David Madore's WebLog: 2004-03

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in March 2004 / Entrées publiées en mars 2004:

(mercredi)

Voleur de Feu

Quand j'étais petit (petit voulant dire jusqu'à 18 ans à peu près), je me racontais des histoires. Je n'arrêtais pas ; même, il m'arrivait souvent de parler seul, voire de jouer presque des pièces de théâtre à moi tout seul. Des histoires dans le genre heroic fantasy ou space opera (comment dit-on ces choses-là en français, d'ailleurs ?) en général — mais pas forcément. Toujours passablement mêlées d'ésotérisme et de symbolisme compliqués. J'en ai écrit quelques-unes, d'ailleurs, comme ma série de romans Anderland (où apparaît pour la première fois le nom de Ruxor), qui est absolument illisible et incompréhensible parce que j'écrivais non pour écrire mais pour me raconter ces histoires. En quelque sorte, il s'agit d'un concentré de ce que j'avais dans la tête à l'époque, et ce n'est donc pas facile à comprendre (même moi j'ai du mal). Ce n'est que plus tard que j'ai commencé à me faire à l'idée que l'écriture peut aussi avoir un autre intérêt que le récit d'une histoire tarabiscotée ou l'étalage de métaphores ampoulées : qu'il peut y avoir un travail de construction, de style, et encore d'autres choses ; en même temps, j'ai laissé tomber mes tentatives de romancier pour m'essayer (plus modestement ? peut-être pas) à la nouvelle (je pense que la première que j'ai écrite a été celle-ci), voire au fragment.

La dernière fois que j'ai vraiment joué au démiurge, c'est en écrivant La Larme du Destin. Je dis démiurge, parce que c'était vraiment un monde que je créais — Anecdar — et pas seulement un récit. Un monde qui a une histoire, une géographie, des langues, des peuples et des relations entre eux, que sais-je encore ? (C'est sans doute aussi à ma propre relation à l'écriture que je pensais quand j'ai produit cette petite nouvelle qu'est l'Histoire de la Propédeutique à la Reine des Elfes.) Je ne dis pas que j'ai été très doué pour cette création, mais j'y ai mis beaucoup d'efforts : j'ai fait des calculs invraisemblables de mécanique céleste juste pour placer une éclipse au bon moment dans mon histoire et pour écrire une scène où les personnages regardent le ciel, j'ai créé des dynasties d'Empereurs juste pour que mon Quentin II ne sorte pas de nulle part, et ainsi de suite. Le livre ne montre qu'un tout petit bout de ce monde. Pourtant, avec tout ça, le roman est, il faut le dire, bien médiocre (malgré quelques trouvailles intéressantes, c'est surtout une naïveté presque enfantine qui me frappe quand je le relis aujourd'hui ; mais au moins il est assez compréhensible, contrairement à Anderland).

Peu importe que le roman ne soit pas à la hauteur : le monde, lui, est à moi, Anecdar est ma création, un univers où mon imagination pourra toujours se réfugier, et je l'aime. Encore maintenant il m'arrive d'y repenser, car je ne l'ai pas complètement abandonnée — heureusement, car quoi de plus triste qu'un monde que son créateur a déserté ? — et, parfois, avant de m'endormir, quand je laisse mon esprit vagabonder, je vais faire un tour entre les canaux et les tours de la ville de Tekir pour y retrouver des créatures familières.

Parmi les (très nombreux) personnages qui l'habitent, il y en a un qui a ma préférence : c'est celui qui porte le nom qui définit Prométhée : Voleur de Feu. (Il a un vrai nom à côté de ce surnom, mais pour l'apprendre on doit lire le livre jusqu'au bout. Na.) En fait, Voleur de Feu est mon prince charmant, le grand amour de ma vie (ça y est — mes analystes préférés vont me diagnostiquer des névroses compliquées parce que je tombe amoureux des personnages de mes histoires). J'ai écrit le roman à une époque où je ne révélais pas que j'étais homosexuel, et même le dire d'un personnage littéraire aurait été suspect, alors il faut le lire entre les lignes (plus tard j'ai pu me rattraper en écrivant par exemple ce conte de fée, dont les héros ont plus de chance en amour, d'ailleurs, que Voleur de Feu, lequel finit par un mariage de complaisance avec la princesse Invar).

J'ai toujours cru à la réalité des personnages de fiction, tant pour leurs auteurs, dont ils font partie, que pour leurs lecteurs que, bons ou mauvais, ils accompagneront toujours. Quelque part, donc, Voleur de Feu existe, et c'est assez frustrant de ne pas pouvoir le rencontrer dans ce monde-ci, parce qu'il est toujours si proche de moi.

Allez, je crois que je vais me coucher, et rendre une petite visite à Tekir pour l'y retrouver.

(mardi)

Longue journée

Je me suis levé ce matin (je veux dire, mardi matin, le matin dernier) vers 6h et des poussières, et je vais me coucher vers 8h et des poussières, vingt-six heures plus tard. J'ai dormi deux heures la nuit dernière, je n'ose imaginer combien je vais en dormir maintenant.

La raison de mon lever matinal, c'est que j'ai donné mon premier TD de soutien en licence de maths pures à Orsay (je vais faire six telles séances de deux heures pour finir ma charge d'enseignement pour l'année). J'ai donc passé deux heures à expliquer à quatre charmantes jeunes filles (c'est amusant, au premier semestre en DEUG MIAS je n'avais que des garçons et là je n'ai eu que des filles) les subtilités de la décomposition en éléments irréductibles dans un anneau principal.

Ensuite, je suis passé dire un petit coucou à mon directeur de thèse et lui expliquer que peut-être il y a un espoir que mes six-huit derniers mois de recherches ne sont pas irrémédiablement foutus (si la variété X³+Y³+Z³+t(U³+αV³)=0 a le bon goût d'être plus sympathique que X³+Y³+Z³+tU³+t²V³=0 du point de vue de ce que je veux en faire, comme un calcul sommaire semble montrer que cela pourrait être le cas).

Après ça je ne sais pas comment j'ai passé le reste de ma journée. Le mystère des heures perdues, c'est qu'on ne sait pas où elles vont. Je sais que ça a terminé par un bon nombre de parties d'Arcanoïd.

(Monday)

Understanding Power

I am currently going through reading Noam Chomsky's (rather massive) book Understanding Power, which is a sort of compendium of all of his political thought.

For those who don't know Chomsky, he is a professor of linguistics at MIT, the inventor in 1956 of “context-free grammars” (which are of paramount importance in modern computer science) and generally speaking an important contributor to the field of structural linguistics (and, incidentally, psychology); he is also well known for his political writing and activism: his views, which are markedly left-wing, could be described as libertarian socialist (or left-anarchist). Chomsky has been described (in an article in The New York Times, which is ironic given the amount of criticism that he has thrown at the Times) as arguably the most important intellectual alive, and I think this isn't unreasonable.

I started reading with the certitude that, since it would be essentially an act of “preaching to the choir” (with me as the choir), I wouldn't learn much. Wrong! I have never found a book so astounding as Understanding Power. Essentially, the editors have taken the transcripts of various colloquies and interviews given by Chomsky (from the eighties to the current day), slightly edited them and organized them topically. So one can read it small portions at a time, or skip directly to this or that subject. All of it is fascinating.

The title is no lie: it is indeed about understanding the game of power, in other words, international politics—generally the United States' role in international politics and the reason behind their actions. Chomsky denounces the official propaganda and explains the real motivations of the powers that be. He brings it all under a new and very different light, and it's simply amazing how much sense it all makes. Even if one does not always agree with all of the (often provocative) theories presented there, the hard facts that he presents are stupefying, and the amount of important events that were simply silenced by the mainstream press is frightening. Because Chomsky never talks aimlessly or theorizes about nothing: his assertions are always backed by ample evidence, easily verifiable at that, and it's wonderful to see how well-documented his explanations about any given topic can be. Nobody else comes even close to being half as erudite about current international affairs as Noam Chomsky. But the really marvelous thing is that all of what he writes remains completely understandable and very easy to read: no matter how expert his reasoning, it is always perfectly readable and entirely clear. As he keeps saying, the facts are there for anyone to see. This is also the reason why Chomsky can't be considered what might be called a conspiracy theorist: he doesn't claim that any of it is secret, it is in fact quite open for anyone to see, it's just that people won't look—and he also dismisses some of the blatant conspiracy theories which might superficially seem to fit the facts.

So, really, I cannot recommend it too warmly: if you have any interest in international affairs, buy and read this book. But if you can't be bothered to, at least try reading Chomsky's blog, Turning the Tide (I've just learned of its existence, so I cannot say how interesting it is, but judging from all that I've ever read by Chomsky, I don't think it should be disappointing).

(lundi)

Régionales en Île-de-France

Si je ne me suis pas trompé dans mes calculs, la répartition en sièges du nouveau Conseil régional d'Île-de-France sera la suivante :

Département ParisS.&M.Yve.Ess. H.d.S.S.St.D.V.d.M.V.d'O. TOTAL
Liste 75777891 92939495
Huchon 26151615 16141513 130
Copé 137107 11466 64
Le Pen 2322 1212 15
TOTAL 41252824 28202221 209

Le site Web du Conseil régional d'Île-de-France donne des chiffres différents (129 conseillers pour la liste Huchon et 16 pour la liste Le Pen), mais je suis sûr que ce sont eux qui se trompent. Ils (c'est-à-dire vraisemblablement des webmasters un peu hâtif) n'ont pas correctement appliqué l'article L338 du Code électoral : tel que je le lis, la prime à la majorité est de 53 sièges pour la liste Huchon, et les 156 sièges restants sont attribués en 77+64+15 aux trois listes pour reproduire à la proportionnelle les 1922546+1593559+395481 voix exprimées pour ces trois listes ; au final, cela fait 130 sièges pour la liste Huchon, 64 pour la liste Copé, et 15 pour la liste Le Pen. Heureusement, les lecteurs du blog de David Madore sont informés des chiffres corrects.

Bon, j'observe en fait que les résultats en sièges (mais pas joliment tabulés comme ça, département par département) sont aussi sur le site du ministère de l'Intérieur. Apparemment mes calculs étaient corrects.

(dimanche) · Premier Quartier

Régionales

Je m'abstiens en général de parler de politique (pour toutes sortes de raisons : parce que ce blog est hébergé — très officieusement — par une institution publique qu'est l'ENS, notamment, et aussi parce que je ne crois pas avoir grand-chose à dire d'intéressant ou se significativement différent de ce que d'autres savent dire bien mieux que moi). Je me contenterai de faire sobrement remarquer que je ne suis pas mécontent du résultat de ces élections locales, notamment parce que les candidats pour qui j'ai voté ont été élus (s'agissant des cantonales, je précise que je vote chez mes parents).

