David Madore's WebLog: 2018-12

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Entries published in December 2018 / Entrées publiées en décembre 2018:

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(vendredi)

Une tentative pour résumer la situation chaotique du Brexit

Références croisées : J'ai parlé du Brexit ici (à l'extrême fin de l'entrée), ici à propos de la campagne électorale (et des arguments détestables utilisés par les deux camps), ici sur quelques points juridiques, ici au lendemain du referendum, et ici à propos de l'excellent livre d'Ian Dunt sur le sujet (le même Ian Dunt écrit régulièrement ici sur le sujet).

Quelle que soit l'opinion qu'on a sur le fond, toutes les personnes ayant un peu suivi l'actualité politique britannique de ces deux dernières années peuvent au moins être d'accord avec ceci : c'est un chaos invraisemblable.

Essayons de résumer ce que je crois avoir compris.

(Méta : En fait, je comptais écrire une entrée sur les questions démocratiques que soulève le Brexit, notamment sur la question de savoir dans quelle mesure et à quelles conditions il est légitime de rejouer un referendum, ou comment faire un choix démocratique entre trois options ; et ceci devait être simplement le résumé préliminaire rappelant le contexte avant de discuter ces questions. Mais ce résumé préliminaire s'est avéré déjà si long et compliqué que je préfère publier juste ça pour l'instant, plutôt que de risquer voir cette entrée finir dans les limbes des entrées que je commence et que je ne finis jamais.)

Les Britanniques ont voté (le ), dans un referendum consultatif, pour quitter l'Union européenne (51.9% leave, 48.1% remain — sur 72.2% de participation exprimée). Le gouvernement de David Cameron, qui avait appelé ce referendum en espérant le résultat contraire, a promptement démissionné ; le parti conservateur majoritaire a (après une série de trahisons digne d'une pièce de Shakespeare) nommé Theresa May pour lui succéder, et celle-ci est devenue Première ministre le . Le , Theresa May a officiellement notifié formellement au Conseil européen, conformément à l'article 50 du Traité sur l'Union européenne, l'intention du Royaume-Uni de quitter cette dernière. (Cela a fait suite à une bataille juridique compliqué pour savoir si le droit de le faire appartenait au gouvernement ou s'il fallait l'accord préalable du Parlement : cette question juridique a été tranchée selon cette dernière interprétation par la Cour suprême du Royaume-Uni, et la loi autorisant le gouvernement à agir a été approuvée le .) • À partir de cette notification, le Traité prévoit un délai de deux ans : si un accord de sortie est conclu dans ce délai entre l'Union européenne (représenté par le Conseil européen votant à la majorité qualifiée et avec l'accord du Parlement européen votant à la majorité simple) et l'État sortant (le Royaume-Uni, donc), cet accord s'applique pour déterminer les conditions de sortie ; sinon, au bout de deux ans, l'État sortant cesse d'être membre de l'Union sans aucun accord (no-deal Brexit). Ce délai ne peut être prolongé que par un accord unanime[#] du Conseil européen.

[#] Je ne sais pas qui a fumé cette idée que l'accord se conclut à la majorité qualifiée mais que pour étendre les négociations il faut l'unanimité : ça semble complètement absurde et illogique et je ne vois aucune justification politique, juridique, ou en théorie des jeux, à une telle procédure. Mais passons.

Des négociations ont, donc, été menées entre l'Union européenne et le Royaume-Uni : l'Union européenne était représentée par Michel Barnier pour la Commission (laquelle négocie selon des instructions données par le Conseil européen) et Guy Verhofstadt pour le Parlement ; le Royaume-Uni était représenté par son ministre du Brexit, c'est-à-dire David Davis pour l'essentiel du temps (puis Dominic Raab, qui a lui-même démissionné récemment). • L'Union européenne s'est notamment fixé trois objectifs impératifs dans les négociations : (1) le respect des droits des citoyens de l'Union au Royaume-Uni (à charge de réciprocité), (2) le règlement de la contribution financière du Royaume-Uni au budget de l'Union, et (3) la préservation de l'accord du sur le statut de l'Irlande du Nord et notamment l'absence de toute frontière « dure » entre l'Irlande du Nord et l[a République d']Irlande. De manière plus politique, elle a aussi insisté sur l'impossibilité de séparer les quatre libertés constituant l'accès au Marché unique (libre circulation des biens, services, capitaux et personnes).

Dès le début des négociations, Theresay May a, avec l'intention d'obtenir une plus large majorité pour négocier, provoqué des élections anticipées au Royaume-Uni. Le résultat de ces élections (qui ont eu lieu le ), manifestement contraire aux attentes de la Première ministre, a été que son parti conservateur a perdu sa majorité absolue à la Chambre des Communes tout en restant le parti le plus important en sièges et en nombre de voix. Pour conserver son siège, elle a dû obtenir le soutien, au moins partiel, du parti Démocrate Unioniste d'Irlande du Nord.

Là il faut que je quitte un moment la description purement factuelle des événements et que, je tente de récapituler le climat politique britannique (au moins tel que je le comprends). Il existe un spectre de possibilités imaginables sur la manière de mener le Brexit, selon le degré de proximité conservé avec l'Union européenne, c'est-à-dire selon qu'on envisage que le Royaume-Uni continue à faire parti du Marché unique et/ou de l'Union douanière ; on a ainsi parlé de différentes options de Brexit plus ou moins soft (maintenant de forts liens avec l'Union européenne) ou hard (séparation complète) : modèle de la Norvège (membre de l'Espace économique européen et donc du Marché unique), de la Suisse (rattachée au Marché unique par des accords spécifiques), de la Turquie (membre de l'Union douanière), du Canada (accord commercial spécifique) ou autre ; avec, comme situation extrême, le no-deal Brexit (séparation sans accord, le Royaume-Uni devenant donc, du point de vue de l'UE, un pays tiers). • Au moins au début, le parti travailliste avait une poisition confuse mais plutôt favorable à un Brexit soft, tandis que le parti conservateur, ou en tout cas la Première ministre, excluait la possibilité pour le Royaume-Uni de rester membre du Marché unique et privilégiait la piste d'un accord commercial spécifique (après une période de transition nécessaire à la négociation d'un tel accord qui ne pouvait commencer, d'après les règles de l'UE, qu'une fois le Royaume-Uni sorti de l'Union). • Mais il a été largement remarqué que la Première ministre se trouvait face à une impossibilité logique, puisqu'elle avait simultanément promis (a) une absence de frontière entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord (pour préserver les accords du Vendredi Saint), (b) une absence de frontière entre l'Irlande du Nord et la Grande-Bretagne (pour maintenir l'intégrité territoriale du Royaume-Uni et, surtout, le soutien du parti Démocrate Unioniste), et (c) une frontière entre l'Union européenne (donc la République d'Irlande) et le Royaume-Uni (pour que le Brexit soit un vrai Brexit). Cette impossibilité logique (toujours pas résolue) devait la poursuivre tout du long des négociations, qui n'ont que très peu avancé pendant une bonne moitié du temps imparti (essentiellement, il n'y a eu que des accords de principe sur les points (1), (2) et — seulement partiellement — (3) énumérés ci-dessus ; la question de la frontière irlandaise est toujours resté le point d'achoppement majeur des négociations).

