David Madore's WebLog: 2007-04

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in April 2007 / Entrées publiées en avril 2007:

(dimanche)

Peur, incertitude, doute

J'ai complètement craqué vendredi soir : pour aucune raison de plus qu'un malentendu idiot, j'ai paniqué de ne pas avoir de nouvelles de mon copain parti pour le week-end à New York. Il est vrai que je suis assez fragilisé nerveusement en ce moment, mais c'est certainement la plus grosse crise de nerfs que j'aie jamais piquée… Donc je comprends maintenant clairement le sens des vers[#] :

Un songe, un rien, tout lui fait peur
Quand il s'agit de ce qu'il aime.

Bon, excusez-moi si je suis pénible avec mes trucs d'amoureux transi, c'est encore tout nouveau pour moi — à trente ans, ce n'est pas trop tôt — alors je fais ma bluette d'adolescent attardé, et bientôt si vous êtes sages je m'enregistrerai chantant, d'une voix de midinette,

La solitudine fra noi
Questo silenzio dentro me
E l'inquietudine di vivere
La vita senza te

Ti prego aspettami perché
Non posso stare senza te
Non è possibile dividere
La storia di noi due

(Les stagiaires de Google rigolent !)

✯ Bon, je digresse, parce que ce n'est pas du tout de vie sentimentale que je voulais parler quand j'ai intitulé cette entrée : peur, incertitude, doute. Mais bien d'avenir scientifique.

Je ne parle pas uniquement du mien. Il se trouve que par ma profession et ma position à la fois je suis un observateur (tristement) privilégié du spleen des jeunes mathématiciens, voire jeunes scientifiques en général, français : je parle de jeunes qui auraient dû être promis à une brillante carrière au service de la Science avec un grand ‘S’ et qui abandonnent avant même de l'entamer parce que l'horizon est si sombre qu'ils ne se sentent pas le courage d'entamer une bataille tellement désespérée. Vraiment, les mathématiques françaises, en tout cas les mathématiques pures, et peut-être en fait toutes les sciences qui ne sont pas directement applicables, sont en train de mourir, privées de leurs forces vives, par faute de postes. (J'insiste sur les postes, car ce n'est pas tellement d'argent qu'on manque : comme il est toujours plus facile de débloquer de l'argent que des postes, c'est ce qu'on fait de temps en temps, et cet argent sert entre autres à créer des emplois précaires qui ne font que prolonger la galère des jeunes chercheurs.)

Il est tentant de penser que si on donne n postes et qu'on met un jury de spécialistes pour déterminer à qui ils vont aller, on récupérera les n meilleurs à la sortie : c'est faux pour plein de raisons (la première étant que meilleurs n'a pas de sens et que, quand bien même il en a, il ne peut se déterminer qu'avec énormément de recul, et que le jury est humain donc faillible), et ce n'est même pas forcément souhaitable (au risque de choquer, le but des mathématiques n'est pas uniquement de produire des théorèmes, par exemple, je l'ai déjà dit), mais, surtout, si n est trop petit, une bonne partie des meilleurs va de toute façon abandonner avant même d'arriver à l'étape où ils seraient confrontés à la sélection. C'est ce que j'observe. Peur, incertitude, doute. Et ça me fait mal au cœur de voir ça.

Il est certainement difficile de défendre l'utilité du métier de mathématicien (pourquoi chercher le secret des étoiles ?), mais quand je vois des gens me dire qu'ils vont devenir (ou sont devenus) traders, ou des métiers de ce genre (se vendre au Grand Capital personnifié par la banque est assez commun dans le cas présent), qu'ils gagnent largement plus dès leur embauche qu'un chercheur en fin de carrière et qu'ils considèrent ça comme un échec et qu'ils ne voient pas en quoi ils sont plus utiles dans ce métier-là que dans celui qu'ils auraient voulu, eh bien je trouve qu'il y a quelque chose qui cloche.

