David Madore's WebLog: 2004-06

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in June 2004 / Entrées publiées en juin 2004:

(mercredi)

J'ai été médisant

Comme quoi les oracles funestes ne sont pas toujours justes : hier je prédisais que j'irais plutôt mal aujourd'hui. En vérité j'ai appris une nouvelle très heureuse (plus qu'une simple potentialité, pour le coup ; je n'en dis pas plus parce qu'il sera largement temps quand la chose sera sûre), j'ai reçu un mail qui m'a fait plaisir et j'ai bavardé avec plusieurs personnes que j'apprécie beaucoup. Mon moral étant donc même plutôt radieux (en dépit de quelques potentialités qui se sont bien refermées comme je le pensais).

Ça pourrait être amusant de tracer une courbe de mon moral en fonction du temps, d'ailleurs, jour après jour. J'ai vu des gens faire ça (ou des choses semblables). Ensuite, on peut tenter d'y appliquer les méthodes que les gens appliquent pour prédire les cours de la bourse. 😎

(mardi)

« Potentialités »

Cap vers le bas ! Ces derniers jours (depuis mon retour d'Allemagne) ont été tout à fait heureux. Mais je sens que demain va présenter une nette régression vers la déprime.

En fait, je commence à très bien comprendre certains des mécanismes qui me rendent heureux ou malheureux (disons plutôt : certains mécanismes qui me rendent heureux et dont l'absence d'opération me rend malheureux). On pourrait parler de potentialités : j'aurais du mal à expliquer exactement ce que c'est, mais c'est quelque chose que je sais assez bien reconnaître et qui me rend heureux ; la rencontre d'une nouvelle personne (pas forcément nouvelle, d'ailleurs, mais c'est plus frappant si c'est le cas) constitue une potentialité, un échange de mails nouveau et surprenant en constitue une, une information inattendue également, ou encore la découverte d'une possibilité inexplorée. Disons, tout ce qui est nouveau et surprenant et qui sans pour autant imposer un changement offre la promesse d'un choix, d'une liberté, d'une possible nouvelle orientation d'un des paramètres de ma vie. Parfois les potentialités se referment : en gros on pourrait dire qu'il s'agit de la situation d'un espoir faux ou trompé, mais c'est beaucoup plus large que ça (par exemple, un mystère surgi dans ma vie, même s'il n'a aucune sorte de promesse attachée, constitue une potentialité, qui se referme lorsque je comprends que je n'aurai pas la réponse au mystère, ou lorsque ce dernier perd son intérêt pour moi). Parfois elles conduisent à un vrai bonheur durable, mais auquel on finit forcément par s'habituer. Entre temps, les potentialités sont pour moi une source de satisfaction.

Ces derniers jours il y en a eu un assez grand nombre dans ma vie. Je ne vais pas les énumérer, elles prennent des formes trop diverses, certaines sont très mineures, d'autres ne peuvent pas être exposées ici ; cela a été une rencontre, plusieurs mails surprenants (mais de façon agréable), une conversation plaisante qui m'a ouvert l'esprit, (l'approche de) la marche des fiertés, un ragot complètement surgi de l'espace, une découverte informatique qui pourrait me servir, une coïncidence rigolote, une suggestion audacieuse (là je peux dire clairement ce que c'est : candidater comme caïman à l'ENS, même si je n'ai à peu près aucune chance), etc. Mais un grand nombre de ces potentialités sont en train de se refermer, et c'est là toujours un contrecoup pénible (dans le style « mais pourquoi au juste ai-je trouvé à me réjouir de <ceci ou cela> ? »). Il est vrai que d'autres peuvent ressurgir (j'en ai même une ou deux qui sont « au programme »), mais disons que ces derniers jours ont été vraiment très riches, je ne pense pas que ça se prolonge.

En tout cas, je comprends maintenant d'autant mieux pourquoi j'ai besoin de fréquenter des gens, et d'en rencontrer de nouveaux : cela constitue, ou cela crée, de nombreuses potentialités. (Et il y a des gens dont la compagnie m'est agréable parce qu'ils semblent en générer autour d'eux comme par magie.) À l'inverse, l'été est une saison typiquement pauvre en la chose (ou en tout cas c'est l'idée que je m'en fais).

(Au passage, si quelqu'un peut proposer un autre mot que « potentialité », lequel est juste la première chose qui m'est passée par la tête, cela m'intéresse. Par exemple, si la notion a déjà été explorée et nommée.)

(mardi)

Nanars !

Je ressors d'une Nuit du Nanar à l'École, où on a vu la projection successivement de Braindead, de Vercingétorix et de Battlestar Galactica (le film, tiré des deux premiers épisodes de la série du même nom — à moins que ce soit le contraire). Grandiose. Le premier est un film gore (à l'extrême) comique, qu'on ne sait vraiment pas si on doit prendreu au deuxième ou au troisième degré, mais en tout cas qui est à mourir de rire (enfin, surtout si on le voit en groupe). Le second est tellement épouvantablement mauvais (surtout dans les dialogues !) qu'on ne peut pas ne pas en rire. Le troisième est un pastiche (involontaire — ou en tout cas non assumé) de Star Wars (l'épisode IV, je veux dire — le tout premier) qui a très mal vieilli.

Évidemment, ensuite, les normaliens passent pour des cinglés, à regarder des films comme ça ou à passer des journées entières dans le métro. J'ai d'ailleurs dîné avec quelqu'un qui avait bien l'air de cet avis.

(dimanche)

Quelques mèmes sur les relations humaines

Les derniers jours, et plus généralement les deux ou trois derniers mois, et l'agitation émotionnelle (si j'ose dire) qu'ils ont développée en moi, ainsi peut-être que certaines lectures entreprises pendant le même temps, ont alimenté un certain nombre de réflexions auxquelles je me suis livré concernant les relations affectives, mes chances dans ce domaine, et d'autres sujets connexes. Je voudrais ici livrer, plus bruts que travaillés (et surtout pas développés), un certain nombre de mèmes de ce genre. Je ne prétends pas qu'il s'agit de pensées profondes, ni que ces idées soient toutes justes et vraies (ou qu'elles puissent être d'un quelconque intérêt pour un autre que moi): peut-être même sont-elles vaguement contradictoires, d'ailleurs (et leur ordre n'est pas terrible non plus); ce sont seulement quelques considérations qu'il peut être intéressant de méditer (fût-ce pour les écarter).

