David Madore's WebLog: 2006-06

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in June 2006 / Entrées publiées en juin 2006:

(mardi)

Pouêt pouêt pouêt

<grincheux type="vieux"> Au tapage qu'il y a en ce moment dans les rues, je suppose que l'équipe de France a dû gagner quelque chose dans un tournoi quelconque, au hasard un match (la 4398046511104e de finale, je suppose) dans le truc de foot qui a lieu en ce moment en Allemagne. Cette pathétique euphorie collective de beaufs incapables de vivre le sport autrement que par la procuration de leur écran cathodique est décidément ce qui achève de rendre irrémédiablement puante la pratique d'un jeu — essentiellement de hasard — où les gros sous et le dopage ont déjà tout fait pour tuer la dernière ressemblance avec une compétition saine. Au moins, quand « ils » se prennent des branlées de l'espace, « ils » gardent un profil assez bas pour qu'on puisse ignorer leur bêtise. </grincheux>

OK, je ne le pense pas vraiment (en vrai, je m'en fous complètement, le bruit ne s'entend pas de chez moi), mais c'est amusant de faire le vieux grincheux, et je suis si doué pour ça…

Plus sérieusement, est-ce que ce n'est pas triste que la seule chose qui puisse apparemment provoquer une telle liesse populaire soit un événement qui n'affectera en rien la vie d'aucun de ceux qui démontrent ce soir aussi bruyamment leur joie. Jamais l'annonce de la découverte d'un vaccin contre le SIDA, jamais la certitude d'une paix juste au Proche-Orient, jamais la réussite d'un réacteur à fusion thermonucléaire utilisable industriellement, jamais l'arrivée d'un homme sur Mars ne sauraient être acclamées avec tant de ferveur. Panem et circenses.

(lundi)

Terreur nocturne

[Écrit à 01:40, après environ 2h de sommeil.]

Ça m'a repris cette nuit — ça faisait longtemps que ça n'était pas arrivé. Je pense (sans être sûr) que l'élément déclencheur doit être que je m'endors sur un membre (en l'occurrence probablement mon bras gauche), dont la circulation est donc coupée, ce qui me cause une alarme dans un sommeil très profond : je ne m'en réveille qu'à moitié, je suis totalement désorienté, je ne comprends pas ce qui m'arrive, et je me lève avec l'impression d'être en danger mais sans savoir comment ni pourquoi et avec pour toute explication un bras (ou une jambe) engourdi. Mais ce n'est pas fini : cette nuit, j'ai fait quelques pas dans mon appartement, toujours sans être bien réveillé (d'ailleurs, je ne le suis pas encore même en écrivant ces lignes), puis je me suis recouché, et ce n'est qu'encore quelques minutes plus tard, alors que j'essaie de me rendormir, que je fais une crise de tachycardie (je ne sais pas ce qui justifie ce délai : il me semble que l'adrénaline agit pourtant très très rapidement ; mais peut-être que le fait que je sois à moitié endormi tout du long joue un rôle, ou peut-être que c'est parce que je me demande ce qui s'est passé que je panique, vu que je suis encore dans un stade de semi-conscience où je ne peux rien expliquer). Ce coup-ci, je suis monté à ~200 pulsations par minute pendant ce qui m'a semblé une éternité, avant de réussir enfin à me réveiller suffisamment et à me contrôler assez pour me persuader que, non, il n'y avait rien de grave et que mon rythme cardiaque allait de lui-même redevenir normal (ce qui aide, justement, à ce qu'il le redevienne effectivement). Paradoxalement, c'est peut-être justement le fait que je me sois endormi facilement (et tranquillement, heureux) qui a rendu d'autant plus facile le fait que je me bloque sur un bras (si c'est bien ça l'aspect déclencheur) d'où ma panique. Toujours est-il que lors de ces terreurs nocturnes irrationnelles, ce qui me manque le plus est d'avoir quelqu'un à qui parler (juste le fait de prendre le téléphone en main, d'ailleurs, m'aide à me calmer). À la place, j'écris ceci dans mon blog…

(dimanche)

Quels sont votre enfer et votre paradis personnels ?

Je n'aime pas trop, en général, les « chaînes de blogs » (où quelqu'un pose une question ou bien propose un défi que tout le monde reprend ensuite), mais voici une question qui me tient assez à cœur, donc j'invite les blogueurs qui me lisent à y répondre (et à m'envoyer un lien vers leur entrée, que je rajouterai ici — ça me fera aussi l'occasion de découvrir de nouveaux blogs) ; les non-blogueurs ont aussi le droit de répondre, bien sûr, dans les commentaires. Bref, il s'agit de répondre à ceci :

Les dieux ont préparé un enfer et un paradis à votre intention particulière : pouvez-vous décrire à quoi ils ressemblent ?

