David Madore's WebLog: 2011-02

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in February 2011 / Entrées publiées en février 2011:

(lundi)

J'essaie Cyanogen

J'ai un téléphone sous Android depuis un an et demi, et force est de constater qu'il subit le même phénomène horripilant que tous les ordinateurs : ce que j'appelle le « vieillissement logiciel », c'est-à-dire le fait que les mises à jour sont prévues pour des matériels plus récents et plus performants et qu'au bout d'un moment le vieux matériel est laissé sur le côté (alors qu'il n'est pas matériellement usé, il est seulement logiciellement usé). En l'occurrence, si mon téléphone était livré avec Android 1.0 et que j'ai rapidement pu mettre à jour vers Android 1.5 puis 1.6, le fabriquant (HTC) ne semble pas avoir (eu) pour projet de fournir des mises à jour vers les versions ultérieures du système : on peut le comprendre, parce que celles-ci sont prévues pour des appareils ayant plus de ressources (notamment mémoire), mais l'ennui est que, de nos jours, tout logiciel de plus de six mois est infesté de problèmes de sécurité, et le navigateur Web utilisé par Android n'est pas une exception. Normalement, HTC aurait le devoir moral de prévoir (pour plusieurs années au moins) des mises à jour mineures d'Android 1.6 pour corriger uniquement les trous de sécurité, mais évidemment, si Google ne les fait pas, ils n'ont pas les ressources pour. Bref. L'autre facette du problème est que, si je ne peux pas mettre à jour le système lui-même, les applications, elles, elles essaient quand même, notamment Google Maps qui déploie une ingéniosité sans pareil pour activer sournoisement la mise à jour automatique, or il se trouve que cette mise à jour échoue souvent parce que le téléphone manque de place (dans la partition /data) et on se retrouve avec une application cassée.

Ces problèmes étant ce qu'ils sont, cela faisait un moment que j'envisageais de passer à CyanogenMod, qui est la version communautaire d'Android (avec des petits robots cyan beaucoup plus joueurs que les petits robots verts de l'Android de base) et qui, contrairement à Google continue, pour encore un moment au moins, à gérer mon vieux téléphone HTC Dream (aka G1, aka, dans mon cas, Google Dev Phone) : spécifiquement, avec la version 6 de CyanogenMod, qui est basée sur Android 2.2.

J'envisage aussi d'acheter un nouveau téléphone (je logne sur le HTC Desire Z, parce que je veux avoir un vrai clavier physique ; l'inconvénient est que je tiens absolument au clavier QWERTY, ce qui veut dire qu'il faudra probablement faire acheter l'appareil hors de prix à Londres et que je n'aurai pas de garantie dessus, ce qui m'ennuie quand même), auquel cas mon poussinet (qui s'est fait voler son HTC Magic et depuis a un téléphone tout pourri qu'il avait acheté au Canada) récupérerait celui que j'ai actuellement. Mais en attendant, comme nous voulons faire des économies, je reste où j'en suis matériellement. Reste, donc, la possibilité de l'upgrade logicielle.

Les instructions pour mettre à jour, décrites officiellement ici et ici pour mon téléphone, font un peu peur, et j'avais beaucoup hésité avant de me lancer. Notamment pour deux raisons : (1) il faut accepter de perdre toutes les données installées sur le téléphone (toutes les données enregistrées par toutes les applications, les contacts, les logs d'appel, les SMS, etc. : certes, on peut faire des copies de sauvegarde de certaines choses pour les récupérer après, j'y reviendrai, mais le défaut est de tout perdre), et (2) pire, il y a une chance (faible, mais non négligeable, et surtout mal comprise) de « briquer » le téléphone (c'est-à-dire qu'il ne puisse plus redémarrer et qu'il devienne aussi inutile qu'une brique), situation dont il est très difficile de s'extraire (c'est possible, mais cela impose au moins d'ouvrir la bête pour souder des points de contact JTAG pas facilement accessibles, et de faire ensuite de la magie avec OpenOCD via un contrôleur JTAG : le genre de choses que je n'ai pas, mais alors vraiment pas du tout, envie de faire). Un jour j'écrirai dans ce blog un rant pour protester contre le fait que tous les dispositifs électroniques ou informatique, de nos jours, soient « briquables », que c'est un scandale, et que les fabriquants devraient avoir l'obligation réglementaire de fournir sur tout appareil de ce genre un bouton de reset complet qui remet le dispositif à zéro à partir d'une vraie ROM, bordel de merde, pas une connerie d'EPROM flashable… mais je digresse.

Concernant la première partie, j'ai fait des copies de sauvegarde ad hoc (soit avec des applications faites pour, soit simplement sur du papier) de toutes sortes de petites choses, de ma liste de SMS échangés à toutes sortes de réglages de configuration, et même la manière dont j'avais disposé les icônes sur les écrans. Mais j'ai aussi voulu faire une sauvegarde plus systématique de toutes les données du téléphone, en me disant que ça pourrait toujours servir. Eh bien figurez-vous que ce n'est pas facile !