Je ne suis pas très content, en revanche, de la raison de ces résultats : globalement, je trouve lamentable l'idée du « vote sanction », et je trouve qu'il y a un vrai problème au fait que l'équipe au pouvoir s'érode systématiquement dans les sondages et tende à perdre les élections. Certes, il y en a qui deviennent impopulaires plus vite que d'autres, mais le fait qu'aucun gouvernement ne gagne jamais en popularité au cours de son mandat me semble signifier que les citoyens ont des attentes déraisonnables des pouvoirs publics (si ces attentes étaient raisonnables, quelqu'un aurait bien fini par y répondre, à moins qu'on croie à une théorie du complot particulièrement raffinée). Avoir des opinions politiques de droite ou de gauche, c'est bien, et on peut même avoir des opinions différentes sur le plan national et régional, d'ailleurs ; changer d'avis, ce n'est pas forcément mal — mais en changer à chaque élection pour systématiquement voter contre le gouvernement au pouvoir, c'est une connerie. Or il me semble que le gouvernement actuel, qui est si impopulaire, il n'est pas tombé du ciel : il est là parce que des gens ont voté pour lui, et je ne parle pas des présidentielles qui ont été un peu particulières mais bien des législatives qui ont suivi, qui ont été claires ; il me semble que le gouvernement en question, aussi, applique à peu près le programme qu'il avait annoncé dès le début, et qu'en tout cas on pouvait prévoir qu'il mènerait. Il y a donc dans ce pays — ce n'est pas une surprise, ni une nouvelle — des gens parfaitement inconséquents et qui ne savent pas ce qu'ils veulent : ils devraient consulter un manuel quelconque de théorie politique pour apprendre ce que sont les grandes tendances politiques et pour se faire une idée qui ne change pas au gré du vent. Les hommes politiques ne peuvent pas leur dire qu'ils sont des cons, parce que s'ils leur disent ils perdent des voix, mais je m'étonne que personne n'ait le courage de le leur annoncer clairement. Ce soir, les cons ont émis leur voix dans la même direction politique que moi : finalement, je ne sais pas si je devrais être si content que ça.

(samedi)

Recueillement devant la tombe d'Oscar Wilde

[Photo]On dit souvent — et avec justesse — qu'on ne visite jamais aussi mal une ville que quand on y habite soi-même. Muni de cet adage, et profitant du beau temps, je suis allé visiter cet après-midi le cimetière du Père Lachaise en compagnie de Davide, Michel (une connaissance commune), et Niccola (Parisien seulement pour quelques mois, qui héberge Davide lors de son bref passage en France, et qui nous a servi de guide parce qu'il connaissait nettement mieux que nous autres les endroits où se trouvaient les choses à voir). Ci-contre, Niccola, Michel et Davide (dans cet ordre de gauche à droite) admirant le tombeau d'Oscar Wilde ; les traces sombres sur la face de la pierre ne sont pas des taches mais des marques de baisers (pour lesquelles cette tombe est célèbre) ; il y avait aussi une assez émouvante lettre (en allemand) adressée au poète, posée sur le rebord (sous la bougie jaune qu'on voit sur la photo).

On ne le sait pas toujours, mais si Oscar Wilde a fini sa vie dans la misère (même si celle-ci a probablement été exagérée par les récits ultérieurs qui en ont été faits), c'est aussi qu'il avait été abandonné par tous et notamment par les intellectuels de l'époque qui auraient pu le soutenir. Lorsque Wilde était en prison à Reading, l'anarchiste américain installé à Paris Stuart Merrill tenta d'obtenir le soutien de grands écrivains français dans une pétition adressée à la reine Victoria en faveur de Wilde : à l'exception d'Octave Mirbeau, aucun de ceux qui allaient peu après soutenir Dreyfus ne se montra prêt à se mobiliser pour leur confrère, pas même Émile Zola qui, pourtant, avait fait quelques années auparavant la connaissance de Wilde et avait pu apprécier l'éclat de sa conversation. We are all in the gutter, but some of us are looking at the stars.

(samedi)

Passage à l'heure d'été

La petite réflexion idiote de la journée :

Est-ce que ce n'est pas méchant de retirer une heure au printemps pour en rajouter une à l'automne ? ☺

(vendredi)

If in doubt, Meriadoc, always follow your nose

J'avais le choix, ce soir, entre trois groupes pour sociabiliser : soit aller au buffet mensuel de >Dégel! (qui a lieu le dernier vendredi de chaque mois), soit rejoindre la réunion (le « Glou », comme ils disent) des parisiens d'Orkut, soit retrouver des copains normaliens qui faisaient un dîner dans un restaurant mexicain. Grave dilemme : j'aime bien les gens de >Dégel!, mais je les vois quasiment tous les vendredis, je ne suis pas trop fan d'Orkut, mais ça peut être l'occasion de rencontrer en vrai de nouvelles têtes, quant aux normaliens je les connais déjà bien, mais il y en avait un ou deux de passage exceptionnellement à Paris. J'ai bien failli n'aller nulle part, en fait, plongé dans mes peines informatiques. Mais finalement j'ai décidé de ne pas déroger à mes petites habitudes et d'aller à >Dégel! (ce n'est pas non plus comme si les deux autres événements étaient exceptionnels : chacun se reproduira dans un avenir pas trop lointain).

Bien m'en a pris, parce que j'ai eu la très heureuse surprise d'y trouver Davide, l'ami italien dont j'avais fait la connaissance alors qu'il était en stage Erasmus en France, et que je n'avais pas vu depuis bientôt trois ans (1007 jours, pour être très précis). (Ceux qui ont vu le merveilleux film L'Auberge espagnole de Klapisch comprennent pourquoi il est important de préciser étudiant Erasmus 😉.) Il est à Paris pour seulement quatre jours, pour assister à un congrès de psychanalyse, et c'est la première fois qu'il y repasse depuis l'été 2001 : heureusement, donc, que je ne l'ai pas raté !

J'aime beaucoup lorsque resurgissent dans ma vie des gens connus autrefois, et perdus de vue entre temps. Le mois dernier, d'ailleurs, j'ai revu un copain de classe de première, qui m'a retrouvé grâce à la magie de Google (comme quoi il est utile de ne pas être anonyme sur le Web).

(jeudi)

Qwerty

Ça fait du bien d'avoir à nouveau un clavier qui marche, avec une vraie touche entrée et pas une touche « enter lock » comme j'avais ces derniers temps. Un Qwerty US, bien sûr : je ne supporte pas les Azerty (oui, je sais, un clavier Azerty en vaut deux… elle est très mauvaise), dont je n'ai jamais compris l'intérêt (même pour taper du français c'est peu commode : juste essayez de produire un E accent aigu majuscule sur un clavier Azerty). J'ai eu peur, en regardant l'emballage, qu'on m'ait refilé un Qwertz (c'est ce qui est dessiné sur la boîte), mais en fait c'est bien un vrai Qwerty US.

(D'accord, je tape de toute façon en Qwerty, même si le clavier est Azerty, je le configure comme un Qwerty. Mais ensuite ça trouble profondément les gens à qui je prête mon ordinateur.)

À part m'acheter un clavier, aujourd'hui, j'ai dîné, avec mes parents et Gordon et Margie Fain (des amis de longue date) dans un très bon restaurant : Les Petites Sorcières, 12 rue Liancourt, dans le 14e. Je recommande. (Menus autour de 20€, soit environ le prix d'un clavier Qwerty.)

(mercredi)

Immortel

Ce soir je suis allé voir Immortel, le nouveau film d'Enki Bilal, à l'UGC de Bercy, avec Cossaw, pour me détendre un peu de mes crises de nerfs informatiques. C'est visuellement vraiment magnifique (même si c'est parfois un peu poussé sur le sordide, comme j'ai l'impression qu'Enki Bilal a tendance à faire), et c'est très poétique, parfois gentiment humoristique aussi. Mais alors surtout, si vous comptez y aller, n'essayez pas de comprendre quoi que ce soit à l'intrigue : il n'y a tout simplement rien à comprendre, et il y a énormément de questions qui restent sans réponse (qu'est-ce que c'est que l'intrusion zone et à quoi et à qui sert-elle et pourquoi est-elle dangereuse ? d'où vient Jill, finalement ? et qui est John ? pourquoi Horus a-t-il été condamné ? pourquoi les dieux stationnent-ils leur pyramide au-dessus de New York ? que veulent au juste Eugenics, et que font-ils ? qu'est-ce que sont les niveaux dans la ville ? quels sont les rapports entre les humains et les non-humains, et d'où viennent ceux-ci ? quel était le crime de Nikopol ? à quoi est due sa libération anticipée si opportune ? qui est le serial killer ? — et j'en passe…).

La petite question naze du moment : est-ce que la langue que parlent Horus, Anubis et Bastet dans le film est vraiment de l'égyptien ancien ? (Je pourrais poser aussi la question, accessoirement, de la langue qui est parlée dans Stargate.) J'avoue que ça a une classe certaine : parler latin, c'est rigolo, parler grec ancien, c'est nettement mieux, mais égyptien ancien, c'est carrément barbot. Mise à jour (2004-04-04T02:40+0200) : Quelqu'un que je connais (merci, Liguori !) a posé la question à Enki Bilal lui-même ; la réponse est qu'il avait un livre sur l'egyptien ancien et a bidouille lui-meme un truc potable a partir de ca… C'est donc bien de l'egyptien ancien, mais a la sauce Bilal (en particulier avec les noms de dieux en anglais).

(Wednesday)

Reinstallation nightmare

So I've begun the full reinstallation of my computer system under Debian GNU/Linux (“Sarge”). I did realize it might be no fun, but in my deepest nightmares I had not foreseen how bad it would turn out. Or rather: I think I had more or less correctly assessed the amount of work it would be—weeks of it—but I had not considered the fact that I could not afford to wait for entire weeks to have a usable system. Maybe I should have set things up to be able to dual boot under the old system or the new one while the latter was being configured, which would then have made it possible for me to take my time at it; but as such, I have to work fast, because there are plenty of things for which I direly need a working system, and for the moment I do not have it.

I won't go through the detail of all the problems I've encountered. It took me all day yesterday, staying up until 6AM, to get a bootable system with a reasonably correct network configuration (it is true that my network setup is a bit baroque). The fact that the Debian Sarge snapshot CD was quite buggy did not help. Today, I spent all day trying to get a decent graphical environment and desktop—with partial success. In principle this should take minutes: in practice, hours were wasted getting my USB trackball to work (all right: the fact that I have a trackball and a mouse attached to the computer might have made it a bit more difficult than necessary), until I understood that the mousedev module had to be loaded (not just hid, input and possibly usbmouse). More hours were wasted working through the stupidity of the Gnome desktop policy decisions: understanding, for example, how to replace the entirely worthless but now default Metacity window manager by the acceptable Sawmill, and then how to work around a stupid limitation of Gnome by adding the cryptic line (define-special-variable viewport-dimensions '(3 . 3)) to my .sawfishrc file. (Needless to say, there is absolutely no kind of documentation anywhere that tells you to add this line, or why you need it.)

