David Madore's WebLog: Why do I write this 'blog?

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(Sunday)

Why do I write this 'blog?

[Traduction française ci-dessous.]

Time for a little introspection: what is my purpose in 'blogging? Certainly I enjoy talking about myself, but it runs deeper than just this. Here's one possible reason.

Have you ever played a video game where you could save the game at any point—and be sure you could come back to it later? Felt that very special relief, not so much that you had defeated the ugly monster, but that you had saved the game afterward? Or simply (outside the narrow world of video games) felt relieved, after making important work on a computer, that you had not only saved it, but saved it in a secure place, made a backup, or whatever?

Unfortunately, there is no such thing in real life. Sure, one can get an insurance for something one cares for (even for one's own life!), but there is nothing like the particular bliss of cyberlife where one can make a perfect copy of anything to serve as backup, and store it in security.

Somehow—please don't laugh—'blogging seems to be a substitute of a kind. I may not be able to back up my life in security, but at least I can save some of my memes (see outset below), by propagating them in other people's brains. You, for example. And indeed I feel, after having written some of this 'blog's entries, much as if I had “saved” something of myself.

This is the sort of Sehnsucht nach Ewigkeit (“longing for eternity”) that drives mankind's greatest artists or thinkers, aspiring for immortality, to leave their name on their works for future times to remember. But it is not the sole privilege of the greatest and highest to propagate their memes: though my name be engraved in no such marble, I can still hope for some of the ideas that have flowed through me (I say not come from me, merely flowed through) to become somehow, someday, a significant part of the noosphere.

Ridiculous? Perhaps—but quite common. Such is exactly the frame of mind of people who wish for their children or descendants a life that they could not have for themselves, or those who think it important for someone to “continue their name”. There are good chances that I won't have any biological children (and I certainly won't have nephews or nieces, so the closest thing I have to descendants are a couple of cousins' children who share some of my genes). But my brainchildren might beget brainchildren of their own, and so on—crescite et multiplicamini: these are my real descendants.

In short, what I am doing now is this: fertilizing your brain. Thank you for your kind assistance.

☺

[French translation of the above.]

C'est le moment d'une petite introspection : quel est mon but en écrivant ce 'blog ? Certainement j'apprécie de parler de moi, mais cela court plus profondément. Voici une raison possible.

Avez-vous déjà joué un jeu vidéo où vous pouviez sauvegarder la partie à n'importe quel point — et être sûr de pouvoir y revenir plus tard ? Et éprouvé ce soulagement très particulier, non tant d'avoir triomphé du vilain monstre, mais d'avoir sauvé la partie ensuite ? Ou simplement (hors du monde étroit des jeux vidéo) vous êtes senti soulagé, après avoir fait un travail important sur ordinateur, de l'avoir non seulement sauvé, mais sauvé en un endroit sûr, fait une copie de sauvegarde, que sais-je ?

Malheureusement, il n'y a rien de tel dans la vie réelle. Assurément, on peut souscrire à une assurance pour quelque chose à quoi on tient (même pour sa propre vie !), mais ce n'est rien comme la sérénité particulière de la cybervie où l'on peut faire une copie parfaite de n'importe quoi pour servir de sauvegarde, et la stocker en sécurité.

D'une façon ou d'une autre — ne riez pas — 'blogger m'en semble une sorte d'ersatz. Je ne peux certes pas faire une copie de sauvegarde de ma vie en sécurité, mais au moins je peux sauver certains de mes mèmes (voir l'encadré ci-dessous), en les propageant dans le cerveau d'autres personnes. Vous, par exemple. Et je me sens en effet, après avoir écrit certaines des entrées de ce 'blog, comme si j'avais « sauvé » une partie de moi-même.