Le , donc environ un an après le début des négociations, le cabinet May a fixé un plan appelé l'accord de Chequers (du nom d'une résidence officielle du Premier Ministre), qu'on peut qualifier de compromis entre les soft et hard Brexit : essentiellement, ce plan prévoit un accord d'association douanier et de libre circulation des biens entre l'Union européenne et le Royaume-Uni, assurant l'absence de frontière physique en Irlande. Ce plan a été rejeté à la fois par la ligne Brexit-dure du parti conservateur (David Davis, ministre du Brexit, et Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères, ont démissionné par désaccord) et par l'Union européenne elle-même (Michel Barnier faisant savoir qu'on ne pouvait pas envisager un accord de libre circulation des biens sans libre circulation des services et des personnes). • Malgré tout, c'est à partir de ce moment-là que des progrès plus significatifs ont été réalisés dans les négociations, qui ont fini par aboutir sur un accord provisoire, qui a été accepté par le cabinet britannique le (au prix d'une nouvelle démission du ministre du Brexit, Dominic Raab) et par les chefs d'État et de gouvernement des 27 autres pays membres le . Cet accord doit être voté par le Parlement britannique le et beaucoup prévoient déjà qu'il sera rejeté (je vais y venir).

L'accord en question (appelons-le l'accord de Theresa May pour simplifier, même s'il s'agit, évidemment d'un accord entre deux parties !) prévoit grosso modo les choses suivantes, du moins si j'ai correctement compris. D'abord, il y a une période de transition entre la date du Brexit et fin 2020, qui peut être étendue une seule fois et par deux ans seulement (donc jusqu'à fin 2022 au plus tard). Pendant cette période de transition, « tout reste pareil » sauf que le Royaume-Uni ne fait plus partie de l'Union européenne (mais il continue à en appliquer toutes les règles). Cette période doit servir à négocier un accord définitif de libre échange respectant les contraintes, notamment, sur la frontière irlandaise. Si la période de transition se termine (fin 2020 ou fin 2022) sans accord, on passe dans une nouvelle phase appelée le backstop (filet de sécurité ? je n'ai pas regardé s'il y avait une traduction française officielle de l'accord) : grossièrement parlant, le Royaume-Uni tout entier est placé dans une sorte d'union douanière avec l'Union européenne, mais il y a des règles plus fortes pour l'Irlande du Nord (qui adopte automatiquement les régulations de l'UE sur les biens, tandis que le reste du Royaume-Uni est simplement tenu à des règles de concurrence équitable). Le backstop est potentiellement illimité dans le temps, et ne peut être terminé que par la conclusion d'un accord définitif. Bref, il s'agit de toutes sortes de compromis (compromis de la part du Royaume-Uni sur le principe même du Brexit et le fait de ne plus accepter les règles de l'Union européenne ; compromis aussi sur le principe de ne pas avoir de frontière entre l'Irlande du Nord et la Grande-Bretagne ; mais compromis également, de la part de l'Union européenne, sur l'indivisibilité du Marché unique, car le backstop concerne uniquement les biens et ni les services ni les personnes).

On peut dire que l'accord que Theresa May a obtenu est sans doute celui qui apporte le plus d'éloignement possible par rapport à l'Union européenne (notamment la fin de la libre circulation des personnes, qui a été interprété, à tort ou à raison, comme une des principales motivations du vote pour le Brexit), à l'exclusion d'un no-deal, compte tenu des « lignes rouges » de l'Union européenne et les siennes propres. La « résolution » trouvée au problème de la frontière irlandaise est tarabiscotée et n'est probablement pas une résolution du tout (c'est la promesse d'une résolution avec un filet de sécurité pour attraper le pire), mais c'est parce que le problème sous-jacent est essentiellement insoluble (on veut à la fois une frontière et pas de frontière, c'est juste impossible).

Il va de soi que personne n'est content. C'est un peu le principe d'un compromis, de ne satisfaire personne, mais celui-ci semble tellement insatisfaisant pour tout le monde qu'il va peut-être provoquer une union contre nature pour le faire échouer.

Ceux qui voulaient un hard Brexit se sentent trahis : ils sont horrifiés par le backstop et la possibilité que le Royaume-Uni reste indéfiniment lié à l'Union européenne par un fil qu'il n'aurait pas le droit de rompre unilatéralement. Ce camp-là (dont Boris Johnson et Jacob Rees-Mogg sont sans doute les figures les plus emblématiques) commence à évoquer la possibilité, voire la nécessité, d'un no-deal Brexit, ou en tout cas, le fait qu'il soit préférable à l'accord de Theresa May (laquelle avait elle-même déclaré, à un moment no deal is better than a bad deal). Divers organismes gouvernementaux ou indépendants (par exemple, la Banque d'Angleterre) ont publié toutes sortes de prévisions alarmantes en cas de no-deal (soit qu'il s'agisse de conséquences macroéconomiques désastreuses, soit de pénuries de toutes sortes de choses comme des aliments ou des médicaments[#2]) : ces prévisions ont été qualifiées de propagande par le camp du hard Brexit. A contrario, ceux qui voulaient un soft Brexit (voire le remain) se sentent trahis par le fait que la Première Ministre n'ait jamais cherché à négocier dans ce sens mais ait tout fait pour mettre un terme à la libre circulation des personnes. Comme toutes sortes de signes suggèrent (je dis bien suggèrent) que l'opinion publique britannique, à la fois fatiguée de n'entendre parler que du Brexit et gagnée par l'inquiétude quant à ses conséquences, a évolué depuis le referendum et serait maintenant plutôt favorable à tout abandonner et rester dans l'Union européenne[#3], des voix se sont élevées pour appeler à un second referendum (sous le nom de code de people's vote), dont les contours, évidemment, n'ont rien de clair.

[#2] Il y a même été question de problèmes d'eau potable par manque de produits pour la traiter.

[#3] Je comptais évoquer ça dans une autre entrée, mais il semble que, dans un choix tripartite entre remain (annuler le Brexit), l'accord de Theresa May, ou bien no-deal, le résultat dépend fortement de la manière dont on organise les questions.

La Première ministre a commencé par ignorer complètement ces appels à un second referendum. À présent qu'elle est enferrée dans un marathon parlementaire qu'elle a de bonnes chances de perdre, sa stratégie semble être de défendre son compromis en signalant au camp du hard Brexit que s'ils ne soutiennent pas son plan ils risquent de se trouver sans Brexit du tout, et au camp du soft Brexit (voire remain) que s'ils ne soutiennent pas son plan ils risquent de se trouver sans accord du tout (no-deal). Mais en ce faisant, elle légitime finalement toutes ces possibilités et ne rend pas vraiment son compromis plus appétissant.

