lit le roman tel qu'il est présenté, il semble que l'ordre des passages est naturel. Néanmoins, il n'est pas chronologique dans le déroulement de l'action, et il n'est pas le seul possible. En fait, si l'on permute les personnages de façon arbitraire mais en respectant chacune des hexades (les mathématiciens diront qu'il s'agit d'un élément du groupe de Mathieu sur douze objets), on obtient une façon de réordonner les passages et ce nouvel ordre a encore un sens.

On pourrait continuer encore longtemps la description des propriétés mathématiques de l'œuvre. Mais le prodigieux tour de force de l'écrivain, ce n'est pas tant d'avoir su les produire que d'avoir fait en sorte qu'elles ne se voient pas.

Bon, d'accord, c'est vraiment une idée saugrenue. Je pense que même les « PQR » (Perec, Queneau et autres Roubaud) ne seraient pas allés aussi loin que d'écrire un roman construit selon la structure du système de Steiner d'indices (5,6,12). Mais j'aimerais bien voir ce que cela pourrait donner. Le risque principal serait sans doute que les personnages seraient un peu trop interchangeables (cinq fois interchangeables, pour être précis !).

(mardi)

Tentative de vulgarisation (début)

Comme promis, je me lance dans une tentative pour vulgariser la géométrie arithmétique et notamment mon sujet de thèse. En fait, le but que je me fixe est de donner un petit aperçu du sens de l'énoncé suivant (qui est une conjecture due notamment à mon directeur de thèse, et qui constitue en quelque sorte le Saint-Graal de la géométrie des variétés rationnelles-et-apparentées) :

Sur une variété (sur un corps de nombres) projective, lisse, (géométriquement) rationnellement connexe, l'obstruction de Brauer-Manin au principe de Hasse est la seule pour l'existence d'un point rationnel.

Cela risque de prendre un certain nombre de pages et, comme tout projet que j'entreprends, je ne suis pas du tout certain d'arriver un jour au bout. En attendant, voici le début, qui commence par quelques considérations sur les triplets pythagoriciens (en termes savants : trouver les points rationnels sur le cercle unité).

(lundi)

La suite

Je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi, mais mon moral a assez baissé depuis l'euphorie récente. En fait, j'ai quand même de sérieuses pistes : d'une part, une certaine potentialité s'est refermée dans mon esprit (il n'y a rien de matériel pour le justifier, mais j'ai cessé de croire à une possibilité qui me semblait imaginable il y a quelques semaines) ; je m'achemine de nouveau vers l'état d'esprit (si difficile à éviter) « je ne connaîtrai jamais l'amour, je n'arrive même plus à croire à une possibilité » ; quant à l'autre piste, ce n'est pas moi qu'elle concerne directement, et je ne peux pas en dire plus.

Tout ceci étant, je me demande ce que je vais raconter ici prochainement. Une des idées qui me sont venues à l'esprit est de tenter d'écrire une introduction de vulgarisation à mon domaine de recherche. Ça changera un peu de mes rants sur mon humeur du moment, de parler un peu de triplets pythagoriciens et de choses de ce genre.

(lundi)

Encore un mème sur les relations humaines

Un petit exercice auquel il peut être intéressant de se livrer : choisir une personne de son entourage (qu'on a vue passablement longuement récemment), et essayer de deviner (sauf qu'il ne s'agit pas de deviner au hasard, justement, mais d'avoir des raisons et de les comprendre) à quel moment on a été — dans sa compagnie — le plus agréable, et à quel moment le plus désagréable, pour cette personne. Il y a forcément un moment où on est le plus agaçant pour une personne donnée : il est très instructif de se demander quand. L'avantage de se demander quand et non pourquoi, c'est qu'on peut plus facilement demander confirmation auprès de la personne (c'est tout de même moins polémique et on a donc plus de chance d'obtenir une réponse vraie et non simplement dictée par la politesse) ; de plus, cela permet plus immédiatement d'apprendre à reconnaître ces moments ; mais surtout, cela oblige à penser (et à se voir soi-même) du point de vue d'une autre personne, ce qui est incomparablement précieux pour réussir à avoir des rapports harmonieux avec cette personne.

