David Madore's WebLog: 2010-09

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in September 2010 / Entrées publiées en septembre 2010:

(jeudi)

Apprendre à lire la Déclaration universelle des Droits de l'Homme

Les six langues officielles des Nations Unies sont l'arabe, le chinois, l'anglais, le français, le russe et l'espagnol. Même si on peut discuter dans le détail (par exemple pour arguër que le hindi+ourdou devrait y figurer si on ne compte qu'en nombre de locuteurs ; ou que le chinois ne devrait pas y figurer si on mesure l'usage limité qu'il en est fait comme lingua franca en-dehors d'un pays ; etc.), il n'en demeure pas moins que, globalement, c'est une bonne approximation des langues importantes au niveau planétaire. Disons que si on devait choisir six langues à connaître pour se débrouiller sur Terre, pour être citoyen du monde, il s'agit d'un choix plus que raisonnable. Malheureusement, ce sont aussi six langues globalement plutôt merdiques au niveau de la difficulté à les apprendre (je n'ai pas énormément de points de comparaison, mais l'allemand, par exemple, est probablement nettement plus facile à apprendre qu'aucune des six[#] — je parle pour quelqu'un dont la langue maternelle serait extrêmement éloignée des sept langues en question).

Voilà ce qui me donne l'idée suivante : j'aimerais apprendre un texte unique dans ces six langues. Apprendre, c'est-à-dire apprendre à lire et à prononcer (fût-ce avec un accent pourri), tout en comprenant ce que je lis ou prononce ; voire apprendre par cœur, selon la patience que j'ai à réaliser ce défi. Le texte, choisi pour son universalité et pour le fait d'être naturellement disponible dans les six langues des Nations Unies (mais éventuellement dans beaucoup d'autres si je veux continuer le défi), s'impose de lui-même : la Déclaration universelle des Droits de l'Homme. Comme il est assez long et qu'il faut un début à tout, il s'agit au moins de commencer par savoir lire :

يولد جميع الناس أحراراً متساوين في الكرامة والحقوق، وقد وهبوا عقلاً وضميراً وعليهم أن يعامل بعضهم بعضاً بروح الإخاء.

人人生而自由,在尊严和权利上一律平等。他们赋有理性和良心,并应以兄弟关系的精神相对待。

All human beings are born free and equal in dignity and rights. They are endowed with reason and conscience and should act towards one another in a spirit of brotherhood.

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Все люди рождаются свободными и равными в своем достоинстве и правах. Они наделены разумом и совестью и должны поступать в отношении друг друга в духе братства.

Todos los seres humanos nacen libres e iguales en dignidad y derechos y, dotados como están de razón y conciencia, deben comportarse fraternalmente los unos con los otros.

Bon, ce n'est pas tout de savoir comment ça s'écrit, il faut aussi savoir comment ça se prononce. Je n'ai pas de problème pour le français ou l'anglais, et je peux certainement trouver assez facilement comment l'espagnol se prononce. Pour les trois autres langues, il me manque (au moins) un complétement très important pour que la tâche devienne vaguement algorithmique : pour l'arabe la vocalisation complète, pour le chinois mandarin la transcription en pinyin (tons compris) ou en bopomofo, et pour le russe la place de l'accent tonique. Voire, directement, une transcription précise en alphabet phonétique. Cela est beaucoup plus difficile à trouver.

S'agissant de l'article 1 (ci-dessus), on trouve assez facilement ce qui me manque :

يُولَدُ جَمِيعُ النَّاسِ أَحْرَاراً مُتَسَاوِينَ فِي الكَرَامَةِ وَالحُقُوق، وقَد وُهِبُوا عَقْلاً وَضَمِيراً وَعَلَيهِم أَن يُعَامِلَ بَعَضُهُم بَعْضاً بِرُوحِ الإِخَاء.