Bref, le (ce mardi), le Parlement britannique doit voter sur l'accord de Theresa May. Si cet accord est accepté par lui, il le sera certainement aussi par les différents autres acteurs (Conseil européen et Parlement européen). Mais s'il ne l'est pas, l'incertitude est totale (ce qui est le principal argument en faveur de Theresa May : tout le monde a peur de l'incertitude) ; cela pourrait conduire à un nouveau vote sur le même accord, à un accord différent, à un no-deal ou à un second referendum : toutes les possibilités sont imaginables.

Les parlementaires ont déjà forcé le gouvernement à publier son analyse légale du backstop (laquelle analyse a confirmé qu'il était possiblement illimité et ne pouvait pas être annulé unilatéralement, ce qui a rendu beaucoup de gens furieux) ; ils se sont de plus donné les moyens procéduraux de reprendre la main si l'accord est rejeté (c'est-à-dire que le Parlement pourra donner des consignes au gouvernement sur la marche à suivre plutôt que de devoir attendre que le gouvernement propose lui-même autre chose) : ces deux votes ont été analysés comme des humiliations pour le gouvernement. Ayant perdu le soutien de la ligne dure de son propre parti et du parti Démocrate Unioniste, Theresa May doit espérer le soutien de quelques transfuges du parti travailliste, ce qui est loin d'être acquis. Mais tout est encore possible au moment où j'écris.

En parallèle à tout ça, la Cour de Justice de l'Union européenne doit rendre une décision (dans une question préjudicielle qui lui a été soumise par la Court of Session qui est essentiellement la cour suprême d'Écosse) pour savoir si la notification de la décision de quitter l'Union européenne (dans le cadre prévu par l'article 50 du Traité sur l'Union européenne, cf. ci-dessus) peut être retiré unilatéralement par l'État qui l'a émise : autrement dit, le Royaume-Uni a-t-il le droit de décider unilatéralement que, finalement, il ne veut plus faire de Brexit ? (ou faut-il, pour annuler le Brexit, un accord du Conseil européen, que ce soit à la majorité qualifiée ou peut-être même à l'unanimité ?). Le gouvernement de Sa Majesté a essayé d'empêcher cette affaire d'arriver jusqu'à la CJUE (essayant notamment de demander à la Cour suprême du Royaume-Uni d'empêcher le renvoi préjudiciel) ; devant la CJUE, il a plaidé que la question était purement théorique (puisqu'il n'avait pas la moindre intention d'annuler sa décision de quitter l'UE) et ne devait donc pas être tranchée par la Cour. Quant à la Commission et au Conseil européen, ils ont plaidé que la révocation de la décision nécessitait l'accord unanime du Conseil européen. Malgré ça, l'avocat général (qui émet un avis indépendant et impartial) a estimé, au contraire, que la décision de quitter l'UE peut être retirée unilatéralement, tant que l'État est encore membre, qu'il respecte ses propres règles de droit interne, et qu'il n'y a pas abus de procédure. La Cour, qui siège exceptionnellement au grand complet (28 juges), doit rendre son avis le (lundi, i.e., la veille du vote au Parlement britannique) : si elle suit les recommandations de l'avocat général[#4], ce sera évidemment de l'eau au moulin de ceux qui appellent à un second referendum[#5].

Mise à jour () : La CJUE a suivi les recommandations de l'avocat général et décidé que le Royaume-Uni était libre de retirer unilatéralement sa décision de quitter l'Union : L'article 50 TUE doit être interprété en ce sens que, lorsqu'un État membre a notifié au Conseil européen, conformément à cet article, son intention de se retirer de l'Union européenne, ledit article permet à cet État membre, tant qu'un accord de retrait conclu entre ledit État membre et l'Union européenne n'est pas entré en vigueur ou, à défaut d'un tel accord, tant que le délai de deux ans prévu au paragraphe 3 de ce même article, éventuellement prorogé conformément à ce paragraphe, n'a pas expiré, de révoquer unilatéralement, de manière univoque et inconditionnelle, cette notification par un écrit adressé au Conseil européen, après que l'État membre concerné a pris la décision de révocation conformément à ses règles constitutionnelles. Une telle révocation a pour objet de confirmer l'appartenance de cet État membre à l'Union européenne dans des termes inchangés quant à son statut d'État membre, ladite révocation mettant fin à la procédure de retrait. (Voir aussi ici pour l'analyse politique d'Ian Dunt.)

[#4] Je suis assez convaincu qu'elle le fera. Les juges n'auraient jamais pu se mettre d'accord en si peu de temps s'il existait un désaccord significatif entre eux, et s'il n'y en a pas, ils sont probablement aussi d'accord avec l'avocat général.

[#5] En l'état actuel, si aucun accord n'est conclu avant le , le Royaume-Uni cesse d'être membre de l'Union européenne à cette date. Si la CJUE tranche dans le sens de la possibilité d'une révocation unilatérale de la décision de quitter l'UE, la menace perd beaucoup de sa substance.

(Bon, je suis épuisé après avoir écrit tout ça, alors je publie tel quel même si je n'en suis pas content et même si ce n'est pas vraiment ce que je voulais écrire.)

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(Thursday)

Gratuitous Literary Fragment #160 (legislative)

They made a mistake, Arthur declared at last, putting down the document. I know how to put your amendment to a vote.

He pointed a bony finger at a word in the text.

Arch-Treasurer he read. This bill creates a new duty for the Arch-Treasurer. This is their mistake. By established precedent, it means that the leader of any subgroup can request a review by the standing committee on Finance. And lodging a request for review is a privileged motion in the plenary. So when the president pro tempore opens the business of the day and before any debatable item pertaining to this bill, you must rise and make this request, and if necessary, raise a point of order to the effect that no debate can be held until the committee's review is delivered.

That's very well and good, but you are, of course aware that we have no members in the committee on Finance, so I don't see how that helps. Then I remembered: Ah, but the committee on Finance cannot review the bill. It cannot even convene! The Questors are under dispute. Are you suggesting obstruction?

I am not, Arthur explained: obstruction would not work, because the committee on Finance would be deemed to have approved the bill without further recommendation if it failed to meet. But, you see, there is a half-forgotten rule of procedure that, should a committee or subcommittee be unable to fulfill their duties, any matter for this committee can, at the behest of a single member of the bureau, be referred instead to the committee of the Whole.

The committee of the Whole…?

You're new so you have a good excuse for not knowing, but since it hasn't convened in well over a generation, even older members of this assembly have all but forgotten about it. The committee of the Whole House means that, well, the whole house sits as a committee. There used to be many provisions for this, but now only a handful of cases remain.

But how does this differ from the plenary, then? I can't get a vote there, how can I get one in the committee of the Whole?

Because committee rules apply. The committee of the Whole may consist of all members of the plenary, but it is not the plenary: the chair has no power to request a block vote or to prevent tabling of amendments.

A very elegant plan! And is there nothing the Capitoline Tower can do against it? Such as, remove references to the Arch-Treasurer?

They cannot modify the bill once entered in the Diet's records. If they withdraw it altogether and resubmit it in modified form, the doctrine of substantial similarity protects you. What they could do is withdraw it from the Diet and reintroduce it in the High Council instead. But the Arch-Chancellor distrusts the High Council too much: she won't even think of it. No, your amendment is safe.

