David Madore's WebLog: 2022-12

Vous êtes sur le blog de David Madore, qui, comme le reste de ce site web, parle de tout et de n'importe quoi (surtout de n'importe quoi, en fait), des maths à la moto et ma vie quotidienne, en passant par les langues, la politique, la philo de comptoir, la géographie, et beaucoup de râleries sur le fait que les ordinateurs ne marchent pas, ainsi que d'occasionnels rappels du fait que je préfère les garçons, et des petites fictions volontairement fragmentaires que je publie sous le nom collectif de fragments littéraires gratuits. • Ce blog eut été bilingue à ses débuts (certaines entrées étaient en anglais, d'autres en français, et quelques unes traduites dans les deux langues) ; il est maintenant presque exclusivement en français, mais je ne m'interdis pas d'écrire en anglais à l'occasion. • Pour naviguer, sachez que les entrées sont listées par ordre chronologique inverse (i.e., la plus récente est en haut). Cette page-ci rassemble les entrées publiées en décembre 2022 : il y a aussi un tableau par mois à la fin de cette page, et un index de toutes les entrées. Certaines de mes entrées sont rangées dans une ou plusieurs « catégories » (indiqués à la fin de l'entrée elle-même), mais ce système de rangement n'est pas très cohérent. Le permalien de chaque entrée est dans la date, et il est aussi rappelé avant et après le texte de l'entrée elle-même.

You are on David Madore's blog which, like the rest of this web site, is about everything and anything (mostly anything, really), from math to motorcycling and my daily life, but also languages, politics, amateur(ish) philosophy, geography, lots of ranting about the fact that computers don't work, occasional reminders of the fact that I prefer men, and some voluntarily fragmentary fictions that I publish under the collective name of gratuitous literary fragments. • This blog used to be bilingual at its beginning (some entries were in English, others in French, and a few translated in both languages); it is now almost exclusively in French, but I'm not ruling out writing English blog entries in the future. • To navigate, note that the entries are listed in reverse chronological order (i.e., the most recent is on top). This page lists the entries published in December 2022: there is also a table of months at the end of this page, and an index of all entries. Some entries are classified into one or more “categories” (indicated at the end of the entry itself), but this organization isn't very coherent. The permalink of each entry is in its date, and it is also reproduced before and after the text of the entry itself.

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Entries published in December 2022 / Entrées publiées en décembre 2022:

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(mardi)

La misérable race humaine périra par le froid

[Gravure de Meyer illustrant l'ouvrage “La Fin du monde” de Camille Flammarion, montrant des gens grelottant dans un paysage polaire, avec la légende suivante : « La misérable race humaine périra par le froid. »][Gravure illustrant l'“Astronomie populaire” de Camille Flammarion, montrant un couple de squelettes enlacés dans une grotte dans un paysage gelé, avec la légende suivante : « Surprise par le froid, la dernière famille humaine a été touchée du doigt de la Mort, et bientôt ses ossements seront ensevelis sous le suaire des glaces éternelles. »]Le titre de ce billet est tiré de la légende d'une gravure (de Henri Meyer, reproduite ci-contre) du livre La Fin du monde (1894) de Camille Flammarion (la gravure se trouve page 115, chapitre IV de la première partie ; le livre est trouvable ici sur Gallica avec les illustrations, ou ici sur Wikisource pour ce qui est du texte reformaté en HTML). J'avoue platement ne pas avoir lu ce livre (quel manque insupportable à ma culture générale !), peut-être que je m'y mettrai un jour où je me sentirai d'humeur d'absorber de la science-fiction post-apocalyptique de la Belle Époque, mais en tout cas vous en avez un bref résumé sur Wikipédia. J'avais dû voir l'image en question reproduite dans un livre de physique que j'avais lu quand j'étais petit, dans la section qui parlait de la seconde loi de la thermodynamique et qui évoquait la mort thermique et/ou l'histoire de ce concept. (Pour résumer sans entrer dans les détails, le concept de mort thermique était très à la mode quand les lois de la thermodynamique ont été dégagées ; il est toujours d'actualité, l'Univers est bien promis à une mort thermique selon nos connaissances actuelles, mais celle-ci aura lieu dans beaucoup plus longtemps que ce qu'on imaginait à l'époque de Flammarion, et au niveau de la Terre ce n'est vraiment pas un problème : voir par ici.)