Sur un système Linux normal, on peut copier intégralement l'image d'un disque ou d'une partition en faisant quelque chose comme dd if=/dev/sda of=/un/fichier/de/sauvegarde.img, où /dev/sda désigne le disque à sauvegarder ; mais pour la mémoire flash d'un téléphone sous Android, ce n'est pas si facile : on peut bien essayer de copier les partitions flash avec par exemple dd if=/dev/mtd/mtd5 of=/sdcard/data.img bs=2048, cela produit bien une image, mais si on veut ensuite en examiner le contenu (par exemple en extraire un fichier précis), il faut bien s'accrocher ! D'abord, Android utilise un système de fichiers complètement bizarre connu sous le nom de Yaffs2, tellement arcane qu'il ne fait pas partie des zillions de systèmes de fichiers (ou même des dizaines de systèmes de fichiers spécifiquement prévus pour les mémoires flash) connus par un Linux de base, et la documentation des structures de ce filesystem est quasi-inexistante (et fausse) ; ensuite, les mémoires flash ne stockent pas juste des blocs de 2048 octets, elles stockent pour chaque bloc un petit bout de données en plus, appelées données OOB (out-of-band), dans le cas de mon téléphone 56 octets par bloc de 2048 octets, utilisées pour faire de la détection et correction d'erreurs sur le bloc, mais dont certains bouts restent encore libres et Yaffs2 s'en sert : donc, pour pouvoir récupérer correctement les fichiers d'un tel dump, il faudra les données OOB. Pour les récupérer, il y a un programme qui existe, il s'appelle nanddump et il fait partie du jeu d'utilitaires mtd-utils, mais alors imaginez-vous que pour compiler ce programme de façon à pouvoir le faire tourner sous Android, ce n'est vraiment pas du gâteau (Google fournit bien des outils pour compiler des programmes pour Android, mais ils sont orientés vers la production d'applications normales, pas de petits utilitaires en ligne de commande ; pour compiler mon nanddump, j'ai dû passer par des choses aussi rébarbatives à taper que /opt/android-ndk-r5b/toolchains/arm-eabi-4.4.0/prebuilt/linux-x86/bin/arm-eabi-gcc -mandroid -O2 -g -Wall -Wextra -Wwrite-strings -Wno-sign-compare -ffunction-sections -fdata-sections -Wl,--gc-sections -g -o /tmp/mtd-utils-20110107/nanddump /tmp/mtd-utils-20110107/nanddump.o /tmp/mtd-utils-20110107/lib/libmtd.a -L/tmp/mtd-utils-20110107/lib -lmtd -Wl,-rpath-link,/opt/android-ndk-r5b/platforms/android-4/arch-arm/usr/lib -Wl,--dynamic-linker,/system/bin/linker -L /opt/android-ndk-r5b/platforms/android-4/arch-arm/usr/lib -I /opt/android-ndk-r5b/platforms/android-4/arch-arm/usr/include -nostdlib /opt/android-ndk-r5b/platforms/android-4/arch-arm/usr/lib/crtbegin_dynamic.o -lc). Et de toute façon, une fois produits ces dumps avec données OOB, je suis bien embarrassé pour les utiliser ; j'ai trouvé un programme unyaffs2 censé marcher, mais il a fallu le patcher parce qu'il attendait des blocs de 2048+64 octets et pas 2048+56, et encore, il n'a correctement fonctionné que sur la partition system, sur la partition data, il est mort dans de violentes souffrances. C'est à croire que je suis le premier à vouloir faire ça, récupérer intégralement la copie de la mémoire d'un téléphone Android pour pouvoir en extraire ensuite des fichiers si besoin est !

J'ai fini par me contenter d'une copie de sauvegarde « probablement complète, et exploitable en théorie » en plus de mes différentes sauvegardes manuelles de tout ce qui me venait à l'esprit.

Pour le risque de « briquer » le téléphone, les instructions officielles se voulaient rassurantes (j'avais déjà la bonne version du firmware radio, donc normalement tout est bien), même si j'ai assez peu apprécié la petite note en bas de la page qui explique qu'en fait personne n'a la moindre idée de pourquoi certains téléphones se font ainsi « briquer ». J'ai cependant affronté ma peur (en me disant que si ça m'arrivait, j'achèterais un kit JTAG pour faire joujou avec ce téléphone et/ou que j'en rachèterais un autre). Heureusement, tout s'est bien passé (j'ai suivi en gros le résumé fait par ce Monsieur) et je me suis retrouvé avec un téléphone sous CyanogenMod 6.1.0-DS.

Le passage d'Android 1.6 à 2.2 n'est pas bouleversant. C'est un peu plus lent mais pas catastrophiquement non plus (j'ai choisi d'activer la compilation just-in-time, je ne sais pas si c'était le mieux à faire), sauf pour certaines applications comme la nouvelle galerie (mais je m'en sers peu) qui a voulu faire des effets spéciaux malins en 3D qui ne servent à rien ; le navigateur, lui, semble plutôt plus rapide. Il y a quelques nouveautés en plus qui ont l'air intéressantes, comme le tethering (=utilisation du téléphone comme un modem) fourni par le système lui-même, et des petits raffinements pas mal dans l'interface (cinq écrans virtuels plutôt qu'un seul, les fonctions d'appel téléphonique et de lancement du navigateur toujours présentes à l'écran, la présentation des applications est mieux foutue, etc.) ; et pour les geeks qui s'en serviront, la ligne de commande a plus d'utilitaires de base (ils ont dû mettre un Busybox). L'application contacts est mieux faite, mais je vais y venir.

J'ai passé pas mal de temps à remettre les choses comme je les voulais, et à regretter de ne pas avoir noté scrupuleusement tous les réglages que j'avais. Il m'a fallu un peu de temps pour retrouver d'où venait le fond d'écran que j'utilise et auquel je m'étais attaché. Je n'ai pas remis en place ma liste d'appels ni mon archive de SMS, me disant que l'important pour un maniaque de la préservation de l'information comme moi est d'en avoir une copie sur mon ordinateur, pas forcément sur le téléphone lui-même.

Pour les contacts, j'ai eu plus de difficultés. La solution proposée par Google, c'est que tous les contacts sont synchronisés avec le compte Google de l'utilisateur, donc on ne les perd jamais. Personnellement, ceci me pose un problème : je n'ai rien contre le fait de donner mes informations personnelles à Google (elles sont de toute façon sur ma page Web, donc tout navigateur de recherche y a accès), mais je ne veux pas donner celles de mes amis sans leur autorisation. (Or il se trouve que j'ai pas mal d'amis qui se plaignent de la big-brother-itude de Google.) Donc je ne synchronise pas mes contacts avec mon compte Google (lequel, d'ailleurs, ne me sert quasiment qu'à faire du Google talk, et encore, plus trop depuis que mon poussinet n'a plus de smartphone). Mais alors, comment sauvegarder mes contacts ? Sur la nouvelle version d'Android, ils proposent la possibilité de les exporter au format vCard, ce qui n'est ma foi pas trop mal, mais l'ancienne n'avait pas cette possibilité, justement. J'avais plus ou moins prévu de taper directement dans les bases de données SQLite dans lesquelles ils sont stockés, mais la signature de la base de contacts a complètement changé entre les deux versions d'Android en question. Au final, je me suis dit que je perdrais plus de temps à faire les choses intelligemment qu'à rentrer à la main la quarantaine de contacts que j'ai dans mon téléphone, et à en profiter pour nettoyer et réorganiser les choses (qui a sa photo associée au contact, notamment, qui a quelle sonnerie, etc.). Une amélioration qui m'a plu, c'est que maintenant les contacts ont vraiment un prénom et un nom de famille, pas juste un nom indifférencié, et qu'on peut choisir de trier par prénom ou par nom de famille mais aussi d'afficher le prénom avant ou après le nom de famille. Le petit raffinement, c'est que si on trie par nom de famille mais qu'on affiche le prénom d'abord (ce que j'ai choisi), pour faciliter le repérage de la clé de tri quand on fait défiler la liste des contacts, le prénom s'affiche en plus sombre (il redevient clair quand la liste cesse de défiler) : comme ça on voit très clairement où on en est dans l'ordre alphabétique.

