David Madore's WebLog: Davide

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(mercredi)

Davide

Davide Bruno [je me suis demandé si je devais garder son anonymat ou si je pouvais révéler son identité : mais comme d'une part je ne vais rien dévoiler de compromettant à son sujet, que de toute manière il existe certainement des milliers de gens s'appelant ainsi, et qu'enfin ça me crée une chance, aussi faible fût-elle, de pouvoir retrouver contact avec lui, j'écris son nom] : je ne sais pas pourquoi son souvenir me revient aussi fortement maintenant. S'il y a une chance dans cette vie, une personne vraiment merveilleuse, que je regrette d'avoir laissée passer, c'est bien lui.

Davide était étudiant en médecine à Bologne (ou peut-être à Gênes : je ne me rappelle plus s'il était allé de Gênes à Bologne pour y étudier ou le contraire), du même âge que moi, qui était venu passer l'année universitaire 2000–2001 à Paris dans le cadre d'un échange Erasmus. Il parlait un français quasiment parfait, avec juste un petit accent délicieux. Physiquement, il était très joli : de petite taille, très brun mais presque imberbe, le regard espiègle, un sourire radieux toujours aux lèvres ; et pour ce qui est de son caractère, j'en ai rarement vu d'aussi agréable, amène, ouvert et vif. Je ne crois vraiment pas exagérer ici ses qualités.

Il logeait à la Cité Universitaire internationale de Paris (au pavillon Honnorat), et s'était constitué un certain nombre d'amis là-bas (notamment deux Portugais) lorsque j'ai fait sa connaissance, leur connaissance, dans le cadre d'une association de jeunesse LGBT que je fréquentais alors assidûment ; nous nous sommes amusés du fait que nous nous appelions Davide et David, nous avons échangé nos numéros de téléphone, et nous nous sommes rapidement revus. (En fait, ce n'était pas la première fois que je constatais que j'« accrochais » particulièrement bien avec les étrangers de passage en France : peut-être parce que les Français sont plus fermés, mais il y a d'autres explications possibles, par exemple il est imaginable que j'aie en moi une certaine forme d'hospitalité — si j'ose dire — qui me rend plus accueillant et plus ouvert dans ces circonstances.)

Si vous voulez des ragots, il n'y en a pas là matière : Davide et moi n'avons rien fait dont la pudeur pourrait s'émouvoir. Ce n'est pourtant pas cela que je regrette aujourd'hui, même si cela se serait pu, je le crois maintenant (j'étais trop inhibé pour le saisir alors, même lorsqu'il a réagi avec beaucoup d'adresse à la confidence que je lui ai faite de ma virginité). Non, ce que je regrette, c'est de ne pas avoir compris à temps à quel point il m'était cher : j'étais trop aveuglé par l'amour (à sens unique, évidemment) que je portais à un autre garçon (si on dit qu'il est impossible d'aimer deux êtres à la fois, c'est évidemment faux ; en revanche, il est possible de laisser un sentiment en éclipser un autre), et en même temps par l'amitié (et l'admiration, peut-être) que j'éprouvais pour Davide, pour me rendre compte de l'immense tendresse — que ma timidité m'empêchait d'exprimer plus clairement — qui me liait à lui, si ce n'est de l'amour franc. Et je regrette aussi de ne pas avoir vu, indépendamment de mes sentiments pour lui, à quel point Davide était un garçon merveilleux. Plus tard, il s'est trouvé un copain aussi de la Cité U (Ian, l'espagnol qui faisait un DEA de physique — c'était d'ailleurs amusant de les entendre communiquer dans un mélange d'italien, d'espagnol et de français), mais je n'ai ressenti aucune sorte de jalousie : ils formaient un couple tellement parfait qu'ils semblaient faits l'un pour l'autre.

Un des souvenirs les plus heureux qui me restent est celui du 2001-06-20 où, après une soirée étudiante à la Cité U, Davide et moi (rejoints ensuite par Ian) nous sommes allongés sur l'herbe, parmi d'autres petits groupes éparpillés, devant la fondation Deutsch de la Meurthe, pour regarder les étoiles. Pour une certaine forme de bonheur, de sérénité, je crois que je n'ai jamais égalé ni dépassé ce soir-là. Trois jours plus tard, c'était la Gay Pride : je l'ai suivie avec Davide (qui devait rentrer peu de temps après en Italie), Ian (qui n'arrêtait pas de prendre des photos — mais je ne les ai jamais vues), et quelques autres de la Cité U. Ça a commencé par une formidable baignade dans la fontaine de la place Félix Éboué. Seulement, un peu plus tard, vers 16h, nous nous sommes perdus de vue dans la foule (largement par ma faute), et je n'ai plus jamais revu Davide : je n'ai pas ses coordonnées en Italie (bon, peut-être qu'en engageant un détective privé je pourrais retrouver sa trace, mais je n'en suis pas là), et je ne sais absolument pas ce qu'il est devenu depuis ce 23 juin 2001. Mon plus grand regret, donc, c'est de ne lui avoir fait aucune sorte d'adieu. Quelle connerie de ma part !

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