⁂ Together with this other fragment and one yet to be written but whose title and theme you can easily guess, this is supposed to form a triptych.

And writing this turned out to be far more difficult than I expected: even with the freedom to make up the rules, figuring out a plausible situation in which an amendment might have the votes to pass in a legislative assembly but be procedurally blocked, and then inventing a (moderately interesting) procedural loophole that would make it possible to bypass the block, isn't all that easy. I ended up searching for inspiration by reading a random selection of the European Parliament's Rules of Procedure, the Companion to the Standing Orders for the House of Lords, Robert's Rules of Order, and far too many Wikipedia articles on various legislative bodies.

(I realized on this occasion that the French Wikipedia articles concerning the three assemblies of the French Consulat, namely the Tribunat, Corps législatif and Sénat conservateur, are far more detailed than last time I checked, so thanks to whoever wrote this).

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(mercredi)

La « peur surnaturelle »

Quand j'étais enfant, j'étais très branché ésotérisme (c'est peut-être entre autres pour ça que, après être passé par une phase où j'écrivais de la mauvaise Heroic Fantasy, je me sens maintenant exilé hors du royaume magique). Je serais incapable de dire dans quelle mesure j'y croyais ou dans quelle mesure c'était un jeu (je crois que la seule réponse possible est oui) : mon moi-de-1986 n'est plus là pour répondre à ces questions. Toujours est-il que, à l'école primaire, mon ami Laurent et moi avons passé un temps invraisemblable à nous passionner pour des « mystères », qui étaient des observations (parfois parfaitement triviales) autour de nous que nous élevions au statut de phénomènes à expliquer et autour desquels nous bâtissions toutes sortes de théories. L'un de ces phénomènes concernait un trou au fond de la cour de récréation de notre école (oui, un bête trou dans un mur en pierres — sans doute le débouché d'une ancienne canalisation, mais peut-être que c'est le fait que j'aie été exilé hors du royaume magique qui me fait dire ça) : nous sentions se dégager de ce trou une sorte de présence maléfique qui nous inspirait la peur, une peur très particulière à laquelle j'ai donné le nom de « peur surnaturelle » (l'histoire ne dit pas si c'est la peur elle-même qui est surnaturelle ou s'il faut comprendre peur du surnaturel). Plus tard, au collège, c'est un arbre mort situé dans un jardin voisin de la cour du collège qui m'inspirait cette « peur surnaturelle » (bon, si vous voulez une idée, chercher sinister tree sur Google Images montre vaguement que les gens sont d'accord sur ce que c'est qu'une forme d'arbre sinistre).

À nouveau, je ne sais pas dans quelle mesure je prenais ça au sérieux ou si je me rendais intéressant ou si j'aimais le frisson que ces histoires me procuraient (d'un autre côté, il n'était jamais question de fantômes, de sorcières, de vampires[#00], ou de quoi que ce soit de classique ; par ailleurs, maintenant, je déteste particulièrement les films d'horreur ou les films « qui font peur »), ou simplement si j'aimais jouer à faire semblant d'y croire. Je pense que je ne savais moi-même pas bien. Mais il est intéressant qu'une des choses qui m'ait fait changer fut de tomber, dans la bibliothèque de mon collège, sur un livre sur le triangle des Bermudes, qui commençait par énumérer plein de disparitions inexpliquées qui me donnaient froid dans le dos, et finissait par expliquer qu'en fait tout ça était bidon, qu'aucune des disparitions n'avait vraiment eu lieu ou que celles qui avaient eu lieu avaient des explications tout à fait simples : le choc pour moi fut un peu celui qu'on a dans le roman Le Pendule de Foucault d'Umberto Eco (désolé, je vais devoir divulgâcher) quand Lia démonte toutes les théories du complot construites autour du manuscrit codé. Et dans la mesure où je m'intéressais à ces « mystères » pour me rendre moi-même intéressant, j'ai dû me dire que ça me rendait encore plus intéressant de jouer à démonter le surnaturel que de jouer à le colporter. Quelque chose comme ça. Il y a sans doute une morale là-dessous, mais je ne sais pas bien quoi.

[#00] Ajout : Laurent me signale en commentaire que, même si je l'avais oubliée, il y avait bien une histoire de vampire parmi nos « mystères » d'école primaire (et quelqu'un que nous soupçonnions d'en être un), et maintenant qu'il me le rappelle, effectivement, je m'en souviens. J'ai l'impression que je croyais moins sérieusement à cette histoire-là (au moins au sens où elle ne me faisait pas sérieusement peur), mais, bon, ma mémoire n'est pas du tout fiable.

Toujours est-il que, si les « mystères » qui me passionnaient étaient imaginaires, la « peur surnaturelle », elle, était bien réelle : je veux dire que je n'ai aucun doute que j'éprouvais vraiment une sensation de malaise (fût-ce pour des raisons complètement inventées) à la vue de ce trou ou de cet arbre mort ou de plusieurs autres sources que j'ai identifiées à cette « peur surnaturelle ». Ce n'est pas la sensation de peur usuelle — la peur du danger — provoquant une décharge d'adrénaline, qui donne envie de fuir et qui fait battre le cœur rapidement ; c'est encore moins la peur sociale liée à la timidité et à l'anxiété quant aux relations humaines ; c'est une peur encore différente, que je décrivais ainsi dans ce fragment littéraire (dont je me rappelle seulement maintenant l'existence en voulant écrire cette entrée) :

La porte de l'épouvante […] les peurs les plus profondes, les peurs ancestrales — la peur du noir, la peur de l'inexpliqué et de l'inexplicable —, ces monstres qu'on croit vaincus par la civilisation mais qui ne sont que mal endormis dans une cachette dans les racines de notre inconscient, attendant leur heure et ne donnant qu'un pâle reflet de leur présence dans nos pires cauchemars.

(C'est aussi un peu ce que j'avais à l'esprit en écrivant cet autre fragment.)

Physiquement, cette peur se manifeste, chez moi en tout cas, par un frisson au niveau de la peau : ce n'est pas une « chair de poule » métaphorique, je pense qu'il y a vraiment quelque chose qui se passe au niveau de l'épiderme. J'aimerais bien connaître la neurochimie de l'histoire (ce qui se passe exactement au niveau du système limbique).

Je me rends compte par ailleurs que ce que je décrivais ici comme ma phobie des lieux industriels abandonnés est une proche cousine, voire une sœur jumelle, de la « peur surnaturelle » de mes mystères d'enfance[#0]. Mais si je sais encore l'effet que produit cette dernière, c'est qu'elle continue occasionnellement d'apparaître dans mes rêves. (Et la peur subsiste même une fois que je suis réveillé et bien conscient, ce qui me laisse penser qu'il y a un médiateur chimique.) Je radote, là : j'en ai déjà parlé ici[#]. Toujours est-il que c'est ce qui m'est arrivé cette nuit, et ce qui motive cette entrée. (Les détails du rêve sont sans intérêt et je me les rappelle mal : j'en avais déjà raconté un du genre, cette nuit il était question d'une porte normalement fermée derrière laquelle se produisaient des phénomènes d'apparition étranges, mais je ne sais plus bien.)