C'est la sorte de Sehnsucht nach Ewigkeit (« poursuite de l'éternité ») qui guide les plus grands artistes et penseurs de l'humanité, aspirant à l'immortalité, à laisser leur nom sur leurs œuvres pour que les temps à venir se les rappellent. Mais ce n'est pas le privilège exclusif des plus grands et plus hauts de propager leurs mèmes : quoique mon nom ne soit engravé en aucune sorte de marbre, je peux cependant espérer que quelques-unes des idées qui ont coulé par moi (je ne dis pas venues de moi mais seulement coulé par moi) deviennent un jour, d'une façon ou d'une autre, une partie significative de la noosphère.

Ridicule ? Peut-être — mais fort commun. Tel est exactement le cadre d'esprit des gens qui veulent pour leurs enfants ou descendants une vie qu'ils n'ont pas pu avoir pour eux-mêmes, ou ceux qui croient important que quelqu'un « continue leur nom ». Il y a de bonnes chances pour que je n'aie pas d'enfants biologiques (et certainement je n'aurai pas de neveux ou nièces, de sorte que le plus près que j'aie en matière de descendants sont quelques petits-cousins qui partagent certains de mes gènes). Mais mes enfants de l'esprit pourraient engendrer d'autres enfants de l'esprit, et ainsi de suite — crescite et multiplicamini : ceux-là sont mes vrais descendants.

En bref, ce que je fais maintenant est ceci : fertiliser votre cerveau. Merci de votre aimable coopération.

☺

What is a meme?

[Traduction française ci-dessous.]

The word “meme”, which parallels “gene”, was invented by the English biologist Richard Dawkins in his celebrated book The Selfish Gene (1976). In a nutshell, memes are to ideas what genes are to living creatures: the elementary building blocks from which ideas are made. And much the same way as the biosphere is a struggle in which the fight for survival of the fittest individuals, competing for food, selects the genes most capable of ensuring their own reproduction, while random mutations continuously produce new genes from old ones, much in the same way, the noosphere (the world of thoughts) is a struggle in which the fight for survival of the fittest ideas, competing for brain space, selects the memes most capable of ensuring their own reproduction, while random variations continuously produce new memes from old ones.

This concept can also be traced, for example, in the work of the French philosopher Alain, who had already noted that human tools follow an evolutionary process very similar to that which Darwin pictures as the origin of species: craftsmen tend to reproduce prior tools as faithfully as possible, but slight changes always happen, willy-nilly, and the best tools are more successful and tend to be copied more often. So even if no individual craftsman is creative in his work or shows any ingenuity in improving existing tools, civilizations tend to develop better objects over the course of generations.

[French translation of the above.]

Le mot « mème », qui fait parallèle à « gène », a été inventé par le biologiste anglais Richard Dawkins dans son célèbre livre The Selfish Gene (1976). En bref, les mèmes sont aux idées ce que les gènes sont aux créatures vivantes : les blocs élémentaires de construction à partir desquels les idées sont faites. Et de la même manière que la biosphère est une lutte dans laquelle le combat pour la survie des individus les plus aptes, en concurrence pour la nourriture, sélectionne les gènes les plus capables d'assurer leur propre reproduction, tandis que des mutations aléatoires produisent continuellement de nouveaux gènes à partir des anciens, bien de la même manière, la noosphère (le monde des pensées) est une lutte dans laquelle le combat pour la survie des idées les plus aptes, en concurrence pour le terrain de pensée, sélectionne les mèmes les plus capables d'assurer leur propre reproduction, tandis que des variations aléatoires produisent continuellement de nouveaux mèmes à partir des anciens.

Ce concept peut aussi être tracé, par exemple, dans l'œuvre du philosophe français Alain, qui avait déjà noté que les outils humains suivent un processus d'évolution très semblable à celui que Darwin dépeint comme l'origine des espèces : les ouvriers tendent à reproduire les outils antérieurs aussi fidèlement que possible, mais de petits changements se produisent toujours, çà et là, et les meilleurs outils ont plus de succès et tendent à être copiés plus souvent. Donc même si aucun ouvrier individuel n'est créatif dans son travail et ne montre aucune originalité pour améliorer les outils existants, les civilisations tendent à développer de meilleurs objets au fil des générations.

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