Rénrén shēng ér zìyóu, zài zūnyán hé quánlì shàng yīlù píngděng. Tāmen fùyǒu lǐxìng hé liángxīn, bìng yīng yǐ xiōngdì guānxì de jīngshén xiāng duìdài.

Все́ лю́ди рожда́ются свобо́дными и ра́вными в своём досто́инстве и права́х. Они́ наде́лены ра́зумом и со́вестью и должны́ поступа́ть в отноше́нии дру́г дру́га в ду́хе бра́тства.

On trouve même des enregistrements de gens lisant ça dans chacune des langues en question, ce qui permet de savoir exactement comment il faut prononcer. Pour les articles suivants, ce sera plus dur !

Par ailleurs, conformément à ce que j'avais déjà souligné, il est amusant et intéressant de faire des rercherches dans Google images des différents mots. Par exemple, s'agissant du mot qui signifie dignité (dans égaux en dignité et en droits), voici ce qu'on obtient quand on le recherche : en arabe, en chinois, en anglais, en français, en russe et en espagnol : les êtres humains sont peut-être égaux en dignité, mais manifestement ils ne se la représentent vraiment pas de la même façon ! (Et sur ces images, je préfère clairement la version espagnole.)

[#] Esquisse d'argument : l'allemand a une prononciation passablement régulière par rapport à son écriture (en tout cas par rapport à l'anglais ou au français) et l'écriture donne toute l'information pour lire le mot (contrairement à l'arabe, au chinois et dans une certaine mesure au russe), sa grammaire est d'une difficulté modérée dans l'absolu (nettement plus que l'arabe ou le russe), sa morphologie est limitée (contrairement au français, au russe et à l'espagnol), et son vocabulaire est productif à partir d'un nombre de formes de base nettement plus limitées que la plupart des autres langues. Je pense donc que quelqu'un qui ne parlerait, disons, que le tamoul (pour qu'il soit un peu neutre dans le jugement), et qui disposerait de méthodes ou de professeurs d'un niveau égal, aurait plus de facilité à apprendre l'allemand que l'arabe, le chinois, l'anglais, le français, le russe ou l'espagnol.

(mardi)

Les analystes politiques sont énervants

J'avoue avoir un certain intérêt pour l'observation de ce qu'il est convenu d'appeler la politique politicienne, c'est-à-dire tout ce qui n'est pas questions de fond mais questions de pouvoir, d'alliances et d'hommes. On est censé mépriser ça, ou, en tout cas, tous les hommes politiques ne manquent pas de rappeler régulièrement, dès qu'un journaliste leur pose une question sur ce terrain, que ce n'est pas ce qui intéresse les électeurs (sous-entendu, moi je ne fais pas de la politique politicienne, je fais de la politique de fond, celle que les électeurs apprécient) — jugement qui est clairement mensonger s'agissant d'eux-mêmes (évidemment qu'ils font tous de la politique politicienne ! ce serait idiot de penser qu'on peut s'en passer) et dont je me demande dans quel mesure il est vrai s'agissant des électeurs (s'il y a tant d'éditoriaux, d'articles de journaux, d'émissions de télé, et alia, concernant les jeux de pouvoir, c'est probablement que ça doit intéresser d'autres que ceux qui les font). Bref, je ne trouve pas ça, pour ma part, spécialement méprisable, vu qu'il est aussi naïf de penser qu'on peut faire sans qu'il le serait de s'imaginer qu'on peut gagner une bataille sans généraux ou qu'on peut accéder au pouvoir et garder tous ses idéaux — et en tout cas c'est (intellectuellement, humainement, sociologiquement) intéressant à observer.

Mais à côté des hommes politiques qui la font, cette politique politicienne, il y a aussi des sortes de commentateurs sportifs qui la dissèquent. Avoir un commentaire un peu éclairé est certainement souhaitable, mais ces gens-là en arrivent à vouloir tellement briller par la profondeur, la subtilité, ou la portée de leur analyse qu'ils en viennent vraiment à incarner eux-mêmes tout ce qu'on trouve d'irritant au contenu qu'ils sont censés analyser.