Mais bon, ce que je gagne surtout à cette mise à jour, c'est d'avoir maintenant plus de place disponible pour installer les applications (la mise à jour a repartitionné la mémoire flash, en attribuant moins de place à des choses qui ne servaient à rien du tout).

(vendredi)

Cascade impossible, jouons à Sherlock Holmes

En attendant que je retrouve à dire des choses intéressantes sur ce blog, je vous propose de regarder cette vidéo complètement bluffante (et en voie de viralisation sur Internet) d'un mec qui a réussi une illusion d'optique assez incroyable de la Cascade d'Escher. Je pense très fortement qu'il n'y a aucun trucage numérique (i.e., il a vraiment mis sur YouTube ce qui est sorti de sa caméra) : le but est donc de découvrir comment il a fait.

Évidemment c'est un effet de perspective, c'est-à-dire qu'il y a des choses qui semblent être sur le même plan et qui en fait ne le sont pas ; et évidemment, il doit y avoir un endroit où l'eau disparaît et un autre endroit où une pompe peut-être fait arriver une autre eau (voire la même). Mais où ? Son illusion est extraordinairement bien faite, j'ai eu beau la regarder pendant des heures en ralenti et même image par image, sans arriver à voir clairement le truc ; et pour l'instant aucun des différents threads sur Internet où cette vidéo est évoquée ne semble avoir trouvé de réponse complètement satisfaisante (pour l'instant, ceci est ce que je vois de mieux : je pense qu'il a raison sur le principe mais qu'il se trompe sur les détails).

La clé, évidemment, doit être dans les ombres quand le type passe entre une source de lumière et l'objet (on dirait qu'il le fait exprès pour nous narguer). Juste en regardant la vidéo et en essayant de faire travailler mon cerveau à décoder la forme, je n'y arrive pas. J'obtiens des résultats meilleurs, cependant, en téléchargeant la vidéo en haute qualité, en en sauvegardant des images fixes, et en demandant à Gimp de faire des quotients (ce qui met donc en évidence les changements de luminosité) : voici un exemple (je l'ai uploadé sur imgur.com, que je recommande au passage, pour poster sur Reddit), et voici quelques autres quotients qui devraient donner différentes vues sur l'objet, que je n'arrive cependant toujours pas bien à comprendre. (Il faut aussi remarquer le reflet dans la flaque d'eau par terre, qui nous montre que le premier angle du canal est bien posé sur le sol, et qu'au moins les deux piliers de droite qui semblent en monter sont réellement à cet endroit.)

Le mieux que je sache décoder est ceci : les deux piliers qui entourent la roue à aubes, et toute leur extension vers le haut, sont réellement au-dessus de la roue. Le troisième pilier apparent de cette même tour est probablement interrompu par le deuxième segment du canal qui est en fait situé derrière. Quant à la tour de droite, elle est encore plus fausse : à l'étage supérieur, je suis certain que le pilier du milieu n'est pas du tout sur le même niveau (il doit être loin derrière, peut-être posé par terre) que les deux qui semblent l'entourer (ces deux-là soutiennent sans doute vraiment le toit) ; et à l'étage inférieur, je ne sais pas bien. Je suis aussi certain que le bord avant (=gauche) du deuxième segment du canal n'est pas du tout au même niveau que le fond du canal (il doit être, en fait, au-dessus de la roue et à droite, alors que le fond du segment est sans doute par terre) ; par contre, je pense que la totalité du quatrième segment du canal est en hauteur. Je dirais que la supercherie de l'eau se fait au niveau du troisième angle du canal (derrière le pilier de gauche de la tour de droite), mais peut-être est-elle ailleurs : le flot de l'eau est tellement parfait que je suis de toute façon bluffé. Voici une image qui résume ma conjecture sur l'organisation de cet objet.

Ceci étant, peut-être que je me trompe en pensant qu'il n'y a pas eu d'altération de la vidéo. Peut-être, par exemple, a-t-il fait plusieurs prises en cachant diverses parties de l'image (ce qui expliquerait le comportement des ombres autrement qu'avec l'emplacement des objets). Ce serait beaucoup moins mystérieux — mais aussi beaucoup moins intéressant.

(vendredi)

Making History de Stephen Fry

Beaucoup de mes lecteurs connaissent sans doute déjà Stephen Fry : soit comme acteur (il a par exemple joué un rôle dans V for Vendetta qui ressemble d'ailleurs vaguement à son personnage réel), soit comme humoriste et présentateur télé (je conseille de regarder sur YouTube des extraits de l'émission QIQuite Interesting — de la BBC qu'il anime, c'est assez rigolo[#]), soit comme militant de différentes causes : il est notoirement homosexuel (ça n'a pas vraiment de rapport, mais j'aime vraiment beaucoup cette vidéo-ci où il explique comment être magnifique), athée (voir par exemple sa participation à côté de Hitchens au débat Intelligence Squared sur la question de savoir si l'Église catholique est une force pour le bien dans le monde) et militant pour le logiciel libre et contre les abus de la propriété intellectuelle (cf. par exemple la vidéo qu'il a faite pour le 25e anniversaire du projet GNU). Je mentionne tout ça pour situer, mais aussi parce que ce n'est pas sans pertinence pour le livre dont je vais parler.

Je ne savais pas qu'il était aussi écrivain. Je suis tombé l'autre jour (chez W. H. Smith) sur des livres de lui (aussi bien des fictions que des essais), et j'ai acheté le roman Making History (écrit en 1996), que je recommande ici, pour le lire à Métabief.

Comme je ne veux pas trop spoiler[#2] ce dont il est question (mais quand même un petit peu, donc si vous n'aimez pas les spoilers, arrêtez de lire ce paragraphe), je vais juste dire que je recommande particulièrement aux gens qui aiment bien les uchronies, les histoires de voyage dans le temps et ce genre de choses. Ce n'est pas une histoire aussi sophistiquée et complexe que The End of Eternity d'Asimov (par exemple), ce n'est que marginalement de la SF en fait, mais c'est quand même astucieux, c'est historiquement très bien documenté, c'est super bien observé (par exemple sur certaines pratiques dans le milieu académique, ou sur les différences entre l'Angleterre et les États-Unis, notamment en matière de langue ou — effet Zahir en ce qui concerne des posts récents sur ce blog — d'accent). Et surtout, c'est truculent et c'est très rigolo.