Toujours est-il que cette gravure et sa légende m'avaient beaucoup frappé, par le style délicieusement suranné de cette époque où on avait encore le droit d'utiliser la tournure race humaine sans que des biologistes grincheux ne viennent vous reprocher que l'humanité n'est pas une race mais une espèce, et aussi le droit d'utiliser des phrases aussi ampoulées que celle qui accompagne la seconde gravure que j'ai reproduite en-dessous : Surprise par le froid, la dernière famille humaine a été touchée du doigt de la Mort, et bientôt ses ossements seront ensevelis sous le suaire des glaces éternelles.[#] Cette autre gravure (dont je ne sais pas qui est l'artiste) est aussi tirée d'un ouvrage de Flammarion, cette fois c'est son Astronomie populaire (1880 ; la planche se trouve dans page 101 du tome 1, chapitre VII du livre I ; le livre est de nouveau trouvable sur Gallica ; il n'a pas l'air d'être en ligne sous un format texte propre, mais il continue encore à être réimprimé sur des bouts d'arbres morts).

[#] Remarquez le cadavre du petit chien accompagnant ce dernier couple d'humains qui sont morts dans les bras l'un de l'autre, comme c'est touchant. Au fait, si quelqu'un a accès à Dall·E, je veux bien voir à quoi ressemble l'image qu'on obtient si on lui propose cette légende.

Bon, tout ça c'était juste pour dire que j'adore ces gravures, pas vraiment pour parler de Flammarion ni de la vision de la thermodynamique à la fin du XIXe siècle, mais ces livres sont sans doute très intéressants si on aime l'histoire des sciences et qu'on a un temps que je n'ai pas présentement pour les lire. (Je crois comprendre que l'Astronomie populaire a eu beaucoup d'influence sur son temps, dans la mesure où un livre de vulgarisation scientifique peut en avoir.) Si vous aimez la futurologie dans un style plus moderne mais dans la lignée des idées exposées par ces planches, je ne peux que recommander deux vidéos de l'extraordinaire chaîne Kurzgesagt : celle-ci sur l'avenir lointain, et celle-ci sur la mort de froid de la Terre sans le soleil. (Un peu plus ancien, mais au sujet de la mort thermique de l'Univers et du second principe de la thermodynamique, on peut toujours référencer la nouvelle classique de science-fiction The Last Question d'Isaac Asimov, trouvable ici en ligne probablement en débit du droit d'auteur.)

Bref.

J'ai froid.

Je m'étais plaint de l'hiver l'an dernier (mais avec une image d'illustration tirée de Game of Thrones, admettez que c'est beaucoup moins classe que Flammarion, même si elle reflète aussi très bien mon état d'esprit actuel), et décidément mon appréciation pour cette saison ne va pas en s'améliorant. Du coup je vais passer mon temps grelottant devant un clavier en infligeant à mes lecteurs mes rants incohérents sur le froid, l'énergie, et tous les sujets qui me passent par la tête.

Il fait froid en France en ce moment. Les gens qui habitent les pays où il fait vraiment froid sont priés de ne pas se moquer qu'on puisse appeler froides des températures de l'ordre de −1°C à −6°C, surtout si les pays en question ont encore de l'énergie pour se chauffer.

En vrai, je ne sais pas bien estimer combien la vague de froid actuelle là où j'habite est inhabituelle. J'ai bien essayé de faire un peu joujou avec des données (voir ce fil Twitter), mais c'est compliqué à exploiter tant elles sont bruitées.