Quelques remarques sur cette question : d'abord, il n'est pas demandé d'être cohérent (par exemple, se demander ce qui se passe au bout de cent trillions d'années, et si on finit par s'ennuyer), encore moins matériellement concevable — il s'agit plutôt de se mettre dans une perspective de rêve malheureux et heureux, de présenter une vision complètement naïve et instinctive, sans trop de questions. S'agissant de l'enfer, évidemment, on peut imaginer toutes sortes de supplices particulièrement cruels, le but n'est pas de décrire le plus atroce mais celui qui vous serait propre, et peut-être faut-il s'inspirer de cette citation de Kazantzakis dans la Dernière Tentation du Christ (citation dont je rappelle que je cherche toujours l'original) : Les portes du Paradis et de l'Enfer sont côte à côte, identiques toutes les deux.

En ce qui me concerne :

Je commence par décrire mon enfer, ce que je ne peux faire qu'en termes abstraits, car il est sans cesse en mouvement : il s'agit justement de me placer dans des situations toujours différentes, désagréables sans être vraiment atroces, de sorte que je finis par m'y habituer, mais à chaque fois que je m'y habitue, précisément, je suis placé dans un endroit différent. À chaque fois que je m'attache à quelque chose ou à quelqu'un, ce quelque chose ou ce quelqu'un disparaît. Jamais on ne me renseigne sur l'avenir, de sorte que je suis toujours dans le doute sur ce qui va m'arriver, mais je me forme des espoirs qui sont sans cesse déçus. À cette peur, cette incertitude et ce doute s'ajoutent un ennui profond, viscéral, rendu d'autant plus insupportable qu'on sent qu'on devrait faire quelque chose, mais toute possibilité en est trompée, car dès que je commence à le tenter, la possibilité m'en est soustraite.

À présent voici mon paradis, présenté dans des termes beaucoup plus concrets (de façon abstraite, je l'ai déjà expliqué : le paradis, c'est les autres). Je suis dans un palais gigantesque, à la fois labyrinthique (on ne se lasse jamais de l'explorer) et pourtant familier (je m'y sens parfaitement chez moi) ; il a des portes et des fenêtres qui donnent sur toutes sortes de lieux pourtant très distants, notamment une baie vitrée au sommet d'une tour d'où on a une vue dégagée sur une ville dans laquelle je peux sortir me promener, d'autres sur des parcs, tandis qu'un autre côté donne sur une terrasse ensoleillée comme au milieu des champs de la Toscane dans un été perpétuel ; la maison héberge également une très grande bibliothèque (imaginez plutôt des livres neufs que de vieux poussiéreux), et, bien entendu, quantité de tableaux noirs pour pouvoir faire des maths 😉. Il va sans dire que le palais serait toujours parfaitement propre, et que la cuisine regorgerait des meilleurs plats, apparus de nulle part. Mais surtout, je ne suis seul que quand je veux l'être : j'ai, pour compagnie, un joli garçon que j'aime, et aussi tous mes amis et mes proches et même tous ceux que j'admire et que je veux rencontrer ; personne ne disparaît jamais (ou ne tombe malade) ni ne se fâche, et nous avons un temps infini pour deviser de toutes les choses que l'on peut savoir et de quelques autres, autour de repas délicieux. (Bizarrement, je remarque que les ordinateurs ne jouent presque aucun rôle dans mon rêve de paradis : peut-être parce qu'ils sont l'instrument du diable et n'ont donc aucune place au ciel, peut-être parce que je les conçois essentiellement comme des instruments de communication et que dans ce paradis je pourrais toujours parler aux gens face à face.)

(jeudi)

L'avenir de la propriété intellectuelle

Je vais vite parce que je dois me coucher. Les vidéos de la conférence qui s'est tenue ce soir à l'ENS sur la loi DADVSI est maintenant disponible sur le site Web de la Diffusion des Savoirs de l'ENS (et sous licence Creative Commons). Il s'est dit des choses vraiment intéressantes, donc j'encourage à aller voir. (Et on ne le soulignera jamais assez : ça vous concerne, vous, ça ne concerne pas qu'une poignée de geeks estampillés logiciel libre.)