Bref, lisez ce livre, il est bien.

[#] Même si s'agissant de l'extrait vers lequel je fais un lien il n'a pas tout à fait raison — car Wikipédia est Encore Plus Forte que Stephen Fry.

[#2] Un jour il faudra que je me demande sérieusement s'il y a moyen de traduire spoiler en bon français.

(jeudi)

La musique Stones d'Ultima

J'avais déjà raconté que parmi les très rares jeux pour ordinateur qui ont vraiment réussi à accrocher mon attention (quand j'étais plus jeune, parce que maintenant il n'y en a plus aucun) figurent ceux de la série Ultima, notamment les numéros VI et VII (et les deux Underworld). Il n'y a pas que l'histoire et les graphismes qui m'avaient fasciné, il y avait aussi les musiques. Deux d'entre elles (au moins ?[#]) étaient récurrentes à travers les différents jeux de la série : l'une est simplement l'air classique Rule, Britannia! (je ne sais pas pourquoi le concepteur de ces jeux, Richard Garriott, personnage par ailleurs haut en couleur, fait une fixation sur la Grande-Bretagne : il se faisait surnommer Lord British, et le monde des Ultima, Britannia) ; l'autre s'appelle Stones (en référence, je crois, au site de Stonehenge), et c'est une de ces musiques qui ont bercé mon adolescence et ses rêves de magie, une musique que je pouvais, et peux encore, écouter en boucle pendant des heures. (Je suppose que, comme précédemment, on va me dire qu'elle est harmoniquement complètement plate et sans intérêt. Je m'en fous : ce qui compte est le souvenir que j'y associe — c'est une musique qui fait vibrer mon cœur.) Je n'ai eu qu'aujourd'hui l'idée de taper Ultima Stones dans un moteur de recherche, et je découvre avec bonheur qu'il y a quelqu'un qui a fait toute une archive de différentes versions de cette chanson (si vous voulez n'en écouter qu'une, je vous conseille celle qui s'appelle stoneslaz.mp3 et qui figure sous l'étiquette Ultima V: Lazarus #4 — je ne fais pas de lien direct pour inciter les gens à regarder au moins un peu sa page). J'apprends à cette occasion que la chanson a des paroles (et qui semblent effectivement faire référence à Stonehenge).

[#] Plus si je compte des musiques qui ne sont pas du tout des musiques du jeu mais que, pour une raison peu claire pour moi aujourd'hui, j'ai associé avec lui (peut-être simplement parce que je les écoutais en y jouant et que la connexion s'est faite dans mon cerveau). Je pense notamment au thème qui ouvre la section Allegro non troppo, ma con brio (mesure 61) du quatrième mouvement de la symphonie nº1 en do mineur (opus 68) de Johannes Brahms, un de ces thèmes grandioses qui me mettent les larmes aux yeux.

(jeudi)

AG de copropriétaires

Une assemblée de copropriétaires, c'est l'occasion annuelle de s'engueuler entre adultes consentants. Il faut dire que j'ai de la chance : l'appartement que je partage avec mon poussinet (et dont je suis propriétaire) est dans un petit immeuble, où il y a beaucoup plus de propriétaires que de locataires (donc les gens connaissent l'immeuble et ses problèmes), les gens s'entendent globalement bien (entre parisiens bobos-intellos-vaguement-écolos-dans-un-quartier-branchouille), et donc il y a peu de disputes. Depuis l'an dernier, nous fonctionnons avec un syndic bénévole (une des copropriétaires se charge de tout, elle doit y dépenser une énergie incroyable, et ça se passe beaucoup mieux qu'avec le syndic professionnel que nous avions avant, qui était certes vaguement compétent mais très cher et impossible à remuer).

Malgré cette chance, on arrive à trouver des sujets de discorde. Avant-hier, il y a d'abord eu la question des jardins privatifs. Ceci me concerne, parce que mon appartement, comme les deux autres situés au rez-de-chaussée côté cour, a un jardinet (le mien est vide de végétation, il n'y a que du gravier blanc parce que c'est plus lumineux — qualité appréciable vu que nous sommes contre un mur aveugle — et plus facile à entretenir, mais il arrive que des plantes indésirables se mettent à y pousser, comme récemment un paulownia). Le règlement de copropriété est très obscur sur la question de savoir qui doit payer pour l'entretien des plantes qui séparent ou bordent les jardins, comme les haies de thuyas qui encadrent le mien, ou le paulownia (le père de celui qui a commencé à prendre ses aises chez moi) planté dès la construction de l'immeuble dans un coin de cette cour. Jusqu'à présent, la copropriété prenait en charge l'entretien de ces plantes. Un copropriétaire du 5e étage, trouvant que c'était injuste de payer pour quelque chose dont il ne profitait pas, avec l'appui du syndic bénévole et sans doute d'une majorité de copropriétaire, a voulu éclaircir les choses et proposer une règle déterminant l'affectation des charges (quelque chose du type : l'entretien des plantes hautes ou grimpantes est à la charge de la copropriété, celle des haies et arbustes à celle des propriétaires des appartements du rez-de-jardin). Une dame que j'appellerai Mme M (et qui habite à un étage intermédiaire, mais qui a vue sur les jardins) a fait valoir que c'était un état d'esprit déplorable que de ne vouloir payer que pour ce dont on profite immédiatement, et que le fait qu'il y ait des jardins dans l'immeuble était un point positif pour l'immeuble qui profitait à tous. Quelqu'un d'autre a suggéré que la règle pourrait être que les plantes qui faisaient initialement partie de la conception de l'immeuble (ce qui inclut, donc, les haies) pourraient être entretenues par la copropriété, et les autres être à la charge de ceux qui les ont plantées. Ces différents points de vue me semblent tous assez valables, et pas forcément contradictoires, mais la discussion, sans vraiment s'envenimer, est partie dans un chaos complet, où on ne savait plus du tout qui défendait quoi, ou pourquoi un argument était avancé. De surcroît, Mme M a observé que la résolution entraînait un changement de répartition des charges et devait donc être approuvé à l'unanimité, alors que le syndic était d'avis qu'il s'agissait d'une simple clarification du règlement de copropriété jugé obscur, ce qui pouvait passer à la majorité des deux tiers. Finalement, une proposition (proche de la proposition initiale) a été mise aux voix avec la condition des 2/3, je me suis abstenu (ignorant, d'ailleurs, que cela revenait exactement au même que de voter contre), et la proposition a été rejetée (de justesse). Du coup, on aura la même discussion incompréhensible l'an prochain.