Ce n'est pas une sensation agréable, mais je comprends assez bien qu'on puisse apprendre à l'aimer (comme on peut apprendre à aimer des sensations que l'évolution ne voulait pas nous rendre agréables : la peur plus ordinaire, le goût amer, la sensation pimentée, voire la douleur). Quand je fais un rêve de ce genre, il m'arrive de repenser au passage effrayant pour continuer à provoquer cette sensation de peur bien particulière, pour l'affronter ; parfois j'arrive même à prolonger mon rêve en un rêve lucide où j'affronte le phénomène surnaturel ou mystérieux en question avec la force de la certitude que c'est moi qui suis le rêveur et le maître du jeu.

Cette vidéo de SciShow Psych est peut-être en rapport, même si je trouve qu'elle ne dit finalement pas grand-chose.

[#0] Allez savoir pourquoi les histoires de fantômes, de sorcières, de vampires ne m'ont jamais vraiment fait d'effet alors que les lieux abandonnés (ou les arbres morts…) provoquent en moi ce qui est peut-être précisément la même peur que les histoires de fantômes provoquent chez d'autres ! Est-ce que la manière particulière dont j'ai joué à croire à des « mystères » quand j'étais petit en est la cause, la conséquence, ou juste une facette différente d'un même phénomène général ? Je n'en sais rien.

[#] En faisant d'ailleurs référence au même fragment littéraire dont j'avais oublié l'existence en écrivant cette entrée-ci. Quand mon blog ne sera plus qu'une éternelle récapitulation des mêmes sujets, il faudra vraiment que j'arrête.

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(mardi)

Quelques nouvelles en vrac

[Le poussinet devant l'étang de Chèvreloup]Je suis surpris de ne jamais encore avoir parlé dans ce blog de l'arboretum de Versailles-Chèvreloup, qui est pourtant un endroit tout à fait remarquable. Un arboretum, ce n'est pas vraiment un parc d'agrément (sauf celui de la Vallée-aux-Loups — juste à côté de la maison de Chateaubriand —, que j'aime aussi beaucoup, mais qui tient plus du jardin d'agrément que de l'arboretum), mais ce n'est pas non plus une forêt : c'est une sorte de juste milieu entre les deux, et j'aime bien m'y balader en faisant semblant de combler mon ignorance profonde sur les espèces végétales. L'arboretum de Chèvreloup est vraiment très grand (200 hectares) : jusqu'à récemment, seul un quart en était ouvert au public, mais maintenant on peut tout visiter.

Mon poussinet et moi avons visité deux fois (le et le , sachant que l'arboretum n'est ouvert que du 1er avril au 15 novembre), les deux fois il faisait un temps pourri, mais nous avions tout le parc pour nous tout seuls. (Je ne sais pas combien c'est fréquenté en temps « normal », mais là, c'était vraiment désert.) Et nous avons vraiment trouvé ça magnifique. Je recommande donc chaudement. Avec le principal bémol que c'est vraiment merdique d'accès en transports en commun !

En revanche, tant que j'y suis à parler d'arboreta, je ne recommande pas celui de Paris (dans le bois de Vincennes) : il n'a aucun intérêt et sert juste d'espace de pique-nique quand il fait beau. Si on est dans le coin et qu'on aime les beaux jardins, en revanche, il faut visiter ceux de l'école du Breuil, juste en face (dont dépend en fait l'arboretum), et qui sont, eux, impressionnants à voir au printemps ou en été.

[Un chevreau au Potager des Princes à Chantilly]

[Le poulailler du Potager des Princes à Chantilly]

[Le paon albinos du Potager des Princes à Chantilly]

[Les poneys du Potager des Princes à Chantilly]

[Des oies au Potager des Princes à Chantilly]

[Des chèvres naines au des Princes à Chantilly]

[Des cochons nains au Potager des Princes à Chantilly]

[Le jardin potager du Potager des Princes à Chantilly]

Samedi nous sommes allés à Chantilly visiter un petit jardin distinct du parc du château, et que nous avions raté lors de notre précédente visite : le Potager des Princes (autrefois parc de la Faisanderie). C'est plus un parc animalier pour enfants (style ferme pédagogique), et évidemment, en cette saison, c'est plus la faune que la flore qui présentait un intérêt, mais en tout cas, c'est mignon tout plein. Là aussi, le mauvais temps faisait que le poussinet et moi avions le jardin pour nous tout seuls.

Tant que j'y suis à parler de fermes pédagogiques, il y en a un certain nombre qui apparaissent dans Paris (il y a par exemple maintenant des chèvres naines et des moutons d'Ouessan au parc Kellermann), mais si on veut voir des animaux qui ne soient pas nains et qui ne soient pas là juste pour amuser les enfants, il y a la ferme de la Bergerie nationale de Rambouillet qui se visite.

Toujours au rayon jardins, ces dernières semaines, le poussinet a eu des soucis de santé qui l'ont amené à fréquenter (pour consultations, examens et un acte chirurgical) une clinique à Livry-Gargan, et à cette occasion, lui et moi (enfin, surtout moi pendant qu'il se faisait opérer) avons fait quelques tours au parc Lefèvre situé non loin de là. Ce parc ne mérite sans doute pas une visite exprès pour, mais si on est dans le coin, il n'est pas mal du tout. C'est joliment aménagé, et il il y a là une belle collection d'anatidés, dont des cygnes noirs (Cygnus atratus). La première fois que nous y sommes passés, nous avons vu toute une brochette de perruches à collier (Psittacula krameri), ces oiseaux farceurs qui prolifèrent en Île-de-France, mais plus tard elles avaient complètement disparu.

Je remarque d'ailleurs que ce parc a ceci d'inhabituel que la carte d'OpenStreetMap y est nettement moins bonne que celle de Google Maps (normalement, et particulièrement dans les parcs, c'est plutôt le contraire). Je devrais sans doute apprendre à contribuer à OSM pour remédier à ce fait.

Quand il fait vraiment trop moche et/ou qu'il fait trop nuit pour visiter des parcs et jardins, ce qui arrive vite en ce moment, le poussinet et moi nous rabattons sur les centres commerciaux.

Certes, ce n'est pas bien passionnant, mais pour quelqu'un qui, comme moi, aime bien prendre un café en regardant les gens passer (j'adore regarder les gens passer), les centres commerciaux sont assez rigolos si j'arrive à saisir le bon moment où il y a assez de monde pour que ce soit intéressant à regarder mais pas assez pour chatouiller mon agoraphobie. Ils peuvent aussi être intéressants du point de vue architectural, d'ailleurs.