(dimanche)

Fiat lux — nec lux fit

Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive, mais ça n'a jamais été aussi saisissant. Je me réveille (à moitié seulement, ou en tout cas je reste encore très ensommeillé) pendant la nuit, complètement désorienté, je ne sais plus du tout où je suis, ou bien je me crois encore en partie dans le rêve que je viens de quitter, et je cherche à allumer la lumière pour m'orienter — mais je ne retrouve plus l'interrupteur. L'obscurité dans ma chambre pendant la nuit est vraiment complète, donc je n'arrive pas à me repérer. Et là, je panique : je veux y voir clair tout de suite, et je tombe dans un cercle vicieux qui ne m'aide pas pour autant à me réveiller, à me calmer et à me demander où je suis vraiment.

Cette nuit j'étais sur le point de hurler à l'aide. Aucune raison, bien sûr — j'étais chez moi (comme je devais être), pas à un endroit étrange et peu familier —, mais je m'imaginais dans un environnement complètement étranger. Je me retrouve à chercher à tâtons la lumière dans le placard en face de mon lit (où j'avais peu de chances de la trouver…) et à ne pas comprendre ce que je sens au toucher (des vêtements, des cintres). Finalement, une partie de mon cerveau a dû se réveiller et imposer l'idée que je suis dans ma chambre, que je sais où est l'interrupteur.

Reste que c'est peut-être une mauvaise idée de dormir dans l'obscurité complète. Je vais envisager de m'acheter une veilleuse.

(samedi)

Gay Pride

À la dernière minute j'ai presque hésité à aller à la marche des fiertés LGBT. Ce qui a fait que j'y suis quand même descendu, c'est que mon sens des séries : je ne l'ai pas manquée depuis 1999, donc je continue plus par habitude qu'autre chose. (Et ma manie de classificateur obstiné demande d'ailleurs que je fasse un jour le point sur le parcours — et mon parcours à moi — chaque année où j'y suis allé, et que je tente de me remémorer mon état d'esprit, tout ça.)

Je ne peux pas dire que j'aie vraiment défilé (je suis typiquement le genre de personne, dans une manifestation de ce genre, qui sera comptée par les organisateurs mais pas par la police…). Disons plutôt que je me suis promené le long du trajet de la marche. Et à vrai dire, plus que les chars eux-mêmes (que j'ai déjà assez vus), j'ai regardé ceux qui regardaient les chars défiler — les spectateurs et les passants, quoi. C'est assez amusant d'observer la variété des expressions qui se dépeignent sur les visages de ces spectateurs sur le bord du parcours : l'amusement est le plus commun, parfois il y a une pointe de réprobation ou d'agacement, ou en tout cas de perplexité, souvent de la sympathie voire de l'enthousiasme, etc. On voit plein de jeunes (y compris des « racailles ») qui sont là manifestement parce que c'est une grande teuf. (Évidemment, on voit aussi plein de jeunes dans la marche elle-même : de plus en plus, j'ai l'impression — ce n'est pas juste moi qui vieillis — et je trouve que ça fait plaisir.) J'aime bien, aussi, voir de temps en temps une petite dame carrément âgée et qui fait des signes enthousiastes d'approbation devant tous ces gens qui se trémoussent en musique.

Parlant de musique, je voudrais justement mettre un bémol : je ne sais pas si c'est mon imagination, mais il me semble que chaque année c'est encore plus fort que la précédente. Et là on atteint quand même des niveaux exagérés : je ne veux pas faire mon vieux con aigri, mais les sonos utilisées notamment par les chars commerciaux sont carrément monstrueuses. Faire la fête en musique c'est bien — faire s'écrouler des murs (et en tout cas assourdir tous ceux qui sont dans un rayon de 200m), ce n'est pas forcément indispensable. Il faudra que j'essaie de convaincre des gens qui siègent au conseil de l'inter-LGBT d'aborder cette question.

Mais bon, ce point excepté, c'est vraiment rigolo de se promener à côté de tous ces gens, je ne regrette pas d'y être allé — il y a indiscutablement un sentiment de joie et de fête qui est très communicatif. La météo était parfaite à mon goût : ciel couvert (donc pas de risque d'attraper un coup de soleil) mais température délicieuse. Le parcours (Denfert-Cluny-Sully-Bastille) était plutôt bien (il me semble qu'il avait déjà servi il n'y a pas si longtemps, ça devait être en 2000), même s'il était peut-être un peu court.

Au final je suis quand même monté sur le char de >Dégel!, vers la fin du parcours ; c'est presque par hasard que je me suis conformé au dress-code (en m'habillant j'ai remarqué qu'il me restait un vieux tee-shirt rose élimé, que j'avais complètement oublié depuis des années, donc je l'ai mis), et du coup on m'a poussé à monter. L'ambiance y était très sympathique.

Ah, et à la Bastille, on a eu droit à une interprétation de la Marseillaise avec des paroles revues et corrigées, qui était vraiment bien. ☺

Bon, et sinon, je n'ai pas de photos à vous montrer (je n'ai pas voulu perdre mon temps avec ça cette année), mais il s'en trouvera certainement à plein d'endroits.

(samedi)

Est-ce que tu viens pour les vacances ?

C'est l'été. Oui, je sais, ce n'est plus une nouvelle, le solstice était il y a quelques jours déjà, pendant que j'étais en Allemagne.

J'ai déjà dû dire plus d'une fois que je n'aimais pas le dimanche, le jour où on ne peut rien faire parce que tout est fermé, tout est mort, et il ne se passe rien. L'été me fait l'effet d'un week-end étalé et étendu : j'ai horreur de ça. Toutes sortes de repères réguliers qui font partie de mes habitudes sont perturbés : ne serait-ce que les fermetures de lignes du métro parisien, d'ailleurs, pour prendre un exemple futile, c'est déjà un élément vaguement déstabilisant. Mais le pire, évidemment, c'est que tout le monde part quelque part, et je me retrouve tout seul comme un con sans (presque) plus personne à voir à Paris. (Je n'ai qu'à partir moi-même, me diront certains ? Je vais sans doute faire quelques courts déplacements pour voir une personne, certes, mais sinon, je ne vois pas à quel endroit du monde j'aurais une chance de retrouver autant de gens que je connais qu'à Paris, même pendant l'été : et je ne parle pas du nombre de gens que je peux voir pendant le reste de l'année.)

Donc, petit appel du cœur : les gens qui êtes sur Paris (pour y rester ou pour y passer) cet été, faites-moi un signe.