Je voudrais cependant faire part d'une réflexion qu'on m'a suggérée récemment et qui me semble très pertinente, et profondément démoralisante, concernant la possibilité de faire évoluer un jour les choses dans le bon sens au niveau du droit d'auteur. Je me lamente souvent que la majorité des citoyens se refuse à prendre conscience que le droit de la propriété intellectuelle la concerne vraiment, et qu'elle est en train de se faire priver de libertés véritablement importantes. Or on m'a fait remarquer la chose suivante : en assez peu de temps on est passé d'une situation où tout le monde se fout de l'écologie à une situation où tout le monde se sent concerné — mais ne fait quand même rien ; pareil pour le droit des minorités : maintenant, tout le monde est pour, mais, évidemment, personne ne fait rien, concrètement ; pareil pour le libéralisme : actuellement, l'opinion publique va très largement dans le sens le libéralisme, c'est affreux, et pourtant, on continue à libéraliser à tour de bras (les télécoms, les transports, etc.). Il semble assez plausible que la même chose se passe pour la propriété intellectuelle : les gens vont peut-être rapidement prendre conscience du problème dans ces lois sans cesse plus dures et plus répressives mais, contrairement à ce que j'espérais, ça ne nous aidera peut-être pas du tout à le résoudre.

Un des problèmes très sérieux c'est que nous sommes, actuellement, gouvernés par des traités internationaux et non plus par des lois. Or les traités internationaux sont un domaine où le lobbying de la part de groupes financiers puissants et bien constitués est particulièrement facile, alors que l'opinion publique n'en a conscience souvent[#] que quand il est trop tard (le traité est définitif et lie les États contractants). Quant au pouvoir économique du consommateur, il est bidon, faute de moyens convenables de concertation : les produits verts ou commerce équitable, ça ne marche pas, malheureusement, et je pense que tout espoir que les DRM échoueront pour des raisons économiques se heurtera à la dure réalité de la force économique de Microsoft (qui arrive à faire payer pour un système d'exploitation objectivement pas meilleur qu'un autre qui est gratuit, alors le pouvoir économique du consommateur, dans tout ça…) ou Apple.

[#] Contre-exemple : le Traité Constitutionnel Européen. Mais comme je l'ai déjà expliqué au moment de ce débat, je pense que le citoyen français a eu le douteux privilège de refuser tout ce qu'il y avait de bon dans ce traité et de subir quand même ce qu'il y a de mauvais. [Note préventive : je n'accepterai pas de commentaires sur la présente entrée parlant essentiellement du TCE ; si quelqu'un veut faire un commentaire à ce sujet, qu'il le fasse sur l'entrée passée.]

(mercredi)

Fragment littéraire gratuit #91 (les sphères)

Kanayama laisse enfin ses doigts former la trente-deuxième sphère. Celle-ci est identique à la première et pourtant si différente : après les motifs compliqués, les arabesques entrelacées, les symétries savantes des précédentes, elle paraît à la fois simple et riche. Des paillettes mordorées, flottant dans une mer bleu sombre, translucide, attirent le regard qui glisse sur l'opalescence à peine discernable du bord : spectacle apaisant, où aucun point saillant n'accroche à la vue. L'artiste place cette dernière création à côté des autres, point final de la série dont l'équilibre parfait est enfin révélé. À côté de moi, un autre spectateur sourit comme soulagé. Le nom de l'œuvre est alors révélé :

— Jean-Sébastien Bach, les Variations Goldberg.

Voilà, c'était ma petite contribution à la fête du jour. ☺

(mardi)

Marathon en vue

Les jours qui viennent risquent d'être furieusement chargés. Comme l'an dernier, je coordonne les soutenances d'exposés de maîtrise des élèves matheux de première année à l'ENS, donc de lundi à vendredi en huit je passerai mes journées à écouter des exposés très variés (six par jour) : c'est passionnant, mais aussi assez épuisant. Il y en a déjà deux cette semaine (mercredi et vendredi matin), auxquels il faut rajouter (jeudi après-midi) la soutenance d'un étudiant indien qui était venu chez nous dans le cadre d'un échange et à qui j'ai fait faire un peu de maths-info. Jeudi matin, j'irai sans doute assister aux délibérations (pour l'admissibilité) du concours d'entrée à l'ENS. Et vendredi après-midi, comme je l'ai déjà fait savoir (et tous ceux qui m'entourent commencent à vraiment le savoir 😉), je donne un exposé sur un résultat de Kollár (et j'ai l'impression angoissante de ne vraiment pas être assez prêt, j'ai encore plein de références à regarder de plus près). Hier soir (jusque fort tard, d'ailleurs) je mettais au point un texte explicatif (sur le polygone de Newton) pour mes agrégatifs chéris. Jeudi soir, enfin, il y a à l'École une conférence, ouverte à tous (et organisée par l'association Pollens), sur la loi sur le droit d'auteur, à laquelle parlera mon ami (et néanmoins collègue) David Monniaux : venez-y (c'est en salle Dussane, il y a projection d'un film à 20h et débat à 20h30) !