Récemment, nous avons fait un tour à Parly 2 (juste en face de l'arboretum de Chèvreloup, c'est comme ça que nous avons atterri là), à Aéroville (situé juste à côté de l'aéroport de Roissy) et à Val d'Europe (près de Disneyland Paris, c'est-à-dire au milieu de nulle part). Parly 2 m'a fait une plutôt bonne impression : la déco, qui m'évoque un hommage contemporain aux années '70, est plutôt réussie, le plan est plutôt labyrinthique mais ce n'est pas désagréable, ça donne l'impression qu'on a quelque chose à explorer et qu'on n'est pas dans un énorme hangar, et les commerces ont un minimum de diversité (i.e., ce n'est pas que des vêtements, cf. ci-dessous) ; c'est presque cosy. Aéroville est impressionnant à voir par sa hauteur de plafond (on se croirait dans une cathédrale moderne dédiée au dieu de la consommation), mais m'a donné l'impression d'être vide et froid. Val d'Europe est gigantesque, et il y a des endroits réussis (comme la place des étoiles dont la voûte est un hommage à celle du Grand Palais) ; mais il y a aussi ce centre commercial annexe, La Vallée Village, dont je n'arrive pas bien à décider si je le trouve rigolo ou sinistre : c'est une sorte de village potemkine, un décor évoquant un quartier résidentiel typique d'Île-de-France, sauf que les maisons sont toutes fausses et sont en fait des boutiques (de fringues, de fringues, de fringues) ; cela me fait penser à une histoire de science-fiction où des extra-terrestres auraient capturé des humains et décidé, pour les mettre à l'aise, de les placer dans un décor familier, sauf que tout est en toc : bref, c'est un peu surréaliste et vaguement dérangeant, comme un croisement entre un tableau de Magritte et The Truman Show.

(Le plus bizarre est qu'à côté de ce village complètement faux de Vallée Village, il y a un centre urbain créé de toutes pièces, Val d'Europe donc, — une vraie ville au sens où il y a des vraies gens qui y habitent, mais qui a l'air à peine moins fausse que la fausse ville. (Un peu comme ces quartiers de Shanghai qui reproduisent des architectures idéalisées de pays européens comme l'Angleterre — j'ai récemment vu un documentaire d'Arte à ce sujet.) Je regrette de ne pas être resté visiter un peu plus, après tout, il y a même un parc.)

Mais ce qui me fascine le plus avec les centres commerciaux, c'est la proportion des boutiques consacrées à l'habillement. Je n'ai qu'une idée vague de comment les Français utilisent leur argent (malgré ce genre de tableaux), encore moins la part dépensée dans un centre commercial, mais j'ai peine à croire que les vêtements en représentent une proportion aussi énorme. Je suppose que les marges sont énormes, ce qui permet à ces boutiques de continuer à exister avec peu de ventes, mais ça me fait un peu penser à ce passage du Hitchhiker's Guide to the Galaxy (ça doit être dans le troisième tome) où il est question d'un monde qui a été entièrement ruiné parce qu'il s'y vendait trop de chaussures. Bref, à chaque fois que je vois une boutique d'autre chose (alimentation, culture, bricolage, électronique, papeterie, pharmacie, services, que sais-je encore…), j'applaudis cette résistance.

Quelques mots pour finir à propos de ma préparation au permis moto : j'ai repris après environ un mois d'interruption à cause de ma tendinite à l'épaule, je n'avais pas tout oublié comme je l'avais craint (mais j'ai quand même beaucoup calé en reprenant la moto après cette pause). Mais je progresse lentement ; j'en suis actuellement à 38 heures de formation (12 séances), et si j'arrive épisodiquement à réussir chacun des différents exercices de l'épreuve hors circulation, c'est encore beaucoup trop aléatoire et irrégulier pour que je puisse envisager de le passer. (Ça va tout de même mieux depuis qu'un des moniteurs m'a donné des consignes très précises pour le parcours lent — qui est globalement parlant le plus difficile. Notamment, tout le monde dit toujours le regard est très important, et c'est vrai, mais on ne dit pas toujours pour autant exactement il faut le placer, ce regard. Il m'a aussi expliqué qu'il ne fallait pas chercher à avoir une allure constante, mais plutôt être prêt à embrayer un peu dès qu'on a l'impression de commencer à perdre l'équilibre. Enfin, que mon principal problème à part ça était de ne pas assez serrer la moto avec mes jambes.)

Même si ça devient répétitif (toujours refaire les mêmes parcours…), ça continue à me plaire nettement plus que les leçons de conduite auto. Mais ce n'est pas du tout clair si cette différence de motivation change quoi que ce soit au rythme de progression (en voiture, vers 38 heures de formation je suis rentré dans une longue phase de stagnation où je ne progressais plus guère).

Je reste assez nerveux à chaque trajet vers, ou surtout depuis, le plateau. Les trajets de retour sont les plus stressants, parce que l'autoroute A6b est surtout bouchée dans le sens vers Paris, et ce, apparemment quelle que soit l'heure. On circule donc en interfile, et quand il s'agit de passer entre deux véhicules larges (comme entre une camionnette et un camion), je trouve ça vraiment assez inquiétant. (Je n'arrive pas vraiment à décider si c'est pire quand l'autoroute est complètement bouchée, donc on fait de l'interfile tout du long, mais c'est à vitesse faible par rapport à des véhicules quasiment à l'arrêt, ou quand l'autoroute est plus fluide, mais il y a toujours un peu d'interfile, et à plus grande vitesse.)

J'ai appris que le centre d'examen de Rungis, situé ici à deux pas du plateau où je m'entraîne, , n'est pourtant pas l'endroit où je suis susceptible de passer ce permis : apparemment ce centre est réservé aux candidats inscrits en Val-de-Marne. Les Parisiens sont envoyés soit à Vélizy-Villacoublay (probablement par , mais l'endroit est flouté sur Google Maps à cause de l'aéroport à proximité), soit à Gennevilliers, précisément (et d'ailleurs, pour ce centre-là, on voit les pistes depuis Google Street View, ici).

Et c'est amusant, parce qu'un parc d'Île-de-France que je suis allé visiter avec mon poussinet est le parc des Chanteraines de Gennevilliers (j'en ai parlé dans cette entrée), notable pour sa petite ferme pédagogique (on y revient) et son petit train (le poussinet est fan de trains). Le parc des Chanteraines est constitué de plusieurs morceaux, de tailles variables, et se fond en partie dans la zone d'activités tout autour : lorsque nous l'avons visité, nous avons cherché à explorer un peu ces différents morceaux, et il se trouve que notre promenade nous a menés (entre les morceaux Les Louvresses et La Garenne du parc ; il y a un plan page 4 de ce PDF) à deux pas de ces pistes d'examen de permis.

Puisque j'en suis revenu à parler de parcs et jardins, je conclus en notant que j'ai ajouté deux nouvelles catégories d'entrées de ce blog : une pour les parcs et jardins et une pour les véhicules légers à moteur (j'ai sans doute raté plein d'entrées qui pourraient se ranger dans l'une ou l'autre de ces catégories).

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(dimanche)

Comment attribuer la responsabilité des émissions de CO₂ ?