Ce n'est pas tout : l'été est aussi la saison où on tourne la page : on ferme une année scolaire (universitaire, quidlibet) et on en ouvre une autre. (Pour les Romains, c'était janvier le mois dédié au dieu Janus, celui qui a une tête qui regarde le passé et une autre qui regarde l'avenir ; dans notre société, c'est plutôt en été qu'il faudrait mettre ce mois.) Cela ouvre chez moi bien grand la porte à deux sentiments que j'ai souvent tendance à éprouver : la nostalgie et l'inquiétude devant l'avenir.

Nostalgie : je repense maintenant que ça fait dix ans que j'ai passé mon bac (je ne sais plus la date exacte… je n'avais pas encore l'obstination de tout noter, à l'époque, et je le regrette — je ne suis même pas capable de dire précisément depuis quel jour je suis bachelier) ; il y a neuf ans que j'ai vu Toronto pour la dernière fois ; il y a huit ans que j'ai été admis dans la prestigieuse institution que j'ai depuis obstinément refusé de quitter ; il y a six ans que j'ai vu la mer pour la dernière fois ; il y a cinq ans que je suis descendu pour la première fois dans la rue pour la Gay Pride ; et ainsi de suite : je suis même, inexplicablement, nostalgique de mon voyage à Besançon de l'an dernier (qui n'a pourtant pas été une expérience particulièrement remarquable, ni remarquablement heureuse). Il faut que j'apprenne à contrôler les émotions qui me reviennent avec les souvenirs, à les rendre un peu heureuses (surtout si le souvenir est heureux — ne pas me focaliser sur la tristesse du fait qu'il est parti), sans quoi ma mémoire — et les oublis qu'elle entoure — va devenir une immense et douloureuse cicatrice (note : relire Funès de Borges).

Inquiétude devant l'avenir : où en serai-je dans un an exactement ? Ou même, dans trois mois ? Inquiétude de vieillir, évidemment, de perdre des choses ou des personnes auxquelles je me suis attaché.

(OK, OK, je radote — ou en tout cas, un an après, il n'y a sur ce plan-là pas beaucoup de changement.)

Bon, j'arrête de ruminer. Je vous ferai part ultérieurement de considérations plus joyeuses. Là, je vais descendre faire la tapiole dans la rue (après avoir écouté deux ou trois fois le générique de l'Île aux enfants pour me mettre dans l'ambiance ☺).

(vendredi)

En vrac, aujourd'hui

J'ai voulu m'acheter un agenda. Il y a deux-trois semaines j'ai oublié quelque part mon sac à dos qui contenait (entre autres choses comme mon carnet de chèques ou une clé USB) mon agenda 2003–2004. Il n'y avait pas vraiment grand-chose d'important noté dedans, mais c'est quand même utile d'avoir un agenda. Malheureusement, il est apparemment impossible, en cette période de l'année, d'acheter un agenda qui couvre cette période de l'année : plus aucun agenda 2003–2004 en vente, et pas non plus d'agendas 2004 apparemment, le plus près que j'aie trouvé aurait été un 2004–2005 qui commence en août. Bon, eh bien tant pis : je me réserve donc le droit de ne tenir aucun engagement et d'être complètement non-fiable et imprévisible dans mes rendez-vous jusqu'au 1er août au moins. Na ! 😐

J'ai vu passer la flamme olympique, aujourd'hui. Vous le saviez, vous, que Paris était situé — comme Sydney ou Mexico city — sur le chemin entre Olympie et Athènes ? Eh bien il faut croire. Donc, en marchant rue Soufflot, je vois passer la flamme olympique. C'est rigolo, ça n'arrive pas tous les jours. Je me suis toujours demandé ce qu'ils faisaient si elle s'éteignait pendant le parcours, d'ailleurs.

J'ai envoyé une lettre de candidature à un poste de caïman (agrégé-préparateur) à l'ENS. Je n'y crois vraiment guère (on m'avait refusé ce poste en 2000 quand j'avais candidaté « en temps normal », parce que je n'avais pas de directeur de thèse à ce moment-là, je doute que ce soit pour me le donner quatre ans plus tard ; je me fonde juste sur de vagues rumeurs selon lesquelles il y aurait une difficulté à pourvoir au remplacement d'un des départs). Mais ce serait vraiment une situation idéale pour moi, si je l'avais (ne serait-ce que parce que ça me redonnerait de façon tout à fait officielle un pied à l'École).

Demain c'est la marche qu'il ne faut pas appeler Gay Pride. Je ne sais pas exactement ce que je vais faire, sans doute me promener au hasard dans la foule. Normalement je pourrais aller sur le char de >Dégel!, mais je ne suis pas terriblement content du thème choisi. En effet, en partant du mème qui dit environ toutes les filles ne jouent pas à la poupée, tous les garçons ne jouent pas au foot (ou je ne sais quoi dans ce genre-là) ils ont pondu un dress-code qui demande aux garçons de s'habiller en rose et aux filles en bleu et ils ont produit des affiches du genre votre fils aussi s'intéresse à la danse classique ; eh bien je trouve que c'est remplacer un cliché (à savoir : les garçons en bleu et les filles en rose, les garçons aiment jouer au foot et les filles aiment jouer à la poupée) par un autre encore bien pire (à savoir : les goudous doivent avoir des goûts de garçons manqués et on va les mettre en bleu, et les pédés des goûts de fillette et on va les mettre en rose) — donc dans une tentative pour ridiculiser un préjugé on tombe dans un préjugé plus gros encore, et c'est assez lamentable. 'Fin bon, je ne vais pas non plus trop critiquer, vu que je n'ai pas levé le petit doigt pour aider (je ne suis pas pleinement convaincu, en fait, qu'il faille à tout prix se décarcasser pour « faire un char à la Gay Pride » comme tout le monde). Mais comme je n'ai absolument pas envie de me fringuer en rose (j'ai toujours eu horreur du rose et je n'ai rien de cette couleur de toute façon), j'irai sans doute voir ailleurs si la foule y est.

(jeudi)

En vrac, ce soir

Allez, une deuxième petite entrée pour aujourd'hui, histoire de célébrer mon retour.

J'ai dîné avec Matoo ce soir, qu'il m'a fait plaisir de rencontrer. Sa compagnie est aussi plaisante que la lecture de son blog le laisse présager (et blah d'avance à ceux qui m'accuseraient de basse flatterie). Nous avons dîné au premier étage des Marronniers (pas mauvais, mais un peu cher), rue des Archives, avec une jolie vue sur les garçons qui passaient en bas. Tiens, en y allant, nous avons croisé Hervé Bourges dans la rue ; enfin, moi je ne l'ai pas reconnu mais Matoo si (habitué à mater les gens qu'il croise, peut-être ? 😉).