Bon, tout ça est intéressant, je ne suis pas en train de me plaindre. Mais il est quand même vrai que je fatigue facilement. Peut-être aussi qu'en ce moment je voudrais avoir un peu plus de temps pour nous.

(dimanche)

Fragment littéraire gratuit #90 (à cinq heures du matin)

Cinq heures du matin. Premiers chants d'oiseaux. Asphalte encore un peu tiède et qui finit de se reposer. Bruit de pas au loin (un fêtard qui rentre chez lui ? un travailleur qui se lève tôt ?). Odeur du pain qu'on prépare dans les boulangeries. Et celle, âcre, des poubelles qu'on ramasse ; le son du camion qui broie les déchets. Premier métro. La ville me parle par phrases nominales, mais chacun de ses mots signifie : explore-moi ! — nous nous comprenons, nous nous connaissons si bien, elle et moi.

Les quatre géants me regardent, gardiens d'un savoir incommensurable ; ils ont pour nom : Temps, Lois, Nombres, Lettres. Ils me regardent, mais ils m'ignorent, pendant que je me faufile entre leurs jambes. À cette heure-ci, ils ne parlent pas aux mortels, ils pratiquent en silence le rituel des gardiens.

Je parviens au fleuve.

Le soleil se lève.

(samedi)

And I think to myself, what a wonderful world

Je vois des petits cœurs et des petites étoiles partout. Je vais dormir heureux, ce soir.

(mercredi)

Amis

Un jour on m'a demandé ce que j'avais de plus précieux au monde. La réponse me semble tout à fait claire : mes amis. C'est peut-être une réponse de bisounours, mais j'y crois vraiment, et je pense que c'est une chance inouïe d'avoir des amis comme j'ai. Ça va de pair avec quelque chose d'autre : l'activité que j'aime le plus au monde, c'est converser avec des gens intéressants (parler ou les écouter parler, de tout et de rien, de science, de culture, de ragots, du temps qu'il fait, ou de beaucoup de private jokes). En ce moment, j'y passe souvent mes soirées (parce que la météo est propice au fait de passer de longs moments dehors à bavarder en profitant de la douceur du crépuscule), c'est d'ailleurs un peu problématique quand je rentre chez moi trop tard pour faire les courses, mais bon… C'est bizarre, je suis un être à la fois très timide (pour ne pas dire solitaire) par certains aspects et complètement social de l'autre (j'ai vraiment besoin de compagnie pour me sentir bien, et c'est la raison pour laquelle le mois d'août est pour moi chaque année un moment vraiment difficile à passer.

De plus, je me rends compte que, épigone revendiqué de l'éclectisme oblige, ce que j'apprécie le plus chez mes amis, c'est leur diversité. Il y a des gens qui me parlent parfois de leur meilleur ami ou, encore plus fort, de leur n-ième meilleur ami (pour n allant éventuellement loin : quelqu'un m'avait un jour parlé de son 8e meilleur ami avec un naturel confondant), comme s'ils avaient un ordre de préférence très net dans leur tête : moi, ça me semble complètement absurde — si j'ai des amis variés, c'est parce que j'apprécie la diversité de leurs caractères, de leurs qualités (et parfois même, de leurs défauts[#]), chacun m'apporte quelque chose d'irremplaçable et je ne peux pas mettre d'ordre dessus (bon, après, c'est évident qu'il y en a dont je me sens plus proche que d'autres). Un petit plaisantin me faisait remarquer, d'ailleurs, que cette vision de l'amitié pourrait se dire : in varietate concordia ; alors que d'autres bandes de potes préfèrent le e pluribus unum[#2]. 😉

Voilà. Désolé pour le ton gentiment niais, mais j'ai envie de dire, là : merci à tous (ceux qui m'entourez, et même ceux que je ne connais pas bien ou que je ne vois pas souvent), pour ce que vous êtes.

[#] J'aime bien dire, citant en cela Liz Taylor, que je me méfie des gens qui n'ont pas de défauts : souvent on découvre qu'ils ont des qualités assez pénibles. Donc tous mes amis ont des défauts (certes pas autant que moi ☺), et je ne m'en passerais pour rien au monde.