[#] Ce qui est bien avec Internet, c'est qu'on n'a plus besoin de préciser les auteurs des citations, ceux qui ne trouvent pas peuvent toujours demander au Grand Oracle Omniscient Gardien du Livre de l'Entendement. Un ami avait même trouvé une expression pour traduire ça : les stagiaires de Google rigolent (l'idée sous-jacente étant d'imaginer que Google emploie des stagiaires pour regarder toutes les requêtes qui passent et dès que quelqu'un fait une référence qu'il n'explique pas, ces stagiaires la voient passer et s'en amusent).

(jeudi)

CNRS → pas la peine d'insister

Ça n'a rien d'une surprise, mais les résultats (encore officieux) du CNRS sont tombés tout à l'heure, et je ne suis pas admissible (ni classé). Bon, je commence à avoir l'habitude, et par ailleurs quand on voit qui d'autre ils n'ont pas pris, on ne peut pas dire que ce soit déshonorant. Mais j'aurais quand même mieux fait de ne pas écouter les gens qui m'ont soufflé que j'avais peut-être une chance, et éviter de perdre mon temps à candidater (ne serait-ce que pour rester un peu plus longtemps à Toronto…).

(mercredi)

44.6%

Non, 44.6%, ce n'est pas le score de Ségolène Royal au second tour : [Compte à rebours]c'est l'avancement du temps avant le retour de mon copain. Ce n'est pas un nombre spécialement remarquable, 44.6, mais je commence vraiment à trouver le temps carrément long (oui, je l'ai vu il y a à peine plus d'une semaine, mais malgré — ou peut-être à cause de ça — il me manque déjà énormément), alors le fait de n'avoir même pas atteint 50 sur le retour-o-mètre est un peu dur, là.

[Canards en plastique]C'est fascinant comme le fait d'être en couple me semble complètement naturel. Il n'y a même pas un an j'ai pu me croire plutôt solitaire, trop jaloux de ma liberté, ou simplement pas fait pour les relations stables : je ne sais pas si je dois dire que je m'étais trompé dans ma perception de moi-même ou si j'ai changé, mais me voilà devenu ce que certains appellent un Putain de Romantique de Merde. (J'ai pourtant l'impression que la transformation dans l'autre sens est plus commune.) Et je suis loin de m'en plaindre : si j'en suis actuellement à compter les heures et à m'inquiéter à tout propos de savoir si mon poussinet[#] va bien (mon tempérament anxieux, lui, il n'est pas près de changer), c'est toujours beaucoup mieux que de déprimer épisodiquement comme je faisais avant. Je suis extraordinairement plus heureux que par le passé (et j'aimerais proposer ce bonheur en signe d'espoir à ceux qui pensent tristement que leur soif d'affection n'aura pas de fin, comme j'ai pu le croire et en souffrir) ; néanmoins, le manque n'en est pas moins réel, presque comme le manque d'une partie de moi-même, surtout la nuit dans le lit.

Encore deux mois et demi à tenir, pfff…

(Ils sont tout meugnons, hein, mes mini canards de bain ?)

[#] Non, ce n'est pas comme ça que je l'appelle. Mais les mots doux que nous nous échangeons, je préfère les garder pour nous, justement.

(mardi)

Photos de Toronto

J'ai fait[#] une petite sélection de photos de mon voyage à Toronto (215 photos et 8 petits films, pour être précis).

Il y a aussi une galerie un peu plus complète (i.e., comportant une trentaine de photos et une demie-douzaine de petits films que je n'ai pas voulu rendre publics) : ceux qui me connaissent personnellement et que ça intéresse, n'hésitez pas à m'en demander l'adresse.

[#] Après m'être pas mal battu pour réussir à avoir un affichage correct de la date des photos (c'est-à-dire heure locale + fuseau horaire).

(lundi)

Audition CNRS

J'ai passé mon audition CNRS ce matin, qui s'est bien passé (en cinq minutes, j'ai réussi à énoncer un résultat que j'ai démontré assez récemment), ce qui ne veut rien dire puisque c'est un exercice purement formel. Enfin, si, ça veut dire que je n'ai pas dormi de la nuit et que du coup je suis hors d'état de faire quoi que ce soit d'utile aujourd'hui.

