David Madore's WebLog: De retour de Toronto

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(jeudi)

De retour de Toronto

Je ne sais pas trop comment organiser cette entrée, parce que j'aurais plein de choses à raconter mais je suis vraiment trop fatigué pour tout dire… [Deux peluches]Ce qui est sûr, c'est que je ne regrette pas d'être parti, et que je reviens plus amoureux que jamais — ça va être long d'attendre encore trois mois que mon copain rentre pour de bon : même si les adieux hier soir à l'aéroport de Toronto n'ont pas été aussi difficiles qu'il y a deux mois à Roissy, les retrouvailles ont été trop courtes à mes yeux.

Cela faisait six ans que je n'avais pas pris l'avion et douze ans que je n'avais pas traversé l'Atlantique. L'avion, j'avais oublié à quel point c'était fatigant : je suis décidément incapable d'y dormir (non pas à cause du bruit ni de la lumière, mais à cause de la position) ; par contre, le décalage horaire n'a pas l'air spécialement dur à vivre (je veux dire que si j'avais pu dormir dans l'avion je tiendrais bien le coup, dans les deux sens).

[Toronto]Toronto, j'y ai vécu un an en '84–'85, un mois à l'été '88, et une semaine à l'été '95. Les souvenirs de ces trois séjours sont complètement mélangés dans ma tête (et, bien sûr, les années passant, il en sera de même de mes souvenirs de 2007). Par conséquent, plutôt que vraiment visiter la ville, je cherchais à retrouver ce que je me rappelais, à faire coller ma mémoire à la réalité, à localiser une image parfois très incertaine, une idée vague, une impression : et, dix ou vingt ans plus tard, ce n'est pas évident. Difficile de savoir quand les choses ont changé ou quand mes souvenirs sont faux : il y a des mystères que je n'ai pas pu résoudre (par exemple, le chemin précis que suivait la promenade que mon père et moi avions l'habitude de faire dans la Don Valley) — mais, dans l'ensemble, je ne m'en suis pas si mal tiré (j'ai bien réussi à retrouver une boutique d'objets scientifiques que j'aimais quand j'étais petit, alors que je n'en connaissais plus ni le nom ni l'endroit ni la disposition exacte).

Certaines choses sont définitivement devenues du passé et c'est dommage, comme le planétarium du centre ville qui n'existe plus (et j'y suis allé, faut-il croire, peu de temps avant sa fermeture). Plus triste à mes yeux, le musée des sciences, qui a joué un rôle important dans mon éveil à la science, a essentiellement cessé d'être un musée de sciences pour devenir une attraction pour gamins : un grand nombre des expositions ou articles que j'ai connus (le film Powers of Ten, en gros toute la section astronomie, une démonstration avec des lasers, les gouttes d'eau vues au stroboscope, le couloir sans écho…) ont apparemment disparu et il y a à la place toutes sortes de jeux prétendument scientifiques pour les enfants (je ne peux pas juger, les adultes n'ont pas le droit d'aller à certains endroits) ; en tout cas, ce musée n'a plus le moindre intérêt si on a plus de, disons, 14 ans, alors qu'il en avait autrefois (quand moi-même je n'avais pas 14 ans !).

Autrement, ce qui m'a frappé, peut-être plus cette fois qu'auparavant, c'est à quel point la ville est grande : le downtown où se trouvent les buildings, ou toute la région qu'on peut espérer connaître, est perdu au cœur d'un sprawl interminable (une trentaine de kilomètres de diamètre) de petites maisons ou d'immeubles très largement espacés. On peut trouver, en plein milieu de la ville (je pense à la vallée du Don), de vastes paysages qui ressemblent furieusement à de la campagne !

Dans le downtown lui-même, des passages piétons souterrains entre buildings forment un gigantesque complexe de centre commerciaux reliés entre eux, le PATH. En '95, mon père s'était moqué de moi parce que j'avais passé tout mon temps à Toronto à visiter les centres commerciaux, mais, à bien y réfléchir, ce n'est pas absurde : c'est une des attractions de la ville comme la tour la plus haute du monde (laquelle n'en revient pas, d'ailleurs, d'avoir toujours ce titre trente ans après sa construction alors qu'elle espérait ne le garder que quelques années… mais elle va sans doute le perdre dans un an ou deux). Ah, et puis, comme la ville aime apparemment les superlatifs, il y a une librairie qui se prétend aussi (de façon très certainement pipo) la plus grande du monde.