I think from now on I'll urgently discourage people who ask me for advice from trying Linux. Basically the problem is this: Linux (I mean the whole program suite included in a given distribution, not merely the operating system or the kernel) is really powerful insofar as it is highly configurable. Incredibly configurable, in fact. But once one starts customizing the penguin to one's tastes, one becomes accustomed to this specially tailored configuration and one can't live without it: and since any upgrade is liable to break bits and pieces of configuration and force one to rewrite whole configuration files, one can waste an unimaginable amount of time on it.

Basically, I'm on the verge of a nervous breakdown.

Update (2004-03-24T28:02+0100): On the other hand, I can now re-enable the comments system, which turned out to be comparatively easy to upgrade (to Apache 2.0.48 and PostgreSQL 7.4.2).

(Tuesday)

Disabling comments

[Traduction française ci-dessous.] Because of technical reasons already explained, I'm disabling this blog's comments system for the moment.

[French translation of the above.] Pour des raisons techniques déjà expliquées, je désactive le système de commentaires de ce blog pour le moment.

(lundi)

Tu Marcellus eris

C'est bien une des premières leçons que, comme sans doute beaucoup de pédés, j'ai dû apprendre dans la vie affective : quelque chose comme 95% de la population (masculine — enfin, féminine aussi, mais c'est la première qui m'intéresse en l'occurrence) est hétérosexuelle, et le fait qu'un garçon soit joli et charmant, de compagnie agréable et amical avec moi, ne signifie pas que j'aie la moindre chance[#]. Il n'y a pas de promesse des cieux, et personne n'a jamais dit que la vie devait être juste. Depuis le temps, je l'ai bien compris, je crois, et j'ai appris à vivre avec ; reste que c'est un peu agaçant de devoir subir des piqûres de rappel de temps en temps.

Allez ! C'est le printemps ! Vive la vie !

[#] Bon, je n'ai pas de chance avec les pédés non plus, mais ça ça a été la deuxième leçon, bien plus tard, et je n'ai toujours pas fini de l'apprendre, celle-là, donc n'en parlons pas.

(lundi)

Idée saugrenue

J'ai rêvé que Chirac décidait de dissoudre l'Assemblée nationale, devenait ainsi immensément populaire en mettant à la porte le Gouvernement, se faisant des ennemis mortels de la droite comme de la gauche (laquelle, placée sans préparation devant la nécessité de gouverner, ne savait trop que faire) et assurant sa réélection en 2007.

Rêve prémonitoire ? 😝

(dimanche)

Nuit blanche

La soirée avait commencé par quelques parties d'Arcanoïd, et, à force de discussion intéressante avec des gens passionnants, c'est devenu une nuit blanche. Je n'aime pas rentrer pour me coucher alors que le soleil illumine le ciel bleu d'une superbe matinée, mais il me faut vraiment dormir. Il est 33h (c'est-à-dire 9h du matin, le 22).

(samedi) · Équinoxe de Printemps (2004-03-20T06:48:34.08Z) · Nouvelle Lune

Un peu d'éducation civique

Demain, une quarantaine de millions d'électeurs français sont appelés aux urnes pour renouveler les conseils régionaux et (en partie) les conseils généraux. Comme apparemment tout le monde n'est pas très au courant de ce pour quoi on vote ou comment se passe le scrutin, voici un petit crash-course sur le sujet pour les lecteurs concernés de ce blog.

La France est divisée en vingt-six régions (vingt-deux en France métropolitaine, dont la Corse qui a un statut un peu spécial juste pour embêter tout le monde, et quatre régions en outremer) qui regroupent ses cent départements (quatre-ving-seize en France métropolitaine, et quatre en outremer). Chaque région est dotée d'un conseil régional (sauf la Corse où il y a à la place l'assemblée de Corse, mais à part le nom personne ne doit connaître la différence avec un conseil régional). Ces conseils sont élus pour six ans. Chaque département est doté d'un conseil général (sauf Paris, dont le conseil de Paris fonctionne à la fois comme conseil municipal et comme conseil général), élu également pour six ans mais renouvelable par moitié tous les trois ans. (Noter qu'il ne faut pas confondre ces différents conseils, qui sont des collectivités locales, avec les représentants de l'État dans les régions et départements, c'est-à-dire les préfets de régions ou commissaires de la République, et les préfets.)

Le mode d'élection des conseils est très différent. Les conseils régionaux sont élus sur un scrutin de liste sur l'ensemble de la région, c'est-à-dire que tous les électeurs de la région choisiront une liste parmi un certain nombre proposées, toujours les mêmes dans la région. La répartition des sièges entre les listes est faite à la proportionnelle avec un certain nombre de complications (dont une prime de 25% à la majorité). Les conseils généraux, eux, sont élus par un scrutin uninominal par cantons (d'où le nom de cantonales donné à ces élections où on élit un conseil général dont le pouvoir est départemental — vous suivez ?). C'est-à-dire que chaque canton du département (qui correspond à une ou un petit nombre de communes) va élire un membre du conseil général, tout à fait indépendamment des autres. Mais comme on renouvelle chaque conseil général par moitié, seule la moitié des cantons de chaque département vote, demain. Chacun de ces deux scrutin est à deux tours : ce qui veut dire que demain on votera (dans la moitié des cantons) à la fois (mais séparément) pour les régionales et pour les cantonales, et pareil le dimanche suivant (exception faite des cas où un second tour n'est pas nécessaire).

Voyons un peu plus en détail, en commençant par les régionales. Le scrutin est à deux tours, donc : un second tour aura lieu sauf si une liste obtient la majorité absolue des voix dès le premier tour. Peuvent se maintenir au second tour les listes ayant obtenu au moins 10% des suffrages exprimés au premier tour (ainsi, éventuellement, que les deux premières listes même si elles ne vérifient pas cette condition) ; celles ayant obtenu au moins 5% des suffrages exprimés peuvent fusionner (librement) avec d'autres listes qui se maintiennent ; c'est également le seul de 5% au premier tour qui est nécessaire pour être représenté au conseil régional dans le cas où il n'y a qu'un seul tour. Pour répartir les sièges, on commence par attribuer 25% (arrondi à l'entier supérieur) des sièges du conseil à la liste ayant obtenu le plus de voix au tour final : c'est la prime à la majorité ; le reste des sièges est réparti entre les listes (toutes les listes au second tour, ou seulement celles ayant obtenu au moins 5% des voix s'il n'y a eu qu'un tour) par la méthode de la proportionnelle selon la règle de la plus forte moyenne. Ce terme signifie qu'on commence par répartir les sièges proportionnellement au nombre de suffrages exprimés, en arrondissant à l'entier inférieur ; et pour répartir les sièges qui restent, on les considère tour à tour et, pour chacun, on divise le nombre de voix de chaque liste par le nombre de sièges déjà attribués à la liste en question (parmi ceux qui sont répartis à la proportionnelle) plus un et on attribue le siège à la liste ayant la plus forte moyenne ainsi formée. La prime à la majorité sert à stabiliser l'exécutif régional : il suffit à la liste de tête d'avoir le tiers des suffrages exprimés pour avoir la moitié des sièges au conseil régional (25% de prime, plus le tiers des 75% restant) et donc pouvoir élire un président capable d'appliquer son programme, et cela sera donc nécessairement le cas s'il n'y a que trois listes (ou moins !) au second tour. La méthode de la plus forte moyenne est simplement une façon équitable de répartir les restes (et elle possède des propriétés mathématiques intéressantes, mais il n'est pas utile de rentrer dans ces détails).

Mais ce n'est pas la fin des subtilités ! Une fois le nombre de sièges de chaque liste déterminé, il faut encore savoir qui siègera effectivement au conseil. Normalement, dans une élection à la proportionnelle, cela se fait simplement en prenant les premiers de la liste. Mais ici les choses sont plus compliquées : les listes sont divisées en sections départementales (une pour chaque département de la région), et si une liste doit bénéficier de n sièges, plutôt que de prendre les n premiers, on répartir ces n sièges entre sections départementales proportionnellement au nombre de suffrages exprimés dans les différents départements (et, de nouveau, avec la règle de la plus forte moyenne). Cela fait que si le département X vote plutôt pour la liste A et le département Y pour la liste B, les élus de la liste A seront plutôt ceux de la section départementale du département X, et ceux de la liste B ceux de la section départementale Y de cette liste. (Soit dit en passant, on a un petit problème avec le nombre de candidats : si jamais dans une région un département devait voter massivement pour une certaine liste tandis que tous les autres départements s'abstenaient massivement, il n'y aurait pas assez de noms sur la section départementale de la liste en question pour remplir tous les sièges. Espérons que ce cas ne se produira pas !)

Pour les conseils généraux, heureusement, les choses sont plus simples (mais le scrutin est aussi sans doute fondamentalement moins juste) : chaque canton élit un conseiller général (plus un suppléant). Le bulletin ne porte qu'un seul nom. Un candidat peut être élu au premier tour s'il a obtenu la majorité absolue des suffrages, et sinon il y a un second tour de scrutin entre les candidats pour qui ont voté au moins 10% des inscrits (y compris les deux premiers candidats à l'issu du premier tour, même s'ils ne vérifient pas cette condition).

(samedi) · Équinoxe de Printemps (2004-03-20T06:48:34.08Z) · Nouvelle Lune

Comment font les gens qui ont un glaucome ?

La petite réflexion débile de la journée :

Je lis toujours très attentivement les notices des médicaments. Et je trouve stupéfiant la fréquence avec laquelle le glaucome apparaît dans la rubrique des contre-indications. On pourrait croire que pratiquement tous les médicaments (exceptées les pommades et autres produits à usage externe) sont contre-indiqués en cas de glaucome (parfois il y a la précision par fermeture de l'angle). Je me demande comment font pour se soigner les gens qui en souffrent. Bizarrement, il semble que l'effet du médicament soit assez peu important pour cette contre-indication : même des produits d'effets moralement « opposés » peuvent être à la fois concernés. Encore plus bizarrement, les insuffisances rénales ou hépatiques (et là je comprends parfaitement pourquoi c'est un problème) figurent moins couramment que le glaucome dans les listes de contre-indications.

Ah là là, que de mystères dans cette vie…

(vendredi)

Les petites vérités du moment

Je suis toujours malade (et totalement dans les vapes la plupart du temps). J'ai en plus un énorme aphte à la langue (c'est la première fois que j'ai ça sur la langue), ça fait mal quand je mange (même quand je bois). Le temps se dégrade déjà, c'est dommage. Dimanche je rentre chez mes parents (à Orsay) pour voter (c'est là que je suis inscrit sur les listes électorales) ; ça fait un moment que je ne les ai pas vus. Mon PC est en train de télécharger la Debian, il en est à la lettre “p”. Je viens de passer une soirée sympa avec des copains. Aujourd'hui je me suis encore levé très tard. Il y a des andouilles qui s'amusent à laisser des messages idiots sur mon répondeur (de mobile) en ce moment. Bientôt je vais donner des séances de TD de soutien en licence de maths pures (à Orsay). J'oubliais : j'ai encore perdu mon parapluie.