Les sous-jurys ont des noms rigolos : celui devant lequel je suis passé s'appelait mathématiques déterministes et aléatoires, et il y en avit d'autres avec pour noms mathématiques pures et appliquées et mathématiques discrètes et continues (et sans doute encore d'autres). Apparemment le truc est qu'ils sont obligés de donner un nom qui ne soit pas un simple numéro, mais ils ne veulent exclure aucun domaine des mathématiques dans aucun titre, alors ils utilisent toutes sortes de divisions en deux antonymes (il y avait peut-être aussi mathématiques finies et infinies, mathématiques des petites et grandes dimensions, etc.).

(samedi)

Quelques râleries et quelques idées

Tout à fait en vrac :

☛ J'aimerais bien qu'on m'explique pourquoi quand on va dans un minable MacDo on a droit au Wifi gratuit illimité (pour le prix d'un quelconque MacChose, donc autour de 2€) alors que dans un aéroport, auquel on a payé quand même significativement plus qu'un Big Mac, non. Quelqu'un peut m'expliquer ça ? Je suis le seul à trouver que c'est puant de mesquinerie de la part des aéroports ? (J'aurais pu penser que c'était une radinerie française, mais, non, à Montréal et Toronto c'est pareil.) Remarquez que tous les gens passant à proximité du MacDo peuvent profiter du Wifi de celui-ci, alors que pour l'aéroport il est quand même plus rare de passer par là par hasard (celui qui veut faire le voyage jusque loin à l'extérieur de la ville juste pour le Wifi, quelque part, il mérite qu'on le lui donne). Ce n'est pas de payer qui me gêne (je veux dire, s'il fallait augmenter epsilonesquement la taxe d'aéroport pour avoir le Wifi gratuit partout, je trouverais ça normal), mais payer à la minute et devoir donner un numéro de carte bancaire, c'est vraiment plus que pénible.

☛ Au chapitre des prix des communications : de Montréal j'ai voulu appeler mon copain — qui a un téléphone mobile à Toronto — pour lui dire que j'étais bien arrivé. Je mets un quarter (25¢) dans une cabine téléphonique publique, je compose le numéro, et elle me dit que je devrai rajouter… 3.65$ pour une communication de 1 minute. Allô ‽‽‽ 3.80$ pour une minute ‽ Je paie largement moins cher pour l'appeler de France ! Personne n'a été capable de m'expliquer ce tarif délirant. (Je crois que les tarifs des communications sont en train de suivre le même chemin que ceux des vols d'avion, c'est-à-dire le chemin de l'incompréhensibilité la plus totale.)

☛ Mon appareil photo numérique a une notion de fuseau horaire : quand je suis parti il m'a suffi de lui dire que j'allais à Toronto (et que c'était l'heure d'été là-bas aussi — il est normal qu'il ne sache pas les règles pour ça vu qu'elles changent tout le temps) et il était à la bonne heure. C'est une très bonne chose. Hélas, il ne semble pas enregistrer cette information dans les photos qu'on prend ! (Par exemple, dans les données Exif, il y a une heure indiquée, mais les imbéciles qui ont écrit cette norme n'ont pas jugé bon de prévoir de mention de fuseau horaire, ni même, d'ailleurs, de préciser clairement si le temps indiqué doit être le temps universel ou l'heure locale.) Or moi j'ai envie que mes photos soient toujours triées chronologiquement (ce qui implique de leur associer le temps universel de prise, puisque j'ai pu prendre des photos dans l'avion avant et après avoir changé le fuseau donc l'heure locale fera un saut brutal en arrière), mais que l'heure montrée par un logiciel quelconque d'affichage soit l'heure locale (+ indication explicite du fuseau, d'ailleurs) parce que si une photo a été prise à 22:00−0400 à Toronto j'ai envie de voir affiché 22:00−0400 et certainement pas 04:00+0200 sous prétexte que je la regarde en France. Combien de temps faudra-t-il avant que les gens comprennent qu'une indication de temps doit toujours[#] comprendre une heure et un fuseau horaire ?

