David Madore's WebLog: Les analystes politiques sont énervants

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(mardi)

Les analystes politiques sont énervants

J'avoue avoir un certain intérêt pour l'observation de ce qu'il est convenu d'appeler la politique politicienne, c'est-à-dire tout ce qui n'est pas questions de fond mais questions de pouvoir, d'alliances et d'hommes. On est censé mépriser ça, ou, en tout cas, tous les hommes politiques ne manquent pas de rappeler régulièrement, dès qu'un journaliste leur pose une question sur ce terrain, que ce n'est pas ce qui intéresse les électeurs (sous-entendu, moi je ne fais pas de la politique politicienne, je fais de la politique de fond, celle que les électeurs apprécient) — jugement qui est clairement mensonger s'agissant d'eux-mêmes (évidemment qu'ils font tous de la politique politicienne ! ce serait idiot de penser qu'on peut s'en passer) et dont je me demande dans quel mesure il est vrai s'agissant des électeurs (s'il y a tant d'éditoriaux, d'articles de journaux, d'émissions de télé, et alia, concernant les jeux de pouvoir, c'est probablement que ça doit intéresser d'autres que ceux qui les font). Bref, je ne trouve pas ça, pour ma part, spécialement méprisable, vu qu'il est aussi naïf de penser qu'on peut faire sans qu'il le serait de s'imaginer qu'on peut gagner une bataille sans généraux ou qu'on peut accéder au pouvoir et garder tous ses idéaux — et en tout cas c'est (intellectuellement, humainement, sociologiquement) intéressant à observer.

Mais à côté des hommes politiques qui la font, cette politique politicienne, il y a aussi des sortes de commentateurs sportifs qui la dissèquent. Avoir un commentaire un peu éclairé est certainement souhaitable, mais ces gens-là en arrivent à vouloir tellement briller par la profondeur, la subtilité, ou la portée de leur analyse qu'ils en viennent vraiment à incarner eux-mêmes tout ce qu'on trouve d'irritant au contenu qu'ils sont censés analyser.

Car tout devient prétexte à déceler un nouveau mouvement de fond. N'importe quelle déclaration marque un tournant, n'importe quelle phrase prononcée sans réfléchir est lourde de sens et de calcul, tout n'est que sophistication byzantine (que seuls ces mêmes analystes, bien sûr, savent décoder). Le Premier ministre a-t-il prononcé une phrase dans laquelle on pouvait éventuellement imaginer une nuance différente de celle que le Président avait utilisée ? Tout de suite, Matignon marque sa différence avec l'Élysée. La première secrétaire du Parti socialiste attaque-t-elle telle position du chef de l'État ? C'est forcément un calcul très précis concernant la façon dont le Front national se positionnera au premier tour de la présidentielle de 2012. Ouhlà. L'opinion publique telle que mesurée par je ne sais quel sondage de marge d'incertitude gigantesque a-t-elle varié de 1% ? C'est un vaste retournement qui se dessine sur le sujet. Et d'en tirer des leçons à donner à tout le gotha politique.

Ces gens sont bien heureux que leurs prévisions, leurs analyses et leurs commentaires sont aussitôt entendus qu'ils sont déjà oubliés. Il serait intéressant de les faire enregistrer, avant chaque sondage et surtout avant chaque élection, les résultats qu'ils prévoient, pour confronter ces prévisions à la réalité et mesurer un peu précisément la qualité de leur oracle.

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