C'est tellement bête que cela mérite à peine le nom d'une idée, mais je pense que je ferais bien d'appliquer ça plus souvent.

(jeudi)

David content

J'ai souvent écrit des entrées dans ce blog pour dire que ça n'allait pas bien, alors écrivons-en aussi pour dire le contraire, pour une fois.

Déjà, la bonne nouvelle à laquelle j'ai fait allusion hier (je voulais attendre qu'elle soit sûre avant de la dire, mais on m'a fait parler, alors autant que je l'écrive ici) : je suis pris — sous réserve que le poste se libère bien — comme caïman (= agrégé préparateur) à l'ENS à la rentrée prochaine. (Sous réserve que le poste se libère, ça veut dire que celui qui l'occupe actuellement, Gaëtan Chenevier pour ne pas le nommer, devrait avoir un poste de chargé de recherches au CNRS — il est premier sur la liste complémentaire — mais ce n'est pas complètement certain non plus. On devrait en savoir plus sous peu. Mais on m'a appris que j'avais au moins le poste d'ATER que je demandais à Orsay.) Non seulement c'est un travail qui m'intéresse beaucoup (je ne me plains pas du tout de l'enseignement que j'ai fait en DEUG à Orsay : j'ai beaucoup aimé les quatre années que j'y ai passées, mais enseigner à l'ENS est encore plus motivant, et préparer à l'Agrégation c'est quelque chose qui devrait me plaire) et qui devrait me donner bien du courage pour travailler ; mais aussi, ça me permet de garder un an de plus un contact avec cette École que je ne me décide pas à quitter vraiment.

Ensuite, j'ai surestimé la morosité estivale : au moins en juillet je vais apparemment trouver pas mal de gens à voir. En ce moment, même, mon agenda social tourne à plein régime, et ça, ça me plaît beaucoup. Ce soir j'ai dîné avec plein de gens que j'apprécie beaucoup, samedi soir je remets ça mais à Lyon où je passe le week-end pour voir mon petit frère chéri, mardi soir je vois encore un autre groupe de gens pour une soirée d'anniversaire qui devrait être très sympa, et jeudi et vendredi je rencontre des gens que je n'ai pas encore vus mais que je suis curieux de connaître. Tout cela est alléchant. Et même en août, quelques personnes que j'aime beaucoup m'ont dit qu'elles seraient là.

Par ailleurs, je me suis aujourd'hui acquitté d'une tâche que j'avais promise à quelqu'un (il s'agit de la saisie d'un texte mathématique, précisément SGA 2 exposé XI pour ceux qui savent de quoi il retourne) — que j'aurais dû faire depuis longtemps, certes, mais je suis heureux d'en être libéré. Maintenant, le cap prioritaire pour mon travail, c'est décidément la rédaction de ma thèse (première partie : trouver certaines références en théorie de l'intersection).

Bref, tout cela pour dire que je vais vraiment bien aujourd'hui. Et j'ai envie de remercier tout un tas de gens, qui se reconnaîtront eux-mêmes (ou pas) : merci à tous !

Un petit bémol dans tout ça, quand même, c'est la santé : j'ai refait, hier matin et ce matin, des crises de tachycardie. Pas les pires que j'aie eues, rien de vraiment inquiétant (ça ne monte « que » à 140–160 pulsations par minute, et 10 à 15 minutes plus tard c'est redevenu normal ; comme le rythme est parfaitement régulier, ça ne doit pas être emboligène ; j'ai tendance à penser que c'est complètement psychosomatique, en fait, même pas un flutter), mais c'est en tout cas pénible, ne serait-ce que parce que ça interrompt mon sommeil et que pendant dix minutes je dois lutter contre les accès de panique. Pour ma tranquillité d'esprit je vais tenter de prendre rendez-vous chez un cardiologue, histoire de faire les tests de base (Holter, ECG, échographie cardiaque, test d'effort, ce genre de trucs).

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