D'ailleurs, je m'étonne que les appareils photos ne soient pas plus couramment équippés d'un récepteur GPS pour pouvoir plus facilement enregistrer le temps universel (au moins Exif prévoit-il un champ GPSTimeStamp pour l'heure GPS !), et évidemment la position des photos ⇒ on pourrait les localiser automatiquement sur des sites comme Panoramio et naviguer dans ses propres photos par espace aussi bien que par temps.

[#] Bon, en fait, il faut prévoir plusieurs cas : soit on a une heure locale et une indication de fuseau (ou, de façon équivalente, un temps universel et une indication de fuseau), soit on a un temps universel mais pas de fuseau naturellement associé (par exemple, pour un phénomène astronomique), soit dans de rares cas on a uniquement l'heure locale sans connaître le fuseau ou sans que le fuseau ait vraiment de sens. Le dernier cas pose évidemment problème pour trier par ordre chronologique, le mieux étant sans doute de considérer artificiellement pour les besoins du tri que c'est dans le fuseau local courant.


Un peu d'élection présidentielle française, maintenant :

☛ Mes pronostics de victoire soufflés par mon pipotron intégré (je ne parle pas de souhaits, hein, uniquement de pronostics) : je 69% de chances à Nicolas Sarkozy, 22% à Ségolène Royal, 9% à François Bayrou. Largement moins de 1% à n'importe quel autre candidat. Ce n'est pas trop loin de la cote que donnent les bookmakers anglais (et ils sont normalement un bien meilleur indicateur que n'importe quel sondage : surprenant que les journalistes français ne s'en soient pas encore rendu compte). Je maintiens ma prévision de cohabitation possible même si j'en diminue la probabilité vu que le PS fait apparemment tout ce qu'il peut pour s'assurer de perdre les législatives s'il perd la présidentielle (et à force d'essayer très fort, il va finir par y arriver, c'est sûr : leur intérêt naturel était de minimiser l'importance de la présidentielle et de répéter le mot législatives aux électeurs, et il a fait exactement le contraire).

☛ On ne dira jamais assez les aberrations causées par le mode de scrutin (majoritaire à deux tours). La seule chose qui va compter vraiment, demain, c'est qui arrive deuxième. Avec pour conséquence que si les partisans de Ségolène Royal, respectivement François Bayrou, ont intérêt à voter pour Ségolène Royal, respectivement François Bayrou, ceux qui veulent voir Nicolas Sarkozy avoir le plus de chances de triompher doivent naturellement voter pour… Ségolène Royal ou Jean-Marie Le Pen ! (Puisque Sarkozy sera de toute façon au second tour, ce qui importe pour eux est de lui donner un adversaire qu'il a le plus de chance d'arriver à battre : donc soit renforcer Ségolène Royal si François Bayrou est une menace, soit renforcer Jean-Marie Le Pen si c'est Royal qui est une menace. Enfin, tout ça à condition que cette stratégie ne soit pas trop répandue : la stratégie que tous les partisans de Sarkozy devraient appliquer c'est de voter pour ce dernier avec une probabilité de 85% environ et pour Le Pen avec une probabilité de 15% environ, ce qui garantirait à peu près à coup sûr d'éviter que Bayrou soit au second tour.) Je ne sais pas si les électeurs sont trop peu calculateurs pour concevoir ce genre de tactique ou s'ils ont la candeur de penser que le vote a une portée symbolique et qu'ils refusent de donner leur voix à un candidat qu'ils détestent juste pour maximiser les chances de celui qu'ils préfèrent : sans doute un peu des deux. En tout cas, aucun homme politique n'aurait le courage d'expliciter ce genre de tactique : c'est peut-être à leur honneur, mais ça signifie qu'on s'interdit aussi le débat sur les inconvénients du système électoral appliqué.

Pour ma part, j'essaie de voter de façon complètement calculatrice et totalement dénuée d'idéalisme ou de symbolisme (c'est-à-dire que j'essaie d'évaluer froidement, avec toutes les données que j'ai à ma disposition, l'espérance d'amélioration, pour ma définition du bien, apportée par chaque vote en tenant compte uniquement des conséquences qu'il aura, pas d'un idéal que j'aurais).