Un autre point de discorde a été atteint lors de l'élection du conseil syndical : quand Mme M a annoncé qu'elle se représentait, un des copropriétaires qui assiste le syndic bénévole (au début il était lui aussi syndic, mais on a appris qu'une règle idiote impose l'unicité du syndic, donc il ne l'est plus officiellement) a annoncé que si elle était élue, lui-même se retirerait complètement. (C'est que Mme M est un peu procédurière : personnellement je trouve que ça peut avoir du bon d'avoir quelqu'un comme ça, mais ce n'est sans doute pas toujours facile à supporter.) Du coup, ça a jeté un froid, et plus personne ne voulait se présenter. Heureusement, Mme M a retiré sa candidature, et d'autres se sont présentés : y compris mon poussinet, après une discussion pour savoir s'il en avait le droit (il n'est pas copropriétaire, mais nous sommes PACSés : le syndic a déclaré qu'elle considérait comme évident que c'était possible, personne n'a fait d'objection, et il a été élu). Globalement, les gens du conseil syndical me semblent tous être très bien, et Mme M n'avait finalement pas l'air fâchée, donc les choses se terminent au mieux.

Il y a tout de même des choses regrettables dans cette copropriété : par exemple, la répartition des charges se fait sur deux clés, une clé principale pour les charges ordinaires, et une clé séparée pour tout ce qui touche à l'ascenseur (et sur laquelle les copropriétaires des étages supérieurs paient évidemment plus : moi qui suis au rez-de-chaussée je n'en supporte qu'une proportion symbolique) ; en revanche, le même système de clé séparée n'est pas appliqué pour ce qui est du parking : les appartements, caves et places de parking sont tous comptés comme des tantièmes généraux, et l'entretien du parking ou toutes les dépences qui y touchent sont prises sur la clé générale. Ainsi, quelques personnes qui ne sont propriétaires que d'une place de parking ne paient quasiment rien, même de ce qui touche au parking (puisque le nombre de tantièmes d'une place de parking et minuscule face au nombre de tantième d'un appartement). Pourtant, comme la décision de changer la répartition des charges doit se faire (cf. ci-dessus) à l'unanimité des copropriétaires, on peut être certain que cela ne changera jamais : ceux qui ont une place de parking ont un droit de véto sur une telle mesure.

(jeudi)

Retour de la montagne

La famille de ma mère a un appartement (il doit être en indivision entre mes deux tantes, ma mère, et mon cousin aîné, je suppose) à Métabief (Doubs), dans le Jura, et c'est là que j'ai pris mes vacances la semaine dernière, hors congés scolaires parce qu'il y a beaucoup plus de difficulté à réserver cet appartement pendant les vacances officielles. Mon poussinet me pressait pour y aller et, pour ma part, ça faisait presque vingt ans que je n'y avais pas été (et d'ailleurs, même si l'appartement lui-même m'était tout de même familier, je n'ai rien reconnu du village. Nous n'avons bien sûr pas eu de neige, bien que mon poussinet l'espérât jusqu'au dernier moment (au point de nous faire transporter de très encombrantes tenues de sports d'hiver qui ne nous ont servi à rien) : pas de ski cette année, donc (en fait, si nous en avions eu, j'aurais plutôt voulu essayer d'apprendre le snowboard). En vérité, il faisait même dans la journée un temps tel qu'on se serait cru en avril (si ce n'est que la température tombait pas mal pendant la nuit), et nous nous sommes promenés tranquillement, ce qui a certainement fait du bien à mon père qui ne marche plus beaucoup : notamment le long des falaises du point culminant local, jusqu'au lac de Saint-Point où nous avons mangé dans un restaurant où il était de tradition de manger chaque fois que j'allais avec mes parents à Métabief (et où, cette fois, nous avons eu la chance de pouvoir manger parce que nous sommes arrivés à 13h30 pile et qu'on nous avait prévenus que c'était le dernier délai possible), et autour du coin. [Ces différents liens pointent vers des fichiers KML, à ouvrir avec Google Earth ou dans Google Maps : pour ce dernier, il suffit de copier l'adresse du lien, celle en http://www.madore.org/…kml, dans la barre de recherche de Google Maps, c'est assez impressionnant à quel point ça marche bien : je regrette juste de ne pas avoir réussi à lui interdire d'afficher tous les points de parcours par défaut : il faut décocher points si on veut voir quelque chose, au moins dans Google Maps.] Ceci étant, le fait d'enregistrer le parcours de ces promenades a aussi un coût : mon GPS est tombé et l'écran s'est cassé (apparemment à 2011-02-07T13:37+0100 et ici) ; pourtant j'avais mis la dragonne, mais apparemment pas assez serrée, et il n'a pas chu de haut.

À part ça, en bon citadin aigri, je m'étonne (et me lamente) toujours de constater à quel point il est difficile de vivre sans voiture quand on est en-dehors d'une grosse ville : quasiment aucun transports en commun (et encore, nous étions chanceux, il y avait bien quelques cars TER par jour pour aller d'un endroit à un autre, par exempel de Frasne à Métabief, que nous étions apparemment les seuls à utiliser), supermarchés et autres commerces rares et mal placés, ou chers (nous avions le choix entre une supérette minuscule et très chère, mais juste à côté de l'appartement, ou un supermarché raisonnable mais situé à trois bons quarts d'heure de marche), ce qui fait toujours un choc quand on vit normalement à cinq minutes d'un gros supermarché très bien fourni.

(mercredi)

Avis d'absence

Je pars une semaine avec mon poussinet et mon papa.

(mercredi)

Exercice pratique d'élocution

Pour illustrer mon billet récent sur les accents anglais et américain, j'ai tenté de me livrer à un petit exercice pratique : j'ai choisi un texte assez approprié pour l'occasion et j'ai essayé de le lire avec un accent Anglais (RP) et avec un accent américain (General American) (ce dernier étant d'ailleurs plus naturel pour moi, même si j'ai forcé sur les caractéristiques qui font la différence). Je ne suis pas très doué pour ce petit jeu (et j'ai commis quelques erreurs), donc je pense que je ne tromperais personne, mais ça doit pouvoir illustrer plusieurs des phénomènes phonétiques que je décrivais (sauf, malheureusement, celui que je qualifiais de plus évident, à savoir la qualité du ‘a’ des mots comme bath, parce qu'il se trouve qu'il n'y en a pas un seul exemple dans ce fragment).