La place de l'Hôtel de Ville était noire de monde, tout à l'heure, devant l'écran géant installé pour diffuser le match dont j'apprends qu'il s'agissait de France-Grèce en quart de finale de l'Euro 2004 [rectification : on me signale que c'était Angleterre-Portugal ; bien sûr, c'est que j'écrivais après minuit et que je me suis donc planté sur la date]. Les foules ont tendance à m'inquiéter, et celles rassemblées par le football — je veux dire, en tant que compétition internationale — particulièrement. (Un ami me faisait remarquer naguère que les Champs-Élysées n'ont été complètement remplis que deux fois : la première, à la libération de Paris en 1944, la seconde, lorsque la France a gagné la Coupe du Monde en 1998 ; quelque part, c'est assez révélateur de ce qui anime les gens.) Je m'amuse aussi de constater qu'à chaque fois que je vais en Allemagne il y a une grande compétition de foot ; enfin bon, la fois d'avant, c'était en 1990, quand l'Allemagne a gagné la Coupe du Monde (entre la chute du Mur de Berlin et la réunification : j'en ai d'ailleurs déjà parlé).

Je suis passé par la Bastille pour rentrer chez moi. Je m'agace d'ailleurs un peu du nombre de travaux que la RATP met en place simultanément pendant l'été : fermeture partielle des lignes 6, 7 et 9 — rien que ça ! — et fermeture plus ou moins complète des stations École Militaire, Glacière, Grands Boulevards, Javel André Citroën, Mirabeau, Pont Marie, Pont Neuf, Rue de la Pompe, Saint François Xavier, Stalingrad, et j'en passe certainement ; ça devient carrément technique de trouver un chemin entre A et B qui ne se heurte pas à une obstruction de ce genre, et je suis personnellement très gêné par la fermeture des lignes 6 et 7. Enfin bon, ce que je voulais juste dire, c'est que je trouve l'ange de la Bastille (je veux dire, le génie de la Liberté, qui coiffe la Colonne de Juillet) vraiment très joli. Il ornait d'ailleurs les dernières pièces de 10 francs, et c'est vraiment dommage qu'on ne l'ait pas conservé en passant à l'euro.

(jeudi)

Fragment littéraire gratuit #14

Imaginez un monde parallèle, dit-il en allumant son cigare, imaginez — cette expérience de pensée est, il me semble, due à Carl Sagan — que l'on n'aurait conservé d'un certain William Shakespeare, un contemporain de l'illustre Francis Bacon, dramaturge et poète dont l'essentiel des œuvres aurait brûlé dans le grand incendie de 1666, que deux pièces, Titus Andronicus et le Conte d'hiver. On aurait vaguement entendu des rumeurs d'autres qu'il aurait écrites, portant des titres tels que Le Roi Lear, MacBeth, Othello, Hamlet, Jules César ou encore La Tempête, mais on n'en saurait pas plus. Les plus grandes œuvres littéraires de la période élisabéthaine seraient le Doctor Faustus, Volpone ou dans un autre genre la Nouvelle Atlantide. Comment cela changerait-il notre vision du monde ? Quel serait notre réaction si nous retrouvions ensuite les pièces perdues et redonnions à Shakespeare la place de sa valeur ?

Où voulez-vous en venir ? demandai-je poliment.

Nulle part. Je construis une fiction. J'imagine. Pensez — cette fois je crois que c'est Marcel Pagnol qui évoque cet exemple — qu'il y a à peine un siècle on n'avait des œuvres de Ménandre, dont la renommée était cependant illustre, que quelques vers ; maintenant nous en possédons quelques pièces ou d'important fragments de quelques-unes, mais ce n'est guère par rapport à la centaine dont il est l'auteur, et ce ne sont sans doute pas les meilleures. Sophocle en a écrit à peu près autant, et nous n'avons plus que sept de ses tragédies. N'avez-vous pas rêvé, en fouillant dans une collection de manuscrits quelque part à Bagdad ou au Caire, de retrouver la clé du Nom de la Rose, le texte, ou au moins une traduction arabe quelconque, du second livre de la Poétique d'Aristote ?

Sans doute, répondis-je avec agacement. Encore que je crois que nous serions surtout déçus par ce que nous y lirions. Mais pouvez-vous me dire où ce discours nous mène ? Allez-vous me sortir de votre bibliothèque l'intégrale du théâtre perdu de Sophocle ? La preuve irréfutable que c'est Verulam qui a écrit les pièces de Shakespeare ? Le sens caché du manuscrit de Voynich ? Ou sinon, qu'essayez-vous de me dire ?

Ha ! Non, rien de la sorte, je vous rassure. Mais je vois que vous vous impatientez. Suivez-moi donc, je vais vous montrer quelque chose, et alors vous comprendrez pourquoi je vous dis tout cela.

Et voilà : le fragment s'arrête là. Dans un mouvement délicieusement méta, j'ai envie de dire que la suite a été perdue. 😉 Voici certainement un cas où j'aimerais moi-même beaucoup avoir la suite (encore que je doute qu'il soit vraiment possible d'imaginer une suite qui ne me déçoive pas). C'est un mème qui résonne très fortement en moi que celui qui est évoqué ci-dessus, obsédé comme je le suis par la préservation de l'information.

(mercredi)

Ce à quoi vous avez échappé (mais pas moi)

Je reprends les choses rapidement là où je les avais laissées.

Ça a commencé par un râteau, qui, vous l'aurez remarqué, est le deuxième en peu de temps ; ce qui n'empêche qu'il n'a en fait pas grand-chose à voir avec le précédent. Je n'en dirai pas beaucoup, parce que la page est déjà tournée et que je ne suis d'ailleurs pas certain que l'autre personne concernée tienne à ce que j'en dise beaucoup : disons pour différencier du cas précédent qu'il est homo (ce qui m'a permis de réviser la deuxième partie de la leçon fondamentale) et que j'avais beaucoup moins eu le temps de m'attacher émotionnellement à lui de sorte que ce coup-là était moins dur (et il n'est pas question, là, de chercher à cultiver a posteriori une relation fraternelle ; savoir ce que seront nos rapports — ou s'ils seront tout court — reste encore à déterminer).