☛ Il y a tellement de gens qui disent qu'ils n'aiment aucun candidat et qu'ils ont de la répugnance à choisir le moins pire (alors qu'ils verraient bien, disent-ils, qui serait le pire) que j'ai envie de proposer, pour montrer un peu le ridicule de la chose, de faire une élection présidentielle à l'envers. Autrement dit, on vote pour le candidat qu'on aime le moins, les deux qui ont le moins de voix passent au second tour et de nouveau on vote pour celui qu'on aime le moins et c'est celui qui a le moins de voix qui est élu. C'est tout à fait dans l'air du temps : voter pour le candidat qu'on veut éliminer, tout ça tout ça. Et ce serait complètement grotesque, c'est sûr, mais certainement amusant.

☛ J'aurais aimé regarder tous les spots de campagne parce que j'aime bien regarder la façon dont les hommes politiques font leur communication (et je trouve même qu'ils dégagent parfois une poésie intéressante). Il semble que ces spots soient , mais je ne suis pas sûr que la liste soit complètement totalement et absolument exhaustive. Malheureusement c'est un peu long. À défaut j'aurais aimé trouver un site un tant soit peu officiel qui les recense tous avec leur durée et la transcription du texte. Apparemment ça n'existe pas. Pire encore, les spots ont semble-t-il été retirés du site de France Télévisions sous prétexte que la campagne officielle est fermée : c'est ahurissant d'être abruti à ce point.


☛ Aucun rapport avec le schmilblick : que se passe-t-il si quelqu'un porte plainte contre l'Église catholique romaine pour discrimination à l'embauche parce qu'elle refuse d'ordonner les femmes ?

(jeudi)

De retour de Toronto

Je ne sais pas trop comment organiser cette entrée, parce que j'aurais plein de choses à raconter mais je suis vraiment trop fatigué pour tout dire… [Deux peluches]Ce qui est sûr, c'est que je ne regrette pas d'être parti, et que je reviens plus amoureux que jamais — ça va être long d'attendre encore trois mois que mon copain rentre pour de bon : même si les adieux hier soir à l'aéroport de Toronto n'ont pas été aussi difficiles qu'il y a deux mois à Roissy, les retrouvailles ont été trop courtes à mes yeux.

Cela faisait six ans que je n'avais pas pris l'avion et douze ans que je n'avais pas traversé l'Atlantique. L'avion, j'avais oublié à quel point c'était fatigant : je suis décidément incapable d'y dormir (non pas à cause du bruit ni de la lumière, mais à cause de la position) ; par contre, le décalage horaire n'a pas l'air spécialement dur à vivre (je veux dire que si j'avais pu dormir dans l'avion je tiendrais bien le coup, dans les deux sens).

[Toronto]Toronto, j'y ai vécu un an en '84–'85, un mois à l'été '88, et une semaine à l'été '95. Les souvenirs de ces trois séjours sont complètement mélangés dans ma tête (et, bien sûr, les années passant, il en sera de même de mes souvenirs de 2007). Par conséquent, plutôt que vraiment visiter la ville, je cherchais à retrouver ce que je me rappelais, à faire coller ma mémoire à la réalité, à localiser une image parfois très incertaine, une idée vague, une impression : et, dix ou vingt ans plus tard, ce n'est pas évident. Difficile de savoir quand les choses ont changé ou quand mes souvenirs sont faux : il y a des mystères que je n'ai pas pu résoudre (par exemple, le chemin précis que suivait la promenade que mon père et moi avions l'habitude de faire dans la Don Valley) — mais, dans l'ensemble, je ne m'en suis pas si mal tiré (j'ai bien réussi à retrouver une boutique d'objets scientifiques que j'aimais quand j'étais petit, alors que je n'en connaissais plus ni le nom ni l'endroit ni la disposition exacte).

