David Madore's WebLog: 2022-11

Vous êtes sur le blog de David Madore, qui, comme le reste de ce site web, parle de tout et de n'importe quoi (surtout de n'importe quoi, en fait), des maths à la moto et ma vie quotidienne, en passant par les langues, la politique, la philo de comptoir, la géographie, et beaucoup de râleries sur le fait que les ordinateurs ne marchent pas, ainsi que d'occasionnels rappels du fait que je préfère les garçons, et des petites fictions volontairement fragmentaires que je publie sous le nom collectif de fragments littéraires gratuits. • Ce blog eut été bilingue à ses débuts (certaines entrées étaient en anglais, d'autres en français, et quelques unes traduites dans les deux langues) ; il est maintenant presque exclusivement en français, mais je ne m'interdis pas d'écrire en anglais à l'occasion. • Pour naviguer, sachez que les entrées sont listées par ordre chronologique inverse (i.e., la plus récente est en haut). Cette page-ci rassemble les entrées publiées en novembre 2022 : il y a aussi un tableau par mois à la fin de cette page, et un index de toutes les entrées. Certaines de mes entrées sont rangées dans une ou plusieurs « catégories » (indiqués à la fin de l'entrée elle-même), mais ce système de rangement n'est pas très cohérent. Le permalien de chaque entrée est dans la date, et il est aussi rappelé avant et après le texte de l'entrée elle-même.

You are on David Madore's blog which, like the rest of this web site, is about everything and anything (mostly anything, really), from math to motorcycling and my daily life, but also languages, politics, amateur(ish) philosophy, geography, lots of ranting about the fact that computers don't work, occasional reminders of the fact that I prefer men, and some voluntarily fragmentary fictions that I publish under the collective name of gratuitous literary fragments. • This blog used to be bilingual at its beginning (some entries were in English, others in French, and a few translated in both languages); it is now almost exclusively in French, but I'm not ruling out writing English blog entries in the future. • To navigate, note that the entries are listed in reverse chronological order (i.e., the most recent is on top). This page lists the entries published in November 2022: there is also a table of months at the end of this page, and an index of all entries. Some entries are classified into one or more “categories” (indicated at the end of the entry itself), but this organization isn't very coherent. The permalink of each entry is in its date, and it is also reproduced before and after the text of the entry itself.

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Entries published in November 2022 / Entrées publiées en novembre 2022:

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(dimanche)

Et pendant ce temps-là, la CGPM fait des bêtises et décide de casser le temps sur Terre (ou pas)

Youhou, deux entrées dans mon blog cette semaine ! Mais quand ce n'est pas Elon Musk qui fait des bêtises, c'est la CGPM. Décidément, je ne peux pas laisser l'Univers une seconde sans qu'il se mette à déconner !

La 27e Conférence Générale des Poids et Mesures, donc, s'est réunie cette semaine. Elle a adopté sept résolutions (le texte de celles-ci est disponible au lien précédent) : les nº1 (Sur le rapport préparé par le Comité international des poids et mesures sur l'évolution des besoins dans le domaine de la métrologie) et nº2 (Sur la transformation numérique mondiale et le Système international d'unités) sont du blabla qui sert juste à faire jeune, la nº6 (Sur l'adhésion universelle à la Convention du Mètre) est du blabla politique, la nº7 (Sur la dotation du Bureau international des poids et mesures pour les années 2024 à 2027) est de l'administration interne, mais les nº3 à 5 méritent qu'on s'y attarde un peu plus, notamment parce que la nº4 pourrait représenter une révolution dans la gestion du temps (vous pouvez sauter la description des 3 et 5 si ce sont les secondes intercalaires qui vous intéressent ainsi que la question de savoir si le temps va être cassé, mais je vais quand même en dire un mot).