Là, dodo.

(jeudi)

Fragment littéraire gratuit #9 (avant-propos d'un essai fictif)

Mes fragments littéraires gratuits ont tous plus ou moins en commun le fait qu'il s'agit de fragments de récits. Mais on peut imaginer des fragments d'autres choses. Voici une petite incursion dans cette direction.

Toute tentative de reconstitution historique est intrinsèquement hasardeuse, surtout lorsque les traditions, légendes et interpolations tentent de remplir les zones d'ombre du passé et en viennent à se fondre avec lui. S'agissant d'un personnage dont on ne peut pas écrire une phrase sans alimenter une polémique, les difficultés sont extrêmes. Que dire, dans ces conditions, de la vie du Libérateur lui-même ? Comment oser parler de lui ? Les plus sages ne s'y sont pas risqués ; prudence qu'un grand historien du siècle dernier (il s'agit d'Alix Weintag, qui s'exprime ainsi dans ses Mémoires) résume de la façon suivante : Il nous est tout simplement impossible de concevoir ce que pouvait être la vie dans les provinces sous le règne de Cléon VII, encore moins d'imaginer comment le nom de Jasper a pu désigner un endroit reculé, une région sous tutelle aux frontières de l'Empire, bref un lieu quasiment inconnu. Le Libérateur est le prisme au travers duquel nous voyons toute l'Histoire : mais nous ne pouvons pas examiner le prisme lui-même. Si tentant qu'il soit de chercher à savoir ce que sa propre vie a pu être, cela ne saurait être qu'extrapolation et fiction — laissons ce travail à l'écrivain et non à l'historien.

Fools rush in where angels fear to tread : nous espérons que ce n'est pas par cet adage que le présent travail sera jugé. L'auteur croit justement tenir sa légitimité du fait qu'il n'est pas historien, et que sa démarche n'est pas celle d'un historien et ne prétend pas l'être. Les plus prudents, donc, pourront lire notre tentative comme une pure fiction, et la juger pour sa valeur littéraire seulement.

Mais ce que nous souhaiterions avant tout, c'est que le point de vue exposé ici (et le débat enflammé que notre thèse engendrera inévitablement) incite les historiens, soit pour le confirmer soit pour l'infirmer, à braver leur peur du prisme, à opposer leur audace aux conseils du vieux Weintag, et à admettre enfin le Libérateur comme un sujet d'étude légitime.

Pour en arriver là, il nous faut donc remonter le temps. Nous sommes à la fin du dix-huitième millénaire, et la dynastie des Zerniens se tarit — elle n'en finit pas de se tarir.

(Thursday)

Technical note: system reinstallation ⇒ comments might break

[Traduction française ci-dessous.] I am slowly beginning the preliminary phases to a complete reinstallation of my computer system (under Debian). I expect the full operation to take weeks—if not months—of hard work. One of the visible consequences is that the comments system on this blog (which is hosted on my PC, contrary to the blog itself which is on the students' server of the ENS) will be broken from time to time.

[French translation of the above.] Je commence lentement les phases préliminaires d'une réinstallation complète de mon système informatique (sous Debian). Je m'attends à ce que l'opération complète prenne des semaines — sinon des mois — de travail acharné. Une des conséquences visibles sera que le système de commentaires de ce blog (qui est hébergé sur mon PC, contrairement au blog lui-même qui est sur le serveur des élèves de l'ENS) sera cassé de temps en temps.

(mercredi)

Nouvelles du jour : BogoFilter, Forumification, Arcanoïd

Dans la nuit d'hier à aujourd'hui, j'ai très mal dormi à cause de mon rhume. Je me suis péniblement réveillé vers 11h, levé vers 12h, et préparé vers 13h.

J'ai eu la très mauvaise idée de vouloir changer mon filtre à spam sur mon compte mail à l'ENS (là où je reçois mon courrier, donc). Il faut dire que j'utilisais une succession peu maniable de SpamAssassin et SpamProbe ; j'ai opté pour BogoFilter à la place, un autre filtre « bayesien » qui a l'air plus simple et plus rapide à l'exécution que SpamProbe (et peut-être juste un peu moins fiable pour la classification spam/ham) et qui devrait consommer des quantités d'espace disque moins monumentales. Mais évidemment, ce genre de changements ne se fait pas en la minute — j'y ai passé à peu près tout l'après-midi (ou ce qu'il en restait). Et le temps que le nouveau filtre ait « appris à reconnaître » (je mets des guillemets, mais c'est bien de cela qu'il s'agit) le spam du ham, je vais devoir supporter de voir pas mal de spams dans ma boîte aux lettres ; ceci dit, il apprend vite, j'ai déjà 88 spams qui y sont partis contre 37 sur lesquels il n'était pas sûr (en revanche, il va falloir que je surveille attentivement les mails que je peux recevoir en anglais, pour voir s'ils ne sont pas classés comme spam, et il va sans doute falloir un moment pour que le filtre sache identifier comme tels les spams en français).

Dans la soirée, il y avait une « forumification », c'est-à-dire un dîner entre habitués du forum de discussion (les newsgroups locaux) de l'ENS. Comme je l'observais récemment, je me retrouve de plus en plus souvent parmi les plus vieux (cette fois j'étais le deuxième en âge) ; mais ça m'a permis de voir les têtes des petits jeunes déjà croisés virtuellement mais que je n'avais pas encore rencontrés « en vrai ». (Et, quelque part, je suis rassuré : l'Esprit ne meurt pas, la relève est assurée 😎 ; ils sont bien, ces conscrits.)

Cela s'est fini, comme il se doit, par un certain nombre de parties d'Arcanoïd (le jeu de cartes bizarre, parfois appelé pseudo-tarot, qui a mis un bon moment avant de trouver son nom définitif), qui a donc acquis un certain nombre de nouveaux joueurs. C'est assez fou comme, à chaque fois que je commence à expliquer les règles, je pense, ce n'est pas possible, elles sont impossiblement compliquées, on ne va pas me laisser aller jusqu'au bout pour me dire que ce jeu est vraiment cinglé et qu'on ne veut pas y jouer, — et pourtant, les gens écoutent jusqu'au bout, ils essaient d'y jouer, et ça leur plaît ! Étonnant. En revanche, ce qui reste dommage, c'est qu'il est difficile de trouver des cartes (moi j'en ai maintenant plusieurs paquets, mais un jeu de tarot divinatoire n'est pas ce qu'on trouve chez tout le monde ; jouer avec un jeu de tarot normal est possible, mais à condition de connaître par cœur les numéros des arcanes) et, encore plus, de rassembler quatre, cinq ou six joueurs connaissant les règles (pour l'instant, il semble que ça ne se trouve qu'à l'ENS).

Bon, et avec tout ça, il est fort tard, donc mes bonnes résolutions sur le lever tôt et le coucher tôt ont de nouveau volé en éclats.

(mardi)

Snif snif

Comme un malheur ne vient jamais seul, j'ai attrapé un rhume (dont la narine bouchée n'était donc qu'un signe annonciateur — pourtant, chez moi, ça commence normalement plutôt par un mal de gorge). Je me demande bien comment je fais pour attraper un rhume justement quand il se met à faire moins moche, mézenfin, c'est comme ça.

Enfin, au moins, j'ai pu passer une après-midi agréable, en profitant du printemps, dans la cour « aux Ernests » de l'ENS. C'est d'ailleurs à peu près la dernière fois qu'on en profite avant longtemps, semble-t-il, puisqu'une bonne partie de la cour va être fermée, sur arrêté préfectoral, à cause des travaux qui ont lieu du côté de la rue Rataud (une grue devant être élevée pour la construction et son périmètre de sécurité passant à travers la cour) : tout le monde en est bien désolé, tant cet endroit est agréable quand il fait beau. (Ceux qui ont vu le film Grande école en ont d'ailleurs aperçu un instant.)

(lundi)

Reculement de mes recherches

Pour contredire ce que je disais il y a deux semaines, finalement, ma thèse n'est plus en voie de se finir, là. Après des mois passés à mettre en forme (techniquement, résoudre les singularités d'un modèle) la variété d'équation X³+Y³+Z³+tU³+t²V³=0 pour finir par en obtenir quelque chose, on s'aperçoit qu'une des parties du résultat (techniquement, une des composantes irréductibles de la fibre spéciale du modèle obtenu) est trop compliquée pour qu'on puisse dire des choses suffisantes dessus (techniquement, c'est — et même, seulement birationnellement — une hypersurface cubique de dimension 3, et il faudrait parfaitement comprendre son groupe de Chow de dimension 1, c'est-à-dire comprendre toutes les courbes dessus), la situation semble assez désespérée. Alors que mon directeur de thèse est normalement très fort pour me redonner confiance quand je me dis là, c'est coincé, cette fois il avait l'air lui-même bien pessimiste.

Je vais expérimenter à tout hasard avec des équations voisines de celle que j'ai considérée, pour voir si par chance l'une d'elles permettrait de réutiliser les calculs déjà faits (ou en tout cas les méthodes) sans pour autant arriver au même blocage final. Mais c'est peu vraisemblable.

(lundi)

La vie fascinante de Ruxor, épisode 562 : le nez

Il est 7 heures du matin, et cela fait maintenant trois heures que je suis réveillé parce que j'ai une narine obstinément bouchée (la droite). Je sais, c'est complètement débile, mais je n'y peux rien : ce sentiment d'avoir la moitié du nez complètement paralysée est horriblement obsédant, et je ne peux pas m'endormir. J'ai utilisé des paquets et des paquets de mouchoirs, et des litres de sérum physiologique — en vain.

Il y a vraiment des jours où je me dis que d'obscurs démons qui ont décidé de se foutre de moi ne savent vraiment plus quoi inventer.

(dimanche)

Vlan ! 7% en moins !

C'est le genre de lettres qu'on aime à recevoir : l'Éducation Nationale m'informe qu'en tant qu'agent titulaire de la Fonction publique détaché dans un poste de contractuel (en l'occurrence, ATER à mi-temps), je dois m'acquitter d'une retenue pour pension correspondant à mon grade comme fonctionnaire, en l'occurrence 7.85% de mon traitement brut. En clair, parce que je suis agrégé je dois payer plus alors que je ne gagne pas plus — ça fait toujours plaisir (d'accord, je cotise pour la retraite : mais, à supposer que j'arrive là, y a-t-il vraiment des gens qui pensent sérieusement que dans 40 ans le système actuel des retraites n'aura pas complètement fait banqueroute et qu'il restera quelque chose à toucher ? pas moi). Bref, je dois reverser 89€ par mois aux comptables du Trésor qui ne sont apparemment pas capables de le retenir quand ils me paient (la raison m'échappe) et qui trouvent malin de me le demander en une seule fois. C'est amusant, d'ailleurs, depuis 1997, je gagne chaque année moins que l'année précédente (tout en travaillant plus) : d'habitude c'est plutôt le contraire.