Certaines choses sont définitivement devenues du passé et c'est dommage, comme le planétarium du centre ville qui n'existe plus (et j'y suis allé, faut-il croire, peu de temps avant sa fermeture). Plus triste à mes yeux, le musée des sciences, qui a joué un rôle important dans mon éveil à la science, a essentiellement cessé d'être un musée de sciences pour devenir une attraction pour gamins : un grand nombre des expositions ou articles que j'ai connus (le film Powers of Ten, en gros toute la section astronomie, une démonstration avec des lasers, les gouttes d'eau vues au stroboscope, le couloir sans écho…) ont apparemment disparu et il y a à la place toutes sortes de jeux prétendument scientifiques pour les enfants (je ne peux pas juger, les adultes n'ont pas le droit d'aller à certains endroits) ; en tout cas, ce musée n'a plus le moindre intérêt si on a plus de, disons, 14 ans, alors qu'il en avait autrefois (quand moi-même je n'avais pas 14 ans !).

Autrement, ce qui m'a frappé, peut-être plus cette fois qu'auparavant, c'est à quel point la ville est grande : le downtown où se trouvent les buildings, ou toute la région qu'on peut espérer connaître, est perdu au cœur d'un sprawl interminable (une trentaine de kilomètres de diamètre) de petites maisons ou d'immeubles très largement espacés. On peut trouver, en plein milieu de la ville (je pense à la vallée du Don), de vastes paysages qui ressemblent furieusement à de la campagne !

Dans le downtown lui-même, des passages piétons souterrains entre buildings forment un gigantesque complexe de centre commerciaux reliés entre eux, le PATH. En '95, mon père s'était moqué de moi parce que j'avais passé tout mon temps à Toronto à visiter les centres commerciaux, mais, à bien y réfléchir, ce n'est pas absurde : c'est une des attractions de la ville comme la tour la plus haute du monde (laquelle n'en revient pas, d'ailleurs, d'avoir toujours ce titre trente ans après sa construction alors qu'elle espérait ne le garder que quelques années… mais elle va sans doute le perdre dans un an ou deux). Ah, et puis, comme la ville aime apparemment les superlatifs, il y a une librairie qui se prétend aussi (de façon très certainement pipo) la plus grande du monde.

Pour ce qui est de l'aspect multiculturel (parce que dans le rayon des superlatifs il y a des gens pour prétendre que Toronto est la ville la plus ethniquement diverse du monde), je ne suis pas terriblement impressionné — disons que ça ne me semble pas sensiblement plus varié que Paris, peut-être même moins — mais il est vrai que ça a un côté plus institutionnel, avec des quartiers où les noms des rues sont aussi donnés en chinois, ce genre de choses. Et le fait est qu'on trouve facilement de la nourriture de toutes origines. Globalement, à Toronto, on mange bien (même s'il m'a semblé discerner une tendance à favoriser ce qui est un peu gras et lourd).

On voit très peu de gens obèses dans la rue. Peut-être est-ce le climat qui aide à brûler les graisses ? Mais globalement, l'impression est que les Canadiens, sans être extrêmement différents de leurs voisins du sud, savent rester plus modérés ou — qu'on me pardonne le terme — civilisés : ce ne sont pas des fanatiques religieux, ils ont un embryon de sécurité sociale, ils reconnaissent le mariage des couples de même sexe, ils ne tiennent pas à tout prix à pouvoir porter une arme (pour tuer tout le monde dans les campus universitaires, ahem), ils ne s'imaginent pas que faire la guerre en Iraq aidera à lutter contre le terrorisme, et pour les poids et mesures ils utilisent même le système métrique dont toute la Terre a très compris l'avantage sauf un certain pays d'irréductibles. Je ne prétends pas que les Canadiens n'ont aucun des défauts des Étatsuniens, hein : ils persistent eux aussi à ne pas faire figurer les taxes dans les prix (ni le service au restaurant, ce qui fait qu'on doit en permanence se balader avec une calculatrice pour ajouter 15% à la somme qu'on vous indique, et je trouve ça vraiment stupide et insupportable). Et quand ils racontent leur vie (en anglais), un mot sur deux qu'ils prononcent est like (en entendant certaines personnes, c'est à tel point que je me dis qu'il serait plus efficace de sous-entendre ce mot à chaque fois qu'il est possible, et de dire explicitement unlike si on ne veut pas le dire !). Ah, et ils ne tiennent pas les portes pour ceux qui passent après : c'est bizarre, parce que généralement ils sont nettement plus polis et serviables que les Français, mais ça, apparemment, ça ne leur vient pas à l'idée que c'est une bonne idée de regarder quand on traverse une porte s'il n'y a pas quelqu'un juste derrière. Sinon, il y a quelques petites différences rigolotes avec les États-Unis, comme le fait qu'au lieu d'aller chez Wal★Mart et Starbucks on peut aller chez Loblaw et Second Cup, dont vous n'avez probablement jamais entendu parler si vous n'êtes pas allé au Canada.

