David Madore's WebLog: Ce à quoi vous avez échappé (mais pas moi)

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(mercredi)

Ce à quoi vous avez échappé (mais pas moi)

Je reprends les choses rapidement là où je les avais laissées.

Ça a commencé par un râteau, qui, vous l'aurez remarqué, est le deuxième en peu de temps ; ce qui n'empêche qu'il n'a en fait pas grand-chose à voir avec le précédent. Je n'en dirai pas beaucoup, parce que la page est déjà tournée et que je ne suis d'ailleurs pas certain que l'autre personne concernée tienne à ce que j'en dise beaucoup : disons pour différencier du cas précédent qu'il est homo (ce qui m'a permis de réviser la deuxième partie de la leçon fondamentale) et que j'avais beaucoup moins eu le temps de m'attacher émotionnellement à lui de sorte que ce coup-là était moins dur (et il n'est pas question, là, de chercher à cultiver a posteriori une relation fraternelle ; savoir ce que seront nos rapports — ou s'ils seront tout court — reste encore à déterminer).

Ce qui est dur à porter, ce n'est pas la déconvenue elle-même, c'est le profond sentiment de vide et de désespoir qui fait place ensuite. Être amoureux, c'est une situation parfois dangereuse et anxiogène, mais ça a aussi du bon, parce que ça donne un sens au temps qui passe (pas un sens à la vie — rien de si général — mais au moins un but immédiat qui n'est pas trop futile) : et quand cela cesse, on se retrouve avec un énorme trou à la place du sentiment qu'on a effacé (d'où la tentation possible de maintenir le sentiment, même désespéré — mais ici je m'en suis bien gardé). Sentiment de désespoir, aussi, parce que cela s'ajoute à une interminable série d'échecs. Je voudrais bien garder de l'espoir, parce que l'espoir est une motivation, et même si cet espoir est vain il est nécessaire pour pouvoir vivre heureux (car nous nous nourrissons d'espoir vain — c'est pourquoi même si en fin de compte tout aura été futile nous arrivons tout de même à vivre de rêves immédiats, qui ne sont pas méprisables). Je voudrais bien pouvoir me dire que j'ai, moi aussi, droit de penser qu'un jour je rencontrerai l'amour (peut-être pas l'Amour avec un grand “A” éternel et impérissable, mais au moins quelque chose de réciproque et de pas complètement fantasmé), je voudrais bien ne pas me sentir victime d'une profonde injustice du destin (surtout que je n'y vois pas de raison objective) ; mais j'ai de plus en plus de mal à y croire, et ça c'est aussi un grand vide désespérant. (Et je ne suis pas facile à tromper : si à bientôt vingt-huit ans je n'ai toujours rien trouvé, ce n'est pas pour une raison passagère ou sans importance — c'est qu'il doit y avoir un problème basique et fondamental, et c'est de fort mauvais augure.)

En cet instant, je ne suis pas vraiment déprimé : je me sens surtout « sec », si j'ose dire. Maintenant, le côté positif, c'est que j'ai quand même appris (je crois) des choses, au cours des dernières semaines, sur les relations humaines en général : rien de bien profond ou révolutionnaire, mais des choses qui se sont un peu éclaircies dans ma tête et qui pourraient me servir plus tard ; j'essaierai d'en dire plus ultérieurement.

Reprenons. J'ai passé trois-quatre jours à Lyon avec mon petit frère d'adoption et avec sa famille (qui est donc, du coup, un peu la mienne aussi). Jours qui ont été exceptionnellement heureux et m'ont permis de combler un peu, ou en tout cas de reporter, le vide que je ressentais et dont je viens de parler. Il est toujours risqué de rester lié à quelqu'un dont on a été amoureux (pour ceux qui suivent en diagonale, le petit frère d'adoption, c'est le premier des deux râteaux), mais je crois que là c'est vraiment une réussite (pour nous deux), et c'est quelque chose dont je peux me réjouir. Maintenant, ça aussi ça a un coût, forcément : c'est que le petit frère part en stage à Toulouse jusqu'à fin août, et du coup mon vide affectif me revient à la figure, avec le manque de sa présence en plus (ou en moins, je ne sais pas comment on doit dire). L'idée de partir en Allemagne m'enchantant particulièrement peu, j'ai eu un nouveau gouffre devant moi (le pire étant juste après mon retour de Lyon).