La résolution nº3 (Sur l'extension de la liste des préfixes du SI) crée quatre nouveaux préfixes SI : ronna (‘R’) pour 1027, ronto (‘r’) pour 10−27, quetta (‘Q’) pour 1030 et quecto (‘q’) pour 10−30. On a donc, par exemple, maintenant le droit de dire que le Soleil pèse 1988 quettagrammes tandis que la Terre, elle, pèse 5.972 ronnagrammes, ou encore que la masse de l'électron pèse 911 quectogrammes tandis que le proton, lui, pèse 1673 rontogrammes. C'est complètement ridicule, mais ça ne fait pas vraiment de mal. Ceci dit, je serais vraiment curieux de savoir qui a vraiment pris ces décisions et les a fait avaler aux délégués nationaux à la CGPM, et pourquoi : le moins qu'on puisse dire est que le processus est assez opaque, on ne semble pas avoir accès aux vrais documents préparatoires aux décisions. La seule explication que je trouve quant au nom et symbole des préfixes est ici, et elle n'explique pas grand-chose. Personne n'utilise ces préfixes farfelus (en vrai, la masse du soleil s'exprime en kilogrammes, comme 1.988×1030 kg, la masse des objets astronomiques s'exprime en… masses solaires ; et la masse du proton s'exprime en MeV) ; le plus proche que je trouve d'une explication, c'est que les préfixes « grands » seraient utiles pour des quantités de données (apparemment il y a des gens qui parlent vraiment de zettabytes et qui envisagent déjà quelques ordres de grandeurs au-dessus ?) ; reste donc aussi à ce que quelqu'un (qui ?) formalise les préfixes binaires équivalents robi (préfixe ‘Ri’) pour 290 et quebi (préfixe ‘Qi’) pour 2100, et on pourra dire qu'un quebi-octet vaut 1.268 quetta-octets et le ridicule sera achevé. Mais bon, au moins, ce ridicule ne tue pas, et même, honnêtement, ne fait guère de mal.

La résolution nº5 (Sur la future redéfinition de la seconde) prépare le terrain à une redéfinition de la seconde SI, probablement pour utiliser des fréquences optiques (des fréquences de l'ordre de 1015 Hz ou de la centaine de térahertz) au lieu de la transition hyperfine de l'atome de césium-133 (qui se fait à environ 1010 Hz, très exactement 9 192 631 770 Hz). Il paraît que ces horloges optiques devraient atteindre des précisions encore supérieures aux meilleures horloges atomiques (à fontaine d'atomes de césium ou de rubidium) et possiblement dépasser des précisions de l'ordre de 10−16 partie par partie (de l'ordre de 1 seconde par milliard d'années). Je ne m'y connais pas, mais là, c'est clairement du domaine d'attribution du BIPM (et de la CGPM qui le contrôle) de s'occuper de ça, et c'est très bien.

Reste la résolution nº4 (Sur l'utilisation et l'évolution future de l'UTC), et c'est là que je tique vraiment. Des journalistes ont résumé la chose en disant que la décision avait été prise d'abolir les secondes intercalaires d'ici 2035. Dit comme ça c'est faux[#], comme d'habitude avec les journalistes, ce n'est pas ce que dit le texte de la décision votée, mais ce qui a vraiment été décidé et là où ils veulent en venir n'est pas super clair. Commençons par rappeler le contexte.

[#] Je cite le premier paragraphe de l'article du International Business Times : Scientists and government representatives meeting at a conference in France voted on Friday to scrap leap seconds by 2035, the organisation responsible for global timekeeping said. — À peu près tout est faux là-dedans : sans compter que le terme a conference in France suggère vraiment autre chose qu'une organisation internationale établie depuis 147 ans, ce n'est certainement pas the organisation responsible for global timekeeping, et la décision n'a pas été prise to scrap leap seconds by 2035, ce n'est pas ce que dit la résolution, et même si c'est peut-être l'intention, ce n'est pas clair, comme je vais le dire.