Ce qui est dur à porter, ce n'est pas la déconvenue elle-même, c'est le profond sentiment de vide et de désespoir qui fait place ensuite. Être amoureux, c'est une situation parfois dangereuse et anxiogène, mais ça a aussi du bon, parce que ça donne un sens au temps qui passe (pas un sens à la vie — rien de si général — mais au moins un but immédiat qui n'est pas trop futile) : et quand cela cesse, on se retrouve avec un énorme trou à la place du sentiment qu'on a effacé (d'où la tentation possible de maintenir le sentiment, même désespéré — mais ici je m'en suis bien gardé). Sentiment de désespoir, aussi, parce que cela s'ajoute à une interminable série d'échecs. Je voudrais bien garder de l'espoir, parce que l'espoir est une motivation, et même si cet espoir est vain il est nécessaire pour pouvoir vivre heureux (car nous nous nourrissons d'espoir vain — c'est pourquoi même si en fin de compte tout aura été futile nous arrivons tout de même à vivre de rêves immédiats, qui ne sont pas méprisables). Je voudrais bien pouvoir me dire que j'ai, moi aussi, droit de penser qu'un jour je rencontrerai l'amour (peut-être pas l'Amour avec un grand “A” éternel et impérissable, mais au moins quelque chose de réciproque et de pas complètement fantasmé), je voudrais bien ne pas me sentir victime d'une profonde injustice du destin (surtout que je n'y vois pas de raison objective) ; mais j'ai de plus en plus de mal à y croire, et ça c'est aussi un grand vide désespérant. (Et je ne suis pas facile à tromper : si à bientôt vingt-huit ans je n'ai toujours rien trouvé, ce n'est pas pour une raison passagère ou sans importance — c'est qu'il doit y avoir un problème basique et fondamental, et c'est de fort mauvais augure.)

En cet instant, je ne suis pas vraiment déprimé : je me sens surtout « sec », si j'ose dire. Maintenant, le côté positif, c'est que j'ai quand même appris (je crois) des choses, au cours des dernières semaines, sur les relations humaines en général : rien de bien profond ou révolutionnaire, mais des choses qui se sont un peu éclaircies dans ma tête et qui pourraient me servir plus tard ; j'essaierai d'en dire plus ultérieurement.

Reprenons. J'ai passé trois-quatre jours à Lyon avec mon petit frère d'adoption et avec sa famille (qui est donc, du coup, un peu la mienne aussi). Jours qui ont été exceptionnellement heureux et m'ont permis de combler un peu, ou en tout cas de reporter, le vide que je ressentais et dont je viens de parler. Il est toujours risqué de rester lié à quelqu'un dont on a été amoureux (pour ceux qui suivent en diagonale, le petit frère d'adoption, c'est le premier des deux râteaux), mais je crois que là c'est vraiment une réussite (pour nous deux), et c'est quelque chose dont je peux me réjouir. Maintenant, ça aussi ça a un coût, forcément : c'est que le petit frère part en stage à Toulouse jusqu'à fin août, et du coup mon vide affectif me revient à la figure, avec le manque de sa présence en plus (ou en moins, je ne sais pas comment on doit dire). L'idée de partir en Allemagne m'enchantant particulièrement peu, j'ai eu un nouveau gouffre devant moi (le pire étant juste après mon retour de Lyon).

Il n'y a pas énormément à raconter de mon voyage à Göttingen proprement dit (pour le côté touristique, voyez les photos que j'y ai prises). C'était une erreur de voyager en train couchette, parce que je n'ai pratiquement pas dormi (et même si je ne suis pas claustrophobe, le sentiment qu'on a à six dans un compartiment est étouffant — heureusement, au retour j'ai été miraculeusement placé en première classe et nous n'étions que quatre). Sur place, l'hôtel était très confortable et très agréable ; je n'aime pas trop être en chambre double, mais là c'était tout à fait supportable (ce qui était potentiellement embarrassant était que mon coturne — l'autre étudiant de mon directeur de thèse, en fait — était un garçon que j'eus trouvé vraiment très séduisant autrefois, et je ne crois pas qu'il eut énormément apprécié ce fait). Le contenu scientifique de la conférence était tout à fait intéressant (surtout s'agissant des « cours » donnés par Jean-Benoît Bost, Brendan Hassett et Richard Pink, qui exposent tous les trois remarquablement bien). Mon exposé à moi s'est bien déroulé, et a semblé convaincre l'auditoire. C'était amusant de se trouver dans une ville où Gauß, Hilbert et d'autres grands mathématiciens ont passé l'essentiel de leur carrière, et qui cultive activement leur souvenir. Göttingen est d'ailleurs une petite ville allemande typique bien propre et pleine de charme. Mais à part ça, on s'y ennuie ferme, parce qu'il n'y a vraiment rien à faire. Comme peu d'efforts étaient faits dans la conférence pour que les participants se rencontrent un peu et échangent (notamment, les déjeuners n'étaient même pas pris en groupe, alors que c'était le cas de toutes les conférences de maths auxquelles j'avais jusqu'à présent assisté), chacun partait dans son coin, et s'ennuyait séparément, si j'ose dire. (Ou bien on en était réduit à regarder les matchs de l'Euro 2004, c'est dire.) Et comme en plus je ne parle pas terriblement bien l'allemand (c'est d'ailleurs effrayant de constater le peu qu'il m'en reste alors que j'ai étudié cette langue pendant neuf ans) je n'étais pas spécialement aventureux. Bref, il y a eu des moments d'un ennui mortel, surtout le dernier jour (hier) pendant les longues heures, que j'ai comptées une à une, entre la fin de la conférence et mon retour à Paris.

Ceci étant, cet ennui profond n'était paradoxalement pas forcément trop mauvais pour mon état d'esprit : je me suis ennuyé, mais je n'ai pas déprimé. Sans doute parce que l'engourdissement intellectuel, si j'ose dire, s'accompagne d'une sorte d'anesthésie des sentiments, y compris de la tristesse. Certes, mon Mouton m'a manqué (mais Paris aussi me manquait), et heureusement que nous avons pu communiquer, mais cela m'a aussi aidé à récupérer, et je n'ai pas trop souffert — si ce n'est de l'ennui.

J'ai sans doute d'autres choses à dire, mais ça attendra. Il faut quand même que je note deux points dont je me suis aperçu : premièrement, que ne pas lire mon mail toutes les cinq secondes, ça me faisait du bien, et que ce serait donc sans doute utile de m'en passer un peu, du coup (surtout quand j'ai des gens avec qui parler en vrai). Et deuxièmement, qu'écrire dans ce blog me faisait aussi du bien, parce que ça m'a manqué pendant tout ce temps ; en revanche, je crois que je ne vais pas continuer à m'imposer de faire forcément et systématiquement une entrée par jour (même si je compte bien maintenir ce rythme approximatif).