D'accord : j'aime bien me plaindre, mais je ne suis pas à plaindre (je gagne quand même plus que le SMIC, et nettement plus que le RMI — l'an prochain ce sera moins certain), c'est surtout de l'argent de poche qui disparaît. Mais je suis assez énervé par le fait qu'ils ne pouvaient pas prélever cet argent à la source, comme toutes les cotisations retraite de tous les salariés.

(dimanche)

Liberté d'expression ?

Un de mes amis (François Kahn) a eu (ou va avoir très prochainement) son compte informatique à l'ENS fermé suite à des plaintes relatives au contenu de sa page Web (ce lien risque de ne pas être valable très longtemps, et pour cause) : une parodie qu'il avait faite il y a six ans a été prise au sérieux parce qu'il a eu le malchance d'utiliser un nom qui à l'époque n'existait pas et qui a été emprunté depuis par un groupe monarchiste (cité dans une enquête sur des tentatives d'attentat), des gens ont été assez obtus pour ne pas comprendre le caractère humoristique de cette page (ou pour regarder à quelle date elle avait été écrite) et ils ont protesté auprès du fournisseur d'accès de l'ENS (Renater) pour incitation à la haine raciale, fournisseur qui a retourné la protestation auprès de l'École, dont l'administration a ordonné au service de prestations informatiques de fermer illico le compte (François étant, comme moi, ancien élève et non plus en cours de scolarité, ce compte était une tolérance).

On ne peut pas vraiment en vouloir à l'École d'avoir fermé un compte qu'elle maintenait par « pure gentillesse », mais on peut lui reprocher sa frilosité. On peut surtout regretter qu'on soit arrivé à une situation où la liberté d'expression, sur le Web, est un vain mot : n'importe qui peut faire fermer n'importe quelle page personnelle, il suffit de parler vaguement d'injures à caractère racial, ou de violation de copyright, ou n'importe quoi de la sorte ; n'importe quel fournisseur d'accès préférera fermer dans le doute plutôt que vérifier quoi que ce soit. Et la LEN ne va pas arranger les choses, c'est le moins qu'on puisse dire ! Surtout, n'essayez pas de faire d'humour ou de caricature, il y aura toujours des gens assez idiots pour prendre cela au sérieux. C'est aussi dans l'optique de ce genre de problèmes que je suis très sceptique quant à l'idée de pénaliser les propos homophobes — je préférerais largement dépénaliser les propos racistes, ou en tout cas inscrire en toutes lettres dans la loi un certain nombre de garde-fous pour empêcher de semblables situations ridicules et mettre un peu les humoristes à l'abri des poursuites abusives.

Par ailleurs, il est clair que la fermeture de mon compte à l'ENS est une menace qui flotte vaguement au-dessus de ma tête (je suis rentré à l'École en 1996 et sorti en 2000). Cela m'ennuierait bien : mettre en place toutes les redirections nécessaires, si je devais me faire héberger ailleurs, serait très pénible ; rien que pour ça, je me suis battu pour conserver mon :8080 dans mon URL alors que toutes les autres pages élèves de l'École l'ont perdu (il faut dire que je suis très fortement attaché à la stabilité des URL). Je devrais songer à m'acheter un nom de domaine, d'ailleurs, un de ces jours ; encore faut-il faire un choix à ce sujet.

(dimanche)

Gay tea dance de >Dégel!

Allez, un peu de pub gratuite pour les copains : l'association >Dégel! organise le dimanche 28 mars (c'est-à-dire dans deux semaines) un gay tea dance, de 16h à minuit à l'Enjoye Café (sic ?), 88 rue Amelot, Paris 11e. L'entrée est gratuite. Venez nombreux !

(samedi) · Dernier Quartier

Séminaire Nicolas Bourbaki

Le séminaire Bourbaki a lieu trois fois par an (le week-end), dont aujourd'hui et demain, à l'Institut Henri Poincaré (11 rue Pierre et Marie Curie, Paris 5e). Il est normalement prévu pour permettre aux mathématiciens de se tenir au courant des résultats nouveaux et intéressants dans les branches des mathématiques dont ils ne sont pas spécialistes : c'est-à-dire que l'idée est que chaque orateur fasse un exposé sur l'actualité de son domaine de spécialité à l'intention des spécialistes d'autres domaines, et compréhensible par eux. En pratique, je trouve que cette idée tout à fait intéressante ne marche pas du tout : les gens ne viennent pas aux exposés des domaines dont ils ne sont pas spécialistes, et les orateurs ne jouent pas le jeu, s'adressant d'emblée à ceux qui connaissent au moins les bases du domaine dont ils parlent. Par exemple, cet après-midi, Emmanuel Peyre nous a fait un exposé — au demeurant très bon et très intéressant, mais, justement, c'est mon domaine de recherche — sur les obstructions au principe de Hasse et à l'approximation faible, dans lequel il n'a pas attendu dix minutes pour définir le groupe de Brauer d'une variété comme le deuxième groupe de cohomologie étale de celle-ci à valeurs dans le groupe multiplicatif : je ne sais pas si un mathématicien appliqué, un analyste ou un logicien est censé comprendre ce que ce charabia veut dire, mais j'en doute assez. (Ne parlons pas d'Alexander Grothendieck, qui profitait du séminaire Bourbaki pour poser les fondements de la géométrie algébrique dans des exposés de très haute technicité !)

C'est vraiment dommage : les mathématiciens ne savent pas vulgariser ! Alors que tout un tas de physiciens sont rompus à l'exercice de parler au grand public de ce qu'ils font et de l'expliquer avec les mains de façon à être compris même par la proverbiale ménagère de moins de cinquante ans, les mathématiciens n'ont même pas l'air de savoir expliquer ce qu'ils font à d'autres mathématiciens qui ne sont pas spécialistes de leur branche étroite de la discipline. Et même : je ne crois pas que j'assisterai aux exposés de demain, parce qu'à la lecture du polycopié, même celui qui parle de géométrie algébrique, pourtant mon domaine de recherche, risque fort de m'être incompréhensible (je suis trop ignorant des motifs).

Je trouve aussi dommage que l'esprit blagueur et canularesque de Bourbaki se perde. (Pour ceux qui ne connaissent pas, Nicolas Bourbaki est le pseudonyme collectif d'un groupe de mathématiciens fondé par Henri Cartan, Claude Chevalley, Jean Coulomb, Jean Delsarte, Jean Dieudonné, Charles Ehresmann, René de Possel, Szolem Mandelbrojt et André Weil. En principe, l'identité des membres — actuels — du groupe est secrète, et la démission est obligatoire passé un certain âge. On fait semblant de croire que les Éléments de mathématique sont l'œuvre d'une vraie personne nommée Nicolas Bourbaki.) La moindre des choses serait que chaque séminaire Bourbaki commence par une annonce officielle, Monsieur Nicolas Bourbaki, organisateur de ce séminaire, vous prie de l'excuser de ce qu'il n'a pas pu être présent aujourd'hui parmi nous pour <telle ou telle raison totalement pipo et qui changerait à chaque séance> ; en son absence, il m'a chargé d'inviter <tel orateur> à parler…

(samedi) · Dernier Quartier

Sécurité et attentats

J'aimerais bien qu'on m'explique à quoi ça rime de renforcer les mesures de sécurité juste après un attentat. Est-ce que c'est juste pour tranquilliser les gens (moi ça ne me tranquillise pas du tout, en fait, parce que ça me rend plutôt évident le fait qu'elles sont dramatiquement inefficaces) ? Ou est-ce qu'on pense sérieusement que les menaces d'attentat sont plus élevées juste après un autre attentat ? J'aurais tendance à croire qu'elles sont moins élevées, au contraire, vu qu'une organisation terroriste a sans doute du mal à préparer deux actions importantes en rafale et préfère sans doute mettre tous ses moyens sur une seule ; donc que juste après un attentat on peut diminuer un peu la paranoïa sécuritaire. Le moment où il faut l'augmenter, c'est plutôt lorsque les services de renseignements (qui sont censés être là pour ça) laisseraient entendre que quelque chose pourrait se préparer. Sinon, j'ai plutôt l'impression qu'on fournit de la publicité aux terroristes en nourrissant le climat de terreur que, justement, ils essaient d'instaurer.

(vendredi)

L'espace-temps est courbe

Pendant que des commentaires sur une entrée précédente de ce blog partent dans une analyse assez poussée de la mécanique quantique, sur le forum de l'ENS on parle en ce moment de relativité générale et de comment vulgariser l'idée que l'espace-temps est courbe sans donner envie de penser qu'il est courbe « dans » quelque chose : chacun y va de sa tentative d'explication, donc, entre des fourmis qui mesurent un four avec une règle qui se dilate sous l'effet de la chaleur, des gens qui font des boucles en essayant de regarder tout le temps dans la même direction et qui se rendent compte en revenant à leur point de départ qu'ils ont changé d'orientation, des parcours qui apparaissent droits quand on les regarde de près et courbes quand on les regarde de loin, ou encore des mathématiciens qui font des calculs et des analogies audacieuses. En tout cas il est certain qu'il est difficile d'expliquer cette idée que l'espace-temps est courbe tout en persuadant qu'il ne faut surtout pas imaginer qu'il y a quelque chose « à côté » de l'Univers et dans quoi cette courbure s'exerce. De la difficulté de vulgariser la notion de courbure intrinsèque.

En tout cas j'en ai profité pour calculer le chiffre inutile du jour. Le chiffre inutile du jour, c'est le rayon de courbure « moyen typique » de l'espace-temps là où vous vous trouvez en ce moment (c'est-à-dire, normalement, à peu près à la surface de la Terre, enfin, j'espère pour vous, et cette courbure est donc pour l'essentiel due aux forces de marée exercées par la Terre). Et le chiffre en question est : 250 millions de kilomètres. Ce chiffre vous était gracieusement offert par les entreprises David Madore de production d'informations complètement inutiles. (Et non, désolé, je ne peux pas expliquer exactement ce qu'il veut dire.)

(vendredi)

Météo

J'en ai marre de ce temps de merde. Je répète ce que j'ai déjà dit : un climat tempéré, c'est censé être un climat dans lequel il ne fait ni trop chaud ni trop froid, pas un climat dans lequel il fait trop chaud la moitié de l'année et trop froid l'autre moitié et il pleut le reste du temps !

J'exige une température de 22°C en journée (et 15°C la nuit) avec un ciel dégagé (juste quelques cumulus pour décorer un peu), une légère brise et un temps sec. Je vous ferai connaître la suite de mes exigences en temps voulu.