Car tout devient prétexte à déceler un nouveau mouvement de fond. N'importe quelle déclaration marque un tournant, n'importe quelle phrase prononcée sans réfléchir est lourde de sens et de calcul, tout n'est que sophistication byzantine (que seuls ces mêmes analystes, bien sûr, savent décoder). Le Premier ministre a-t-il prononcé une phrase dans laquelle on pouvait éventuellement imaginer une nuance différente de celle que le Président avait utilisée ? Tout de suite, Matignon marque sa différence avec l'Élysée. La première secrétaire du Parti socialiste attaque-t-elle telle position du chef de l'État ? C'est forcément un calcul très précis concernant la façon dont le Front national se positionnera au premier tour de la présidentielle de 2012. Ouhlà. L'opinion publique telle que mesurée par je ne sais quel sondage de marge d'incertitude gigantesque a-t-elle varié de 1% ? C'est un vaste retournement qui se dessine sur le sujet. Et d'en tirer des leçons à donner à tout le gotha politique.

Ces gens sont bien heureux que leurs prévisions, leurs analyses et leurs commentaires sont aussitôt entendus qu'ils sont déjà oubliés. Il serait intéressant de les faire enregistrer, avant chaque sondage et surtout avant chaque élection, les résultats qu'ils prévoient, pour confronter ces prévisions à la réalité et mesurer un peu précisément la qualité de leur oracle.

(samedi)

Les robots de chez spartoo.com

A priori, le site marchand spartoo.com (ils vendent des chaussures, et quelques vêtements) est bien conçu, leur catalogue est intéressant (à mes yeux au moins), et leurs prix sont compétitifs. Ils livrent rapidement, et il est très simple et gratuit de faire un retour si on s'est par exemple trompé de pointure (on imprime une étiquette qu'on colle sur le colis, et on le dépose dans un relais Kiala, c'est-à-dire un réseau de commerçants qui font du dépôt et de la livraison de colis). Tout cela est fort attractif.

Quand ça marche. Parce que le problème avec les mécaniques bien huilées, c'est que quand il y a un problème, il devient impossible de faire quelque chose. J'avais commandé, le 30 août, une paire de chaussure Nike (Air Force 1 Mid, 315123-003) de couleur noire. Le 2 septembre (quand je vous dis que c'est rapide !), la commande m'est livrée. Problème : elle m'est arrivée bleue. La couleur bleue n'étant pas dans le catalogue de spartoo.com, je soupçonne une erreur dans les stocks. De fait, la boîte est correctement étiquetée par Nike (ces andouilles ne disent pas blue, ils disent varsity royal, ce qui est quand même le nom de couleur le plus grotesquement pompeux qui soit, mais bon, au moins le numéro de référence est clair, c'est 315123-400 alors que sur ma facture c'est 315123-003).

Pas de problème, il suffit de retourner la chose et de demander un nouvel article. Le formulaire de retour a même une case le produit m'est bien arrivé, mais ce n'était pas la couleur commandée, que je coche, et il y a un champ pour entrer plus d'explications. Je dépose donc (toujours le 2 septembre) mon colis correctement étiqueté chez une imprimerie pas loin de chez moi qui fait relais Kiala, et j'attends des nouvelles. Le lendemain je reçois un mail m'annonçant que mon retour est accepté.

Le 8 septembre (mercredi dernier), nouvelle livraison, en remplacement. Très bien, mais c'est toujours exactement la même chose : la chaussure est obstinément bleue, et porte obstinément le numéro 315123-400. Cette fois, en plus de faire un retour, j'écris au service clientèle (enfin, j'écris à une de ces adresses associées à un prénom féminin évocateur par lesquelles spartoo.com écrit à ses clients, et qui sont, probablement, toutes exactement la même chose) un mail détaillé expliquant la situation, avec toutes les références : je reçois un mail automatisé m'informant qu'un ticket de demande de renseignement est ouvert. Bon, ce n'est pas une demande de renseignement, mais on peut au moins espérer qu'ils les lisent. Pour plus de précaution, je colle sur la boîte des chaussures que je retourne un post-it sur lequel j'attire de façon très visible l'attention sur le problème (Vous avez une erreur dans vos stocks : ceci est la référence Nike 315123-400 (bleue), j'avais commandé la 315123-003 (noire)).