Je ne vais pas tenter de faire d'autres accents, parce que, outre que le texte ne s'y prête pas, je suis vraiment encore moins compétent pour imiter un accent écossais ou australien qu'un accent anglais (même si j'aimerais beaucoup pouvoir, parce que j'adore les accents écossais et australien ; à défaut, je vous renvoie sur cette dame, qui est quand même très douée). En revanche, il faudra que j'essaie de faire lire un texte français avec un accent québecois, un jour.

𐑢𐑧𐑯 𐑦𐑯 𐑞 𐑒𐑹𐑕 𐑝 𐑣𐑿𐑥𐑩𐑯 𐑦𐑝𐑧𐑯𐑑𐑕, 𐑦𐑑 𐑚𐑦𐑒𐑳𐑥𐑟 𐑯𐑧𐑕𐑩𐑕𐑼𐑦 𐑓𐑹 𐑢𐑳𐑯 𐑐𐑰𐑐𐑩𐑤 𐑑 𐑛𐑦𐑟𐑪𐑤𐑝 𐑞 𐑐𐑩𐑤𐑦𐑑𐑦𐑒𐑩𐑤 𐑚𐑨𐑯𐑛𐑟 𐑢𐑦𐑗 𐑣𐑨𐑝 𐑒𐑩𐑯𐑧𐑒𐑑𐑩𐑛 𐑞𐑧𐑥 𐑢𐑦𐑞 𐑩𐑯𐑳𐑞𐑼, 𐑯 𐑑 𐑩𐑕𐑿𐑥 𐑩𐑥𐑳𐑙 𐑞 𐑐𐑬𐑼𐑟 𐑝 𐑞 𐑻𐑔, 𐑞 𐑕𐑧𐑐𐑼𐑩𐑑 𐑯 𐑰𐑒𐑢𐑩𐑤 𐑕𐑑𐑱𐑖𐑩𐑯 𐑑 𐑢𐑦𐑗 𐑞 𐑤𐑷𐑟 𐑝 𐑯𐑱𐑗𐑼 𐑯 𐑝 𐑯𐑱𐑗𐑼'𐑟 𐑜𐑪𐑛 𐑦𐑯𐑑𐑲𐑑𐑩𐑤 𐑞𐑧𐑥, 𐑩 𐑛𐑰𐑕𐑩𐑯𐑑 𐑮𐑦𐑕𐑐𐑧𐑒𐑑 𐑑 𐑞 𐑩𐑐𐑦𐑯𐑘𐑩𐑯𐑟 𐑝 𐑥𐑨𐑯𐑒𐑲𐑯𐑛 𐑮𐑦𐑒𐑢𐑲𐑼𐑟 𐑞𐑨𐑑 𐑞𐑱 𐑖𐑫𐑛 𐑛𐑦𐑒𐑤𐑺 𐑞 𐑒𐑷𐑟𐑩𐑟 𐑢𐑦𐑗 𐑦𐑥𐑐𐑧𐑤 𐑞𐑧𐑥 𐑑 𐑞 𐑕𐑧𐑐𐑼𐑱𐑖𐑩𐑯.

𐑢𐑰 𐑣𐑴𐑤𐑛 𐑞𐑰𐑟 𐑑𐑮𐑵𐑔𐑕 𐑑 𐑚𐑰 𐑕𐑧𐑤𐑓-𐑧𐑝𐑦𐑛𐑩𐑯𐑑, 𐑞𐑨𐑑 𐑷𐑤 𐑥𐑧𐑯 𐑸 𐑒𐑮𐑦𐑱𐑑𐑩𐑛 𐑰𐑒𐑢𐑩𐑤, 𐑞𐑨𐑑 𐑞𐑱 𐑸 𐑧𐑯𐑛𐑬𐑛 𐑚𐑲 𐑞𐑺 𐑒𐑮𐑦𐑱𐑑𐑼 𐑢𐑦𐑞 𐑕𐑻𐑑𐑩𐑯 𐑩𐑯𐑱𐑤𐑰𐑧𐑯𐑩𐑚𐑩𐑤 𐑮𐑲𐑑𐑕, 𐑞𐑨𐑑 𐑩𐑥𐑳𐑙 𐑞𐑰𐑟 𐑸 𐑤𐑲𐑓, 𐑤𐑦𐑚𐑼𐑑𐑦, 𐑯 𐑞 𐑐𐑼𐑕𐑿𐑑 𐑝 𐑣𐑨𐑐𐑦𐑯𐑩𐑕—𐑞𐑨𐑑 𐑑 𐑕𐑦𐑒𐑘𐑫𐑼 𐑞𐑰𐑟 𐑮𐑲𐑑𐑕, 𐑜𐑳𐑝𐑼𐑯𐑥𐑩𐑯𐑑𐑕 𐑸 𐑦𐑯𐑕𐑑𐑩𐑑𐑵𐑑𐑩𐑛 𐑩𐑥𐑳𐑙 𐑥𐑧𐑯, 𐑛𐑦𐑮𐑲𐑝𐑦𐑙 𐑞𐑺 𐑡𐑳𐑕𐑑 𐑐𐑬𐑼𐑟 𐑓𐑮𐑪𐑥 𐑞 𐑒𐑩𐑯𐑕𐑧𐑯𐑑 𐑝 𐑞 𐑜𐑳𐑝𐑼𐑯𐑛, 𐑞𐑨𐑑 𐑢𐑧𐑯𐑧𐑝𐑼 𐑧𐑯𐑦 𐑓𐑹𐑥 𐑝 𐑜𐑳𐑝𐑼𐑯𐑥𐑩𐑯𐑑 𐑚𐑦𐑒𐑳𐑥𐑟 𐑛𐑦𐑕𐑑𐑮𐑳𐑒𐑑𐑦𐑝 𐑝 𐑞𐑰𐑟 𐑧𐑯𐑛𐑟, 𐑦𐑑 𐑦𐑟 𐑞 𐑮𐑲𐑑 𐑝 𐑞 𐑐𐑰𐑐𐑩𐑤 𐑑 𐑷𐑤𐑑𐑼 𐑹 𐑑 𐑩𐑚𐑪𐑤𐑦𐑖 𐑦𐑑, 𐑯 𐑑 𐑦𐑯𐑕𐑑𐑩𐑑𐑵𐑑 𐑩 𐑯𐑿 𐑜𐑳𐑝𐑼𐑯𐑥𐑩𐑯𐑑, 𐑤𐑱𐑦𐑙 𐑦𐑑𐑕 𐑓𐑬𐑯𐑛𐑱𐑖𐑩𐑯 𐑪𐑯 𐑕𐑳𐑗 𐑐𐑮𐑦𐑯𐑕𐑦𐑐𐑩𐑤𐑟, 𐑯 𐑹𐑜𐑩𐑯𐑲𐑟𐑦𐑙 𐑦𐑑𐑕 𐑐𐑬𐑼𐑟 𐑦𐑯 𐑕𐑳𐑗 𐑓𐑹𐑥, 𐑨𐑟 𐑑 𐑞𐑧𐑥 𐑖𐑨𐑤 𐑕𐑰𐑥 𐑥𐑴𐑕𐑑 𐑤𐑲𐑒𐑤𐑦 𐑑 𐑦𐑓𐑧𐑒𐑑 𐑞𐑺 𐑕𐑱𐑓𐑑𐑦 𐑯 𐑣𐑨𐑐𐑦𐑯𐑩𐑕.