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(lundi)

Quelques réflexions sur l'électricité, la pénurie et les probables coupures à venir

Avec l'arrivée de l'hiver, l'opinion publique française découvre que la sécurité de l'approvisionnement en électricité du pays est tout à fait précaire. (Le phénomène n'est pas exclusivement français, il se produit dans d'autres pays européens — sans même parler de l'Ukraine — mais avec des différences et à des degrés d'acuité divers, et comme je ne connais essentiellement que la situation en France et un tout petit peu en Allemagne et au Royaume-Uni, je vais éviter de me mouiller en parlant d'autre chose que de la France.) Personnellement je suis amplement averti du problème parce que mon poussinet m'en parle régulièrement depuis au moins deux ans (même s'il faut reconnaître qu'il a surestimé son ampleur puisqu'il me promettait déjà des blackouts pour l'hiver 2020–2021, puis pour l'hiver 2021–2022, qui n'ont pas eu lieu), mais je trouve assez malheureuse cette façon qu'a le pays de découvrir les choses quand on est au pied du mur : j'ai l'impression qu'on est reparti dans le même système de déni qu'avant la première vague de covid, où on a d'abord fait semblant que le problème ne toucherait pas la France, puis que ça n'affecterait pas notre vie courante, pour finalement découvrir l'impréparation totale du pays, qui est certes la faute des autorités, mais aussi des autres composantes de la vie publique, par exemple la presse qui aurait dû les harceler sur le sujet depuis des mois pour exiger des détails sur ce qui était prévu et ce qui pourrait se passer.

(Je ne comprends même pas la logique des gouvernements, dans leur intérêt égoïste, à nier ce genre de crises à venir. Il me semble que si j'étais au pouvoir et intéressé par y rester, je chercherais au contraire à amplifier tous les problèmes à l'horizon dont je peux vaguement prétendre qu'ils ne sont pas de ma faute — comme une pandémie ou une mauvaise gestion du réseau électrique par les gouvernements précédents — quitte à pouvoir dire, si rien de mal ne se produit, vous voyez ? notre action a réussi à éviter la catastrophe, et, si le problème survient effectivement, vous voyez ? nous vous avions prévenus. Mais passons.)

Je vais donc essayer de faire un peu le tour de ce que je peux dire sur le sujet tel que je le comprends. Comme je le fais parfois quand je n'arrive pas à plaquer mon discours sur un plan structuré en parties, je fais un succédané de plan sous forme de petits intertitres alignés à droite qui aident j'espère un petit peu à s'y retrouver dans ce pavé de texte.

☞ Énergie et puissance

Les raisons du problème sont variées (ce qui permet commodément à chacun de pointer du doigt ce qui l'arrange : qui l'intermittence des énergies renouvelables, qui la lenteur de l'entretien des centrales nucléaires, qui la guerre en Ukraine, qui la pandémie, qui la conjoncture économique), mais disons déjà qu'il y a deux chose qu'il ne faut pas confondre, même si elles ont un impact l'un sur l'autre : l'Europe en général, et la France en particulier, a à la fois un problème d'énergie en général (et de prix de l'énergie) et un problème de puissance de pointe sur le réseau électrique. C'est du deuxième que je veux parler même si le premier l'affecte indirectement.

☞ Tristesse quant au manque de culture scientifique du grand public (une digression)

Donc déjà, là, on a un méta-problème, qui est que le grand public a du mal à comprendre le problème, déjà parce que grand public ne connaît pas ou ne comprend pas la différence entre une énergie (qui est un stock) et une puissance (qui est un flux), confusion à la fois trahie et alimentée par les journalistes qui mélangent complètement les kilowatts·heure (kW·h, unité d'énergie) et les kilowatts (kW, unité de puissance), ou parlent même de kilowatts par heure (ce qui n'a pas de sens, enfin, ça peut en avoir dans des cas fort rares comme pour une montée ou baisse de charge, mais ce n'est presque jamais ce dont on parle). Et je prétends que cette confusion, loin d'être un point anecdotique (oui oui, j'ai écrit kilowatts par heure, je voulais dire kilowatts·heure, c'est un lapsus, vous m'embêtez, les scientifiques, avec vos pinaillages) devient un grave problème politique parce que quand on ne comprend rien à une crise, on mélange tout, on finit par croire des conneries, et des gens peu scrupuleux en profitent pour vous faire passer des vessies pour des lanternes. Or on a besoin de citoyens éclairés, surtout quand on leur demande des efforts ou des actions intelligentes (ou simplement de voter pour des non escrocs) ; et ce billet de blog est ma modeste contribution pour essayer d'aider à cet éclairement.