Et le climat, bien sûr, qui est merdique. Enfin, là, je suis aigri parce qu'il a fait un temps glacial pendant toute la semaine que j'étais là et que le jour où je repars il se met à faire beau.

Revenir de vacances, en tout cas, ce n'est pas bien agréable : on est assailli par des centaines de mails qui réclament une attention urgente, par des tâches domestiques de tous genres (laver tous les vêtements sales qu'on rapporte, trier le courrier postal, remplir le frigo qui est vide…), d'autres bureaucratiques et d'autres informatiques (comme s'occuper de l'ordinateur nº2177335616 dont un disque dur a eu des ratés). Et écrire une entrée dans le blog, évidemment. 😉 Est-ce que le monde ne peut vraiment pas tourner tout seul pendant une semaine sans que je sois là pour le pousser ?

Des photos viendront prochainement illustrer tout ça (pas le dernier paragraphe, quand même). Enfin, sans doute. Sinon, comme souvenir, je rapporte un maillot des Maple Leafs.

(lundi)

Photos d'avant de partir

Histoire de faire le plein de printemps avant une semaine d'hiver, j'ai fait une promenade à Paris dont je ramène plein de photos absolument sans intérêt. (Le but de la chose, on l'aura compris, est plutôt de tester un générateur d'album parce que je ramènerai sans doute plein d'images de Toronto. BINS, en l'occurrence : je n'en suis pas du tout content, mais c'est le mieux que j'aie trouvé pour l'instant ; du coup, si d'autres gens peuvent suggérer des programmes qui génèrent des pages statiques de ce genre — pas de PHP — je suis intéressé. Sinon, petite pensée pour la prochaine fois que j'achète un appareil photo numérique : avoir un capteur gravimétrique, ce serait vraiment pratique.)

Hélas, un lundi de Pâques, impossible d'acheter de la lecture pour les huit heures d'avion qui m'attendent, et encore moins une paire de gants chauds. Tous les commerces sont ouverts sauf ceux où on voudrait aller.


Petite scène observée rue des Archives : un pédé promène son chien, une sorte de caniche, et croise un autre pédé qui fait la même chose. Les deux chiens commencent à se flairer avec intérêt à un endroit que la pudeur interdit de nommer. Les deux propriétaires s'en amusent. L'un précise, en montrant son animal : C'est une fille. L'autre, en désignant le sien : Elle aussi.

Il l'avait bien dit : quand on est élevé par des homos, on le devient soi-même. CQFD 😉

(dimanche)

Préparatifs de départ

Je crois que ça va être un peu dur de passer de ça à ça. Brrr… Surtout que mon copain me dit innocemment que le chauffage ne marche plus là où on va habiter.

Mon vol décole mardi à 10h30 heure de Paris (et je fais escale à Montréal avant d'arriver à Toronto à 15h18 heure locale).

Ai-je bien fait tout ce que je devais faire avant le départ ? (Zut, par exemple, il y a un recommandé que je ne suis pas allé chercher à la poste, maintenant c'est trop tard, et le délai de garde expire pendant que je serai à Toronto.) Ne vais-je pas oublier d'emporter des choses importantes ? Devrais-je prendre mon portable avec moi ? (Et s'il se fait voler ? Et si les douanes m'embêtent ?) Devrais-je prendre un seul ou deux sacs en cabine (apparemment on a le droit à deux si l'un est, justement, un portable, mais je serais vraiment trop embêté si cette règle était fausse) ? À quelle heure devrais-je me réveiller ? Arriverai-je à dormir dans l'avion ? Bref : je suis stressé.