❀✿❀ Les secondes intercalaires ❀✿❀

Historiquement, la seconde était la partie 1 / 86 400 du jour solaire moyen (parce qu'un jour fait 24 heures de 60 minutes de 60 secondes, et 24×60×60 = 86 400). Mais la rotation de la Terre autour d'elle-même est légèrement irrégulière quand on y regarde de très près, et pour plus de précision, la seconde a été redéfinie sur la base de la révolution de la Terre autour du Soleil, puis sur la base d'horloges atomiques, considérablement plus précises, donc sur la base d'une certaine vibration de l'atome de césium-133 : je ne rentre pas dans les détails de ces redéfinitions (voir cette entrée passée), mais en gros, parce que les valeurs ont été basées sur des tables astronomiques établies à la fin du XIXe siècle et elles-mêmes basées sur des observations réalisées entre environ 1750 et 1850, la seconde correspond à la partie 1 / 86 400 du jour solaire moyen non pas maintenant mais grosso modo autour de l'année 1800, et la rotation de la Terre a un peu ralenti depuis. Donc, maintenant que la seconde SI a été définie de façon très très très (très !) précise (et, désolé, il n'est vraiment plus possible de la changer maintenant), le jour solaire moyen fait actuellement plutôt autour de 86400.002 secondes, avec plein d'irrégularités autour de cette valeur (voir ici pour un graphe de l'excès de la durée du jour par rapport à 86 400 s, en millisecondes, sur l'intervalle 1964–2002, avec la décomposition des divers effets : je ne sais pas où trouver des données plus récentes, mais actuellement on est provisoirement retombé en-dessous de 86 400 et je vais y revenir).

Bon, alors, si la seconde SI est telle que la durée du jour moyen fait 86400.002 secondes et qu'on veut diviser le jour en 24 heures de 60 minutes de 60 secondes, il n'y a pas besoin d'être très fort en maths pour se rendre compte qu'il va y avoir un problème. Que fait-on ?

Il y a plusieurs approches imaginables, suivies par différentes échelles de temps : ignorer le problème et compter juste les secondes SI, ou suivre vraiment le Soleil, ou essayer de faire un compromis entre les deux. Respectivement :

  • L'approche j'ignore le problème, je compte juste le temps en secondes est celle suivie par le temps atomique international (TAI) : le temps TAI est simplement un décompte de secondes à la surface de la Terre réalisé par les meilleures horloges atomiques, et il ignore le jour solaire. Il se décale donc progressivement du temps solaire mesuré au méridien de référence (en ayant tendance à avancer puisque le jour solaire moyen est plus long que les 86400s exactement d'un jour TAI, donc TAI avance). Actuellement, TAI est en avance d'environ 37s par rapport au temps solaire qui fait l'objet du point suivant.
  • L'approche j'ignore la seconde, je regarde le vrai temps solaire est celle suivi par le temps universel (astronomique observé), disons UT1. Bon, c'est compliqué, il y a plein de temps universels astronomiques différents (UT0, UT1, UT2, mais plus personne n'utilise UT2 et UT0 est une mesure brute bruitée, donc celui qui importe est UT1 qui apporte des corrections de la nutation et du mouvement des pôles), mais pour simplifier, UT1 est le temps solaire observé par les astronomes au méridien de référence (le 0° de longitude). Du coup, son écoulement n'est pas exactement régulier (parce que la Terre tourne plus ou moins vite selon le moment), ni même prévisible à l'avance, et il ne compte pas en secondes SI, ce n'est même pas vraiment un temps, c'est plutôt un angle de rotation de la Terre. Ce n'est pas non plus un temps pratique à utiliser, parce qu'on ne le connaît vraiment que a posteriori, et il faut faire des observations astronomiques pour ça.
  • Et l'approche faisons un compromis entre les deux. Le compromis actuellement en vigueur, qui porte le nom de temps universel coordonné, UTC (autrefois GMT ou heure de Greenwich), consiste à dire : on compte le temps en secondes SI, mais on ne s'écarte pas trop de UT1 (le vrai temps solaire observé), et si on va s'en écarter trop, on introduit une seconde en plus ou en moins appelée seconde intercalaire pour revenir proche de UT1.