Ceci s'inscrit bien sûr dans le cadre plus large du problème de manque de compétences scientifiques basiques du grand public, donc je me suis déjà indigné plusieurs fois (par exemple ici) sur ce blog, et qui s'est déjà manifesté pendant la pandémie avec la difficulté à comprendre ce qu'est une exponentielle ou un taux de létalité (mais bon, pendant la pandémie, les épistémologistes ont eux-mêmes dit énormément de conneries). On peut aussi comparer ça avec un problème de culture générale : il ne s'agit de se moquer de personne individuellement (tout le monde a beaucoup de lacunes quelque part dans sa culture), mais on peut néanmoins être affligé par le niveau général collectif de culture scientifique du grand public. Ne pas comprendre la différence entre une énergie et une puissance est à peu près d'analogue à ne jamais avoir entendu parler de la première guerre mondiale, à la différence que (je ne sais pas pourquoi) c'est socialement moins mal vu d'être ignorant sur le concept d'énergie que sur l'existence de la première guerre mondiale, et que c'est politiquement plus problématique quand on est plongé dans une crise de l'énergie qui rend le concept autre chose que théorique.

Est-ce que ça vaut la peine que j'essaie d'expliquer les choses ? J'ai toujours peur que ce soit comme pisser dans un violon : les gens qui ont déjà la culture scientifique nécessaire savent déjà très bien ce qu'est la différence entre une énergie et une puissance, et ceux qui ne le savent pas, ce n'est souvent pas tellement par manque d'information que par manque de motivation pour apprendre (c'est technique, ça ne m'intéresse pas), donc même s'il y en a qui lisent mon blog, ce qui est déjà assez rare vu le contenu dont je parle en général, j'ai peur qu'ils se disent simplement ouhlà, il y a des chiffres : je vais sauter, et c'est bien ça le cœur du problème.

Mais bon, hauts les cœurs, je vais quand même faire des efforts de pédagogie.

☞ Une analogie avec de l'eau

Pour essayer d'expliquer les choses avec une analogie, si on imagine que l'énergie est remplacée par de l'eau, ou plus exactement l'analogie dans laquelle l'énergie est un volume d'eau, alors la puissance est un débit, c'est-à-dire un volume par unité de temps qui peut circuler dans une canalisation, ou qu'une pompe est capable de produire, ou qu'une installation domestique consomme, ou quelque chose comme ça. On voit qu'il y a plusieurs façons différentes de manquer d'eau : on peut manquer de volume mais pas de débit (le lac source ou la nappe phréatique est presque vide, on peut en tirer très vite mais bientôt il n'y aura plus rien), ou on peut manquer de débit (la nappe phréatique est bien pleine, mais la pompe qui en extrait de l'eau ne peut pas extraire assez vite). Le débit se mesure en volume par unité de temps, par exemple en litres par seconde ou en mètres cube par heure ; inversement, un volume écoulé se calcule en multipliant un débit par le temps pendant lequel on a laissé ce débit s'écouler.