(jeudi)

L'Effet papillon

Je viens de voir L'Effet papillon à l'UGC de Bercy, et j'en suis très content : je pense qu'il ne m'a pas plus uniquement à cause de mon intérêt pour le voyage dans le temps, mais aussi parce que c'est intrinsèquement un plutôt bon film, malgré quelques faiblesses ou quelques lourdeurs (notamment des effets trop appuyés). Le principal « problème », c'est que le début du film — les moments où le héros a ses trous de mémoire — est extrêmement stressant (je veux dire, façon thriller ou film d'horreur) et je suis vraiment petite nature, moi, je sursaute très facilement (je ne supporte pas les films d'angoisse), donc ce début a été un peu éprouvant. 😐 Ensuite, ça allait.

Étonnamment, je n'ai pas trop trouvé d'incohérences : je dirais même presque que le film tient debout dans sa logique interne. Ce n'est pas réaliste, mais si on accepte quelques idées de principe, ce n'est pas idiot. Il y a quand même un truc (mineur, heureusement) qui ne va vraiment pas : [ce qui suit est un spoiler très mineur] la manière dont le héros « acquiert » des stigmates aux mains sous les yeux de quelqu'un — aux yeux de ce dernier, il aurait dû toujours les avoir eus, et donc ne s'étonner de rien. Mais bon, peu importe.

Évidemment, c'est une question qu'on aime à se poser : Et si j'avais fait les choses différemment à <tel moment>, comment le cours des événements aurait-il été changé ? (Question que je m'étais déjà posée ici, d'ailleurs, dans des termes un peu différents.) Il me semble certain que si on change quoi que ce soit (la position d'un grain de sable, ou même d'un amibe sur un grain de sable) il y a, disons, 1000 ans, cela change complètement la face du monde actuel (et ce n'est pas vraiment la peine de se demander comment — toutes sortes de choses[#] dans l'Histoire se sont produites « par hasard » et ne se seraient pas produites, tandis que toutes sortes d'autres se seraient produites, mais il est vain de chercher à conjecturer comment la position du grain de sable changerait les choses) ; mais si on change quelque chose de plus significatif (pour la vie de celui qui se pose la question) dans un passé plus proche ? C'est une question qui nous touche plus directement, et qui est posée dans ce film, avec une certaine habileté.

[#] À commencer par chaque naissance. Au moment de la fécondation, parmi les milliers de spermatozoïdes qui cherchent à pénétrer l'ovule, un seul y arrive, et lequel il est dépend vraiment d'un hasard déterminé à l'échelle microscopique. Changez un seul grain de sable il y a 1000 ans, et toutes les naissances à partir de là sont différentes : changez un seul grain de sable il y a 1000 ans et vous tuez Léonard de Vinci aussi bien que Hitler — et vous mettez quantité d'autres gens à la place, évidemment, qui ne sont pas nés dans notre monde.

(jeudi)

Le métro à Paris une heure de plus le week-end ?

Je m'aperçois, en parlant de mes déboires avec les derniers métros que je n'ai pas parlé de cette information suivante, que je reprends telle quelle (il s'agit d'un communiqué de la Ville de Paris mais il a apparemment disparu de leur site, donc je ne peux pas fournir de lien) :

La RATP a indiqué il y a quelques jours qu'elle était prête à faire fonctionner le métro une heure supplémentaire les vendredis et samedis.

Depuis 2001, la municipalité parisienne s'est toujours montrée très favorable à cette mesure qui faciliterait, les déplacements de tous les usagers du métro (franciliens, touristes, actifs en horaires décalés etc.)

Denis Baupin, adjoint au maire de Paris et vice-président du STIF, a donc proposé au conseil d'administration du STIF ce matin d'adopter un avenant au contrat liant la RATP au STIF afin d'intégrer cette mesure.

Le Préfet de Région a refusé de soumettre cette proposition aux votes.

Denis Baupin regrette que le représentant du gouvernement UMP/UDF rejette sans discussion cette proposition pourtant très attendue par les Franciliens.

Cette décision confirme la main mise de l'État sur les transports collectifs franciliens et démontre qu'entre les promesses de campagne et la réalité des décisions prises par ce gouvernement, il y a un gouffre vertigineux.

(mercredi)

Big Fish

Après avoir dîné avec Padawan au retaurant Le Loup Blanc (que je recommande au passage), ce soir, je suis allé voir Big Fish ce soir (un peu sur un coup de tête : je comptais voir L'Effet papillon mais curieusement ils ne le donnaient pas à l'UGC des Halles). Eh bien ce film est vraiment magnifique : j'étais sceptique (dans le genre ça a l'air un peu n'importe quoi, ce truc) à la vue de la bande annonce, mais, comme le fils du héros, je me suis laissé captivé par les histoires racontées. C'est à la fois mignon, drôle et émouvant (et parfois les trois à la fois), surtout à la fin (il y a quelques passages, autour du tiers du film, qui ne m'ont vraiment pas paru terribles, mais ils ont vite été compensés). Je précise que je ne suis pas un inconditionnel de Tim Burton.

Ce que j'ai nettement moins apprécié, en revanche, c'est le retour chez moi : je suis sorti du cinéma juste avant 0h30, donc trop tard pour attraper le dernier métro de ma ligne habituelle (la 7, en travaux ⇒ la dernière rame est avancée !). J'ai hésité entre l'idée de prendre la ligne 1 jusqu'à Bastille pour y attraper la 5 et celle d'emprunter la 14 jusqu'à Bercy pour finir avec la 6. J'ai pensé que cette dernière solution serait meilleure parce que la 14 passe plus fréquemment que les autres ; j'étais à Bercy à 0h41, j'ai raté une rame de la ligne 6 de quelques secondes. Je reste sur le quai à attendre (le dernier métro était censé venir à 0h47), et à 0h45 un haut-parleur nous annonce que le service est terminé en direction de l'Étoile. Furieux, je sors de la station pour rentrer à pied, et là je vois passer, sur le pont de Bercy, le dernier métro en question ! Pire : en courant un peu, j'aurais même pu le rejoindre à Quai de la Gare, parce qu'il y a stationné très longtemps, mais, bien sûr, je ne le savais pas, donc je l'ai vu une deuxième fois me filer sous le nez. Merci la RATP (Rentre Avec Tes Pieds, comme on dit) ! (En fait, à la réflexion, au lieu de sortir de la station, j'aurais dû reprendre la ligne 14 pour continuer jusqu'à Bibliothèque, ça m'aurait fait un peu moins de marche.) Bref, je suis arrivé chez moi à 1h15. Et moi qui comptais me coucher un peu tôt…

(Tuesday)

A little guide for the time traveler: part one

[Traduction française ci-dessous.]

I had already written a rather detailed study (in French) of time travel (recently mentioned in this blog), but I'd like to say things a bit differenly (more clearly, if possible, and without going through all the subtleties but spelling out in more detail those that I do go through), so I've started a new page on time travel. Only just started, though: this means I've barely written the introduction in the English version and haven't even started translating it in French.

Incidentally, I'll probably be seeing The Butterfly Effect when it comes out (in France, that is), and I'll certainly complain that it's all incoherent nonsense. Anyway. This relates to the polychronic version of time travel (what this means is explained here).

The monochronic version (essentially: you can't modify the past) makes more sense, in my opinion, even though it is probably harder to write a coherent story in this context, because causality is pretty much lost. It's hard to imagine what “goes wrong” if you go back in time and try to kill your grandmother, but it sill leaves some space for an author's imagination: one could succeed and discover that the person killed is not the person one intended to kill, or that the person one intended to kill is not one's grandmother, or one could fail for a lot of different reasons.

The really interesting thing about the monochronic version of time travel is that, although the past cannot be altered, its interpretation can be. For example, suppose I was witness to the murder of someone I loved, and I would like to use the time machine to “prevent” (undo?) it: how could I do this? In a monochronic vision, things which have happened have happened once and for all time, so it is not possible to remove what I saw, but it is possible to masquerade. So what I would do is go back in the past, hire a couple of good actors including someone who looks amazingly like the loved one, kidnap the latter and replace him with an actor, and have the troupe stage the whole murder exactly as I remembered seeing it, in front of the eyes of my “former self” so as to fool him (myself?). Then tell the might-have-been victim to remain hidden until the day when I travel back in time, and, when all is set, return to the present (or not, if I'm willing to go through the same time period twice) and “discover” that the apparently murdered person has been alive all the time. So the murder never did take place: what did take place is a stage act to make me believe that the murder took place—and there was no reason to it except that, since I saw it take place, it had to take place (yes, causality is gone: an event can be its own cause!).

From this basic idea, there are no limits to what an ingenious author could do with monochronic time travel. Maybe one cannot modify the course of things by going back in time, but perhaps one can (willingly or unwillingly) create a gigantic nest of masquerades and faux-semblants in which one might get caught if one is not careful enough.

[French translation of the above.]

J'avais déjà écrit une étude assez détaillée (en français) sur le voyage dans le temps (récemment mentionnée dans ce blog), mais j'aimerais dire les choses de façon un peu différente (plus claire, si possible, et sans envisager toutes les subtilités mais en déroulant plus les détails de celles que je traverse), donc j'ai commencé une nouvelle page sur le voyage dans le temps. Seulement commencée, cependant : cela veut dire que j'ai à peine écrit l'introduction dans la version anglaise et je n'ai même pas commencé à la traduire en français.

Soit dit en passant, j'irai probablement voir L'Effet papillon quand il sortira (en France, je veux dire), et je me plaindrai certainement que c'est totalement incohérent. Enfin bon. C'est lié à la version polychronique tu voyage dans le temps (ce que cela signifie est expliqué ici).

La version monochronique (essentiellement : on ne peut pas modifier le passé) me semble plus sensée, meme s'il est probablement plus difficile d'écrire une histoire cohérente dans ce contexte, parce que la causalité est à peu près perdue. Il est difficile d'imaginer ce qui « va mal » si on revient dans le passé et tente de tuer sa grand-mère, mais cela laisse de l'espace pour l'imagination d'un auteur : on pourrait réussir et découvrir que la personne tuée n'est pas celle qu'on avait l'invention de tuer, ou que la personne qu'on avait l'invention de tuer n'était pas sa grand-mère, ou on pourrait échouer pour un tas de raisons différentes.

Ce qui est vraiment intéressant avec la version monochronique du voyage dans le temps, c'est que, même si le passé ne peut pas être modifié, son interprétation peut l'être. Par exemple, supposons que je sois témoin du meurtre d'une personne aimée, et que je veuille utiliser la machine à remonter le temps pour « empêcher » (défaire ?) ce meurtre : comment ferais-je cela ? Dans une vision monochronique, une chose qui s'est passée s'est passée une fois pour toutes, donc il n'est pas possible de retirer ce que j'ai vu, mais il est possible de le faire semblant. Donc ce que je ferais est de revenir dans le passé, engager quelques bons acteurs y compris quelqu'un qui ressemble incroyablement à l'être aimé, kidnapper celui-ci et le remplacer par un acteur, et s'arranger pour que la troupe mette en scène le meurtre entier exactement comme je me rappelle l'avoir vu, devant les yeux de mon « moi passé » pour le tromper (me tromper ?). Ensuite tire à la victime-qui-aurait-pu-être de rester cachée jusqu'au jour où je reviens dans le passé, et, quand tout est fait, revenir au présent (ou non, si je suis prêt à vive deux fois la même période) et « découvrir » que la personne apparemment assassinée était tout le temps vivante. Donc le meurtre n'a jamais eu lieu : tout ce que j'ai fait est prendre part à une masquarade pour me faire croire que le meurtre a eu lieu — et elle n'avait aucune raison sauf que, puisque je l'ai vue se dérouler, elle devait se dérouler (voilà, la causalité a disparu : un événement peut être sa propre cause !).