Aucune réaction du service client, bien sûr, sauf les mails complètement automatisés me signalant que mon retour est accepté, qu'une nouvelle commande est en préparation (c'est Amélie qui signe les mails relatifs aux colis, et Adriana qui signe ceux concernant les commandes : pourquoi ai-je l'impression que ces personnes n'existent pas ?). Et ce matin (11 septembre, donc), nouvelle livraison. La chaussure persiste à être bleue. Je me demande si je n'ai pas reçu exactement la même, d'ailleurs (j'aurais peut-être dû mettre un lapin blanc invisible dans la boîte que je retournais, pour le savoir) ; après tout, ils ne doivent pas avoir tant de paires que ça, pour un modèle précis et une pointure précise.

J'ai hésité à être taquin et obstiné, et à continuer les retours avec demande d'échange pour voir combien de temps ça pourrait durer avant que quelqu'un se rende compte de la situation. Après tout, même si visiblement les frais de personnel doivent être très réduits puisque tout a l'air totalement automatisé, il faut au moins qu'ils paient à chaque fois une livraison par Colissimo, qui aurait fini par représenter plus que le prix de la chaussure, et en tout cas certainement plus que leur marge dessus. Mais bon, je veux quand même revoir mon argent, à défaut de chaussures de la bonne couleur : je fais donc un retour contre remboursement. (En ayant quand même la conscience de décrire, de nouveau, sur un post-it sur la boîte, quel est le problème, et en le signalant de nouveau au service clientèle.) J'irai acheter cette paire de chaussures dans une vraie boutique[#] dans la vraie vie.

Reste que j'ai perdu du temps, vraiment inutilement, avec cette connerie, ne serait-ce qu'à fermer des boîtes, à coller des étiquettes, à déposer des colis dans des relais, et à rédiger des mails au service clientèle qui ne les lira apparemment jamais. Et eux ont perdu de l'argent aussi. Ça laisse surtout un goût amer à cause de l'impossibilité de contacter un humain : il y a probablement quelqu'un chez spartoo.com qui serait content d'entendre mon histoire[#2], mais je n'ai aucune façon de le contacter (mes mails partent directement à la poubelle, et mes post-its sur les boîtes certainement aussi vu que le magasinier qui les reçoit n'y est pour rien et ne peut rien y faire). Et il y a probablement quelqu'un qui chausse aussi du 44 qui aura envie d'acheter la même paire de chaussures que moi et qui subira la même surprise.

Mise à jour (2010-09-13) : Ils m'ont téléphoné pour s'excuser, expliquer un peu ce qui s'est passé (il y a eu une erreur entre la référence qu'ils ont photographiée et enregistrée sur le catalogue et celle qu'ils ont commandée à Nike), et m'offrir un bon de réduction pour mes prochains achats chez eux.

[#] C'est ce que j'aurais dû faire dès le début, me dites-vous ? Pas clair : si j'ai commandé chez spartoo.com, c'est justement suite à l'agacement du service chez une boutique Foot Locker : j'ai montré un modèle exposé (et en promotion) en demandant à l'essayer en 43 (selon les marques, je chausse entre 42 et 46), j'attends cinq minutes qu'on me l'apporte, je l'essaie, il est trop petit, et je me rends compte que par ailleurs ce n'est pas exactement le modèle que j'avais demandé. J'attire l'attention sur ce fait (la différence entre les modèles n'était vraiment pas évidente, et la vendeuse n'en avait apparemment pas du tout pris conscience), et je demande à voir l'autre, et en 44 : de nouveau cinq minutes passent, et on m'apporte bien du 44, mais toujours du mauvais modèle. Cette fois, je n'essaie pas les chaussures, j'insiste pour voir le modèle que j'avais montré et pas celui d'à-côté, et on me répond, avec le ton de la plus parfaite évidence, qu'il n'y en a plus. Je suis parti un peu furieux et en oubliant que comme le modèle exposé (celui que je voulais) était à ma pointure, je pouvais au moins exiger d'avoir la paire de démonstration.