[#2] Si par hasard il faut expliciter : in varietate concordia (unis dans la diversité) est la devise de l'Union européenne tandis que celle à laquelle elle répond manifestement, e pluribus unum (quelque chose comme de plusieurs, un seul) est (ou a été) celle des États-Unis, et est d'ailleurs explicitement utilisée par Saint Augustin (au livre IV des Confessions), pour décrire sa conception de l'amitié. Comme je ne suis pas spécialement adepte de Saint Augustin, je ne m'étonne pas de penser différemment…

(dimanche)

Qui est vraiment George Soros ?

J'avais entendu parler de George Soros auparavant, bien sûr, mais j'en savais très peu, seulement que c'était un financier richissime qui avait fait sauter la banque d'Angleterre en spéculant contre la livre sterling dans les années '90 (gagnant autour d'un milliard de dollars en une journée). Bref, je le voyais comme un personnage ni très fréquentable ni très intéressant.

Mais voilà qu'en parcourant Boing Boing aujourd'hui, j'entends parler d'une interview de lui, je la regarde, je me renseigne un peu sur Wikipédia et ailleurs à propos de sa vie, et je suis très surpris : le même personnage qui semble n'avoir aucun scrupule à ébranler l'économie de la thaïlande est aussi le fondateur de l'Open Society Initiative, un fonds d'aide aux pays en développement, le même qui gagne des milliards en spéculant sur les marchés financiers (et parfois soupçonné de délit d'initié) appelle à la régulation internationale de ces mêmes marchés, le même qui travaille au détestable groupe Carlyle débourse une fortune pour s'opposer à la réélection de Bush fils en 2004 dont il condamne publiquement la manipulation nommée guerre contre la terreur, le même qui touche probablement de l'argent sali par des narcotrafics est capable de donner des sommes importantes pour aider les étudiants noirs pendant l'apartheid en Afrique du Sud, pour financer les Universités du monde entier, etc., le même qui a sauvé le père Bush de la faillite a également aidé à faire tomber Milošević, le même qu'on accuse de manipuler les hommes politiques ou d'être manipulé par la CIA finance aussi la lutte contre la corruption…

Sans doute certaines de ces allégations sont-elles fausses : mais à coup sûr, George Soros est un de ces personnages contradictoires et énigmatiques, en quelque sorte par-delà le bien et le mal, qui provoquent chez certains l'admiration et chez d'autres — parfois d'ailleurs chez les mêmes — l'indignation (gageons d'ailleurs qu'il se trouvera dans les commentaires de cette entrée quelqu'un pour le présenter tout en noir et quelqu'un d'autre pour le présenter tout en blanc) ; pour ma part, je ressens surtout la fascination de constater que de tels hommes existent vraiment en-dehors des romans d'Asimov.

Car c'est bien d'asimovien que j'ai envie, moi, de qualifier celui qui (comme il le dit dans l'interview référencée ci-dessus) aime se définir comme un spéculateur philosophique, financier et philanthropique. Croit-il peut-être à la devise de Salvor Hardin : Never let your sense of morals prevent you from doing what is right ? Bon, en vérité, je suis vexé de ne pas l'avoir inventé moi-même, le George Soros, alors que j'ai l'impression d'être passé assez près à plusieurs reprises, comme dans ce fragment, celui-ci ou encore celui-ci — ou peut-être même celui-ci.

Une chose est sûre : pour revenir à une question que je m'étais posée dans le temps, à savoir, qui sont les personnes que j'aimerais pouvoir rencontrer le temps d'un repas en tête à tête, je mets George Soros sur la liste.

(vendredi)

La vie, c'est étonnant

On sait quelle propension j'ai à raconter ma vie (et sans doute, me fait-on remarquer, à en dire trop). Aujourd'hui, j'ai essentiellement écouté celle des autres, plusieurs personnes indépendamment (bon, mettons deux et demi) m'ayant fait l'honneur de me faire des confidences. La conclusion principale que j'en tire, c'est : persuader les gens d'être heureux, ça peut être difficile… mais qu'est-ce que c'est gratifiant ! Alors je vais me coucher, fatigué mais content, avec l'impression d'avoir peut-être un peu servi à quelque chose.