(mardi)

Le paradoxe du second as, et le sens du conditionnement

Voici un paradoxe célèbre des probabilités :

Je tire cinq cartes au hasard d'un jeu de cartes (ordinaire, de 52 cartes). Deux questions séparées :

  • Supposant que j'aie un as dans mon jeu, quelle est la probabilité que j'aie un second as ?
  • Supposant que j'aie l'as de pique dans mon jeu, quelle est la probabilité que j'aie un second as ?

On s'attend à ce que la réponse à ces deux questions soit la même, selon un raisonnement intuitif du genre : la probabilité que j'aie un second as ne dépend pas du fait que le premier (celui supposé exister) soit l'as de pique, cœur, carreau ou trèfle ; et si la probabilité est la même que l'on suppose avoir l'as de pique, cœur, carreau ou trèfle, cela devrait aussi être la même si on suppose juste avoir un as, sans préciser lequel. Pourtant, ce n'est pas le cas : la réponse à la première est 12.2% (exactement 2257/18472), tandis que la réponse à la seconde est 22.1% (exactement 922/4165). En revanche, c'est (évidemment) vrai que la seconde question admettrait la même réponse si on remplaçait pique par l'un de cœur, carreau ou trèfle.

Et ce n'est pas une question de probabilité. Parmi les 2598960 mains de cinq cartes, il y en a 886656 (34.1%) qui contiennent au moins un as, 249900 (9.6%) qui contiennent au moins l'as de pique, 108336 (4.2% du total, donc 12.2% de celles contenant au moins un as) qui contiennent au moins deux as, et 55320 (2.1% du total, donc 22.1% de celles contenant au moins l'as de pique) qui contiennent au moins deux as dont l'as de pique. La vérification de ces nombres devrait être du niveau du programme de maths des terminales scientifiques (à savoir : 2598960=C(52,5) ; 886656=C(52,5)−C(48,5)=4×C(48,4)+6×C(48,3)+4×C(48,2)+48 ; 249900=C(51,4)=C(48,4)+3×C(48,3)+3×C(48,2)+48 ; 108336=C(52,5)−C(48,5)−4×C(48,4)=6×C(48,3)+4×C(48,2)+48 ; 55320=C(51,4)−C(48,4)=3×C(48,3)+3×C(48,2)+48). Mais je voudrais expliquer comment on pouvait arriver sans aucun calcul à la conclusion que la réponse à la seconde question était nécessairement plus élevée que celle à la première ; et ensuite, essayer d'expliquer pourquoi ces nombres nous paraissent surprenants (et pourquoi, en fait, notre intuition avait peut-être raison).

On peut diviser l'ensemble de toutes les mains possibles en cinq ensembles exclusifs et recouvrant tous les possibles, selon que le nombre d'as dans la main vaut exactement 0 (la main n'a pas d'as du tout), exactement 1 (la main contient un unique as), exactement 2, exactement 3, ou enfin 4 (la main contient tous les as) : appelons N0 (qui ne nous intéresse pas), N1, N2, N3 et N4 les nombres de main correspondantes. (Il se trouve que ces nombres valent respectivement 1712304=C(48,5), 778320=4×C(48,4), 103776=6×C(48,3), 4512=4×C(48,2) et 48, mais peu importe. Je veux justement éviter ce genre de calculs.) La réponse à la première question, i.e., la proportion des mains ayant au moins deux as parmi celles en ayant au moins un, est donc le rapport de N2+N3+N4 sur N1+N2+N3+N4 ; ou si on préfère, le complémentaire, i.e. la proportion des mains n'ayant qu'un seul as parmi celles qui en ont au moins un, est le rapport de N1 sur N1+N2+N3+N4. Maintenant, on peut de même diviser les mains ayant l'as de pique en quatre ensembles selon que le nombre total d'as vaut 1 (il n'y a que l'as de pique), 2 (il y a l'as de pique et un seul autre), 3 ou enfin 4 (la main contient tous les as). Si on appelle P1, P2, P3 et P4 les quatre nombres de mains correspondantes, il n'est pas difficile de les relier à N1, N2, N3 et N4 : on a évidemment P4=N4 (dans les deux cas, il s'agit de l'ensemble des mains contenant tous les as) et on a P1=¼×N1 (car parmi les mains contenant exactement un as, il y en a autant pour lesquelles il s'agit de l'as de pique, de cœur, de carreau et de trèfle ; et en réfléchissant un peu on se rend compte que P2=½×N2 (parmi les six chois possibles de deux as, il y en a trois qui contiennent pique et trois qui ne le contiennent pas) et que P3=¾×N3 (si on a trois as sur quatre, il y en a un seul qui manque, donc trois chances sur quatre d'avoir le pique). La réponse à la seconde question, i.e., la proportion des mains ayant au moins deux as parmi celles ayant l'as de pique, est le rapport de P2+P3+P4 sur P1+P2+P3+P4, soit de ½×N2+¾×N3+N4 sur ¼×N1+½×N2+¾×N3+N4 ; pour y voir plus clair, son complémentaire (la proportion des mains ayant uniquement l'as de pique parmi celles ayant au moins l'as de pique) est donc le rapport de P1 sur P1+P2+P3+P4, soit ¼×N1 sur ¼×N1+½×N2+¾×N3+N4. En multipliant par 4 le numérateur et le dénominateur de cette expression, on trouve donc que c'est le rapport de N1 sur N1+2×N2+3×N3+4×N4. Or sous cette forme il est clair (puisque le dénominateur est strictement plus grand) que c'est strictement moins que le rapport de N1 sur N1+N2+N3+N4 qui était le complémentaire de la réponse à la première question. On a donc montré qu'il y a strictement moins de chances d'avoir un unique as si on a au moins l'as de pique que d'avoir un unique as si on a au moins un as.