[#2] Bien sûr que le risque de faire ce genre d'erreurs est un coût parfaitement assumé par le marchand, eu égard aux économies de personnel qu'il permet de faire. Mais là l'absurdité est poussée jusqu'à un point vraiment extrême.

(mardi)

Combien de manifestants ?

Une tradition idiote (dont je ne sais pas si elle est franco-française ou si d'autres pays font pareil) veut qu'à chaque manifestation les journalistes donnent le nombre de manifestants selon la police — et selon les organisateurs. Je sais que ça devient une manie chez moi de taper sur les journalistes, mais, quand même, en disant ça, ils sont en train de dire qu'ils ne font pas leur boulot : parce que, dans mon esprit, c'est justement la presse qui serait censée enquêter de façon impartiale pour établir un chiffre correct. Par exemple, en cherchant à savoir comment, au juste, les uns et les autres arrivent à leurs nombres, ou, plus exactement, qui ils comptent au juste, et en déterminant par quel rapport ces méthodes de dénombrement/sélection sous- ou sur-estiment la population de manifestants par rapport à ceux qui répondraient oui à la question êtes-vous en train de manifester pour ‹truc› ? (ce qui est, à mon avis, la bonne façon de caractériser un manifestant, et à le distinguer d'un badaud). Ça n'a pas l'air excessivement difficile[#], et ça permettrait de mettre un terme à ce pipo récurrent.

[#] Exemple de protocole expérimental : se renseigner sur la façon dont la police compte, et sur la façon dont les organisateurs comptent, appliquer ces deux méthodes à un échantillon d'entre une grosse centaine et un petit millier de personnes, vérifier que le rapport entre les deux chiffres est bien le rapport entre les chiffres (ou les chiffres partiels à l'heure considérée) donnés par la police et les organisateurs, puis, ce contrôle passé, déterminer de façon fiable qui est au juste manifestant dans l'échantillon en posant la question à chacune de ces personnes, et conclure.

(lundi)

Ça n'aura pas tenu longtemps

J'ai vu mon dentiste cet après-midi pour ma dent cassée : il m'a recommandé de poser un onlay en céramique (pour 380€, ce qui, en matière de soins dentaires, est une bouchée de pain). Il a pris l'empreinte pour la transmettre à son prothésiste, et il a posé un pansement temporaire (je ne sais pas ce que c'était exactement, une sorte de composite j'imagine ; en tout cas, c'est dur et grisâtre) pour éviter que la dent se casse encore plus.

Ça c'était à 15h. À 21h le pansement était déjà tombé : j'ai mangé un petit peu de chocolat (même pas particulièrement dur ni sorti du frigo) et je n'ai pas fait suffisamment attention, ou pas réussi, à ne manger que du côté droit.

Pfff… C'est ce que je déteste avec la chirurgie dentaire : à chaque fois, je vais de complication en complication. (Pareil quand on me préparait la seule couronne que j'aie : la dent temporaire qu'avait mise la dentiste — quelqu'un d'autre que celui que je vais voir maintenant — était tombée en à peu près 24h. Je sais que c'est temporaire, mais c'était quand même censé durer un peu plus longtemps que ça.)

Je suis censé ne manger que des bouillons pendant dix jours, ou quoi ?