(mercredi)

Informations sur mon séjour à Göttingen

[Cette entrée n'est là que pour référence pour une ou deux personnes, et n'a aucun intérêt pour la plupart des lecteurs. À moins que j'aie énormément de temps pendant mon séjour, je ne reprends le blog réellement que mercredi prochain, le 23.]

J'ai déjà mentionné que j'assistais cette semaine à une conférence sur la géométrie diophantienne organisée à la Georg-August-Universität de Göttingen.

Je pars ce soir, 2004-06-16T22:56+0200 de Paris Gare de l'Est, par train de nuit (en couchette) pour arriver 2004-06-17T04:56+0200 à Karlsruhe, où je reprends un train qui part 2004-06-17T06:01+0200 pour arriver à Göttingen 2004-06-17T09:01+0200. Pour le retour, je reprends le train mardi, 2004-06-22T20:55+0200 pour arriver 2004-06-23T00:13+0200 à Karlsruhe où je change pour reprendre un train (encore en couchette) qui part 2004-06-23T00:55+0200 pour arriver 2003-06-23T07:01+0200 à Paris Gare de l'Est.

Sur place je logerai à l'hôtel Kasseler Hof (Rosdorfer Weg 26, 37073 Göttingen, tél. +49 551 72081-2, fax. +49 551 7703429 ; s'il y a besoin de me contacter, demander la chambre au nom de Madore ou Wittenberg). J'aurai aussi mon mobile avec moi (attention, cependant, les communications me seront surfacturées). En cas d'urgence absolue, on peut essayer de joindre Yuri Tschinkel (organisateur de la conférence) au +49 551 39-7826, ou encore Claudia Gabler (secrétaire) au +49 551 39-7773.

L'exposé que je donnerai aura lieu le 19 juin à 17h15. Pour ceux qui voudraient savoir de quoi je vais causer, voici l'article dont il sera tiré. Je n'ai aucune idée de si je pourrai lire mon mail pendant cette semaine (enfin, il est évident que quelque chose sera prévu, mais parfois les conditions de confort informatique sont telles que je préfère m'abstenir ; de toute façon, je ne pars pas en Allemagne pour me fatiguer à lire mon mail toutes les dix minutes).

(dimanche)

Hauts et bas

Une petite entrée en passant pour rompre le silence momentané. Je viens de rentrer de Lyon.

La bonne nouvelle, c'est que j'y ai passé quatre jours vraiment merveilleux, loin de tout souci, et complètement heureux. C'était vraiment bien, et j'en avais beaucoup besoin. Un grand merci, donc, à tous ceux que j'ai vus pendant ces quatre jours.

La moins bonne, c'est que je subis à présent le contrecoup. Si je me suis maintenant remis du deuxième râteau (si j'ose dire) de ces derniers jours, je reste avec un sentiment de vide affectif complet, je ne sais plus de quel côté trouver le commencement de l'espoir d'avoir un jour une vie affective normale — je ne vois même plus à l'horizon quelqu'un dont je pourrais être amoureux (or, quelque part, j'ai un besoin d'être amoureux). Et mon petit frère d'adoption (pour ceux qui ont besoin d'un résumé des épisodes précédents : il s'agit du Mouton — chez qui j'étais à Lyon), qui sait aussi prendre le rôle de confident quand il le faut, je ne vais peut-être plus le revoir avant septembre, et ça, ça va me faire très bizarre après l'avoir vu (pour ne pas dire : avoir passé avec lui l'essentiel de mon temps) chaque jour depuis trois semaines. Bref, je suis envahi d'une profonde sensation de solitude et d'isolement. Que ne va pas aider mon séjour dans une ville peu animée (Göttingen) d'un pays dont je connais mal la langue, entouré de gens qui me sont étrangers.

Ô divinités qui présidez aux destins des humains, est-ce que je ne pourrais pas avoir un ou deux petits miracles supplémentaires en ma faveur ?

(lundi)

Une pause

Je vais sans doute interrompre l'écriture de ce blog pour quelques jours (deux semaines et demi, en gros). Dans l'immédiat, je n'arriverais pas à écrire autre chose que pour vomir sur moi-même toute ma bile et mon fiel, et je ne pense pas que ce soit utile pour moi d'écrire ces pages ni intéressant pour vous de les lire. Jeudi ou vendredi je pars à Lyon, et je repartirai pour Göttingen (ça j'en ai à peu près autant envie que de m'enfoncer des clous sous les ongles) peu de temps après mon retour. Donc il vaut sans doute mieux que je remette la prochaine entrée (à moins que j'aie quelque chose de particulièrement important à dire d'ici là) au 23 ou 24 juin.

À plus tard, donc.

(dimanche)

Un sentiment de déjà vu ?

Pas besoin d'écrire une entrée aujourd'hui, elle est déjà écrite : reprenez celle-ci — mot pour mot, sans en changer une virgule.

(Non, ce n'est malheureusement pas une plaisanterie. Pour plus de renseignements, relisez cette histoire.)

(samedi)

La citation du jour

Les portes du paradis et de l'enfer sont adjacentes et identiques. (Nikos Kazantzakis, La Dernière Tentation du Christ)

(Citation peut-être très approximative, parce qu'elle est de mémoire, et sans doute passée par au moins deux traductions successives. De fait, Google ne donne rien. Si quelqu'un est assez fort pour retrouver l'original, je lui en serai reconnaissant… Mise à jour : de fait, on me l'a trouvée.)

(vendredi)

Message personnel

Fabrice, si j'ai bien interprété ce que tu viens de me dire, et si tu ne te trompes pas, alors

Merci beaucoup !

Je te dois une fière chandelle.

Mise à jour (2004-06-05T14:15+0200) : Euh, non rien, en fait. C'était juste un malentendu.