(jeudi)

Déclaration d'impôts

Mon degré d'incompétence avec la paperasse m'impressionne… Chaque année, donc, remplir la déclaration de revenus est un calvaire. Là, j'ai réussi à franchir une première grande étape pour cette année : la génération du certificat pour la déclaration en ligne — pour cela, il fallait retrouver trois obscurs numéros (nº fiscal, nº de télédéclarant, et revenu fiscal de référence de l'année précédente) figurant parmi des centaines d'autres numéros dans les différents papiers que m'envoie l'administration fiscale. Bon, après coup je me suis rendu compte que j'avais intelligemment noté tous ces numéros sur un fichier sur mon ordinateur, mais bien sûr je n'y ai pas pensé avant, du coup j'ai perdu une heure à éplucher ces foutus papiers (et à ne pas comprendre pourquoi je ne trouvais pas mon revenu fiscal de référence sur mon avis de taxes foncières, parce que j'avais confondu avec la taxe d'habitation). L'étape suivante s'annonce plus dure : le revenu principal (mon salaire, case AJ) est évidemment prérempli, ce qui ne me sert pas à grand-chose parce qu'il est de toute façon très facile à trouver, mais il y a des cases obscures (TR, TS et CA, pour être exact) où doivent s'inscrire des revenus, très faibles, de comptes rémunérés, et les montants à faire figurer dans ces cases sont quelque part dans des courriers que ma banque m'a envoyés — chez mes parents, sinon ce ne serait pas drôle — il y a quelques mois et qui n'ont, évidemment, pas été ouverts et sont perdus sous une montagne d'autres (et apparemment ma banque n'est pas fichue de faire figurer ces chiffres sur le site Web de gestion de mes comptes par Internet, ni de la communiquer directement à l'administration fiscale). Comme chaque année, j'hésite entre partir à la recherche de ces fichus papiers ou bien simplement inscrire dans la case une majoration grossière du montant qui pourrait y être (une solution tentante, vu que je me fous assez de payer au maximum 30€ d'impôts en trop parce que j'aurais surestimé le montant en question, mais je ne peux pas faire comme ça à chaque fois).

Globalement j'ai quand même l'impression de perdre un temps fou juste pour recopier quelque chose comme cinq nombres.

En revanche, je suis vraiment très content du nouveau site de télédéclaration : autant l'an dernier j'en avais été très mécontent, autant cette année ça semble vraiment bien fait.

(mardi)

Des maths : résultats, décision, exposé

Here is wisdom. Let him that hath understanding count the number of the beast: for it is the number of a man; and his number is Six hundred threescore and six. (Rev 13:18)

Une des bonnes nouvelles de la journée, pour moi, c'est la liste d'admissibilité de l'Agreg de maths, puisque nous avons eu 100% d'admissibles. Ce n'est pas comme si c'était une surprise énorme, certes, mais j'avais tout de même un peu d'inquiétude — notamment parce que le ministère a beaucoup baissé le nombre de places cette année — concernant un ou deux élèves[#]. Pour la suite j'ai par ailleurs quand même des doutes sur la possibilité de battre le record de l'an dernier (entre autres, la façon dont seront notées les nouvelles options reste un grand mystère).

Indépendamment de ça, j'ai pris une décision, qui est de rester à Paris l'an prochain (de ne pas partir à Lyon, donc). La proposition qu'on m'avait faite était très intéressante mais, tout bien considéré, pour probablement seulement un an le déplacement n'en valait pas la peine. Bon, me connaissant, je vais probablement le regretter, mais il fallait faire un choix, alors voilà, il est fait.

Tant que j'y suis à parler boulot : je donne un exposé vendredi en quinze (le 23, donc) au séminaire Variétés rationnelles sur un très beau résultat de Kollár. Non seulement le théorème est joli, mais la démonstration a été l'occasion pour moi de comprendre à quoi pouvait servir le théorème d'annulation de Kawamata-Viehweg (dont l'énoncé me semblait, a priori, assez sibyllin[#2]).

Hors de ça, j'ai l'impression de passer un temps dingue à écrire des mails. Pas que j'en écrive tant que ça, mais je peux passer des heures à écrire trois lignes, parfois, pour trouver exactement les mots qui conviennent.

[#] Inquiétudes tout à fait injustes, n'est-il pas : personne n'oserait suggérer que certains agrégatifs passent en fait leurs journées à jouer à WoW… quand même ? 😉 Mais bon, à tout hasard, si quelqu'un a une suggestion pour faire apparaître l'agreg comme un jeu vidéo en ligne où on dégomme des développements et quand on arrive au niveau 60 on est admis, je suis preneur…

[#2] Le mieux que j'aie entendu est : Kawamata-Viehweg, c'est Kodaira pour les log-structures ; mais bon, je ne trouve pas que ça Éclaire tant que ça, en fait.