Le temps universel coordonné UTC est la base de l'heure légale partout dans le monde, donc c'est lui qui importe le plus. (L'heure légale en France, par exemple, est UTC plus une heure en hiver, et plus deux heures en été, cf. cette entrée-là sur le sujet. Il y avait un doute sur le Danemark, je crois, qui peut-être utiliserait UT1 et pas UTC comme base pour son temps légal, mais si je me rappelle bien c'est sur la base d'une interprétation assez hasardeuse d'un texte de loi et je pense que personne ne prend ça très au sérieux. On peut aussi faire valoir des différences minuscules — quelques nanosecondes — entre les horloges atomiques maîtresses des différents pays dans la réalisation d'UTC, l'heure UTC finale définitive étant connue a posteriori par un travail de synchronisation très fin entre ces horloges, mais là c'est vraiment du coupage de cheveux en quatre alors que la différence entre TAI, UT1 et UTC, elle, ne l'est pas, 37 secondes ce n'est pas un truc qu'on peut juste ignorer.)

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(samedi)

Comment migrer de Twitter à Mastodon (ou pas)

Annonce préliminaire : si je décide de créer un compte sur Mastodon (ce qui implique de choisir un serveur, cf. ci-dessous) ou autre réseau social équivalent, en remplacement, ou en plus, de mon compte Twitter, je l'indiquerai en éditant cette entrée-ci pour fournir le lien, ainsi que dans la liste de liens sociaux qui se trouve en bas de chacune des pages du présent site ; je l'annoncerai aussi depuis mon compte Twitter si Twitter existe encore, ainsi que depuis le compte Mastodon temporaire @gro_tsen_test@mastodon.sdf.org que j'ai créé en attendant de prendre une décision définitive.

Je mets de côté l'écriture d'un billet de taille gigantesque consacré aux maths constructives pour parler un peu du fiasco Twitter et de la question de comment migrer vers autre chose, parce qu'à la vitesse à la quelle vont les choses ça devient vraiment urgent.

Je suppose que même les gens qui ne sont pas dessus ont entendu que Twitter était en train de mourir : Elon Musk (vous savez, le multimilliardaire complètement déjanté surtout connu pour Tesla et SpaceX et pour ses idées délirantes de colonisation de Mars) l'a racheté il y a quelques semaines (pour la somme complètement absurde de 44GUSD) et, depuis, semble prendre décision stupide sur décision stupide, à tel point qu'on se demande si c'est vraiment se couper sur le rasoir de Hanlon que de se dire que c'est forcément intentionnel. La vitesse à laquelle il a réussi à tout brûler est même assez impressionnante, ayant d'abord fait fuir les recettes publicitaires avec ses déclarations incohérentes et sa réputation sulfureuse, puis en ayant provoqué un chaos indescriptible en permettant à n'importe qui d'acheter des comptes « vérifiés » pour une somme dérisoire (avant de changer d'avis deux jours plus tard), et, au moment où j'écris, il a fermé les bureaux et licencié quasiment tout le monde (à croire qu'il ne se rend pas compte combien la valeur d'une boîte de tech est dans le savoir-faire de ses employés). Je ne sais pas où tout ça va aller mais j'avoue que je ne m'attendais pas à un tel clusterfuck quand il a racheté la boîte. (Soyons bien clair : je déteste profondément ce type, mais je le pensais au moins minimalement compétent au point de ne pas tout casser immédiatement. Je suis d'avis que ses prédécesseurs n'étaient pas moins détestables, juste moins chaotiques : les réseaux sociaux et leurs utilisateurs sont dans une relation de parasitisme mutuel et leurs patrons ne méritent de toute façon aucune sympathie de notre part, ils nous utilisent comme marchandise et nous les utilisons pour porter nos messages ; donc en soi la détestation que j'éprouve pour Elon Musk ne faisait pas obstacle à ce que je reste sur Twitter, mais évidemment, s'il fait que l'infrastructure se casse la gueule, il n'y a plus d'autre choix.) J'éprouve indiscutablement de la schadenfreude à l'idée que Musk (comme d'ailleurs Zuckerberg, dont les plans de Métavers semblent aussi très foireux) perdent des milliards et soient humiliés, mais il reste la question de savoir quoi faire si Twitter disparaît complètement (ou même sans attendre ce moment), et je suis assez embêté. J'insiste sur le fait qu'il n'y a aucune contradiction entre cette schadenfreude et cet embêtement.

