David Madore's WebLog: Les urgences (vues de l'intérieur)

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(jeudi)

Les urgences (vues de l'intérieur)

Je ne sais pas ce que je m'attendais à trouver dans les urgences d'un grand hôpital, mais certainement pas ce que j'ai vu. En fait, je crois que je pensais trouver des salles d'attente bondées et vaguement crasseuses où les lits s'entassent et où on poireaute des heures pendant que les médecins et infirmiers courent dans tous les sens pour s'occuper de tout ce monde. Comme dans la série, quoi. Eh bien absolument pas. D'abord, ce n'est pas crasseux, c'est incroyablement propre : en fait, je n'ai jamais vu, nulle part, un endroit aussi impeccable que les couloirs des urgences de la Pitié-Salpêtrière ; c'est rassurant, évidemment, s'agissant d'un hôpital, mais je pouvais imaginer un bon niveau d'asepsie sans une telle propreté — apparemment les deux vont ensemble. Ensuite, ce n'était pas bondé : c'était même plutôt désert quand je me suis pointé vers 8h30, et ce n'était toujours pas très chargé quand je suis reparti vers 13h. En revanche, comme on peut le constater sur ces horaires, on attend effectivement. Beaucoup. Longtemps. Et on ne sait pas très bien quoi : tout le personnel a l'air très affairé, mais il a aussi l'air de beaucoup ignorer les patients, comme si ceux-ci étaient des spectateurs, autorisés à regarder mais sûrement pas à participer, dans leurs tâches ésotériques. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne soient pas gentils : les quatre soignants à qui j'ai principalement eu affaire étaient tout à fait amicaux et souriants. Mais affairés.

Revenons donc au début : j'ai commencé à me sentir nauséeux hier soir, et pendant que j'étais au cinéma (voir C.R.A.Z.Y. — j'essaierai d'en parler plus en détail plus tard — que du coup je n'ai pas vraiment pu apprécier) je me suis trouvé de plus en plus mal, j'ai pensé que rentrer à pied (depuis Bercy) me ferait du bien, mais ça n'a fait qu'empirer, puis j'ai commencé à vomir énormément, et du coup je n'ai à peu près pas dormi de la nuit. Comme je ne sais pas distinguer, moi, les symptômes d'une gastro-entérite de ceux d'un empoisonnement alimentaire ou de quelque chose de plus grave, je me suis dit que j'allais pointer aux urgences (où, par exemple, ils pourraient faire des analyses qu'un médecin en consultation ne pourrait pas faire). Bon, c'était peut-être exagéré (d'un autre côté, quand je vois la plupart des autres gens qui étaient là, aux urgences, je ne crois pas) mais j'avoue que je me sentais vraiment mal et que j'appréciais l'idée d'être pris en charge.

On commence donc vers 8h30. Je passe sur le premier problème qui est de trouver les urgences dans cet immense dédale qu'est la Pitié (je ne sais pas s'il y a un classement quelque part des hôpitaux par leur taille, mais il est certainement en bonne place) : en fait, une fois qu'on a la bonne idée de se rendre compte que c'est fléché au sol, c'est facile. Une fois dans le bon bâtiment, on est déjà étonné de trouver l'endroit désert (je veux dire, le hall d'accueil). On demande à être admis : mais avant cela il faut poireauter une bonne vingtaine de minutes pendant que la secrétaire (seule, appparemment, à sa machine) s'occupe de trouver le dossier informatique du Monsieur qu'une demi-douzaine de beaux pompiers musclés ont amené (le Monsieur, apparemment, est un habitué, rigolent les pompiers, mais trouver son dossier s'avère un peu compliqué puisque l'orthographe de son nom est au mieux incertaine — est-ce Caquelin, Caquelain, Caclain… ? — et que la date de naissance ne coïncide pas). Après quoi, on vous fait passer devant une infirmière (ou peut-être pas une infirmière, je ne sais pas, en fait) qui fait une première interrogation rapide sur les symptômes (et prend température, tension et pouls — seul le pouls est un peu rapide) et qui trouve manifestement très exagéré (même si elle reste impeccablement professionnelle) qu'avec un tableau comme nausées, vomissements, diarrhée on se présente aux urgences. Ce en quoi elle n'a pas forcément tort, en tout cas elle dit qu'elle va demander un avis, mais voilà que passe un grand ponte des urgences (enfin, je pense), le docteur Mohamed B. (praticien attaché de sa fonction), qui fait un grand sourire et qui dit que, évidemment qu'il faut admettre cette personne : Monsieur se présente à l'hôpital pour être soigné, Monsieur sera soigné à l'hôpital (phrase prononcée avec un brin d'humour — mais pas moqueur — et on verra dans un instant pourquoi).