(vendredi)

La peur du changement

Je sais que j'ai déjà dit ça[#] (δὶς ἐς τὸν αὐτὸν ποταμὸν οὐκ ἂν ἐμβαίης), mais ce n'est pas grave, puisqu'on n'écrit jamais deux fois la même entrée dans le blog. 😉

Je suis gravement, presque maladivement, anxieux devant le changement. Et bien que je ne sois plus que résiduellement étudiant, je vis encore sur le rythme des années universitaires, surtout comme je continue à m'accrocher à l'ENS (cf. l'entrée liée ci-dessus), et chaque année l'angoisse m'étreint : c'est l'été, l'année se termine, une autre va commencer dans quelques mois, comment sera-t-elle ? Il y a des gens qui partent (temporairement ou définitivement ; il y en a d'autres qui arrivent, aussi, mais je ne les connais pas), des choses qui changent et auxquelles je m'étais habitué, des repères qui sont bouleversés, tout ça. Après toute modification, aussi mineure soit-elle, le monde ne sera plus jamais le même. Ce n'est pas que je sois porté à dire systématiquement c'était mieux Avant (car souvent, ex post facto je suis tout à fait content des changements qui ont eu lieu, bien que je garde toujours une certaine nostalgie des choses qui ont disparu) ; c'est plus la perspective du changement qui m'effraie. Paradoxal, car je dois parallèlement bien admettre qu'en fait, jusqu'à présent, presque chaque année de ma vie a été plus heureuse et réussie que la précédente : mais cela ne suffit pas à me concilier le temps — d'où mon besoin de toujours enregistrer le monde qui passe.

[#] Je m'amuse d'ailleurs beaucoup de lire la première phrase du second paragraphe de cette note : je précise que ce n'est pas au cours du repas qui y est raconté, mais d'un autre repas au même restaurant un mois plus tard, et avec beaucoup de personnes en commun, que j'ai rencontré un certain ovin.

(jeudi) · Pleine Lune

Fragment littéraire gratuit #13

La situation qui suit (plus une courte nouvelle qu'un fragment, je suppose) me trotte dans la tête depuis un moment déjà. Je n'en suis pas content du tout (sur le plan littéraire, c'est vraiment nul), mais je veux m'en débarrasser. On devrait en tout cas s'abstenir d'en tirer des conclusions, par exemple, sur mon état d'esprit actuel.

Sans doute devrais-je aussi avertir que le texte qui suit est assez dur, et que certaines âmes sensibles devraient peut-être se retenir de le lire.

Ce fut l'odeur qui agressa d'abord Albin quand il entra. Les effluves nosocomiaux, relents de morbidité, nettement plus marqués dans cette chambre que dans les couloirs aseptisés voisins, le prirent à la gorge, et il dut se retenir de tourner les talons. Seulement après s'être forcé à inhaler plusieurs fois l'odeur de médicament put-il l'oublier et regarder ce qu'il voyait.

Marc, dont les draps du lit ne laissaient émerger que la tête, était le seul occupant de la pièce. Son visage ne portait pas de trace de l'accident. Ses yeux fixaient Albin avec une immobilité obsédante : le visiteur ne put supporter pendant longtemps de renvoyer ce regard, et il détourna la tête vers la fenêtre, qui donnait sur un parking.

Comment vas-tu, Marc ? demanda-t-il. Et aussitôt, il se mordit la lèvre : ce garçon ne pourrait plus jamais marcher ni probablement bouger ses bras, et il avait le culot de lui demander comment il allait. Un verre d'eau posé sur la table de chevet lui fit prendre conscience — Marc ne pourrait pas le porter sans aide à ses lèvres. Avant que l'autre puisse dire quelque chose, Albin ajouta : Tu veux que je t'apporte quelque chose ? Si je peux faire quoi que ce soit, surtout, n'hésite pas…

Marc ne réagit pas immédiatement. Pendant quelques secondes, Albin se sentit physiquement menacé par le regard braqué sur lui ; il eut un moment de recul. Puis il se demanda si on l'avait bien entendu ; le médecin avait pourtant assuré que Marc était en état de parler. Enfin, ce dernier répondit, sur un ton doux mais entièrement dénué d'expression, une voix qui ne ressemblait en rien à celle du Marc qu'on avait connu. Albin. Je voudrais te demander pardon. Pour avoir gâché ta fête.

Ce n'est pas grave, Marc… — encore une fois, Albin se mordit la langue. Comment pouvait-il être aussi maladroit ? Nous sommes tous désolés pour toi. Je n'avais jamais imaginé…

Que je serais fou au point de vouloir me tuer par amour pour toi ? Et, emplissant maintenant sa bouche d'ironie amère, Marc ajouta : Je ne recommencerai pas. Albin fut de nouveau pris de nausée.

Tu aurais dû me parler… commença-t-il.

J'aurais dû ? Oui, sans doute — et j'aurais aussi dû ne pas me jeter de la fenêtre du cinquième étage. Je suppose que tu vas me dire que tu aurais annulé ton mariage. Ou peut-être que tu vas me déclarer que tu m'aimes en retour. Ou me prédire une vie longue et heureuse ?

Albin, écœuré, jugea plus prudent de ne pas répondre. Un instant la pensée lui traversa l'esprit : proposer à Marc de l'aider à obtenir maintenant ce qu'il avait cru faire en sautant, le sauver d'une vie de tétraplégique. Mais aussitôt, la monstruosité de cette idée le frappa, et il n'osa pas l'exprimer, même par allusion.

Après un silence pesant, la conversation repartit, cette fois de façon presque anodine. Albin fut soulagé que son ami, qui lui faisait désormais peur, lui épargnât l'agressivité de son cynisme : ils bavardèrent pendant une demi-heure de sujets qui ne fâchent pas, et le visiteur oublia presque où il était et à qui il parlait. Quand Albin était sur le point de prendre congé, Marc lui dit enfin :

À présent, je voudrais que nous ne nous revoyions jamais. Je ne demande pas ça pour moi ; ma vie n'a plus d'importance, désormais — non, ne m'interromps pas. C'est à toi que je pense. Oublie-moi. Oublie ce qui s'est passé. Ne proteste pas : tu y arriveras très bien. Tu es fait pour le bonheur, Albin. Tu n'as jamais connu rien d'autre, et ma présence serait une horrible fausse note dans ton entourage. Tu ressentirais du malaise ou de la culpabilité, et je ne le veux pas. Tu n'as aucune raison de te sentir coupable : tout est ma faute. Mais accorde-moi cette chose : que ceci soit la dernière image que je garde de toi. Fuis la malchance.

Albin voulut argumenter, assurer que c'était le pire moment possible pour abandonner celui qui avait besoin de soutien, mais Marc ne daigna pas répondre. Finalement, le visiteur partit en promettant qu'il reviendrait.

Il ne tint pas promesse, et obéit à Marc en tout point. Lorsque ce dernier mourut, après vingt-deux ans de l'existence d'un légume, Albin n'en sut rien.

(mercredi)

La tentation de la déprime

Je navigue en ce moment entre des périodes de bonheur radieux et des moments de profond abattement, que je n'expliquais pas. Tout à l'heure, en rentrant chez moi, je suis passé en dix minutes de l'un à l'autre, donc je me suis forcé à une petite introspection pour comprendre ce qui n'allait pas.