(vendredi)

Oubliez millard, billion, trillion… dites giga, téra, exa

En français, en principe, un milliard désigne le nombre 109 (ou 1e9 dans la version informatique de la notation scientifique), c'est-à-dire 1000000000 (un un suivi de neuf zéros), ou mille millions ; un billion désigne 1012 (=1e12), c'est-à-dire 1000000000000, soit mille milliards ou un million de millions ; et un trillion désigne 1018 (=1e18), c'est-à-dire 1000000000000000000, soit un million de billions, ou un milliard de milliards. Il n'y a pas de mots pour désigner 1015 (=1e15), on doit juste dire mille billions (quand j'étais petit, je m'imaginais fort logiquement que c'était un billiard, qui a même une entrée sur Wikipédia en français, mais ce n'est pas très sérieux). De façon générale, un N-llion, c'est 106N (par exemple, un septillion, c'est 1042), ou, si on préfère parler en puissances de 1000, c'est 10002N : on dit donc que le français utilise la convention 2N. Les puissances de mille sont appelées, dans cette convention : mille, million, millard, billion, « billiard », trillion, « trilliard », quadrillion, « quadrilliard », quintillion, etc.

En anglais, le mot million a le même sens que son homologue français ; le mot milliard n'existe pas trop ; et un billion désigne le nombre 109 (ou 1e9 dans la version informatique de la notation scientifique), c'est-à-dire 1000000000 (un un suivi de neuf zéros), ou mille millions, ce qu'en français on nomme un milliard. Un trillion désigne 1012 (=1e12), c'est-à-dire 1000000000000, ce qu'en français on nomme un billion ; et un quadrillion désigne 1015 (=1e15), c'est-à-dire 1000000000000000, ce qui se nomme en français mille billions, ou un billiard si on consent à utiliser ce mot. Quant à 1018 (=1e18), le trillion du français, en anglais il se dit quintillion. De façon générale, un N-llion, c'est 103(N+1) (par exemple, un septillion, c'est 1024, ce qu'en français on appellerait quadrillion), ou, si on préfère parler en puissances de 1000, c'est 1000N+1 : on dit donc que l'anglais utilise la convention N+1. Les puissances de mille sont appelées, dans cette convention : thousand, million, billion, trillion, quadrillion, quintillion, sextillion, etc.

Pour que ce soit bien clair :

Notation scientifique10310610910121015101810211024
Notation informatique1e31e61e91e121e151e181e211e24
Convention 2N
(français)
millemillionmilliardbillion« billiard »trillion« trilliard »quadrillion
Convention N+1
(anglais)
thousandmillionbilliontrillionquadrillionquintillionsextillionseptillion
Préfixe SIkilomégagigatérapétaexazettayotta
Périphrasemilleun millionun milliardmille milliards
ou : un million de millions
un million de milliardsun milliard de milliardsmille milliards de milliardsun million de milliards de milliards

La convention 2N (celle du français) a l'avantage pour elle d'être un peu plus simple pour les calculs : un trillion de trillions est un sextillion comme trois et trois font six, et un quadrillion de quadrillions est un octillion comme quatre et quatre font huit.

Bon, ça c'est la théorie.

La pratique, c'est que c'est le bordel complet. D'abord, parce que le français eut utilisé (au moins partiellement) la convention N+1 : le Littré définit le billion comme : Terme d'arithmétique. Dix fois cent millions ou mille millions, un milliard, qui [le mot milliard] est plus particulièrement usité dans le langage de la finance et dans le langage ordinaire. Et trillion : Terme d'arithmétique. Mille billions, ou mille fois mille billions. (le Club Contexte vous remercie, Monsieur Littré ! Dans la première définition, ou veut dire c'est-à-dire, et dans la seconde il veut dire ou bien au contraire.) Je pense qu'il y a toujours eu confusion.