À partir de cette idée de base, il n'y a pas de limite à ce qu'un auteur ingénieux pourrait faire avec le voyage dans le temps monochronique. Peut-être qu'on ne peut pas modifier le cours des choses en revenant dans le temps, mais on peut éventuellement (volontairement ou non) créer un réseau gigantesque de masquarades et de faux-semblants dans lequel on pourrait se faire prendre si on n'est pas prudent.

(lundi)

Qu'y a-t-il dans l'œil du spectateur ?

Le Ruxor est toujours à la recherche d'un look qui lui convienne, alors, en attendant d'avoir trouvé, j'expérimente. (Ce qui est un peu un prétexte, puisque justement, ce côté éclectique-caméléon me plaît bien, le fait de changer sans arrêt, de mélanger tout et n'importe quoi pour voir ce que ça donne.) Ce qui est amusant, c'est de regarder la manière dont les gens me regardent. Hier soir et ce soir j'ai fait la même promenade dans Paris. Mais hier j'étais habillé dans le genre aussi tapiole que possible (je ne suis pas sûr d'y arriver très bien, mais enfin, je fais ce que je peux, merci à quelques boutiques utiles). Alors que ce soir c'était un genre vaguement « craignos » (relativement proche de celui que je portais l'été dernier mais en plus hivernal et plus gothique, notamment grâce à un zouli tee-shirt représentant l'allégorie de la mort, à un pantalon avec des lanières qui dépassent de partout, et une paire de rangers bien employée ; attention, il ne faut pas confondre avec le look racaille, qui est très différent). Dans les deux cas, j'attire plus les regards que si je me promène en jean-baskets, mais pas de la même façon ; simplement, je ne suis pas sûr de pouvoir décrypter les regards en question, donc finalement l'expérience n'est pas si concluante que ça pour me décider sur le genre de piste que je veux suivre.

(Je mettrais bien des photos, mais je n'ai toujours pas trouvé de solution satisfaisante pour me photographier en pied, sans l'assistance d'un tiers.)

(lundi)

Difficile de battre un champion !

J'ai fait mes courses à mon supermarché Champion local, tout à l'heure, comme je fais plusieurs fois par semaine, mais, je ne sais pas pourquoi, aujourd'hui, j'ai été pris de folie dépensière, je me suis mis à acheter toutes sortes de choses (à manger) qui me passaient sous la main : pâte de piments, huile d'olive, poivrons, chorizo, et même un demi poulet rôti (je n'avais jamais encore acheté de poulet déjà rôti, en fait). Rien de bien extraordinaire, certes, mais des choses dont je n'avais vraiment pas besoin, en fait, et il y en a que je ne mangerai sans doute pas. J'ai certainement été victime de techniques de marketing subliminal.

À part ça, j'ai remarqué que tous les caissiers du magasin étaient en fait des caissières. Bonne journée internationale de la Femme à toutes ! (Et un grand bravo à Champion qui fait des efforts importants pour favoriser le travail des femmes.)

(dimanche) · Pleine Lune

Préférences

J'ai acheté le premier numéro pour voir ce que ça donne. Eh bien, s'il y a une différence entre ce nouveau magazine gay et Têtu, je ne l'ai pas vue. C'est exactement aussi branchouille-creux avec plein de jolies images de minets dans des tenues invraisemblables quoique légères (et qui doivent coûter des prix absolument inabordables — je parle des tenues, mais vous pouvez généraliser aux minets si vous voulez), et des articles dont on se dit, tiens, c'est peut-être intéressant, je lirai ça plus tard, et qu'on ne lit jamais. Seule petite nuance, peut-être : Préférences n'a pas l'air de faire même vaguement semblant de prétendre s'adresser aux lesbiennes. Enfin voilà. Les paris sont ouverts pour savoir s'ils dépasseront le nº5 ou s'ils mourront avant.

S'il existe des magazines ciblant les homos qui ne sont pas une sorte de croisement entre le Figaro Madame et le catalogue de Gucci, ça m'intéresserait de les connaître (et merci de ne pas répondre le catalogue d'IEM). Idol était plus rigolo, déjà, mais il n'a pas tenu.

PS : En fait, ce qu'il me faut, c'est XY : celui-là, il est vraiment marrant — mais à peu près impossible à se procurer en France, ne parlons même pas de s'abonner.

(dimanche) · Pleine Lune

Paris, ville lumière

Pierre me signale (merci !) ces magnifiques photographies panoramiques de Paris par Arnaud Frich. Je suis vraiment impressionné.

(samedi)

Les lumières de la ville

J'aime aller me promener la nuit dans Paris (généralement autour de l'hôtel de ville). Ce soir (un peu plus tôt que d'habitude puisque je me suis levé tôt ce matin — séminaire oblige — et j'espère pouvoir en profiter pour me coucher moins tard que d'ordinaire) je suis passé du côté des Tuileries : non, pas pour baiser dans les bosquets du Carrousel, mais parce que j'aime beaucoup la vue qu'on a depuis le haut de l'escalier qui descend au jardin, sur les Champs-Élysées, la Tour Eiffel, les Invalides, le Musée d'Orsay, le Louvre… et aussi tout simplement sur la verdure des Tuileries elles-mêmes (qui paraissent si mystérieuses dans l'obscurité). La nuit, et surtout une nuit de pleine lune comme celle-ci, est aussi l'occasion de très beaux jeux de lumière, entre le rayon balayeur de la Tour Eiffel, l'éclairage un peu féerique d'Orsay, je ne sais quel jeu de rayons du côté de l'Étoile, et un bateau-mouche qui passait par là (normalement je les accuse d'odieuse pollution lumineuse, mais là l'effet était très joli, en fait). On remarque que la place du Carrousel est presque entièrement épargné de cette plaie qu'est la vapeur de sodium.

Le plus magnifique éclairage, cependant, c'est celui de la Cour carrée du Louvre. Si vous ne l'avez jamais vue et que vous en avez l'occasion, saisissez-la, c'est d'une beauté indescriptible (en tout cas c'est mon avis). Il faut voir ça entre la tombée de la nuit et 22h (moment auquel ils ferment la cour), le plus tard est le mieux. Le clair-obscur des façades, qui met somptueusement en valeur leur relief, et la tranquillité de la fontaine centrale, font de l'endroit un lieu magique.

(vendredi)

Sur le 13e problème de Hilbert

Exposé très intéressant cet après-midi de Philippe Gille au séminaire Variétés rationnelles, où il a parlé de questions apparentées au treizième problème de Hilbert (en gros, la possibilité de résoudre l'équation algébrique générale du septième degré à l'aide de fonctions de seulement deux variables ; problème dont la réponse est oui ou non selon le sens exact qui est donné aux termes, donc l'énoncé mathématique précis qui est mis sous cette question vague). Il me semble qu'il y avait dans ce qu'il a dit des choses qui peuvent se vulgariser, il faudra que j'essaie à l'occasion.

(vendredi)

Luminothérapie ?

Ma mère, à laquelle j'ai parlé de mes problèmes de sommeil, me suggère d'essayer la luminothérapie (aka photothérapie) : elle est prête à m'offrir la lampe spéciale à fort éclairement qui permet de la pratiquer chez soi. A priori je suis très sceptique relativement à toutes les « médecines douces », donc je pars un peu méfiant (et je ne veux pas faire payer à ma mère un truc qui serait une arnaque surtout vu que ce n'est quand même pas donné). D'un autre côté, ce site Web vendant des appareils de luminothérapie a l'air, à un examen superficiel au moins, pas complètement escroc-pipo. Et d'autre part, il est indubitable que mon appartement est sombre même quand il fait jour, et que je rêve de pouvoir voir un peu plus souvent le Soleil — alors ce serait déjà un petit palliatif.

À ce que je comprends, il s'agit de lampes qui émettent beaucoup de lumière dans le visible (de l'ordre de 500cd, si je comprends bien — alors qu'une ampoule de 100W standard tourne plutôt autour de 120cd — cela donnerait un éclairement de 10000lx à une vingtaine de centimètres), et si possible à une température de couleur proche des 6500K du Soleil, le tout en limitant les émissions d'infrarouge et d'ultraviolet pour qu'on puisse regarder sans risque.

(jeudi)

Ruxor, l'incompris

[Ceci est un rebond sur des commentaires d'une entrée précédente, mais peu importe au fond, les remarques que je fais sont tout à fait générales.]

Je me demande pourquoi je m'obstine à me justifier (comme si j'avais besoin de justifications…) ou à m'expliquer. Je suppose que, quelque part au fond de moi, j'attends la venue d'un Grand Sage à qui j'expliquerai ma situation et qui me dira : mais c'est évident, David, tu dois faire <telle ou telle chose> ! Seulement, ce Grand Sage ne viendra manifestement pas, et c'est vraiment stupide de ma part de m'attendre à ce que quelqu'un d'autre puisse m'apporter la solution « clés en main » de mes problèmes. Je devrais déjà être content des mèmes que je grapille au hasard des remarques de certains. Et je devrais surtout cesser de désespérer à cause du fait qu'on ne me comprend pas : c'est vrai, mais ça n'a pas vraiment d'importance.

Un coup on me prend pour un romantique éperdu et idéaliste parce qu'il y a un garçon dont j'ai parlé en termes un peu tendres ; si je rétorque que je ne cherche à tout prix l'Amour avec un grand “A” (ou si je me démarque d'une certaine conception de celui-ci), alors on me reproche de rechercher la facilité du sexe sans sentiments ; ou alors encore on se dit que je doit être « tout l'un ou tout l'autre », que je suis forcément perfectionniste — n'ayons peur d'aucune pétition de principe ; et, nonobstant le fait que je suis entouré de gens que je suis tout à fait prêt à prendre tels qu'ils sont, on me conseille de renoncer à ce perfectionnisme pour prendre les gens comme ils sont. C'est quand même hallucinant tout ce que les gens sont capables d'imaginer que je sois, refusant apparemment d'admettre que je puisse être un peu normal et comme tout le monde de temps en temps. Également impressionnant : sous prétexte que je sais un peu de maths, je devrais ne trouver aucun intérêt dans les gens sauf peut-être le cul (mais apparemment, le cul, ça se paie), comme si les maths retiraient tout leur intérêt aux gens, sauf peut-être d'autres intellos : faut-il croire qu'on ne peut aimer que ses semblables, ou que si on fait des maths on est condamné à les subir jusqu'au pieu.