Essayons de dire ça de façon plus simple : quand on dit ma main contient l'as de pique, on restreint d'un facteur 4 les possibilités pour les mains contenant un unique as (P1 comparé à N1), mais on restreint d'un facteur plus petit celles contenant exactement deux as, trois as, et s'agissant de celles en contenant quatre, on ne les restreint pas du tout (P4=N4, car si on a les quatre as, on a certainement l'as de pique). Par conséquent, ces possibilités deviennent relativement plus probables quand on dispose de l'hypothèse ma main contient l'as de pique que quand on dispose simplement de l'hypothèse ma main contient un as. C'est ce qui est explicité dans le calcul ci-dessus.

Toujours pas éclairé ? Alors simplifions à l'extrême : le jeu ne contient plus que trois cartes, à savoir l'as de pique, l'as de scoubidou, et le valet de patate, et j'en tire deux au hasard. Alors il y a trois mains possibles : ma main contient forcément un as, et la probabilité d'en avoir deux est de 1/3 ; en revanche, si je sais que j'ai l'as de pique, ceci exclut une des trois mains possibles (as de scoubidou et valet de patate) et il y a maintenant une probabilité de 1/2 d'avoir les deux as.

Très bien, mais quelle est la morale de l'histoire, au juste ?

Se donner une hypothèse, en probas ou en stats, et mesurer des probas ou des proportions relativement à cette hypothèse, cela s'appelle conditionner. Conditionner par l'hypothèse j'ai un as dans ma main signifie qu'on se restreint aux mains ayant au moins un as, et qu'on calcule des proportions relatives à celle-ci (avec les notations ci-dessus, ceci signifie qu'on écarte N0) ; tandis que conditionner par j'ai l'as de pique signifie qu'on se restreint aux mains contenant l'as de pique et qu'on calcule de même relativement à cette hypothèse (avec les notations ci-dessus, ceci signifie qu'on remplace les N par des P). Conditionner est une opération fondamentale en probabilités et statistiques, mais pour lui donner un sens dans la vraie vie, il faut souvent se demander pourquoi on conditionne et quelle est au juste l'hypothèse.

L'idée qu'on ait la seule information j'ai un as dans mon jeu ou j'ai l'as de pique dans mon jeu est inhabituelle. Cela correspondrait au protocole expérimental suivant : Alice pioche cinq cartes, Bob lui demande explicitement dis-moi oui si tu as au moins un as dans ton jeu (et ne fais aucun autre commentaire), respectivement dis-moi oui si tu as l'as de pique dans ton jeu (et ne fais aucun autre commentaire), Bob entend Alice faire la réponse oui, et Bob en tire les conclusions expliquées ci-dessus quant à la probabilité qu'Alice ait un second as dans son jeu. Elles sont alors correctes, et finalement peu surprenante : c'est plutôt le protocole expérimental qui est bizarre, et le fait, absolument essentiel, que Bob ait demandé à Alice d'énoncer uniquement et exactement la réponse à la question as-tu au moins un as dans ton jeu, respectivement as-tu l'as de pique dans ton jeu. En revanche, si Alice pioche cinq cartes et énonce j'ai un as dans mon jeu ou j'ai l'as de pique dans mon jeu, on ne sait pas trop quoi conclure : si Alice avait au moins deux as, elle l'aurait sans doute dit, non ? Donc peut-être doit-on conclure simplement que la probabilité qu'elle ait au moins deux as est nulle (ou du moins, très faible), car Alice n'est pas du genre à faire une affirmation de logicien.

Pour revenir à quelque chose de plus mathématique, voici le plus important : si Bob demande à Alice si tu as au moins un as dans ton jeu, dis-moi la couleur d'un des as de ton jeu (choisi aléatoirement parmi ceux qui y sont) et qu'Alice répond j'ai l'as de pique, la probabilité qu'elle ait un second as est de 12.2% et pas de 22.1% : cette fois, on ne conditionne plus par l'information il y a l'as de pique dans le jeu d'Alice mais par Alice a énoncé pique en réponse à la question de Bob, ce qui apporte l'information qu'il y a au moins un as, plus l'information totalement sans intérêt que c'est l'as de pique qui a été choisi au hasard parmi les as d'Alice. Bref, ce qui importe pour bien conditionner n'est pas seulement de savoir la réponse, mais aussi de savoir la question à laquelle on répond. Et la raison pour laquelle les probabilités annoncées plus haut nous semblent paradoxales est justement que nous avons plutôt en tête le protocole beaucoup plus naturel que je viens de décrire : quand j'ai l'information l'as de pique est dans la main, ce n'est pas qu'on cherchait spécifiquement l'as de pique avec un détecteur à as-de-pique, mais plutôt qu'on cherchait un as, et qu'il s'est trouvé que c'était l'as de pique. Dans ce cas, le raisonnement que j'ai qualifié d'intuitif plus haut est correct, et la probabilité d'avoir un second as est bien de 12.2%.

La moralité, quand on fait des stats en sciences expérimentales, en sciences sociales, ou dans n'importe quel domaine, c'est donc : qu'il faut toujours se demander non seulement quelle est l'information connue (qui conduit à un conditionnement), mais aussi par quel dispositif expérimental on aboutit à cette information. Par exemple, si je fais un sondage en demandant aux gens quel(s) as avez-vous dans votre main (réponses multiples possibles), ce n'est pas du tout pareil de me restreindre à ceux qui ont déclaré avoir l'as de pique que si je demande avez-vous un des as suivant (aucun/pique/cœur/carreau/trèfle). Dans les deux cas je saurai peut-être qu'Alice a l'as de pique, mais c'est très différent de savoir qu'elle est dans la population des gens ayant l'as de pique ou dans la population des gens ayant au moins un as et ayant déclaré l'as de pique au hasard parmi tous les as de leur main.

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