A contrario, l'anglais eut utilisé la convention 2N : voici ce que dit l'OED à ce sujet :

billion (ˈbɪljən). [a. F. billion, purposely formed in 16th c. to denote the second power of a million (by substituting bi- pref. for the initial letters), trillion and quadrillion being similarly formed to denote its 3rd and 4th powers. The name appears not to have been adopted in Eng. before the end of the 17th c.: see quot. from Locke. Subsequently the application of the word was changed by French arithmeticians, figures being divided in numeration into groups of threes, instead of sixes, so that F. billion, trillion, denoted not the second and third powers of a million, but a thousand millions and a thousand thousand millions. In the 19th century, the U.S. adopted the French convention, but Britain retained the original and etymological use (to which France reverted in 1948).]

Je ne sais pas ce qui a pu être décidé en 1948[#0] ou comment ça a pu se passer, mais au moins ça a le mérite d'être clair : d'après l'OED, la convention initiale est la convention 2N, et elle date du 16e siècle en France, puis a été adoptée en anglais au 17e siècle ; au 19e siècle la France est passée à la convention N+1 (d'où les définitions données par Littré), les États-Unis ont suivi, puis au 20e siècle la France est revenue à la convention d'origine 2N. Bon, en fait, mon édition de l'OED date des années '80 (c'est la dernière édition imprimée), et j'imagine qu'une édition plus récente signalerait que les Britanniques se sont maintenant plus ou moins pliés à l'impérialisme américain (donc N+1) et que billion désigne maintenant vraiment un milliard même en Angleterre.

La confusion était déjà bien grande, et l'inventeur de la convention N+1 (un Français, donc, si j'en crois la petite remarque de l'OED) mériterait d'être pendu haut et court s'il n'était pas déjà mort depuis bien longtemps. Mais voilà qu'elle est rendue encore pire par l'apparition d'une engeance qui tente sans cesse de nous faire sombrer plus bas dans la nullité intellectuelle : les journalistes. Les journalistes français reçoivent quantité d'informations en anglais et, dès qu'ils voient un mot comme trillion figurer dans l'original, ils ne se font pas chier, ils traduisent par trillion. De toute façon, ils ne savent pas compter, pour eux un trillion est quelque chose de complètement incompréhensible, alors peu importe. On les entend donc régulièrement dire, par exemple, que la dette des États-Unis est de treize trillions de dollars (pour traduire thirteen trillion), sans se rendre compte de l'énormité du chiffre qu'ils avancent[#]. Non, elle est de treize billions de dollars, ça suffit largement, merci. Certains ajoutent l'insulte à l'injure, pardon, ajoutent l'injure à la blessure, en précisant qu'un trillion c'est un milliard de milliards, ce qui est juste, mais ce qui n'est pas l'usage qu'ils ont fait de ce mot. Tiens, je parie qu'il y a au moins un journaliste français qui a été assez con pour prétendre qu'on aurait calculé pi à cinq trillions de chiffres (remarquez que déjà l'article que je cite est en anglais censément britannique et utilise la convention N+1).

Bref, c'est vraiment la confusion la plus complète.

Bon, eh bien j'ai une proposition simple pour éviter toute cette confusion : ne plus utiliser ces mots.

Pour utiliser quoi à la place ? Une idée serait la notation scientifique. Mais celle-ci souffre de ses propres problèmes : d'abord, j'ai souligné que 1012 s'écrit aussi 1e12, donc il y aura toujours des journalistes assez cons pour dire que 1012 c'est 10 suivi de douze zéros ou a contrario pour lire 1e12 comme 1 puissance 12 ou ce genre de choses ; ensuite, il y a quelque chose dans la façon dont fonctionne la mémoire humaine qui fait qu'on retient plus facilement la mantisse que l'exposant, alors que c'est l'exposant qui est le plus important, et parfois il n'est pas si facile que ça de retrouver l'ordre de grandeur à un facteur 10 près ; enfin, c'est pénible à lire de toute façon, et c'est peu littéraire.