Je veux souligner d'emblée que la question que j'ai l'intention d'évoquer ici n'a rien de subtil ou de profond, mais il me semble assez important et je l'ai rarement entendu évoquée dans les nombreuses discussions sur le sujet. Je souligne aussi que le CO₂ est un peu un placeholder [comment on dit ça en français ?] dans l'affaire : la remarque que je veux faire n'a rien à faire avec l'écologie, c'est plus une remarque comptable (voire philosophique) qui se trouve avoir une certaine pertinence en écologie, mais je pourrais parler d'émissions de foobars bleutés à la place de CO₂ ça ne changerait rien à ce que je veux raconter.

Le point de départ, c'est que mon poussinet et moi nous interrogions sur notre empreinte carbone et sur la manière de la réduire. Le point d'arrivée, c'est que la comptabilité de la chose est tellement obscure qu'on n'en a aucune idée, mais le poussinet a acheté des indulgences permettant de prétendre que, dans un certain sens, son bilan carbone est négatif (les indulgences ont été achetées sérieusement, mais démontrent un peu l'absurdité de la démarche).

Pour qu'il n'y ait pas de doute, ce dont je prétends que ça n'a pas beaucoup de sens intrinsèque, ce n'est pas de mesurer les émissions de CO₂, c'est de les attribuer à une cause particulière ou de les imputer à une personne ou organisation pour comptabiliser son « bilan carbone » : je répète que mon problème n'est pas écologique, il est comptable ; et je ne dis certainement pas ça pour remettre en cause l'importance d'essayer quand même de dresser des bilans carbones, encore moins pour minimiser la nécessité impérieuse de contrôler ces émissions : le problème est que pour le faire, il faut d'abord que les règles comptables d'attribution de la responsabilité soient claires, et je ne sais pas si elles le sont pour quelqu'un, mais pour moi elles ne le sont certainement pas.

Au niveau mondial, la comptabilité est assez claire : la quantité totale de CO₂ émise par les activités humaines me semble plutôt bien définie (ce qui ne veut pas forcément dire qu'elle soit très facile à mesurer, mais c'est une autre question). Au niveau d'un pays, la quantité émise par ce pays est aussi assez bien définie (mais il n'est pas clair que ce soit ce qu'on veut utiliser). Mais au niveau d'un type d'activité, d'une organisation ou d'un individu, les choses se corsent nettement, parce qu'il faut répartir le total, et la façon de le faire n'est pas du tout évidente.

Généralement parlant, ce qu'on voudrait définir, c'est les émissions de CO₂ que je cause. L'ennui, c'est que le verbe causer ne veut pas dire grand-chose. Philosophiquement, il faut sans doute imaginer deux mondes parallèles, le monde actuel et un monde hypothétique dans lequel je n'existe pas (ou je n'effectue pas l'action dont je cherche à mesurer le bilan carbone) ; mais ce que signifient ces mondes possibles est hautement douteux et essentiellement dans nos têtes, comme je le signalais naguère. Et les chaînes causales, même si elles étaient bien définies, pourraient nous entraîner dangereusement loin : cf. ce fameux poème illustrant le fait que la perte d'un clou peut aboutir à la perte d'un royaume — dans le même ordre d'idées, il est possible que la moindre de mes actions ait un bilan carbone catastrophique pour des raisons idiotes et imprévisibles, ce n'est sans doute pas ce qu'on veut comptabiliser. Je comprends et partage l'idée que les Américains qui ont contribué à faire élire Trump et les Brésiliens à faire élire Bolsonaro (entre autres exemples) portent leur part de responsabilité morale dans les conséquences que ces élections auront sur l'incapacité de l'Humanité à limiter les conséquences du désastre écologique qu'elle aura causé ; mais transformer cette part de responsabilité en chiffres serait beaucoup trop aléatoire et spéculatif pour avoir un sens.

À la place, il faut fixer des règles précises d'imputation. Mais ce que ces règles devraient être n'est pas clair : il y a la place pour beaucoup d'arbitraire. Prenons l'exemple d'une voiture. Si je conduis la voiture, je suis sans doute responsable de la quantité de CO₂ qu'elle émet en brûlant de l'essence (on ne va pas l'attribuer, par exemple, aux petites bébètes et planplantes du jurassique qui ont donné naissance au pétrole dont on a tiré cette essence). Mais qu'en est-il du CO₂ émis par la construction de la voiture elle-même ? Faut-il l'imputer au client qui a acheté la voiture ? (En une seule fois ? Avec amortissement ?) Au fabricant qui l'a produite ? Au conducteur au prorata du nombre de kilomètres parcouru pendant la durée de vie du véhicule ? (Et quelle durée de vie : réelle ?: mais on ne la connaît pas à l'avance ; prévue à la conception ?: mais alors une voiture qui dépasse sa durée de vie se met soudainement à « émettre » beaucoup moins de CO₂, tandis qu'une voiture mise prématurément à la casse en « émet » beaucoup d'un coup !) Ou au prorata du nombre d'années pendant lesquelles on possède la voiture, même si elle ne roule pas ?

Et pour commencer, qu'est-ce que la quantité de CO₂ émis par la construction de la voiture ? Faut-il aussi comptabiliser le CO₂ émis par la construction des usines où la voiture a été fabriquée ? Le CO₂ émis par la construction des engins ayant servi à fabriquer ces usines ? Le CO₂ émis par les ouvriers employés à construire la voiture au prorata du nombre de véhicules que l'entreprise fabrique ? Y compris le CO₂ émis par leurs voitures ? Encore des chaînes sans fin. (Qui, in fine, doivent évidemment converger sur des valeurs finies puisque la quantité totale de CO₂ émise dans l'atmosphère est finie et qu'on ne doit compter qu'une seule fois chaque émission, mais cela n'empêche qu'on risque d'attribuer à une sorte d'Adam et Ève toutes les émissions de l'humanité.)

Et même pour les émissions de la voiture elle-même, qu'en est-il de la nature du déplacement ? Compte-t-on tous les déplacements pour celui qui les effectue ? Ou bien, s'il s'agit de déplacements professionnels, pour l'employeur ? Ou pour le client de cet employeur ? (Il faut être logique : si on « facture » au propriétaire d'un véhicule le coût écologique de fabrication de ce dernier, c'est probablement qu'on considère de façon générale que les clients sont responsables des conséquences de la production de ce qu'ils achètent.)

Ce n'est pas que ces questions sont dénuées de sens : c'est qu'il faut faire des choix comptables, un peu arbitraires, sur la manière dont on imputera les émissions de CO₂ dans une économie d'échanges assez complexe. Si je mange un steak de bœuf, est-ce moi qui suis responsable pour ma part de (l'équivalent CO₂, d'ailleurs lui-même problématique de) l'émission de méthane de la vache dans laquelle ce steak a été découpé ? Ou l'agriculteur qui l'a élevée ? Ou le boucher qui m'a vendu le steak ? Le choix est un peu arbitraire, mais de ce choix arbitraire naîtra, si on met en place des politiques à une résolution de plus en plus fine pour diminuer les émissions de CO₂, un impact réel, et il est à prévoir que la loi de Campbell montrera sa tête dans l'histoire. Que l'on impute les émissions de CO₂ dues à une activité professionnelle à l'employé, à l'employeur ou au(x) client(s) de ce dernier, on arrive facilement à trouver des situations et des cas de figure concrets où cela semble injuste, conduit à des absurdités, et où toute mesure incitative à la réduction sera faussée.