Il en va exactement de même de l'énergie et de la puissance, sauf que les accidents de l'histoire font que l'unité la plus souvent utilisée pour l'énergie (≈ volume) dans la vie courante (pour la facturation et l'économie de l'énergie, disons) se déduit de l'unité pour la puissance (≈ débit), le watt, et pas le contraire : cette unité d'énergie est le watt·heure (ou ses multiples), qui est l'énergie consommée ou produite si on consomme ou produit une puissance de 1 watt pendant une heure : c'est une multiplication, pas une division, parce que l'énergie est un produit d'une puissance par un temps de la même manière qu'un volume d'eau est un produit d'un débit par un temps ; donc watt·heure, pas watt/heure. Si on préfère, l'unité de puissance, le watt, est un watt·heure par heure (unité d'énergie par unité de temps) de la même manière que pour l'eau, une unité de débit est par exemple mètre cube par heure (disons). En fait, l'unité standard officielle d'énergie est le joule, qui est un watt·seconde, mais c'est trop petit pour être utile en économie, donc on utilise le watt·heure, qui vaut 3600 joules puisqu'une heure vaut 3600 secondes (et, de nouveau, c'est un produit : un watt consommé pendant 3600s ça va faire 3600 fois plus d'énergie consommée qu'un watt consommé pendant 1s). Et en fait, plutôt que le watt·heure lui-même, on utilise surtout ses multiples, le kilowatt·heure (kW·h), qui vaut 1000 watts·heure (ou 3.6 millions de joules), le mégawatt·heure (MW·h), qui vaut 1000 fois ça c'est-à-dire 1 million de watts·heure (ou 3.6 milliards de joules), le gigawatt·heure (GW·h), qui vaut 1000 fois ça c'est-à-dire 1 milliard de watts·heure, et le térawatt·heure (TW·h), qui vaut encore 1000 fois ça, c'est-à-dire 1 billion de watts·heure (le billion français, pas le billion américain qui est un autre nom du milliard).

(J'aurais pu faire une analogie avec de l'argent au lieu de la faire avec de l'eau : l'énergie est comme un capital alors que la puissance est comme un salaire. Le problème avec cette analogie, peut-être superficiellement plus parlante que celle avec l'eau, c'est que le salaire n'est reçu que par sommes mensuelles, ce qui aide moins à comprendre les problèmes des pics instantanés de débit. Elle serait plus appropriée si on recevait un salaire sous forme d'augmentation continue de son compte en banque : un centime toutes les quelques secondes. Mais ce n'est pas le cas alors je préfère parler d'eau.)

(Bon, par ailleurs, j'aurais peut-être dû mettre partout dans cette entrée des guillemets autour de consommer de l'énergie : techniquement, on ne consomme jamais d'énergie, pas plus qu'on n'en produit, parce que l'énergie se conserve, on ne fait que la transformer d'une forme en une autre, et in fine en chaleur qui est la forme la plus difficilement utilisable de l'énergie ; mais bon, il n'est pas mon propos de faire ici de la vulgarisation sur la thermodynamique, pour ça je peux renvoyer à cette fort vieille entrée. Et puis, on parle bien de consommer de l'eau, alors que l'eau non plus elle ne disparaît pas quand on la consomme, elle finit bien quelque part, donc ça rend mon analogie tout à fait pertinente.)

☞ Unités d'énergie et de puissance

Je répète, pour que ce soit facile à trouver et à lire :

L'énergie est un stock (comme un volume d'eau), on la mesure en (joules, ou en) watts·heure (W·h) et ses multiples le kilowatt·heure (1kW·h = 1000 W·h), le mégawatt·heure (1MW·h = 1 000 000 W·h), le gigawatt·heure (1GW·h = 1 000 000 000 W·h), ou même le térawatt·heure (1TW·h = 1 000 000 000 000 W·h).

La puissance est un flux (comme un débit d'eau), on la mesure en watts et ses multiples le kilowatt (1kW = 1000 W), le mégawatt (1MW = 1 000 000 W) ou le gigawatt (1GW = 1 000 000 000 W).

Un watt·heure est l'énergie totale produite ou consommée si on produit ou consomme une puissance de 1W pendant 1h, et on a :

énergie = puissance (moyenne) × temps

— par exemple, consommer une puissance de 1000W pendant 1h, ou de 1W pendant 1000h, ou de 20W pendant 50h, ou de 50W pendant 20h, tout ceci consomme 1000W·h = 1kW·h au final.