Mais bon, ce n'est pas grave, dans cinquante heures et quelques je serai beaucoup moins stressé et beaucoup plus heureux.


Aucun rapport, mais c'est aujourd'hui mon deuxième anniversaire de soutenance.

(Saturday)

Gratuitous Literary Fragment #102 (Manifesto)

Belief in the existence of God is hardly the issue: for that creed alone, if we perceive Him in the form of a non-anthropomorphic deity not caring about our destinies, would be irrelevant and inessential. Indeed, the Universe fits a broad enough definition of God and, as such, this notion is not worthy of further debate. But religion is not truly about the existence of God.

The question that matters is whether, in fact, our system of values is somehow enshrined in Creation—whether the meaning of our lives is dictated by some Higher principle—whether we are accountable in it to anybody but ourselves—and whether we have a special place in some greater Scheme of things.

To answer yes is tempting, for the opposite makes life seem desolate and meaningless. It would be so much simpler for me to tell you: be fortified, for you are part of His grand plan, and He will not abandon His children. How much easier to believe that all that happens was meant to happen, than to admit the blind drive of chance and necessity. But recourse to such comforting lies does not become us. So I speak to you as adults, willing to face reality rather than seek refuge in convenient fables.

The barren truth is that the Universe is ten billion years old and at least a hundred sextillion miles across: it does not—it cannot—feel anything for us who evolved by chance on an insignificant speck of dust. Nobody is gazing at us from beyond the cosmic shores; in a few centuries our species might be gone from the planet and nobody will mourn for us: our existence matters to no one but ourselves. We have not the power to destroy the Earth, but we have that to destroy ourselves, which is more than enough. On the individual level, very few here will be remembered past a century, and we shall not care if we are because we shall be dead. Our mind, our precious consciousness with it, the intelligence we boast, is a clumsy chemical hack that randomly appeared and was preserved simply because it turned out to be somewhat expeditious to the task of replicating our genes; there is no ghost in the machine. Such is the barren truth.

Into this Universe, and Why not knowing
Nor Whence, like Water willy-nilly flowing;
 And out of it, as Wind along the Waste,
I know not Whither, willy-nilly blowing.

But how should this imply that our lives are devoid of meaning?

Quite the contrary, the non-existence of God is Man's vantage, because it portends our freedom. The notion of Justice, that of Good and Evil, are not engraved in the fabric of the world, they are not a boon bestowed upon us by the hand of Heaven: this is not to say that Justice is impossible, merely that the task of securing it and defending it rests squarely upon our shoulders—with no other arbiter as to our success or failure than our fellow men. The concepts of Goodness and Beauty are human inventions: but do not cry over the loss of their supposedly divine essence being replaced by a loose consensus on what is deemed right and pleasant; rather, rejoice that you have taken part in this accomplishment. Take pride in the achievements of science and art. For only Man can be the measure of Man's greatness, and rightfully confer upon himself the meritorious titles of Homo sapiens and Homo faber. There is no one to save us but ourselves.

Insofar as you have no control over it, be aware that your destiny is governed mostly by chance: such is the tide in the affairs of men which takes some to fortune and others to misery. You may laugh or cry at the cruelness of fate, but do not fool yourself in seeking purpose where purpose there is none. Chance does not hand out punishment nor reward. Inevitably you will die, though it will not seem to make any sense; after that there will be no salvation and no damnation, because there will be no after that: find solace and humility in this thought, not dread, and let it remind you not to take yourself too seriously.

You alone have the power to decide the meaning of your life. What you do with this power, which ideals you may value, whither you choose to soar or fall, is up to you. You may face or defy human justice but, in the end, the final Judge to which you are answerable is your own conscience and your sense of ethics. Do not cast away lightly, however, the values which your fellow men have held in respect: keep in mind that reason and good will are better advisers than passion; respect and understanding more productive than enmity; and forgiveness and compassion sweeter than hatred.

You may also elect to follow the rule of some God, and I will respect that God and His sacred writings as I try to respect human creations: but you will be happier if you remember that you created Him and not He you. You will be happier if you remember that the only fetters you bear are those you wrought yourself. Do not attempt to lay them at your brother's feet.

Now go in peace.

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