Évidemment, dans la liste des possibilités, il y a rien du tout qui est une option à avoir à l'esprit : si Twitter disparaît, je peux (et chaque utilisateur peut) juste se dire que c'est tant pis, et qu'on a un réseau social de moins mais en avait-on vraiment besoin. Ce n'est pas un besoin vital de faire savoir instantanément au monde qu'on a mal dormi la nuit dernière. J'avais un blog bien avant Twitter pour communiquer mes idées un peu longues (comme, euh, tout ce rant !), je ne compte pas le faire disparaître. Mais j'avoue que j'aime bien la forme courte et plus spontanée que le microblogging permet, et je ne vais pas écrire un billet de blog pour dire à chaque fois que je veux utiliser le verbe valoir au subjonctif, je dois vérifier si c'est qu'il vale ou qu'il vaille ou autres pensées ou blagounettes à 0.02¤ (même si j'eus fait ce genre de choses par le passé), l'effort nécessaire pour publier un billet de blog sur mon site est trop important pour rendre raisonnables les billets ultra-courts mais très nombreux, et je ne crois pas que mes lecteurs apprécient tant que ça si je me mets à écrire autant d'entrées ici que de fils Twitter. Et je ne veux pas nier qu'avoir ~5000 followers est occasionnellement utile (s'il s'agit de demander un renseignement, par exemple), même si ça peut aussi avoir ses inconvénients (comme créer une bulle de contenu ou empêcher, justement une forme de spontanéité), mais bon, ça, de toute façon, les followers, je ne vais pas en garder plus qu'une poignée si je passe à autre chose quelle que soit la manière dont je m'y prenne.

Il est indubitable que les réseaux sociaux n'ont pas que des inconvénients, et que parfois ils servent à autre chose qu'à propager des messages racistes, des appels à signer une pétition, ou des vidéos de chats qui font des conneries : parfois ils sont à la hauteur de leur nom, les gens arrivent vraiment à tisser des liens personnels ou à créer des communautés virtuelles, et c'est dommage de voir ces choses disparaître parce qu'un milliardaire a des lubies (ou parce que Google a décidé d'abandonner un projet, ou parce que Tumblr a été racheté par Verizon, ou n'importe quelle péripétie de ce genre). Je suis assez d'accord avec ce qu'écrit un ami dans ce fil. Je suis aussi assez conscient des choses que ma décision de ne pas aller sur Facebook me rend inaccessibles pour me rendre compte que le fait de vendre son âme au diable n'a pas que des mauvais côtés (et que si mon souhait de voir Facebook disparaître en laissant Zuckerberg ruiné était exaucé il y aurait aussi des conséquences négatives sur des gens qui, contrairement au patron, ne le méritaient pas).

Cory Doctorow a écrit un rant sur Medium que je trouve très bien sur la difficulté de quitter un réseau social pour un autre, et la manière dont nous nous retrouvons prisonniers des relations que nous avons créées sur le premier. (Comme d'habitude avec lui, il défend — même s'il n'utilise pas explicitement le terme — de l'interopérabilité adversariale, avec laquelle je suis tout à fait d'accord, mais ce n'est pas vraiment mon point ici.)

Bref.

Le candidat naturel au remplacement de Twitter, c'est Mastodon. Enfin, plus exactement, c'est le Fediverse (le Fediverse c'est le réseau, ActivityPub c'est le protocole qui sous-tend ce réseau, et Mastodon c'est le principal logiciel qui implémente ce protocole et qui y ajoute des conventions et fonctionnalités, et Mastodon point social est la principale instance de ce logiciel, donc on peut avoir tendance à confondre tout ça et dire Mastodon comme métonymie pour le Fediverse, et vous me permettrez de le faire librement ici, mais je vais tenter d'expliquer plus bas ces histoires de serveurs).