Ah, et ce n'est pas tout : je suis instamment prié d'en rire, en plus. Désolé, mais la sitcom avec les rires pré-enregistrés, je n'ai jamais trouvé ça drôle même quand c'est bien fait, et là les scénaristes de David Madore cherche un mec désespérément ils sont plutôt nuls : ça fait 543 épisodes que c'est exactement la même chose.

Un jour j'apprendrai à couper court aux dialogues de sourds.

(jeudi)

Le jardin aux sentiers qui se croisent

Il y a quelque chose comme six milliards d'humains sur cette planète. Au cours de ma vie j'en aurai côtoyé — de quelque manière que ce soit, même si on compte les gens croisés une seule fois dans la rue — une infime partie ; certains seront devenus des amis, ou au moins des connaissances, des personnes avec qui j'aurai bavardé au moins une fois, échangé un mail, une forme quelconque de communication.

J'aimerais pouvoir dire que les gens que je fréquente sont ceux qui ont le plus d'affinité avec moi, que nous nous sommes rassemblés parce que nous devions nous rassembler. Hélas ! C'est surtout le hasard qui a fait les choses. Si je n'ai pas à me plaindre de mes amis, que dire en revanche de ceux que la chance n'a pas voulu que je rencontre ? Rien que dans ma petite rue, les habitants se comptent en centaines, et peut-être parmi eux y a-t-il quelqu'un comme je rêve d'en connaître, mais il s'est simplement trouvé que nos chemins ne se sont jamais croisés (ou en tout cas pas assez sérieusement pour que nous fassions vraiment connaissance).

Les fréquentations semblent aller et venir sans raison véritable. Des gens que je voyais très régulièrement il y a un an ou deux, il y a cinq ans, que sais-je, ont maintenant complètement disparu de ma vie — sans un adieu — sans vraie raison identifiable, sans dispute : au hasard simplement des changements d'activités ou d'emplois du temps. (Et ce n'est pas toujours facile d'en rencontrer de nouveaux.)

Je trouve que tout cela a quelque chose d'attristant.

(mercredi)

Ciné

Immortel (le film d'Enki Bilal qui sort dans trois semaines) a l'air carrément space. J'ai vu des teasers il y a des mois, et maintenant la bande annonce (enfin, en partie, parce que je suis rentré dans la salle — j'allais voir Paycheck — au milieu de ce trailer), et ça me donne assez envie de voir de quoi il retourne : si c'est du mystico space opera bien fumé, ça devrait me plaire. (Cependant, j'avais lu une BD d'Enki Bilal — Le Sommeil du Monstre, je crois —, et je n'avais pas aimé du tout, c'était beaucoup trop « théorie du complot mis en images », si j'ose dire.) Si des gens veulent le voir avec moi quand il sortira, qu'ils se dénoncent.

À part ça, Podium, c'est bien ? Et Big Fish (là je suis un peu méfiant) ?

Dans un autre genre, la section cinéma gay de la Fnac Italie 2 (celle qui est à côté de chez moi) s'est pas mal enrichie depuis un mois ou deux. Il faudra que je fasse quelques acquisitions.

L'ennui avec les DVD, c'est que soit j'achète des choses que j'ai déjà vues, et alors je regarde rarement plus qu'une fois (et parfois jamais, en fait), soit j'achète des films que je n'ai pas encore regardés, et alors je ne sais pas si ça va me plaire. Je pourrais louer, mais autant aller au cinéma, à ce titre-là. Ou alors il faudrait un truc intermédiaire entre la location et la vente (si on aime, on achète le DVD avec un prix qui déduit celui de la location, et si on n'aime pas, on se contente de payer la location) : ça existe (j'ai le souvenir qu'on m'avait parlé d'une combine de ce genre) ?

(mardi)

Avancement de mes recherches

Ce matin je suis allé voir mon directeur de thèse (qui revient du Japon — où d'ailleurs mon père est justement aussi en ce moment). Évidemment, le fait que j'avais rendez-vous à 10h à Orsay signifie que je n'ai guère dormi de la nuit (pour être précis, j'ai dormi de 2h30 à 5h30 ; à 6h45 je me suis levé en me disant que ce n'était plus la peine de continuer à me retourner dans mon lit comme ça), et du coup je suis un peu zombie. Ce qui est curieux, c'est que dans cet état, en fait, le plus désagréable, c'est encore les voyages en RER : si j'essaie de lire, les lignes dansent devant mes yeux et il faut que je relise chacune cinq fois avant de la comprendre, et si j'essaie de regarder le paysage, mes yeux se ferment et je dois lutter contre le sommeil (sauf qu'évidemment si je décide d'accueillir celui-ci il ne vient pas).

Nous avons parlé de mon article rejeté (par le Journal of Algebra) : Colliot-Thélène (c'est le nom de mon directeur de thèse) est d'avis que le rapporteur a en effet été gratuitement agressif avec mon texte. Le problème vient essentiellement du fait qu'une partie de l'article (trois pages environ, sur huit au total) est consacrée à la description précise d'un objet (le torseur universel sur une variété torique), une construction qui n'est pas neuve, et qui figure à plusieurs endroits dans la littérature mais jamais de façon pleinement satisfaisante ou vraiment claire (surtout pour la démonstration du fait que le torseur en question est bien universel) : j'ai donc jugé bon de la refaire, en précisant clairement que cette partie n'était pas originale. Or les revues n'aiment pas trop qu'on refasse des choses « déjà connues », surtout si l'article est court ; le rapporteur dit en substance, le résultat principal de l'article est une conséquence immédiate de propriétés bien connues sur le torseur universel sur les variétés toriques qui figurent déjà dans la littérature et qui sont ici redémontrées de façon peu agréable : ce n'est pas faux (sauf que le peu agéable est une question de goût, bien sûr), mais c'est une présentation un peu partiale des choses. Tout cela n'est pas dramatique, évidemment : je vais resoumettre l'article dans une autre revue encore à déterminer (en faisant d'avance savoir que je suis prêt à retirer la partie consacrée à la construction du torseur universel), c'est juste que j'aurai perdu un certain temps pour rien. On me conseille aussi d'envoyer à l'éditeur, pour la forme, une réponse à certaines remarques du rapporteur (au-delà des reproches que j'ai résumées ci-dessus, il soulève également quelques points mineurs qui, pour le coup, sont vraiment contestables).

Ce texte à resoumettre compté, ça va d'ailleurs me faire trois courts articles à envoyer dans la foulée. Ils sont déjà écrits, évidemment, mais il reste les résumés, quelques phrases de conclusion ou d'introduction, et tout simplement les courriers à l'éditeur, et rien que ça ce n'est pas un travail négligeable.

Pour le reste, nous avons discuté du calcul que je mène en ce moment (et qui doit être le dernier élément de ma thèse) : il s'agit du calcul de ce qu'on appelle un groupe de Chow de zéro-cycles (d'une hypersurface cubique, en l'occurrence : presque tous mes résultats dans cette thèse portent sur les hypersurfaces cubiques, en fait). Ni mon patron ni moi ne pensions, quand il m'a proposé de faire ce calcul, qu'il serait aussi fastidieux, et cela fait maintenant quelque chose comme six mois que je traîne dessus : il faut d'abord désingulariser un modèle de l'hypersurface, puis étudier finement la théorie de l'intersection dessus. Au stade où j'en suis, j'ai obtenu une désingularisation du modèle, mais elle est très difficile à exploiter parce que sa présentation est mal adaptée à la suite des opérations (disons qu'on a une description très locale d'un objet qu'on voudrait voir de façon globale). Nous sommes quand même convenus que ma description devrait suffire pour faire travailler un peu la théorie de l'intersection : comme il a dit, on termine sur une note d'espoir, l'espoir que je termine un jour cette thèse ! (Disons que si le calcul très brièvement esquissé dans un coin du tableau est bon et qu'il n'y avait aucune arnaque, et si la puissance du nombre premier 3 est avec moi, alors j'entrevois la lumière au bout du tunnel.) Évidemment, le temps de rédiger cette dernière partie, de tout mettre ensemble, de trouver des rapporteurs et tout et tout, ça sera encore long.

Bon, assez parlé de maths pour le moment.

(lundi)

Mars

Ça y est, je suis célèbre. Alors j'ai préparé un petit discours :

Mesdames et Messieurs, je voudrais vous dire à quel point je suis heureux et flatté d'être le mois de mars. Déjà tout petit, je rêvais d'être le mois de mars (alors que mes petits camarades, bêtement, ils voulaient être avril, ou juillet : moi j'avais des ambitions différentes). Le mois de mars, c'est le mois qui commence le printemps, c'est le mois où les petits zoiseaux se mettent à chanter dans les arbres, c'est le mois qui produit des lièvres qui apprécient le thé, c'est le mois du renouveau, c'est le mois avec lequel Romulus (qui n'avait apparemment pas compris qu'il y avait douze mois dans une année et pas dix) avait choisi de commencer son calendrier dans les temps immémoriaux de la fondation de Rome : c'est pour ça qu'octobre ou décembre sont comptés comme le huitième et dixième mois — c'est en mars que tout commence. Et Romulus, donc, a nommé ce premier mois après son divin papa, le dieu de la guerre (il s'y connaissait, en guerre, Romulus) mais aussi de la virilité, dont le symbole (♂ le petit rond avec une flèche en coin) est le symbole du sexe masculin : c'est dire si je suis honoré d'avoir été choisi comme mois de mars !

Je voudrais en profiter pour rendre un petit hommage à mes illustres prédécesseurs, le mois de janvier (qui commence officiellement l'année de nos jours, mais c'est une magouille politique, une histoire d'élection des consuls romains) et le mois de février (ce n'est pas parce que c'est un petit mois riquiqui de vingt-huit jours alors que moi j'en ai trente-et-un qu'il faut l'estimer moins). Et puis bien sûr je voudrais remercier la ville de Nogent-sur-Marne, Garoo pour avoir réussi à prendre la zoulie photo avant que je sois complètement mort de froid (rejoignant ainsi le cercle très select des photographes qui m'ont eu pour modèle — et se sont donc sans doute à jamais promis de ne pas recommencer), ma maman sans quoi rien n'aurait été possible, Romulus, et Emmanuel Marcq juste comme ça parce que j'en ai envie. Si vous voulez vous cotiser afin de m'offrir des cours pour apprendre à sourire quand je prends la pose, j'accepte les chèques et les espèces.

Je terminerai par une citation : Aim for the moon. If you miss, you may hit a star. Ça n'a rien à voir avec le schmilblick, mais je l'ai toujours trouvée jolie. Merci de votre attention.

Post Scriptum : Des mauvaises langues prétendent que Jules César aurait été assassiné aux ides de mars. Je nie toute implication dans cette sordide affaire. Il n'y a aucune raison de se méfier des ides de mars. Ayez confiance.

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