Ensuite on vous fait attendre devant le poste infirmier 2, et une grosse demi-heure passe sans qu'on sache au juste à quoi on doit s'attendre. Là, une charmante jeune personne vient vous mener dans une chambre qui, ici, s'appelle un box : elle explique qu'elle s'appelle Katharina H., qu'elle est élève externe (et allemande en bourse Erasmus — mais elle parle plus que correctement le français), qu'elle va poser un certain nombre de questions et quelques examens sommaires, dont les réponses seront notées et ensuite présentées à un interne. (À ce stade-là, il est environ 9h30.) Elle, elle ne semble pas penser que ce soit absurde d'être venu aux urgences pour des nausées (ou, si elle le pense, elle le cache fort bien). L'interrogatoire est mené avec précision (on apprendra ensuite qu'elle a oublié quelques questions, comme savoir s'il y avait du sang dans mes selles), je m'efforce d'y répondre de façon claire et fonctionnelle, et toutes les réponses sont saisies dans mon dossier informatique. Puis on me laisse un moment dans le box, et l'interne arrive et se présente, il s'agit du docteur Anne L. (et elle est également tout à fait charmante) : elle me pose une ou deux questions que l'externe avait oubliées, elle conclut que tout va bien, mais elle explique qu'avant de me laisser partir elle doit faire approuver le dossier par un sénior, et qu'elle va le chercher.

Le sénior en question, c'est le docteur Mohamed B. déjà évoqué plus haut. Il se pointe et il dit que tout va bien mais que pour en être sûr on va se livrer à quelques analyses supplémentaires (i.e., une prise de sang, pour vérifier que je ne fais ni d'anémie — il paraît que j'ai le teint pâle — ni de déshydratation). En fait, on comprend vite que son idée est de profiter d'un patient sans complication particulière (moi, donc) pour se servir de moi pour permettre à une élève infirmière de s'exercer à la prise de sang et pour expliquer à l'externe comment mener l'examen neurologique sommaire qu'elle avait omis (mais que l'interne n'avait pas non plus pensé à mener). Du coup, je gagne une petite prolongation de parcours (et le droit de porter pendant un moment l'uniforme bleu ciel des patients), à laquelle je me soumets de bonne grâce (surtout que je vais y gagner un bilan sanguin, ce qui est toujours bon à prendre). Une élève infirmière, donc, me pose un cathlon, qui est un petit orifice placé dans une veine et qui sert à ne piquer qu'une fois même si on aura besoin de faire plusieurs prises de sang, une perfusion, etc. (enfin, dans mon cas, ça n'a servi à rien) : elle est plutôt timide, elle semble assez paniquée à l'idée de me faire mal, ou de mal faire, et du coup elle est d'un soin méticuleux presque maniaque pour ce qui est d'asurer l'asepsie. Mes échantillons de sang partent au laboratoire, et on me laisse seul un moment, puis le sénior revient avec l'externe (il doit être environ 11h15) et lui montre comment faire le fameux examen neurologique (genre, ensuite vous lui dites de se lever et de se tenir debout les pieds reserrés et les yeux fermés, maintenant on teste ses réflexe, là la réflexe au tendon d'Achille <bim>, là au genou <boum>, etc.), ce qui était plutôt rigolo : j'aurai pu servir à l'instruction des futurs médecins (allemands, en plus).

Ce qui est moins rigolo, c'est qu'il me faut ensuite encore poireauter plus d'une heure et demie devant le poste infirmier en attendant que mes résultats d'analyse reviennent, soient lus par l'interne (qui confirme que tout va bien et que le diagnostic est : gastro-entérite virale) et approuvés par le sénior. Mon conseil, donc, si on va aux urgences par ses propres moyens, c'est d'y apporter de quoi bouquiner, parce que même en regardant les pompiers qui amènent de temps en temps des nouveaux patients (ou, selon les goûts de chacun, les charmantes internes/externes/infirmières), on finit par s'ennuyer ferme. Il est vrai que dans la copie que j'ai reçue du dossier hospitalier il est écrit priorité 4, qui est sans doute le plus bas possible (et c'est normal, évidemment — mais je n'ai pas non plus vu de gens qui avaient vraiment l'air d'avoir besoin de soins terriblement urgents).

J'en ressors, donc, avec plein de papiers (dont le bilan sanguin et un compte-rendu très détaillé de la journée) et un petit trou dans une veine qui va me donner un joli look de junkie. Et surtout le conseil : Buvez du jus de pomme !

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