Je peux trouver des prétextes pour être triste ou, du moins, anxieux. Je me suis convaincu que je n'avais à peu près aucune chance auprès de tel garçon (laissons-le anonyme) sur lequel j'aurais eu, disons, des vues. D'un autre, dont je me remets progressivement d'être tombé amoureux : je m'inquiète de ne pas arriver à construire juste la relation que nous recherchons tous deux (et j'ai peur que des choses se soient perdues quand il reviendra, dans trois mois, d'un stage qui va nous séparer). L'été arrive avec son lot de solitude et d'inaction malsaine ; après lui, l'avenir est incertain. Le contrôle de mon temps semble m'échapper (indépendamment de complications variées ; on vient de me rappeler à l'ordre pour une chose que j'avais promis de faire avant la mi-mai et que j'avais totalement oubliée ; et les exigences de travail mathématique se font plus pressantes). Je me noie dans un verre d'eau.

En vérité, même si toutes ces raisons jouent certainement un rôle (mais je peux aussi me trouver plein de raisons d'être heureux…), il y a surtout que je me complais dans le sentiment d'être malheureux, dans la self-pity. Être heureux, cela consomme une certaine énergie ; être malheureux, se dire qu'on a toutes les raisons du monde d'être désespéré, que personne ne nous aime (ce qui est profondément insultant pour ceux qui prouvent sans arrêt le contraire), que le monde est vraiment méchant, c'est — dans mon cas du moins — une paresse facile. De même, il m'est plus aisé de me dire que je suis un nul qui ne sait rien faire et que je ne me trouverai jamais de copain parce que personne ne m'aimera, que de prouver le contraire. Il est plus tentant de se persuader que, de toute façon, tout ira toujours mal, et de se délecter dans le plus profond pessimisme, que de travailler pour avoir des raisons d'espérer dans l'avenir.

Et ce n'est pas tout : quand on geint, les gens qui vous entourent, s'ils sont de bons amis, prêtent parfois une oreille sympathique, se montrent réconfortants, etc. Je voudrais bien avoir une épaule sur laquelle pleurer : cela est tellement doux et rassurant. Mais quelle facilité d'exagérer (même vis-à-vis de soi-même) ses malheurs, pour susciter la compassion ; ou ses défauts, pour appeler les compliments !

Or en vérité, cela ne me rend pas aimable. Même avec la meilleure volonté du monde, on finit toujours pas s'énerver de quelqu'un qui ne fait que se plaindre (et accessoirement, mon opinion épouvantable de moi-même me laisse paraître — paradoxalement — insupportablement égoïste et imbu de moi-même). Donc non seulement je m'enferme dans la déprime, mais en plus je mets en danger mes bonnes relations avec les autres — qui me sont indispensables pour un bonheur véritable. (Et, globalement, on ne peut pas aimer vraiment quelqu'un qui se déteste. Moi-même, je n'apprécie guère les esprits torturés : j'aime les gens qui ont un naturel confiant et une certaine aptitude au bonheur.) Il faut donc que je trouve des réponses idoines à cette tentation du malheur.

Il n'est pas facile de trouver l'énergie pour résoudre un problème, quand une partie du problème est justement qu'on manque d'énergie et de confiance en soi. Je me suis souvent heurté à ce cercle vicieux. Un élément de solution réside sans doute dans le fait que, quand je suis avec des amis, finalement, je suis plutôt enclin à être heureux — c'est vraiment la solitude qui me pèse vite. Je devrais aussi sans doute tenter d'affronter une par une mes vraies-fausses raisons d'être malheureux, pour les empêcher de me miner intérieurement.

Ah zut, tout ça je le savais déjà.

(mercredi)

Ouin ! Ma dent !

Une de mes dents — la 2e prémolaire à droite de la mâchoire inférieure, pour être précis — a explosé sans prévenir. Je mangeais tranquillement du pain (pas spécialement coriace : de la baguette, en fait), et j'ai senti quelque chose de craquant : c'était ma dent, dont la plus grande partie était tombée. Ça ne m'a pas fait le moindre mal, c'est juste bizarre de sentir un grand trou à cet endroit-là. En fait, elle devait être complètement pourrie et dévitalisée, je ne sais pas comment ça s'est fait (je n'ai jamais eu la moindre carie auparavant, et un dentiste m'avait dit que je n'en aurais très certainement jamais) : elle ne m'a jamais fait souffrir. Heureusement, ça ne se voit pas trop (bon, ce n'est pas comme si l'alignement de mes dents était spécialement beau, non plus, il est vrai). Mais on m'assure qu'il faut que j'aille voir un dentiste d'urgence, si je ne veux pas mourir de septicémie ; voilà qui m'embête bien (ça va prendre plein de temps, ça va coûter cher, ça va être compliqué, et ainsi de suite). Et bien sûr, alors que je ne voyage pratiquement jamais, il faut que ce genre de tuile m'arrive pile alors que je projette de très exceptionnels déplacements.

(mardi)

Le Bonheur d'être un Eurasien

Je suis un peu tombé des nues en apprenant que mon oncle Michel (Binh) Jean (le mari de la sœur de ma mère, Françoise, qui est d'un an son aînée) publiait ses mémoires (recueillies par Marie-Christine Daunis sous le titre Le Bonheur d'être un Eurasien). Ma mère, semble-t-il, n'était pas plus au courant[#] que moi. Apparemment c'est surtout à l'initiative de ma cousine Pascale[#2] que ce livre s'est fait : c'est une idée, je trouve, très touchante, que d'offrir à son père la possibilité de rassembler ainsi ses souvenirs — surtout vu que la mémoire du Vietnam est très forte dans le cœur de mon oncle.

Je n'apprécie que modérément les réunions de famille[#3], mais je vais sans doute me pointer au petit pot organisé pour célébrer la parution du livre.

[#] Bon, d'accord, je ne suis pas non plus sûr que ma famille soit au courant du fait que je raconte ma vie sur le Web. Quand mon blog sortira au format papier, je ferai une petite fête et je les inviterai. 😝

[#2] Eh oui, même par l'École polytechnique, il est passé des gens bien — comme ma cousine germaine.

[#3] Enfin, là, je devrais pouvoir en profiter pour voir des gens que je ne croise pas souvent, comme les deux plus âgés petits-enfants de Michel Jean (d'un premier mariage : ce ne sont pas mes petits-cousins) — à peu près les seuls membres de ma famille qui aient entre quinze et trente ans.

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