(lundi)

Tombée de la nuit

J'aime particulièrement, surtout en été, ce moment de la journée où, un peu après que le soleil s'est couché mais quand le ciel est encore clair, plus lumineux en tout cas que les rues en bas, les lumières de la ville s'allument, cet instant où le sodium des lampes commence à chauffer et elles donnent une couleur qui n'est pas encore l'orange qu'on connaît trop bien mais une sorte de rose pâle. Évidemment, ça ne dure même pas une minute…

Vu de l'espace, ça doit être intéressant, la Terre qui tourne et, juste après la démarcation de la nuit et du jour, les lumières qui apparaissent au fur et à mesure que l'obscurité recouvre les villes. (Il y a certainement une morale à tirer du fait que, de jour et à l'œil nu, il est essentiellement impossible de voir depuis l'espace que notre planète est habitée, alors que de nuit c'est tout à fait évident. PS : Lisez le roman Nightfall, d'Asimov et Silverberg, il est bien.)

(dimanche)

Ouille ! Mon épaule !

Dans la série mes petits problèmes de santé racontés sur mon blog : depuis ce matin au réveil, j'ai très mal à l'épaule (droite), à tel point que je me demande s'il n'est pas possible qu'elle soit déboîtée. Pourtant, je ne comprends pas comment j'ai pu faire un faux mouvement dans mon sommeil !

Comme la douleur devenait vraiment pénible et que je me voyais mal retourner aux urgences, je viens d'appeler SOS Médecins.

Suite : Apparemment c'est musculaire. Ah oui, vous avez un joli nœud, là… Du coup, on m'a prescrit un anti-inflammatoire, une crème myo-relaxante et des antalgiques. (N'empêche que je ne comprends pas, si c'est musculaire, pourquoi ça fait crac quand je la bouge d'avant en arrière, et le médecin n'a pas été super clair, là.)

(samedi)

Peut-on être heureux d'avoir trente ans ?

Comme les autres soixanteseiziens (Matoo, si par hasard tu me lis, tu me rajoutes à la liste ?), il faut que je me prépare psychologiquement à franchir une des « barres en -taine » qui ponctuent la vie (mettons même la première[#]). Le point à partir duquel on ne peut décidément plus se faire passer pour un « jeune », même en étirant le concept, le moment où il faut se mettre à mentir sur son âge dans les chats gay 😉, etc. Pour moi (pour nous) c'est dans deux mois.

Si je suis plus qu'un peu complexé par mon âge (même si j'en rajoute souvent pour la forme), et ce n'est pas si commun à trente ans, certaines raisons sont faciles à deviner : le milieu homo, pour commencer, est incroyablement « jeuniste »[#2][#3] et à trente ans on passe déjà pour un vieux schnock, pour lequel un manque d'expérience comme le mien est pathétique et irrécupérable. Mais plus généralement, quand je réfléchis à ces dix dernières années, j'ai assez le sentiment d'avoir « tourné en rond », si j'ose dire, et arrivé à trente ans j'ai envie de demander : Attendez, il y a des choses que j'ai oublié de faire, à vingt-deux ans, à vingt-cinq, et à vingt-sept : est-ce qu'on peut revenir[#4] en arrière ? Hélas,

The Moving Finger writes; and, having writ,
Moves on: nor all your Piety nor Wit
 Shall lure it back to cancel half a Line,
Nor all your Tears wash out a Word of it.

Plusieurs de mes amis de mon âge ont maintenant des enfants : c'est certainement une façon, en se prolongeant, de ne pas penser à son propre âge et d'aspirer à l'éternité. Pour ma part, je ne me sens pas la moindre envie (frustrée) d'en avoir[#5]. En revanche, il est vrai que beaucoup de gens que je fréquente (voire, que je considère comme des amis) sont plus jeunes que moi : reste à savoir si c'est un facteur ou une conséquence de mon complexe sur mon âge (je crois plutôt que c'est une conséquence, mais ça pourrait être les deux).

Bref, peut-on être heureux d'avoir trente ans ? Je suis persuadé qu'on peut, et je pense même avoir des exemples. Mais moi je ne crois pas y arriver. Du coup, j'ai l'intention de ne pas fêter mon anniversaire cette année (ni à l'avenir, jusqu'à ce qu'éventuellement j'arrive à dépasser cette façon de voir les choses) : ceci étant, je compte quand même faire une fête pour rassembler des amis, peut-être quelque chose comme le 3 juillet[#6], pour célébrer un de mes non-anniversaires.

[#] Pour éviter que quelqu'un fasse remarquer que vingtaine finit aussi en -taine, je m'explique : je ne pense pas qu'on considère normalement que les vingt ans soient une barre à franchir, en tout cas je ne l'ai pas vécu comme ça. D'ailleurs, il y a une définition simple de la vieillesse : on est devenu vieux lorsque chaque anniversaire, chaque année qui passe, cesse d'être perçue comme quelque chose qu'on a gagné pour devenir quelque chose qu'on a perdu. Je crois pour ma part que c'est à peu près à 24–25 ans que j'ai changé d'optique. Selon cette définition, il y a des gens heureux qui arrivent à être encore jeunes à 80 ans (pas vingt-quatre : quatre-vingts) : comme ils ont de la chance !