Inversement, un watt est la puissance correspondant à consommer un watt·heure par heure :

puissance (moyenne) = énergie / temps

— par exemple si un équipement électrique a consommé 1000W·h (soit 1kW·h) pendant un intervalle de 5h, c'est que sa puissance consommée moyenne est de (1000W·h)/(5h) = 200W.

Le watt par heure, lui, n'a que très rarement un sens (quand on parle d'une variation de puissance dans le temps, ce qui n'est vraiment pas fréquent) : au moins 99 fois sur 100, quand un journaliste parle de watt par heure ou écrit W/h, c'est une erreur pour watt·heure ou W·h.

(La raison de la confusion qui fait écrire watt par heure ou W/h à beaucoup de journalistes est sans doute une forme d'hypercorrection : on leur a appris que ce qu'on appelle vulgairement un kilomètre-heure dans le langage courant est en fait un kilomètre par heure et ils savent qu'il faut écrire km/h, ce qui est vrai, donc par analogie ils s'imaginent qu'un watt-heure est une erreur pour watt par heure, mais justement ce n'est pas ça, ce n'est pas une division, c'est une multiplication, c'est un watt fois heure qu'on appelle un watt·heure, et c'est un watt qui est un watt·heure par heure et pas le contraire.)

☞ Ordre de grandeur : le kilowatt·heure

L'autre chose qui fait cruellement défaut au grand public, c'est un sens des ordres de grandeur. Un radiateur électrique typique peut consommer (c'est-à-dire en fait : transformer en chaleur) une puissance de 1000W, autrement dit 1kW : si on le fait tourner pendant 1h, on a donc consommé 1kW·h, un kilowatt·heure. Le kilowatt·heure est donc une unité assez typique pour les consommations domestiques individuelles. Son prix aux particuliers dépend du détail de l'abonnement, mais en ce moment chez EDF il est à 0.174€ pour l'abonnement de base, ou 0.147€ en heures creuses et 0.184€ (j'arrondis) en heures pleines si on a la formule HC/HP, ou entre 0.086€ (heures creuses bleues) et 0.549€ (heures pleines rouges) si on a la formule Tempo. Le mégawatt·heure, le gigawatt·heure et le térawatt·heure sont donc alors mille, un million, et un milliard de fois ça : le premier peut servir par exemple à mesurer la consommation d'un foyer sur un an, le second à mesurer la consommation d'un village sur un an, le troisième d'une grande ville sur un an (et pour la Terre entière, on parlera carrément en pétawatts·heure).

Il peut aussi être intéressant de noter que le watt·heure est à peu près la même chose que la « calorie » (qui est en fait en vrai une kilocalorie, mais tout le monde l'appelle calorie, et, oui, c'est vraiment confusant), cette unité à la con qui sert à indiquer les apports en énergie des aliments : oui, la calorie-qui-est-en-fait-une-kilocalorie est une unité d'énergie comme le watt·heure ou le joule, elle vaut 1.16 watt·heure. Du coup, les apports journaliers recommandés en énergie pour un adulte sont de l'ordre de 2.5 kW·h (l'essentiel part en métabolisme), ce qui peut aussi être un bon ordre de grandeur à retenir.

Autre ordre de grandeur possiblement intéressant : une voiture électrique consomme de l'ordre de grandeur de 150W·h par kilomètre, ou si on préfère, 15kW·h par 100km. Par ailleurs, un litre d'essence « contient » (c'est-à-dire, est capable de libérer quand on le brûle) environ 9kW·h.

☞ Puissance instantanée et puissance moyenne

Concernant le lien entre énergie et puissance, il faut que je fasse une remarque importante sur la puissance moyenne et la puissance instantanée. Là aussi, si je dois m'adresser au grand public, il vaut sans doute mieux que je fasse une analogie. Ce sera plus clair si je parle de distances et de vitesses :

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