Pour ce qui est de l'aspect multiculturel (parce que dans le rayon des superlatifs il y a des gens pour prétendre que Toronto est la ville la plus ethniquement diverse du monde), je ne suis pas terriblement impressionné — disons que ça ne me semble pas sensiblement plus varié que Paris, peut-être même moins — mais il est vrai que ça a un côté plus institutionnel, avec des quartiers où les noms des rues sont aussi donnés en chinois, ce genre de choses. Et le fait est qu'on trouve facilement de la nourriture de toutes origines. Globalement, à Toronto, on mange bien (même s'il m'a semblé discerner une tendance à favoriser ce qui est un peu gras et lourd).

On voit très peu de gens obèses dans la rue. Peut-être est-ce le climat qui aide à brûler les graisses ? Mais globalement, l'impression est que les Canadiens, sans être extrêmement différents de leurs voisins du sud, savent rester plus modérés ou — qu'on me pardonne le terme — civilisés : ce ne sont pas des fanatiques religieux, ils ont un embryon de sécurité sociale, ils reconnaissent le mariage des couples de même sexe, ils ne tiennent pas à tout prix à pouvoir porter une arme (pour tuer tout le monde dans les campus universitaires, ahem), ils ne s'imaginent pas que faire la guerre en Iraq aidera à lutter contre le terrorisme, et pour les poids et mesures ils utilisent même le système métrique dont toute la Terre a très compris l'avantage sauf un certain pays d'irréductibles. Je ne prétends pas que les Canadiens n'ont aucun des défauts des Étatsuniens, hein : ils persistent eux aussi à ne pas faire figurer les taxes dans les prix (ni le service au restaurant, ce qui fait qu'on doit en permanence se balader avec une calculatrice pour ajouter 15% à la somme qu'on vous indique, et je trouve ça vraiment stupide et insupportable). Et quand ils racontent leur vie (en anglais), un mot sur deux qu'ils prononcent est like (en entendant certaines personnes, c'est à tel point que je me dis qu'il serait plus efficace de sous-entendre ce mot à chaque fois qu'il est possible, et de dire explicitement unlike si on ne veut pas le dire !). Ah, et ils ne tiennent pas les portes pour ceux qui passent après : c'est bizarre, parce que généralement ils sont nettement plus polis et serviables que les Français, mais ça, apparemment, ça ne leur vient pas à l'idée que c'est une bonne idée de regarder quand on traverse une porte s'il n'y a pas quelqu'un juste derrière. Sinon, il y a quelques petites différences rigolotes avec les États-Unis, comme le fait qu'au lieu d'aller chez Wal★Mart et Starbucks on peut aller chez Loblaw et Second Cup, dont vous n'avez probablement jamais entendu parler si vous n'êtes pas allé au Canada.

Et le climat, bien sûr, qui est merdique. Enfin, là, je suis aigri parce qu'il a fait un temps glacial pendant toute la semaine que j'étais là et que le jour où je repars il se met à faire beau.

Revenir de vacances, en tout cas, ce n'est pas bien agréable : on est assailli par des centaines de mails qui réclament une attention urgente, par des tâches domestiques de tous genres (laver tous les vêtements sales qu'on rapporte, trier le courrier postal, remplir le frigo qui est vide…), d'autres bureaucratiques et d'autres informatiques (comme s'occuper de l'ordinateur nº2177335616 dont un disque dur a eu des ratés). Et écrire une entrée dans le blog, évidemment. 😉 Est-ce que le monde ne peut vraiment pas tourner tout seul pendant une semaine sans que je sois là pour le pousser ?

Des photos viendront prochainement illustrer tout ça (pas le dernier paragraphe, quand même). Enfin, sans doute. Sinon, comme souvenir, je rapporte un maillot des Maple Leafs.

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