Beaucoup de gens parlaient de, proposaient de, ou incitaient à, quitter Twitter pour Mastodon avant même que Musk rachète Twitter, le mouvement de fuite Twitter → Mastodon s'est amplifié avec le rachat, et accélère encore avec le chaos actuel. (J'en ai notamment parlé ici.) La migration est encore simplifiée par l'existence de nombreux outils qui permettent de retrouver automatiquement une partie des contacts Twitter sur Mastodon (tant que Twitter existe, bien sûr), ou de poster plus facilement en double sur les deux, et bien sûr il y a plein de tutoriels sur comment passer de Twitter à Mastodon. (Il n'est d'ailleurs pas clair que tout le monde sur Mastodon soit forcément très heureux de voir des hordes de réfugiés de Twitter débarquer dans leur coin d'Internet jusque là plutôt tranquille.)

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(vendredi)

Sur les vaches des Highlands de Saint-Lambert-des-Bois

Je suis tout étonné de voir que je n'en ai jamais parlé sur ce blog (à part très brièvement dans cette entrée sur l'été 2020 ; j'en ai surtout parlé sur Twitter, mais c'est un peu dispersé entre plusieurs fils, donc je vais reprendre de façon plus systématique). La race Highland de l'espèce Bos taurus (vous savez, ces vaches aux longues cornes et au poil long si caractéristiques, et si vous ne voyez toujours pas, allez suivre cette chaîne YouTube finlandaise) est certainement très haut dans ma liste d'animaux préférés[#]. Mais je ne veux pas parler ici des bovins Highland en général, mais d'un troupeau bien précis, celui de la prairie de la Gravelle à Saint-Lambert-des-Bois (Yvelines). Reprenons donc depuis le début.

[#] Sans doute à égalité, et quoique dans un genre très différent, avec la mésange à longue queue Aegithalos caudatus notamment la sous-espèce japonaise shima enaga, qui a l'air d'avoir évolué pour que les humains craquent complètement en disant que c'est meûgnôôon !!! (et, sans doute, lui donnent à manger). Je soupçonne vaguement que la sélection des vaches Highland a suivi un peu la même approche. En tout cas, je suis sûr que si un jour une mésange à longue queue se pose sur une vache Highland et que quelqu'un photographie ça, l'Univers disparaîtra dans un trou noir de mignonitude : le mieux que je peux vous proposer est donc avec une pie sur la tête.

[Vaches des Highlands dans la prairie de la Gravelle à Saint-Lambert-des-Bois, en train de ruminer (et un cheval au fond)]Les vaches Highland, je pense qu'il n'y en a pas énormément en France, et les vaches tout court il n'y en a pas tant que ça en Île-de-France, et les vaches d'agrément ou de décoration ce n'est certainement pas ce qu'il y a de plus courant (ça coûte cher à entretenir, ces choses-là, cf. ci-dessous), aussi[#2] ai-je été tout surpris de découvrir, en faisant une de mes premières balades à moto, le , en passant sur la D46 après Saint-Lambert-des-Bois, un troupeau de vaches des Highlands en train de brouter. Pourtant, je connaissais déjà le coin (cf. ci-dessous), mais je ne les avais jamais vues ou remarquées.

[#2] Entre temps j'ai appris l'existence de quelques autres vaches des Highlands en Île-de-France. Il y en a deux[#2.1] sur l'île Panchout à Yerres (Essonne), j'en ai aperçu une par hasard dans le Vexin du côté de Labbeville (Val d'Oise), et on me signale qu'il y en a aussi à Gambaiseuil (Yvelines). J'imagine qu'il peut y en avoir en Seine-et-Marne, aussi, je connais beaucoup moins le coin. Mais en tout cas, ça ne court pas les rues.

[#2.1] Avec une histoire assez triste, d'ailleurs, parce qu'un de ces bovins des Highlands installés là par la mairie d'Yerres est mort assez rapidement d'une occlusion intestinale sans doute parce que quelqu'un lui avait jeté quelque chose qu'il a mangé. La mairie a mis de grandes pancartes incitant les visiteurs à ne pas donner à manger aux vaches et surtout ne pas leur jeter de déchets.