Il n'y a pas énormément à raconter de mon voyage à Göttingen proprement dit (pour le côté touristique, voyez les photos que j'y ai prises). C'était une erreur de voyager en train couchette, parce que je n'ai pratiquement pas dormi (et même si je ne suis pas claustrophobe, le sentiment qu'on a à six dans un compartiment est étouffant — heureusement, au retour j'ai été miraculeusement placé en première classe et nous n'étions que quatre). Sur place, l'hôtel était très confortable et très agréable ; je n'aime pas trop être en chambre double, mais là c'était tout à fait supportable (ce qui était potentiellement embarrassant était que mon coturne — l'autre étudiant de mon directeur de thèse, en fait — était un garçon que j'eus trouvé vraiment très séduisant autrefois, et je ne crois pas qu'il eut énormément apprécié ce fait). Le contenu scientifique de la conférence était tout à fait intéressant (surtout s'agissant des « cours » donnés par Jean-Benoît Bost, Brendan Hassett et Richard Pink, qui exposent tous les trois remarquablement bien). Mon exposé à moi s'est bien déroulé, et a semblé convaincre l'auditoire. C'était amusant de se trouver dans une ville où Gauß, Hilbert et d'autres grands mathématiciens ont passé l'essentiel de leur carrière, et qui cultive activement leur souvenir. Göttingen est d'ailleurs une petite ville allemande typique bien propre et pleine de charme. Mais à part ça, on s'y ennuie ferme, parce qu'il n'y a vraiment rien à faire. Comme peu d'efforts étaient faits dans la conférence pour que les participants se rencontrent un peu et échangent (notamment, les déjeuners n'étaient même pas pris en groupe, alors que c'était le cas de toutes les conférences de maths auxquelles j'avais jusqu'à présent assisté), chacun partait dans son coin, et s'ennuyait séparément, si j'ose dire. (Ou bien on en était réduit à regarder les matchs de l'Euro 2004, c'est dire.) Et comme en plus je ne parle pas terriblement bien l'allemand (c'est d'ailleurs effrayant de constater le peu qu'il m'en reste alors que j'ai étudié cette langue pendant neuf ans) je n'étais pas spécialement aventureux. Bref, il y a eu des moments d'un ennui mortel, surtout le dernier jour (hier) pendant les longues heures, que j'ai comptées une à une, entre la fin de la conférence et mon retour à Paris.

Ceci étant, cet ennui profond n'était paradoxalement pas forcément trop mauvais pour mon état d'esprit : je me suis ennuyé, mais je n'ai pas déprimé. Sans doute parce que l'engourdissement intellectuel, si j'ose dire, s'accompagne d'une sorte d'anesthésie des sentiments, y compris de la tristesse. Certes, mon Mouton m'a manqué (mais Paris aussi me manquait), et heureusement que nous avons pu communiquer, mais cela m'a aussi aidé à récupérer, et je n'ai pas trop souffert — si ce n'est de l'ennui.

J'ai sans doute d'autres choses à dire, mais ça attendra. Il faut quand même que je note deux points dont je me suis aperçu : premièrement, que ne pas lire mon mail toutes les cinq secondes, ça me faisait du bien, et que ce serait donc sans doute utile de m'en passer un peu, du coup (surtout quand j'ai des gens avec qui parler en vrai). Et deuxièmement, qu'écrire dans ce blog me faisait aussi du bien, parce que ça m'a manqué pendant tout ce temps ; en revanche, je crois que je ne vais pas continuer à m'imposer de faire forcément et systématiquement une entrée par jour (même si je compte bien maintenir ce rythme approximatif).

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