Il y a un type de problème légèrement différent que je peux illustrer sur le cas de l'électricité, en ayant à l'esprit tous ces fournisseurs d'électricité qui promettent une énergie « verte » :

Imaginons pour simplifier un pays qui produit 2000 unités de puissance d'électricité : 1000 unités sont produites par une centrale thermique à combustible fossile qui émet plein de CO₂, et 1000 unités sont produites par une source d'énergie « verte » renouvelable et n'émet pas de CO₂. Maintenant, il y a dans ce pays 2000 personnes, qui consomment chacun 1 unité de puissance. (Oui, mon exemple est débile.) Maintenant, certaines de ces personnes décident de faire un effort écologique et d'acheter leur électricité auprès d'un fournisseur qui promet que l'énergie vient de sources vertes : que va-t-il se passer ? Tant qu'ils sont moins de 1000, rien du tout. Le mix énergétique produit reste exactement le même, on décide simplement (fictivement) que n≤1000 unités de la puissance provenant de la source « verte » sont attribuées à ces n clients « verts », et la promesse de leur livrer une électricité « verte » est tenue. Mais cela ne change rien aux émissions globales du pays : les n clients ayant choisi de devenir « verts » rendent simplement plus polluants les 2000−n clients qui n'ont pas fait ce choix ! Comptablement, le client qui commande une électricité « verte » améliore son bilan individuel, mais il ne change rien à celui de la société, c'est-à-dire que son effet marginal est nul. Évidemment, si assez de gens font ça, il n'y aura plus assez d'électricité « verte » pour répondre à la demande de viriditude et l'effet marginal changera soudainement.

C'est-à-dire qu'il y a au moins trois façons différentes d'imputer les effets à la production d'une consommation individuelle d'électricité : on peut le faire en moyenne (répartir les émissions de CO₂ de la production au prorata de la consommation), on peut le faire selon les engagements comptables du fournisseur (avec l'effet pervers signalé ci-dessus que quand un consommateur demande plus d'électricité « verte », sans doute un autre consommateur en obtiendra moins et le bilan global ne changera pas du tout) ou ou peut le faire selon une estimation marginale mais elle est difficile à établir.

En tout cas, décider d'acheter de l'électricité « verte » a, il me semble, un bénéfice marginal nul sur les émissions globales, parce que tant que la production « verte » suffit à répondre à la demande « verte », cette dernière ne change rien au mix énergétique de production — et si bénéfice comptable il y a, c'est simplement en disant que l'émission de CO₂ que je faisais est reportée sur mon voisin qui n'a pas spécifiquement demandé de l'énergie « verte ».

Le problème est encore plus complexe quand on a affaire à un marché de l'énergie électrique qui varie d'heure en heure : en France, que je sache, la demande de fond est couverte par des centrales nucléaires, largement décarbonées mais difficilement modulables, mais les pics de demande sont couverts par des centrales thermiques : faut-il imputer la consommation selon le mix moyen au moment où elle se produit, ou bien selon l'effet marginal ? Le problème est encore encore plus complexe quand on se rappelle que l'électricité a un coût de transport non nul : si la production est faite à tel endroit et consommée à tel autre, à qui faut-il imputer le surcroît de production nécessaire pour couvrir les pertes en ligne ? Et le problème est encore encore encore plus compliqué quand on a affaire à un marché de l'énergie électrique au niveau d'un continent comme l'Europe où production et consommation ne s'égalisent qu'au niveau du continent mais s'échangent à des prix déterminés par le marché : quand il fait beau et que le photovoltaïque allemand produit plus que la demande allemande si bien que l'Allemagne vend son électricité à bas prix (voire à prix négatif ?) à la France, qui doit-on considérer qui émet moins de CO₂ en conséquence ? Très honnêtement, je n'ai aucune idée de comment établir des règles comptables sensées.

Bref, je ne sais vraiment pas ce que signifie au juste la quantité de CO₂ émise par un individu, ni ce qu'elle vaut pour mon poussinet ou moi. (Il y a des calculateurs d'émissions, évidemment, par exemple ici, mais il y a tellement d'incertitude dans la réponse à n'importe quelle question que le résultat final ne veut franchement pas dire grand-chose.)

Et notamment, il y a le système des crédits carbone : l'idée générale est qu'en contribuant à financer un projet qui réduit les émissions de CO₂ ailleurs on « compense » les émissions qu'on produit soi-même pour arriver à un bilan total nul, voire négatif. Mon poussinet a ainsi acheté autour de 150 tonnes de « CO₂ négatif » (en choisissant quand même des projets qui avaient l'air un peu sérieux, comme celui-ci), ce qui ne coûte pas grand-chose et permet selon la comptabilité en question de compenser ses (nos ?) émissions de CO₂ pour un certain nombre d'années. Mais ce système d'achat d'« indulgences » a-t-il vraiment un sens ? La tonne de CO₂ négatif ne coûte rien que, justement, parce que presque personne n'en achète : si on utilisait sérieusement ce système, le prix monterait en flèche faute d'offre de CO₂ négatif facile pour satisfaire la demande. Est-ce une raison pour ne pas acheter ces « indulgences » ? Non : c'est toujours mieux que rien pour un particulier qui n'est pas prêt à trouver d'autres modes d'action. Mais est-ce une raison pour pouvoir prétendre avoir un bilan carbone neutre ou négatif ? Franchement, non. Quelle est la façon équitable de tenir le bilan ? Je n'en ai aucune idée.

Je ne sais pas s'il y a une morale à tout ce que je viens de raconter, qui est sans doute assez confus parce que je n'avais pas vraiment d'idée directrice à part étaler mon ignorance. Peut-être que je suis juste ignorant et que des règles comptables précises existent déjà et que je ne les connais pas. J'ai l'impression que, comme souvent, des règles « précises » ont été établies, mais que c'est une précision purement administrative, c'est-à-dire des quantités hallucinantes de complications purement bureaucratique sur la manière de tenir la comptabilité qui ne se penchent pas sur les problèmes presque philosophiques de savoir ce qu'est une attribution équitable et juste de la responsabilité des émissions. Mais il y a une chose dont je suis sûr, c'est que quelles que soient les règles comptables qu'on adopte, comme elles seront largement arbitraires, elles comporteront des absurdités, et la loi de Campbell frappera (des entités chercheront à améliorer un bilan carbone purement comptable au détriment des émissions réelles), et il ne faudra pas s'en montrer surpris.

Ajout () : On me signale en commentaire la notion de valeur de Shapley, qui est utile du point de vue théorique pour répartir un gain (ou une perte, ou une responsabilité) commune entre les acteurs responsables de ce gain. • On me signale aussi sur Twitter cette page de J.-M. Jancovici sur le bilan carbone dont la partie comment agréger les résultats recouvre les problématiques que j'évoque (notamment dans l'approche du périmètre « global ») mais sans vraiment y répondre. Et cette page de l'Ademe qui illustre bien la complexité bureucratique que je devinais au pagraphe précédent.

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