J'ai donc une autre solution : utilisons les préfixes SI comme si c'étaient des noms de nombres. On peut évidemment garder mille et le million, et éventuellement en français le milliard, mais à partir de là, disons sans hésiter : un téra (=1e12), un péta (=1e15), un exa (=1e18) et un zetta (=1e21) ; voire, un yotta (=1e24), mais cela prête à confusion pour d'autres raisons et de toute façon on a rarement besoin de nombres aussi grands. Le téra (=1e12, un million de millions) est de toute façon le plus important dans cette histoire : c'est lui qui se dit en principe billion en français et trillion en anglais, et qui cause le plus de confusion parmi les choses qu'on rencontre vaguement. La dette des États-Unis est de treize téra [de] dollars (ou treize téradollars), un japonais vient de calculer cinq téra [de] décimales de pi, le corps humain compte environ dix téra [de] cellules humaines (et cent téra [de] cellules dans la flore intestinale), et ça se dira exactement de la même façon en anglais. Et n'importe quelle personne ayant un minimum de culture scientifique comprendra tout de suite ce que cette convention signifie, sans avoir besoin d'être informée à l'avance (quant aux autres, ils ne savent de toute façon pas ce que billion veut dire, donc ils ne seront pas plus embêtés).

Faites circuler le mème ! (Après tout, la façon dont les journalistes utilisent ce genre de mots, c'est en reprenant ce que des scientifiques leur disent. Donc s'il faut inséminer l'idée, c'est bien chez des scientifiques — et j'imagine qu'il y en a qui lisent mon blog.)

(Il faudra que je traduise cette entrée en anglais, puisque c'est notamment par là que la confusion vient.)

[#0] Ajout : Il s'agirait apparemment de la 9e Conférence générale des Poids et Mesures, mais je ne trouve rien à ce sujet dans les résolutions de cette dernière. Par ailleurs, cette page en dit un peu plus sur la façon dont le bordel est apparu. Mais elle prétend que l'usage de la convention 2N est (re?)devenu légal en France par le décret 61-501 du 3 mai 1961 (relatif aux unites de mesure et au controle des instruments de mesure), et je ne vois rien dans ce décret qui mentionne le nommage des grands nombres pas plus que dans les résolutions de la 9e CGPM.

[#] Faut-il une preuve de ce que j'avance ? Chercher "trillions de dollars" sur Google : toutes les réponses (sauf celles qui dénoncent justement le phénomène dont je parle) sont forcément des erreurs, parce qu'un vrai trillions de dollars (1018, un milliard de milliards, un exa de dollars, quoi) c'est tellement gigantesque que ça ne peut rien désigner de correct.

(mercredi)

Encore une dent cassée

Ce n'est peut-être pas une nouvelle dent qui vient de casser, en fait, mais peut-être déjà la même que la dernière fois (la 26 ou la 27, je ne suis pas très sûr) : en tout cas, elle était déjà réparée avec du composite, et c'est plus le composite que la dent elle-même qui a cassé. (La dent était très mal en point, il faut croire : sa situation n'a peut-être pas du tout empiré, en fait.)

Mais ça se produit toujours au pire moment possible. Mon dentiste ne peut pas me prendre avant lundi, à cause du rush de la rentrée. Je ne sais pas si je dois craindre que la dent parte en mille morceaux d'ici là. D'un autre côté, elle ne me fait pas mal, donc mon poussinet me suggère d'attendre lundi.

Il existait autrefois un service d'urgences dentaires et stomatologiques boulevard de Port-Royal : il semble qu'ils aient disparu. (Leur répondeur suggère de s'adresser à un cabinet de stomatologues dans le 9e.) Sinon, il y a les urgences dentaires de la Pitié, mais je pense que c'est pour les gens qui ont vraiment mal.

Je ne sais pas si ça vaut la peine de chercher quelque chose en urgence d'ici là : si de toute façon la dent a de fortes chances de se faire arracher, dévitaliser, couronner, ou tronçonner d'une autre manière barbare, ça ne sert pas forcément à grand-chose de la colmater avant. Soupir…

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