(Une assez longue digression sur la géographie du coin, cliquez ici pour sauter.) La vallée de Chevreuse (voir cette entrée passée pour plusieurs cartes) est la vallée de la rivière Yvette entre, grosso modo, sa source et Villebon-sur-Yvette (plus loin la rivière continue jusqu'à se jeter dans l'Orge, mais elle ne fait pas vraiment une vallée nette). Cette vallée est assez rectiligne est-ouest, avec, de la source vers l'aval, c'est-à-dire de l'ouest vers l'est, Lévis-Saint-Nom, Maincourt-sur-Yvette, Dampierre-en-Yvelines, Saint-Forget, Chevreuse, Saint-Rémy-lès-Chevreuse, Gif-sur-Yvette, Bures-sur-Yvette, Orsay et Villebon-sur-Yvette. Il y a quelques affluents de l'Yvette qui creusent des vallées secondaires dans les plateaux au nord et au sud, les trois plus significatifs étant (de l'amont vers l'aval) le ru des Vaux de Cernay (affluent rive droite, dont le confluent est à Dampierre), le Rhodon (affluent rive gauche, dont le confluent est à Saint-Rémy) et la Mérantaise (affluent rive gauche, dont le confluent est à Gif). Tout ce coin est très bucolique et ça vaut la peine de s'y balader (à pied, à vélo, en moto…), et c'est pour ça que je mentionne les vallées du ru des Vaux, du Rhodon et de la Mérantaise, parce que c'est particulièrement joli, mais celle qui m'intéresse ici c'est celle du Rhodon, qui prend sa source quelque part vers le Mesnil-Saint-Denis et se jette dans l'Yvette à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, en traversant en chemin Saint-Lambert-des-Bois et Milon-la-Chapelle.

La vallée du Rhodon est notamment connue à cause du site historiquement important de l'ancienne abbaye de Port-Royal-des-Champs (fondée au XIIIe siècle comme une sorte de spinoff féminin de l'abbaye des Vaux de Cernay mais qui devient rapidement autonome, et dont le Port-Royal à Paris est d'ailleurs une extension créée au XVIIe). On retient Port-Royal-des-Champs notamment pour une des plus célèbres traductions en français de la Bible (celle de Lemaistre de Sacy, ou bible de Port-Royal), ou pour quelques pensionnaires célèbres (Blaise Pascal et Jean Racine), mais aussi et surtout pour avoir été un haut lieu du jansénisme qui lui a valu sa fermeture, son expulsion et sa démolition ordonnées par le pape Clément XI et le roi Louis XIV (vers 1709). Les bâtiments ont été rasés, mais il reste quelques ruines ainsi qu'un pigeonnier, et une ferme secondaire (la ferme des Granges). Le site, techniquement situé sur la commune de Magny-les-Hameaux mais en fait surtout proche de Saint-Lambert-des-Bois, se visite : il n'y a pas grand-chose à voir aux ruines, mais le musée des Granges, sur le plateau, a un très joli jardin et un beau point de vue. (J'avais parlé de Port-Royal par exemple dans cette entrée passée[#2b].)

[#2b] On m'informe au passage que l'âne qui y est mentionné (et photographié le recevant des gratouilles du poussinet) est maintenant mort de vieillesse.

L'endroit est aussi bien connu des promeneurs à cause du chemin Jean Racine qui relie Chevreuse à Port-Royal parce le dramaturge, alors âgé d'une vingtaine d'années, l'empruntait vers 1661 alors qu'il logeait à Port-Royal (où il avait été élève plus tôt) et se rendait régulièrement au château de la Madeleine à Chevreuse pour superviser des travaux de réfection du donjon (ce château de la Madeleine appartenait aux ducs de Chevreuse et de Luynes dont Racine était le protégé). Il y a une vue magnifique sur la vallée de Chevreuse depuis le château de la Madeleine. Le chemin de Racine (qui semble commencer « officiellement » ici mais la plupart des gens le prennent à partir du château de la Madeleine) descend dans la vallée du Rhodon et suit ce dernier jusqu'au site de Port-Royal. (Cela représente à peu près 5km, et il y a des bornes ornées de vers bucoliques et parfaitement niais que Racine a écrits.)

