David Madore's WebLog: Fragment littéraire gratuit #88

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(vendredi)

Fragment littéraire gratuit #88

Une œuvre au mur attira mon attention. Il s'agissait d'une gravure réalisée dans une façon imitant un peu le style de Dürer. Elle représentait un squelette ricanant, debout dans une sorte de beffroi, qui sonnait la cloche d'une main tandis qu'il tenait l'autre en porte-voix. Au-dessous de l'illustration, une légende dans une police de type vieil anglais, sans doute censée traduire l'avertissement du squelette : Fools! your Reward is neither Here nor There. Je demandai à mon hôte la signification de ce tableau ; il m'expliqua que le dessin était d'un certain Edmund Sullivan, réalisé pour décorer une édition du début du XXe siècle des Rubáiyát d'Omar Khayyám dans leur célèbre traduction anglaise par Edward FitzGerald, et que le pentamètre en question était le dernier vers de la strophe illustrée : quelqu'un avait cru bon de faire de ces deux éléments un tableau indépendant, qui s'était trouvé chez un quelconque brocanteur.

Il me raconta encore qu'il avait lu ce poème pour la première fois cité en exergue à un conte moderne qu'il avait déniché, quand il était adolescent, chez son grand-père. Il s'agissait du court récit de la vie d'une religieuse très pieuse et très bonne qui était frappée sur son lit de mort — à l'instant même où on lui administrait l'extrême-onction — de la soudaine certitude de l'inexistence de Dieu. Elle décédait peu de temps après, comprenant qu'elle avait gâché sa vie en la vouant à une divinité imaginaire ; sur le fait qu'elle fût destinée aux flammes de l'enfer pour avoir perdu la foi en cet instant ultime ou au contraire au néant après cette terrible vision finale de la vérité, l'auteur ne prenait pas position, mais concluait en évoquant le sermon de la mère supérieure qui louait la très grande piété de la défunte. Marc m'avoua qu'il n'avait pas retenu l'auteur de cette fable et qu'il avait en vain cherché à retrouver la source ; il me demanda si je pouvais l'aider, mais je dû admettre mon ignorance.

S'agissant du premier paragraphe, on peut voir ici la page du livre dont l'illustration est tirée (et dont il existe des réimpressions modernes) : il y a un exemplaire de ce livre chez mes parents, c'est à travers lui que j'ai découvert les Rubáiyát, d'ailleurs ce poème précis est un des premiers du recueil que j'aie appris par cœur, et apparemment l'illustration m'a marqué puisque la description que j'en fais (sur la base de mon souvenir) colle assez bien avec ce qu'on voit. Pour le second paragraphe, je précise que je ne fais pas référence à un conte précis (l'idée que j'évoque est certainement banale, mais je n'ai pas spécialement lu une histoire de ce genre).

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