[#2] Si tout le monde est attiré par les gens plus jeunes que soi, forcément, il va y avoir un problème quelque part.

[#3] Le milieu mathématique aussi, d'ailleurs, même s'il a au moins le tact d'attendre quarante ans avant de vous rappeler qu'il est maintenant trop tard pour la médaille Fields et cinquante avant de vous mettre à la porte de Bourbaki. Je crois que beaucoup vient de cette phrase de G. H. Hardy qui, dans l'Apologie d'un mathématicien, écrit : No mathematician should ever allow himself to forget that mathematics, more than any other art or science, is a young man's game. […] I do not know an instance of a major mathematical advance initiated by a man past fifty. (Hardy, quand il écrivait ça, à soixante-trois ans, pouvait se vanter d'avoir effectivement apporté une contribution significative aux mathématiques. Accessoirement, pour ce qui est de son homosexualité, Littlewood l'a un jour qualifié de non-pratiquant… ce qui laisse à se poser des questions.)

[#4] Pas que j'aie spécialement envie de revivre tout ce temps, cependant : il y a bien des choses, sur ces dix dernières années, que je suis content d'avoir derrière moi. Ce n'est même pas tant que j'aurais envie de corriger des choses : simplement d'en rajouter.

[#5] Entre autres parce que le cynique en moi a tendence à considérer que ce n'est pas un cadeau à faire à quelqu'un que de le faire naître dans le monde où nous sommes. Mais surtout, m'avoir pour père, en tout cas tel que je suis maintenant, ce n'est vraiment pas quelque chose qu'on peut souhaiter à qui que ce soit.

[#6] L'avantage pratique étant qu'il sera beaucoup plus facile de rassembler des gens début juillet que début août. ☺

(jeudi)

Fragment littéraire gratuit #89 (Da Wiki Code)

« Un secret pour lequel on tuerait ? Et comment donc ! Il n'y a pas si longtemps, un certain Camillo a été mis à mort pour avoir osé affirmer que la sainte eucharistie était identique à Notre Seigneur et qu'Il y était seulement spirituellement présent plutôt que de reconnaître que c'est vraiment Son corps. Que dire alors de ce que je vais vous révéler ? Car il s'agit d'un mensonge qui touche au fondement même de notre civilisation. Seules les plus hautes sphères du pouvoir en Italie savent la vérité — et sans doute pas toute la vérité — une vérité dont on ne reculerait devant rien pour préserver le secret.

« Mais venons-en au fait. Le texte qui vous a mené jusqu'à moi est un échantillon de ce que, aux dernier siècle avant notre ère, on appelait un “Wiki” : il s'agissait d'une forme de communication développée à cette époque, dont les détails m'échappent, mais le texte dont nous parlons est un fragment apparemment aléatoire d'un projet plus vaste qui semblait avoir pour but de rassembler toute la connaissance sous cette forme de “Wiki”. Ce fragment décrit une nourriture qui était consommée à l'époque, et qui n'aurait un intérêt qu'historique si la description ne m'avait frappé par son extrême ressemblance avec l'eucharistie. Mais comment pouvaient-ils connaître l'apparence de la divinité avant la Révélation ?

« De cet étonnement devait naître la vérité. Je ne vous dirai pas toutes les étapes de ma longue enquête pour l'établir. Et je ne vous dirai pas ma surprise lorsque j'ai enfin compris, vous allez l'éprouver directement. La vérité, c'est qu'avant notre ère on adorait d'autres dieux, qui pouvaient prendre la forme d'un homme barbu, d'une croix, d'un éléphant, ou peut-être d'un petit morceau de pain, je n'ai pas pu déméler tous les fils, mais cela importe peu : le fait est que les hommes, à l'époque, pouvaient croire à tout cela — et c'est en guise de plaisanterie que celui que nous appelons maintenant le Prophète Bobby a choisi de créer une nouvelle religion, inventée de toutes pièces, dont il ne pouvait deviner qu'elle s'imposerait, donnant à la divinité la forme qui lui semblait la plus absurde, celle d'un plat courant à l'époque, et imaginant ainsi la figure que notre civilisation révère : le Monstre en Spaghettis Volant… »

Bon, pour ceux qui ne connaissent pas, une explication s'impose peut-être.

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