Pourquoi je raconte tout ça, moi ? Pas juste pour situer un peu l'endroit, et pour recommander les balades dans le coin[#3], mais aussi pour dire que c'est un endroit que je connaissais depuis longtemps, ayant grandi à Orsay et fait de nombreuses fois avec mon papa la balade du chemin de Racine, soit pour aller à Port-Royal soit pour manger au restaurant La Terrasse de Sauvegrain[#4] à Saint-Lambert-des-Bois, qui était alors moins chic et plus traditionnel. Les vaches dont je parle n'étaient pas là quand j'étais petit (je comprends qu'elles ont été installées en 1995), mais j'y étais retourné plusieurs fois depuis, et je ne les avais quand même pas vues, sans doute parce que le chemin Jean Racine suit vraiment le Rhodon alors que les vaches sont plus près de Saint-Lambert (donc si on suit le chemin sans chercher à les voir, on va les rater).

[#3] Par exemple on peut prendre le RER jusqu'à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, marcher jusqu'à Chevreuse par le chemin de Coubertin, monter au château de la Madeleine, admirer la vue, ensuite suivre le chemin de Racine jusqu'à Port-Royal, monter aux Granges et admirer le jardin et l'autre vue, et revenir par exemple par Milon-la-Chapelle. Cela se combinera fort agréablement avec un repas au restaurant La Terrasse de Sauvegrain à Saint-Lambert-des-Bois (voir la note #4 en-dessous) et un petit bonjour aux vaches qui sont le sujet/prétexte de ce billet — si elles sont encore là et veulent bien se montrer. ❧ Mais sinon, la vallée de la Mérantaise entre Gif-sur-Yvette et Châteaufort (cf. par exemple cette trace-ci, ou même au-delà) est aussi très jolie aussi, et il y a un bon restaurant à Châteaufort aussi.

[#4] Ce restaurant est excellent. Je le mentionne parce qu'à chaque fois que le poussinet et moi y allons nous en profitons pour dire bonjour aux vaches du pré voisin, mais autant leur faire une pub que j'estime bien méritée : contrairement au restaurant La Table des Blot (Auberge du Château) à Dampierre, ils n'ont pas d'étoile au Michelin, mais je considère qu'ils sont tout à fait du même niveau en qualité.

(Fin de la digression.)

[Deux vaches des Highlands dans la prairie de la Gravelle à Saint-Lambert-des-Bois, en train de ruminer]Bref. En novembre 2019, donc, je découvre l'existence de ces vaches des Highlands (au nombre de neuf, je crois), ainsi que de deux chevaux, dans une prairie (étiquetée la Gravelle sur la carte topographique IGN) au niveau de l'intersection entre les routes départementales D46 (qui passe par Saint-Lambert-des-Bois) et D91 des Yvelines, juste de l'autre côté de cette dernière par rapport au site de Port-Royal (et à quelques centaines de mètres de ce dernier). Depuis, j'ai pris l'habitude de passer souvent par là et de m'arrêter admirer les vaches.

Il s'agit d'une prairie humide, sans doute en partie marécageuse puisque c'est le lit étendu du Rhodon. On voit ici sur Google Street View[#5] et sur mes photos ci-contre et au-dessus le type de végétation qui s'y trouve. La prairie est assez grande, peut-être une dizaine d'hectares, mais je ne sais pas où les vaches peuvent aller exactement : selon les jours elles sont plus ou moins près de la route, si bien qu'on les voit plus ou moins facilement.

[#5] Où y voit aussi la pancarte dont je parle juste après : Ici le Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse restaure les clôtures, entretient les mares et les milieux remarquables pour garantir la présence de la flore et de la faune patrimoniale des prairies humides. Pas un mot sur les vaches.

Que font-elles là et à qui sont-elles ? Je n'en ai longtemps pas eu la moindre idée (je m'imaginais que c'était soit un agriculteur local soit l'hôtel associé au restaurant La Terrasse de Sauvegrain). En fait, j'ai fini par remarquer une pancarte assez discrète (voir la note #5 au-dessus) parlant d'entretien des prairies et qui semblait indiquer que c'était le Parc naturel régional (PNR) de la Haute Vallée de Chevreuse.

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